Jusqu'au dernier : La destruction des Juifs d'Europe
#101 : La fin des illusions

Titre VO
Terror

Titre VF
La fin des illusions

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Réalisateurs : Blanche Finger, William Karel, Florian Dedio.
Scénariste : Florian Dedian.
Producteurs : Céline Nusse et Pawel Rosenberg
Narrateur : Olivier Breitman

Intervenants :

Aharon Appelfeld : Lui-même Saul Friedländer : Lui-même
Sir Ian Kershaw : Lui-même Dina Porat : Elle-même
Georg Stefan Troller : Lui-même Michael Berenbaum : Lui-même
Eric A. Johnson : Lui-même Rainer Rother : Lui-même
David Cesarani : Lui-même Elke Fröhlich : Elle-même
Richard Breitman : Lui-même Christian Ingrao : Lui-même
Amos Oz : Lui-même Christopher Browning : Lui-même
Peter Black : Lui-même Johann Chapoutot : Lui-même
Suzanne Heim : Elle-même Yehuda Bauer : Lui-même
Christian Gerlach : Lui-même Dan Michman : Lui-même
David G. Marwell : Lui-même Georges Bensoussan : Lui-même
Peter Longerich : Lui-même Stephan Lidner : Lui-même
Shulamit Volkov : Lui-même Otto Dov Kulka : Lui-même
Edouard Husson : Lui-même David Silberklang : Lui-même
Hans-Ulrich Jost : Lui-même  

Images d'archives :

Adolf Hitler : Lui-même Joseph Goebbels : Lui-même
Heinrich Himmler : Lui-même Reinhard Heydrich : Lui-même
Hermann Göring : Lui-même  

JUSQU’AU DERNIER

LA DESTRUCTION DES JUIFS D’EUROPE

 

1ère PARTIE

LA FIN DES ILLUSIONS

 

 

La vidéo commence par une image de chemin de fer.

 

Narrateur : Près de six millions de Juifs, les deux tiers des Juifs d’Europe, furent assassinés par le régime nazi et ses collaborateurs pendant la Seconde Guerre mondiale. (Une autre image apparaît sur la gare de Belzec.) Assassinés dans le silence quasi complet du monde. Ils sont morts de faim ou de maladie dans les ghettos de Pologne et d’Union Soviétique occupés. Plus d’un million furent assassinés lors des fusillades massives perpétrées sur le front de l’Est par les Einsatzgruppen. La plupart périrent dans les chambres à gaz de six camps d’extermination, tous situés sur le territoire polonais : Chelmno, Majdanek, Belzec, Sobibor, Treblinka et Auschwitz-Birkenau.

Primo Levi (Les Naufragés et les rescapés.)  - Italie : Nous, les survivants, nous ne sommes pas les vrais témoins, nous sommes ceux qui par endurance ou par chance n’ont pas touché le fond. Ce qu’ils l’ont fait ne sont pas revenus pour raconter ou sont revenus muet. La destruction menée à son terme, personne ne l’a racontée tout comme personne n’est jamais revenu pour raconter sa propre mort. Nous, nous parlons à leur place, par délégation.

Aharon Appelfeld (Écrivain) – Israël  : Raconter Auschwitz, c’est impossible. Notre mémoire le refuse. Nous n’acceptons pas la mort d’un enfant, nous ne comprenons pas ce qu’est la mort d’un enfant. Alors comment comprendrions-nous des millions. Six millions de morts.

Saul Friedländer (Historien) – Israël : Quand vous entendez cette histoire, quand vous la lisez, vous dites parfois, même moi je me le dis parfois, impensable entre guillemets.

 

OUVERTURE

 

Des femmes allemandes, bras tendu, saluent le nouveau chancelier Adolf Hitler

Narrateur : Au cœur de Berlin, les Allemands célèbrent leur nouveau chancelier, Adolf Hitler. Après l’humiliation de la défaite de 1918, puis les conséquences désastreuses de la crise de 1929, (pendant ce temps, Adolf Hitler serre les mains des femmes qui sont venues l’acclamé) sur l’économie allemande, sa promesse « donnez-moi quatre ans et vous ne reconnaîtrez plus l’Allemagne », avait séduit et donné le ton de cette euphorie générale. (Une femme veut embrasser le chancelier alors qu’il signe un autographe.)

Sir Ian Kershaw (Historien)  - Angleterre : Pour comprendre cette euphorie, il faut garder en tête que les quatorze années précédentes n’ont été que des années de crises plus ou moins continues. Une démocratie en danger pratiquement depuis le début. Crise économique, crise politique, crise sociale et finalement crise gouvernementale.

Dina Porat (Historienne) – Israël: Il y avait un chômage terrible, la valeur de l’argent était tombée à zéro. Une crise économique mondiale, c’est cela qui inquiétait les Allemands et c’est de ça que Hitler était venu les sauver.

Georg Stefan Troller (Scénariste) – Autriche : Tout le monde y croyait. On était entouré de gens qui rêvait de Hitler. Il y avait des centaines et des milliers de chômeurs. (Pendant ce temps, on voit Hitler se rendre à sa voiture.) Un ouvrier sur deux.

Michael Berenbaum (Ancien directeur de la Fondation Spielberg) – États-Unis : Une énorme inflation avait ruiné la totalité de la classe moyenne. (Les gens se bousculent.) En Allemagne, le Produit National Brut avait perdu quarante pour cent de sa valeur entre 1929 et 1932. (Les gens tentent de récupérer l’argent qu’il reste.) Et Hitler leur a offert une solution.

Eric A. Johnson (Professeur d’histoire) – États-Unis : Il n’avait de soutien d’aucun autre parti, moins de 2% des électeurs avaient voté pour lui et le parti nazi jusqu’à sa percée en 1930. Donc, ils n’avaient aucune raison de croire que cet homme n’était autre chose qu’un illuminé, une sorte de marginal venu d’un parti insignifiant. Même malgré cela, Hitler a vraiment cru que c’était possible.

 

Adolf Hitler se trouve sur le balcon de la Chancellerie, saluant le monde qui l’acclame.

Sir Ian Kershaw (Historien): Comment ce parfait inconnu a pu hypnotiser des Allemands et une grande partie de l’Europe ?

Rainer Rother (Directeur de la cinémathèque de Berlin) – Allemagne : Hitler avait lui-même déjà construit son propre mythe. Il répétait ses attitudes devant son miroir. (Des images montrent Hitler en train de faire des gestes.)

Sir Ian Kershaw : Hitler était quelqu’un d’assez étonnant, sans l’ombre d’un doute. Mais la totalité de ce que l’on a appelé son image si charismatique, n’était bien sûr qu’une création de la propagande. Elle a été spécialement façonnée pour lui et fabriqué par Goebbels et ses services.

Adolf Hitler et Joseph Goebbels sont sur un balcon. Ils s’avancent, Goebbels est tout souriant tandis qu’Hitler met le bras tendu.

Narrateur : Docteur en philosophie, Joseph Goebbels a vécu l’ascension de Hitler au pouvoir en 1933 comme un vrai conte de fées. (Les gens regardent les photos à l’effigie d’Hitler.) Hitler créé pour lui un ministère de la Propagande, instrument décisif dans la mise au pas de la population. (Deux jeunes filles mettent des fleurs au sol.) Goebbels entretient avec passion le culte de Hitler, un mythe qui va se révéler extraordinairement efficace. (Hitler est dans sa voiture, debout et le bras tendu, saluant la foule qui en fait de même.) Il a sous ses ordres 1 300 agents, il contrôle la totalité des médias. Il régente et censure la presse écrite, la radio et en particulier le cinéma. Goebbels a compris l’importance des images, des actualités surtout. Ses films techniquement sont parfaits : utilisation du travelling, des grues, tournage à plusieurs caméras. Les Allemands doivent avoir l’impression de vivre aux côtés de Hitler.

Sir Ian Kershaw (Historien) : Avant 1919, la vie d’Hitler n’avait été qu’une suite d’échecs. C’était pratiquement un clochard. (On voit Hitler près de sa voiture à côté de Landsberg.) Il a vécu dans un foyer pour hommes à Vienne jusqu’en 1913, avant de partir pour Munich. Puis la guerre est survenue, Hitler, dès 1915, avait trouvé dans cette guerre une sorte de motivation idéologique. Nettoyer l’Allemagne des éléments étrangers. (Hitler salue le monde le bras tendu tandis qu’un photographe prend des photos de la manifestation.) Le moment clé a été la défaite de 1918. Il a pris contact avec le tout nouveau parti nazi à Munich, un petit groupuscule dont il est devenu membre et très vite son orateur vedette. Il déclarait : « Le devoir de tout gouvernement « Le devoir de tout gouvernement est de débarrasser le pays de tous les Juifs, tous. »

David Cesarani (Historien)  - Angleterre : Hitler était convaincu que les Juifs avaient trahi l’Allemagne en 1918. Qu’ils avaient poignardé l’Allemagne dans le dos, qu’ils faisaient partie d’une conspiration internationale, que des Juifs ne peuvent être ni fidèles ni patriotes. Et que si l’on voulait que l’Allemagne reste grande, il fallait détruire leur influence.

Elke Fröhlich (Historienne) - Allemagne : Hitler a toujours cela en tête même si la plupart des Allemands ne voulaient pas y croire, mais il n’a pas d’autre intention. On le trouve déjà dans Mein Kampf.

Saul Friedländer (Historien) : Quand Hitler écrit Mein Kampf (Mon Combat), son combat c’est contre le Juif, LE Juif pas LES JUIFS. Les juifs, c’est des individus, le Juif, c’est une idée. J’ai utilisé le terme « antisémitisme rédempteur ». (On voit la couverture du livre et quelqu’un ouvre les premières pages.) Pour sauver le monde, les Juifs devaient disparaître.

Richard Breitman (Historien)  États-Unis : Il y écrivait que « gazer dix ou quinze mille juifs pendant la Première Guerre mondiale auraient pu sauver des centaines de vies allemandes. »

David Cesarani : (Historien) : Dans Mein Kampf, Adolf Hitler écrit que : « Si les juifs gagnent leur combat pour la domination du monde, la Terre s’en ira tournoyer sans fin dans l’univers comme une planète morte. La victoire des Juifs seraient la destruction de l’humanité. » Et Hitler dit : « J’accomplis l’œuvre de Dieu en m’opposant aux Juifs. » C’est complètement différent de l’antisémitisme des réactionnaires, des conservateurs, des catholiques, des protestants ou des gens de gauche. C’est beaucoup plus radical et c’est surtout mortel.

Sir Ian Kershaw (Historien) : Hitler n’a fait qu’exprimer la colère des Allemands, leur haine et leur rancœur avec des mots que tous pouvaient comprendre.

Adolf Hitler (Discours de janvier 1933) – Allemagne : Les conflits et la haine qui déchirent le peuple sont alimentés par un groupe spécifique qui en tire profit. Il s’agit d’une petite clique internationale, dépourvue de racines qui monte les gens les uns contre les autres, qui ne veut pas qu’ils soient en paix. Il s’agit d’un peuple qui est chez lui à la fois partout et nulle part. Il ne possède pas un territoire sur lequel il a grandi. Cependant, aujourd’hui, il vit à Berlin, demain ce sera à Bruxelles, après-demain à Paris, à Prague, à Vienne ou à Londres. Et partout, il se sent chez lui.

Assistance : Les Juifs !

Adolf Hitler (Discours de janvier 1933) : C’est le seul peuple qui peut se considérer comme cosmopolite, car il fait du profit partout. (Il s’essuie son visage avec un mouchoir.)

Christian Ingrao (Historien)  - France : Derrière chacune des figures de l’ennemi, aux yeux des nazis, se trouve une race et une seule, ce sont les Juifs.

Michael Berenbaum (Ancien directeur de la fondation Spielberg) : L’élimination des Juifs était devenu essentiel pour le salut de la nation allemande et il y avait une dimension apocalyptique dans la vision que Hitler avait.

Eric A. Johnson (Historien) : La plupart ont cru ou ont voulu croire que leurs amis, leurs voisins, leur pays allaient se réveiller et que Hitler serait rejeté.

David Cesarani  (Historien) : Personne en Allemagne, pas même les nazis, ne pensaient qu’il resterait au pouvoir plus d’un an ou deux.

Dina Porat (Historienne)  Israël : C’est ce qu’on disait partout en Europe, c’est un voyou qui a pris le pouvoir, il n’a aucune expérience politique, il s’est entouré d’une bande de malfrats. Qui sont ces gens ? C’est quoi ce parti ? Ils pensaient qu’il allait se calmer, qu’il ne tiendrait pas.

David Cesarani  (Historien) : Une poignée d’hommes, animée d’une haine farouche contre les Juifs, a pris le pouvoir et va utiliser toutes la puissance et les moyens d’un État moderne pour commencer la guerre contre les Juifs.

Michael Berenbaum (Ancien directeur de la fondation Spielberg) : Le pays le plus développé culturellement, le plus en avance intellectuellement, le berceau de la littérature, de la musique, de la philosophie et des arts, le pays de Goethe et Schiller était devenu le pays de Hitler, Goebbels et Göring. (On voit tout un groupe avec une torche à la main faire une immense croix gammée avec de la musique en fond sonore.)

Amos Oz (Historien)  Israël : C’était terrible que ce soit arrivé en Allemagne, parce que les Juifs aimaient tout particulièrement ce pays. Les Juifs en Russie n’aimaient pas la Russie car la Russie avait toujours été antisémite. Les Juifs polonais n’aimaient pas la Pologne, il y avait énormément d’antisémitisme. Les Juifs d’Allemagne aimaient l’Allemagne, d’un amour profond, ils voulaient être plus allemands que les Allemands.

 

On voit un film amateur de la famille Katz à Berlin en 1931 où tout le monde semble joyeux, même les enfants dont un garçon qui embrasse son père, tout heureux. Toute la famille s’amuse devant la caméra sans problème. On voit également des enfants qui sont en marche vers l’école avec leur sac sur le dos.

 

Christopher Browning (Historien)  États-Unis : En 1933, il y avait 500 ou 600 000 Juifs en Allemagne, la plupart était parfaitement intégrée. Ils faisaient surtout partis de la classe moyenne plutôt aisée, des milieux d’affaires, des professions libérales.

Sir Ian Kershaw (Historien) : Les Juifs étaient des citoyens allemands à part entière. Ils se sentaient allemands. (On voit une photo avec toute une famille.) Et la grande majorité d’entre eux voulaient être totalement assimilée. Ils étaient très présents dans la culture, (une autre photo avec une autre famille dont les membres sont avec des instruments de musique) la presse, la littérature. Dans tous ces domaines, ils excellaient, bien sûr, et ils jouaient un rôle très important.

Eric A. Johson (Professeur d’histoire) : Ils étaient fiers d’être Allemands et ils n’arrivaient pas à croire que les gens avec ils vivaient depuis tellement d’années, étaient devenus fous.

Peter Black (Historien) – États-Unis : Parmi les Juifs allemands, ceux qui vivaient en Allemagne depuis des générations, des siècles, la plupart se définissait comme des Allemands de religion juive. En d’autres termes, Allemand d’abord et Juif ensuite.

Eric A. Johson (Professeur d’histoire) : Ma famille vit ici depuis plusieurs siècles, je suis aussi allemand que n’importe qui d’autre. Quoi, je suis Juif ? Certains personnes disaient : « C’est Hitler qui m’a appris que j’étais juif, je ne le savais même pas ».

David Cesarani (Historien) : Il y avait quand même le sentiment que les Juifs n’étaient pas tout à fait Allemands, qu’ils étaient toujours un peu étrangers, qu’ils avaient peut-être un peu trop de pouvoir ou qu’ils occupaient une place trop importante dans l’économie.

 

Image d’archive :

Des membres de SA sont sur un camion sont en train de parler fort concernant la persécution des Juifs.

Assistance : Allemands, libérez-vous de l’emprise des Juifs ! Allemands, défendez-vous et n’achetez pas chez les Juifs !

 

Christopher Browning (Historien) : Au printemps 1933, il y a eu une multiplication de diverses formes d’agressions contre les Juifs.

Johann Chapoutot (Historien)  - France : Il y a des exactions dans des différents tribunaux, molestent des juges, frappent des avocats, qui sont considérés comme Juifs et les chassent des tribunaux.

Christopher Browning (Historien) : Les Juifs allaient être bannis de la place publique, de la fonction publique, de tout travail impliquant un contact avec le public. Il n’était plus possible d’être un acteur juif, un journaliste juif ou un musicien juif. Tout cela devait disparaître. Mais les entreprises et les commerces privés juifs étaient encore légaux.

 

Journal anonyme (Berlin)  - Allemagne : (Un nazi inscrit sur une fenêtre d’un magasin juif l’inscription « Jude », ce qui veut dire « Juif ») Sur les vitrines des magasins juifs, des membres du parti nazi et des Jeunesses Hitlériennes dessinent sur les vitres une étoile de David avec l’inscription « Jude ». C’est un retour au brassard jaune du Moyen-Âge. Envie de rester à la maison, de ne pas sortir, de ne rien voir de tout ça. Il est dur d’être stigmatiser. Je me demande comment la population va se comporter. Va-t-elle suivre ?

 

David Cesarani (Historien) : Le boycott du 1er avril 1933 n’a pas été le début d’un boycott massif par les Allemands des magasins juifs. Il n’a duré qu’une seule journée et il a pris fin. Et Goebbels était un peu déçu.

Suzanne Heim (Historienne) - Allemagne: (Pendant les nazis sont devant un commerce juif et qu’une Allemande veut rentrer dedans.) Plusieurs personnes allaient encore faire leurs courses dans des magasins juifs, bien qu’ils avaient mis des gardes en uniforme devant chaque entrée, qu’on leur en interdisait l’accès et qu’on relevait leur nom. Nous savons, en lisant des journaux intimes de juifs, que ce jour-là, plusieurs clients non-juifs se sont comportés de manière particulièrement touchante avec eux. Leur rapportant des fleurs dans leur magasin, les saluant quand ils les croisaient dans la rue parce qu’ils étaient contre ce boycott.

Membre du parti nazi : Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver. (Toute l’assemblée le salue en se levant et tendant le bras.)

Simon Doubnov (Journal)  - Russie : J’étouffe au royaume du mal, de la haine et de la violence, je n’en peux plus de respirer cet air empoisonné. Les jours prochains, on va brûler publiquement les livres juifs ou marxistes dans les rues. C’est une barbarie inouïe. Mais le monde qui protestait s’habitue déjà à la barbarie, et peu à peu, l’indignation s’éteigne.

David Cesarani (Historien) : Les bûchers de livres en 1933, c’était une façon de montrer au peuple allemand qui était ceux qui propageait les idées modernes nocives, une pensée juive dont il ne fallait pas s’approcher.

Elke Fröhlich (Historienne)  - Allemagne : Ce sont les étudiants de l’organisation nazie qui ont demandé à Goebbels de venir faire un discours.

David Cesarani (Historien) : Ces étudiants lui demandaient d’épurer les bibliothèques, de nettoyer les universités de l’influence juive et Goebbels y a vu un formidable exercice pédagogique. Brûler des livres, brûler des idées, c’était un geste fort.

 

Image d’archive

Étudiants – Allemagne : (Alors qu’il y a un grand bûcher à l’extérieur de l’université.) Je jette aux flammes les livres de Karl Marx et Trotsky ! Je jette aux flammes les livres d’Heinrich Mann, Ernst Glaesser et Erich Kästner ! Je jette aux flammes les livres de Sigmund Freud ! Je jette aux flammes les livres d’Erich Maria Remarque !

 

Elke Fröhlich (Historienne) : Bien sûr, sur le fond, il pensait lui aussi que ces livres devaient être brûlés. Bien que ce n’était pas son idée, il prononce un discours enflammé. Il écrira plus tard que ça été son plus beau discours.

Joseph Goebbels (Discours du 10 mai 1933, Berlin)  - Allemagne : Le siècle des excès de l’intellectualisme juif est maintenant terminé. (En haussant le ton.) L’Allemand de demain ne sera plus seulement un homme du livre, mais aussi un homme de caractère.

Elke Fröhlich (Historienne) : Goebbels veut persécuter dans la capitale, les exclure en créant toute sorte de discrimination.

David Cesarani (Historien) : C’était important pour Joseph Goebbels, qui était un antisémite fanatique.

Sir Ian Kershaw (Historien) : Et c’était la même chose partout, dans la musique, dans le monde de la culture, les gens étaient prêts à suivre les directives du régime parce qu’ils étaient surtout préoccupés par leur propre carrière. Les Juifs ne correspondaient pas aux critères établis par le régime qui faisaient pression sur tout le monde pour les exclure.

Saul Friedländer (Historien) : Donc, interdit aux Juifs d’être en scène dans un théâtre allemand mais ils peuvent jouer une pièce juive pour leur audience, pour un public juif. Enfin pas de grands écrivains allemands, pas le théâtre allemand, pas la musique allemande.

Sir Ian Kershaw (Historien) : Les Juifs étaient déjà exclus de la société et le monde universitaire n’était pas différent.

Yehuda Bauer (Historien)  - Israël : La plupart se sont faits les porte-paroles de l’idéologie nazie. Vous avez des textes nazis sans fin durant les années trente, sur les Juifs, sur la race et toutes ces choses-là. On a publié énormément de livres ainsi que des articles dans la presse, des textes d’intellectuels allemands. Ils faisaient partis du régime, une partie centrale du régime.

Michael Berenbaum (Ancien directeur de la Fondation Spielberg) : Le plus grand philosophe du vingtième siècle était Martin Heidegger. Et Martin Heidegger a utilisé le fait d’être l’incarnation de la philosophie allemande pour renvoyer les professeurs juifs, pour se débarrasser des étudiants juifs. Il voyait les nazis comme l’expression ultime de la civilisation allemande.

Yoram Kaniuk (Écrivain et journaliste) Israël : Un beau jour, Heidegger est monté sur une chaise et a déclaré « Il n’y a plus de juifs », et c’était fini.

Johann Chapoutot (Historien) : On peut être intellectuel et raciste, être intellectuel et ultra-nationaliste, xénophobe et antisémite.

Yehuda Bauer (Historien) : Quand il y a une dictature idéologique, la partie la plus influençable de la population, ce sont les intellectuels. On peut très facilement les manipuler et les convaincre.

Sir Ian Kershaw (Historien) : Si vous manifestiez de la compassion pour les Juifs, vous vous exposiez à des représailles de la part de bande de fanatiques nazis, de voyous. Vous étiez vous-même menacés. Les gens avaient peur.

Yehuda Bauer (Historien) : Les professeurs qui s’opposaient aux nazis ont été très vite exclus.

Dina Porat (Historienne) : Dès 1933, la propagande antijuive s’intensifie et l’antisémitisme devient un outil, un outil de propagande pour affirmer : « On va déposséder tous les Juifs de tous leurs biens ». Et ils en avaient beaucoup en Allemagne. Ils avaient des usines, des ateliers, des terres, des maisons. « Nous allons leur reprendre tout ça, nous allons les exclure de toutes les professions, de tous les services », ce genre de discours plaisait à la population.

Christopher Browning (Historien) : Si dans une ville, il y avait une boulangerie juive et une boulangerie non-juive, les nazis poussaient les gens à ne pas acheter leur pain chez un juif. Le propriétaire faisait alors faillite, vendait son commerce à un prix dérisoire et quittait les lieux.

Dina Porat (Historienne) : Le fait qu’on chassait les juifs de partout, c’était aussi une source de profit. On récupérait les biens, des emplois.

Christian Gerlach (Professeur d’histoire moderne) – Allemagne  : (Alors qu’il y a une image d’Hitler avec des écriteaux marqués : « Magasin aryen » et « entreprise aryenne ») Beaucoup d’Allemands voyaient une opportunité non négligeable pour résoudre leurs problèmes. (Sur une pancarte est inscrit « Ici les Juifs sont indésirables. ») Ou pour améliorer leur propre situation en se débarrassant des Juifs, même à ce prix-là.

Christopher Browning (Historien) : Les nazis essayaient de forcer les Juifs à quitter l’Allemagne. Le problème était que beaucoup d’autres pays ne voulaient pas accueillir d’autres réfugiés juifs. Nous étions encore au beau milieu de la Grande Dépression. Tout le monde avait déjà ses propres pauvres sur les bras et personne ne voulait de ses réfugiés sans argent venus d’ailleurs. Les nazis voulaient que les Juifs quittent le pays mais ils leur interdisaient d’emporter le moindre bien avec eux. Quand ils quittaient l’Allemagne, ils partaient sans un sou, comptant sur leur famille à l’étranger, s’ils en avaient.

David Cesarani (Historien) : Il y a eu une forte émigration, un mouvement de panique, les gens partent d’Allemagne en 1933.

Dan Michman (Historien) – Israël : Dès qu’ils ont eu l’impression que les choses allaient empirer, ils sont partis. Évidemment, le régime aussi à ce moment-là voulait qu’ils partent.

On voit une image de familles juives qui prennent le train.

Narrateur : Près de quarante mille Juifs quittent l’Allemagne entre février et juin 1933, en grande partie à destination des pays européens voisins ou des États-Unis.

Plein de Juifs descendent d’un ferry aux États-Unis.

Dina Porat (Historienne) : Des dizaines de milliers de Juifs quittent l’Allemagne dès 33. 60 000 arrivent en Israël dans le cadre de l’accord entre l’Agence juive et l’Allemagne.

On voit une image d’un paquebot continuant sa route.

Narrateur : Un accord est signé entre le gouvernement allemand et l’Agence juive en 1933. Il autorise les Juifs allemands à émigrer en Palestine sous mandat britannique et y transférer leurs avoirs.

Christian Gerlach (Historien) : Sont restés ceux qui persistaient dans l’idée que l’Allemagne était leur patrie, qu’ils étaient allemands, que l’on était dans un pays civilisé, qu’il n’irait jamais jusqu’au bout.

David Harwell (Historien) – États-Unis : Poser la question : « Pourquoi ne sont-ils pas tous partis ?» laisse supposer que s’en aller était facile, mais ça ne l’était pas. Vous deviez abandonner votre maison, votre communauté.

Eric A. Johnson (Professeur d’histoire) : « Comment fais-je gagner ma vie ? », « Que fais-je faire ailleurs ? », « Je suis né ici, pourquoi devrais-je m’en aller ? »

Peter Black (Historien) : Beaucoup de juifs avaient des professions difficilement exportables. C’étaient des intellectuels, leur profession dépendait de leur maîtrise de la langue allemande, les avocats par exemple.

Eric A. Johnson (Professeur d’histoire) : Comment tout recommencer à plus de 55 ou de 60 ans ?

Michael Berenbaum (Ancien directeur de la Fondation Spielberg) : Il y a une expression magnifique qui explique pourquoi les Juifs allemands ne sont pas tous partis : les pessimistes sont partis, les optimismes sont restés. Les pessimistes, ceux qui se disaient « La situation est dramatique et ne peut que s’aggraver » sont partis. Les optimistes, qui trouvaient que la situation était mauvaise mais pensaient que « Je connais ce pays, l’Allemagne c’est chez moi, c’est ma terre, je connais tous ces gens. C’est ma culture, Goethe et Schiller, Bach et Beethoven. Cette population ne pourra pas faire ce genre de choses. Hitler n’est qu’un mauvais moment à passer, il va disparaître. » Ces personnes-là sont restées.

David Marwell (Historien) : Ils ne savaient pas ce qui allait arriver. L’histoire des Juifs n’est qu’une suite de crises et de persécutions. Et les Juifs ont toujours survécu. Ils avaient attendu que ça passe.

Dina Porat (Historienne) : Les Juifs n’avaient pas encore le sentiment en 33, que le pays allait s’embraser complètement et quand ça s’est produit, ils étaient encore là.

Georges Bensoussan (Historien) – France : Pourquoi voudrait-on que les contemporains en 33-34 en Allemagne aient pu concevoir ce qui allait suivre ?

Eric A. Johnson (Historien) : Ils savaient que c’était désespéré mais ils voulaient encore y croire. Les gens vivent d’espoir.

 

Image d’archive : Actualités venant d’Allemagne

 

Commentateur : Ils ont violé la culture allemande, détruit la littérature. Ils se sont propagés dans le domaine du théâtre. Ils ont dénaturé la science au sein des universités, diffamé l’art allemand vampirisé la presse allemande. Ils ont détruit le système juridique allemand, anéanti notre conception de l’honneur. Ils ont empoisonné l’esprit de l’industrie allemande, ils ont transformé l’économie en un jeu de hasard. Ils ont exploité les paysans et les ouvriers, et détruit le commerce allemand.

 

Sir Ian Kershaw (Historien) : Il y a déjà eu deux années de propagande nazie intensive, et l’idée que les Juifs sont un groupe différent, qu’ils n’ont pas leur place en Allemagne et qu’on a eu raison de les exclure de tous les secteurs de la société, s’impose de plus en plus.

Joseph Goebbels (Discours) : Nous avons un théâtre allemand, des films allemands, une presse allemande, une littérature allemande, des arts allemands, une radio allemande. Avant, on entendait des gens dire : « Mais il est impossible de supprimer les Juifs des arts et de la vie culturelle. Ils sont trop nombreux et nous serons incapables de remplir tous ces postes vacants. » Ils réalisent aujourd’hui combien cela était faux ! (Des applaudissements fusent.)

Peter Black (Historien) : La montée de la violence, de la violence systématique contre les juifs en tant que Juifs dans tout le pays, ne commence vraiment qu’à l’été 1935.

Peter Longerich (Historien) – Allemagne : Des nazis avaient brutalement attaqué des juifs devant des passants. Ouvertement ridiculisés, des couples mixtes en raison de ce qu’on appelait la rassenschänder (la honte de notre race).

 

Image d’archive

On voit un couple dont l’homme porte une pancarte « Ich bin ein Rassenschänder » traduit par « Je suis la honte de ma race. »

Narrateur : L’obsession chez les nazis de la pureté d’une prétendue race aryenne, se manifesta notamment par leur dénonciation publique et la répression des unions sexuelles d’hommes allemands avec des femmes juives, de femmes allemandes avec des hommes juifs.

Un autre couple a aussi un panneau où il est écrit « Je suis un Juif qui couche avec des allemandes » mais aussi « Je suis une truie qui ne couche avec des Juifs. »

Narrateur : Quant à la population allemande dans son ensemble, elle s’accommoda sans broncher de cette ségrégation.

 

Dina Porat (Historienne) : Il y a eu des réactions à l’étranger, en Angleterre, aux États-Unis. Mais il n’y a pas eu de vraies protestations de la part de la population non-juive en Allemagne.

Suzanne Heim (Historienne) : Tant qu’ils ne regardaient pas ce qui arrivait à ceux qui ne faisaient pas partie de leur communauté, pour eux, tout allait bien.

Stephan H. Linder (Professeur d’histoire économique) – Allemagne : Où se situait le seuil d’inhumanité ? À partir de quel moment faut-il se dire : « Ça non, je ne l’accepte pas. Chaque fibre de mon corps s’y oppose. » C’est à l’opposé de toutes les valeurs que nous avons défendues jusqu’à présent, l’humanité, la justice, le droit.

Dina Porat (Historienne) : La société allemande s’habituait de plus en plus aux persécutions contre les Juifs.

Shulamit Volkov (Historienne) – Israël : Personne n’a levé le petit doigt et ce sont évidemment les moments les plus malheureux pour les Allemands.

Sir Ian Kershaw (Historien) : Les gens étaient sans cesse confrontés à cette violence, pratiquement chaque jour. Les Juifs étaient chassés des piscines publiques, plusieurs Juifs sont frappés dans la rue. En 1935, il y a déjà eu une longue période d’antisémitisme, qui va prendre fin avec les lois de Nuremberg.

Johann Chapoutot (Historien) : Vous avez des juristes au ministère de la Justice et au ministère de l’Intérieur qui s’occupent de la formulation de la loi, qui consultent des comités d’experts pour savoir comment, comment la formuler.

Sir Ian Kershaw (Historien) : Ils ont défini ce qui était un Juif et comment lui retirer la nationalité allemande.

Johann Chapoutot (Historien) : On consulte des avocats, on consulte des médecins, on consulte des juristes, en l’occurrence des juristes intellectuels hein, des professeurs d’université pour aider à la formulation de la loi. Pour savoir qui est juif, on va s’adresser aux raciologues, des experts en science de la race.

David Cesarani (Historien) : Il y avait tout un dispositif, des agences, des fonctionnaires dont la tâche était de déterminer qui était juif.

Eric A. Johnson (Professeur d’histoire) : Qui était juif et qui ne l’était pas ? Puis ils ont ajouté des interdictions concernant les mariages ou les relations sexuelles entre juifs et non-juifs.

Johann Chapoutot (Historien) : Ils ont été proclamés solennellement lors de la réunion du Parti, du congrès du Parti à Nuremberg en septembre 1935.

 

Adolf Hitler (Discours au congrès de Nuremberg – 1935) : Cette deuxième loi est une tentative pour trouver une solution. Si nous échouons, nous laisserons le Parti National-Socialiste trouver une « solution finale » pour sauver le peuple allemand. (Il donne les feuilles de son discours à un homme de confiance, revient à sa place et entendant les acclamations du public, il lève la main puis s’assoit.)

Hermann Göring (Discours au congrès de Nuremberg – 1935) : Seront citoyens du Reich uniquement ceux de sang allemand, qui, par leur comportement, montreront qu’ils sont à la fois désireux et capables de servir loyalement le Reich. Les mariages entre Juifs et citoyens de sang allemand, ou apparentés, sont interdits. (Acclamations du public.)

 

Christopher Browning (Historien) : D’un seul coup, on leur dit qu’ils sont des étrangers, qu’ils ne sont pas allemands, alors qu’ils se considéraient totalement assimilés dans cette société. Ils se rendent compte que leurs amis leur tournent le dos, que leurs employeurs les licencient, qu’il y a des lieux qu’ils fréquentaient et où ils ne peuvent plus aller. C’est une expérience incroyablement traumatisante que d’être soudainement dépossédé de son identité. D’une certaine manière, leur sentiment d’identité est nié et ils doivent essayer de se redéfinir.

Dina Porat (Historienne) : Les Juifs ont un sang différent de celui des Aryens et s’ils n’ont pas le même sang, ce sont des citoyens de seconde zone.

Georges Bensoussan (Historien) : Quel que soit votre niveau de langue allemande et de culture allemande et d’imprégnation de culture allemande et même votre ancienneté sur le sol germanique, vous ne serez jamais Allemand si vous n’êtes pas de sang allemand.

Dina Porat (Historienne) : Ça, c’est vraiment le cœur des lois de Nuremberg, la théorie des races mais dans le sens le plus biologique, c’est-à-dire, le Juif et son sang contamine la race aryenne.

Georges Bensoussan (Historien) : Donc, il est inutile de changer de passeport, inutile de changer de religion, vous serez juif pour l’éternité donc, vous représenterez le sang souillé et la souillure pour l’humanité tout entière jusqu’à la fin des temps.

Michael Berenbaum (Ancien directeur de la fondation Spielberg) : Même si leurs parents s’étaient convertis au christianisme, le but des nazis étaient d’éliminer le sang juif et par conséquent, ça dépendait du sang des grands-parents et pas du sang ou de la religion des parents.

Christopher Browning (Historien) : Le point commun entre les nombreux témoignages et les écrits de ceux qui ont survécu, c’est l’effet dévastateur de cette expérience. Être d’un seul coup exclu de cette communauté dont on pensait faire partie.

 

On voit un extrait d’un extrait du Völkischer Beobachter dont il parle des lois de Nuremberg.

Jean Améry (Par-delà le crime et le châtiment) : Au moment où je pris conscience des lois de Nuremberg, je ne devins pas plus juif que je ne l’étais une demi-heure auparavant. Les traits de mon visage n’étaient pas subitement devenus sémitiques. Dans la menace de mort que je ressentis bien clairement pour la première fois, se trouvait déjà ce que l’on a coutume d’appeler la dégradation méthodique par les nazis. Être Juif dès ce moment, cela signifiait pour moi être un mort en sursis, un homme à abattre.

 

Peter Longerich  (Historien) : Avec les lois de Nuremberg, pour la majorité de la population, un peu plus d’ordre allait permettre l’arrêt de cette violence et de ces exactions. Et ça semblait acceptable pour la plupart des gens.

Christian Gerlach  (Historien : Une partie de la population était même soulagée, même si elle n’était pas forcément antijuive. Les lois de Nuremberg succédaient à une période d’action violente dans les rues.

David Cesarani  (Historien) : En 1935, le nombre de candidats à l’émigration baissent. Les Juifs se sentent en sécurité en Allemagne. Ça semble incroyable mais ils croient encore que les lois de Nuremberg vont marquer la fin des pires persécutions.

Otto Dov Kulka (Historien) : Et plus le temps passait, plus il y avait une radicalisation de la pensée antijuive. Il y avait une certaine indifférence. Et sous cette indifférence, il y avait une connaissance complète de ce qui arrivait aux Juifs.

 

Image d’archive

 

On voit un plateau de jeu où plusieurs personnes y jouent.

Narrateur : En 1936, les Allemands se passionnent pour un nouveau jeu : « Juden Raus » (Les Juifs, dehors) Un jeu de société pour toute la famille, adultes et enfants, semblable au Monopoly créé la même année aux États-Unis. (On voit des pions en forme de personnages.) La règle du « Juden Raus » est simple, un plateau de bois représente les rues d’une ville bordée de commerces en tous genres tenus par des Juifs, les Cohen, les Goldstein. Le joueur lance les dés et se déplace dans cet espace avec comme objectif d’entrer dans une de ces boutiques et de faire prisonnier son propriétaire qu’il peut choisir de l’expédier dans un camp ou d’envoyer en Palestine. Le vainqueur est celui qui a expédié le plus grand nombre de Juifs du pays. (On voit le plateau en grand ainsi que des pions avec des dés avec.)

 

David Cesarani (Historien) : De nombreux juifs trouvaient qu’il était horrible d’être des citoyens de seconde zone, victimes de discriminations, mais la communauté juive avait pu trouver assez d’argent pour aider ceux qui avaient perdus leurs emplois et souffraient de ces discriminations. La communauté juive allemande ne se sentait pas menacée en 1936 au point de devoir tous émigrer. (Pendant que dans des images d’archives, on voit des Allemands passer même avec des Juifs.) On pouvait y vivre normalement. (On voit une autre image de juifs et non-juifs sur les terrasses des cafés.) Aux moments des Jeux Olympiques, vous pouviez aller sur l’avenue Kufürstendamm à Berlin, dîner dans un restaurant, boire un café en lisant le Jüdische Rundschau (le journal juif) et personne n’allait vous frapper ou vous brutaliser.

Yoram Kaniuk (Écrivain et journaliste) : Tous les Juifs allemands qui étaient venus à Tel Aviv dans les années 30, étaient debout sur les balcons devant la mer et voulaient revenir en Europe, retourner à Berlin même en nageant.

Christopher Browning (Historien) : Il y a un petit nombre de Juifs qui sont revenus. Mais dès que les nazis s’étaient rendus compte, ils ont interdit tout retour dans le pays et ce mouvement s’est très vite arrêté. Il y avait aussi une perception erronée selon laquelle le pire était passé et que les choses s’étaient stabilisées en Allemagne.

Michael Berenbaum (Ancien directeur de la fondation Spielberg) : Être optimiste était extrêmement dangereux. Si vous pensiez que la situation allait s’améliorer, vous avez eu tort, elle ne fit qu’empirer.

 

Image d’archive :

 

On voit défiler Adolf Hitler accompagner d’Heinrich Himmler et d’autres SS pendant qu’en fond sonore se trouve une chanson. Hitler salue la foule avec le bras tendu.

Narrateur : La fulgurante ascension de Heinrich Himmler est venue dévoiler ses ambitions démesurées. Simple membre de la SA au départ, il a, en dix ans, gravit tous les échelons du pouvoir. (En archive, on voit Hitler et Himmler se saluer aussi.) Sa fidélité et sa loyauté envers Hitler qu’il a rencontré en 1926, l’ont mené à la tête de la SS. Intelligent, peu expansif, farouchement antisémite, Himmler va devenir le premier ingénieur de ce qu’il nommera « La plus grande page de notre histoire », la solution finale de la question juive. (Himmler salue à son tour la foule avec des membres des Jeunesses Hitlériennes qui font de la musique.)

 

Christopher Browning (Historien) : Himmler est devenu le chef de la police allemande. À partir de 1936, il est à la fois le Reichsführer-SS et toutes les polices sont sous ses ordres. Et il va nazifier et militariser la police régulière.

Dan Michman (Historien) : (Pendant ce temps, on voit Himmler saluer le groupe qui est devant lui.) La SS s’empare peu à peu des polices allemandes. La police est devenue un outil au service de l’idéologie. Himmler devient l’homme le plus puissant du régime nazi, à la fois chef de la police allemande et chef de la SS.

Peter Longerich (Historien) : Dans le parti, il passait plutôt pour un petit bureaucrate. Il n’avait pas un statut très élevé et a fait une carrière lente et pénible. (Dans les années 20, on voit Himmler apporter des dossiers.)

Dan Michman (Historien) : Jusqu’alors, la SS était en fait l’unité des gardes du corps personnels de Hitler.

Peter Longerich : Elle comptait environ 300 membres au moment où Himmler a repris l’organisation. Il l’a alors rapidement transformée en une grande force paramilitaire. (On voit la signature du Reichsführer.) C’est ainsi qu’il a posé les bases de sa carrière à venir. L’organisation a grandi très vite sous sa direction. (On voit également une photo de lui.)

Dan Michman (Historien) : Himmler construit son pouvoir au sein du régime, pas à pas. Il transforme la SS en une unité d’élite. (On voit le logo de la SS ainsi qu’une image d’Hitler en guerrier.) Son modèle, ce sont les Ordres des chevaliers du Moyen Âge.

 

Image d’archive :

 

On voit un aigle d’or géant alors que sur une estrade, se trouvent Hitler et sa garde rapprochée. Des hommes déguisés en chevaliers du Moyen Âge dont un qui passe avec un bouclier dans le dos et où se trouve une croix gammée. Hitler se met à marcher vers un endroit inconnu et il salue.

 

Dan Michman (Historien) : La base idéologique, c’est la loyauté envers Hitler et la race. (On voit encore le Reichsführer saluer ses troupes.) Il impose les tests de race aux hommes qu’il recrute à la SS. Pour y être admis, il faut prouver que l’on est de pure origine allemande depuis 1750.

Peter Longerich : Cela fait aussi partie de ce style de direction singulier que Himmler a développé auprès des SS pour les contrôler. Il inventait des rites particuliers, des cérémonies particulières. Ils contrôlaient le choix des épouses. (Pendant ce temps, on voit des SS qui joue de la trompette.) Chaque SS devait déposer une requête particulière, une requête conjugale. (On voit un couple sortir alors que tout le monde les salue le bras tendu.) Et Himmler a souvent laissé entendre qu’il n’avait pas fait le bon choix.

Christian Ingrao (Historien) : La SS est une sorte de, de, d’organisation de militants nazis qui se dote de cérémonial et de code leur disant qu’ils appartiennent à une élite et qu’ils sont les meilleurs d’entre leurs pairs. (On voit un drapeau avec inscrit dessus SS en écriture runique et des SS qui font de la gymnastique en plein air. D’autres encore qui sont dans un self.)

Narrateur : Ils doivent mesurer plus d’un mètre soixante-dix, présenter un aspect germanique (cheveux blonds, yeux bleus) et avoir été membre des Jeunesses Hitlériennes. On exige d’eux le dossier politique de leurs parents, de leurs frères et sœurs. Un rapport sur leur hérédité et l’arbre généalogique de la famille sur deux siècles. Sur les deux ans que durent leur formation, ils passent les six derniers mois au sein de l’armée allemande, la Wehrmacht. Sur cent candidats, seuls dix environ sont finalement retenus. Ils prêtent alors le serment de la SS.

On voit des SS en train de participer à un cours ou jouer de la musique. Himmler fait le tour des effectifs des membres des SS présents.

 

SS : Je jure solennellement devant Dieu…

Tout le monde : Je jure solennellement devant Dieu…

SS : …d’obéir inconditionnellement…

Tout le monde : …d’obéir inconditionnellement…

SS : …au Führer du Reich et du peuple allemand,…

Tout le monde : … au Führer du Reich et du peuple allemand,

SS : Adolf Hitler.

Tout le monde : Adolf Hitler.

 

Johann Chapoutot (Historien) : C’est Hugo Boss, hein, qui taille les uniformes de la SS. Le contraste entre l’idée ou l’idéal et leur apparence physique était gommé.

Christian Ingrao (Historien) : Toute une génération de jeunes diplômés, pour la plupart juriste mais aussi beaucoup d’historiens, de philosophes, de linguistes, se sont engagés.

 

Image d’archive :

On voit Reinhard Heydrich passer en revue les troupes de la SS présents.

 

Christian Ingrao (Historien) : Dans ce service de sécurité de la SS qui a été fondé par Reinhard Heydrich. (Celui-ci avance en tendant le bras.)

David Cesarani (Historien) : Il était jeune, avait une sensibilité artistique, il était violoniste, son père dirigeait un conservatoire de musique. Ce n’était pas quelqu’un qui tenait des discours antisémite comme Joseph Goebbels. Il était rationnel, scientifique, posé. Il n’avait aucun problème avec le Juif en tant qu’individu, il avait un problème avec le Juif ennemi du peuple, du IIIème Reich, l’ennemi des Aryens.

Peter Longerich (Historien) : Heydrich, à sa manière, était un excellent organisateur. Il travaillait selon les désirs de Himmler, et Himmler savait qu’il pouvait compter sur Heydrich.

David Cesarani (Historien) : Heydrich et le SD deviennent le groupe de réflexion, le centre du pouvoir de la « Judenpolitik », la politique antijuive du IIIème Reich.

Eric A. Johnson (Professeur d’histoire) : Ils avaient fait des études de droits à l’université, la plupart avait des diplômes, des doctorats.

Édouard Husson  (Historien) – France : Ce sont parmi les idéologues nazis les plus dangereux puisque ils pensent avoir une vision moderne de ce que doit être l’Allemagne, euh, de ce que doit être le peuple allemand.

David Cesarani (Historien) : Ainsi, à la tête de la SS, vous avez des hommes qui sont très instruits, plutôt doués. Des intellectuels extrêmement cultivés. Mais qui ont aussi une éthique qui leur ordonne d’être durs, capable de décider fort et sans pitié.

Édouard Husson  (Historien) : Ils doivent être les, les cadres, euh, de l’appareil de, de l’appareil de terreur, de l’appareil de, de répression.

Christian Ingrao (Historien) : Certains opposants allemands préféreront se suicider que de tomber entre leurs mains, ce qui dit bien la brutalité euh, avec laquelle ces gens pouvaient traités les individus.

Peter Longerich (Historien) : Cette absence de morale a attiré beaucoup d’intellectuels qui voulaient simplement agir dans un cadre qui n’était pas limité par des notions de morale traditionnelle.

Suzanne Heim  (Historienne) : Himmler et Heydrich était responsable de tout l’appareil de la SS, ils jouaient un rôle crucial. (On les voit dans une pièce près d’une fenêtre.) Himmler et lui, en tant que commissaires du Reich, étaient chargés du renforcement de la race allemande.

Dan Michman (Historien) : Les Juifs sont le principal élément polluant. Il faut donc construire une nouvelle race. Ils créent le Lebensborn, une usine. Prendre une femme aryenne pure, les accoupler avec des hommes de la SS scrupuleusement choisis afin de créer un nouveau type d’Aryen pur. (On voit sur les images pleins de nourrissons dont trois infirmières s’occupent et une autre en amène d’autres. Elles leur mettent du calque sur les fesses et on voit d’autres enfants autour d’une table à l’extérieur, en train de manger.) Himmler est central de ce point de vue et évidemment, son bras droit tout au long du chemin, c’est Heydrich. Et le bras droit de Heydrich pour les affaires juives, c’est Eichmann. (On voit Himmler en train de sourire, entouré d’enfants.)

David Cesarani (Historien) : C’est le début de la carrière d’Eichmann aux affaires juives. Il a tout appris sur les Juifs. (On voit une image de lui au début de sa carrière.) Sur l’histoire juive. Il observait les activités des Juifs en Allemagne et en rendait compte au SD. C’est ainsi que Eichmann est devenu un expert sur les Juifs, sur le sionisme mais aussi un expert sur l’émigration, puisque la politique du service de sécurité était d’encourager et plus tard, de forcer les Juifs à émigrer. Eichmann allait devenir l’expert de la SD en matière d’émigration.

Otto Dov Kulka (Historien) : Il était le spécialiste de la société juive et de ses dirigeants. Eichmann travaillait justement sur ce sujet, des rapports sur ce que pensaient les Juifs. Comment percevaient-ils la situation ? Quelles étaient leurs activités ?

Eric A. Johnson (Professeur d’histoire) : Ils avaient un dossier sur pratiquement chaque Juif. Qui sont les Juifs ? Où vivent-ils ? Que font-ils ? J’ai lu plus de 1 100 dossiers. J’ai passé cinq ans à ne faire que ça. (Il sourit.)

 

Image d’archive :

 

On voit un rassemblement de jeunes qui tentent de récupérer des drapeaux à croix gammée et des voitures passent dans les rues.

Narrateur : Le 12 mars 1938, la Wehrmacht envahit l’Autriche sans rencontrer la moindre résistance. (Pendant que les Autrichiens sont fiers de voir arriver des soldats allemands et des femmes jettent des fleurs sur le sol.) Annexé, le pays devient une province du IIIème Reich. Acclamé par une foule en délire, Hitler, autrichien d’origine, savoure son retour triomphal sur sa terre natal. (Il est debout dans sa voiture, saluant la foule le bras tendu.) La réunification de l’Autriche et de l’Allemagne était interdite par le traité de Versailles, (les gens et les enfants autrichiens l’acclament) mais les démocraties occidentales ne réagirent pas.

 

David Cesarani (Historien) : Eichmann part à Vienne dans l’intention d’y encourager, d’y forcer l’émigration juive. (On voit des hommes du SD avec des Juifs.) En 24 heures, il a proposé un plan, un plan ingénieux mais cruel, dur.

Christopher Browning (Historien) : Eichmann s’est révélé extraordinairement efficace. Il met en place une méthode d’émigration accélérée des Juifs. Les Juifs quittent l’Autriche beaucoup plus rapidement sous la direction d’Eichmann, qu’ils ne partaient d’Allemagne.

David Cesarani (Historien) : Ils devaient signer un papier donnant aux SS tous leurs biens, leur argent. Ils sortaient du bureau sans un sou mais ils avaient un visa pour quitter l’Autriche et un passeport pour aller dans un autre pays.

On voit une banderole en Autriche où il est écrit : « Les Juifs sont des criminels. Lisez le numéro spécial du Stürmer. ». On voit aussi une vitre où il est inscrit le terme « Jude ».

David Cesarani (Historien) : Avec ce système, Eichmann a pu forcer 50 000 Juifs à quitter l’Autriche. Pour les dirigeants nazis à Berlin, c’était miraculeux.

Eric A. Johnson (Professeur d’histoire) : Ils l’ont donc nommé responsable de toutes les affaires juives, le titre officiel pour la personne chargée des affaires juives.

 

Image d’archive :

On voit tout un groupe de juifs attendre leur tour pour partir. Ils mettent leurs bagages dans des coffres et un enfant rigole.

 

David Cesarani (Historien) : Le régime a mis en place à Vienne un système permettant de dépouiller les Juifs de toutes leurs ressources, leur argent, tout. Quand Göring y a entendu parler de cette spoliation systématique qui dépouillait les Juifs de Vienne, il s’est dit : « Pourquoi on pas faire cela en Allemagne ? Si on a pu le faire en Autriche, nous pouvons le faire en Allemagne». (On voit Göring souriant et s’appuyant sur un bord de tableau. On voit également Hitler et Göring dans le grand salon au Berghof.)

David Cesarani (Historien) : Göring et ses amis ont vu que les Juifs pouvait être une source de revenu. C’est le début de la politique d’aryanisation. À partir de la seconde moitié de 1938, tout a été saisi par l’État, et le plus souvent, d’une manière violente.

Elke Fröhlich (Historienne) : Ça commence à partir du mois d’avril 1938 et ça va se radicaliser jusqu’en mai, en laissant se déclencher des scènes de rue terribles.

Yehuda Bauer (Historien) : Il y avait des réfugiés juifs qu’il fallait accueillir et que l’on ne voulait pas recevoir. Roosevelt voulait quand même faire un geste.

Richard Breitman (Historien) : Il avait de la sympathie pour ces Juifs persécutés mais il refusait d’affronter son propre département d’État ou les syndicats, à propos de ces immigrants qui voulaient venir aux États-Unis. (On voit une photo du président américain.) Il y avait déjà des restrictions très fortes en matière d’immigration et il n’a pas fait grand-chose.

Yehuda Bauer (Historien) : On n’était pas prêt à modifier les lois d’immigration des États-Unis.

Richard Breitman (Historien) : On peut peut-être persuader d’autres pays de prendre davantage de réfugiés venant d’Europe centrale. Et ils ont proposé d’organiser une conférence internationale, et ce fut la conférence d’Évian.

 

Image d’archive :

On a une vue de la plage vers les hôtels d’Évian pour la conférence tenue en juillet 1938.

Narrateur : Ce qui va achever de refermer le piège sur les Juifs, c’est la montée de l’antisémitisme en Europe, la politique timorée des puissances occidentales et la fermeture de leurs frontières.

 

Yehuda Bauer (Historien) : (Pendant qu’on voit des diplomates et des dirigeants participant à cette conférence.) Ils ont réuni une conférence extraordinaire pour aider les réfugiés. Ils ne voulaient pas dire « Juifs ». Les Juifs n’étaient pas des réfugiés puisqu’ils étaient des citoyens allemands.

Michael Berenbaum (Ancien directeur de la fondation Spielberg) : On n’y a jamais parlé d’un problème juif, mais uniquement d’un problème de réfugiés. Même si tout le monde avait compris que les réfugiés étaient qui : les Juifs.

David Silberklang (Historien) – États-Unis : Les Juifs ? Ils ne sont rien. Ils sont quoi les Juifs ? Ils sont une minuscule minorité partout.

Dina Porat (Historienne) : Vous ne devez pas vous demander pourquoi ils ne sont pas partis, mais pourquoi personne n’a voulu les recevoir.

Amos Oz (Écrivain) : Ils n’avaient pas où aller, personne ne voulait d’eux. Personne ne voulait recevoir les Juifs. Le Canada par exemple a dit : « Un, c’est trop ». La Suisse a dit « Aucun, c’est déjà trop ». En Australie, ils ont dit : « Nous détestons l’antisémitisme, nous sommes contre l’antisémitisme, c’est pourquoi nous ne laisserons pas entrer de Juifs car nous ne voulons pas importer l’antisémitisme en Australie. »

Dina Porat (Historienne) : Au Canada, il n’y avait pas assez de place ? Au Brésil, en Argentine, en Australie, des pays immenses.

Richard Breitman (Historien) : La plupart des pays ont dit : « Nous ne sommes pas vraiment des pays d’immigration. Et nous ne voulons pas, certains l’ont dit sans la moindre gêne, de Juifs. »

Yehuda Bauer (Historien) : Et dans cette conférence, qui s’était tenue à huis clos, les Anglais et les Américains ont décidé de ne rien faire.

Hans Ulrich Jost (Professeur d’histoire suisse contemporaine) – Suisse : Pour les Suisses, c’était réconfortant de dire « Mais voyez, on fait comme les autres, on n’est pas exceptionnel, c’est un problème international. Nous ne pouvons le résoudre et puis regardez les autres, ils ne veulent pas non plus de Juifs. ». Donc, c’était, oui, c’était assez lamentable la conférence, non seulement l’attitude des Suisses.

Peter Black (Historien) : Et c’est exactement le moment où le monde extérieur a commencé à fermer complètement ses frontières aux émigrants. (On voit un dessin avec un juif assis près d’un poteau avec plusieurs pancartes et au sol se trouve une immense croix gammée.) Et plus le nombre de Juifs tentant de fuir rapidement augmentait, plus le nombre d’endroits où aller diminuait dramatiquement.

Hans Ulrich Jost (Professeur d’histoire suisse contemporaine) : Il y avait tout à coup beaucoup d’Autrichiens juifs qui venaient avec un passeport euh, en Suisse. On voulait les trier. Alors, c’est les Suisses qui ont demandé aux Allemands de trouver une solution.

Michael Berenbaum (Ancien directeur de la fondation Spielberg) : La Suisse, la Suisse, pays neutre, a demandé que les cartes d’identité des Juifs allemands soient frappées de la lettre J.

Hans Ulrich Jost (Professeur d’histoire suisse contemporaine) : Les Suisses ont exigé ce marquage du passeport des Juifs allemands.

Michael Berenbaum (Ancien directeur de la fondation Spielberg) : Parce qu’ils voulaient bien accepter tous les Allemands en Suisse sauf les Juifs, ils avaient peur qu’ils restent.

 

Image d’archive : (Extrait : The Refugee, Today and Tomorrow, 1938.)

On voit des familles juives entrant dans un bureau en Suisse.

Contrôleur : Mais vous n’avez pas de visas !

Homme juif : Oui, nous sommes venus sans visas. On a dû quitter Vienne en 48 heures et je n’ai pas eu le temps de me procurer un visa. J’ai donc dû m’enfuir avec ma femme en passant par la forêt.

 

On voit des Juifs courir à travers la forêt avec leurs bagages.

Narrateur : Hitler était convaincu que ni l’Europe, ni les États-Unis n’interviendraient pour sauver les Juifs. Quelques jours après la conférence d’Évian, il déclarait : « C’était honteux de voir les démocraties dégoulinaient de pitié pour le pauvre peuple juif et rester de marbre quand il s’agissait vraiment d’aider les Juifs. » (On voit toute une famille se retrouver en Suisse.)

 

GÉNÉIQUE DE FIN

On voit un SA peindre une étoile de David sur une vitre d’un commerce juif.

 

La totalité des archives allemandes de 1933 à fin 1944, ont été filmées par la propagande nazie. Et la plupart des photos ont été prises par des soldats ou des photographes allemands.

Kikavu ?

seriepoi 
23.03.2020 vers 07h

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