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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 02.06.2009 à 19h55
Auteur : lili59
Statut : Terminée
« Plus de détails dans le premier paragraphe! » lili59
Cette fanfic compte déjà 32 paragraphes
- La température de l’eau vous convient-elle ?
- Oui, c’est très bien.
La tête penchée en arrière, Serena ferma les paupières. Le va-et-vient des longs doigts fins dans sa chevelure la détendait … enfin. Depuis dix jours, son corps lui faisait l’effet d’une armure rigide dans laquelle elle se sentait prise au piège, prisonnière de sa tension et de ses peurs.
Que faisait son père aux îles Fidji ? Et pourquoi cette garde armée autour de lui ? Elle avait longuement réfléchi, échafaudé des dizaines de théories, et elle avait désormais une certitude : sa disparition, quatre ans plus tôt, et la protection qu’il avait placée autour de lui étaient forcément liées à son métier.
Car, dans la vraie vie, son père était un homme admirable. Elle n’avait que six ans lorsque ses parents avaient divorcé, et pourtant elle avait toujours pu compter sur lui. Il s’était toujours montré aimant, prévenant, faisant passer sa famille avant tout le reste. Elle se rappellerait toujours du jour où, apprenant que sa petite fille chérie allait se faire opérer de l’appendicite, il avait laissé en plan le tournage du clip de Michael Jackson pour se rendre à ses côtés.
Mais en affaires, c’était un autre homme… Un véritable requin, croquant celui qui s’approchait un peu trop de son terrain de chasse. Hollywood était versatile, il ne le savait que trop. Il avait même été condamné à une peine de prison avec sursis pour avoir roué de coups un jeune réalisateur qui avait dégoté le contrat qu’il lorgnait.
Tous ses problèmes étaient donc forcément liés à son travail. Pourquoi disparaître ainsi de la circulation sinon ? Pourquoi abandonner ses enfants sans un mot, sans une explication ?
- Tout va bien mademoiselle ? demanda la coiffeuse qui avait senti le corps de Serena se raidir.
- Oui oui…
Il fallait qu’elle se calme. Qu’elle de détende quelques instants… Ne plus penser, simplement se laisser griser par la caresse qui se voulait toujours plus douce, toujours plus…
- C’est bon, tout est réglé avec l’agence ! On nous l’envoie aussi vite que possible ! scanda une voix familière.
Ouvrant un œil, Serena sortit de sa torpeur. Blair s’assit sur le siège voisin, rangeant son téléphone portable dans son sac à main.
- Merci Blair. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi…
- De rien. Et puis nous avons un deal : mon aide contre une couleur de cheveux plus acceptable !
Serena sourit. Blair était dans une forme olympique, comme à chaque fois qu’elle se lançait dans une nouvelle machination machiavélique.
- Franchement, ce serait dommage que ton père retrouve sa fille avec un look punk !
- Tu crois vraiment que ça va marcher, hein ? demanda Serena, soudain inquiète et sceptique.
- Bien entendu ! Tu as bien fait de m’appeler, je suis experte en la matière. Comme si Carter pouvait se montrer de la moindre utilité !
Serena sourit. Elle se retint de rappeler à Blair qu’elle l’avait pourtant trouvé bien utile à une certaine époque…
- Et à ce propos, reprit Blair, je pourrais savoir ce qui se passe entre vous deux ?
Serena fronça les sourcils, surprise.
- Qu’est-ce que tu veux dire ?
- Allez Serena, ne fais pas ta cruche ! Tu n’as pas vu comment il te regarde ? Il te dévore littéralement des yeux !
Serena éclata de rire.
- Ce n’est pourtant pas moi qu’il veut voir en tenue de soubrette !
Blair se rembrunit.
- Fais attention S… Carter est un serpent, et il ne fait jamais rien sans arrière pensée. Ne pense pas que c’est par pure charité chrétienne qu’il est venu te donner cette info…
- Carter et moi nous connaissons depuis le jardin d’enfants Blair ! Je ne dis pas que c’est un ange, mais…
- Mais quoi ? C’est un sale hypocrite manipulateur, un point c’est tout ! Et il est en train de réussir !
- Réussir quoi ?
- A t’attirer dans ses filets. Il commence par jouer à ami-amie, mais ensuite…
Serena leva les yeux au ciel, tandis que la coiffeuse entourait ses cheveux dans une épaisse serviette en coton.
- Tu dis n’importe quoi Blair…
- Pas du tout ! Et je sais même très exactement pourquoi il fait ça.
- Vraiment ? demanda Serena, amusée.
- Tu l’as forcé à retourner à Dubaï. Et il cherche à t’approcher pour se venger.
- Blair, il faut absolument que tu arrêtes de regarder la télé ! Ce n’est pas parce que ta relation avec Chuck est basée sur la manipulation qu’il en est de même pour tous les autres !
La coiffeuse invita d’un geste sa cliente à se lever et à rejoindre l’espace dédié à la coupe. Serena se leva mais s’arrêta un instant devant Blair qui, la tête baissée, n’avait pas bougé.
- Tiens, et en parlant de Chuck, où êtes-vous tous les deux ? s’enquit Serena. J’étais tellement absorbée par toutes ces histoires avec mon père que je n’ai même pas pris la peine de te le demander…
Avec un sourire moqueur qui ne suffit pas à masquer la lueur de tristesse dans ses yeux, Blair répondit :
- Tu voudrais bien le savoir hein…
Repérée : Petit Blouson Rouge apportant café et muffins chez sa belle-mère. Attention Little J : dans l’Upper East Side, lorsque le grand méchant loup se terre dans son lit, ce n’est pas pour te manger : c’est pour mieux te baiser mon enfant !
Dans l’ascenseur aseptisé, Jenny vérifia sa montre pour la vingtième fois consécutive : dix heures du matin. Il était certes un peu tard pour un petit-déjeuner, mais peut-être était-il encore trop tôt pour Chuck Bass ? Et d’ailleurs, est-ce qu’il petit-déjeunait ? Il vivait la nuit, peut-être commençait-il la journée directement par le déjeuner ?
Jenny se sentit soudain ridicule et eut envie de jeter cafés et pâtisseries dans la première poubelle qui se présenterait à elle. Non mais quelle mouche l’avait piquée cette nuit pour qu’elle se retrouve à apporter le petit-déjeuner à Chuck Bass ? Il allait se ficher d’elle, et ce serait bien fait ! Avait-on idée de se ridiculiser de la sorte ?
La porte de l’ascenseur s’ouvrit tout à coup. Jenny expira profondément et prit son courage à deux mains. De toute façon il était trop tard… Et puis il allait bien falloir enterrer la hache de guerre d’une manière ou d’une autre s’ils devaient travailler ensemble !
Prenant une grande inspiration, elle fixa sur ses lèvres un sourire – un peu forcé, certes, mais elle faisait ce qu’elle pouvait ! En sortant de l’ascenseur, son pouls s’accéléra et le sang afflua douloureusement dans ses tempes. Elle s’arrêta et ferma les yeux, repensant aux paroles que Nate lui avait dites. Nate… Le rouge lui monta instantanément aux joues et, ouvrant les yeux, c’est presque en courant qu’elle pénétra dans le salon.
Elle s’arrêta net.
A l’autre bout de la pièce, Chuck, chemise déboutonnée, tendait une liasse de dollars à une bimbo légèrement vêtue.
- Vous pouvez vérifier si vous le souhaitez… disait-il.
- Je vous fais confiance, répondit la fille qu’une voix suave. Et puis nous nous revoyons demain, c’est bien cela ?
- C’est bien cela… A mon plus grand plaisir d’ailleurs, sourit Chuck.
La jeune fille inclina la tête avec un sourire poli et prit le chemin de la sortie. Le regard de Chuck suivit son déhanché durant plusieurs mètres, jusqu’à ce qu’il croise un autre corps féminin. Fronçant les sourcils, il releva la tête et découvrit Jenny Humphrey, bouche entrouverte, tenant stupidement deux cafés et un sachet contenant visiblement des viennoiseries.
- Jenny… la salua-t-il d’un signe de tête poli.
Il se dirigea vers la jeune fille et, attrapant un des deux gobelets, l’apporta dans la cuisine. Là, il sortit une flasque de la poche de son pantalon et en versa la moitié dans le breuvage noir. Il allait porter le gobelet à sa bouche lorsqu’un rire hystérique lui parvint. Tournant la tête vers Jenny, il vit la jeune fille se tenir les cotes, littéralement pliée de rire. Il carra sa mâchoire, dubitatif.
- Qu’est-ce qui te prend ?
- C’est juste que… Que…
Elle hoquetait de rire, telle une démente.
- Et dire que j’ai vraiment failli croire que tu avais changé ! Que Chuck Bass avait changé ! Je suis tellement… Tellement… Ah c’est trop !
Elle s’approcha de lui et posa café et viennoiseries sur le comptoir de la cuisine américaine. Elle essuya ses yeux embués de larmes et reprit :
- Et le pire, c’est que je le savais : j’aurais dû écouter Gossip Girl ! Comme si Nate pouvait avoir une once de bon sens te concernant !
- Mais de quoi parles-tu ? demanda Chuck, articulant chaque mot comme s’il parlait à une démente.
- Mais de … ça ! s’exclama Jenny en désignant l’ascenseur qu’avait emprunté la bimbo quelques minutes plus tôt. Et de … ça !
Cette fois, c’était le café alcoolisé de Chuck qu’elle pointait du doigt.
- Tu ne changeras jamais… Et rien ni personne n’y changera jamais rien. Pas même…
La fin de sa phrase mourut sur ses lèvres. Le regard de Chuck s’était durci, et il la mitraillait maintenant du regard. La voix dure, presque cruelle, il murmura :
- Pas même quoi Jenny ? Ou plutôt pas même qui ?
Tout à coup, la peur lui vrilla le ventre. Mais qu’est-ce qui lui avait pris de dire ça ? En arrivant, elle était tellement tendue que ses nerfs avaient lâché au premier événement inattendu.
Eh oui Little J, on récolte ce que l’on sème ! Tu as créé une tempête de rire … attends-toi maintenant aux foudres de Chuck Bass !
Jenny recula d’un pas, jetant instinctivement un coup d’œil en direction de l’ascenseur.
- De personne… Désolée.
Le regard de Chuck, aussi noir que le ciel lors d’une nuit d’orage, la foudroyait toujours. Aucune trace de répit ou d’indulgence dans les pupilles qui la laceraient.
- Ecoute, heu… Visiblement je tombe mal. Je repasserai. Disons vers seize heures ?
S’imaginant à nouveau face à lui, ici, dans cette pièce, son pouls s’accéléra et sa respiration se fit plus haletante.
- Ou plutôt non ! Voyons-nous autre part… En terrain neutre. Disons au London Bar ? C’est moi qui invite !
Chuck ne répondit pas. Il la traquait toujours de son regard de guépard, mâchoires carrées, prêt à fondre sur sa proie. N’espérant plus de réponse, Jenny fit volte-face, se dirigeant à pas mal assurés vers l’ascenseur.
Chuck ne bougea pas d’un pouce tandis qu’elle s’éloignait un peu plus de lui à chaque seconde. Lorsque les portes de l’ascenseur se refermèrent derrière elle, sa main pressa si fort le gobelet que du café s’en écoula. Se forçant à prendre une inspiration, il posa le verre sur le bar, prêt au contrecoup.
Il ne tarda pas.
La colère protectrice s’évanouit presque aussitôt et, s’agrippant au comptoir, il tenta de résister à la déferlante de souffrance qui l’envahit. Le souffle court, il regarda les tendons de ses mains ressortir sous la pression qu’ils subissaient, s’accrocher désespérément au bar comme à une bouée de sauvetage dans cet océan de douleur où il se noyait. Cette douleur qu’il tentait d’oublier depuis ce qui lui semblait être des semaines…
Reprenant ses esprits, il se releva et, tournant la tête à droite et à gauche, fit craquer sa nuque. Il sortit la flasque de son pantalon et avala d’un trait ce qu’il en restait.
- Oh tu sais p’pa, Miami n’est pas si différent de New York… Même leur quartier riche s’appelle Upper East Side, je me sens comme à la maison !
Dan, qui tenait négligemment son téléphone dans une main et une glace dans l’autre, éclata de rire.
- Oui c’est ça, au Four Seasons Miami. L’hôtel est sympa, et Nate a insisté pour payer une suite avec jacuzzi. Très sympa !
Nate réprima une grimace. Ravi de l’apprendre ! Car, le moins que l’on pût dire, c’était que le soleil radieux qui inondait Miami ne parvenait pas à réchauffer les rapports entre Dan et lui. Depuis le départ de la galerie la veille, il s’était montré froid et distant, que ce soit dans l’avion ou à l’hôtel.
Mais que lui reprochait-il au juste ? D’avoir osé parler à Jenny ? Pourtant il n’avait rien fait de mal ! Il l’avait simplement vue énervée et bouleversée, et il avait essayé de l’aider. Il en avait toujours été ainsi, et ce bien avant leur histoire… Leur histoire qu’il avait été étouffée dans l’œuf, par amitié pour Dan. Mais de là à ne pas pouvoir parler à Jenny sans que cela crée un incident diplomatique… Il ne fallait pas exagérer !
Jetant un coup d’œil à son voisin, il se rendit compte que celui-ci avait raccroché. Ca tombait bien, il avait besoin d’un remontant, et vite : il n’était que quinze heures, et la perspective de devoir passer le reste de la journée avec Grincheux n’avait rien de très réjouissant.
- Ca te tente ? demanda-t-il en pointant du doigt le premier bar venu.
Dan se contenta d’un grognement, qu’il décida de prendre pour un oui. Qu’il aille se faire voir ! Et puis, peut-être rencontrerait-il là-bas une présence plus agréable, voire vraiment plus agréable ? Ca valait la peine d’essayer.
Ouvrant la porte, Nate découvrit qu’il se trouvait dans une des centaines de bars salsa qui florissaient en ville. Parfait ! Il s’attabla à une des hautes tables en zinc et, alpaguant la première serveuse venue, lui commanda deux téquilas.
Il évita soigneusement de croiser le regard de Dan pendant les quelques minutes d’attente, se bornant à chercher des yeux une fille qui serait suffisamment jolie pour l’aider à penser à autre chose. Mais l’endroit était quasiment désert, et il le resterait sans doute jusqu’aux premières heures de la nuit. Nate poussa un soupir résigné. Fort heureusement, la serveuse choisit ce moment pour apporter leurs consommations. Nate leva son verre et Dan lui rendit la politesse, les lèvres pincées. Nate leva les yeux au ciel et avala son verre cul sec. Dan en fit autant et, comme la veille, manqua de s’étouffer.
Nate ne put réprimer un petit sourire, qui fit sortir Dan de ses gonds :
- Quoi ?
Nate fronça les sourcils, surpris par le ton agressif de son ami.
- Rien…
- Si, je vois bien qu’il y a quelque chose ! s’exclama Dan, le regard noir. C’est parce que j’ai toussé, c’est ça ? Tu te crois plus fort que moi ?
Nate, éberlué, hocha la tête.
- Tu délires complètement Dan !
- Mais oui c’est ça… Mademoiselle !
Un doigt tendu en l’air, il apostrophait la serveuse qui bavardait avec un client quelques tables plus loin.
- Vous voudrez bien nous apporter une rangée de douze téquilas s’il vous plaît ?
Se tournant vers Nate, il retrouva son air dur et reprit :
- On va voir qui est le plus fort…
- Tu es complètement ridicule Dan ! Qu’est-ce qui te prend ?
- Il me prend que j’en ai marre de toujours passer pour la fillette de la bande ! J’en ai marre qu’on n’écoute jamais ce que je dis ! Que ce soit Serena, toi ou Jenny, c’est toujours pareil !
Soudain Nate comprit. Alors c’était donc ça ? C’était à cause de Jenny ?
Une colère sourde s’insinua en lui. Pourquoi ? Il n’aurait su le dire. Peut-être parce que l’attitude de Dan était injuste, peut-être parce que son silence depuis le départ l’avait blessé. Peut-être parce que l’affaire Jenny n’avait jamais été réglée, et qu’il avait toujours dû contenir en lui son ressentiment. Ressentiment. Oui, c’était exactement ça. Rancune même.
- Très bien, murmura Nate. Tu l’auras cherché…
Allongée sur un transat, Blair sirotait un jus de fruits pressés en contemplant l’océan turquoise. Comme la veille, le ciel était dégagé et, quoiqu’il ne fût que neuf heures du matin, le soleil resplendissait déjà. Un immense voilier voguait à l’horizon et Blair suivait sa course tranquille en réfléchissant.
Carter jouait forcément la comédie. Il s’y prenait bien, certes, mais elle voyait clair dans son jeu … expérience oblige. Et elle ne laisserait pas Serena tomber dans le piège, il en était hors de question. Mais c’était tout juste : la veille encore, elle avait surpris les regards complices que ces deux-là avaient échangés au restaurant et elle s’était d’ailleurs assurée que chacun dorme dans sa chambre attitrée avant d’aller elle-même se coucher. Mais dès son réveil, sa décision était prise : elle allait prendre Carter à son propre piège, le faire tomber dans ses filets afin de prouver à Serena qu’il se jouait d’elle. Bien sûr, elle n’irait pas jusqu’au bout. Enfin, juste assez pour que Serena ouvre les yeux.
Entendant un bruit de pas derrière elle, Blair se leva précipitamment et ôta à la va-vite son peignoir en soie. Elle se rassit à la hâte sur son transat, pliant une jambe pour que sa nuisette dévoile le haut de ses cuisses. Elle réajusta ses lunettes de soleil Dior sur le bout de son nez et n’eut que le temps d’insérer la paille de son jus de fruits dans sa bouche avant que Carter ne sorte sur la terrasse.
- Déjà debout ? s’étonna-t-il.
Blair poussa un long soupir las et passa une main sensuelle dans sa chevelure.
- Oui, ce décalage d’horaire me donne le vertige…
- Il est quinze heures à New York, c’est normal que tu sois déboussolée… la rassura Carter.
Blair fit une petite moue. Non seulement Carter ne prêtait pas la moindre attention à son corps à moitié nu, mais en plus il se montrait courtois. Bizarre…
- Je te trouve bien prévenant ce matin, remarqua-t-elle.
- J’ai promis à Serena de faire des efforts te concernant. Je compte tenir ma promesse…
Blair releva ses lunettes de soleil et lui décocha un sourire aguicheur.
- Tu es sûr que c’est la seule raison ? demanda-t-elle d’une voix douce.
- Certain.
Et sans plus la regarder, il se dirigea vers la desserte du room-service et se servit un café noir. Tandis qu’il le sirotait à petites gorgées en regardant l’horizon, le visage de Blair se tordit en une grimace : raté… Il allait falloir y aller un peu plus fort si elle voulait le faire craquer. Parce que s’il pensait sincèrement la berner aussi facilement, il se trompait ! Et puis elle le connaissait bien, lui et ses points faibles. Carter était aussi fasciné par le dos des femmes que Chuck ne pouvait l’être par leur nuque.
Au souvenir de Chuck, elle eut le souffle coupé. Elle déglutit difficilement et secoua la tête : pas maintenant… Il y avait plus urgent à régler.
- Carter ?
- Hum ?
- Le soleil est déjà brûlant… Tu voudrais bien me passer de la crème solaire ?
Les sourcils arqués, Carter se tourna vers Blair. Celle-ci, allongée sur le ventre, avait baissé sa nuisette au niveau de sa taille, si bien que son dos s’offrait à son regard. Un dos magnifique, où les côtes et les omoplates ressortaient finement derrière la peau douce et halée. Il avala sa salive et, mû par une irrésistible envie de la toucher, vint se camper derrière elle.
- Bien sûr…
Tandis qu’il débouchait le flacon, Blair sourit : ah le coup de la crème solaire ! Aussi vieux que le monde, et pourtant toujours aussi efficace ! Elle imaginait déjà les frissons qui allaient le parcourir lorsque ses doigts toucheraient le crin de sa peau… A quel point ses mains se délecteraient du contact soyeux… A quelle vitesse ses lèvres auraient envie de caresser à leur tour la peau déli…
- Aïe !
- Désolé ! Je vais y aller moins fort…
Non mais qu’est-ce que c’était que ce bazar ? Loin des caresses, les mains de Carter étaient dures, appuyant rudement sur la peau pour que la crème pénètre plus rapidement. Il agissait comme un père badigeonnant son enfant sur une plage, pas comme un amant caressant l’objet de ses désirs !
- Voilà, conclut-il.
- Merci beaucoup, répondit-elle d’une voix sèche.
Elle se redressa, plaquant sa nuisette contre elle pour qu’elle ne dévoile pas sa poitrine, et regarda Carter. A nouveau plongé dans la contemplation du paysage, ce dernier n’avait absolument pas l’air tourmenté. Il devait mentir, forcément… Et il y avait un moyen très facile de s’en assurer. Les mots mentent, pas le corps. Le regard de Blair descendit le long du corps masculin, du débardeur blanc au léger pantalon en lin, et s’arrêta au niveau qui lui apprendrait combien elle l’avait excité.
Rien.
Il n’y avait rien ! Pas la moindre trace, pas le moindre indice ! Ce n’était pas possible ! Normalement ça démarrait au quart de tour avec lui !
- Bonjour tout le monde ! scanda la voix chantante de Serena.
Tournant la tête en sa direction, Blair découvrit sa meilleure amie vêtue d’un long tee-shirt et d’un short en coton qui lui arrivait à mi-cuisses. Les cheveux emmêlés, les paupières encore lourdes de sommeil, Serena s’approcha de Blair et l’enlaça.
- Comment vas-tu ce matin ma jolie ? demanda-t-elle.
- Ca pourrait aller mieux, répondit sèchement Blair en jetant un regard mauvais à Carter.
Serena se tourna vers le jeune homme. Les yeux brillants, celui-ci ne l’avait pas quittée des yeux.
- Qu’est-ce que tu as encore fait ?
- Rien du tout ! s’offusqua-t-il. J’ai été un parfait gentleman !
- C’est vrai ? demanda Serena en se tournant vers Blair.
Blair plissa les yeux. Quelque chose avait changé en Carter… Mais quoi ?
- Oui c’est vrai. - Bon, dans ce cas je vais prendre une douche, bailla Serena. Essayez de ne pas vous entretuer pendant les dernières minutes du match…
C’est lorsque Serena disparut dans le salon que Blair comprit ce qui avait changé chez Carter. Elle pouffa de rire et, plaçant une main devant sa bouche grande ouverte, se força à détourner les yeux de son entrejambe…
Lorsque l'ascenseur ouvrit ses portes, Lily eut un léger mouvement de surprise. Elle sourit de sa bêtise et, replaçant une mèche rebelle derrière son oreille, s'exclama :
- Charles ! Tu m'as fait peur...
- Bonjour Lily, sourit faiblement Chuck.
La jeune femme sortit de l'ascenseur mais, au lieu de laisser suffisamment de place pour que Chuck puisse y entrer, elle se planta au contraire devant lui. Les portes se refermèrent dans son dos, tandis que Chuck, imperturbable, semblait attendre la suite des événements.
- Tu tombes bien, je voulais justement te parler.
- Je suis pressé, rétorqua-t-il d'une voix morne. Jenny m'attend pour les préparatifs du mariage.
- Oh ! s'exclama Lily, arrondissant sa bouche un peu plus longtemps que nécessaire. Ca se passe bien ?
- A merveille...
Le visage toujours inexpressif, Chuck appuya sur le bouton et les portes de l'ascenseur s'ouvrirent.
- Charles, attends !
Lily fit mine de poser sa main sur le torse du jeune homme mais se retint au dernier instant.
- Ecoute... Je sais que ces derniers jours ont été difficiles pour toi, je veux dire...
- Merci Lily, mais je ne veux pas en parler.
Il fit mine de la dépasser, mais Lily fit un nouveau signe de la main pour l'en empêcher.
- Je sais Charles, seulement... Ne fais pas payer à Jenny ton mal-être, veux-tu ? Elle n'y est pour rien...
- Je sais.
Cette fois-ci, Lily ne tenta pas de le retenir lorsqu'il fit mine d'entrer dans l'ascenseur. Elle fit volte-face et vit son fils adoptif appuyer sur le bouton du rez-de-chaussée. Il était si pâle...
- Fais attention à toi, murmura-t-elle tandis que les portes se refermaient.
Cette chaleur, était-elle due aux trente-neuf degrés ambiants ou aux trente-neuf degrés de la téquila ?
Dan essuya les gouttelettes de sueur qui perlaient sur son visage, observant la serveuse qui déposait la sixième tournée sur la table. Elle se croyait à une épreuve de sprint aux Jeux Olympiques ou quoi ? Elle aurait pu prendre son temps pour l’apporter…. Le temps que sa tête tourne un peu moins par exemple… Ou encore que son estomac lui fasse moins l’effet de voyager sur un navire en pleine tempête…
- Un problème, Dan ?
Dan releva la tête et découvrit le sourire en coin de son acolyte.
- Aucun, Nate.
Il prit un nouveau verre, le vingtième, et le figea en l’air quelques instants. Nate l’imita et, sans l’ombre d’une hésitation, l’avala d’un coup. Dan passa sa langue sur sa lèvre inférieure, déglutissant avec difficulté. Mais sentant le regard de Nate peser sur lui, il l’avala.
Une fois encore, une multitude de flammèches incandescentes lui brûla la gorge, une foule de piques perfora son œsophage. Il plaqua l’arête de son pouce sur son menton et toussa le plus discrètement possible. Il avait réussi. Posant son verre, il toisa Nate avec une pointe de défi. En face, celui-ci grimaçait.
Ah ! Il ne s’attendait pas à ça hein ? Lui, Nathaniel Archibald, meilleur ami de Chuck Bass, fumant et buvant depuis ses onze ans, se faire défier par un petit bonhomme de Brooklyn qui non seulement avait ingurgité son premier verre d’alcool deux ans plus tôt, mais qui en plus tenait la route ?
C’était tout le problème avec Nate. A priori, il passait pour le gentil garçon bien propret, ouvert aux autres, et ce qu’importait leur origine sociale. Mais ce n’était pas vrai ! Pas du tout même… En fait, il ne revenait vers les « pauvres » que lorsque son propre monde lui tournait le dos. D’abord avec Vanessa quand il avait appris la trahison de Blair et Chuck un an plus tôt. Mais, les choses s’arrangeant avec Chuck, exit Vanessa ! Sauf que quelques mois plus tard, le voilà qui se retrouve à la rue ; aucune importance, Jenny est là pour lui remonter le moral, puis Vanessa ! Cette fois-ci, tout semble fonctionner comme sur des roulettes. Mais c’est sans compter sur sa famille qui décide inopinément de lui ré-ouvrir les bras… Et alors bye bye Vanessa, bonjour Blair, stage et Colombia !
Et voilà que maintenant que ses plans estivaux ne se déroulaient pas comme il le voulait, il tentait de remettre le couvert avec sa sœur ? Non, mais pour qui les prenait-il ? Pour des marionnettes à utiliser quand les joujoux de luxe étaient cassés ? Et une fois que le service après-vente ramènerait en parfait état ses précieux objets, il remettrait les vilains pantins au placard ? Hors de question !
Jenny avait souffert de leur rupture, ce n’était un secret pour personne. Elle était fragile, et Dan la soupçonnait d’être encore secrètement attirée par Nate. Mais elle était aveugle, elle ne voyait pas qu’il se servirait d’elle avant de lui briser le cœur … une fois encore !
Relevant la tête, il remarqua que Nate ne l’avait pas quitté des yeux, cherchant apparemment à comprendre ce qui se passait dans sa cervelle. Comme s’il ne le savait pas… Bien sûr qu’il était conscient de la manière dont il utilisait les gens qui n’étaient pas de son univers ! Bien sûr ! Mais c’en était terminé. Il ne le laisserait plus faire…
Levant son vingt-et-unième verre, Dan l’avala d’une traite. Et cette fois-ci sans broncher.
Votre thé vous sera-t-il servi âpre ou sucré, Melle Humphrey ? Car si Chuck Bass peut être de miel, ces jours-ci il son humeur semble plutôt amère ! Je me délecte déjà du cocktail explosif de votre rendez-vous. Alors : plutôt Sex on the beach ou Bloody Mary ? Réponse à venir!
Les doigts de Jenny tambourinaient nerveusement la table. 15h57. Chuck n’allait plus tarder.
Une dernière fois, l’adolescente répéta dans sa tête le discours qu’elle avait minutieusement préparé :
« Bonjour Chuck, assieds-toi. Bien... Ecoute, il va falloir mettre certaines choses au point. Je ne sais absolument pas ce qui t’arrive et, très sincèrement, je m’en contrefiche. Tout ce que je sais, c’est que tu n’as aucun droit de me traiter ainsi, parce que je n’ai rien à me reprocher. Non non, ne m’interromps pas, je n’ai pas terminé ! Car je voudrais te rappeler que c’est TOI qui as voulu abuser de moi il y a deux ans. Et, alors que c’est TOI qui devrais te sentir gêné, c’est TOI qui me traites comme l’ennemie... Le monde à l’envers ! Et ça, ça commence à bien faire ! Alors tu vas fermer ton clapet deux secondes et garder pour toi tes réflexions parce que, cette fois, c’est MOI qui prends les commandes. Oh ne me regarde pas comme ça, tu as très bien entendu ! Oui oui, c’est bien « Little J. » qui te parle ainsi ! Parce que tu vois, si toi tu te fiches de ce mariage comme d’une guigne, ce n’est pas mon cas. Lily n’a peut-être aucune importance à tes yeux et c’est ton problème, mais il n’empêche qu’il s’agit aussi de mon père. Alors, que ça te plaise ou non, je compte tout mettre en œuvre pour que ce jour soit le plus beau de… »
- Puis-je m’asseoir ?
Sursautant sur sa chaise, Jenny leva les yeux et découvrit Chuck de l’autre côté de la table. Impeccable dans son costume en nylon gris, celui-ci lui souriait gentiment. Gentiment ? C’est avec une expression confuse que Jenny hocha la tête.
- Jenny, reprit Chuck en s’asseyant, nous devons parler.
Encore une fois, son timbre rocailleux tendait vers le velours. Jenny n’avait entendu cette voix qu’une seule fois. C’était quelques mois plus tôt, lorsqu’il lui avait présenté ses excuses. A demi-mots, bien sûr. Chuck Bass ne s’abaisserait jamais à une telle preuve de faiblesse.
- Jenny, je te prie de bien vouloir m’excuser.
Le visage de la jeune fille passa de la confusion à l’ébahissement. Elle se contenta de fixer son interlocuteur, bouche bée, yeux hagards. Le regard de Chuck au contraire était perçant, comme s’il souhaitait de toutes ses forces pénétrer son âme.
- Pour une raison personnelle, j’ai été amené à réfléchir sur … toi. Et j’ai réalisé que mon attitude ce matin n’avait pas été correcte. Je crois que…
Chuck Bass hésitant ! Chuck Bass cherchant ses mots face à elle, Jenny Humphrey, lycéenne dont le pied-à-terre se situait à Brooklyn ! Elle ne pouvait pas y croire…
- Je crois que tu n’as jamais pris au sérieux les excuses que je t’ai présentées il y a quelques mois.
- Tu ne t’es jamais réellement excusé…
Les mots étaient sortis tous seuls, elle n’avait pu les contrôler. Rougissant, le cœur battant à tout rompre, Jenny baissa la tête tandis que Chuck fronçait les sourcils.
- Vraiment ? Une chose de plus à me faire pardonner dans ce cas.
Mais c’est qu’il avait l’air sérieux ! Bon sang, mais pourquoi fallait-il qu’elle rougisse ? Où était passée sa belle assurance, son discours si bien préparé ? Ce mec avait le don de lui faire perdre tous ses moyens… Mais quel était son secret ?
- Jenny ?
La jeune fille releva la tête et découvrit le sourire en coin que Chuck lui adressait.
- Je ne veux pas que tu aies peur de moi, articula-t-il avec soin. Tu n’as rien à craindre. Enfin sauf mon habituelle humeur massacrante…
- Disons que ça fait partie de ton charme ?
Le sourire de Chuck s’élargit.
- Merci. Ces derniers jours n’ont pas été …
Son sourire s’évanouit et il se pinça légèrement les lèvres.
- … évidents. Mais je compte tout mettre en œuvre pour que notre collaboration soit fructueuse.
- C’est ce que tu dis maintenant, souffla Jenny, mais qu’en sera-t-il à ma prochaine gaffe ?
- Jenny, susurra Chuck en contractant les mâchoires, je reconnais avoir beaucoup de défauts. Mais sache que lorsque Chuck Bass s’engage dans quelque chose, il va jusqu’au bout.
Pour une raison inconnue, son visage se tordit en une grimace. A quoi pouvait-il bien penser ? Après d’interminables secondes, il secoua la tête et poursuivit :
- Qui plus est, l’enjeu est de taille. Ce mariage représente beaucoup pour Lily. Et Lily…
Le jeune homme se redressa sur son siège, son regard se perdant dans le lointain. Une fois encore, Jenny prit garde à ne pas interrompre son silence. Enfin, Chuck se tourna vers elle et, une flamme malicieuse dansant dans ses pupilles, lui tendit une main par-dessus la table.
- Alors ? Marché conclus ?
- Mais qu’est-ce qu’elle fait ?
- Pour la dixième fois Serena, un entretien d’embauche dure un peu plus que cinq minutes… soupira Blair. Et arrête de tourner en rond, tu me donnes le tournis !
Serena lança un regard assassin à sa meilleure amie. Elle se précipita vers la fenêtre, ses longs cheveux blonds voletant derrière elle, et épia les alentours.
Personne.
Elle poussa un soupir mi-résigné mi-exaspéré. Mais qu’est-ce qu’elle faisait bon sang ?
Une main amicale se posa sur son épaule et Serena détourna la tête.
- Blair a raison Serena, murmura Carter, tu devrais te calmer… Elle va arriver d’une seconde à l’autre, et avec de bonnes nouvelles, j’en suis sûr…
- Mais qu’est-ce tu en sais toi ? cria Serena, se libérant d’un geste de son étreinte.
Carter, surpris, eut un mouvement de recul. Il jeta un coup d’œil à Blair qui haussa les épaules.
- Laisse-la, elle finira par se calmer… temporisa la brunette en retournant aussitôt à sa manucure. Serena n’a plus toute sa tête lorsqu’elle est sous pression… Tiens, comme le jour de la remise des diplômes, où elle s’est mise à traquer Gossip Girl à cause d’une énième rumeur… Où alors lorsqu’elle s’est éloignée de Dan parce que Georgina était revenue… Oh ! Et sans oublier la fois où elle a disparu après avoir couché avec mon petit-ami bien sûr…
- Blair, ça suffit! l’apostropha Serena, avant de revenir à Carter. Quoique dise Blair, ça ne change rien ! Depuis deux semaines tu me répètes que tout va bien se passer, que je vais retrouver mon père, là, incessamment sous peu… « Encore un peu de patience Serena ! », « On touche au but Serena ! »
Serena déambulait désormais dans la pièce, faisant de grands gestes qui brassaient l’air lourd de ce milieu de journée.
- Et finalement, de quelle utilité m’as-tu été ? Hein ? Parce que, si le plan fonctionne et que je peux effectivement entrer en contact avec mon père, ce sera uniquement grâce à Blair ! Avant qu’elle n’arrive, on aurait presque dit que tu faisais tout pour reporter notre enquête ! Parce qu’il s’agit de ça hein ? En fait, tu ne veux PAS que je retrouve mon père !
- Serena…
Les mains tendues en direction de la jeune femme, Carter s’approchait du chaton sauvage à petits pas, pour ne pas l’effrayer. Il reprit d’une voix encore plus douce :
- Tu sais pertinemment que c’est faux… Si je n’avais pas voulu que tu retrouves ton père, pourquoi aurais-je pris la peine d’engager un détective privé ? Pourquoi serais-je venu te donner ces informations ? Pourquoi t’aurais-je accompagné ici, à l’autre bout du monde ?
- Mais justement ! hurla Serena de sa voix fluette. Il fallait que je sache pour lui, histoire que mon envie de le voir grandisse encore, jusqu’à me rendre malheureuse !
- Tu dis n’importe quoi, murmura Carter. Et tu le sais…
- Pas du tout ! s’emporta Serena. Même Blair a repéré ton petit jeu !
Blair ouvrit la bouche et, tendant un doigt en l’air, essaya d’intervenir :
- En fait Serena…
Elle ne put terminer : trois petits coups résonnèrent à la porte. Les acolytes se regardèrent un instant en silence, soudain tétanisés. Enfin, Blair se leva et alla ouvrir.
- Alors ? demanda-t-elle.
De l’autre côté de la porte, une silhouette féminine tendit un trousseau de clés à bout de bras.
- Vous savez que je ne décevrrrai jamais Miss Blairrr… triompha Dorota, une immense paire de lunettes de soleil sur le bout du nez.
Le visage de Blair se fendit en un large sourire et, joignant les paumes de ses mains, elle se tourna vers Serena :
- Tu vois ? Je t’avais bien dit qu’il fallait faire appel à une véritable professionnelle !
Serena baissa la tête, expirant doucement toute la pression accumulée. Enfin… Enfin on lui donnait le précieux sésame qui lui permettrait d’entrer dans la caverne d’Ali Baba. Mais qui eût cru que ce serait Dorota qui le lui apporterait ?
- Tout va bien Miss Serrrena ? demanda la gouvernante.
Avec un doux sourire, Serena s’approcha de Dorota. Elle l’enlaça, à la grande surprise de cette dernière qui, raide comme une planche, ouvrit de grands yeux.
- Oui Dorota… Grâce à vous. Je vous en serai éternellement reconnaissante…
Les lèvres de Dorota s’arquèrent en un sourire ravi, et elle tapota rapidement le dos de Serena qui recula.
- Bien… souffla-t-elle. On va pouvoir passer à la seconde partie du plan. Blair, tu es prête ?
- Toujours quand il s’agit de séduction… minauda la brunette en papillonnant des yeux.
Elle se leva et suivit Serena à la porte, Dorota sur les talons. Carter récupéra sa veste et, la passant par-dessus son épaule, leur emboîta le pas.
- Qu’est-ce que tu penses faire ? demanda sèchement Serena.
Carter s’arrêta au milieu de la pièce, hochant rapidement la tête pour signaler son incompréhension.
- Je t’accompagne ! C’est bien ce qui était prévu non ?
- J’ai changé d’avis, annonça Serena d’une voix froide.
Dorota se pencha vers Blair et lui chuchota à l’oreille :
- L’ancienne Miss Serrrena est de retourrr, miss Blairrr?
- Chut… lui intima la jeune femme, ne lâchant pas le spectacle des yeux.
Le bras de Carter tomba lourdement, laissant sa veste traîner par terre.
- Serena, tu n’es pas sérieuse…
- Je ne suis on ne peut plus sérieuse Carter. Cette histoire ne te concerne plus. Tu peux partir… Non, mieux : je veux que tu partes.
Et sans plus de cérémonie, Serena lui tourna le dos. Son visage fermé ne laissait pas transparaître le moindre signe de regret.