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3x01 - The beach is back

Série : Gossip Girl (2007)
Création : 02.06.2009 à 19h55
Auteur : lili59 
Statut : Terminée

« Plus de détails dans le premier paragraphe! » lili59 

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Le numéro 33 lui avait toujours porté malheur... S'il avalait ce verre-là, il allait vomir, foi de Dan Humphrey ! Ou peut-être sombrer dans un coma éthylique ? L'espace d'un instant, il imagina la tête que ferait son père en apprenant que son fils siii mâture, siii responsable, avait subi un lavage d'estomac... Ah ah, ce serait drôle ! Non ?

Oups, il n'était plus sûr d'avoir les idées très claires... La phase euphorique entre le vingt-troisième et le trente-et-unième verre était bel et bien révolue. Là, tout ce qu'il voulait c'était rentrer chez lui. Son royaume pour un lit !

 

*

Tout était flou... De l'autre côté de la table, il n'y avait plus un mais trois Dan Humphrey. Heu... Ca voulait dire que Dan en était à son quatre-vingt-treizième verre alors ? Nate ne savait plus très bien.

Il se frotta les yeux puis battit rapidement des paupières. Ah, il n'y avait plus que deux Dan... C'était mieux. Heu... Mais mais qu'est-ce qu'ils faisaient-là déjà, au fait ?

 

*

- Dis Dan, tu te rappelles pourquoi on est là déjà ? demanda Nate, à moitié avachi sur la table.

Dan, qui somnolait sur son tabouret, releva précipitamment la tête et regarda, confus, autour de lui.

- Heu... Je crois que... Heu...

Le jeune brun se frotta la tête.

- En fait je sais plus trop... reconnut-il.

Il continua à réfléchir quelques instants, mais sa cervelle était résolument vide. Trop d'alcool, plus de place pour les idées sûrement... Il se contenta donc de supputer :

- On a un truc à oublier ?

Nate contracta le menton, si bien que ses lèvres s'épaissirent en une moue peu avenante.

- Ben non, j'crois pas... Ou alors on fait un jeu ?

Dan, un sourire idiot collé aux lèvres, leva un doigt philosophe :

- Ah ça, ça m'étonnerait pas ! Les deux vieux copains qui se retrouvent à faire les quatre cents coups ! Je suis même sûr que c'est toi qui as lancé l'idée !

Nate éclata de rire :

- Pour sûr ! Parce que tu sais quoi... Ben nous deux, on fait la paire mon pote... Et franchement, j'espère que l'année prochaine, même si on va pas à la même fac, on gardera le contact.

Dan se leva et, une main sur le cœur, se mit au garde-à-vous.

- Pour sûr, vieux frère !

Nate se leva et, titubant, rejoignit Dan. Les deux garçons s'enlacèrent et se donnèrent des tapes qui se voulaient viriles dans le dos.

- Et puis de toute façon, reprit Dan, on est déjà presque frères hein ! J'ai même déjà vécu chez toi !

Sans crier gare, le visage de Dan se décomposa. Nate fronça les sourcils. Ben qu'est-ce qui lui prenait d'un coup ? Il avait seulement rappelé le bon vieux temps, celui qui n'était lié qu'à de super souvenirs ! Lui dormant sur le canapé où il manquait deux lattes, Dan préparant son habituel café imbuvable, Jenny le découvrant à moitié nu dans la salle de...

- Jenny ! s'exclamèrent-ils en chœur.

Nate fronça aussitôt les yeux d'un air féroce. Dan, à quelques centimètres, lui rendit aussitôt la pareille. Un silence s'installa quelques minutes, chaque mâle toisant sans ciller l'autre du regard.

- Comment ai-je pu oublier que tout ça était ta manière de la garder pour toi tout seul ? demanda Nate.

- Comment ai-je pu oublier que tout ça était ma manière de protéger ma petite sœur ? demanda Dan.

- La protéger ! s'exclama Nate. T'assurer qu'elle n'allait pas retirer sa burqa oui !

Il se retrouva projeté à terre : Dan lui labourait l'abdomen de coups de poings.


lili59  (09.06.2009 à 19:28)

- Tu crois qu’elle va repasser par ici ? demanda le jeune homme blond en inspectant avidement les alentours.

- Il n’y a pas d’autre chemin entre les bungalows et la piscine… répondit son voisin quadragénaire aux tempes grisonnantes. Mais de toute façon, te fais pas d’illusion mon p’tit Devon : ce sourire, il était pour moi.

- Mais bien sûr ! Dans tes rêves Brett ! Tu as presque l’âge d’être son père !

Le dénommé Brett donna un coup de poing dans l’épaule dudit Devon et rétorqua :

- Tu crois que George Clooney prend son café au lit avec ta grand-mère ?

Devon était prêt à lui rétorquer que George Clooney, lui, n’avait pas de poignée d’amour, lorsque son regard fut attiré par un mouvement au détour du chemin.

Il poussa un sifflement admiratif : la jolie brunette de tout à l’heure était encore plus sexy qu’auparavant, si c’était possible... Elle avait troqué sa robe blanche pour un paréo turquoise qu’elle avait négligemment noué autour de ses hanches, dévoilant ainsi sa poitrine ronde et ferme dans son maillot de bain noir encore mouillé.

- De mieux en mieux… s’enthousiasma Brett, un sourire libidineux aux lèvres.

Comme dans une publicité, la déesse semblait avancer au ralenti, ajoutant à la sensualité de la scène. Elle se mouvait avec une grâce indicible, ses longues jambes fines encore rallongées par ses talons aiguilles.

- Regarde-moi… Regarde-moi… supplia Devon entre ses dents.

La fille commença à tourner la tête.

- Oui, c’est ça, par ici… Allez, encore un peu princesse…

Enfin, la brunette croisa son regard. Le visage du jeune homme se fendit en un large sourire. Toujours au ralenti, la déesse le regarda un instant avant de lui rendre un sourire éclatant. Elle remonta ses lunettes de soleil sur le haut de son front et secoua la tête, libérant son opulente chevelure qui gonfla dans la brise légère.

- Dis-moi que je ne rêve pas Brett, s’il te plaît… murmura Devon, les yeux grand ouverts. Ou alors, si je rêve, fais en sorte que je ne me réveille jamais…

- Pas touche Minus : elle est à moi. Une nana comme ça, il lui faut un homme, un vrai. Pas un gosse tout juste sorti de son berceau, grommela Brett.

La brunette se rapprochait peu à peu. Et c’est lorsqu’elle ne fut qu’à quelques pas d’eux que l’inconcevable se produisit : elle leur décocha un clin d’œil !

Devon eut l’impression de défaillir, Brett de son côté bomba le torse. Leur attitude sembla plaire à la jeune fille : la tête penchée légèrement en arrière, elle éclata de rire. Mais sa posture la déséquilibra et elle tomba sur le parterre fleuri.

Brett et Devon se jetèrent un coup d’œil, avant de s’élancer d’un seul mouvement à sa rescousse. Lorsqu’ils arrivèrent à son niveau, la jeune fille se massait la cheville, l’expression douloureuse peinte sur son visage ne parvenant pas à gommer la finesse de ses traits.

- Tout va bien mademoiselle ? demanda Devon, essoufflé par sa course.

Il fut projeté en arrière par Brett qui tendit la main à la brunette.

- Laissez-moi vous aider à vous relever, charmante créature… susurra-t-il.

- Je vous remercie, lui répondit la jeune fille d’une voix légèrement idiote. Mais je crois que je me suis foulée la cheville…

Elle leva des yeux implorants vers les deux hommes.

- Mais bien sûr qu’elle ne peut pas se lever, crétin ! s’énerva Devon, profitant de l’occasion pour remonter en selle. Je me permets de me présenter : agent Devon Penn. Et voici mon coéquipier Brett Carson.

En prononçant ces mots, le jeune homme blond avait bombé le torse, visiblement fier d’énoncer son titre à la jeune demoiselle en détresse. Mais l’effet ne fut pas celui escompté : la jeune fille pâlit, et c’est d’une voix blanche qu’elle balbutia :

- A… Agents ?

- Oui, rigola Devon. Nous travaillons au FBI. Et à qui avons-nous l’honneur ?

La jeune fille déglutit.

- Blair Waldorf, murmura-t-elle, les yeux perdus dans le lointain.

A quelques centaines de mètres, deux silhouettes féminines se glissaient à l’intérieur du bungalow que les deux agents gardaient quelques minutes plus tôt.


lili59  (10.06.2009 à 17:07)

- Et que je ne vous revoie pas traîner dans le coin ! hurla la serveuse en claquant la porte derrière elle.

Dan et Nate se jetèrent un coup d’œil assassin mais, avisant le regard choqué des passants, reportèrent leur attention sur leur tenue vestimentaire respective.

La veste en jean de Dan était partiellement déchirée, dévoilant le tee-shirt violet qu’il portait en-dessous. Pas grave, pensa-t-il en s’observant dans la vitrine d’un magasin : au moins c’était en accord avec son œil au beurre noir !

De son côté, Nate observait les griffures qui lacéraient ses avant-bras. Il faudrait que Dan apprenne à se battre autrement que comme une fillette, pensa-t-il avec un sourire moqueur.  

Soudain, les vapeurs d’alcool se dissipèrent et un lointain souvenir s’imposa à son esprit : Chuck, se réveillant un beau matin dans sa chambre d’hôtel avec un joli cocard…

- Tu n’as pas voulu me faire mal… murmura Nate.

Dan se tourna vers lui en réajustant le col de sa veste.

- Pardon ?

- Je dis que tu n’as pas voulu véritablement me cogner… répéta Nate un peu plus fort. Lorsqu’il s’agit de ta sœur, tu peux te montrer beaucoup plus violent. Tu t’es retenu…

Dan s’arrêta net. Il observa un instant Nate, dans le silence le plus total. Enfin, il détourna la tête et entreprit de réajuster les manches de sa veste.

- Je ne vois absolument pas de quoi tu parles…

- Arrête de faire l’idiot ! s’emporta Nate. Tu t’es retenu, parce qu’au fin fond de toi tu sais que tu as tort…

- Je n’ai pas tort ! vociféra Dan.

Nate eut un mouvement de recul. Dan poursuivit :

- Je sais très bien ce que tu fais Nate ! Tu n’es pas satisfait par ton monde en ce moment, alors tu veux rejoindre le nôtre ! Je sais exactement ce que c’est, crois-moi. Ne suis-je pas « l’insider » ? demanda-t-il ironiquement.

Il reprit d’une voix tranchante :

- Mais il y a une différence entre toi et moi, et une différence de taille : c’est que moi j’essaie de combiner ces deux mondes, alors que toi tu passes de l’un à l’autre comme une girouette, nous utilisant comme des pantins. Et ce peu importent les dommages collatéraux !

- Les … dommages collatéraux ? Mais de quoi parles-tu ?

- De Jenny ! rugit Dan.

Nate fronça les sourcils. Jenny… Encore et toujours, on en revenait à elle. Tel un mur infranchissable, une barrière invisible qui les séparait, inévitablement.

- Elle en a assez bavé, je ne veux pas qu’elle souffre à nouveau !

- Parce que tu crois que moi je veux qu’elle souffre ? s’emporta Nate.

Surpris par la spontanéité de sa réponse, Dan se tut. Nate en profita pour enchainer :

- Tu crois que je ne sais pas que Jenny a souffert à cause de moi ? Tu crois que ça ne m’a rien fait ? Et tu crois vraiment que je veux la rendre malheureuse ? Allez Dan, tu me connais mieux que ça…

Il toisa son adversaire un instant. Il était en colère : c’était trop facile ! Oui, trop facile de lui mettre tous les torts sur le dos !

-  La vérité Dan, c’est que tu te mets des œillères pour oublier ton propre rôle dans toute cette affaire !

Ce fut au tour de Dan de froncer les sourcils.

- Oh ! Ne prends pas cet air surpris s’il te plaît ! J’ai rompu avec Jenny, c’est vrai. Mais pourquoi ? Parce que tu étais là, et qu’il m’a fallu choisir entre elle et toi !

- Tu déformes la réalité ! s’indigna Dan. Tu as rompu parce que tu n’as pas aimé sa revanche sur Vanessa…

- Je te parle de avant ça ! cria Nate. Avant, le jour où j’ai quitté l’appartement ! Pourquoi suis-je parti ? Hein Dan ? Pourquoi ?

Dan ouvrit la bouche. Il semblait tétanisé.

- C’est toi qui as fait souffrir Jenny ! C’est toi qui l’as fait souffrir en l’éloignant de moi !

Dan avait baissé la tête et regardait désormais ses chaussures. Nate le contempla un instant. Il n’arrêterait pas là. Oh que non… Il allait tout lui dire, tout. Reconnaître ses propres torts, certes, mais lui faire aussi admettre les siens. Dan allait le haïr pour les mots qu’il s'apprêtait à prononcer… Mais tant pis, il fallait mettre cartes sur table…

- Ce que tu dis à propos de mon côté girouette est vrai dans un sens, reconnut Nate d’une voix plus posée. Mais seulement dans un sens… Car à vrai dire, je n’ai fait la girouette qu’avec Vanessa. Il n’y a que Vanessa vers qui je me tournais par défaut.

Tapis.

Nate déglutit, attendant l’explosion du meilleur ami de Ness. Mais rien ne vint… Dan continuait à fixer obstinément ses chaussures. Nate y vit un signe d’encouragement, alors il poursuivit :

- Vanessa est une fille bien. Une fille sur qui je pouvais toujours compter, une fille qui savait me rendre heureux. Mais je ne l’aimais pas. Enfin pas vraiment…

Toujours rien.

- Mais toi Dan, toi… Tu n’as jamais été une « personne ressource ». Bien sûr que nous avons eu nos engueulades, nos hauts et nos bas ! Mais c’est normal, c’est comme ça l’amitié ! Je m'engueule même avec Chuck! Mais ce n’est pas parce qu’on ne se voit pas pendant un moment qu’on n’est plus amis !

Il prit une profonde inspiration avant de poursuivre. Il se mettait à nu, et il avait pleinement conscience de la situation périlleuse dans laquelle il se plaçait de lui-même : à la fin de sa tirade, Dan pourrait réexploiter ces aveux à son avantage…

- Ce que tu as fait pour moi, cette année… Seul un ami pouvait le faire. Tu es mon ami Dan. Tu es même mon seul ami, avec Chuck.

Retenant son souffle, il observa son interlocuteur. Il n’avait toujours pas bougé. Bon sang, mais il avait besoin d’un électrochoc pour réagir ou quoi ? Très bien, dans ce cas…

- J’aimais Jenny.

Dan releva la tête, l’air ahuri. Enfin !

- J’aimais Jenny, Dan. Je l’aimais, pour de vrai. Elle n’était pas un passe-temps ou un « pantin » comme tu dis. Je la voulais. Vraiment. Je n’avais pas ressenti ça depuis…

Il ne pouvait pas dire ça. Dan ne le lui pardonnerait jamais. Tant pis !

- Je n’avais pas ressenti ça depuis Serena.

La réaction fut immédiate : la bouche de Dan se tordit en une affreuse grimace.

- Sauf qu’avec Jenny, c’était différent, poursuivit Nate. Serena était une chimère, un rêve inaccessible, un fantasme… Jenny était bien réelle. Je voulais être avec elle, réellement. L’amener au restaurant, au cinéma… Je voulais être avec elle, chaque jour, chaque heure. Elle n’était pas un pantin Dan. J’étais le pantin. Je ne contrôlais plus rien, elle m’avait totalement désarçonné.

Dan ne grimaçait plus. Les traits de son visage s’étaient affaissés et une lueur triste valsait désormais dans ses iris.

- Je n’ai plus qu’une chose à dire… finit Nate. Lorsque notre histoire à Jenny et moi s’est terminée, plus rien n’a été pareil. Parce que, avant, je cherchais avec Vanessa un parachute au monde de l’Upper East Side… Mais après Jenny… Après Jenny, Dan, c’est l’Upper East Side qui était devenu le parachute à Jenny.


lili59  (10.06.2009 à 22:19)

Le bruit de la télévision résonnait en sourdine dans le hall d’entrée. Serena aurait été incapable de dire de quelle émission il s’agissait : ses oreilles bourdonnaient, et elle ne percevait que le bruit du sang qui affluait dans ses tempes. Elle fut soudain prise d’un vertige et s’agrippa à Dorota.

- Tout va bien Miss Serrrena ? s’inquiéta la petite femme replète.

- Oui... murmura Serena. Laissez-moi juste un instant, ça va passer…

Le grand moment était enfin arrivé. Elle avait toujours imaginé ces retrouvailles sur une plage, au soleil couchant, père et fille courant l’un vers l’autre pour mettre fin à la cruelle distance qui les avait trop longtemps séparés. Mais la réalité était tout autre : son père était là, au bout de ce couloir, regardant la télévision dans une pièce aux volets à demi-clos.

Idiote ! se morigéna-t-elle. Peu importe le cadre, ton père est là !

Se ressaisissant, elle prit une profonde inspiration et avança, le cœur battant, les genoux flageolant. Plus que trois pas… Plus que deux pas… Plus qu’un…

Ses pupilles se dilatèrent pour s’accoutumer à la pénombre de la pièce. Sur le canapé en osier, un homme lui tournait le dos. Ses cheveux coupés très court étaient poivre et sel. Dans son souvenir, son père était châtain. Mais après tout, quatre années avaient passé…

Sa gorge était tellement sèche et serrée qu’elle douta un instant de pouvoir prononcer le mot qu’elle n’avait pas dit depuis si longtemps…

- Papa ?

L’homme sur le sofa se raidit immédiatement. Après quelques secondes interminables, la silhouette élancée se dressa enfin et fit volte-face. Le cœur de Serena fit un bond dans sa poitrine.

- Papa !

- Serena !

Elle s’élança vers l’homme qui l’accueillit à bras grand ouverts. Fourrant sa tête contre la poitrine paternelle, Serena se mit à sangloter. Elle ne savait pas trop pourquoi… Le stress, l’émotion de ces retrouvailles, le chagrin accumulé depuis quatre longues années peut-être… Dans tous les cas, se laisser aller à pleurer dans ces bras familiers et inconnus à la fois était tout simplement libérateur… Son père caressait ses cheveux, la cajolant de la voix la plus douce qui lui avait jamais été donnée d’entendre… Cette voix qui avait chanté pour elle, qui lui avait lu des histoires… Elle l’avait presque oubliée. Comment était-il possible d’oublier une telle mélodie ?

Relevant la tête, Serena essuya ses yeux baignés de larmes. Elle voulait le voir, le voir jusqu’à ce que son image fût gravée sur sa rétine. Un souvenir que personne ne lui prendrait, jamais. Derrière la barbe nouvelle, elle retrouvait les traits délicats. Les rides autour de la bouche s’étaient creusées, ne mettant qu’un peu plus en valeur les dents blanches et les lèvres charnues. Il en était de même pour les pattes d’oie qui faisaient ressortir les teintes grises de ses yeux. Ses yeux… Ils avaient changé. Quoiqu’ils fussent plein de joie en l’instant présent, Serena n’y voyait plus la flamme ni la malice qui les habitaient encore quelques années plus tôt.

- Tu es tellement belle… souffla son père, admiratif.

La main posée sur la joue de sa fille, il la contemplait, plein d’extase.

- Normal, je te ressemble… murmura Serena en souriant.

Sa voix était encore tremblante. Quant à ses genoux, ils jouaient un peu moins des castagnettes, mais c’était tout juste… Elle replongea contre la poitrine de son père qui la berça doucement.

L’instant aurait été magique si une voix de crécelle n’avait pas tout à coup retenti :

- Mais lâchez-moi ! Lâchez-moi je vous dis !

Serena se tourna en direction de l’éclat de voix. Derrière Dorota qui essuyait ses larmes à l’aide d’un large mouchoir à carreaux, Blair apparut. Elle était fermement maintenue par deux hommes qui lui tenait chacun un bras.

- Brett, Devon… salua poliment son père. C’est bon, tout va bien. Vous pouvez la lâcher.

Les deux hommes libérèrent brutalement Blair de leur étreinte. Cette dernière leur adressa un regard noir, tout en massant ses bras douloureux.

- Espèces de brutes ! Je vais porter plainte ! se plaignit-elle.

- C’est ça ! se moqua l’homme le plus âgé et légèrement bedonnant. Mais tu le feras depuis la prison où tu ne manqueras pas d’être envoyée pour tentative de corruption sur deux agents fédéraux…

- Tentative de corruption ? se moqua Blair. S’il fallait emprisonner toutes les filles manipulant les hommes qui pensent davantage avec leur pénis qu’avec leur tête, nos prisons seraient pleines … monsieur l’agent !

- Stop ! intervint Keith. Messieurs, laissez-moi vous présenter ma fille, Serena.

Les deux hommes se tournèrent vers Serena, bouche bée.

- Serena a réussi à retrouver ma trace, et visiblement son amie Blair a tout simplement voulu l’aider à entrer en contact avec moi…

Il adressa un sourire amusé à la brunette.

- Visiblement Blair, tu es toujours aussi fougueuse et déterminée…

Elle sembla prendre la remarque comme un compliment et, haussant un sourcil, adressa un sourire pincé aux deux hommes.

- Maintenant messieurs, si vous voulez bien nous laisser… Ma fille et moi avons beaucoup de temps à rattraper.

Brett et Devon acquiescèrent d’un signe de tête et sortirent de la pièce. Keith, tout sourire, se tourna vers Serena.

- Bon, et maintenant que tout est rentré dans l’ordre, puis-je t’offrir quelque chose à boire ?

Son sourire disparut aussitôt. Bien loin de la petite fille qu’il avait cajolée quelques minutes plus tôt, la jeune femme qui lui faisait face lui adressait un regard noir. La voix cassante, elle répondit :

- Mais bien entendu, je veux bien un thé avec des petits biscuits !

Keith fronça les sourcils, désarçonné.

- Papa ! Comment peux-tu faire comme si…  Comme s’il s’agissait d’une visite de courtoisie ? Ce sont … des agents ? Des agents du FBI ?

Keith hocha la tête.

- Oh mon dieu… murmura Serena en reculant de quelques pas.

Ses yeux s’étaient voilés. Un mélange de peur, de rancœur et d’horreur les recouvraient.

- Qu’est-ce que tu as fait ?

- Serena, laisse-moi t’expliquer… Mais d’abord, sache que je suis désolé si je me suis montré maladroit. C’est juste que je ne m’attendais pas à ça, à ton retour... C’est si soudain pour moi ! Tu veux bien m’excuser ?

Serena ne bougea pas d’un pouce. Le dévisageant un long moment, elle finit par s’asseoir sur un des fauteuils qui faisaient face au canapé en osier.

- Je t’écoute…

Son père poussa un soupir et s’assit à son tour. A l’autre bout de la pièce, Blair et Dorota se faisaient aussi petites que possible. Blair pensa un instant à leur laisser un peu d’intimité… Elle secoua la tête : non. Après tout, son père était peut-être un dangereux criminel pour qu’il soit ainsi surveillé par le FBI ! Bon, d’accord, il était peu crédible que les Etats-Unis d’Amérique envoie un dangereux forçat en vacances aux îles Fidji plutôt que dans une prison de haute sécurité, mais quand même… Et puis, pour être tout à fait honnête, elle mourait d’envie de connaître le fin mot de l’affaire.

- C’est une très longue histoire… commença Keith.

- J’ai tout mon temps, répliqua Serena.

- Très bien… souffla son père. Tout a commencé il y a onze ans, en 1998. Tu étais sans doute trop jeune pour t’en rappeler, mais à l’époque, j’étais au creux de la vague. Je n’avais pas foncièrement besoin de travailler, j’avais amassé suffisamment d’argent pour le reste de mes jours. Mais j’aimais mon travail. Ou plutôt, pour être tout à fait franc, j’aimais la gloire. J’aimais être en haut de l’affiche.

Keith hocha la tête, désolé.

- Si tu savais combien je voudrais pouvoir revenir en arrière… Je serais resté avec vous, Lily, Eric et toi. J’aurais été heureux. Mais j’étais jeune et turbulent alors, je voulais revenir au sommet…

Keith jeta un coup d’œil à Serena. Imperturbable, celle-ci attendait froidement la suite.

- A cette époque, le président d’une grande maison de disques, Hank Pioneer, s’est rapproché de moi. Il voulait que je réalise le clip de certains des artistes qu’il manageait. Des jeunes qu’il voulait lancer pour commencer, mais de plus gros contrats pouvaient se profiler en cas de succès… Bien entendu, j’étais enchanté. Il était ma dernière chance de revenir et, j’ai honte de le dire aujourd’hui, mais je me suis mis à lui lécher les bottes. Si bien que le jour où il m’a demandé de venir filmer la « petite fête » qu’il organisait avec quelques amis proches, j’ai aussitôt accepté.

Keith s’arrêta un instant, semblant hésiter à poursuivre.

- Tu es grande maintenant, reprit-il finalement, je crois que je peux te parler de ce genre de choses… Je n’arrive pas à croire que tu aies dix-neuf ans !

- Ne t’éloigne pas du sujet s’il te plaît.

Encore une fois, la voix de Serena avait été glaciale. Son père réprima un frisson et poursuivit :

- Dans ce cas… En fait, cette « petite fête » n’était ni plus ni moins qu’une … orgie. Tu te doutes bien que j’ai été assez choqué, mais j’avais promis. Alors je l’ai fait. J’ai filmé leurs … ébats. Moi qui rêvais de gloire, je me retrouvais réalisateur de film X ! Mais je n’avais pas le choix…

Il jeta un regard suppliant à sa fille. En vain. Celle-ci restait de marbre.

- C’est le surlendemain de cette lugubre soirée que tout a basculé… En lisant le journal, j’ai appris qu’un corps non-identifié avait été retrouvé dans un bras de l’Hudson… Et cette fille, je la connaissais. C’était précisément celle avec qui Hank Pioneer avait passé le plus clair de la soirée deux jours plus tôt. J’ai paniqué, me demandant que faire… Je ne voyais que deux possibilités : le dénoncer à la police, auquel cas je pouvais dire adieu à mes précieux contrats… Ou bien me taire.

- Et tu as décidé de te taire…

- Oui.

Keith s’était attendu à une réaction violente de la part de sa fille. En fait, il lisait davantage de compassion que de colère dans ses yeux. Encouragé, il poursuivit :

- Mais tout ceci ne m’a pas empêché de ressasser, encore et encore… J’ai commencé à prendre des … « produits » qui me permettaient de m’évader. Je me renfermais sur moi-même, ce secret me bouffait de l’intérieur. C’est à ce moment-là que mon mariage avec ta mère a commencé à battre de l’aile… Sans compter que ce changement avait mis la puce à l’oreille à Hank. Un soir où j’étais particulièrement … « dans les vapes », il m’a poussé à avouer mon secret. Et à partir de ce moment-là, il a commencé à me faire chanter : si jamais je le dénonçais, il s’en prendrait à vous. A toi, à Eric, à ta mère ! Est-ce que j’avais le choix ? J’ai gardé le silence. Pendant très exactement six ans. Je me suis tu pendant six ans, au prix d’un divorce et d’un nombre incalculable de cure de désintoxication qui ont toutes lamentablement échoué.

Keith se leva et, évitant soigneusement le regard horrifié de sa fille, se dirigea vers le guéridon où reposait une carafe au contenu ambré. La débouchant, il se servit une rasade d’alcool dans un verre qu’il avala cul sec. Son verre vide dans la main, il continua :

- L’histoire aurait pu s’arrêter là si, il y a quatre ans, le service des stup’ ne s’était pas intéressé à mon cas. J’étais au pied du mur, je risquais la prison. Alors je leur ai donné quelque chose de plus intéressant que ma modeste consommation et les quelques dépannages que j’avais pu fournir ici ou là : je leur ai donné Hank. Ca faisait longtemps qu’il s’intéressait à son compte, pour des malversations financières et du blanchiment d’argent, mais ils n’arrivaient pas à le coincer. Alors un meurtre… C’était le rêve.

Débouchant à nouveau la carafe, il se resservit. Mais, cette fois, il se contenta de remuer son verre, admirant les reflets dorés de la boisson.

- Il a été décidé de me mettre dans le programme de protection des témoins. On m’a proposé de vous inclure mais j’ai refusé : je ne voulais pas vous couper de votre vie, de vos amis… Vous n’aviez pas à payer mes erreurs. Alors j’ai tout simplement disparu, sans la moindre explication.

Tournant la tête vers sa fille, il plongea son regard gris dans le sien :

- Crois-moi Serena, c’est la chose la plus dure que j’ai eue à faire de toute ma vie… Et je ne pouvais rien dire, pour ne pas vous mettre en danger. Depuis quatre ans, vous faites d’ailleurs l’objet d’une surveillance étroite du FBI. Ca ne m’étonnerait pas Brett et Devon reçoive d’ici peu la visite d’un de leurs collègues qui t’aura suivi ici.

Serena ne réagit pas. La bouche entrouverte, elle semblait tétanisée. Le cœur de Keith eut un raté : il fallait en finir, maintenant.

- Au début, il ne devait être question que d’un an. Deux, tout au plus… Le temps de lancer la procédure et que le procès ait lieu. Je serais revenu à la maison, je vous aurais tout expliqué et tout serait rentré dans l’ordre… Mais voilà : deux jours avant le procès, Hank a été jugé « mentalement incapable » pour cause de « grave dépression ». Tu te doutes bien qu’il allait très bien et qu’il avait tout simplement soudoyé l’expert psychiatrique… S’il avait été jugé à cette époque, il aurait été envoyé dans un hôpital psychiatrique. Et il se serait débrouillé pour finalement aboutir dans une maison de repos. Alors le procureur a décidé d’attendre… Je bouillonnais, tu peux me croire ! Normalement j’aurais dû vous retrouver quelques jours plus tard, et c’était impossible ! J’ai d’ailleurs pensé revenir, il y a un an, juste avant que ta mère ne se remarie. Mais le FBI m’en a dissuadé : Hank Pioneer avait le bras long, il aurait pu m’atteindre. Vous atteindre. Alors j’ai résisté, j’ai tenu bon, encore et encore… Et finalement, il y a trois mois, Hank Pioneer a été jugé apte par une troisième commission psychiatrique, un peu moins corrompue que les autres...

Enfin, Hank avala son verre et conclut :

- Le plus drôle dans cette histoire, c’est que le procès s’ouvre demain à New York. Et dans environ dix jours, je comparaîtrai en tant que témoin. C’est-à-dire que dans quinze jours tout au plus je vous aurais retrouvé. Tous. Mais la patience n’a jamais été ton fort, n’est-ce pas Sery ?

Prononcer le surnom de sa petite fille lui fit l’effet d’une bouffée d’adrénaline. Un sourire radieux aux lèvres, il se tourna vers elle, s’attendant à la voir éclater de son joli rire clair.

Mais Serena ne riait pas. Elle ne riait même pas du tout. Sans un mot, la jeune femme se leva. Elle était presque aussi grande que lui… Et ses yeux… Ses yeux lançaient des éclairs.

- En fait, murmura-t-elle, tu es en train de me dire que mon père est un toxicomane lâche qui a abandonné sa famille pour sauver sa peau, c’est bien ça ?

La bouche de Keith s’entrouvrit sous le choc. Serena eut un sourire cruel.

- Je suis désolée monsieur, mais je crois qu’il y a méprise : vous n’êtes pas mon père… Jamais mon père n’aurait fait une chose pareille. Mon père était un homme bien.

Keith voulut parler, mais aucun mot ne parvint à sortir de sa bouche.

- Je suis désolée de vous avoir importuné. Ca n’arrivera plus, croyez-moi…

Et, sans lui accorder un dernier regard, Serena sortit. Keith voulut la suivre mais, arrivé au milieu de la pièce, un bras le retint.

- Non… murmura Blair. La suivre empirerait les choses…

Le père de Serena lui lança un regard dubitatif.

- Croyez-moi, reprit-elle, je connais Serena. Et je sais très exactement ce dont elle a besoin, là maintenant…

Après une courte réflexion, Keith acquiesça faiblement de la tête.


lili59  (11.06.2009 à 23:04)

- Tu sais, je commence vraiment à me demander si c’était une bonne idée…

- Nous en avons longuement discuté Lily. C’était la seule chose à faire.

- Oui mais tout de même… Jenny avait l’air tellement contrariée lorsque nous lui avons demandé de faire équipe avec Charles ! Forcer le cours des choses n’est pas toujours la bonne solution...

- … dit la mère qui a préféré envoyer sa fille en prison plutôt que la laisser aller au bout de ses choix, se gaussa Rufus.

Allongée sur le canapé, Lily leva les yeux au ciel.

- Ca n’a rien à voir, et tu le sais. Ne revenons pas sur des sujets déplaisants, veux-tu ? Ce que je veux dire, c’est qu’il faut parfois laisser le temps au temps…

- Ca fait deux ans que cette histoire dure, rappela Rufus, et on ne peut pas dire que les choses aient beaucoup évolué…

- Oui mais Charles est d’humeur si … morose ces temps-ci. Moi-même je ne sais sur quel pied danser avec lui ! Alors Jenny…

- Ne t’inquiète pas pour Jenny, elle sait se défendre. Et quand elle a une idée en tête, elle ne l’a pas ailleurs…

- Le portrait craché de son père, sourit Lily avec un léger mouvement de tête vers Rufus.

Allongé à l’autre bout du canapé, celui-ci passa une main dans sa chevelure ondulée et préféra changer de sujet :

- De toute façon, c’était ça ou perdre Chuck… Tu as dit qu’il s’était montré très clair la semaine dernière : après le mariage, il reprendrait sa chambre d’hôtel.

- Je sais tout cela… soupira Lily en secouant la tête. Mais si, au lieu de perdre un enfant, nous en perdions deux ? Et si Jenny venait nous reprocher que…

Elle ne put continuer : Rufus se cambra de façon à ce que son corps repose sur celui de sa compagne. Empoignant fermement son menton entre ses mains, il l’embrassa doucement. Un baiser tendre et profond… Lily ferma les yeux et, passant une main autour de la nuque de son fiancé, se laissa aller au frisson qui la parcourait. Enfin Rufus se détacha de ses lèvres et sourit :

- Tout ira bien Lily, je te le promets… N’est-ce pas toi qui m’as dit un jour : « Aie confiance dans l’éducation tu leur as donnée » ? J’ai confiance. Et tu devrais aussi.

Le visage de Lily s’illumina et elle dodelina du chef.

- Dans ce cas… murmura-t-elle en approchant ses lèvres de celles de Rufus. Je ne vois plus aucune raison de ne pas profiter de ce grand loft vide…

Rufus démarra au quart de tour : resserrant son étreinte autour du bassin de Lily, il lui donna un autre baiser, beaucoup moins sage que le premier. Ses lèvres dérivèrent et allèrent se poser sur le cou au teint de porcelaine. Lily poussa un soupir et fit glisser sa main sous la chemise de son amant, remontant le torse toujours aussi bien dessiné, jusqu’à l’épaule droite où elle retrouva avec plaisir la tache de naissance en forme de quart de lune.

- Et moi qui croyais que j’étais vraiment née dans une rose !

Rufus et Lily tournèrent la tête en direction de la porte d’entrée. Les mains sur les hanches, Jenny les observait telle une mère surprenant son fils et sa petite copine dans le lit parental… Finalement elle éclata de rire et, se tournant vers sa droite, ajouta :

- Je propose de les priver de sortie une semaine !

- J’irais jusqu’à deux… rétorqua son voisin.

Toujours enlacés, les visages de Rufus et Lily se défirent. A côté de Jenny, Chuck Bass souriait. De son éternel demi-sourire, bien sûr, mais il souriait. Et Jenny le lui rendait bien. Ôtant une main de sa hanche, elle pointa un index accusateur en direction du canapé.

- Bon, vous allez me faire le plaisir de prendre une pose un peu plus correcte les enfants, et plus vite que ça !

Rufus et Lily se regardèrent, ahuris. Enfin, réalisant que leurs corps étaient en effet aussi emmêlés que possible, ils se levèrent brusquement. Tandis que Rufus reboutonnait le haut de sa chemise, Lily passait une main à l’arrière de son chignon pour le lisser. Les joues légèrement roses, elle se racla la gorge.

- Charles, Jenny ! Pour une surprise…

- Une bonne j’imagine ? plaisanta Jenny.

Elle fit un coup d’œil à Chuck qui secoua la tête, amusé.

- Je croyais que vous deviez préparer notre petite fête ? intervint Rufus.

- Oui, mais j’avais plusieurs choses à montrer à Chuck ici. D’ailleurs, maintenant que je suis sûre que nous ne serons pas dérangés par vos… Enfin voilà, nous allons vous laisser !

Se tournant vers le jeune homme brun, elle demanda :

- Prêt ?

- Prêt… susurra Chuck, avec un pincement de lèvres amusé.

- Dans ce cas, si vous nous cherchez, nous serons dans ma chambre !

- Dans ta chambre ? s’étonnèrent Lily et Rufus.

Jenny leva les yeux au ciel :

- Ben oui, figurez-vous qu’il est végétarien, alors je ne risque rien…

Cette fois, c’est Chuck qui fronça les sourcils.

- De quoi parles-tu ? demanda le jeune homme.

- De toi ! Tu n’es pas Dracula finalement, tout au plus un Edward Cullen inoffensif ! D’accord, j’irais pas jusqu'à te pourvoir d’une âme comme Angel, mais bon… Un jour peut-être !

Se tournant vers Lily, Chuck demanda :

- Est-elle toujours ainsi ?

Malgré la désapprobation de sa voix, la lueur dans ses yeux ne laissait place à aucun doute : le petit jeu de Jenny l’amusait. Lily, avec la même malice, opina du chef.

- Ca promet… souffla Chuck.

- Arrête de faire ton rabat-joie ! Exerçons-nous plutôt pour le jour J ! Allez, ton bras !

Cette fois-ci, le sourire de Chuck s’élargit clairement : la bonne humeur et l’excentricité de cette Little J n’étaient décidemment pas pour lui déplaire… Arquant son bras, il laissa la petite main s’enrouler autour.

- On se voit tout à l’heure pour le dîner ! cria Jenny tandis que, bras-dessus bras-dessous, Chuck et elle remontaient vers sa chambre.


lili59  (15.06.2009 à 15:54)

A travers les feuilles de l’énorme caoutchouc, ses cheveux blonds brillaient plus encore que le soleil tropical. La pierre sur laquelle elle était assise devait être brûlante mais, les genoux ramenés contre sa poitrine, elle ne semblait guère s’en apercevoir : plongée dans la contemplation de l’océan, elle ressemblait à une sirène se délassant sur un rocher.

Mû par le chant envoûtant de l’ondine, Carter sortit des feuillages et se plaça derrière elle aussi doucement qu’il le put.

- Va-t-en… murmura Serena.

- Comment as-tu su que c’était moi ? s’étonna le jeune homme.

- Ton parfum… chuchota-t-elle. Va-t-en.

Encore une fois, ce mélange d’émotions… L’ivresse de savoir qu’elle reconnaissait son odeur ; l’amertume que cela ne signifiât rien pour autant… Les sentiments étaient son spleen, Serena son idéal.

- Je n’ai aucune envie que Blair m’étripe au moment où elle verra que je rentre sans toi, donc je crois que je vais repousser l’échéance encore un peu… dit Carter en s’asseyant à ses côtés.

Il avait adopté un ton badin, espérant qu’elle ne fuirait pas à toutes jambes en le sentant si proche d’elle. Le cœur battant, il attendait l’éclat de voix. Mais ce fut l’éternelle voix chantante, douce comme une caresse, qui lui répondit :

- C’est Blair qui t’a envoyé ici ?

- Oui. Elle m'a tout expliqué.

Serena conserva le silence quelques instants. Enfin, posant la tête sur ses genoux, elle reprit :

- Très bien, tu peux rester. Mais ne parle pas.

Parler ? Qui avait envie de parler ? Tout ce qu’il voulait, c’était rester là, à ses côtés, l’observer à loisir, la sentir de tout son saoul… Parler ? Pour quoi faire ? Tout avait été dit. Ou plutôt non, rien n’avait été dit. En tout cas pas de son côté… Il était un homme, on ne lui avait pas appris. Et puis de toute façon, qu’aurait-il dit ? Dans sa bouche, les mots auraient sonné creux, faux. Non, vraiment, il n’aurait pas su comment s’y prendre…

Et pourtant, rien n’empêchait le magnétisme. Il revenait à elle tel un aimant, à défaut d’un amant. Son cœur palpitait, sa gorge était sèche, son estomac n’était plus qu’un nœud serré et douloureux. Et il ne pouvait détacher ses yeux de cette beauté aussi douce que la plume de l’alouette, aussi lumineuse qu'une étoile dans la nuit.

A présent, elle rêvassait. Pas vraiment un doux rêve, à en juger par la tristesse dans ses yeux. Il était vrai que la journée avait été rude… Et tout ça à cause de lui. Oui, tout était de sa faute ! Pourquoi avait-il fallu qu’il aille la trouver ? Pourquoi avait-il fallu qu’il l’encourage à retrouver son père ? Oh, il le savait. Il ne le savait que trop même : ce qu’il avait cherché, c’était du temps en sa compagnie. Son père n’avait été qu’une excuse. Et aujourd’hui, c’était elle qui payait le fruit de son égoïsme.

Sans même y penser, il tendit sa main et effleura celle de Serena. Celle-ci sursauta et se leva précipitamment.

- Qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-elle en haussant la voix.

Cette voix, cassante, amère… Elle lui brisa le cœur. A sa peine se mêla aussitôt l'angoisse : qu'est-ce qui lui avait pris ? La situation n'était-elle pas déjà assez difficile ?

- Excuse-moi... maugréa-t-il en se levant à son tour, le visage baissé.

Mais il était trop tard : le petit chaton s'était transformé en tigresse. Toutes griffes dehors, elle était prête à le mettre en pièces.

- Alors comme ça ça ne te suffit pas ? Il faut que tu en rajoutes encore ?

Carter secoua la tête, perdu.

- De quoi parles-tu ?

- De ton petit manège pour me rendre malheureuse ! Ca ne te suffit pas que j'aie retrouvé le pire père que la Terre ait jamais connu, il faut aussi que tu te mettes à jouer avec mes sentiments ?

- Tes … sentiments ?

Il se sentit vidé. Ses sentiments ? De quoi parlait-elle ? Apparemment, elle ne démordait pas de l'idée qu'il l'avait manipulée, amenée ici dans dans le seul but de la faire souffrir. Tout cela, elle le lui avait déjà dit un peu plus tôt dans la journée, en parlant des sentiments qu'elle avait envers son père. Mais cette fois-ci, elle parlait d'autre chose : il la blesserait en jouant des sentiments qu'elle avait pour … lui ? Elle avait des sentiments pour … lui ?

Serena remua la tête en tous sens, visiblement gênée.

- Laisse-tomber... murmura-t-elle. C'est moi qui m'en vais.

Elle avait déjà fait volte-face quand une main empoigna la sienne.

- Non... énonça Carter d'une voix ferme. Je ne laisse pas tomber. Tu n'as donc rien compris ? Je ne te laisserai jamais tomber Serena.

Les mots étaient sortis tous seuls, incontrôlables. Une nouvelle émotion l'habitait maintenant, toute autre : il se sentait la force d'un lion rugissant. Elle avait des sentiments pour lui ?

- Serena, tu ne peux pas continuer à te mettre en colère et à fuir à chaque fois que quelque chose d'inattendu se passe dans ta vie... Tu l'as déjà trop fait. Et tu sais très bien que ça n'arrange rien : après l'histoire avec Nate, Blair a tout de même su la vérité à ton retour. La seule chose que ta fuite aura provoqué, c'est de te blesser, toi mais aussi tes proches. Même chose pour Georgina : Dan a fini par apprendre le fin mot de l'histoire, mais encore une fois tu as sombré, et ton couple a volé en éclats.

- Qu'est-ce que tu en sais ? Tu n'étais même pas là !

- Merci Gossip Girl... sourit Carter.

Retrouvant un ton plus sérieux, il reprit :

- Et aujourd'hui, tu apprends que ton père n'est pas parti pour des raisons que tu juges valables. Tu te sens blessée, alors encore une fois tu montres les crocs et tu claques la porte ? Allez Serena, tu sais très bien que ça ne changera rien à ta douleur.

Serena ne répondit pas. Tête basse, son regard ne lâchait pas la main de Carter enlaçant fermement la sienne.

- Ce n'est pas ça... dit-elle dans un souffle. C'est juste que...

Carter ne voyait pas ses yeux mais il les devinait, embués de larmes.

- C'est juste que mon père... Ce n'est pas l'homme que j'ai connu. L'homme que j'ai connu se serait battu. C'était un homme sain, vaillant. Pas... Pas ça.

Carter s'approcha d'elle et passa une main sur la joue mouillée. Néanmoins, il ne la força pas à relever la tête : elle n'aimait pas afficher ses failles, il le savait.

- Lorsque ton père est parti, tu étais encore une petite fille Serena. Et comme toutes les petites filles, tu l'idéalisais. C'est pour ça que tu n'as pas vu qu'il...

Il hésita. Il ne voulait pas la blesser. Mais comment l'aider à aller de l'avant si lui aussi décidait de porter un masque ?

- C'est pour ça que tu n'as pas vu qu'il se droguait, finit-il. Et son absence, ensuite, n'a fait qu'exacerber cette image idéalisée.

Serena renifla doucement, aussi silencieusement qu'elle le put. Carter sentit son cœur se serrer. Elle était là, blessée, et c'était une véritable torture que de ne pouvoir rien y changer. Tout doucement, il s'approcha d'elle et, le cœur battant, la prit dans ses bras. Les yeux clos, il se prépara à une rebuffade. Mais rien ne vint. Rouvrant les yeux, il se laissa aller à un petit sourire avant de lui chuchoter à l'oreille :

- Mais c'est bien ton père Serena... Un homme qui a fait des erreurs, peut-être, mais qui n'en a jamais fait ? Il n'empêche qu'il reste ton père, celui de tes souvenirs... Et celui de ton avenir aussi, peut-être, si tu lui laisses une chance de se racheter. Une chance qu'il te donnerait sans aucune hésitation si les rôles avaient été inversés.

Cette fois-ci, c'était terminé : il ne savait plus que dire. Les mots lui étaient venus naturellement, mais le flot s'était écoulé et la marée les avait tous emportés. Il se sentait maintenant affreusement nu, seul, contre ce corps qu'il s'était pris à espérer l'espace d'un instant. Mais désormais, tout ce qu'il voulait, c'était fuir. Fuir loin. Très très loin. Ne pas avoir à affronter ces yeux qui allaient se lever vers lui d'un instant à l'autre.

Et en effet, Serena releva la tête.

- Comment se fait-il que tu me comprennes si bien ? demanda-t-elle.

Elle ne souriait pas, ne se moquait pas. Son regard était on ne pouvait plus sérieux. Que répondre ?

- Je ne sais pas... Depuis Santorini, je...

- Tu quoi ? l'engagea-t-elle à poursuivre.

Il poussa un soupir et s'éloigna des lèvres trop proches des siennes. Fuir, fuir, fuir...

- Bon, écoute, je crois que Blair doit s'impatienter. Il vaudrait mieux...

- Non.

Il arqua un sourcil. Non ?

- Parle-moi... murmura Serena.

Fuir fuir fuir...

- Parler ? Je croyais que tu voulais que je me taise ? plaisanta Carter.

Par ce trait d'esprit, il avait espéré esquiver un sujet de conversation épineux. Mais la tentative fut vaine : les yeux de Serena restaient irrémédiablement accrochés au siens, avec cette lueur inconnue au fond de ses prunelles...

- Très bien, conclut-elle. Allons-y.

Sa voix... Tandis qu'elle faisait demi-tour et empruntait déjà le sentier, sa voix résonnait comme un écho dans sa tête. Cette voix triste... Cette touche de déception.

- Depuis Santorini je pense à toi chaque minute.

Serena s'arrêta net. Haletant, il attendit sa réaction. Il ne pensait plus. Il avait sauté, et maintenant il assistait, l'esprit vide, à sa propre chute.

Serena se détourna lentement et ramena derrière son oreille une mèche volant dans la brise. Elle ne disait rien, mais son regard était incandescent. Mais pas de colère... D'autre chose. Brillaient-ils à cause de ses … sentiments ?

- Il y a deux ans, à Santorini, je t'ai découverte sous un nouveau jour.,reprit Carter en s'approchant doucement. J'ai commencé à ressentir … quelque chose. Quelque chose que je ne connaissais pas.

Ce n'était plus une chute, c'était carrément de la haute voltige. Mais désormais, il se fichait comme d'une guigne de l'issue : le parachute s'ouvrirait-il ou non? Peu importait... Tout ce qui comptait, c'était ces yeux qui ravivaient le brasier qui couvait en lui depuis si longtemps... Il mourrait s'il n'allait pas jusqu'au bout, c'était là sa seule certitude.

- J'étais terrifié., reprit-il. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait... Alors j'ai changé de vie, j'ai fait le tour du monde façon bohème, comme tu le sais. Et pourtant, rien n'y faisait : dans chaque montagne, dans chaque océan, c'est ton visage que je voyais. Alors j'ai essayé de revenir à mon ancienne vie. En t'évitant d'abord. En t'approchant ensuite. Ca n'a rien changé.

Il n'était plus qu'à quelques pas d'elle.

- Alors j'ai décidé de passer du temps avec toi, pour me dégoûter de toi. Je savais ce qui te ferait venir : ton père. C'est pour ça que j'ai engagé un détective, pour ça que je suis parti aux îles Fidji avec toi. Pas pour te rendre malheureuse... Pour apprendre à te haïr.

Il arriva à son niveau, s'arrêta. Bouche légèrement entrouverte, elle ne le lâchait pas des yeux. Ce regard... Il le bouleversait. Son ventre était plus noué que jamais. Il avait mal... Mais il se sentait aussi vivant, terriblement vivant. Il voulait plonger dans ses yeux et ne jamais remonter à la surface.

Une mèche blonde s'échappa de derrière l'oreille de la jeune femme. Il sourit et, tendant la main, la remit à sa place. Pourtant, il ne retira pas sa main. Il la laissa seulement glisser jusqu'à sa joue, si douce, si délicate... Plongeant à nouveau dans ses yeux, il finit :

- Ca n'a pas marché... Ca a seulement empiré.

Il déglutit difficilement. Les dés étaient jetés, il était trop tard pour faire machine arrière. Il ne pouvait qu'attendre. Attendre qu'elle sorte enfin de sa léthargie, qu'elle lui dise « oui » ou « non ». Sûrement « non ». Mais peu importait... Il se sentait libre, léger. L'honnêteté n'était pas si mal … finalement.

Enfin, Serena bougea. Il était tellement tendu qu'il ne se rendit pas tout de suite compte qu'elle s'était encore approchée, collant son corps au sien. Levant à son tour une main, elle la posa délicatement sur la joue de Carter, la faisant glisser doucement jusqu'à son menton.

Il ne savait plus. Plus rien. Ni son nom, ni où il était... Elle le touchait. Elle le touchait et il avait l'impression de mourir de plaisir.

Il passa une main derrière sa hanche, la rapprochant encore de lui. Etait-ce qu'il fallait faire? Aucune idée... Mais il la voulait, encore, encore plus proche. Elle ne le serait jamais assez. Il la voulait. Il la voulait tellement que ça en était douloureux. Sa bouche se tordit sous l'effort qu'il dut faire pour ne pas la briser entre ses mains. Il ne voulait pas lui faire mal...

Il détourna la tête, et remarqua seulement alors le regard de Serena. Souriante, elle le dévisageait de ses yeux si plein de la douceur angélique qu'il aimait tant... Tout doucement, le visage de la jeune femme s'approcha du sien, jusqu'à ce que leurs lèvres se rencontrent.

Ce fut un feu d'artifices, une pléiade d'émotions. Plus de chronologie, tout s'emmêlait : l'incrédulité, la joie, la douleur, la tendresse, la passion, la peur... Oui, la peur. Pour la première fois en sa présence, il eut peur. Peur de lui faire mal. Peur de mal d'y prendre. Elle était si belle, si belle... Elle était tout.

Serena.


lili59  (16.06.2009 à 21:31)

Nate s'écroula sur son lit. Il avait mal aux pieds et surtout mal au cœur... La balade pour revenir à l'hôtel lui avait permis de dégriser et son ivresse avait viré en gueule de bois. Comme ça, avec le silence de Dan, le tableau était complet !

Son acolyte n'avait pas prononcé un traître mot depuis que Nate lui avait balancé ses quatre vérités, et son attitude était des plus étranges : Dan était de nature impétueuse, si bien qu'il aurait dû tout bonnement exploser. Mais non. Il s'était contenté de suivre Nate, sans un mot, jusqu'à l'hôtel. Enfin presque. Au coin de la rue, il avait subitement disparu. Vous avez dit bizarre ?

Nate ne voyait qu'une seule explication : il avait décidé de retourner à New York. Mais comment ? Et pourquoi sans prendre la peine de récupérer ses affaires à l'hôtel ? Ou alors, se pouvait-il qu'il ait eu besoin d'un moment de solitude pour réfléchir ? D'un autre côté, il avait eu plus d'une heure de marche pour le faire, n'était-ce pas suffisant ?

Tout ça était vraiment trop compliqué, et franchement il en avait un peu marre de toute cette histoire... Qu'il fasse ce qu'il voulait après tout, il était assez grand ! Lui, tout ce qu'il voulait, c'était que cette fichue nausée passe... Il ferma les yeux, espérant que le tourbillon cesserait sa danse un court instant.

Le cliquetis de la porte le réveilla au bout de ce qui lui sembla être une minute. Jetant un coup d'œil à son réveil, il remarqua qu'il s'en était passé dix. Il entendit la porte se refermer, puis des bruits de pas jusqu'à la salle de bain où l'eau se mit à couler. Nate soupira et ferma les yeux : apparemment Dan n'était toujours pas décidé à lui parler. Très bien... A sa guise !

Soudain, on lui tapota l'épaule. Nate ouvrit subitement les yeux et se détourna. Derrière lui, Dan lui tendait un verre plein d'un drôle de liquide effervescent.

- Je me suis dit que tu apprécierais une aspirine... expliqua-t-il.

Nate fronça les sourcils. Alors en fait, il avait tout simplement fait un détour par la pharmacie ?

- Je veux bien, merci... maugréa-t-il.

Il s'empara du verre et s'apprêtait à en boire une gorgée quand Dan prit la parole :

- Normalement, la coutume veut que les retrouvailles se trinquent avec un verre d'alcool, mais vu les circonstances... Ca ne m'a pas paru très approprié.

Nate eut un petit rire avant de se rembrunir.

- Les « retrouvailles »?

- Oui. Je crois que je te dois des excuses...

Nate se redressa sur le lit où il s'assit en tailleur. Avait-il bien entendu  ? Apparemment oui, à juger par l'attitude de Dan qui se dandinait.

- Je crois que je t'ai mal jugé... Comme tu l'as dis, j'ai mis des œillères pour ne pas avoir à affronter mes responsabilités par rapport à votre rupture... Et même, je te dois des excuses pour ce qui s'est passé avant ça, au moment où j'ai pété les plombs pour toi et Jenny. Ma réaction était … exagérée. En fait, j'ai tout simplement eu du mal à accepter que ma petite sœur ne soit plus si petite que ça... Depuis que ma mère est partie, j'ai un peu tendance à la surprotéger.

- Je comprends ça... Je ferais pareil, reconnut Nate.

- Merci. Enfin tout ça pour dire que j'espère que toute cette histoire est derrière nous. Moi aussi je te considère comme un ami. Et j'aimerais bien que ça redevienne comme avant entre nous.

Nate garda le silence un instant, réfléchissant.

- Plus rien ne sera comme avant, Dan. Notre histoire à Jenny et moi a existé, c'est un fait. Et si tu comptes exploser à chaque fois que...

- Non, l'interrompit Dan. Je rentre à l'université dans un mois, il est temps que j'arrête de me comporter comme un gamin en piquant des crises à la première occasion.

Il avait toujours l'air gêné, et c'est d'une main mal assurée qu'il tendit son verre.

- Alors ? On trinque à l'amitié ?

Nate ne pouvait y croire. Alors voilà, toute cette histoire était bel et bien résolue, une bonne fois pour toutes ? Observant Dan, il remarqua la sincérité de son regard. Le doute n'était pas permis...

Souriant de toutes ses dents, il claqua son verre contre celui de Dan.

- A l'amitié ! rigola-t-il.

Dan éclata de rire, et ils burent chacun leur verre goulûment.

- Et maintenant, dit Dan, je te propose un programme de folie !

- Heu... Tu sais, je me vois pas trop danser la rumba toute la nuit...

- A vrai dire, je pensais plutôt à dix-neuf heures de sommeil non stop...

- Alors là... Je suis ton homme !


lili59  (17.06.2009 à 16:12)

L’eau était si transparente que Blair parvenait à voir l’empreinte fugace laissée par ses pieds dans le sable fin. L’île était vraiment paradisiaque… Ici, tout semblait pur et beau, préservé du fiel humain. Un cocon où elle aurait pu se sentir bien, si seulement le soleil avait eu le pouvoir d’illuminer ses pensées noires.

Relevant la tête, elle vit une longue silhouette se découper à l’horizon. Très vite, elle reconnut la longue toison d’or et elle plissa les yeux, impatiente de voir la mine qu’arborait Serena. Elle espérait ne pas avoir commis d’impair en envoyant Carter la rejoindre. Mais ça lui avait semblé tellement évident ! Seul l’amour d’un homme pouvait laver l’affront d’un autre.

Enfin, le visage de Serena fut visible et Blair comprit aussitôt : elle ne s’était pas trompée. Elle s’arrêta et attendit que Serena la rejoigne. Sans un mot, celle-ci la prit dans ses bras quelques instants. La tête nichée dans l’épaule de Serena, le sourire de Blair s’élargit : au moins elle avait réussi ça, à lui trouver la personne qu’il fallait pour réparer les pots cassés. Car elle n’avait aucun doute en la matière : Carter l’épaulerait. Il l’épaulerait mieux que quiconque.

- Merci… murmura enfin Serena.

Elle se détacha de Blair et lui sourit. Les deux jeunes femmes se prirent par le bras et continuèrent la balade en silence. Inutile de parler de ce qui s’était passé entre Carter et elle : Serena savait que si Blair le lui avait envoyé, c’était parce qu’elle ne doutait pas de l’issue de leur rencontre. Et puis, si elle parlait de Carter, la conversation dévierait inévitablement sur son père. Et ça, elle ne le voulait surtout pas. Elle avait besoin d’un peu de temps… Comme l’avait si bien dit Carter, elle devait arrêter de claquer la porte et se mettre à réfléchir aux tenants et aux aboutissants de toute cette affaire. Réfléchir comme une adulte en somme.

Se tournant vers son amie, elle remarqua la tristesse dans ses yeux. Blair et ses précieux secrets… Ces secrets qui la rongeaient de l’intérieur. Blair avait été là pour elle, c’était désormais son tour. Que ça plaise à B ou non.

- Maintenant que « le cas Van Woodsen » est réglé, si on passait au cas d’une autre W ?

Blair sourit et baissa la tête. Effectivement, Serena allait mieux : elle avait même retrouvé sa soif de potins !

- Ca t’intrigue, hein ?

- Pas vraiment… Je veux dire, si je te demande ça, c’est que je m’inquiète pour toi B… Même si tu as assuré ton rôle de femme forte à la perfection depuis ton arrivée, j’ai bien vu que quelque chose clochait. Parfois, tes yeux se voilent et je vois bien que ton esprit s’envole...

Blair ne répondit rien, évitant soigneusement de croiser le regard de Serena.

- C’est Chuck, c’est ça ? supposa la jeune femme blonde.

Blair se pinça les lèvres.

- Donc c’est Chuck… confirma Serena. Vous … avez rompu ?

Blair eut un rictus.

- Excellente question…

Serena s’arrêta soudain. Surprise, Blair se tourna vers elle et vit le regard agacé et anxieux de sa meilleure amie.

- Blair, ça suffit maintenant tes énigmes ! Tu m’expliques ! Tu as été là pour moi, alors laisse-moi être là pour toi s’il te plaît !

Elle avait l’air sérieux, et vraiment inquiet. Avec un soupir résigné, Blair se tourna vers l’océan et, plongeant dans ses souvenirs, se mit à raconter…

 

 

 

Flash-back


Blair ferma son vanity plein à craquer. Les autres bagages l’attendaient déjà devant l’ascenseur.

- La limousine nous attend juste en bas… susurra une voix derrière elle.

Blair fit volte-face, un immense sourire aux lèvres.

- La limousine, hein ? plaisanta-t-elle. Y aurait-il de la nostalgie dans l’air ?

Le visage de Chuck s’illumina, de ce nouveau sourire qu’elle avait découvert dix jours plus tôt. Pas un des demi-sourires auxquels elle était habituée, non. Un sourire franc, complet, lumineux. Un sourire qui n’appartenait qu’à elle.

Comme d’habitude, elle eut l’impression que son cœur fondait, tel celui d’une midinette. Tant pis… Elle se précipita sur Chuck et plaqua fougueusement ses lèvres contre les siennes. Riant, il lui rendit son baiser, l’enlaçant jusqu’à lui couper le souffle.

Enfin, ils se lâchèrent et, toujours souriante, elle colla son front contre celui de Chuck.

- Allez, dis-le que je vais te manquer !

Chuck releva la tête et, un demi-sourire taquin aux lèvres, répliqua :

- Attends, qu’avais-tu dit à l’époque déjà ? Ah oui ! « Dans tes rêves »…

Le sourire de Blair se transforma en une petite moue. Changeant de tactique, elle pencha la tête et minauda :

- Ce serait normal après tout ! Ne suis-je pas ta « petite-amie » ?

Le front de Chuck se plissa et il l’observa un instant.

- Dis-le moi d’abord…

Blair recula et poussa un long soupir exaspéré :

- On ne va tout de même pas recommencer ce petit jeu !

- C’est toi qui as recommencé… signala Chuck. Tu cherches à me faire dire ce que tu ressens.

Blair poussa un petit cri.

- Moi ? Parce que tu crois vraiment que moi, Blair Waldorf, qui vais rejoindre ma meilleure amie sur une île paradisiaque, je vais vraiment regretter de te laisser à New York ! Dans tes rêves !

Plissant les yeux, Chuck répliqua aussitôt :

- Et tu crois vraiment que je vais dépérir parce que mademoiselle s’éloigne quelques heures ?

Une flamme maligne dans les yeux, il poursuivit :

- Je ne te donne pas quarante-huit heures avant que tu ne m’appelles…

- Et moi je ne t’en donne pas vingt-quatre ! siffla Blair.

- Vraiment ?

- Vraiment…

- Dans ce cas, répliqua Chuck en carrant la mâchoire, je m’assurerai d’avoir l’esprit assez occupé pour ne pas avoir à penser à toi ces prochaines vingt-quatre heures.

Blair pâlit légèrement. Elle mourait d’envie de lui demander ce qu’il voulait dire par « assez occupé ». Mais ça lui aurait fait trop plaisir… Elle lui avait couru après si longtemps, il était hors de question que ça continue. C’est elle qui aurait le dessus cette fois…

- Très bien, comme tu veux. De toute façon, je ne risque pas de m’ennuyer avec Serena … et Carter.

Les mâchoires de Chuck se détendirent l’espace d’un instant.

- Carter est là-bas ?

- Oui.

- Pourquoi ne me l’avais-tu pas dit ?

- Parce que, jusqu’à il y a quelques instants, ça n’avait aucune importance…

- Parce que maintenant ça en a ?

Blair eut un sourire en coin, le sourire de la victoire. Empoignant son vanity, elle fit volte-face et sortit de la pièce. Chuck resta immobile, tétanisé. Blair refit une apparition dans le chambranle de la porte :

- Oh et au fait ! Je prendrai un taxi pour l’aéroport.

 

Fin du flash-back

 

 

 

Serena éclata de rire.

- Et c’est pour ça que tu t’inquiètes ? Ce n’était que de la provocation, de ton côté comme du sien ! Vu le temps qu’il vous a fallu pour vous avouer vos sentiments, il ne fallait pas s’attendre à ce que vous vous disiez des mots doux à chaque coin de porte !

Blair ne répondit rien, son regard résolument tourné vers le bleu des vagues. Serena s’en voulut aussitôt : elle avait poussé son amie à se livrer, et tout ce qu’elle était parvenue à faire, c’était à se moquer d’elle.

- Blair… reprit-elle d’une voix plus douce. Chuck t’aime ! Et il a enfin ce qu’il veut, pourquoi irait-il voir ailleurs ?

Blair poussa un long soupir.

- A vrai dire, il n’a pas vraiment eu tout ce qu’il voulait…

- C’est-à-dire ?

Elle se tourna vers Serena et lui fit de gros yeux.

- Nous n’avons pas… Enfin tu sais !

- Oh…

L’annonce était tellement surprenante qu’elle n’avait pas trouvé mieux.

- Enfin, c’était son idée, pas la mienne ! Il voulait qu’on prenne notre temps, qu’on fasse bien les choses cette fois…

- Ce qui prouve qu’il veut bien bâtir une relation sérieuse avec toi.

- Oui mais…

Blair baissa la tête.

- C’est Chuck, Serena ! Lorsque quelque chose le blesse, il se venge. Et si par hasard ça peut passer par une fille qui lui plaît…

- Blair, tu…

- Il n’a pas téléphoné Serena ! l’interrompit Blair en criant. Tu comprends ?

Serena se mordit les lèvres. Oui, elle comprenait… Et très sincèrement, elle ne pouvait pas blâmer Blair d’avoir de tels soupçons. Elle connaissait Chuck mieux que quiconque, et sa propre expérience de son demi-frère lui faisait soupçonner le pire…

- Alors il faut que tu en aies le cœur net Blair. Rentre à New York…

- Non ! Il prendrait ça comme un signe de faiblesse, comme un signe qu’il… Qu’il me manque !

- Mais et alors ? s’emporta doucement Serena. N’est-ce pas le cas B ?

Blair poussa un nouveau soupir et leva les yeux au ciel.

- Bien sûr que si…

- Alors vas-y ! Ne laisse pas votre petit jeu du chat et de la souris recommencer… Rentre et mets les choses au clair une bonne fois pour toutes !

Blair planta son regard dans celui de Serena et réfléchit un instant. Enfin, elle éclata de rire.

- Je crois que Dorota ne va pas être contente de reprendre l’avion aussi vite !

- Blair… râla Serena. Ne penses-tu pas que Dorota ait le droit à un peu de vacances ?

- Bien sûr que si ! Mais jamais elle n’acceptera de me laisser rentrer seule, surtout que maman et Cyrus ne sont pas là en ce moment !

Serena eut un large sourire.

- Alors ne lui laisse pas le choix ! Justement, elle dort… conclut-elle en lui décochant un clin d’œil.

Blair pouffa de rire.


lili59  (18.06.2009 à 21:19)

Jenny poussa la porte de la chambre :

- Chuck j'ai de bonnes nou... Oh !

Les joues virant au rouge vif, elle détourna promptement la tête. Elle n'avait eu que le temps de percevoir Chuck allongé, à moitié nu, et la bimbo de la veille juste derrière lui.

- Jenny, grogna le jeune homme dans son dos, il va falloir que tu apprennes à frapper aux portes si nous devons vivre sous le même toit prochainement...

Jenny passa une main sur son front. Non mais quelle imbécile ! Ils avaient passé la soirée de la veille dans sa chambre au loft, et ça lui avait semblé tellement naturel qu'elle n'avait même pas pensé qu'ici il s'agissait de la chambre des secrets ! Surtout qu'elle savait pertinemment que la fille devait revenir aujourd'hui... Triple idiote ! Et voilà, Chuck allait s'énerver maintenant, et il allait falloir tout recommencer depuis le début... C'était malin !

- C'est bon, tu peux te retourner, il n'y a pas mort d'homme... reprit Chuck plus doucement, mais sur un ton néanmoins agacé.

Jenny lissa ses cheveux et les plaqua derrière ses oreilles, puis se détourna. Elle resta bouche bée. Chuck haussa un sourcil amusé.

- Je ne pensais pas que me voir torse nu te ferait un tel effet... se moqua-t-il.

Le regard de Little J passait de Chuck à la jeune femme, ahuri.

- Tu... Mais... Ce n'est pas une … call girl ?

La bimbo leva un sourcil réprobateur. Jenny s'empourpra et s'excusa aussitôt :

- Oh ! Pardon ! Ce n'est pas ce que je... Enfin... C'est juste que Chuck...

- Vous voudriez bien nous excuser ? l'interrompit Chuck en se tournant vers la jeune femme.

Celle-ci acquiesça d'un signe de tête et, d'un air pincé, sortit de la chambre sans un mot. Chuck se releva et, saisissant sa chemise, la revêtit.

- Tu crois que je l'ai vexée ? s'inquiéta l'adolescente.

- Très probablement... affirma son futur demi-frère en boutonnant son vêtement.

- Mais je ne savais pas que tu...

- Que j'aimais les plaisirs de la chair, quels qu'ils soient ? sourit Chuck. J'avais besoin de me détendre, et rien de tel qu'une masseuse professionnelle pour y parvenir... Je te l'ai dit Jenny : j'ai changé.

Jenny garda le silence un instant, gênée. Oui, il le lui avait dit. Et même montré. Et malgré tout, une partie de son esprit l'avait cadenassé dans un stéréotype peu flatteur. En fait, elle avait agi très exactement comme les filles de the A-List qui l'avaient jugée sur son appartenance sociale plutôt que sur sa personnalité.

- Passons... reprit Chuck. Tu voulais me dire quelque chose ?

- Oui, murmura-t-elle sans lever les yeux. C'est à propos de l'enterrement de nos parents. J'ai réussi à contacter...

Elle fut interrompue par la sonnerie d'un téléphone. Surprise : Chuck se leva précipitamment de la table de massage pour récupérer l'objet. Découvrant l'interlocuteur, son visage se défit un instant, avant de trahir un soupçon d'intérêt. Sourcils froncés, il décrocha.

- Toutes mes sœurs ont décidé de s'inviter dans ma garçonnière ce midi ?

- Bonjour à toi aussi Chuck ! plaisanta Serena. Et pour ton information, c'est le petit matin par chez nous...

L'espace d'un instant, il se laissa aller à imaginer Blair, se reposant dans une des nuisettes en satin qui lui seyaient tant. Puis l'image de Carter se réveillant à ses côtés lui vint à l'esprit. Carrant la mâchoire, il se força à passer outre et reprit :

- Que me vaut alors l'insigne honneur d'un appel matinal de ta part ?

- Eh bien, puisque l'été dernier tu avais passé toute une après-midi à te mirer dans un miroir avant le retour de Blair à New York, je me suis dit qu'il fallait te prévenir assez tôt pour que tu aies le temps de te faire une beauté...

La boule qui couvait au fin fond de sa gorge depuis trois jours tomba tout à coup sur son abdomen.

- Hum... Et est-ce qu'elle revient … seule ?

- Bien sûr qu'elle revient seule, imbécile ! siffla Serena à l'autre bout du monde. Elle a pensé à toi constamment, tu peux me croire...

Il baissa la tête, réprimant le sourire qui était en train de naître sur son visage.

- Hum... Et pourquoi revient-elle si tôt à New York ? demanda-t-il d'une voix neutre.

- D'après toi ?

Cette fois-ci, le sourire fut incontrôlable. Poussant un immense soupir, il sentit chacun de ses muscles de détendre, chose que même la meilleure masseuse de tout New York n'était pas parvenue à faire. Avisant tout à coup Jenny qui le lorgnait du coin de l'oeil, il se détourna vers le mur et chuchota :

- Et que veux-tu que je fasse ?

- D'après toi Chuck ? Elle est en train de traverser le monde pour te retrouver, ne penses-tu pas que tu pourrais au moins traverser New York pour lui rendre la pareille ? Comme ça, pas de perdant ni de gagnant, pas de complications... Seulement une belle histoire qui reprend son cours... Ce n'est pas ce que tu veux ?

Chuck releva la tête, le regard perdu dans le lointain. Enfin, un demi-sourire naquit sur ses lèvres.

- A quelle heure atterrit son avion ?


lili59  (19.06.2009 à 09:11)

- « Petit-déjeuner servi jusqu'à onze heures» lut Dan. La poisse !

- Je t'avais bien dit qu'il fallait appeler le room service, soupira Nate.

- Tu paies déjà la chambre, je pouvais au moins te payer le petit-dej' ! Ne fais pas ton bachelor s'il te plaît... plaisanta le jeune homme brun.

Nate se tourna de l'autre côté de la rue, regardant avec envie le Four Seasons Miami. Là-bas l'attendait une ribambelle de gaufres et de pancakes. Seul le carrefour, où de multiples voitures se croisaient dans un flot incessant de vrombissements et de klaxons, le séparait de ce festin.

- Et toi ne fais pas ta tête de mule, grogna le jeune homme. Maintenant on rentre et on commande, parce que je n'ai pas envie de commencer la journée avec un chili con carne, ni de crapahuter dans tout Miami à la recherche d'un café ouvert... Surtout quand on voit comment ça s'est terminé la dernière fois !

Dan sourit. La petite saute d'humeur de Nate était des plus distrayantes ! A l'époque où le jeune Archibald avait vécu chez lui, il était finalement parvenu à trouver une faille dans la bonne humeur constante de son ami : le matin, avant son premier café, il était d'humeur morose. Et si son corps n'ingurgitait pas suffisamment vite le précieux breuvage, sa morosité se transformait alors carrément en mauvaise humeur. Apparemment, ça n'avait pas changé !

- Allez, viens Grincheux... le taquina-t-il.

Dan avança vers le passage piéton, Nate sur les talons. Tout à coup, il s'arrêta net et, le bras tendu, retint Nate.

Celui-ci fronça les sourcils : quel nouveau stratagème Dan allait-il encore mettre en place pour ne pas retourner à l'hôtel ? Mais, avisant l'air hébété de son camarade, il tourna la tête et chercha des yeux l'objet de son ahurissement. Toujours le flot incessant des voitures sur le bitume, toujours les piétons en file indienne sur le trottoir, toujours l'hôtel qui...

Nate plissa les yeux. Sur le banc à quelques mètres de l'hôtel, le visage soigneusement dissimulé par une casquette kaki, un type buvait un café tout droit sorti du Starbucks. Il venait très certainement d'arriver, car il n'était pas là quelques minutes plus tôt, lorsqu'ils étaient sortis de l'hôtel. Enfin, tout du moins lui semblait-il, car l'action en tant que telle n'aurait rien eu de bien spéciale si ce jeune homme n'avait pas été …

- Scott... murmura Dan à ses côtés.

Il se tourna vers Nate, éberlué.

- Mais qu'est-ce que... ?

Nate haussa les épaules pour montrer sa totale incompréhension. Regardant à nouveau le garçon siroter tranquillement son café XXL - le veinard... - il reprit :

- Ce n'est sûrement qu'une coïncidence... Comment aurait-il su que nous étions ici ?

Dan réfléchit un instant puis se tourna vers Nate :

- Hier, au téléphone... Mon père a dit que nous logions au Four Seasons Miami. Il était à la galerie, et Scott y est constamment fourré ces derniers temps. Il a dû entendre...

- Mais voyons Dan ! Pourquoi nous aurait-il suivi ?

- Je n'en ai pas la moindre idée, murmura le jeune Humphrey entre ses dents.

Contemplant à nouveau le visiteur inattendu, il serra les poings et reprit, rageur :

- Mais je ne vais pas tarder à le savoir...

Il s'était déjà engagé sur le passage piéton quand Nate attrapa son bras et le ramena à lui.

- Mauvaise idée... déclara-t-il. Tu crois franchement qu'il vous te dire ce qu'il fait là, sachant les précautions qu'ils a prises pour nous pister ?

Dan contracta la mâchoire. Ce n'était pas faux... Et franchement, il se voyait mal utiliser les techniques de Jack Bauer pour le faire parler...

- Non, il faut ruser, reprit Nate. Pour l'instant, tu as un temps d'avance sur lui puisque tu sais qu'il te cache quelque chose. Ne perds pas cet avantage...

Même face à la gravité de la situation, Dan ne put s'empêcher de plaisanter :

- Tu as suivi un stage d'été au FBI ou quoi ?

- Non, sourit Nate, je fréquente seulement Chuck et Blair depuis la maternelle...

Le visage de Dan s'illumina un dixième de seconde avant de recouvrer son sérieux.

- Alors qu'est-ce que tu suggères ?

- Rentrons à l'hôtel comme si nous ne l'avions pas vu, et ressortons illico avec nos bagages. On prend le jet et on file. Il n'aura aucun moyen de savoir où nous allons, ce qui nous laissera un peu de temps pour préparer une contre-offensive.

- Et où on va exactement ?

Nate sourit.

- Voir le magicien... On lui demandera du courage, mais surtout des astuces.

Dan garda le silence quelques instants, réfléchissant. Sans un mot, il finit par opiner du chef. L'air grave, Nate lui rendit son signe de tête et les deux jeunes gens s'engagèrent sur le passage piéton. Tous deux durent fournir un effort de volonté pour ne pas dévisager Scott lorsqu'ils arrivèrent à son niveau, et Dan poussa un soupir soulagé lorsque le portier lui ouvrit.

- Oh, et en fait Dan ! s'exclama Nate. Tant qu'on est ici, et si on se le commandait ce petit-dej' ?


lili59  (20.06.2009 à 11:12)

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