Entrez dans la grande bibliothèque d'Hypnoweb. De très nombreuses fanfics vous attendent. Bonne lecture ! - Inscris-toi gratuitement et surfe sans pub !
Série : Gossip Girl (2007)
Création : 28.06.2009 à 19h30
Auteur : lili59
Statut : Terminée
« Suite du 3x01 - The beach is back ... en espérant vous retrouver aussi enthousiastes après la courte page de pub! ;-) » lili59
Cette fanfic compte déjà 26 paragraphes
- Melle Serrrena ?
Au pied de l’escalier, Dorota eut un petit sursaut lorsqu’une tête blonde dépassa entre deux barreaux de l’escalier.
- Que passe-t-il Dorota ? Un problème ? demanda la jeune femme.
- Non non Miss… la rassura la gouvernante. Mais j’ai besoin de parrrler avec vous.
- Eh bien je t’écoute !
- Dans le salon, s’il vous plaît…
Serena fronça les sourcils mais s’exécuta sans broncher. Elle descendit les dernières marches et se dirigea vers la pièce de vie en prévenant :
- Je n’ai pas beaucoup de temps. Mon taxi pour l’aéroport va arriver d’une seconde à l’autre et je n’ai pas enc…
En découvrant la silhouette masculine qui l’attendait sur le canapé, elle s’arrêta net. Une fois la surprise passée, ses traits se contractèrent et elle se tourna vers Dorota.
- C’est une plaisanterie ? lui demanda-t-elle.
- Pas du tout… Je dois vous parler, mais d’aborrrd vous devez vous asseoirrr à côté de Misterrr Carrrterrr … s’il vous plaît.
Dorota avait soigneusement préparé sa tirade, s’exerçant une bonne partie de la nuit à prendre un regard déterminé. A l’instant T, elle se demanda si elle ne ressemblait pas davantage à un hibou faisant les gros yeux qu’à une maîtresse d’école autoritaire, mais peu importait : apparemment, son attitude quelque peu inattendue avait fait son effet et Miss Serena s’assit sur le canapé. La jeune femme adopta aussitôt la même pose que Mister Carter : bras croisés, tête tournée vers l’extérieur, chacun regardait résolument un point aussi éloigné de l’autre que possible.
Tandis que Dorota se dirigeait en trottinant vers la chaise qui leur faisait face, elle entendit Serena siffler entre ses dents :
- C’est donc tout ce que tu as trouvé ? Faire appel à une gouvernante pour régler tes comptes ?
- Je n’ai rien fait du tout, répliqua Mister Carter sans tourner la tête pour autant. Et sache que ça ne me plaît pas plus qu’à toi d’être là !
Serena tourna la tête en sa direction.
- Mais bien sûr ! Et qu’est-ce qui t’y force alors ?
Mister Carter tourna la tête vers elle à son tour.
- Dorota a pris mon passeport, et elle m’a dit qu’elle ne me le rendrait que si je restais assis ici à l’écouter ! Et toi, qu’est-ce qui t’y oblige ?
- Moi ? Eh bien sache que j’ai un minimum de courtoisie et que quand une invitée me dem…
- Stop !
Les deux jeunes gens tournèrent la tête vers Dorota, le regard ahuri. Celle-ci contint un sourire satisfait : quand elle avait élaboré son plan, elle avait pensé que le meilleur moyen de parvenir à ses fins serait de se mettre à la place d’une professionnelle des manigances. Et il était agréable de voir combien les années passées auprès de Melle Blair lui étaient aujourd’hui utiles...
- Miss Serrrena ne veut pas êtrrre ici. Misterrr Carrrterrr ne veut pas êtrrre ici. Mais Miss Serrrena et Misterrr Carrrterrr n’ont pas vrrraiment envie de parrrtirrr fâchés, n’est-ce pas ?
Le visage de Dorota se fendit en un léger sourire ironique. L’effet fut immédiat : Miss Serena et Mister Carter tournèrent aussitôt la tête comme au début de la conversation.
- Hier aprrrès-midi, même si je ne voulais pas, j’ai vu Miss Serrrena et Misterrr Carrrterrr se disputer. Et ensuite, en obserrrvant Misterrr Carrrterrr, j’ai rrreconnu son rrregarrrd : c’était comme avec Misterrr Chuck.
Serena gloussa et regarda la gouvernante.
- Dorota, tes efforts sont adorables mais autant te prévenir : en comparant Carter à Chuck, tu ne fais que me donner une raison supplémentaire de prendre mes jambes à mon cou !
Dorota haussa les épaules et poursuivit :
- Ce rrregarrrd, c’est celui qu’avait Misterrr Chuck le soirrr où vous m’avez demandé l’endrrroit où se cachait Miss Blairrr…
Serena fronça les sourcils.
- Après qu’elle ait été refusée à Yale ?
- Oui, le soirrr où ce petit…
Dorota grimaça :
- … « garnement » m’a prrroposé de l’arrrgent contrrre cette inforrrmation.
Même contrariée par les événements, Serena ne put contenir un sourire au souvenir de la tête qu'avait faite Chuck lorsque Dorota s’était mise à le traiter de tous les noms dans sa langue maternelle… Mais déjà la gouvernante continuait :
- Ce soirrr-là, même s'il a mal agi, j'ai bien vu que Misterrr Chuck était inquiet. Et qu'il s'en voulait aussi. Je pense qu'il regrrrettait de ne pas avoirrr été à la hauteurrr avec Miss Blairrr au moment où elle avait besoin de lui…
Le sourire de Serena s’évanouit.
- Ce rrregarrrd, c’est Misterrr Carrrterrr qui l’avait hier.
Après un temps de silence, Dorota se leva.
- Miss Serrrena a toujours été bonne avec moi. Alors je crrrois que je devais lui dire qu'elle ferrrait une grrrosse errreur en partant...
Serena tourna la tête vers la gouvernante, la bouche légèrement entrouverte. La bonne femme lui adressa un petit sourire avant de tourner les talons sans un regard pour Mister Carter. Néanmoins, au moment où elle s'apprêtait à tourner à l'angle du couloir, Dorota ne put s’empêcher de jeter un coup d'œil par dessus son épaule. Son visage s'adoucit lorsqu'elle vit le regard que Miss Serena portait désormais sur Mister Carter. Elle s'éclipsa sans faire de bruit.
Après une longue minute, Serena se décida à rompre le silence :
- C’est vrai ? demanda-t-elle doucement.
- Quoi ? bougonna Carter sans détourner la tête.
- Tu as l’impression de ne pas être à la hauteur ? C’est pour ça que tu m’as poussée à bout hier, en rentrant de chez mon père?
Elle ne reçut qu’un silence obstiné pour toute réponse. Comment interpréter ce mutisme ? Comme un aveu pudique ou comme une marque de dédain ?
- Carter, je fais un pas vers toi là… Tu ne crois pas que tu pourrais en faire un de ton côté également ?
Mais apparemment, Carter n’avait pas la moindre envie d’avancer : au contraire, il campait soigneusement sur ses positions. Il n’esquissa même pas un tressaillement lorsqu’un coup de klaxon leur parvint de l’extérieur.
- C’est mon taxi… annonça Serena.
Elle se pencha légèrement en avant, espérant discerner les traits de son voisin. Peine perdue : celui-ci tourna un peu plus la tête vers l’extérieur. Le visage de Serena se ferma et, furieuse, elle se leva.
- Très bien, si c’est ce que tu veux… Après tout, peut-être n’es-tu effectivement pas à la hauteur, peut-être ferais-je mieux de monter dans ce taxi sans me retourner !
Elle n’avait pas fait trois pas que la voix de Carter retentit :
- Oh arrête ce petit jeu Serena ! Comme si nous ne savions pas, toi comme moi, ce qu’il en est !
Serena pivota sur elle-même et découvrit que son interlocuteur, debout, s’exprimait désormais à renfort de grands gestes.
- Comment ça, « comme si nous ne savions pas ce qu’il en est » ?
- Serena, tu n’es pas stupide et moi non plus ! Nous sortons ensemble depuis quoi ? soixante-douze heures ? et j’arrive déjà à te décevoir…
- A me décevoir ?
- Ne me dis pas que je ne t’ai pas déçue lorsque j’ai parlé à ton père de tes projets ? Tu me l’as clairement reproché !
- Reproché, oui. Mais tu ne m’as pas dé...
- Et puis de toute façon ce n’est pas comme si c’était la première fois ! l’interrompit le jeune homme. Déjà hier matin, quand je t’ai réveillée, j’ai bien vu que je t’avais blessée, que je m’étais montré grossier…
Serena fronça les sourcils, tentant de se rappeler.
- Quoi ? Tu penses au moment où je t’ai dit que tu me parlais comme à une call-girl de luxe ?
Carter déglutit, détournant honteusement le regard à ce rappel. Serena ouvrit la bouche, déconcertée.
- Mais voyons, tu ne l’avais pas fait exprès, je le sais bien !
- Et c’est bien ça le pire ! rugit Carter en levant les bras au ciel.
Il s’arrêta dans cette posture un instant, avant de faire glisser doucement ses bras jusqu’à ce que ses mains se croisent derrière son cou.
- Tu ne comprends donc pas Serena ? Tu ne comprends donc pas que, même si j’essaie de toutes mes forces, je ne serai jamais à la hauteur ? Je te décevrai, toujours… Je te blesserai, toujours…
Un nouveau coup de klaxon retentit. Carter baissa les bras, soudain las, et souffla.
- Monte dans ce taxi Serena… Monte dans ce taxi tant que cette relation reste un beau souvenir, avant que j’aie le temps de tout gâcher…
Et, incapable de la regarder un instant de plus, il fit volte-face pour se diriger vers la baie vitrée. Dehors, l’océan turquoise miroitait à l’infini. Il ferma les yeux, se préparant à entendre la porte d’entrée claquer définitivement.
- Si tu crois que tu vas si facilement te débarrasser d’une Van Woodsen amoureuse…
Il rouvrit les yeux, choqué, et se détourna. Au milieu de la pièce, Serena n’avait pas bougé d’un pouce. Mieux : elle souriait. Et lui, tel un idiot, ne put contenir le sourire qui lui montait aux lèvres…
- Tu peux répéter le dernier mot ? finit-il par articuler, tentant de réfréner tant bien que mal la vague d’émotions qui s’abattait sur lui.
Serena leva les yeux au ciel et, sans se départir de sa bonne humeur, s’approcha de lui.
- Carter Baizen…
Arrivée à son niveau, elle prit ses mains dans les siennes.
- Pourquoi crois-tu que les contes de fée se terminent toujours après le premier baiser ? Parce que tout le monde sait bien que c’est après que les choses se compliquent !
Le visage de Carter se fendit en un rictus amusé tandis que Serena continuait :
- Tu pensais réellement réussir à être le parfait prince charmant, chevauchant chaque jour son destrier blanc pour sauver sa princesse ? Eh bien pas de chance : je ne suis pas une princesse… Je ne suis qu’une fille comme les autres, avec ses sautes d’humeur et une insatisfaction légendaire ! A vrai dire, c’est moi qui devrais m’inquiéter de ne pas être à la hauteur, pas l’inverse !
Carter réprima un sourire satisfait. Il ne savait plus où donner de la tête… A vrai dire, cette fille lui retournait le cerveau, complètement.
- Je te propose un deal, reprit Serena en s’éloignant d’un pas. Tous les deux, nous devons cesser de tout prendre de travers. Donc moi, je m’engage à arrêter de chercher la petite bête pour passer ma mauvaise humeur sur toi. Et de ton côté, tu dois arrêter de t’auto-flageller à chaque fois que je dis quelque chose qui égratigne ton égo… Marché conclus ?
Le regard brillant, elle leva la main pour que Carter lui tape dans la paume. Celui-ci la dévisagea un instant et, finalement, finit par saisir sa petite main. L’approchant doucement de son visage, il pressa délicatement ses lèvres dessus. Le regard de Serena fondit aussitôt.
- Marché conclus… A une condition : que tu ne m’empêches pas d’essayer d’être ton prince charmant … lorsque nous sommes au lit.
Serena éclata de rire et, posant son front contre celui de son amoureux, elle se laissa doucement pousser vers sa chambre.
- Je te dis que c’est pas la bonne planche !
Tandis que Nate faisait glisser ladite planche le long de l’escabeau, Scott s’en empara et la déposa délicatement sur le sol. Un crayon derrière l’oreille, le schéma d'un meuble à bout de bras, Dan protesta :
- C’est forcément celle-là ! C’est la plus longue je te dis !
- Et moi je te dis qu’elle rentre pas dedans !
- T’y connais rien, espèce de fils à papa ! Descends de là que j’y jette un coup d’œil !
A l’autre bout de la pièce, Rufus se retint pour ne pas rire : voilà deux heures que Dan et Nate s’étaient lancé dans une brillante imitation de « Laurel et Hardy montent une étagère ». Quoique, à ce stade, ils commençaient à ressembler dangereusement à « Dumb and Dumber » !
Heureusement que Scott était là pour relever le niveau. Sans trop se l'expliquer, Rufus l’aimait bien ce gosse… Un brin timide, ce dernier était toujours fourré dans ses livres. Mais dès qu’il relevait la tête, ses yeux brillaient d’une intelligence rare et empreinte de gentillesse. Des yeux qui lui rappelaient ceux de Lily, assez bizarrement…
- Salut p’pa !
Rufus se détourna avec un sourire au son de la voix de sa petite fille.
- Bonjour Jenny!
- Lily et moi on vous apporte des muffins de « La Min… »
Bouche bée, Jenny s’arrêta net. Rufus fronça les sourcils et suivit le regard de l’adolescente … jusqu’à se poser sur Dan, Nate et Scott. Il réalisa à cet instant que les trois garçons avaient ôté leur tee-shirt à cause de la chaleur étouffante qui régnait dans la pièce. Embrassant la salle d’un regard, Rufus réalisa que Jenny n’était pas la seule à se repaître du spectacle : l’unique table occupée dans la pièce était prise par trois jeunes femmes qui poussaient des soupirs d’aise, coude sur la table et menton dans la main.
- Mieux que la pub du livreur de coca-cola light… ronchonna-t-il.
L’instant de grâce fut interrompu par Nate qui détourna la tête et s’avisa de l’arrivée de la blondinette.
- Jenny ! s’exclama-t-il, radieux. Qu’est-ce que tu fais là ?
- Lily et moi on s’est dit qu’il vous faudrait un goûter après de tels efforts ! expliqua Jenny en reprenant ses esprits et en se dirigeant, tout sourire, vers le jeune homme.
A cet instant, une multitude d’événements a priori insignifiants se succédèrent : alertés par la conversation de Jenny et Nate, Dan et Scott tournèrent la tête en direction de la porte. Au même moment, Lily entra dans la pièce et embrassa tendrement Rufus sur la joue. Aussitôt, Scott blêmit et détourna promptement la tête alors que Jenny et Nate, arrivés face à face, commencèrent à rougir sans raison apparente.
- Bonjour les garçons ! salua Lily. Dan et Nate, c’est un plaisir de vous revoir…
Plissant les lèvres, elle tenta de dévisager l’inconnu qui tournait obstinément la tête dans la direction opposée.
- Je ne crois pas avoir le plaisir de connaître votre camarade ?
- Oh, pardon Lily… s’excusa Dan. Je te présente Scott, un … “ami”.
Il sourit, satisfait du qualificatif proposé, et s’attendit à une réponse similaire de la part de Scott. Ainsi quelle ne fut pas sa surprise lorsque ce dernier, bien loin de lui rendre sa marque d’affection, s’empara de son tee-shirt traînant par terre et commença à bredouiller :
- Oui, heu… Excusez-moi, je n’avais pas vu qu’il était si tard. Je suis désolé, mais j’ai quelque chose de prévu. C’est important, alors je crois que je ferais mieux…
Tête basse, il fila à travers la pièce, dédaignant la main polie que lui tendait Lily au passage.
- Oui, heu… Pas de problème, déclara Dan, surpris. On se voit demain ?
- Oui oui, c’est ça… Demain !
Tandis qu’il frôlait Lily pour s’engouffrer dans le couloir, le regard de cette dernière fut attiré par une tache sur l’épaule droite du jeune homme. Une tache de naissance … en forme de quart de lune.
Son épine dorsale fut parcourue d'un frisson.
Chuck tituba légèrement lorsqu’il se décida enfin à quitter son moelleux fauteuil. Le dernier verre de bourbon avait été celui de trop, celui qui l’avait fait passer de la douce amnésie à la migraine nauséeuse. Et puis cette chanson commençait à vraiment lui taper sur le système. Depuis quand Chuck Bass voyait-il une danseuse fantomatique lui lancer son serre-tête depuis la piste du Victrola ? Non, vraiment, il était temps qu’il rentre chez lui…
Il traversa d’un pas mal assuré le bar toujours désert et interpella le barman désœuvré derrière le comptoir.
- C’est bon, vous pouvez les laisser entrer maintenant.
Lorsque les portes s’ouvrirent devant lui, ce qu’il vit d’abord ce fut la longue file d’attente qui s’étalait sur le trottoir. S’arrêtant, il leva la tête et s’avisa que la nuit était déjà tombée. Il ferma les yeux et, un sourire aux lèvres, respira la douceur du soir. Etait-ce la rumeur de la foule s’engouffrant derrière lui dans le cabaret ou la fraîcheur de la nuit ? L’étau qui lui enserrait le crâne sembla se détendre un peu, et Chuck parvint à reprendre un peu ses esprits.
Il devait être minuit. Ce qui signifiait que, à raison d’un verre par heure, il devait en être à son onzième whisky. Pas mal… Il revenait à sa moyenne de seconde. La bonne vieille époque… Celle avant Bl…
Carrant la mâchoire, Chuck chercha des yeux sa limousine : finalement, il n’avait peut-être pas assez bu, une coupe de champagne ne lui ferait pas de mal… Découvrant le véhicule sagement garé le long du trottoir, il s’empressa de grimper à l’intérieur et, claquant la porte derrière lui, ouvrit le minibar. Sans réfléchir, il déboucha la bouteille et en but une gorgée à même le goulot.
- Et moi ?
Il tourna la tête, les yeux écarquillés. A l’autre bout de la banquette, Blair – petite robe noire, talons aiguilles noirs, bandeau noir- le regardait avec un faux air scandalisé et une mine franchement amusée.
- Tu m’avais habituée à plus de courtoisie par le passé…
Bouche ouverte, Chuck ne sut que répondre. Une étrange impression de déjà-vu le traversa. Le soir où elle l’avait rattrapé sur le toit du Victrola, il avait été spectateur de la scène, coupé de toute liberté d’action et de pensée par l’alcool et la douleur. Il avait été réduit à la laisser prendre les rênes sans la moindre résistance… Cette torpeur le gagnait à nouveau et voilà que, après l’avoir tant cherchée, après l’avoir tant voulue, maintenant qu’il l’avait sous la main il était incapable de s’expliquer !
- Tu es là… fut tout ce qu’il parvint à bredouiller.
Blair fronça le nez et leva les yeux au ciel d’un air enjoué, comme elle le faisait lorsqu’elle manigançait une affaire … ou lorsqu’elle annonçait une bonne nouvelle à quelqu’un.
- Apparemment. Quoique, vu ton degré d’alcoolémie, tu ne dois plus être loin du delirirum tremens !
Bizarre… Cette fille était bien Blair et en même temps… Elle en faisait trop, ce n’était pas naturel. Comme si elle jouait son propre rôle. Sa Blair, en le voyant si mal, n’aurait jamais eu envie de plaisanter. Elle lui aurait pris la main et elle l’aurait aidé. Mais peut-être n’était-elle pas sa Blair après tout, peut-être croyait-elle encore que…
- Tu sais, cette fille…
- Je sais, le coupa-t-elle.
S’avisant de la sécheresse de son ton, elle reprit plus doucement :
- Je sais tout Chuck…
- Et tu es là.
Cela ressemblait à une affirmation mais ni l’un ni l’autre ni fut dupe : il s’agissait en fait d’une question. Plongeant son regard dans celui de Chuck, Blair s’arrêta un instant. Aussitôt, sa belle carapace fondit comme neige au soleil et c’est d’une voix un peu étranglée qu’elle répondit :
- Je suis là.
Alors il se jeta sur elle.
Il ne la laissa pas doucement approcher, comme lors de leur première nuit dans cette même limousine, où ses propres gestes avaient été empreints d’une légère timidité, d’une certaine gaucherie dont il avait été le premier surpris d’ailleurs, mais qu’il s’était ensuite expliqué: cette nuit-là, il avait fait pour la première fois l’amour à une femme.
Non, ce ne fut pas ainsi.
Ce ne fut pas non plus comme au retour de Blair, à l’aéroport, où il avait ressenti un désir frustré, contrarié, et en même temps teinté de soulagement.
Non. Ce fut encore différent.
Il se précipita sur elle comme un homme assoiffé se précipite sur une gourde d’eau, comme un animal fond sur sa proie, comme une mère tend désespérément les bras pour enlacer l’enfant qu’elle vient de mettre au monde. Un besoin vital, inexplicable, un instinct de survie que rien ne saurait contrarier. Il avait soif d’elle, il avait faim d’elle, elle était une partie de lui qu’on lui rendait enfin. Se jeter sur elle n’était pas un acte de violence : au contraire, c’était une réparation, il le sut dès que ses lèvres se scellèrent aux siennes. Comme si les deux morceaux d’un objet brisé étaient enfin réunis, formant à nouveau un tout sans lequel ni l’un ni l‘autre n’avait la moindre identité.
Et elle ressentait la même chose, il en était sûr. Il le pressentit à la manière dont ses petits doigts crochetèrent avec force sa nuque, comme si elle voulait encore le rapprocher d’elle. Il le sentit en parcourant des doigts son visage, le découvrant aussi contracté que le sien, aussi désespéré et conquérant. Et enfin, il le sut lorsque le bout de leurs langues se rencontrèrent, lorsqu’elles s’enroulèrent l’une autour de l’autre avec autant de naturel que s'il avait croisé ses deux mains. Embrasser Blair était un de ces gestes si naturels, si innés, qu’ils en étaient irréfléchis : car qui songe à respirer ou à réguler les battements de son cœur ? Non, son cerveau n’avait pas besoin de réfléchir pour retrouver Blair. Il était Blair. Elle était Chuck.
Ils étaient Blair et Chuck.
La nuit étend une nouvelle fois son sombre manteau sur le monde de l’Upper East Side, apportant un repos mérité aux bonnes âmes qui ont lutté pour rétablir la vérité.
Dans son lit, Jenny parcourt un album photos remplis de souvenirs. Le sourire aux lèvres, elle s’arrête à une page vierge et y place un nouveau cliché de Rufus et Lily, riants et heureux.
*
Malheureusement, si la vérité était la reine des vertus cela se saurait ! Le plus souvent, elle se révèle au contraire être un cheval de Troyes dont le seul but est de rouvrir d’anciennes blessures…
Lily se glisse sous le drap, embrasse du bout des lèvres Rufus qui fronce les sourcils mais éteint docilement la lumière. Aussitôt, elle lui tourne le dos et, les yeux grand ouverts, laisse tomber le masque : son visage se tord en une grimace douloureuse tandis que ses yeux s’emplissent de larmes.
*
Pire, la vérité peut briser. Alors attention à ce que les retrouvailles des uns ne viennent pas détruire le bonheur des autres !
Serena s’approche de son père et s’arrête à deux pas de lui. Elle murmure quelques mots, tête basse. Keith pose un doigt sous son menton et soulève son visage. Découvrant toute la tendresse dans le regard de son père, Serena se jette dans ses bras.
*
Alors, parfois, peut-être vaut-il mieux la fuir aussi vite que possible, tourner le dos à une révélation qui pourrait détruire les autres … et même soi-même!
La tête appuyée contre le carreau de l'autocar, les écouteurs de son mp3 sur les oreilles, Scott regarde les lumières de New York s’éloigner peu à peu. Il tend son billet au contrôleur qui passe non loin de là. Sur le papier, il est écrit qu’il se rend à Boston.
*
Peut-être que les plus heureux dans ce cas sont les dupés, ceux à qui la vérité a échappé et qui profitent de l’existence sans se douter un instant de leur bienheureuse inconscience !
Dan et Nate sortent d’un bar en riant. Deux jolies filles passent devant eux et leur décochent une œillade. Dan, prêt à leur emboîter le pas, fait un signe de tête à Nate mais celui-ci lui prend le bras et l’entraîne dans la direction inverse. Dan, marchant à reculons, adresse de grands signes désolés aux charmantes demoiselles qui s’éloignent.
*
Oui, les ignorants sont sans doute les plus fortunés…Alors qu’ils reposent du sommeil du juste pendant que la vérité leur file entre les doigts !
Blair se glisse hors du lit. Elle jette un coup d’œil à Chuck, profondément endormi, et se dirige à pas de loup vers la salle de bain. Se jetant un coup d’œil dans le miroir, elle allume le robinet et le laisse couler à flots. Dans le miroir, elle fixe la cuvette qui la nargue juste derrière elle. Elle pousse un soupir et, résignée, se tourne vers elle.
*
Vous voulez savoir la suite ? Une seule solution : attrapez-moi si vous pouvez !
XoXo
Gossip Girl
Fin de l'épisode
Retrouvez prochainement la suite dans le ...
3x03 - Very sad things