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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 23.04.2011 à 11h03
Auteur : lili59
Statut : Terminée
« Dernier opus de ma saga GG. Les 3 tomes précédents à lire pour comprendre ce volet: 3x01 - The beach is back, 3x02 - Explain me if you can, 3x03 - Very Sad Things. Enjoy! » lili59
Cette fanfic compte déjà 65 paragraphes
- Melle Van Der Woodsen, savez-vous pourquoi votre père a été convoqué à la barre aujourd'hui?
- Avait-il un lien avec la victime ou avec le présumé coupable?
- Serena, comment votre mère a-t-elle réagi après sa demande en mariage la semaine dernière?
- Son mariage avec Rufus Humphrey est-il toujours d'actualité?
Serena tourna la tête, aveuglée par un nouveau flash, et chercha une issue parmi la horde de journalistes qui bloquait la porte d'entrée de la salle d'audience.
Soudain, un bras secoureur enroula ses épaules.
- Messieurs dames, ma soeur n'est pas ici en tant que porte-parole de ses parents, déclara Chuck avec un flegme très professionnel. Si vous souhaitez des renseignements quant au procès, veuillez contacter son avocat. Si vous souhaitez des renseignements quant au mariage, veuillez vous connecter à justjared.com. En attendant, merci de libérer le passage afin qu'elle puisse soutenir son père dans cette difficile épreuve.
Bien sûr, les journalistes recommencèrent aussitôt à mitrailler Serena de questions et de clichés. Néanmoins, l'intervention de Chuck avait créé un effet de surprise propice, si bien que les jeunes gens parvinrent à se frayer un chemin à grand renfort de coup de coudes.
La salle d'audience était pleine à craquer. Depuis une semaine, le procès de Hank Pioneer était un événement à lui tout seul, mais aujourd'hui, avec le témoignage annoncé de Keith Van Der Woodsen, on frôlait l'hystérie.
Serena et Chuck remontèrent l'allée centrale, puis s'assirent dans la rangée de droite, juste derrière le procureur. De l'autre côté, sur le banc des accusés, un quinquagénaire au crâne rasé parlait à voix basse avec son avocat. Serena poussa un soupir de soulagement.
- J'ai crû que je n'arriverais jamais à entrer! Merci beaucoup pour ton aide Chuck...
- La famille est suffisamment exposée pour le moment, il était inutile d'ajouter une fille piétinée par la presse à la page « Faits Divers »... plaisanta le jeune homme.
Pour la première fois depuis son réveil, Serena sourit.
- Non, vraiment, j'apprécie ton soutien. D'autant plus que ni maman ni Eric n'ont accepté de m'accompagner...
- … ce qui est compréhensible étant données les circonstances, temporisa Chuck.
- Je ne les blâme pas! C'est juste que ça aurait été difficile de venir ici seule, étant donné que Carter ne pouvait pas se libérer. Bref, merci.
- Je t'en prie... Je me suis déjà rapproché de ma soeur cadette en préparant l'enterrement de vie de jeune fille de Lily. Je n'aurais jamais imaginé que ce soit un procès qui me rapproche de ma soeur aînée! Et moi qui avais imaginé ma nouvelle vie de famille comme une réplique de La petite maison dans la Prairie... Je suis agréablement surpris!
Serena sourit à nouveau. Depuis une semaine, il régnait une atmosphère des plus étranges à l'appartement. Car, même si tout le monde était remonté contre la même personne – à savoir son père -, l'impression de deux « clans » existait néanmoins avec les Van Der Woodsen d'un côté et les Humphrey de l'autre. Au milieu de cette tension latente, Chuck avait décidé de prendre la situation à contre-pied afin de n'être partie prenante ni pour Lily ni pour Jenny (car, soyons clair, ce n'était ni pour Rufus ni pour Dan qu'il faisait preuve d'autant de tact).
- Des nouvelles de ton père? demanda-t-il.
- Toujours pas... Depuis que Brett et Devon l'ont...
- Brett et Devon?
- Les agents du FBI chargés de sa protection en tant que témoin. Depuis qu'ils l'ont retrouvé au Victrola, ils l'ont placé en isolement total pour être certains qu'on ne puisse pas le retrouver. Lui qui devait être discret pour sa sécurité...
Elle soupira.
- J'espère pouvoir lui parler tout à l'heure. Une fois qu'il aura témoigné, il sera trop tard pour le faire taire et normalement il ne courra plus de danger.
Chuck opina du chef.
- Et toi? demanda Serena. Des nouvelles de Blair?
Chuck secoua la tête, une pointe de tristesse dans les yeux.
- Elle est encore dans la première phase de la thérapie, donc toujours aucun contact extérieur. Mais sa mère continue à me transmettre les nouvelles quotidiennes qu'elle reçoit de la clinique. Apparemment tout se passe bien, si ce n'est que Blair continue à se plaindre de la couleur lavande de sa chambre.
Serena grimaça.
- Ca ne m'étonne pas d'elle!
- Il semblerait que, pour les convaincre de repeindre les murs, elle soit allée jusqu'à dire que cette couleur était à vomir...
Serena gloussa.
- Elle en joue déjà? C'est plutôt bon signe...
Le sourire fier de Chuck en guise de réponse voulait tout dire.
- Mesdames messieurs, la cour! annonça-t-on. Veuillez vous lever.
Acteurs et spectateurs du procès s'empressèrent d'obéïr. Lorsque la cour et le jury furent installés, on autorisa le commun des mortels à se rasseoir. Le juge Cone, une quinquagénaire dont les longs cheveux blonds et frisés contrastaient avec la mine sévère, ouvrit un des dossiers posés devant elle.
- Bien... Quatorzième jour du procès relatif au meurtre de la jeune Emelyn Lewis, vingt-et-un an, dont le corps sans vie a été retrouvé dans un bras de l'Hudson le 23 avril 1998.
Le juge sortit ses lunettes d'un étui en cuir et les plaça sur l'arête de son nez.
- Hier, rappela-t-elle, trois experts médico-légaux ont confirmé que la mort faisait suite à une strangulation antérieure à la noyade.
Elle releva la tête de son dossier et regarda le procureur par-dessus ses verres.
- Maître Lee, étant donné le nombre de journalistes présents, je suppose que c'est aujourd'hui que nous allons avoir la chance d'écouter votre témoin clé? railla-t-elle.
- Tout à fait Votre Honneur, répondit l'avocat sans se laisser démonter. J'appelle à la barre Keith Van Der Woodsen.
Des murmures résonnèrent: ainsi la rumeur était fondée. Après quatre ans de silence radio, Keith Van Der Woodsen signait bel et bien son retour officiel à la surface de la Terre.
Les portes de la salle d'audience s'ouvrirent et un homme séduisant d'une quarantaine d'années entra dans le tribunal sous le crépitement des flashs. Il remonta l'allée en regardant droit devant lui, escorté de part et d'autre par ses deux cerbères. Lorsqu'il arriva au niveau de Serena, il tourna imperceptiblement la tête et lui fit un petit sourire contrit. Serena lui rendit un sourire d'encouragement et il continua sa route pour s'installer sur le siège réservé aux témoins. Aussitôt on lui présenta la Bible sur laquelle il posa la main droite.
- Jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité?
- Je le jure.
Le procureur, un trentenaire d'origine coréenne à l'air très sûr de lui, s'approcha.
- Mr Van Der Woodsen, merci d'être parmi nous. Je sais que ce témoignage vous a coûté quatre années de votre vie, et je ne doute pas que le jury estimera au final que ce sacrifice n'aura pas été vain.
- Objection! Maître Lee tente clairement d'influencer le jury!
Tandis que les deux avocats se chamaillaient, Serena ne lâcha pas son père des yeux. Pourtant, celui-ci évita soigneusement de croiser son regard. Parce qu'il était concentré sur le procès? Ou parce qu'il appréhendait sa réaction suite à son coup d'éclat une semaine plus tôt?
- Veuillez nous raconter comment vous avez fait la connaissance du présumé coupable, Mr Hank Pioneer, reprit maître Lee.
- C'était en mars 98. Ma carrière de réalisateur de clips était au plus bas quand...
On entendait les mouches voler. L'atmosphère était lourde en cette journée d'août orageuse, et elle n'était pas sans rappeler à Serena une autre journée tout aussi chaude, un mois plus tôt, lorsqu'elle avait fini par retrouver son père dans son bungalow des îles Fidji et qu'elle lui avait demandé de lui expliquer pourquoi il avait disparu tout ce temps...
*
- C’est une très longue histoire… avait commencé Keith.
- J’ai tout mon temps, avait répliqué Serena.
- Très bien… avait soufflé son père. Tout a commencé il y a onze ans, en 1998. Tu étais sans doute trop jeune pour t’en rappeler, mais à l’époque, j’étais au creux de la vague. Je n’avais pas foncièrement besoin de travailler, j’avais amassé suffisamment d’argent pour le reste de mes jours. Mais j’aimais mon travail. Ou plutôt, pour être tout à fait franc, j’aimais la gloire. J’aimais être en haut de l’affiche.
Keith avait hoché la tête, désolé.
- Si tu savais combien je voudrais pouvoir revenir en arrière… Je serais resté avec vous, Lily, Eric et toi. J’aurais été heureux. Mais j’étais jeune et turbulent alors, je voulais revenir au sommet…
Keith avait jeté un coup d’œil à Serena. Imperturbable, celle-ci attendait froidement la suite.
- A cette époque, le président d’une grande maison de disques, Hank Pioneer, s’est rapproché de moi. Il voulait que je réalise le clip de certains des artistes qu’il manageait. Des jeunes qu’il voulait lancer pour commencer, mais de plus gros contrats pouvaient se profiler en cas de succès… Bien entendu, j’étais enchanté. Il était ma dernière chance de revenir et, j’ai honte de le dire aujourd’hui, mais je me suis mis à lui lécher les bottes. Si bien que le jour où il m’a demandé de venir filmer la « petite fête » qu’il organisait avec quelques amis proches, j’ai aussitôt accepté.
Keith s’était arrêté un instant, semblant hésiter à poursuivre.
- Tu es grande maintenant, avait-il finalement repris, je crois que je peux te parler de ce genre de choses… Je n’arrive pas à croire que tu aies dix-neuf ans !
- Ne t’éloigne pas du sujet s’il te plaît.
La voix de Serena avait été glaciale. Son père avait réprimé un frisson et poursuivi :
- Dans ce cas… En fait, cette « petite fête » n’était ni plus ni moins qu’une … orgie. Tu te doutes bien que j’ai été assez choqué, mais j’avais promis. Alors je l’ai fait. J’ai filmé leurs … ébats. Moi qui rêvais de gloire, je me retrouvais réalisateur de film X ! Mais je n’avais pas le choix…
Il avait jeté un regard suppliant à sa fille. En vain. Celle-ci était restée de marbre.
- C’est le surlendemain de cette lugubre soirée que tout a basculé… En lisant le journal, j’ai appris qu’un corps non-identifié avait été retrouvé dans un bras de l’Hudson… Et cette fille, je la connaissais. C’était précisément celle avec qui Hank Pioneer avait passé le plus clair de la soirée deux jours plus tôt. J’ai paniqué, me demandant que faire… Je ne voyais que deux possibilités : le dénoncer à la police, auquel cas je pouvais dire adieu à mes précieux contrats… Ou bien me taire.
- Et tu as décidé de te taire…
- Oui.
Keith s’était attendu à une réaction violente de la part de sa fille. En fait, il lisait davantage de compassion que de colère dans ses yeux. Encouragé, il avait poursuivi :
- Mais tout ceci ne m’a pas empêché de ressasser, encore et encore… J’ai commencé à prendre des … « produits » qui me permettaient de m’évader. Je me renfermais sur moi-même, ce secret me bouffait de l’intérieur. C’est à ce moment-là que mon mariage avec ta mère a commencé à battre de l’aile… Sans compter que ce changement avait mis la puce à l’oreille à Hank. Un soir où j’étais particulièrement … « dans les vapes », il m’a poussé à avouer mon secret. Et à partir de ce moment-là, il a commencé à me faire chanter : si jamais je le dénonçais, il s’en prendrait à vous. A toi, à Eric, à ta mère ! Est-ce que j’avais le choix ? J’ai gardé le silence. Pendant très exactement six ans. Je me suis tu pendant six ans, au prix d’un divorce et d’un nombre incalculable de cures de désintoxication qui ont toutes lamentablement échoué.
Keith s'était levé et, évitant soigneusement le regard horrifié de sa fille, s'était dirigé vers le guéridon où reposait une carafe au contenu ambré. La débouchant, il s'était servi une rasade d’alcool dans un verre qu’il avait avalé cul sec. Son verre vide dans la main, il avait continué :
- L’histoire aurait pu s’arrêter là si, il y a quatre ans, le service des stup’ ne s’était pas intéressé à mon cas. J’étais au pied du mur, je risquais la prison. Alors je leur ai donné quelque chose de plus intéressant que ma modeste consommation et les quelques dépannages que j’avais pu fournir ici ou là : je leur ai donné Hank. Ca faisait longtemps qu’ils s’intéressaient à son compte, pour des malversations financières et du blanchiment d’argent, mais ils n’arrivaient pas à le coincer. Alors un meurtre… C’était le rêve.
Débouchant à nouveau la carafe, il s'était resservi. Mais, cette fois, il s'était contenté de remuer son verre, admirant les reflets dorés de la boisson.
- Il a été décidé de me mettre dans le programme de protection des témoins. On m’a proposé de vous inclure mais j’ai refusé : je ne voulais pas vous couper de votre vie, de vos amis… Vous n’aviez pas à payer mes erreurs. Alors j’ai tout simplement disparu, sans la moindre explication.
Tournant la tête vers sa fille, il avait plongé son regard gris dans le sien :
- Crois-moi Serena, c’est la chose la plus dure que j’ai eue à faire de toute ma vie… Et je ne pouvais rien dire, pour ne pas vous mettre en danger. Depuis quatre ans, vous faites d’ailleurs l’objet d’une surveillance étroite du FBI. Ca ne m’étonnerait pas que Brett et Devon reçoivent d’ici peu la visite d’un de leurs collègues qui t’aura suivie ici.
Serena n'avait pas réagi. La bouche entrouverte, elle semblait tétanisée. Le cœur de Keith avait eu un raté : il fallait en finir, maintenant.
- Au début, il ne devait être question que d’un an. Deux, tout au plus… Le temps de lancer la procédure et que le procès ait lieu. Je serais revenu à la maison, je vous aurais tout expliqué et tout serait rentré dans l’ordre… Mais voilà : deux jours avant le procès, Hank a été jugé « mentalement incapable » pour cause de « grave dépression ». Tu te doutes bien qu’il allait très bien et qu’il avait tout simplement soudoyé l’expert… S’il avait été jugé à cette époque, il aurait été envoyé dans un hôpital psychiatrique. Et il se serait débrouillé pour finalement aboutir dans une maison de repos. Alors le procureur a décidé d’attendre… Je bouillonnais, tu peux me croire ! Normalement j’aurais dû vous retrouver quelques jours plus tard, et c’était impossible ! J’ai d’ailleurs pensé revenir, il y a un an, juste avant que ta mère ne se remarie. Mais le FBI m’en a dissuadé : Hank Pioneer avait le bras long, il aurait pu m’atteindre. Vous atteindre. Alors j’ai résisté, j’ai tenu bon, encore et encore… Et finalement, il y a trois mois, Hank Pioneer a été jugé apte par une troisième commission, un peu moins corrompue que les autres...
Enfin, Hank avait avalé son verre et conclu :
- Le plus drôle dans cette histoire, c’est que le procès s’ouvre demain à New York. Et dans environ dix jours, je comparaîtrai en tant que témoin.
*
- … que tout cela, mais comment pouvez-vous être sûr que le corps non-identifié retrouvé dans le fleuve est bel et bien celui de la jeune femme avec qui Hank Pioneer avait passé du bon temps cette nuit-là? Je rappelle aux jurés que tous les participants portent un masque sur les bandes vidéos que vous avez remises au FBI...
Sortant de sa torpeur, Serena se reconcentra sur le témoignage présent de son père. D'autant plus que la question de Maître Lee était pertinente, elle n'y avait jamais pensé...
- Eh bien, déjà, lorsque les participants ont quitté la maison, j'ai eu l'occasion d'apercevoir brièvement leur visage...
- D'où le fait que Hank vous ait menacé: les bandes vidéos à elles seules ne prouvaient rien... Seul votre témoignage comptait.
Keith opina du chef tandis que, sur le banc des accusés, l'homme au crâne rasé restait impassible.
- Mais tout de même, poursuivit Maître Lee, vous n'avez aperçu le visage d'Emelyn Lewis qu'une poignée de secondes, comment pouvez-vous être formel quant à son identité?
- A cause du tatouage, répondit Keith.
- Du tatouage?
- Oui. Comme le corps n'était pas identifié, le journal décrivait la jeune fille pour récolter des informations, et il y avait la photo d'un tatouage qu'elle avait à l'intérieur du bras pour aider à son identification.
L'avocat lui tendit une photo agrandie.
- S'agit-il de cette photo?
- Oui.
- Je vous prie d'enregistrer le cliché en tant que preuve 67 au dossier, demanda-t-il au greffier.
Tandis que l'avocat faisait approcher un rétro-projecteur, Serena avisa les personnes autour d'elle. L'atmosphère était de plus en plus lourde et bien des spectateurs cherchaient un peu d'air en remuant à qui un éventail, à qui une main, pour se rafraîchir.
Imperturbable, Maître Lee allumait quant à lui l'appareil et l'image d'un tatouage représentant une croix dans un trèfle à quatre feuilles apparut sur l'écran blanc.

A côté de Serena, Chuck hoqueta.
- Ca va?
Les yeux ébahis de Chuck ne quittèrent pas l'écran tandis qu'il hochait la tête.
Serena fut distraite un instant par le bruit de la pluie drue qui s'était mise à tomber, et dont le son était amplifié par l'impact sur le dôme en plastique du toit: l'orage avait éclaté.
- Et donc, reprit maître Lee, vous avez reconnu ce tatouage comme appartenant à la jeune fille que vous aviez filmée lors de la partie fine de Hank Pioneer quelques jours plus tôt...
- Oui. Tous les participants le portaient, je ne pouvais pas le rater.
Chuck semblait subjugué. Il s'était redressé et, une main posée sur le siège devant lui, reposait sur le bord de sa chaise, comme s'il s'apprêtait à bondir d'une seconde à l'autre.
- Qu'est-ce qui se passe Chuck?
- Je connais ce tatouage... murmura-t-il entre ces dents. C'est le signe de reconnaissance de la Société des Gentlemen à laquelle appartenait mon père … et qui organisait des soirées érotiques.
Serena haussa les sourcils.
- Tu veux dire que ton père appartenait à la même ligue que Hank et sa victime?
Chuck hocha la tête et Serena reporta son attention sur le procès, fascinée.
- Tiens donc! s'exclamait l'avocat, faussement surpris. Vous voulez donc dire que cette jeune fille a été retrouvée morte après avoir passé la soirée avec Hank Pioneer? Ce même Hank Pioneer bien connu des services de police pour malversations financières, blanchiment d'argent...
- Objection! Les faits n'ont jamais été prouvés!
- … et soupçonné d'avoir fait disparaître bon nombre de témoins gênants pour ces petites affaires...
- Objection! C'est de la calomnie!
- … mais toujours sous couvert de malheureux accidents: noyades, avalanches, accidents de voiture...
- Objection, objection, ob-jec-tion!
Mais ni Serena ni Chuck n'écoutaient plus.
Ils se tournèrent l'un vers l'autre, les yeux remplis d'horreur.
- De faux accidents de voiture pour faire taire des témoins gênants? répéta Serena.
Le premier coup de tonnerre éclata, puissant, terrifiant.
Livide, Chuck murmura:
- Papa...
Ouh la la! Après avoir enterré la hache de guerre en même temps que la vie de jeune fille et de jeune garçon de Lily et Rufus, il semblerait que l'ambiance soit à couteaux tirés dans l'Upper East Side! Merci Keith, je commençais justement à m'ennuyer des bons sentiments affichés! Avec toi, l'ordre établi est bouleversé et mon petit doigt me dit qu'un sombre secret s'apprête à être déterré!
La porte se referma sur le procureur.
- Maître Lee, je suis ravie de vous rencontrer. Je suis...
- … Serena Van Der Woodsen, comment pourrais-je l'ignorer? acheva celui-ci avec un sourire cordial. Et je suppose que vous êtes Mr Bass?
- Exactement, acquiesça Chuck en lui tendant la main. Enchanté. Votre interrogatoire était rondement mené, je ne manquerai pas de faire appel à vous si...
- Comment va-t-il? l'interrompit Serena, trop inquiète pour être polie.
Le jeune procureur éclata d'un rire séduisant.
- Vous me donnez l'impression d'être un chirurgien sortant du bloc opératoire!
Serena sourit, réalisant sa propre bêtise.
- Il va bien, la rassura-t-il. Le témoignage s'est bien passé: il était préparé et n'est tombé dans aucun des pièges tendus par l'avocat de la défense.
- Ca veut dire qu'il peut sortir maintenant? Qu'il ne court plus aucun danger?
Maître Lee hocha la tête.
- Oui. Maintenant qu'il a parlé, Hank n'a plus intérêt à le faire taire. D'autant plus que, si quelque chose lui arrivait, ça semblerait louche...
Le visage de Serena se fendit un large sourire tandis que tout son corps se détendait.
- Il vous attend...
La jeune femme hocha la tête. Elle se tourna vers Chuck et lui fit signe de la suivre. Maître Lee ouvrit la porte et annonça:
- Keith... Vous avez de la visite.
Se tournant vers Serena, il prit congé en quelques mots:
- Vous pouvez être fière de votre père.
Et il se retira sans bruit.
- Sery!
La voix était légèrement étranglée. Se tournant vers le petit bureau, Serena avisa son père, dos à la fenêtre contre laquelle la pluie tambourinait toujours, incessante. Un éclair illumina son visage à la fois heureux et plein d'appréhension.
C'est alors que Serena redescendit sur terre.
En voyant que son père allait bien, en sachant qu'il était sorti d'affaire et que ses jours étaient désormais hors de danger, elle sentit son inquiétude quasi-maternelle s'envoler pour laisser place à l'autre sentiment qui la tiraillait depuis une semaine: la colère.
Oui, Keith Van Der Woodsen avait bien raison d'appréhender leurs retrouvailles.
Comme elle ne bougeait toujours pas, Chuck prit les devants et s'approcha du quadragénaire pour le saluer avant que la tempête ne batte son plein.
- Mr Van Der Woodsen...
- Charles! Comme tu as grandi, c'est incroyable! Où est passé le petit bonhomme qui profitait des parties de cache-cache pour fouiller mon tiroir à écharpes?
Les lèvres de Chuck se retroussèrent à moitié.
- J'ai appris pour ton père l'an passé, reprit Keith à voix basse. Toutes mes condoléances...
- Je vous remercie.
Chuck se tourna vers Serena et l'encouragea d'un signe de tête. La transition était parfaite, qu'attendait-elle?
- C'est justement à cause du père de Chuck que nous sommes là, se lança-t-elle.
Keith haussa les sourcils. Parce que l'information le surprenait ou parce qu'il était étonné que ce soient là les premiers mots de sa fille, une semaine et une esclandre plus tard?
- Ton père? demanda-t-il, étonné, à Chuck.
Serena reprit la parole.
- Oui. Chuck a le souvenir d'avoir vu son père porter ce fameux tatouage et il aimerait savoir s'il participait lui aussi à ce genre de soirées... Lorsque Bart était vivant, il travaillait sans cesse et il n'avait pas beaucoup de temps à lui accorder. Chuck aimerait apprendre quel genre d'homme était son père.
D'un commun accord, ils avaient décidé de ne pas parler de la mort de Bart Bass et seulement de son éventuelle participation aux orgies. Keith Van Der Woodsen avait déjà prouvé à maintes reprises qu'il n'était pas un homme de confiance...
Celui-ci secoua la tête.
- Ca m'étonnerait... Malgré notre relation alambiquée, je dois reconnaître que Bart était quelqu'un de bien, un homme droit aux moeurs traditionnalistes. Ca ne lui ressemblait pas.
Serena vit Chuck réprimer un sourire moqueur. Bart Bass participait à ces orgies depuis au moins 2000, les invitations qu'il avait retrouvées dans le coffre-fort familial l'attestaient. Dans tous les cas, une chose au moins était certaine: Keith ne l'avait pas vu cette nuit-là...
- Mais quand même, y aurait-il un moyen d'en être sûr? insista Serena.
- Les vidéos? intervint Chuck. Pourrait-il figurer dessus?
Keith secoua la tête.
- Tous les participants sont masqués.
- Mais quand même... reprit Chuck. Peut-être y aurait-il un détail...
Keith comprit tout à coup. Il planta ses grands yeux sérieux dans ceux du jeune homme.
- Tu veux visionner les bandes.
Chuck acquiesça.
- Oui. Mais, croyez-moi M. Van Der Woodsen, ma démarche n'est pas celle d'un voyeur. J'ai vraiment besoin de savoir si ces soirées sont bien les mêmes que...
- Les mêmes que quoi?
Chuck s'arrêta et regarda Serena, hésitant. Percevant son trouble, Keith réfléchit un instant avant de sortir un papier et un crayon de sa poche. Tout en griffonnant, il reprit:
- Je ne sais pas ce que vous me cachez, mais je crois que le moins que je puisse faire c'est de vous accorder ma confiance.
Il tendit le papier à Chuck.
- C'est l'adresse de mon appartement secret. Personne ne connaît son existence, pas même le FBI, et j'aimerais qu'il en reste ainsi. Il y a le double des bandes dans le coffre-fort derrière le Picasso dans le bureau. J'ai noté le code. J'espère que ça prouvera ma bonne volonté malgré tout le foutoir dont je suis à l'origine depuis quelques jours...
Chuck sourit et tendit la main quand une autre, plus rapide, s'empara de l'adresse.
- Merci pour ton aide, lança Serena. Mais n'espère pas que ce simple bout de papier va rattraper tout le mal que tu as fait avec ta déclaration d'amour pathétique la semaine passée.
- Sery je...
- Non! Pas maintenant. Jusqu'à aujourd'hui j'étais inquiète pour toi, je savais combien ce jour était primordial alors j'ai refusé de sombrer dans la colère comme Eric. Mais maintenant je n'ai plus de raison de me faire du souci, alors je vais pouvoir faire ce qui est juste et m'inquiéter pleinement pour qui de droit: maman. As-tu la moindre idée du mal que tu as fait?
- Je suis désolé. J'avais trop bu et...
- Depuis quand l'alcool est-il une raison valable? « Excuse-moi d'avoir bu Sery chérie, mais vois le bon côté des choses: au moins je n'ai pas replongé dans la coke »?!?
Elle réajusta la lanière de son sac sur son épaule.
- Je vais m'occuper de la véritable victime de cette histoire. Enfin LES victimes, parce que ce n'est pas comme si tout ça n'avait pas affecté Eric! Et que dire de Rufus? De Dan, de Jenny? Bref, je vais m'occuper de rattraper tout ce « foutoir » comme tu dis si bien et si j'y arrive, alors peut-être, je dis bien peut-être, aurai-je alors envie de t'adresser à nouveau la parole. Chuck, on y va.
Le jeune homme ne se fit pas prier. Il salua rapidement Keith Van Der Woodsen du chef avant de sortir dans le couloir, se gargarisant: heureusement, il avait eu le temps de sauver les informations les plus précieuses avant le passage de l'ouragan Serena...
Paraîtrait-il que Bébé a fait une vilaine, vilaine chose... Et si on jetait un coup d'oeil aux activités parascolaires de Little J?
Jenny poussa un petit soupir d'aise tandis que Nate, allongé sur elle, passait sa langue sur le lobe de son oreille, descendait le long de sa nuque et s'arrêtait sur son omoplate, faisant descendre la bretelle de son débardeur et celle de son soutien gorge pour mieux embrasser sa peau nue.
L'adolescente gémit et attira goulûment sa bouche contre la sienne, plaquant sa main derrière sa nuque pour le rapprocher encore un peu plus d'elle, se cambrant sous l'effet du plaisir.
Tandis que le baiser se faisait plus profond, Nate posa sa main sur sa jambe à moitié repliée, qu'il entreprit de remonter peu à peu. La paume de sa main était calme, chaude, assurée, et elle passa sous la jupe de la jeune fille, caressant l'intérieur de sa cuisse albâtre pour arriver à...
- Jenny, Nate, à...
Sur le seuil de la porte, la bouche de Dan se figea en une grimace comique.
- … table, finit-il.
- Dan! hurla Jenny en remontant la bretelle de son soutien-gorge, tandis que Nate roulait sur le côté. On t'a jamais appris à frapper aux portes?
Dan posa la main sur ses yeux.
- Crois-moi soeurette, de nous deux c'est moi le plus traumatisé dans cette histoire... Je vous dirais bien de reprendre, mais le chili de papa n'attend pas.
Et il referma la porte derrière lui, les yeux toujours couverts.
Jenny leva les yeux au ciel, excédée.
- Ca craint! grogna-t-elle en se tournant vers Nate.
Nullement gêné, celui-ci était adossé aux barreaux du lit et l'observait, l'air assez content de lui.
- Pourquoi? Tu crois que Dan pense que nous jouons aux cartes lorsque nous allons dans ta chambre? D'après toi, pourquoi est-il entré sans frapper?
- Et d'après toi, maintenant que la chose est avérée, qui va se charger de te faire un cours sur le respect de la vertu de la fille Humphrey: lui ou mon père?
Le sourire goguenard de Nate disparut.
- Ca craint...
Jenny hocha la tête en gloussant.
*
- Tu les as appelés? demanda Rufus en goûtant une dernière fois le contenu de la marmite.
- Yep. Mais je suis au regret de t'informer que cette petite incursion dans leur tête-à-tête m'a coupé l'appétit...
Rufus arqua un sourcil tandis que, à table, Lily et Eric gloussèrent.
- Ca sent bon! s'exclama Serena avec un enthousiasme un brin exagéré en ouvrant la porte du loft, Chuck sur les talons.
- Pile à l'heure! lança Eric sur le même ton.
Depuis une semaine, les deux familles avaient pris pour habitude de dîner ensemble, en alternance à Manhattan et à Brooklyn. Un témoin peu familier des us et coutumes de l'Upper East Side aurait vu là un témoignage supplémentaire de bonne entente, mais un observateur plus avisé aurait surtout conclu à une tentative désespérée d'espionnage mutuel.
- P'pa, Nate peut rester dîner? demanda Jenny en déboulant dans le séjour.
Tandis que Serena et Chuck se débarrassaient de leurs pardessus trempés, Rufus grogna une réponse inaudible.
- Son assiette est déjà prête, lui répondit Lily en souriant.
Tout le monde passa à table et Rufus apporta la cocotte fumante.
- Comment s'est passée votre journée? demanda Lily tandis qu'il faisait le service.
Les silences gênés étaient devenus une habitude lors des repas de famille et elle avait décidé de rompre cette tradition fort déplaisante. Comme Jenny et Dan gardaient le silence -comme toujours réservés depuis la fête-, et que Serena se faisait discrète depuis qu'on avait appris que c'était elle qui avait rapporté des îles Fidji un souvenir de vacances dont on se serait bien passé, Eric déploya une fois encore des trésors de bonne humeur pour animer la conversation.
- Nickel! s'exclama-t-il. La surprise que Jonathan et moi organisons pour votre mariage avance super bien, on devrait être prêts pour samedi!
Si l'adolescent avait essayé de créer un sentiment de coalition en parlant de la future union de sa mère et Rufus, il fit chou blanc. Pire: un silence gêné s'abattit sur la table. Tout ce qui avait trait au mariage était désormais tabou, et la tendance n'avait pas l'air prête à s'inverser.
La raison était fort simple: si Lily n'avait donné aucun signe indiquant qu'elle souhaitait annuler la cérémonie, elle n'avait pas non plus clamé sur tous les toits que ses projets n'avaient en rien changé, ce que toute fiancée dotée d'un minimum de jugeotte aurait aussitôt fait à sa place. Or Lily Van Der Woodsen avait beaucoup de jugeotte.
Voilà pourquoi depuis une semaine stagnait une atmosphère de doute, de gêne et de méfiance dans la future famille recomposée. A supposer qu'il y ait un jour famille recomposée.
Lily toussa, gênée, et se tourna vers sa fille pour tenter de changer de sujet.
- Et toi Serena? Ta journée?
- Hum... Tu sais, j'étais... Enfin Chuck et moi on a assisté … au témoignage de papa.
- Oh. C'est vrai, j'avais oublié.
Croisant les mains, Lily décida que conserver le silence était finalement la meilleure des options.
Tandis que Daniel et Rufus observaient Jenny en catimini, que Charles tentait de capter le regard de Nathaniel -résolumment concentré sur son assiette-, et qu'Eric lançait à sa soeur un regard lourd de reproches, Lily s'autorisa à pousser un soupir.
Le dîner allait être long...
Quand les messes-basses sont de sortie dans l'Upper East Side, c'est que l'action et l'espionnage ne sont pas loin. Météo oblige, à quand la prochaine Opération Tonnerre?
Tandis que le reste de la petite famille débarrassait docilement la table, Chuck fit un signe de tête à Nate, l'invitant en silence à le suivre. Le jeune homme fronça les sourcils et suivit son meilleur ami jusqu'à la chambre de Jenny. A peine avait-il pénétré à l'intérieur que la porte se referma derrière lui: il n'avait pas remarqué la présence de Serena à sa suite.
- Qu'est-ce qui se passe?
- Nous avons besoin de ton aide... murmura Chuck.
- Ouh la! Ca m'a l'air sérieux!
- Qu'est-ce qui a l'air sérieux?
Après avoir fait irruption dans la pièce à la vitesse d'un boulet de canon, Jenny s'affala sur le lit à plat ventre où, bien calée entre deux coussins et les jambes relevées, elle attendit la réponse à sa question, pas le moins gênée du monde.
- C'est une conversation d'adultes, rétorqua Chuck, agacé.
Jenny pouffa.
- T'es pas crédible une seconde Chuck. Et puis de toute façon, que je sache, tu n'as pas encore le droit de me déloger de ma chambre. Alors à moins que tu veuilles avoir cette conversation dans le salon...
Son futur frère carra la mâchoire.
- Et puis de toute façon Nate me répètera tout après, reprit-elle, alors autant que j'assiste directement à votre petite réunion secrète!
- C'est ce que tu crois... répliqua son petit-ami, joueur.
Elle lui tira la langue tandis que Chuck poussait un soupir.
- Très bien... En fait je...
- Qu'est-ce que vous faites là-dedans? demanda Dan, en ouvrant la porte à la volée.
Lorsqu'il découvrit le petit comité, ses sourcils soupçonneux se détendirent.
- Oh pardon... Je croyais que Jenny et Nate étaient seuls.
- Et ce serait une raison pour entrer sans frapper? s'insurgea l'adolescente. Ca ne t'a pas suffi tout à l'heure?
Dan préféra esquiver la question et pénétrer dans la chambre.
- Sérieusement, qu'est-ce que vous faites tous ici?
- C'est une conversation d'adultes, rétorqua Jenny.
- Ah ah ah... Trop drôle p'tite soeur.
- C'est une conversation privée, reprit Chuck.
- Comme vous voudrez... dit Dan en haussant les épaules.
Il fit volte-face et, une main sur la poignée de la porte, conclut:
- De toute façon je vais dans ma chambre donc j'entendrai absolument tout ce que vous direz.
Il ouvrit la porte quand la voix agacée de Chuck résonna derrière lui.
- C'est bon, tu peux rester!
Un sourire goguenard s'étira sur le visage de Dan et, ravi, il alla s'allonger sur le lit à côté de sa soeur qui lui lança un regard réprobateur.
- Je vais chercher Eric? demanda Serena, malicieuse.
Chuck réfléchit un instant.
- Oui.
Serena écarquilla les yeux.
- Je disais ça pour rire!
- Qui sait? Il pourrait se révéler utile...
*
- Donc, si je résume... commença Dan. Après la mort de ton père dans un accident de voiture, une mystérieuse invitation t'a convié par erreur à une des soirées privées organisées par la Société des Gentlemen, qui ne sont ni plus ni moins que des orgies réservées aux hommes d'affaires et aux hommes politiques les plus en vue de l'Etat. Tu y as été et fait la connaissance d'une certaine Elle qui, comme tous les participants à la soirée -toi y compris-, portait un tatouage représentant une croix dans un trèfle à quatre feuilles. Plus tard, en ouvrant le coffre-fort de ton père, tu as trouvé d'autres invitations et appris que celui-ci participait à ces soirées depuis au moins mars 2000.
Chuck hocha la tête.
- La dénommée Elle a tenté de t'extorquer de l'argent mais, finalement, quand Carter lui en a donné au nom de la Société, elle a préféré plier bagage sans te prendre dans ses valises...
Chuck carra la mâchoire.
- Inutile d'en rajouter Humphrey...
Imperturbable, Dan poursuivit:
- Et aujourd'hui, alors que tu assistais au procès dans lequel le père de Serena est un témoin clé, tu as reconnu le tatouage sur le corps de la victime et déduit qu'elle et son meurtrier présumé, un certain Hank Pionner, appartenaient eux aussi à la ligue. Sauf que ledit Pioneer serait habitué à faire disparaître les témoins gênants pour ses affaires dans de faux accidents. Et tu te demandes donc si celui-ci n'aurait pas fait disparaître ton père dans un pseudo accident de voiture pour une raison inconnue, mais sans doute liée à la Société des Gentlemen dont ils faisaient tous deux partie.
Chuck opina du chef et Dan se redressa un peu, lançant un regard à la ronde.
- C'est bon. J'ai mon prochain sujet de roman...
Il reçut un coussin en pleine figure et Jenny, l'auteur du méfait, lui lança un regard noir.
- Ben quoi? demanda-t-il, sincèrement étonné par sa réaction.
- Ravi que la situation te fasse rire... grommela Chuck.
- Oh... Ce n'est pas ça. C'est juste que c'est tellement … énorme! On se croirait dans un polar de Stieg Larsson: crime, gros sous, sexe... Tout y est! J'ai juste du mal à assimiler le fait que, cette fois, ce soit pour de vrai. Désolé.
Chuck lui jeta un regard méprisant.
- Et qu'est-ce que j'ai à voir avec tout ça? demanda Nate.
- Le père de Serena a conservé un double des vidéos dans le coffre-fort de son appartement secret. Il faut les récupérer.
- Pourquoi tu ne t'en charges pas?
- On ne sait pas à quel point nous sommes surveillés... intervint Serena. Normalement mon père est hors de danger et donc ses proches aussi, mais qui sait si le FBI ne continue pas à nous surveiller jusqu'à la fin du procès? Il faut que cet appartement reste secret si papa a besoin de trouver précipitamment refuge quelque part...
- Parce que tu t'inquiètes encore pour lui? demanda Eric, agacé.
- Bien sûr! Même s'il a mal agi, il reste notre père!
- On ne va pas revenir là-dessus encore une fois? Ca fait quatre ans que je n'ai plus de père Serena, et ce n'est pas le retour d'un ancien toxicomane obligé de disparaître pour témoigner dans une affaire de moeurs histoire de sauver sa peau qui me fera changer d'avis.
- Eric!
- Stop! les arrêta Dan. Cette conversation me met hyper mal à l'aise...
- Pareil, attesta Jenny. Ce serait mieux que vous régliez vos comptes en privé.
- Pourquoi? s'exclama Serena avec douceur. Il n'y a rien à cacher! Oui nous avons un père, vous aussi vous avez une mère que je sache! Ce n'est pas pour autant que nos parents ne vont pas se marier et que nous n'allons pas former une famille!
- Ca c'est toi qui le dis... ricana Jenny.
- On ne peut pas dire que Lily ait été très claire à ce sujet, reconnut Dan.
- Mais c'est parce que c'est évident! s'exclama Eric. Le simple fait de devoir confirmer voudrait dire qu'elle accorde du crédit à cette déclaration ridicule!
- Exactement! confirma Serena.
Si Eric et elle n'étaient pas d'accord quant au retour de leur père, ils faisaient bloc lorsqu'il s'agissait de taire les inquiétudes des Humphrey. Jusqu'à maintenant, sans grand succès.
- Je propose que nous ne nous éloignions pas du sujet, les recadra Chuck.
Il tendit un bout de papier à Nate.
- Ce sont les coordonnées de l'appartement et le code du coffre. Prends-en soin comme la prunelle de tes yeux. Quand tu auras récupéré les bandes, visionne-les là-bas et cherche.
- Je cherche quoi?
- Je ne sais pas. La soirée en question a eu lieu en 98, soit deux ans avant la première invitation que mon père a conservée dans son coffre. Si Hank a eu l'intelligence de quitter le club après le meurtre de cette fille, alors ça voudrait dire que lui et mon père ne se connaissaient même pas... Je ne suis sûr de rien, alors de là à te dire ce qu'il faut chercher...
Nate hocha la tête tandis que Chuck se tournait vers Serena.
- Tu as téléphoné à Carter?
- Oui. Dès demain il interrogera son contact à la Société, M. Camden.
- Et tu es toujours d'accord pour interroger Lily?
Serena poussa un soupir.
- J'imagine déjà la scène: « Maman, est-ce que, à l'époque où tu étais mariée avec Bart, il t'arrivait de participer à des orgies avec lui? Aurais-tu remarqué quelque chose d'inhabituel durant une de ces soirées? » J'ai hâte d'y être...
Chuck eut un sourire en coin.
- Et toi? demanda Jenny.
- Moi? répéta Chuck.
- Qu'est-ce que tu comptes faire de ton côté?
Le sourire de Chuck s'élargit.
- Moi, je vais tenter de retrouver une vieille amie...
Dans la cuisine du loft, Lily essuyait lentement la même assiette depuis deux bonnes minutes, le regard dans le vide. Rufus poussa un soupir et, ôtant ses gants en caoutchouc, les fit claquer sur le bord de l'évier. Lily sursauta.
- Que...
Elle posa sa main libre sur son coeur.
- Tu m'as fait une de ses peurs!
- Désolé.
Rufus saisit doucement mais fermement l'assiette et la posa sur le plan de travail.
- Je pense que tu peux arrêter de l'essuyer maintenant. Si tu continues, la peinture va finir par s'écailler...
- Pardon, soupira Lily. J'étais dans mes pensées.
Rufus la regarda un instant. Il suffisait qu'il plonge dans les grands yeux noisette de sa fiancée pour que la colère et l'exaspération qu'il ressentait régulièrement depuis une semaine disparaissent comme par magie. Ces yeux, d'ordinaire si doux, étaient désormais empreints d'une tristesse qui lui fendait le coeur.
Il prit doucement la main de Lily et l'entraîna dans le salon, où ils s'assirent sur le canapé.
- Lily, il faut que nous parlions...
- Il me semblait pourtant que nous parlions à l'instant...
- Ne joue pas sur les mots s'il te plaît. Pas en ce moment.
Lily baissa la tête.
- Je ne rejette pas la faute sur toi tu sais, reprit Rufus. Je n'ai rien fait moi non plus pour mettre le sujet sur le tapis. J'étais en colère, j'avoue. Je sais bien que tu n'y es pour rien mais lorsque j'ai vu Keith débarquer... Toute la rancune que je ressens pour lui depuis des années est remontée. Et puis, c'est idiot je sais bien, mais je me suis senti humilié par cette histoire. Nous étions là pour fêter notre amour et finalement...
- … finalement le ciel nous a envoyé un signe, murmura Lily.
Rufus s'arrêta, interloqué.
- Un signe? C'est ce que tu penses?
Lily hocha la tête et leva doucement les yeux vers lui.
- Tu sais... Quand Keith a débarqué, j'allais te dire...
- … que tu étais déjà au courant de son retour.
Lily fit de grands yeux.
- Pardon?
- C'est bien ça non? Tu savais que ton ex mari était de retour et qu'il te courait après, c'est pour ça que tu étais si bizarre ces derniers temps... J'ai crû un moment que ça avait un rapport avec Scott, un jeune qui fréquentait la galerie il y a quelques semaines mais, quand j'ai vu Keith débarquer, j'ai réalisé mon erreur.
Lily blêmit.
- Tu aurais pu me le dire tu sais... murmura-t-il en lui prenant la main. Si tu l'avais fait, j'aurais compris et nous aurions pris nos dispositions pour qu'un tel incident ne se produise pas. Alors que là... J'avoue que j'ai eu un temps du mal à le digérer. Tu connais mon aversion pour les secrets et les scandales...
S'il avait essayé de détendre l'atmosphère, c'était râté: Lily était désormais blanche comme un linge.
- Mais tu me pardonnes n'est-ce pas? demanda-t-elle d'une voix légèrement étranglée.
- Bien sûr que je te pardonne... Nous ne sommes plus à un secret près n'est-ce pas?
Un pauvre sourire éclaira le visage de la jolie femme.
- Rufus je...
- Il faudrait au moins un dossier top secret du FBI pour que je ne puisse pas te pardonner! Genre que tu m'aies caché que Kurt Cobain était le fils caché de Elvis! Ou que les Beach Boys étaient en fait des filles!
Lily sourit.
- Ou bien sûr, reprit-il plus sérieusement, que tu m'aies caché quelque chose à propos de mes enfants.
Le sourire de Lily se figea.
- Evidemment, avec le mariage, nous allons devenir une famille et, de ce fait, tu auras ton rôle à jouer auprès d'eux. Néanmoins, je reste leur père et je crois que j'aurais du mal à accepter que tu me caches des choses à leur sujet, même si c'est à leur demande, même si c'est pour leur bien. Ce sera toujours à moi de décider... Mais je pense que tu ressens la même chose pour Serena, Eric et Chuck non?
Les yeux vides, Lily acquiesça.
- Du coup je me demandais... reprit Rufus. Jenny ne t'aurait pas parlé de ses relations ''intimes'' avec Nate ces derniers temps?
Perdue dans ses pensées, Lily mit du temps avant de tourner la tête. Elle resta un instant à observer Rufus en silence. Soudain, elle cilla des yeux, comme si elle revenait à elle.
- Non. Jenny et moi ne sommes plus aussi proches depuis la fête.
- Hum. J'aurais dû m'en douter... déclara Rufus en se levant. Je pense que lorsque tu annonceras clairement que le mariage est maintenu, ça résoudra le problème. Maintenant que le malentendu est levé, tu devrais le faire au plus tôt.
Il pencha la tête pour observer Lily.
- Tu n'as pas l'air bien... Repose-toi, je vais finir la vaisselle.
Il se pencha vers elle et embrassa son front en souriant avant de rejoindre la cuisine. Il était déjà trop loin pour entendre Lily murmurer:
- Mais dois-je vraiment l'annoncer?
L'orage est peut-être passé mais les nuages noirs continuent à stagner dans le ciel new-yorkais... Alors pourquoi tout notre petit monde a-t-il décidé de mettre son nez dehors ce matin? Quelque chose de louche se trame dans l'ombre, mais vous pouvez compter sur moi pour faire toute la lumière là-dessus!