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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 23.04.2011 à 11h03
Auteur : lili59
Statut : Terminée
« Dernier opus de ma saga GG. Les 3 tomes précédents à lire pour comprendre ce volet: 3x01 - The beach is back, 3x02 - Explain me if you can, 3x03 - Very Sad Things. Enjoy! » lili59
Cette fanfic compte déjà 65 paragraphes
Dans la salle d'audience du tribunal, S a troqué son frère contre son petit-ami à l'occasion du verdict. Reste à savoir si ce n'est pas Mister C. qui finira par se retrouver sur le banc des accusés!
Serena tournait la tête dans tous les sens.
- Tu vois ton père quelque part? demanda Carter.
- Non.
- Il n'est peut-être pas là? suggéra-t-il. Après tout il n'était que témoin, rien ne l'oblige à assister au verdict...
- Et retarder d'une seconde l'annonce de sa liberté en toute sécurité? Tu plaisantes!
- Inutile d'être aussi agressive...
Serena plissa légèrement les lèvres mais poursuivit son inspection comme si de rien n'était.
- Je suis sure qu'il attend discrètement dans un coin... murmura-t-elle pour elle-même.
- Dans ce cas, il est sûrement en train de nous observer et de te maudire car ton petit manège va finir par attirer l'attention sur lui.
Serena le foudroya du regard. Néanmoins elle capitula et, bras croisés, se lança dans la contemplation des lézardes sur le mur.
- Je pourrais savoir pourquoi tu es aussi désagréable depuis hier?
- Je ne suis pas désagréable...
- Oh! Pas avec Nate bien sûr, seulement avec moi!
Il ne put s'empêcher d''enchaîner:
- A propos, il était sympa votre verre au Bin 71 hier soir?
L'effet fut immédiat: Serena se tourna vers lui, la bouche légèrement ouverte sur le coup de la surprise.
- Comment tu... Tu m'as espionnée?
Carter haussa les épaules.
- Inutile de t'espionner étant donnée ta discrétion pour fixer des rendez-vous secrets.
- Ce n'était pas un rendez-vous secret, nous avons seulement été boire un verre entre amis! Je ne suis pas obligée de te faire part de mes moindres faits et gestes!
Elle décida soudain de retourner la situation à son avantage:
- Et puis ça te va bien de dire ça!
- Pardon?
- Qui est-ce qui n'arrête pas de se vanter d'avoir des rendez-vous érotiques secrets?
Carter se pencha légèrement vers elle et lui répondit dans un murmure:
- Moins fort s'il te plaît...
- Moins fort? Crois-moi, moi aussi j'aurais bien aimé que tu parles un peu moins fort hier lorsque tu te vantais de tes conquêtes sur tous les toits!
Un rictus amusé fendit le visage du jeune homme.
- C'était donc pour ça tes remarques désagréables? Tu es jalouse?
- Jalouse? répéta Serena, moqueuse. Pas vraiment non... C'est juste que ce n'était pas très délicat de te targuer de ta folle expérience sexuelle devant ta copine!
- Attends Serena... rétorqua Carter, agacé. Ce n'est pas comme si tu avais la réputation d'être la Sainte Vierge! Le monde entier est au courant de tes folies passées, et je ne te reproche rien!
La bouche de Serena fit un « o » indigné avant de se tordre en une grimace furieuse.
- Je t'en prie, pourquoi ne me traites-tu pas de Marie-couche-toi-là tant que tu y es?
- Ce n'est pas ce que j'ai dit!
Il réprima un juron rageur.
- Ah tu recommences! s'exclama-t-il, exaspéré. Tu avais promis pourtant!
- Pardon?
- Tu ne te rappelles pas, il y a quinze jours, aux îles Fidji? « Je m’engage à arrêter de chercher la petite bête pour passer ma mauvaise humeur sur toi. »
- Sauf que là ce n'est pas une petite bête Carter! Ca ne se fait pas!
- Mais tu ne comprends donc pas? Si je fais ça...
Il fut interrompu par une annonce:
- Mesdames et Messieurs, la cour! Veuillez vous lever.
Les juges, suivis des jurés, s'installèrent et aussitôt chacun retrouva une position plus confortable. Le juge Cone n'eut pas besoin de réclamer le silence: on entendait littéralement les mouches voler. Quoique personne ne doutât de l'issue du procès -les preuves impliquant Hank Pioneer étant accablantes-, le moment n'en était pas moins solennel.
- Mesdames et messieurs les jurés, avez-vous rendu votre verdict?
Le premier juré se leva, aussitôt imité par l'accusé et ses deux avocats, et déplia une feuille.
- Dans l'affaire opposant le ministère public à Hank Pioneer concernant l'homicide d'Emelyn Lewis, l'accusé est reconnu...
La foule retint son souffle.
- … non coupable.
Une femme poussa un cri.
Un long frisson parcourut Serena.
Ses oreilles se mirent à bourdonner, sourdes à la rumeur -immense- qui agitait la foule. A travers le voile blanc qui recouvrait tout, elle vit que la femme qui avait crié de stupeur et de rage était la mère de la victime.
Le juge Cone agitait désespéremment son marteau, en vain: l'incompréhension et la colère des spectateurs étaient trop fortes. Le procureur Lee était atterré.
Hank Pioneer était impassible.
Soudain, elle se sentit emmenée loin du chaos.
Serena Van Der Woodsen sortit du tribunal comme elle y était entrée: sous les flashs des journalistes, un bras secoureur pour seul appui dans l'oeil du scandale.
- Papa c'est moi, ouvre!
La porte s'entrouvrit légèrement et un œil gris apparut dans l'interstice délimité par l'entrebailleur.
Sans un mot, la porte se referma et on entendit le bruit de la chaîne glisser dans la platine, puis celui de deux verrous tourner sur eux-mêmes. Enfin, le passage s'ouvrit et un bras s'empara vivement de Serena pour l'entraîner à l'intérieur. Keith s'apprêtait à refermer lorsque son visage se défit: sur le palier, Lily et Eric échangeaient un regard abasourdi.
Keith se redressa, essayant de retrouver une contenance, et s'éclaircit la voix.
- Lily... Eric...
Et il ne sut qu'ajouter. Pressé se retourner dans l'ombre de sa cachette, il recula seulement d'un pas pour laisser ses deux invités entrer.
Lily pénétra la première dans l'appartement, très digne, tandis qu'Eric passa devant son père sans un regard. Celui-ci ne s'en formalisa pas et referma derrière eux.
Dos à la porte, il observa sa femme et ses deux enfants. Quatre ans qu'une telle scène ne s'était pas produite... Il avait tellement rêvé de ce moment! Et pourtant, alors qu'il devenait enfin réalité, les circonstances le rendaient impossible à savourer.
Il secoua la tête, désolé.
- Vous n'auriez pas dû venir ici... murmura-t-il.
Ses trois invités échangèrent un regard triangulaire surpris.
- Vous avez sûrement été suivis par les hommes de main de Hank... Mon appartement n'est plus si secret que ça désormais...
Lily plaça la main devant sa bouche tandis que le visage de Serena se décomposait.
- Je suis désolée Keith, s'excusa Lily, je n'avais pas imaginé que cette entrevue pourrait te mettre en danger.
- Oh papa, pardon! s'exclama Serena.
Keith secoua la tête. Il ne semblait pas en colère, seulement résigné. A quoi bon se fâcher durant ce moment qui serait sans doute le seul à les voir tous les quatre réunis?
- Tant pis... répondit-il. Je pensais séjourner quelque temps ici, mais maintenant c'est trop risqué. Ce qui est fait est fait, inutile de culpabiliser...
Appuyé sur le bureau, bras croisés, Eric intervint pour la première fois dans la discussion:
- Comme il est inutile de regretter d'avoir bousillé l'enterrement de vie de jeune fille de maman? Ou d'avoir disparu il y a quatre ans?
Keith ne répondit pas tout de suite. Même s'il ne le dit pas ouvertement, il était clair qu'il était en train de détailler pour la première fois son fils. Enfin, il finit par sourire, visiblement satisfait du petit homme qu'il était devenu.
- Pour ça, je n'ai pas mon mot à dire. Vous seuls pouvez décider de me pardonner...
Son regard se posa à nouveau sur Lily. Malgré les rides qui s'étaient légèrement creusées autour de ses yeux et de ses lèvres, elle était toujours aussi belle. Quoiqu'un peu triste, peut-être...
- Je suis désolé...
Lily ne répondit pas. Elle plongea ses grands yeux noisette dans les siens, et un frisson lui parcourut l'échine – comme à l'époque. Finalement, elle hocha la tête et Keith se sentit un peu délesté du poids qu'il traînait.
- Est-ce que ça va papa? demanda Serena. Je veux dire... Par rapport au procès... Je m'attendais à te retrouver en rage et tu es étrangement ... calme.
Keith sourit. Serena avait beau être en colère contre lui, dès qu'elle fleurait le danger elle venait se mettre en rang à ses côtés, prête à en découdre avec n'importe qui. Ca ne signifiait pas qu'elle lui avait pardonné, seulement que, envers et contre tout, elle l'aimait. Et c'était tout ce dont il avait besoin en ce moment.
- Tu sais Sery, durant ces quatre années de cache, j'ai imaginé le procès des centaines de fois et je crois avoir envisagé tous les scenarii possibles... Etre abattu sur les marches du tribunal à mon arrivée... Etre démonté par l'avocat de la défense... Entre enlevé par des extra-terrestres au beau milieu de ma déposition...
Le trait d'humour provoqua un raté dans le cœur de Serena: son père semblait vraiment au bout du rouleau, mais il tentait de faire bonne figure.
- Bien entendu, j'avais envisagé la possibilité que Hank arrive à en réchapper d'une manière ou d'une autre...
- Mais comment il a fait? s'indigna Serena. Les preuves étaient énormes, tous les journaux ne parlaient que de ça!
Son père haussa les épaules.
- Qui sait? Corruption, chantage... Hank a le bras long.
La main délicatement posée sous son menton, Lily demanda:
- Je ne comprends pas... Maintenant qu'il a été reconnu innocent, pourquoi s'en prendrait-il à toi alors que tu ne représentes plus une menace?
Keith sourit, amer.
- Je suis une menace: je suis la preuve vivante qu'on peut trahir impunément Hank Pioneer. Il doit montrer à ses anciens « collaborateurs » qu'on ne peut pas lui tourner si facilement le dos s'il ne veut pas que d'autres témoignages accablants surgissent à l'avenir...
- Tu vas donc devoir disparaître … encore, murmura Serena.
Keith la regarda longuement.
- Je suis désolé, répéta-t-il.
Par cette simple phrase, il cherchait non seulement son pardon mais aussi son assentissement.
En guise de réponse, Serena lui tendit un porte-document. Celui que Nate avait pris dans le coffre.
- Tu auras sans doute besoin de ça... chuchota-t-elle.
Keith plissa les lèvres et s'empara du classeur.
- Qu'est-ce que c'est? demanda Lily.
- Tout ce qu'il faut pour disparaître... répondit Keith. Nouvelle identité, nouveau passeport, nouveau titre de propriété...
- … bien entendu dans un pays du sud... s'amusa Serena.
Keith lui sourit.
- Tu me connais: j'ai toujours aimé le soleil.
Serena lui rendit son sourire puis, après une vague hésitation, elle ajouta:
- Pas seulement pour lui. Il y a là-dedans une nouvelle vie pour tous les quatre.
Même Eric sembla remué par cette annonce.
- Et en plus c'est légal... termina Keith. Certifié 100% FBI. C'était une de mes requêtes en échange de mon témoignage: une solution de repli en béton armé.
Lily ne lâchait pas le porte-document des yeux.
- Une nouvelle vie? murmura-t-elle pour elle-même.
Keith sourit.
- Oui. Une nouvelle vie ... pour moi aussi.
Lily le regarda, la tête légèrement penchée pour marquer son incompréhension.
- Toi aussi ta vie va changer... expliqua-t-il. Ton mariage...
A ces mots, elle se redressa de toute sa hauteur.
- Lily... Je te demande pardon pour mon intrusion lors de ta fête. J'ai eu peur. Peur de te laisser t'échapper. Rufus...
Il cherchait ses mots.
- Avec Rufus ce ne sera pas pareil n'est-ce pas? finit-il par conclure. Une fois que tu lui seras mariée, ce sera bel et bien le dernier... Je n'aurai plus aucune chance. Et ça je n'ai pas pu le supporter... Supporter l'idée que je t'avais irrémédiablement perdue.
Le visage de Lily s'adoucissait au fur et à mesure de la déclaration, sincère, de son ancien époux.
- Vous savez, reprit-il à l'intention de tous, ces quatre dernières années, je me suis davantage considéré comme un prisonnier que comme un témoin. Je vivais certes dans le plus grand confort, mais sans pouvoir sortir ni lier aucun lien social. Au début ça me mettait en rage, je tournais en rond dans ma chambre... Mais, au bout d'un moment, j'ai fini par l'accepter. Déjà parce que ça m'a permis d'en finir définitivement avec la drogue. Ensuite, parce que c'était l'occasion de payer pour mes erreurs passées. Pour ne pas avoir été assez là pour vous les enfants, pour avoir cessé de te chérir comme tu le méritais Lily...
Keith secoua la tête.
- J'ai payé. J'ai vraiment payé. Cette solitude... Je ne la souhaite à personne. Mais, en contrepartie, je pensais sincèrement que, lorsque je reviendrais, une nouvelle chance me serait donnée. Et finalement, lorsque ce moment est enfin arrivé, j'apprends que Lily va épouser la seule personne au monde qui représente un véritable danger pour mes espérances! Je ne l'ai pas supporté...
Keith les observa l'un après l'autre.
- Comprenez-moi bien: ma conduite est inexcusable, je n'essaie pas de la justifier... Je vous ai mis dans l'embarras alors que je venais justement me racheter de mes péchés! L'idiot... Non, ce que j'essaie de vous dire, c'est juste que je ne pensais pas à mal... C'était juste trop dur, je n'ai pas su encaisser, et j'ai fait n'importe quoi.
Serena s'approcha de son père et, après un temps d'hésitation, finit par le serrer dans ses bras.
- Tu n'es qu'un être humain papa... Tout le monde fait des erreurs... Le principal, c'est que tu t'en sois rendu compte et que tu le regrettes sincèrement.
Keith lui sourit.
- Honnêtement Sery, je ne pense pas qu'aimer ta mère toutes ces années après soit une erreur, et je ne le regrette aucunement...
Lily détourna la tête, gênée, tandis que Keith poursuivait:
- Ni le fait de vouloir recréer des liens avec ma fille et mon fils que j'aime plus tout...
Eric serra des dents, retenant de toutes ses forces sa colère tandis qu'elle lui filait entre les doigts.
- Mon erreur ce n'est pas d'avoir tenté de faire de mes rêves une réalité: c'est juste d'avoir abîmé ceux des gens que j'aime au passage. J'aurais dû m'y prendre plus subtilement...
Serena lui fit son sourire le plus angélique. Elle déposa un baiser sur sa joue en le serrant une dernière fois contre elle, puis se plaça derrière lui.
Face à Keith, Eric était toujours appuyé contre le bureau. Les hommes Van Der Woodsen échangèrent un regard lourd avant que le fils ne finisse par se lever et s'approcher.
- Je ne peux pas te pardonner, finit-il par dire. Pas encore... Mais je pense que, si tu me laisses un peu de temps...
Il n'alla pas plus loin. Keith hocha la tête, retenant le sourire réjoui qui lui montait aux lèvres, et tendit sa main droite au jeune homme. Lorsque celui-ci la serra, son père mima un « merci » du bout des lèvres.
Eric eut un petit sourire et, à son tour, se plaça derrière lui.
Ne restait plus que Lily. Celle-ci regarda longuement Keith. Son visage était non seulement fermé, mais aussi très grave.
- Lily... commença Keith.
Elle ne lui laissa pas le temps de finir.
- Les enfants... J'ai besoin de parler à votre père. Seul à seul.
Serena et Eric échangèrent un regard ébahi … et un peu inquiet.
- Comme tu veux maman... finit par agréer Serena.
Toujours aussi étonnés, ils firent volte-face et ouvrirent la porte. Ils allaient la refermer derrière eux lorsque Lily ajouta:
- Serena! Tu voudras bien dire à Rufus de ne pas m'attendre pour le dîner?
Serena hocha la tête, jetant un dernier regard au visage résolu de sa mère. Elle referma doucement, un vague pressentiment désagréable dans le creux du ventre.
La nuit tous les chats gris... Alors, avec qui Nate Archibald a-t-il rendez-vous ce soir? Je suis sure que lui le premier aimerait bien le savoir!
Nate déchira avec appréhension la housse en plastique qui protégeait la tenue qu'il devrait porter quelques minutes plus tard.
Un murmure impossible à localiser s'engouffra dans le vestiaire et le jeune homme s'empara d'un téléphone portable dans la poche de son jean. L'écran indiquait que la communication avait débuté cinquante deux minutes plus tôt.
- Alors? demanda une voix moqueuse. Ils te font porter un string ou un mankini?
- Ah ah... Très drôle Chuck...
Confortablement installé dans sa limousine, le jeune Bass sourit.
- Qu'est-ce que Camden t'a réservé? demanda-t-il plus sérieusement. Est-ce que tu pourras toujours cacher ton téléphone?
- Ca devrait aller... répondit Nate. Il y a un tee-shirt sans manches blanc et un pantalon en lin noir. Avec des poches.
- Rassuré?
- Un peu...
- Ces soirées sont réservées à l'élite Nathaniel, rappela Chuck. Tu ne t'attendais quand même pas à voir des filles déguisées en lapin et des hommes avec des tangas en cuir?
Nate haussa les épaules.
- Les fantasmes n'ont pas de classe...
- Nathaniel Archibald jouant avec les mots... ironisa Chuck. On aura tout vu...
Nate sourit et ôta son tee-shirt, révélant au passage son torse musclé.
- Est-ce qu'il te reste assez de batterie? demanda Chuck, inconscient de l'effeuillage de son ami à l'autre bout du fil.
- J'en suis à la deuxième, déclara Nate en enfilant le marcel blanc. C'est pour ça que j'ai dû te rappeler tout à l'heure, j'avais changé de batterie entre temps. Et là il me reste un peu moins de la moitié.
- J'espère que ça suffira...
- Je l'espère aussi.
Il baissa la tête, le mouvement de ses épaules indiquant qu'il déboutonnait son pantalon.
- Tu as été parfait durant tout le « brieffing » de Camden au restaurant, le rassura Chuck, il n'y a aucune raison pour qu'il se doute de quoi que ce soit. Et, en cas de problème, je suis stationné en face de la maison.
Chuck baissa un peu la vitre de la voiture, juste assez pour que ses yeux soient visibles de l'extérieur du véhicule.
Dehors, au milieu d'une rue tranquille qu'éclairaient d'élégants lampadaires, une grande bâtisse aux volets clos affichait un panneau « A Vendre ». Sur le côté, un bel escalier en colimaçon permettait de se rendre à l'étage sans passer par le hall d'entrée. Autour, des parterres joliment fleuris alternaient avec des arbres impeccablement taillés.
- Camden t'a directement amené aux loges? demanda-t-il en remontant le carreau.
- Oui, confirma Nate tandis qu'il s'emparait du pantalon. Apparemment le rez-de-chaussée est réservé à la « préparation ». Il y a même une bassine avec de l'eau chaude pour que je puisse me … « rafraîchir »...
Chuck sourit en coin.
- Comme c'est prévenant de leur part...
A l'autre bout du fil, Nate eut le même sourire.
- Je ne crois pas que ce sera nécessaire...
Chuck posa sa nuque sur l'appui-tête de la limousine.
- Tant qu'à faire... Tu pourrais joindre l'utile à l'agréable...
- Avec ton arme secrète? suggéra Nate en souriant.
- Par exemple...
- Pas de problème. Tu te charges de désarmer Jenny?
Chuck eut un petit rire.
- Ce qui se passe à Vegas...
- … reste à Vegas. Sauf qu'on n'est pas à Vegas, Chuck.
- Ca se discute... s'amusa le jeune Bass.
Soudain, deux coups discrets furent frappés à la porte. Nate et Chuck se figèrent.
- Gentleman? susurra une voix dans le couloir. Tu es prêt?
Nate déglutit. A l'autre bout du téléphone, Chuck ferma les yeux.
- Bonne chance Nathaniel...
Nate ne répondit pas. Il déposa délicatement le portable au fond de sa poche en prenant soin de ne pas raccrocher par mégarde. Puis, il s'empara du dernier accessoire dans la housse.
Un instant plus tard, il ouvrit la porte.
- Je suis prêt... annonça-t-il à Anton Camden.
Derrière son masque, il se sentait invincible.
*
Ils montèrent les dernières marches de l'escalier, le bruit de leur pas étouffé par l'élégant tapis rouge qui le recouvrait.
- Ne t'inquiète pas, le rassura le quadragénaire démasqué. Je ne fais que t'accompagner, ensuite je te laisse tranquille. Je ne doute pas qu'un Gentleman aussi jeune et bien bâti que toi ne tarde à se faire de nombreux amis...
Une serveuse en tenue légère leur tendit une coupe de champagne. Les deux hommes levèrent leurs verres et trinquèrent.
- A ton introduction au Pays des Merveilles! déclara Anton Camden en soulevant un épais rideau en velours bordeaux.
Le son d'un orchestre à cordes leur parvint aussitôt. Nate prit une courte inspiration et entra.
Ils se trouvaient dans le couloir du premier étage, si large qu'il formait une pièce. Seule la présence d'une douzaine de portes, certaines ouvertes, d'autres closes, indiquait qu'il s'agissait bel et bien d'un lieu de passage.
Dans un coin, le quatuor jouait un air léger. La soirée n'en était qu'à ses prémices et la plupart des protagonistes bavardaient en petits groupes, même si certains étaient déjà passés aux baisers langoureux.
Nate poussa un soupir soulagé. Il avait eu peur de se retrouver en plein feu de l'action. Voilà qui lui laissait le temps de s'habituer à la situation... Il se tourna vers son « parrain ».
- Est-ce que...
Mais Anton Camden avait disparu.
Mal à l'aise d'être ainsi lâché dans la fosse aux lions, Nate chercha des yeux une occupation. Il opta pour la contemplation d'une œuvre de Koray Erkaya, le célèbre photographe de nus.
- Gentleman... le salua un homme en s'arrêtant à ses côtés.
Nate lui rendit son salut. Tandis que l'inconnu observait le cliché, bras croisés, il en profita pour le lorgner du coin de l'œil. Sous le pantalon de costume gris et le tee-shirt blanc, le corps était svelte et robuste. L'homme ne devait pas avoir plus de vingt-cinq ans.
L'inconnu tourna brusquement la tête et s'aperçut qu'il le dévisageait.
- Espèce de crétin... dit-il dans un murmure. C'est moi, Carter.
Nate poussa un long soupir, sa nuque se détendant instantanément.
- Je me demandais déjà comment j'allais m'en sortir... chuchota-t-il.
- T'inquiète, je protège tes arrières … et ton derrière, s'amusa Carter.
- Ah ah... feignit de rire Nate.
- Chuck nous entend?
Nate hocha la tête.
- Pour le moment tout se passe cinq sur cinq, reprit Carter. Nate est un peu tendu, mais tous les nouveaux le sont...
Puis il s'adressa de nouveau à Nate.
- Tu as repéré la chambre close?
Nate secoua la tête en signe de dénégation.
- La dernière dans le couloir de droite. Il y a un écriteau « prière de ne pas déranger » dessus.
- C'est là que Camden a disparu?
- Oui, il vient d'y entrer. Ca va aller?
Le jeune homme hocha la tête.
- Alors je te laisse avant qu'on ne pense que j'ai véritablement des vues sur toi...
Carter se retira en souriant et Nate le suivit du regard. A cet instant, le rideau en velours se souleva une nouvelle fois et une charmante jeune femme fit son apparition.
Elle portait d'élégants escarpins argentés dont les talons vertigineux ne mettaient qu'un peu plus en valeur les longues jambes qui les portaient. La tenue de ces dames étant généralement plus sensuelle que celle de ces messieurs, elle avait revêtu un body en satin de soie nacré, lacé en son centre avec un cordon bois de rose. Elle aussi portait un masque, recouvert de plumes délicates, tandis que ses boucles brunes étaient retenues en une queue de cheval relativement lâche.
Même masquée, Nate l'aurait reconnue parmi mille. Tandis que tous les regards, admiratifs, se posaient sur elle, Nate murmura pour lui-même:
- La classe, V.
La veille au soir…
Devant la scène du Victrola où le rideau remuait légèrement, Chuck annonça à la manière d’un maître de cérémonie:
- Mesdames et messieurs... Notre arme secrète!
Au centre de la scène, à l’endroit précis où les rideaux se rejoignaient, deux bras fins apparurent, paumes de mains jointes comme si elles priaient. Elles se détachèrent délicatement l’une de l’autre et le bout des doigts commença à écarter les deux tentures avec une symétrie et un tempo parfaits. Il aurait suffi qu’un projecteur soit braqué sur la silhouette pour que le cliché de la star de cabaret fût à son paroxysme.
- Vanessa?!?
Le cri, collectif, venait droit du cœur.
Sur la scène du Victrola, splendide dans sa longue robe bleu nuit bohème et ses colliers multicolores, Vanessa était tout sourire. Quant à Chuck, il semblait assez content de lui. Il s’approcha de la demoiselle et lui tendit la main pour l’aider à descendre les marches menant à la salle. Vanessa s’exécuta avec diligence. Lorsqu’elle le rejoignit, il la conduisit jusqu’au canapé où tous les adolescents étaient installés sauf Dan qui, sur le coup de la surprise, s’était levé. C’est d’ailleurs lui qui parla en premier :
- Qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-il.
Vanessa n’eut pas le temps de répondre qu’une flopée de questions s’abattit sur elle et Chuck :
- C’est elle ta « vieille amie »? s’étonna Jenny.
- Et moi qui croyais que c’était Elle ton arme secrète! renchérit Eric sur le même ton.
Cette fois, c’est à Eric que Dan s’adressa :
- Sérieusement? demanda-t-il. Moi je pensais à Blair!
Silence.
- Oh c’est bon ! bougonna-t-il. Vous n’allez pas me faire le coup à chaque fois que je prononce Son prénom !
- Et si tu arrêtais tout simplement de le prononcer ? proposa Jenny. Non, mieux : arrête carrément de parler, ça nous fera des vacances…
- Jenny… la recadra Nate.
Le ton ne souffrait aucune réplique. Jenny lui jeta un regard, partagée entre désarroi et courroux.
- Et si vous nous expliquiez ? continua son petit-ami à l’attention de Vanessa et Chuck.
Ce dernier acquiesça et débuta son récit :
- Jenny a raison : lorsque j’ai déclaré que je partais à la recherche d’une « vieille amie », je ne parlais certes pas de Vanessa. J’ai d’ailleurs dû faire appel à Andrew, mon détective privé, pour retrouver la trace de cette personne et cette quête m’a mené jusqu’à Vegas.
- Tu as été à Vegas ? demanda Dan. Sur la journée ?
- Bart Entreprises possèdent leur propre jet privé… rappela Chuck.
Dan grimaça : ce type et lui ne vivaient vraiment pas sur la même planète…
- Et Eric a également raison lorsqu’il suggère l’intervention d’Elle puisque c’est effectivement la personne que j’ai retrouvée à Las Vegas…
- Ah ! Je le savais ! l’interrompit Eric, content de lui.
Néanmoins il se renfrogna aussitôt et enchaîna :
- Mais dans ce cas, que vient faire Vanessa dans cette histoire ? Ce n’est pas Elle qui va s’introduire dans la Société avec Nate ?
Chuck le détrompa d’un signe de tête.
- Impossible : elle a été renvoyée de la Société. Rappelez-vous : c’est même Carter qui l’a payée pour cela…
Quelques bouches s’entrouvrirent sous le coup de l’annonce : c’était tellement évident !
- Du coup elle est grillée… grommela Carter.
Chuck acquiesça.
- Oui. Si j’avais besoin d’elle, c’était pour qu’elle me raconte son histoire et me livre quelques ficelles pour introduire une autre fille au sein de la Société. Une fille suffisamment belle pour les intéresser, mais issue d’un milieu assez populaire pour justifier son besoin d’argent…
- Moi ! conclut Vanessa, mains sur les hanches.
Un silence accueillit la nouvelle.
- C’est une idée de génie ! finit par trancher Serena.
- De génie ? rétorqua Dan. Envoyer notre amie se faire peloter par des vieux pervers, du génie ?
- Je la protégerai, le rassura Nate. Promis…
- Idem ! lança Carter. Enfin si ça intéresse quelqu’un…
Dan regarda sa meilleure amie droit dans les yeux.
- Pourquoi ? demanda-t-il simplement.
Elle haussa les épaules.
- Pourquoi vous et pas moi ? rétorqua-t-elle. Je n’ai jamais trop aimé être mise à l’écart de votre petite bande…
Dan reçut le message cinq sur cinq : elle lui en voulait de ne pas l’avoir mise au courant de leur enquête…
- Et puis ce n’est pas dit que je sois prise ! rappela Vanessa. Je rencontre la maquerelle demain matin et, d’après ce qu’Elle a raconté à Chuck, je vais devoir passer une batterie de tests pour pouvoir y entrer…
- Souplesse et agilité ? ricana Jenny.
- Entre autre… répondit calmement Vanessa.
Jenny en resta sans voix.
Vingt-quatre heures plus tard, Nate ne put s’empêcher de sourire en repensant à la tête déconfite de sa petite-amie à ce moment-là.
Mais ses pensées revinrent très vite à l’instant présent: une jeune femme à la peau noire venait de rejoindre Vanessa et l’entraînait vers le buffet. Elle lui désigna un saladier rempli de fraises et Vanessa croqua dans un des fruits avant de savourer une nouvelle gorgée de champagne. A son sourire, elle devait trouver l’association délicieuse…
Nate s’accroupit et, faisant mine de renouer l’un de ses lacets, murmura aussi près que possible de la poche de son pantalon :
- Vanessa est arrivée. Tout va bien.
Il se redressa aussitôt, soucieux de ne pas attirer l’attention. Il fronça les sourcils : ce bref instant avait suffi pour qu’un homme s’approche de Vanessa et entame la conversation. Il fallait s’en douter : V était particulièrement en beauté ce soir… Néanmoins, tant que le gentleman restait courtois, il n’y avait pas de quoi s’inquié…
Il fut interrompu net dans ses pensées lorsqu’il vit la main de l’homme se poser sur l’épaule féminine et descendre le long de son bras… Vanessa frémit mais ne bougea pas. Néanmoins, lorsque la main descendit encore plus bas, arrivant à la chute des reins et au galbe des fesses, elle ne put se contenir davantage : elle leva la main et gratta le lobe de son oreille.
C’était le signal.
Nate retint un juron : ça ne devait pas se passer comme ça, ils étaient censés bénéficier d’un peu de temps avant que les vautours ne commencent à rôder autour d’eux ! Non seulement ils n’avaient encore rien trouvé, mais en plus il ne savait pas du tout comment aider V sans compromettre leurs couvertures !
A côté du buffet, Vanessa se trémoussait tout en gardant vaille que vaille le sourire aux lèvres. Nate prit une grande inspiration et se concentra. Finalement, son regard se posa sur une serveuse qui passait entre les invités, des coupes de champagne sur un plateau doré.
Nate réfléchit très vite et avala d’une traite le fond de sa flûte.
*
- En temps habituel je préfère me détendre dans la salle commune… susurrait l’homme tout en laissant courir le bout de ses doigts le long du dos féminin. Mais, étant donné qu’il s’agit là de votre première soirée en notre compagnie, je suis tout prêt à préférer exceptionnellement l’intimité d’une chambre si cela peut vous mettre davantage à votre aise… Qu’en dites-vous ?
L’homme était courtois, mais ferme. Tous les gens présents étaient là pour la même raison, à quoi bon tourner autour du pot ?
- Lady… Gentleman… les salua une voix derrière eux.
L’homme et la femme firent volte-face pour découvrir un jeune homme masqué qui tenait une coupe de champagne dans chaque main. Vanessa se détendit instantanément en reconnaissant Nate derrière son masque. Celui-ci lui tendit un des verres au breuvage légèrement coloré.
- Votre coupe de champagne… expliqua-t-il. Je vous prie d’excuser ma longue absence, mais il a été plus difficile que prévu de dénicher du champagne rosé…
- Merci Gentleman… murmura Vanessa en posant sa précédente coupe presque pleine sur le buffet pour s’emparer du nouveau verre.
Elle réfléchit aux mots de Nate et se tourna vers l’homme :
- Ce Gentleman a eu l’amabilité de partir à la recherche de champagne rosé lorsque je lui ai déclaré que c’était mon préféré…
Et, joignant le geste à la parole, elle avala une gorgée de vin pétillant.
- Délicieux ! s’enthousiasma-t-elle.
Nate lui tendit le bras.
- Durant ma quête j’ai eu l’occasion de découvrir une photographie de Koray Erkaya, mais je n’ai pu m’attarder étant donné que vous m’attendiez… Me feriez-vous l’honneur de venir la contempler avec moi ?
- Avec grand plaisir… déclara Vanessa en prenant son bras.
Son soulagement était palpable. Nate allait faire un premier pas lorsque l’homme les arrêta.
- Excusez-moi, dit-il d’un ton aussi poli que glacial, mais il me semble que j’ai eu le plaisir de faire la connaissance de cette jeune Lady le premier et, avant votre arrivée, nous étions justement en train de nous accorder sur d’autres projets pour cette nuit…
Nate grimaça un sourire, et répondit sur le même ton :
- Toutes mes excuses mais, comme nous vous l’avons expliqué, j’avais déjà lié connaissance avec cette Lady auparavant, je m’étais seulement absenté un instant pour satisfaire ses exigences.
- Je vous prie de me pardonner, répliqua une fois encore le Gentleman, mais cela est impossible : je n’ai pas quitté des yeux cette charmante créature depuis son entrée, - comment cela serait-il possible devant une telle beauté ? ajouta-t-il galamment à l’intention de Vanessa … qui réprima un frisson de dégoût – et je puis vous assurer que je suis le premier Gentleman à qui cette demoiselle a adressé la parole ce soir.
Un silence s’abattit sur eux et les épaules de Vanessa s’affaissèrent.
- Dans l’escalier ! s’exclama soudain Nate, avant de recouvrer son calme. Nous nous sommes croisés dans l’escalier… N’est-ce pas Lady ? demanda-t-il en se tournant vers Vanessa.
Celle-ci se hâta d’acquiescer :
- Tout à fait ! Anton nous a présentés l’un à l’autre étant donné qu’il s’agit de notre première soirée à tous les deux… ajouta-t-elle.
Face à eux, l’homme était sceptique. Visiblement, il était très déçu qu’une telle opportunité lui échappe.
- Vraiment… murmura-t-il.
Néanmoins, un sourire malin étira ses lèvres l’instant d’après.
- Mais vous connaissez le dicton : « Qui va à la chasse… »
Et, sans plus de cérémonie, il s’empara de la main de Vanessa. Il l’attira à lui d’un coup sec, mais la jeune femme résista et resta auprès de Nate. Elle jeta un regard affolé à son voisin. L’un comme l’autre savaient qu’elle ne pouvait refuser : contrairement à Nate, elle n’était entrée dans la Société en tant que membre, mais comme "employée" qu'on payait pour ses charmes.
Soudain, Nate sentit un souffle effleurer son oreille tandis qu'on murmurait dans son dos :
- Impose-toi.
Il eut la présence d’esprit de ne pas se retourner. Un instant plus tard, il vit Carter contourner leur petit groupe pour se servir une fraise sur le buffet, puis repartir en direction d'une jolie Naïade dans un coin.
C'est alors que l’homme attira une nouvelle fois Vanessa à lui, avec un peu plus de force cette fois. Nate jeta un dernier regard à son ancienne petite-amie. Celle-ci était au comble de l’affolement.
Nate prit alors son autre main, la tourna vers lui…
Et l’embrassa.
*
Embrasser Vanessa était quelque chose de très naturel. Ils étaient sortis ensemble pendant des mois et leur rupture ne datait que de quelques semaines plus tôt. Nate retrouva donc très vite ses repères et évita les habituels cognements de dents et autres rythmes décalés des premiers baisers.
Cet instant n’avait néanmoins rien de romantique et ses pensées partaient dans tous les sens.
La panique de Jenny en apprenant qu’il irait à cette soirée…
L’homme qui ne lâchait toujours pas le poignet de V…
Chuck lui disant : « Ce qui se passe à Vegas… »
Les lèvres toujours aussi douces de Vanessa…
Le sourire de Jenny lorsqu’il l’avait embrassée sur le toit du Victrola…
Mais, par-dessus tout, il réfléchissait à la suite des opérations. L’homme ne semblait pas décidé à abandonner Vanessa, comment s’en débarrasser ?
« Impose-toi. »
Nate posa sa main dans le bas du dos de Vanessa et la plaqua fermement contre lui. Le baiser se fit plus sensuel, tandis que ses mains partaient au contact des hanches de la jeune femme, remontaient ses flancs, glissaient le long de son dos pour finir sur ses fesses fines et musclées.
Jenny…
Du creux de la main, il s’empara d’une des cuisses de Vanessa et la plaqua contre son bassin. Il laissa alors sa main dériver le long de la peau douce, remontant peu à peu vers le haut de la cuisse…
Enfin, Vanessa posa ses deux mains sur lui : l’homme l’avait libérée de son étreinte. Sans plus attendre, Nate l’entraîna vers le couloir de droite, concentré pour poursuivre son étreinte passionnée tout en la menant à bon port. Dieu seul savait ce qui aurait encore pu leur arriver s’ils s’arrêtaient…
Vanessa se laissait conduire de bonne grâce, rentrant dans son jeu. Elle était si crédible qu’il se demanda un instant si elle jouait véritablement la comédie. Il repoussa l’idée.
Enfin, il arriva au bout du couloir. A cet instant, Anton Camden sortit de la dernière porte à droite. Il semblait agité et avait du mal à tourner la clé dans la serrure.
Ce n’était pas bon du tout…
Nate chercha une issue de secours. Juste avant la chambre close, une porte s’ouvrait sur le mur de droite. Il ne leur restait que quatre pas à faire, mais Camden les aurait-il repérés avant qu’ils ne l’aient atteinte ?
En temps habituel, Nate aurait fait demi-tour. Mais pas ce soir. Pas sous son masque, et pas avec Vanessa sous sa responsabilité. S’ils retournaient là-bas…
Les lèvres toujours scellées à celles de V, Nate la conduisit vers la porte.
Un pas…
La pêne de la chambre close tourne dans la gâche.
Deux pas…
Camden retire la clé de la serrure.
Trois pas…
Il lève la tête dans leur direction.
Soudain, Nate perdit le contrôle. Il se sentit plaqué contre le mur, juste à côté du chambranle de la porte. Les boucles brunes de Vanessa lui tombèrent sur le visage, lui masquant la vue … et le protégeant des regards.
Il était tellement concentré sur Camden qu'il n'avait pas senti que Vanessa avait dégagé sa main pour retirer la grosse pince qui retenait jusqu'alors son opulente chevelure.
Sa complice le plaquait désormais avec force et détermination. Elle continuait à l’embrasser, mais avait cependant les yeux grands ouverts. Elle regarda rapidement sur le côté et Nate cligna des yeux, comprenant. Ils se mirent à glisser le long du mur, parcourant les quelques centimètres restant, toujours protégés par la chevelure de Vanessa. Enfin, Nate sentit le vide derrière lui et Vanessa le poussa sans ménagement dans la pièce. Tandis qu’il s’affalait sur le lit, elle referma la porte derrière elle.
Elle était presque refermée lorsqu’Anton Camden passa dans le couloir. Vanessa lui fit un sourire aimable, qu’il lui rendit machinalement sans s’arrêter de marcher. Elle referma tout doucement la porte et fit tourner la clé dans la serrure.
Elle retira précipitamment son masque, à la recherche d’un peu d‘air, et se laissa glisser par terre. Enfin elle jeta un coup d’œil à Nate.
Allongé sur le lit, celui-ci avait également ôté son masque et, une main sur la poitrine, cherchait à ralentir son rythme cardiaque.
Ils échangèrent un coup d’œil…
… et éclatèrent de rire.
Ils avaient eu chaud !
- Bon, et on fait quoi maintenant ? demanda Vanessa, toujours assise sur le sol.
Nate haussa les épaules.
- Aucune idée…
Il quitta le lit et s’approcha de la jeune femme. Il lui tendit la main.
- Merci… murmura-t-elle en se redressant. Et pas que pour m’avoir aidée à me relever…
- Y’a pas de quoi…
Tout à coup, une idée le frappa et, tâtant la poche de son pantalon, il en sortit son portable.
- Chuck ?
- Nathaniel !
Dans la limousine stationnée en face de la maison, Charles Bass était tendu comme un ressort. La nuque raide, il avait le téléphone greffé à l’oreille.
- Est-ce que tout va bien ? J’au crû que vous n’alliez jamais vous débarrasser de lui !
- Ca va. On a réussi à le convaincre de nous lâcher une bonne fois pour toutes…
Chuck garda le silence un instant avant d’aboutir à une conclusion :
- Je pense avoir deviné comment…
Nate chercha ses mots avec prudence :
- Chuck, je pense que pour le bien de Jenny il serait préférable que…
- Je croyais avoir été clair Nathaniel, l’interrompit son ami. « Ce qui se passe à Vegas reste à Vegas… »
Nate sourit. Il remarqua alors que Vanessa l’observait. Un coin de la bouche de cette dernière se tordit en un sourire moqueur. Néanmoins, derrière cette attitude désinvolte, Nate sentit qu’elle ne le trahirait pas.
- Merci, dit-il aussi bien à l’un qu’à l’autre.
Dans la voiture, Chuck commençait à se détendre : la situation de crise était derrière eux. Enfin il fallait l’espérer…
- Où êtes-vous maintenant ? demanda-t-il.
- Dans la pièce juste à côté de la chambre close. Mais je n’ai pas la moindre idée de comment on va réussir à y entrer !
La voix de Vanessa résonna dans son dos :
- Ca risque d’être plus facile que prévu !
Il se retourna et découvrit une porte entrouverte derrière lui. De la lumière filtrait dans l’entrebâillement. Il fronça les sourcils et pénétra dans la pièce. A l’intérieur, Vanessa rayonnait.
- Une salle de bain ! annonça-t-elle, triomphante.
Puis elle recula d’un pas pour dégager la vue derrière elle.
- … communicante !
Effectivement: une autre porte menait à la chambre close.
- Elle est ouverte ? demanda Chuck.
- Elle est ouverte ? répéta Nate.
Vanessa grimaça.
- Ce serait trop facile…
A cet instant, un bip résonna dans le combiné du téléphone. Nate regarda l’écran une seconde avant de recoller l’appareil à son oreille :
- Je n’ai presque plus de batterie, ça va pas tarder à couper…
- Alors il faut faire vite.
- J’ai besoin de mes deux mains, je te reprends plus tard.
Et, sans attendre l’assentiment de Chuck, il remit son portable dans sa poche sans l’éteindre pour autant.
- C’est une serrure à garnitures… diagnostiquait déjà Vanessa, agenouillée devant la serrure.
- Une quoi ?
- Une serrure qu’on ouvre avec une clé… expliqua-t-elle. Typique des vieilles maisons…
- J’ignorais que tu avais un diplôme de serrurier ! la taquina Nate.
- Je suis pleine de ressources… sourit Vanessa avant de retrouver son sérieux. On aurait dû prendre un passe-partout…
Elle réfléchissait à toute allure.
- Ou alors... murmura-t-elle pour elle-même.
Elle se leva tout de go et repartit dans la chambre à grandes enjambées. Nate en profita pour se pencher vers la serrure et l’observer avec circonspection.
- Qu’est-ce que tu cherches ? demanda-t-il, la tête toujours en bas.
- Un stylo et du papier !
- Pour quoi faire ?
- Ca…
V était déjà de retour. Elle s’agenouilla devant la porte et glissa une feuille dans le léger interstice en-dessous. Puis, elle introduisit délicatement le crayon dans le trou de la serrure.
- Non ?!? Tu crois que ce truc vieux comme le monde va fonctionner ?
- Chut !
A cet instant, le bruit sourd d’un objet tombant sur le sol leur parvint derrière la paroi. Nate et Vanessa échangèrent un regard interloqué et un sourire ravi illumina leurs visages. Tout doucement, la jeune fille ramena vers eux la feuille de papier sur laquelle la clé était tombée lorsqu’elle l’avait poussée avec son crayon.
La fin de la feuille sortit comme au ralenti de sous la porte.
Elle était vide.
- Hé m… ! s’exclama Nate, retenant un juron.
- J’ai dû la pousser trop loin, expliqua Vanessa. Désolée…
Les deux jeunes gens partagèrent en silence leur déception. Tandis que Nate s’appuyait sur la vasque du lavabo, se frottant les sourcils comme pour se réveiller, Vanessa s’asseyait sur le sol, consternée.
Soudain, Nate s’arrêta en plein peignage.
- A moins que…
Vanessa releva la tête alors que lui, figé dans sa pose, réfléchissait.
- Quoi ? demanda-t-elle, impatiente. Tu crois vraiment que c'est le moment pour te transformer en Penseur de Rodin ?
Mais Nate ne l’écoutait pas. Il se redressa et, mû par une intuition, se dirigea vers la porte qui séparait leur propre chambre de la salle de bain. Il la tira vers lui et découvrit derrière, dans la serrure, une clé.
- Qu’est-ce que tu fais ? demanda Vanessa.
Nate prenait déjà la clé et se dirigeait vers la porte communicante.
- Tu ne crois quand même pas que c’est la même pour les deux portes ?
- Et pourquoi pas ? Ca vaut le coup d’essayer…
Vanessa se releva, libérant l’espace, et se plaça juste derrière Nate lorsque celui-ci introduisit la clé dans la serrure. Sans s’en rendre compte, tous deux arrêtèrent de respirer alors qu’elle commençait à tourner sur elle-même.
Encore…
Encore un peu…
Nate se tourna vers Vanessa, un sourire malicieux au coin des lèvres.
- Sésame, ouvre-toi !
Le cliquetis caractéristique d’une ouverture retentit.
Le visage de Vanessa se fendit en un large sourire triomphant et elle tomba dans les bras de Nate. Ils se laissèrent aller quelques secondes à une joie bien méritée : ils avaient réussi !
Lorsqu’ils se lâchèrent enfin, tout sourire, leur regard fut attiré par quelque chose juste à côté d’eux.
La porte communicante, ouverte.
Et, sur le seuil, Anton Camden les fixant de son regard vénéneux.
- Bonsoir... siffla-t-il entre ses dents.
*
- Nathaniel ? Nathaniel, tu m'entends ?
Dans la limousine, Chuck s'était redressé.
Trois petits bips résonnèrent dans le combiné : la communication avait été coupée.
La porte s'ouvrit enfin.
- Tu en as mis du temps! maugréa Chuck en pénétrant dans la maison.
- J'ai fait de mon mieux... rétorqua Carter, agacé.
Avant de refermer, le jeune Baizen jeta un coup d'oeil à l'extérieur. Apparemment tout allait bien: l'escalier en colimaçon qu'avait emprunté Chuck était désert, tout comme le jardin et la ruelle.
- Tu as un masque? demanda-t-il en tournant la clé dans la serrure.
Lorsqu'il se retourna, il eut la réponse à sa question: Chuck avait déjà enfilé un masque vénitien blanc affublé d'un long bec d'oiseau crochu.
- Tu es prévoyant!
- Où sont-ils?
Le ton était aussi sec que la question.
- De l'autre côté de la maison, répondit Carter en recouvrant tout son sérieux. Fais attention en trav...
Trop tard: son interlocuteur était déjà parti.
*
La porte de la chambre close s'ouvrit brutalement.
- Camden! lança sur le seuil un monstre moitié-aigle moitié-humain.
Si Chuck s'était attendu à faire des vagues, il fut surpris par le silence religieux qui accueillit au contraire son apparition. Il fit un pas en avant et prit le temps de mieux observer le spectacle qui s'offrait à lui.
Confortablement installés dans deux fauteuils Voltaire, Nate et Vanessa faisaient face à Anton Camden, assis de l'autre côté d'un bureau en merisier sur lequel trônait un ordinateur portable fermé.
Surpris par l'entrée de Chuck, ses deux amis avaient tourné la tête dans sa direction.
- Tu nous la joues SuperHéron? ne put s'empêcher de se moquer Vanessa.
Chose rare: Chuck se sentit légèrement ridicule. Il retira lentement son masque et dévisagea son ennemi. Face à lui, visiblement parfaitement à son aise au fond de son fauteuil, Anton Camden le dévisageait avec un sourire un brin condescendant.
- Charles! s'exclama enfin le quadragénaire. Nous t'attendions...
Et d'un signe de la main, il désigna un fauteuil vide à côté de Nate. Chuck hésita et finit par s'éxécuter: qu'avait-il à perdre?
Lorsqu'il s'installa, il en profita pour se pencher vers son meilleur ami. Quoique tendu et perplexe, ce dernier semblait se porter comme un charme.
- Qu'est-ce qui se passe ici?
Nate rentra la tête dans ses épaules et grimaça pour montrer son propre désarroi.
Mais leur attention fut aussitôt happée par Anton Camden qui venait de se lever. Pour Nate et Vanessa, c'était presque un soulagement que de voir leur ennemi passer enfin à l'action après avoir vécu les quinze dernières minutes en silence sous son regard inquisiteur.
Qu'allait-il faire? Quel sort diabolique leur réservait-il?
Anton Camden fit tranquillement le tour du bureau, savourant leur angoisse palpable. Il ralentit en arrivant au niveau de Vanessa, et Nate se crispa sur son siège, prêt à bondir. Néanmoins, l'homme dépassa le petit groupe et se contenta de se diriger vers la porte que Chuck avait laissée ouverte derrière lui.
- Ce sera mieux ainsi... expliqua-t-il en la fermant. Je l'avais ouverte dans l'attente de ton arrivée mais, maintenant que nous sommes au complet, je vais me permettre de la verrouiller. Il serait tout à fait regrettable que nous soyons dérangés durant cet entretien qui promet d'être … intéressant.
Il sortit un trousseau de sa poche mais, juste avant de s'éxécuter, il s'arrêta.
- A moins que Carter n'ait l'intention de se joindre à notre petit comité? demanda-t-il avec une politesse grinçante.
- Baizen n'a rien à voir avec ça, rétorqua aussitôt Chuck, soucieux de protéger sa dernière carte.
- Vraiment? demanda Anton Camden en faisant tourner la clé dans la serrure.
Il retourna s'asseoir et ajouta avec une politesse excessive que venait contredire un sourire narquois.
- Dans ce cas, je suis curieux de savoir comment tu as pu pénétrer dans la maison... La porte d'entrée étant gardée, je ne vois d'autre possibilité que d'avoir été aidé par un complice. Laisse-moi deviner... Il t'a fait passer par l'escalier extérieur?
Chuck carra la mâchoire et accusa la coup.
- Vous nous avez piégés... murmura-t-il.
- Charles, voyons... Comment pourrais-tu me le reprocher? Qui a cherché à piéger l'autre en premier?
- C'est moi. Nathaniel et Vanessa n'ont rien à voir dans tout ça, ils ne sont que mes marionnettes. Laissez-les partir et réglons cette affaire entre commanditaires.
- Charles, Charles, Charles! Tu es tellement divertissant, j'ai l'impression d'être dans un film!
Chuck lui jeta un regard noir. Pour la deuxième fois de la soirée, le ridicule pointait le bout de son nez.
- Ce n'est pas un jeu... rétorqua-t-il, furieux.
- Non. Ce n'est pas un jeu.
Toute trace de politesse avait disparu dans la voix d'Anton Camden. En un instant, il avait recouvré tout son sérieux et son regard était redevenu aussi sombre que lorsqu'il avait découvert Nate et Vanessa dans la salle de bain communicante.
Cette fissure dans la carapace ne dura qu'une seconde et la réplique suivante fut prononcée avec son habituelle cordialité.
- Mais je pense que TU te crois dans un film Charles... Certes, je reconnais que cet endroit est idéal pour attiser les fantasmes – n'est-ce pas d'ailleurs l'effet recherché? - mais, sérieusement, à quoi t'attendais-tu? Une infiltration? Des costumes? De pathétiques mises en scène pour éviter à ton amie de se faire peloter?
Il jeta un coup d'oeil à Nate et Vanessa.
- Très réussie d'ailleurs, j'en ai beaucoup entendu parler lorsque j'ai rejoint la salle commune...
Il planta à nouveau son regard dans celui de Chuck.
- Il n'y a rien à chercher ici mon garçon... Cesse de voir des complots là où il n'y en a pas. Et, si je peux me permettre de te donner un conseil... Pour canaliser ton imagination, le samedi soir, loue High School Musical plutôt qu'Eyes Wide Shut...
Chuck déglutit avec difficulté. L'homme ne se contentait plus d'être condescendant, il était méprisant.
- Rien à cacher? rétorqua-t-il, blessé dans son amour propre. Pourquoi avoir une chambre secrète dans ce cas?
Camden éclata de rire.
- Voilà que tu recommences! Que croyais-tu trouver exactement entre ces quatre murs? Une espèce de gros serpent mortel? Non Charles, ceci est tout simplement mon bureau...
Comme il désignait de la main l'ordinateur portable sur la table, le visage de Chuck se tordit en un sourire moqueur.
- Vous essayez vraiment de me faire croire que vous interrompez vos ébats pour consulter vos e-mails? Et, qui plus est, que pour cela il vous faut condamner toute une pièce de la maison?
- Pas mes e-mails, Charles, la bourse... Sais-tu quelle heure il est à Tokyo?
Charles ne répondit pas. Son esprit allait à toute allure, reconstituant le puzzle: Anton Camden était connu sur la place publique pour être un requin de la finance.
- Onze heure du matin, reprit Camden. Quant au fait de réserver toute une pièce de la maison pour mon ordinateur, eh bien que veux-tu... Je n'ai jamais aimé que mes petits secrets soient accessibles au premier venu...
Il ajouta en souriant:
- Sans oublier qu'il me serait difficile de travailler à quelques mètres d'amis savourant un moment privilégié...
Vanessa et Nate échangèrent un regard. Etait-il possible que l'imagination de Chuck se soit emballée? Avaient-ils fait tout cela pour rien?
Chuck de son côté gardait son regard vrillé sur le quadragénaire.
- Pourquoi ne pas avoir clairement répondu à Carter dans ce cas?
- A Carter? demanda Camden, sincèrement étonné. Oh! A propos de Hank?
Le silence de Chuck était éloquent.
- Mais parce que l'anonymat est notre règle d'or!
Camden se renfrogna. Il se cala au fond de son fauteuil et réfléchit en silence.
- C'est donc à cause de ça? Il me semblait pourtant avoir dit à Carter que, à ma connaissance, il n'y avait pas de problème entre ton père et Hank.
- Ce n'est pas suffisant! Je dois savoir une bonne fois pour toutes! Hank Pioneer faisait-il partie de la Société oui ou non?
- Mais pourquoi cela t'importe-t-il autant enfin?
C'en était trop: Chuck craqua.
- Parce que ce pourrait être lui qui a fait assassiner mon père suite à un secret que Bart aurait appris au sein de la Société!
Un grand silence s'ensuivit. Face à lui, Camden était estomaqué. Une longue minute s'écoula, interminable.
- Tu te rends compte que ce que tu dis est tout bonnement ... ridicule?
Chuck ne répondit pas. Pas parce qu'il n'avait rien à dire. Non, seulement parce que, pour la première fois, les mots sonnaient mal. Pour la première fois il réalisa l'énormité de ses propos.
Seul point positif: cet aveu avait modifié l'attitude d'Anton Camden. En découvrant les pensées du jeune homme, il s'était adouci et son regard trahissait même une pointe de compassion...
- Charles... Je me doutais que la mort de ton père avait été traumatisante, mais je ne savais pas que c'était à ce point... Tu me donnes l'impression de chercher un coupable là où il n'y a qu'un malheureux accident... C'est regrettable, certes, mais c'est ainsi...
Comme Chuck gardait le silence, Camden hocha la tête et poussa un soupir.
- Très bien... En souvenir de mon amitié pour ton père, je crois qu'il est de mon devoir de lever tes doutes définitivement. Et puis ce n'est pas comme si Hank risquait d'être à nouveau convié à nos soirées, on peut donc considérer que la règle d'anonymat peut être plus facilement rompue lorsqu'il s'agit de nos anciens membres...
Chuck releva la tête. Enfin les nuages se dissipaient un peu.
- Hank faisait bien partie de la Société, déclara enfin Anton Camden.
Chuck se redressa, plein d'espoir.
- … mais il n'a jamais su que ton père faisait également partie de notre club. C'est absolument impossible. En conséquence, il n'y a aucune raison pour qu'il l'ait fait éliminer.
- Pourquoi? Mon père a très bien pu vendre son anonymat sans le vouloir!
Camden secoua la tête.
- Impossible. Bart était d'une prudence à toute épreuve, il n'avait pas le choix.
Chuck fronça les sourcils, perdu.
- Mais... Pourquoi?
- Ton père ne faisait pas que participer aux soirées Charles, il les organisait.
La vérité, inimaginable, absurde, sortit enfin:
- Bart était le président fondateur de la Société des Gentlemen.
Les douze coups de minuit ont sonné ; le charme est rompu, la réalité vous a rattrapés. Il est temps de rentrer chez vous les enfants et d'aller vous coucher : le conte de fée est terminé!