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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 23.04.2011 à 11h03
Auteur : lili59
Statut : Terminée
« Dernier opus de ma saga GG. Les 3 tomes précédents à lire pour comprendre ce volet: 3x01 - The beach is back, 3x02 - Explain me if you can, 3x03 - Very Sad Things. Enjoy! » lili59
Cette fanfic compte déjà 65 paragraphes
Les deux portables sonnèrent au même instant. Attablés de part et d'autre du comptoir de la cuisine américaine, Dan et Jenny échangèrent un regard avant de se précipiter sur leur téléphone respectif.
Demain, 10h, Victrola. Soyez à l'heure. C
Ils relevèrent la tête lentement.
- C'est pas bon... finit par grimacer Jenny.
Dan secoua la tête, signe qu'il partageait son analyse, mais il n'eut pas le temps de développer: la porte d'entrée venait de grincer.
- P'pa? demanda Dan, sourcils froncés.
Il se pencha sur le bar et découvrit en effet son père sur le seuil. Jenny et lui échangèrent un regard interloqué tandis que leur père les rejoignait.
Il avait une mine affreuse.
- Vous n'êtes pas encore couchés? demanda-t-il mécaniquement.
- C'est plutôt nous qui devrions te demander ça! répondit Jenny. T'étais pas censé dormir chez Lily ce soir?
Mais Dan avait déjà compris.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-il gravement.
Rufus releva la tête et plongea son regard dans celui de son fils. Il y avait tellement de chagrin à l'intérieur que Dan se retint de tourner la tête. Jenny comprit alors que quelque chose n'allait pas et son joli sourire disparut.
Lentement, Rufus sortit son portable de sa poche, y chercha quelque chose et le tendit à son fils.
Un instant, Dan eut envie de ne pas prendre ce téléphone. Ce qu'il allait y lire allait bouleverser sa vie telle qu'elle était aujourd'hui, il le sentait, alors l'idée de fermer les yeux et de faire comme si tout allait bien était très alléchante.
Mais inutile.
Jenny se pencha sur le bar pour lire elle aussi l'écran et c'est ensemble qu'ils découvrirent le texto que Rufus avait reçu huit heures plus tôt.
Je ne peux pas t'épouser Rufus. Crois-moi, mon coeur le souhaite plus que tout mais la raison m'en empêche. Je suis désolée. Lily
Ils relevèrent la tête vers leur père. Le visage défait, celui-ci semblait un peu perdu, presque anesthésié par le choc.
- Papa... murmura Jenny, les yeux écarquillés d'horreur.
Dan de son côté était trop secoué pour dire quoi que ce soit... Il resta seulement là, à observer son père, dont le regard était toujours aussi vide.
- Je l'ai cherchée partout... finit par dire Rufus. Je l'ai cherchée partout mais elle n'est nulle part... Je ne comprends pas... Je ne sais plus où aller...
Tandis que Dan se pinçait les lèvres, Jenny se leva de son tabouret et se précipita sur son père pour le serrer dans ses bras de toutes ses forces.
- Ici... murmura-t-elle, la voix légèrement étranglée par l'émotion. C'est ici qu'il fallait venir... Parce que nous, nous sommes là...
C'est alors que le visage de Rufus se tordit en une grimace douloureuse sous l'effort qu'il déployait pour ne pas éclater en sanglots. Dan tourna automatiquement la tête sur le côté, gêné par une douleur totale qu'il avait si peu eu l'occasion de voir en une vie entière. Mais très vite l'élan du coeur fut le plus fort et, contournant le bar, il enlaça son père à son tour. Celui-ci était désormais entouré de ses deux enfants qui ravalaient leurs propres larmes pour mieux lui transmettre leur force.
- Je suis désolé...
Tandis qu'ils tentaient de le soutenir de leur mieux, leurs deux téléphones sonnèrent à l'unisson sur le plan de travail de la cuisine. Mais cette fois, aucun des deux ne se précipita dessus. Ils s'en occuperaient plus tard... Il ne pouvait rien y avoir de plus important, là, tout de suite, maintenant.
Sur les deux écrans, une missive de Gossip Girl était affichée:
Repérée: Lily Van Der Woodsen à l'aéroport avec son ex. J'en perdrais presque mon latin: depuis quand les divorcés partent-ils en lune de miel? En tout cas bravo Keith: tu as gagné, finalement c'est bien toi qui butineras l'abeille!
Le silence bourdonnait à leurs oreilles.
Au milieu des ombres du Victrola, aucune parole ne pouvait retranscrire leur désarroi. Deux semaines plus tôt, ici même, ils fêtaient l'amour de leur père et de leur mère. Quelques heures plus tôt, ici même, ils s'étaient réunis et entraidés telle une vraie famille, unie pour épauler l'un des siens. Un membre qui s'était bercé d'illusions et qui aujourd'hui n'avait plus rien.
Un énorme gâchis.
Voilà tout ce que c'était.
- Ca suffit, trancha Dan en se levant de sa chaise. On ne va pas rester comme ça autour de cette table, à se regarder en chiens de faïence. Ca ne sert à rien...
- Alors qu'est-ce qu'on fait dans ce cas? demanda Eric.
- Rien, répondit Jenny en se levant à son tour. On rentre chez nous.
- Alors c'est ça? s'indigna Serena. C'est terminé, vous ne voulez plus rien avoir à faire avec nous?
- Ce n'est pas ce qu'on a dit... objecta Dan, agacé. Seulement là tu vois, je pense qu'on serait plus utile auprès de notre père.
Il se tourna vers Chuck.
- Tu nous confirmes que toute l'histoire autour de ton père est bien close?
Chuck acquiesça du chef et résuma la situation pour la deuxième fois de la matinée :
- Bart était le président fondateur de la Société des Gentlemen. Il côtoyait donc logiquement Hank Pioneer lors des soirées mais il était trop discret pour être découvert. A sa mort, Anton Camden – le seul qui connaissait l'identité du Président puisqu'il en était le représentant officiel – a décidé de reprendre le flambeau sans rien dire, puisque personne ne pouvait se douter que la Société avait perdu son dirigeant précédent.
Dan le regarda fixement un instant avant de conclure:
- Je ne sais pas si je dois être désolé ou pas. Je veux dire, toute cette enquête t'aura finalement prouvé que ton père n'a pas été assassiné, c'est plutôt une bonne chose non?
Chuck resta impassible et ne prit pas la peine de le contredire. C'est Carter qui répondit pour lui:
- Sauf si on cherche une raison à la mort de son père. Et un coupable. Comme ça on le punit, et ensuite on peut définitivement tourner la page. Mais tu peux pas comprendre...
Le gérant du Victrola lui lança un regard à la fois entendu et agacé: Chuck Bass n'aimait guère se faire psychanalyser...
- C'est vrai, je peux pas comprendre, rétorqua Dan. Peut-être parce que moi j'ai un père, et qu'en ce moment il a besoin de moi...
S'adressant à Jenny:
- On y va?
Elle hocha la tête. Avant de faire demi-tour, elle jeta un coup d'oeil à Nate de l'autre côté de la table. Celui-ci n'avait pas décroché un mot de la matinée. Même chose pour Vanessa. Celle-ci se leva d'ailleurs, prête à accompagner les enfants Humphrey.
Ils avaient déjà fait un pas vers la sortie quand une voix s'éleva dans les airs, dans leur dos.
- Humphrey 1, Humphrey 2, Abrams!
Le trio s'arrêta, interloqué, et fit volte-face. Autour de la table, leurs amis semblaient aussi perplexes qu'eux. Pourtant la voix s'éleva à nouveau, derrière le rideau de la scène.
- Une ou deux petites complications et vous laissez tomber?
Le rideau du Victrola s'ouvrit et une silhouette apparut dans l'ombre. Elle approcha doucement, révélant peu à peu ses contours ronds et féminins, jusqu'à déboucher dans la lumière.
Chuck se leva.
- Vous savez, on est jamais à l'abri d'un miracle! triompha Blair de toute sa superbe.
Miracle ou mirage: Queen B serait de retour! Pour rétablir l'ordre dans son royaume? En tout cas, garde à vous!
Il n'y avait plus qu'elle.
Non pas que les autres eussent mystérieusement disparu par un quelconque tour de passe-passe, mais il ne les voyait plus. Blair était là et le reste n'était plus.
Debout au milieu du silence et du vide, Chuck était tétanisé.
Blair...
La torpeur s'effaça tout à coup, laissant place à la confusion la plus totale. Les questions se bousculaient dans sa tête: pourquoi était-elle là? Etait-elle réellement au courant comme ses paroles semblaient le sous-entendre? Et, dans ce cas, comment avait-elle découvert le pot-aux-roses, alors qu'elle était censée être confinée dans une clinique privée, loin de tout moyen de communication?
Au milieu de ces pensées, il était surtout tiraillé par des sentiments contraires: le bonheur, le soulagement même, de la retrouver. Mais aussi la colère et l'angoisse de la savoir loin du centre de soins. Elle n'aurait pas dû être là, elle n'était que dans la première phase de la thérapie. Elle n'était pas guérie, alors cette sortie dans le monde extérieur ne la mettait-elle pas en danger? Mais d'un autre côté, comment aurait-il pu nier le contentement égoïste que sa présence lui procurait? Tout à coup les nuages se dispersaient, les contours devenaient plus nets, la réalité plus réelle et l'horizon plus clair.
C'est en la voyant s'approcher des marches qui reliaient la scène à la salle qu'il reprit conscience de son corps et qu'il s'élança vers elle, arrivant le premier et lui tendant la main pour l'aider à descendre le petit escalier.
Elle arriva à son niveau et ils s'observèrent un silence, laissant leurs yeux dire mieux que des mots ce qu'ils ressentaient. La symbiose opéra, comme autrefois, comme avant les démons.
Et là, face à ce visage fier, conquérant et pourtant non dénué de tendresse, Chuck comprit: SA Blair était revenue.
Toujours sur scène, légèrement au-dessus de lui, la jeune fille posa délicatement sa main dans la sienne et il s'empressa de l'embrasser avec fougue et respect. Le visage de Blair se fendit en un sourire amusé et elle descendit les marches, sans le quitter du regard. Lui non plus. Comment l'aurait-il pu?
Ils s'observèrent une seconde supplémentaire, dans un silence pudique et qui voulait pourtant tout dire...
Alors Blair lâcha sa main et, réajustant son air machiavélique sur son visage, le dépassa pour rejoindre les autres. Il la suivit des yeux, admiratif, passant instantanément du statut d'acteur à celui de spectateur.
Et Dieu que c'était bon...
- Blair! s'exclama Serena, bondissant enfin de sa chaise.
Elle fit le tour de la table et enlaça sa meilleure amie.
- Mais qu'est-ce que tu fais là? demanda-t-elle, aussi éberluée que les autres.
Elle s'éloigna de la brunette et poursuivit, sourcils froncés, telle une mère grondant son enfant:
- J'espère que tu ne t'es pas enfuie de la clinique?
Les lèvres de Blair se retroussèrent.
- Ca, c'est plutôt une spécialité Van Der Woodsen...
Elle se tourna vers Eric.
- Sans vouloir t'offenser...
- Pas de problème! la rassura-t-il, plus amusé qu'autre chose par ce vieux souvenir.
Elle hocha la tête avec un demi-sourire qui s'évanouit dès que son regard tomba sur Dan, Jenny et Vanessa. Debout au coeur du Victrola, ceux-ci n'avaient pas bougé.
- Vous ne vous êtes pas encore rassis? Qu'est-ce que vous attendez?
Le trio échangea un regard triangulaire. Blair semblait en grande forme, mieux valait ne pas la contrarier... Et puis, pour être tout à fait honnête, ils n'auraient manqué pour rien au monde le grand retour de Melle Waldorf.
Celle-ci se tournait justement vers Serena.
- Même chose pour toi...
La jolie blonde sourit et s'éxécuta avec diligence. Blair pivota alors sur ses talons et observa Chuck en silence. Ce dernier alla s'asseoir sans rechigner.
- Bien... commença-t-elle. Maintenant que tout le monde est installé, je déclare la réunion ouverte!
- A vrai dire, on avait plutôt terminé... contrecarra Dan.
- On en aura terminé quand je le dirai, rétorqua Blair. Pas avant.
- Et si tu commençais par nous dire pourquoi Son Altesse Sérénissime nous fait l'obligeance de sa présence? suggéra Carter, non sans ironie. Ou plutôt, dis-nous lequel d'entre eux t'a lâchement appelée à l'aide... poursuivit-il en désignant ses acolytes du menton.
Blair ne cherchant pas à le contredire, les jeunes gens commencèrent à lorgner leurs voisins du coin de l'oeil, se demandant qui était le traître. En tout cas, qui que ce fût, la malheureux était à plaindre! Chuck avait été très clair: le premier qui s'aviserait de déranger Blair durant sa thérapie aurait affaire à lui... D'ailleurs, l'oeil meurtrier de ce dernier traquait déjà sa proie.
- Alors? répéta Carter.
- C'est Chuck.
Le principal intéressé se tourna vivement vers elle.
- Pardon?
- Tu ne m'as pas laissé un message sur mon répondeur avant-hier soir? rappela-t-elle.
Tout à coup, la mémoire revint au jeune homme. La veille de l'infiltration, il avait cherché un exutoire à ses angoisses dans la boisson, en vain. Alors il l'avait appelée, espérant que le son de sa voix le calmerait là où sa meilleure bouteille de scotch avait échoué.
- Je ne sais pas pourquoi je te laisse ce message: je sais que tu n'as pas accès à ton portable. Je crois que j'avais juste envie d'entendre ta voix... Tout va très vite ici... En temps habituel tu aurais été mon point de repère, et sans toi j'ai le vertige... J'ai besoin de toi Blair... Soigne-toi vite et reviens-moi.
Il revint au présent et riposta:
- C'est impossible... Tu n'avais pas accès à ton portable!
- Les autres pensionnaires peut-être, rétorqua-t-elle en haussant les épaules. Mais les médecins ont très vite compris que Blair Waldorf n'était pas comme les autres...
Chuck se remémora les anecdotes que Serena avait pu lui raconter sur le séjour de Blair à la clinique:
- Apparemment tout se passe bien, si ce n'est que Blair continue à se plaindre de la couleur lavande de sa chambre. (...) Il semblerait que, pour les convaincre de repeindre les murs, elle soit allée jusqu'à dire que cette couleur était à vomir...
Oui, Blair menait bel et bien la vie dure au personnel, et il le savait. Mais dans ce cas, si elle avait accès à son portable, pourquoi ne l'avait-elle pas appelé durant tout ce temps?
Devinant ses pensées, elle prit les devants afin d'éviter tout malentendu:
- Néanmoins j'avais promis de ne l'utiliser qu'en cas d'urgence. C'est pour ça que je ne vous ai pas appelés: je savais que ce break était pour mon bien... Mais ça ne m'empêchait pas d'écouter de temps en temps mon répondeur!
Chuck carra la mâchoire. Ainsi, c'était donc lui qui avait trahi la promesse qu'il avait exigée de tout le monde? Quelle ironie...
- Et qui d'autre? continua Carter.
Ses amis le regardèrent, perplexes: pourquoi pensait-il que deux personnes avaient fait appel à Blair?
- Ben oui, elle a l'air plutôt au courant, et c'est pas Chuck qui a dû entrer dans les détails... expliqua-t-il. Je me trompe?
Sans quitter Chuck des yeux, Blair sourit. C'est à son petit-ami qu'elle s'adressa, négligeant le jeune Baizen.
- Quand j'ai eu ton message, j'ai su que quelque chose n'allait pas. Quelque chose de grave, sinon tu n'aurais jamais téléphoné... Mais je savais aussi que, si je te contactais, tu aurais refusé de m'en dire davantage pour ne pas m'inquiéter.
Elle tourna la tête vers Serena.
- Même chose pour toi S...
Elle orienta ensuite son regard vers Nate.
- Toi, j'ai hésité... Tu es si facile à manipuler! Mais, finalement, j'ai décidé d'aller droit au but et de m'adresser à la personne qui me dirait tout sans broncher.
- Qui? gronda Chuck.
Blair reporta son attention sur lui mais garda le silence un instant, ménageant son effet avec délectation.
- Une personne qui m'était redevable depuis qu'elle avait essayé de rendre son actuel petit-ami jaloux en rôdant autour de toi...
Chuck leva les yeux au ciel tandis que tous les regards se tournaient vers Jenny. Celle-ci s'empourpra et se ratatina sur son siège.
- Je savais pas qu'elle quitterait la clinique! se justifia-t-elle.
Chuck poussa un soupir. Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même: il n'aurait pas dû laisser des enfants se mêler d'histoires d'adultes...
- Voilà comment j'ai découvert toute l'affaire. Quant au résultat de votre piètre infiltration, je l'ai bien entendu appris derrière ce rideau en même temps que vous...
Cette simple phrase suffit pour que les mauvais souvenirs ressurgissent et que les visages se décomposent. Chuck lui-même perdit la petite flamme qui brillait depuis quelques minutes dans ses prunelles.
Blair les observa à tour de rôle en silence et, tout à coup, s'écria:
- Ca suffit!
Les jeunes gens, perdus dans leurs pensées, sursautèrent. Le rappel à l'ordre avait été brutal.
- On arrête de se lamenter sur son sort et on ouvre grand ses oreilles! reprit Blair.
Elle commença à faire lentement le tour de la table.
- Bien... Vous avez donc cherché à démontrer que le père de Chuck avait été assassiné par Hank Pioneer dans un pseudo accident de voiture, parce que Bart avait appris quelque chose de compromettant sur lui lors des soirées organisées par la Société des Gentlemen. Et, finalement, en apprenant que jamais Hank n'aurait pu découvrir que Bart faisait partie de la Société parce que celui-ci devait être d'une prudence à toute épreuve en raison de son statut de président, vous avez réalisé que vous aviez fait fausse route. Exact?
Un silence attesta ses dires. Celle-ci s'arrêta tout à coup de marcher et, bras croisés, les toisa.
- Vous êtes complètement stupides ou quoi?
Chacun la regarda, ébahi, agacé ... et un peu honteux.
- Je peux savoir pourquoi, en raison de son statut de président, Bart n'aurait pas pu faire une erreur et dévoiler son identité?! Est-ce qu'on n'a jamais vu un président se planter et ses vilaines petits magouilles dévoilées? Le Watergate, ça vous dit quelque chose?
Les jeunes gens échangèrent un regard circulaire. Elle n'avait pas tout à fait tort... Satisfaite, Blair reprit sa petite ronde, et son discours par la même occasion:
- Bref, l'enquête n'est pas terminée, il est encore possible que Hank Pioneer ait fait assassiner Bart. En revanche, ce qui est certain, c'est que vous êtes toujours au point mort. Mais, heureusement, pas enterrés.
A cet instant, elle pivota sur ses talons et entreprit de tourner autour de la table dans le sens inverse.
- Dans cette enquête, comme dans toute enquête, il y a très exactement quatre faits à prendre en compte: la victime, le coupable, le crime en lui-même et le mobile, expliqua-t-elle en comptant sur ses doigts. Or, vous ne vous êtes attachés que sur deux de ces facteurs: le coupable, Hank Pioneer, et le mobile, la Société des Gentlemen. Ce qui était finalement le plus difficile!
Ses auditeurs échangèrent un regard: encore une fois, elle n'avait pas tort...
- C'est en enquêtant sur les deux facteurs à notre portée que nous réussirons à résoudre cette affaire, pas autrement. J'ai donc commencé par le plus évident: la victime...
Elle s'arrêta et claqua deux fois dans ses mains. Surgissant de nulle part, Dorota s'approcha à petits pas pressés de sa maîtresse, les bras chargés de dossiers. Elle adressa son habituel petit sourire jovial mais réservé à la cantonade tandis que Blair se saisissait des dossiers … pour les laisser lourdement tomber sur la table.
- Ce sont les comptes bancaires de Bart Bass.
- Ses comptes? s'étonna Dan. Comment y as-tu eu accès?
Blair et Dorota échangèrent un regard qui en disait long.
- Admettons que ce soit un miracle? proposa-t-elle.
Dan sourit.
- Admettons... lui accorda-t-il. Et Hercule Poirot a appris quelque chose d'intéressant en les épluchant?
- Bien évidemment... répondit Blair. Sinon je ne serais pas là devant vous! J'ai appris que Bart rémunerait largement un détective privé, Andrew Tyler.
Autour de la table, un ricanement général retentit. Gênée, Serena expliqua avec douceur:
- Nous sommes au courant B... Bart avait employé Andrew pour monter un dossier confidentiel sur chacun d'entre nous lorsqu'il a épousé ma mère...
Blair serra les dents et se tourna vers Chuck.
- Chuck... Toi qui connais les tarifs de Mr Tyler... A combien estimes-tu le prix des trois dossiers Van Der Woodsen?
Chuck, qui n'avait pas ricané et qui écoutait Blair plus sérieusement que jamais, compta mentalement:
- Je dirais dans les 15.000 dollars...
- Mais Andrew a rendu beaucoup d'autres services à Bart tu sais! ajouta Serena. Donc même si c'est plus, ça ne veut rien dire!
- Vraiment?
Le visage de Blair se défit. Elle jeta un regard à Dorota, qui haussa les épaules et, lentement, elle reprit les dossiers sur la table, l'air abattu. Elle fit demi-tour, prête à partir.
- Et moi qui ai eu la faiblesse de trouver bizarre le fait que Bart ait versé à Andrew Tyler en douze ans un peu plus de 780.000 dollars...
Un pas...
Deux pas...
Trois pas...
- Blair attends!
Le visage soi-disant attéré de Blair se tordit en un sourire victorieux tandis qu'elle se retournait et rejoignait la table.
- Je m'occupe d'interroger Andrew Tyler avec Chuck, annonça-t-elle. Nous avons rendez-vous avec lui à 15h.
Les deux amants échangèrent un regard complice.
- Pendant ce temps, reprit-elle, un autre groupe sera chargé d'enquêter sur le deuxième facteur: le crime en lui-même. Vous n'avez même pas pris la peine de chercher si quelque chose dans cet accident suggérait une malveillance quelconque!
- La police a dit que... commença Eric.
- La police a dit ce que le généreux donateur de la tombola de cette année voulait qu'elle dise, l'interrompit Blair. Non, il faut mener notre propre enquête.
- Comment? demanda Serena. Il y a des mois que ça s'est passé et nous n'avons rien de concret sur quoi travailler!
- Eh bien justement, répliqua Blair, trouvons du concret. Des photos.
- Des photos? s'étonna sa meilleure amie. Mais nous n'avons pas accès au fichier de la police!
- Qui a besoin de la police lorsque presque six millions de new yorkais sont équipés d'un téléphone avec appareil photos … et une plate-forme qui répertorie tous ces clichés?
Une petite voix, qu'on n'avait pas encore entendue ce jour-là, murmura:
- Gossip Girl...
Toutes les têtes se tournèrent vers Jonathan. Celui-ci s'empourpra et expliqua:
- C'est bien ça non? Tu veux récupérer les photos que les témoins de l'accident ont envoyées à Gossip Girl?
- Bingo! Pour la peine, c'est toi qui t'en occupes. Tu t'étais bien débrouillé en la contactant en juin... Tu n'as qu'à prendre les deux autres mioches comme assistants.
Jonathan et Eric échangèrent un regard entendu tandis que Jenny rougissait de honte. La mioche?!? Elle était prête à riposter mais Serena la prit de court:
- Et moi? demandait-elle. Tout le monde a quelque chose à faire dans cette enquête: Nate, Vanessa et Carter ont dû infiltrer la Société ; Eric, Jonathan et Jenny contacter Gossip Girl ; toi et Chuck interroger Andrew Tyler... Il n'y a que moi qui n'ai rien à faire!
- Heu... Y'a moi aussi! rappela Dan en levant légèrement le bras.
Blair s'arrêta de marcher et les observa droit dans les yeux.
- Vous deux, je vous réserve la meilleure part...
Leurs sourcils se haussèrent.
- Je vous charge de vous débrouiller pour que votre famille ne vole pas en éclats.
Dan et Serena échangèrent un regard gêné tandis que Blair concluait, amusée:
- Bon courage...
Midi, l'heure de la pause! Mais avant d'aller nous restaurer, regardons par le trou de la serrure et délectons-nous des différentes activités de nos chouchous...
Tandis que certaines portes s'ouvrent...
Dan entre dans le loft. Rufus, assis sur le canapé, tête entre les mains, lève les yeux vers lui. Il a l'air lessivé. Son fils lui lance un sourire contrit avant de se coller à la paroi pour laisser la voie libre à Serena. En apercevant le visage de Rufus, celle-ci se pince les lèvres. Lui se redresse un peu sur le sofa. Elle échange un regard avec Dan et entre.
… d'autres sont déjà confortablement installés...
Jonathan est assis à son bureau, face à un ordinateur. Autour de lui, penchés vers l'écran, Eric et Jenny vérifient une ultime fois le mail qu'ils s'apprêtent à envoyer à Gossip Girl. Jonathan les regarde et ils hochent la tête l'un après l'autre. Il prend une grande inspiration et appuie sur la touche « Enter » de son clavier.
… mais vous savez ce que je préfère?
Dans l'appartement vide des Van Der Woodsen, le bip de l'ascenseur retentit. Blair et Chuck en sortent, leurs bouches avidement collées. Le baiser n'est pas interrompu tandis qu'ils se dirigent vers la chambre de Chuck: Blair, qui marche à reculons, plaque son petit-ami contre elle en empoignant fermement sa cravate. Arrivés à destination, il claquent la porte derrière eux.
Ce sont les portes closes... De vraies coquines celles-là!
Rufus explosa:
- Il n'y a personne!
Il s'approcha du mur le plus proche et s'appuya dessus, faisant peser tout son poids sur ses phalanges écartées.
Debout au milieu de l'appartement secret, Dan et Serena échangeaient un regard aussi soucieux que désolé lorsqu'il tapa du poing contre le mur, les faisant sursauter.
- Ca suffit! s'écria-t-il.
Dan avait rarement vu son père dans cet état: Rufus, d'un naturel si doux, était à bout.
L'année précédente, lorsqu'il s'était fâché avec Jenny, c'était pour le bien de sa fille. Mais aujourd'hui, la colère était toute autre: elle était personnelle et égoïste. Il en voulait à Lily de les avoir mis dans cette situation et il commençait à avoir du mal à contenir sa rancoeur et son amertume.
L'arrivée de Serena dans le loft quelques heures plus tôt avait amorcé le changement: du stoïcisme choqué, il était passé à l'exaspération. Peut-être parce que Serena ressemblait à Lily. Ou peut-être parce qu'il avait pris conscience à cet instant qu'il n'était pas le seul touché par ce départ lâche et précipité: leurs enfants en pâtissaient également. Et ça, quiconque connaissant un tant soit peu Rufus savait que c'était une faute impardonnable.
Dan reprit ses esprits lorsqu'il vit le regard noir de son père tandis que celui-ci faisait volte-face et se dirigeait vers eux.
- Où sont-ils partis Serena?
- Je te l'ai déjà expliqué Rufus, le FBI a fourni à...
- Je le sais déjà tout ça! Ce que je veux savoir, c'est où exactement!
La jeune fille, choquée par son attitude, jeta un regard implorant à Dan. Celui-ci vola à sa rescousse.
- Pourquoi? demanda-t-il à son père. Qu'est-ce que ça t'apporterait? Tu prendrais un avion pour la rejoindre?
- Exactement!
- Et ensuite quoi?
Un silence lui fit écho. Dan s'en voulait d'avance pour les mots qu'il s'apprêtait à dire, mais Rufus perdait les pédales, et qui sinon lui pouvait l'aider à reprendre pied?
- Ensuite quoi? répéta Rufus, ne comprenant pas où son fils voulait en venir.
- P'pa... répondit Dan d'une voix plus douce sans perdre pour autant de sa fermeté. Même si tu la retrouves, est-ce que tu crois vraiment que tu as une chance de la ramener? Je veux dire, elle était quand même résolue à disparaître au point d'accepter de quitter le pays, et ce avec son ex!
Rufus grinça des dents et serra le poing.
- Tu as tort Dan... Je ne te demande pas de comprendre ce qu'il y a entre Lily et moi, tu es trop jeune pour cela... Mais je t'assure que, si j'avais l'opportunité de lui parler, je la ferais changer d'avis...
Il se tourna vers Serena et sa voix se fit plus tendre, presque suppliante.
- C'est pour ça que tu dois m'aider... Tu as dit que tu avais lu les documents, tu sais où ils sont partis...
Serena hochait la tête de droite à gauche en silence mais Rufus poursuivait, implacable:
- Serena, tout repose sur toi... Le bonheur de toute notre famille repose sur toi... Si tu ne le fais pas pour moi, fais-le pour Jenny! Pour Eric!
Mais Serena continuait à dire non de la tête, murmurant même:
- Je ne peux pas... Je ne peux pas faire ça...
Rufus posa alors ses deux mains sur les épaules de la jolie blonde, qui cessa de s'agiter. Il planta son regard dans le sien et lui dit posément:
- Serena. Je t'en supplie...
Le visage de Serena se tordit en une grimace: les larmes n'étaient pas loin.
- Je suis désolée Rufus... J'ai déjà trahi mon père en révélant la position de son appartement secret, je ne peux pas le priver de sa dernière carte...
Mais Rufus ne l'écoutait plus: il s'était écarté et rejoignait, furieux, la porte d'entrée, Serena sur les talons.
- Ils pourraient le retrouver! se justifiait-elle. Ils pourraient te suivre et découvrir sa cachette! Ils pourraient le...
La porte lui claqua au nez.
Jenny s'affala sur son lit, sans prendre la peine d'ôter sa veste ou ses chaussures. Ses cheveux blonds étaient étalés autour de sa tête, faisant de son visage le centre d'un soleil rayonnant. Elle resta quelques secondes à observer le plafond, le regard dans le vide, avant de pousser un soupir las et de poser son avant-bras sur ses yeux.
Elle était si jolie... Se rendait-elle compte à quel point? En partie sans doute. Et pourtant elle devait être loin du compte. Lui, chaque jour, découvrait un nouveau petit détail charmant à son propos: un éclat de bleu supplémentaire dans ses iris ; une petite cicatrice en forme de coeur sur son genou ; un grain de beauté à côté de son nombril ; la douceur de sa peau à l'intérieur de sa cuisse...
Elle était entrée dans sa chambre à une telle vitesse qu'elle n'avait pas vu qu'il y était déjà. En son absence, il avait eu envie de se retrouver entouré de ses objets, de son odeur, pour réfléchir. Et maintenant elle était là et, se croyant seule, s'affichait sans fard ni artifice.
Elle avait l'air fatigué. Et très lasse. Il n'était pas difficile de comprendre pourquoi: sa famille volait en éclat, elle se retrouvait mêlée à une enquête éprouvante, et son petit-ami... Mon Dieu, si elle venait en plus à apprendre ce qu'il avait fait, que se passerait-il?
Il pouvait jurer sur la sainte Bible qu'il n'avait agi que pour le bien de Vanessa et que son coeur n'avait pas bougé d'un pouce depuis l'infiltration la veille au soir. Au contraire même: il semblait davantage amoureux, si c'était possible. Peut-être parce qu'il se rendait compte que son attitude avait mis son couple en péril, et qu'il mourait de peur de la perdre...
Il ne voulait pas la perdre. Jamais. Parce qu'il l'aimait. A la folie.
Il l'avait dit à Dan à Miami: ce qu'il ressentait pour sa soeur, il ne l'avait plus ressenti depuis Serena. Et encore... Peut-être aimait-il encore plus Jenny qu'il n'avait aimé Serena. Car Jenny avait cette innocence et cette candeur qui le remuait de l'intérieur. Il avait grandi dans l'Upper East Side, entouré par le fric et les manigances, et aspirait depuis toujours à quelque chose d'autre, à quelque chose de plus grand. Et Jenny incarnait tout cela, cette simplicité et cette innocence. Certes, parfois cette candeur pouvait être agaçante. Mais c'était pour cette raison qu'il l'aimait. Et puis elle n'était pas non plus idiote: depuis deux ans, elle avait très bien intégré les codes de son nouveau milieu et savait parfaiement se défendre, tout en essayant de ne pas perdre ses valeurs de vue.
Alors, depuis dix jours, il s'était senti changer, grandir. Lorsqu'il avait enfin décidé de rejoindre Jenny sur le toit du Victrola et de l'embrasser, ça n'avait été que la première étape d'un changement plus global. C'était décidé: il ne laisserait plus les autres décider de sa vie à sa place et il se battrait pour obtenir ce qu'il voulait. Bref: il deviendrait plus adulte, faisant des choix et assumant ses responsabilités. Ca n'avait pas été une décision consciente bien sûr, c'est seulement aujourd'hui qu'il mettait des mots sur cette métamorphose, et la raison de celle-ci: Jenny, bien évidemment...
Pour la première fois, il se sentait responsable de quelqu'un. A l'époque où il sortait avec Blair, cette dernière n'avait besoin de personne. Lorsqu'il avait craqué pour Serena, elle l'avait repoussé. Durant la dernière année, il avait dû sans cesse réfréner ses attentions vis-à-vis de Vanessa car celle-ci avait tendance à tout réduire à la lutte des classes. Quant à Chuck... Chuck et lui n'étaient amis que parce que Nate le laissait justement faire ce dont il avait envie.
Jenny n'était pas comme ça. Elle était libre bien sûr, mais elle avait toujours cherché des piliers, des mentors. Elle accepterait le bras de Nate si celui-ci n'en profitait pas pour l'emprisonner. Mieux: Jenny avait besoin de lui. L'Upper East Side était truffé d'embûches, et elle n'en avait vu qu'une infime partie. Sa connaissance et son soutien ne seraient pas superflus, et il devait donc se montrer à la hauteur.
Et voilà comment il se rendait digne d'elle?!? Il ne regrettait pas d'avoir aidé Vanessa, non, mais il n'était pas prêt à perdre son rêve pour autant... Car, il le sentait, si elle venait à apprendre la vérité, Jenny ne lui pardonnerait jamais. Elle était trop jeune et, osait-il le croire, trop amoureuse pour relativiser son geste.
Soudain, il eut l'impression d'étouffer sous tous ces sentiments: amour, culpabilité, peur, désir... Tout cela était trop... Il s'approcha doucement du lit et, posant ses mains de part et d'autre du petit corps, se pencha vers elle.
*
Jenny se réveilla en sursaut lorsqu'elle sentit le matelas se creuser un peu plus sous l'effet d'un nouveau poids. Elle avait à peine ouvert les yeux que Nate se retrouvait sur elle, à quelques centimètres seulement de son corps.
- Nate? Qu'est-ce que tu...
Mais elle ne put rien ajouter, son petit-ami ayant posé ses lèvres sur les siennes. « Plaqué » serait plus juste. Il l'embrassait passionnément, l'empêchant presque de respirer. Il ne l'avait jamais embrassé comme ça, et ce n'était pas forcément très agréable. Il y avait quelque chose de désespéré dans ce baiser, quelque chose d'imposé.
Et ça ne s'arrêta pas là: lui, d'habitude si doux et si prévenant, partait à l'assaut de son corps. Il avait déjà passé ses mains sous son débardeur et serrait de toutes ses forces ses hanches. Il ne les lâcha que pour partir à la recherche de sa poitrine, qu'il caressa en poussant un soupir d'aise.
Gênée, Jenny gardait les yeux grands ouverts. Elle ne pouvait pas le repousser, pas encore une fois, mais elle n'avait pas pensé que ça se passerait comme ça... Elle avait imaginé que sa première fois aurait quelque chose de plus doux, de plus romantique... Là Nate la croquait, la dévorait. Mais peut-être que c'était ce qu'il aimait? Etait-ce que c'est ce que Serena, Blair, Vanessa et l'autre Duchesse appréciaient? Etait-ce ce qu'elle était censée aimer?
Elle fut interrompue dans ses pensées lorsque Nate laissa complètement reposer son corps contre le sien. Les yeux ronds, elle sentit, à travers leurs pantalons respectifs, son bas ventre dur et excité s'appuyer contre sa cuisse. Nate poussa un petit grognement de satisfaction.
C'était … déroutant. Elle commençait à avoir du mal à penser, et même à respirer. Ca allait trop vite, beaucoup trop vite...
- Arrête.
Mais Nate continuait à l'embrasser, trop pris par son plaisir pour l'entendre.
- Arrête!!!
Cette fois-ci, elle joignit le geste à la parole et le repoussa. Elle y parvint sans difficulté, Nate ayant enfin compris ses derniers mots.
Ils se retrouvèrent assis l'un en face de l'autre, les cheveux ébouriffés, haletants. Le jeune homme tourna la tête sur le côté et essuya sa bouche du revers de la main.
De son côté, Jenny retrouvait ses esprits et parvenait de nouveau à réfléchir: elle l'avait repoussé, encore une fois... Mais qu'est-ce qui lui avait pris? Elle s'était pourtant promis qu'elle ne se défilerait plus! Si elle continuait comme ça il allait finir par la quitter! Et pourtant... Pourtant, aussi en colère était-elle contre elle-même, elle devait se l'avouer: elle n'était pas prête.
- Je suis désolée... murmura-t-elle, les larmes aux yeux.
La main devant la bouche, elle se précipita à l'extérieur de sa chambre. Sur le seuil, elle croisa Dan qui passait dans le couloir. Les yeux ronds, il observa la crinière ébouriffée et les yeux brillant de larmes. Ils n'échangèrent pas un mot.
Jenny alla s'enfermer dans la salle de bain.
Il y a deux mois à peine, Chuck Bass avouait son amour à Blair Waldorf adossé à sa limousine devant un grand hôtel. On prend les mêmes et on recommence? Ah mais j'oublais: mieux que les paroles, il y a les actes!
Blair sortit la première de la limousine. Elle redescendit sa jupe d'une main experte, avant de replacer derrière son oreille une mèche de cheveux rebelle. Elle fit un pas en avant et Chuck sortit à son tour de la voiture, renouant le noeud de sa cravate avant de plaquer ses cheveux à l'aide de la paume de sa main. Lorsque tous deux eurent retrouvé une tenue impeccable, ils échangèrent un sourire entendu. Chuck s'empara de la main de Blair et la conduisit d'un pas assuré au sein du Carlton.
Après avoir dépassé les quelques tables basses et autres fauteuils en cuir dans le hall, ils empruntèrent l'escalier de gauche qui les conduisit directement à la mezzanine. Bien qu'habituée des lieux, Blair ne put s'empêcher d'admirer le dôme Tiffany qui, depuis son enfance, lui faisait invariablement penser aux ceps des plus prestigieux vignobles français. Impression encore renforcée depuis que son père avait acquis un château dans le Beaujolais avec Roman...
Chuck s'arrêta à une des nombreuses petites tables de l'étage et laissa Blair se faufiler sur la banquette en cuir rouge vif. Il s'installa à ses côtés, tandis que sa voisine admirait le vide en-dessous d'elle. D'ici, elle pouvait voir tous les voyageurs pénétrant dans l'hôtel. Depuis qu'elle était toute petite, elle s'amusait à épier ces inconnus, leur prêtant des vies et des manigances dignes des plus grands romans. En resongeant à toutes les fois où son père lui avait conseillé de ne pas trop se pencher sur la rambarde, son visage s'illumina.
- Tu as l'air d'aller bien... murmura Chuck à ses côtés.
Elle reporta son attention sur celui-ci et feignit la surprise.
- Bien évidemment!
Chuck, pas dupe, eut un de ses demi-sourires ravageurs. Il se tourna un peu plus vers elle et planta ses yeux de loup dans les siens.
- Blair, sérieusement... Ne penses-tu pas que ta sortie de la clinique soit un peu ... anticipée? Je ne suis pas médecin, je ne saurai pas quoi faire si jamais...
Blair posa sa main sur son bras.
- Je vais bien, Chuck. Ce n'est pas comme si c'était ma première thérapie, j'ai déjà traversé tout ça il y a trois ans. Alors leurs groupes de parole à la noix, c'est du déjà-vu...
- Mais...
- Ce n'était qu'une rechute, l'interrompit-elle. Je ne dis pas que ce n'était pas grave, mais le problème a été pris à temps.
Elle réfléchit un instant avant de reprendre:
- Tu as pris le problème à temps. Mais crois-moi: je sais ce que je dois faire, ou ne pas faire... Et si ça ne va pas, alors je retournerai en cure de moi-même. Crois-tu que les médecins m'auraient autorisée à sortir si ce n'était pas le cas?
- Comme si tu leur avais laissé le choix... se gausa-t-il.
- Tu n'as pas tort... lui accorda-t-elle, amusée. Mais quand je leur ai dit ce dont j'avais vraiment besoin pour aller mieux, ils ont reconnu l'urgence de ma sortie...
Chuck haussa les sourcils.
- Qu'est-ce que c'était?
Mais, au lieu de répondre, Blair se pencha doucement vers lui. Tout en posant le bout de son index sur son torse, elle lui murmura quelques mots à l'oreille. Le visage de Chuck s'épanouit en un sourire et elle recula, riante.
- Ca et une bonne vieille intrigue dont seul l'Upper East Side a le secret... ajouta-t-elle.
Elle jeta un coup d'oeil au hall d'entrée qui s'étalait sous leurs regards.
- Ca tombe bien, conclut-elle, Andrew Tyler vient justement d'arriver...
*
Après avoir versé le breuvage bordeaux dans trois grands verres en cristal Baccarat, le sommelier se retira sur la pointe des pieds.
- Alors Andrew... commença Blair. Si vous nous expliquiez pourquoi Bart Bass vous a versé pas loin de 780.000 dollars ces douze dernières années? Vous avez beau être un excellent détective privé, je ne pense pas que vous tarifiez vos services plus cher qu'une call-girl, un coatch privé et une masseuse réunis!
Andrew s'empara de son verre et avala une gorgée de vin.
- Melle Waldorf... Comme je vous l'ai déjà dit au téléphone, les enquêtes que j'effectue pour mes clients sont strictement confidentielles...
Tandis que Blair le gratifiait d'un regard noir, Chuck, indifférent, s'empara du verre le plus proche et, remuant son contenu, approcha son nez en connaisseur. C'est avec calme et sérénité qu'il déclara:
- Ca tombe bien... Je comptais justement vous engager pour mener une enquête...
Blair lui lança un regard interloqué tandis qu'Andrew Tyler attendit courtoisement la suite. Mais le jeune Bass avala d'abord une gorgée, délicieusement parfumée, avant de s'expliquer:
- Combien m'en coûterait-il pour que vous découvriez la raison pour laquelle mon père a versé 780.000 dollars à son détective privé?
Il reposa le verre sur la table et, après avoir sorti son stylo et son chéquier de la poche intérieure de sa veste, attendit, avec ce semblant d'impatience que l'on ressent toujours lorsque l'on doit régler d'ennuyeuses formalités. Blair faisait les yeux ronds.
- Mettons... Dans les 20.000? proposa le détective.
Chuck remplit le chèque sans broncher et le tendit à Andrew. A côté Blair jubilait, les yeux brillant de fierté. Sans prendre la peine de vérifier le montant, l'enquêteur le fourra dans sa poche puis se pencha légèrement en avant.
- M. Bass m'avait chargé de mener une enquête approfondie sur plusieurs personnes, expliqua-t-il d'un ton confidentiel, avec mise à jour régulière des données, et ce jusqu'à sa mort l'hiver dernier.
- Que deviez-vous chercher exactement? demanda Chuck.
- Deux choses: une présentation générale, et relativement grossière, qui reprenait des infos basiques comme l'état civil, l'état de leur fortune et une biographie partielle...
- Et ensuite?
- Leurs liens avec les personnes influentes du monde, quelles qu'elles soient. Ca, ça demandait un peu plus de boulot, mais ce n'était pas non plus bien sorcier...
- Et qui étaient ces gens? demanda Blair.
Andrew haussa les épaules.
- Des politiques, des hommes d'affaires, des sportifs, des stars du showbiz, des religieux... Des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, des républicains, des démocrates... Ca n'avait aucun sens, et rien ne les reliait entre eux, si ce n'est que parfois ils se connaissaient plus ou moins bien. Tout ce que je sais, c'est que le nombre de personnes à surveiller a grimpé au fil des ans.
Chuck et Blair échangèrent un regard. Au contraire d'Andrew Tyler, ils imaginaient très bien ce qui pouvait relier ces gens … même si lesdites personnes elles-mêmes n'en avaient pas conscience!
Blair se tourna lentement vers Andrew et posa la question qui lui brûlait les lèvres.
- Combien?
Andrew arqua un sourcil.
- De personnes? Je dirais...
Il prit quelques secondes de réflexion pour estimer le nombre.
- Dans les deux cent cinquante?
Tandis que la bouche de Blair s'ouvrait légèrement, Chuck se laissait lourdement tomber sur le dossier de la banquette.
- Si vous voulez, j'ai un double des dossiers dans mon bureau... proposa poliment Andrew.