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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 23.04.2011 à 11h03
Auteur : lili59
Statut : Terminée
« Dernier opus de ma saga GG. Les 3 tomes précédents à lire pour comprendre ce volet: 3x01 - The beach is back, 3x02 - Explain me if you can, 3x03 - Very Sad Things. Enjoy! » lili59
Cette fanfic compte déjà 65 paragraphes
La porte s'était à peine refermée sur Chuck et Blair que Carter déclara ne pas se sentir concerné par le classement des dossiers et qu'il alluma la télévision, confortablement installé sur le canapé, pieds sur la table basse.
Jenny lui lança un regard noir, avant de se mettre à la tâche sans broncher. Face à elle, Nate l'imita aussitôt, sans réussir à s'empêcher de lui lancer régulièrement des regards inquiets.
Ce qu'il redoutait le plus s'était produit, et il ne savait plus quoi faire. Si au moins il pouvait expliquer ses raisons à Jenny! Il n'aurait pas dû lui cacher la vérité, il s'en mordait les doigts désormais, mais à l'époque il avait vraiment pensé agir pour le mieux. Mais de toute façon, même si elle l'écoutait, est-ce que cela changerait quoi que ce soit à la situation? Elle était viscéralement jalouse de V, elle l'avait suffisamment prouvé durant la préparation de la fête de Lily et Rufus, pourrait-elle seulement lui pardonner?
Nate était désespéré. Il aimait Jenny plus que jamais, essayait véritablement de se montrer à la hauteur, et pourtant il était coincé, incapable de faire un pas en avant pour arranger la situation et encore moins un pas en arrière pour faire le deuil de leur relation.
Il ne remarqua pas le sourire sarcastique de Carter au-dessus d'eux tandis qu'il observait tour à tour Jenny, soi-disant passionnée par sa tâche, et Nate, véritablement passionné par Jenny.
- J'me demande bien si Keith a pensé à mettre une bière ou deux au frigo! déclara-t-il en se levant.
Il se dirigea vers la cuisine américaine et ouvrit le réfrigérateur.
- Nada! J'ai repéré une épicerie à deux rues d'ici, vous voulez quelque chose?
- Tu ne devrais pas sortir, commença Jenny, Chuck ne...
- Na na na na na! l'imita Carter d'une voix de crecelle. Qu'est-ce que tu vas faire? Le dire à la maîtresse?
Jenny rougit.
- Elle a raison, intervint Nate. Il vaut mieux être prudent, tu devrais rester là.
- Vraiment? rétorqua Carter. Et comment tu vas faire pour régler tes problèmes de coeur si je prétexte pas une soudaine envie de bière?
Il passa sa veste sur son épaule et ouvrit la porte.
- A plus!
La porte claqua derrière lui.
Jenny et Nate échangèrent automatiquement un regard abasourdi, mais l'adolescente baissa aussitôt la tête, les lèvres plissées par la contrariété. Elle se remit à l'ouvrage, avec toutefois une légère précipitation qui trahit son trouble. Nate ne put s'empêcher de sourire: au moins, il ne lui était pas tout à fait indifférent...
Bouche ouverte, il aspira une grande bouffée d'air puis l'expira lentement, essayant de détendre le moindre de ses muscles. Finalement, il posa sa main sur celle de Jenny, à la recherche de documents sur le sol.
- Jen...
Dans ce simple mot, le plus beau du monde, il y avait une demande, et une supplique. La jeune fille ne répondit rien, mais cessa de s'activer. Ce n'était pas si mal, après la manière dont elle l'avait vertement coupé tout à l'heure. Encouragé, il s'avança et posa son autre main sous son visage.
- Jen...
Elle ne réagit pas non plus et se contenta de garder les yeux baissés. Nate releva alors doucement son visage, prêt à affronter ses yeux furieux, sa haine ou, pire, son désintérêt. Mais il ne s'était pas préparé à ça.
Loin de la colère, le bleu de ses iris était délavé, triste, vidé. Où étaient passées les pépites violettes, l'éclat doré et la brillance parfaite qu'il avait tant aimés?
La phrase de Dan lui revint en tête:
- Si tu la brusques trop, tu pourrais la briser...
Nate fut si choqué qu'il relâcha la pression sous le visage de Jenny, qui en profita pour baisser à nouveau la tête et se relancer dans le tri des dossiers.
Le charme était rompu.
De son côté, Nate était choqué. Il l'avait brisée... Il ne comprenait pas trop encore comment, mais il l'avait fait. Jenny lui avait offert son coeur, et il l'avait tellement malmené qu'il n'en restait plus rien. Et elle ne lui en voulait même pas. Elle était juste … oui, c'était le mot juste … brisée.
- Jen... répéta-t-il, hébété.
- Nate.
Le jeune homme haussa un sourcil. Il ne s'était pas attendu à une réponse. Néanmoins, la voix de la jeune fille ne tremblait pas et, lorsqu'elle releva la tête, ses prunelles ne trahissaient pas la moindre fêlure.
- Y'a un truc bizarre là... ajouta-t-elle.
Et elle lui tendit un dossier. Nate s'en empara et, en découvrant l'identité du membre, fronça les sourcils.
- « M. Camden »? s'interroga-t-il à voix haute.
Jenny fit une petite moue prouvant que, elle non plus, ne comprenait pas. Elle vint se placer à côté de lui tandis qu'il ouvrait le document.
- Martha Camden, la femme d'Anton! s'exclama Nate.
Ils échangèrent un regard interloqué et commencèrent à parcourir le document. L'information était tellement inattendue que tous deux en oublièrent un instant la scène qui venait de se dérouler, concentrés sur leur mission, fidèles envers et contre tout à Chuck. Chacun marmonnait ainsi à son tour les informations principales du dossier:
- Née le 4 juillet 1959 dans le Dakota du Sud... commença Nate. Fille d'un colonel conservateur et d'une femme au foyer...
- Des études de droit à Princeton où elle rencontre Anton, son cadet de trois ans... poursuivit Jenny.
- Mariage en 88...
- Une fille, Chastity, en 94... Pas très rapide! commenta Jenny.
- Carrière prestigieuse dans le cabinet new-yorkais de Cleary Gottlieb Steen & Hamilton LLP...
- Soutient Georges W Bush lors de ses deux campagnes...
- Amie proche de John Tune, sénateur du Dakota du Sud depuis 2005...
- C'est pas le type qui a reçu un 100/100 par l'American Conservative Union il y a quelques années?
Nate hocha la tête.
- La vache... siffla Jenny. Son mari doit pas rigoler tous les jours! Quoi d'autre?
- Devrait se présenter aux sénatoriales contre Kirsten Gillibrand en novembre 2010 pour reprendre le poste vacant d'Hilary Clinton à New York...
- Ah oui, j'en ai entendu parler je crois... Attends! Et c'est quoi ça? Grave accident d'équitation en 96?
- Qui a failli la laisser paralysée à vie... confirma Nate. Rééducation pendant dix-huit mois qui lui a permis de retrouver l'usage de ses jambes...
- Malgré une cicatrice de quatre-vingt-douze points de suture sur le dos et les fesses...
- Sur le dos et les fesses?
Nate fronça les sourcils et répéta, perplexe:
- Le dos et les fesses...
Il se tourna vers Jenny et s'exclama:
- Oh mon Dieu!
- Quoi?
Sans prendre la peine de lui répondre, il se leva et se dirigea vers la reproduction du Picasso qu'il ôta soigneusement du mur avant d'ouvrir le coffre-fort dissimulé derrière.
- Chuck a remis les films ici par sécurité...
- Ceux que Keith a enregistrés en 98 lors d'une des soirées de la Société?
Nate acquiesça, tout en insérant une des cassettes dans le camescope relié au téléviseur. Pris d'une idée, il se tourna, gêné, vers Jenny.
- Tu n'es pas obligée de rester...
Se rappelant dans quelles circonstances ils avaient regardé la première fois les bandes, Jenny rougit violemment.
- Ca ira... bafouilla-t-elle.
Nate décida de ne pas insister et appuya sur la touche « play » mais, aussitôt après, il accéléra le rythme. Tout à coup, il arrêta la bande et pointa du doigt quelque chose.
- Regarde!
- Ouah la vache, ça c'est une sacrée cicatrice! s'exclama Jenny. Tu crois que c'est elle?
- Difficile d'en douter... Et regarde un peu la suite!
Les yeux de Jenny s'arrondirent.
- Oh mais... Elle est... Avec une femme!
Nate hocha la tête. Sans un mot, chacun décrocha son téléphone et, au bout de quelques secondes, raccrocha.
- Le téléphone de Chuck est éteint, annonça Nate.
- Même chose pour celui de Blair, poursuivit Jenny. Ils doivent être arrivés.
- J'appelle Carter tout de suite. Il doit connaître l'adresse.
Je compte sur vous pour ouvrir grand vos yeux et fermer grand votre bouche: comme l'orage, la vérité ne saurait tarder pas à éclater!
Adossé à la fenêtre derrière laquelle Brooklyn déployait ses lumières, Dan était plongé dans l'étude de son téléphone portable.
- Je suis vraiment désolée pour Jenny...
En relevant la tête, il découvrit Serena qui l'avait rejoint et qui s'appuyait maintenant en douceur contre la vitre.
- Elle est tellement soucieuse de son image... expliqua Dan. Ce sera difficile pour elle d'assumer le ridicule de la situation...
- Je ne crois pas que Nate ait embrassé Vanessa par sentiment. C'était sans doute pour la protéger durant l'infiltration.
- C'est ce que V m'a dit, confirma Dan en jetant un coup d'oeil à sa meilleure amie.
Un peu plus loin, sur le canapé, Vanessa, Eric et Jonathan polémiquaient toujours sur le choix des fleurs avec Rufus et Dorota en guise d'arbitres.
- Mais ce sera quand même dur pour elle de croiser le regard des autres... ajouta-t-il.
- Elle s'en remettra. Crois-moi.
Dan comprit aussitôt que Serena parlait d'expérience.
Chacun tourna son regard vers la ville illuminée, savourant cet instant où, comme autrefois, ils se comprenaient sans mots.
- Je suis désolé de ne pas avoir été davantage là pour toi ces derniers temps... finit par déclarer Dan. Entre le retour de ton père et le départ de ta mère, je me doute que ça ne doit pas être facile tous les jours...
Serena secoua la tête gentiment.
- Tu n'as pas à te blâmer. Pour toi aussi c'est difficile, tu agis au mieux et je le sais.
- J'aurais pu mieux faire, insista Dan. Mais avec Carter dans les parages, ce n'était pas forcément évident... Je ne voulais pas semer la zizanie entre vous en me rapprochant de toi.
- Ne t'inquiète pas, Carter et moi sommes suffisamment doués pour nous disputer sans ton aide! plaisanta Serena.
Dan haussa un sourcil étonné et Serena baissa la tête, gênée par cette confidence non-préméditée.
- Et puis Nate a été là, ajouta-t-elle pour changer de sujet.
- Ah...
Un silence gêné s'abattit entre eux, temps durant lequel Dan se demanda si Serena lui demandait finalement de l'épauler ou au contraire de la laisser tranquille car elle se débrouillait très bien sans lui.
- Tu me manques... finit par murmurer S.
Le jeune homme se tourna vers elle, surpris, tandis qu'elle poursuivait:
- Je sais qu'entre nous ce ne sera jamais plus comme avant. Mais, sans parler de nous, toi, Dan Humphrey, tu me manques. Tes interminables monologues sur le dernier best-seller en vogue, tes initiations culinaires complètement décalées... Et puis ton humour bien sûr... Ton soutien... Tout ça me manque. Enormément.
Touché par cet aveu, Dan sourit et s'approcha d'elle pour passer son bras autour de son épaule.
- Tu me manques aussi. Il va falloir partir à la recherche le temps perdu... Une petite madeleine peut-être?
Serena sourit à la référence mais une question vint soudain la tarauder.
- En tant que quoi cette fois? Nous ne sommes plus amoureux, plus frère et soeur... Amis alors?
Dan grimaça.
- « Amis »? Je ne sais pas pourquoi, mais je crois que ce mot me semblera toujours incompatible avec notre relation... Pourquoi pas tout simplement en tant que Dan et Serena?
S plongea son regard dans le sien et ses pupilles s'illuminèrent: une fois encore, il avait trouvé les mots justes et, à ses côtés, elle reprenait force et espoir. Doucement, elle posa la tête contre son épaule et, ensemble, ils regardèrent la ville zébrée d'éclairs.
Pour la première fois de la soirée, au loin, le tonnerre gronda.
Au même instant, dans une bibliothèque cossue de Manhattan, Chuck et Blair échangeaient un regard abasourdi.
La porte s'ouvrit en douceur et le majordome qui les avait reçus vingt minutes plus tôt s'inclina.
- Mr Carter Baizen, Mr Nathaniel Archibald et Melle Jenny Humphrey, annonça-t-il.
Décidément, ils n'étaient pas au bout de leurs surprises...
- Faites-les entrer, gronda Anton Camden.
Le domestique s'inclina à nouveau et, quelques secondes plus tard, trois silhouettes familières pénétrèrent dans la pièce. Elle se placèrent aussitôt aux côtés de leurs amis et Nate se pencha vers Chuck pour lui murmurer quelques mots à l'oreille tandis que Jenny tendait un dossier à Blair.
- Anton? demanda une voix alors que la porte s'ouvrait une nouvelle fois.
Le profil sévère de Martha Camden apparut à l'instant où un nouvel éclair fissurait la bibliothèque. Comme dans une pièce de théâtre, le destin semblait réunir tous les personnages pour le dénouement final.
- J'ai entendu sonner. Ne me dis pas que nous avons d'autres invités?
Se tournant vers les cinq adolescents, ses lèvres se plissèrent davantage. Le coup de tonnerre résonna, plus rapide que le précédent: l'orage se rapprochait...
- Il semblerait que si... Vos parents ne vous ont-ils jamais appris les règles élémentaires de bienséance et de politesse, jeunes gens? Vous semble-t-il approprié de déranger ainsi d'honnêtes citoyens au beau milieu de la nuit?
- Martha, tu devrais...
- Ils nous les ont apprises, rétorqua Chuck. Tout comme ils nous ont inculqué les dix commandements fondamentaux. Dommage que cela n'ait visiblement pas été le cas de vos parents...
- Je vous demande pardon? demanda Mrs Camden, outrée qu'un garçon qui n'avait même pas encore le droit de vote ose parler de la sorte de ses aînés.
- « Tu ne tueras point ». Ca vous dit quelque chose?
Le visage de Martha Camden se figea. Au terme de quelques secondes interminables, elle se redressa de toute sa hauteur et un sourire glacial figea ses traits de cire qu'un nouvel éclair ne rendit que plus dérangeants.
- Il semblerait que vous soyez aussi perspicace que votre père, Charles...
- En espérant ne pas finir comme lui...
Le faux sourire de Martha se fendit un peu plus. Dans ses yeux, la haine brûlait. Dehors, le tonnerre grondait. La succession de lumière et de bruit s'accéléra peu à peu dans les minutes qui suivirent.
- Comment l'avez-vous appris?
- Il suffisait d'assembler les pièces du puzzle, répondit Chuck. Dans un intérêt que j'ignore, mon père vous faisait chanter en menaçant de révéler au monde vos pratiques homosexuelles. Un véritable assassinat médiatique pour la candidate ultra-conservative aux prochaines élections sénatoriales de New York City... Alors vous l'avez fait éliminer, et envoyé votre maîtresse sur les lieux du crime vérifier que le travail avait été bien fait.
Martha Camden ne répondant pas, son mari intervint:
- C'est vrai?
Elle se tourna vers lui, plus hautaine que jamais.
- Voyons Anton, réfléchis... A part toi, qui savait que Bart était le président de la Société?
- Rien que toi, je t'avais mis dans la confidence bien évidemment...
- Voilà qui réduit la liste des suspects, trancha la femme.
Atterré, Anton Camden se replia sur lui-même.
Le silence ambiant fut interrompu par la pluie, drue, qui se mit à tambouriner contre les hautes fenêtres à croisillons.
- Vous ne semblez guère apeurée... remarqua Blair, agacée.
Une lueur de moquerie passa dans les yeux de la quinquagénaire.
- Anton?
Son mari redressa la tête.
- A ta connaissance, toutes les vidéos des soirées organisées par la Société sont dans notre coffre-fort personnel?
- Oui...
Victorieuse, elle se tourna vers Blair.
- Dans ces conditions, quelles preuves auriez-vous?
Elle s'approcha doucement vers eux, tel un félin guettant sa proie, et ajouta:
- Et quand bien même vous auriez des preuves, qu'en feriez-vous Charles?
Son interlocuteur et elle se trouvaient maintenant à quelques centimètres et se toisaient.
- Si ces bandes devaient être révélées au public, si vous deviez déposer plainte contre moi pour assassinat, que se passerait-il? Je devrais m'expliquer auprès de la police, bien évidemment. Et leur dire qui était le président de la Société, et pourquoi je l'ai fait assassiner... Est-ce ainsi que vous souhaitez que la postérité se souvienne de votre père?
- Vous ne feriez pas ça... gronda Chuck.
- Vraiment? Et pourquoi donc?
Son sourire s'effaça et, son visage collé à celui de Chuck, elle siffla:
- Je vous préviens: si je dois chuter, ce ne sera pas seule...
Cette fois, l'éclair et le tonnerre apparurent simultanément: ils étaient au coeur de l'orage...
Chuck carra la mâchoire, comme s'il faisait un effort surhumain pour ne pas mordre. Nate le retint par le bras. Loin d'être impressionnée, Martha Camden eut un rictus malveillant et retourna au centre de la pièce.
- Cette conversation est terminée. Je ne vous raccompagne pas: vous connaissez le chemin de la sortie...
Chuck ne la lâcha pas des yeux mais Blair, Nate, Jenny et Carter échangèrent un regard dubitatif. Que devaient-ils faire? Que pouvaient-ils faire?
Finalement, Blair enroula son bras autour de celui de Chuck et murmura:
- Allons-y... Nous ne gagnerons rien à rester ici... Pour l'instant...
Et elle pressa légèrement son bras pour qu'il la suive. Celui-ci lâcha à contre-coeur Martha Camden du regard et la suivit à l'extérieur, suivi de près par Nate et Jenny. Carter fut le dernier à sortir mais, juste avant de franchir le seuil, il fit volte-face.
- Je savais bien que les cuisses d'Amaïdhi s'étaient ouvertes sur votre bureau! C'est juste que ce n'était pas devant le Camden que je croyais!
Près de vingt-quatre heures ont passé. Après la tempête, le ciel reste couvert en ce début de soirée ... comme les coeurs! Petit tour d'horizon...
- Attends, la coupa Carter. Laisse-moi une chance de m'expliquer avant de dire des choses irrémédiables.
Serena referma la bouche. Après tout, elle pouvait bien lui accorder au moins cela... Elle retourna à la contemplation de son martini sur le comptoir du MonKey Bar.
- Il y a quelques jours tu m'as reproché mon attitude et, avec tous ces événements, je n'ai pas encore eu l'occasion d'y répondre. J'y ai beaucoup réfléchi, et je comprends que ça n'a dû être agréable pour toi de m'entendre fanfaronner sur mon expérience au sein de la Société. Ce n'était pas très malin, et je m'en excuse. Mais, ce que je voudrais que tu comprennes, c'est que je l'ai fait pour toi...
Serena releva la tête, surprise et un brin moqueuse.
- Pour moi?
Carter se rapprocha d'elle.
- Tu es à une période de ta vie où le plus important pour toi est de te bâtir une famille. D'abord en allant chercher ton père à l'autre bout du monde, maintenant en essayant de préserver la cohésion avec les Humphrey... Je respecte cela. Mais ça veut aussi dire que, si je veux faire partie de ta vie, je dois m'intégrer à cette famille.
- Je ne vois pas le rapport...
- Vraiment? Pourtant pour moi c'est très clair... Comment veux-tu que je fasse partie de ce monde vu la manière dont tout le monde me traite? Ils m'ignorent totalement, ils ne m'entendent même pas quand je parle!
- C'est donc ça? se gausa Serena. Tu as essayé de faire ton intéressant pour être au centre de l'attention, comme un petit garçon de quatre ans?
Carter lui lança un regard dur.
- C'est ça, fiche-toi de moi... Mais dois-je te rappeler que les rares fois où on s'est soucié de ma présence, c'était pour me tourner en ridicule?
- Comme?
- Comme Jenny qui a sciemment oublié de me faire un costume pour la fête de Lily et Rufus, histoire de venger Chuck parce que j'avais couché avec Blair au printemps dernier!
Serena garda le silence.
- Je l'ignorais... finit-elle par murmurer.
- Il n'y a pas que ça! Il y a aussi toutes les remarques de Blair, de Chuck... Sans oublier les regards de Dan qui me rendent fou, comme s'il cherchait à savoir si je m'occupe bien de toi!
- Mais...
- Alors tu sais quoi? Je me suis dit que, si j'arrivais à vous aider, à devenir un élément essentiel de votre famille par le biais de cette enquête, alors je parviendrais peut-être à faire oublier l'ancien Carter et à m'intégrer.
Il garda le silence un instant puis, tout doucement, saisit sa main.
- Serena... Je reconnais que je n'ai pas agi de manière très maligne... Mais tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour toi. Pour nous.
Après un temps d'hésitation, la main de Serena glissa doucement de la sienne.
- Je te crois... Mais le véritable problème, vois-tu, ce n'est pas ton attitude lorsque tu parles de tes expériences passées. C'est plus global que ça... A commencer par ta simple appartenance à la Société.
- Je ne te savais pas si prude... rétorqua-t-il, amer.
Serena se mordit les lèvres.
- J'aime le sexe, oui, je ne m'en cache pas. Mais, ces deux dernières années, je l'ai toujours associé à des sentiments. Je croyais que toi aussi...
- Avec toi, oui.
- Avec moi, avec moi... répéta, exaspérée, la jolie blonde. Tu ne comprends donc pas que c'est justement ça le problème? C'est comme s'il y avait deux Carter: le vrai, et celui qui essaie de devenir le parfait petit-ami de Serena Van Der Woodsen!
Carter ne répondit pas.
- Sauf que le vrai Carter, reprit Serena, est le seul qui existe vraiment. Et, un jour, lorsque ce sera trop difficile de jouer la comédie plus longtemps, il réapparaîtra définitivement.
- A t'entendre je suis aussi montrueux que le Dr Jekyll et Mr Hyde! ricana-t-il.
Serena ne prêta pas attention à sa remarque.
- Ce jour-là, tu sais qui sera blessé? continua-t-elle. Ce sera moi.
- Je ne te ferai jamais de mal... l'implora Carter.
- Peut-être. Mais je n'arrive pas à m'en convaincre. Et donc à te faire confiance. Et en ce moment, c'est ce dont j'ai besoin plus que tout.
Malgré les yeux implorants du jeune homme, elle se laissa doucement glisser de sa chaise haute. Elle posa un billet de vint dollars sur le comptoir, prête à s'en aller.
- C'est pour Dan? demanda tout à coup Carter. C'est pour lui que tu me quittes?
Doucement, elle secoua la tête.
- Non. Je crois que j'ai besoin d'être seule pour le moment. Je t'ai vraiment aimé Carter. Ces quelques jours aux îles Fidji... Ils feront pour toujours partie de mes plus beaux souvenirs...
Elle se pencha doucement vers lui et déposa un baiser sur sa joue.
- Je regrette que ça n'ait pas marché...
Et, après un dernier sourire triste, elle s'en alla.
Dans la Bedford Avenue Gallery, Rufus décrochait les derniers vestiges de l'exposition Bloody Birth qui venait de s'achever avec succès. La radio en fond sonore, il faisait un effort pour ne pas se rappeler comment, quelques semaines plus tôt, il avait plaisanté avec Lily sur la scène de crime vampirique qu'était devenue sa galerie d'art bien-aimée.
Il décida de se concentrer plutôt sur le souvenir du dîner, qui s'était étonnamment bien déroulé deux heures plus tôt. Maintenant que la cérémonie était officiellement annulée, le nuage qui pesait sur le coeur des enfants semblait s'être légèrement dissipé. Dommage que Blair et Chuck n'aient pas assisté au repas... Selon Serena, ils avaient été injoignables toute la journée. Nate ne s'était pas non plus joint à eux, mais lui au moins avait téléphoné pour s'excuser. Derrière le prétexte que le jeune homme avait avancé, Rufus supputait qu'il y avait de l'eau dans le gaz entre lui et Jenny...
Rufus poussa un soupir. Il déposa la dernière tenture bordeaux dans un carton, qu'il entreprit de fermer à l'aide d'un large ruban de scotch. Opération périlleuse, le carton étant plein à ras-bord...
- Excusez-moi? demanda une voix masculine à l'entrée.
- Nous sommes fermés! rétorqua Rufus, sans quitter sa tâche des yeux.
La voix mourut, si bien que, lorsqu'il releva enfin la tête, il eut un mouvement de recul en réalisant qu'il n'était pas seul.
- Pardon, je ne voulais pas vous faire peur... s'excusa confusément l'homme devant lui.
- Scott?
En effet, Scott – ce gosse qui avait passé son mois de juillet à bouquiner au bar de la galerie avant de rentrer précipitamment auprès de son père hospitalisé à Boston – était là.
- Quelle bonne surprise! s'exclama Rufus, sincèrement ravi.
Les deux hommes échangèrent une poignée de main chaleureuse, Rufus remarquant au passage la peau légèrement moite de l'étudiant.
- Tu es définitivement rentré à New York? Ton père va mieux? demanda Rufus, en lui faisant signe de le suivre vers le comptoir.
- Pas définitivement non. Ca dépendra de mon père justement...
- De son état de santé, oui je comprends. Qu'est-ce que je te sers? C'est la maison qui invite...
- Un peu d'eau, ce sera très bien...
En ouvrant le frigo, Rufus tomba sur l'eau minérale française qu'il avait commandée pour Lily quelques semaines plus tôt. Ravalant la boule qui lui pesait sur le ventre, il s'empara d'une des petites bouteilles et la servit à Scott. Celui-ci la but à longs traits, sous l'oeil médusé de Rufus.
- Tu en veux une autre?
- Non, ça ira merci. Ce qu'il fait lourd ici!
- Oui. Le temps est à l'orage depuis quelques jours...
Un silence gênant s'installa. C'était … bizarre. Autant Rufus avait toujours apprécié l'étudiant - simple, poli, cultivé - le mois précédent, autant son comportement ce soir était à l'opposé: il avait un air emprunté, nerveux et, pour tout dire, un peu idiot. Plusieurs fois il se tourna vers la porte, comme s'il cherchait une issue pour s'échapper.
- Quelque chose ne va pas Scott? demanda Rufus alors que le jeune homme répétait son petit manège pour la troisième fois.
- Non non...
Scott jeta un coup d'oeil à sa montre. Rufus pensa qu'il allait prendre congés lorsque, à sa plus grande surprise, il poussa au contraire un soupir et passa la main dans ses cheveux, ébouriffant son épaisse crinière brune.
- Comment je suis censé dire un truc pareil moi? marmonna-t-il.
- Pardon?
Scott croisa longuement le regard de Rufus. Il était soudain beaucoup plus calme et réfléchi et, bizarremment, Rufus se surprit à penser à Dan. Enfin, le jeune homme sortit de son portefeuille une feuille de papier fragilisée par les ans. Il ravala sa salive et tendit le document à Rufus qui s'en empara, sourcils froncés.
Il lui fallut plusieurs secondes pour comprendre ce dont il s'agissait...
Une déclaration de naissance sous X.
Au nom de Lilian Rhodes.
Et de Rufus Humphrey.
Pour un petit garçon, né en 1989.
Adopté par M. et Mme Chris Rosson, domiciliés à Boston.
Il releva doucement la tête.
- Je m'appelle Scott Rosson.
Sa voix était étranglée, mais il parvint à ajouter dans un souffle:
- Et je suis ton fils.
Rufus eut l'impression que le ciel lui tombait sur la tête. Il voyagea dans le temps, se rappelant comment, des mois plus tôt, Lily et lui étaient partis à la recherche de leur fils et comment ils avaient appris que celui-ci, Andrew, était mort noyé l'année précédente.
- Andrew? fut le seul mot qu'il parvint à articuler.
Scott secoua la tête, visiblement désolé.
- Andrew était mon frère. Mes parents, je veux dire mes parents adoptifs, ont menti en disant qu'il était ton fils. Ne leur en veux pas: ils avaient simplement peur de me perdre...
Rufus était incapable de réagir. Le choc était trop grand, comment assimiler une telle réalité en quelques secondes?
- Pourquoi maintenant? parvint-il cependant à demander.
Scott avait passé un mois entier auprès de lui, pourquoi était-il soudain revenu et avait-il trouvé la force de lui avouer la vérité?
- Parce que j'ai été le chercher...
Rufus tourna la tête en direction de la voix. A la porte d'entrée, lèvres pincées et yeux brillants de larmes, Lily les observait.
Autour d'une des petites tables en zinc parsemées dans le bar de la galerie, parents et enfant s'observaient. Loin d'être verrouillés sur Scott, les yeux de Rufus fuyaient au contraire une réalité encore difficile à accepter.
- Depuis combien de temps es-tu au courant? demanda-t-il à Lily.
- Trois semaines environ.
- Quand tu l'as croisé ici?
La femme hocha la tête.
- Il a la même tache de naissance que toi sur l'épaule, expliqua-t-elle.
Rufus jeta un coup d'oeil à Scott, gêné. Toujours incapable de se détendre, il s'adressa à nouveau à son ex fiancée:
- Et c'est toi qui lui as annoncé qu'il était notre fils?
Scott intervint:
- Non, j'avais fini par découvrir la vérité à la fin du semestre dernier. Ce n'est pas le hasard qui m'a rapproché de toi et Dan... Je suis désolé de vous avoir ainsi menti. Mais quand j'ai vu...
Il hésita sur le terme approprié.
- Quand j'ai vu...
- Voyons, tu ne vas pas continuer à m'appeler Mrs Van Der Woodsen, trésor! s'exclama sa mère biologique. Je te l'ai déjà dit: c'est Lily.
- Quand j'ai vu … Lily, s'exécuta Scott avec un sourire timide, ça a été un tel choc que je suis immédiatement rentré à Boston reprendre mes esprits.
- Ton père n'est pas malade... ronchonna Rufus, s'adressant ainsi pour la première fois directement à son fils.
Scott sourit.
- Aucun des deux non.
Si Lily eut un petit sourire amusé, Rufus lui gigota sur sa chaise et préféra reporter son attention sur un interlocuteur moins risqué.
- Pourquoi ne me l'as-tu pas dit?
Le sourire de Lily disparut. Elle replaça ses cheveux derrière ses oreilles et se pinça la lèvre inférieure.
- C'est difficile à dire... En fait, je n'ai pas d'explication rationnelle à te donner. Au tout début, j'étais tout simplement trop choquée pour affirmer quoi que ce soit. Et ensuite, lorsque j'ai recouvré mes esprits, Scott avait déjà quitté la ville. J'avais peur que tu me reproches de ne pas avoir agi assez vite...
Elle tourna la tête légèrement sur le côté pour masquer sa honte avant d'avouer:
- Et puis, je redoutais que tu n'annules le mariage pour partir à sa recherche... Je ne voulais pas me retrouver une fois encore au centre des ragots.
Elle grimaça un sourire.
- J'ai été bien punie...
Rufus secoua la tête, perdu.
- Mais je ne comprends pas... Si tu avais si peur que ça des commérages, pourquoi as-tu finalement disparu dans la nature après avoir annulé la cérémonie?
- Parce que c'était ma punition! s'exclama-t-elle. J'étais coincée Rufus, ce que j'avais fait... C'était tout simplement impardonnable... T'enlever ton fils une deuxième fois, et priver celui-ci de ses parents lorsque je savais qu'une partie de lui avait envie de faire notre connaissance... Je ne méritais pas de t'épouser. Tout ce que je pouvais faire, c'était tenter de racheter mes fautes.
Les sourcils de Rufus se froncèrent.
- Et Keith dans tout ça?
Lily fit les yeux ronds.
- Keith?
- Inutile de mentir: tu as été vue à l'aéroport avec lui...
- Oh! Nous avons seulement partagé le même taxi! Je n'ai jamais...
Elle s'interrompit et, réfléchissant aux insinuations sous-jacentes à cette accusation, pencha légèrement la tête sur le côté.
- Ne me dis pas que tu as cru que j'étais partie avec lui?
- C'est ce que tout le monde a cru Lil'.
- Oh!
Elle était tellement confuse qu'elle en resta coite. Pendant ce temps, Rufus se prit la tête entre les mains, se frottant énergiquement le visage comme pour se réveiller. Finalement, il s'appuya lourdement sur le dossier de sa chaise et, avec un soupir las, fixa Lily.
- Et maintenant? demanda-t-il.
Comme elle ne répondait pas, perplexe, il enchaîna:
- Qu'attends-tu exactement de moi Lil'? Tu m'as menti, trompé, plaqué... Est-ce que tu espères que ton retour va tout arranger et que tu vas recevoir l'absolution, comme par miracle?
- C'est quand même le retour du fils prodigue! ne put s'empêcher d'intervenir Scott avec amusement.
Rufus lui jeta un regard en coin: un garçon capable d'ironiser dans les situations les plus noires... Aucun doute: c'était bien le frère de Dan!
- Je n'attends rien de toi Rufus, murmura Lily. J'ai conscience d'avoir commis des erreurs insurmontables. Je ne mérite pas ton pardon, et c'est bien pour cela que j'ai rompu nos fiançailles.
Sa voix était à peine audible lorsqu'elle poursuivit:
- Ca n'a jamais été une question d'amour...
En voyant le visage défait de Lily, le coeur de Rufus se serra. Aucun doute: il l'aimait toujours. Et il en serait sans doute ainsi pour toujours... Mais pouvait-il accepter d'avoir été manipulé, dupé, humilié? Non, il avait trop d'amour-propre pour cela... Détournant son regard des grands yeux noisette qui menaçaient une fois encore de le faire fondre, il se leva brusquement.
- Très bien. Dans ce cas, je ne te retiens pas plus longtemps...
Et, faisant demi-tour, il rejoignit le comptoir.
*
- Rufus?
L'intéressé fit volte-face.
- Ca va mieux? demanda Scott.
Derrière le bar, son père acquiesça. Scott avait eu l'intelligence de lui laisser quelques minutes de répit avant de revenir à la charge. Quant à Lily, elle s'était évaporée.
Pour la première fois, il prit le temps de détailler le jeune homme. Des détails qu'il n'avait jusque là jamais remarqués lui sautaient désormais aux yeux. A commencer, justement, par ses yeux. Rufus s'était déjà fait la réflexion qu'ils lui rappelaient vaguement ceux de Lily. A présent, il se demandait comment il avait pu être aussi aveugle: ils en étaient la réplique exacte, de la forme à la couleur en passant par l'éclat malicieux qui les animait. Ses sourcils en revanche étaient signés Humphrey: épais, sombres, ils étaient une marque de fabrique dans la famille. Quant aux lèvres, était-ce une impression ou étaient-elles aussi pleines que celle de Jenny?
Lorsqu'il se reconcentra sur le regard de son fils, Rufus remarqua son air amusé.
- Tu as fini ton inspection? demanda-t-il.
- Désolé... bafouilla Rufus, conscient de ne pas avoir été très discret.
- Y'a pas de quoi... J'ai fait pareil les premières fois où je t'ai vu...
Une idée sembla le traverser.
- Oh! Et tu veux voir ma tache de naissance?
Rufus n'eut pas le temps d'agréer que Scott se tournait déjà de trois-quart et remontait son tee-shirt jusqu'à son omoplate. Lily n'avait pas menti: la marque était exactement la même que la sienne...
Soudain, le jeune homme perdit sa bonne humeur et il redescendit son tee-shirt.
- Qu'y a-t-il? s'inquiéta Rufus, dont l'enthousiasme était désormais calqué sur celui de son fils.
- Rien.... C'est juste que...
Scott hésita. Enfin, il bredouilla:
- C'est juste que moi je n'ai jamais vu la tienne...
Rufus éclata de rire. Il fit le tour du comptoir et, venant se poster dos à son fils, appuya sur le col large de son polo pour dévoiler le quart de lune qui tatouait naturellement le haut de son omoplate.
- Ouah! s'exclama Scott. C'est vraiment trop … bizarre!
Les deux hommes sourirent et Rufus reprit une position plus confortable. Finalement, lorsqu'ils se retrouvèrent face à face, à quelques centimètres seulement l'un de l'autre, l'intimité du moment les saisit. Après s'être observés, ils firent en même temps un pas en avant et Rufus ouvrit grand ses bras, enlaçant son fils pour la première fois.
- Bienvenue dans la famille fiston... murmura-t-il, la voix chargée d'émotion.
*
Rufus sortit une photo de son porte-feuille.
- Cette photo est la dernière que nous ayons prise tous ensemble...
Scott s'en saisit avec empressement. Sur le cliché, autour de ses parents, cinq enfants propulsés dans les années 80 souriaient de toutes leurs dents.
- Je connais déjà Dan et Jenny, déclara-t-il.
Il pointa Serena et Eric du doigt.
- Lily m'a montré une photo d'eux. Ce sont ses enfants naturels, c'est ça? Serena et Eric?
Rufus agréa tandis que le doigt de Scott se dirigeait vers le cinquième enfant.
- Et ça c'est Charles?
Rufus rigola.
- Il n'y a que Lily pour l'appeler comme ça! Pour tout le monde c'est Chuck... Tu auras l'occasion de tous les rencontrer demain.
Il se pencha vers Scott et prit un ton confidentiel:
- Aucun d'entre eux ne prendrait le risque de louper mes traditionnelles gaufres du dimanche matin...
Et il souleva plusieurs fois les sourcils, ce qui fit rire le jeune homme.
- J'ai hâte de goûter ça!
Reportant son attention sur le cliché, son sourire s'effaça peu à peu.
- Vous avez l'air tellement heureux sur cette photo...
Rufus ne répondit rien: le terrain était glissant.
- Rufus...
Les deux hommes s'observèrent avec sérieux.
- Je suis vraiment désolé, finit par dire Scott.
- Tu n'as pas à être désolé...
- Bien sûr que si! Si je n'étais pas revenu, je n'aurais jamais semé la zizanie entre toi et Lily, et vous vous marieriez comme prévu demain...
Rufus posa sa main sur l'épaule de son fils.
- Ce n'est pas ta faute. Et, très sincèrement, je n'échangerais ton retour contre rien au monde.
Scott sourit, reconnaissant. Après un silence, il ajouta:
- Tu sais ce qui m'a décidé à revenir?
Rufus secoua la tête.
- C'est quand Lily m'a dit que le mariage était annulé. C'est peut-être bête mais ça m'a fait … de la peine.
Rufus haussa les sourcils: il ne s'attendait pas vraiment à ça...
- Je crois que tous les enfants ont envie de voir leurs parents ensemble... expliqua Scott avec une tristesse non-feinte.
Rufus ne répondant pas, il se leva doucement de sa chaise.
- Bien sûr tu ne vas te remettre avec Lily pour me faire plaisir! annonça-t-il en essayant de recouvrer sa bonne humeur.
Mais Rufus, perdu dans ses pensées, ne l'écoutait déjà plus.
Allongée sur son lit, Jenny feuilletait vaguement les pages mode du dernier Cosmopolitan mais ses pensées étaient tournées comme d'habitude vers Nate. Celui-ci n'avait pas donné signe de vie depuis qu'il l'avait raccompagnée chez elle la veille au soir, et elle avait pu mettre ce temps à profit pour faire le point sur ses sentiments. Elle en était arrivée à trois conclusions:
1) Nate n'avait embrassé Vanessa que pour les besoins de l'enquête. Blair, Chuck puis Vanessa elle-même le lui avaient assuré (alors que, soit dit en passant, elle n'avait rien demandé à aucun d'entre eux)
2) Nate lui avait caché la vérité parce qu'il pensait qu'elle réagirait mal s'il la lui disait. Il la croyait incapable d'une réaction adulte et pondérée, et, ça, ça la mettait en rogne. Quoique, elle devait bien l'admettre, cette hypothèse était plus que justifiée suite à son comportement vis-à-vis de Vanessa quelques semaines plus tôt...
3) Même si son coeur et sa tête justifiaient le geste et le mensonge de Nate, son orgueil blessé lui interdisait tout pardon. C'était injuste, elle le savait bien, car c'était à elle seule qu'avait échu la responsabilité d'envoyer ou non l'information à Gossip Girl, Nate n'y était pour rien. Mais comment retourner auprès de lui comme si de rien n'était et accepter d'être la risée de tout l'Upper East Side? Après l'annulation du mariage entre son père et Lily, ce n'était pas le moment d'en rajouter...
Elle tournait en boucle ces idées dans sa tête, partagée entre le manque et la honte, lorsque son portable résonna. Elle se précipita dessus, mais fut déçue en découvrant que la missive n'était qu'une nouvelle dépêche de Gossip Girl. Elle poussa un soupir las: au moins, cette fois, ça ne la concernerait pas...
NON nous ne sommes pas le 14 février et NON je n'ai pas pour habitude de jouer les Cupidons! Mais, franchement, comment résister à pareille tentation?!? Régalez-vous les amis, et ayez une pensée pour la petite veinarde qui a motivé un tel suicide social... J'en connais plus d'une qui en ce moment rêverait d'être à sa place!
Intriguée, Jenny agrandit la première photo en pièce jointe, et sa mâchoire se décrocha sous l'effet de la surprise.
Au beau milieu de Times Square, au centre d'une horde de touristes ricanants, Nate s'était métamorphosé en homme sandwich. La pancarte avant de son costume indiquait: Je suis fou amoureux de Jenny Humphrey.
Deuxième photo, côté face: Veux-tu bien me pardonner s'il te plaît?
Jenny éclata de rire. Un immense sourire aux lèvres, sans même prendre la peine d'y réfléchir à deux fois, elle tapota en toute hâte sur le clavier de son téléphone:
Où es-tu?
La réponse ne se fit pas attendre. Visiblement, Nate était rivé à son téléphone.
Je t'attends dans notre cachette.
*
Lorsqu'elle se glissa dans l'appartement secret de Keith Van Der Woodsen, Jenny eut le souffle coupé. Visiblement, Nate avait passé la journée à transformer l'ancienne planque poussiéreuse en un cocon rassurant et romantique.
Le studio, éclairé par des centaines de petites bougies, était plein d'effluves d'encens à la cannelle. Le lit était fait et le bureau, recouvert d'une élégante nappe blanche, servait de table pour le dîner. Dessus, deux cloches en argent dissimulaient la nourriture aux regards indiscrets. Jenny ne résista pas à la tentation de s'approcher et de les soulever. Elle reconnut aussitôt deux BBQ Ranch Burgers … ses hamburgers préférés.
- J'ai été les chercher au Tik Tock Diner, mais ils doivent être un peu froids maintenant, s'excusa doucement Nate derrière elle. Si tu veux, je...
Mais il n'eut pas le temps de terminer: Jenny se retourna brusquement et, se hissant sur la pointe des pieds, l'embrassa avec fougue et passion. La surprise passée, Nate l'enlaça et la serra aussi fort que possible contre lui, savourant le bonheur de retrouver le contact de sa peau contre la sienne.
Enfin, les deux adolescents reculèrent un peu et reprirent leur souffle en riant.
- Je dois prendre ça pour oui?
Jenny hocha la tête et l'embrassa à nouveau, avec plus de douceur, mais plus ivre de bonheur que jamais.
- Je suis désolé Jen... murmura Nate, sans relâcher pour autant son étreinte et en collant son front contre le sien.
- C'est moi qui suis désolée... Si j'avais été un peu moins gamine, tu aurais osé me parler...
- Gamine? s'étonna Nate tout en relevant la tête pour la regarder. Parce que tu trouves vraiment que tu as agi en gamine en acceptant de t'exposer à la moquerie pour le bien de Chuck? C'est au contraire le comportement le plus adulte et le plus altruiste que j'aie jamais eu l'occasion de voir...
S'approchant, il murmura dans un souffle:
- Ca, c'est ma Jenny...
Et il l'embrassa à nouveau, encore plus délicatement, comme si elle était la pièce majeure d'un fabuleux trésor, un joyau qu'il avait peur de briser.
- Ce n'est pas tout, ajouta-t-il en reculant soudain. Je te dois aussi des excuses pour avoir été trop … pressant.
- Pressant?
- Pour... Tu sais...
Et son regard se posa sur le lit derrière eux. Jenny s'empourpra mais, fort heureusement, la lumière chaude des chandelles masqua son trouble.
- Tu n'as pas à t'excuser... Ce qui m'inquièterait, ce serait que tu ne tentes rien à vrai dire!
Nate rigola.
- Pas de danger de ce côté-là... Mais, ce que je veux te dire Jen, c'est que tu as tout ton temps.
Jenny fut parcourue d'un frisson, mais cela n'avait rien de désagréable.
- Je ne suis pas pressé... continua Nate. Le simple fait d'être enfin avec toi, ça me comble. Je ne voudrais vraiment pas que tu te brusques ou que tu te sentes obligée de faire quoi que ce soit... Parce que tu n'as pas à avoir peur des autres. Il n'y a pas de concurrente. Je suis à toi, tu comprends.
Il tournait autour du pot, gêné. Jenny contint son sourire, attendant la suite. Enfin, Nate prit sa main dans la sienne et leurs doigts s'unirent.
- Ce que j'essaie de te dire... murmura Nate en regardant leurs paumes. C'est que... ajouta-t-il encore plus bas, avant de planter ses yeux dans les siens. Je t'aime...
Jenny ne put contenir son sourire plus longtemps et elle se jeta à son cou.
- Je t'aime aussi!
Nate éclata de rire et Jenny recula.
- Mais ne t'inquiète pas, ajouta-t-elle. Je ne pense pas que je pourrai résister encore très longtemps à la tentation...
- Ah oui? demanda Nate, l'air coquin.
Jenny hocha la tête en riant et leurs lèvres se scellèrent sur un nouveau sourire.
Un nouveau jour se lève sur l'Upper East Side, et le monde n'est plus tout à fait le même... Reste à savoir s'il a gagné en tristesse ou en félicité!