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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 19.05.2012 à 12h38
Auteur : katido
Statut : Terminée
« Cette fait suite au 5x24 et sans surprise de ma part est bien entendu sur Chair Forever » katido
Cette fanfic compte déjà 19 paragraphes
Il ferma les yeux un instant, aveuglé par la lumière du soleil levant. La terrasse était calme ce matin. Seules quelques mouettes criaient au loin à la recherche de carcasses de crabe que la marée avait abandonnées sur le sable en se retirant.
A peine ses paupières furent-elles closes que son image s’imposa à son esprit.
Son cœur s’était arrêté à l’instant même où il avait reconnu sa voix qui demandait si la place était libre. Il avait tourné la tête dans un réflexe et son cœur avait repris sa course comme des milliers de chevaux sauvages lancés au galop.
L’espace d’une seconde, il avait cru à une hallucination. Que ferait-elle là ? Dans ce casino de Monaco où ils s’étaient retrouvés avec Jack pour tenter de récolter la somme nécessaire à leur projet commun.
Elle avait fait son chemin et s’était tout naturellement installée à la place que son oncle lui avait cédée avec une connivence déconcertante. Depuis quand ces deux- là s’entendaient-ils ?
« Merci pour l’appel » avait-elle murmuré d’une voix emplie de reconnaissance. Et les mots qu’elle avait prononcés ensuite résonnaient à présent dans sa tête et dans son cœur.
« Je suis venu me battre pour toi »
« Tu as dit que je pariais toujours contre toi, cette fois, je mise tout sur toi »
Son cœur s’était serré si fort qu’il avait eu l’impression qu’il allait imploser.
Mais pourquoi ne pouvait-il pas tout simplement cesser de l’aimer ? Pourquoi fallait-il qu’elle soit si belle ? Si intelligente ? Si intrigante ? Si sexy ? Si… tout ce qu’il pourrait jamais rêver chez une femme !
Elle était la perfection même et elle l’utilisait à son avantage pour se jouer de lui et le prendre dans ses filets à chaque fois. Il était incapable de résister à son attraction.
Et même s’il s’en était bien tiré hier soir, il savait qu’elle reviendrait à la charge et qu’elle ferait tout ce qu’il fallait pour le faire succomber à son chant de Sirène.
Il inspira à pleins poumons et l’air chargé d’embruns qui entra dans sa cage thoracique lui fit tourner la tête un instant. Il ferma les paupières plus fortement et secoua sa tête pour tenter de la chasser de ses pensées.
Cette fois, il devait trouver un moyen de se soustraire à son charme. Il ne pouvait pas se permettre de laisser ses sentiments pour Blair prendre le dessus. Il voulait récupérer ce que son père lui avait pris et lui faire voir qu’il n’était pas aussi incapable qu’il n’avait jamais cessé de le lui répéter. Qu’il n’était plus le petit garçon que Bart jugeait faible et inconstant. Il était devenu un homme et il ne permettrait plus à quiconque et surtout pas à son paternel de douter de sa puissance et de sa détermination.
- Je ne pensais pas te voir ici ce matin !
La voix de jack le tira de son introspection.
Chuck leva les yeux et s’aperçu qu’il était vraiment étonné de le trouver là.
- On devait se retrouvé ici à 9h00 non ? Et je constate que tu es en retard de presque une demi-heure. Si prendre ta revanche sur mon père ne t’intéresse pas, autant le dire tout de suite. Ça m’évitera de perdre mon temps avec toi !
- J’en déduis que la nuit ne s’est pas terminée comme je me le suis imaginé !
Chuck lui jeta un regard assassin et dégouté.
- Je ne sais pas à quoi tu t’attendais en la faisant venir, ni même comment tu t’y es pris pour la convaincre, grimaça le jeune homme à la pensée que Blair ait un contact quelconque avec son oncle, mais ce qui est certain c’est que c’était une mauvaise idée.
Jack afficha un petit sourire goguenard à la remarque glaciale de son neveu
- Vraiment ? Tu as pourtant accepté de continuer la partie et on a gagné un beau pactole grâce à la mise qu’elle a rajoutée.
Le jeune homme sentit son estomac se nouer aux souvenirs de Blair assise à ses côtés la veille. Il réprima un haut le cœur à l’idée de l’arrangement qu’elle avait dû passer avec ce serpent venimeux, il préférait ne pas savoir en quoi exactement consistait leur accord.
- Qu’est-ce que je pouvais faire d’autre de toute façon ? Vous ne m’avez pas vraiment laissé le choix, dit-il d’une voix qu’il voulait dénuée de toute émotion.
- Encore une dizaine de millions et on pourra commencer à avancer nos pions. J’ai pris la liberté d’arranger un petit rendez-vous officieux avec Steinbeck, qui devrait porter ses fruits, à condition bien entendu qu’on sache lui démontrer quels sont ses intérêts dans cette guerre.
C’était une chose étrange que de faire équipe avec son oncle alors qu’ils avaient été ennemis plus souvent qu’à leur tour. Mais après tout ce n’était pas la première fois et Chuck savait reconnaître les points forts de ce dernier pour en avoir fait les frais.
D’aucun n’avait son pareil pour monter des plans vicieux et machiavélique. Il était bien placé pour savoir que le cadet de son père ne reculait devant rien quand il s’agissait d’atteindre le pouvoir et « l’ennemi de mon ennemi n’est-il pas mon ami ? » comme le dit si bien l’adage.
Aujourd’hui leur ennemi commun c’était son père. Jamais il n’aurait pu imaginer se retrouver dans pareille position.
Il avait enfin cru qu’il aurait le droit de souffler un peu, que la vie avait fini de lui en faire baver, mais visiblement c’était loin d’être le cas. Il était tourmenté depuis aussi longtemps que remontait ses souvenirs d’enfant. Il avait grandi avec la culpabilité d’avoir tué sa propre mère, puis avait dû se rendre à l’évidence que son cœur n’était pas aussi sec qu’il avait toujours voulu s’en persuader, avant de perdre le seul repère qu’il ait jamais eu.
Quand il l’avait vu dans cette pièce et découvert que Bart ne projetait nullement de reprendre sa place de père, pour les protéger Lili et lui, son cœur s’était gonflé d’un sentiment inconnu jusque-là. Bart Bass aimait donc vraiment son fils ? Il avait accepté de renoncer à tout pour lui éviter d’être en danger et il était revenu uniquement pour lui sauver la vie. Jamais il n’aurait imaginé que son père puisse faire de tels gestes d’affection à son propos.
Mais les choses avaient vite tournées court. Au lieu du scénario de retrouvailles familiales que Chuck s’était imaginé, il avait réussi en moins d’une semaine à détruire le peu d’estime que son père avait eu l’air de lui accorder. Il avait pourtant vraiment eu l’impression que cette fois ils pourraient enfin avoir une relation forte et qu’ils pourraient bâtir de grandes choses ensemble.
Chuck avait fait du mieux qu’il pouvait pour faire prospérer l’héritage que son père lui avait laissé à sa « mort ». Il s’était investi corps et âme dans Bass Industrie et avait défendu la plus grande fierté de son père bec et ongle contre Jack lui-même. Mais visiblement cela ne représentait rien aux yeux du grand Bart Bass.
Même l’Empire, qui avait tant de valeur pour Chuck, son père se l’était accaparé, arguant qu’il lui revenait de droit puisque l’investissement avait été fait sur la vente des parts de Bass Industrie. Il ne lui avait rien laissé, il n’avait plus rien.
« Tu m’as moi » lui souffla sa mémoire traitresse.
- Merde ! grommela-t-il comme le café qu’il venait de renverser se répandait sur ses genoux.
Il recula d’un bond sur sa chaise.
- Mauvaise nuit ? railla Jack à nouveau.
Chuck ne répondit pas à sa moquerie et se leva pour aller se changer.
- Tiens-moi au courant pour Steinbeck ! grommela-t-il en feignant de ne pas avoir entendu, s’éloignant déjà vers les portes du restaurant.
Il s’engagea dans le couloir qui menait aux ascenseurs pour rejoindre sa suite.
Une fois les portes refermées, seul dans le petit espace clos, il passa ses mains sur son visage en soupirant.
Jack était censé être son allié dans cette partie. Pourquoi s’amusait-il à le torturer avec Blair ? Qu’est-ce qu’il avait à y gagner ? Et surtout, qu’avait-il promis à la jeune fille pour qu’elle entre dans ses manigances ? Qu’est-ce qu’Elle avait à y gagner ?
Il ne voulait pas penser à une quelconque tractation entre ces deux-là, mais il savait pourtant pertinemment qu’il valait bien mieux pour lui savoir de quoi il retournait exactement.
L’odeur des croissants chauds de la boulangerie excitait ses papilles mais elle n’avait pas le cœur à manger.
Elle avait décidé d’aller chercher le petit déjeuné elle-même afin de pouvoir se reprendre avant de voir sa mère pour une première réunion de travail.
C’était un peu bizarre de se dire que sa mère la considérait comme sa légatrice pour reprendre le flambeau de son entreprise alors qu’elle avait toujours pensé que cette dernière pousserait sans doute son dernier souffle le nez sur ses croquis.
Elle n’aurait pas été plus surprise si son père lui avait annoncé qu’il revenait s’installer à New-York.
Elle était heureuse de sa présente relation avec sa mère, elles étaient passées par bien des détours avant d’en arriver là. Mais Eléanor Waldorf-Rose était une toute autre personne que celle qui avait été une mère absente pendant toute son enfance.
Blair savait que Cyrus était pour beaucoup dans la vision différente de la vie qu’avait sa mère aujourd’hui et elle ne l’en aimait que plus. Le petit homme savait rendre sa mère heureuse et détendue et lui avait appris à avoir d’autres priorités que son travail.
Elle poussa un soupir à la pensée d’une autre personne, si chère à son cœur, pour qui l’entreprise familiale était tout. L’âme en berne, elle se remémora leur soirée de la veille.
Pour une fois, elle avait bondit sur le téléphone lorsqu’elle avait découvert que son interlocuteur était l’horrible Jack Bass. Mais l’heure n’était plus à ressasser le passé. Et si elle devait se focaliser sur les erreurs de quelqu’un s’était les siennes.
Comment avait-elle pu s’aveugler au point de se lancer dans une relation avec Dan alors que son cœur ne battait que pour le seul et unique amour de sa vie ?
La seule chose qui lui importait pour l’instant c’était de remédier à la situation. Elle aimait Chuck Bass et elle ferait ce qu’il fallait pour l’avoir, y compris faire alliance avec Jack. Si c’était la seule manière d’atteindre le beau ténébreux alors elle n’hésiterait pas un seul instant.
Qui plus est, elle avait été très surprise quand l’oncle lubrique avait eu l’air de vraiment avoir envie d’aider son neveu. Il y trouvait son compte, à n’en pas douter. Jack lui avait expliqué que Chuck était déterminé à se battre contre le grand Bart Bass en personne pour recouvrer son droit à siéger au conseil d’administration et qu’il était disposé à récompenser son oncle en lui offrant un part du gâteau.
Blair avait été troublée par le comportement coopératif de Jack avant de comprendre qu’il préférait miser sur Chuck plutôt que sur Bart. Il était évident qu’il se rangeait tout simplement du côté qu’il estimait le plus à même de servir ses intérêts personnels. Et Dieu savait que son frère ne lui avait jamais été reconnaissant de son investissement à ses côtés dans Bass Industrie et encore moins partageur.
Aujourd’hui c’est son fils qui en faisait les frais, mais à présent, elle comprenait mieux pourquoi le cadet de Bart s’était comporté de cette façon quand il avait cru, comme tout le monde, que son « gentil grand frère » avait trouvé la mort dans cet horrible accident.
La jeune fille frissonna malgré le tiède matin de printemps à Monaco. Un autre accident remontait du plus profond de son subconscient, là où elle l’avait méticuleusement enfui, et elle constata qu’elle avait la chair de poule. Au prix d’un immense effort elle repoussa cette sensation de malaise qui l’envahissait et resserra son cardigan chanel autour de ses bras.
Le regard énamouré de Chuck assis dans la limousine flotta dans son esprit avant de laisser place à un autre, bien plus dur, celui qu’il avait eu ce soir-là sur le toit de l’Empire, puis celui qu’il avait eu la veille, rempli d’étonnement de la voir assise sur le siège voisin à la table de black jack.
Elle savait qu’il avait accepté sans vraiment en avoir le choix, elle l’avait pris de cours en se rendant au casino après que Jack lui ait appris où ils se trouvaient.
Elle avait souri en se rendant compte qu’ils étaient si proches d’elle. La chance avait peut-être finalement décidé de les aider un peu, elle leur devait bien ça après tous les coups que le sort leur avait réservés.
Elle avait choisi sa tenue avec soin et avait tenté de préparer leur discussion mentalement mais cela n’avait servi à rien. Car même s’il avait accepté de miser, il n’avait pas dit un seul mot et lorsque la partie avait été terminée, il avait ramassé SES jetons et avait quitté la table sans un autre regard vers elle.
Elle s’était empressée de le suivre, mais lorsqu’elle était sortie dans la rue, il montait déjà dans un taxi. Elle avait hurlé son prénom, mais il ne s’était même pas retourné et elle avait rapidement écarté toute idée de le pourchasser à travers les rues du rocher en prenant un autre taxi.
Peut-être ne se rendait-il pas directement à son hôtel et elle n’avait aucune envie de l’espionner. En fait si, elle en avait grande envie, mais elle trouvait ça vraiment trop glauque. Et plus particulièrement l’idée qu’il aille peut-être s’amuser dans un autre endroit d’un autre genre lui soulevait le cœur, elle chassa rapidement cette vision de ses pensées tout en entrant dans le hall de l’immeuble qui abritait l’appartement de sa mère.
Elle disposa les croissants sur un plateau et les emmena avec elle dans le bureau où elle devait revoir les plans d’organisation pour sa succession à la tête de Waldorf Design.
- Tu es déjà au travail ? Questionna sa mère en la trouvant là deux heures plus tard.
- Si je dois diriger ton entreprise je ne dois pas me reposer sur mes lauriers.
- Notre entreprise, la corrigea Eléanor en prenant un siège à ses côtés pour observer les données que consultait sa fille.
- J’ai dégagé quelques jeunes talents des écoles de stylisme les plus prestigieuses et aussi sélectionné certains à débaucher. Mais je ne sais pas trop s’il vaut mieux prendre des références françaises ou américaines, soupira la jeune fille. Bien sur Paris est la capitale mondiale de la mode mais….
- Tu veux débaucher les stylistes des concurrents ? Cela va nous coûter les yeux de la tête ! Et si Waldorf Design se porte bien, on ne peut pas se permettre de faire des dépenses astronomiques en ce moment.
- Je croyais que tout allait pour le mieux, commenta Blair en fronçant les sourcils.
- Et c’est le cas, Dieu Merci ! Répondit sa mère. Mais lorsque je vais annoncer mon départ, il risque d’y avoir des inquiétudes et cela peut avoir des retombées négatives.
- On peut faire ça en douceur, tu ne vas pas te retirer totalement en deux jours. Tu peux continuer à dessiner pendant que je prendrai la relève. Le temps que je m’acclimate parfaitement au poste et ensuite j’engagerai une autre styliste, reprit Blair d’une voix un peu trop émotive.
- Est-ce qu’il y a un problème ? Questionna Eléanor. Je pensais que tu voudrais tout prendre en mains immédiatement.
- Non, c’est juste que … Je ne veux pas que tu te sentes poussée vers la sortie. Et puis, ça pourrait être bien de travailler toute les deux pendant un temps.
- Et bien ma chérie, c’est très gentil à toi, mais je ne suis pas encore dans la tombe et j’ai bien l’intention de garder un œil sur mes deux bébés. Waldorf Design et toi êtes ce que j’ai créé et je ne vais pas vous lâcher dans la nature, même si j’ai pleine confiance en tes capacités. D’ailleurs le fait que tu sois déjà au travail depuis je ne sais combien de temps alors qu’il est à peine 8h30 me dit que j’ai raison de croire en toi et que tu prends tout ça très au sérieux, je n’en attendais pas moins de toi.
- En fait, je n’ai pas avancé autant que je l’espérais.
Une ombre de tristesse passa dans le regard de Blair qu’elle chassa rapidement.
- Si tu me disais plutôt de quoi il s’agit. Ça n’aurait pas un rapport avec ton escapade d’hier soir à Monaco ? Est-ce que Louis …
- Oh Mon Dieu ! Maman NON ! S’offusqua Blair horrifiée. Tu n’as pas cru que j’allais le voir quand même ! Après ce que sa famille nous a fait ! Comment peux-tu seulement y penser ?
Eléanor resta un instant perplexe devant la réaction de sa fille.
- Et bien, je ne sais pas, s’excusa-t-elle. Le moins qu’on puisse dire c’est que tes choix sentimentaux n’ont pas vraiment été un long fleuve tranquille cette année. Et vu que tu as rompu avec Dan, qui entre parenthèses n’a pas dû voir de coiffeur depuis des années, et que tu es ici avec moi au lieu d’être avec Chuck à New-York.
- Chuck n’est pas à New-York, il est à Monaco, révéla la jeune brunette.
Le regard d’Eléanor se fit suspicieux.
- Il est là pour affaires ou pour le plaisir ? demanda-t-elle avec un petit sourire entendu.
- Aucun des deux ! Bart a décidé de reprendre les choses en mains. Tu n’as donc pas lu les journaux ? S’énerva Blair.
- Si bien sûr mais …
- Bart l’a complètement écarté de Bass Industrie, il a été horrible avec lui. Si tu savais les horreurs qu’il lui a dites, ça m’a brisé le cœur de l’entendre lui reprocher d’avoir risqué la banqueroute à plusieurs reprises à cause de moi. Chuck s’est démené tant qu’il a pu pour faire prospérer l’héritage de son père et il le traite comme un moins que rien. J’aurais voulu lui cracher c’est quatre vérités au visage, mais ça n’aurait fait qu’empirer la situation pour Chuck. Son père l’a totalement humilié, exactement comme il l’a toujours fait depuis qu’il est tout petit.
Eléanor passa un bras autour des épaules de sa fille dont la voix trahissait la colère sous une profonde indignation pour celui qui était visiblement toujours l’élu de son cœur.
- Chuck a beaucoup de chance de t’avoir à nouveau auprès de lui pour le soutenir, commenta-t-elle avec empathie.
Eléanor Waldorf n’avait pas la réputation d’être amadouée par beaucoup de monde mais elle savait à qui elle devait le salut de son entreprise. Elle était réellement désolée pour le jeune homme, car malgré tout ce qui s’était passé entre eux et aussi compliquée qu’ait été leur histoire, il faisait battre le cœur de sa petite fille comme aucun n’autre ne pourrait jamais le faire.
- Sauf qu’il ne veut pas de moi pour le soutenir, gémit Blair les larmes aux yeux. Et je ne peux pas lui en vouloir après tout ce que je lui ai fait subir depuis… depuis…
Elle ne pouvait pas finir sa phrase et éclata en sanglot dans les bras de sa mère pour la première fois depuis bien trop longtemps.
Un petit coup bref à la porte le fit lever le nez de son portable. Il avait passé le reste de la matinée à éplucher toute information susceptible de l’aider à retourner les membres du conseil d’administration contre son père.
Soupirant il se leva pour ouvrir à Jack qui, il l’espérait bien, avait réussi à tirer quelque chose de Steinbeck.
Mais lorsque les gonds tournèrent sur eux-mêmes ce n’est pas son oncle qui était sur le seuil.
Elle fit battre ses cils sur ses yeux de biches et il oublia tout en une fraction de seconde. Son pouls s’accéléra, passant de 0 à 120 en un temps record qui lui coupa le souffle.
- Salut, dit-elle timidement derrière un petit sourire.
Elle s’appliqua à respirer le plus lentement qu’elle le pouvait malgré son cœur qui courrait comme un dératé dans sa poitrine.
Sa voix le fit revenir sur terre mais il ne bougea pas d’un poil, tentant de reprendre sa respiration.
- Est-ce que je peux entrer ? hasarda-t-elle d’une voix plus assurée, se réprimandant intérieurement.
Sans lui laisser la possibilité de répondre par la négative, elle s’engagea dans l’espace qu’il avait laissé vacant.
Il recula de plusieurs pas pour ne pas altérer la distance qui les séparait.
- Chuck, entama-t-elle.
Mais cette fois c’est lui qui prit l’avantage.
- Je ne sais pas pourquoi Jack t’envoie, mais tu perds ton temps.
- Tu crois que je suis là à la demande de Jack ? s’offusqua-t-elle.
- Il m’a paru évident hier soir que vous étiez en contact ! lança-t-il sur un ton cassant.
- C’est moi qui l’ai appelé, après que Nate m’ait dit que tu avais décidé d’en faire ton allié. Et comme tu ne réponds pas à mes appels !
- Pourquoi tu es là ? Questionna-t-il sans ambages.
Il voulait se débarrasser d’elle au plus vite, il savait pertinemment qu’il ne tiendrait pas longtemps si près d’elle, dans une chambre qui plus est.
- Je te l’ai dit hier soir, reprit-elle ignorant délibérément son ton acide. Je suis venue me battre pour toi. Tu l’as fait toute cette année et c’est à mon tour maint…
- Tu ne me dois rien, la coupa-t-il. Je n’ai pas payé ta dote pour que tu te sentes redevable, je te l’ai déjà dit. Et je n’ai pas non plus besoin de ta pitié, ça aussi je te l’ai déjà dit.
Il se rappela l’expression sur son visage lorsque son père avait annoncé devant toute la presse qu’il serait désormais le seul Bass au sein de B.I. La répulsion était peinte sur chacun de ses traits exquis. Soudain les flashs des photographes n’avaient plus aucune importance, ils étaient totalement éclipsés par la lueur de déception qui brillait dans les prunelles de la jeune femme. Il avait eu tellement honte, il aurait voulu pouvoir disparaître de la surface de la terre sur le champ.
- Et ce n’est pas de la pitié, je te l’ai déjà dit moi aussi. Je veux juste faire partie de ta vie, de ton futur.
Il renifla avec dédain.
- Quel futur ? se moqua-t-il.
- Celui que tu prépares avec Jack. Je veux t’aider à retrouver la place que tu mérites au sein du conseil d’administration. Tu as travaillé comme un dingue et tu as mené Bass Industrie de main de maître.
- Ce n’est pas vraiment l’avis de mon père, souligna-t-il avec ironie.
- Je me fiche bien pas mal de ce que pense ton père ! répliqua-t-elle mordante.
Elle s’avança dans sa direction. Elle était à peine à deux pas de lui à présent, il aurait pu la toucher du bout des doigts. Le déplacement d’air porta l’effluve de son parfum jusqu’à ses narines et il s’insinua partout en lui.
Elle vit briller une étrange lueur dans son regard qu’elle n’avait encore jamais vue.
- Chuck, souffla-t-elle en posant une main sur le haut de son bras.
Il ferma les yeux et c’est à peine si elle comprit ses paroles
- S’il te plait ne fait pas ça, chuchota-t-il tout bas en reculant d’un pas.
Elle s’immobilisa, pétrifiée par le son de sa voix rauque et la douleur qui se répandait sur son beau visage.
Il rouvrit les yeux et elle y lu une peur indicible.
- Je … Je ne peux pas faire ça. Je ne peux pas lutter contre toi et mon père en même temps, murmura-t-il encore.
Elle avait l’impression de lui infliger la pire des tortures.
- Tu n’as pas à lutter contre moi. Je suis de ton côté. Je t’aime, souffla-t-elle doucement sans plus oser le toucher.
- Pour combien de temps cette fois ? demanda-t-il simplement.
C’était une véritable question. Il n’y avait aucune trace d’ironie ou de sarcasme dans sa voix brisée par l’émotion.
Elle resta interdite un instant avant de répondre, elle avait l’impression qu’on l’éviscérait sans anesthésie.
- Pour toujours, dit-elle aussi simplement.
Le sourire cynique qui s’afficha sur ses lèvres minces lui transperça le cœur aussi surement qu’un coup de poignard.
- Je n’ai plus rien à t’offrir Blair. Tu perds ton temps avec moi.
- Comment peux-tu …
- Je ne sais pas ce que Jack …
- Laisse-le en dehors de ça, il ne s’agit que de nous.
- Il n’y a plus de nous depuis bien longtemps, s’il y en a même jamais eu un. Tu reviens vers moi parce que je t’ai dit que je voulais avancer, cria-t-il cette fois ci.
- C’est toi qui perds ton temps si tu crois que je vais baisser les bras.
- Pourquoi tu me fais ça Blair ? C’est pour me punir ? Pour tout le mal que je t’ai fait. C’est ta façon de te venger de moi ? Je croyais qu’on en avait terminé avec tout çà.
Elle le regarda, estomaquée par ces propos. Il pensait vraiment qu’elle ne faisait que jouer avec lui, qu’elle prenait plaisir à le voir souffrir le martyre.
Il se débattait comme un beau diable au bout de l’hameçon. Il avait l’impression d’être une poupée de chiffon entre ses mains.
Elle s’approcha plus près, la lueur de panique étincelait toujours au fond de ses yeux chocolat. Ils brillaient bien trop et cela la dévasta aussi surement qu’elle avait saccagé le cœur de l’homme qu’elle aimait.
Il la vit s’avancer vers lui encore une fois et il lutta de toutes ses forces pour ne pas la serrer contre lui et se raccrocher à elle comme le criait toutes les fibres de son corps.
- Je sais que tu n’as aucune raison de me faire confiance et que ma parole ne vaut plus rien à tes yeux après toutes les déclarations que je t’ai faites au cours de l’année. Mais tu n’as pas plus de raison de croire ton père. Alors s’il te plaît ne te fais pas ça. Tu t’es tellement battu pour en arriver là. Ne le laisse pas te ramener en arrière. Ne le laisse pas te faire douter de toi. Tu es quelqu’un de bien. Tu vaux bien plus que ce qu’il veut que tu crois.
Il ferma à nouveau les yeux et sentit une larme rouler sur sa joue, mais il se refusa à faire le moindre geste de peur de ne pas pouvoir contrôler son corps. Là où elle était, il lui suffisait de tendre le bras pour l’atteindre.
- Je t’aime pour toi et rien que pour toi, je ne veux que toi. Rien que toi ! Rien d’autre ! Personne d’autre ! Et je ne t’abandonnerai pas cette fois. Ajouta-t-elle pour tenter de le convaincre encore.
Après avoir dégluti pour dénouer le nœud qui lui serrait la gorge, il secoua lentement la tête de gauche à droite et haussa les épaules en signe d’impuissance.
- Je suis Chuck Bass, chuchota-t-il désespéré, comme si c’était une malédiction.
- Ça tombe bien, parce que c’est lui que je veux justement. Quand tu le croiseras dans ton miroir, dit lui qu’il est la meilleur chose qui me soit jamais arrivée dans la vie et que je m’en veux terriblement pour tout le mal que je lui ai fait. Mais que je compte bien réparer mes erreurs. Si seulement il me laisse une chance de le faire.
Elle caressa doucement sa joue et y déposa un baiser tendre avant de sortir de la chambre.
Elle savait que si elle l’avait poussé un peu plus, il aurait rendu les armes et qu’ils auraient fini dans son lit, emportés par leurs sentiments. Mais cela n’aurait pas aidé à lui redonner foi en elle, ni en lui.
Elle lui devait de lui prouver qu’elle était sincère cette fois. Elle était passé par là elle aussi, elle n’avait pas oublié le désarroi que cela causait. Elle trouverait bien un moyen de lui faire voir. Elle était Blair Waldorf et elle n’acceptait pas l’échec, surtout pas quand il s’agissait des personnes qu’elle aimait et elle l’aimait plus que quiconque en ce bas monde.
Il entendit la porte se refermer et il se laissa lentement glisser contre le mur derrière lui, jusqu’à ce qu’il atteigne le sol, avant de laisser tomber sa tête entre ses mains.
Ça faisait si mal de la laisser partir encore, elle emportait son cœur brisé avec elle. Mais autant il voulait croire à ses promesses, autant il ne pouvait pas. Il savait que la prochaine fois qu’elle le laisserait, il n’y survivrait pas.
Il tenta de ramasser tous les petits morceaux déchiquetés, en vain.
Alors il laissa les larmes déferler sous ses paupières. Une pour chaque miette. Il pleura longtemps, incapable de s’arrêter, jusqu’à ce que ses larmes se tarissent d’elle-même.
Chuck passa les portes du Casino et repéra immédiatement Jack près d’une table de jeu. Il fonça droit sur lui.
- Tu as eu des nouvelles de Steinbeck ? Questionna-t-il à brule pourpoint.
- Non, pas pour l’instant. Il m’a dit qu’il devait réfléchir.
- Ou alors il va s’empresser d’aller voir mon père pour lui expliquer ce qu’on fait !
- Comme si Bart n’avait pas compris qu’aucun de nous deux n’a l’intention de se plier à sa loi ! Contrecarra Jack avec un sourire moqueur.
- Donc tu l’as fait exprès. C’est quoi le but de ta démarche exactement ? Tu es de quel côté ?
- De celui qui m’est le plus favorable et pour l’instant c’est Bart qui gagne. Il a l’avantage depuis le début, il s’est arrangé pour que ce soit comme ça.
Chuck lui jeta un regard furieux.
- Dans ce cas, pourquoi es-tu venu ici avec moi ? C’était ton idée, pas la mienne. A moins bien entendu que tu ne fasses qu’appliquer les ordres du grand Bart pour me tenir occupé et éloigné le plus possible de New-York.
Un sourire en coin apparu sur le visage de Jack qui ne fit qu’attiser la colère de son neveu contre lui.
- C’est pour ça que tu as fait venir Blair, cracha-t-il. Pour me détourner de mon objectif.
- Non, ça c’est la partie à laquelle ton père n’a pas pensée justement ! Il croit être le seul à pouvoir influer sur ton comportement maintenant. Mais il sous-estime les sentiments qu’elle a pour toi, pas moi.
Chuck le regarda ahuri, il ne comprenait rien à ce que son oncle racontait.
- Pourquoi crois-tu que j’ai passé autant de temps à tout faire pour vous séparer elle et toi ? demanda sérieusement Jack.
- Parce que tu es un détraqué qui se réjouit de faire le mal autour de lui ? ironisa son neveu.
- Parce qu’elle est la clé pour t’atteindre. Lorsque vous êtes ensemble tu es bien plus fort et bien trop dangereux. A vous deux, vous êtes redoutables. Ton père le sait et il a fait en sorte de te désarmer avant même de commencer le combat. Ta détermination à ses côté est exacerbée et pour gagner, je la veux dans mon équipe. Elle est disposée à nous aider et on ne va pas se passer d’elle, c’est là-dessus que Bart à tout misé justement.
Chuck resta sans voix un instant, méditant sur les paroles qui prenaient sens dans son cerveau.
Après ce qui s’était passé avec Blair dans l’après-midi, il se sentait vidé de toute substance. Il s’était relevé après avoir laissé couler ce qu’il pensait être sans doute, toutes les larmes de son corps et était venu le rejoindre comme convenu. C’est en elle qu’il puisait ses forces et l’éloigner d’elle l’affaiblissait considérablement. Jack avait raison.
Il se sourit cyniquement à lui-même. Ce n’était pas Blair qui le manipulait comme un pantin, mais son père. Il tirait les ficelles de sa vie comme il l’avait toujours fait.
- Alors, est-ce que je dois changer de camp ou bien tu vas la laisser entrer dans l’arène avec nous ? Demanda son oncle en désignant la belle jeune fille brune qui pénétrait dans la salle de jeu.
Chuck ne put empêcher un sourire inconscient de germer sur son visage.
Blair était venue les rejoindre comme elle l’avait fait la veille. Apparemment elle n’avait aucune intention de renoncer à son idée de l’aider malgré ses protestations.
Les paroles qu’elle avait prononcées affluèrent à sa mémoire tandis qu’elle s’approchait d’eux, le regard plus déterminé que jamais.
- Je vais à la roulette, tâche de ne pas la faire fuir, murmura Jack en s’éloignant après avoir adressé un signe de tête à Blair.
Elle observait le beau ténébreux tout en se dirigeant vers lui. Elle avait passé le reste de l’après-midi à imaginer un moyen de lui prouver qu’elle tenait à lui sérieusement et qu’elle voulait passer le reste de sa vie avec lui.
Elle espérait que l’idée qu’elle avait eue pourrait le convaincre et l’aider à retrouver foi en son amour éternel pour lui.
- Bonsoir, dit-elle en se plantant devant lui.
Son cœur battait à tout rompre, elle ne savait pas comment il allait réagir après ce qui s’était passé entre eux dans sa chambre. Ses yeux avaient pris leur teinte la plus sombre, signe de sa détermination. Elle pria intérieurement pour que ce ne soit pas pour la chasser loin de lui encore une fois.
- Bonsoir, répondit-il d’une voix assurée.
Il sentait les pulsations s’intensifier dans tout son corps en même temps que l’envie de la prendre dans ses bras. Mais il ne baissa pas sa garde. Jack avait raison, il avait besoin d’elle à ses côtés pour gagner mais cela n’impliquait pas qu’ils se remettent ensemble pour autant.
Il devait réussir à gérer le fait de se tenir auprès d’elle sans pour autant l’embrasser. Il l’avait déjà fait quand il pensait l’avoir perdue, il pouvait le refaire. Il était Chuck Bass après tout !
- Tu veux jouer ? Questionna-t-elle en montrant les plaques qu’elle tenait à la main.
Il acquiesça sans un mot et ils se dirigèrent vers la table de black Jack, exactement là où ils étaient la veille.
Elle poussa un soupir de soulagement en prenant place sur la chaise. C’était un pas dans la bonne direction, même s’il était plus qu’évident qu’il allait garder ses distances.
Ils passèrent trois heures plus ou moins fructueuse à cette table et en repartirent tout de même avec un butin plus important que leurs mises de départ. Lorsque l’employée tandis le coupon pour encaisser l’argent qu’elle avait gagné à Blair, elle le présenta à Chuck.
- Tu es vraiment certaine que c’est ce que tu veux ? interrogea-t-il
- J’ai bien l’intention de le récupérer. C’est juste un investissement. Un des plus sûr que je puisse faire, souri-t-elle.
La chaleur et la confiance qu’il lut dans les yeux noisette de la jeune fille lui réchauffèrent le cœur.
- La princesse Grimaldi ! s’étonna soudain une voix masculine derrière eux.
Blair sursauta à cette appellation et Chuck eut l’impression de recevoir un coup de poing dans l’estomac.
Un homme plutôt grand, chevelure châtain claire, aux yeux verts s’avança vers elle et l’embrassa sur les deux joues.
- Aymerick, lui sourit Blair, mal à l’aise.
- Je ne savais pas que tu étais sur le rocher ! s’exclama-t-il.
- Je n’allais pas faire paraître un communiqué de presse, répondit-elle un peu gênée.
- Oui, j’imagine, mais tu aurais au moins pu me passer un petit coup de fil. Ça se fait entre amis non ?
Elle plaqua un nouveau sourire sur ses lèvres en réalisant l’opportunité qui se présentait juste devant elle.
- C’est vrai, mais je ne voulais pas te mettre dans une situation ambigüe. Néanmoins, laisse-moi t’offrir un verre pour me faire pardonner. Je te présente Chuck Bass, dit-elle d’une manière désinvolte en désignant le beau brun qui se remettait du choc.
- Aymerick Wasbeirger, dit le nouvel arrivé en lui tendant la main.
Chuck, serra sa main et fut surpris par la poigne franche et amicale de l’intrus.
- Aymerick est le petit-fils du comte Ludwig Wasbeirger et toujours à la recherche d’une bonne idée susceptible d’être un bon investissement potentiel, renchérit Blair sans se départir de son sourire mielleux.
Un soleil radieux inondait Paris en cette fin de matinée de début juin alors que Chuck grimpait les escaliers de l’immeuble particulier qui abritait l’appartement des Waldorf-Rose.
Il devait reconnaître qu’il valait bien mieux avoir Blair dans son camp. Leur petite rencontre fortuite avec l’héritier Weisberger avait été des plus fructueuses. Aymerick voulait lui aussi se démarquer de sa famille qui avait beaucoup investit dans les chantiers navals.
Si ces aïeux étaient reconnus dans cette branche, le jeune homme voulait se faire un prénom et sautait sur toutes les opportunités qui lui semblaient potentiellement et substantiellement rentables. Il était donc partant pour embarquer avec eux.
Blair n’avait pas son pareil pour vanter les mérites de leur projet. Elle avait été particulièrement généreuse en compliments à son égard en particulier pour emmener son « ami » avec eux dans l’aventure.
Le fait que les deux hommes aient un bon échange n’avait pas été étranger non plus à leur association. Chuck appréciait la franchise d’Aymerick et son esprit rationnel.
Le jeune homme aux yeux sombres était persuadé que lorsqu’il présenterait son projet bien ficelé au conseil d’administration, leurs esprits cartésiens feraient le reste.
Après tout son père avait été absent pendant une longue période et contrairement aux reproches qu’il avait faits à son fils, les chiffres de B.I. étaient très bons. Ils avaient progressés sous sa gérance et ça c’était un fait établi.
En entrant dans l’ascenseur qui menait à l’appartement, Chuck inspira un grand coup. Il était intrigué depuis que Blair lui avait demandé de venir à Paris deux soirs auparavant.
Il lui devait bien ça. Elle était venue tous les soirs au casino pour faire augmenter la mise depuis les deux dernières semaines et elle avait même pris une chambre au Mariotte pour ne pas faire d’incessants voyages entre Paris et Monaco. Mais elle ne pouvait pas rester plus longtemps car ses propres affaires la rappelaient à l’ordre.
La présence de la jeune fille lui avait manqué la veille. Même si rien ne se passait entre eux, Chuck restant toujours tapi dans sa tranchée, il aimait l’avoir auprès de lui chaque soir et il se délectait par anticipation de pouvoir la voir. C’était comme une douceur atroce d’être à ses côtés tandis qu’il ne se permettait aucun écart de peur de se laisser emporter par son attraction fatale. Mais il prenait tout le reste comme un cadeau du ciel.
Son sourire et ses yeux hantaient ses nuits et il rêvait d’elle quotidiennement, le réveil l’arrachant à l’illusion d’être dans ses bras. L’envie de la jeune fille se reflétait dans son regard lorsqu’elle posait ses prunelles sur lui. Mais il savait par expérience que Blair ne convoitait jamais rien autant que lorsqu’elle ne pouvait pas y accéder.
Seulement lui était las de tous ces jeux. Le coût à payer était bien trop important.
Il aperçut sa propre image dans le fond de la cabine.
« Quand tu le croiseras dans ton miroir, dit lui qu’il est la meilleure chose qui me soit jamais arrivée dans la vie et que je m’en veux terriblement pour tout le mal que je lui ai fait. Mais que je compte bien réparer mes erreurs. Si seulement il me laisse une chance de le faire. »
Peut-être que lorsqu’il aurait à nouveau quelque chose à lui offrir en retour, si elle était encore là, si elle n’avait pas à nouveau changé d’avis à propos de ses sentiments pour lui, il considérerait cette éventualité. Mais pour l’instant, il n’était pas en position de lui faire vivre la vie dont elle était digne.
Elle méritait l’excellence et il était bien loin de ça. Il n’avait plus rien, son père lui avait tout repris et il était hors de question qu’il l’emmène avec lui dans son naufrage.
Les portes s’ouvrirent et il pénétra dans le hall où se trouvait Cyrus.
- Chuck, dit l’homme avec un sourire vrai en se dirigeant vers lui.
Le jeune homme saisit la main qu’il lui tendait.
- Je suis content de te revoir mon garçon et j’en connais une à qui ta venue fera encore plus plaisir, ajouta le beau-père de Blair avec un clin d’œil.
Chuck ne savait pas trop quoi répondre à cet accueil chaleureux qui le mettait surtout mal à l’aise. Avant qu’il ne puisse ouvrir la bouche Cyrus lui faisait une accolade.
- Je n’ai pas encore eu l’occasion de te remercier personnellement pour ce que tu as fait, reprit l’homme pratiquement chauve, mais sache que ton geste a été hautement apprécié par notre famille et que nous te sommes plus que reconnaissant d’avoir libéré Blair de cet horrible mariage.
Chuck acquiesça en silence. Si son père avait pu avoir une once de l’esprit de famille de Cyrus, tout aurait pu être tellement différent.
- Viens, allons voir ces dames, reprit le petit homme en l’entrainant vers le salon.
« Ces dames » ?
En effet dans le salon se trouvaient réunies Blair, Eléanor et … Lili ?
- Bonjour Chuck, dit la mère de Blair en voyant les deux hommes sur le seuil de la pièce.
Celle-ci sourit avec amusement en voyant la tête que tirait l’homme qu’elle aimait devant le spectacle qui s’offrait à lui.
Lili se leva pour aller au-devant de son fils.
- Bonjour Charles, dit-elle avec chaleur.
Il inspecta la pièce du regard un peu décontenancé par la situation. Il pensait qu’elle passait l’été avec son père dans les Hamptons.
- Je suis venue seule, si c’est la question que tu te poses.
- On va vous laisser, nous serons dans la salle à manger quand vous aurez terminé. J’espère que tu te joindras à nous pour le déjeuner, Chuck.
Elle sortit de la pièce sans attendre sa réponse suivie par Blair qui posa une main sur son avant-bras en passant.
Dans quel traquenard l’avait-elle encore embobiné ?
- J’ai mis un terme à mes deux mariages, au cas où la nouvelle ne serait pas encore parvenue jusqu’à toi. Elle sera officialisée dans la presse par ton père dès demain.
Chuck secoua la tête, sous le choc.
- Qu’est ce qui s’est passé ? demanda-t-il curieux.
- Disons juste que j’avais besoin d’un peu de recul après tout ce qui est arrivé et toutes les révélations de ses dernières semaines.
- Qu’est-ce qu’il a fait cette fois ?
Les mots du jeune homme étaient sortis de sa bouche sans même réfléchir.
- Ton père et moi avions nos problèmes avant sa disparition et force est de constaté qu’il n’a pas changé le moins du monde. Il fait toujours passer l’entreprise avant tout et tout le monde, y compris la famille, tu le sais mieux que quiconque.
Il secoua la tête en signe de dénégation.
- Lili, si c’est à cause de moi… commença-t-il
- Tu n’es pas la seule divergence d’opinion que nous avons et il m’a suffi de quelques jours avec lui pour me rappeler pourquoi notre mariage s’effondrait il y a trois ans.
Elle posa une main sur le haut de son bras avant de continuer.
- Je vais redevenir à nouveau Lili Rhodes, mais je serai toujours ta mère adoptive et je n’ai pas l’intention de changer ça en ce qui me concerne. Ma relation avec ton père et avec toi sont deux choses bien distinctes.
Il lui sourit timidement. Elle était la seule mère qu’il ait jamais vraiment eue.
- Je ne veux pas changer ça moi non plus, dit-il d’une voix emprunte d’émotions.
- Bien, dans ce cas cette question est réglée.
Elle serra son fils contre son cœur qui lui rendit son étreinte, avant de se dégager d’entre ses bras pour reprendre.
- Ne reste alors que la question de ce projet dont Blair m’a parlé. Il paraît que tu cherches des investisseurs.
- Je n’arrive pas à croire qu’elle t’ait appelé pour ça, dit-il soudain empli de dépit.
- Blair ne m’a pas appelée, c’est moi qui l’ai fait. Je n’arrive pas à joindre Serena et je me suis dit que sa meilleure amie savait sans doute où elle avait disparue. Je n’avais pas la moindre idée qu’elles étaient à nouveau en guerre.
Il fronça les sourcils, lui non plus ne savait pas qu’elles ne s’étaient pas réconciliées. Il faut dire qu’ils ne s’étaient pas vraiment parlé. La plupart du temps qu’ils avaient passé ensemble était devant une table de jeu et ils n’échangeaient que quelques mots.
- Quoi qu’il en soit, reprit Lili, une chose en amenant une autre, elle m’a parlé de ta situation et si tu acceptes un mécène supplémentaire…
- Mon père va être furieux contre toi.
- Et bien étant donné qu’il l’est déjà, je ne vois pas en quoi ça pourrait être pire. Je n’ai peut-être plus rien à dire au sein de B.I., mais je fais encore ce qui me plaît de mon argent et d’après Blair, c’est un placement on ne peut plus sûr, lui dit-elle en souriant avec bienveillance. Ce qui ne m’étonne pas, j’ai toute confiance en toi pour ce qui est de faire fructifier mon apport.
- Je ne vais pas te dire le contraire, sourit-il. Et ton aide est la bienvenue.
- On peut discuter de ça après le déjeuner, proposa Lili. Je commence à avoir faim et tu sais comment est Cyrus à propos de la nourriture, il est très pointilleux avec l’heure des repas.
Elle passa un bras dans le dos de son fils et ils rejoignirent la salle à manger où tous étaient déjà pratiquement prêts à passer à table.
Pendant tout le repas, Blair ne cessa de sourire. Elle était tellement heureuse pour Chuck que Lili se joigne à eux. Elle n’ignorait pas que la mère de son ex-meilleure amie avait un lien très fort avec son fils adoptif.
Elle grimaça au souvenir de Serena, mais la rejeta loin au fond de sa mémoire pour se concentrer sur des choses plus importantes. Comme le fait que l’homme de sa vie soit assis juste à côté d’elle pour partager un déjeuner dans l’appartement parisien de sa mère.
Le dessert à peine terminé, elle espéra passer un peu de temps avec lui seul à seul. Cela ne s’était pas présenté depuis l’après-midi où elle avait frappé à la porte de sa chambre d’hôtel environs deux semaines plus tôt.
Elle avait bien fait de ne pas le brusquer. Les choses avaient l’air de s’arranger et de se réchauffer doucement entre eux. Elle voulait tâter le terrain pour savoir si elle pouvait avancer et puis elle avait eu une nouvelle idée pour lui faire voir combien elle voulait partager sa vie pour de bon avec lui. Quelque chose de tangible qu’il ne pourrait pas réfuter.
Malheureusement pour elle, Lili l’accapara une bonne partie de l’après-midi et elle dû se contenter de tourner en rond comme un lion en cage.
Elle était sur des charbons ardents, elle avait peur qu’il ne s’échappe avec Lili et qu’il ne lui laisse aucune chance de lui parler en aparté.
- Si tu continues, tu vas finir par te faire saigner, commenta sa mère qui la regardait depuis dix bonnes minutes se manger les lèvres, le regard dans le vide.
Blair revint à la réalité. Peut-être valait-il mieux s’assurer que sa mère soutiendrait son avis avant de faire pareille proposition à Chuck ! Après tout Waldorf Design était toujours et serait toujours sa société avant tout.
- Maman, tu as dit que tu voulais de moi pour diriger ton entreprise…
- Notre entreprise, la reprit une nouvelle fois Eléanor.
- Notre entreprise, nota Blair avec un sourire contrit avant de s’arrêter, sa mère allait surement regretter sa décision dans quelques minutes.
- Si tu me disais plutôt ce qu’il y a dans cette petite tête qui fume depuis tout à l’heure ?
- Tu as confiance en mon jugement n’est-ce pas ? demanda sa fille.
- Ma chérie, si ce n’était pas le cas, je ne t’aurais jamais choisie pour me succéder à la tête de WD pour commencer.
- Alors, je voudrais engager certaines de mes parts en garantie pour un autre projet.
Eléanor, la dévisagea un instant avant de soupirer, elle avait la sensation qu’elle connaissait parfaitement le projet auquel sa fille se référait.
- Blair, tu es bien consciente qu’en faisant ça, tu risques de mettre ton héritage en péril, l’avertit-elle.
- C’est mon héritage, mais c’est pour mon avenir, et je ne mettrai qu’une partie minimale en jeu, rectifia la brunette de plus en plus emballée par son idée.
- Tu es certaine de ton choix cette fois ? questionna sa mère.
Blair se rembrunie à cette remarque.
- Je sais que j’ai commis des erreurs, mais je n’ai plus peur d’avancer et je veux le prouver, j’ai confiance en lui, je connais ses compétences.
- Je ne doute nullement de ses compétences, chérie !
- Alors, tu ne t’opposeras pas à ce que je lui fasse cette offre ?
- Etant donné que WD est encore debout grâce à lui, je ne vois pas comment je pourrais le refuser, mais en faisant ça, c’est un quitte ou double. Bart ne vous fera pas de cadeau.
- Je sais mais je n’ai pas peur de lui. Et si je dois faire des sacrifices, je préfère perdre mon héritage plutôt que mon avenir avec Chuck.
Eléanor acquiesça doucement.
- C’est à toi de décider ce qui est le plus important pour toi.
- C’est lui, sans l’ombre d’une hésitation.
Blair enlaça sa mère le sourire aux lèvres, elle était certaine que ça marcherait. Ne restait plus qu’à le convaincre.
Elle entendit la porte du bureau s’ouvrir et se précipita avant que Chuck ne puisse suivre Lili qui en sortait.
Blair y entra rapidement et fit face au jeune homme qui se préparait à partir à n’en pas douter. Son cœur battit plus fort lorsque ses yeux rencontrèrent les siens.
D’un coup d’œil il jaugea la brunette. Elle s’arrêta un instant avant de plonger son regard dans le sien. Elle était déterminée à gagner une bataille, il l’avait compris à la seconde ou elle les avait enfermés là.
- Chuck, commença-t-elle en approchant.
Il sentit son cœur se mettre à cogner plus fort.
- Blair, railla-t-il, déjà sur la défensive.
- J’ai en une idée, lâcha-t-elle.
Il se raidit, à ces mots.
- Une idée qui concerne quoi exactement ?
- Ton projet pour siéger à nouveau au conseil de BI
Il se détendit un peu, ça ne concernait pas l’aspect romantique de leur relation ou plutôt de leur non-relation en ce sens.
- Et si au lieu de vouloir remonter dans le bateau avec ton père, tu fondais ta propre entreprise ?
- Tu veux que je concurrence mon père ? lâcha-t-il abasourdi par cette hypothèse.
Elle haussa les épaules.
- Et alors ? Il y a quantité de concurrents sur ce marché. Tu connais toutes les ficelles, tu connais les personnes qu’il faut et tu as évolué assez dans ce monde pour y faire tes preuves. Pourquoi tu ne travaillerais pas directement pour toi ? Tu n’aurais aucun compte à rendre à personne à par toi-même et tes associés et le jour où tu hériteras vraiment de l’entreprise de Bart tu n’auras qu’à réunir les deux.
- Alors là, si tu crois que je suis encore sur son testament ! renifla-t-il moqueur.
- Dans ce cas, qu’est-ce que tu as à perdre de toute façon ?
- Blair, il me faudrait réunir encore bien plus de liquidités pour pouvoir faire ce dont tu parles. Et je devrais repartir de zéro.
- Exactement comme ton père ! répliqua-t-elle
Il eut un haut le corps et resta sans voix.
« Touchez » pensa-t-elle.
- Tu es complètement inconsciente si tu crois que mon père va me laisser une seule chan…
- On ne lui demande pas son avis ! le coupa-t-elle, s’animant sous l’excitation de sa pensée, qui prenait forme dans l’esprit de Chuck.
Elle pouvait le lire sur son visage. Il était séduit par le fait de ne rien devoir à son père et de prouver ses capacités par lui-même.
- Tu as tes propres fonds, tu es majeur, tu fais ce que tu veux de ton argent et si je ne m’abuse il a plutôt bien prospéré ces dernières semaines.
Il secoua cependant la tête négativement.
- Mais ça ne suffira pas. Les accords que j’ai passé avec les investisseurs potentiels jusqu’à maintenant n’entérinaient pas cet aspect des choses et mon père fera tout ce qu’il peut pour me mettre des bâtons dans les roues.
- Tu as peur de te mesurer à lui alors que tu viens de lui déclarer la guerre ? questionna-t-elle d’un ton abrupt, la provocation perçant dans sa voix et couvant dans ses prunelles presque charbon en cet instant.
« Et de 2 » compta-t-elle silencieusement devant la lueur qui venait de s’allumer au fond des yeux de Chuck.
Le défi c’était son adrénaline. Tout comme elle, il ne pouvait s’empêcher de le relever à l’instant où on lui agitait sous le nez, comme une cape rouge devant un taureau. Et elle pouvait être fière d’elle-même, celui-là, elle lui présentait sur un plateau d’argent.
- Je pourrais toujours revoir les termes avec les investisseurs. Mais ça ne suffira pas. La banque voudra une caution et …
- J’ai des actions de valeurs à mettre en gage, triompha-t-elle avec un sourire radieux.
- Quoi ? Mais tu es tombée sur la tête ? la rembarra-t-il.
- Pas du tout, s’offusqua-t-elle.
- Est-ce que tu réalises seulement ce que tu viens de dire et de quoi tu parles ?
- Je sais parfaitement ce que je dis, merci ! C’est un risque calculé, j’en ai parlé avec ma mère et…
« MERDE »
Elle se mordit la langue.
Les yeux de Chuck lui donnaient un tout autre signal à présent. Il venait de comprendre qu’elle avait prémédité ses réactions pour l’amener là où elle voulait et faisait demi-tour.
Elle s’approcha de lui de quelques pas mais se garda bien d’entrer en contact physique avec lui. Elle avait besoin de garder la tête froide et il valait mieux se garder de toute tentation.
La tension était palpable dans la pièce et cela ferait des étincelles si leurs corps venaient à se toucher d’une quelconque manière. Elle mourrait d’envie de sentir sa peau se frotter contre la sienne.
Mais elle savait qu’ensuite elle ne pourrait plus revenir sur sa proposition et elle voulait avant tout autre chose qu’il comprenne qu’elle voulait plus que des ébats sexuels avec lui, même si elle en rêvait depuis des nuits maintenant.
Elle voulait lui faire voir qu’elle tenait à un véritable engagement sur le long terme, qu’elle était certaine de ses sentiments pour lui et qu’elle ne jouait pas juste pour obtenir ce qu’il lui refusait.
- Tu pourrais construire notre avenir, dit-elle d’un ton radouci pour tenter de l’amadouer.
- En hypothéquant ton héritage ? Jamais ! rétorqua-t-il.
- Je n’aurais plus d’héritage si tu n’étais pas intervenu, plaida-t-elle.
- Alors c’est ça qu’il s’agit ! C’est pour ça que ta mère est d’accord. Je lui ai dit qu’il était inutile de me rembourser quand j’ai payé ta dote. J’ai choisi de te rendre ta liberté. Ce n’était pas un prêt, c’était un cadeau, pour que tu puisses être heureuse, explosa-t-il.
Elle sentit les larmes affluer aux coins de ses paupières.
- Alors pourquoi tu refuses que je sois heureuse maintenant ?
La colère qui s’était emparée de lui un instant plutôt fondit comme neige au soleil.
- Je … je ne… balbutia-t-il, prit au dépourvu devant la détresse qui transperçait dans la voix de Blair.
- C’est avec toi que je suis heureuse, reprit-elle en larmoyant. Est-ce que tu ne comprends donc pas ça ? Je veux construire notre avenir, je veux qu’on le construise ensemble, toi et moi. J’ai foi en toi, je ne te rembourse rien. Je ne fais qu’anticiper notre futur. Tu l’as dit, c’est à moi de faire ce que bon me semble de la liberté que tu m’as rendue. Et je choisi de la partager avec toi. Parce que tu es le seul qui m’ait jamais rendu réellement heureuse et je sais que tu peux le faire encore. TU es mon avenir, je n’ai aucune crainte sur tes capacités. Je ne mets rien en gage. Je veux juste que notre vie soit liée pour toujours et à jamais.
Elle toucha sa main du bout des doigts et il les entrelaça dans les siens, leur yeux rivés l’uns à l’autres.
- Je t’aime, je t’ai toujours aimé, je t’aimerai toujours, murmura-t-elle. Laisse-moi juste une chance de te prouver que ce ne sont pas des mots en l’air cette fois. Que je m’engage à tes côtés, pour le meilleur et pour le pire.
- Je t’aime aussi, chuchota-t-il doucement avant de clore ses paupière et de déposer un baiser sur son front.
- Alors ne me fuis pas s’il te plait. Ne fais pas la même erreur que moi. Je nous ai fait souffrir pendant plus d’une année, tu ne penses pas que ça suffit comme ça ?
Le smart phone de Chuck résonna dans la pièce, les ramenant à la réalité. Il lâcha sa main et recula d’un pas avant de décrocher pour répondre à l’appel de Jack.
Après quelques minutes, il coupa la communication.
- On dirait que Bart a décidé de passer à l’offensive, soupira-t-il en se dirigeant vers la sortie.
Elle le regarda s’éloigner le cœur à la dérive.
Trois soirs plus tard en arrivant au casino de Monte-Carlo, Blair priait pour que Chuck ait reconsidéré sa proposition.
Dans l’intervalle, Jack lui avait appris que Bart avait courcircuité Steinbeck, qui roulait pour eux auprès du conseil d’administration. Il avait ainsi fait un exemple, pour prévenir tous ceux qui seraient enclin à prendre le parti de son fils. Mettant un terme à tout putsch de leur part.
Elle repéra le jeune homme à sa table de blackjack habituelle. Il avait l’air tendu et fatigué. Il ne lui restait plus guère d’options pour reconquérir BI et elle continuait de penser que son idée était la meilleure chose pour leur avenir commun.
Elle prit le siège à ses côtés en silence, comme elle l’avait fait les autres soirs des semaines précédentes. Elle ne savait pas trop quoi penser de leur dernière rencontre.
Il avait agrippé ses doigts et l’avait même embrassée. Sur le front soit, mais c’était tout de même un rapprochement depuis la première fois où elle était venue le rejoindre à Monaco.
Elle posa ses plaques sur la table à l’entrejeu en souriant au croupier habituel.
Du coin de l’œil elle vit Chuck se détendre un peu.
L’arrivée de Blair l’avait rasséréné. Cela fait deux jours entiers depuis qu’il ne l’avait pas vue et son cœur se languissait déjà de sa présence.
Sa proposition de mettre en gage des parts de la société de sa mère l’avait fortement perturbé. Il était circonspect qu’elle soit prête à aller jusque-là pour l’aider. Pour être avec lui, pour assurer leur avenir comme elle l’avait déclaré.
Elle était tout ce qu’il y a de plus sérieux et il s’était surpris à considérer cette option. Surtout, il s’était surpris à faire des plans d’avenir avec elle à nouveau.
Blair l’avait attendu quand il avait été incapable de lui dire les trois mots, huit lettres qu’elle voulait tant entendre sortir de sa bouche. Elle lui avait fait confiance ensuite et il avait tout bousillé en à peine quelques mois. Mais ça aussi, elle le lui avait pardonné.
Elle lui avait pardonné tous ses écarts de conduite, même les pires et elle avait tiré un trait sur le passé.
Son cœur le poussait à lui rendre la pareille, mais une alarme retentissait continuellement dans sa tête, lui rappelant les affres de la douleur qu’il avait ressentie quand elle l’avait laissé derrière elle, l’abandonnant sur son lit d’hôpital après lui avoir promis de finir ses jours avec lui.
Toutes les paroles d’amour qu’elle avait prononcées avant de lui dire que son cœur appartenait désormais à un autre tournaient en boucle dans son esprit. En même temps que celles de son père.
« Tu es toujours prêt à tout envoyer valser pour une fille que ne fait que jouer avec toi »
Blair avait raison, il n’avait aucune raison d’écouter son père. Mais il était son père et quand bien même Chuck connaissait parfaitement les dessins de ce dernier, il ne parvenait pas à faire taire cette sirène qui hurlait dans son crâne.
Il était parti rapidement après le coup de fil de Jack pour échapper à son envie de la prendre dans ses bras et de la serrer tout contre lui. Le geste qu’elle avait posé pour lui prouver qu’elle avait vraiment l’intention de s’engager avec lui avait chamboulé son cœur et il avait besoin de temps, et surtout d’espace loin de ses bras, pour réorganiser sa réflexion.
Néanmoins, quand elle n’était pas venue le soir après leur déjeuner chez les Waldorf-Rose, il avait paniqué à l’idée qu’elle ne viendrait peut-être plus du tout.
Maintenant qu’elle était assise sur le siège adjacent, il pouvait enfin mieux respirer. Sa beauté l’envoutait et ses sens s’enivraient à sa seule présence.
Il exhala un soupir avant de placer ses jetons sur la table, elle fit glisser les siens tout à côté et frôla ses doigts. Un frisson remonta le long de son échine à ce simple contact aussi léger qu’une plume.
Blair tourna la tête vers lui et lui adressa un sourire. Ses yeux pétillèrent lorsqu’il y répondit.
Le cœur de la brunette s’enflamma, il n’avait pas l’air de lui en vouloir. Au contraire, on aurait plutôt dit qu’il était d’humeur conciliante ce soir.
Elle avait lutté contre elle-même pour ne pas le suivre quand il avait quitté sa résidence à Paris. Mais apparemment lui donner de l’espace apportait quelque chose de positif.
Ils restèrent côte à côte pendant trois heures environs avant de se détourner du tapis vert pour rejoindre la caisse de change.
Elle appréhendait cet instant où ils se séparaient au milieu de la nuit. Elle attendait avec impatience celui où elle le suivrait et se réveillerait au petit matin, son corps blotti conte le sien.
- Tu ne voudrais pas qu’on aille boire un verre ? proposa-t-elle.
Il hésita un instant et le cœur de Blair bondit dans sa poitrine à tel point qu’elle pensa qu’il allait sortir de son corps.
- Il faut qu’on parle, répondit-il après un moment de silence qui sembla durer des siècles à la jeune fille.
Ils sortirent dans la rue pour se diriger vers le « Bouddha Bar » un peu plus loin. Marchant sur le trottoir, elle fut grandement tenter de saisir sa main mais se ravisa au dernier moment.
Il avait accepté de prolonger leur soirée, elle ne voulait pas le braquer.
Quand ils entrèrent dans l’établissement Chuck l’entraina vers une alcôve. Il commanda un scotch tandis qu’elle opta pour un martini dry. Un petit remontant ne serait pas de trop pour briser la glace qu’elle sentait à présent dans tout son corps.
Le garçon apporta leurs boissons mais, bousculé par un client, le plateau échappa à son contrôle, atterrissant pratiquement sur les genoux de Blair qui n’eut que le temps de se lever dans un réflexe.
- Vous ne pouvez pas faire attention ! fulmina-t-elle
Le jeune homme qui avait apporté les boissons s’excusa et marmonna qu’il revenait avec une nouvelle commande alors que le client qui l’avait bousculé s’arrêtait net dans son élan. Il se retourna d’un bond et son visage blêmi.
- Qu’est-ce que tu fais la ? éructa-t-il à l’adresse de Blair qui devint livide en reconnaissant son ex-mari.
Chuck qui observait la jeune femme, tourna la tête et se leva d’un bond pour s’avancer.
- Je suis encore libre de mes mouvements, cingla Blair se rapprochant instinctivement de ce dernier.
- Pas quand il s’agit de venir batifoler sur MON rocher avec LUI, argua le prince avec un mouvement de tête à l’adresse du jeune homme qui était maintenant à la même hauteur que la brunette.
Du coin de l’œil, elle vit Chuck carrer la mâchoire et serrer les poings. Elle fit un pas de côté pour se placer entre Louis et lui. C’était loin d’être l’après soirée qu’elle s’était imaginée.
- Mes parents vivent en France, tu croyais peut-être que je n’y remettrais pas les pieds ? demanda-t-elle hors d’elle.
- Ballade-toi à Paris tant que tu veux mais reste loin de Monaco. Qu’est-ce que tu cherches ? A te faire photographier par les paparazzis ? Tu es déjà en manque de scandale ? Tu n’en n’as pas fait assez pendant la période où on était ensemble ? l’accusa-t-il, les yeux exorbités par la rage.
- Personne ne m’a vu. Et quand bien même, qu’est-ce que ça peut faire ? Ça fera un peu de publicité pour ta famille !
- Comment oses-tu venir ici, te mêler aux Monégasques, après nous avoir ridiculisés aux yeux du monde entier ? Tu as de la chance que personne ne t’ait reconnue.
- Sinon quoi ? Tu aurais lâché ta mère après moi ? Ou bien ta sœur angélique peut-être ?
- Béatrice n’est surement pas parfaite mais elle a un cœur elle au moins. Comment as-tu seulement le culot de poser le pied ici après ce que tu as fait à notre bébé en tentant de t’enfuir avec lui ? Tu n’as aucune conscience. Tu es pire que tout ce que j’ai jamais imaginé, lui cracha-t-il au visage.
Blair sentit son corps se mettre s’agiter de toute part sans pouvoir le maîtriser.
- Ça suffit ! hurla Chuck à Louis derrière elle.
Son regard était plus noir que jamais.
Il passa ses bras autour de la taille de la jeune femme qui était sans voix, le souffle court et sentit son corps qui tremblait comme une feuille. Ses yeux s’étaient remplis de larmes qu’elle arrivait à peine à contenir.
- Viens, on sort d’ici, lui souffla-t-il en resserrant son étreinte.
Louis les regarda s’éloigner, l’œil mauvais, comme le serveur ramenait les nouvelles consommations.
- Ces personnes sont interdites dans tous les établissements du rocher, cria-t-il au pauvre jeune homme qui n’en pouvait rien.
- Je vais faire passer le mot aux videurs, répondit-il faiblement remportant une fois de plus son plateau.
Chuck porta quasiment Blair, qui trainait à peine les pieds, jusqu’à l’extérieur du bâtiment. Une fois dans la rue, à l’air libre elle se mit à haleter. Il relâcha sa prise pour lui donner de l’espace et déposa sa veste sur ses épaules dénudées, elle avait la chair de poule.
Elle s’agrippa à lui de toutes ses forces pour ne pas s’écrouler, se serrant contre lui autant qu’elle le pouvait à la place. Les larmes roulaient sur ses joues sans même qu’elle en ait conscience. Il referma ses bras autour d’elle pour la soutenir de son mieux et la berça doucement.
Elle respirait avec difficulté. Il la sentait faire des efforts démesurés contre sa poitrine pour réussir à faire descendre l’air dans ses poumons. Il se demanda s’il elle savait encore où et avec qui elle se trouvait en ce moment. Il crut même l’espace d’une seconde qu’elle allait perdre connaissance.
Il fit signe à un taxi et s’y engouffra avec elle, toujours incapable de la moindre réaction.
Une fois dans l’habitacle, elle resta prostrée contre lui tandis qu’il caressait son dos et déposait des baisers sur ses cheveux et le haut de son front pour tenter de la calmer.
Elle reprit peu à peu haleine durant le trajet mais ses larmes continuaient de tremper sa chemise.
Chuck la maintint tout contre lui pour ne pas briser le contact et elle s’obligea à faire quelques pas une fois arrivé à son hôtel. Il la ramena dans sa suite et se laissa tomber sur le canapé avec elle pour l’obliger à s’asseoir.
Il tenta de se relever pour lui ramener quelque chose à boire, mais elle ne voulait pas qu’il s’éloigne, ne fut-ce que de quelques mètres. Elle réaffirma sa prise autour de sa taille.
- Je vais te chercher un peu d’eau, je reviens, murmura-t-il.
Elle secoua la tête, le tirant vers le bas en se laissant aller contre lui à nouveau pour l’empêcher de la quitter.
- Ok, je reste là. Je ne vais nulle part.
Elle ferma les yeux pour que la pièce cesse de tourner autour d’elle. La chaleur du corps de Chuck la réchauffait, sa présence était la seule chose qui empêchait son esprit de dériver au loin.
Dans cette limousine, tandis que le bruit de la tôle froissée crissait dans ses oreilles et qu’elle ressentait la violence du choc du véhicule, stoppé net dans sa course contre la rambarde de sécurité, dans tout son corps, protégé par celui ce Chuck, qui faisait rempart du mieux qu’il le pouvait.
Elle avait entendu la voix de Nate leur crier de ne pas bouger et elle était restée là, accrochée à lui qui respirait à peine, jusqu’à ce que les secours viennent les sortir du véhicule et l’arrachent à ses bras.
Même à ce moment là, elle n’avait pas eu conscience qu’elle était blessée et que son bébé avait subi le contre coup du choc absorbé par le corps de Chuck.
Elle avait entendu le jeune homme avec qui elle voulait élever son enfant gémir quand les ambulanciers l’avaient déplacé pour l’évacuer puis, plus tard, l’avait vu sombrer dans l’inconscience en arrivant aux urgences, alors qu’ils étaient couchés sur des civières à quelques mètres l’un de l’autre.
Chuck la regardait continuer à trembler, blottie tout contre lui. Des spasmes soulevaient son corps frêle par intermittence maintenant. Il attrapa le coin d’une couverture, disposée plus loin sur un fauteuil et l’étala autour d’eux pour tenter de la réchauffer.
- T’en va pas, réussi-t-elle enfin à bredouiller.
- Je suis là, je suis là. Je ne vais nulle part, je te le promets, répéta-t-il en caressant ses cheveux.
Il était désemparé de la voir dans un tel état et de ne pas savoir quoi faire pour qu’elle aille mieux. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait même s’il avait bien conscience des mots horribles que ce sale type lui avaient jetés à la figure.
- Tout va s’arranger, souffla-t-il bien qu’ignorant exactement de quoi il s’agissait en réalité.
- Non, tu ne me pardonneras jamais, hoqueta-t-elle s’agrippant désespérément à lui.
Son cœur rata un battement. C’était lui qui était la cause de cette crise ? Quel rapport y avait-il entre lui et la scène qui s’était déroulée avec son ex-mari au « Buddha Bar » ?
- Si c’est à cause de ce que Louis a dit …
- Il a raison, j’ai tué mon bébé. Jusqu’ici il n’avait jamais osé me le dire en face. Et je t’ai presque tué toi aussi, pleura-t-elle
Ses sanglots redoublèrent et il sentit son cœur se serrer dans sa poitrine en découvrant l’étendue du problème.
Ils n’avaient jamais abordé la question de sa fausse couche après l’accident. Elle s’était enfuie loin de lui et n’avait pas cessé de courir jusqu’à récemment.
Eclairées par une lumière différente à cette simple phrase, toutes ses réactions incohérentes prenaient soudain un sens à ses yeux. Il se mordit la lèvre inférieure en réalisant les tourments qui habitait la jeune femme qu’il aimait.
Il pensait qu’elle avait surmonté la perte de son bébé depuis longtemps et se le reprocha, il la connaissait mieux que ça, il aurait du comprendre qu’elle se cachait simplement d’une réalité trop difficile à accepter pour elle. Elle avait toujours eu recours au déni pour masquer ses peurs et ses angoisses.
Il resserra ses bras autour de ses épaules et murmura contre sa chevelure.
- Toi et moi savons parfaitement que ce n’était pas ta faute, ce n’était même pas un accident. C’est le cousin de Nate qui est responsable et il s’est dénoncé à la police.
- Peu importe qui a trafiqué cette voiture, c’était ma décision.
Elle ouvrit lentement les yeux lorsqu’il passa une main sous son menton pour l’obliger à le regarder.
Il y avait tant de remords dans les yeux de Blair, où dansaient des larmes qu’elle déversait depuis leur départ du « Buddha bar »
Il repensa au premier et dernier après-midi où elle était venue dans cette suite. Il était resté prostré pendant des heures avant d’être capable de se relever pour rejoindre Jack au casino.
« Une larme pour chaque miette » se souvint-il.
- Tu n’es pas responsable de ce qui est survenu. Tu n’avais pas le pouvoir de le retenir auprès de toi, sinon tu l’aurais fait, j’en suis certain. Tu as été une mère parfaite pour ce bébé et un jour tu seras une mère parfaite pour son frère ou sa sœur, sans le moindre doute.
Il déposa un autre baiser sur ses cheveux et essuya ses larmes qui coulaient encore et toujours.
- Est-ce que ce sera le nôtre ? demanda-t-elle pleine d’espoir, plongeant ses yeux embués dans les siens.
Le cœur de Chuck battu plus fort à cette hypothèse.
- Ce sera le nôtre, affirma-t-il doucement.
Elle reposa sa tête sur sa chemise détrempée et attrapa la main du jeune homme qui caressait sa joue pour entrelacer ses doigts aux siens, déposant un baiser sur le dos de sa main avant de la ramener avec la sienne sous la couverture.
Ils restèrent silencieux un moment, pendant que les pleurs de Blair se calmaient progressivement.
- Quand on m’a annoncé que j’avais perdu mon bébé, je me suis sentie si vide, dit-elle soudain d’une voix faible. La seule et unique chose que je voulais, c’était me réfugier dans tes bras. Mais tu n’étais pas là… Tu n’étais pas là, tu étais étendu sur ce lit, agonisant et je me suis demandé pourquoi Dieu m’avait fait ça, pourquoi il ne me permettait pas de venir avec vous.
- Je suis désolé, dit-il tout bas. Je ne voulais pas te laisser seule.
- Je sais… Et j’avais si peur que tu t’en ailles pour toujours toi aussi. Alors j’ai prié et j’ai promis… n’importe quoi. Tout ce qu’il voulait, tout ce que je pouvais, pour qu’il ne t’emporte pas de l’autre côté. Et ensuite, je t’en ai voulu, même si je savais que c’était injuste… J’avais tellement besoin de toi, tu étais le seul qui pouvait m’aider à surmonter ma peine, le seul qui pouvait comprendre mon chagrin et tu n’étais pas là. Est-ce que tu pourras jamais me pardonner pour m’être enfui loin de toi quand tu avais tant besoin de moi toi aussi ?
- Je suis là maintenant, avec toi, énonça-t-il d’un ton résolu avec évidence.
- Oui, tu es là et je ne m’éloignerai plus jamais de toi, je ne laisserai plus jamais quoi que ce soit nous séparer, pas même Bart Bass. Je veux partager mon futur avec toi, je veux bâtir Notre futur. Je veux être ton avenir. Je veux devenir ta femme et porter tes enfants.
- Et c’est comme ça que ça va se passer, parce que c’est ce que je veux moi aussi, la rassura-t-il d’un ton résolu.
Il observa encore longtemps les traits parfaits de son visage, qui se détendaient peu à peu, elle était si belle.
Il sentit son petit corps, pelotonné contre le sien, se relâcher doucement comme elle glissait lentement dans les limbes et il finit par dériver vers le sommeil lui aussi.
Blair se réveilla dans la chaleur du cocon formé par le corps de Chuck et la couverture qu’il avait tirée sur eux la veille.
Elle resta plusieurs minutes à se délecter de sa présence auprès d’elle.
Elle avait eu l’impression d’être aspirée en enfer quand Louis lui avait craché ses accusations en pleine figure.
Elle se colla tout contre l’homme qu’elle aimait de tout son cœur en repensant à la mort de son bébé. Le contact du beau brun endormi tout contre elle la réconfortait.
Au moins lui était vivant, il était là, avec elle. Et même si rien ne pourrait jamais combler le trou qu’elle avait dans le cœur, ni remplacer cet enfant, elle pouvait enfin avancer. Elle se devait d’avancer, elle avait déjà gaspillé un temps bien trop précieux. Elle avait perdu un an de sa vie, de leur vie.
Elle avait parcouru un long chemin chaotique pendant toute cette année, mais elle était enfin revenue à la maison, à la raison. Elle avait retrouvé toutes ses facultés. Elle était redevenue elle-même, Blair Waldorf. Elle était là où elle devait être. Dans ses bras, elle était chez elle, il n’y avait aucun autre endroit au monde où elle se sente plus en sécurité.
Elle n’avait plus peur, elle était forte et la vie, l’avenir s’offrait à elle, et à lui. Car il n’y avait aucune autre option pour elle. Elle avait pourtant essayé de tout briser, plus d’une fois, mais quoi qu’elle fasse son cœur appartenait à Chuck et la ramenait vers lui.
Pourtant, elle avait bien failli réussir à le briser lui. Lui aussi avait une route difficile derrière lui et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle n’avait rien fait pour lui faciliter la tâche.
Mais comme il lui avait dit « Quand deux personnes sont destinées l’une à l’autre, finalement, ils finissent toujours pas se retrouver »
Il avait raison et elle mesurait pleinement sa chance qu’il n’ait pas abandonné leur amour sur le bord du chemin quand elle lui avait donné toutes les raisons de le faire.
Elle leva les yeux sur lui, toujours au pays des rêves. Elle savait qu’ils étaient semblables aux siens.
L’ombre d’un sourire apparu sur le visage de la jeune fille. Ses cheveux étaient tous ébouriffés, il était si beau, si paisible dans son sommeil. En cette seconde, elle l’aimait plus qu’elle ne l’avait jamais aimé.
En fait, elle l’aimait plus à chaque seconde qui passait, l’étendue de ses sentiments pour lui était infinie.
Il remua un peu quand elle caressa sa joue et elle se mordilla la lèvre inférieure. Elle ne voulait pas le réveiller déjà, il était encore tôt et elle aimait le savoir à l’abri de ses tourments, là où la quiétude régnait, loin des misères et de la douleur que le retour de Bart avait occasionné en lui.
Comment son propre père pouvait-il lui faire ça ? Comment pouvait-il être si ignoble avec son fils unique ? Pas étonnant que Chuck ait eu besoin d’une thérapie pour réussir à cicatriser.
Mais elle ne laisserait pas Bart rouvrir ses plaies. Elle serait son refuge, comme il était le sien. Elle veillerait à ce que personne ne lui fasse plus de mal. Elle serait sa famille, celle dont il avait toujours rêvé et qu’il s’était même pris à espérer.
Elle se battrait pour lui corps et âme et se jetterait dans la bataille à ses côtés, tout comme il s’était battu pour elle alors qu’elle lui avait même ôté l’espoir de la voir revenir un jour vers lui.
Doucement, elle se détacha de lui et se leva du canapé. Elle déposa un baiser tendre sur sa tempe en réarrangeant la couverture autour de lui pour qu’il n’ait pas froid.
Elle savait pertinemment qu’il ne tarderait pas à prendre conscience de son absence et qu’il émergerait. Elle s’éloigna vers la porte, à pas feutrés, à contre cœur.
Chuck ouvrit lentement les yeux, et massa sa nuque endolorie d’avoir dormi sur le canapé. Il lui fallut quelques secondes pour se rappeler pourquoi il n’était pas dans son lit, avant de se lever d’un bond en percutant que Blair n’était plus lovée contre lui.
Il jeta un coup d’œil circulaire autour de la pièce mais il n’y avait aucune trace d’elle, comme si elle n’avait jamais été dans cette pièce avec lui hier soir.
Il passa une main sur son visage et se dirigea vers la chambre. Elle ne pouvait pas être partie comme ça, sans rien lui dire. Pas après ce qui s’était passé la veille.
Il étouffa un grognement de mécontentement en ne la voyant pas étendue sur le lit, là où elle aurait pu s’installer pour mieux dormir.
La porte de la salle de bain s’ouvrit et un sourire naquit sur le visage de Chuck, grandissant de seconde en seconde.
Elle s’était débarrassée de sa robe de soirée et portait, pour tout vêtement, une de ses chemises. Elle avait noué ses cheveux en un chignon simple et lâche et n’était pas encore maquillée. Elle était sublime.
Elle croisa son regard envieux et sentit son corps se réveiller instantanément.
Un immense sourire, qui s’étirait jusqu’à ses yeux gourmands, révéla ses pommettes quand il s’approcha d’elle et passa ses bras autour de sa taille.
Elle l’attira à elle et goûta ses lèvres exquises sans aucune privation. Ça faisait une éternité qu’elle attendait ce baiser.
Elle glissa sa langue dans sa bouche pour la faire danser contre la sienne et l’entendit pousser un soupir de soulagement mêlé à un gémissement de plaisir et de désir alors que ses mains se faufilaient sous la chemise qu’elle venait de revêtir.
Les mains de Blair se nouèrent autour de son cou tandis qu’elle accrochait ses jambes autour de sa taille, l’embrassant à perdre haleine. Sa bouche était avide et il sentait en elle le même besoin impérieux de mélanger leurs corps qui manquaient l’un de l’autre depuis bien trop longtemps.
Il la porta jusqu’à son lit et bascula avec elle, toujours soudée à ses hanches, dans les draps. Déjà les doigts de Blair arrachaient les boutons de la chemise imprégnée de ses larmes séchées.
Il fit courir ses lèvres de sa bouche à son cou, puis sur sa clavicule alors que la chemise que portait Blair, trop grande pour elle, laissait apparaître le haut de sa poitrine.
Sans grande résistance, le tissu céda et s’ouvrit sous la pression des mains de Chuck qui remontaient depuis son ventre. Il émit un grognement approbateur quand le corps de la jeune fille fut mis à nu et se redressa pour contempler le spectacle alors qu’elle faisait glisser les vestiges de la chemise sur laquelle elle avait pleuré et dormi, des épaules de l’homme qu’elle désirait plus que tout.
- Je t’aime, murmura-t-elle en croisant son regard qui se rassasiait du spectacle du corps mince et élancé dont il avait tant rêvé.
- Je t’aime, répondit-il, avant de reprendre la course effrénée de ses lèvres et de ses mains sur sa peau douce.
Un peu plus de trois heures plus tard, leurs désirs charnels assouvis, ils se prélassaient dans les bras l’un de l’autre, leurs corps parfaitement imbriqués l’un à l’autre.
Le cœur de Chuck reprenait peu à peu son rythme normal. Il sentait les papillons, qui avaient repris possession de lui voleter dans son estomac. Il ne voulait pas que cette sensation s’arrête, plus jamais.
A regrets, il brisa leur union et se redressa pour glisser jusqu’au bout du lit afin de passer… rien du tout en fait, car Blair n’avait laissé aucune espérance de vie à cette chemise.
Elle s’étira pour l’atteindre et encercla sa taille.
- Où crois-tu aller comme ça ? demanda-t-elle d’une voix suave.
- Le room service à amener le petit déjeuné. Tu n’as pas faim ?
Ils avaient distraitement entendu la porte de la suite s’ouvrir durant leurs retrouvailles, mais aucun d’eux n’en avait eu cure. Ils se fichaient bien d’être entendus par le personnel de l’hôtel.
- J’ai très, très faim, répondit-elle en mordant légèrement son épaule. Mais il n’y a rien qui me fasse envie sur le chariot, j’ai déjà tout ce que je préfère ici, sous mes mains.
Elle fit glisser ses doigts vers le bas du ventre de Chuck et il sentit son sourire espiègle quand elle embrassa son omoplate.
- Moi j’ai faim, la nargua-t-il en se levant, avant qu’elle ne réussisse à le détourner de son objectif.
Elle grogna de mécontentement et se laissa retomber sur l’oreiller comme il passait une robe de chambre.
Il s’éloigna sans se retourner, le sourire aux lèvres.
Blair chercha la chemise qu’elle lui avait empruntée en sortant de sous la douche et l’enfila, puis se réinstalla confortablement, attendant qu’il revienne avec le plateau.
Il passa la porte à peine quelques minutes plus tard, le visage lumineux quand il déposa son butin sur ses genoux et prit place de son côté à elle sur le rebord du lit.
Elle le regarda, hypnotisée par ses yeux chocolat, où scintillaient une étincelle qui ralluma instantanément le feu brûlant de son désir et consumait son âme et son cœur de son amour pour lui.
- Epouse-moi, dit-il dans un souffle.
L’oxygène lui manqua en remarquant tout à coup l’écrin ouvert, où brillait la bague Harry Winston qu’il avait acheté à dessein il y a des années, posé entre une verrine de confiture et un petit pain français.
Elle poussa un cri qui lui déchira les tympans avant de jeter ses bras autour de son cou et de dévorer ses lèvres.
Il répondit à ses baisers, puis se saisit de l’anneau étincelant pour le passer à son doigt délicat.
- Me ferais-tu l’honneur d’accepter de devenir Madame Chuck Bass ?
- OUI, hurla-t-elle avant de pousser un nouveau son aigu qui dut s’entendre dans toutes les chambres du complexe hôtelier.
Il se mit à rire en voyant l’excitation, la joie et le bonheur intense envahir son visage alors qu’elle agitait sa main en tous sens pour admirer la lumière qui se reflétait dans toutes les facettes de la pierre précieuse ornant l’anneau d’or.
Il retira le plateau pour le poser par terre et plongea sur sa bouche vermeille, afin de la faire rouler avec lui au milieu du matelas.
- Je t’aime, susurra-t-il à son oreille entre deux baisers langoureux.
- Je t’aime aussi, depuis toujours et à jamais, s’époumona-t-elle alors qu’il glissait déjà vers la partie inférieure de son corps.
Cette fois, c’était certain, tout Monaco devait avoir entendu !
La musique chanta au milieu de la nuit et Blair émit un grognement d’agacement mais ne lâcha pas les lèvres de Chuck.
Cinq minutes plus tard, la mélodie recommença encore et encore après que le smart phone ait tintinnabulé, indiquant la réception d’un message vocal.
Chuck atteint son téléphone d’une main, tandis que l’autre était toujours posée sur le sein de Blair.
- Mmmm, gémi-t-elle en désapprobation, se débrouillant pour faire tomber l’objet des doigts de son amant.
L’attirant avec elle, elle roula de manière à se retrouvée à califourchon sur lui.
- Pas question, murmura-t-elle en lapant délicatement la peau de son cou, ses mains emprisonnant les poignets du jeune homme.
Plus d’une vingtaine de mélodies plus tard, une fois que Blair fut dans la salle de bain, il retrouva son smart phone quelque part sous le lit et rappela sa messagerie.
- Bass, putain, tu décroches jamais quand ça sonne ou quoi ? Rappelle-moi dès que tu auras ce message ! dit une voix rageuse.
Le sang de Chuck ne fit qu’un tour. Qu’est-ce que ce connard lui voulait ?
Il appuya sur la touche de rappel et il décrocha à la 1ère sonnerie.
- Bass, bordel, tu sais à quoi ça sert un téléphone ?
- Tu peux déjà t’estimer heureux que je prenne la peine de te parler Baizen ! Qu’est-ce qui me vaut le déplaisir ?
- Ta frangine ! Elle est dans un sale état et crois-moi ce n’est pas pour mon plaisir que j’ai composé ton numéro. Mais là, je vois personne d’autre que toi à contacter.
Chuck avala sa salive. Qu’est-ce que Serena avait encore foutu ?
- Elle est consciente ? demanda-t-il
- A peine. Je ne sais pas ce qu’elle a pris mais ça devait pas être de la bonne !
- Où êtes-vous?
- Ibiza.
- Envoie-moi l’adresse et occupe-toi d’elle, sans jeu de mot Baizen ! Je serai là dans trois heures.
Quand Blair revint dans la chambre, son sang se glaça. Chuck entassait des vêtements dans sa valise.
- Qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-elle le souffle court.
- Il faut que j’y aille. Le coup de fil de tout à l’heure, indiqua-t-il en se dirigeant vers la salle de bain pour passer sous la douche.
- Maintenant ? Mais il est à peine 4h du matin !
- Je sais, mais ça ne peut pas attendre.
- Chuck, qu’est-ce qui se passe ? paniqua-t-elle.
- Je reviendrai le plus vite possible.
Elle n’en croyait pas ses yeux. Il ne pouvait pas faire demi-tour maintenant ! Il l’avait demandée en mariage et elle avait dit oui. Ils avaient tout planifié entre deux baisers. Tout était parfait. Il ne pouvait pas partir comme ça et la planter là.
Elle le suivi dans la pièce d’eau et se glissa à nouveau sous l’eau, auprès de lui.
- Blair, soupira-t-il.
Elle s’empressa de l’embrasser et de caresser son torse.
- Blair, arrête. Il faut vraiment que je parte, je dois être à l’héliport dans 20 minutes, j’ai un vol qui part de Nice dans 45 minutes.
Elle passa ses bras autour de son cou. Elle ne voulait pas le laisser partir déjà, alors qu’ils venaient juste de se retrouver. Ils étaient fiancés depuis à peine une semaine et ils étaient toujours sur leur petit nuage.
- Je t’aime, souffla-t-elle.
- Moi aussi, je t’aime et je te promets que je ferai aussi vite que je peux mais c’est une urgence.
- C’est en rapport avec ton père ?
Il acquiesça. Il ne voulait pas lui mentir, mais il savait que si elle apprenait qu’il volait au secours de Serena, elle serait furieuse et tenterait surement de l’en dissuader.
Il ignorait ce qui s’était vraiment passé entre elles deux, B évitait le sujet. Mais Lili avait dit que Vania avait ramené les affaires de S au penthouse et ce n’était certainement pas de la propre volonté de sa sœur, surtout avec Bart qui venait de « ressusciter » La seule explication était donc que B l’aie jetée dehors. Le fait que la blonde ait dévoilé le journal intime de sa jolie fiancée ne devait pas être étranger à ça.
- Pourquoi tu ne veux rien me dire ? s’agaça-t-elle.
- Blair s’il te plait je n’ai ni l’envie, ni le temps, de me disputer avec toi. Je ne veux pas partir d’ici alors que tu es fâchée contre moi, mais il faut vraiment que je parte. Maintenant !
Il l’embrassa tendrement et sortit de la cabine.
******
- Où est-elle ? questionna Chuck en pénétrant dans la chambre de Carter.
- Je me suis dit qu’elle serait mieux ici que là où je l’ai trouvée.
- Où est-elle ? s’énerva le jeune homme.
- Dans la salle de bain, en train de vider tripes et boyaux. Je ne sais pas ce qu’elle a pris comme saloperie, mais ça ne lui a pas fait du bien.
En sortant de la pièce S eut un mouvement de stupeur. Son frère adoptif était assis sur le lit de Carter Baizen et il n’avait pas du tout l’air ravi d’être là. Son regard étincelait de colère. Elle se sentit à nouveau nauséeuse et fit demi-tour.
Après avoir bu la mixture spéciale gueule de bois de Chuck Bass, elle passa le reste de la journée à dormir.
En fin de soirée, elle embarqua avec lui dans un avion destination JFK
- Merci, dit-elle lorsqu’ils arrivaient à l’Empire.
- J’ai déjà bien assez de problèmes comme ça, sans y rajouter une sœur à la morgue, bougonna-t-il.
Elle l’embrassa sur la joue avant de sortir de l’ascenseur.
- Je te laisse avec Nate, essaie de ne pas l’entraîner dans la débauche.
- Est-ce que tu as des nouvelles de B ? ne put-elle s’empêcher de demander.
- Et bien en fait… on est fiancés, lâcha-t-il
S eut la même réaction que sa fiancée et lui détruisit l’oreille interne avant de se jeter à son cou.
- Pourquoi tu ne m’as rien dit ? questionna-t-elle
- Oh, tu veux dire, entre deux allers-retours au-dessus de la cuvette des WC ? ironisa-t-il.
Nate entra dans le salon de leur penthouse.
Chuck l’avait appelé pour lui demander de s’occuper de Serena pendant son absence. Il avait encore pas mal de chose à régler, notamment avec Aymerick et d’autres investisseur que Blair avait eu la bonne idée de lui présenter. « Avoir été, même laps de temps très court, le princesse de Monaco, peut avoir ses avantages » avait-elle dit, alors que cela retournait le cœur de Chuck.
Mais, il devait reconnaître que pour le coup, elle n’avait pas tort et il ne pouvait pas changer le passé de toute manière, alors autant profiter des cartes qu’ils avaient en main.
Etant donné que Lola avait décidé de ne pas venir vivre avec lui, Nate était plus qu’heureux d’avoir un peu de compagnie, sauf qu’il y avait un petit problème.
- Je peux te parler, en aparté, deux minutes.
Son meilleur ami consulta sa montre, il avait un vol pour Paris dans deux heures et il aurait voulu se reposer un peu.
Il soupira mais suivit son colocataire dans le coin cuisine.
- On a reçu ça hier, ça vient de ton père, dit-il en montrant un avis d’expulsion.
- J’aurais dû m’y attendre, s’exclama Chuck le visage impassible.
- Je suis allé voir un appart cet aprem et si c’est bon pour toi, on peut emménager là-bas dès la semaine prochaine.
- Fait pour le mieux, Nathaniel. Si ça va pour toi, alors ça ira pour moi. De toute manière, je ne sais pas encore quand je rentrerai, ni où on décidera d’emménager. Mais garde un œil sur elle, répondit-il en désignant sa sœur de la tête.
- Tu as l’intention d’en parler à B ?
- Mieux vaut que je le fasse avant qu’elle ne l’apprenne par quelqu’un d’autre.
- Bonne chance, mec ! compatit Nate en lui tapant sur l’épaule.