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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 05.05.2011 à 20h38
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Ardente plénitude" est la traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "Heroes and fools". » okapi
Cette fanfic compte déjà 342 paragraphes
"Coween... Coween !" appela Katie alors que ses petites jambes lui faisaient traverser le café de Grace.
La jeune femme se baissa et ouvrit les bras pour accueillir sa petite soeur.
Katie, riant aux éclats, se jeta autour du cou de sa soeur.
Michaela, qui tenait William endormi dans les bras, arriva d'un pas tranquille derrière.
Elle rit devant l'exubérance de sa petite fille et devant l'amour que lui portait son aînée.
Colleen, presque étranglée par la petite fille, se retourna vers sa mère qui approchait.
"Hé, maman," dit-elle d'un ton agréable avant de se pencher pour l'embrasser sur la joue.
"Je suis contente que vous ayez pu vous libérer pour déjeuner avec moi aujourd'hui... Nos discussions me manquent tellement maintenant que vous n'êtes plus souvent en ville."
Elle s'assit et posa Katie sur le siège à côté d'elle.
Tandis que Michaela s'asseyait, Colleen ne put résister et tendit les bras vers William en demandant : "Je peux ?"
Michaela sourit et lui passa le précieux paquet.
Colleen le blottit contre sa poitrine et soupira. "Il est magnifique, maman... Et il grandit si rapidement..."
La maman, fière, hocha la tête et observa sa fille roucouler devant le bébé endormi.
"Il change aussi," s'émerveilla Michaela. "Pas seulement ses cheveux... Mais quand il te regarde, tu jurerais qu'il sait ce que tu es en train de lui dire... et il sourit beaucoup plus."
Décidant qu'elle n'allait plus être ignorée en faveur de son petit frère, Katie glissa de son siège et fit le tour de la table pour rejoindre Michaela.
Elle leva les mains et Michaela la prit immédiatement sur ses genoux.
"Moi faim, maman," l'implora-t-elle avec un ton qui signifait qu'on devait s'occuper d'elle.
Michaela rit.
"Tu as toujours faim, mon coeur," répondit-elle en l'embrassant sur le haut de la tête. "Je me demande ce que sert Grace aujourd'hui..."
"Ta-te !" s'exclama Katie avec excitation, ce qui fit rire les deux femmes.
Michaela posa la main sous le menton de sa fille pour qu'elle la regarde en face et avec tout le sérieux qu'elle put rassembler, elle dit : "Tu connais les règles... Tu dois manger quelque chose d'autre avant... Avant de manger de la tarte."
Katie hocha la tête, résignée car elle savait que quoi qu'elle dise, sa mère ne changerait pas d'avis sur ce sujet-là.
Repérant Loren Bray qui était installé quelques tables plus loin, elle perdit temporairement son intérêt pour la nourriture, glissa des genoux de sa mère et courut vers lui en poussant des cris d'excitation.
Loren, dont le visage était renfrogné, comme à son habitude, sourit soudain et prit la petite fille dans les bras.
Ce n'était plus un secret en ville que Loren avait un petit faible pour 'la p'tite Katie' et certains clients sourirent en les voyant faire, dont Michaela et Colleen.
Michaela se tourna vers Colleen.
"Alors, dis-moi ce qu'il se passe en ville... Comment allez-vous, toi et Andrew ?" demanda-t-elle de bonne humeur.
Colleen haussa les épaules.
"Je ne sais pas par où commencer, maman... Travailler dans les deux cliniques rend Andrew très occupé... Mais il semble aimer ça," répondit Colleen après un moment de réflexion.
Devant le regard coupable de sa mère, elle ajouta : "Ne vous en faites pas pour Andrew... ou ne vous sentez pas coupable... Nous savions tous que vous auriez besoin de temps après la naissance du bébé... C'est l'une des raisons pour lesquelles nous sommes restés à Colorado Springs..."
Elle tapota la main de sa mère.
"Et vous ? Vous allez bien ?" demanda-t-elle avec un léger froncement de sourcils.
Comprenant tout de suite que Colleen avait été avertie par l'un de ses frères, elle répondit : "Tout va bien, Colleen, très bien..."
"Matthew m'a dit à propos de Katie."
"J'étais effrayée... Mais Sully l'a retrouvée et elle va bien... Je suppose qu'elle a déjà tout oublié," répondit Michaela.
"Et avec Sully, tout va bien ?"
Michaela sourit en se rappelant le bon début de matinée qu'elle avait passé. Elle rougit légèrement et dit : "Très bien."
Colleen, qui avait déjà vu ce regard plusieurs fois, lui tapota à nouveau la main, son inquiétude envolée.
"Bien," dit-elle de satisfaction.
Il y eut un instant de silence durant lequel elle leva les yeux et vit Freddy McFarlane entrer dans le café avant de se diriger vers elles.
Elle retint inconsciemment son souffle.
Lorsqu'il s'approcha, il ralentit, toucha le bord de son chapeau et sourit.
"Miss Cook."
Colleen était consciente de la soudaine chaleur de sa peau, mais ne pouvait pas la contrôler.
Elle hocha la tête et murmura : "Monsieur McFarlane," avant de baisser le regard vers la table.
Freddy sourit à Michaela et continua son chemin vers une table libre un peu plus loin.
Michaela avait observé la réaction de Colleen et l'attitude polie du jeune homme et elle le suivit du regard.
Elle se retourna vers sa fille aînée qui avait réussi à retrouver son sang-froid.
"C'est un jeune homme très beau, Colleen," remarqua-t-elle en étudiant le visage de sa fille. "Je ne crois pas l'avoir déjà vu auparavant."
Colleen avala sa salive.
"Il vient d'arriver... de Saint Louis... C'est le nouvel assistant de Horace..." répondit-elle, consciente du regard de sa mère posé sur elle.
"Je crois que vous vous êtes rencontrés..."
"Oui... Deux fois... En fait, la première fois, nous ne nous sommes pas parlé... Mais ensuite, il a livré du matériel médical à la clinique ce matin... Alors on a pu parler un peu..."
"Et ?"
"Et... Et... Il a l'air d'être un homme bien..."
"Hum..."
Colleen rougit.
"Maman... je suis une femme mariée. C'était simplement agréable de parler avec lui," protesta-t-elle avec un sourire timide.
"Il a demandé si je voulais aller faire du cheval avec lui... Pour lui montrer mes endroits préférés, mais je lui ai dit que ce n'était pas correct..."
Elle lança un regard plaintif à sa mère qui était parfois trop avisée.
"Peut-on parler de quelque chose d'autre, s'il vous plait ?"
Michaela rit.
"Parfois, tu oublies que tu es une belle jeune femme, Colleen, et que des jeunes gens comme Mr McFarlane te trouvent attirantes," la taquina-t-elle.
"Oh, maman !" protesta Colleen avec embarras.
"C'est vrai... Maintenant, changeons de sujet," rit Michaela.
Peu de temps après, après que les deux femmes et Katie aient fini leur copieux déjeuner et que William se soit réveillé et ait attiré vers lui bon nombre de clients grâce à son petit sourire, Michaela commença à rassembler ses affaires dans l'intention de partir, lorsqu'une pensée lui traversa soudain l'esprit, elle se rassit et regarda sa fille aînée avec prudence.
Elle lui demanda : "Tu as été au Château récemment, Colleen ?"
"Quelques fois, pour aider Myra à faire ses exercices... Pourquoi cette question ?" demanda la jeune femme.
"As-tu rencontré le nouveau directeur ? Myra m'en a parlé hier..."
"Oui... Andrew semble l'apprécier..."
"Et son nom ?"
"C'est Tilson, maman... N'est ce pas le même nom que votre amie Miriam ?"
"Oui, oui, c'est ça," répondit Michaela en fronçant les sourcils.
"Et son prénom ?"
"Je crois qu'Andrew a dit que c'était Adrian... Mais tout le monde l'appelle Mr Tilson," répondit Colleen qui se sentait de plus en plus suspicieuse.
Elle fut surprise lorsque Michaela se cala au fond de sa chaise, les sourcils froncés.
"Maman ? Vous le connaissez ?" demanda Colleen, inquiète devant la réaction de sa mère.
"C'est le frère de Miriam... Enfin, j'en suis presque sûre... Ca ne peut pas être une coïncidence," murmura Michaela, perdue dans ses pensées.
Elle leva les yeux vers Colleen.
"N'est-ce pas ?" demanda-t-elle avec espoir.
"On dirait que vous ne l'aimez pas beaucoup..." dit Colleen.
Michaela haussa les épaules et se redressa.
"Je ne l'ai pas vu depuis ma dernière année à l'université de médecine," dit-elle tout bas.
"C'était il y a longtemps... Nous étions jeunes tous les deux... En fait, il est un peu plus jeune que moi..."
"Vous vous fréquentiez ?" interrogea Colleen qui se demandait pourquoi elle n'avait jamais entendu parler de lui auparavant.
Michaela écarquilla les yeux.
"Non !" s'exclama-t-elle.
"C'est le frère de Miriam... Je l'ai rencontré à cause d'elle, c'est tout..."
Elle recommença à rassembler ses affaires.
"Je me demande pourquoi il a accepté ce travail ici," songea-t-elle.
"Peut-être que Miriam lui a dit à quel point c'était beau... et qu'il y avait des opportunités," suggéra Colleen.
Michaela sourit à sa fille. "Bien sûr, tu as raison, Colleen... Je suis trop curieuse," conclut-elle.
Elle se leva, prit la main de Katie et William dans son autre bras, elle partit en direction de la clinique avec détermination et Colleen la suivit, troublée par l'attitude de sa mère.
Chapitre 6 :
Michaela regarda à nouveau son tout petit garçon, endormi dans un panier à ses pieds.
Il avait l'air si paisible.
Puis, elle réalisa que Katie, assise à côté d'elle, était appuyée contre elle, également endormie et elle sourit.
Elle jeta un regard à Sully qui tenait les rênes et dit doucement : "On devrait peut-être faire ça plus souvent... Le mouvement du chariot les a tous les deux bercés et ils se sont endormis."
Lui aussi regarda ses deux enfants et sourit. "Oui, tu as sûrement raison..."
Il tendit la main pour prendre la sienne et ajouta soudain : "Parfois, je me sens si chanceux que je pourrais éclater de bonheur..."
Elle leva sa main à sa bouche et murmura : "Moi aussi."
Depuis deux ou trois semaines après la naissance de William, la famille avait fait ce voyage en chariot jusqu'à Palmer Creek au moins une fois par semaine.
C'était certainement très long pour les petits et la route était parfois accidentée, mais les bénéfices qu'ils en tiraient valaient les inconvénients.
La venue d'un groupe de Cheyennes du Nord dans la région tôt cet hiver, avait d'abord déconcerté Michaela, les expériences tragiques et pleines de désespoir de sa famille avec les Cheyennes étaient trop présentes pour être ravivées.
Mais, depuis le début de l'hiver jusqu'à l'arrivée du printemps, le petit groupe avait vécu tranquillement sur les anciennes terres de la réserve, avec Nuage-Dansant comme guide, et Michaela avait rejoint Sully pour les accueillir, surtout pour que leurs enfants puissent apprendre et partager des choses avec les Indiens.
C'était le voeu le plus cher de Sully : que ses enfants apprennent et transmettent les histoires et les traditions des Cheyennes.
Il adorait voir Brian devenir de plus en plus doué avec leur langue et leurs coutumes.
Voir Katie s'amuser et attendre avec impatience sa nouvelle visite chez les Indiens le comblait également de bonheur.
Pour Michaela, le temps passé avec ces Indiens pacifiques lui faisait remonter des souvenirs datant de son arrivée à Colorado Springs lorsqu'elle partait rendre visite à Bison-Noir, Nuage-Dansant, Oiseau-Blanc et les autres pour s'occuper de tous ceux qui avaient besoin d'elle.
De manière générale, elle se souvenait de cette époque avec insouciance et bonheur.
Elle hésitait à repenser aux tragédies : les épidémies, les guerres entre l'Armée et les Cheyennes, les exploits des renégats...
Au fond d'eux, Sully et Michaela savaient que l'installation des Cheyennes à Palmer Creek touchait à sa fin.
Ils avaient fui leurs terres du Nord à cause d'un hiver précoce et rude.
Beaucoup avaient été assassinés par des soldats durant leur voyage, et pourtant, ils allaient bientôt refaire le même chemin vers le Nord, vers une terre qu'il considérait comme la leur, la terre de leurs ancêtres.
Le voyage vers le Nord serait tout aussi dangereux que le voyage dans le Sud, mais ils ne se posaient pas de question et savaient que bientôt, il leur faudrait repartir.
"Sully ?" demanda Michaela. "Comment crois-tu que Brian va réagir au départ des Cheyennes ? Nous l'avons très peu vu récemment, il passe tout son temps avec eux..."
"Il sait qu'ils vont bientôt devoir partir..."
"Je sais... Mais je me demande s'il ne l'a pas inconsciemment oublié," songea Michaela avec inquiétude. "Leur départ va laisser un grand vide dans sa vie..."
"Je sais ce que c'est," murmura Sully d'un ton attendrissant.
Cette fois, ce fut Michaela qui lui prit la main.
"Je sais... Donc, tu peux savoir comment cela pourrait affecter Brian..."
"Ils vont lui manquer,' répondit-il simplement.
Michaela hocha la tête.
"Je suis si contente qu'il ait eu cette opportunité et qu'il n'ait pas laissé la mort de Petit-Oiseau-Noir le décourager d'aller leur rendre visite... Mais je m'inquiète pour lui et je ne peux rien y faire," se lamenta-t-elle.
Sully fit un peu ralentir le chariot et se tourna légèrement pour lui faire face.
"Nous pouvons seulement être là pour lui, Michaela... Je suis heureux que les Cheyennes soient devenus si importants pour lui, ça me rend fier. Et Nuage-Dansant est très fier de lui aussi. Je sais qu'il se servira de ce qu'il a appris dans un bon sens... C'est sûr qu'ils vont lui manquer, peut-être beaucoup, et j'espère qu'il y aura d'autres occasions dans l'avenir pour qu'il passe du temps avec eux... Comme je l'ai dit, nous devons seulement être là pour lui, pour qu'il puisse nous parler, se souvenir..."
"Comme toi et moi le faisons l'un pour l'autre ?" répondit Michaela.
"Oui, comme ça. Entre nous, nous n'oublierons jamais les Cheyennes."
Michaela se pencha par-dessus la tête de Katie et l'embrassa.
"Tu as raison... comme toujours," dit-elle doucement.
"Allez... Ne manquons pas une minute du temps qu'il nous reste à passer avec nos amis."
Sully lui sourit et fit claquer les rênes pour accélérer.
"Chaque semaine lorsque je le vois, il semble avoir grandi," songa Nuage-Dansant qui tenait dans les bras William bien réveillé.
"C'est un garçon fort, Sully... Ses yeux sont bleus et directs, comme ceux de son père... Son menton est bien dessiné, il sera têtu... comme sa mère."
Sully lui lança un regard plaintif.
"Tu crois ?" demanda-t-il en souriant.
L'homme-médecine hocha la tête.
"Bientôt, il sera impatient d'apprendre... tout autant que Katie."
"Et nous leur apprendrons à tous les deux les traditions Cheyennes... Parfois, j'aimerais que Katie soit un peu plus âgée pour qu'elle puisse se rappeler le temps avec Faucon-Volant et son groupe," dit Sully avec regrets.
"Il y aura d'autres opportunités..."
"Je l'espère," répondit Sully en ayant des doutes.
"Il y en aura," répéta Nuage-Dansant. "Nous devons y croire..."
Il regarda Michaela qui était assise, en train de s'occuper d'un jeune garçon qui s'était fait mal à la jambe alors qu'il chassait.
"Et Michaela va bien ?"
"Oui... Mais elle se fatigue vite... William se réveille toujours régulièrement," répondit Sully en tendant la main pour caresser le dessous du menton de son fils.
"Mais j'ai l'impression que dans pas longtemps, elle voudra retourner au travail... La médecine lui manque," continua-t-il.
"C'est un don qu'elle a... Soigner. On ne peut pas ignorer ou passer un côté d'un tel don," conseilla sagement Nuage-Dansant.
"Je sais... C'est pareil pour toi, n'est-ce pas ?" dit Sully. "Certaines personnes m'ont déjà demandé si j'aimais que ma femme travaille comme elle le fait... Mais je leur dis que je n'avais pas le choix. Elle ne serait pas la même femme si elle ne pouvait pas pratiquer la médecine."
Nuage-Dansant lui donna une tape dans le dos.
"J'ai aussi remarqué cela... Essayer de changer sa façon d'être serait la changer tout court... Et elle est une femme médecin..." dit-il calmement, presque avec recueillement.
"Et c'est d'une femme médecin dont je suis tombé amoureux," ajouta Sully.
Il se tourna ensuite vers Sully.
"Est-ce que quelque chose l'inquiète ?" demanda-t-il à brûle-pourpoint.
Sully fronça les sourcils.
"Pourquoi dis-tu ça ?" lui demanda Sully, étonné.
"Je sens quelque chose en elle."
"En fait... Elle dit qu'elle est inquiète pour Brian, quand Faucon-Volant décidera de repartir vers le Nord," expliqua Sully. "Je suppose qu'ils vont beaucoup manquer à Brian..."
Nuage-Dansant hocha la tête.
"Je sais que ça doit l'inquiéter... Elle est sa mère et elle a peur pour son bien-être... Comme toute mère. Mais non... Je sens quelque chose d'autre," songea l'homme-médecine.
"Elle n'a rien dit d'autre," affirma Sully. "Elle me semble aller très bien."
Nuage-Dansant se tourna pour être face à son ami.
"J'ai peut-être tort..."
Il haussa les épaules.
"Ou j'ai peut-être raison et quelque chose la préoccupe..." ajouta-t-il.
Il s'arrêta et leva les sourcils d'interrogation.
Sully hocha la tête.
"Quand j'en aurai l'occasion, je le lui demanderai," dit-il. "Mais je suis désolé... Je ne pense pas que tu aies raison cette fois, Nuage-Dansant..."
L'Indien rit.
"Nous verrons," dit-il avant de partir vers la clairière où Dorothy arrivait sur sa jument baie.
On pouvait entendre le bruit des pas de Kathleen à l'étage tandis que Michaela marchait sans but dans le salon.
Sully, lui, était assis devant la cheminée et semblait être en train de réfléchir.
Elle fit le tour du rocking-chair dans lequel il était installé et lui dit : "A quoi penses-tu ?"
Il leva les yeux vers elle et sourit. "A rien en particulier," répondit-il dans un murmure.
Il fit un signe de tête pour indiquer l'endroit où dormait William. "Je me demande combien de temps il va rester calme..."
Michaela sourit. "Je ne sais pas," répondit-elle. "Mais savourons ces instants de tranquillité..."
Sully tendit la main vers elle.
"Tu t'asseois avec moi ?" lui demanda-t-il en souriant.
Michaela n'avait pas besoin qu'on la supplie.
Elle s'installa rapidement sur ses genoux et il lui passa les bras autour d'elle, comme pour la protéger.
Pendant quelques instants, ils restèrent silencieux, regardant les flammes qui dessinaient des tableaux de lumière sur les murs de bois de la maison.
Michaela lui demanda enfin : "Et tu pensais à quoi avant ?"
"Rien de spécial... A Nuage-Dansant, aux enfants... à toi," répondit-il en lui caressant le bras et le dos.
"De bonnes pensées ?"
"Pour la plupart..."
"Rien en particulier ?"
Sully haussa les épaules et remit une mèche de ses cheveux roux derrière son oreille.
"Je pensais à ce que tu as dit... à propos de Brian, de Faucon-Volant... Tu as raison... Ils vont lui manquer... beaucoup... Je l'ai regardé là-bas aujourd'hui... C'est comme s'il n'était plus un étranger... Ils représentent quelque chose pour lui, je peux le voir dans ses yeux et dans la façon dont il se comporte avec eux," expliqua-t-il.
Michaela l'embrassa doucement sur le front.
"Et comme tu l'as dit, nous serons là pour lui, pour l'aider à vivre leur départ," le rassura-t-elle.
Elle laissa tomber sa tête sur son épaule et soupira.
Il y eut encore un long silence durant lequel Sully réfléchit à l'inquiétude de Nuage-Dansant pour Michaela.
Il lui demanda enfin : "Comment tu te sens, Michaela ?"
"Moi ?" demanda Michaela, un peu étonnée. "Je... je vais bien, un peu fatiguée peut-être..."
Sully la serra contre lui. "Tu veux monter te coucher ?"
"Non," répondit-elle tout de suite. "Pas encore... J'aime être ici, comme ça, avec toi... En plus, William va certainement vouloir être nourri bientôt..."
"Je suppose..." répondit Sully en s'affalant un peu plus dans la chaise pour que Michaela puisse s'appuyer davantage contre son torse.
"Je pensais... Tu te souviens quand nous avons passé la nuit au Château, peu de temps avant que William naisse ?"
"Quand nous nous sommes assis dans le lit et que nous avons mangé de la glace ?" rit Michaela.
"Et avec cet affreux Silas Jensen qui a fait une scène dans la salle à manger," ajouta-t-elle avec dégoût.
Sully rit.
"J'avais presque oublié ce passage... Mais je me souviens de la glace et à quel point c'était bon de passer du temps ensemble, rien que nous deux..."
Michaela soupira. "C'était merveilleux, mais ça me semble si loin..." songea-t-elle.
"C'était il y a seulement quelques mois."
"Mais tellement de choses se sont passées depuis." Michaela posa la main sur son ventre désormais plat.
"J'étais énorme et tout le temps fatiguée."
Sully posa la main sur la sienne.
"Je me demandais si tu voudrais peut-être refaire ça bientôt... Je sais qu'on devrait prendre William avec nous, mais ça serait bien d'avoir du temps pour nous... Et tu dois admettre que tu aimes le luxe du Château... Qu'est-ce que tu en dis ?"
Il fut surpris lorsque le corps de Michaela se raidit momentanément, puis il l'entendit inspirer profondément.
"Tu n'aimes pas cette idée, Michaela ?" demanda-t-il avec anxiété.
Elle expira doucement l'air qu'elle avait retenu et se détendit à nouveau.
Elle répondit enfin : "Nous n'avons pas besoin d'aller là-bas pour passer du temps ensemble, si ? En plus, on ne devrait pas dépenser de l'argent comme ça en ce moment, vu que je ne travaille pas à la clinique."
Acceptant son explication, Sully la rassura : "Nous aurions trouvé l'argent, Michaela... Je pensais que tu aurais aimé..."
Elle tourna la tête et l'embrassa langoureusement.
"Merci d'y avoir pensé, mais nous pourrions peut-être faire quelque chose de moins coûteux."
Elle sourit soudain.
"Je connais un endroit où nous sommes allés seuls de nombreuses fois... Il ne nous coûtera rien... et..."
Sa suggestion fut brusquement interrompue par Sully qui l'embrassa avec passion.
Une fois ce long baiser terminé, il lui murmura : "Et c'est là que nous semblons toujours finir par faire ça..."
Il l'embrassa encore.
"Oui... C'est drôle comme ça arrive... C'est peut-être les chutes d'eau ou le sentiment d'être seuls... Ou parce que la première fois que tu m'y as emmené, c'était une surprise..."
"Et peut-être parce que je ne peux pas te résister," dit Sully en lui mordant l'oreille.
"Moi non plus," répondit-elle en lui caressant les cheveux.
"Alors... Tu ne veux pas aller au Château ?" Il sentit encore une tension s'accumuler dans son corps.
"Non... Pas maintenant en tout cas," répondit Michaela dans le vague. "Peut-être un jour," ajouta-t-elle d'un air pensif.
Sully hocha la tête.
"Très bien... Nous le ferons un autre jour, Michaela... Mais l'idée de la cascade me plaît beaucoup."
"Oui... A moi aussi," acquiesça Michaela en souriant.
"On le fait bientôt ?"
"Oui, bientôt... Juste toi et moi..."
Ils entendirent soudain un sourpir suivi d'un gémissement venant du berceau près de la cheminée.
Sully rit.
"Et William," ajouta-t-il.
"Je pense que ce petit garnement nous écoutait et avait peur qu'on le laisse derrière nous."
Michaela l'embrassa tendrement, se redressa et se leva.
"Je vais le chercher... et tu apporteras le berceau," murmura-t-elle. "Je vais le nourrir en haut."
Sully sourit et hocha la tête.
Il avait déjà oublié la réaction inattendue de Michaela par rapport à sa proposition.
Chapitre 7 :
"Sarah... Apportez-nous une cafetière et quelques petits sandwiches," ordonna Adrian Tilson à la jeune servante qui était en train de s'occuper de clients qui savouraient le soleil, sous le porche du Château.
Tandis qu'elle partait en vitesse, il se tourna vers son invité. "Monsieur Cook... Je suis si content que nous ayons cette opportunité de nous asseoir et de parler un moment."
Andrew se détendit dans la solide chaise en osier et répondit calmement : "Je suis d'accord... J'ai été si occupé récemment à diriger à la fois la clinique en ville et celle-ci..."
"C'est très compréhensible pour quelqu'un de si jeune," acquiesça Adrian.
"Comment êtes-vous arrivé ici, à Colorado Springs ? Et comment êtes-vous parvenu à vous occuper de deux cliniques ?"
Andrew haussa les épaules.
"Tout est arrivé par hasard, en fait. Quand je suis arrivé, il y a environ trois ans, je n'avais pas l'intention de rester plus de quelques mois... Une amie de mon père m'a emmené ici pour assister le docteur de la ville parce qu'elle était enceinte."
"Ah... J'ai remarqué qu'il y avait une femme médecin ici... Je dois dire que ce n'est pas très commun... Cela dit, ma soeur a aussi fait des études de médecine."
"Vraiment ?" demanda Andrew, étonné.
"Oui... L'université de médecine pour femmes de Pennsylvanie."
"C'est également là que Michaela est allée..."
"Ah oui, Michaeala Quinn... J'ai vu son nom sur la clinique."
"Oui... C'est pour elle que je suis venu ici, avec sa mère en fait..." expliqua Andrew.
"Je venais juste d'avoir mon diplôme. Madame Quinn s'inquiétait pour Michaela car elle devait gérer sa grossesse en plus d'une clinique... toute seule."
"Et vous êtes resté," dit Adrian d'un ton neutre.
"Eh bien... Le temps a passé. Preston m'a demandé de travailler à la clinique, ici..." Andrew ne put s'empêcher de faire la grimace en prononçant son nom.
"Vous voulez dire que ça n'a pas été une expérience heureuse ?" demanda Adrian.
"Je... Le style de Preston ne me plaisait pas. Il pensait plus à l'argent et aux apparences qu'au bien-être de ses patients," expliqua Andrew.
Adrian rit.
"J'espère que vous ne pensez pas cela de moi... Même si l'apparence est importante... Le Sénateur Dinston et moi-même pensons tous les deux que cet établissement doit être un lieu de santé et uniquement cela."
"Je suis content de l'entendre," répondit Andrew en souriant.
"La jeune Myra Bing est un exemple idéal de la réussite de ce que nous faisons, n'est-ce pas, docteur Cook ?" ajouta Adrian.
"Certainement... C'est difficile de croire aux progrès qu'elle a fait... C'est Michaela Quinn qui a diagnostiqué son état. Alors qu'elle était enceinte jusqu'au cou, elle et son mari Sully ont fait le voyage jusqu'à Saint Louis et ils ont appris qu'elle avait une tumeur au cerveau. Cela n'a pas pris longtemps à Michaela pour réaliser que Myra avait été mal diagnostiquée et qu'elle souffrait en réalité d'une embolie cérébrale dont elle pourrait se remettre avec de bons soins," détailla Andrew, fière de sa collègue.
Adrian lutta fort pour garder un visage passif, mais à l'intérieur, il bouillonait de fierté.
Il avait toujours su que Michaela était spéciale et, entendre ce jeune homme cultivé et intelligent faire ses éloges était extrêmement jouissif.
Il inspira profondément et dit en souriant : "Et c'est là que le Château entre en scène pour jouer son rôle."
"Oui... Les infrastructures ont fait tellement pour son rétablissement... Mais Preston ne l'aurait jamais compris. Il l'aurait vue comme quelqu'un qui aurait pu décourager d'autres patients plus riches..."
"Et vous avez finalement quitté Preston ?"
Pendant un instant, Andrew eut l'air un peu honteux.
"Je suis resté ici bien plus longtemps que je ne le voulais... Mais il y a des raisons qui m'ont fait rester à Colorado Springs."
Adrian hocha la tête, sourit et leva les sourcils d'interrogation.
Andrew sourit aussi.
"J'y ai rencontré ma femme," dit-il calmement.
"Ah... Je crois que je l'ai vue avec vous en ville... C'est une jeune femme séduisante," remarqua Adrian.
Andrew sourit à nouveau, appréciant le compliment fait à Colleen.
"Oui, elle l'est... Nous nous sommes mariés au printemps dernier, donc vous pouvez comprendre pourquoi je voulais rester."
"Bien sûr... Et maintenant, vous dirigez les deux cliniques... C'est impressionnant."
Le jeune docteur rougit.
"Ce n'est pas toujours facile et c'est seulement temporaire... Je me demande parfois comment fait Michaela... Bien sûr, comme elle, j'ai l'assistance de Colleen."
"Colleen ?"
"Ma femme."
"Ah, je vois. Alors, elle travaillait avec le docteur Quinn avant de vous épouser."
Andrew rit.
"Elle travaille avec Michaela depuis l'âge de douze ans... Colleen est la fille de Michaela."
Adrian fut sauvé par l'arrivée de Sarah qui apportait un chariot sur lequel était posé une cafetière en argent, de délicates tasses en porcelaine avec leurs soucoupes et un plateau de petits sandwiches.
Il avala sa salive.
Il se retrouvait dans une situation inattendue.
Le jeune docteur était bien trop proche de Michaela.
Il essaya de se détendre dans sa chaise tandis que Sarah versait le café bien chaud dans les tasses avant de partir s'affairer ailleurs.
Finalement, après qu'ils aient tous les deux bu leur café et mangé quelques sandwiches, il dit : "Je ne savais pas que vous étiez aussi proches...d'un point de vue familial, avec le docteur Quinn... Si je l'avais su, je vous l'aurais dit plus tôt..."
"Dit quoi ?"
"Que je connais le docteur Quinn... Michaela... Elle était amie avec ma soeur lorsqu'elles étaient à l'université de médecine ensemble..." expliqua Adrian en gardant un ton neutre et un visage inexpressif.
"Vraiment ?" s'exclama Andrew.
"Quelle coïncidence que vous deviez tous les deux finir par travailler ici... loin de tout. Elle sera ravie, j'en suis certain, d'accueillir un vieil ami de l'Est."
Adrian haussa les épaules, confus. "Elle ne se souvient peut-être pas de moi..."