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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 05.05.2011 à 20h38
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Ardente plénitude" est la traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "Heroes and fools". » okapi
Cette fanfic compte déjà 342 paragraphes
"Oui... Tu te souviens de Miriam ?"
"Oui, bien sûr... On parle d'aller lui rendre visite à San Francisco depuis quelques années maintenant... et d'emmener Brian voir son père par la même occasion..." répondit Sully.
"Ce n'est pas Miriam que tu as vue ?"
"Non, son frère."
"Je ne savais pas qu'elle avait un frère."
"Si... Adrian... Il est un peu plus jeune que nous... Colleen et Myra m'ont dit que le nouveau directeur du Château était un certain Mr Tilson... Mais la coïncidence semblait trop grande pour que ce soit le même Tilson que je connaissais."
"Mais tu l'as vu aujourd'hui, au saloon, et tu as su," supposa-t-il.
Michaela hocha la tête.
Puis Sully ajouta : "Mais il n'est pas venu parler avec toi..."
"Non," répondit-elle tout bas en se souvenant que sa vieille connaissance avait mystérieusement disparu lorsque Sully était arrivé.
"Vous ne vous entendez pas bien ?"
Elle haussa les épaules.
"Il était assez plaisant," répondit-elle avec prudence.
"Mais ?"
"Je n'ai jamais vraiment eu à faire avec lui," dit-elle.
"Il y a quelque chose que tu ne me dis pas, Michaela," dit immédiatement Sully.
Elle haussa à nouveau les épaules.
"Il n'y a rien de plus à dire... Simplement des impressions."
"Quel genre d'impressions ?"
"Oh, je ne sais pas," répondit-elle avec frustration. "Je n'arrive pas à mettre des mots dessus."
"Tu as des sentiments pour cet homme ?" demanda Sully, inquiet.
"Non !" dit-elle avec véhémence.
"C'est le frère de Miriam... Je l'ai vu quelques fois durant ma dernière année à l'université... Il a été à l'université aussi."
"Il était embêtant ?"
Elle haussa les épaules.
"Je ne veux plus parler de lui," dit-elle. "C'était il y a longtemps... Et tu sais à quel point les souvenirs se déforment avec le temps. Je suppose qu'on le rencontrera quand nous irons souper au Château avec Myra dans quelques jours. Je te le présenterai..."
Elle passa les bras autour de Sully et ferma les yeux.
Le sujet avait donc l'air d'être clos.
Il y avait tellement de questions que Sully voulait poser.
Michaela agissait de façon assez étrange.
Elle n'avait pas l'habitude d'hésiter à parler de gens ou d'événements de son passé et il aimait l'écouter.
Ses expériences à Boston ou à Philadelphie étaient si différentes de ce qu'il avait vécu que c'était comme s'il l'écoutait lui raconter des contes de fées.
Il conclut enfin : "Tu me dirais s'il y avait quelque chose qui n'allait pas, n'est-ce pas Michaela ? Nous parlions justement du fait de tout se dire..."
Michaela soupira. "Je te dirai si quelque chose n'allait pas, Sully... Mais ce n'est pas le cas."
Elle reposa la tête contre son épaule.
Elle commençait à regretter le fait d'avoir mentionné Adrian.
Il avait fait remonter des souvenirs d'une période de son passé qu'elle aurait préférée oublier.
Cependant, elle avait voulu que Sully sache qu'il était arrivé en ville sinon, il se serait demandé pourquoi elle n'avait pas parlé d'Adrian lorsqu'elle avait découvert qu'il était le nouveau directeur du Château.
Elle se détendit dans les bras protecteurs de Sully et resta silencieuse.
Sully la serra et se promit de garder un oeil sur elle, surtout lorsqu'ils se retrouveraient face à Adrian Tilson dans les prochains jours.
Il serait capable de dire grâce à sa réaction s'il y avait quelque chose dont il fallait s'inquiéter.
C'était toujours ses merveilleux yeux si expressifs qui la trahissaient.
Ils lui disaient tant de choses.
Il soupira doucement et la tint contre lui.
"Je vais monter Katie au lit," dit Sully, sa petite fille endormie dans les bras.
"Moi je vais m'occuper des animaux pour la nuit et fermer la grange," ajouta Matthew en se dirigeant vers la porte d'entrée.
Michaela hocha la tête, les sourcils froncés d'inquiétude.
Tandis que les pas de Sully se faisaient entendre à l'étage, Matthew s'arrêta. "Ne vous en faites pas, Dr Mike," dit-il pour la rassurer. "Brian sera à la maison dans une minute...."
"Il n'a jamais été aussi en retard," murmura-t-elle, anxieuse.
"Vous savez qu'il passe de plus en plus de temps à Palmer Creek..."
"Cela ne me dérange pas tant que cela... du moment qu'il se rappelle qu'il a une famille à la maison qui s'inquiète pour lui," répondit Michaela avant de regarder l'horloge à nouveau.
Matthew hésita puis il proposa enfin : "Si Brian ne rentre pas à la maison dans environ une heure, je prends mon cheval et je vais à Palmer Creek, d'accord ?"
Michaela lui sourit de reconnaissance et il franchit la porte.
Michaela fit les cent pas dans le salon puis se tint finalement immobile devant le feu rugissant.
Ce n'était pas la première fois que Brian était en retard pour le souper.
Parfois, elle se demandait s'il n'avait pas miraculeusement hérité de la tendance de Sully à perdre la notion du temps.
Elle avança les mains vers les flammes et les frotta l'une contre l'autre.
Mais il n'avait encore jamais été aussi en retard.
Plus le temps approchait pour les Indiens cheyennes de quitter Palmer Creek pour rentrer chez eux, plus elle se faisait de souci pour Brian.
Il lui avait semblé plutôt agité ces derniers temps et bien qu'à plusieurs occasions elle et Sully avaient essayé de lui parler de ce qu'il aimerait faire après l'école, il avait été évasif.
Son manque d'intérêt pour son avenir avait rendu Michaela perplexe.
Il avait toujours été un écolier sérieux, mais même ses études ne l'intéressaient plus à présent.
Elle se retourna vivement lorsqu'elle entendit des pas descendants l'escalier.
Mais au lieu de son mari, c'était Kathleen qui arrivait, les bras chargés de plusieurs gros livres épais.
Dès qu'elle posa le pied sur le sol du salon, elle leva les yeux vers Michaela et sourit.
"Mr Bray a eu ces catalogues pour moi... Ils viennent de Denver..." dit-elle avec une pointe d'excitation dans la voix. "Je me demandais si vous pouviez les regarder avec moi, Michaela..."
Puis, elle jeta un coup d'oeil vers la porte.
"Brian n'est pas encore rentré ?" demanda-t-elle.
Michaela secoua la tête.
La jeune femme se retourna vers les escaliers.
"Nous pouvons les regarder une autre fois alors," dit-elle avec détermination.
"Non," répondit Michaela, toute aussi déterminée. "J'adorerais les regarder avec vous... En plus, ça va me changer les idées..."
"Vous êtes certaine ?"
"Oui," répondit Michaela. "Apportez-les par ici près de la lumière."
Kathleen traversa la pièce en vitesse et posa la pile de catalogues sur la petite table entre les deux rocking-chairs.
"Thomas a offert de me payer ma robe de mariée," dit-elle, excitée. "Mais je n'ai aucune idée de celle que je veux. Il a suggéré d'aller passer du temps à Saint Louis pour acheter la robe... Mais je n'ai pas envie de quitter Colorado Springs aussi longtemps... Je suis sûre de pouvoir trouver quelque chose à Denver..."
Michaela prit le premier des lourds volumes et commença à tourner les pages.
"Oh mon Dieu ! Il y a vraiment beaucoup de choix... Vous n'avez vraiment aucune idée de ce que vous voulez ?" demanda-t-elle, incrédule.
Kathleen sourit.
"J'ai jeté un rapide coup d'oeil en haut," répondit-elle, les sourcils froncés. "Je n'arrivais pas à croire tous les styles différents qu'il y avait..."
Elle haussa les épaules. "Je ne sais pas par où commencer."
"Vous pourrez peut-être nommer les caractéristiques que vous aimez dans une robe et nous essaierons de trouver celle qui en regroupe le plus," proposa Michaela.
Kathleen parut un peu dubitative.
"Eh bien," commença-t-elle. "J'ai vu la photo de votre mariage... Et j'ai adoré la longue traîne de votre robe..." songea-t-elle. "Et la dentelle était jolie.. Je pense que j'aimerais de la dentelle."
"Eh bien, c'est un début... Regardons là-dedans si on voit quelque chose d'intéressant."
Environ vingt minutes plus tard, Matthew entra dans la maison et sourit en voyant les deux femmes qu'il aimait le plus au monde penchées sur des catalogues de mariage.
Des bribes de conversations contenant des mots comme encolure, ourlet, dentelle ou encore satin parvinrent à ses oreilles.
Son coeur s'emballa un peu.
Il lui arrivait de rêver de son mariage cet été avec Kathleen.
Voir sa mère et sa fiancée en parler comme cela fit prendre au rêve une réalité qui l'excita et le perturba à la fois.
Décidant de ne pas les déranger, il sortit quelques livres de droit du buffet et s'assit à la table pour étudier.
Kathleen s'exclama enfin : "Je ne sais pas si je vais pouvoir choisir dans un catalogue, Michaela ! C'est trop difficile de voir seulement les croquis."
Elle s'affala dans la chaise et son visage rayonna.
"Nous pourrions peut-être aller à Denver... Vous, moi et Colleen ? Nous pourrions visiter tous les magasins, regarder les tissus et peut-être trouver une couturière qui me ferait ce que je veux... Nous pourrions rester la nuit dans un hôtel et revenir par le train du lendemain. Cela serait amusant, n'est-ce pas ?"
Michaela regarda la jeune femme excitée avec indulgence et ne put s'empêcher de sourire.
"Oui, ça serait amusant," répondit-elle. "Mais vous ne voudriez pas y aller seulement avec Colleen ? Je serais sûrement de trop..."
"Oh non, pas du tout ! Nous pourrions y aller toutes les trois..."
"Je devrais emmener William."
Kathleen rit.
" Cela ne fait rien... Mais c'est le seul homme autorisé à venir avec nous... Viendrez-vous ?"
"J'aimerais beaucoup... je..." Michaela fut interrompue par de lourds pas sur le porche.
La porte s'ouvrit soudain et Brian apparut.
Tous les regards se tournèrent vers lui.
"Je... Je suis désolé d'être en retard... Je ne savais plus quelle heure il était..." dit-il pour s'excuser.
Michaela se leva et le regarda d'un air sévère.
"Tu n'as jamais été aussi en retard, Brian... où étais-tu ?"
"J'étais à Palmer Creek... Je parlais à Nuage-Dansant."
Il regarda au fond de la pièce alors que Sully descendait les escaliers.
"Tu étais où, fiston ?" demanda calmement Sully, les yeux plissés.
"A Palmer Creek," répéta-t-il, le regard baissé.
"Le soleil s'est couché depuis quelques heures maintenant... Tu aurais dû rentrer à la maison avant... Ta mère commençait à s'inquiéter," le réprimanda Sully. "Comme nous tous."
"Je sais... Mais j'ai dit que j'étais désolé," rétorqua Brian.
"De quoi toi et Nuage-Dansant parliez-vous pour que vous perdiez la notion du temps ?"
Brian rougit.
"Eh bien.... Je voulais vous en parler... A toi et à maman..."
Il se dirigea vers la table de la salle à manger et tira une chaise.
"J'y ai pensé durant tout le trajet jusqu'ici." dit-il.
Michaela s'éloigna de la cheminée pour se diriger vers la table, mais elle ne tira pas de chaise.
Sully se rapprocha également et s'assit à côté de Matthew.
"Eh bien... Qu'est-ce que tu as en tête, Brian ?" demanda-t-il finalement.
Brian inspira profondément.
"Vous savez que Faucon-Volant et son groupe repartent dans le Nord dans quelques jours ?" demanda-t-il.
Tout le monde hocha la tête.
Il inspira encore et dit avec détermination : "Je veux partir avec eux..."
Un silence profond tomba soudain dans la pièce tandis que Brian baissait le regard sur la table de bois et que les adultes restaient bouche bée de surprise.
Chapitre 11 :
"Brian !" s'exclama Michaela en s'agrippant fermement au dos de la chaise comme si elle avait peur que ses jambes ne défaillissent.
Le jeune garçon regarda autour de lui les expressions abasourdies sur les visages de sa famille, puis il sourit soudain.
"Je ne veux pas dire que je vais vivre avec eux le reste de ma vie ou quoi que ce soit," expliqua-t-il pour les rassurer. "Nuage-Dansant va avec eux... Il a dit que je pouvais y aller moi aussi."
"Oh vraiment ? Il a dit ça ?" marmonna Michaela, les mâchoires serrées.
Ne remarquant pas le sarcasme inhabituel de sa mère, Brian continua avec excitation : "Oui... Il a dit que ça prendrait à peu près deux semaines... Environ sept ou huit jours pour y arriver... On doit avancer lentement à cause des femmes et des enfants... Mais seulement quatre jours pour revenir parce que nous ne serons que tous les deux... Il veut passer quelques jours avec eux pour s'assurer qu'ils sont bien installés avant de repartir. Je... Je..."
Il s'arrêta en réalisant que tous les visages autour de lui ne rayonnaient pas de joie, comme il l'avait espéré.
"As-tu une idée... une quelconque idée de combien ce voyage sera dangereux, Brian ?" demanda Michaela, le ton sec.
"Bien sûr," répondit-il, les sourcils froncés d'étonnement.
"Et alors ?" demanda-t-elle.
"Ils ont tout prévu, maman... Ils vont voyager dans les bois cette fois... Ils n'ont pas besoin de se dépêcher comme lors de leur premier voyage... Ils n'ont pas faim et ils n'auront pas froid... Ils vont éviter les routes et les pistes... et surtout, ils se tiendront à l'écart des villes," expliqua Brian d'un ton plaintif.
"Cela ne veut pas dire que l'Armée ne va pas les arrêter," répondit Michaela, toujours aussi froide.
"Tu n'iras pas Brian," ajouta-t-elle bien décidée.
Brian écarquilla les yeux de surprise. "Mais maman !" s'exclama-t-il.
"J'ai dit que tu n'y allais pas, Brian... Et c'est mon dernier mot... Il y a eu assez d'ennuis dans cette famille à cause de la guerre entre l'Armée et les Cheyennes..." répliqua-t-elle.
Brian poussa sa chaise et se leva.
Lorsqu'il ne reçut pas de regard amical et rassurant de la part de son frère, il fixa son père, assis en face.
"Papa ?" supplia-t-il.
Sully fronça les sourcils, déchiré comme il l'avait si souvent été dans le passé.
Il avala enfin sa salive et dit : "Ce n'est pas le bon moment, Brian... Nous avons tous besoin de temps pour y réfléchir... Pourquoi ne vas-tu pas te coucher ? Nous en reparlerons demain..."
Michaela lança un regard furieux à son mari.
"Nous n'en parlerons pas demain," protesta-t-elle. "Le sujet est clos... Brian ne va pas risquer sa vie alors qu'il n'y a aucune raison de le faire... Il y a encore quelques mois avant que l'école soit finie et il va rester à la maison."
Sully savait que cela ne servait à rien de continuer cette discussion ce soir.
Comme elle l'avait si souvent fait dans le passé, Michaela, la mère faucon, défendait sa progéniture et sa famille et lorsqu'elle était dans cet état, ce n'était pas la peine de tenter de la faire changer d'avis.
Il hocha la tête à Brian. "Fais comme je t'ai dit, Brian... Va au lit, nous en parlerons plus tard."
Brian eut l'air d'avoir envie de protester, mais un regard strict de Sully lui imposa le silence.
Il baissa les épaules.
Il croisa le regard de Michaela un instant avec un visage empli de déception. "Je veux vraiment le faire, maman," dit-il tout bas.
Lorsqu'il ne reçut aucune réponse, il traversa la pièce avec découragement et monta les escaliers.
La pièce se figea dans un silence tendu après le départ de Brian puis Michaela hocha la tête à Matthew et Kathleen puis regarda Sully avec colère.
"Je vais me coucher," annonça-t-elle.
"Je vais prendre William avec moi, comme ça, quand il se réveillera, je pourrais le nourrir en haut..."
Elle marcha à grandes enjambées dans le salon et prit son fils endormi dans les bras.
Tandis qu'elle se dirigeait vers les escaliers, Sully dit doucement : "Michaela ?"
Elle s'arrêta un instant et le regarda. Puis d'une voix monocorde, elle dit : "Je ne veux pas en parler, Sully... ni maintenant ni demain. Il n'ira pas..."
Sur ce, elle tourna les talons et monta dans sa chambre.
Sully frappa doucement à la porte de la chambre de Brian et, sans tenir compte de l'absence de réponse, il la poussa et entra.
Le jeune garçon était assis, toujours habillé, sur le bord de son lit et tripotait une amulette Cheyenne que Faucon-Volant lui avait donnée il y avait quelques mois.
Lorsqu'il leva des yeux plein de tristesse, le coeur de Sully se serra.
Il s'avança doucement et s'assit à côté de son fils.
Il y eut un long silence puis Brian murmura d'une voix plaintive. "Je dois le faire, papa... Je sais que c'est dangereux, mais ..."
"Mais ?"
"Mais... Eh bien..." Il inspira pronfondément. "Tu sais, maman et toi vous vous êtes demandés ce que j'allais faire après avoir fini l'école, cet été..."
"Oui..."
"Eh bien... Tu ne seras pas surpris si je te dis que je veux écrire..."
"J'imaginais que tu ferais probablement quelque chose comme ça," répondit Sully.
Brian hocha la tête et expliqua : "Je suis peut-être trop jeune pour le faire maintenant... Mais plus tard, dans le futur, je vais écrire sur les Cheyennes... Je dois le faire... Après avoir passé tout ce temps avec eux et sachant ce que tu ressens pour eux... Je veux être capable de parler d'eux au monde... Ce qu'ils ont traversé, comment ils vivent..."
Sully avala sa salive et posa le bras sur les épaules de son fils.
"Mais qu'est-ce que cela a à voir avec faire ce voyage avec eux ?" demanda-t-il calmement.
Brian inspira à nouveau.
"Quand j'étais petit, il y avait plein de Cheyennes aux alentours... Mais je ne m'en souviens pas très bien... Et puis, quand toi et maman avez commencé à vous faire la cour... eh bien... on allait à la réserve et je jouais avec les enfants... Mais les choses plus importantes ne m'importaient pas à l'époque... alors j'ai presque oublié... Maintenant, je suis plus vieux et je comprends plus de choses... Le seul Cheyenne que je connais est Nuage-Dansant..."
Il s'arrêta pour rassembler ses pensées puis il reprit : "Quand le groupe de Faucon-Volant est arrivé à Palmer Creek, j'ai eu une chance d'apprendre plein de choses sur eux... leur langue, leurs coutumes..."
Il regarda dans les yeux de Sully. "Je veux voir comment ils vivent quand ils sont libres, papa... dans le Nord... On ne sait combien d'opportunités j'aurai encore... Et si quelque chose arrive en chemin, eh bien... je serai là pour le voir... Et je le raconterai plus tard, en écrivant."
Sully serra son fils contre lui. "Je comprends, Brian, pourquoi tu as besoin de partir... Mais je ne sais pas si tu réalises contre quoi tu vas devoir te battre..."
"Qu'est-ce que tu veux dire ?"
"Tu sais que beaucoup de personnes du groupe de Faucon-Volant se sont faites tuées lorsqu'ils sont descendus dans le Sud ?"
Brian hocha la tête alors Sully continua.
"Si un contingent de soldats vous repère, ils ne verront pas qu'une personne du groupe est un jeune garçon aux cheveux clairs... Ils attaqueront quand même, et si tu te mets sur leur chemin, ils te tireront dessus aussi... et te laisseront mourir avec les autres..."
"Ca t'est arrivé, n'est-ce pas papa ?" demanda Brian.
Sully lui fit un timide sourire.
"Oui, plus d'une fois... Le but de l'Armée est de s'en débarasser par tous les moyens possibles... Ils s'en fichent s'il y a un homme blanc au milieu... J'ai eu de la chance de rester en vie, plus chanceux que beaucoup de Cheyennes..."
Brian pivota soudain pour pouvoir étudier le visage de son père.
"Alors tu es d'accord avec maman ? Que je ne peux pas y aller ?"
Sully soupira et baissa le regard au sol, ce qui était assez inhabituel pour lui.
"Pour être honnête... J'ai des sentiments mitigés, Brian... Je comprends pourquoi tu veux partir, mais comme ta mère a dit... Il y a l'école et si... si quelque chose t'arrivait..." Il s'arrêta.
"Je serai très prudent... Et je ne vais manquer que quelques semaines d'école, papa... En plus, j'apprendrai beaucoup sur le chemin... Tu parleras à maman pour moi, s'il te plaît ?" lui supplia Brian.
"Je ne vais pas prendre parti, Brian... Tu sais que cette famille ne fonctionne pas comme ça... Je parlerai à ta mère. Mais si elle dit non, alors tu devras l'accepter... Je ne vais pas aller contre sa décision," dit Sully, le regard désormais fixé sur celui de son fils.
"Donc tu es d'accord avec elle," dit Brian, découragé.
"Je n'ai pas dit ça... Je comprends ta décision et celle de ta mère... Vous allez devoir vous parler tous les deux."
Le jeune homme hocha la tête avec résignation et se leva.
"Merci papa," dit-il.
"Ca ne sera pas la fin du monde si tu n'y vas pas," remarqua Sully avec un sourire compatissant.
"Je sais... Mais j'ai vraiment l'impression que c'est quelque chose que je dois faire..."
Sully se leva lui aussi.
"Eh bien... On va en rester là pour ce soir... Je te vois demain matin..." dit-il en posant la main sur l'épaule de son fils pour le rassurer.
Brian hocha la tête et se tourna pour prendre ses vêtements de nuit.
Sully l'observa pendant un moment, partageant sa confusion et sa peine, puis il ouvrit la porte et sortit.
Michaela fut réveillée par la lumière du jour et par les petits cris que William faisait lorsqu'il avait faim.
Elle gémit doucement et repoussa les couvertures.
Il lui semblait qu'elle s'était endormie il y avait seulement quelques minutes, et elle avait peut-être raison.
Elle était restée éveillée pendant des heures, les émotions en vrac et imaginant Brian dans des endroits qu'elle essayait désespérement d'oublier depuis des années.
Les bords de la Washita, les collines rocheuses où des renégats se cachaient pour pouvoir tendre une embuscade, le carnage de soldats engagés dans une bataille qu'ils ne comprenaient pas... C'était toutes ces images qu'elle tentait de faire sortir de son esprit et elle ne les ne pensait pas qu'un jour elle les aurait associées avec son fils adoré.
Elle et Brian avaient toujours été si proches.
Il était si précieux à ses yeux et l'idée de le voir entreprendre un voyage qui pourrait s'avérer tragique la terrifiait.
William braîlla soudain dans le silence et elle se précipita vers son berceau, pieds nus.
La dernière chose qu'elle voulait, c'était de réveiller Sully.
Elle avait fait semblant de dormir lorsqu'il l'avait finalement rejointe dans le lit.
Il s'était déshabillé, était monté dans le lit et s'était collé dans son dos, comme il le faisait toujours, comme si tout allait bien.
Elle avait eu le sentiment qu'il savait qu'elle était éveillée, mais il n'avait rien dit, il l'avait seulement tenue contre lui.
Elle s'assit dans le rocking-chair près de la cheminée froide, enveloppa ses jambes avec une couverture et approcha William de son sein.
Sa colère ne s'était pas dissipée avec la nuit.
Elle la sentait encore bouillir à l'intérieur.
Si elle perdait Brian...
Elle avala sa salive et essaya de se concentrer sur ce qu'elle faisait, mais les images se bousculaient et la rendaient malade.
Elle devait faire quelque chose.
Après que William ait mangé et se soit rendormi, elle le déposa dans le berceau, s'habilla en vitesse et quitta la maison.
Elle estima qu'elle avait à peu près trois heures avant que William n'ait besoin d'elle à nouveau, bien assez de temps pour faire ce qu'elle avait l'intention.
Elle équipa rapidement Eclair, le fit marcher à ses côtés jusqu'au bord de leur propriété pour ne pas faire de bruit et le monta avant de s'en aller au galop vers Palmer Creek.
Nuage-Dansant était assis en tailleur devant un feu parmi un petit groupe d'hommes, dos à elle, lorsqu'elle arriva au petit campement cheyenne.
Il y avait encore un léger brouillard matinal qui semblait pendre des branches des arbres et l'odeur du bois qui brûlait imprégnait l'air fraîs.
Elle glissa du dos d'Eclair et marcha à grandes enjambées dans la clairière.
Elle inspira profondément, se racla la gorge et demanda d'une voix un peu stridente : "Nuage-Dansant ? Est-ce que je pourrais vous parler, s'il vous plaît ?"
L'homme-médecine se retourna et lorsqu'il vit le feu dans ses yeux, se leva en vitesse et s'avança vers elle.
Sur ce, elle se tourna brusquement et l'attira avec elle loin des yeux curieux de plusieurs hommes et femmes Cheyennes.
Et quand enfin elle s'arrêta, elle lui fit face.
Il attendit en silence qu'elle explose de colère.
Il n'eut pas à attendre longtemps.
"Comment osez-vous dire à mon fils qu'il peut vous accompagner, vous et Faucon-Volant, dans le Nord ?" cracha-t-elle, la peau rouge et les yeux brillants.
"J'ai dit qu'il devait avoir votre permission," répondit Nuage-Dansant, calmement.
"Oui... Et naturellement, il pensait que je lui donnerais !" s'exclama Michaela, commençant à faire les cent pas par agitation.
"Ce n'est pas ce que vous avez fait ?"
Elle s'arrêta et le fixa. "Bien sûr que non !" lâcha-t-elle. "C'est encore un gamin !"
"C'est un homme..."
Elle se moqua : "Il n'a pas encore seize ans..."
"L'âge n'a rien à voir dans ce genre de choses," répondit Nuage-Dansant sans élever la voix.
"Pour moi, c'est encore un jeune garçon," répondit Michaela avec entêtement.
"Pour les Cheyennes ici, il est un homme," souligna l'homme-médecine.
Choisissant de prendre un nouvel axe de bataille, Michaela affirma : "Le voyage pourrait être extrêmement dangereux. Je ne veux pas lui faire courir de risques."
Nuage-Dansant lui fit un faible sourire.
"Oui," reconnut-il. "Le voyage pourrait être dangereux... Mais il pourrait aussi ne pas l'être..."
"Pouvez-vous me garantir que tout se passera bien pour Brian ?" demanda Michaela avant de recommencer à s'agiter.
"Vous savez que je ne le peux pas..."
Elle s'arrêta et lui dit, les joues en feu : "Exactement !"
"Mais je peux dire qu'il est le fils de mon frère... Et donc il est mon fils aussi... et je ferai tout mon possible pour le protéger," rajouta Nuage-Dansant.
"Brian est à un âge où il a besoin qu'on le voit comme un homme, qu'on lui fasse confiance comme à un homme... Matthew a entrepris sa quête de la vision à peu près au même âge."
"Il était plus vieux que Brian," répliqua Michaela sans vouloir lui céder de terrain. "Il avait quitté l'école, il menait déjà sa vie..."
Elle leva les yeux et ils rencontrèrent ceux de l'homme-médecine.
"Et je ne voulais pas non plus qu'il le fasse," dit-elle avec colère.
"Mais la quête de la vision a été bénéfique, n'est-ce pas ? Rien ne lui ait arrivé..."
Michaela soupira d'exaspération.
"Ce n'est pas la question.... Ce voyage n'est pas une quête de la vision... Elle représente un vrai danger... Et ce danger n'a pas grand chose à voir avec les Esprits... Mais plus avec des soldats, des fusils..."
"C'est vrai... Mais je crois que les Esprits nous protègeront," dit-il.
Michaela soupira à nouveau. "Comme je vous l'ai déjà dit à maintes occasions... Je ne suis pas sûre de croire aux Esprits..."
"Et pourtant, ils vous ont aidée et protégée."
Elle secoua la tête.
"Je ne sais quoi penser…" marmonna-t-elle.
Elle rencontra encore le regard de son ami Cheyenne.
"Je ne veux pas perdre mon fils, Nuage-Dansant... Je ne pourrais pas le supporter..." Son visage se froissa soudain et ses épaules s'abaissèrent.
"Quand j'ai pensé avoir perdu Sully, le monde s'est écroulé... Alors, perdre peut-être un enfant..." Elle s'arrêta et son regard s'embua de larmes.
Nuage-Dansant parcourut rapidement la distance qui les séparait et posa la main sur son épaule avec tendresse.
"La décision vous appartient, Michaela," dit-il tout bas. "Je sais que c'est dur... C'est difficile lorsque l'on doit reconnaître qu'un garçon est devenu un homme, un homme qui veut commencer à mener sa vie..."
"Et qui en voudra à sa mère si elle ne lui permet pas de prendre ses propres décisions," ajouta Michaela.
Nuage-Dansant lui serra l'épaule pour la rassurer.
"S'il fait ce voyage, je le protégerai comme s'il était mon fils, vous le savez," promit-il avec compassion.
Puis après un moment de silence, il ajouta: "Votre fils est mon fils..."
Michaela hocha la tête et essuya les quelques larmes qui coulaient sur ses joues.
Elle leva le regard vers son ami.
"Je dois rentrer à la maison," dit-elle. "William a peut-être besoin de moi..."
Nuage-Dansant recula.
"Bien sûr," dit-il avec un sourire.
Michaela ne put trouver aucune réponse tant ses pensées et ses émotions étaient sens dessus dessous, mais elle lui serra la main avant de se diriger là où Eclair était attaché.
C'est alors qu'elle vit Sully ; il se tenait en silence à quelques mètres, son regard bleu intense fixé sur elle.
Il écarta les bras dans sa direction et elle se précipita vers lui à travers la clairière.
Elle se colla contre son torse et posa la tête près de son épaule.
Ses bras vinrent l'encercler pour la tenir serrée contre lui.
Sully sentit qu'elle respirait rapidement et qu'elle tremblait un peu, alors il lui caressa gentiment le dos et l'embrassa sur le dessus de sa tête.
Il leva les yeux vers son frère indien, resté immobile, et hocha la tête pour le remercier.
Nuage-Dansant lui répondit et s'en alla doucement rejoindre son peuple, toujours assis autour du feu.