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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 05.05.2011 à 20h38
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Ardente plénitude" est la traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "Heroes and fools". » okapi
Cette fanfic compte déjà 342 paragraphes
En s'approchant de la ville, Sully ralentit inconsciemment son cheval pour le faire trotter et il se perdit dans ses pensées.
La journée n'était pas encore terminée, et pourtant, elle s'annonçait pleines d'événements, sans compter qu'il allait devoir affronter les moqueries de Jake et un souper au Château.
Il leva les yeux au ciel.
Il s'était attardé avec Michaela car il n'avait pas voulu la laisser toute seule.
Elle avait assez mal réagi au départ des Cheyennes, de Brian, de Dorothy et de Nuage-Dansant.
Elle avait presque été inconsolable et il avait le sentiment qu'elle allait être à cran dans les prochaines semaines, jusqu'à ce que leur fils et leurs amis reviennent en ville.
En vérité, il se sentait également très perturbé.
Brian avait été si excité à propos de ce voyage.
Il était évident qu'il le voyait comme une sorte de voyage vers le statut d'homme, ou dans les termes Cheyennes, comme une quête de visions.
Il avait été très terre-à-terre et serein vers la fin, s'assurant que tout ce dont il avait besoin était rangé dans ses sacoches.
Sully sourit en pensant à l'attitude contraire de sa femme.
Elle n'avait pas voulu que Brian parte, mais quand la décision avait finalement été prise, elle lui avait offert un cadeau qui l'avait fait frissonner de plaisir.
Bien sûr, les sacoches avaient un double effet puisqu'elles renfermaient aussi le matériel médical qu'elle avait jugé nécessaire d'emmener durant le voyage.
Il leva à nouveau les yeux au ciel.
Il se demanda où les voyageurs pouvaient bien en être.
Dans pas longtemps, ils allaient devoir installer le camp pour la nuit – bien cachés dans les bois et loin de toute piste connue.
Il avait dit à Michaela que de bien des manières, il aurait voulu aller avec eux et c'était la vérité.
Cela avait été difficile de les regarder partir ce matin, en sachant qu'il ne pouvait pas les accompagner et que durant les prochaines semaines, il ne pourrait pas savoir comment le voyage se passait.
Il pouvait se produire tellement de choses, surtout lorsque beaucoup d'Indiens étaient soit trop jeunes, soit trop vieux.
Il était resté allongé dans son lit sans dormir la nuit dernière, se demandant s'il serait parti si les enfants avaient été plus grands, mais il n'avait pas trouvé de réponse.
Il y avait tant de facteurs à inclure.
A l'époque d'avant son mariage, il aurait peut-être même persuadé Michaela d'aller avec eux, mais maintenant, avec deux petits enfants qui avaient besoin d'eux, la question de partir ou non ne se posait pas.
Tandis qu'on entendait le bruit de chevaux et de chariots au loin, l'odeur du bois qu'on brûle lui emplit les narines et il revint dans le présent.
Il avait redouté ce voyage en ville toute la journée.
Il était retourné voir Michaela peu après le déjeuner pour savoir si elle ne pouvait pas le faire elle-même, mais elle avait refusé.
Elle avait dit qu'elle ne voulait pas qu'il l'accuse lorsqu'il verrait le résultat.
Il rit soudain.
Katie avait eu un air si contrit ce matin.
Plusieurs fois durant le trajet jusqu'à Palmer Creek, il avait senti une petite main lui tapoter la tête, comme pour le rassurer.
Elle avait été inhabituellement calme, mais s'était blottie contre lui et lui avait fait un timide sourire lorsqu'il l'avait entourée de son bras avant de l'embrasser sur la tête.
Il avait le sentiment qu'elle n'allait pas couper les cheveux de quelqu'un de sitôt.
Allongé dans le lit, la veille, il s'était demandé ce qu'il se serait passé si cela avait été Michaela qui s'était endormie dans la chaise et pas lui.
Il ouvrit grand les yeux et son coeur s'accéléra pendant un instant.
Il savait que c'était stupide, mais il en était arrivé à la conclusion qu'il était content d'avoir été la victime.
Ce n'était pas uniquement Michaela qui était fière de ses longs cheveux cuivrés.
Il entra en ville et s'approcha à contre-coeur du salon de coiffure.
Il allait juste devoir endurer les badinages de Jake.
Il espérait seulement que peu de clients attendaient à l'intérieur.
Il stoppa son cheval devant la clinique, glissa du dos de l'animal et marcha à grandes enjambées vers le salon de Jake.
Il jeta un coup d'oeil à travers la vitre et fut soulagé de voir que le salon était vide.
Il inspira profondément et entra.
Jake apparut au fond de la pièce lorsqu'il entendit les bruits de pas et leva les sourcils de surprise en voyant qui était son visiteur.
"Hé, Sully," dit-il avec un sourire amusé. "Je ne te vois pas souvent ici... Tu veux quelque chose ?"
"Hé, Jake," répondit Sully.
Décidant de ne pas prolonger cet instant, il retira rapidement le bandeau de cuir avec lequel il avait attaché ses cheveux et attendit la réaction de Jake.
Le barbier écarquilla les yeux de surprise et s'approcha pour mieux voir.
"Les Indiens ont essayé de te scalper, Sully," dit-il avec un grand sourire.
Sully roula les yeux et répondit : "Non... Juste une petite fille qui a décidé de couper un peu les cheveux de son père."
"Un peu ?" Jake tendit la main et prit la partie coupée. "Elle n'y est pas allée de main morte."
"Tu peux arranger ça ?" demanda Sully.
"Bien sûr... Mais tes cheveux vont être beaucoup plus courts..."
"Je ne veux pas qu'ils soient très courts," dit Sully en peinant à avaler sa salive.
Jake fit le tour de Sully en examinant la situation sous tous les angles et ce dernier eut l'impression d'être un animal de foire.
Enfin, le barbier dit : "Eh bien... Je vais quand même devoir en couper pas mal, mais ça sera toujours beaucoup plus long que la plupart des hommes en ville, d'accord ?"
Sully haussa les épaules. "Je suppose," répondit-il à contre-coeur. "Mais j'aimerais beaucoup que tu en coupes le moins possible."
Jake hocha la tête, fit un geste à Sully pour qu'il s'asseye dans le fauteuil et lui mit une cape en coton autour de ses épaules pour récupérer les cheveux qui allaient tomber.
Il travailla en silence pendant un moment, sans savoir que le coeur de son client battait à tout rompre.
Tandis qu'il travaillait, son esprit réfléchissait sans relâche.
Il fit enfin une pause pour regarder par la fenêtre, au cas où un client arriverait, et dit doucement : "Sully... Je me demandais si je pouvais te poser une question."
"Oui, laquelle ?"
"Eh bien... Je ne sais pas trop où commencer..."
Sully fronça les sourcils d'étonnement.
Jake semblait confus, mais dans le passé, il avait été la dernière personne à qui le barbier se serait confié.
"Quelque chose t'inquiète, Jake ?" demanda-t-il.
"Oui, en quelque sorte," répondit le barbier.
Il inspira profondément.
"Toi et le Dr Mike êtes mariés depuis un moment maintenant, n'est-ce pas ?" dit-il enfin.
Sully fronça à nouveau les sourcils. "Oui," répondit-il.
"Est-ce que le Dr Mike te parlait des enfants qu'elle voulait avoir ? Avant le mariage, je veux dire," demanda nerveusement le barbier.
"Avant ?"
"Oui, avant de les avoir... Est-ce qu'elle en parlait beaucoup ?"
"Oui, bien sûr," répondit Sully, toujours surpris par l'attitude étrange de Jake.
Il rit soudain.
"En fait... elle en a même parlé durant notre lune de miel... Elle a dit qu'elle avait eu des patients qui avaient fait leur enfant durant leur lune de miel..."
Jake hocha la tête, pensa à cette information et remarqua, sur ses gardes : "Cela ne vous a pas pris beaucoup de temps... Je veux dire, pour que Katie arrive."
"Non, je pense que si on étudie ça de près, c'est vrai," acquiesça Sully. "Mais durant cette période, ça nous a paru une éternité."
La lumière jaillit enfin dans l'esprit de Sully sur ce que Jake voulait dire.
"Teresa est inquiète parce qu'elle n'a pas pu encore fonder une famille ?" demanda-t-il.
Jake baissa les épaules.
"Oui... Elle semble y penser tout le temps... Je n'arrive pas à la convaincre que c'est pas grave si nous n'avons pas d'enfants..."
"C'est important pour elle, Jake... et je pense que ça a aussi de l'importance pour toi, quoi que tu puisses dire," conseilla Sully.
"Est-ce qu'elle a été voir Michaela ?"
Jake secoua la tête.
"Elle ne veut pas... Je pense qu'elle croit que c'est mieux de ne pas savoir... Si le Dr Mike trouve ce qui l'empêche d'avoir des enfants, ça sera la fin... Pour le moment, on peut encore espérer..."
"Et si c'était quelque chose que Michaela pouvait soigner ?"
Jake haussa les épaules.
"J'ai essayé de la convaincre... Rien ne marche."
"Eh bien... Je ne sais pas si je peux t'aider, Jake," remarqua Sully. "Je suppose que je pourrais en parler à Michaela... Peut-être qu'elle trouvera une solution."
Jake eut soudain l'air un peu penaud.
"Je l'ai déjà fait," dit-il d'une petite voix avant d'ajouter : "Elle a suggéré qu'il fallait que je fasse la cour à Teresa..."
Il rit avec dérision.
"Ne ris pas si vite, Jake... Je pense qu'elle a raison."
"Vraiment ?" Le barbier secoua la tête.
"Teresa me repousse, Sully... Comme si elle se renfermait."
"Ce n'est pas une situation propice pour faire un bébé," remarqua Sully avec ironie.
Quand Jake resta silencieux, il demanda avec franchise : "Tu... euh... passes beaucoup de temps avec Teresa ? En dehors du souper et de la soirée."
"Nous travaillons tous les deux," répondit Jake. "Et elle est toujours occupée à préparer des choses pour les enfants à l'école... Donc, elle est tout le temps fatiguée..."
Sully ne savait pas vraiment jusqu'où il pouvait aller... Il pénétrait dans un territoire plutôt dangereux. Il eut soudain une idée.
"Euh... Tu sais que beaucoup de femmes sont élevées avec l'idée qu'elles ne doivent pas trop aimer le fait d'être avec leur mari..."
Jake arrêta de lui couper les cheveux. "Ah bon ?"
"Oui... Teresa ne t'en a jamais parlé ?"
"Non, ce n'est pas des choses qu'elle dit."
"Pourquoi ?"
"On ne parle pas de ce genre de choses."
"Tu lui as déjà demandé à quoi elle pensait ?"
"Peut-être," répondit Jake, sans trop se mouiller.
"Tu pourrais être surpris de sa réponse," lui conseilla Sully. "Parfois, une femme se pose des questions sur des choses que tu n'aurais même pas imaginées..."
Jake s'arrêta de travailler et s'appuya contre le buffet derrière lui.
"Et comment je lui fais savoir que je veux parler de certaines choses ?" se demanda-t-il. "Elle n'aime pas parler de ce sujet avec moi, tu sais..."
Il se tourna pour faire face au mur pendant un moment, comme s'il se sentait honteux de ne pas comprendre sa femme.
"En fait... Elle agit comme si elle n'aimait pas être avec moi..."
"Comme je t'ai dit, ce n'est peut-être pas ce qu'elle ressent vraiment... Peut-être qu'elle agit comme ça parce qu'elle pense que c'est comme ça que tu veux qu'elle soit," dit Sully. "Et c'est là que l'idée de Michaela à propos de lui faire la cour refait son apparition..."
Jake se retourna, les sourcils froncés tellement il était perplexe.
"Je pensais l'emmener dîner au Château plus tard..."
"C'est un bon début... Essaie de la faire te parler... pas à propos du bébé ni à propos de vous deux... Il faut le faire seulement si tu veux vraiment améliorer les choses dans ton couple..."
"Bien sûr que je le veux ! Mais je n'ai jamais été très doué pour parler comme ça," remarqua Jake avec regrets.
"C'est pourtant ce que tu viens de faire... Et tu as parlé à Michaela aussi... Tu commences par nous parler à nous pour t'entraîner, c'est ça ?"
Le barbier rougit et haussa les épaules.
"Je n'aurais jamais pensé que je te demanderais ce conseil."
Il avala sa salive.
"Mais je te vois avec le Dr Mike... Et vous semblez vraiment heureux d'être ensemble... Donc je me suis dit que tu devais bien t'y prendre..."
Il posa les ciseaux et le peigne et enleva la cape des épaules de Sully.
Sully se leva, s'étira et se dirigea à contre-coeur vers un grand miroir accroché au mur.
"Tu dois juste te rappeler que tu n'es pas seul dans ton couple... Vous êtes deux..."
Il jeta un rapide coup d'oeil dans le miroir et tira sur ses cheveux, comme pour les forcer à pousser.
Il haussa les épaules et se retourna vers Jake.
"En plus... passer plus de temps avec elle pourrait déclencher beaucoup de choses, surtout par rapport à un bébé," sourit-il.
Il plongea la main dans sa poche et sortit quelques pièces.
"Merci pour la coupe, Jake... Tu as bien travaillé. Combien je te dois ?"
Jake agita la main. "C'est pour la maison... Juste pour cette fois," dit-il.
Il redressa les épaules.
"Si tu as fini ici, j'aimerais fermer... Je pense que Teresa pourrait apprécier un dîner au Château..."
Sully s'avança à grandes enjambées vers la porte, suivi de près par Jake.
Il se tourna et tendit la main.
"Bonne chance, Jake... Et, puisque je parle en connaissance de causes, avoir des enfants est la meilleure chose qu'un homme puisse faire... ça vaut le coup d'attendre."
Il leva la main et se toucha à nouveau les cheveux.
"Même s'ils font parfois des choses un peu... embêtantes." Jake hocha la tête de compréhension.
Alors qu'il sortait, Sully ajouta : "Oh... et juste au cas où tu penserais que Michaela et moi t'espionnons, nous allons dîner au Château avec Myra ce soir. Nous te verrons là-bas."
Il descendit les marches d'un saut et se dirigea vers son cheval, toujours attaché près de la clinique.
Jake le regarda partir d'un air pensif.
Chapitre 16 :
"Alors, est-ce que ça va ?" demanda Sully en serrant sa cravate et en se tripotant ses cheveux désormais plus courts.
Michaela se tourna du miroir où elle ajoutait les touches finales à sa coiffure et sourit.
"Tu es très beau," le complimenta-t-elle.
"Tu portes ton plus beau costume."
Il haussa les épaules.
"Dîner avec deux belles femmes... je ne dois pas faire tâche," expliqua-t-il avec un sourire taquin.
Il se toucha à nouveau les cheveux.
Michaela s'avança vers lui d'un pas vif et lui prit la main.
"Ils sont très bien... Jake a fait du bon travail," le rassura-t-elle.
Elle tendit la main et la passa dans les doux cheveux de son mari. "J'aime bien... ça te va tout à fait."
"Je ne vais pas les garder comme ça," répondit-il tout de suite. "Plus tôt ils repousseront, mieux ce sera !"
Michaela rit et se mit sur la pointe des pieds pour l'embrasser.
"Comme tu voudras... ça m'ira toujours. Tu es prêt ? J'ai juste besoin de fignoler ma coiffure."
Sully la regarda avec indulgence se réinstaller sur son siège près de la glace et continuer à arranger la coiffure plutôt compliquée qu'elle avait choisie.
Il ne lui avait pas dit que l'une des raisons pour lesquelles il avait décidé de mettre son plus costume était parce qu'il allait rencontrer Adrian Tilson pour la première fois.
Il se sentait toujours mal à l'aise en présence de gens de l'Est bien éduqués, et surtout avec ceux qui avaient connu Michaela avant lui.
Cette fois, il voulait s'assurer d'être sur un pied d'égalité, même si c'était seulement en apparence.
En plus, il en était arrivé à la conclusion qu'il devait y avoir quelque chose dans le passé de Michaela et de Tilson car elle agissait de façon étrange depuis l'arrivée de cet homme en ville.
Il voulait en savoir plus.
Il s'assit sur le bord du lit pour attendre.
Parler avec Jake cet après-midi avait eu pour effet de renforcer l'amour qu'il portait à Michaela.
Certaines des choses qu'avait dites Jake au sujet de Teresa lui avaient rappelé sa propre femme avant qu'ils se marient.
Elle avait toujours semblé secrète et n'avait pas l'impression d'aimer être avec lui.
Il avait plusieurs fois tenté de briser sa réserve, mais il avait rarement eu de chance.
C'était seulement après leur mariage, peu après en réalité, qu'elle s'était soudain libérée.
Il n'avait jamais vraiment su pourquoi et comment.
Pendant qu'il lui faisait la cour, il avait parfois eu un aperçu d'une Michaela légère, aimante et coquine, mais rien ne l'avait préparé à la femme sensuelle qu'elle était devenue.
Rien que le fait d'être dans la même pièce qu'elle, sans la toucher, le mettait dans tous ses états et il savait qu'elle ressentait la même chose.
Un contact, un sourire, un frottement ou une douce caresse créait de l'électricité entre eux et lui coupait le souffle.
Il avait rêvé et espéré cette sensation, mais la réalité était encore plus belle et le fait que cela durait, après presque quatre ans de mariage, le rendait incrédule.
Il tendit la main et lui caressa l'épaule.
Elle se retourna et le fixa dans ses yeux bleus.
"Tu deviens impatient ?" demanda-t-elle avec un sourire, sachant bien que ce n'était pas le cas.
"Non... je pensais."
"A quoi ?" demanda-t-elle en posant son peigne et ses broches devant elle, puis elle se leva.
Il haussa les épaules.
"A plein de choses," répondit-il pensivement avant d'ajouter : "Je pensais à quel point je t'aimais..."
Elle s'approcha de lui et posa la main sur sa joue.
"Le sentiment est réciproque," répondit-elle.
Elle s'approcha davantage et l'embrassa avec fougue.
"Tu es vraiment très beau," répéta-t-elle doucement en touchant le revers de sa veste.
"Les femmes vont m'envier ce soir..."
"Si tu essaies de me faire oublier mes cheveux, ça marche," rit Sully.
Il la caressa de la taille aux épaules en lui éfleurant les seins au passage.
"J'aurais aimé qu'on reste ici..." murmura-t-il.
"Myra nous attend," répliqua-t-elle d'un ton séducteur. "Et en fait, j'attends cette soirée depuis longtemps... J'ai enfin une opportunité de montrer aux autres mon magnifique mari, de voir une amie très chère... et de ne pas cuisiner. Qu'est-ce qu'une une femme peut désirer de plus ?"
Il haussa les épaules. "Je pense à certaines autres choses..." répondit-il vaguement.
Elle lui sourit et lui prit la main. "Venez, Mr Sully... Allons nous réjouir de la soirée ensemble."
Il se leva à contre-coeur et fit un angle avec son coude pour qu'elle puisse y passer son bras.
Elle le fit rapidement et il lui caressa la main.
"Du moment que tu n'oublies pas où on en était quand on rentrera ce soir," lui murmura-t-il à l'oreille.
Elle lui sourit.
"Oh, je n'oublierai pas," répondit-elle d'un ton aguichant avant qu'ils ne sortent de la chambre.
"Oh, Dr Mike, Sully, c'est si bon de vous voir !" s'exclama Myra tandis que le couple entrait dans le hall du Château.
"Ça faisait longtemps que j'avais envie de dîner avec vous deux."
Elle prit le bras que lui tendait Sully.
"Sarah va s'asseoir avec William et Samantha pour que nous puissions parler... et j'ai réservé une table dans la salle à manger... Venez..."
Après avoir laissé William, profondément endormi, entre les mains de Sarah, le trio traversa la salle à manger avant que le jeune Ben Matthews les fasse s'asseoir à une table qui le jour, donnait sur les montagnes.
Elle était recouverte d'un lourd velours vert.
La pièce était éclairée par des lampes décorées qui faisaient briller l'argenterie et le cristal des couverts et une bougie sur chaque table procurait un grand sentiment d'intimité.
Michaela et Sully s'échangèrent un sourire lorsqu'ils repérèrent Jake et Teresa, également installés à une table dans un coin, assez loin d'eux.
"J'ai tellement de choses à vous dire," commença Myra dès qu'ils s'étaient installés.
"Mais avant ça... J'espère que tout va bien pour vous... et votre famille ?"
Lorsqu'ils la rassurèrent tous les deux que tout allait bien et que ce n'était pas un problème de laisser Katie avec Kathleen et Matthew, elle s'adossa à sa chaise en soupirant.
"Bien," lâcha-t-elle. "Je suis contente que Sarah s'occupe des enfants... Ça nous laisse une occasion de parler... J'irai voir comment ça se passe tout à l'heure."
Elle se détendit dans sa chaise alors que Ben remplissait les verres de la table avant de partir.
Myra continua : "Je ne sais pas par où commencer..."
L'enthousiasme de Myra était contagieux et Michaela tendit la main pour la poser sur celle de son amie.
"C'est si agréable de vous voir comme cela, Myra," dit-elle sincèrement. "De vous voir aussi vivante... Pleine de vie..."
Myra rougit et répondit : "Merci, Dr Mike... Parfois, je me demande ce qu'il me serait arrivé si vous n'étiez pas venus me chercher à Saint Louis et si vous n'aviez pas découvert ce que j'avais..."
"Vous devez remercier Horace pour ça," répondit Michaela. "C'est lui qui m'a persuadée d'aller vous voir."
Myra hocha la tête. "J'ai tellement de gens à remercier... Pour beaucoup de choses."
"Alors, qu'est-ce qui vous rend si heureuse, Myra ?" demanda Sully, également réjoui de l'enthousiasme de la jeune femme.
Elle inspira profondément.
"Eh bien... Vous savez que j'aide Charlie à tenir les comptes ici ?" demanda-t-elle.
Lorsque ses deux compagnons acquiescèrent, elle continua : "Mr Tilson l'a découvert... Pourtant, on le gardait pour nous parce qu'on n'était pas sûrs de la façon dont il réagirait... J'étais quand même une cliente du Château..."
Elle tendit les deux mains et saisit celles de ses amis.
"Il était un peu ennuyé au début, mais quand Charlie lui a dit que je faisais la même chose au Shaw Club Hotel à Saint Louis, il m'a proposé le travail !"
Michaela rayonnait. "Donc vous restez à Colorado Springs !" s'exclama-t-elle.
"Oui," répondit Myra.
"J'ai dû y réfléchir pendant un moment, parce qu'Adèle me manque terriblement... Elle a été si gentille avec moi quand je suis venue chez elle avec Samantha... Elle est la seule vraie famille que j'ai."
"Mais vous avez pris votre décision maintenant," dit Sully.
"Oui... C'était dur, mais ici, Samantha peut voir son père tout le temps et grâce au travail, je vais pouvoir vivre près d'ici, avec le reste des employés. La chambre est petite, mais c'est propre. Et ça ne dérange pas Mr Tilson qu'il y ait Samantha, du moment qu'elle n'embête pas les clients. Elle va à l'école à l'automne de toute façon... Donc ça ne devrait pas être un problème."
Elle leur fit un grand sourire.
"Et Dr Mike, Mr Tilson a dit que je pourrais toujours utiliser les sources chaudes, du moment que je le fais tôt le matin ou tard dans la journée quand tout le monde dîne... Donc je pourrais continuer mes exercices !"
"C'est merveilleux, Myra !" s'exclama Michaela. "Mais je peux comprendre que votre soeur vous manque..."
La jeune femme lui lança un sourire rusé.
"J'ai pensé à ça... Je crois que si tout se passe bien ici, je pourrais demander à Mr Tilson de faire un essai avec Adèle s'il venait à manquer un poste... Elle travaille au Shaw Club aussi... alors il saura qu'elle fait du bon travail," souligna-t-elle avec joie.
Michaela répondit prudemment : "Peut-être qu'Adèle ne voudra pas quitter St. Louis... Si je me souviens bien, il y avait un certain jeune homme..."
Le visage de Myra se décomposa soudain.
"Je n'avais pas pensé à ça," dit-elle pensivement. "Mais pourtant, elle n'en parle pas beaucoup dans ses lettres..."
Alors, refusant de laisser la perspective de ne pas voir sa soeur bientôt lui gâcher la soirée, elle sourit avec excitation.
"Je me sens déjà si chanceuse," s'enthousiasma-t-elle. "Je suis sûre que ça va se faire."
"Et que pense Samantha de tout ça ?" demanda Michaela avec un sourire indulgent.
"Oh... Elle est tout aussi excitée que moi... Elle aime passer du temps avec son père... Et elle a hâte de commencer l'école dans 'l'école rouge', comme elle dit... Elle n'arrête pas de me poser des questions sur ça à chaque fois qu'on est en ville..."
Elle baissa les yeux un instant, comme si elle était embarassée.
"Elle aime beaucoup Hank aussi... Il vient très souvent ici et il s'occupe bien d'elle..."
Sully écarquilla les yeux de surprise.
En voyant son expression, elle le rassura : "Oui, je sais ce que vous ressentez... Et peut-être qu'il n'est pas le genre de personnes avec qui Samantha devrait passer du temps, mais il a été si gentil avec moi et elle. Elle ne sait pas ce qu'il fait en ville et je ne vais pas lui dire."
"Elle va sûrement l'apprendre quand elle ira à l'école, Myra," lui dit Michaela.
La jeune femme haussa les épaules.
"Et bien, on verra quand ça se présentera... Il y a beaucoup de bon chez Hank... Il me l'a prouvé de nombreuses fois ces derniers mois. Samantha voit le bon en lui aussi..."
Elle sourit soudain avec ironie.
"Il n'a pas été très poli cependant quand je lui ai montré où on allait vivre quand je commencerai à travailler la semaine prochaine."
"Il n'a pas approuvé ?" demanda Michaela, sa curiosité piquée au vif.
"Il a dit que la chambre était trop petite... surtout parce que je n'allais pas y vivre toute seule... J'ai dû l'empêcher d'aller en parler à Mr Tilson."
Elle rit.
"Je n'aurais jamais imaginé qu'Hank se préoccupe de mon bien-être... Mais c'est très gentil."
Ses deux compagnons hochèrent la tête, partageant son sentiment, et regardèrent Ben qui leur exposait ce qu'il y avait au menu ce soir.
Michaela s'adossa à sa chaise et s'essuya délicatement la bouche avec sa serviette, se sentant bien rassasiée.
"C'était excellent," dit-elle des légumes sautés et du roast-beef qu'elle venait de manger.
"Oui, c'est vrai, c'était très bon," acquiesça Sully en s'essuyant aussi la bouche.
Il leva les yeux et attira immédiatement l'attention de Michaela vers la porte principale de la salle à manger.
Elle se retourna et vit Sarah qui portait William dans les bras.
Elle sourit à Myra et son mari et se leva rapidement.
"Il semblerait qu'un petit garçon ait bien faim lui aussi. Ça ne sera pas long."
Elle posa la serviette sur la nappe et sortit de la pièce, observée avec admiration par plusieurs clients.
Environ quarante minutes plus tard, Michaela sortit de la chambre de Myra avec William bien réveillé et réjoui dans les bras.
"Pourquoi ce soir ?" demanda-t-elle tout bas. "Normalement, tu es déjà couché à cette heure..."
Elle l'embrassa sur le front et lui sourit.
"Très bien... Si c'est ce que tu veux... Tu peux rejoindre Myra et ton papa dans la salle à manger. Mais si tu pleures, je te ramène tout de suite ici..."
Absorbée par sa conversation où elle était la seule à parler tandis qu'elle marchait dans le couloir de l'hôtel, elle fut surprise lorsqu'une main se posa doucement sur son bras.
Elle s'arrêta et leva le regard vers les yeux noisette d'Adrian.
"Michaela... Comme c'est délicieux que vous veniez enrichir notre établissement par votre présence," s'enthousiasma-t-il avec un grand sourire accueillant.
"Je suppose que vous n'êtes pas venue ici pour me voir...? Nous n'avons pas pu vraiment parler l'autre jour... et après tout, cela fait des années que nous ne nous sommes pas vus..."
Michaela avala sa salive et serra instinctivement son bébé contre elle.
Elle se força quand même à sourire.
"Bonsoir, Adrian," dit-elle un peu formellement.
"En fait, mon mari et moi sommes venus dîner avec Myra..."
Il lui lança un sourire ironique.
"Ah... C'était bête de ma part de penser que vous étiez venue rendre visite à un vieil ami..."
Il haussa les épaules et remarqua : "Est-ce que Myra vous a dit qu'elle commence à travailler ici la semaine prochaine ?"
Michaela sourit enfin pour de bon.
"Oui, elle me l'a dit," répondit-elle.
"Merci de faire ça pour elle... Elle a traversé tant de choses... Et penser que quelqu'un a confiance en elle..." Sa voix mourut.
"J'aurai confiance en elle aussi longtemps qu'elle fera bien son travail et agira avec décorum... Ce que je demande à chacun de mes employés."
"Bien sûr," acquiesça Michaela. "Mais je suis certaine que vous n'aurez pas de soucis avec Myra... Elle travaille dur. Elle a travaillé avec Preston Lodge dans sa banque pendant plusieurs mois sans se plaindre..."
Il hocha la tête.
"C'est ce que j'ai entendu... Et comme je sais que Mr Lodge était un patron plutôt sévère, je peux croire que Myra vaut la peine d'être engagée."
Il fit un signe de tête vers le bébé, blotti dans les bras de Michaela, qui le regardait.
"Votre fils ?" demanda-t-il, même s'il connaissait la réponse.
Michaela hocha la tête.
"Oui, c'est William," répondit-elle.
Elle recula d'un pas.
"Euh... Je ferais mieux de rejoindre les autres, ils vont se demander où je suis passée..."
Adrian leva une main pour l'empêcher de partir...
Mais réfléchit et la laissa finalement retomber
"Si vous le devez vraiment," dit-il à contre-coeur. "J'espérais que l'on pourrait discuter... Vous êtes partie de Philadelphie si vite... Il y avait des choses que j'aurais aimé vous dire, surtout avec les circonstances..."
"C'était il y a très longtemps, Adrian," répondit Michaela, le regard froid. "Et je ne vois pas la nécessité de quelque discussion que ce soit..."
"Mais... "
"Je ferais mieux d'y aller," répéta-t-elle.
Elle se retourna et fut plus qu'heureuse de voir Sully sortir de la salle à manger, apparemment à sa recherche.
Elle lui sourit, il vint rapidement à ses côtés et fut surpris lorsque sa femme lui serra fortement la main avant de se retourner vers le directeur du Château.
"Adrian... Voici mon mari, Byron Sully... Sully, voici Adrian Tilson, le frère de Miriam," expliqua-t-elle.
Sully tendit immédiatement sa main de politesse.
"Ravi de vous rencontrer, Mr Tilson," répliqua-t-il d'une voix sans intonation.
Adrian hocha la tête et serra la main de Sully sans entrain. "J'en suis certain," répondit-il.
Il avait une lueur de dédain dans les yeux et sa voix indiquait clairement qu'il n'avait aucun désir de rencontrer cet homme.
"Eh bien... Comme je pense que Myra doit être assise seule dans la salle à manger et que j'ai quelques petites choses à faire avant de me retirer pour la soirée... Je vais vous laisser."
Il s'inclina légèrement, comme à son habitude avec des clients importants du Château puis, il regarda Michaela et lui fit un grand sourire.
"J'ai hâte de pouvoir parler avec vous, Michaela... Pour rattraper le temps perdu..."
Il leur fit à tous les deux un signe de tête et leur tourna le dos pour se diriger vers son bureau.
Michaela relâcha la pression sur la main de Sully et lorsqu'il se pencha vers elle pour prendre William, elle posa la tête contre son épaule pendant un instant avant de se redresser, de lui faire un timide sourire et de retourner dans la salle à manger.
Sully regarda Michaela alors qu'elle était assise devant la coiffeuse et brossait ses cheveux en rythme ; c'était son rituel avant d'aller se coucher.
De temps en temps, elle s'arrêtait, comme perdue dans ses pensées et se secouait avant de recommencer à se peigner.
Il était inquiet pour elle.
Depuis leur rencontre avec Tilson, elle avait été très calme et même la joie de Myra et les facéties de William n'y avaient rien fait.
Il n'aimait pas être trop curieux, mais il mourait d'envie de connaître l'histoire entre Michaela et cet homme.
Elle allait très bien lorsqu'elle était partie nourrir William, alors qu'avait dit Tilson qui l'avait rendue ainsi ?
Bien sûr, une discussion sur le chemin du retour à propos de Brian et où il pourrait être n'avait pas arrangé les choses.
Il savait qu'elle avait réussi à affronter cette angoisse durant l'après-midi et le souper, mais la nuit, les soucis réapparaissaient.
Elle posa enfin le peigne, souffla sur la lampe et se leva tandis qu'il tirait les couvertures pour qu'elle puisse s'installer près de lui.