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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 01.08.2012 à 13h26
Auteur : katido
Statut : Terminée
« La vie n'est pas un long fleuve tranquille ! » katido
Cette fanfic compte déjà 101 paragraphes
Blair s’étira délicieusement dans les draps de leur lit à Monaco. La brise du matin jouait avec les voilures de la porte-fenêtre entre-ouverte. Elle sourit au visage de Chuck, détendu par le sommeil.
Ils étaient rentrés la veille au soir, après avoir passé une journée entière enfermés dans leur chambre à Rome. Ils s’étaient promis qu’ils y reviendraient plus tard pour faire du tourisme.
Eva avait décidé de rester là-bas. Elle n’avait aucune envie de remettre les pieds sur le rocher et puisqu’elle avait décroché un job d’étudiante, elle s’en tiendrait à ça en attendant de trouver mieux. Blair ne lui avait pas dit merci mais la reconnaissance brillait dans ses prunelles lorsqu’elle avait quitté la ville au bras de l’élu de son cœur.
Elle se pelotonna tout contre son torse velu et embrassa ses côtes, laissant ses doigts folâtrer vers le bas de son ventre.
Les lèvres du jeune homme frémirent et il ouvrit à demi les paupières.
- Bonjour mon amour, susurra-t-elle en promenant maintenant sa bouche dans son cou.
- Bonjour ma beauté, marmonna-t-il.
Il baissa la tête pour happer les lèvres de la femme de son cœur entre les siennes.
- Tu as bien dormi ? demanda-t-elle en glissant sur l’arrête de sa mâchoire.
- Comme un nouveau-né. Et toi ?
- Comme si j’étais enfin rentré chez moi.
Il sourit et déposa un baiser sur le bout de son nez.
- Je t’aime, souffla-t-elle en enfouissant son visage dans le creux de son cou.
- Je t’aime aussi, déclara-t-il en caressant la base de sa nuque.
Elle frissonna de plaisir et sa main repris sa course sur son ventre.
Le BlackBerry blanc de Blair vibra sur la table de nuit et elle gémit de désespoir.
- Non, mais c’est pas vrai, ragea-t-elle en attrapant l’objet.
Elle l’éteignit sans même regarder de qui venait l’appel et le laissa tomber sur la moquette, replongeant dans les bras de Chuck.
Lorsqu’elle ralluma l’appareil deux heures plus tard, elle examina le téléphone en deux fois en découvrant l’identifiant. Est-ce qu’il s’était trompé de numéro ?
- Nate ? demanda-t-elle.
- Blair ? répondit l’héritier Archibald de l’autre côté de la ligne.
- Elle-même.
- Est-ce que Chuck est avec toi ?
- Non, il est avec Jack. Pourquoi ?
- Pour rien, c’est juste que…
- Est-ce qu’elle est avec lui ? questionna la voix de sa meilleure amie en arrière fond.
- Serena ?
- Oui, euh, elle est là, répondit Nate à Blair tout en faisant non de la tête à la blonde.
- Est-ce qu’elle va bien ? interrogea la brune.
- Oui … oui, elle va bien, balbutia le jeune Archibald.
- Tu en es certain ? s’inquiéta Blair.
- Oui, euh, non, en fait…. On a besoin de toi et …
- Passe la moi, ordonna Queen B.
Nate tendit son téléphone à Serena sans se faire prier.
- Blair ? demanda la blonde avec appréhension.
- S, est-ce que ça va ? Qu’est-ce qui se passe ? Carter m’a dit que tu avais déserté les soirées jet-set pour un musicien et…
- Tu as parlé à Carter ? s’étonna l’autre jeune femme, notant que sa meilleure amie l’avait appelée S, ce qui lui réchauffa le cœur malgré la situation compliquée dans laquelle ils se retrouveraient bientôt tous embarqués grâce à elle.
- Ta mère te cherche partout, elle a appelé Chuck et on s’inquiétait pour toi. Il faut que tu la rappelles de toute urgence.
- Je le ferai B, mais avant, je veux que tu écoutes ce que je vais te dire sans poser de question.
- S …
- S’il te plait B, je sais que tu es en colère contre moi et que tu m’en veux mais, c’est vraiment, vraiment, vraiment, très important. C’est à propos de Chuck. Je sais que tu ferais n’importe quoi pour lui, alors je te demande de venir nous rejoindre à Nice. Mais surtout ne vient pas avec lui. Ne lui dit même pas que nous t’avons appelé.
- S ! s’exclama cette fois la brune.
- Blair, s’il te plait, dit Nate qui avait repris le combiné. C’est très important, tellement important qu’on ne peut pas t’en parler par téléphone, mais on a vraiment besoin que tu viennes, et de préférence sans en parler à Chuck, surtout sans en parler à Chuck.
Le cœur de Blair se serra.
Que S fasse des cachoteries à son frère était dans la logique des choses, mais le fait qu’elle soit avec Nate et qu’il soit d’accord avec elle sur le sujet la terrifiait tout à coup.
- Blair, Chuck est mon meilleur ami et tu sais que je ne te demanderais pas de venir si ce n’était pas absolument nécessaire.
Elle était maintenant à la fois effrayée et curieuse. Le fait qu’il prenne cette voix de conspirateur lui donnait envie d’en savoir plus. Elle n’avait jamais pu résister à un secret et encore moins quand il concernait l’homme de sa vie.
- Ok, compte sur moi. Donne-moi l’adresse et je serai là dès demain matin, dit-elle d’une voix un peu tremblante.
Elle griffonna l’information sur un morceau de papier. Elle ne savait pas encore comment elle allait s’y prendre mais… Si, en fait, elle savait parfaitement comment elle allait s’y prendre pour ne pas éveiller ses soupçons.
La semaine de la mode commençait dans une semaine à peine, sa mère lui avait donné quartier libre mais il lui suffisait de prétendre qu’elle devait rentrer d’urgence à Paris pour WD et Chuck ne poserait aucune question.
Elle le quitta le lendemain matin avec un pincement au cœur.
Ils avaient passé une soirée torride après que Chuck soit rentré de son entrevue avec Jack et Bondel, un des principaux soutiens de leur action pour démanteler le conseil d’administration de BI.
Les deux autres avaient tout autant que lui approuvé le projet que Giovanni Bianchi avait proposé à Chuck en Italie. Il s’agissait de la construction d’un nouvel immeuble à Dubaï. L’investissement était colossal mais ça pouvait rapporter gros, sans parler du fait que chacun des membres du conseil voudrait avoir sa part du gâteau.
S’ils réussissaient ce coup de maître, Bart pouvait dire adieu à son siège de président de BI, tout le conseil sans exception déserterait le navire pour avoir l’opportunité de placer des billes dans la nouvelle compagnie que Jack et Chuck allaient créer.
Cette simple idée remplissait son petit ami de joie et d’optimisme et c’est Blair qui eut le privilège d’évaluer et d’assouvir l’ébullition qui en découlait dans son sang.
Mais, si la jeune brunette était heureuse pour l’élu de son cœur et ne demandait pas mieux que d’avoir les honneurs de son enjouement, l’appel de ses amis résonnait du fond de sa conscience, lui rappelant que tout ne se passerait surement pas sous les meilleurs auspices.
En effet, il ne pouvait s’agir que de quelque chose en rapport avec Bart pour que ces deux-là s’inquiètent autant à propos de l’héritier Bass. Ils avaient dit que c’était d’une extrême importance et vu les récents évènements entre le père et le fils, elle ne pouvait rien imaginer de plus important.
Bart Bass n’était indubitablement pas resté inactif pendant que son fils et son frère cherchaient un moyen de le faire chuter de son pied d’estal et de lui ravir les dernières acquisitions qu’ils avaient réalisées pour BI en son absence.
Le baiser qu’elle avait posé sur les lèvres de son petit ami avant de partir lui laissait un goût amer dans la bouche.
Chuck reposa son BlackBerry pour la troisième fois sur la table devant lui. Il était censé prendre le petit déjeuner avec son oncle à La Vigie mais ce dernier s’était décommandé en dernière minute. Le jeune homme était certain que la raison en était une jolie asiatique qu’il avait vu s’introduire dans la suite que Jack occupait.
Le serveur déposa sa commande sur la table devant lui, mais il continua à fixer son écran à la place de son assiette. Il se sentait idiot, il avait envie de l’appeler depuis l’instant où il s’était réveillé sans elle à ses côtés.
Blair était partit tôt ce matin pour Paris, où sa mère l’attendait. Il comprenait parfaitement que ses nouvelles fonctions au sein de WD l’accaparent. Elle avait déjà séjourné plusieurs jours à Monaco, sans parler de leur voyage éclair dans la capitale italienne et il était évident qu’elle ne pouvait pas s’absenter plus longtemps de Paris à quelques jours de la semaine de la mode.
Mais elle lui manquait atrocement, alors qu’elle ne l’avait quitté que depuis quelques heures à peine. Il s’était rendormi après son départ, s’appropriant l’oreiller qu’elle avait utilisé pour sentir encore son parfum.
En se levant, il avait rappelé Giovanni Bianchi pour lui faire part de leur participation à son projet de construction à Dubaï. Ils devaient techniquement mettre au point quelques détails avec son oncle, avant qu’il lui préfère une petite frimousse Nippone, mais il ne lui en tenait pas rigueur car de son côté, il aurait de loin préféré continué à fêter ça avec sa petite-amie.
Il sourit en pensant à cette appellation, se disant que cette fois, plus rien ne pourrait venir les séparer. Après les déclarations qu’elle lui avait faites à Rome, il était plus que certain que cette fois, enfin, c’était la bonne.
Dès qu’il aurait récupéré ce que son père lui avait volé, il lui ferait sa demande. Il choisirait un endroit romantique pour l’emmener en voyage. Peut-être pour les fêtes de Noël, quand elle aurait un peu de répit après les défilés et avant la reprise de la nouvelle saison.
Il voulait qu’elle devienne sa femme le plus tôt possible, il ne voulait plus perdre de temps, ils en avaient déjà bien trop perdu. Toutes ces épreuves, toutes ces souffrances, ça en valait largement la peine s’il pouvait passer le reste de sa vie dans ses bras.
Il laissa son regard errer sur le décor de La Vigie sans vraiment le voir, la terrasse surplombait l’étendue d’eau, la vue offerte était magnifique mais il avait autre chose de plus magnifique encore en tête. L’étincelle qui pétillait dans les yeux de la femme qu’il aimait quand elle était heureuse.
Il jeta un coup d’œil supplémentaire à son smartphone et un sourire apparut sur son visage. Tant pis s’il passait pour un amoureux transis, ce qu’il était d’ailleurs. Il avait trop besoin d’entendre sa voix, de la tenir dans ses bras, de sentir son parfum, de goûter sa peau. Il repoussa son assiette sans y avoir touché et quitta le restaurant.
*****
Blair Waldorf pénétra dans le hall de l’hôtel Beau Rivage de Nice et se dirigea sans attendre vers le restaurant. Serena et Nate y étaient attablés dans un coin. La brune fronça les sourcils, il n’était pas dans les habitudes de sa meilleure amie de se cacher dans l’ombre quand la lumière l’inondait si bien.
- Nate, Serena, s’exclama-t-elle en arrivant à leur hauteur.
Sa blonde amie lui adressa un sourire chaleureux et un peu craintif tandis que le jeune homme semblait vouloir disparaitre dans le sol.
Malgré tout, il se leva et tira une chaise pour Blair, l’invitant à se joindre à eux.
- Alors ? Je vous écoute. Qui a-t-il de si important qui vaille la peine de me faire quitter les bras de Chuck, en lui mentant de surcroit ?
La jeune femme ne pouvait cacher sa curiosité et son animosité envers les messagers.
Les deux amis se consultèrent du regard avant que Serena ne se jette à l’eau.
- C’est à propos d’Elisabeth, commença-t-elle.
Nate admira son habileté. Elle accrochait Blair avec le meilleur hameçon qui puisse être. Nul doute que leur amie plongerait tête la première si elle lui présentait les choses comme ça.
La blonde ne put dissimuler un petit sourire de satisfaction en voyant les pupilles de B se dilater à la simple évocation du nom de la mère biologique de son frère adoptif.
La brune le nota mais ne fit aucun commentaire, elle avait bien trop de mal à contenir la course des pulsations qui venait de démarrer dans ses veines. Elle se contenta de noter de la tête pour indiquer à son amie de continuer.
- Nous savions déjà qu’elle et Bart avaient mis au point un mensonge pour couvrir son départ à la naissance de Chuck.
Blair sentit sa tête devenir lourde et la pièce se mit à tourner autour d’elle.
- Blair, appela Nate, inquiet devant le teint de cire subit de son visage.
Cette dernière leva la main pour signifier que tout irait bien. Elle avait juste besoin d’une minute pour récupérer son souffle et se préparer à ce qu’elle allait entendre.
Serena se mordilla la lèvre inférieure, elle avait peut-être préjugé des forces de sa meilleure amie. Cette dernière vivait avec Chuck quand Elisabeth avait fait son entrée en scène et cela s’était terminé de manière désastreuse aussi pour elle.
- On a découvert qu’elle avait d’autres enfants, déclara Nate, prenant la relève.
Blair le dévisagea un instant avant que les mots ne prennent sens dans son cerveau.
La blonde glissa son smartphone sous les yeux de sa meilleure amie qui commençait à intégrer les conséquences des révélations que venait de faire son ami.
Elle observa une photo de Chuck sur une plage de sable blanc.
Il s’était essayé au surf en Californie ?
En examinant mieux le cliché, elle prit conscience que la banderole dans le fond portait l’inscription spécifique d’un évènement sportif : la Rip Curl Pro Bells Beach de 2010.
Ou quand il était allé chercher Jack en prétextant se rendre en Nouvelle Zélande pour Noël ?
Elle chercha une explication dans les yeux de Serena.
- Il s’agit de la plus ancienne compétition de surf Australienne qui a lieu tous les ans à Pâques sur la Surfcoast, les meilleurs champions viennent s’y affronter pour remporter le titre.
Blair haleta et déglutit.
- Ce n’est pas Chuck, énonça-t-elle à mi-voix.
- C’est son frère jumeau, il s’appelle Matthew Fischer. Il a été classé 18ème au championnat cette année-là.
La brunette prit plusieurs minutes pour se concentrer sur le jeune homme en tenue de surf.
Son corps était plus musclé que celui de Chuck et son teint était plus basané, sans aucun doute le résultat de la combinaison du soleil austral et des journées passées à la plage.
Ses cheveux étaient bien plus courts que ceux de l’homme qu’elle aimait, mais ils avaient la même texture et ses yeux étaient de taille et de couleur identiques.
Ce qui la frappait le plus, c’était le sourire qui s’épanouissait sur son visage. Chuck souriait rarement comme ça et en général uniquement lorsqu’il était avec elle. Elle ne l’avait pas vu sourire comme ça depuis bien trop longtemps.
Son cœur se contracta encore un peu plus en imaginant la réaction qu’il aurait face à cette nouvelle. Elle comprenait maintenant pleinement pourquoi ses amis avaient fait appel à elle. Ils voulaient préserver leur ami autant que faire se peut.
- Comment… Comment l’avez-vous découvert ?
- Il m’a sauvé la vie, quand je suis tombée à la mer, indiqua Serena.
- Le musicien ?
S hocha la tête.
- C’est lui qui en est arrivé à cette conclusion, après avoir vu m’a réaction quand j’ai repris conscience. Je ne comprenais rien à ce qui se passait. Le moment précédent je me noyais et puis Chuck était agenouillé au-dessus de moi. T’imagine même pas comment je me suis sentie quand Carter m’a dit qu’il m’avait fait du bouche-à-bouche pour me réanimer.
Blair eut une moue horrifiée.
- On a discuté et je lui ai expliqué qu’il ressemblait traits pour traits à mon frère adoptif. Il a grandi avec Jack et quand j’ai prononcé le nom de Bass, il a fait des recherches sur Google.
- Il a grandi avec Jack ?
- D’après ce qu’il m’a dit, Jack et Elisabeth se sont installés ensemble à la naissance de leur fille, pendant quelques années, puis ils ont fini par se séparer, mais ils continuaient à se voir. Il semblerait qu’ils aient eu une histoire longue durée plutôt chaotique.
- une … une … bégaya la brune.
- Elle s’appelle Victoria, elle a cinq ans de moins que lui, elle va avoir 18 ans prochainement et a décroché un stage au Musée Océanographique de Monaco.
- A Monaco ? s’alerta-t-elle.
S hocha à nouveau la tête.
- Et Matt doit la retrouver là-bas avant de rentrer à Melbourne, où il vit maintenant, ajouta Nate.
- Mais Chuck est à Monaco ! cria-t-elle.
- Oui, on sait, répondit le jeune homme.
- Tu comprends pourquoi on a besoin de toi, soupira S. Le truc, c’est que Matt veut d’abord parler à sa mère. Il lui a demandé de les rejoindre, elle devrait arriver d’ici quelques jours. Il veut tirer ça au clair avec elle avant de voir Chuck. Ils ont l’air plutôt proches même s’il m’a parlé de dissensions entre eux, je pense que le facteur déterminant était surtout Jack et depuis qu’Elisabeth et lui ne sont plus …
- C’est toujours Jack, cracha Blair.
S lui fit un petit sourire compatissant.
- Je veux le rencontrer, exigea la brune. Je veux lui parler, avant qu’Elisabeth… Je veux dire, Chuck doit être mis au courant mais …
- Matt doit nous rejoindre après le déjeuner, il sera là dans deux heures, répondit Nate.
Assis à l’arrière de la voiture qui sillonnait les rues de la capitale française, Chuck échafaudait déjà la soirée. Il avait réussi à obtenir une table pour deux à La tour d’Argent et commandé des pivoines à faire livrer à l’adresse des bureaux de WD.
On était en début d’après-midi, elle devait être au travail à cette heure-ci. Il ne résista pas à l’envie d’allé l’embrasser. Et puis, on ne sait jamais, il valait mieux lui dévoiler sa surprise afin qu’elle ait le temps de s’arranger si elle avait quelque chose de prévu avec sa mère.
Il grimpa les escaliers de l’immeuble Waldorf quatre à quatre, impatient de sentir le corps de la femme qu’il aimait contre le sien.
Il fronça les sourcils quand la réceptionniste de l’accueil l’informa que Mademoiselle Waldorf n’était pas dans la maison.
Il franchit le hall et se dirigea droit vers le bureau d’Eléanor. Celui de Blair devait être à proximité.
- Chuck ? s’exclama, surprise, la maîtresse de maison qui sortait d’une pièce attenante.
- Bonjour Eléanor.
- Est-ce que Blair va bien ? s’alarma la styliste.
Elle n’avait pas eu de nouvelle de sa fille depuis qu’elle avait quitté Paris quelques jours plutôt. Et la venue du jeune homme était pour le moins inattendue.
Chuck l’observa un instant en silence avant de comprendre ce qui se passait.
L’employée de l’accueil ne s’était pas trompée, sa petite amie n’était pas là.
- Est-ce que tout va bien ? demanda encore la mère de Blair, l’impatience grandissant en elle.
- Je… Je croyais qu’elle était rentrée à Paris ce matin suite à votre appel, balbutia-t-il.
Ce fut au tour de la styliste de restée silencieuse.
- Peut-être que la voiture a eu problème sur la route, hasarda-t-elle après un instant tout en sachant pertinemment qu’elle n’avait jamais rien demandé de tel à sa fille.
Elle n’avait aucune idée de ce qui avait pu se passer entre les deux jeunes gens. Elle n’ignorait pas que Blair voulait reconquérir le cœur du jeune homme mais elle ne savait pas si elle avait atteint son but.
Chuck appuya sur la touche numéro un de son BlackBerry mais c’est la boîte vocale de la brunette qui l’accueillit directement. Il sentit une sueur froide glisser le long de son échine et une boule se former dans son estomac.
- Je vais appeler le chauffeur immédiatement, dit-il après avoir dégluti pour dissiper le nœud qui contractait sa gorge.
- Madame Eléanor, cria une jeune fille de l’autre côté du couloir.
- Tiens-moi au courant, ordonna-t-elle.
- Oui, bien entendu, répondit le beau brun.
Il ferma les yeux, tentant de maîtriser ses émotions, priant pour que le cauchemar ne recommence pas. La dernière fois qu’ils avaient été proche de faire leur vie ensemble, ils s’étaient retrouvés à l’hôpital et Blair avait perdu son bébé.
L’appareil tremblotait entre ses doigts tandis que la sonnerie résonnait à son oreille.
- Monsieur Bass, dit respectueusement la voix d’un homme âgé.
- Georges, où êtes-vous ?
- Dans ma chambre d’hôtel Monsieur, j’attends l’appel de Mademoiselle Waldorf, comme elle me l’a demandé.
- Vous êtes à Paris ?
Un silence gêné s’installa dans le combiné.
- Georges ! le rappela à l’ordre Chuck.
- Non, Monsieur. Mademoiselle Waldorf a modifié vos instructions, elle n’a pas quitté Nice. Je l’ai conduite directement à son hôtel et j’ai pris une chambre en attendant, comme elle me l’a ordonné.
Un poids immense s’envola de la poitrine du jeune homme, rapidement remplacé par une incompréhension totale et une autre inquiétude.
Pourquoi la jeune femme qu’il aimait ne l’en avait-elle pas informé ?
Il chassa la question de son esprit et frappa à la porte par laquelle Eléanor avait disparue pour l’informer que sa fille allait bien et qu’elle avait dû changer ses plans en dernière minute à cause d’un problème mécanique mais qu’elle serait à Paris dès que possible.
- Madame Waldorf, les interrompit la jeune fille blonde de l’accueil. On vient de livrer des fleurs pour Mademoiselle Blair, qu’est-ce que je dois en faire ?
Eléanor reporta son regard sur le jeune homme brun qui se tenait à quelques pas. Aucun doute possible sur l’expéditeur. Il était visiblement toujours très épris de Blair et elle se sentit navrée pour lui.
- Gardez-les pour vous, dit-il en quittant les lieux.
La mère de Blair acquiesça sans répondre pour ne pas trahir sa fille mais elle devrait avoir une explication claire avec elle à ce sujet.
Chuck passa en revue les différentes raisons qui auraient pu pousser sa petite amie à avoir un tel comportement.
Lui avait-elle menti délibérément ?
Elle voulait peut-être lui préparer une surprise ?
Ou voir des personnes dans le cadre de sa prise en charge de WD ?
Sans en informer sa mère ?
Peu probable.
Elle avait eu des informations à propos de Serena ?
Mais pourquoi ne pas lui en parler dans ce cas ?
Sauf si… cela impliquait de voir Carter Baizen.
Non, non, non, impossible !
Blair lui avait juré qu’elle l’aimait, qu’elle avait besoin de lui pour être heureuse. Il l’avait lu dans ses yeux, il savait que c’était vrai.
Alors que se passait-il ?
Elle allait vraiment réussir à le rendre dingue !
*****
A Nice, Blair Waldorf, complètement paralysée, observait avec un regard froid le jeune homme assis en face d’elle qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à l’amour de sa vie.
Nate et Serena s’échangèrent un regard en biais sans oser ouvrir la bouche.
La jeune brunette était absolument éberluée par la similitude des deux garçons. Bien sûr, elle savait à quoi s’attendre grace à la photo, à part que maintenant, il portait ses cheveux plus longs. Mais le voir là, devant elle, en chair et en os, c’était absolument, horriblement, fascinant.
- Matthew, c’est bien ça ? dit-elle pour entamer la conversation en sortant de sa léthargie.
- Matt, la reprit-il.
Elle retint un sourire en pensant à Chuck qui avait horreur qu’on l’appelle Charles.
- Et toi tu es ?
- Blair Waldorf, je suis la petite amie de Chuck.
Elle se redressa orgueilleusement sur sa chaise sous le regard de Nate et Serena qui ne firent aucun commentaire. Sa meilleure amie se contenta de sourire à cette nouvelle et celui de Chuck hocha la tête en signe d’assentiment.
Matt en revanche, jeta un coup d’œil meurtrier à la blonde.
- Je croyais qu’on était d’accord pour attendre que j’ai parlé à ma mère, maugréa-t-il.
- Ce n’est pas seulement ta mère, rectifia la brunette.
Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle n’était pas commode celle-là ! Pas du tout le même genre que son amie à qui il avait sauvé la vie. Il n’était pas vraiment certain qu’il serait allé repêcher la petite brune au milieu de la flotte.
- Je veux savoir ce qu’elle a à dire !
- Tant que tu y es, demande-lui donc pourquoi elle a poignardé Chuck dans le dos pour les beaux yeux de Jack !
Matt tressaillit et Queen B sut qu’elle avait marqué un point.
- Je parie que S ne t’a pas parlé de ça n’est-ce pas ?
- Je ne pensais pas que c’était bien utile de lui raconter tout ça, dit cette dernière, comme pour s’excuser.
- Et je ne vois pas en quoi ça change quoi que ce soit, continua le jumeau de son petit ami.
- Juste pour que tu saches qu’Elisabeth n’a pas hésité une seconde entre le fils qu’elle a abandonné et le type ignoble qui tentait lui voler son héritage. Votre héritage, rectifia-t-elle.
- Te fatigues pas, j’ai aucune envie d’avoir quoi que ce soit qui soit en relation avec Bass Industrie. Je laisse ça à Jack sans aucun problème. C’est pas mon truc.
- Ca, c’est plus qu’évident, commenta-t-elle avec condescendance en jetant un regard méprisant à son bermuda en jeans et à son T-shirt.
- Ok, j’en ai assez entendu, j’me casse, dit Matt en repoussant sa chaise.
Matt parcouru le chemin jusqu’à la porte en quelques foulées.
- Attends ! cria Serena en le suivant dans le couloir de l’hôtel.
- Ecoute, Blair est peut-être un peu rude et froide …
- C’est une sale pimbêche, doublée d’une petite snobinarde, la reprit-il.
- Quand on ne la connaît pas, elle peut paraître détestable, je sais. Mais c’est juste une façade pour se protéger. En réalité, elle a un cœur en or et elle se couperait en quatre pour ses amis. Et Chuck…. Elle l’aime et elle se battra bec et ongles pour lui. Elle a de bonnes raisons d’en vouloir à ta mère et de ne pas lui faire confiance, tu peux me croire. Ce qu’Elisabeth a fait à Chuck, c’était vraiment moche et c’est Blair qui en a payé le prix au final.
Matt sembla réfléchir à ses paroles. Ça lui rappelait quelqu’un qu’il connaissait bien. Quelqu’un qui avait fait la même chose pour lui quand il en avait eu besoin. Quelqu’un qui ne mâchait pas ses mots et n’avait pas peur de dire ce qu’elle pensait. Quelqu’un qui n’avait pas peur de le bousculer quand il le fallait et qui savait prendre soin de lui comme nulle autre. Quelqu’un qui s’était battu pour lui corps et âme, pour le sauver de ses démons, quand tous les autres, y compris sa mère, avaient abandonné. Quelqu’un qui lui avait fait le plus beau de tous les cadeaux.
- Matt, appela Blair, derrière lui.
Il se retourna et comprit, en croisant son regard chocolat, ce que voulait dire sa nouvelle amie, quand elle parlait de la sienne.
- Est-ce qu’on peut parler ? Seul à seul, insista la brune, sans jamais cesser de le regarder droit dans les yeux.
- Je dois me rendre à la répète pour la scène en plein air de ce soir mais j’ai encore un peu de temps devant moi. Tu veux venir faire un tour ? On pourra parler comme ça, proposa-t-il.
Elle hocha la tête et le suivi dans la rue.
Contre toute attente, il lui tendit un casque qu’il sortit du top-caisse d’une Suzuki Bandit 1200 cm3.
- Elle est à toi ? s’étonna-t-elle.
- On voyage en camionnette, avec tout le matos, j’vois pas où on la caserait ! Elle est à un ami de Max, notre synthé, qui vit ici. Il est venu faire quelques figures dans les rouleaux l’an dernier à Sydney. Il est plutôt cool. J’espère que tu n’es pas du genre froussarde au moins, la défia-t-il avec un petit sourire narquois.
Un frisson parcouru son échine, elle aurait pu jurer qu’il était Chuck en cette seconde.
Elle saisit le bol entre ses mains et remercia le ciel qu’elle ait choisi de porter un short par cette chaude journée de la fin du mois de juin.
Il enfila son propre casque et enfourcha l’engin noir, il attendit qu’elle grimpe derrière lui pour démarrer et s’enfoncer dans le trafic.
Il l’emmena jusqu’à une petite crique où il devait jouer le soir avec son groupe. Il aimait la plage, où qu’il soit dans le monde, ça lui donnait un peu l’impression d’être chez lui. Même si aucune plage ne se ressemblait, les embruns et le sel qui emplissaient l’air lui étaient familiers.
Il gara la moto dans un emplacement et l’aida à descendre le long des rochés qui cernaient la place. Les escaliers étaient creusés à même la pierre, érodés par le passage de milliers de jeunes qui les empruntaient depuis des lustres pour se réunir les soirs de fête.
Elle glissa sur l’une des dernières marches et se tordit la cheville, manquant s’étaler dans le sable. Il la rattrapa in extrémis et elle s’accrocha à lui pour garder l’équilibre.
- Est-ce que ça va ?
- Très bien, dit-elle, la tête haute, en s’écartant de lui rapidement.
Mais quand elle posa le pied sur le sol, la douleur qui irradia dans son mollet lui arracha un cri. Elle boitilla jusqu’à un « banc » qui s’était forgé dans la roche lui aussi.
- Je crois que tu t’es foulée la cheville, constata-t-il.
- Tu es médecin aussi, en plus d’être sauveteur professionnel ? aboya-t-elle.
Il sourit devant sa fureur, son frère devait vraiment être quelqu’un s’il avait réussi à la dompter.
- Non, mais j’ai été surfeur et je connais ce genre de petite foulure. Et aussi comment éviter que ça ne prenne des jours pour guérir. Si tu ne fais rien, ça va gonfler et tu ne pourras pas poser le pied par terre sans avoir mal pendant des semaines.
- Et qu’elle est donc ta recette miracle cow-boy ?
- Je ne suis pas Texan, je suis Australien, et si tu me promets d’être plus gentille avec moi, je partagerai mon secret avec toi.
- On en partage déjà un, rectifia-t-elle.
- Je sais, je suis désolé pour ça. C’est juste que j’ai besoin d’un peu de temps pour me faire à l’idée que ma mère….
- T’a menti depuis ta naissance ?
Il la regarda dans les yeux et vit à nouveau cette sincérité qui l’habitait tout à l’heure.
- Je ne veux pas lui causer de problème tu sais, je veux dire …
- Ce n’est pas toi, ce sont vos parents. Je ne comprends même pas comment il s’en est sorti jusqu’ici, après tout ce qu’il a encaissé. Ton père est vraiment un enfoiré de première et tu devrais t’estimer heureux d’avoir pu grandir loin de lui.
- Tu ne l’aimes pas à ce que j’entends.
Blair laissa échapper un ricanement.
- Ça c’est un euphémisme.
- Oh ! Et cultivé avec ça ! se moqua-t-il.
Elle lui jeta un regard assassin.
- Bon alors, ce remède, ça vient ou bien tu es juste un beau parleur ?
Il lui sourit et enleva son T-shirt.
- Qu’est-ce que tu fais ? s’offusqua-t-elle.
- Relax, je ne vais pas profiter de ta faiblesse si c’est ce que tu crois, sourit-il.
Il déchira le tissu en lamelles et les posa sur la pierre à côté d’elle.
- Prête ? demanda-t-il.
Mais avant qu’elle ne puisse répondre, il saisit sa cheville entre ses mains et fit un mouvement si rapide qu’elle ne comprit pas ce qui lui arrivait. Une douleur atroce remonta le long de sa jambe jusqu’à l’aine et elle hurla. Trois secondes plus tard, la douleur avait disparue.
- Non, mais ça va pas ? T’es malade ou quoi ? rugit-elle.
- Tu me remercieras demain, répondit-il en riant.
Il utilisa les bouts de son vêtement pour faire un bandage bien serré.
- Quand je rentrerai à l’hôtel, je te donnerai un baume que les surfeurs utilisent pour les claquages. Si tu en mets ce soir et demain, dans deux jours, tu courras comme une gazelle. Maintenant, grimpe.
Il lui offrit son dos pour la transporter jusqu’à la scène montée sur la plage pour le concert à venir et elle n’eut d’autre choix que d’accepter.
Ils passèrent le reste de l’après-midi à discuter de son enfance, de celle de Chuck et de leurs parents, de leur sœur, avant que les autres membres du groupe n’arrivent un à un.
Blair fut étonné de la facilité avec laquelle il se confiait quand son frère était une énigme à déchiffrer. Le jeune homme parlait de lui sans se cacher, sans aucune crainte.
Il avait toujours été proche de sa mère quand il était petit. Il n’y avait qu’eux deux et elle était une mère exemplaire à ses yeux. Elle était son monde entier. Puis Jack était arrivé. Petit à petit, il s’était installé dans leur vie et il avait fini par emménager avec eux quand sa sœur était née.
Et la confrontation avait commencé. Matt avait toujours été l’homme de la maison et la cohabitation était plutôt difficile. De plus en plus difficile au fur et à mesure qu’il grandissait.
Finalement sa mère l’avait envoyé en pensionnat à l’âge de douze ans, réglant ainsi le problème, choisissant de privilégier et de tenter de sauver sa relation amoureuse, qui battait de l’aile, avec Jack plutôt que celle qu’elle avait autrefois avec son fils.
La réaction de Matt ne s’était pas fait attendre. Il avait réussi à se faire renvoyer de chacun des établissements qu’il avait intégrés l’un après l’autre en un temps record, son comportement outrancier et ses penchants pour l’alcool et la drogue étant récurrents. Jusqu’à une overdose à seize ans.
Ce fut un électrochoc pour lui et il décida de changer radicalement de mode de vie. C’en fut également un pour Elisabeth et cet épisode précipita la séparation du couple, déjà instable.
Depuis, il s’était à nouveau rapproché de sa mère et il voulait lui laisser une chance de s’expliquer, il tenait à entendre sa version des faits, savoir ce qu’elle avait à dire. Il voulait qu’elle le regarde en face et qu’elle lui explique les raisons de ce frère jumeau qu’il ne connaissait pas. Parce qu’il y avait forcément une bonne raison pour expliquer un mensonge aussi atroce.
Blair lui parla de la trahison d’Elisabeth envers Chuck et de toutes les choses que Serena avait sciemment omis de mentionner à propos de l’enfance de son frère avec Bart et il comprit mieux pourquoi la jeune femme voulait tant le protéger. Il n’était pas certain de vouloir connaître ce père, qui lui avait pourtant manqué, même si anonyme, après tout.
Il se l’était imaginé, comme tout gamin grandissant dans l’ignorance totale de son géniteur, mais il ne ressemblait en rien à ce qu’il avait pu lire au sujet de Bartholomew Bass. Et la narration de la jeune fille ne l’y encourageait pas le moins du monde.
Chuck était reparti sans attendre pour Nice. Il avait besoin d’éclaircir les choses avec Blair. La voiture roulait depuis plusieurs heures et son cerveau tentait toujours de trouver une explication rationnelle au comportement de Blair.
Cela aurait été plus rapide en avion, mais sans le jet de BI, cela devenait plus compliqué. Il n’y avait pas de vol avant tard dans la soirée et il préférait avoir l’impression de faire quelque chose, même si ce n’était pas le cas, que de tourner en rond dans un aéroport bondé.
Il n’avait pas tenté de la rappeler, il voulait lui parler face à face. Maintenant qu’il savait qu’elle n’était pas en danger, d’autres sentiments prenaient le dessus, la colère et le ressenti, la douleur et l’inquiétude, bien plus sournoises à présent qu’il pensait à une trahison de sa part.
Il avait pensé que les mensonges et les manigances étaient derrière eux. Il essayait vainement de se rassurer en misant sur le fait qu’elle lui réservait surement une surprise de son cru. Comme lorsqu’elle était apparue au Casino dans la principauté.
Son BlackBerry vibra et il relâcha un soupir de soulagement. Mais ce n’était pas la brune qu’il espérait, c’était Georgina Sparks. Il considéra un instant ignorer l’appel mais se ravisa, elle était peut-être la raison de tout ça.
- Chuck, dit la jeune femme d’un ton railleur à l’instant où il décrocha.
- Georgina. Que me vaut le déplaisir ?
- J’ai pensé que tu aimerais savoir ce que fait Blair en ce moment.
- Elle est avec toi ?
- Tu aimerais bien ! Mais elle a d’autres projets bien plus intéressants à l’esprit. Je t’ai envoyé un petit cadeau, ricana-t-elle.
Il renifla de dégout mais ouvrit tout de même le mms qu’il venait de recevoir et son visage se mua en une grimace encore bien pire.
Il s’agissait d’une photo de Blair, accrochée à la taille d’un type sur une moto, puis une autre, où elle se trouvait dans les bras d’un type (le même ?) à moitié nu, mais non identifiable.
Le cœur de Chuck chavira et il sentit l’air quitter ses poumons.
- Ne me dis pas merci surtout, ironisa Georgina.
Il mit quelques secondes pour reprendre haleine, avant de l’incendier.
- Qu’est-ce qui me dit que tout ça est réel ? Que ce n’est pas toi qui as inventé ça de toute pièce pour jouer à un de tes petits jeux minables ?
Le rire de la brune aux yeux bleus éclata en milliers de petites bombes de l’autre côté de la ligne.
- Ne me dit pas que tu crois franchement à ce que tu dis ? Ni que tu lui fais vraiment confiance après ce qu’elle t’a fait cette année !
Un déclic se fit entendre avant qu’il ne puisse répondre.
*****
Blair rentra à l’hôtel en début de soirée, après avoir donné quelques jours de délais à Matt. Finalement, ils avaient passé tout l’après-midi ensemble. Elle avait même assisté à une partie des répétitions.
Elle avait pris un taxi, clopinant sur sa cheville douloureuse, après que son « beau-frère » l’ait portée jusqu’au sommet des marches, pour rejoindre l’hôtel Beau Rivage et frappa à la porte de sa meilleure amie. La blonde l’accueillit avec un regard inquiet.
- Ca s’est bien passé ? s’enquit-elle.
- Eh bien, j’ai une cheville foulée grace à lui, mais, à part ça, disons qu’on a réussi à ne pas s’entretuer.
S ouvrit de grands yeux en constatant que les escarpins de son amie dépassaient de son sac à main et que son pied gauche était enveloppé dans un bandage fait maison.
- Qu’est-ce qui s’est passé ?
- J’ai trébuché en descendant les escaliers et…
- Il t’a sauvée, s’écria la blonde en riant. Oui, il fait ça tout le temps, ce doit être une technique de drag…
Elle s’interrompit en prenant conscience de ce qu’elle disait.
- S, la gronda Blair. Ne me dis pas que tu …
- Non, non, pas du tout, t’es folle ou quoi ? rit-elle, cette fois avec une moue dégoutée. Beurk, beurk. C’est le jumeau de Chuck et le bouche-à-bouche m’a suffi, je t’assure. Ce serait vraiment trop zarbi.
Le rire de Blair se joignit joyeusement au sien et elles échangèrent un regard complice avant de se rendre compte qu’elles se comportaient en amies.
- Je… euh… Je suis vraiment désolée, dit la brune après un silence. Je n’aurais pas dû m’en prendre à toi quand tu ne faisais qu’essayer de m’ouvrir les yeux.
- B…
- Non, laisse-moi finir s’il te plait. Je sais que je t’ai fait de la peine en me jetant à la tête de Dan. Je le savais à ce moment-là, mais je n’y pas accordé d’importance. Parce que tout ce que je voulais, c’était me convaincre que je l’aimais et que je pourrais avoir ce que vous aviez eu. Tu sais, un amour simple, le soutien sans faille et …
- Le jugement arbitraire pour chacun de mes faits et gestes, les palabres pendant des heures et les leçons de morale, sans parler des cours d’éthique.
La brune resta sans voix.
- Moi aussi, j’y ai cru, longtemps, reprit Serena. Je pensais que je pourrais devenir quelqu’un de meilleur si j’étais avec lui, si je me conformais à ses standards et à ses idées. Mais tu sais ce que j’ai appris au final ? Que je me sens bien mieux quand je n’accorde pas d’importance à son avis et à ses critiques acerbes à propos de moi et de la manière dont je vis ma vie.
- Je crois que moi aussi, admit B.
Elles échangèrent un sourire plein d’émotion. Elles se retrouvaient comme elles l’avaient toujours été.
- Alors, tu me pardonnes ? questionna Blair.
S se mordit la lèvre.
- La vraie question, c’est de savoir si toi, tu pourras me pardonner.
Son amie leva un sourcil interrogateur.
- J’ai couché avec lui, avoua-t-elle. A la fête de divorce des Sheppard, après le blast de GG qui annonçait que tu étais allée rejoindre Chuck à l’Empire. Je pensais… que j’avais encore une chance avec lui et je l’ai manipulé pour qu’il retombe dans mes bras.
Elle baissa les yeux sur ses mains.
- Est-ce que tu l’aimes encore ? interrogea sa meilleure amie d’une voix étonnamment calme.
- Plus après la manière dont il m’a traitée ensuite. Je me suis sentie si mal après ce qu’il m’a dit que … j’avais besoin de faire cesser la souffrance. Je me sentais vraiment comme la dernière des dernières, une moins que rien et…
- Dan Humphrey a souvent cet effet sur les gens, commenta la brune qui se sentait soulagée de ne pas avoir été la seule à malmener leur amitié.
Serena en resta bouche bée.
- Tu ne m’en veux pas ?
- Non ! J’avais déjà compris qui était l’homme de ma vie à ce moment-là. Et ça, c’est grace à toi. En fait, je devrais surement te remercier pour ne pas m’avoir suivie dans mes délires. Je sais que tu as vraiment aimé Dan, au contraire de moi. Et je t’aurais plus que certainement arraché les yeux si les rôles avaient été inversés et que tu t’étais approchée de Chuck, sans parler du fait que j’aurais utilisé tous les stratagèmes possibles et imaginables pour l’amener dans mon lit.
Serena fit une nouvelle grimace.
- Arrête, c’est dégueu ! C’est mon frère, B !
- Dan aussi, en quelque sorte, commenta sa meilleure amie avec un sourire narquois.
- Non, ça n’a rien à voir. On n’a jamais eu cette relation de complicité fraternelle que j’ai avec Chuck.
Elles redevinrent sérieuses à la pensée de ce qui les réunissait en cet endroit.
- On pourrait faire table rase du passé et repartir à zéro, proposa B. D’autant qu’il va falloir qu’on se serre les coudes.
Serena acquiesça avant d’enlacer sa meilleure amie.
- Tu m’as manquée B.
- Tu m’as manquée S.
Elles décidèrent de commander le diner au room-service et louèrent « Diamant sur canapé »
Après le film, elles échangèrent des potins et des banalités comme elles l’avaient toujours fait.
Serena éclata de rire quand Blair lui raconta comment s’était terminé ses retrouvailles à Rome avec Dan.
Mais autre chose éclata au même moment qui ne les fit pas sourire le moins du monde.
Un nouveau post de GG, qui montrait une photo de Blair dans les bras de Matt, dissimulé sous la casquette qu’il avait vissée sur sa tête en arrivant à la crique pour protéger ses yeux de la lumière. La brune, elle, était formellement identifiable derrière ses lunettes de soleil Gucci.
« On dirait bien que notre reine préférée a trouvé un petit quelque chose à son goût sur les plages de la Riviera ! Ah, les amours de vacances ! La France, le pays le plus romantique du monde, en tout cas pour notre Queen B. Est-ce que cela se terminera par un mariage cette fois aussi ? A votre avis ? Est-ce un prince qui voyage incognito ? En tout cas, ce qui est certain, c’est que ce n’est pas celui de l’UES vu ça dégaine. »
La brunette sentit tous ses sens lui échapper en un clin d’œil.
Chuck demanda la chambre de Blair à la réception du Beau Rivage vers deux heures du matin. Le sang courrait dans ses veines depuis bien avant que la bombe de GG n’ait éclatée.
Georgina mentait. Il ne pouvait pas y croire. Blair ne lui ferait jamais ça, pas après tout ce qui s’était passé entre eux durant l’année. Elle l’aimait, elle le lui avait dit et répété. Il se raccrochait à cette flamme qu’il avait vu danser dans ses yeux, deux jours auparavant. Il devait y avoir une explication logique et rationnelle.
Mais les photographies gravées sous ses paupières lui arrachaient les entrailles et explosaient son cœur en millier de confettis.
Chuck leva son visage vers elle quand elle ouvrit la porte de sa chambre et la panique s’empara de Blair.
Comment avait-il fait pour être déjà là quand la bombe de GG datait d’il y a à peine un quart d’heure ?
- Est-ce que c’est vrai ? questionna-t-il à mi-voix, sans lui laisser le temps de cogiter sur ce qu’elle allait bien pouvoir lui dire.
La colère monta en elle, colorant ses joues à l’idée qu’il puisse l’accuser. Elle ouvrit la bouche puis s’écarta sans un mot pour le laisser entrer tentant de dominer le sentiment intérieur qui menaçait de la consumer.
- Est-ce que tu vois quelqu’un d’autre ? redemanda-t-il la voix tremblante.
- Non, cria-t-elle, bien sûr que non, comment peux-tu seulement cr…
Elle sentit la lame s’enfoncer profondément dans son cœur comme les yeux sombres dans lesquels elle s’était noyée si souvent devenaient bien trop brillants. Autant qu’il avait dû la ressentir à la vision de ces images. Bien sûr qu’il doutait, après ces photos et l’année qu’elle venait de lui faire vivre.
- Chuck, souffla-t-elle en tendant sa main pour saisir la sienne.
Il écarta son bras pour éviter son geste et fixa un point dans la chambre, de l’autre côté de ses prunelles noisette. Il ne pouvait pas la regarder, c’était au-dessus de ses forces en cet instant. Il tenta de maîtriser le tremblement de ses mains qui faisait écho à la vague qui le submergeait à l’intérieur.
- Je sais que les apparences sont trompeuses mais ça n’a rien à voir avec ça. Je te le jure.
- Alors qu’est-ce que c’est ? Dis-moi ! Je ne demande qu’à te croire, promit-il.
Et c’est tout ce qu’il demandait en effet. Il voulait l’entendre dire que tout ça n’était qu’un énorme malentendu, que c’était un montage, une idée sortie tout droit du cerveau tordu de Georgina Sparks, n’importe quoi, qui pourrait éviter que son cœur ne se dissolve à tout jamais.
Elle détourna son visage, cherchant une explication qui serait assez convaincante, et le cœur de Chuck coula à pic.
- Pourquoi m’as-tu menti ? Pourquoi m’as-tu fait croire que tu devais rentrer à Paris quand, manifestement, tu étais sur une plage dans les bras d’un autre ?
Elle pouvait entendre les trémolos dans sa voix et ça lui brisa le cœur.
- Je … c’est compliqué, j’ai promis de garder le secret, pour l’instant. Je fais ça pour toi, je t’assure.
Un rictus cynique effleura ses lèvres. Il avait déjà entendu ça. Elle lui avait dit exactement la même chose avant d’épouser Louis et de s’enfuir avec Humphrey.
- Je t’aime, ajouta-t-elle en se rendant bien compte que ce n’était pas la première fois qu’il entendait ces paroles.
- Mais ? continua-t-il tout bas, en imaginant déjà la suite.
- Mais rien du tout ! Je t’aime, c’est tout ! affirma-t-elle.
Il ferma les yeux et secoua imperceptiblement la tête.
Il ne la croyait pas, elle ne pouvait pas l’en blâmer. Elle devait faire quelque chose si elle ne voulait pas le perdre encore. Et elle ne le voulait pas. Elle ne pourrait plus supporter d’être séparée de lui. Elle ne supportait plus de voir le chagrin qui apparaissait sur ses traits, tendus pour retenir une grimace de douleur.
- Assied-toi, décida-t-elle.
« Merde, Après tout ! »
Celui qui comptait vraiment à ses yeux, c’était lui. Et tant pis pour sa promesse.
Il resta debout, chaque muscle de son corps crispé à l’idée de la conversation qui allait suivre.
- Si tu as changé d’avis..., entama-t-il.
- Surement pas ! Je veux passer le reste de ma vie avec toi ! Je t’assure. Alors assied-toi et je te promets que je te dirai tout.
Il déglutit, un peu rassuré et prit place sur le lit de la jeune fille.
Blair s’agenouilla devant lui et posa ses deux mains sur ses genoux, ancrant ses yeux aux siens.
- Je t’aime, tu es la personne la plus importante pour moi, ne doute jamais de ça, tu m’entends. Peu importe ce qui peut se passer. Mon cœur est à toi. A toi et à personne d’autre. Jamais.
Elle entrelaça délicatement le bout de ses doigts dans les siens et il la laissa faire. Le cœur de Blair battait à cent à l’heure en pensant à ce qu’elle allait lui infliger. Elle n’avait aucun moyen de lui éviter de souffrir. Au moins elle lui tiendrait la main dans cette épreuve.
- Tu te souviens de ce musicien qui a sauvé Serena de la noyade ? demanda-t-elle doucement.
- C’est lui le type sur les photos ?
Elle fit un signe de tête affirmatif.
- Pourquoi tu étais dans ses bras ? demanda-t-il tout bas.
- Je me suis bêtement tordu la cheville et il a fait ce truc de surfeur avec mon pied, dit-elle penaude.
Le jeune homme se rendit compte qu’elle était pieds-nus, un bandage de fortune lui interdisant le port de ses Louboutin.
Son cœur se remit à battre faiblement pour la première fois depuis qu’il s’était arrêté en début d’après-midi. Il savait qu’il devait y avoir une bonne explication à tout ça.
- Il est Australien, il vit à Melbourne à présent, mais il a vécu la majeure partie de son enfance dans un des appartements du Meriton à Sydney.
Chuck connaissait Les hôtels Meriton, ils faisaient partie du groupes de Bass Océanie, mais il ne comprenait pas ce que ça venait faire dans l’histoire. Ce type avait grandi dans un des plus luxueux appartements qui surplombaient la ville, offrant une vue panoramique époustouflante, mais où était le rapport ? Il ouvrit la bouche pour poser une autre question avant que Blair ne l’arrête d’un geste de la main.
- S’il te plait Chuck, ce n’est déjà pas facile, alors ne me complique pas la tâche. On avait prévu que ça se passe différemment.
« On ? »
Blair prit une profonde inspiration avant de poursuivre.
- Dans un des penthouses du World Tower.
Chuck releva un sourcil. La résidence officielle de son oncle était située au World Tower de Sydney.
- Il connait Jack, conclut-il.
Est-ce que cela avait un lien avec la guerre qui les opposait à son père en ce moment ?
- Il le connaît même très bien, malheureusement pour lui ... en fait, c’est surtout sa mère qui le connait … et toi aussi !
Le jeune homme fronça les sourcils, il ne connaissait personne qui vive sur le continent océanien à part Jack. Il s’était rendu chez son oncle une seule fois dans les années précédentes mais ce dernier n’était même pas là et il n’avait rencontré personne qui soit susceptible de répondre aux critères énoncés.
- Il s’appelle Matthew Fischer, précisa Blair.
Chuck pâlit et la jeune fille pressa un peu plus sa main sur la sienne.
Elle lui laissa le temps de digérer l’information avant de prendre son BlackBerry dans son sac, posé au pied de son lit. Elle fit défiler les photos et s’arrêta sur celle que Serena lui avait envoyée, celle de la compétition de surf en Australie, avant de lui présenter l’appareil pour lui faire voir l’image de Matt, debout à côté de sa planche.
- Il est né le 19 janvier 1991 et son acte de naissance ne porte que le nom d’Elisabeth.
Elle entrelaça à nouveau ses doigts dans ceux de Chuck et les contracta pour tenter de diminuer le tremblement qui les agitait, l’image de sable blanc se troublant dans la rétine du jeune homme.
Blair s’assied à ses côtés pour l’entourer de ses bras et l’attira vers elle.
- Je suis désolée, murmura-t-elle, l’enlaçant du plus fort qu’elle le pouvait.
Il resta blotti contre son corps pendant quelques minutes avant que ses poumons ne lui permettent de pouvoir respirer à nouveau.
Elle déposa un baiser sur sa tempe, caressant la base de ses cheveux dans sa nuque.
- Depuis combien de temps tu le sais ? l’interrogea-t-il en se redressant pour lui faire face à nouveau.
Elle se mordit la lèvre inférieure.
- Ce matin. Je l’ai rencontré en début d’après-midi. Ça n’aurait pas dû se passer comme ça. On ne savait pas … on cherchait le meilleur moyen de te le dire.
- On ? Tu veux dire lui et toi ? Tu lui as parlé de moi ?
Elle hocha la tête.
- On a passé l’après-midi tous les deux, après que j’ai eu déjeuné avec Nate et Serena, ajouta-t-elle. C’est à elle qu’il a sauvé la vie.
Chuck la regarda, médusé.
- Parce que tout le monde est au courant ?
- Pas « tout le monde », juste nous, tes amis. S n’osait pas m’appeler et elle ne savait pas trop comment gérer ça non plus, alors elle a fait venir Nate de New-York, qui a été chargé de me faire venir à Nice.
- Et aucun d’entre vous n’a pensé à m’en informer ?
- je te l’ai dit, on essayait tous de trouver la meilleure façon de le faire. Et puis Matt veux parler à Elisabeth, il veut entendre sa version des faits à ce sujet. Et je crois qu’il a un peu peur de te rencontrer aussi. Même s’il a déjà eu un peu de temps pour se faire à cette idée, jusqu’ici il ne lui était jamais venu à l’esprit de remettre en question ce que sa … enfin, votre, mère lui avait raconté à propos de son père.
- Contrairement à moi qui en ai l’habitude maintenant, grommela-t-il.
Blair pressa sa paume dans la sienne.
- Qu’est-ce qu’elle lui a dit à ce propos ? reprit-il
- Que ton père était un homme de passage, juste une histoire d’un soir, où elle avait trop bu et qu’elle ne se souvenait même pas de son nom.
- Charmant ! commenta-t-il.
Mais ça ne pouvait pas être plus horrible que ce que son père lui avait fait croire à lui.
- Il y a autre chose, dit doucement Blair, le regard un peu effrayé.
- Vas-y, je suis tout ouïe.
- Il a plus ou moins grandi avec Jack, il vivait avec ta mère et lui.
Chuck la regarda ahuri. Il savait que son oncle et sa mère avait eu une histoire mais de là à avoir une relation durable.
- En fait, reprit Blair, ils se sont installés avec Jack quand il avait cinq ans … parce qu’il, enfin, vous … avez une sœur, ou une cousine, mais Matt lui a grandi avec elle et …
Elle s’arrêta un instant en voyant à nouveau le visage de Chuck perdre ses couleurs puis termina le plus rapidement possible pour mettre fin à ce supplice.
- Elle a 17 ans, s’appelle Victoria et fait un stage d’océanographie, ici, à Monaco, c’est pour ça que Matt est venu en France, il doit la rejoindre dans trois jours.
- Jack a une fille ? Qui est ma sœur ! s’étrangla-t-il.
Blair se contenta de hocher de la tête, elle ne savait pas quoi dire de plus. Tout ça était déjà bien trop énorme à son goût. Elle savait qu’elle venait de lui annoncer que sa mère avait offert à ses deux autres enfants ce que son père lui avait toujours refusé.
Chuck procéda par étape, essayant de mettre de l’ordre dans toutes les informations qu’il venait de recevoir. La seule chose qu’il voulait retenir pour l’instant, c’était que Blair ne l’avait pas trahi. Qu’elle était à ses côtés, comme elle le lui avait promis. C’était la seule chose qui l’empêchait de sombrer dans la folie dans l’immédiat.
Il l’attira contre son torse et passa ses bras autour d’elle, se laissant doucement tomber en arrière sur le matelas. Il la garda tout près de son cœur, qui palpitait grace à son amour. Ils restèrent étendus là, blottis l’un contre l’autre jusqu’au petit matin.
Blair s’était endormie depuis longtemps quand lui continuait de fixer le plafond les yeux grands ouverts, sans relâcher son étreinte sur la femme qui était son phare dans la nuit, tentant désespérément de comprendre ce qu’il avait bien pu faire de si horrible quand il n’était encore qu’un nourrisson pour que sa mère n’ait jamais voulu de lui.
Blair remua doucement dans les bras de Chuck. Elle avait à peine dormi quelques heures. Un seul coup d’œil au visage de l’homme qui faisait battre son cœur lui apprit que lui n’avait pas dormi du tout.
Elle caressa doucement sa joue avant d’y déposer un baiser tendre.
- Je t’aime, lui chuchota-t-elle.
Elle vit une pointe de sourire sur ses lèvres, avant de les recourir des siennes.
- Je suis avec toi, je serai toujours là, ajouta-t-elle.
Il resserra son étreinte autour d’elle et l’embrassa en retour.
- J’ai besoin de prendre une douche, dit-il simplement en l’abandonnant sur le matelas.
Blair profita de sa disparition dans la salle de bain pour frapper à la porte de sa meilleure amie. Elle allait avoir besoin de renfort pour aider Chuck à tenir le choc.
- Va chercher Nate, ordonna-t-elle à la blonde qui émergeait à peine. Rendez-vous à la table du pti dej dans 45 minutes et pas une de plus.
- Qu’est-ce qui s’passe ? J’croyais que tu devais rentrer voir Chuck à Monaco suite au blast de GG.
- Il est ici.
- Quoi ? Mais comment ? pâlit Serena.
- Georgina ! Cette salope lui avait envoyé les photos en avant-première.
Elle regagna sa chambre sans plus attendre, avant que Chuck ne remarque son absence.
Le brun ténébreux laissa couler l’eau sur sa nuque encore cinq minutes avant de se glisser de l’autre côté de la paroi de verre. Il s’observa dans le miroir, il n’arrivait toujours pas à imaginer qu’un double de lui-même existait.
Un autre à son image, avec une vie totalement différente de la sienne.
Blair lui avait confié ce que … Matt … son frère … lui avait raconté de son enfance et il ne pouvait que constater les différences entre eux au-delà de la ressemblance physique.
Il entendit Blair dans la chambre et ne put réprimer un sourire malgré tout ce qu’il venait de découvrir. Elle serait là pour lui, elle ne le lâcherait pas. Et ses amis aussi, il pouvait au moins compter sur eux, il avait toujours pu.
Peu importe ce qui pouvait arriver, les disputes et les divergences de points de vue, parce qu’ils seraient toujours une famille à part entière tous les quatre.
Il termina d’enfiler sa chemise et repassa dans la pièce contigüe. Sa petite-amie était déjà habillée. Elle lui sourit et il l’enlaça, l’embrassant passionnément. Elle fut prise au dépourvu par son baiser mais y répondit de bonne grace.
- Je t’aime, dit-il en plongeant ses yeux dans les siens.
Il la connaissait par cœur et il savait qu’elle s’inquiétait pour lui. Elle avait certainement déjà dû faire passer le mot d’ordre pour réunir les troupes.
Blair fut un peu rassurée quand elle lut la détermination dans son regard. Il n’allait pas se laisser abattre.
- Je veux que tu sois ma famille, dit-il.
- Je suis déjà ta famille, répondit-elle.
- Je sais, mais je veux que ce soit officiel. Je ne veux plus attendre pour ça. On a déjà perdu bien trop de temps. Hier, j’ai eu la peur de ma vie quand ta mère m’a dit que tu n’étais pas arrivée à Paris. J’ai cru que le destin t’enlevait à nouveau à moi et je ne laisserai plus ça se reproduire. Je veux que nos vies soient liées à jamais.
Il fouilla dans la poche de sa veste, posée sur le dossier d’une chaise et en sortit l’écrin qu’elle connaissait parfaitement.
Des papillons dansèrent dans l’estomac de Blair, son cœur explosa de joie et ses yeux se noyèrent dans l’eau salée.
- Epouse-moi, dit-il en posant un genou à terre, découvrant la bague Harry Winston qu’il lui destinait depuis des années.
Elle tomba à genoux devant lui, les larmes roulant sur ses joues et l’embrassa à perdre haleine.
- Oui, oui, oui, souffla-t-elle entre ses baisers. Je veux être Madame Chuck Bass, je le veux depuis tellement longtemps.
Il passa l’anneau d’or et de diamant à son doigt et porta sa main à ses lèvres.
- Alors, choisit la date, conclut-il avant de souder à nouveau sa bouche à la sienne.
Trois coups brefs frappés à la porte de la chambre attirèrent leur attention.
Ils se relevèrent ensemble et Blair alla ouvrir la porte, un immense sourire illuminant son visage.
- Ouah ! dit Matt. Je t’imaginais encore plus en rogne au réveil, mais là, j’avoue que je me suis planté.
Les lèvres de la jeune femme passèrent d’un sourire à un O parfait.
- Cadeau, indiqua-t-il en montrant un petit pot qu’il tenait à la main.
Elle resta inerte devant lui et il commença à se sentir mal à l’aise.
- Pour ta cheville, précisa-t-il en lui tendant l’onguent.
Elle saisit le remède sans pouvoir émettre le moindre son et il vit le brillant à sa main.
Matt fronça les sourcils et releva son visage vers elle, il balaya la chambre derrière la jeune fille et aperçut son reflet qui se tenait immobile à quelques pas.
Chuck était totalement pétrifié depuis l’instant même où elle avait ouvert la porte sur son jumeau. Il l’entendit parler à Blair d’une manière totalement naturelle et décontractée.
Cela n’avait rien à voir avec ce qu’il s’était imaginé. Il n’était pas un autre lui-même, il n’était pas non plus un clone, il était une personne à part entière, son frère, son jumeau, comme une moitié de lui qui avait sa propre vie et qui se tenait de l’autre côté de la porte, cloué maintenant sur place lui-aussi.
La pression artérielle dans ses veines dû atteindre le 25 en une fraction de seconde tant il avait l’impression d’être sur le point d’imploser. Celui qui avait grandi avec leur père, celui dont tout le monde connaissait le nom, Chuck Bass, le dévisageait et il n’avait rien de ce qu’il avait pu lire sur lui.
Il n’était pas l’héritier d’un des plus grands nababs Yankee, il n’était pas ce gars riche et égocentrique duquel il avait lu qu’il était un adolescent terrible. Il était simplement son frère, son jumeau et il sentit quelque chose se déclencher au plus profond de son être.
Une reconnaissance intrinsèque qui les liait l’un à l’autre, si intensément, d’une manière dont ils n’avaient jamais été reliés à aucun autre être humain, qu’elle ne pouvait être brisée. C’était comme s’ils retrouvaient une partie d’eux-mêmes, qui avait été enfouie si profondément en eux, mais dont ils avaient toujours connu l’existence inconsciemment.
- Matt, intervint Serena en apparaissant au bout du couloir.
Blair leur avait donné 45 minutes il y a déjà une heure et la ponctualité était une règle d’or chez elle. Aussi, quand ils ne les avaient pas vus arriver, ils s’étaient dit qu’il devait se passer quelque chose et elle avait pris sur elle de venir faire un tour pour s’assurer que tout allait bien pour son frère et sa meilleure amie.
En apercevant son sauveur paralysé devant la porte de la chambre de Blair, elle comprit que le point de non-retour venait d’être atteint. C’était comme une scène de film avec arrêt sur image, quand le temps se figeait tout à coup à l’écran pendant que l’un des personnages continuait à vivre et à bouger alors que tous les autres avaient cessé de respirer. Et ce personnage, c’était elle.
Le jeune Australien sursauta à l’audition de son prénom comme si c’était un coup de revolver, celui qui donnait le départ de certains championnats de surf. Il réagit au quart de tour, comme à son habitude, ses réflexes dominant ses fonctions physiques.
Il pivota sur lui-même dans la direction de la blonde un quart de seconde avant de se tourner à nouveau vers Blair, qui s’effaça pour le laisser entrer dans la suite.
La brune jeta un regard à l’amour de sa vie mais celui-ci ne la voyait plus.
Il observait son jumeau s’avancer vers lui, ses pulsations augmentant inversement proportionnellement à la distance qui les séparaient.
- Chuck Bass, dit-il d’une voix qu’il se reconnue à peine en tendant sa main au jeune homme qui lui ressemblait pratiquement en tous points.
- Matt Fischer, répondit celui-ci en la serrant fermement.
La connexion physique fut encore plus intense, ils ressentirent chacun un courant électrique qui passait du corps de l’un à l’autre et remonta le long de leur colonne vertébrale jusqu’à leurs cervicales.
Serena vint se planter à côté de sa meilleure amie et prit sa main dans la sienne.
Blair tremblait comme une feuille tandis que les deux garçons se contemplaient dans les yeux de l’autre.
- Ca va bien se passer, souffla-t-elle à l’oreille de la brunette.
Cette dernière réussit à détacher son regard des jumeaux et le posa sur celui de sa meilleure amie. Elle y trouva force et réconfort. Serena avait toujours été la plus optimiste d’elles-deux et en ce moment, c’est ce qui lui fallait.
- Viens, chuchota la blonde en passant un bras autour de ses épaules pour l’entrainer dans le couloir. Tout ira bien, tu verras, il est devenu bien plus fort que tu ne le crois au cours de cette année. C’est celui d’entre nous qui a le plus muri. Qui aurait jamais cru que Chuck serait un jour le plus adulte d’entre nous ? ajouta-t-elle pour détendre l’atmosphère.
Blair lui sourit faiblement et hocha la tête comme Serena refermait la porte derrière elles.
Serena et Blair rejoignirent Nate dans la salle à manger du Beau Rivage.
Ce dernier les accueillies avec un sourire maladroit en constatant que son meilleur ami manquait à l’appel. Aux dernières nouvelles, il avait débarqué cette nuit et ils étaient censés être là pour lui remonter le moral après que sa petite amie lui ait annoncé que son père et sa mère lui avaient menti. Encore !
- Où est Chuck ? s’inquiéta-t-il.
- Avec Matt dans la suite de Blair, répondit Serena.
Il ouvrit la bouche comme un poisson et la referma silencieusement devant les gros yeux de la blonde qui lui intimaient le silence.
Et depuis quand Serena était-elle celle qui prenait les choses en mains ?
Mais vu l’état de faiblesse de la brunette qui tenait à peine sur ses jambes, il était plus qu’évident qu’elle était dans l’incapacité totale de décider de quoi que ce soit.
- Va donc nous chercher quelque chose à manger Nate s’il te plait, commanda la blonde.
Il s’exécuta sans faire d’autre commentaire.
- Et si ça se passe mal ? demanda Blair avec angoisse.
- B, regarde-moi, ordonna son amie.
La brune lui obéit sans trop savoir pourquoi. Sans doute parce qu’en ce moment elle se sentait inapte à gérer les palpitations complètement désordonnées de son cœur.
- Tout va bien se passer. Ils ne vont pas s’entretuer. Ils sont frères, ils sont jumeaux, ça compte pour quelque chose. Ils n’ont aucune raison de s’en vouloir l’un à l’autre, ils ne sont pas responsables de ce qui leur a été fait. Ils sont tous les deux victimes.
- Je sais, mais…
- Mais, rien du tout. Tu as confiance en Chuck n’est-ce pas ?
Blair hocha la tête.
- Oui, mais je lui ai déjà tant fait supporter cette année. Le bébé, l’accident, le mariage, Dan et puis Bart qui ressuscite, qui lui enlève tout ce pourquoi il s’est battu comme un beau diable… et maintenant ça.
- Hé, tu oublies que tu parles de Chuck Bass, commenta Serena avec un petit sourire. Qui a été capable de gérer une fortune colossale sans même avoir eu le temps de s’y préparer ? Qui a décidé d’entrer en guerre contre Bart ? Qui a été capable d’enrôler Jack à ses côtés ? Qui a été capable de réveiller l’instinct maternel de Lili Van Der Woodsen contre toutes attentes ? Qui est capable de se sortir de toutes les situations ? Qui est capable de créer les pires situations ?
- Chuck Bass, approuva Blair, souriant à son tour.
Elle commençait à reprendre ses esprits et à sortir de sa torpeur, son cœur se calma progressivement dans sa poitrine.
- Et qui est le seul capable de tenir tête à notre Queen B, de lui voler son cœur contre sa propre volonté et de se battre pour elle contre vents et marées jusqu’à ce que Blair Waldorf rende les armes ?
- Chuck Bass, sourit franchement la brune en levant la main, paume face à elle, éborgnant pratiquement sa meilleure amie dans son geste.
Un cri strident retentit dans la salle du restaurant et Nate, qui revenait avec deux assiettes remplies de morceaux de fruits, fut pratiquement propulsé sur sa chaise par les deux filles qui se sautaient au cou.
- Ok, je crois qu’il vaut mieux vous passer de café ce matin, bougonna-t-il.
- Il lui a fait sa demande, s’extasia Serena en levant la main de B dans la sienne pour que le jeune homme puisse admirer le caillou qui brillait à son doigt.
- Non, sérieux ? Il s’est enfin décidé, dit-il en se rendant à l’évidence.
- Ce matin, confia B maintenant radieuse.
- Alors, il va bien malgré la nouvelle.
Serena le foudroya du regard tandis que Blair perdait son sourire à nouveau.
- Il va bien, confirma la brune en se reprenant, et il continuera à aller bien !
*****
Dans la suite, les deux frères étaient debout l’un en face de l’autre. Après un silence qui sembla durer une éternité, Chuck invita Matt à s’asseoir.
- Je … C’est dingue cette histoire, commenta ce dernier.
- Je commence à être habitué à ce genre de truc de leur part.
- Ouais, tes amis m’ont raconté, mais franchement, pour moi c’est plutôt la quatrième dimension.
- Pour moi aussi. Je ne pensais pas qu’ils pourraient faire mieux que de ressusciter, tous les deux, précisa Chuck, mais apparemment je les avais sous-estimés.
- Comment il est ? questionna Matt.
- Exactement comme tu peux le lire dans les journaux. Froid, calculateur et insensible.
- On dit aussi pas mal de choses sur toi, argua le musicien. D’après ce que j’ai lu, tu es aussi dangereux que lui.
- Dans les affaires certainement, s’enorgueillit Chuck. Mais je sais ce qui compte le plus pour moi. Je ne veux pas devenir comme lui.
- Blair, sourit son frère. Jolie bague au fait.
Un sourire plana aussi sur les lèvres de Chuck mais il ne répondit pas.
- Et toi ? Tu as une petite amie quelque part ? Que tu aurais sauvée d’un grand requin blanc ? Il parait que les sauvetages, c’est ta spécialité.
- Disons juste que je suis là au bon moment et que j’essaie de rendre la faveur qui m’a été faite. En réalité, c’est elle qui m’a sauvé … de moi-même, ajouta l’Australien.
Le roi de l’UES sourit franchement à cette confidence qui lui semblait étrangement familière.
- Comment elle s’appelle ?
- Shaori, je l’ai connue en désintox.
- Combien de temps tu y es resté ?
- Trois mois, mais ça en valait largement le coup, sourit encore Matt en pensant à la femme qu’il aimait.
Il sortit son téléphone et le tendit à son jumeau.
- C’est mon fils avec elle, il s’appelle Hugo, il aura 4 ans dans quelques mois.
Une sensation étrange envahit Chuck à la vision de la famille de son frère, ça lui donnait une image plus précise de l’enfant qu’il pourrait lui-même avoir un jour.
- Ils ne sont pas venus avec toi ?
- T’as déjà trainé un gamin de trois ans de ville en ville pour jouer en concert tous les soirs ? se moqua-t-il gentiment. Ils sont dans la famille aborigène de Shaori en ce moment, elle veut qu’il connaisse ses racines et je ne peux qu’être d’accord avec elle. Y a rien de pire que de ne pas savoir.
Chuck savait parfaitement de quoi son frère parlait. Il n’avait lui-même eut que très peu d’informations sur sa mère quand il était petit.
- C’était comment de grandir avec elle ?
- Jusqu’à ce que j’aie cinq ans, c’était peinard. Après ça s’est corsé, grimaça Matt.
- Jack.
- Sans commentaire.
- Et Victoria ?
Matt se mit à rire.
- Si tu l’appelles comme ça, elle va t’arracher la tête. Y a que son père qui le fait et elle a horreur de ça.
- On a un point en commun alors, commenta Chuck.
- On est trois !
Ils échangèrent un regard empreint de complicité.
- Vicky ? tenta Chuck
- Trop évident à son goût. Vic. Ça ne donne pas d’indication sur le fait qu’elle soit une fille et elle dit que ça la désavantage moins.
- En quoi ?
- Les affaires. Tu sais, tous ces trucs barbants de gars en costume que vous semblez tous adorer !
Les yeux de Chuck s’élargirent à cette information.
- Je croyais qu’elle faisait un stage d’océanographie ?
- C’est juste une planque pour que Jack lui fiche la paix jusqu’à sa majorité dans moins de deux mois. Elle adore l’océan mais, elle préfère une autre espèce de requin et tu peux me croire, dans son genre, c’est un sacré prédateur. Son seul problème c’est qu’il ne la prend pas au sérieux et il a tort, parce qu’elle est bien plus futée que lui.
- Il a un super fan à ce que je vois.
- C’est un sale con ! J’ai bien failli perdre Shaori et Hugo à cause de lui. Sans parler du fait qu’il a toujours fait faire n’importe quoi à maman.
Chuck tressaillit.
- J’ai jamais pigé cette fascination qu’elle avait pour lui. Il s’est toujours comporté comme un salaud avec elle et elle, elle lui pardonnait tout. Enfin, presque. Maintenant j’espère qu’elle a vraiment tourné la page, même si je sais qu’il continue à roder comme un vautour, continua Matt avec une grimace de dégout.
Son frère fronça les sourcils, il ne savait pas que son oncle tournait toujours autour de sa mère.
- Tu sais comment j’me suis mis à la musique ? demanda l’Australien pour la forme avec un petit sourire sournois. Je voulais une batterie pour Noël quand j’avais dix ans et j’ai tellement supplié maman qu’elle a fini par céder. Je tapais sur ce truc matin et soir pendant des heures et ça rendait Jack complètement dingue. Et après ça, tous les week-ends et les vacances scolaires sans exception quand je rentrai de l’internat. Il a fini par agencer un studio insonorisé dans l’appart du dessous. C’était moins marrant, mais j’avais eu le temps de chopper le virus, alors j’ai continué à tapoter avec mes potes.
Chuck se mit à rire à l’énonciation de la vengeance de son frère contre son oncle. Il aurait certainement faire de même, voire pire, s’il avait été dans la même situation.
Les jumeaux continuèrent à échanger des anecdotes sur leurs enfances séparées d’une manière tout à fait plaisante et détendue, sans même en prendre réellement conscience ou voir le temps passer. C’était un lien de complicité naturelle qui reprenait son droit entre eux, qui n’attendait que son heure pour grandir et se développer.
Blair ne tenait plus en place, ça faisait déjà au moins trois heures que les garçons étaient enfermés dans la suite.
Après le petit déjeuner, Nate et Serena avait tenté de l’emmenée faire un tour sur la promenade des Anglais, mais elle avait refusé, mettant en avant son handicap évident vu l’état de sa cheville.
C’est vrai, elle n’avait pas si mal en réalité, mais elle préférait rester dans le coin pour pouvoir intercepter Chuck dès qu’il en aurait terminé avec son frère, ce qui semblait s’éterniser.
Ses amis avaient abandonné l’idée de la faire sortir de l’hôtel et ils s’étaient retranchés dans le hall. De là, ils pouvaient surveiller toutes les allées et venues.
Nate en profita pour faire un point sur sa quête de découverte à propos de l’identité de Gossip Girl.
Il n’avait pas vraiment avancé en fait, il savait tout juste que la personne était aux alentours du château lors de cette soirée organisée par Diana.
- Tu ne crois pas que tu devrais laisser tomber ? demanda Serena.
- Après tout ce qu’elle t’a fait, tu veux simplement oublier et faire comme si de rien n’était ? Tu ne veux pas te venger ? Tu n’es même pas un peu curieuse ? s’étonna le jeune homme. Il y a quelques semaines tu voulais tout savoir.
- Et tu ne m’as pas aidé de ce côté-là !
- Tu jouais à être GG, c’était totalement différent, rectifia-t-il. Je voulais limiter la casse et surtout que tu sortes ta tête de ce pc et que tu reprennes ta vie en main. Tu vaux mieux que ça.
- Et je pense aujourd’hui que tu avais raison. J’ai bien mieux à faire que de poursuivre une chimère qui n’existerait pas si personne ne prenait la peine de lire ses histoires salaces.
- Malheureusement, il se trouve toujours des personnes proches de vous qui sont impactées, commenta Blair, encore sous le coup de la soirée de la veille.
- Vois le bon côté des choses, dit S en haussant les épaules. Ce matin tu as une bague de plusieurs carats à ton annulaire … Madame Bass.
La brune sourit et ne put s’empêcher de lorgner sur le diamant qui brillait de mille feux dans les rayons du soleil qui entraient par la fenêtre.
Elle releva la tête d’un seul coup lorsqu’une ombre se profila devant elle, faisant obstruction à la lumière sur le caillou.
- Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne s’est pas foutu de toi, commenta Matt en lui faisant un clin d’œil.
Elle bondit sur ses pieds, retenant une grimace de douleur.
- Les félicitations sont de rigueur, je crois.
Il posa une main sur son bras pour l’attirer à lui avant de l’enlacer comme si c’était la chose la plus naturelle du monde.
Elle s’arracha à son étreinte dans un sursaut et fit un pas en arrière pour mieux l’observer, il était bien trop familier à son goût. Après tout, ils ne se connaissaient que depuis hier.
Et malgré, ou à cause, de son apparence similaire à celle de Chuck, elle ne se sentait pas vraiment à l’aise avec lui. Même s’ils avaient passés une après-midi à échanger des confidences, c’est surtout celles de son fiancé qu’elle avait partagées. Elle avait fait ça pour Chuck et uniquement pour lui.
S et N échangèrent un regard, silencieux. Matt ne s’embarrassait pas des manières de la haute société. Il avait peut-être grandi dans ce monde-là grâce à Jack, mais il était plus qu’évident qu’il ne voulait pas en faire partie et encore moins en adopter les us et coutumes.
- Comment ça s’est passé ? demanda Blair.
- Il est plutôt cool ! Normal, après tout, c’est mon double ! rétorqua-t-il avec un sourire en coin.
- Ohh ! s’offusqua B.
- Bon ok, en fait, tu avais raison depuis le début. J’avais besoin de le rencontrer. Mais je veux quand même entendre les explications de la bouche de ma mère. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi elle aurait été d’accord de nous séparer et de continuer à vivre avec nous comme s’il n’existait pas.
Aucun des trois amis n’avait de réponse à cette question. Un silence pesant s’installa tout à coup entre eux, seulement brisé lorsque Matt prit congé.
D’un comment accord, les New-Yorkais décidèrent de rejoindre leur ami dans la suite, mais il les devança en arrivant à son tour dans le hall. Chacun fut soulagé en voyant son visage détendu. Matt avait raison, ça avait l’air de s’être plutôt bien passé entre eux pour lui aussi.
Blair glissa sa main dans celle de son fiancé et l’embrassa tendrement.
- Je vais bien, dit-il à l’intention de tous.
Nate, rassuré, décida d’aborder un sujet plus joyeux et mit une grande tape dans le dos de son ami.
- Je crois qu’il y a des félicitations qui se perdent ici, sourit-il en désignant la main de Blair du menton.
- J’avais déjà bien trop attendu, commenta Chuck.
- Je suis bien d’accord, indiqua Serena en riant.
Elle enlaça son frère chaleureusement avant de poursuivre :
- Maintenant, il ne reste plus qu’à préparer la cérémonie. Vous avez déjà arrêté une date ?
Les fiancés échangèrent un regard. Ils n’avaient pas vraiment eu le temps de mettre au point les détails.
Les quatre amis se déplacèrent jusqu’à la terrasse pour s’installer au soleil et profiter de l’été. Echangeant leurs idées et commentaires sur le futur mariage qui promettait d’être grandiose.
Partageant aussi, au fur et à mesure de la conversation qui dérivait, leurs impressions sur le dernier venu qui bouleversait la vie de Chuck et la leur par extension. Ils se risquèrent même à quelques hypothèses respectives sur les raisons qui auraient pu pousser Bart et Elisabeth, ainsi que Jack, à cacher l’existence de l’un à l’autre.
- Et si on y allait avant d’être en retard ? dit finalement Nate à la blonde avec un regard entendu.
- Oui, bonne idée. A tout’ … On se voit au concert ce soir, enchaina S en se levant pour suivre son ami.
- Au concert ? questionna Blair suspicieuse.
- J’ai promis à Max qu’on irait les voir jouer. On aura des places en back stage pour le passage du groupe. Et je suis certaine qu’il pourra t’avoir une place spéciale pour personne handicapée, répondit son amie pour la taquiner.
- Max ? interrogea Nate.
- Le synthé, expliqua nonchalamment Serena.
Elle se dirigea vers la sortie, suivie par son ami dont la mine était maintenant renfrognée.
- C’était comment ? demanda Blair, une fois qu’elle fut seule avec son fiancé.
- Réellement, c’était étrange, mais pas dans le sens bizarre. Je ne sais pas trop comment le décrire. Je … Au-delà du fait de me voir en miroir, il y a quelque chose … qui me donne l’impression que je peux avoir confiance en lui, sans que je puisse exactement expliquer pourquoi.
- Peut-être parce que vous avez partagé la même poche et le même liquide amniotique pendant neuf mois ? hasarda ironiquement la brune.
Chuck la regarda un peu hébété, en prenant conscient de cet état de fait.
- Sans doute, réfléchit-il mais pas seulement. En fait, jusqu’ici j’avais toujours pensé que j’étais le seul à devoir jongler avec les relations lacunaires de mes parents et je pensais que tout était de ma faute. Que je devais forcément être quelqu’un d’horrible et de monstrueux pour que, même les personnes qui sont à l’origine de ma vie et sont censé m’aimer et me protéger, se comportent d’une telle manière avec moi. Mais maintenant, après avoir discuté avec Matt, je sais que je n’en suis pas responsable et que j’ai au moins deux autres personnes avec moi dans la même galère.
Elle passa ses bras autour de son cou.
- On est plus que ça, souffla-t-elle tout bas.
- Je sais, oui. Merci d’être là, avec moi. Sans toi, je ne prendrais surement pas tout ça aussi bien. Parce que je sais aussi que, quoi qu’il arrive, ta main sera dans la mienne à présent.
Elle l’embrassa tendrement et il répondit à son geste.
- On va traverser tout ça, promit-elle.
Il emprisonna à nouveau ses lèvres et l’attira à lui, laissant glisser sa main dans le creux de ses reins.
- Et si on allait fêter nos fiançailles comme il se doit, susurra-t-il en mordant délicatement la peau de son cou.
Elle sourit et se leva quand il saisit sa main pour se diriger vers leur suite. Il l’attrapa par la taille et la souleva de terre dans ses bras.
- Mais qu’est-ce que tu fais ?
- Je ne voudrais pas que ma fiancée boîte le jour du mariage à cause d’une foulure mal soignée, sourit-il, espiègle.
Elle s’accrocha à ses épaules et le laissa la porter jusqu’aux cages d’ascenseurs, au milieu des clients de l’hôtel qui les regardaient, attendris par un couple de jeunes amoureux.
Quand ils arrivèrent sur la plage, l’effervescence était à son comble et les musiciens étaient occupés aux derniers préparatifs.
Serena les dirigea directement vers Steve, le bassiste, qui vérifiait une dernière fois que l’accord de son instrument était parfait.
Ce dernier faillit laisser tomber sa guitare quand il aperçut Chuck.
- Merde ! laissa-t-il échapper en le dévisageant. Ça alors, c’est… c’est dingue.
- Tu sais où est Matt ? questionna la blonde sans pouvoir dissimuler un sourire.
- Je vais le chercher, bafouilla Steve, sans cesser de regarder Chuck.
Il était à prévoir que ce serait une réaction qui se répèterait encore longtemps dans leurs univers respectifs.
L’intéressé apparut, ses baguettes à la main, moins de cinq minutes plus tard. Il portait un T-Shirt blanc, dont les manches avaient été arrachées et un jeans taille basse qui tombait sur ses Nike, des sièges leur étaient effectivement réservés dans les coulisses.
- Si tu t’habilles un jour comme ça, je demande le divorce illico, murmura Blair à l’oreille de son fiancé, en passant un doigt sur le col de sa chemise pourpre.
- Aucun danger, rétorqua-t-il.
Chuck avait laissé tomber la cravate et la veste de costume pour ce soir, mais il aurait été incapable de porter un tel accoutrement à moins que sa vie en dépende et encore.
- C’est à nous dans moins de quinze minutes, hurla un gars avec une petite barbichette en direction de Matt, avant d’ouvrir, lui aussi, des yeux comme des soucoupes à la vision de son jumeau.
- Max, je te présente mon frère, Chuck et sa fiancée, Blair, que tu as vu hier et tu connais déjà ses amis, Nate et Serena.
- Sur, répondit Max, en détournant un instant ses yeux de Chuck pour les poser sur la blonde aux longues jambes avec un sourire béat.
- C’est aussi la sœur adoptive de Chuck, ce qui en fait pratiquement la sœur de Matt, précisa Nate.
Le musicien à la barbichette, jeta un œil à Chuck, puis à Matt, avant de déguerpir d’où il était venu.
- Non, mais qu’est-ce que tu me fais là ? s’écria Serena, visiblement sensible au charme de l’Australien.
- Max, c’est pas un bon plan, approuva Matt.
- Oh super ! Maintenant je vais avoir trois frangins sur le dos ! grommela la blonde.
- Pour toi, faut au moins ça, énonça Nate avec évidence.
- Ok, vous savez quoi ? Je vais m’asseoir avant que le groupe ne commence, dit-elle furieuse, en regagnant sa place.
Nate la regarda partir avec un petit sourire satisfait et lui emboîta le pas.
- Matt ! cria à nouveau Max depuis le bord de la scène de fortune.
- C’est à nous, j’espère que vous apprécierez le spectacle, dit-il en se dirigeant déjà vers les autres membres du groupe.
Blair et Chuck rejoignirent leur siège à leur tour, juste au moment où le groupe entrait en scène.
Comme un fil entre l'autre et l'un
Invisible, il pose ses liens
Dans les méandres des inconscients
Il se promène impunément
Et tout un peu tremble
Et le reste s'éteint
Juste dans nos ventres
Un nœud, une faim
Il fait roi, l'esclave
Et peut damner les saints
L'honnête ou le sage
Et l'on n'y peut rien
Et l’on résiste, on bâtit des murs
Des bonheurs, photos bien rangées
Terroriste, il fend les armures,
En un instant tout est balayé
Et tu rampes et tu guettes
Et tu mendies des mots
Tu lis ses poètes
Aimes ses tableaux
Et tu cherches à la croiser
T'as quinze ans soudain
Tout change de base
Et l'on n'y peut rien
Il s'invite quand on l'attend pas
Quand on y croit, il s'enfuit déjà
Frère qui un jour y goûta
Jamais plus tu ne guériras
Il nous laisse vide
Et plus mort que vivant
C'est lui qui décide
On ne fait que semblant
Lui choisit ses tours
Et ses va et ses vient
Ainsi fait l'amour
Et l'on n'y peut rien
Et l'on n'y peut rien
Ce n’était pas vraiment le genre de musique de Chuck mais il se laissa porter par la mélodie et la vague d’enthousiasme de la foule réunie sur la plage.
C’était une sensation toute particulière que de voir son jumeau vivre une vie tout à fait différente de la sienne. Il ne s’était jamais posé de question sur ses choix jusque-là. Ils s’étaient tout simplement imposés à lui.
Mais, en voyant son double, là, sur la scène, acclamé par la foule qui se trémoussait sur le rythme que Matt donnait à la musique, il comprit qu’il pouvait y avoir de nombreux chemins pour trouver sa voie.
Son frère ne rêvait peut-être pas de dominer le monde des affaires immobilières, mais il était néanmoins le maître ce soir. Celui qui était la clé de voûte de la soirée, les autres instruments venant se greffer sur le tempo qu’il déterminait derrière sa batterie. C’est lui qui donnait l’impulsion que tous suivaient gaiment.
Et si Matt se défendait d’avoir des envies ou des rêves de grandeur, il y avait une chose qui était évidente pour Chuck : Son jumeau était plus qu’à l’aise lorsqu’autrui dépendait de lui et qu’il menait le jeu, culminant en quelque sorte au-dessus d’eux à sa manière. Et le moins qu’on puisse dire, à en juger par son sourire, c’est qu’il adorait ça.
Matt aimait aussi sauvé les autres, parce que tout comme lui, il appréciait d’être reconnu. La différence étant que Chuck avait toujours cultivé une image de Bad Boy, parce que ça intimidait les gens et que ça attirait l’attention de son père tout en le contrariant modérément, en fait ça correspondait plutôt au modèle qu’il lui avait inculqué.
Matt était passé par une étape de révolte à l’encontre de Jack et d’Elisabeth mais il ne souhaitait pas être craint. Il n’avait jamais bâti de muraille infranchissable autour de lui, n’avait jamais ressenti cette nécessité de se retrancher dans une tour pour se protéger des agressions extérieures.
Peut-être par ce qu’il avait eu une base émotionnelle solide quand il était tout petit. Une mère qui le bordait tous les soirs après lui avoir lu une histoire et le berçait tendrement dans ses bras lorsqu’il se réveillait en pleurs au milieu de la nuit. Une maman, dont il percevait clairement l’amour et l’affection.
Les choses auraient sans doute été tellement différentes, si lui-même n’avait pas été élevé par un père qui méprisait tout sentiment en le jugeant comme une vile faiblesse.
S’il n’avait pas grandi en pensant être un meurtrier matricide qui n’avait aucun droit de recevoir de l’amour, se jugeant et s’infligeant lui-même la sentence à la hauteur de son crime.
Heureusement pour lui, une personne s’était ériger contre ce verdict et avait réussi à s’infiltrer dans sa prison, derrière son armure, avec lui. Elle avait fait naître en lui des milliers de papillons qui, en ouvrant leurs ailes, lui avaient fait ressentir ce sentiment interdit et inconnu.
Semant en lui le doute, l’espoir, que, peut-être, il n’était pas aussi laid et méprisable qu’il le croyait et dont il feignait d’être fier. Lui donnant l’envie de vouloir goûter à ce bonheur dont tout le monde parlait et qui semblait si loin de sa portée.
Pourtant aujourd’hui, il le tenait dans le creux de sa main.
Peu importe ce qu’il adviendrait demain, il était celui à qui elle avait donné son cœur.
Et aucun symbole de son amour pour elle, aucun diamant, aussi magnifique et précieux soit-il, ne pourrait jamais égaler sa valeur et sa beauté à ses yeux. Elle était sa source sacrée, là où il puisait sa force, celle qui lui donnait le droit d’être heureux.
Il resserra son étreinte autour d’elle, son bras posé sur ses épaules et elle tourna son visage vers lui, un sourire illuminant ses traits parfaits. C’était ça le plus magique en réalité, elle lui offrait le don de la rendre heureuse.
Il posa ses lèvres délicatement sur les siennes et murmura un « Je t’aime » contre sa bouche charnue auquel elle répondit par un baiser passionné et enflammé.
« Et l’on y peut rien » Jean-Jacques Goldman.