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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 01.08.2012 à 13h26
Auteur : katido
Statut : Terminée
« La vie n'est pas un long fleuve tranquille ! » katido
Cette fanfic compte déjà 101 paragraphes
Matt avait rejoint Shaori dans leur suite, Hugo étant aux pays des elfes depuis longtemps déjà.
Vic s’était éternisée un peu plus sur place, la jeune fille s’était vraiment inquiétée pour son frère aîné ce soir. Elle voyait quasiment en Chuck un superman, capable de dominer le monde entier.
Mais au-delà de ses compétences professionnelles, elle n’avait pas compris à quel point le revers de la médaille était douloureux. Pourtant, elle était certainement celle qui en saisissait le mieux les chemins tortueux.
Elle n’avait jamais mesuré combien Chuck pouvait souffrir d’avoir été élevé seul, avec Bartholomew Bass pour unique parent. Mais elle l’imaginait à présent car sans Matt pour la protéger, elle aussi aurait certainement vécu une expérience similaire avec son propre père.
Elle n’avait pas la relation la plus harmonieuse du monde avec leur mère mais elle avait été présente pour elle depuis sa naissance. Que serait-elle devenue, sans Matt et sans elle, avec Jack Bass pour seul représentation familiale ?
Elle frissonna dans la chaleur du soir en retournant à sa chambre.
Serena, elle, avait quitté l’Empire pour regagner l’appartement de Lili directement après que Chuck soit allé se coucher. Son frère adoptif s’était enfermé dans sa chambre en rentrant, sans plus avoir prononcé un seul mot.
Nate était là pour veiller sur son meilleur ami et il était peu probable qu’il le revoie avant le lendemain matin de toute manière.
Elle préférait aller voir directement sa mère pour tirer cette histoire au clair. Elle ne pourrait pas en dormir de la nuit de toute façon, alors autant crever l’abcès immédiatement.
Le petit ami d’Eric quittait les lieux et elle n’eut que le temps de l’apercevoir et de le saluer brièvement.
- Qu’est-ce que tu as fait ? demanda-t-elle à Lili, une fois que Craig fut parti.
- Comment ça ? s’étonna sa mère en relevant les sourcils.
- Chuck a dit qu’il ne viendrait pas demain mais que tu pouvais être tranquille par ce qu’il avait déjà signé les documents.
Serena vit l’incompréhension se peindre sur le visage de sa mère.
- Les documents ? répéta cette dernière.
- Il est monté te chercher en arrivant, je croyais que tu étais dans la bibliothèque, l’informa Eric, sans précisé qu’il avait été on ne peut plus soulager de le voir quitter la pièce où il accueillait Craig qu’il n’avait pas vu depuis près d’un mois.
Lili blêmit tout à coup et grimpa les escaliers aussi rapidement que son fils adoptif les avait descendu l’après-midi même.
Les deux enfants Van Der Woodsen la suivirent à l’étage.
Quand ils pénétrèrent dans la pièce, elle feuilletait un dossier juridique, les mains tremblantes.
- Maman ? l’appela Serena en s’approchant.
Elle posa une main sur l’épaule de sa mère qui ne semblait pas l’avoir entendue.
- Il … Il les a vraiment signés, bégaya Lili.
- Qu’est-ce que c’est ? demanda Eric en se penchant pour voir les papiers dont l’entête laissait apercevoir le nom d’un cabinet d’avocat.
- Je ne voulais pas que …, articula sa mère, plus blanche de seconde en seconde.
- « Dissolution d’adoption » lu à haute voix Serena, la dernière syllabe mourant sur ses lèvres.
Eric resta muet de stupeur, tout comme sa sœur, qui laissa retombée la main qu’elle avait posée sur l’épaule de sa mère dans le vide.
Lili, elle, continuait de fixer l’acte juridique, où figurait la signature de Bartholomew Bass, et maintenant de Charles Bartholomew Bass également. Seule la sienne manquait au bas du dernier article qui brisait son lien de parenté avec son fils adoptif.
- Il faut que j’aille le voir, dit-elle en reprenant ses esprits.
- Non, mauvaise idée, indiqua sa fille en la retenant par la main.
- Il faut que je lui explique.
- Lui expliquer quoi ? demanda Serena, outrée.
- Je ne vois pas ce qu’il y a à expliquer, renchérit Eric. Il me semble que c’est on ne plus limpide.
Il était sous le choc lui aussi. Il avait eu des dissensions avec Chuck, à cause de son comportement envers Jenny, mais il n’avait pas imaginé que ça se terminerait dans de telles conditions. Il pensait qu’avec le temps, ils arriveraient à être plus proches à nouveau, peut-être même, comme ils l’avaient été au début de l’union de sa mère et de Bart.
Il avait eu le loisir de repenser à tout ça et d’en discuter avec l’intéressée elle-même. La jeune Humphrey ne tenait pas rigueur à l’héritier Bass d’avoir pris sa virginité. Elle avait expliqué qu’elle s’était elle-même offerte à lui.
Elle avait commis une erreur de jugement mais il n’en n’était pas responsable. Elle avait eu l’opportunité de refuser, de changer d’avis, plusieurs fois. Cela n’avait rien à voir avec l’épisode lors de leur première rencontre à cette soirée.
Lili Rhodes, ex Humphrey – ex Bass – ex Van Der Woodsen passa une main sur son visage. La situation avait l’air limpide comme de l’eau de roche effectivement et elle imaginait sans difficulté ce que son fils adoptif avait pensé en trouvant ce document. Mais il était loin de la réalité et elle devait le lui expliquer.
Elle esquissa un pas vers la sortie mais sa fille se dressait devant elle, au comble de la colère et de l’indignation.
- Comment oses-tu lui faire ça ? cria-t-elle. Tu penses qu’il n’en n’avait pas déjà assez avec le retour de Bart et un jumeau sorti de nulle part ?
Lili recula instinctivement devant la fureur de sa fille. Elles s’étaient souvent affrontées mais elle n’avait jamais vu ses yeux étinceler à ce point-là. Si ce n’est lors de l’épisode avec son professeur au pensionnat, elle n’aurait toutefois pas pu le jurer.
- Ce n’est pas du tout de quoi ça à l’air, tenta-t-elle d’expliquer.
Mais sa fille ne l’écoutait plus, elle sortit en trombe de la pièce et se rua vers les portes de l’ascenseur qui s’ouvraient sur Bart justement.
Elle le bouscula au passage et appuya sur le bouton de fermeture pour quitter cet endroit devenu irrespirable.
Mais qu’est-ce que tous ces jeunes avaient à le bousculer dernièrement ? Personne ne leur avait donc appris le respect ?
- Lili… entama-t-il en voyant son ex-femme descendre les marches à son tour.
- Pas maintenant Bart, le coupa-t-elle.
- Si, maintenant justement ! insista-t-il en se plantant devant elle.
Elle n’allait pas le bousculer à son tour tout de même !
Elle n’en fit rien et se résigna devant son regard glacial. Elle l’invita à entrer dans le salon, lui indiquant le canapé d’un geste de la main.
*****
Nathaniel Archibald se leva d’un bond lorsqu’il aperçut sa petite amie en larmes qui s’avançait dans la suite de l’Empire.
En un instant, il était auprès d’elle, ses bras entourant sa taille.
Elle posa sa tête contre son épaule et se blottit dans ses bras musclés, avant d’essuyer ses joues.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda-t-il tout bas.
Il se doutait que ça avait avoir avec le comportement de Chuck dans la journée. Serena avait dû se disputer avec Lili à ce propos.
- Je n’arrive pas à croire qu’elle soit capable de faire ça, renifla la jeune fille.
Nate l’emmena dans sa chambre et lui tendit un mouchoir.
- Qu’est-ce qu’elle a fait ?
Ça devait être terrible pour obtenir cette réaction de la part de ses deux amis.
- Il y a un papier d’annulation d’adoption, hoqueta la blonde.
Le jeune homme en resta soufflé.
- Il y a quoi ? redemanda-t-il, pour être certain d’avoir bien entendu la première fois.
- Un document pour revenir sur l’adoption de Chuck par ma mère, répéta S, en tentant de maitriser les trémolos dans sa voix.
Nate se laissa tombé assis sur son lit, les jambes coupées.
Son meilleur ami avait toutes les raisons et tous les droits du monde pour s’enivrer et prendre la plus grande biture de tous les temps.
- Tu as appelé Blair ?
S secoua la tête négativement.
- Il est à peine 6h00 du matin à Paris et elle n’a quasiment pas dormi de la nuit. Laissons-lui encore un peu de répit. Elle le découvrira bien assez tôt.
- Et lui, tu crois qu’il en a, lui, du répit ? demanda son amoureux en soupirant, désignant la direction de la chambre de son colocataire.
- Non, mais on n’y changera rien et B non plus. Et tu sais que rien ne la rend plus dingue que d’être impuissante à faire fléchir les éléments selon sa propre volonté. Avec Eléanor blessée, elle a bien assez à s’inquiéter et à s’occuper. Elle nous a confié une mission et on va la remplir. C’est à nous de prendre soin de Chuck et c’est ce qu’on va faire. Peu importe qu’il soit ou non mon frère, il est avant tout notre ami.
- Ok, alors par quoi on commence ?
- Je ne sais pas, dit-elle en se coulant dans ses bras sur le matelas. Mais on a le reste de la nuit pour élaborer une stratégie, digne de Chuck et Blair, précisa-t-elle.
Elle posa sa tête sur son torse et il referma ses bras sur elle, leurs cerveaux cherchant une solution qui n’existait probablement pas.
Blair Waldorf se retourna dans son lit king size, trop grand, trop froid, quand il n’était pas là pour frotter sa peau contre la sienne. Elle détestait se réveiller seule dans ses draps roses. Elle avait formellement interdit à Dorotha de les remplacer jusqu’à son départ pour Madrid au début la semaine suivante.
Leur calendrier avait été revu suite à la chute d’Eléanor et les rendez-vous de Londres reprogrammés à des dates ultérieures. Ce qui signifiait qu’elle serait séparée de son fiancé plus longtemps que prévu initialement. Elle attrapa l’oreiller de Chuck et le serra dans ses bras.
Ils avaient passé chaque nuit ensemble depuis l’arrivée du beau brun ténébreux à Paris et elle ne parviendrait plus à s’endormir sans lui désormais. Sans parler de la nuit dernière qui avait été une véritable torture. Elle grimaça aux souvenirs que sa mémoire libérait à présent.
Elle ne supporterait jamais de passer son temps à s’inquiéter de ce qui se passait à New-York en simple spectatrice impuissante. Elle allait en devenir complètement folle.
La jeune fille enfouit son visage dans la taie une dernière fois avant de se lever. Elle avait du pain sur la planche chez WD et elle avait également un plan à concocter à l’encontre d’un certain Humphrey, mais tout ça pouvait attendre. Il y avait plus bien urgent.
Elle attrapa son BlackBerry et envoya un texto mielleux et mièvre à souhait (mais elle s’en fichait comme d’une guigne) à l’homme qui occupait ses pensées de jour comme de nuit, espérant qu’il y répondrait peut-être où qu’il appellerait lorsqu’il se réveillerait sur l’autre continent.
*****
Serena ouvrit la bouteille d’eau qu’elle venait de sortir du frigidaire et en prit une bonne lampée. Cela faisait plusieurs heures qu’ils se torturaient le cerveau avec Nate mais aucun d’eux ne voyait de solution au problème de leur ami. La seule chose qu’ils pouvaient faire, c’était être présents pour lui.
Elle était furieuse contre sa mère. Elle les avait souvent lâchés chez les Waldorf ou confiés à eux-mêmes pour s’esquiver avec ses amants de passage pendant leur enfance.
Elle n’était pas sans savoir que Lili Rhodes avait toujours fait passer ses enfants après. Mais, désavouer sa relation avec Chuck, c’était inimaginable pour la blonde.
De plus Serena avait eu l’impression que sa mère avait évolué dans le bons sens. Leur relation était devenue plus maternelle que jamais. Ça, c’était quand elle était avec Rufus, avant le retour de Bart Bass. Elle détestait décidemment ce type de tout son être.
Le BlackBerry de son frère (il le resterait quoi qu’il arrive à ses yeux) chantonna dans la poche de sa veste, posée sur le dos du fauteuil comme il l’avait laissée en rentrant.
La jeune fille bondit pour décrocher, reconnaissant la petite mélodie légère attribuée à sa meilleure amie mais il ne s’agissait que d’un texto complètement dégoulinant et horriblement guimauve.
Elle ne put empêcher un sourire sur sa jolie frimousse, toute chiffonnée par le manque de sommeil et emporta l’appareil avec elle dans la chambre de son petit-ami.
*****
Son téléphone sonna quelques secondes plus tard. Peut-être ne dormait-il pas, même après la journée horrible qu’il avait eue.
Le nom de sa meilleure amie s’afficha comme identifiant.
- S, s’exclama la brune.
- B, soupira la blonde soulagée.
- Qu’est-ce qui s’est passé ?
- C’est ma mère ! dit Serena, se mordillant la lèvre inférieure.
- Ta mère ??
Est-ce que Lili avait décidé de se ranger du côté de Bart dans la bagarre qui l’opposait à son fils ?
- Chuck a découvert des documents d’annulation de son adoption.
- ….
- B ?
- Je … Non, Lili ne lui ferait jamais ça !
- J’ai vu les papiers de mes propres yeux.
Blair sentit son cœur se déchirer et la colère monter en elle.
- Où est-il en ce moment ?
- Il dort, je crois. Il s’est réfugié dans sa chambre à peine rentré. Jamais je n’aurais cru que ma mère soit capable d’un tel acte de trahison.
- Elle n’hésitait jamais à se barrer à l’autre bout du monde en vous plantant là sans le moindre remord, mordit la brune.
- Je sais, mais je croyais que c’était différent à présent … et avec Chuck…
- L’adoption n’était qu’un subterfuge, lui rappela Blair.
Même si elle savait que c’était bien plus que ça pour son fiancé aujourd’hui et qu’elle devait avouer qu’elle aussi avait pensé qu’une relation véritable c’était nouée entre les deux signataires. Ce n’était visiblement pas le cas pour Lili.
Son réveil émit une sonnerie stridente, l’informant que sa journée venait de démarrer. Elle l’envoya valdinguer contre le mur d’en face avec une telle rage qu’il éclata en morceaux.
- B ? redemanda sa meilleure amie.
- Il faut que j’y aille, sinon je serai en retard et ma mère va m’attendre, grogna la brunette.
- Ok, ne t’inquiète pas, on ne va plus le laisser seul. Tu peux compter sur nous pour le bichonner pendant ton absence.
Les larmes affluèrent sous les paupières de Blair si soudainement qu’elle en fut elle-même surprise.
- Merci, s’étrangla-t-elle d’une toute petite voix.
Elle s’habilla et se maquilla comme un automate, ses pensées à des milliers de kilomètres de son corps, le cœur et l’âme écartelée au-dessus l’océan.
Elle entra dans la salle à manger, où Dorotha avait dressé la table du petit déjeuner et s’assied à table, devant les croissants frais que Cyrus faisait livrer chaque matin. Elle était incapable d’avaler quoi que ce soit. Elle n’essaya même pas, sa gorge était si nouée qu’elle parvenait à peine à respirer.
- Blair ? Tu vas bien ? s’inquiéta son beau-père.
Elle secoua la tête de gauche et de droite, incapable d’articuler le moindre mot.
Cyrus échangea un regard avec la domestique qui lui fit signe qu’elle ignorait ce qui chamboulait la jeune fille.
Il se glissa sur la chaise à côté de sa belle-fille et posa une main sur le haut de son bras. Elle tourna son visage vers l’homme chauve, les yeux luisants et il l’attira à lui pour lui faire un câlin.
Elle se laissa aller contre l’homme qu’elle considérait comme un deuxième père. Les câlins de Cyrus avaient toujours le don de la réconforter. Pourtant ils étaient d’un piètre secours en ce cas-ci.
Ce n’était pas juste ! Pourquoi avait-elle quatre parents aimants quand Chuck n’en n’avait aucun ? Elle aurait volontiers céder un de ses pères à son fiancé si elle avait pu mais tout ce qu’elle pouvait faire c’était les partager un peu avec lui.
Ses larmes débordèrent à nouveau de ses cils, ruinant le maquillage qu’elle venait d’appliquer. Cyrus passa une main dans son dos de bas en haut.
- Si tu m’expliquais de quoi il retourne, je suis certain qu’il doit y avoir un moyen d’arranger ça. Tout problème à sa solution.
- Pas cette fois, réussi-t-elle à articuler faiblement.
Eléanor entra dans la cuisine, le bras dans une écharpe multicolore, taillée dans un tissu chamarré. La styliste avait fait confectionner plusieurs pièces adaptées en attelles.
Le fait qu’elle se retrouve handicapée ne voulait pas dire qu’elle devait renoncer à la mode et à la haute couture ni à sa classe habituelle. Et il n’était pas né, celui qui réussirait à lui faire porter une monstruosité comme le tissu utilisé dans les cliniques.
Elle marqua un temps d’arrêt devant le spectacle de sa fille dans les bras de son mari. Dorotha lui fit le même haussement d’épaule que précédemment pour répondre à sa question muette.
Sa patronne prit place à table et la domestique se dépêcha de lui servir son café, sans un mot, dans le silence, troublé de temps à autre par de petits sanglots étouffés qui s’échappaient de la jeune-fille.
Les trois adultes échangèrent des regards d’incompréhension avant qu’Eléanor ne se décide à intervenir.
- Ma chérie, si on avait une idée du problème, on pourrait peut-être t’aider à le résoudre, commenta-t-elle sur le ton de l’évidence.
Lorsqu’elle réussit enfin à se reprendre, les larmes ayant emporté avec elles la colère, l’indignation et l’impuissance, Blair se dégagea de l’étreinte de son beau-père pour éclairer ses parents sur les évènements de la veille à Manhattan.
Les portes donnant sur le penthouse de l’Empire s’ouvrirent, laissant passer une femme blonde, jolie et sophistiquée. Son maquillage couvrait parfaitement la nuit sans sommeil qu’elle avait eue.
Elle marqua un temps d’arrêt devant un jeune homme brun, dont les yeux étaient identiques à ceux de son fils adoptif.
- Matthew, hasarda-t-elle, sans grande marge d’erreur.
Charles ne porterait jamais une paire de jeans rappée, sous un T-shirt et une chemise entrouverte, négligemment jetée sur ses épaules. En réalité, il était pratiquement impossible de les confondre malgré leur similitude.
Pourtant l’expression sur son visage était celle qu’elle avait déjà vu des centaines de fois sur les traits de Charles. Les mâchoires serrées et un regard qui vous pénétrait jusqu’à la moelle.
- Madame Van Der Woodsen, dit Nate depuis l’angle du billard où il était assis.
Son ton était tout sauf amical.
- Nathaniel, le salua-t-elle en lui souriant tout de même.
Le double de son fils adoptif se leva et vint à sa rencontre.
- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée que vous soyez venue jusqu’ici, l’accosta-t-il en faisant ostensiblement obstruction à sa progression dans la pièce.
- Matthew, c’est bien ça ? Inutile de tenter de m’impressionner. Charles a déjà utilisé toutes ces astuces avec moi. Et j’ai le regret de t’informer que ça ne fonctionne pas. Je ne quitterai pas cette suite sans avoir parlé à mon fils.
- Maintenant je comprends pourquoi Blair s’inquiète autant pour Chuck, il n’y en a aucun pour rattraper l’autre ici. Je croyais que Jack était le pire des parents, mais à côté de vous tous, c’est un petit mouton, siffla le jeune Australien.
Elle le contourna sans répondre et déposa son sac sur le fauteuil le plus proche, avant d’y ajouter son Chanel couleur caramel.
- Nathaniel, si tu avais la gentillesse de nous faire un petit café, je pense qu’on va en avoir besoin.
- Il ne veut pas vous voir, reprit Matt, le regard furibond.
- Et bien, il devra quand même. J’apprécie ton ardeur à protéger ton frère, mais il n’en a pas besoin, pas en ce qui me concerne en tout cas.
La porte de la chambre de Nate s’ouvrit et Serena apparut sur le seuil.
- Bien, au moins une de retrouvée, c’est déjà ça ! s’exclama Lili en se levant. Maintenant, où Charles ?
Aucun d’eux ne répondit.
- Personne ? Bien, je vois que la résistance s’organise. C’est tout à votre honneur, mais pas suffisant pour me décourager.
Elle se dirigea vers la chambre de son fils, frappa et entra sans attendre de réponse. Celle-ci était vide, elle fit le tour de la pièce, sa valise n’avait même pas été ouverte, elle trônait dans un coin, les étiquettes de l’aéroport encore collées dessus.
Lili jeta un dernier coup d’œil avant de revenir s’installer dans le salon.
- Maman, tu ne peux pas rester ici, s’insurgea sa fille.
- Vraiment ? Et qu’est-ce que tu vas faire ? Me faire jeter dehors par la sécurité ?
- Si c’est nécessaire, rétorqua Matt.
La mère adoptive de son jumeau leva un sourcil d’étonnement.
- Tu as l’intention de te faire passer pour Charles pour réussir ça ? Dans ce cas, je t’engage à aller te changer immédiatement si tu veux avoir le moindre crédit auprès des employés de cet hôtel.
- Maman, ça suffit, va-t’en d’ici.
- Non, je vous l’ai dit, je ne quitterai pas cet endroit sans avoir vu mon fils au préalable. Et j’ai tout mon temps, je n’ai rien d’autre à faire de la journée comme vous le savez tous.
- Vous n’êtes plus sa mère, vous ne l’avez jamais vraiment été du reste, cingla Matt.
- Je l’ai été bien plus qu’Elisabeth, je le suis encore, et je compte bien continuer à l’être, ne t’en déplaise.
- Mais, les documents … débuta Nate
- Ne porte aucunement ma signature, termina Lili, en toisant le regard de sa fille et du jumeau de son fils. Et c’est pour ça qu’il faut absolument que je parle à Charles, le plus tôt possible.
Elle n’avait aucunement eu l’intention de s’expliquer à quiconque avant lui, mais visiblement, elle avait droit à un jugement en règle et elle comptait bien avoir un procès équitable… Et une issue favorable !
- Viens avec moi, décida sa fille, qui reprenait espoir de voir la situation s’arranger.
Elle la suivit jusqu’à une suite, deux étages plus bas.
La jeune femme au teint mat et aux boucles brunes qui ouvrit la porte eut un haut le corps en apercevant la femme blonde derrière Serena mais s’effaça sur un signe de tête de cette dernière.
Lili pénétra dans la suite familiale et observa une seconde, son fils qui lui tournait le dos, assis par terre, à côté d’un garçonnet qui s’appliquait de son mieux à construire une tour en Lego la plus haute possible.
Ils empilaient, chacun leur tour, les petits cubes en plastique coloré, les uns au-dessus des autres, surement jusqu’à ce que tout s’écroule, pour pouvoir recommencer de plus belle.
Une autre jeune fille, aux cheveux et aux yeux de couleur identique à celle des jumeaux se leva prestement du canapé où elle était assise, ce qui attira l’attention de Chuck.
Il se retourna et se releva à son tour, une grimace sur le visage. Son cœur se remit à saigner abondamment. Non que l’hémorragie ait cessée depuis qu’il avait apposé son nom au bas du document qu’il avait découvert dans la bibliothèque. L’alcool ingurgité avait tout juste anesthésié pour un moment la douleur vive que son cerveau percevait.
- Hugo, viens, on va voir si on peut trouver une glace, dit la mère du bambin.
- Mais on n’a pas encore fini, se plaignit-il en jetant un œil à son camarade de jeu.
- On terminera plus tard, dit Chuck en posant une main sur sa tête.
- Promis ?
- Promis.
Le gamin courut à travers la pièce aussi vite que ses petites jambes le lui permettaient et sortit en sautillant, réclamant deux boules de chaque parfum.
- Il faut qu’on parle Charles, tu ne pourras pas m’éviter indéfiniment, ni moi, ni ton père, dit Lili
Son fils posa une main sur l’épaule de la jeune brunette, qui était venue se placer directement entre lui et l’intruse, pour lui signifier qu’il était d’accord.
Elle hésita un instant, puis se dirigea vers la porte, la tête haute, un regard haineux à l’adresse de Lili.
Cette dernière s’avança dans la pièce comme sa fille refermait la porte derrière elles.
- Le moins qu’on puisse dire, c’est que tu as une armée à ta disposition. J’ai bien cru que j’allais être condamnée au peloton d’exécution.
- Puisque tu es parvenue jusqu’ici, je suppose que tu as des arguments convaincants.
- Je n’ai aucun argument, si ce n’est mon amour pour toi, Charles.
Un rictus sardonique prit place sur ses traits.
- Si tu en venais au fait ? siffla-t-il.
- Je n’ai jamais eu la moindre intention de signer ces papiers, dit-elle en s’approchant d’avantage.
Quelque chose se propagea dans les veines de Chuck, ralentissant l’écoulement du sang depuis l’organe qui palpitait dans sa poitrine.
Il carra la mâchoire et déglutit, mais aucun son ne voulait sortir de sa bouche.
- Je suis désolée pour la peine que tout ça a dû te causer, je n’ai jamais pensé que tu le découvrirais. J’aurais dû détruire ces documents à la minute où ton père les a faits porter à mon adresse ici, après que j’ai refusé de les signer dans les Hamptons. Je te l’ai déjà expliqué et je recommencerai autant de fois qu’il le faudra. Je t’aime comme mon propre fils, avec ou sans reconnaissance légale, et mon amour pour toi, tout comme celui pour Eric et Serena, est inconditionnel.
Elle se rapprocha encore, le cœur battant elle aussi, sans jamais cesser de fixer ses pupilles foncées qui se dilataient sous le coup de la surprise et de l’émotion.
Elle sortit de la poche de sa longue jupe écrue, quelques feuilles pliées en quatre et les lui tendit.
- Ça ne modifiera en rien ce que je ressens pour toi, mais c’est à toi de décider. Tu peux les rendre à Bart pour les faire homologuer en bonnes et dues formes. Tu es majeur et tu es celui qui les a signés, pas moi. Mais si tu veux vraiment que je le fasse, alors je me plierai à ton désir. Après tout, tu as déjà une mère et personne ne peut t’obliger à en avoir une deuxième.
Il saisit les documents, la main tremblante, puis les doigts de Lili, qui tremblaient eux-aussi.
Elle l’attira à elle et le serra dans ses bras, laissant ses larmes refoulées depuis la veille, s’écouler librement sur l’épaule de ce fils prodigue qu’elle avait bien failli perdre aujourd’hui.
Il ferma ses paupières brûlantes, le menton posé sur son épaule et lui rendit son étreinte. Elle ne l’avait pas abandonné. Elle ne voulait pas se débarrasser de lui.
- Tu es la seule mère que j’ai jamais connue et je n’en veux pas d’autre dit-il, la voix entrecoupée par l’émotion.
Elle caressa doucement ses cheveux, à l’arrière de sa tête et le berça tendrement pendant un moment, puis essuya ses joues humides, avant d’apposer les mains de chaque côté du visage du jeune homme.
- Tu es mon fils et rien ne pourra jamais changer ça dans mon cœur. Peu importe les menaces de ton père. Il ne pourra jamais détruire le lien qui s’est construit entre nous depuis son départ si on ne le veut nous pas aussi. Même à force de jugements ou de décisions de justice. Je ne le laisserai pas faire tu m’entends, il ne m’éloignera pas de toi.
- C’est pour ça que tu es rentrée des Hamptons plus tôt que prévu ? questionna-t-il.
- Disons que c’est ce qui a fait déborder le vase déjà bien rempli. Il n’a pas fallu longtemps avant que je ne me remémore tout ce qui n’allait pas dans notre mariage. Et mes enfants, on y touche plus. Je les ai bien trop souvent laissés de côté pour plaire aux hommes qui passaient dans ma vie. Il s’est juste trouvé que c’est tombé sur toi cette fois. Et le prix à payer était bien trop élevé, je ne pouvais l’accepter. Jamais personne ne m’avait demandé d’abandonner ou de sacrifier un de mes enfants à ce point-là.
Elle déposa un baiser sur sa joue, avant de l’enlacer fortement à nouveau.
Serena, Nate, Vic, Matt, Shaori et Hugo, qui s’était gavé de crème glacée et jouait maintenant avec Monkey, étaient rassemblés dans le Penthouse de l’Empire en attendant le verdict de la pièce qui se jouait dans la suite familiale.
- Vous croyez vraiment qu’on a bien fait ? demanda la plus jeune.
- Je pense qu’il faut laisser sa chance à ma mère. Si ce qu’elle a dit est vrai, alors tout peut s’arranger.
- Ce serait Bart qui ferait pression sur elle ? supposa Nate.
- Rien ne m’étonnera plus venant de lui, répliqua S avec une moue de dégoût.
- Mais à quoi ça pourrait bien l’avancer de faire annuler son acte d’adoption par ta mère ? questionna Vic.
- A garder Chuck sous sa coupe, expliqua Matt. Pour être certain qu’il n’ait personne vers qui se tourner et qu’il suive le chemin qu’il a tracé pour lui.
Sa compagne posa une main sur la sienne. Elle savait combien il avait horreur de toutes ces attentes et de toutes ces obligations qui pesaient sur vos épaules quand les autres décidaient du rôle que vous deviez jouer.
Il s’était toujours rebellé contre ça et en particulier contre la dictature de la soi-disant bonne société australienne qui attendait du beau-fils de Jack Bass qu’il se comporte en jeune-homme bien sous tous rapports.
C’est pour cette raison qu’il refusait dorénavant catégoriquement de fréquenter le cercle de ces hypocrites. Ils se fichaient bien que vous vous enlisiez dans la drogue jusqu’à en crever, tant que vous le faisiez sans faire trop de vagues. Ça et le fait qu’ils soient tous ennuyeux au possible.
La conversation s’interrompit quand les deux protagonistes revinrent dans la pièce. Les autres se levèrent comme un seul homme. Tous les yeux étaient braqués sur Chuck, attendant un signal quelconque qui leur indiquerait comment se comporter.
Le jeune-homme leur sourit et leur fit un signe de tête signifiant que tout allait bien.
La tension retomba d’un coup.
Serena se jeta à son cou avec un sourire éblouissant.
Lili proposa une trêve en invitant tout le groupe de jeunes gens à diner le soir-même puis s’éclipsa pour laisser son fils expliquer les détails de la situation.
Elle s’installa dans la limousine qui la ramenait chez elle en poussant un soupir, la partie n’était pas finie pour autant. Bart ne lâcherait pas l’affaire tant qu’il n’aurait pas obtenu ce qu’il exigeait. Il avait promis d’engager les meilleurs avocats pour faire annuler le lien officiel qui la liait à son fils.
*****
Blair et Eléanor Waldorf poussèrent elles aussi un soupir, mais de satisfaction. Assis entre elles, Cyrus passa un bras autour des épaules de chacune avec le cœur léger. Rien n’était meilleur que de voir sourire les deux femmes les plus importantes de sa vie.
Le cœur de Blair s’était apaisé depuis le matin lui aussi. Elle le sentait battre la chamade depuis qu’elle avait foulé le sol de JFK. Même si elle aimait visiter les plus grandes villes du monde, celle-ci était définitivement la plus belle d’entre toutes. Elle était née, avait grandi et mourrait sans doute à New-York.
Que c’était bon de rentrer chez soi !
Et c’était encore meilleur de retrouver celui à qui appartenait son cœur et son âme.
Après sa crise de larmes du petit-déjeuner, sa mère et son beau-père avaient décidé de rentrer directement à Manhattan. Eléanor s’attendrissait certainement avec l’âge, mais elle ne supportait que très difficilement de voir sa fille dans un tel état de désespoir.
Tous les rendez-vous prévus à Madrid, Londres et Milan avaient été annulés. Les présentations officielles pourraient attendre, le plus important étant que l’information ait déjà été relayée dans la presse et circulait dans le cercle des maisons de couture depuis le défilé parisien.
Celui de New-York, verrait la passation de direction officielle de WD. Le travail pour la fashion week de septembre ne manquerait pas et puisqu’elle était dans l’impossibilité technique de dessiner sa prochaine collection, autant se concentrer sur quelque chose de productif. Surtout que sa fille n’avait pas spécialement la tête au travail et qu’elle ne pouvait l’en blâmer vu les circonstances.
Et puis, deux semaines d’avance ne pourraient pas faire de mal. Eléanor se devait d’être irréprochable dans sa ville et celui-ci était particulièrement représentatif du renouveau dans la maison.
Les Waldorf-Rose empruntèrent l’ascenseur qui menait à leur appartement, suivis par leur domestique, trop heureuse de rentrer à la maison avec sa petite famille elle aussi.
Blair, elle, avait demandé au chauffeur de l’emmener directement à l’Empire. Elle poussa doucement la porte de la chambre de son fiancé et un sourire illumina son visage en le voyant endormi sur son lit, comme le lui avait indiqué son meilleur ami.
Nate lui avait aussi fait un résumé concis de la matinée, elle était soulagée de savoir qu’un de ses parents au moins était du côté de Chuck, il en avait bien besoin.
Le brun ténébreux avait opté pour un repos bien mérité et plus que nécessaire à son organisme, après avoir fait un compte-rendu de sa conversation avec Lili.
Sa fiancée ôta ses chaussures et se glissa près de lui sous les draps. Elle passa un bras autour de sa taille pour atteindre sa main, puis déposa un baiser sur sa tempe, effleurant sa joue.
Il sentit la caresse de ses doigts et de ses lèvres sur sa peau et la chaleur de son corps contre le sien en même temps que l’odeur de son parfum et ouvrit les paupières.
Elle l’enlaça plus fort et laissa glisser sa bouche sur la sienne.
Il l’attira plus près de lui, approfondissant leur baiser tout en refermant ses bras autour d’elle.
Elle se laissa reposer sur lui et posa doucement sa tête sur son torse, écoutant le bruit sourd des battements de son cœur.
Il referma les yeux et la garda là, caressant doucement sa main placée dans la sienne de son pouce. Il n’osait pas parler, à peine respirer.
C’est elle qui finit par briser le silence au bout de plusieurs minutes.
- Je suis désolée de ne pas avoir été là hier, murmura-t-elle.
- Et moi, je suis désolé de ne pas t’avoir appelée comme prévu et de t’avoir fait peur au point que tu te sentes obligée de prendre le premier avion pour voler à mon secours.
- N’en soit pas désolé. Tu me manquais trop, j’en devenais dingue.
- Tu m’as manqué aussi. C’est horrible, je ne peux plus me passer de toi maintenant. Dès que je suis loin de toi, j’ai l’impression …
- De ne plus pouvoir respirer, finit-elle à sa place.
Il acquiesça avant d’embrasser ses cheveux.
- Je ne peux plus vivre sans toi, murmura-t-il.
Elle releva son visage vers lui et goûta encore ses lèvres.
- Moi non plus. Je ne veux plus passer une seule nuit loin de tes bras.
- Alors, revient vivre avec moi, comme avant, dit-il en plongeant ses yeux dans les siens. Avant que je ne me comporte comme un crétin et que je ne brise tout ce qu’il y avait entre nous.
- Mes bagages sont déjà dans l’entrée, sourit-elle.
- Est-ce que ta mère …
- Elle est toujours de ton côté, tu devrais le savoir maintenant. Elle a racheté les billets en dernière minutes, le double de leur prix, à un couple avec enfant pour nous avoir des places sur le premier vol en partance. Et c’était en classe économique, grimaça-t-elle. Tu aurais dû la voir, avec son bras en écharpe, en train d’expliquer qu’elle devait rentrer d’urgence pour voir un véritable chirurgien digne de ce nom.
- Elle a fait ça ? s’étonna-t-il en souriant, s’imaginant la scène. Alors il faudra que je trouve quelque chose d’approprié pour la remercier. Bien que je ne vois pas ce qui pourrait équivaloir à ta présence ici.
- Le bonheur de sa fille, souffla Blair avant de l’embrasser à nouveau.
Le smartphone de Chuck tintinnabula et il l’attrapa sur la table de nuit pour l’éteindre.
- Un rendez-vous ? questionna la jeune fille qui avait reconnu l’air de rock qui lui servait de réveil matin.
- Avec ma fiancée, à Paris, murmura-t-il en se collant à nouveau tout contre elle. Je ne voulais pas la rater deux jours de suite.
- T’avais plutôt pas intérêt, sourit-elle contre ses lèvres.
Nate et Serena échangeaient un baiser langoureux quand leurs amis arrivèrent dans la suite de l’Empire. Ils s’y étaient donné rendez-vous pour se rendre tous ensemble au diner chez Lili.
Matt et Shaori furent les premiers à arriver. Hugo fonça droit sur Monkey qui remua la queue, tout content d’être le centre d’attention du garçonnet. Il s’éclipsa discrètement avec l’animal dans le coin cuisine pour le gaver de friandises canines.
Chuck et Blair, quittant la chambre bras-dessus bras-dessous, vinrent se joindre à eux et Matt fit un clin d’œil à la jeune fille, qui lui rendit un immense sourire.
Il n’était pas prévu qu’elle rentre si tôt à New-York mais les derniers évènements avaient sans doute chamboulé son planning. Il savait qu’elle aimait réellement son jumeau et il ne doutait pas qu’elle soit capable de remuer ciel et terre pour lui.
Un tintement se fit entendre, annonçant l’apparition de quelqu’un qu’aucun d’eux n’avaient envie de voir en lieux et place de Vic.
Serena émit un son étouffé et agrippa plus fortement la main de Nate.
Blair vit Matt se raidir en même temps qu’elle ressentit Chuck le faire à ses côtés.
Cette dernière se figea aussi quand elle prit connaissance de Bart devant eux. Elle resserra instinctivement son bras autour de la taille de son fiancé.
L’homme, le visage impassible, dévisagea chacun des jeunes-gens réunis dans le salon du penthouse avant de reporter son attention sur son héritier.
- On a des choses à régler, seul à seul, lui dit-il sur un ton ferme.
B réaffirma sa prise autour de ses hanches et Matt eut un semblant de mouvement mais Chuck l’arrêta d’un geste de la main. Il se détacha doucement de sa fiancée, qui lui jeta un regard où brillaient la colère et l’angoisse, pour s’avancer au-devant de son géniteur.
- Si tu veux parler des documents que tu as fait parvenir à Lili, c’est inutile. Nous les avons détruits, ils ne sont pas à l’ordre du jour.
- Tu ne comprends pas…
- J’ai très bien compris au contraire, mais surement pas grâce à toi et à tous tes mensonges, grimaça-t-il.
- Si tu me laissais t’expliquer…
- Ta parole n’a plus aucune valeur à mes yeux.
- Tu es mon fils, clama Bart avec force.
- Lui aussi, fit remarquer Chuck, narquois, en désignant Matt.
- Nous avons pris une décision il y a déjà longtemps, tempêta l’homme aux cheveux argentés.
- Et nous, nous en prenons une autre aujourd’hui, intervint Matt, tremblant de ressentiments trop contenus.
Il s’avança d’un pas pour se placer à hauteur de son jumeau.
Le magnat de l’immobilier le toisa de haut en bas. Il fut sidérer pendant une seconde par ses fils, si identiques et si différents à la fois.
- Je ne t’ai rien demandé à toi, siffla-t-il, méprisant.
Chuck sentit la frustration qui courrait en lui, augmenter encore. Il avait l’habitude de cette attitude insultante à son égard de la part de son paternel, mais il n’avait jamais eu l’occasion d’en être le témoin quand la chose était appliquée à un autre que lui. Il carra la mâchoire et serra les poings en parfait miroir à son frère.
- Matt, entendit-il Shaori souffler tout bas, en passant derrière lui pour agripper la manche de son compagnon.
Le souvenir de l’escarmouche avec Jack au restaurant assaillit sa mémoire. Si lui n’avait pas l’habitude d’avoir recours à la force pour gagner ses batailles et réussissait à se maîtriser parfaitement, ce n’était pas le cas de son jumeau, bien plus physique que lui.
Il fit un pas de côté, frôlant ainsi le bras gauche de son cadet. Une connexion immédiate s’établit entre eux et la réaction de Matt fut instantanée. Le plus jeune laissa retomber sa main droite le long de son corps, contre celle de Shaori.
- Nous non plus, on avait rien demandé, grinça l’héritier d’un ton accusateur.
- Tu ne le connais pas, c’est avec moi que tu as grandi, fulmina Bart, découvrant les crocs comme s’il était prêt à mordre.
- Est-ce que je dois te remercier pour ça ? ricana Chuck, un sourire mauvais se dessinant sur ses lèvres.
- C’est grâce à moi, si tu es ce que tu es aujourd’hui, le tança son père.
- Non, c’est en dépit de vous, ne put s’empêcher de se récrier Blair, prenant part à son tour à l’altercation.
Elle était incapable de rester muette quand tout son être s’indignait de la manière dont il avait toujours traité son fils. Elle avança d’un pas, elle aussi et se plaça à la gauche de son fiancé.
Serena suivit le mouvement et vint rejoindre les rangs à côté de sa meilleure amie, lâchant la main de Nate, qui l’imita et prit position à la droite de Shaori, à l’autre bout de la ligne.
S’il y avait une chose à laquelle Bartholomew Bass ne s’attendait pas, c’est à ce qu’ils fassent tous front commun contre lui.
- Tu n’as pas idée de ce que tu fais Chuck, le menaça-t-il, son regard bleu acier aussi froid et dur qu’un iceberg.
- Je crois que je n’ai jamais été aussi éclairé au contraire, railla son fils.
- Tout ce que j’ai toujours fait, c’était pour toi. Tout ce que tu as, c’est grâce à moi. Tu n’es rien sans moi, proclama-t-il avec fureur.
- Peut-être que c’est TOI qui n’est rien sans lui ! l’invectiva Matt, goguenard.
Shaori pouvait voir les pulsations qui gonflaient la veine remontant jusqu’à la base de sa mâchoire.
- Je te conseil de ne pas jouer à ça ! tonna Bass Senior à l’adresse de son fils ainé.
- Sinon, quoi ? Tu vas me punir ? Me déshériter ? Alors vas-y, je t’en prie, je ne veux plus rien qui vienne de toi. Oh mais non, ça c’est déjà fait ! le défia Chuck, le regard incendiaire.
- Est-ce que tu te rends seulement compte de ce que tu dis ? Tu ne tiendras pas une semaine avant de venir ramper à mes pieds lorsque je t’aurai coupé les vivres et jeté à la rue, proféra le multimilliardaire.
Le jeune homme déglutit, son père le ferait sans aucun remord. Il le considérait comme sa chose. S’il ne se pliait pas à ses exigences ou n’était pas assez acceptable à ses yeux, alors il se désencombrerait tout bonnement de lui dans sa vie, comme il s’était débarrassé de lui dans BI.
- Fais ce que tu penses devoir faire, dit-il le plus calmement possible, tentant de supprimer l’émotion dans sa voix. Rien ne changera le passé en ce qui me concerne.
- Mais ça changera ton avenir, gronda à nouveau Bart, plus menaçant que jamais.
- Tu n’as toujours pas compris qu’il ne t’appartient pas. Tu ne peux pas l’acheter ou le revendre comme une de tes propriétés, vociféra Matt, au comble du courroux. Les gens ne sont pas des objets que tu peux éliminer de ta vie à ta guise en les jetant à la poubelle comme des déchets.
Chuck et Shaori le rattrapèrent chacun par un bras pour le retenir lorsqu’il s’élança sur Bart.
- Dégage d’ici ! hurla l’aîné à son père, tandis que Nate l’aidait à maîtriser son cadet de seulement quelques minutes.
- C’est vous qui aller sortir d’ici ! rugit Bart. Vous avez cinq minutes et pas une de plus pour vider les lieux avant que la sécurité ne le fasse pour vous.
Il se dirigea vers l’ascenseur, écumant de rage, les portes s’ouvrirent sur une jeune fille brune qui partageait les mêmes yeux foncés que les jumeaux. Il eut une haut le corps en l’apercevant, avant de s’engouffrer dans la cage et de frapper le bouton de commande de fermeture de toutes ses forces.
Il posa sa tête contre la paroi. Cette fois il l’avait perdu, il l’avait vraiment perdu, pour de bon. Mais il ne le laisserait pas s’en tirer comme ça. S’il choisissait de lui tourner le dos, alors son fils en paierait les conséquences.
Comment pouvait-il s’allier à cet inconnu contre lui ? Après tout ce qu’il avait fait pour lui. Il l’avait élevé, nourri, logé et blanchi. Il n’avait jamais eu qu’à lever le petit doigt pour que ses caprices soient exhaussés par le personnel du Palace où il avait grandi.
Et c’est comme ça qu’il le remerciait ? En le trahissant ! D’abord en risquant BI, l’œuvre de sa vie, pour les beaux yeux d’une fille qui lui faisait faire n’importe quoi et qui avait choisi d’en épouser un autre. Puis pour un vulgaire musicien qui n’avait jamais eu sa place dans leur vie.
La décision avait été prise il y a des années et il n’y avait pas lieu de revenir dessus. Il avait préparé Chuck depuis son plus jeune âge pour qu’il devienne un héritier à la hauteur de ses attentes. Et maintenant qu’il y était presque, il se retournait contre lui.
Il décrocha son téléphone et appela son avocat.
- Je suis désolé, Monsieur Bass, mais votre père…
- Ne vous inquiétez pas Mason, ce n’est pas de votre faute. Faites porter les bagages de la suite 988 et 647 à l’adresse que les occupants vous indiqueront et demandez qu’on m’envoie la facture.
- Bien Monsieur. Et pour vous et Monsieur Nathaniel ? demanda l’agent de la sécurité mal à l’aise.
- Faites portez mes affaires à cette adresse, dit le jeune Archibald lui tendant un bout de papier où était griffonnée celle du Capitaine.
- Et celle de Monsieur Chuck, au 1136 sur la 5ème avenue, lui commanda Blair.
Elle passa une main dans le dos de son fiancé pour le réconforter.
Après le départ de Bart, Mason avait mis moins de dix minutes pour se présenter à l’entrée de la suite, expliquant que le grand patron lui avait demandé d’expulser son ancien employeur et ses invités de l’Empire.
L’agent de la sécurité n’en menait pas large et n’était pas le moins du monde agressif mais ça avait suffi à calmer Matt dans la seconde. Chacun s’était réparti dans ses pénates pour rassembler ses affaires et les faire transférer dans l’heure à une autre adresse.
- Quand je t’ai demandé d’emménager avec moi cet après-midi, ce n’est pas comme ça que je voyais les choses, soupira Chuck.
- On est ensemble et c’est tout ce qui compte pour moi, dit-elle en déposant un baiser sur sa tempe.
Il entrelaça ses doigts aux siens. Heureusement qu’elle était là pour lui. Sans son amour, il ne savait pas où il en serait aujourd’hui. Surement dans un lit quelque part, avec une femme dont il ne se rappellerait pas le nom, ou plus probablement, qu’il ne connaîtrait même pas du tout.
- Je t’aime, dit-il en effleurant le bout de ses doigts, posés sur sa cuisse. Je m’en veux de t’entrainer là-dedans avec moi.
- Eh ! C’est plutôt moi qui t’ai entrainé avec moi, c’est à cause de tout ce que tu as fait pour me sauver de mon mariage qu’on en est arrivé là.
- Grâce, à tout ce que j’ai fait pour nous sauver, la reprit-il. Je te promets que je vais nous trouvez un appartement rien que pour nous deux, le plus vite possible. Et ce sera le plus beau et le plus spacieux dont tu auras jamais rêvé.
- Si tu t’y promènes à moitié nu, ça devrait coller avec mes fantasmes, souffla-t-elle tout bas à son oreille, réussissant à lui arracher un sourire.
Elle passa un bras autour de sa taille.
- En plus de ça, Cyrus est très content de t’avoir avec nous encore un peu, je crois qu’il s’est attaché à toi depuis Paris, le taquina-t-elle. Et je ne te parle même pas de Monkey, il se réjouit d’avoir un chien, ma mère y a toujours été catégoriquement opposé.
- Je pourrais demander à Nate de le pendre avec lui chez le Capitaine.
- Surement pas, Cyrus t’en voudrais à mort.
- Tu es vraiment certaine que ce n’est pas un problème ? Tu dis toi-même que ta mère ne veut pas de chien.
- Elle n’a jamais voulu que, moi, j’ai un chien, ni même Cyrus, mais toi c’est différent.
- Et en quoi ?
- Parce que c’est toi, et qu’elle a un faible pour toi. Sans rire, elle t’adore. Parfois je me dis qu’elle te préfère à moi, dit-elle en caressant sa pommette avant de l’embrasser tendrement.
*****
Matt se prit la tête entre les mains, assis sur le bord du lit où Shaori venait de déposer le doudou d’Hugo.
- Je suis vraiment trop con, tout ça c’est ma faute, se lamenta-t-il.
- Ce n’est pas ta faute si ton père est la pire crapule qui ait jamais existé sur cette planète.
- N’empêche que si je ne m’en étais pas mêlé et que j’avais fermé ma grande gueule…
- Ton frère a dit qu’il ne t’en voulait pas, il a même demandé à ce qu’on lui envoie la note de notre séjour ici.
- Il a quoi ? demanda Matt en relevant la tête.
- J’ai entendu le chauffeur dire à l’enregistrement que la note devait être portée à Monsieur Bass, je ne pense pas que l’employé parlait de Bart.
- Même pas en rêve ! s’exclama le jeune homme en se levant. Je vais mettre les choses au point avec lui demain, quand on ira chez … sa mère.
Le repas prévu chez Lili avait été reporté (encore) suite aux derniers évènements de l’avant soirée, chacun disposant de peu de temps pour quitter l’Empire.
Shaori releva un sourcil, surprise.
- Elle l’a adopté et d’après ce que j’ai vu, il tient à elle… autant que moi je tiens à la mienne. Si c’est comme ça qu’il voit les choses, après tout ce qui s’est passé, ce n’est pas à moi de lui faire la morale. D’ailleurs je ne vois pas quels arguments je pourrais bien utiliser pour le convaincre après ce que notre mère lui a fait, dit-il en haussant les épaules.
- Et bien moi, je ne suis pas d’accord, indiqua Vic en pénétrant dans la suite de son frère, avec Hugo dans les bras. On a tous la même mère, même si elle est plus proche de certains que d’autre. Et ce n’est pas la faute de maman si ce connard, qui est ton père, j’en suis désolée pour toi, sourit-elle cynique, a réussi à la manipuler. Elle a fait ce qu’elle pouvait du mieux qu’elle le pouvait vu les circonstances !
- Tu es du côté de maman maintenant ? s’étonna son frère.
- Disons juste que je remets certaines choses en perspective.
- C’est surement ce qu’on appelle la maturité, se moqua-t-il.
Elle lui tira la langue en guise de réponse, aussitôt imitée par son neveu.
- Vic !! râla Shaori.
- Pardon, dit la jeunette en cachant néanmoins un sourire derrière sa main.
Elle fit un clin d’œil à Hugo avant de le poser par terre.
*****
- Et où est Chuck maintenant ? s’inquiéta Lili
- Il va s’installer chez Blair, le temps de se retourner au moins, expliqua Serena.
- Je croyais qu’elle n’était pas à New-York, intervint Eric.
- Elle est rentrée dare-dare après l’épisode d’hier, dit-elle en jetant un coup d’œil rapide en direction de leur mère.
- Pourquoi ne vient-il pas ici ? questionna encore le blondinet.
- C’est toi qui demande ça ? s’étonna sa sœur. Je pensais que tu ne voulais plus jamais rien avoir à faire avec lui !
- C’était il y a plus d’un an. Et j’ai eu l’occasion de parler avec Jenny, j’ai peut-être un peu exagéré la situation.
- Un peu ? C’est pas toi qui as aidé Dan à mettre la honte à Blair le jour de son propre anniversaire par vengeance ?
- Je sais, dit-il gêné, je n’aurais pas dû me conduire de cette manière, je ne sais pas ce qui m’a pris.
- Moi je sais : Dan Humphrey ! Voilà ce qui t’as pris !
Lili sursauta à l’évocation du nom de son amour de jeunesse, qui était encore son mari il n’y a pas si longtemps.
- En tout cas, la porte lui est grande ouverte, clama-t-elle. Si Chuck veut venir vivre ici, il sera le bienvenu.
- En fait, ils vont se chercher un appart pour emménager ensemble. Quand Chuck aura débrouillé toute cette histoire avec Bart. Parce que le grand Bartholomew Bass a plutôt mal pris le truc et il ne va surement pas en rester là.
Vic remua sur sa chaise, mal à l’aise. Elle avait accepté l’invitation de Lili parce que tous les autres l’avaient fait, Matt y compris. Mais elle n’avait aucune intention de pactiser avec celle qui revendiquait le rôle de sa propre mère auprès de son frère aîné, même si cette dernière ne l’avait jamais exercé elle-même.
Tout se déroulait pourtant plutôt bien jusqu’à présent. Lili Rhodes – ex-Van Der Woodsen – ex-Bass – ex-Humphrey savait recevoir, en grand ou en petit comité. Elle avait mis les petits plats dans les grands, son fils adoptif et sa famille valait bien ça, surtout après toutes ces péripéties.
La jeune Australienne était obligée d’admettre que la mère adoptive de son frère était tout à fait délicieuse et attentionnée envers lui. Comment Elisabeth pourrait-elle jamais concurrencer la blonde quand celle-ci était aux petits soins pour son fils alors qu’elle-même l’avait abandonné et trahi pour son propre père ?
Elle observa les deux garçons à la dérobée, ils se tenaient près du comptoir du coin cuisine. Matt semblait accepter le fait que Chuck rejette leur mère alors qu’il était pourtant celui qui était le plus fusionnel avec Elisabeth. Peut-être à cause de ça, justement. Ainsi, il n’avait pas besoin de la partager.
- Je suis vraiment désolé, s’excusa encore Matt.
- J’avais des ennuis avec Bart bien avant que tu ne sois là, répondit Chuck. Le problème ne vient pas de toi, mais de lui.
- Peut-être mais, on ne peut pas dire que j’ai aidé à améliorer la situation.
- Je ne pense pas qu’elle pouvait s’arranger au point où on en était arrivé. Quand je pense qu’il a essayé de faire pression sur Lili pour qu’elle revienne sur notre filiation légale. Je ne comprends pas où ça peut bien le conduire. Il y a certainement quelque chose là-dessous, mais je n’arrive pas à comprendre quoi.
- En tout cas, elle tient mieux la distance que maman, soupira Matt.
- Lili a de la ressource, ce qui n’était pas le cas d’Elisabeth.
- A t’entendre on croirait presque que tu compatis, dit l’Australien déconcerté par le ton de son jumeau.
- Je connais assez notre père pour savoir qu’il est plus que persuasif et qu’il obtient toujours ce qu’il veut.
- Non, pas toujours, sourit Matt en lui donnant un petit coup de coude.
Chuck lui renvoya le même petit sourire en coin de connivence.
- Merci de m’avoir soutenu. Ça, ça a vraiment dû le mettre hors de lui.
- Ouais ben, il ferait bien de s’y habituer alors. Et il n’était pas le seul à être furax.
- Je suis sûr que si on t’avait laissé faire tu lui aurais sauté à la gorge, sourit à nouveau Chuck.
- Tu aurais dû me laisser essayer, tes problèmes d’héritage seraient résolus, railla Matt.
- J’ai déjà hérité, c’est bien ça le problème. Il a repris non seulement ce qu’il m’avait laissé, mais aussi, ce que j’y ai ajouté.
- L’Empire.
- Entre autre, commenta son jumeau.
- Tu vas le lui reprendre !
- Non, je n’en veux plus, il peut se le garder, dit Chuck en observant sa fiancée qui papotait avec Serena de l’autre côté de la pièce. J’étais sincère quand j’ai dit que je ne voulais plus rien de lui. Je vais repartir de zéro, avec ce qui me reste.
- Je croyais que tu étais à sec, après avoir payé la dote de Blair.
- Qui t’a parlé de ça ?
- Blair, elle me l’a dit le premier jour où je l’ai rencontrée, après que je l’ai transportée sur mon dos jusqu’à la scène. Elle a dit que si je croyais être un preux chevalier parce que je l’avais soulagée d’une petite foulure, j’étais bien loin du compte, par ce qu’elle avait déjà été sauvée par son prince charmant et que même si on se ressemblait, j’étais bien moins charmant que toi.
Chuck émit un petit rire, mais qui n’avait rien d’amusé.
- Je suis loin d’être un héros, plutôt un sombre idiot, commenta-t-il, amer.
- Pourquoi ça ? demanda son jumeau.
L’ex-héritier Bass le dévisagea, puis se rappela que leur petite sœur n’avait pas cafté sur leur excursion à Rome.
- Parce que j’ai accepté le même jeu que Jack, avoua-t-il à son double. Il m’a proposé de me rendre l’Empire en échange d’une nuit avec Blair.
- Pourquoi tu aurais fait ça ? s’insurgea-t-il.
- Parce que j’étais vraiment trop stupide et que je croyais que je réussirais à avoir tout ce qui comptait le plus pour moi, sans en perdre une seule miette. Mais j’ai perdu bien plus que ce que j’avais conscience d’avoir.
- Pêché d’orgueil, commenta Matt.
- On peut dire ça comme ça, dit Chuck avec un petit sourire cynique au coin des lèvres.
- Mais vous vous êtes retrouvés, c’est le principal, et d’après ce que j’ai compris, elle n’est pas en reste. Elle t’en a largement fait baver en retour. Je crois qu’on peut dire que vous êtes quitte.
- En tout cas, on a réussi à passer au-dessus de tout ça et à tirer un trait sur le passé.
- C’est pour ça que tu ne veux plus de l’Empire ? Pour repartir à zéro, sur des bases nouvelles ?
- Je n’ai pas envie qu’on finisse comme Jack et Elisabeth.
- Ce n’est pas parce que vous avez fait les mêmes erreurs que tu as quoi que ce soit en commun avec ce serpent.
- On a plus en commun que ce que tu crois. J’avais promis que j’aimerais son enfant comme s’il était le mien. Mais la vérité, c’est que je ne saurai jamais comment je me serais vraiment comporté, avec lui et avec elle, en le voyant grandir sous mes yeux, me rappelant perpétuellement qu’elle avait été dans les bras d’un autre que moi.
Matt grimaça, il n’avait jamais envisagé la situation comme ça. Pour lui, Jack était celui qui perturbait sa relation avec sa mère et non pas l’inverse. Cette vision des choses faisait naître une sensation inconfortable au creux de son estomac.
Il ressentait pleinement l’amertume de son jumeau, à l’idée que la femme qu’il aimait plus que tout ait partagé le lit de quelqu’un d’autre et il ne voulait surtout pas imaginer ce qu’il ressentirait s’il avait dû affronter ça avec Shaori.
- Elle n’a pas arrêté de me reprocher mes fringues et ma coupe de cheveux, ni de me bassiner avec mes pompes, indiqua-t-il pour changer de sujet.
- Elle n’a pas vraiment tort de ce côté-là, commenta Chuck avec un regard navré pour son jumeau.
La maîtresse de maison invita chacun à passer à table et les convives se répartirent joyeusement autour des mets préparés par le traiteur. La discussion allait bon train et quelques échanges des plaisanteries fusèrent de ci, de là. Chacun s’appliquant à oublier les sujets sensibles des nouvelles réalités pendant un court moment de répit.
Le dessert à peine terminé, Chuck apostropha sa mère dans la cuisine où elle se resservait un verre de vin.
- As-tu eu des nouvelles de Bart ? s’enquit-il
- Non, pas la moindre depuis ton expropriation. Et toi ?
- Il a juste bloqué tous les comptes off-shore qu’il avait mis à mon nom. Quelques-uns étaient encore ouverts depuis sa résurrection. Il avait déjà reprit tout le reste.
- Est-ce que ça va aller pour toi ? questionna-t-elle, un peu inquiète.
Chuck avait toujours grandi dans le luxe et n’avait jamais eu qu’à claquer des doigts pour obtenir tout ce qu’il désirait, en ce qui concernait les biens matériels du moins.
- Comment envisages-tu l’avenir maintenant ? Bart ne va surement pas revenir sur ses propos d’hier.
- Luke Looming, un promoteur canadien que j’ai rencontré il y a deux ans, m’a recontacté la semaine passée pour me proposer un projet à Toronto. Je ne m’y étais pas encore intéressé de trop près, mais j’ai un peu étudié le dossier ce matin et ça pourrait être pas mal pour commencer quelque chose. Bien entendu ça n’a rien à voir avec les possibilités pharamineuses de BI, mais je n’ai pas beaucoup d’autre choix.
- Serena m’a rapporté que tu avais mis toutes tes liquidités dans la dote de Blair, souligna Lili.
Chuck tenta un pauvre sourire, elle était au moins la troisième personne à lui faire cette remarque depuis la veille.
Il savait parfaitement que c’était pratiquement un suicide au point de vue de sa fortune personnelle quand il avait signé le chèque à la famille Grimaldi, mais il n’aurait pas supporté de la voir malheureuse, mariée à ce type.
Il avait pu le cautionner, et même l’accepter, lorsque ça la comblait de bonheur, mais pas quand c’était devenu une prison pour elle. Il ne pouvait pas se résoudre à la voir dans une cage, même dorée.
Des barreaux restent des barreaux quand bien même ils sont en or. Il était prêt à aller en enfer pour elle et c’est ce qu’il avait choisi quand il l’avait laissé s’envoler pour qu’elle aille se poser dans les bras d’Humphrey.
- J’ai tout de même un capital de départ, expliquât-il, pour éviter que ces autres pensées ne reviennent à la charge. J’ai pu me renflouer un peu depuis le paiement et j’ai gagné pas mal à Monaco. Je vais essayer de trouver des associés, où des investisseurs potentiels qui voudraient miser sur moi.
- Si je pouvais, je t’aiderais mais ton père me mène la vie dure à moi aussi depuis que j’ai décidé de faire aussi dissoudre notre mariage. Il a fait saisir tous les comptes qu’on avait en commun et que je n’avais pas eu la prévoyance de faire modifier après sa mort. Evidemment, je n’avais jamais imaginé qu’il viendrait me réclamer quoi que ce soit.
Chuck grimaça, il n’avait pas réfléchi au fait que Bart s’en prendrait également à Lili financièrement parce qu’elle refusait de signer la révocation d’adoption.
- Heureusement, j’ai réussi à récupérer l’argent de l’héritage de ma mère.
- Peut-être aurais-tu mieux fait de signer les papiers tout compte fait, regretta-t-il pour elle, l’évidence lui sautant tout à coup aux yeux.
- Pas pour tout l’or du monde, dit sa mère adoptive en posant une main sur son épaule. Tu représentes bien plus que toute la fortune de Bart Bass pour moi, je regrette juste qu’il ne comprenne pas que son trésor, c’est toi.
Elle l’enlaça tendrement et il lui rendit son étreinte.
- Merci, souffla-t-il tout bas.
- De quoi ? s’enquit Lili en s’écartant de lui pour le regarder dans les yeux.
- D’avoir accepté d’être ma mère, sourit-il faiblement, plein de reconnaissance.
Elle sentit la caresse de sa main contre sa hanche avant d’ouvrir les yeux et un sourire éclaira son joli minois. Elle se pelotonna un peu plus contre lui et noua ses phalanges aux siennes avant de porter sa main à ses lèvres.
- Je t’aime Waldorf, susurra-t-il dans le creux de son cou, avant d’y glisser sa langue.
Elle frémit de plaisir et se retourna dans ses bras.
- Je t’aime Bass et il me tarde d’entendre ces mêmes mots dans ta bouche.
Il carra la mâchoire.
- Chuck ! le prévint-elle.
- Je sais que tu ne veux pas aborder le sujet mais ce serait sans doute mieux …
- Si tu oses finir ta phrase, je te jure que je ne porterai jamais tes enfants parce que tu n’auras plus la possibilité d’en avoir.
- Juste le temps que je puisse avoir quelque chose à t’off …
- Tu as quelque chose à m’offrir et c’est toi, je me fiche du reste, le coupa-t-elle à nouveau.
- Blair Waldorf se fiche de vivre dans un appartement miteux avec un mari qui ne pourrait même pas subvenir à ses besoins ? s’insurgea-t-il, acerbe.
- Primo, je ne vivrai jamais dans un appartement miteux, mais dans le plus beau, le plus lumineux et le plus spacieux de tout Manhattan, parce que c’est ce que tu m’as promis. Secundo, mon mari aura plus que les moyens de subvenir, non seulement à tous mes caprices de Reine, mais aussi à ceux de nos innombrables enfants.
- Et puis-je connaître le nom du petit veinard qui aura le privilège de t’épouser ? ironisa-t-il, toujours mordant. A moins que tu ne comptes faire travailler nos enfants pour nous faire vivre ?
- Idiot, s’agaça-t-elle en l’embrassant pour le réduire au silence.
Depuis un mois qu’il avait emménagé avec elle, il ne cessait de remettre le report de leur mariage à une date ultérieure sur le tapis.
- Sérieusement Blair, je veux pouvoir t’offrir ce qui est digne de toi et…
- C’est toi. Je me fiche d’avoir un grand mariage, ou de devoir vivre dans un appartement à…
- Brooklyn ! la coupa-t-il.
- Je m’y suis perdue une fois, mais si tu y tenais ma main, j’y serais chez moi.
- Blair ! s’agaça-t-il à son tour.
- On ne changera pas la date de notre mariage, tu entends ! Et on ne finira jamais à Brooklyn, s’écœura-t-elle. Parce que tu es le meilleur des meilleurs et que tu vas faire pour nous, exactement ce que tu as fait pour l’héritage de Bart. Tu es l’homme le plus puissant et le plus persuasif que je connaisse, et aussi le plus perspicace et le plus pugnace.
- Blair, soit réaliste, Même Looming ne me recontacte plus.
- Il t’a fallu tout ça pour que je tombe amoureuse de toi. Est-ce que tu veux dire que tous ces promoteurs immobiliers et autres investisseurs potentiels sont plus faciles à conquérir que Blair Waldorf ? s’offusqua-t-elle faussement.
Il sourit à sa tirade plagiée.
- Alors si tu oublies encore qui tu es, rappelle-toi que je suis Blair Waldorf et que je t’aime. Et Blair Waldorf ne se contente pas du fond du panier, elle ne s’intéresse qu’à la crème de la crème, et ça, c’est toi, finit-elle en l’embrassant.
Il rendit les armes et répondit à son baiser brûlant par un autre, laissant courir ses mains sur sa peau douce.
- Je t’aime, susurra-t-elle contre son oreille, je veux devenir ta femme le jour exact où tu m’as dit que tu m’aimais aussi pour la première fois, c’est important pour moi. Tu comprends ?
- Je comprends, c’est juste que…
- Je sais, souffla-t-elle tout bas en posant son front contre le sien, encadrant sa mâchoire de ses mains fines et délicates.
Il ferma les yeux un instant.
- Je sais que c’est difficile pour toi en ce moment, mais tout finira par s’arranger tu verras.
- Comment peux-tu en être aussi certaine ? Mon père …
- Parce que j’ai foi en toi, le coupa-t-elle avant de frôler ses lèvres.
Il lui rendit son baiser tout en tendresse.
- On va traverser tout ça, ensemble, alors ne m’abandonne pas sur le bord du chemin. Parce que j’ai besoin de toi, reprit-elle encore. Pour tout t’avouer, je suis même plutôt ravie de la tournure de la situation pour l’instant. C’est très égoïste de ma part, je le reconnais, mais je ne sais pas comment je gérerais ma mère si tu n’étais pas là. La fashion week, ce n’est rien à côté d’elle qui n’arrête pas de se plaindre et de gémir sur son sort, en plus de tyranniser tout un chacun qui croise son chemin à WD. Je l’ai même surprise à tenter des esquisses il y a trois jours. Je ne sais pas comment tu fais, mais quand tu es là, elle est beaucoup moins ronchonne. Et elle apprécie à sa juste valeur tout ce que tu fais pour nous.
- Je ne fais rien d’extraordinaire. Il faut bien que j’occupe mon temps, sinon je vais devenir fou, soupira-t-il en se replaçant sur son dos.
Ça faisait un peu plus d’un mois qu’il tournait en rond maintenant. Le projet qu’il avait ébauché avec Jack n’était plus qu’un lointain souvenir et tous les contacts qu’il avait encore jusqu’à dernièrement s’étaient mystérieusement volatilisés comme par magie.
Celle de Bart Bass, bien entendu. Il n’avait fallu que deux jours à peine pour que ses déboires soient rendus public et que toutes les personnes qui vacillaient de son côté ne s’évanouissent dans la nature, laissant ses appels et ses messages lettre morte.
Son père menait une offensive de premier ordre contre lui. Plus aucun de ses contacts quel qu’il soit n’osait, même faire le moindre mouvement qui aurait pu laisser penser à une relation quelconque avec l’ex-héritier de BI, que ce soit d’ordre professionnel ou personnel. Il était devenu un véritable paria à présent.
Chuck n’avait plus que ses comptes personnels comme unique ressource. Il en était quasiment réduit à vivre au crochet des Waldorf et ce n’était pas pour lui plaire.
Bon, c’était un peu exagéré, c’est vrai ! Il n’était pas non plus, ce qu’on pouvait communément appeler, dans la misère, mais il ne voyait pas de possibilité d’avenir dans l’immédiat et il fallait qu’il trouve une solution rapidement parce qu’il ne tolérerait pas cette situation indéfiniment.
Il était loin de devoir aller dormir sous les ponts seulement la proposition de sa fiancée était difficilement refusable. Elle se serait vexée s’il avait préféré une chambre d’hôtel à la sienne.
Qui plus est, il n’avait pas envie de s’installer dans un endroit anonyme. Il avait pu apprécier la vie de la famille Waldorf-Rose depuis Paris et il devait reconnaître que c’était très agréable de se retrouver parmi des gens qui l’accueillaient comme s’il était des leurs.
La moindre des choses, c’était de retrousser ses manches et d’épauler la femme qu’il aimait. Il n’aurait jamais tenu le coup sans elle. Et elle jouait sa première carte avec ce défilé. La nouvelle de sa succession à la tête de WD avait fait le tour du monde de la mode lors du défilé de Paris et la pression était énorme.
Même si Eléanor était toujours là, tous les regards étaient tournés vers celle qui dirigerait à l’avenir la maison Waldorf. Et la fondatrice était, c’est vrai, encore plus à cran que les autres années. C’était un virage important qui se devait d’être négocier en douceur.
Il partageait parfaitement, en ce moment, cette sensation de dégoût et de fureur face à l’impuissance qu’elle ressentait, prisonnière de son plâtre. En incapacité totale de se défouler sur ses crayons et ses croquis quand le stress augmentait. Il en était exactement au même point même si ces entraves n’étaient pas physiques.
Ils se levèrent et s’habillèrent à peine une heure plus tard. Blair avait une réunion dans la matinée pour finaliser les détails de la fashion week qui arrivait à grands pas.
Il passa ses mains sur son visage avant de descendre les escaliers et de croiser Dorotha dans le hall.
- Bonjour Monsieur Chuck, sourit l’employée.
- Bonjour Dorotha, dit-il en attrapant son manteau.
- Vous partez sans manger ? s’enquit-elle.
Elle commençait à s’inquiéter pour le jeune homme qui tournait comme un lion en cage depuis son emménagement. Fier comme il était, la situation devait être insupportable, en plus du fait d’avoir vu sa relation avec son père réduite à néant.
- Je prendrai mon petit-déjeuner ailleurs, répondit Chuck en s’engouffrant déjà dans l’ascenseur.
Il devait voir Vic, qui voulait lui présenter une idée de projet qu’elle avait en tête depuis un petit temps déjà. Mais elle n’avait aucun contact, elle non plus, son père la maintenant délibérément loin de BO. Et puis, qui aurait pris une gamine de 18 ans au sérieux parmi les investisseurs potentiels ?
Le jeune Bass connaissait cette situation pour l’avoir vécue et cela ne pouvait pas faire de mal de jeter un œil. Au contraire, cela lui occuperait l’esprit et connaissant sa petite sœur, ce pouvait être très intéressant.
Chuck répondit d’un signe de tête à la salutation de Vanya qui l’accueillit à l’entrée du Plazza Hôtel.
- Madame Rhodes, vous attends, indiqua le portier.
Cette information était totalement inutile, il n’ignorait pas que sa mère adoptive l’attendait, ni qu’elle avait officiellement repris son nom de jeune fille. Mais le jeune homme sourit intérieurement à la façon dont le couple de domestique tentait d’être au petit soin pour lui.
Dorotha passait son temps à s’assurer qu’il ne manquait de rien et essayait de le rassasier quotidiennement de pancakes à la myrtille, ses préférés, ou encore de muffins ou de crêpes, ou de tout un tas d’autres gourmandises qu’elle préparait de ses propres petites mains potelées.
Pas étonnant que Blair ait développé une trouble alimentaire lorsqu’elle était plus jeune. Tout le monde aurait eu une telle relation malsaine avec la nourriture si le remède de Dorotha pour prendre soin des personnes qu’elle affectionnait était le gavage systématique.
S’il n’y prenait pas garde et la laissait faire, il finirait en surpoids à ce train-là. B l’avait averti que la bonne femme voudrait le chouchouter comme un coq en pâte mais il n’avait pas vraiment saisi ce que ça signifiait avant de l’avoir expérimenté.
Néanmoins, il appréciait le dévouement et l’attention de l’employée polonaise. C’était curieux pour lui d’être materné comme s’il était un enfant malade, spécialement quand il n’avait jamais été materné dans son enfance, souffrant ou non.
Bart n’était pas du genre à s’apitoyer, il se souvenait de la fois où il était tombé du vélo de Nate quand il avait cinq ans.
Le Capitaine avait appris à son fils comment se débarrasser des petites roues et Chuck voulait en faire autant. Son meilleur ami avait donc entreprit de le lui enseigner dans le jardin à l’arrière de la demeure des Vanderbilt. Mais le chemin recouvert de gravillons n’étaient pas le meilleur des endroits pour une telle leçon et le petit Bass s’était retrouvé avec les genoux complètement écorchés.
Son père était furieux lorsqu’il était venu le récupérer, obligé d’écourter son week-end de travail, c’était la toute première fois qu’il avait vu cette déception et cette honte de lui dans son regard.
Il lui avait fait la morale pendant tout le trajet du retour, le sermonnant sur le fait d’être un incapable et lui reprochant d’être une petite fille car, les vrais hommes, ça ne pleuraient pas.
Après ça, son fils avait redoublé d’effort pour maîtriser le pédalier, mais Bart n’avait jamais eu l’occasion de le voir à l’œuvre.
C’est Eric qui l’accueillit dans l’appartement. Les relations étaient moins tendues entre eux depuis la petite « réunion familiale » du mois précédent.
- Chuck, dit le jeune blondinet avec une pointe de sourire aux lèvres. Ma mère est dans le bureau, elle a demandé que tu l’attendes au salon.
Le brun nota de la tête et déboutonna le bouton de son blazer pour prendre place sur le canapé tandis que le plus jeune grimpait les escaliers pour prévenir Lili.
Sur le chemin opposé, il se demanda s’il devait mettre leur visiteur en garde contre ce qui l’attendait. Mieux valait sans doute ne pas se mêler de ça et laisser sa mère gérer la situation. Pourtant, fut un temps où il ne se serait pas même posé la question.
Il observa un instant son frère adoptif depuis le palier supérieur. Ils avaient été très proches à une époque, si proches que c’est même à lui qu’il avait fait son coming-out en tout premier lieu. Parce qu’il savait que son nouveau grand frère ne le jugerait pas. Il était Chuck Bass.
Eric se demanda un instant ce qui restait de ce garçon totalement blasé et indifférent aux regards des autres, en apparence, à présent. La vie et la famille Humphrey s’étaient chargées de les séparer depuis un certain temps et il avait du mal à savoir comment se positionner face à ce frère adoptif qui ne faisait plus vraiment partie de sa famille pour lui.
Pourtant, ce n’était pas le cas pour sa sœur et sa mère, qui elles avaient resserré le lien avec l’ex-héritier Bass. Maintenant que les relations familiales avaient à nouveau changées et que les habitants de Brooklyn étaient retournés de leur côté du pont, il se sentait un peu seul et il regrettait la détérioration de la relation qu’ils avaient commencée à bâtir il y a plusieurs années. Est-ce que c’était la même chose pour lui ?
Eric vit Chuck consulter sa montre puis sortir son BlackBerry de sa poche et composer un numéro.
- Allo, ici Chuck Bass, pourrais-je parler à Monsieur Looming ?
- …
- Vous savez quand il sera disponible ?
- …
- J’ai déjà laissé un message ! s’énerva-t-il
- …
- Oui, faites donc ça ! Il a déjà mes coordonnées et il sait parfaitement à quel propos.
Le jeune homme brun jeta le smartphone sur la table basse devant lui et pressa le bas de ses paumes sur son front pour se concentrer. La nouvelle de sa répudiation par le Big Boss avait fait le tour de la planète immobilière en moins de trois jours.
Lorsqu’il entendit les pas de Lili, il se redressa pour afficher plus de prestance et un sourire sur son visage, inutile de l’inquiéter d’avantage. Elle lui avait demandé de passer cet après-midi et il craignait que ce ne soit pour lui annoncer que son père avait trouver un nouveau moyen de faire payer à son ex-femme son affection pour son ancien héritier.
Il se leva pour embrasser sa mère et remarqua une note d’appréhension dans le regard de celle-ci.
- Charles, tu vas bien ? s’enquit-elle en relâchant son étreinte.
- La vie au penthouse Waldorf est plus que confortable, répondit-il pour déjouer la question. Et toi ? Est-ce que Bart te fait d’autres misères ?
- Non, pas pour l’instant. Nos avocats se battent en duel à notre place. Ce n’est pas pour ça que je t’ai demandé de venir aujourd’hui.
Un petit sourire pincé et un peu gêné se forma sur ses traits, elle ôta ses lunettes et les posa sur le bar. Elle servit deux verres d’alcool et en posa un devant lui, avant de s’asseoir et de prendre une gorgée du sien.
Chuck l’imita, ça ne lui disait rien qui vaille.
- En fait, reprit-elle en cherchant ses mots, une personne est là-haut, elle est venue me voir et m’a demandé d’intercéder en sa faveur auprès de toi.
Le jeune homme avala une autre lampé dans le silence, la laissant poursuivre. Qui pouvait bien avoir besoin de l’intervention de Lili pour faire office d’intermédiaire ?
- Ta mère…
Chuck se leva d’un bond, imité de près par Lili.
- TU es ma mère, s’insurgea-t-il.
- Oui, c’est vrai, bien sûr, mais je ne suis pas la seule.
Il reposa son verre sur la table pour quitter la pièce mais elle posa une main sur son épaule et se plaça face à lui.
- Elle n’en reste pas moins ta génitrice.
- Ça ne fait pas d’elle ma mère pour autant.
- Je sais. Et je sais aussi qu’elle ne s’est jamais comportée comme telle avec toi, mais… malgré tout ce qui s’est passé, ou ne s’est pas passé, entre vous, elle tient à toi, bien plus que tu ne le penses. Elle est venue me voir pour me demander de l’aide et crois-en ma parole, ce n’est pas une chose facile pour une mère, dit doucement Lili en le regardant dans les yeux.
Elle pouvait voir les sentiments qu’il tentait de contenir à l’intérieur de lui.
- La seule mère que j’ai jamais eu, c’est toi, marmonna Chuck. Elle n’est rien pour moi.
- Tu peux te le répéter des centaines de fois, ou autant que tu le voudras, à voix haute ou non, mais tu sais que ce n’est pas vrai, là, où c’est le plus important, répondit Lili en apposant ses doigts sur le côté gauche de la poitrine de son fils adoptif.
Il ferma à demi les paupières.
- Je ne peux pas, souffla-t-il en secouant légèrement la tête.
Elle passa ses bras autour de lui pour l’enlacer avant de caresser ses cheveux d’une main maternelle.
- Je ne peux pas, répéta-t-il tout bas.
- Je comprends, lui assura-t-elle en l’enserrant plus fort. Personne ne peut t’obliger à faire un pas vers elle. C’est à toi de décider, quand tu seras prêt.
Ella s’écarta et effleura son visage de sa paume avec un sourire compatissant et compréhensif.
- Je vais lui demander de partir.
Il acquiesça avant de quitter la pièce.
Le 10 septembre était arrivé bien trop vite. Blair avait revu des dizaines de fois l’enchainement des passages avec sa mère. Maintenant, elle comprenait pourquoi Eléanor faisait renouveler sa prescription de Xanax dès le mois d’août.
Malgré toute la préparation possible, tout pouvait arriver le jour du défilé. Les modèles avaient été répertoriés et étiquetés par ordre, elle avait personnellement revérifié le travail d’Amanda.
Les maquilleuses et les coiffeuses étaient là depuis l’aurore et chacune avait reçu une fiche avec son emplacement suivant l’ordre chronologique des catégories.
- Tout sera parfait, la rassura Chuck en passant ses bras autour de sa taille.
Il déposa un baiser sur son épaule et frotta son bras de bas en haut.
- Les fleurs, s’exclama-t-elle. Est-ce que quelqu’un a pensé à revérifier les couronnes et les assortiments dans le hall ?
- Ta mère s’en est occupé.
- les petits fours ?
- Le traiteur à tout livré, Dorotha veille au grain.
- Le champagne ?
- Au frais, attendant d’être débouché.
- Le podium ?
- le chef de chantier a fini le placement des décors et à refait un tour général. Il n’y aura aucun accident à déplorer.
- La sono ?
- Vérifier par mes soins avec le technicien, on vient de finir les essais. Tout va se dérouler sans aucun accro, dit-il en la faisant pivoter sur elle-même.
Il emprisonna son visage dans ses mains et l’embrassa délicatement sur les lèvres.
- Ils vont être éblouis et ils te mangeront dans le creux de la main.
- Pourvu que tu aies raison, soupira-t-elle.
- Je suis Chuck Bass, argua-t-il.
Ça lui valut un baiser tendre sur la joue.
- Où est ma mère ? s’inquiéta-t-elle tout à coup.
- Je vais la chercher, elle doit être en train de martyriser la pauvre Amanda dans l’alcôve où sont triés les accessoires. Maintenant, détends-toi et respire.
Elle lui sourit en retour et insuffla à pleins poumons. Il ne restait plus qu’à donner le coup d’envoi.
Chuck trouva Eléanor, occupée à réarranger l’encolure plongeante et torsadée d’un modèle, comme elle le pouvait, de sa main valide et du bout des doigts de sa main droite.
Le jeune-homme s’éclaircit la gorge pour signaler sa présence.
Elle releva la tête prise en faute comme une gamine.
- Oh ! C’est toi ! s’exclama-t-elle, soulagée.
- Votre fille vous attend pour accueillir les VIP, dit-il simplement, un petit sourire aux coins des lèvres.
- J’arrive, dès que j’aurai réussi à remettre ce truc en place, grommela Eléanor en tentant de passer le bout de tissu chamarré au-dessus de sa tête, tout en le pliant avec élégance.
Son future gendre lui prit l’étole des mains et la renoua correctement dans sa nuque.
- Merci, dit-elle.
- Motus et bouche cousue, ironisa-t-il.
- Pour ça et pour tout le reste, ajouta-t-elle.
- Ce serait plutôt à moi de vous remercier pour m’avoir accueilli sous votre toit depuis plus d’un mois.
- Si tu n’avais pas été là rien de tout ceci ne serait possible aujourd’hui … et je ne parle pas de l’organisation de ce défilé ! Ce que tu as fait pour notre famille … on ne pourra jamais te rendre la pareille, dit-elle avec un sourire mais sur un ton sans appel.
Il acquiesça d’un mouvement de tête et la regarda s’éloigner la tête haute, avec toute la fierté et la prépondérance qui émanait de chaque pore de sa peau.
Chuck rebroussait son chemin à travers les portiques chargés de vêtements et les tables de maquillage pour rejoindre sa fiancée à l’ouverture des portes quand, du coin de l’œil, il perçut une ombre familière dans le reflet d’un miroir.
Son sang ne fit qu’un tour lorsque son regard croisa des pupilles qu’il n’avait aucune envie, et n’aurait pas dû, croiser en ce lieu.
La jeune fille aux yeux clairs tenta de s’éclipser.
- Eh là ! Pas si vite ! cria-t-il en attrapant le bras de la rouquine qui n’en n’était pas une.
Georgina haleta et se débattit pour le faire lâcher prise mais les doigts du brun restèrent agrippés.
- Qu’est-ce que tu as fait ?
La jeune fille lui fit un sourire angélique en retirant sa perruque.
- Tu le découvriras bien assez tôt.
Il jeta un œil autour de lui pour évaluer quels dégâts elle aurait pu occasionner alors que le show n’avait pas encore commencé.
Elle en profita pour s’esquiver, son sac serré dans ses bras.
Quelque chose tinta à l’intérieur de la toile au moment où il vit une des coiffeuses se saisir d’une bombe de laque pour figer le travail qu’elle venait de réaliser.
- NON ! hurla Chuck en arrachant l’atomiseur des mains de la pauvre fille qui prit peur.
Il observa la bombe un instant.
- Ce n’est pas la marque des produits utilisés par le fournisseur de Blair !
Une petite pulvérisation sur une serviette éponge provoqua un nuage bleu dans l’air ambiant et le tissu devint instantanément indigo.
La jeune coiffeuse se décomposa et pleura en expliquant qu’elle utilisait uniquement ce qui lui avait été procuré.
- Ramassez et vérifiez tous les flacons sans exception, ordonna Chuck au staff qui s’était réuni autour de lui, avant de se lancer à sa poursuite dans la direction où Georgina avait disparue.
En sortant par la porte de derrière, il l’aperçut grimper dans une camionnette blanche. Il enregistra l’immatriculation dans son répertoire et retourna à l’intérieur pour s’assurer que la situation était maîtrisée et qu’aucun dommage n’était à déplorer.
- Ne lui dites rien ! commanda-t-il en voyant Blair débarquer, accompagnée de sa meilleure amie, dans l’aire de préparation des mannequins.
Il lui parlerait de ça plus tard, quand tout ça se serait terminé le mieux du monde pour la maison Waldorf.
Chuck se glissa derrière sa sœur adoptive pendant que B faisait un tour d’inspection et lui murmura quelques mots à l’oreille.
Serena pâlit, avant que le rouge ne lui monte aux joues, puis nota et prétexta à la brunette un problème quelconque à l’arrière-scène.
- J’ai retrouvé les produits originaux, au fond, sous une boîte d’accessoires, indiqua Amanda au jeune homme en soufflant.
- Assurez-vous de leur contenu avant de les utiliser, conseilla-t-il avant de rejoindre sa fiancée qui se tenait aux côtés de sa mère, derrière le rideau d’entrée du podium.