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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 01.08.2012 à 13h26
Auteur : katido
Statut : Terminée
« La vie n'est pas un long fleuve tranquille ! » katido
Cette fanfic compte déjà 101 paragraphes
Le défilé était un succès complet mais Chuck restait vigilant. Il gardait l’œil ouvert et patrouillait régulièrement dans les coulisses pendant que Serena tenait compagnie à Blair, qui exerçait son regard d’aigle au moindre défaut qui aurait pu se présenter sur le podium, aux côtés d’Eléanor.
- C’est ici que tu te caches ?
Le jeune homme eut la surprise de voir son double s’avancer vers lui.
Blair leur avait envoyé des invitations à tous mais il ne s’attendait pas à ce que Matt débarque à un défilé haute-couture.
- Serena m’a indiqué le chemin, sourit-il.
- Tu t’es perdu ? Ou tu as enfin décidé d’améliorer ton style vestimentaire ? le chambra Chuck.
- Aucune chance de ce côté-là, railla Matt.
- Je ne savais pas que vous deviez venir.
- Ce n’était pas prévu non, mais Vic à tanner Shaori jusqu’à ce qu’elle craque.
- Où est ton fils ?
- Chez les Waldorf avec Dorotha. Elle était ravie qu’Anna ait un compagnon de jeu pour l’après-midi. Je voulais te voir et Hugo n’arrêtait pas de réclamer Monkey, je crois que je vais être obligé d’acheter un chien quand on rentrera à Melbourne, grimaça-t-il.
- Tu voulais me voir pour quelque chose en particulier ?
- J’ai quelque chose pour toi, dit l’Australien en lui tendant une enveloppe.
- Qu’est-ce que c’est ? demanda son jumeau.
- Tous les chèques que tu as faits pour les semaines qu’on a passées dans cet hôtel en dépit de ce que je t’avais dit chez Lili et un petit bonus qui te revient de droit.
- Matt… commença Chuck.
- Inutile de discuter, je suis parfaitement capable d’honorer mes factures.
- Je n’ai pas dit le contraire, mais je vous ai invité.
- Non, si je suis venu, c’est parce que je tenais absolument à voir cette enflure et le résultat a été plus que catastrophique.
- Ce n’est pas ta faute, je te l’ai déjà dit.
- Ce n’est même pas la question, expliqua Matt qui se sentait pourtant bien fautif.
- Je n’ai pas besoin que tu me fasses l’aumône…
- Moi non plus ! C’est pour ça que je te rends ce qui est à toi.
Il fourra l’enveloppe dans la main de son jumeau.
- Ecoute, cette idée que vous vous faites tous qu’on n’a pas de fric parce qu’on traine en jeans et en T-shirt, franchement c’est débile. En ce moment je suis plus riche que toi, je te signale. As-tu seulement la moindre idée de ce que gagne un surfeur en pro-ligue ? Sans parler des cadeaux des sponsors et des prix à chaque fois que l’on remporte une épreuve éliminatoire.
L’ex-héritier Bass n’avait jamais réfléchi à cette question. Jusqu’ici, l’argent n’avait jamais été un problème et il considérait naturellement qu’il était plus avantagé que son cadet de ce côté-là.
- Je suis ton frère et je veux t’aider, ce n’est pas de la charité, je suis certain que tu ferais pareil si le cas inverse se présentait.
Matt désigna ce qu’il venait de lui remettre et Chuck découvrit un numéro de compte bancaire agrafer à ses chèques.
- C’est mon fond de placement, celui qu’il a alimenté jusqu’à sa soi-disant mort. Il est plutôt bien fourni. Je n’y ai jamais touché parce que ça m’était impossible avant ma majorité et que je n’en n’ai jamais eu besoin depuis. Je pensais que cet argent venait du père de maman et je voulais le laisser pour Hugo. Mais je suis sûr que dans tes mains, les petits billets vont se démultiplier.
Une sensation étrange assaillit Chuck en pensant à ce que son frère était prêt à faire pour lui venir en aide.
- Non, je ne peux pas accepter ça, indiqua-t-il en secouant la tête. C’est ta part, c’est tout ce qu’il t’a donné.
- Et j’en fais ce que je veux, au moins ça, il ne peut pas le reprendre et franchement, imaginer sa tête quand il saura à quoi il a servi, rien que pour ça, ça vaut le coup. Sans compter que tu es un homme d’affaire redoutable, contrairement à moi.
- Je ne peux pas accepter, c’est pour ton fils.
- Avec l’argent de la famille de Shaori et celui de mon assurance, Hugo n’aura aucun problème de ce côté-là. Il pourra faire et devenir tout ce qu’il veut. Les sportifs professionnels ne sont pas aussi stupides que tout le monde semble le croire. Notre carrière est bien gérée et nos agents veillent au grain. On sait tous qu’il y a des risques et que le laps de temps est relativement court. Dans mon cas, elle a été fulgurante, mais Roby, mon agent, c’est un super type. Il a pris soin de moi, c’est même lui qui m’a retrouvé ce boulot de prof, mais c’est surtout parce qu’il sait que je vais devenir complètement barge si je reste là à ne rien faire.
Chuck le dévisagea un instant, un reflet brillait dans les yeux de son jumeau et il serrait les dents. Ce n’était pas un sujet qu’il abordait de gaité de cœur. D’ailleurs il l’avait soigneusement omis jusqu’ici.
Blair lui avait vaguement parlé d’un accident mais il n’avait pas compris que c’était ce qui avait mis fin à la carrière sportive de son frère.
- Je suis certain que c’est ton cas en ce moment, tu dois tourner en rond comme un lion en cage. Alors, s’il te plait, prend le et tu n’as qu’à faire ton truc là et nous faire gagner plein de fric à tous les deux, dit Matt sans vraiment le regarder.
- Qu’est-ce qui s’est passé au juste pour que tu arrêtes le surf en professionnel ? demanda doucement Chuck.
Son double carra à nouveau la mâchoire et fixa un point loin devant lui, avant d’hausser les épaules en signe d’impuissance.
- Un accident à la con, à cause d’un débile qui n’a pas été capable de lire les panneaux marins de signalisation. J’ai de la chance d’être encore sur mes deux jambes et même de m’en être sorti tout court. Je suis resté comateux pendant près d’une semaine avant d’ouvrir enfin les yeux. Ensuite, j’ai regardé les dernières sélections de décembre depuis mon lit d’hosto. Shaori n’arrêtait pas de me dire que je me torturais pour rien mais je ne pouvais pas m’en empêcher. J’aurai pu, j’aurai dû, être sur le podium pour les fêtes de fin d’année et non pas en rééducation, maugréa Matt, la voie remplie d’émotions contenues.
- Tu étais dans le coma en décembre ? s’estomaqua son jumeau, une sensation des plus étranges prenant lentement possession de son corps tout entier.
Matt se tourna vers lui en entendant le son de sa voix, presque tremblante.
- Est-ce que tu vas bien ? s’inquiéta-t-il en remarquant le visage de cendre de Chuck.
- On a eu un accident, avec Blair, début décembre de l’année dernière. Elle a perdu son bébé et j’ai bien failli y rester, articula-t-il aussi distinctement qu’il le pouvait malgré la sensation qui lui brûlait la gorge. Je suis resté inconscient pendant un long moment, moi-aussi.
Matt sentit un picotement se répandre dans chacun de ses membre et courir le long de sa colonne vertébrale pour remonter vers sa nuque.
- Comment c’est arrivé ?
- On voulait s’enfuir tous les deux avant le mariage de Blair, les paparazzis nous ont pourchassés jusqu’à ce que la voiture fasse une embardée. Les freins de la voiture étaient trafiqués. C’est Nate qui était visé. Encore un truc abracadabrant, expliqua succinctement Chuck.
Il ferma un instant les paupières pour chasser ce moment horrible qui repassait devant ses yeux. Il ne savait pas ce qui était le plus atroce, l’accident en lui-même où le fait qu’elle ait disparu à son réveil.
- C’est arrivé quand ? voulut encore savoir Matt.
- Le 6 décembre et toi ?
- Le 3, juste avant les derniers éliminatoires, grimaça l’Australien.
- Tu t’en es sorti, c’est ce qui compte non ?
- C’est ce que je me répète tous les jours en tout cas, dit son jumeau sur un ton pas tout à fait convaincu. Tu as gardé des séquelles ?
- Non, répondit Chuck. A part Bart qui est revenu d’entre les morts pour me sauver la vie. Et maintenant, il n’aspire plus qu’à la ruiner.
- Au moins il est revenu pour toi…
- En fait, ce n’est pas vraiment pour ça qu’il est revenu, intervint la voix de leur oncle.
Les jumeaux pivotèrent en même temps pour lui faire face, Elisabeth était à ses côtés.
- Comment êtes-vous arrivé jusqu’ici ? cria Chuck, le regard brûlant de fureur.
- Je suis venu en paix, précisa Jack en levant les mains. Vic nous a donné son laissé-passé.
- Bart ne t’a pas sauvé, dit leur mère en s’adressant au fils qu’elle avait abandonné. Ce n’est pas ta vie qui a été sauvée.
Matt se figea, un mal-être tout entier s’emparant de lui
- Quand tu as eu ton accident, reprit Elisabeth en regardant celui qui avait grandi avec elle, le médecin a décelé un problème sanguin, conséquent à la réaction de ton métabolisme avec certains médicaments contraires. Le moyen le plus rapide pour t’aider à guérir et te sauver, c’était le don de moelle osseuse. Mais je n’étais pas compatible et Vic non plus.
- Quand à moi, j’étais hors-jeu à cause de mon hépatite, continua leur oncle. Je savais que Diana avait fait une brève réapparition à Manhattan peu avant …
- Qu’est-ce qu’elle à avoir la dedans si ce n’est pas en rapport avec la disparition de Bart ? le coupa Chuck
- Qui est Diana ? demanda Matt.
- La maquerelle qui s’est fait passer un temps pour ma mère, répondit son frère.
L’Australien y perdait son latin dans toutes ces histoires mais il se rappela de ce que Blair lui avait raconté à propos du retour de son père décédé parmi les vivants et des subterfuges utilisés pour faire croire à sa disparition le plus longtemps possible.
- Diana débutait ses études de médecine quand Elisabeth vous a donné naissance, reprit Jack. Elle n’a pas vraiment réussi mais elle a toujours eu un don pour être au bon endroit au bon moment. C’est grace à Bart qu’elle est devenue hôtesse pour un club très fermé de gentlemen. Elle n’a jamais regretté de ne pas avoir poursuivi dans la voie médicale.
- Tu m’en diras tant ! glapit Chuck
- Je l’ai appelée pour qu’elle te ramène avec elle en Australie et elle m’a dit qu’elle ferait le nécessaire. Sauf que quelques heures plus tard, elle m’a informé que toi aussi, tu avais eu un accident. Elisabeth était effondrée.
- C’était vraiment pas de chance, ironisa Chuck, cynique.
- Je m’inquiétais aussi pour toi, lui assura-t-elle. Le docteur a expliqué que c’était courant chez les jumeaux que des évènements similaires leur arrivent pratiquement au même moment sans qu’aucune science ne puisse l’expliquer.
- Sûr, mais comme je n’étais pas en état de voyager, Jack à mamaillé avec Diana et est venu en personne chercher ce dont vous aviez besoin.
- Ce n’est pas comme ça que ça s’est passé. Je ne voulais perdre aucun de mes fils, pas plus toi que lui, jura-t-elle.
- Le médecin a dit que tu n’en souffrirais pas, assura leur oncle, et Matt ne pouvait pas attendre plus longtemps, alors je me suis rendu à New-York et je suis allé trouver le directeur qui avait aidé à falsifier vos actes de naissance et ceux de décès d’Elisabeth et Bart.
- Il n’était pas vraiment en mesure de pouvoir refuser quoi que ce soit au point où il en était, commenta Chuck.
- Tu étais inconscient, on n’avait pas le temps de tergiverser, ni d’expliquer l’existence de Matt à Lili, expliqua Jack pour s’excuser.
- Je ne peux pas croire que vous aillez fait ça, s’indigna l’Australien.
- Avec le temps, on apprend à ne plus être surpris de rien, railla son jumeau.
- Ce qu’on n’avait pas imaginé nous non plus, reprit Jack, c’est que Bart n’était pas mort. Moi aussi je l’ignorais, jusqu’à ce que Diana ne m’invite à une de ses petites soirées de nouvel an. C’est là que j’ai appris la vérité. Elle le tenait au courant de ce qui se passait. Il était furieux de ce qu’on avait fait.
- C’est pour ça qu’il est revenu en personne, pour te passer un savon ? s’étonna Chuck.
- Je ne voulais pas croire qu’il ne soit pas réellement mort, ça me paraissait si horrible.
- Plus que de me faire croire que j’avais tué ma mère ?
- Je n’ai jamais voulu que tu croies ça, je t’assure, dit Elisabeth, les larmes aux yeux. Je voulais juste …
- En sauver un de nous deux, oui, j’avais bien compris la première fois que tu l’as expliqué. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser.
L’ainé des jumeaux traça son chemin droit vers la porte de sortie, suivi par son cadet.
- Matt, supplia sa mère, en posant une main sur son bras lorsqu’il passa à sa hauteur.
- Ne me touche pas, siffla-t-il entre ses dents, lui jetant un regard assassin.
Il rejoignit son jumeau dans la ruelle sur laquelle donnait la porte de secours que Georgina avait empruntée plus tôt dans la journée.
Chuck était adossé au mur d’enceinte du bâtiment.
- Surtout ne t’avise pas de t’excuser à leur place, prévint-il Matt.
- Alors, je me contenterai de te remercier de m’avoir sauvé la vie, répondit son double.
Il copia la position de son frère et s’adossa contre le mur à ses côtés, ils restèrent silencieux pendant un moment digérant les dernières informations.
- Il faut que j’y aille, dit soudain l’aîné. Blair va se demander où je suis passé.
- Chuck ? l’interpella son cadet.
Il se retourna pour lui faire face.
- Tu oublies ça, dit Matt en lui tendant l’enveloppe que son double venait de laisser sur le muret à côté de lui. Maintenant, tu ne peux plus refuser, je te dois bien ça.
- Tu ne me dois rien du tout, on ne m’a pas demandé mon avis, souligna l’autre, avant de retourner à l’intérieur.
L’Australien étouffa un juron et glissa les papiers dans la poche arrière de son jeans. Il avait à en découdre avec leur sœur. Il emboîta le pas à son aîné, qui se dirigea droit vers sa fiancée. Il le vit passé son bras sous celui de Blair et sourire aux photographes quand ils prirent des clichés.
Vic se trouvait non loin, en compagnie de Serena et de Shaori.
- Viens par-là, j’ai deux mots à te dire, grinça Matt entre ses dents, la saisissant par le coude.
La mère de son fils lui retourna un regard inquisiteur mais il fit un signe de tête négatif, pratiquement imperceptible pour le tout un chacun, mais clairement identifiable pour celle qui partageait sa vie. Ce n’était pas le moment de lui demander des explications ou de le contrarier.
- Pourquoi tu as fait ça ? cria-t-il, une fois de retour dans la ruelle arrière.
- Fais quoi ? s’étonna Vic.
Matt pouvait être tel un volcan en éruption quand il était en colère mais cette rage n’avait jamais été dirigée contre elle.
- Ton laissé-passé, cracha-t-il.
Elle ouvrit de grands yeux en comprenant à quoi il faisait allusion. C’était pour ça qu’il était si remonté ?
- Je l’ai donné à maman, indiqua-t-elle. Elle voulait voir Chuck et….
- Combien de fois, il faudra qu’il te dise qu’il ne veut pas la voir ?
- Mais, c’est sa mère… enfin la nôtre. Surtout la tienne, s’emporta-t-elle à son tour.
- Mais ce n’est pas son sentiment à lui ! Tu ne peux pas te mêler de tes affaires ? Juste une fois.
- Juste une fois ? s’estomaqua-t-elle. Et qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Depuis quand est-ce que je dois rester à l’écart de vos vies ? Depuis que tu t’es découvert un jumeau ?
Matt, resta coi, complètement abasourdi par ce qu’elle venait de dire.
- Quand vous êtes tous les deux, il n’y pas de place pour moi, pleura-t-elle. Et tu en veux tellement à mon père et Chuck, lui, il en veut à maman. Et moi, je veux juste essayer d’arranger les choses entre nous tous.
- Tu ne peux pas Vic, reprit son frère d’un ton plus modérer. Personne ne peut réparer ce qui a été brisé. Un vase, même recollé, reste une mosaïque. Les coupures et les cicatrices ne disparaissent pas comme par enchantement, elles s’atténuent juste avec le temps. Et pour l’instant, il est bien trop tôt pour ça. Je comprends que tu aies cru bien faire mais cela n’a fait qu’aggraver la situation, rien d’autre.
Il passa un bras autour des épaules de la jeune fille et entreprit de lui raconter ce qui s’était vraiment passé lors de son hospitalisation après l’accident.
Eléanor et Cyrus précédèrent Blair et Chuck dans le penthouse, au milieu de la nuit. La soirée avait été aussi mémorable que le show en lui-même. Les premières critiques étaient élogieuses et les festivités avaient été de rigueur.
Vic se leva lorsqu’elle entendit le tintement de l’ascenseur. Matt et Shaori étaient passés rechercher Hugo il y a des heures et Dorotha lui avait permis d’attendre Monsieur Chuck, en quittant les lieux pour rentrer chez elle.
- Je suis désolée, s’excusa-t-elle en l’apercevant à son bras, derrière les parents de sa fiancée. Je ne savais pas.
Les trois autres se tournèrent vers le jeune homme qu’ils hébergeaient.
- Je te retrouve tout à l’heure, dit-il à l’adresse de Blair.
Elle acquiesça mais ne suivit pas ses parents qui s’éclipsaient dans les marches. Au lieu de ça, elle prit la direction de la cuisine, tandis que Chuck emmenait Vic dans le salon.
- Je suis vraiment désolée, répéta cette dernière. Je te promets que je n’essayerai plus d’interférer dans tes relations avec maman, ni celles de Jack et Matt.
- Tu ne pouvais pas savoir, l’excusa-t-il.
- Tu n’es pas furieux contre moi ? Parce que Matt, lui, je ne l’ai jamais vu aussi en colère, pas vis-à-vis de moi en tout cas. Tout ce que je voulais, c’était tenter d’arranger la situation. Quand papa m’a demandé mon passe, j’y ai vu une belle occasion de tous nous rapprocher, dit-elle en écrasant rageusement une larme sur sa joue.
- Je sais mais ce n’est pas comme ça que ça marche. Quand quelque chose est brisé…
- Ton double m’a déjà fait le coup du vase et de la mosaïque, sourit-elle à travers ses larmes. On dirait un vieux couple qui radote.
Il sourit à son tour avant de l’enlacer.
- Ce n’est pas à toi de réparer les erreurs de nos parents. Chacun a ses propres relations avec l’autre, concentre toi juste sur les tiennes.
- C’est ce que je fais, dit-elle, avec un restant de sanglot au fond de la gorge, en se dégageant de son étreinte pour s’asseoir sur le sofa. C’est juste que je n’arrive pas à trouver ma place entre vous deux, alors je pensais que ce serait plus facile si je réussissais à tous nous rassembler.
- Matt et moi, on a une relation particulière, même si on n’a pas grandi ensemble. Mais j’en ai une autre avec toi. Il y a d’autres facettes de ta personnalité qui sont plus en adéquation avec les miennes. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas s’entendre tous les trois.
- Je sais, j’ai compris, mais j’ai un peu de mal à partager mes frères. Jusqu’ici, c’était moi l’autre moitié gémellaire de Matt. Il ne savait peut-être pas que tu existais mais il a toujours eu ce besoin de compléter quelqu’un d’autre et j’étais sa petite sœur, la personne toute désignée pour ça. On a toujours été très complices.
- Tu es toujours sa petite sœur, sauf que maintenant, tu es aussi la mienne.
- Oui, mais je ne peux pas être le jumeau de l’autre.
- C’est inutile, tu te débrouilles très bien comme tu es.
- Surtout pour faire d’énormes bourdes, commenta-t-elle.
Il passa un bras autour des épaules de Vic.
- Bon, alors, disons que de ce côté-là, tu peux être ma jumelle, plaisanta-t-il.
- Merci beaucoup, railla-t-elle en lui donnant un coup de coude dans les côtes.
Elle déposa un baiser sur sa joue.
- Non, sérieusement, merci, pour ce soir et tout le temps que tu as passé avec moi à parler de BI et de BO et du monde des affaires en général. C’est certain que ce n’est pas avec Matt que je pourrais faire ça.
- Moi non plus, commenta-t-il, je crois que le pire de ses cauchemars serait de se retrouver à un conseil d’administration.
- En parlant de ça. Tu devrais vraiment accepter son offre tu sais, sinon, il va se contenter de laisser cet argent dormir sur son compte jusqu’à ce qu’il ait dévalué.
- C’est son argent.
- Et c’est ton frère, insista Vic. S’il te la proposé, c’est qu’il y a murement réfléchi. Alors prend le, sinon, il va très mal réagir. Je te jure, il se vexe pour un rien et en plus il est aussi têtu qu’une mule, il va revenir à la charge à chaque fois qu’il te verra. Sans compter qu’il a l’air plutôt cool comme ça, mais quand il se met à ruminer, il devient carrément psychotique. Il ne va pas arrêter de se prendre la tête, ni de te prendre la tête. Et puis c’est une manière de lui faire gagner quelques milliards de dollars… américains, bien entendu.
- Quelques milliards, rien que ça ? s’exclama-t-il. Et qu’est-ce qui te dis que je ne vais pas les engloutir dans des actions ou des projets complètement foireux ?
- Tu es Chuck Bass, dit-elle avec évidence.
Ce qui fit naître un sourire sur le visage de son frère.
- Alors, disons que je vais y réfléchir, concéda-t-il.
- Oui, et surtout n’oublie pas ta petite sœur dans l’aventure, n’est-ce pas ?
- Je t’embarquerai avec moi, dès que j’aurai réussi à dénicher la perle rare, promit-il solennellement, la main sur le cœur.
Vic quitta le penthouse moins d’un quart d’heure plus tard et Chuck regagna la chambre de sa fiancée.
Il la trouva assise sur son lit, l’air songeur et nota distraitement la bombe de crème chantilly qui se trouvait sur la table de chevet.
- Qu’est-ce qui se passe ? s’inquiéta-t-il.
- Tu dois rappeler Matt, sinon, Shaori dit qu’il ne va pas en dormir de la nuit, indiqua-t-elle en faisant la moue.
Il soupira et se laissa tomber assis sur le duvet, à côté d’elle.
- Pourquoi tu ne m’as rien dit ? bouda-t-elle.
- Parce que c’était ta journée, ton défilé, ta victoire, ta soirée, je ne voulais pas gâcher ça, expliqua-t-il en plongeant son regard dans le sien. Tu as travaillé si durement pendant toutes ces dernières semaines, j’ai estimé que tu avais bien droit à ton heure de gloire et de bonheur sans nuage. Ça pouvait largement attendre, je t’en aurais parlé demain. Et aussi parce que c’est exactement ce dont j’avais besoin, passer une soirée merveilleuse avec ma magnifique fiancée sans toutes mes histoires de famille rocambolesques.
- Shaori m’a raconté, pour le coma de Matt en même temps que le tien et ce que Jack a fait, dit-elle en se collant tout contre lui.
Elle frissonna en repensant à cet horrible épisode de leur vie.
Il l’emprisonna entre ses bras et elle posa sa tête dans le creux de son épaule, nouant ses doigts aux siens, elle écouta son cœur battre, les paupières closes.
- Il s’est passé autre chose aujourd’hui, l’informa-t-il. Georgina a tenté de saboter le show.
- Quoi ? Mais comment ? s’alerta-t-elle en se redressant.
- Elle a remplacé les bombes de laque de ton fournisseur par des pulvérisateurs remplis de bleu de méthylène.
- Oh Mon Dieu ! Ça aurait été une véritable catastrophe, frémit Blair, de rage et de frayeur mêlées.
- Heureusement, je l’ai reconnue à temps et on a pu éviter le fiasco. Mais elle avait un complice. Elle est montée dans un van blanc. Un de mes contacts à la police va me retrouver le propriétaire de l’immatriculation.
- Et tu ne m’as rien dit ?
- Je te le dis maintenant, sourit-il avec son regard enjôleur.
Elle sentit son cœur fondre devant ce spectacle et ses intentions chevaleresques et protectrices.
- J’aurais surement pété un câble, reconnut-elle.
- Et ça aussi, ça aurait été la cata, renchérit-il.
Elle l’attira à elle et l’embrassa tendrement.
- Tant qu’on est dans les plans d’urgence, murmura-t-il contre ses lèvres, je ferais bien de rappeler mon frangin avant qu’il n’explose.
Elle gémit en signe de protestation mais ne fit aucun geste pour le retenir quand il l’abandonna sur la couette.
- Ca s’est arrangé ? questionna-t-elle quand il réapparut dans la chambre 35 minutes plus tard.
Il acquiesça avec un sourire et se laissa choir sur le matelas, fourbu.
Elle poussa le duvet et découvrit son corps drapé dans des dessous affriolants.
- C’est nouveau … j’adore, dit-il avec convoitise, toute lassitude envolée.
- C’est la pièce maîtresse du défilé, gloussa-t-elle, avant de s’emparer de la bombe de chantilly.
Rufus Humphrey sursauta et laissa échapper la gaufre qu’il tenait à la main.
Deux autres coups portés avec forces résonnèrent dans le loft de Brooklyn.
- Police de New-York, ouvrez ! cria une voix masculine.
L’homme s’exécuta pour se retrouver devant deux agents en uniforme, au regard sévère.
- Daniel Humphrey ? interrogea le plus jeune avec une petite moustache.
- C’est mon fils, répondit Rufus, mais qu’est-ce qui se passe ?
- Il est là ? demanda l’autre agent, un peu empâté.
- Oui, il dort encore, mais je ne comprends pas…
- Allez-nous le chercher, s’il vous plait.
Le moustachu avait utilisé une formule de politesse mais c’était clairement une injonction.
Réveillé par le raffut, le jeune homme apparut sur le seuil de la porte, les cheveux hirsutes.
- Daniel Humphrey ? questionna à nouveaux le plus vieux des agents.
- C’est moi, répondit-il.
- Nous allons vous demander de nous accompagner au poste.
- Quoi ? Mais pourquoi ? s’interposa Rufus.
Dan, lui, se recroquevilla sur lui-même et porta une main à son front pour réfléchir.
- Un van blanc a été loué à son nom le lundi 10 septembre dernier à la société Kergalen Rent & Sale. Ce véhicule a servi de laboratoire pour commettre des exactions qui visaient à nuire. Nous avons retrouvé des traces de produit à l’intérieur du fourgon et un témoin en a fourni l’immatriculation. Il est accusé de complicité.
- Pour ça ? s’exclama Dan, hébété.
- Le préjudice qui aurait pu en découler aurait pu avoir de graves conséquences.
- C’était du bleu de méthylène ! Ce n’est nullement dangereux, se défendit le brun aux cheveux emmêlés.
- Vous reconnaissez donc votre implication, conclut le jeune rouquin en passant un doigt sur les poils qui ornaient sa lèvre supérieure.
- Quoi ? Non !
- Alors comment connaissez-vous la nature du produit utilisé ?
Dan n’ouvrit plus la bouche et jeta un regard à son père qui tombait des nues.
- Allez donc vous mettre quelque chose sur le dos et vous peigner, nous vous emmenons avec nous.
Rufus attrapa sa veste pour l’accompagner quand les policiers escortèrent son fils jusqu’au commissariat du district le plus proche.
Une fois là-bas, Dan aperçu Blair et Chuck qui discutaient avec le commissaire divisionnaire, avant d’être introduit dans une pièce.
Une heure plus tard, son père avait disparu, mais d’autres personnes l’attendaient quand il ressortit du bâtiment.
Blair, Chuck, Nate et Serena, émergèrent d’une limousine l’un après l’autre.
Le sang de Dan ne fit qu’un tour.
- Vous croyez me faire peur ? aboya-t-il aux quatre qui se dressaient devant lui.
- Je retirerai ma plainte si tu renonces à ton bouquin, dit la brunette.
Le jeune Humphrey éclata de rire.
- Je ne serai jamais inculpé pour un tel motif, il n’y a même pas eu préjudice.
- Parce que je l’ai empêché, grinça Chuck entre ses dents.
- Tu n’as aucune preuve que j’ai été sur les lieux. Tout ce que tu as, c’est une camionnette louée à mon nom ce jour-là. Je ne suis pas si stupide, rien ne me relie à des faits qui n’ont même pas eu lieu. Si tu n’avais pas tes entrées auprès de ce commissariat, je n’aurai même pas été interpelé, cracha le bouclé.
- Et la reconnaissance de ton implication par tes aveux, souligna Serena, le jaugeant des pieds à la tête. Comment avait-elle pu la perdre pour lui ?
En cet instant, tout ce qu’elle voyait, c’était un jeune homme aux cheveux crasseux qui était si pédant qu’il se croyait intouchable. Et dire qu’il avait un jour rompu avec elle parce qu’elle utilisait ses privilèges de petite fille riche.
- Georgina m’a fait des confidences APRES avoir commis son méfait, qui ne s’est malheureusement pas réalisé, dit-il avec suffisance. Elle est loin à l’heure qu’il est. Je suis juste coupable de ne pas avoir dénoncé une amie qui avait emprunté le véhicule loué. Pas de quoi fouetter un chat.
- Si tu penses qu’on va te laisser t’en tirer comme ça, le prévint Blair avec véhémence.
Dan lui jeta un regard dégoûté, dire qu’il avait été prêt à entrer dans leur monde pour les beaux yeux de cette pimbêche arrogante.
- Tu parleras sur un autre ton quand tous vos sales petits secrets seront étalés au grand jour. Je ne donne pas chère de l’entreprise que ta mère a créée après ça. Elle sera rudement fière de toi, railla-t-il.
- On verra ce qu’il adviendra quand j’aurai exposé les tiens et publié cette histoire dans le Spectator, répondit l’éditeur en chef du journal.
Le jeune Humphrey le regarda, surpris. Nate venait de parler pour la première fois. Il avait toujours été son ami. Non ! Il était avant tout le meilleur ami de Chuck Bass. Pourquoi s’étonnait-il qu’il choisisse leur camp ?
- Je croyais que tu étais quelqu’un d’intègre, lui jeta-t-il hautain, mais tu es exactement comme eux.
- Et j’en suis fier. Je suis intègre, je ne publie les histoires que lorsque je suis certain de leur véracité. Je suis aussi fidèles à mes amis, mes vrais amis, cingla le jeune Archibald.
Il n’avait pas l’habitude de sortir de ses gonds ou de se faire menaçant, il laissait toujours ça à son meilleur ami qui était bien plus à l’aise que lui dans ce rôle. Mais il pouvait aussi être acerbe et s’engager dans la bataille quand c’était nécessaire.
Et là, face à l’ignominie de Dan, c’était plus que le cas. D’autant qu’il n’avait toujours pas vraiment digéré le fait que l’écrivain le considère comme un être insignifiant dans « Inside » Cela démontrait ce que ce type pensait vraiment de lui et la pilule avait été dure à avaler.
- Moi aussi, je ne fais que dénoncer des vérités, contra l’autre.
- Si tu t’entêtes, plus personne ne te protègera cette fois, l’avertit encore la blonde qui s’était consumé autrefois d’amour pour l’habitant des bas quartiers.
Dan éclata à nouveau de rire.
- Parce que tu penses que c’est toi qui me protégeais ? N’inverse pas les rôles, JE suis celui qui a essayé de te sortir du monde vide et creux où tu as grandi. Mais je perdais mon temps, aussi bien qu’avec toi, cracha-t-il à Blair.
- Si tu t’en prends à elle … s’avança Chuck menaçant.
- Et que pourrait donc bien me faire l’ancien héritier Bass ? Tu n’es plus rien à présent que tu n’as plus rien, à part quelques numéros qui impressionnent encore les fonctionnaires de police. Et tu n’auras plus aucune chance de récupérer quoi que ce soit après la sortie de mon deuxième bouquin, je peux te le garantir.
Chuck serra les points mais la main de B sur son bras lui fit reprendre ses esprits.
- Ton bouquin ne sortira jamais, promit-il. Tu peux déjà te préparer à finir ta vie dans un loft encore plus minable que celui où tu croupis, parce que personne dans cet état, ni ailleurs, ne t’offrira le moindre poste de journaliste non plus.
- Un homme averti en vaut deux, tu ne pourras pas te plaindre de ne pas avoir été prévenu, renchérit encore la brune, ses yeux lançant des éclairs.
Les quatre s’écartèrent pour le laisser partir. Il ne servait à rien de discuter plus longtemps, il était temps de passer aux choses sérieuses et d’enrayer le problème à leur manière. Humphrey avait eu sa chance, tant pis pour lui s’il n’avait pas su la saisir.
Le lendemain matin, une photo du Lonely boy encadré par deux policiers en uniforme était postée sur le site de Gossip Girl et un article paraissait en première page du Spectator, narrant la manière dont l’écrivain avait tenté de ruiner le défilé de son ancienne petite amie.
Des coups de fil partirent également en tous sens depuis les bureaux de la direction du journal pour finir de ruiner la moindre chance de celui qui ne serait jamais journaliste de rédaction dans une seule feuille de choux de Manhattan.
Rufus Humphrey n’arrivait pas à croire que son propre fils soit tombé si bas et ait renoncé à toutes les valeurs qu’il lui avait inculquées, mais il dut cependant bien se rendre à cette évidence.
Vic se prélassait dans l’eau tiède et parfumée quand la sonnerie de son téléphone retentit. Elle poussa un soupire d’exaspération et se laissa glisser dans le fond de la baignoire jusqu’à ce que le son soit atténué.
Elle refusait les appels de ses parents depuis le défilé, il y a trois semaines. Quand son père lui avait demandé de l’aider à réparer les choses avec les garçons, elle n’avait jamais imaginé que cela pourrait encore dégrader la situation.
Pourtant son paternel avait l’air sincère et elle savait que sa mère aimait véritablement chacun de ses enfants, Chuck y compris. C’était quelque chose d’indéfinissable qu’elle ne pouvait pas vraiment expliquer, mais elle reconnaissait ce sentiment, cela s’entendait dans le son de sa voix et se voyait dans ses yeux quand Elisabeth Fischer parlait de ce fils qu’elle avait abandonné à la naissance.
Ce qui était certain en tous cas, c’est que Vic se garderait bien d’intervenir encore. Elle avait compris la leçon. Et surtout elle en voulait à ses parents de l’avoir mise dans une telle position vis-à-vis de ses frères.
Chuck et Matt avaient raison, ce n’était pas à elle de réparer les dégâts du passé. Par contre, elle avait bien l’intention de garder chacun d’eux aussi proche d’elle que possible.
Le tintement cessa, mais elle n’était plus d’humeur à rêvasser. Elle se releva, sortit de l’eau et se sécha, avant de passer une petite robe couleur ciel pour atténuer son humeur morose.
Matt et Shaori avaient prévu de repartir dans quatre jours pour Melbourne, les cours reprenant début octobre, mais elle n’arrivait pas à décider si elle regagnerait l’Océanie avec eux ou non.
Les côtes australiennes lui manquaient mais elle adorait New-York et la plage n’était pas si loin. Ce n’était pas aussi ensoleillé que Sydney, néanmoins elle aimait ce qui vibrait au cœur de Manhattan.
Elle n’avait pas vu ses amis depuis des semaines, ce n’était pourtant pas ça qui la rendait mélancolique. Elle venait de terminer sa scolarité et de décrocher son diplôme avec mention, peu d’entre eux envisageaient la voie à laquelle elle aspirait.
Elle n’était pas la plus populaire. Elle n’avait jamais eu l’habitude d’organiser ou de participer à des fiestas mémorables. La vue de Matt sur une civière lui avait pour toujours ôté l’envie de perdre le contrôle.
Elle avait veillé à être maîtresse d’elle-même et de son destin. Il lui semblait que c’était il y a des millions d’années, quand elle était une étudiante comme les autres, sans histoire, sans mélodrame particulier, presque transparente.
Elle était une excellente élève et avait une attitude irréprochable. Elle était aussi disciplinée que Matt avait été rebelle. Attendant patiemment sa majorité pour pouvoir enfin réaliser ses véritables ambitions.
Seulement, elle n’avait jamais imaginé que ça se passerait de cette façon. Elle venait d’avoir 18 ans et pour la première fois de sa vie, elle avait fêté son anniversaire avec ses deux frères, ce qui n’était pas pour lui déplaire, mais pas non plus inscrit au programme.
Elle avait cru que son père finirait par se rendre à l’évidence qu’elle était faite pour les affaires et qu’il comprendrait enfin, et accepterait, de l’initiée et de la laisser travailler à ses côtés en marge de ses études de gestions. Mais aujourd’hui, tout s’était effondré, il n’était même plus membre de BO et elle s’était fait une raison, cela n’arriverait jamais.
Ce qui lui réchauffait le cœur, c’est que Chuck avait été très positif sur ses idées quand elle lui avait présenté son projet hypothétique. Il l’avait écoutée attentivement et lui avait expliqué là où elle faisait fausse route, tout en l’encourageant à persévérer dans cette voie. Il avait dit qu’elle avait du potentiel, surtout pour quelqu’un qui n’avait pas vraiment été aidé.
Son smartphone tintinnabula à nouveau et elle le saisit pour rejeter l’appel mais elle se ravisa en découvrant l’identifiant.
- Chuck ?
- Ca fait une demi-heure que je cherche à te joindre, se plaignit-il. Tu es prête à embarquer ?
- Quoi ? s’étrangla-t-elle de surprise.
- J’ai un vol pour Toronto dans trois heures. Est-ce que je prends un deuxième ticket ou tu veux continuer à jouer les touristes avec Nathaniel ?
Elle devina son sourire depuis l’autre côté de la ligne et un identique se forma sur ses lèvres.
Chuck éloigna le combiné de son oreille quand le cri strident de sa petite sœur résonna dans l’appareil.
- Je passe te prendre dans 30 minutes, conclu-t-il avant de raccrocher.
- Je suppose qu’elle t’accompagne, en déduit Blair.
Il acquiesça en souriant. Looming l’avait rappelé le matin même en s’excusant, lui précisant qu’il lui expliquerait le problème de vive voix s’il pouvait être à Toronto dans l’après-midi. Ça lui redonnait l’espoir de voir enfin s’éloigner les nuages amoncelés depuis des semaines maintenant.
- Tu vas me manquer, déclara sa jolie fiancée en l’enlaçant.
- Je ne serai absent qu’une seule nuit.
- Je sais, mais je ne peux pas dormir quand tu n’es pas là, dit-elle avec une petite moue.
Il l’embrassa tendrement.
- Moi non plus, souffla-t-il dans son oreille. Tu peux venir avec nous si tu y tiens.
- Je voudrais bien mais ma mère est dans un tel état de nerf qu’il vaut mieux que je reste ici.
Il caressa son menton et posa un baiser sur son front. Eléanor s’était rendue à la clinique pour faire ôter son plâtre la semaine précédente, mais depuis elle se plaignait de douleurs récurrentes.
La veille, l’orthopédiste lui avait diagnostiqué une mauvaise remise en place et, plus grave, un tendon abimé, ce qui déboucherait plus que probablement sur une chirurgie. La styliste était effondrée.
La fashion week terminée, le travail sur la prochaine collection devait débuter et sans esquisse, cela n’était pas possible. Il ne restait qu’une seule solution, engagée une autre styliste, mais Eléanor s’y opposait formellement, même Cyrus n’arrivait pas à la raisonner.
Elle avait clamé que personne ne pourrait jamais accomplir cette tâche, du moins pas en préservant le style Waldorf. Malgré tout, elle avait quitté le penthouse aux aurores et Blair l’avait retrouvé dans l’atelier, entourée de ses croquis, quasiment en larmes.
- Tu as raison. Tu te serais surement ennuyée en plus. Laisse-lui juste un peu de temps pour se faire à l’idée.
Il consulta sa montre et l’embrassa passionnément une dernière fois avant de partir.
- Je t’aime, je t’appelle ce soir.
- Je t’aime aussi Bass.
Quand il arriva à l’hôtel de sa sœur, elle l’attendait impatiemment dans le hall.
- Chuck, sautilla-t-elle, toute excitée.
- Prête ?
- Oh ! Que oui !
- Alors, en route.
Il passa l’entièreté du vol à lui expliqué en quoi consistait le projet de départ de Looming. Le Canadien voulait s’engager dans la construction verte, plus respectueuse de l’environnement, mais tout en gardant de haut standing. Le problème était qu’il ne trouvait pas beaucoup d’associés car le cahier des charges étaient deux fois plus contraignant que la normale. En outre, il s’agissait de lancer un nouveau concept, qui n’était pas forcément la plus populaire parmi les gens friqués de la haute société. C’était un pari assez osé et il avait besoin d’un investisseur solide pour aider à porter le projet.
Vic s’essaya à quelques suggestions du bout des lèvres. Elle avait pris des cours supplémentaires pendant les vacances de printemps, au lieu de rentrer chez elle à Sydney.
Elle avait prétexté être chez Matt, ce qui n’était pas faux. La seule chose qu’elle avait omis de dire à ses parents c’est qu’elle s’était inscrite à un séminaire qui portait sur la gestion et la restauration des patrimoines, incluant les plus grandes entreprises australiennes.
A leur arrivée sur le tarmac de Toronto, Chuck et Vic furent accueillis par Luke Looming en personne. C’était un homme d’une trentaine d’années, grand et élégant, les cheveux blond foncé et le visage reflétant l’anxiété.
- Monsieur Bass, s’exclama-t-il, visiblement soulagé en tendant une main franche.
Chuck le salua et s’installa dans la voiture qui les attendait, suivi par la jeune fille.
Cette fois, il ne lui avait pas recommandé de se taire et d’écouter, mais elle se fit néanmoins la plus discrète possible. Elle ne voulait surtout pas tout faire rater. Son frère n’avait pas beaucoup de cartes dans son jeu et elle avait bien l’intention de ne rien faire qui puisse mettre son avenir en péril. Aussi s’assied-elle sagement dans le fond du siège, bouche fermée, pour tenter de faire oublier sa présence.
- Je suis désolé, je ne savais pas que vous seriez accompagnée de votre assistante, dit le blond, un peu mal à l’aise.
Il n’osait pas demandé s’il devait faire réserver une deuxième chambre pour la nuit. L’ex-héritier Bass avait une réputation sulfureuse. Pour plus de précautions, il appellerait tout de même la réception pour en faire préparer une seconde.
- Ce n’est pas mon assistante, c’est ma sœur, expliqua Chuck. Elle s’intéresse beaucoup à votre idée elle aussi et son avis m’est très précieux. Elle a bien plus de notions d’écologie que moi de par ses études.
La jeune fille sentit chaque cellule de son corps s’électrifier. Elle se redressa et jeta un regard à son frère, il était tout ce qu’il y a de plus sérieux.
- Mademoiselle, la salua le Canadien, à la plus grande surprise de la brunette.
- Vic Bass, dit-elle en saisissant sa main d’une poigne ferme.
Son frère lui fit un clin d’œil rapide et un sourire sournois se dessina sur ses traits.
- Alors, si vous m’expliquiez ce qui vous a pris tant de temps pour vous décider à me rappeler. Je n’ai pas vraiment l’habitude d’attendre, commenta-t-il assez sèchement.
« 1ère leçon : Ne jamais être le quémandeur mais toujours celui qui fait une faveur » se rappela-t-elle.
- Et bien, en fait, j’ai eu quelques soucis de personnel, s’empourpra Looming. Pour tout vous avouer, je compte vraiment sur notre association pour éviter un démentellement de mon groupe.
Son frère fronça les sourcils, mais se pencha en avant, invitant l’homme en complet marine à continuer.
- Nous avons déposé le brevet mais le concept plait visiblement à une compagnie immobilière avant-gardiste et ils ne reculent devant rien pour arriver à leur fin.
- Ils ont soudoyé vos employés, comprit Chuck.
L’homme acquiesça.
- Je serais d’accord pour tracter avec eux, si je n’avais pas peur que la société que mon père et mon grand-père ont mise sur pied soit disloquée. Je sais qu’il s’est produit un évènement similaire sous votre présidence au sein du conseil de Bass Industrie, il n’y a pas si longtemps et j’escompte bien que vous compreniez ma situation, même si je suis bien conscient que pour vous, les choses ont changées là-bas.
Le jeune Bass sentit les poils de ses bras se hérisser.
- Je ne veux en aucun cas d’une scission de ma société, ce que je recherche, c’est un partenariat à parts égales, reprit l’autre. Looming Society est bien moins importante que la compagnie de votre père mais elle a néanmoins une bonne notoriété et un bon rendement, malheureusement, elle est trop modeste pour pouvoir se lancer seule dans l’aventure. Cela représenterait un trop grand risque financier mais le concept s’il est bien développé peut rapporter une mine d’or.
- Quelle compagnie immobilière ? voulut savoir Chuck.
- Thorpe Enterprise.
Vic vit son frère carrer la mâchoire.
Lorsqu’ils arrivèrent aux bureaux de Looming Society, le PDG leur dévoila les chiffres des projections et les maquettes des constructions qu’il voulait établir tout le long de la frontière commune à leurs deux pays, depuis Montréal, en passant par Toronto et Thunder Bay, jusqu’à Vancouver.
- Qu’est-ce que tu en penses ? interrogea le brun quand il se retrouva seul avec sa sœur après que la voiture de Looming les ait déposés devant leur hôtel.
Elle eut un sourire éblouissant. Il lui demandait vraiment son avis !
- Ne me regarde pas comme ça, je t’ai emmenée avec moi, ce n’est pas pour que tu apprennes à apporter le café !
Elle inspira profondément avant de se lancer.
- L’idée et le concept sont bons mais le développement tel qu’il veut le réaliser va coûter une fortune, on pourrait atteindre le même résultat en utilisant un autre procédé que j’ai eu l’occasion d’étudier brièvement. Je pourrais revoir et pousser les recherches. C’est moins compliqué à mettre en place et ça améliorerait même la solidité de la structure et le design serait plus malléable.
- Quand je disais que tu étais plus calée que moi dans ce domaine, dit-il avec un clin d’œil.
- Ca faisait partie des cours de préservation du patrimoine que j’ai choisis en section libre, indiqua-t-elle, aux anges.
- Je sais. Je me renseigne toujours avant de lancer les dés, répondit-il. Et j’ai aussi étudié le projet dont il m’a parlé sous toutes les coutures pendant que je rongeais mon frein à New-York. Tu penses qu’on pourrait transposer le procédé ici ?
- Ça devrait être du basic donc il suffit de l’adapter.
- Alors, on devrait se lancer et commander des études à ce sujet. Qu’est-ce que tu en dis ?
- Il reste tout de même un problème et de taille. Même en réunissant nos capitaux, on ne pourra pas faire le poids face à une attitude agressive d’un groupe comme Thorpe Enterprise.
- Ca, je m’en charge, je suis persuadé qu’on va pouvoir trouver un arrangement équitable.
- Tu veux t’associer avec eux ? Mais Looming a dit …
- Looming est loin de connaître la PDG comme je la connais. C’est une longue histoire, ajouta-t-il, devant le regard interrogateur de Vic. Maintenant que dirais-tu d’aller dîner ?
*****
Blair, allongée sur son lit, regardait pour la énième fois « Diamants sur canapé » Elle décrocha à la seconde où elle entendit la mélodie de son BlackBerry chantonner.
- Bonsoir mon cœur, susurra-t-elle.
- Bonsoir beauté, répondit le brun ténébreux.
- Alors, qu’est-ce que ça donne ? s’enquit-elle curieuse.
- Toi d’abord, comment va ta mère ?
- Elle a pris rendez-vous avec un autre spécialiste pour la fin de la semaine et a tenter de dessiner quelques esquisses mais elle a tout jeté à la poubelle, soupira la brune. Elle a refusé que Cyrus l’emmène dîner. Je crois qu’elle va devenir dingue si elle ne peut plus tenir un crayon.
- L’autre spécialiste aura peut-être une meilleure solution, tenta-t-il de la rassurer.
- J’espère, on sera fixé vendredi. D’ici là, tu seras avec moi. Tu reviens toujours demain, n’est-ce pas ?
Il se mordit la lèvre inférieure, il savait qu’elle n’allait pas apprécier le reste de la conversation et encore moins son idée d’association professionnelle.
- En fait, je vais devoir faire un saut jusqu’à Chicago avant de rentrer.
Il l’entendit gémir et ça ne l’aida pas à continuer.
- Je n’ai pas vraiment le choix, indiqua-t-il. La compagnie de Looming est sur le point d’être la cible d’une OPA hostile et si ça devait arriver, je n’aurai plus la possibilité de prendre part au projet.
- Et tu n’as pas assez de
liquidité pour pouvoir concurrencer l’acheteur potentiel, grimaça-t-elle.
- Non, mais j’ai bon espoir de pouvoir négocier une association.
- Quelle compagnie serait de taille et oserait défier Bart Bass en personne en s’associant avec toi ?
Un nœud se forma dans l’estomac du jeune homme.
- Thorpe Enterprise, énonça-t-il doucement.
La brunette eut un pincement au cœur, le souvenir d’une Saint Valentin fit remonter de la bile brûlante dans sa gorge.
- ….
- Blair ? demanda-t-il du bout des lèvres.
Une autre Saint Valentin hanta les pensées de la jeune femme. Elle était mal placée pour lui reprocher quoi que ce soit. Encore moins pour lui demander de renoncer à ce qui était sans doute sa seule chance d’avenir quand il l’avait déjà troqué une fois contre le sien.
- Je suis toujours là, répondit-elle après un instant.
- Si je pouvais faire autrement, je t’ass…
- Je sais, le coupa-t-elle, le cœur en charpie. Fais ce que tu as à faire. Etant donné la situation, Raina sera certainement plus que ravie de t’aider et de pouvoir ainsi mettre une épine dans le pied de Bart.
Il sentit ses intestins se dénouer, mais son cœur, lui, se serra.
- N’oublie pas que je t’aime Waldorf, murmura-t-il.
- Bientôt Waldorf – Bass, précisa-t-elle pour y puiser du réconfort.
- Je t’aime Blair Cornelia Waldorf Bass, reprit-il. Tu es déjà ma femme dans mon cœur car le mien t’appartient.
Il entendit un petit rire tinter de l’autre côté de la ligne et il put respirer à nouveau.
- Je t’aime Chuck et n’oublie pas que j’ai foi en toi.
Elle admira la lumière qui se reflétait dans le diamant qui brillait à son doigt.
- Merci, dit-il d’une voix soulagée.
- Et maintenant, si tu me racontais comment ça s’est passé avec Vic ? demanda-t-elle plus joyeusement.
Ils s’endormirent ensemble au milieu de la nuit, chacun le smartphone à la main et collé à l’oreille, écoutant l’autre respirer.
Les frères et sœurs Bass reprirent un vol pour Chicago dans la matinée du lendemain.
Quand ils se présentèrent à l’accueil de Thorpe Entreprise, la réceptionniste n’était pas des plus avenantes. C’était jusqu’à ce que le beau brun ténébreux ne décline son identité.
Une assistante arriva dans les cinq minutes qui suivirent pour les conduire au bureau de la PDG.
- Chuck, s’exclama-t-elle tout sourire en se levant de derrière son bureau lorsqu’ils pénétrèrent dans la pièce.
- Raina, répondit-il avec son petit sourire en coin, qui était la marque de fabrique de tous les enfants Bass. Je te présente ma sœur, Vic.
- Une touche féminine de plus dans le monde des affaires. Ça ne peut qu’être quelque chose de bénéfique, dit la jeune PDG de Thorpe Enterprise.
Raina était parfaitement au courant de la résurrection de Bartholomew Bass et de l’état de disgrâce dans lequel il avait plongé son fils en se réappropriant la société qu’il avait fondée avec l’argent de l’assurance incendie, allumé par Russel et dans lequel avait péri sa propre mère.
On ne pouvait pas compter sur la discrétion dans leur monde et surtout pas quand les évènements étaient de cette nature. Elle n’hésita pas un instant à tendre la main à son ancien amant. Les choses avaient toujours été parfaitement claires entre eux et leur passé commun était encore présent dans sa mémoire.
Ils avaient chacun leurs problèmes parentaux, qui étaient plus ou moins similaires, même si d’un genre différent et c’était ce qui les avaient rapprochés à une certaine époque. Même avec un hôtel entier comme terrain de jeux, ils avaient tous deux grandis sans leur mère et été confrontés aux mensonges éhontés de leur père.
Elle se sentait aussi un peu redevable envers lui après que son père ait séquestré Blair. Russel était toujours en prison et sa fille, comme elle le lui avait promis, n’était pas allé le voir une seule fois.
Elle avait repris les rênes de l’entreprise et s’en sortait pas trop mal même si elle aussi avait dû affronter la tornade après l’arrestation de son père. Après avoir restauré la stabilité au sein de la société, elle s’attelait maintenant à étendre cette dernière par le biais d’acquisitions diverses.
Après avoir brièvement exposé les faits, Chuck et la jeune femme parvinrent à un accord confortable pour tous, avec la garantie que Looming society ne serait pas engloutie mais conserverait sa propre autonomie en tant que dépositaire du brevet labellisé, qui serait étendu sur l’ensemble du nouveau groupe d’hôtel. Chacun prétendrait bien entendu à la part qui lui reviendrait en fonction des actions contenues dans son portefeuille.
Vic était impressionnée par la manière dont son frère négociait avec Raina. Elle le savait rusé comme Goupil, mais elle était soufflée par son audace. Même quand son avenir entier dépendait du résultat de cette négociation, il imposait ses conditions et montait au créneau pour obtenir plus quand il n’avait pas grand-chose à apporter lui-même.
Enfin, tout était relatif, car entre ce qui lui restait de sa fortune personnelle, le fond de placement de Matt et ce qu’elle-même pouvait mettre dans la balance, ils arrivaient nettement à hauteur de Looming Society.
Le seul risque à prendre était donc de ne pas se faire avaler tout cru par Raina Thorpe, la seule qui pouvait leur faire de l’ombre et avait assez de liquide dans ses caisses pour se passer d’eux, mais il semblait bien l’avoir dans sa manche.
La jeune femme paraissait compter sur lui pour faire la tractation nécessaire entre elle et Looming, ce qui ne serait pas une mince affaire. Le PDG avait été assez clair à propos des craintes qu’il fondait sur les véritables motivations de Thorpe Enterprise à propos du fait qu’il aurait pu être absorbé en un claquement de doigts. A charge de Chuck de le convaincre du contraire.
Le jeune homme rentra à Manhattan au milieu de la nuit. Monkey vint l’accueillir dès qu’il passa les portes du penthouse des Waldorf-Rose. Il grimpa les marches quatre à quatre, le plus silencieusement possible pour n’éveiller personne.
Il avait parlé à sa fiancée avant qu’elle ne s’endorme comme la veille, mais il était bien trop à fleur de peau pour réussir à fermer l’œil dans l’avion qui le ramenait vers ses bras.
Vic, elle aussi, était une vraie pile électrique, complètement survoltée par ses premiers pas dans le monde réel des affaires. Elle avait passé l’entièreté du vol à babiller et à s’extasier sur le résultat des négociations, ne tarissant pas d’éloges à son propos.
Il avait été heureux de pouvoir savourer le silence de la limo après l’avoir déposée à son hôtel. Il avait besoin de remettre tout ça au clair dans son esprit et d’analyser sa prochaine approche de Looming.
Le bougre ne serait pas facile à convaincre mais Chuck ne doutait pas qu’il saurait trouver les arguments indéniables à lui mettre sous le nez. Il pouvait enfin, vraiment envisager son avenir, presque sereinement, car il avait appris à ne jamais vendre la peau de l’ours. C’est pour ça qu’il avait prévu de repartir pour Toronto dès le lendemain, ce qui signifiait à nouveau s’éloigner de sa jolie fiancée.
Mais pour l’instant, il ne voulait surtout pas y penser. Ils auraient pu se rendre directement au Canada avec Vic. Cependant, il voulait serrer la femme qu’il aimait dans ses bras cette nuit. Il avait besoin de sa peau et de ses caresses et il savait que la jeune femme partageait ce sentiment également et qu’en plus elle était vulnérable en ce moment.
Sa mère n’était pas au meilleur de sa forme et elle se battait de son mieux pour contrebalancer les idées moroses d’Eléanor et ne pas se laisser entraîner dans sa déprime.
Il espérait de tout cœur que les choses s’arrangeraient pour sa future belle-mère. Depuis l’épisode du mariage de Blair avec son prince de pacotille, une complicité était née entre eux, qui s’était renforcée pendant ces dernières semaines où elle l’avait accueilli sous son toit avec bienveillance.
Il ne voulait surtout pas ajouter d’anxiété à Blair, pourtant il savait que c’était inévitable quand il ramenait Raina dans leur vie, même si ce n’était que sur un plan purement professionnel. Cela réveillait des blessures en elle qu’il connaissait trop bien.
C’est la raison première pour laquelle il avait décidé de rentrer d’abord à New-York. Il voulait qu’elle sache, sans l’ombre d’un doute, qu’elle passerait toujours en tout premier lieu, qu’elle était sa toute première priorité, qu’elle était plus importante que tout le reste à ses yeux.
Elle était Blair Waldorf, il en connaissait toutes les facettes, y compris chaque parcelle de ses faiblesses, incertitudes et angoisses. Il voulait la rassurer et lui assurer qu’elle serait toujours celle sur qui il s’appuierait et qu’il soutiendrait dans tous les tourbillons auxquels la vie les exposerait encore.
C’était terminé le temps où il laissait le destin les séparer à la moindre anicroche. Ils étaient plus soudés que jamais et il comptait bien faire en sorte que tout reste comme ça.
Il n’aurait pas été capable d’accomplir cette traversée du désert sans elle à ses côtés. Elle était sa force et sa faiblesse. Celle en qui il puisait sans réserve pour se redresser à bras le corps quand tout s’écroulait autour de lui.
C’était ses bras qui le retenait quand il était au bord du gouffre, sa paume qui apaisait ses douleurs et ses souffrances, la seule qui soit jamais capable de faire redémarrer son cœur quand il était si briser qu’il tombait en poussière, et aussi la seule à savoir le réduire en poudre.
Il se glissa sous les draps, à ses côtés et se colla contre son corps.
Elle remua un peu et attrapa sa main.
- Chuck, murmura-t-elle immédiatement.
Il caressa son bras et déposa un baiser sur la joue de sa belle au bois dormant.
- Est-ce que tu vas bien ? chuchota-t-il.
- Maintenant que tu es là, répondit-elle en embrassant son poignet avant de repartir aux pays des songes.
Alessandra Steele se réveilla avec un horrible mal de crane et passa une main sur son visage.
Elle mit quelques minutes avant de se remémorer totalement la soirée de la veille et comment elle avait atterri ici.
Elle percuta où elle se trouvait avant de sentir son estomac se retourner et de se lever précipitamment pour vomir.
- Par-là, indiqua Daniel Humphrey d’un mouvement de la main.
Après avoir vidé trippes et boyaux dans la cuvette, elle se rinça la bouche et se passa de l’eau sur le visage.
Elle s’observa un instant dans le miroir de la salle de bain du loft de Brooklyn. Son teint était grisâtre et ses cheveux ternes. Il fallait qu’elle se reprenne et la première urgence était une bonne douche.
Elle se glissa derrière le rideau de plastique et laissa couler l’eau chaude sur son visage puis sur sa nuque. La migraine ne voulait pas quitter son crâne mais ses souvenirs étaient maintenant limpides.
Elle avait rendez-vous chez l’écrivain la veille pour discuter de son deuxième livre. Plutôt que de sortir, il avait insisté pour commander chinois et la jeune femme avait fini par se laisser convaincre.
Elle était, par contre, intraitable sur le contenu de ses écrits. Il devait revoir sa copie. Les semaines qu’il avait passé à Rome n’avaient pas porté les fruits escomptés. D’ailleurs les échos qu’elle en avait reçus étaient déplorables.
Au lieu de se concentrer sur le sujet dont il lui avait parlé au préalable, il était revenu à une satire du monde huppé de l’UES, mais en beaucoup plus virulent. Le côté moralisateur était trop exagéré et la condamnation trop présente pour une fiction. On aurait dit une réécriture du premier, passé au vitriol, ou peut-être une suite. L’écriture était tellement brouillonne qu’elle avait du mal à le savoir exactement. C’était plus une juxtaposition de tableaux incohérents placés les uns derrières les autres.
Elle se sécha et entreprit de remettre ses vêtements de la veille. Aucune chance pour qu’elle se trimbale dans la robe de chambre miteuse ou dans une des chemises en flanelle de l’écrivain dont elle était l’agent littéraire.
Une telle chose n’aurait d’ailleurs pas dû arriver, Alessandra mettait toujours un point d’honneur à ne pas mélanger travail et relations personnelles.
Le problème c’est que Dan n’avait pas cessé de verser du vin dans son verre, encore et encore, tandis qu’elle tentait de lui expliquer de manière de plus en plus confuse ce qu’elle attendait de lui et des changements à apporter au premier jet de ce second livre.
Il était, lui aussi, inflexible dans sa manière de voir les choses. Il refusait de changer un iota de ce qu’il lui avait soumis et ce malgré le fait qu’elle lui ai dit à plusieurs reprises qu’elle ne donnerait pas son feu vert pour le publier tel quel.
A un moment donné la conversation avait dévié sur sa vie personnelle. Elle avait tout compris quand il lui avait annoncé que Blair Waldorf n’était plus sa petite amie mais qu’elle était fiancée à Chuck Bass.
Une confession en entraînant une autre et l’alcool aidant, elle s’était mise à parler de son célibat et du très court laps de temps où elle avait elle-même connu intimement ce dernier, concluant que toute cette affaire n’était qu’une manipulation du brun ténébreux auquel Dan avait réservé une fin tragique dans « Inside »
La situation avait ensuite dégénérée et elle s’était réveillée dans les draps de l’écrivain qui avait lui aussi nombres de raisons d’en vouloir au jeune homme manipulateur, sans cœur et sans état d’âme.
Daniel Humphrey lui tendit une tasse de café avec un grand sourire quand elle émergea de la salle d’eaux.
Alessandra but une gorgée du liquide brûlant et plutôt infâme.
- Bien dormi ? demanda le jeune homme.
- Comme une souche avec tout l’alcool que j’avais ingurgité, commenta la jeune femme.
Elle ne souvenait pas de ses rêves et aurait préféré oublié le cauchemar de la nuit passée avec lui. Elle n’était pas vraiment fière d’elle-même. Jusqu’ici, elle n’avait encore jamais franchit la ligne. Cela ne pouvait que compliquer les relations de travail par la suite et comme elle s’y attendait, cela ne rata pas.
- Tu veux quelques gaufres pour le petit déjeuné ? proposa-t-il.
Elle grimaça.
- Non merci, mon corps ne le supporterait pas.
- Gueule de bois, commenta-t-il.
Il jeta deux pastilles effervescentes dans un verre d’eaux et lui mit sous le nez.
Les traits de la jeune femme se tordirent de dégoût à nouveau.
- Tu n’aurais pas autre chose ? Je déteste ces trucs-là.
- Y a rien de mieux pour soigner ce que tu as, crois-moi, affirma-t-il.
Comment se faisait-t-il que lui ne semblait pas avoir mal aux cheveux ce matin ?
- Je n’ai pas autant abusé de la boisson que toi, précisa-t-il, semblant lire dans ses pensées
- Je n’ai bu que ce que tu me présentais, s’offusqua-t-elle un peu. C’est toi qui ne cessais pas de me resservir.
- Je ne me souviens pas que tu m’aies demandé de m’arrêter !
Elle retint un hoquet de stupéfaction.
- Bref, passons ! continua-t-il en posant sa main sur la sienne. Si on parlait de la date de parution ?
- Pardon ? questionna-t-elle en retirant ses doigts de sous les siens.
- La date de parution, répéta-t-il. Je pense qu’on pourrait refaire une soirée de lancement, comme la dernière fois. Bien sûr, maintenant tout le monde me connaît et aucune des personnes qui sont représentées dans mon deuxième tome n’acceptera de venir mais je n’en n’ai plus besoin.
- Dan … commença Alessandra avec prudence.
- Ou une soirée littéraire, ce serait peut-être encore mieux. Comme celle où Blair a essayé de me voler la vedette et s’est complètement ridiculisée. Au moins ces gens-là ont vu de leur propres yeux de quoi elle était capable et seront à même d’apprécier le livre à sa juste valeur, jacassa-t-il sans prendre la peine d’écouter ce qu’elle avait à dire.
- Dan ! cria son agent pour stopper ses divagations sans queue ni tête.
Il la fixa un instant, saisi par le haussement de ton de sa voix.
- Tu dois retravailler ça avant de parler d’une quelconque publication. Je ne le présenterai pas à la maison d’édition dans cet état.
Elle vit ses pupilles se dilater sous la surprise.
- Je te l’ai clairement exprimé hier soir, reprit-elle devant son air ahuri.
- Mais les choses ont changées depuis.
- Quoi, tu veux dire parce qu’on a couché ensemble ? s’exclama-t-elle.
C’était à son tour d’être abasourdie.
- Dan, ça ne change rien à ce que je pense de ta présentation.
- Je croyais qu’on était tombé d’accord, lui reprocha-t-il.
- Quand ? Avant ou après que tu m’aies fait boire pour me culbuter dans ton lit ?
- Ne fais pas comme si tu étais choquée. Celui qui t’a manipulée ce n’est pas moi, tu étais de mon avis pour lui rendre la monnaie de sa pièce cette nuit.
- Alors, tout se résume à ça ? Ton bouquin n’est qu’un instrument de vengeance, ni plus, ni moins ? Pas étonnant que ça ne vaille pas un clou !
- Tu ne sais pas comment ils sont. Tous. Tu n’as eu qu’un vague aperçu des vices de Chuck Bass.
- Peu importe ce qui se passe dans ta vie, tu ne peux pas le transposer dans ton bouquin de cette manière. Ça ne fonctionne pas comme ça.
- Je veux dénoncer tous ces pourris qui font croire qu’ils sont mieux que tous les autres parce qu’ils vivent dans un monde meilleur, alors que ce dernier est pire que le nôtre. Toutes ces paillettes et tout ce luxe, ce n’est que de la poudre aux yeux.
- Peut-être, mais ce n’est pas ce que tu démontres. Tout ce que tu m’as décrit, ce n’est qu’un règlement de compte. Un ramassis de dénonciations exercé par un petit esprit aigri. Je ne publierai pas ça, l’avertit Alexandra.
- Alors, je trouverai un autre éditeur.
- Je te souhaite bonne chance si tu penses pouvoir trouver un seul de mes confrères digne de ce nom qui apposera son nom à côté d’une telle nullité littéraire.
- Pourquoi tu prends sa défense toi aussi ? s’emporta-t-il finalement. Chuck a seulement couché avec toi pour pouvoir te manipuler et se servir de toi.
- Exactement comme, toi, tu viens de le faire, s’écria Alessandra. Tu n’es pas mieux que lui, tu es pire. Au moins lui n’est pas convaincu de détenir la palme de la vérité. Il ne revendique aucune morale et ne se sent pas obligé de devoir sauver le monde ou de le défendre contre un ennemi imaginaire.
- Je n’ai rien en commun avec lui, cracha Dan.
- Ca, je ne te le fais pas dire et c’est ce qui te fait crever de jalousie justement. Tu les envie tellement, tu voulais tellement faire partie de ce monde que tu décries, que tu ne supportes pas d’en avoir été rejeté.
- Comment peux-tu te ranger de leur côté quand tu as lu tout ce qu’ils ont été capable de faire tous autant qu’ils sont ?
- Je ne me range d’aucun côté justement. Je me contente de faire mon boulot d’agent et de te dire que ce que tu as écris n’a aucune valeur littéraire. Et pour ton information, tu déformes la réalité comme tu as envie de la voir.
- Ce n’est pas ce que tu disais hier soir.
- J’étais ivre ! Comment peux-tu accorder le moindre crédit à ce que j’ai dit à ce moment-là ? Je ne faisais que pleurer sur mon sort avec toi, parce que c’est exactement là où tu voulais m’emmener. Mais la vérité quand à mon histoire avec Chuck Bass, c’est que je suis celle qui lui a fait du rentre dedans à la soirée de la Saint Valentin, parce que je me sentais seule et que je savais qu’il était seul lui aussi. Pour la bonne et simple raison que tu avais séduit la femme qu’il attendait et qui était empêtré dans un mariage bidon, ce qui ne t’a pas empêcher de tenter ta chance sans le moindre scrupule.
- Parce que lui a eu des scrupules à t’envoyer un plagiat en lieu et place de mon premier travail ?
- Il m’a avoué la vérité et m’a remis ton original, qui était bien meilleur que le torchon que tu m’as présenté hier. Chuck a renoncé à sa vengeance parce qu’il s’est rendu compte que c’était mal, justement. Alors je te demande de faire comme lui et de revenir sur ta décision parce que si tu ne me présentes pas autre chose dans le mois qui vient, tu pourras te trouver un autre agent.
- Laisse-moi devinez Chuck t’a achetée, c’est ça ? questionna Dan.
- Mais tu es complètement parano. Tu es tombé sur la tête, ma parole. Je n’ai eu aucun contact avec lui depuis des lustres.
- Ils ont dit qu’aucun éditeur ne voudrait publier mon histoire.
- Et ils ont raison. Parce que c’est nul, tout simplement ! Inutile de dépenser de l’argent à acheter les maisons d’éditions.
- Dis-moi ce qu’il t’a promis, s’entêta le jeune homme. Est-ce qu’il t’a proposé de l’argent ? Parce que pour ton information, il est fauché comme les blés maintenant. A moins que… Est-ce qu’il a à nouveau couché avec toi ? Pour te faire chanter par la suite ?
- Non, mais tu délires là ! Faut que tu arrêtes, sérieusement. Mais tu sais quoi, pour TON information, il n’a pas eu besoin de me faire boire pour m’attirer dans son lit et je ne le regrette pas une seconde, contrairement à ce qui vient de se passer entre nous, cria-t-elle au comble de la colère et de l’indignation.
Elle ramassa ses affaires et claqua la porte du loft, abandonnant un Dan Humphrey plus en rogne que jamais.
L’heure du départ annoncé était arrivée pour Matt et sa petite famille. Il était temps pour eux de regagner leur plage de sable fin. Lili avait pris l’initiative d’un dernier repas de famille avant l’envol, aux aurores du lendemain, des Australiens pour leur continent.
Matt avait été enchanté d’apprendre que son frère avait réussi à se créer un nouvel espoir d’avenir et qu’il pouvait y participer d’une certaine manière. Par contre il avait eu un pincement au cœur en apprenant la décision de Vic de rester à New-York avec ce dernier.
Il n’ignorait pas quelles étaient les aspirations de sa petite sœur mais, en grand frère protecteur qu’il avait toujours été, il avait du mal à la laisser derrière lui, même si il savait que Chuck assurerait désormais le rôle qui lui avait toujours été attribué.
Peut-être aussi pour ça, son cœur se serrait un peu plus. Il avait toujours été l’aîné depuis sa naissance mais ce temps était désormais révolu et il devait apprendre à trouver sa place entre son frère et sa sœur, car il était aussi un petit frère à présent.
Le fait qu’ils restent ensemble ne faisait qu’accentuer son sentiment d’isolement. En repartant, il avait l’impression de se couper d’eux. Cela ne faisait que trois mois qu’il avait rencontré son jumeau et pourtant, il avait l’impression qu’ils se connaissaient depuis toujours. Ils étaient liés l’un à l’autre et même sans grandir ensemble, la fusion s’était rétablie à la seconde où ils avaient été face à face.
- Tu vas bien ? s’inquiéta sa compagne.
Il acquiesça d’un signe de tête avec un petit sourire au bout des lèvres.
Elle le connaissait par cœur et elle n’ignorait pas que cet instant était difficile pour lui. Matt aimait que les gens aient besoin de lui. Mais aujourd’hui Vic quittait le nid pour apprendre à voler avec Chuck.
La jeune fille était grisée par cet envol, cette nouvelle expérience, qui donnait des perspectives ascensionnelles à sa vie. Elle se lançait enfin dans l’aventure, celle qu’elle avait attendue toute sa vie.
Et même si ce n’était pas son père qui lui tenait la main, elle savait qu’elle pouvait mettre un pied devant l’autre sans crainte sur le fil de la vie. Parce que son autre grand frère était là pour veiller sur elle. Il ne la laisserait pas perdre l’équilibre et s’écraser au sol, pas sans un véritable parachute doré en tout cas.
Vic croisa le regard de Matt, de l’autre côté de la table et y perçu des étincelles de nostalgie. Elle lui envoya un baiser volant, comme quand il avait huit ans et qu’elle essayait de rattraper tous ceux qu’il lui jetait, du haut de ses trois ans à peine.
Il le captura et le plaça sur son cœur en lui faisant un clin d’œil. Il allait vraiment lui manquer. Mais elle l’appellerait chaque semaine comme quand ils étaient en pensionnat chacun à un bout de la côte de l’océan pacifique.
Blair pressa doucement sa paume sur la cuisse de Chuck. Vic et lui avaient fait l’aller-retour jusqu’à Toronto sur la journée de la veille et il était épuisé. Il avait réussi à convaincre Looming mais les contrats devaient encore être signés par chaque partie.
Il redoutait un retournement de situation de dernières minutes, s’attendant à un ultime coup d’épée de Bart pour réduire ses espoirs à néant. Son père avait toujours été très doué pour ça, il excellait même dans cette discipline. Si elle avait fait partie des jeux olympiques, il en aurait certainement remporté la médaille d’or, juste devant sa mère biologique probablement.
L’aîné des Bass répondit à son appel en glissant sa main dans la sienne sous la table. Il ne pensait pas que ce serait si éprouvant pour lui de se séparer de son cadet de quelques minutes à peine. Ils ne se connaissaient que depuis quelques semaines et il n’était pas du genre à s’attacher, pas par le passé en tout cas.
Car il devait se rendre à l’évidence, il n’avait plus peur de prendre le risque d’aimer, ni de le reconnaître. Ça avait commencé avec Blair, c’est elle qui avait tout déclenché et il lui en était plus que reconnaissant. Il était enfin vivant. Son cœur battait sans crainte, sans remord de trahir la doctrine qui lui avait été inculquée.
Le reste n’était que la suite logique de sa progression dans le monde des êtres humains. Ceux qui ressentaient les émotions et les laissaient les emporter sur des sommets vertigineux. Le revers de la pièce était qu’il y avait aussi des moments bien plus mélancoliques, mais il ne se sentirait plus jamais aussi seul et mal aimé que pendant son enfance.
Ce n’était qu’un au revoir. Personne ne pourrait plus lui enlever cet autre qui le complétait, même à des milliers de kilomètre. Leur lien était invisible et invincible. D’ailleurs il avait promis à Matt qu’ils passeraient les fêtes de fin d’année ensembles. C’était dans moins de trois mois. D’une certaine manière, ils étaient déjà réunis l’an dernier, quelque part dans les limbes de leurs inconsciences.
Il avait aussi secrètement promis à Hugo que le Père Noël lui déposerait un chiot dans ses chaussons. Son neveu aussi lui manquerait, il réveillait en lui le désire d’être père.
Quand il s’était enfui avec Blair, il avait promis d’aimer son enfant comme si c’était le sien. Cette fois, ce serait réellement le cas et il serait tout ce que Bart n’avait jamais été pour lui. Il ferait en sorte que son enfant sache qu’il était le plus important à ses yeux, le plus beau et le plus précieux des cadeaux que la femme de sa vie ne lui aurait jamais offert.
- Je propose un toast, dit Serena, la mine éblouissante au côté de Nate.
Elle se redressa sur sa chaise et s’éclaircit la gorge.
- Aux frères et sœurs d’ici et d’ailleurs, de quelque manière que ce soit.
Elle leva son verre, copiée par tout un chacun autour de la table et but une lampée de vin, avant de passer son bras autour des épaules de son frère adoptif, assis à sa droite et de planter un smack sonore sur sa joue.
- Comment va-t-il, réellement ? s’inquiéta Lili auprès des parents de Blair qui avaient également été conviés au diner d’adieu.
- Eh bien, Chuck n’est pas vraiment expressif quant à ses émotions, mais je crois qu’il s’en sort plutôt pas mal, vu la présente situation, répondit franchement Eléanor.
- Il est le bienvenu chez nous autant qu’il le souhaite, ajouta Cyrus
La mère adoptive du jeune homme lui sourit, un peu rassurée pour son fils.
- Et pour toi, comment ça s’annonce ? demanda-t-elle à la styliste de renom.
Eléanor ne put retenir une grimace.
- J’ai vu un autre médecin pour un deuxième avis mais c’est sans appel, je devrai passer sur le billard si je veux espérer pouvoir réutiliser complètement mon bras un jour.
La blonde se sentit navrée pour elle. Elles n’étaient pas des amies proches mais elles se connaissaient depuis longtemps. L’amitié de leurs filles les tenait informées de ce qui se passait dans la famille de l’autre et maintenant elles n’en formeraient plus qu’une par l’intermédiaire de son fils adoptif.
Eléanor était fière et indépendante et Lili pouvait s’imaginer combien ce handicap devait la laisser se sentir diminuée dans ce qui avait été une des parties la plus importante de sa vie.
Elle était partie de rien pour monter cette société. Heureusement que Blair était là pour atténuer le sentiment de perte qu’elle devait éprouver. En acceptant de prendre la codirection de WD, sa mère n’avait pas l’impression de perdre totalement ce qu’elle avait mis tant de sueur à accomplir.
La blonde lui était également plus que reconnaissante d’avoir accueilli son fils sous son toit. Grâce à ça, il avait une vie de famille qui lui apportait un peu de stabilité. Dieu seul savait qu’il en avait grand besoin.
Elle observa ses trois enfants. Serena chahutait avec Nate tandis qu’Eric et Chuck discutaient. Ça lui réchauffa le cœur de voir qu’ils avaient fini par rompre la glace qui s’était installée entre eux depuis qu’elle avait épousé Rufus.
Son cœur se serra un peu en repensant à son amour de jeunesse. Elle l’avait vraiment aimé mais il était toujours si rigide dans ses principes. Il condamnait fermement les actions qui ne correspondaient pas à son code de l’honneur.
Elle se demandait comment il prenait toute cette histoire de sabotage du défilé Waldorf par Dan. Il devait être au trente-sixième dessous. Lui qui était si fier de la manière dont il avait élevé ses enfants devait déchanter et elle n’aurait pas voulu être à la place du jeune-homme en ce moment.
Du coin de l’œil, elle vit la jeune sœur de son fils adoptif qui câlinait son neveu. Elle se leva pour la rejoindre, elle avait une proposition à lui faire.
- Vic, l’accosta la mère adoptive de son frère.
Elle releva la tête, celle d’Hugo toujours posée sur son épaule. Il était mort de fatigue et s’endormait quasiment dans ses bras.
- Je me demandais si tu voudrais venir t’installer avec Serena et moi plutôt que de rester à l’hôtel puisque Matt rentre en Australie. Etant donné que tu as choisis de t’inscrire à NYU en dernière minute, je suppose qu’il n’y a plus de place sur le campus, ce serait peut-être plus confortable pour toi.
La jeune fille la dévisagea un instant. Elle ne s’attendait pas à une chose pareille de sa part. Elle en resta coite.
- Inutile de répondre ce soir, indiqua Lili. Juste, réfléchis à la question. Tu seras la bienvenue si tu veux te joindre à nous. Il y largement de la place pour toi. Eric repart dans dix jours pour l’université lui aussi et l’appartement va me sembler immense. Tu peux utiliser la bibliothèque pour en faire ton bureau d’étude ou ce que tu veux, je ne fais qu’y classer des papiers. Et je suis certaine que sa rassurerait tes frères de savoir que tu ne vis pas dans une chambre d’hôtel, Chuck en particulier.
Vic considéra la question un instant. Ce n’était pas une trahison envers sa propre mère, pas comme si elle ferait jamais partie de la famille de Lili et de Serena, où même du jeune blondinet avec qui elle s’entendait plutôt bien. Ou peut-être qu’elle en faisait déjà partie à son corps défendant, même si ce n’était pas légalement ?
Ses yeux se posèrent sur Chuck et Matt qui se retranchaient un peu à l’écart, de l’autre côté de la pièce. Elle sourit en imaginant déjà leurs retrouvailles dans quelques mois. Pour la première fois, ils seraient tous ensemble pour la nouvelle année. Un nouveau départ, qui commençait dès à présent, sous les meilleurs auspices. Une nouvelle vie, à New-York, où elle pourrait enfin accomplir sa destinée.
- J’accepte, répondit-elle à Lili avec un petit sourire.
- Tant mieux. Alors, c’est réglé, confirma cette dernière.
A la fin de la soirée chez Lili, Blair laissa son fiancé raccompagner son jumeau dans le hall. Elle comprenait qu’ils avaient besoin d’un moment en privé, rien que tous les deux.
Leur jeune sœur s’éternisa, exprès, auprès de Lili et Serena pour discuter de l’organisation de son prochain emménagement. Elle aurait tout loisir d’avoir un tête à tête avec Matt à l’hôtel. Shaori, quant à elle, s’installa dans la limousine, Hugo endormi dans ses bras.
- On s’appelle, dit l’Australien un frisson courant le long de son échine.
- Tu n’es pas encore parti, je serai là demain matin, pour vous accompagner à l’aéroport.
- Tu n’es pas obligé …
- J’y tiens, dit Chuck, sans appel.
- Ok, sourit Matt, soulagé de le revoir encore le lendemain. Surtout prend bien soin de Vic et de toi. Ne le laisse pas nous séparer à nouveau.
- Aucun danger que ça arrive, promis son aîné avec un petit sourire en coin. Ce n’est plus lui qui tire les ficelles. Quant à toi, essaie de ne pas tuer Jack, j’ai pas envie de passer le prochain Noël dans la cantine d’une prison australienne.
- Je ferai de mon mieux, répondit son double en miroir parfait.
Chuck agrippa le bras de son jumeau dans un geste identique au sien et l’attira à lui pour finir en une accolade, seulement rompue par le carillon des portes d’ascenseur quelques instants plus tard.
Chacun se dégagea de l’étreinte de l’autre, le cœur en berne.
- A demain, dit Matt en tentant de maîtriser les sons qui sortaient de sa gorge.
- A demain, répondit son frère de la même voix chargée d’émotion.
Il le regarda s’en aller rejoindre sa famille dans le véhicule.
- Il va me manquer à moi aussi, commenta Vic en arrivant à sa hauteur. Mais je crois que c’est encore pire pour lui, parce qu’il rentre seul. Enfin, tu comprends ce que je veux dire.
- On sera là-bas dans quelques semaines, résonna l’aîné de la fratrie pour calmer la sensation de vide qui s’emparait déjà de lui dans un coin de son cœur.
Il passa un bras autour des épaules de sa sœur et elle déposa un baiser tendre sur sa joue.
- Espèce de sale bâtard ! claironna soudain la voix de Dan Humphrey dans le hall quasiment désert au milieu de la nuit.
Chuck le vit charger droit sur lui en titubant un peu et écarta immédiatement Vic de lui.
- Un problème Humphrey ? demanda-t-il en se redressant de toute sa hauteur, un sourire sardonique se formant sur ses traits.
Ses pupilles s’étaient rétrécies jusqu’à n’être plus qu’un minuscule point noir comme l’ébène.
- Qu’est-ce que tu as fait ? hurla le trouble-fête en se plantant devant lui.
- Tu étais prévenu, se contenta de renifler le brun ténébreux avec suffisance.
- Si tu crois que ça va m’empêcher de publier mon bouquin. Votre petite clique ne peut pas contrôler chaque éditeur du pays. Je trouverai bien quelqu’un, d’une manière ou d’une autre tous vos petits secrets salaces seront dévoilés.
Chuck serra les points et s’avança d’un pas vers l’écrivain qui puait la gnole.
- Ecoute moi bien, espèce de cafard, personne, tu entends, personne, ne publiera jamais ton histoire. Et si tu t’avises encore de tenter de créer des ennuis à Blair, je te jure que je te réduirai en poussière. Alors le mieux que tu as à faire, c’est de ramasser tes petites affaires et de déménager loin d’ici, là où on n’entendra plus jamais parler de toi et de ta pitoyable existence.
- Blair ! s’égosilla Dan. Cette petite snobinarde prétentieuse est aussi vile que toi et elle aura ce qu’elle mérite, comme vous tous. S’il le faut je mettrai l’histoire en ligne sur le net.
Il fit un pas en avant, ivre d’alcool et de rage et bouscula son ennemi qui lui renvoya la politesse et lui décocha une droite en plein visage.
Humphrey se retrouva par terre, le nez en sang alors que Chuck secouait sa main endolorie.
Il n’était pas adepte de la confrontation physique mais ça faisait bien trop longtemps que son poing le démangeait.
- Est-ce que ça va ? intervint Vic en posant une main sur le bras de son frère.
Elle fut projetée vers l’arrière par le crolé qui s’était relevé et fonçait à nouveau sur celui qu’il considérait comme le diable incarné, responsable de tous ses malheurs. Il le percuta de toutes ses forces pour l’acculer contre la paroi, tandis que Chuck tentait de se dégager de son emprise.
- Lâche-le ! hurla la jeune brunette.
Mais l’autre ne l’écoutait pas, il pissait le sang sur le costume de son frère et leva un poing rageur pour lui rendre son coup, seulement il n’eut pas le temps d’abattre son bras car il se retrouva pousser à son tour contre le sol par des mains dans son dos.
Sans comprendre ce qui arrivait, il fut plaquer sur le carrelage et sentit deux genoux dans le creux de son dos, tandis que la longueur de ses cheveux offrait une prise parfaite.
Il battit des bras dans le vide pour agripper son assaillant, mais ce dernier exerça une nouvelle pression, plus haut sur sa cage thoracique, en remontant un de ses genoux entre ses omoplates.
- Si tu bouges encore, j’te brise la nuque, vociféra Matt.
Dan s’immobilisa aussi sec, obligé de s’avouer vaincu.
- Est-ce que ça va ? redemanda Vic, tremblante, en posant à nouveau une main sur le haut du bras de Chuck qui reprenait ses esprits.
- Oui, je crois, répondit-il en constatant que son Armani était rempli d’hémoglobine.
Il posa son regard sur les deux jeunes hommes, Humphrey toujours maintenu au sol par son jumeau.
- Je croyais que c’était moi qui devais éviter d’me retrouver en tôle ! commenta ce dernier en souriant ironiquement.
Le type sous lui remua un peu.
- Je te relâche si tu te tiens tranquille, lui indiqua-t-il.
Humphrey fit un signe positif de la tête, ce qui lui causa une nouvelle douleur au cuir chevelu, puis Matt desserra lentement son emprise.
L’Australien se releva, libérant ainsi complètement les mouvements de Dan.
Il se remit sur ses jambes à son tour et se tourna vers Chuck pour constater qu’ils étaient deux.
Il n’ignorait rien des dernières péripéties de la famille Bass, Georgina et lui les traquaient depuis des semaines, mais il n’avait jamais vu les jumeaux en chair et en os devant lui car c’était toujours elle qui se chargeait du sale boulot, lui-même préférant rester dans l’ombre. Courageux mais pas téméraire disait le dicton.
Ça provoqua en lui un sentiment de frustration encore plus grand. Si en plus il se démultipliait, il n’aurait plus de grande marge de manœuvre pour faire tomber le roi des ténèbres et toutes sa courre, à commencer par sa reine.
Il essuya son visage d’un revers de manche et prit conscience qu’il saignait toujours.
- J’crois qu’tu lui as pété le nez, entendit-il dire le double de son pire ennemi.
Il porta la main à son tarin et ressentit une douleur vive. Ce bâtard lui avait bel et bien brisé l’arête nasale.
- Je vais porter plainte contre toi, ragea-t-il.
- Vas-y, ne te gène surtout pas, je suis prête à témoigner sous serment, persifla Vic au bras de Chuck, les yeux étincelants de colère.
Si ses frères étaient protecteurs, elle l’était tout autant et leur retournait pleinement la faveur.
- Dégage d’ici et ne t’avise plus de remettre les pieds de ce côté du pont ou je te le ferai regretter, cracha l’aîné des Bass.
Humphrey hésita un instant mais il n’était pas de taille contre les deux frères. Il valait mieux pour lui quitter les lieux. Il prit la direction de la porte et disparut dans la nuit comme il était venu, le nez en chou-fleur en plus de la tignace.