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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 01.08.2012 à 13h26
Auteur : katido
Statut : Terminée
« La vie n'est pas un long fleuve tranquille ! » katido
Cette fanfic compte déjà 101 paragraphes
Harold Waldorf observa sa fille, enlacée dans les bras de son fiancé. Il espérait que cette fois, c’était la bonne. Il ne doutait pas une seconde des sentiments de sa petite fille pour le jeune homme.
Même s’ils avaient une histoire compliqués, Eléanor ne s’y était pas trompée. Le cœur de sa petite princesse battait toujours pour Chuck Bass et ça semblait réciproque. C’était son vœu le plus cher car Blair avait déjà bien assez souffert.
Depuis quelques jours qu’ils étaient ici, il n’avait aucunement le droit d’en douter, en toute objectivité. Il ne connaissait pas vraiment le fils de Bart Bass. Ils avaient grandis ensemble, avec Blair et les autres, mais cela faisait trop longtemps qu’il avait quitté New-York pour se faire une idée précise de ce garçon.
Il ne pouvait que s’appuyer sur leur histoire passé et ce n’était pas des plus brillants. Mais à les voir là, blottis l’un contre l’autre, sur le sofa, pendant que Blair regardait pour la millième fois au moins « Vacances Romaines », il ne pouvait que constater l’amour qui brûlait dans le regard de Chuck, qui, lui, n’avait d’yeux que pour elle.
L’héritier Bass n’était pourtant pas connu pour son romantisme. Ou plutôt, l’ex-héritier. Sa fille lui avait conté les derniers évènements et il était évident que le jeune homme aurait du fil à retordre pour réussir à se dégager de l’emprise de son paternel, même si elle s’exerçait à présent en sa défaveur.
Malgré tout, il appréciait cette partie combattive de son futur gendre. Dieu sait qu’il en aurait besoin s’il liait sa vie à celle de son entêtée de fille. Il sourit en pensant à toutes les fois où il avait lui-même dû user et abuser de stratagèmes pour réussir à lui faire changer d’avis quand elle était enfant.
Mais elle n’était plus une petite fille à présent. Elle reprenait la direction de Waldorf Design à la suite de sa mère et elle ferait des étincelles dans ce domaine comme dans les autres, même si elle n’avait pas intégré Yale comme ils le prévoyaient depuis toujours.
Beaucoup de choses avaient changées et ne s’étaient pas réalisées comme elle l’avait envisagé. Mais au final, elle s’en tirait plutôt bien. Et à en juger par le bonheur qui irradiait sur ses traits en cet instant, c’était pour le mieux.
- Nostalgique ? demanda Roman en s’adossant au mur de leur cuisine à côté de son amant, qui observait les jeunes tourtereaux, accoudé au comptoir qui délimitait l’espace ouvert.
- Elle a grandi bien trop vite, constata Harold avec un soupir de regret.
- C’est une femme à présent. Et une femme qui sait ce qu’elle veut.
- Ca tu l’as dit, s’exclama le père de Blair.
Sa fille croisa son regard et lui sourit depuis l’autre pièce. Elle entrelaça ses doigts un peu plus à ceux de Chuck et remua pour mieux caler sa tête dans le creux de son épaule.
Elle voulait profiter de leurs deux derniers jours de liberté, loin de la folie de Manhattan où tout allait toujours à une vitesse vertigineuse. Elle avait réussi à l’emmener chez son père après la signature des contrats avec Looming et Raina.
La mise en œuvre des chantiers ne prendraient cours que dans quelques semaines, au mieux en fin d’année, quand toutes les autorisations et tous les permis de bâtir seraient approuvés et signés.
En attendant, Vic s’évertuait à appliquer les procédés qu’elle avait proposés aux principes de construction pour les futurs hôtels. Elle avait demandé à son frère de la laisser se charger de cette partie avec les architectes.
Blair avait abondé dans son sens et avait profité du peu de temps de battement qu’ils avaient entre son travail chez WD et l’accalmie des défilés pour saisir l’opportunité de s’évader à Lyon.
Après tout ce tumulte, elle avait besoin de se retrouver dans ses bras, loin de la vie trépidante de l’UES. Loin des podiums et des mètres de tissu à couper. Loin de Bartholomew Bass et d’Elisabeth Fischer. Loin de Jenny Humphrey et de Raina Thorpe. Rien qu’eux deux, loin de tout.
La maison de son père était l’idéal pour ça. C’est sa mère qui lui avait soumis l’idée. Elle n’était pas aveugle, elle se rendait bien compte de la tension qui régnait entre sa fille et la nouvelle styliste engagée.
Si elle appréciait le travail de Jenny Humphrey, elle n’en n’était pas moins au courant de ce qui s’était passé entre cette dernière et son futur gendre. Il était plus qu’évident que Blair faisait des efforts démesurés pour tolérer la présence de la blonde.
C’était le jeu, il fallait souvent faire des sacrifices dans ce métier et sa mère avait beaucoup d’admiration pour son sens de l’abnégation. Mais puisqu’elle était dans la possibilité de donner à Blair quelque peu de lest, il valait mieux que cette dernière parte souffler loin de l’atelier.
Et après toutes les péripéties essuyées, un petit voyage en amoureux ne pourrait pas faire de mal aux futurs mariés. Ils en avaient supportés plus que leur compte. Quelques jours de calme, loin de tout, leur seraient des plus bénéfiques.
Chuck traça des dessins imaginaires de son pouce sur le dos de la main parfaitement manucurée de sa fiancée. Il resserra son bras autour d’elle, emprisonnant sa taille fine encore un peu plus.
Il pencha la tête, laissant ses cheveux s’emmêler dans les siens et ferma les paupières. Il était plus qu’heureux de l’avoir suivie jusqu’ici. Il n’était pas dupe. Même si elle n’avait pas vu son père de tout l’été, il n’était pas sa motivation première pour quitter l’UES.
Il respira l’odeur de son shampooing et le laissa s’instiller en lui. Il avait besoin lui aussi de se retrouver là, avec elle, lovée au creux de lui sur ce canapé.
Le projet immobilier s’annonçait bien, ils attendaient les approbations pour le démarrage des travaux. Pendant ce temps, Vic l’avait quasiment supplié de la laisser mener à bien les ébauches avec les architectes pour la modification de procédés plus rentables. Il s’agissait principalement de changement dans les bases des matériaux de la construction, cela n’en altérerait nullement le projet initial présenté par Looming.
Il n’avait pas pu le lui refuser, d’autant que ça lui permettait de se concentrer sur d’autres aspects et aussi sur sa jolie fiancée. Même si Blair lui assurait aller parfaitement bien, il n’avait aucunement l’intention de relâcher sa vigilance. Rien ne viendrait plus troubler leur union.
Si un petit voyage loin de tout pouvait l’aider à respirer un peu, il n’allait surement pas l’en privée. D’autant qu’il appréciait ces moments à leur juste valeur.
Il avait été un peu angoissé à l’idée de se retrouver face à Harold Waldorf au début. Eléanor était de son côté, mais c’était tout autre chose pour le père de sa belle. Elle avait une relation très forte avec lui et il craignait la désapprobation de ce dernier étant donné tout ce qui s’était passé entre eux et la manière dont il avait agi avec Blair, même si cela remontait à plus d’un an maintenant. Elle lui avait pardonné, mais il n’était pas du tout certain que ce soit également le cas de son beau-père.
Cependant, il avait été agréablement surpris de constater qu’il semblait se ranger à l’avis de sa fille sans autre forme de procès. C’était un peu ironique pour un avocat. La belle brune qui faisait battre son cœur lui avait expliqué qu’elle avait eu une discussion franche avec son père à ce sujet et que les choses étaient on ne peut plus claire quant à ses sentiments et à sa foi en lui et en leur amour. Elle avait su trouver les arguments pour défendre leur cause apparemment.
Harold et Roman les avaient accueillis à bras ouvert et faisaient de leur mieux pour les chouchouter. Son père concoctait des petits plats, rien que pour Blair et son amant était très heureux de pouvoir parler chiffon avec elle. L’adrénaline des défilés et le monde de la mode devaient sans doute lui manquer depuis sa retraite dorée.
Pour ce qui le concernait, il passait des instants intenses et romantiques à profiter de la femme de sa vie. Qui aurait jamais pu croire que Chuck Bass adorerait passer du temps pelotonner au coin du feu avec pour toute activité d’observer les émotions qui se dessinaient sur le visage délicieux de sa fiancée pendant qu’elle regardait, encore et encore des films à l’eau de rose ?
Certainement pas lui-même il y a encore quelques années d’ici. Pourtant, après tout ce qu’ils avaient vécus, il devait reconnaitre qu’un peu de tranquillité lui faisait le plus grand bien. L’heure du retour à la vie réelle pointait déjà doucement le bout de son nez et il voulait emmagasiner un maximum de moments tels que celui-ci avant de se faire happer par la folie de la vie.
La sonnette de la porte d’entrée y mit un terme plus rapidement que prévu.
A la seconde où Roman l’informa que son oncle demandait à le voir de toute urgence, la récréation était terminée. Il sentit la paume de Blair se serrer plus fortement contre la sienne.
- Je reviens tout de suite, chuchota-t-il à son oreille pour tenter d’apaiser l’inquiétude qu’il lisait déjà dans son regard.
Elle acquiesça, sans grande conviction. Si Jack était venu jusqu’ici, il devait avoir une bonne raison, mais pas forcément des meilleures.
- Qu’est-ce que tu fais là ? grogna Chuck en se présentant devant son oncle sur le seuil de la porte.
- Du calme, je ne suis pas ton ennemi au cas où tu l’aurais oublié.
- Je n’avais pas compris que tu étais de mon côté, railla son neveu.
- Je sais que ce qui s’est passé pendant que tu étais inconscient ne présente pas les choses en ma faveur, mais je ne t’ai causé aucun tort. Il n’y a pas si longtemps, on était du même côté. Matt me déteste pour de bonnes raisons et tu as aussi les tiennes, mais on était tombé d’accord sur certaines choses quand Bart t’a viré de BI comme un mal propre. J’ai quitté la compagnie de mon plein gré pour t’aider.
- Parce que tu savais que ce n’était qu’une question de temps avant qu’il n’agisse de même avec toi.
- Si je suis ici, c’est pour t’aider, reprit Jack.
- Vraiment ? Et pourquoi tu ferais ça ?
- Parce que, crois le ou pas, je suis plus de ton côté que de celui de Bart. Et aussi parce que ta mère me l’a demandé.
- Je ne crois pas que Lili s’adresserait à toi pour quoi que ce soit, commenta Chuck.
- Je ne parlais pas de ta mère adoptive, cingla son oncle.
Le jeune homme accusa le coup sans se démonter.
- J’ai vu Bart il y a deux jours. Il a bien l’intention de récupérer tous tes actifs, y compris ceux de ta fortune personnelle et les investissements que tu as engagés, continua Jack.
Les pupilles de Chuck s’étrécirent de colère et de frustration.
- Il ne peut pas faire ça, c’est impossible, s’indigna-t-il.
- Ce n’est pas ce qu’il m’a raconté. Il a entendu parler d’un projet que tu aurais avec Thorpe Entreprise. Je te laisse deviner dans quel état de rage ça l’a mis. Et il fera tout ce qu’il pourra pour faire bloquer le projet. Il est persuadé que ses avocats vont réussir à faire saisir tous tes biens en se basant sur le principe de l’héritage indu.
- Il a repris tout ce qu’il pouvait de ce côté-là, rugit Chuck.
- Apparemment l’un de ses sbires aurait trouvé le moyen légal de réclamer le reste aussi.
- C’est tout bonnement impossible, intervint Harold derrière le jeune homme.
Les deux Bass se tournèrent vers lui.
- Désolé, mais vous n’êtes pas très discrets, s’excusa-t-il. Si vous entriez m’expliquer ce qu’il vous a dit exactement.
Chuck acquiesça et son oncle pénétra dans la demeure pour exposer les faits mentionnés par son frère.
Liliane Rhodes arpentait la salle de bal la tête ailleurs. Si ce n’avait été une quasi- obligation de participer à l’organisation de cette soirée de charité, elle s’en serait bien passée. Elle avait d’autres choses en tête.
Son avocat lui avait rapporté que Bart était peut-être en mesure de lui réclamer des dommages et intérêts pour avoir utilisé l’argent de l’héritage qui lui avait été indûment versé à sa fausse mort.
Elle avait dépensé sans compter pour refaire la garde-robe de Rufus et pour l’aider à envoyer Dan à l’université ainsi que Jenny dans une école privé de stylisme de l’Hudson.
Certes, il ne s’agissait pas d’écoles réputées et les coûts étaient nettement moins élevés que si les enfants Humphrey étaient allés à Yale ou à Parsons, mais les sommes étaient néanmoins considérables.
De plus Eric venait d’intégrer sa seconde année universitaire lui aussi et la part d’héritage de Cece fondait comme neige au soleil suite aux différents honoraires des avocats résultants des imbroglios juridiques avec cette Ivy Dickens. D’après leurs dires, Bart bataillait ferme pour la laisser sur la paille et il était peut-être bien en passe de réussir.
Elle faillit presque renverser l’assiette que Cyrus tenait devant lui en entrant en collision avec le beau-père de Blair.
- Oh ! Pardon, je suis vraiment désolée, s’excusa-t-elle.
- Il n’y a pas de mal, indiqua le petit homme qui avait réussi à sauver les petits fours et son costume.
- Comment va Eléanor ? s’enquit poliment la blonde.
- Tout ira mieux quand je pourrai enfin reprendre une activité normale, répondit cette dernière en arrivant aux côtés de son mari.
Elle avait été opérée trois semaines plus tôt et elle devait encore attendre trois semaines avant de se voir retirer son carcan de plâtre et recommencer de la kinésithérapie en douceur.
Le temps lui semblait infini, mais elle devait se plier aux recommandations médicales si elle voulait pouvoir continuer à dessiner les croquis pour WD. La petite Jenny était talentueuse mais elle avait encore beaucoup à apprendre et elle ne sentait pas encore prête à désarmée. Elle était bien trop jeune pour s’asseoir dans un fauteuil et se contenter de faire la lecture.
- Vous avez des nouvelles des enfants ? interrogea Lili.
Chuck ne l’avait pas appelé une seule fois depuis que Blair et lui s’étaient envolés pour la France. Elle ne s’y attendait pas vraiment, ils ne partaient même pas une semaine complète et elle avait bien compris qu’ils voulaient se couper du monde pour échapper un peu à la réalité.
- J’ai eu Harold au téléphone il y a trois jours, ils sont bien arrivés et tout semblait aller dans le meilleur des mondes, indiqua Eléanor.
- Tant mieux, alors, dit la mère adoptive du jeune homme, soulagée.
- Je suis certain qu’ils profitent de temps passé à deux. Après tout, les affaires de Chuck ont l’air de s’arranger, commenta Cyrus qui se voulait confiant.
La blonde acquiesça avec un petit sourire pincé.
- Il y a un problème ? demanda la styliste en fronçant les sourcils.
Lili hésita, elle détestait être annonciatrice de mauvaises nouvelles.
- Ça risque de prendre un peu de temps en fait. Bart a lancé ses chiens à nos trousses et je ne sais pas comment tout ça va finir.
- Comment ça ? demanda la brune.
- Les avocats de Bart auraient trouvé un moyen de piocher dans nos fortunes personnelles en tablant sur un argument d’investissement sur héritage indu.
Le visage d’Eléanor exprima l’incompréhension.
- C’est tout à fait grotesque, s’offusqua-t-elle.
- Je ne suis pas spécialisé dans ce genre de choses, étant donné que mon rayon c’est les contrats des artistes, mais il devrait y avoir des vices de procédure quelque part qui pourraient invalider les jurisprudences si elles devaient effectivement être établies étant donné que Bart a organisé sa propre mort d’une manière tout à fait illégale, sans passer par la protection des témoins.
- Tu penses qu’il pourrait y avoir une chance de faire invalider l’annulation de l’héritage ? questionna Lili.
- Comme je l’ai dit, je ne suis pas spécialisé dans les ordres de succession, mais je veux bien jeter un œil sur les jurisprudences et les textes légaux pour voir si je peux trouver une faille dans le jeu de Bart. Ou peut-être qu’Harold voudrait s’en charger ? Lui, c’est sa partie, suggéra le petit homme en se tournant vers sa femme.
Lili regarda Eléanor avec espoir.
- Je vais lui en parler et voir ce que je peux faire, abonda-t-elle dans son sens.
- Evitons de parler de ça aux enfants pour l’instant. J’ai demandé aux avocats de ne pas prévenir Chuck avant son retour, histoire laisser perdurer encore un peu la quiétude de leur retraite. Je prendrai tous les honoraires à ma charge, décida sa mère adoptive.
- Ne fait pas l’idiote, Chuck et toi faites partie de la famille, s’indigna Eléanor.
*****
A plusieurs milliers de kilomètres de là, Jack quittait son neveu après lui avoir donné tous les détails qu’il avait en sa possession.
- Qu’est-ce que tu attends de moi ? demanda Chuck en le raccompagnant à la voiture qui l’avait amené.
Il n’était pas assez idiot pour penser que son oncle agissait gratuitement.
- Je n’ai pas fait ça pour obtenir quelque chose en contre-parti, je te l’ai dit, je veux juste te prévenir.
- Par bonté d’âme ? railla le jeune homme.
- Non, je fais ça pour elle. D’ailleurs, à propos de ta relation conflictuelle avec ta mère … entama Jack
- Ma relation avec Lili va très bien, cingla son neveu.
- Quoi que tu en penses, Elisabeth est ta mère, répondit Jack en remontant dans le véhicule.
Une fois rentré à l’intérieur, Chuck retrouva Blair dans le bureau de son père, qui épluchait ses codes de législation.
- Il va trouver quelque chose pour le contrer, affirma-t-elle en posant une main sur son épaule.
Il se contenta de la serrer dans ses bras. Il tentait d’échapper à son destin, mais ce dernier semblait bien ne pas vouloir désarmer. Son père ne le ferait pas en tout cas. Il était déterminé à tout faire pour briser son avenir.
Le smartphone d’Harold retentit et les deux jeunes gens quittèrent la pièce.
- Merci, souffla-t-il tout bas à l’oreille de sa fiancée.
- Pourquoi ? s’étonna-t-elle.
- Pour m’avoir offert ces quelques jours de répit au paradis, murmura-t-il.
Elle emprisonna son visage entre ses mains et posa ses lèvres sur les siennes.
- Tant que tu auras besoin de moi. Toujours, promit-elle.
Il lui rendit son baiser tendre.
- Si on allait faire une ballade, pour en profiter encore un peu ? proposa-t-elle.
Il acquiesça et la laissa le guider sur les chemins de ronde autour du château.
Ils rentrèrent presqu’à la nuit tombée.
- On commençait à s’inquiéter, les informa Roman quand ils franchirent le seuil de la maison.
- Ta mère a téléphoné indiqua, Harold à l’adresse de sa fille. Jack ne racontait pas d’histoire. Bart va tenter de récupérer aussi sa part auprès de Lili.
Blair sentit Chuck se raidir à ses côtés. Le jeune homme carra la mâchoire, mais ne fit aucun commentaire.
- Si on passait à table, lança Roman pour détendre l’atmosphère.
Mais le cœur n’y était plus vraiment, en particulier pour le jeune homme. A peine le repas terminé, il s’excusa pour appeler sa mère adoptive.
Son futur beau-père le retrouva plusieurs heures plus tard, pratiquement au milieu de la nuit, assis sur les marches du perron. Chuck reconsidérait ses options et pas seulement les siennes.
Les papiers de dissolution d’adoption avaient été détruits, mais il pouvait demander à ses avocats de rédiger de nouveaux actes. Ainsi Bart laisserait peut-être Lili en dehors de tout ça. Il devait limiter les dégâts tant qu’il le pouvait encore.
- Insomnie ? questionna Harold.
Le jeune homme répondit par l’affirmative d’un signe de tête.
Le père de Blair lui tendit un verre d’alcool ambré.
- Je vais vous sortir de là, Lili et toi, dit l’homme pour tenter de le réconforter.
- Pourquoi faites-vous ça pour moi ? demanda Chuck.
- En premier lieu, ce n’est pas seulement pour toi. Tu es celui dont dépend le bonheur de ma fille et j’ai bien l’intention d’y veiller. En deuxième lieu, parce que sans toi, Blair serait toujours enchaînée à ce prince crapaud et son horrible famille ou bien Eléanor aurait dû faire une croix sur Waldorf Design. Grace à toi, aucune de ces deux choses ne s’est produite. Et troisièmement, tu fais déjà partie de la famille, indiqua Harold en levant son propre verre.
Le jeune homme répondit à son geste et avala une goulée de scotch.
Que pouvait-il répondre à ça ?
- J’ai regardé toutes les dernières jurisprudences et tous les jugements, aucun ne mentionne le fait que le défunt n’en soit pas un. Il faut qu’on joue sur l’implication de ton père dans la falsification de son décès. Il va certainement plaider le danger de mort, même étendre ce risque à Lili et à toi, pour inciter le juge à prendre position en sa faveur. Ce qu’il faudrait, c’est démultiplier les faits en les reliant à ses antécédents.
- Vous voulez parler de mon acte de naissance?
- Le tien et celui de ton frère. Ça, et aussi l’acte de décès de ta mère biologique. L’idéal serait d’obtenir son témoignage et celui de ton oncle puisqu’ils étaient présent au moment des faits, à défaut une attestation testimoniale, mais le premier serait le mieux. Cela aurait plus de poids si je pouvais les citer à la barre. Afin de démontrer l’habitude de Bart à avoir recours à ces méthodes et pas seulement quand il s’agit de vie ou de mort, on pourra ainsi l’accusé de faux et usage de faux pour ses propres intérêts.
Chuck grimaça, il n’avait aucune envie d’impliquer encore plus de personne de son entourage. Et puis Elisabeth n’accepterait jamais de s’opposer à Bart et de subir ses foudres, malgré le fait qu’elle clamait le considérer comme un fils. D’autant qu’elle n’avait pas les atouts financiers de Lili. Il lui en voulait pour l’avoir abandonné à son propre sort entre les mains de Bart, mais pas assez pour lui souhaiter pareils déboires.
Peut-être Jack ? Il pourrait lui proposer de lui donner ses parts dans le nouveau projet en échange. Le plus difficile serait de convaincre Raina et Vic, mais il s’agissait d’un cas de force majeur. Si son père réussissait son coup, elles se retrouveraient associées à lui de toute façon et alors il ne donnait pas cher de leur peau non plus.
- Est-ce qu’on ne pourrait pas se contenter de produire une arnaque à l’assurance ? avança-t-il soudain. C’est ce qui lui a permis de faire fortune et de développer Bass Industrie. Je pourrais témoigner. Et son associé de l’époque sera certainement ravi de pouvoir le charger, ou du moins, je peux essayer de le convaincre si ce n’est pas le cas, il n’en faudra pas beaucoup pour qu’il se mette à table.
- Ce serait une corde de plus à notre arc, mais notre meilleur atout reste la mort feinte de ta mère biologique en échange de la promesse de faire de toi son seul héritier. Le fait qu’il ait refusé de reconnaître ton jumeau et qu’ils aient signés des documents l’écartant de tout héritage est également un atout, on pourra prouver sa volonté d’avoir toujours voulu te laisser ses biens et demander la révocation de sa requête.
- Si je comprends bien, je n’ai pas d’autre choix que de demander à Elisabeth Fischer de prendre faits et causes pour moi.
- C’est un problème ? demanda l’avocat. Blair m’a dit qu’elle tentait de reprendre contact avec toi.
- Surement pas dans ces conditions, dit cyniquement Chuck en scrutant le fond de son verre.
- Peut-être que tu devrais commencer par le lui demander, commenta Harold. Tu sais parfois les mères sont … bizarres. Eléanor et Blair ont eu des problèmes de communications pendant des années et aujourd’hui, regarde où elles en sont arrivées.
- Peut-être, marmonna Chuck.
Blair se tenait dans l’embrasure de la porte, son regard posé sur l’homme de sa vie. Son cœur battait au même rythme que le sien tandis qu’il s’était résolu à lire la lettre qu’Elisabeth lui avait envoyée le mois précédent.
Harold avait été sans équivoque quant au recours à l’aide de sa mère biologique dans cette guerre contre Bart. Ses autres avocats lui avaient tenu le même discours. Aussi le jeune homme voulait-il connaître le contenu de sa missive avant de la lui demander.
Surtout parce qu’il doutait plus que fortement qu’elle soit réellement encline à prendre une part active dans sa vie et encore moins quand cela pouvait occasionner des déboires pour elle.
Il avait réfléchi à ça toutes les nuits depuis leur retour de Lyon et quand il dormait, son sommeil était agité. Blair l’avait retrouvé à plusieurs reprises, assis tout seul dans l’obscurité du petit salon. Il disait que c’était parce qu’il ne voulait pas la réveiller.
Pourtant, elle aurait préféré. Elle lisait l’angoisse et l’incertitude sur ses traits et ça lui lacérait le cœur de ne pas pouvoir soulager un tant soit peu ses souffrances.
Il ne voulait pas mêler Elisabeth à tout ça.
Premièrement parce qu’il redoutait les répercussions que Bart pourrait exercer contre elle. Même si elle ne s’était jamais comportée en mère vis-à-vis de lui, elle restait celle qui l’avait porté pendant neuf mois et il avait beau dire qu’elle ne comptait pas à ses yeux, il n’y avait rien de plus faux.
Deuxièmement par ce qu’il s’attendait à ce qu’elle refuse. Elle l’avait rejetée à chaque fois qu’elle en avait eu l’occasion, pourquoi serait-ce différent cette fois-ci?
Il détestait cette part de lui qui ne pouvait s’empêcher de continuer à espérer en dépit de tout et surtout du bon sens.
Ses espoirs avaient si souvent été déçus. Il connaissait l’étendue de cette douleur. Sans sa réponse, il n’était pas obligé de s’avouer que ses attentes étaient vaines encore une fois.
Mais il n’avait plus le choix à présent. Il n’était plus seulement question de lui. Blair était liée à son destin quoi qu’il arrive. Elle ne reculerait pas et n’accepterait pas de remettre en question leur union, même s’il en était réduit à vivre à ses crochets jusqu’à la fin de sa vie. Chose qu’il refusait catégoriquement.
Aussi n’avait-il pas d’autre solution que de recourir à toute l’aide qu’il pourrait trouver. Il devait tenter le coup, même si cela se terminait par un échec cuisant. Il aurait au moins le mérite d’avoir essayé.
Il était prêt à tout supporter pour la femme qui permettait à son cœur de continuer à battre envers et contre tout. Tant qu’elle serait à ses côtés, il réussirait à tout surmonter, protégé par son amour inconditionnel.
Il avait déjà fait rédiger les nouveaux actes pour la dénonciation d’adoption, ils avaient été déposés, signés de sa main, cet après-midi chez Lili. Il n’avait pas le droit, encore moins l’envie, de l’entrainer avec lui dans la spirale infernale. Tant pis s’il y perdait la seule mère qu’il ait jamais connue. Il avait grandi sans, ce ne serait qu’un retour à la normale.
Il avait également fait préparer la transaction pour que ses parts du nouveau projet immobilier soient reversées à Jack, dans l’attente de sa réponse à la proposition écrite qui lui avait fait parvenir la veille. C’était la seule chose qu’il pouvait lui offrir en échange de son témoignage.
Ça et le Victrola.
Il avait ajouté ce dernier la mort dans l’âme, il représentait bien plus qu’un simple cabaret pour lui. C’était là que Blair lui avait dévoilé sa face cachée pour la première fois. Celle qu’il avait parfois soupçonnée, mais qu’elle avait toujours gardée bien enfuie au plus profond d’elle-même. Celle qu’elle ne montrait à personne d’autre que lui.
Raina et Vic n’avaient pas été faciles à convaincre, mais elles n’étaient pas stupides, elles comprenaient parfaitement les implications et les retombées si Bart réussissait à s’approprier ça aussi. De deux maux, on choisit le moindre et son oncle était certainement un moindre mal comparé à son père pour tout un chacun qui s’était rangé de son côté dans cet affrontement.
Il sortit le papier de l’enveloppe, les mains tremblantes et ferma les yeux pour inspirer une dernière bouffée d’oxygène avant que sa trachée refuse de coopérer totalement. Une fois que les mots se seraient imprimés sur sa rétine et auraient pris forme dans son cerveau, il ne pourrait plus les ignorer, quelque qu’en soit le sens.
Blair résista à la tentation de gagner son lit et de s’asseoir à côté de lui pour l’entourer de ses bras. Il avait besoin de faire ça seul. Mais elle ne pouvait se résoudre à quitter la pièce. Elle voulait être là pour le rattraper si jamais il venait à s’effondrer.
Elle se mordit la lèvre inférieure quand il déplia la feuille entre ses doigts agités de soubresauts. Un goût de sang dans sa bouche lui signifia qu’elle avait incisé la peau rose et tendre à force d’angoisse.
« Chuck,
Puisque je ne peux t’appeler Charles,
Tu as tous les droits de me le refuser et je n’en n’ai aucun.
Je sais que je t’ai fait beaucoup trop de mal pour que les mots puisent jamais effacer toutes les souffrances qui se sont installées dans ton cœur d’enfant par ma faute, par mon absence. J’y ai laissé une place vacante que ton père n’a pas su combler par l’amour et où elles ont pris racines tout naturellement pour croitre avec les années.
Ils ne sont pas non plus assez forts pour exprimer toute l’intensité de mes regrets, mais je veux que tu saches que, malgré tout ce que tu peux croire et malgré les faits, dans mon cœur de mère, il y a et il y aura toujours une place pour toi.
Tu seras à jamais ce petit être que j’ai serré sur mon cœur avant qu’il ne me soit arraché. J’ai tenté de me convaincre que ça n’avait aucune importance quand Jack m’a demandé de l’aider à se venger de Bart. Je me suis répété des centaines de fois que tu étais son fils et non pas le mien, mais ça n’a pas fonctionné.
Je voulais croire que ton père avait fait de toi un jeune homme à son image, quelqu’un de froid et de calculateur qui n’avait pas de cœur. Mais la seule image que je garde de toi, c’est celle d’un enfant à l’âme si fragile, que j’ai posé sur l’autel du sacrifice pour pouvoir en sauver un autre, identique mais si différent.
Parce que tu n’es pas ton frère, tu n’es pas celui que j’ai vu grandir et que j’ai aimé pour deux. Celui sur lequel j’ai reporté tout mon amour quand je ne pouvais te le faire parvenir.
Mais tu n’es pas ton père. Tu es devenu l’homme qu’il ne sera jamais, malgré la manière dont il t’a éduqué. Tu es meilleur que lui, meilleur que moi. Le fils qu’il ne mérite pas, qu’il n’a jamais mérité et moi non plus. Tu es devenu quelqu’un de bien, en dépit de nous.
Je suis si fière de toi et de ce que tu es aujourd’hui, de la manière dont tu as su trouver ta voie, dont tu mènes ta vie, de tout ce que tu as accompli, même si ce n’est pas grace à moi.
C’est pour ça que je ne peux m’empêcher d’espérer, de me dire que, si j’implore assez ton pardon, tu sauras trouver dans ton cœur la force que je n’ai pas eue. Celle de me battre pour te garder et pour te protéger. Celle de ne pas briser le lien qui nous unit à tout jamais.
Notre relation peut être ce que nous en ferons. Ne laisse pas mes erreurs nous maintenir éloignés l’un de l’autre. C’est ce que Bart voulait et j’ai fait tout pour abonder dans son sens jusqu’ici, mais je veux croire que tu sauras faire marche arrière pour combler la distance que j’ai mise entre nous et qui me tue un peu plus chaque jour.
Cette fois je ferai ma part. Je serai là. Je t’attendrai à la croisée des chemins, sans relâche. Cette fois je ne m’enfuirai pas. Je ne me cacherai pas derrière des mensonges.
Je peux seulement te prier et t’implorer pour que tu m’y rejoignes. Je t’attendrai au rendez-vous, jusqu’à mon dernier jour, sans faillir. Si tu le veux aussi, je serai là, devant toi, juste devant toi. Il suffit d’un signe de toi et je répondrai présente.
Elisabeth, ta mère qui t’aime »
Chuck laissa échapper un sanglot pour pouvoir reprendre une goulée d’air et Blair vola littéralement jusqu’à lui. Elle l’enserra de toute la force de ses bras fluets et déposa un baiser sur sa tempe.
Il agrippa sa main et s’y accrocha pour pouvoir respirer. Son cœur battait plus vite que lui. Il plongea entre ses bras et elle les referma autour de ses épaules secouées par sa respiration saccadée.
Elle le berça doucement jusqu’à ce qu’il retrouve un semblant de contrôle, caressant lentement son dos en mouvements circulaires pour l’apaiser.
Il glissa le papier entre ses doigts, les mots refusant toujours de dépasser son pharynx. Un sourire se forma sur les traits de sa fiancée comme les larmes roulaient sur ses joues, tandis que ses prunelles parcouraient les mots écrits à l’encre bleue d’une calligraphie penchée. Elle replia la feuille et la posa sur la table de nuit.
- C’est fini, c’est fini, murmura-t-elle tout bas à son oreille.
La brûlure pouvait enfin cesser de dévorer son cœur d’enfant.
Blair observait la poitrine de son fiancé se soulevée en rythme depuis un peu moins d’une heure maintenant. Chuck avait fini par s’endormir entre ses bras. Son sommeil était plus paisible que toutes les nuits précédentes. Il avait enfin trouvé un minimum de paix.
Elle s’attarda sur les traits de son visage, ils n’étaient pas tout à fait détendus. La bataille contre Bart venait à peine de débuter. A chaque fois qu’il pensait avoir remporté une victoire, à chaque fois qu’elle le pensait libéré de son emprise, son père était là, tapis dans l’ombre.
Elle releva une mèche foncée de son front et frôla sa joue de ses lèvres. Il remua un peu mais ne se réveilla pas. Elle adorait le regarder dormir. Elle ferma les yeux et reposa sa tête sur l’oreiller derrière lui. Avec Elisabeth de son côté, il aurait au moins une chance d’avancer dans la lutte.
Mais plus important encore, il avait la possibilité de retisser le lien perdu avec sa mère biologique. Elle regrettait juste qu’il doive en perdre une autre. Elle croisa les doigts pour que la première ne le lâche pas en cours de route et qu’elle respecte vraiment ce qu’elle avait couché sur le papier, pour qu’elle ne recule pas devant Bart.
Dorotha se présenta à la porte de la chambre et lui fit de grands signes silencieux pour attirer son attention. La jeune femme finit par l’apercevoir et quitta le matelas où son fiancé reposait, à regret.
- Qu’est-ce que tu as à gesticuler comme ça ? Je t’ai dit de ne pas nous déranger ! la réprimanda-t-elle à voix basse, une fois dans le couloir.
- Je sais Mademoiselle, mais Monsieur Jack est dans l’entrée. Il demande à voir Monsieur Chuck.
- Monsieur Chuck dort ! cria-t-elle tout bas.
- Je sais, s’excusa encore l’employée, mais il insiste. Il dit qu’il attendra jusqu’à ce qu’il ait pu le voir.
Blair soupira et descendit l’escalier. Jack devait avoir reçu la proposition de transfert des parts en contre-parti de son témoignage.
- Où est-Chuck ? s’enquit-il en voyant arriver la jeune brunette.
- On est pratiquement au milieu de la nuit !
- N’exagère pas, il est à peine 23h00, argumenta l’oncle de son fiancé.
- Il ne peut pas te voir pour l’instant, argua Blair. Est-ce que tu vas accepter le deal ou non ?
Jack lui tendit une enveloppe sans répondre.
- Qu’est-ce que c’est ? voulu-t-elle savoir.
- Les documents qu’il a fait envoyer à mon hôtel et mon témoignage écrit, ainsi que celui d’Elisabeth. Nous viendrons à la barre si nécessaire.
Blair l’observa, surprise à la fois par le contenu et le ton concerné qu’il avait utilisé.
- Elisabeth ? questionna-t-elle.
Chuck n’avait même pas encore eu l’occasion de lui demander quoi que ce soit.
- Lili est passée nous voir cet après-midi, expliqua Jack. Je lui ai dit qu’on serait de son côté. Est-ce qu’il a lu la lettre ?
La jeune femme acquiesça d’un signe de tête.
- J’espère qu’elle ne va pas lui faire faux bonds cette fois ! commenta-t-elle.
- Elle connaît parfaitement les risques, on sait à quoi s’attendre de la part de Bart.
- A tout. Et surtout au pire ! s’exclama Blair.
- Elisabeth veut vraiment renouer avec son fils, répondit-il sincère.
- Je l’espère, parce qu’il n’a plus ni l’énergie, ni la ressource nécessaire pour jouer à un autre de tes petits jeux. Il t’a donné les seules choses qu’il possédait encore et qu’il avait réussi à acquérir sur ses biens personnels en plus du Victrola. Cette fois, il n’a vraiment plus rien. Il avait misé tout ce qui lui restait dans ce nouveau projet. Alors si tu crois pouvoir en tirer plus, tu perds ton temps, l’invectiva-t-elle quand même.
- Ce n’en n’est pas un. J’en ai terminé avec tout ça. Quant à ses parts, je n’en veux pas, il peut les garder. Le club aussi, je sais ce qu’il représente à ses yeux.
- Qu’est-ce que tu veux en échange, alors ? Si tu penses que je vais encore accepter un de tes marchandages pervers…
- Je ne veux rien, à part l’aider, dit Jack avec un petit sourire cynique.
- Je ne vois pas ce que tu y gagnes dans ces conditions, grommela-t-elle toujours méfiante à son égard.
- La question n’est pas de savoir ce que j’ai à y gagner, mais plutôt ce que j’ai à y perdre, commenta-t-il acerbe.
Blair le regarda sans comprendre.
- Ma fille et la femme que j’aime. Je ne finirai pas comme Bart, il m’a déjà bien trop pris, maintenant, je ne joue plus.
La jeune femme le cru vraiment pour une fois.
Il était plus qu’évident que Vic ne laisserait pas passer une nouvelle trahison de la part de ses parents à l’un de ses frères. Elle faisait partie du jeu désormais, et ça changeait toute la donne pour Jack. Il ne ferait rien qui pourrait la mettre en danger ou risquerait de lui faire perdre son affection pour de bon.
Il avait toujours été celui qu’elle regardait avec admiration et de qui elle attendait un geste, un regard. Même quand personne d’autre n’attendait rien de lui, Victoria continuait à quémander sa présence et son attention.
Sauf qu’aujourd’hui, elle n’avait plus besoin de lui. Elle avait trouvé quelqu’un d’autre qui lui donnait ce qu’elle voulait obtenir depuis qu’elle était en âge de décider par elle-même. Des encouragements et une complicité qui la portaient plus loin, qui lui permettaient d’ouvrir ses ailes et de prendre son envol, loin du nid.
Il n’avait jamais pensé au jour où cela arriverait. Il la voyait comme sa petite fille, la seule qui l’aimerait toujours sans condition. Peu importe ce qu’il valait ou ce qu’il faisait, elle lui pardonnait tout car il était son père. Il était son héros. Il avait étrangement cru que ça durerait toute la vie, mais il la sentait s’éloigner irrémédiablement et elle lui manquait.
C’était à son tour de mendier à présent et il était prêt à le faire. Pour Victoria et pour Elisabeth. Il ne terminerait pas seul et détesté de tous comme son frère et comme leur père avant lui.
Il avait haï son paternel de toutes ses forces quand sa mère s’était ouvert les veines pour ce type égoïste et indifférent à tous sentiments. Elle était morte de chagrin et avait emporté un peu de lui avec elle. Il avait perdu son âme d’enfant à neuf ans, elle s’était envolée de l’autre côté avec son amour maternel. II avait appris à se construire une armure impénétrable et à être impitoyable, jusqu’à une jeune et jolie étudiante de Dartmouth.
Mais il pouvait encore décider du reste de la route qui s’étendrait sous ses pas. Il ne suivrait pas la voie tracée pour lui. Il optait pour le chemin de traverse, celui qui lui offrait la liberté de choisir, qui lui donnait la possibilité de faire les choses biens et de tenter de réparer avant qu’il ne soit définitivement trop tard.
Blair nota de la tête et il s’engouffra dans l’ascenseur. Elle remonta les escaliers pour se blottir contre son fiancé et trouva le sommeil à son tour, lovée autour de lui comme pour le protéger de toute attaque imminente.
*****
La première chose qu’elle sentit lorsqu’elle s’éveilla, c’était ses lèvres sur sa peau, juste sous le lobe de son oreille droite. Elle gémit de plaisir et caressa la nuque de Chuck de ses ongles vernis.
- Bonjour mon ange, chuchota-t-il.
- Bonjour mon cœur, marmonna-t-elle, cherchant sa bouche.
La sonnerie de son réveil vint briser l’instant magique et ils grognèrent de mécontentement simultanément.
Après l’avoir informé de la visite de son oncle, elle dû se résoudre à abandonner ses bras et le cocon douillet qu’ils formaient. Elle avait une réunion importante pour déterminer les thèmes de la prochaine collection avec toute l’équipe, y compris sa dernière recrue qui, elle devait le reconnaître, mettait du cœur à l’ouvrage et faisait preuve de bonne volonté envers sa personne. Elle n’en baissait pas sa garde pour autant.
Chuck s’attarda dans la chambre, analysant le contenu de l’enveloppe en papier kraft que son oncle avait remis à Blair. Les évènements prenaient une teinte encore bien plus pernicieuse et inhumaine à la lecture des menus détails.
D’après ces documents, sa mère biologique avait réellement fait tout ce qui était en son pouvoir pour se défendre contre Bart et elle s’était résolue, la mort dans l’âme, à le laisser à la garde de son père en échange de la promesse qu’il n’interférerait plus jamais dans sa vie, ni dans celle de Matt.
La confession de son oncle allait dans un sens identique. Les copies des contrats, contenant les modalités de leurs applications ainsi que celles des actes de naissance et décès attestaient de l’accord passé entre eux trois.
Il grimaça et poussa un soupir. Est-ce qu’il devait vraiment accorder du crédit aux déclarations de Jack et Elisabeth ? Il n’aurait pas demandé mieux, mais chat échaudé craint l’eau froide.
Deux petits coups à la porte, à peine distincts, attirèrent son attention. Lili se tenait sur le seuil. Son cœur se resserra encore. Il lui avait fait porter les papiers de révocation d’adoption pour ne pas avoir à la regarder les signer.
Elle s’approcha de lui et l’enlaça sans un mot pendant plusieurs minutes qui lui parurent bien trop courtes. Elle posa une main sur son visage après avoir essuyé les larmes qui menaçaient de déborder de ses propres cils recourbés et allongés par le mascara.
- Charles … entama-t-elle.
- C’est la meilleure des solutions, la coupa-t-il en se reculant d’un pas pour se soustraire à la caresse de ses doigts sur sa joue.
- Ce n’est pas une solution pour moi, dit-elle doucement.
- Ça ne changera rien, tu l’as dit toi-même. Peu importe les actes légaux, je te considérerai toujours comme ma mère, la première, celle qui a bien voulu de moi quand ce n’était le cas de personne d’autre.
- Ton père a toujours voulu de toi, même si ce n’était pas pour les bonnes raisons.
- Il a juste fait de moi sa propriété, la seule chose qu’il ait jamais vue en moi, c’est un héritier qui ne laisserait pas dépérir l’œuvre de sa vie. Et c’est aussi la raison pour laquelle il s’acharne sur moi aujourd’hui.
- Je sais, mais penses-tu véritablement qu’il va cesser de s’en prendre à moi parce que nous aurons finalement accédé à sa demande en rompant le lien officiel qui nous uni ? Tu le connais mieux que ça. Tu sais que le point de non-retour a déjà été atteint et qu’il ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Il continuera jusqu’à ce qu’il nous ait broyé tous les deux, peu importe que je sois ta mère adoptive ou non à présent.
Chuck savait pertinemment qu’elle disait vrai au fond de lui.
- Je suis désolé pour ça, s’excusa-t-il. Mais, peut-être que ça calmera un peu sa colère à ton encontre. Il faut au moins essayer, on n’a rien à perdre.
- J’ai beaucoup à perdre au contraire, indiqua Lili en le regardant bien en face. Un fils, que j’aime de tout mon cœur.
Elle se tût un instant pour laisser s’atténuer l’émotion dans sa voix et fit un nouveau pas pour diminuer la distance qu’il avait établie entre eux. Cette fois, elle prit ses mains dans les siennes.
- Je ne suis pas prête à renoncer à toi, Charles. J’ai discuté avec Jack et Elisabeth hier. Harold dit qu’on a largement nos chances de l’emporter devant un juge. Ton adoption renforce notre dossier. Bart devra se battre pour la faire invalider également s’il veut faire annuler tous les effets de son pseudo décès. Ne lui simplifions pas la tâche, veux-tu ?
Il resta indécis quelques secondes. Lui non plus n’était pas prêt à renoncer à elle en tant que mère adoptive, mais si ça avait pu arranger un peu la situation pour elle, il aurait pu faire ce sacrifice.
Il pressa ses paumes dans les siennes et elle l’attira à nouveau à elle pour le serrer dans ses bras.
- Il ne gagnera pas cette bataille-là, affirma-t-elle. On va laisser les avocats se charger de ça. J’ai confié tout le dossier à Harold, il va nous sortir de là.
Il acquiesça et déposa un baiser sur la joue de Lili.
- Et maintenant si on tentait de vivre nos vies normalement sans penser constamment aux menaces de Bart, proposa-t-elle. Tu pourrais commencer par venir déjeuner avec moi, par exemple. Dorotha m’a dit que tu mangeais à peine depuis votre retour de Lyon.
Chuck ne put se retenir de rouler des yeux au ciel, mais il ne put pas non plus réprimer le petit sourire qui apparaissait au coin de ses lèvres en emboîtant le pas à sa mère adoptive.
Le soleil pleuvait entre les tentures, qui flottaient légèrement au vent apporté par la fenêtre entre ouverte de ce début d’automne à Manhattan.
Blair Waldorf ouvrit un œil et un sourire s’épanouit sur son visage. Son cœur était en joie aujourd’hui. Elle glissa une main sur le matelas pour entrelacer ses doigts aux siens et se tourna vers lui. Il était là, tout contre elle, c’était un jour parfait dans un monde parfait. Elle était là, exactement là, à l’endroit où elle était la plus heureuse, celui où elle avait trouvé la fontaine du bonheur infini, entre ses bras.
Rien ne viendrait gâcher cette journée. Peu importe les épreuves qu’ils avaient à affronter à l’extérieur, dans la réalité. Elle ne laisserait rien se mettre en travers de leur route aujourd’hui. Ce jour était à eux, rien qu’à eux. Et même le grand Bartholomew Bass ne pourrait rien y changer aujourd’hui à moins d’avoir une machine à remonter le temps.
Chuck la regardait fixement, un bras replié sous sa tête, depuis au moins une heure. Elle était si belle et son cœur faisait boum, boum, boum, dans sa poitrine, cognant plus fort à chaque battement. Ça faisait cinq ans exactement qu’il avait commencé à battre.
Cinq ans que des papillons étaient sortis de leur chrysalide, qu’il pensait pourtant impossibles à briser. Il n’avait même pas conscience qu’elles étaient en lui. Mais elle avait su les découvrir. Les lépidoptères s’étaient mis à prendre vie et à ouvrir leurs ailes à son contact, comme si sa splendeur et sa clarté les avaient éveillés.
Un simple contact de sa peau contre la sienne avait été capable de libérer tant de force, des centaines d’ailes qui se dépliaient et se démultipliaient, s’ouvrant et se fermant en cadence au creux de lui et qui avaient donné l’impulsion à son cœur pour battre au rythme de son amour, alimenter par l’embrasement qu’elle faisait naître en lui.
Ce qui expliquait pourquoi il s’éteignait et s’étiolait quand elle s’éloignait. Sans leur source lumineuse, les papillons cessaient de voleter, ils refermaient leurs ailes et son cœur s’arrêtait tout simplement. Mais pas aujourd’hui. Plus jamais.
- Qu’est-ce que tu fais ? souffla-t-elle en roulant sur lui.
- J’admire ma fiancée, sourit-il avant de déposer un baiser voyou, tendre, doux et sucré dans le creux de son cou.
Elle passa sa langue sur ses lèvres roses, puis posa son index sur le menton de l’homme de sa vie.
- J’ai pris ma journée, chuchota-t-elle. Je me suis dit qu’on pourrait faire quelque chose de spécial aujourd’hui. Rien que nous deux … enfin presque.
- Comment ça ? Enfin presque ? … Remarque, ça pourrait aussi être intéressant pour ce que moi j’ai prévu, la charia-t-il avec le petit sourire en coin qui la faisait craquer.
Elle lui administra une tape sur le haut du bras et il l’embrassa passionnément jusqu’à ce que ses poumons demandent grâce.
- Ce n’est pas à ça que je pensais et, désolée pour toi, mais, ça, ça n’arrivera jamais, déclara-t-elle en reprenant haleine.
- Tant mieux, parce que je détesterais devoir te partager, murmura-t-il, ses lèvres à nouveau pressées contre sa peau ferme, plus bas, sous son cou.
Ils passèrent une matinée voluptueuse entre les draps, puis Chuck l’emmena pour un déjeuner surprise.
- Où est-ce qu’on va ? demanda-t-elle une fois assise dans la limousine.
- Là où tout a commencé, répondit-il
- Je pensais qu’on y était déjà, glissa-t-elle avec un petit sourire et un regard coquin.
- Pas tout à fait, indiqua-t-il d’un air un peu rêveur.
Lorsqu’elle passa les portes de l’établissement, elle écarquilla les yeux. Il avait fait transformer la scène du Victrola en celle de « Vacances Romaines».
Une copie parfaite de la Bocca della Verità trônait sur l’estrade, derrière une table dressée pour deux, avec chandeliers, à côté d’un banc, installé devant une réplique miniature du Colisée.
Un violoniste, debout devant une vespa des années 50, entama la musique de Georges Auric.
- On n’a pas vraiment pris le temps de faire du tourisme la dernière fois qu’on était à Rome. Alors, je me suis dit qu’en attendant d’y retourner, on pouvait la faire venir à nous.
- Chuck, c’est magnifique, s’exclama-t-elle les yeux brillants d’émotion.
- Pas autant que toi, répondit-il de sa voix profonde et sensuelle.
Elle saisit la main qu’il lui tendait et le suivit jusqu’à la table, où il tira une chaise pour elle. Il avait fait préparer ses mets préférés. Tout était absolument parfait du début à la fin.
Une fois le serveur et le musicien disparus, il sortit un boitier qu’il fit glisser jusqu’à elle.
Lorsqu’elle ouvrit l’écrin de velours rouge, elle y découvrit un bracelet étincelant de diamants, coordonné au collier qu’il lui avait offert pour son 17ème anniversaire et qu’elle portait pour l’occasion.
Il s’agenouilla aux cotés de sa chaise pour attacher le fermoir autour de son poignet.
- Je t’aime, de tout mon cœur, de toute mon âme. Tu m’as ébloui à la seconde où mes yeux se sont posés sur toi ce soir-là, sur cette scène et tu le fait encore chaque jour depuis, déclara-t-il, ses mots vibrants au rythme de son amour pour elle.
Il déposa un baiser tendre et fort à la fois sur ses lèvres.
- Moi aussi, j’ai quelque chose pour toi, murmura-t-elle, la voix chargée d’émotion.
Elle lui tendit un étui de velours noir contenant une épingle à cravate. Elle avait fait transformer sa broche en forme de cœur en ce bijou pour qu’il puisse le porter chaque jour, bien visible.
Il en resta bouche bée, son palpitant cognant encore plus fort dans sa poitrine. Il connaissait parfaitement l’histoire de cette broche et il savait ce qu’elle représentait pour la femme de sa vie.
- Elle revient à celui à qui j’appartiens corps et âme, lui rappela-t-elle.
Comment aurait-il seulement pu l’oublier ?
Elle plongea dans ses yeux chocolat, son regard était si intense, qu’elle sentit les flammes qui la consumait de son amour pour lui, grandirent encore.
- Epouse-moi, dit-elle dans un souffle.
Il tressaillit et les yeux noisette de sa fiancée l’engloutirent encore plus profondément.
- Epouse-moi, aujourd’hui, répéta-t-elle le cœur battant la chamade.
Les pulsations dans ses veines s’accélérèrent encore comme les mots se répandaient en lui.
- Je ne veux pas attendre un jour de plus pour devenir ta femme.
Il sentit le vertige des papillons qui s’élevaient dans les airs.
- Mais, tu as dit que … balbutia-t-il.
- Je sais ce que j’ai dit. Mais on peut conserver la grande cérémonie pour le mois de mai. On y renouvellera nos vœux. Aujourd’hui, ce sera juste pour nous, comme il y cinq ans. Juste toi et moi … enfin presque, sourit-elle sournoisement.
- Je n’ai même pas encore été commander les alliances. Je …
- Ne t’inquiète pas pour ça. Tout ce que je veux, c’est être Madame Chuck Bass quand je m’endormirai ce soir entre tes bras.
Elle se laissa glisser de sa chaise pour se retrouver à genoux devant lui et prit son visage entre ses mains.
- Epouse-moi, ici et maintenant, répéta-t-elle encore, le cœur au bord des yeux.
Il accrocha ses doigts aux siens, si frêles et si forts à la fois, qui pouvaient le porter quand il trébuchait sur le chemin de la vie.
- Oui, souffla-t-il entre leurs baisers. Oui, oui, oui.
Des larmes de bonheur roulèrent sur les joues de sa fiancée, qu’il essuya d’un geste de chaque pouce.
- Je t’aime, pleura-t-elle contre sa bouche. Je veux passer le reste de ma vie avec toi.
Il l’embrassa passionnément, son visage dans le creux de ses mains.
Les tourtereaux firent l’aller-retour jusqu’à la mairie pour se procurer les documents officiels.
Nate et Serena, arrivèrent trois heures plus tard en compagnie d’un pasteur, suivis de Cyrus et Eléanor, ainsi que Dorotha, qui ne put refouler une petite larme à la pointe ses cils, à l’instar de Lili.
La styliste de renom fit un clin d’œil à Chuck
- Cette fois, c’est la bonne, acquiesça-t-elle avec un immense sourire.
- Cette fois, c’est nous, reprit Blair, les yeux rivés sur l’homme pour qui battait son cœur, devant le maître de cérémonie.
- Cette fois, c’est nous, confirma-t-il.
Son cœur battait si fort qu’il avait l’impression qu’il allait tomber sur le sol, là, où tout avait commencé, comme dans un rêve.
- Je crois que tu vas avoir besoin de ça, man, lui dit son meilleur ami et témoin en lui plaquant une petite boîte sur le torse.
A l’intérieur brillaient deux anneaux d’or.
- J’ai fait refondre tes boutons de manchette, expliqua B. La mienne, c’est celui que tu as perdu dans la suite 485.
- Tu avais tout prévu, marmonna-t-il.
- Presque, chuchota-t-elle en souriant, il ne me manquait que l’accord de l’homme qui me rend heureuse. Mais je n'avais pas pensé que ça se passerait ici, sur cette scène. C'est encore mieux que tout ce que j'ai pu imaginer.
Le pasteur se racla la gorge pour attirer leur attention, il était temps de procéder à la cérémonie.
En toute intimité, simple et classieux, sans grande orgue, ni trompette. Juste deux âmes perdues qui unissaient leur cœur et leur destinée après avoir enfin retrouvé leur chemin l’un vers l’autre.
Le Smartphone de Chuck carillonna à minuit pile, le sortant de son demi-sommeil.
- Bon anniversaire Madame Bass, chuchota-il en caressant doucement le haut de son bras.
Elle sourit et souleva paresseusement une paupière pour attraper une image un peu floue de son mari allongé à ses côtés, qui jetait son téléphone sur la table de chevet dans la pénombre de la nuit.
Il roula sur elle pour dévorer sa peau de ses lèvres en feu.
Elle y répondit par des caresses langoureuses.
- Je t’aime Bass, susurra-t-elle dans le creux de son oreille.
- Je t’aime aussi Bass, répondit-il avant de continuer à mordiller son épaule.
Son cœur dansa dans sa poitrine, elle avait tellement attendu pour l’entendre dire ça. Maintenant elle ne s’en lassait pas.
Ils n’étaient pas partis en lune de miel car aucun d’eux ne pouvaient se permettre de quitter New-York en ce moment, mais la nuit de noce durait depuis qu’il l’avait portée dans ses bras pour franchir le seuil de sa chambre la semaine précédente en rentrant du Victrola, au petit matin, après avoir passé toute la nuit dans la limousine.
Ils passaient leur temps littéralement collés l’un à l’autre dès que l’occasion se présentait. Le fait d’être marié rendait les choses encore bien plus savoureuses et délicieuses, ce qui était pourtant plutôt difficile vu leur niveau d’aptitudes sur le plan physique.
- Je voulais être le premier à te le souhaiter, marmonna-t-il en glissant plus bas sur son corps.
Elle gloussa et accepta avec joie son tout premier cadeau, s’abandonnant au plaisir que lui seul maîtrisait avec autant de dextérité et de perfection.
Le deuxième était tout aussi parfait. Dans un écrin de velours elle découvrit les boucles d’oreille qui complétaient la parure de son collier et bracelet de diamant.
- Je les ai fait faire spécialement pour toi, indiqua-t-il devant sa mine hébétée.
Elle le regarda, complètement sans voix.
- Si tu n’aimes pas, tu peux les rapporter pour choisir autre chose, dit-il pour répondre à son silence.
- Elles sont magnifiques, je les adore, se défendit-elle. Mais où as-tu trouvé l’argent pour ça ? Tu as mis toutes tes liquidités dans les parts que tu voulais céder à Jack et l’argent de Matt est placé dans celles que tu as mises au nom de Vic. Sans compter que la mise en scène de la semaine dernière au Victrola a dû te coûter une petite fortune elle aussi.
- On ne demande jamais le prix d’un cadeau. Et la plus belle des femmes mérite d’avoir des atours dignes de sa beauté, argua-t-il en replongeant pour laper sa clavicule.
- Chuck, je ne plaisante pas, haleta-t-elle en le repoussant pour l’éloigner afin de lui faire face.
Elle prit son visage entre ses doigts.
- Qu’est-ce que tu as fait ? La seule chose que tu possèdes à part ça, c’est … le Victrola, termina-t-elle en avalant sa salive.
- C’était notre dernière soirée là-bas. En tant que propriétaire, en tout cas, expliqua-t-il.
Blair en fut toute retournée. Elle n’ignorait pas l’importance de ce lieu pour lui … et pour elle. Cependant il n’avait pas l’air plus affecté que ça.
- A qui l’as-tu revendu ? demanda-t-elle le souffle court.
- A un jeune éditorialiste qui avait envie d’un peu d’excitation dans sa vie de désormais non-célibataire.
- Nate ? s’étrangla la jeune femme.
- Il voulait me prêter de l’argent, mais je ne pouvais pas accepter sans lui donner de garantie. Je lui rachèterai quand toute cette histoire ne sera plus qu’un mauvais souvenir. Et au pire, on y aura toujours un droit d’entrée exclusif, acquiesça-t-il avec un petit sourire en coin qui la fit fondre comme une guimauve.
Il l’embrassa goulument mais elle lutta contre ses sens qu’il mettait sans-dessus-dessous et réussit à se reprendre pour entendre la voix de la raison dans sa tête.
- Je veux que tu me promettes que tu ne me feras plus aucun cadeau de ce genre et surtout de ce prix, pas tant que tout n’est pas rentré dans l’ordre, l’admonesta-t-elle.
- Bien sûr, comme ça si mon père gagne, je ne pourrai plus jamais rien t’offrir du tout, grogna-t-il en carrant la mâchoire.
Elle posa ses doigts sous son menton pour l’obliger à la regarder dans les yeux.
- Ta valeur ne s’évalue pas à ton argent, ni à ce que tu peux m’offrir. Tu m’as offert ce qui n’a pas de prix : ma liberté et ton amour. Ça dépasse largement tout l’or du monde pour moi. Ce qui m’a fait tomber amoureuse de toi, c’est toi, pas le collier de diamants, même s’il est surement le plus beau des bijoux que je n’aurais jamais. S’il a tant de valeur à mes yeux, c’est parce qu’il est le symbole de tes sentiments pour moi. Ce soir-là, tu m’as déclaré avoir des papillons dans l’estomac depuis notre nuit ensemble, et ça, ça vaut bien plus que sa valeur réelle. Si je voulais tant devenir Madame Chuck Bass, c’est n’est pas pour ta fortune, c’est pour le trésor qui bat là sous ta peau, dit-elle en posant sa main sur son cœur.
Elle l’embrassa tendrement.
- C’est facile pour toi de dire ça, grommela-t-il. Ce n’est pas toi qui n’a plus un sous en poche et qui a perdu tout ce qui faisait de toi ce que tu étais, y compris ta fierté.
Elle se mordilla la lèvre, elle imaginait combien la situation devait être frustrante pour lui. Il avait toujours été si fier et arrogant. Ils avaient grandis dans le même milieu, où les personnes désargentées n’avaient droit à aucun respect, ni aucune considération. Les biens matériels n’étaient pas seulement des richesses, ils étaient aussi une part de vous-même qui démontrait votre puissance et votre place.
Aujourd’hui, il avait perdu son statut de roi. Il ne l’avait jamais revendiqué, mais c’était parce qu’il l’était, incontestablement. Même s’il était celui des enfers, au moins, il était quelqu’un. Maintenant, il n’existait et ne vivait qu’à travers elle. Tant qu’il n’aurait pas retrouvé sa place, il ne pourrait pas être totalement en paix avec lui-même.
- Ton père ne gagnera pas, affirma-t-elle.
- Qu’est-ce que tu en sais ? bougonna-t-il. Bart Bass finit toujours pas avoir ce qu’il veut. Parce qu’il peut y mettre le prix.
- Et Harold Waldorf est le meilleur des avocats que tu auras jamais. Il est incorruptible, il se fiche de l’argent de ton père. Il ne lâchera pas l’affaire, parce qu’il sait à quel point sa fille est amoureuse de toi.
- Mais comment pourra-t-il savoir à quel point, je suis amoureux d’elle si je ne peux même pas lui offrir un cadeau digne de ce nom pour son anniversaire ?
- Il le sait déjà. Il lui suffit de voir la lueur dans tes yeux quand tu les poses sur moi, à ce qu’il m’a dit. Quant à moi, je n’ai pas besoin que tu me couvres de cadeaux pour me prouver ton amour, ajouta-t-elle contre sa bouche.
- Mais si, moi, j’en ai besoin ? soupira-t-il sans quitter ses lèvres. Si j’ai besoin de savoir que je peux t’offrir le monde entier pour combler le moindre de tes désirs ?
- Mon seul désir pour l’instant, c’est de sentir ta peau se frotter contre la mienne pour m’emporter dans les tourbillons du plaisir et ça non plus, ça ne s’achète pas.
Elle accrocha ses bras dans sa nuque, l’attirant plus à elle, l’emprisonnant dans son étreinte et glissa sa langue dans sa bouche avant de laisser courir ses mains le long de ses côtes et sur ses hanches.
Il émit un gémissement d’approbation et répondit au corps de sa femme qui s’embrasait sous le sien, dévorant son cou et ses épaules de baisers de plus en plus affamés, dérivant vers l’oubli de tout ce qui existait autour d’eux.
La jeune fille lissa ses cheveux dorés et vérifia son maquillage. Une petite touche de gloss rosé supplémentaire viendrait parfaire l’ombre à paupières qui illuminait ses yeux et le blush qui couvrait ses joues.
Serena Van Der Woodsen était sur un petit nuage. Elle avait emménagé il y a moins d’une semaine avec Nathaniel Archibald dans un appartement de l’Upper East Side.
C’était un rêve qui se réalisait enfin. Blair lui avait confié qu’il voulait lui demander de vivre avec lui, il y a au moins un mois. La blonde avait fini par se dire qu’il avait renoncé à sa première idée. Pourtant il avait finalement posé la question trois semaines plus tôt et son cœur avait tressauté de bonheur dans sa poitrine.
Le jeune homme passa la tête par l’entrebâillement de la porte de la salle de bain.
Un sourire fit ressortir les petites fossettes sur ses joues en voyant sa petite amie rayonner.
Il pensait lui dévoiler ses envies de vie commune depuis un moment. Il s’en était même ouvert à son meilleur ami, il y a plusieurs semaines. Mais, il avait reculé à chaque occasion. La dernière fois qu’il l’avait proposé à une fille ça c’était mal terminé. Et c’était la demi-sœur de sa chérie. Il y avait franchement de quoi hésiter.
Le mariage de leurs amis lui avait finalement paru le moment idéal pour se lancer. Leur bonheur était tellement contagieux qu’il s’était laissé aller à la liesse générale et à la douceur de l’instant.
S était celle qu’il avait aimée depuis le début, celle pour qui il avait fait souffrir la femme qui lui était destinée depuis le jardin d’enfant et qui avait déjà programmé tout leur avenir. Il avait pris tous les risques pour la belle blonde, pour ses beaux yeux pétillants et sa peau sucrée comme le miel. Il avait remis en cause ce que ses parents et tout le gratin de l’UES considéraient comme acquis. Serena lui faisait perdre la raison et son cœur s’emballait à la simple vision de son visage d’ange.
- Tu as pensé à la glace ? questionna-t-il en glissant ses bras autour de sa taille fine pour embrasser son omoplate entre les bretelles entrecroisées de sa longue robe noire couverte de strass.
- Oui, j’ai scrupuleusement suivi la liste de Blair, répondit-elle en se tortillant de plaisir.
Sa meilleure amie avait accepté avec joie de l’aider, ou plutôt de diriger, l’organisation de leur pendaison de crémaillère. Tout était réglé comme du papier à musique.
- Nate, gémit-elle quand les lèvres du jeune-homme remontèrent jusqu’à la base de sa nuque, à la fois de plaisir et de fatalisme.
Comment était-elle censée garder un maquillage et une coiffure irréprochables s’il ne cessait de venir la déshabiller pendant qu’elle se préparait ? Elle s’y était déjà reprise à deux fois.
- Ils vont arriver, le prévint-elle en frissonnant comme les mains de son petit ami remontaient le long de ses hanches pour trouver la fermeture éclair.
- T’inquiète, je suis sûr que Blair et Chuck comprendront qu’on ait un peu de retard dans les préparatifs. D’ailleurs à ce propos, on devrait peut-être vérifier que la chambre est bien fermée à clef, sinon ils risquent bien de disparaître pendant la fête.
- Tu es dégoutant, articula-t-elle contre sa bouche en lui rendant son baiser.
- Non, réaliste, il vaut mieux s’en assurer plutôt deux fois qu’une, répondit-il en l’attirant avec lui vers la porte de la pièce contigüe.
Avant qu’ils n’aient atteint le seuil, l’étoffe noire et brillante jonchait le carrelage.
Les premiers à arriver n’était nullement le couple de leurs meilleurs amis, mais Lili et Vic.
Cette dernière était rentré d’un voyage à Chicago dans le cadre de son cursus à NYU il y a à peine quelques jours. Elle avait été ravie d’apprendre le mariage de son frère avec la brune, même si elle avait été désappointée de ne pas avoir été présente pour y assister.
Son frère aîné méritait bien un peu de bonheur au milieu de tout ce que son père lui faisait endurer. La guerre des Bass était devenue le feuilleton de l’automne de tout l’UES depuis que le procès s’était mu en cohue médiatique en devenant publique.
Nate rentra vivement sa chemise dans son pantalon et passa une main dans ses cheveux pour accueillir sa belle-mère pendant que Serena revêtait sa robe pour la troisième fois de la soirée alors que celle-ci n’avait pas encore commencée.
Néanmoins tout le reste se déroula au mieux.
Sa mère était ravie pour elle. Son cœur était nostalgique en observant sa fille assise sur les genoux de son amoureux et désormais colocataire.
Eric résidait sur le campus et ne rentrerait pas avant plusieurs semaines. Elle partagerait donc désormais l’appartement uniquement avec la sœur de son fils adoptif. Elle se réjouissait que cette dernière ait accepté de venir vivre avec elle, surtout maintenant. Elle se serait sentie bien seule sans la présence de la jeune fille.
La sonnette tinta annonçant un nouvel invité en la personne d’un jeune homme plutôt grand, aux yeux aussi bleu que l’héritier Archibald. Son corps svelte et sa carrure indiquaient clairement qu’il fréquentait les salles de sports.
Chuck se redressa en apercevant un inconnu aux cheveux châtain clair entrer dans le salon. Sa sœur, elle, se jeta à son cou et l’embrassa sans retenue.
Il sentit la main de son épouse se poser sur son bras pour apaiser la tension qui s’emparait de lui et lut une lueur d’avertissement dans son regard. Il carra la mâchoire et se mordit la langue pour retenir toute forme de commentaire acerbe.
Vic le lui présenta et il grinça des dents quand il vit la main du jeune homme se balader sur les hanches et la cambrure de rein de sa jeune sœur.
- Respire, lui souffla Blair en posant ses lèvres au goût de cerise sur les siennes.
- Je sais, elle est majeure et vaccinée, grommela-t-il en soupirant de frustration.
Sa femme émit un petit rire en même temps que son BlackBerry résonnait dans la poche intérieure de son blazer.
- Monsieur Charles Bass ?
- Lui-même. A qui ais-je l’honneur ?
- Commissaire Philip Hotchkins de la 54ème brigade, j’ai bien peur de devoir vous annoncer une triste nouvelle. C’est un peu délicat mais, votre père vient d’être retrouvé sans vie dans une chambre d’hôtel.
- Si c’est une blague de mauvais goût… cracha-t-il après quelques instants.
- Ce n’en n’est malheureusement pas une Monsieur. Etant donné les retentissements médiatiques que cela pourrait occasionner, je pense qu’il serait mieux que vous passiez au poste le plus rapidement possible afin de venir authentifier le corps, bien que cela ne soit qu’une formalité.
Il sentit à nouveau la main de sa femme se poser sur son bras, mais cette fois cela ne suffit pas à le calmer et elle n’avait nullement envie de rire.
Le teint de son mari était livide et il suffoquait presque. Les autres convives le remarquèrent aussi et le silence s’établit dans la pièce.
- Bien, je serai là dans moins d’une heure, articula-t-il faiblement avant de raccrocher.
- Chuck ? questionna sa femme alors que le regard de son mari se posait sur Lili.
- Il faut que j’aille identifier le corps de Bart, dit-il d’une voix blanche.
Sa mère adoptive laissa échapper un cri étouffé et posa son verre d’une main tremblante sur le guéridon à sa droite.
- Est-ce que c’est une blague ?
- Je ne crois pas, je … Il faut que j’aille au commissariat, reprit-il en se dirigeant vers la porte.
Chacun le suivit à l’extérieur et ils grimpèrent tous dans la limousine à l’exception du jeune homme qui était venu rejoindre Vic à la petite fête, qui n’en n’était plus une.
Un silence assourdissant régnait dans l’habitacle. Personne n’osant ouvrir la bouche pour faire le moindre commentaire.
La main de Blair restait serrée autour de celle de Chuck, mais il évitait soigneusement son regard, fixant le paysage qui défilait sur les abords de la chaussée par la vitre teintée.
Il ne savait pas ce qu’il ressentait. Il avait bien conscience de ce qu’il aurait dû ressentir. Il l’avait déjà expérimenté une fois. Il avait été totalement dévasté quand son père avait disparu de sa vie, l’abandonnant à lui-même.
Mais le problème résidait bien là justement. Il ne pourrait vraiment croire à sa mort que lorsqu’il pourrait la constater de ses propres yeux.
Et les conditions étaient différentes aujourd’hui. Non seulement parce qu’ils étaient à couteaux tirés, mais aussi parce qu’il n’était plus seul. Il avait une femme, une famille autour de lui à présent. Il ne serait plus perdu sans personne à qui se raccrocher.
La chaleur de la paume de Blair le brûlait presque. C’était une trahison. Bart avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour qu’il reste seul à jamais. Pour qu’il n’ait que lui comme repère. Son cœur et son cerveau étaient soudainement écartelés.
La jeune mariée caressa le dos de sa main de son pouce. Elle était complètement affolée en cet instant. Si ce n’était pas vrai, si c’était une erreur, elle n’osait même pas penser aux conséquences pour l’homme qu’elle aimait par-dessus tout.
Et si au contraire, c’était la réalité, alors ce serait peut-être encore pire. La dernière fois qu’il avait cru son père mort, Chuck avait totalement perdu le contrôle. Si Jack ne l’avait pas retrouvé à Bangkok, il y serait resté jusqu’à ce que mort s’en suive.
Pour cette raison, elle ne regrettait pas pleinement sa décision d’avoir couché avec son oncle. Il était vivant et c’était tout ce qui comptait à ses yeux au final. Elle ne pouvait pas imaginer sa vie sans lui. Encore moins maintenant qu’il était son époux.
Mais elle tremblait au fond d’elle-même. Son cœur vacillait sous les assauts de la terreur. S'il y avait bien une seule chose qui pouvait provoquer le retour de l’ancien Chuck et le renvoyer à ses démons intérieurs, c’était un traumatisme antérieur comme celui-là.
Elle ferma les yeux et se raccrocha à leur amour de toutes ses forces, enserrant ses doigts dans les siens de la même manière. Elle ne voulait pas le perdre. Bart ne pouvait pas gagner, pas comme ça, c’était injuste et déloyal. Comment pourrait-elle être de taille à se battre contre son fantôme qui viendrait le hanter ?
Quand ils pénétrèrent dans le poste de police, un officier les dirigea vers la morgue après leur avoir expliqué que Bartholomew Bass avait visiblement été victime d’une crise cardiaque.
La jeune femme qui tenait compagnie au magnat de l’immobilier avait fait tout ce qui pouvait être fait. Elle avait appelé l’ambulance mais il était décédé avant que l’équipe médicale n’arrive sur les lieux.
L’homme en uniforme derrière le comptoir enjoint Chuck, son plus proche parent, à se rendre sur place immédiatement, dans le local où était conservé le corps afin de signer le registre d’authentification pour pouvoir récupérer la dépouille de son père.
Serena lâcha la main de sa mère, qu’elle tenait fermement depuis leur départ de son nouvel appartement, comme Lili s’avançait les jambes tremblantes vers son fils adoptif.
Elle toucha son bras et il se tourna vers elle, absent.
- Je viens avec toi, souffla-t-elle en posant un bras autour de ses épaules.
Il accrocha son bras à elle comme un automate, sans prononcer un seul mot et suivit l’agent vers la salle des frigos mortuaires.
Une jeune femme en bleu les précéda dans la chambre froide et ouvrit une porte métallique pour faire coulisser un tiroir sur lequel était étendu un corps recouvert d’un drap.
Chuck sentit Lili resserrer son bras autour de lui.
- Monsieur Bass, l’interpella un homme plutôt grand, à la chevelure poivre et sel, revêtu d’un complet marron, qu’il connaissait bien, depuis un angle de la salle.
Chuck leva les yeux sur le commissaire divisionnaire sans le voir.
- J’ai pris sur moi de le faire amener ici, indiqua le vieil homme avec un signe de tête vers le défunt. C’est plus discret et étant donné les circonstances, une autopsie sera obligatoire, même si superflue. Janette, ici présente, a déjà commencé les analyses sanguines pour rechercher des traces de poison éventuel, on aura les résultats dans l’après-midi de demain. Dès qu’elle aura contresigné le rapport toxicologique et confirmé la mort naturelle par crise cardiaque, vous pourrez disposer du corps pour l’inhumation.
- Merci, répondit Lili à la place de son fils adoptif qui était toujours sans réaction.
Son regard était à nouveau rivé sur le linge bleu qui recouvrait le cadavre. Quand Janette décacha le visage, son sang se figea dans ses veines.
Les jambes de Lili ployèrent sous elle et elle se raccrocha à son épaule. Dans un réflexe, il la rattrapa et la serra contre lui. Ce geste le sortit de sa catatonie. Son hémoglobine se mit alors à pulser dans chacune de ses cellules.
- Est-ce je suis la seule ou bien toi non plus, tu ne peux pas le croire ? articula faiblement sa mère en esquissant un geste vers le corps froid de son ex-mari.
Elle effleura sa pommette blanche de ses doigts. Bart Bass était bien couché sur cette plaque métallique, juste devant elle, les yeux clos et la peau glacée. Tellement glacée que la sensation s’étendit à tous ses membres et qu’elle en perdit le souffle.
- Lili, s’écria Chuck au moment où elle s’effondrait.
Janette vint à leur secours et ils installèrent la blonde sur une chaise.
- Je vais vous chercher un peu d’eau, indiqua l’employée des services de police en s’éloignant.
Elle rapporta un gobelet qu’elle présenta à Lili et un document qu’elle remit à Chuck.
- Il faut que je sorte d’ici, commenta sa mère adoptive en se relevant sur ses jambes flageolante.
- Je la raccompagne. Si vous voulez bien remplir ce formulaire, j’ai besoin de votre signature pour la reconnaissance d’identité, expliqua-t-elle au jeune homme.
Il nota et saisit les feuilles pendant que Janette raccompagnait Lili Rhodes ex-Bass dans la salle où attendait le reste de la famille.
- Il est encore plus effrayant, marmonna-t-elle en franchissant les portes, à Nate qui vint prendre la relève pour la soutenir.
Il la fit asseoir sur une chaise à côté de Serena qui tenait les mains tremblantes de sa meilleure amie dans les siennes.
La brune faisait des efforts surhumains pour ne pas laisser la panique l’envahir. Son mari allait avoir besoin d’elle, du moins elle l’espérait de tout son cœur. Elle ne devait pas flancher maintenant et se laisser aspirer par la peur qui gagnait du terrain et menaçait de l’engloutir toute entière.
Chuck ressortit par les portes battantes quelques minutes plus tard, le son du martellement de ses tempes emplissait son cerveau, l’enveloppant dans une sorte de brouillard émotionnel qui lui donnait le tournis.
Blair se leva à la seconde où elle l’aperçut et s’avança au-devant de lui d’un pas chancelant. Il croisa son regard, rempli de larmes contenues et d’effroi. Le désespoir qui y brillait se propagea en lui comme un coup de foudre.
Il passa ses bras autour de sa femme et la serra tout contre lui. Son corps frêle tremblait contre le sien qui tenait à peine debout, tandis qu’elle lui rendait son étreinte du plus fort qu’elle le pouvait. Elle relâcha un sanglot qui remontait le long de sa trachée, le front contre son épaule, le visage enfuit dans le tissu de son manteau.
- Je vais bien … Tout ira bien, chuchota-t-il à son oreille pour la rassurer.
Elle acquiesça d’un mouvement de tête et leva son visage pour poser son menton sur sa clavicule. Elle réaffirma sa prise autour du cou de son mari et caressa sa nuque du bout des doigts. Ses poumons parvinrent enfin à accumuler l’oxygène nécessaire à sa respiration. Une goute salée roula sur sa joue gauche pour finir sa course dans la doublure du col de l’homme qui détenait la clé de son cœur.
L’esprit de Chuck se réorganisait comme il plaquait celle qu’il aimait tout contre lui. Son cœur retrouvait lentement son rythme et le sang qui courrait dans ses veines ralentit sa course. Il ferma durement les paupières et pressa ses lèvres contre la tempe chocolat de celle qui était sa raison de vivre.
Des éclats de voix parvinrent jusqu’à eux depuis le bureau du légiste sur la droite.
- Où est-il ? redemandait le cadet de Bart en haussant le ton, à la femme d’une quarantaine d’années, tout de bleu vêtue.
- Jack, calme-toi, l’exhorta plus bas Elisabeth.
Mais il ne l’écoutait pas.
- Je ne partirai pas tant que je n’en n’aurai pas le cœur net, aboya-t-il.
- Je suis désolée Monsieur, mais vous ne pouvez pas entrer, c’est impossible, tentait vainement d’expliquer Janette.
- Je veux le voir ! tonna-t-il.
- La morgue n’est pas une scène de foire, le corps a déjà été identifié, refusa le médecin.
Il passa outre son interdiction et pénétra dans la salle d’attente à grandes enjambées. Il s’immobilisa devant son neveu. Sa fille se leva d’un bond pour se planter à hauteur de son demi-frère.
- Est-ce que c’est vrai ? demanda Jack.
- Comment es-tu au courant ? questionna son neveu.
- Diana m’a appelé. Joy, la fille qui était avec Bart, travaille pour elle. La petite était catastrophée, elle l’a prévenue même avant les flics.
- Pourquoi est-ce que ça ne m’étonne pas ? marmonna Blair.
- Où est-il ? Je veux le voir de mes propres yeux, plaida le frère de Bart.
Chuck acquiesça.
- Je vais parler au commissaire.
Il se dirigea vers le bureau de Janette qui avait déjà appelé son supérieur.
Quelques minutes plus tard, son oncle franchissait les battants qui les séparaient de la salle des cellules réfrigérées où étaient conservés les corps.
- Maman ? Est-ce que ça va ? questionna Vic devant la pâleur des traits de sa mère.
Elisabeth fit un petit signe de tête.
- Je vais attendre dans la voiture, dit-elle en détournant le regard de sur son fils qui venait seulement de l’apercevoir dans le couloir adjacent.
Elle tira les pans de son manteau un peu plus étroitement autour d’elle et fit demi-tour pour regagner la sortie.
- Reste, la pria Chuck.
Elisabeth s’arrêta et pivota sur ses talons pour lui faire face.
- Jack va avoir besoin de toi, commenta-t-il en évitant de croiser les yeux marrons qui ressemblaient tant à ceux de Matt et Vic, ainsi qu’aux siens, mais il ne voulait pas y penser, surtout en ce moment.
Il avait déjà bien assez à gérer comme ça.
- Monsieur Bass ?
Il se tourna vers l’assistant de Janet qui tenait le formulaire qu’il avait rempli et signé au préalable entre ses mains.
- Vous n’avez pas mentionné quelle entreprise de pompes funèbres s’occupera de la dépouille. La maison Kristorssen, représente celle à qui on adresse la prise en charge en général, mais vous avez peut-être une autre préférence ?
Chuck le dévisagea, il n’avait aucune idée de la manière dont les obsèques, et tout ce qui les accompagnait, devaient se dérouler. C’est Lili qui s’était chargé de ça la dernière fois.
- Je vais faire le nécessaire, déclara cette dernière en s’avançant à sa droite, à présent qu’elle avait un peu récupéré du choc.
- Merci, murmura son fils adoptif.
- Je commence à avoir l’habitude maintenant, soupira la blonde. Est-ce que tu as une exigence particulière à ce propos ? questionna-t-elle.
- A cercueil ouvert ! répondirent en stéréo Chuck et Jack, qui ressortait de la morgue.
La nouvelle du décès de Bart était à peine diffusée que le BlackBerry de Chuck se remit à sonner à toute volée. Chacun espérant pouvoir retirer au moins quelques marrons du feu.
Sans le Big Boss dans le paysage, la scène immobilière prenait un nouvel aspect et d’aucun espérait donc revenir en arrière et faire amande honorable auprès du seul Bass qui restait en piste.
Tout un chacun n’ignorait pas qu’il n’était plus l’héritier en titre de BI mais son aura était toujours aussi retentissante et la bataille juridique qui l’opposait au grand maître était suivie non seulement dans l’UES, mais aussi ailleurs dans le monde de l’immobilier.
Maintenant que le PDG n’était plus de ce monde, pour de bon (tout le monde avait pu s’en rendre compte en venant le constater de visu lors de la présentation de leurs respectueuses condoléances à la chambre funéraire) les cartes étaient redistribuées et il valait mieux caresser Chuck Bass dans le sens du poil. Car nul ne doutait qu’il finirait par récupérer son trône d’une manière ou d’une autre.
Le jeune homme déconnecta son téléphone et referma le clapet de son ordinateur portable.
- Tu es sûr que ça va ? s’inquiéta sa femme.
Elle le trouvait étrangement calme depuis l’annonce de la mort de Bart à la pendaison de crémaillère de leurs meilleurs amis la semaine précédente.
- Pour la centième fois : Oui ! répondit-il en l’enlaçant. Je te promets que je ne vais pas me volatiliser dans la nature cette fois. Je sais que c’est ce que tu redoutes, mais ça n’arrivera pas. Je vais rester là, juste là, près de toi, dans tes bras. Même mort, mon père n’arrivera pas à nous séparer.
Elle caressa son visage du bout des doigts.
- Je t’aime, déclara-t-elle.
- Et je t’aime aussi Bass, sourit-il avant de l’embrasser suavement.
Il la sentit se détendre un peu quand leurs langues dansèrent l’une contre l’autre. En reprenant son souffle, elle laissa aller son front dans le creux de son épaule et fit passer ses jambes par-dessus le bras du canapé pour mieux se lover tout contre lui.
Il n’ignorait pas qu’elle continuait quand même à s’inquiéter pour lui. Mais en réalité il n’y avait vraiment pas lieu de le faire. Il lui était difficile d’exprimer ce qu’il ressentait parce qu’en fait, il avait l’impression de ne rien ressentir du tout par rapport à la brusque disparition de son père.
Passé les premiers moments de culpabilité de s’être écarté du chemin que Bart avait choisi pour lui à l’instant où il l’avait tenu dans ses bras, et certainement déjà bien avant, il se sentait plutôt soulagé. Comme si un poids immense était retiré de sa poitrine et c’était ça le plus horrible.
Il se rendait compte qu’il avait perdu son père il y a déjà bien longtemps. Il l’avait enterré une première fois, aux affres de la souffrance, totalement anéanti par son monde qui s’écroulait autour de lui.
Parce que jusque-là, Bart était son monde, le seul qui ait une quelque importance à ses yeux. Du moins, il tentait de s’en convaincre encore en repoussant Blair et la famille Van Der Woodsen le plus loin possible de lui.
Mais depuis il avait grandi, il avait muri, il était devenu adulte et il avait découvert tous les mensonges de son père, y compris celui qui consistait à lui faire croire que personne, personne, ne voudrait jamais de lui excepté son paternel, qui avait la bonté d’âme de le tolérer à ses côtés et de s’occuper de son éducation alors qu’il ne le méritait pas du tout.
Aujourd’hui, il pouvait s’appuyer sur sa famille. Blair, Lili, Serena, Nate, Eric, Eléanor, Cyrus et même Harold et Roman sans omettre Dorotha et Vania, ils se préoccupaient tous de lui.
Il avait longtemps cru évoluer dans un monde vide et factice, mais ce n’était pas vrai non plus. Leur monde regorgeait de personnes qui comptaient les unes pour les autres et qui s’inquiétaient et s’entraidaient mutuellement quand le besoin s’en faisait sentir.
Mais il n’y avait pas que ce monde-là. Celui de son autre famille, celle de chair et de sang aussi répondait présent. Matt avait pris le premier avion pour Manhattan afin de venir assister aux funérailles qui s’étaient tenues trois jours plus tôt. Nullement dans l’intention d’honorer la mémoire de leur père. S’il avait parcouru des milliers de kilomètres, c’était pour apporter son soutien à son jumeau.
Quant à Vic, elle s’était transformée en grande sœur, le couvant littéralement du regard comme une louve. Prête à répondre au moindre de ses souhaits comme s’il était lui-même mourant. Elle s’était occupée de tout ce qui concernait le projet canadien avec Looming et Thorpe, lui dégageant du temps pour pouvoir gérer les conséquences de la nouvelle mort de Bart. A tel point qu’il avait dû y mettre le holà pour ne pas se retrouver à tourner en rond dans l’appartement des Waldorf-Rose.
La manière dont son père s’était comporté vis-à-vis de Matt était certainement ce qui avait fini de rompre le lien qui les unissait. Chuck avait pu supporter cette attitude méprisante à son égard, parce qu’il se pensait le dernier des derniers à une époque.
Mais c’était tout autre chose quand leur père l’exerçait à l’encontre de son jumeau qu’il n’avait jamais voulu connaître, ni reconnaître. Son frère était quelqu’un de bien et il ne méritait nullement pareille insulte de la part de qui que ce soit et certainement pas de Bartholomew Bass qui était bien loin de lui arriver à la cheville.
- Il est temps d’y aller, l’informa sa femme après avoir consulté sa montre.
Elle posa délicatement ses lèvres sur sa joue, puis quitta ses genoux, l’entraînant par la main. La lecture du testament était prévue dans moins d’une heure au cabinet d’avocats de Bart.
Quand ils arrivèrent dans la salle d’attente, Jack était déjà là, en compagnie d’Elisabeth. Cette dernière lâcha sa main à la seconde ou Matt entra dans la pièce avec Vic.
Son oncle précéda Chuck dans l’étude, prenant soin de rester à une distance raisonnable, dépassant au moins la portée de bras de l’ancien surfeur professionnel.
Blair prit place à côté de Nate sur le banc. Lui non plus n’avait pas lâché son meilleur ami d’une semelle. Lili et Serena arrivèrent pour compléter le groupe.
- Vous venez ? demanda l’ex-héritier en s’adressant à tous sur le seuil.
Blair se leva immédiatement pour le rejoindre et glissa sa main dans la sienne.
- Vous saurez tout de toute manière, inutile d’attendre ici pour qu’on vous réexplique plus tard, ajouta-t-il pour finir de convaincre les autres.
Chacun entra alors à son tour et s’installa sur une des chaises contre le mur latéral dans la pièce, laissant Chuck et Jack de chaque côté de la table de réunion, face à l’avocat.
Ce dernier procéda à la lecture des différents actes de législation, énumérant les nombreux biens et actif de Bartholomew Bass, ce qui prit facilement une bonne heure.
- Si on en venait au fait, s’énerva son cadet. On connaît tous l’étendue des pouvoirs de mon frère et ses propriétés.
Maître Junk lui décocha un regard noir, et poursuivit la liste comme le prévoyait la loi, mais activa la cadence.
- En conclusion, sourit-il sournoisement derrière ses montures d’écailles une demi-heure plus tard. Bartholomew Bass lègue la totalité de ses biens et revenus à l’institut St Agnès de la Roseraie situé dans le comté de Chino, dans l’état de Californie.
- Quel bâtard ! jura Jack.
Ce qui lui valut un autre regard désapprobateur de l’avocat qui remonta de son index ses lunettes sur son nez.
- C’est quoi cet institut ? demanda plus calmement Chuck.
- C’est l’asile où notre alcolo de père a fait enfermée la mère de Bart pour qu’il puisse se barrer tranquillement avec son fric et la mienne, avant de le dilapidé en tord-boyaux, cracha son oncle.
- Néanmoins, reprit Maître Junk, il semblerait que toutes les closes ne soient pas totalement remplies, ni respectées pour ce faire.
Il récupéra toute l’attention de chaque personne dans la salle.
- Dans son acharnement à tenter de vous déposséder, vous et votre oncle, reprit-il en s’adressant au jeune héritier destitué, après s’être éclairci la gorge pour ménager son petit effet, il semblerait que Bart ait omis de rayer une personne dans la lignée de succession. Si je procède aux éliminations telles qu’il les a consignées par écrit, je tombe sur un nom, qui est légataire légitime et à qui revient donc Bass Industrie et tous ses actifs ainsi que la fortune personnelle de votre père en lieu et place de l’établissement désigné, celui de Victoria Bass.
Tous les yeux se posèrent immédiatement sur la jeune fille qui émit une sorte de jappement incohérent et crut qu’elle allait défaillir.
Matt, assis à sa droite se porta immédiatement à son secours.
- He, Vic ? Ça va ? s’inquiéta-t-il en s’agenouillant devant sa chaise.
Elle le regarda avec des yeux vitreux pendant une seconde avant que ses pupilles ne se fixent sur lui.
- Je … Je crois, oui, dit-elle en tentant de respirer, mais sans grand succès.
Jack et Elisabeth se levèrent simultanément pour entourer leur fille
- Elle a besoin d’air, indiqua le sauveteur attitré en lui attrapant les mains pour l’obliger à se lever.
Il passa son bras dans son dos et lui fit faire quelques pas jusqu’à la fenêtre que Serena ouvrait en grand.
Chuck les rejoint tandis que sa sœur récupérait quelques couleurs.
- Elle va bien ? questionna Jack en se plantant à côté de son beau-fils sans même plus penser aux risques pour sa personne.
- Ca va aller, oui, répondit Vic en s’efforçant de sourire de son mieux.
Elisabeth posa une main sur l’épaule de son fils sans quitter sa fille du regard.
Elle prit soudain conscience que ce n’était pas Matt, qui, lui, se trouvait en face d’elle.
- Pardon, s’excusa-t-elle en retirant sa paume de la veste de costume de Chuck.
Ce dernier s’était raidi à son contact et déglutit en silence.
- Tiens bois un peu d’eau, conseilla Lili à Vic en revenant avec un gobelet rempli de la fontaine située dans un coin de la salle d’attente.
- Merci, nota Matt en passant le liquide à sa sœur.
- C’est bon, je vais bien, les informa cette dernière après en avoir avalé le contenu.
- Bien, alors je suggère de reprendre là où nous en étions, s’exclama Maître Junk.
Victoria Bass avait du mal à remettre ses idées dans l’ordre. Elle qui prévoyait toujours tout, se retrouvait tout à coup, sans aucune préparation préalable, bombardé à la direction de Bass Industrie et à la tête d’une fortune colossale.
Elle avait toujours rêvé de dominer le monde des affaires à l’instar de ce que son père faisait en Australie mais, là, c’était un peu trop pour elle d’un seul coup.
La lecture du testament s’était terminée dans le silence le plus total après la reprise de la réunion, suite à son malaise. Chacun étant totalement stupéfié par la nouvelle ainsi que par l’incroyable négligence et manque de réflexion de Bart.
Comment avait-il pu passer à côté de la fille de Jack ? Sa propre nièce. Elle ne l’avait jamais rencontré soit. Elle l’avait tout juste croisé à l’Empire le jour où il avait jeté tout le monde dehors. Mais quand même, cela faisait mal à son égo de se rendre compte qu’il avait même totalement éclipsé son existence.
Ce qui était largement compensé par le fait que cela lui conférait aujourd’hui le titre d’héritière légitime et lui octroyait la totalité de ses biens, devant son père et son demi-frère. Non qu’elle considère Chuck comme un frère éloigné. Ils étaient devenus pratiquement plus proche qu’elle et Matt.
Un sourire se posa sur ses lèvres à l’évocation de l’ironie de la situation. Elle qui avait tant espéré pouvoir gravir les échelons était désormais au sommet et tenait le destin de son père dans le creux de sa main selon son bon vouloir.
Elle s’observa dans le miroir avant de sortir des toilettes pour rejoindre les deux hommes dans la salle de réunion.
- Victoria, entama Jack à peine eu-t-elle posé un orteil dans la pièce.
- Non, c’est moi qui parle pour une fois, dit-elle en levant la main pour le faire taire. Et pour la, je-ne-sais-combientième-fois, cesse de m’appeler comme ça !
Chuck ne put réprimer un sourire moqueur à la consternation qui se peignait sur le visage de Jack.
- Il est plus qu’évident que si Bart n’avait pas été si concentré à vous torpiller, il se serait rendu compte qu’il me laissait tout sur les bras et qu’il n’aurait jamais fait ce choix, mais puisque la loi est de notre côté, on ne va pas s’en priver, commença-t-elle. Par contre, ce qui est également évident, c’est que je suis incapable de gérer Bass industrie.
- Je n’en suis pas si certain, commenta son frère. Tu te débrouilles bien avec Looming et Thorpe.
- Arrête de lui passer de la pommade, grimaça son oncle.
- Donc, tu ne me penses pas à la hauteur ? rebondit sa fille.
- Tu viens de le dire toi-même Vict… Vic, se reprit-il. Bart doit se retourner dans sa tombe et cette fois, on est certain qu’il y est !
- Tu ne sais pas de quoi elle est capable, lui opposa Chuck. Si tu avais un tant soit peu pris la peine de jeter un œil sur son projet à Canberra, tu aurais vu qu’elle a un très bon potentiel.
- Le potentiel ne fait pas tout, le tança Jack.
- Peut-être mais c’est un grand atout et elle peut continuer à apprendre. Elle n’est pas toute seule, on est là, renchérit Chuck.
- On ? Qui ça on ? Est-ce que tu m’inclus aussi dans le lot ? C’est vraiment trop généreux de ta part, étant donné que tu n’as rien à dire !
- Ça suffit ! cria Vic. Je suis là, au cas où vous l’auriez oublié !
- Désolé, s’excusa son frère.
Son père grommela quelque chose d’inintelligible et se pencha en arrière contre le dossier de sa chaise.
- Je pense que tu as raison, je n’ai pas assez d’expérience, indiqua-t-elle à l’intention de ce dernier.
- Vic … soupira Chuck.
- Non, écoute. Je fais peut-être du bon travail sur le projet canadien, mais c’est parce que tu me tiens la main. Sans toi, je n’aurais jamais pu même mettre un talon aiguille dans les bureaux de Looming et encore moins dans ceux de Raina.
- Parce qu’ils ne te connaissaient pas, argumenta-t-il. Mais maintenant que tu vas être la PDG de BI, ils vont tous se bousculer pour que tu leur octrois un rendez-vous, tu verras.
- C’est trop pour mes épaules. Tu as peut-être réussi à le faire toi, il y a trois ans, mais je ne suis pas toi, je n’ai pas ta carrure. J’ai besoin de pouvoir tout préparer, tout organiser. J’ai mes cours à NYU, je n’ai pas le temps de diriger une multinationale de cette taille entre deux devoirs à rendre.
- Je serai là, je ne vais pas te laisser …
- Ca j’y compte bien ! le coupa-t-elle. C’est pour ça que je vais tout remettre comme ça aurait dû le rester avant que Bart ne revienne d’entre les morts. L’héritage te revient de droit. Quand à Matt, inutile de lui infliger la torture de porter une chemise pour venir siéger à un conseil d’administration auquel il ne s’intéresse pas le moins du monde.
- Vic … tenta Jack à son tour.
Elle sourit à cette appellation dans sa bouche, il apprenait vite quand il avait besoin de se faire entendre.
- Je demande juste que tu lui rendes ses parts de BI et la gestion de BO, exactement comme vous fonctionniez avant, continua-t-elle comme si elle n’avait pas entendu son père.
Il se renfrogna sur sa chaise sans autre commentaire. C’était un juste retour des choses, dans tous les sens du terme. Il connaissait assez sa fille pour savoir qu’elle savourerait chaque instant où elle pourrait le remettre à sa place et lui rendre la monnaie de sa pièce pour toutes les fois où elle l’avait quasiment supplié de lui donner sa chance sans qu’il n’en tienne compte.
- Et toi ? Tu te situes où dans tout ça ? questionna Chuck.
- Je me contenterai de garder un nombre de part non négligeable pour travailler avec vous deux quand j’aurai décroché mon master, expliqua-t-elle avec un petit sourire en coin. Juste assez pour faire pencher la balance de notre côté quand on prendra les décisions. Je suis certaine qu’il y a un nombre de parasites inquantifiable dont il faut se débarrasser au conseil.
- Une seule condition, répondit son frère. Et elle est sans appel.
- Je t’écoute, l’enjoint Vic.
- Tu dois m’aider à convaincre Matt d’accepter une partie d’héritage, au moins pour Hugo, même s’il ne vient jamais assister aux réunions du conseil. Il n’aura qu’à me faire une procuration permanente s’il le veut.
- Marché conclu, acquiesça sa sœur en lui tendant sa main.
Il la serra dans la sienne avant de l’attirer dans ses bras.
- Bien joué petite sœur, souffla-t-il à son oreille avant de passer devant Jack pour quitter la pièce, avec un petit sourire ironique.
- Ca y est, tu as fini ? Tu t’es bien amusée ? railla celui-ci à l’encontre de sa fille.
- En fait, le jeu ne fait que commencer ! Et si tu veux vraiment en faire partie, je te conseille de m’écouter à l’avenir et de t’en tenir à ça au lieu de m’envoyer balader comme quand j’avais dix ans.
- Tu sais très bien pourquoi je t’ai tenue éloignée de Bass Océanie maintenant.
- Ca n’excuse pas pour autant tout ce que vous nous avez fait, au contraire !
- Victoria ! cria soudain Jack retrouvant naturellement son autorité paternelle.
La jeune fille tressaillit devant la colère peinte sur son visage.
- Je sais que tu penses que je me venge, dit-elle sans le moindre soupçon de sourire cette fois. J’y prends un certain plaisir, c’est vrai. Mais je fais uniquement ce que j’estime le plus juste pour tout le monde, y compris pour maman et toi.
- Tu ne pourras pas nous obliger à nous asseoir tous à une même table pour un repas comme une gentille petite famille, même si tu le veux très fort. Contente-toi de t’occuper de toi et uniquement de ça, lui conseilla-t-il. Tu ne peux pas tout réparer par ta simple volonté.
- Tu n’es pas le premier à me le dire, mais vous ne pouvez pas m’empêcher d’essayer, s’entêta-t-elle.
- Tu es aussi bornée qu’une mule, soupira Jack.
- Maman dit que je tiens ça de toi, c’est mon côté Bass, paraît-il.
- Mais oui, bien sûr ! ironisa son père avec un petit rictus au coin des lèvres.
- Si je réussi à faire ça. Est-ce que tu me prendras enfin au sérieux ? demanda-t-elle franchement en plongeant son regard dans le sien.
- Je te prends très au sérieux, tu peux me croire, c’est bien pour ça que j’ai fait tout ce que je pouvais pour ne pas que tu approches de BO. Tu es bien trop intelligente, tu aurais tout deviné en moins de deux jours, répondit-il avec sincérité.
Elle sourit et l’enlaça avant de poser un baiser sonore sur sa joue et de quitter l’endroit le cœur léger. Elle avait du pain sur la planche, il y avait beaucoup de chose à remettre en ordre et pas seulement au sein du conseil de Bass Industrie.