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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 25.01.2013 à 21h05
Auteur : katido
Statut : Terminée
« Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point, réécriture de la saison 4. Bien sûr 100% Blass avec un zeste de Serenate et du njbc. » katido
Cette fanfic compte déjà 77 paragraphes
Serena et Blair ne tenaient plus en place. Elles avaient fini par se retrancher dans la chambre de la brune, qui observait la vue depuis le balcon. L'air était carrément irrespirable à l'intérieur.
Blair ne savait pas pourquoi elle lui en voulait le plus.
Pour cette histoire d'hôtel avec Jack ?
Pour avoir couché avec Jenny ?
Pour ne pas l'avoir demander en mariage quand il le pouvait encore ?
Pour avoir disparu de la circulation sans laisser de trace ?
Mais pourquoi n'avait-il pas lâché cette bague ?
Elle connaissait parfaitement la réponse à cette dernière interrogation.
Par ce que cette bague représentait leur avenir aux yeux de Chuck et que même s'il savait pertinemment qu'elle ne lui pardonnerait jamais, il ne pouvait pas se résoudre à passer à autre chose. Il ne pouvait pas l'oublier plus qu'elle ne le pouvait. Quelque part en lui, l'espoir subsistait que ... peut-être ... un jour ...
Et même si ça n'arrivait jamais, la douleur qu'il ressentait en pensant à ce qu'il avait perdu était tout ce qu'il lui restait et il n'était pas prêt à l'abandonner pour le néant.
La blonde, elle, s'attendait à ce que son i-phone sonne à chaque seconde. Mais il restait silencieux et c'était presque pire.
Lorsqu'il vibra, elle s'en empara pour répondre en moins de deux secondes.
- Nate ? Tu vas bien ? s'inquiéta-t-elle.
- Oui, ça va, je m'en suis sorti indemne jusqu'ici.
- Il sait où est Chuck ? intervint Blair.
- J'ai une bonne piste en tout cas, répondit le jeune Archibald qui avait entendu la brunette.
- Quelle piste ? voulu savoir Serena.
- Une autre fille dans un autre club.
La blonde grimaça sans même s'en rendre compte.
- J'y vais, je vous tiens au courant dés que j'ai quelque chose.
Nate coupa la communication avant que Serena ne puisse dire autre chose qu'elle aurait pu regretter.
La situation était extrême et il la connaissait par cœur. Elle lui aurait dit qu'elle l'aimait mais il n'aurait pas pu être certain que c'était ce qu'elle ressentirait vraiment dans d'autres circonstances.
Il voulait qu'elle le choisisse sans aucune équivoque, il était las de ce petit jeu à trois qu'ils formaient avec Dan. Si S et lui devaient se remettre ensemble, il fallait que cette fois ce soit la bonne, parce qu'il ne supporterait plus de la perdre encore.
Il entra dans le bar de Casimir et se concentra sur sa mission. Une jeune-fille blonde et maigrichonne, il y en avait plusieurs sur la scène. Cet endroit n'avait rien à envier à celui qu'il venait de quitter, si ce n'est que la déco était de couleur différente.
Il prit place à une table non loin de la scène et une grande brune vint immédiatement lui souhaiter la bienvenue et lui offrir son « amitié ».
- Désolé, mais tu n'es pas mon genre, je préfère les blondes, indiqua-t-il.
Les courbes de le jeune-femme, pourtant plus que flatteuses, ne réussiraient pas à le détourner de son objectif.
- Tu n'aurais pas une amie ? On m'a dit que je pourrais trouver une petite Française ici !
La jeune file passa ses bras autour de son cou. Elle n'avait pas l'intention de perdre de l'argent au détriment d'une de ses collègues ce soir.
- Je peux te faire des choses qui te feront croire que tu es au sommet de la tour Eiffel, ronronna-t-elle dans son oreille pour tenter de le convaincre.
- Merci mais ma dernière copine était Française et je me sens nostalgique, mentit-il.
La brune soupira et renonça à s'installer sur ses genoux comme elle l'avait prévu. Inutile de perdre du temps avec celui-là, il était venu avec une idée bien précise en tête et elle n'en tirerait rien. Mieux valait se trouver un autre client sans but bien précis.
- La fille qui danse à la dernière barre, soupira-t-elle en désignant Eva.
Nate s'approcha pour étudier la blondinette de plus près. Quand un des types devant elle leva la main pour lui tendre des billets, cette dernière s'en empara puis quitta la scène. Le client se leva et se dirigea vers une autre fille.
Eva jeta un coup d’œil circulaire dans la salle, puis, le plus discrètement possible, elle s'esquiva de l'endroit par une porte latérale tout en lançant des regards vers le tenanciers pour s'assurer qu'il ne le remarquait pas. Par chance, Casimir était occupé avec un client important.
Le jeune-homme lui emboîta le pas et emprunta la même sortie que la blonde quelques instants auparavant. Il se retrouva dans une petite ruelle sombre où les portes cochères ne manquait pas.
Il pensa un instant que l'endroit aurait pu servir de décor pour un film de gangster des années 50. Il se glissa dans la pénombre pour entendre la jeune-femme qui discutait, ou plutôt, avait l'air de se disputer à voix basse avec un type louche.
- Écoute, j'ai besoin d'autre chose. Ok ? Ce que tu m'as donné avant-hier n'est pas assez fort.
- Tu rigoles ou quoi, tu te défonces aux médocs maintenant ? Je croyais que tu ne voulais pas toucher à cette merde ? dit l'autre sarcastique.
- Apporte-moi juste ce que je t'ai demandé dans une heure, répondit-elle.
- Une heure ? s'étrangla l'autre. Tu me prends pour superman ? ironisa-t-il.
- Je sais parfaitement que tu peux le faire, alors ne m'oblige pas à te supplier pour ça.
Le type la regarda, il avait toujours eu un petit faible pour la jolie Française, mais elle l'avait toujours envoyé balader. Maintenant qu'elle avait besoin de lui, il n'allait certainement pas laisser passer cette opportunité.
- Alors c'est vrai ? questionna-t-il.
- Qu'est-ce qui est vrai ?
- Il paraît que tu as ... un animal de compagnie ?
- Qui t'a raconté ça ? s'alarma-t-elle.
- C'est une rumeur qui circule ici et là. Pas mal de gens causent ici ! sourit-il avec l'air du chat qui vient de croquer le canari.
- Qui d'autre est au courant ?
- C'est pour lui ? demanda-t-il
- Ferme-là, le rabroua-t-elle en regardant autour d'eux.
- Ce n'était vraiment pas malin de te mêler de ça, commenta-t-il, impressionné par le courage, ou la folie, de la jeune-femme.
C'est à ce moment là qu'elle cru percevoir un présence avec eux dans la ruelle.
- Ça va te coûter au moins le triple ! continua le dealer.
Elle ne répondit pas, tentant de discerner s'il y avait bien quelqu'un d'autre.
- Si tu n'as pas assez, on peut trouver un arrangement.
- Je trouverai l'argent, contente-toi de me ramener les médocs !
Le type soupira, déçu et tourna les talons. Peut-être qu'elle n'aurait pas assez de clients ce soir et qu'elle serait tout de même obligée d'accepter son offre. Il était hors de question qu'il lui fasse cadeau de quoi que ce soit parce qu'elle avait l'air d'un ange.
Depuis sa cachette, Nate la vit regagner le club.
Quand il y pénétra pour la seconde fois, il la repéra qui avait reprit sa place à la barre. Il l'observa sa déhancher pendant quelques minutes avant de l'accoster. Il attrapa le poignet de la prostituée et plaça 5 billets de 100$ dans sa paume.
Elle les compta pendant un instant puis l'entraîna dans une des arrière-salles comme Katia l'avait fait moins d'une heure plus tôt.
A peine la porte close, Eva commença à se frotter contre lui, tout en l'attirant vers le matelas qui trônait au milieu de la pièce.
- Je ne suis pas venu pour ça, déclara-t-il.
Elle le regarda sans comprendre.
- Je t'ai suivie dans la ruelle, indiqua-t-il.
Les pupilles de la jeune-femmes se dilatèrent.
- Je cherche un ami, ajouta-t-il en levant les mains et en baissant la voix. La dernière fois qu'on a entendu parlé de lui, il se faisait tirer dessus dans cette partie de la ville. Personne n'a eu aucune nouvelle de lui depuis et je m'inquiète vraiment.
Il la vit déglutir.
- Je ne suis pas là pour créer des problèmes à qui que ce soit. Je veux juste le retrouver. Il s'appelle Chuck Bass et ...
- Il n'est pas très causant, le coupa-t-elle.
Nate sortit la photo de Chuck pour la 50ème fois au moins depuis la matinée.
- C'est lui ?
La blonde acquiesça.
Nate relâcha un soupir de soulagement. Son meilleur ami était en vie.
- Est-ce qu'il va bien ?
- Il a reçu une balle, ça pourrait aller mieux. J'ai fait ce que j'ai pu pour l'aider, répondit-elle.
- Il faut que je lui parle, dit-il en textant l'info aux filles qui attendaient au Mandarin.
Elle hésita un instant.
- Je ne peux pas partir maintenant. Je suis clouée ici jusqu'au petit matin.
*****
Le smartphone de Serena raisonna et un sourire s'afficha sur son joli minois en découvrant le message de Nate.
- Il l'a trouvé ? demanda Blair, le cœur battant à la vue du visage de son amie qui s'illuminait.
S hocha de la tête.
- Est-ce qu'il va bien ?
- Aucune idée, répondit la blonde, il n'a rien précisé. Juste qu'il est vivant.
La brune sentit un poids énorme quitter sa poitrine. C'était comme si elle pouvait enfin respirer librement. Comme si son cœur avait oublié toutes les blessures qu'il lui avait infligées.
Mais son cerveau, lui, n'omettait aucun faux-pas du jeune-homme et si elle était plus qu'heureuse et soulagée de le savoir en vie, elle n'allait pas pour autant se jeter dans ses bras.
Au contraire, elle l'éviterait autant qu'elle le pourrait. Il ne fallait surtout pas qu'il s'imagine qu'elle lui avait pardonné quoi que ce soit. En quelque sorte, une bataille encore plus difficile commençait pour elle.
Son amie, elle, était réellement totalement soulagée. Pas seulement de savoir son frère toujours de ce monde mais aussi que l'élu de son cœur n'ait pas connu le même sort que lui et qu'il s'en soit tiré sans dommage.
Elle composa rapidement le numéro de téléphone de sa mère qui décrocha à la 1ère sonnerie.
- Bonsoir ma chérie, dit-elle.
- Bonsoir maman.
- Tu as du nouveau ? questionna fébrilement Lily.
Elle avait envisagé de prendre le jet pour rejoindre les jeunes-gens à Prague mais Serena l'en avait dissuadée, lui assurant qu'elle ne pourrait rien faire de plus et que la police les aidait à retrouver son fils.
- Oui, il est en vie. Tu n'as plus à t'inquiéter.
- Il va bien alors ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi il n'a pas donné signe de vie depuis l'agression ?
La jeune-fille grimaça à l'autre bout du fil. Elle ne pouvait pas raconter à sa mère comment ils avaient retrouvé la trace de Chuck, au péril de la vie de Nate et sans aucune aide d'aucune sorte de la police locale.
- Je ne sais pas encore, maman. Je ne l'ai pas encore vu. Le commissaire vient juste de m'appeler pour dire qu'il avait été retrouvé. Je ne voulais pas attendre pour te mettre au courant. Je sais à quel point, tu te faisais du mauvais sang.
- Merci ma chérie, tu as eu raison. Surtout, quand tu le verras, dis à Charles que je l'embrasse et que j'ai hâte de le revoir.
- Ce sera fait, promit Serena.
- Je vous enverrai le jet de Bass Industrie pour vous ramener à New-York. Préviens-moi quand vous voulez quitter le République Tchèque.
« Immédiatement » avait envie de crier Serena. Elle ne remettrait plus jamais les pieds dans ce maudit pays de toute sa vie.
- On partira dés qu'on pourra, répondit-elle.
- Je te laisse, je t'embrasse ma chérie.
- Moi aussi, dit Serena avant de raccrocher.
*****
Nate rentra à peine une heure plus tard. Il ne s'était pas attardé dans le club. Plus vite il sortirait de là, mieux c'était pour tout le monde.
Il avait convenu avec Eva qu'ils se retrouveraient dans la matinée. Pour ne pas éveiller les soupçons de son proxénète, il enverrait une des filles au rendez-vous.
Le jeune-homme avait également laissé quelques billets supplémentaires pour qu'elle achète des médicaments pour Chuck. Ils n'avaient pas vraiment eu beaucoup plus de temps pour parler car un régulier d’Éva avait demandé sa pouliche préférée, mais il avait compris que ses blessures étaient assez sérieuses.
Heureusement Eva avait commencé une école d'infirmière. Même si elle avait vite abandonné, les rudiments de bases lui avait permis de sauver la vie de son meilleur ami.
Par contre, il ne savait pas encore comment annoncer le reste à Blair. Car des deux, il savait que ce serait elle la plus affectée des conséquences de cette agression. Il devrait peut-être laissé ça à sa meilleure amie. Même si cela signifiait un cadeau empoisonné pour Serena.
- Nate, enfin ! s'exclama cette dernière lorsqu'il franchit le seuil de sa chambre.
Elle passa ses bras autour de son cou pour l'embrasser mais le jeune-homme se dégagea de son étreinte. Il savait qu'ils devaient parler de leur relation mais pour l'instant, il y avait plus urgent. Et puis tout ce qu'il désirait, c'était prendre une bonne douche et retrouver son lit.
La soirée avait été harassante et il était bien conscient qu'un rien aurait pu faire tourner toute cette opération au drame pour lui, mais aussi pour Eva et pour Chuck. Il le comprenait encore mieux maintenant qu'il avait eu l'occasion de parler avec la prostituée.
Il n'avait pas vraiment eu conscience d'où il mettait les pieds, mais maintenant tout était bien clair dans son esprit et ils allaient devoir sortir Chuck de là le plus rapidement et le plus discrètement possible.
Bien entendu, il n'ignorait pas qu'il devrait faire un compte-rendu détaillé de la soirée et de ce qu’Éva lui avait appris de la santé de Chuck.
Serena sentit son cœur se fendre lorsque le jeune-homme mit fin à leur étreinte. Elle avait réellement eu très peur pour lui ce soir et le baiser qu'ils avaient échangé avant son départ lui avait permis de croire qu'ils reprendraient leur histoire où ils l'avaient laissée.
Mais Nate ne semblait plus de cet avis à présent.
- Blair n'est pas là ? s'étonna-t-il en constatant l'absence de la brune.
- Où est Chuck ? questionna à son tour la blonde.
- Chez une prostituée, elle l'a recueilli après qu'il se soit effondré au milieu de la ruelle. Elle ne pouvait pas me mener à lui avant demain matin sans prendre trop de risques, donc on a convenu qu'une de vous deux irait la voir. J'avais pensé que Blair ...
- Elle m'a renvoyée dans ma suite peu après que tu nous ais informé de la bonne nouvelle. Elle a dit qu'elle avait besoin d'être un peu seule. Je crois surtout qu'elle a peur de le revoir étant donné tout ce qui s'est passé.
Nate acquiesça. Leurs amis avaient une histoire d'amour encore bien plus compliquée que la leur.
- Et toi ? Tu vas bien ? demanda S.
- J'irai bien après une bonne douche et quelques heures de sommeil, répondit-il. Mais avant, il faut que je te parle de quelque chose concernant l'état de santé de Chuck.
Serena releva la tête, le ton de Nate ne lui disait rien qui vaille.
Blair entra dans le restaurant du Mandarin et repéra Nate assis à une des tables en face du buffet.
Elle avait passé une nuit horrible. Les quelques heures qui restaient après qu'elle ait reçu la confirmation qu'il était bien en vie s'étaient résumées à de lambeaux de sommeil jusqu'à ce que l'aurore pointe le bout de son nez.
Son cerveau ne lui avait pas octroyé le moindre répit. Son inconscient, saturé de Chuck aussi dans ses songes, n'avait eu de cesse de lui renvoyer des images du temps du bonheur qu'ils avaient partagé, suivi inévitablement par la brûlure de ses trahisons.
Elle s'était levée et avait prit une douche glaciale pour se remettre les idées en place avant de choisir soigneusement sa tenue et son maquillage. S’il la persécutait dans ses rêves, elle ne se priverait pas de le faire dans la réalité. Elle allait lui rendre la monnaie de sa pièce au centuple.
Nate la regarda s'avancer plus radieuse que jamais. Il avala la bouchée d’œufs brouillés qu’il mâchouillait tandis qu'elle prenait un siège en face de lui avec un sourire de guerre plaqué sur ses jolis traits.
Il la vit froncer les sourcils en observant la table.
- Où sont-ils ? questionna-t-elle surprise.
Le jeune-homme comprit tout à coup le pourquoi du comment. Blair pensait manifestement qu'il était rentré avec Chuck au Mandarin durant la nuit.
- Serena est partie voir Eva.
La brunette leva un sourcil interrogateur.
- La fille qui a sauvé la vie de Chuck, indiqua-t-il.
- Oh ! Tu veux dire la catin, commenta amèrement Blair.
Nate acquiesça. Il n'allait certainement pas argumenter avec elle à ce propos. Ce qu'il avait à lui annoncé était déjà bien assez explosif comme ça. Pour le coup, il se demanda s'il n'aurait pas préféré se frotter au mac d’Éva.
- Elle doit l'emmener voir Chuck.
Une ombre passa sur le visage de son amie et il inspira un grand coup pour se donner du courage.
*****
Serena se présenta à l'endroit convenu entre Nate et Eva quelques heures plus tôt. C'était un petit café ouvert 24h/24h dans la gare principale de Prague.
- Tu es Eva ? demanda-t-elle lorsqu'elle repéra une blonde qui balayait la salle du regard, en se plantant devant elle.
Le jeune-femme acquiesça.
- Bonjour. Je suis Serena Van Der Woodsen. Je... Je suis vraiment désolée qu'on te tombe dessus comme ça mais nous avons cherché Chuck partout.
- Je comprends. Moi aussi, je serais inquiète à votre place, sourit Eva. Est-ce que ton ami t'a expliqué ...
- Qu'il ne se souvient de rien et qu'il ne sait pas qui il est, la coupa S. Oui, Nate m'a raconté. Mais peut-être que de voir quelqu'un qu'il connaît ravivera sa mémoire.
- J'en doute. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne mais on peut toujours espérer.
- Tu es infirmière, commenta S.
- A peine, je sais juste recoudre des plaies et j'ai quelques notions qui subsistent mais je suis loin d'avoir eu un quelconque diplôme.
- N'empêche que tu as sauvé la vie de mon frère à ce que m'a dit Nate.
Eva haussa les épaules.
- J'ai juste fait ce que je pensais devoir faire. Le coup de feu avait attiré mon attention et je savais pertinemment qu'aucune ambulance ne viendrait le secourir. Je ne pouvais pas le laissé là en train de mourir.
- Merci, dit Serena avec une gratitude sincère.
Eva hocha la tête.
- Et si on y allait ? proposa-t-elle.
La jeune-femme se sentait très mal à l'aise. Même si elles étaient au milieu de la foule dense de la gare, elle ne voulait pas traîner là.
- Si on te demande, tu es ma cousine, indiqua-t-elle alors qu'elles se dirigeaient vers la sortie.
- Compris, répondit Serena. Est-ce que tu as déjà parlé à Chuck de notre arrivée ?
- Non, il dormait quand je suis rentrée. Il a le sommeil plutôt agité, alors je n'ai pas voulu le réveiller. Il a besoin de repos. Je me suis procuré ça, grâce à l'argent de ton ami, ça devrait l'aider à gérer la douleur pour les prochains jours.
Elle fourra un flacon de pilules dans les mains de Serena.
- Quand vous arriverez chez vous, emmène le voir un médecin. J'ai fait ce que j'ai pu mais il était hors de question que je l'emmène à l'hôpital. Ils m'auraient posé plein de questions.
*****
- Tu te fiches de moi Nathaniel ? s'indigna Blair à la table du petit déjeuner.
- C'est ce qu’Éva m'a dit, mais peut-être qu'en voyant Serena, la mémoire va lui revenir.
Il évita soigneusement de croiser son regard qui, il le savait sans l'ombre d'un doute, jetait des éclairs.
- Il a peut-être réussi à lui faire croire ça mais ...
- Et pourquoi il jouerait à ça ?
- Pour ne pas qu'elle profite de lui et de son argent ! Je te rappelle qu'il a été dévalisé ! glapit-elle en roulant des yeux au ciel devant la naïveté de son ami.
- Ça peut se concevoir en effet, approuva-t-il.
Mais il en doutait toutefois fortement.
Blair se leva et jeta rageusement sa serviette sur la table pour sortir comme une furie du restaurant.
*****
Lorsqu'elles arrivèrent à l'appartement d’Éva, cette dernière frappa un code à la porte avant d'ouvrir.
- Au cas où il serait réveillé, expliqua-t-elle à Serena.
Il était bien éveillé effectivement. Il se tenait debout près du canapé, la télécommande à la main.
La jeune New-Yorkaise sentit son cœur bondir dans sa poitrine quand elle lui fit face.
- Chuck, c'est toi, soupira-t-elle en voulant le prendre dans ses bras.
Mais il recula de deux pas en arrière en boitant, la dévisageant.
- Henry, je te présente Serena Van Der Woodsen. Elle dit être ta sœur. Elle et ses amis étaient à ta recherche dans Perlovka.
Le jeune-homme l'étudia d'un regard circonspect puis se tourna vers Eva, cherchant visiblement une réponse qu'il n'avait pas.
Cette dernière lui avait littéralement sauvé la vie et il n'avait aucune raison de douter qu'elle ait de bonnes intentions à son égard. Si elle avait ramené cette fille qui disait être sa sœur, c'est sans doute qu'il y avait de bonnes raisons de la croire également.
Serena s'avança vers lui et lui tendit son passeport, le cœur serrer cette fois.
- Je suis ta sœur adoptive en fait, expliqua-t-elle.
Il saisit le carnet et en lu le contenu. La photo correspondait, il ne pouvait donc s'agir que de lui à priori.
Il s'appelait Charles Bartholomew Bass et il était né à New-York, le 19 janvier 1991.
- On a vraiment eu très peur, on a même pensé pendant un instant que ... que tu étais peut-être ... mort, dit encore la blonde aux longues jambes en lui souriant gentiment, les yeux un peu embués par les larmes qu'elle retenait.
- Je suis désolé, balbutia-t-il. Je ne me rappelle pas.
- Je sais, dit encore la jeune-femme en hochant de la tête. Nate m'en a informé.
Chuck jeta un œil à sa « logeuse » Elle avait l'air de faire pleinement confiance à cette fille.
- C'est ton meilleur ami, ajouta S à l'adresse de son frère.
- Il est venu me voir au nez et à la barbe de Casimir, ce doit donc vraiment être un très bon ami à toi pour prendre tous ces risques, renchérit Eva pour l'encourager à croire cette inconnue, autant pour lui que pour elle, sinon plus.
Chuck regarda à nouveau son passeport pour s'assurer de son nom.
- Serena va t'emmener avec elle à l'hôtel, indiqua encore Eva. Tu y seras plus en sécurité qu'ici ... et moi aussi.
Il paraissait complètement perdu. A tel point que Serena avait du mal à le reconnaître elle-même. Où était donc passé Chuck Bass ?
- Les gens commencent à parler. Tu ne peux pas rester ici plus longtemps, c’est trop dangereux. Si ça vient aux oreilles de Casimir et qu'il s’aperçoit de quelque chose, je passerai un sale quart d’heure et le tien sera bien pire, déclara Eva.
- Ok, capitula-t-il.
Il ne voulait pas attiré plus d'ennuis à Eva qu'il ne l'avait déjà fait. Elle avait pris d'énormes risques en le sortant de la ruelle et en le soignant. Ça, il le savait.
Le gsm de Nate vibra dans sa poche.
De Serena : « Rejoins nous dans ma suite »
Le jeune-homme quitta la salle sur le champs pour se rendre dans la chambre de son ex. Il lui tardait de voir son meilleur ami, même si Eva l'avait prévenu qu'il n'avait aucun souvenir de ce qui s'était passé ce soir là, ni même précédemment.
Il n'avait dormi que quelques heures après avoir expliqué la situation à Serena. Il avait du faire des efforts pour ne pas prendre la jolie blonde dans ses bras et l’inviter à partager sa suite pour le reste de la nuit.
Mais il y avait d’autres priorités et surtout, il ne voulait pas que quoi que ce soit se passe entre eux tant qu’ils n’auraient pas tiré les choses aux claires. Il voulait qu’elle le choisisse lui une bonne fois pour toute.
Ils s’étaient donc concentrés sur leur ami retrouvé. Ils avaient convenu qu'il valait mieux laisser Blair dans l'ignorance de la situation jusqu'au lendemain et que ce serait la blonde qui irait à la rencontre de Chuck.
Après tout, elle était sa sœur et il valait sans doute mieux éviter que la brune véhémente ne rencontre Eva. D'autant que, vu les circonstances, elle ne réserverait sans doute pas le meilleur des accueils au jeune-homme.
Même si ses sentiments pour lui étaient toujours évidents, elle refuserait de les avouer et elle allait certainement s'assurer une vengeance dont elle et Chuck avaient le secret. Sauf que maintenant, Chuck n'avait plus aucun secret d'après la strip-teaseuse. Ou plutôt, il en avait plus qu'il ne lui fallait.
Il avait fait des recherches sur le net à propos de l'amnésie et il n'avait pas vraiment trouvé de quoi se rassurer. D'après les articles, cela prenait du temps pour que le sujet retrouve ses souvenirs suite à un traumatisme, qu’il soit crânien ou d’ordre psychologique. Parfois, il ne les retrouvait jamais.
Nate supposait que c'était la raison des problèmes de son ami, bien qu'il n'ait pas vu de médecin encore. Dés leur retour à New-York, il emmènerait son ami consulter un neurologue renommé et celui-ci trouverait rapidement une solution.
Il frappa à la porte, fébrile.
- Salut.
La blonde l'accueillit avec un petit sourire contrit et sentit son cœur se mettre à battre plus vite.
- Est-ce que ça va ? s'enquit-il en pénétrant dans la suite.
Elle acquiesça d'une signe de tête.
Il aperçut son ami et un sourire laissa apparaître ses fossettes.
- Hey man, tu nous as vraiment foutu les jetons, là ! dit-il en s'approchant de lui.
Le jeune-homme se présenta devant lui avec un sourire avenant.
- Tu es Nate, c'est ça ? devina Chuck.
L'héritier Archibald eut un haut le corps en se rappelant que son ami ne se rappelait pas.
Il le savait, bien sûr, mais, il était son meilleur ami, celui avec qui il avait grandi et qu'il considérait comme son frère. Il n'avait pas mesuré l'impact que ça aurait sur lui-même de le voir le regarder comme s'il était un parfait inconnu.
Correction : il était un parfait inconnu pour Chuck en ce moment même.
- Oui, c'est ça, je suis Nathaniel Archibald, confirma-t-il en observant mieux son ami de toujours.
- C'est toi qui est allé voir Eva, conclu Chuck comme s'il prenait mentalement des notes.
- C'est moi, oui. On se faisait beaucoup de soucis pour toi et la police ne patrouille pas vraiment fréquemment dans le secteur de Perlovka.
Il se surprit à attendre une remarque acerbe de son ami à propos de sa blague minable mais ce dernier ne fit aucun commentaire.
- Je pense qu'on ne devrait pas tarder à rentrer, dit Serena. Je vais appeler ma mère pour qu'elle nous envoie le jet dés que possible. Il ne sera jamais trop tôt pour quitter ce pays.
Chuck observa la blonde avec des yeux exorbités. Elle avait un jet à sa disposition ?
- Hey man, ça va ? demanda-t-il en posant la main sur son épaule.
Son ami sursauta. Dans un réflexe, il fit un pas de côté pour s'éloigner comme s'il était brûlé à vif.
Chuck grimaça sous la douleur qui se répandait dans son thorax depuis son flan gauche. Il avait à peine sentit la main du jeune-homme effleuré son épaule. Il avait esquivé son geste sans même y penser. Mais sa brusque réaction n'était pas compatible avec la cicatrice encore fraîche qui barrait son abdomen.
Jusqu'ici, ses déplacements avaient été limités. Il n'avait pas quitté l'appartement d’Éva, qui n'était, somme toute, pas très grand et il avait passé la plus part de son temps alité. La jeune-femme était aux petits soins pour lui.
Venir jusqu'ici lui avait déjà coûté pas mal de souffrances physiques, mettant à mal les points de suture de son infirmière personnelle. Ce n'était pas la canne que la jeune-femme lui avait procurée qui le soulageait beaucoup, mais ça lui permettait au moins de pouvoir se déplacer. Sans elle, il n'aurait même pas pu marcher.
Il savait qu'il n'avait pas le choix de toute façon. Rester chez elle aurait été dangereux pour eux deux et l'autre blonde disait être sa sœur. D'ailleurs elle lui avait ramené son passeport, ce qui prouvait bien qu'elle le connaissait. Sinon comment aurait-elle eu ses papiers en sa possession ?
- Désolé, s'excusa Nate.
- C'est rien, répondit Chuck.
Il avait bien conscience que pour les deux autres, ses réactions étaient insensées, cela se voyait dans leur regard. Il devait certainement le prendre pour un fou.
- Je crois que tu devrais t'asseoir un peu, lui conseilla Nate devant sa mine de cire.
- En fait, je crois plutôt que je vais allé m'allonger. Tu as dit que j'étais descendu dans cet hôtel, demanda-t-il en se tournant vers Serena. Tu connais le numéro de ma chambre ?
- 77, indiqua sa sœur. Tu veux que je t'y accompagne ?
- Non, merci, je me débrouillerai, déclina Chuck.
Il boita jusqu'à la porte.
- Je suis vraiment désolé, s'excusa-t-il en se retournant vers ceux qui se disaient ses amis, avant de franchir le seuil.
Nate et Serena restèrent seul à seul dans la chambre. Ils échangèrent un regard, la tension retomba un peu. Ils étaient à la fois soulagés et mal à l'aise.
Soulagés que Chuck s'en sorte si bien suite à son altercation avec de dangereux gangsters mais mal à l'aise de se rendre compte que le Chuck Bass qu'ils connaissaient depuis leur plus tendre enfance n'était plus lui-même.
Ils ne savaient pas trop comment ils devaient se comporter avec lui et visiblement lui non plus.
- Est-ce qu'il t'a dit quelque chose ? demanda Nate.
- Quelque chose à propos de quoi ? Il ne se souvient de rien ? Il ne m'a même pas reconnue. Quand Eva lui a dit qu'il devait venir avec moi, pour sa sécurité, on aurait dit un petit garçon que sa mère présentait à son institutrice le jour de sa 1ère rentrée.
Un sourire effleura les lèvres du jeune-homme au souvenir de leur 1ère rentrée scolaire.
Ils étaient tous arrivés l'un derrière l'autre dans la classe de Mademoiselle Charlène.
- Est-ce que tu veux être mon prince ? lui avait demandé une petite brune aux boucles rebondies retenues par un diadème.
- Si tu veux, avait-il répondu en haussant les épaules.
Après tout le Capitaine lui avait appris qu'un Archibald se devait d'être un gentleman avec les jolies filles en toutes circonstances. Elles aimaient ça et vous le rendaient bien.
- Alors, on disait que j'étais prisonnière et que tu devais venir me sauver du méchant magicien, dit-elle.
Elle avait l'air de tout savoir déjà.
- Et il est où le magicien ?
La brunette posa les yeux sur chacun des enfants de la classe avant de repérer un garçon installé à l'écart, dans un coin, qui observait les autres. Il portait un costume comme celui que son papa mettait pour aller au bureau, mais il avait une drôle de cravate.
- Ce sera lui, décida-t-elle en le désignant du doigt. Il m'avait enfermée dans un donjon et tu devais tuer le dragon pour me libérer.
- Je peux avoir une épée ? demanda Nate.
- Bien sur, un prince sans une épée, ce n'est pas un vrai prince.
Elle se dirigea vers le magicien.
Il s'apprêtait à la suivre quand il remarqua une autre fille dans le fond de la classe. Ses cheveux brillaient dans le soleil et se yeux riaient avec sa bouche. Elle lui fit instantanément pensée à « Boucle d'or et les 3 ours » que sa maman lui avait lu la veille au soir avant qu'il ne s'endorme.
Elle avait certainement déjà un prince car elle était la plus belle de toutes les princesses qu'il ait jamais vue. Elle leva les yeux sur lui et croisa son regard. Il regarda instinctivement ses chaussures. Lorsqu'il risqua un nouveau coup d’œil, elle le fixait toujours et lui souriait.
Il lui rendit son sourire et fit un pas vers elle mais il sentit une main l'agripper par le bras.
- Tu viens jouer ou pas ? demanda la brunette.
Il hésita un instant.
- Tu as dis que tu serais mon prince ! commenta-t-elle en faisant la moue.
Ses yeux étaient aussi sombres que ceux de Boucle d'or étaient claires et ils étaient aussi bien plus menaçants.
- Alors ? On ne t'a jamais dit qu'on ne devait pas faire attendre une Lady ?
Il jeta un regard de l'autre côté de la salle mais l'autre princesse était déjà entourée d'une nuée de chevaliers servants.
- Où est le magicien ? demanda-t-il.
- C'est un idiot, répondit la brunette avec une grimace. Il dit que les contes de fées n'existent pas !
- A quoi tu penses ? demanda Serena devant l'air pensif de l'élu de son cœur.
- A Boucle d'or, répondit-il en posant ses yeux dans les siens.
Chuck s'avança lentement vers la réception en boitant, pour récupérer la clef de sa suite.
- Monsieur Bass, dit le réceptionniste en prenant note de sa présence devant le comptoir de l'accueil. Content de vous revoir parmi nous. Un hôte de marque comme vous ! Nous commencions à nous inquiéter que vous n'appréciiez pas le service de notre hôtel.
Le jeune Bass sourit au vieil homme qui lui tendait une carte magnétique.
- J'apprécie à sa juste valeur, commenta-t-il.
L'employé ne sut pas vraiment dans quel sens il devait interpréter les paroles d'un des plus grand magna de l'immobilier. Le fait qu'il souriait voulait sans doute dire que c'était positif pour l'établissement.
- Si vous avez besoin d'autre chose, je me ferai un plaisir de satisfaire à nouveau à vos désirs, ajouta-t-il en remontant ses lunettes sur son nez. J'espère que votre dernière requête s'est soldée de la manière dont vous le souhaitiez. Ces demoiselles sont les meilleures dans leur ... catégorie.
Chuck imagina parfaitement le genre de service qu'il avait du demandé au vieil homme. Mais contrairement aux espoirs de ce dernier, cela ne s'était pas du tout terminé comme il avait dû l'envisager.
Peu probable qu'il ait eu l'envie ou l'intention de se réveiller dans le lit d'une parfaite inconnue, abruti par la douleur, complètement perdu, sans aucun souvenir de ce qu'il avait fait durant les dernières 24 heures ou les 24 dernières années.
Blair resta totalement pétrifiée sur place, incapable de respirer. C'était comme si ses poumons refusaient d'absorber l'oxygène alors qu'elle l'observait discuter avec le réceptionniste.
Dés l'instant où elle avait entendu le son de sa voix, elle s'était tétanisée. Il était à peine à un mètre d'elle. Échangeant des banalités à propos des services qui étaient dus à son statut de multimilliardaire et de seigneur des grattes-ciel.
Quand elle avait quitté le restaurant quelques heures plutôt, chacun de ses nerfs étaient à vifs.
Elle avait pensé le voir le matin à la table du petit déjeuner et était déterminée à lui montrer qu'il n'avait plus aucun effet sur elle, qu'elle s'était pleinement remise de leur rupture, qu'elle se fichait comme d'une guigne qu'il ait couché avec cette sale petite garce de Brooklyn.
Elle voulait lui faire bien comprendre qu'elle ne lui pardonnerait jamais et était absolument ravie d'être débarrassée de lui. Qu'elle avait tourné la page et que leur histoire n'était qu'un vague souvenir pour elle. Qu'elle l'avait oublié dans les bras d'un autre qui était un véritable prince, lui !
Sauf que d'après Nate, c'était lui qui l'avait tout simplement rayé de sa mémoire. Comme si elle n'avait jamais existé pour lui. Comme si les papillons qu'il avait dit avoir ressentis n'étaient jamais sortis de leur chrysalide. Comme si leur amour n'avait jamais éclos à la lumière du jour.
Comme si rien ne les avaient jamais liés l'un à l'autre. Ni la passion, ni les schèmes machiavéliques, ni même leur amitié pendant toutes ces années, avant qu'elle ne découvre l'étendue de ses sentiments pour lui. Si intenses, qu'elle était prête à faire n'importe quoi, même à se sacrifier elle-même pour son bonheur à lui.
Elle ne pouvait pas y croire. Il devait forcément jouer la comédie. Comment pourrait-il seulement cesser de penser à elle ? C'était une chose impossible.
Il l'avait dit lui-même lors du mariage de Dorota. Ils étaient magnétiques, quoi qu'ils fassent ils revenaient toujours l'un vers l'autre. Comme un papillon attiré par la flamme qui le consumerait jusqu'à ce qu'il soit réduit en cendres. Parce qu'ils s'appartenaient. Même si c'était la dernière chose qu'elle souhaitait et qu'elle ne le reconnaîtrait jamais.
- Merci, dit Chuck à l'employé derrière le comptoir.
- Si vous avez besoin de quoi que ce soit, surtout n'hésitez pas à faire appel à moi, renchérit le vieil homme.
- J'en prend bonne note mais ça ira, je n'ai besoin de rien pour le moment, nota le brun au regard ténébreux.
La seule chose qu'il désirait en cet instant, c'était pouvoir s'allonger sur un lit pour atténuer la douleur qui le lançait dans son flan gauche.
Il pivota sur lui-même pour prendre la direction des ascenseurs qu'il avait repérés en arrivant en compagnie de la blonde, Serena, sa sœur adoptive.
Il nota la présence d'une petite brune non loin, qui le dévisageait. Ses boucles chocolat étaient retenues par un bandeau et retombaient en cascade sur ses épaules menues. Sa peau avait la couleur du miel clair, sa bouche celle des cerises et ses yeux celle des noisettes.
Elle sentit son cœur se glacer d’effroi en rencontrant ses prunelles sombres qui ne la reconnaissaient pas.
Il n'y avait aucune trace de lui dans son regard.
Il eut un demi sourire, ce petit sourire en coin qui était sa marque de fabrique, estampillée Chuck Bass.
Il eut soudain l'impression de perdre l'équilibre, comme s'il tombait d'une falaise. La pièce se mit à tourner autour de lui.
Sans doute un vertige dû à sa blessure. Il n'était pas resté aussi longtemps debout depuis son réveil dans le lit d’Éva.
Son estomac se mit lui-aussi à faire des siennes, le rappelant à l'ordre. Il n'avait rien mangé depuis la veille. Ceci expliquant sûrement pourquoi cette fille lui inspirait des idées de grignotage.
Peut-être pouvait-il demandé à l'employé avenant de lui envoyer quelque chose par l'intermédiaire du room-service ?
De toute manière, il valait mieux ingérer quelque chose s'il voulait prendre les médicaments que Serena lui avait remis.
- A la réflexion, vous pourriez me faire porter un sandwich dans ma suite, commanda-t-il en faisant à nouveau face au réceptionniste.
L'homme le dévisagea à son tour derrière ses montures.
- Un sandwich ? répéta-t-il, abasourdi par la demande.
Il avait déjà entendu nombre de requêtes, toutes plus bizarroïdes les unes que les autres et il s'attendait à tout de la part de Chuck Bass, mais certainement pas à ce qu'il désire se faire apporter un sandwich.
- Euh ... bien sur Monsieur Bass. Quel sandwich désirez-vous ? balbutia-t-il en remontant à nouveau ses lunettes sur son appendice.
Chuck fut pris au dépourvu. Il n'avait aucune idée de ce qu'il aimait ou non.
- Peu importe, choisissez pour moi, répondit-il tout à coup mal à l'aise.
Il était incapable de se souvenir de ses goûts !
Et s'il était allergique à un aliment ?
Il devrait demander à sa sœur et à son ami. Ils devaient certainement être au courant si c'était le cas. Il le supposait du moins.
Il soupira. La dernière chose dont il avait envie, c'était de retourner dans cette suite en compagnie de ces deux personnes qui le regardait comme s'il était un extraterrestre.
- Finalement, annuler le sandwich, reprit-il à l'adresse de l'employé.
Il sourit à la brune, belle à croquer, qui n'avait pas bougé, et boita jusqu'aux cages d'ascenseur. Il appuya sur le bouton d'appel et laissa aller son front contre le chambranle métallique.
Est-ce que le brouillard dans lequel il évoluait finirait par se dissiper un jour ?
Eva lui avait dit que cela pouvait prendre des semaines ou des mois, voire des années, pour que sa mémoire revienne. Peut-être même qu'elle ne reviendrait jamais, tout dépendait du sujet. Il ne fallait pas brusquer les choses et laisser le temps au temps d'après internet.
Elle ne l'avait pas emmener à l'hôpital, de peur de subir des représailles de Casimir et de ses sbires, mais elle avait fait des recherches et avait puisé dans les connaissances médicales qu'elle avait acquises des années plus tôt.
Blair l'observa grimacer, la tête contre la paroi.
La blessure était aussi vive dans son cœur que celle de Chuck dans son abdomen quand il avait reçu cette balle. Il saignait abondamment dans sa poitrine. C'était une véritable hémorragie. Bien pire qu'aucune autre blessure que le prince de Manhattan n'y avait jamais infligée.
Il l'avait regardé droit dans les yeux.
Il ne faisait pas semblant.
Il avait tout oublié.
Nate et Serena étaient blottis l'un contre l'autre dans la suite de cette dernière.
Le jeune-homme avait encore du mal à réaliser ce qui venait de se passer.
- Nate ...
- S'il te plaît Serena, non !
Il quitta le lit de la belle blonde qu'il venait d'embrasser passionnément.
- Je t'ai dit que j'avais besoin de réfléchir et c'est ce que j'ai fait pendant tout cet été, dit-elle quand même.
- Ah oui ? Et quand exactement ? Avant le serveur de l'Astrance ? Ou après le peintre de la rive droite ?
- On avait dit qu'on faisait un break et à ce que j'ai lu sur gossip girl, tu n'as pas eu de problème à utiliser le petit carnet de Chuck ! lui opposa-t-elle.
Il grimaça, elle marquait un point.
- C'est toi que j'ai choisi Nate, ajouta la blonde en posant ses yeux remplis d'espoir sur le bel Archibald.
- Tu dis ça maintenant, mais quand on sera rentré à New-York ... Et que Dan sera à nouveau dans les parages ...
Il ne savait pas s'il pouvait vraiment faire confiance aux sentiments présents de Serena. Elle était sincère, il n'en doutait pas, mais jusqu'à quand avant que ses sentiments ne changent à nouveau ?
- Je préfère attendre avant de prendre MA décision, déclara-t-il avant de quitter la chambre.
*****
Blair avait encore du mal à croire que ce soit vrai.
Il ne pouvait pas être amnésique. C'était une chose impossible.
Il ne pouvait pas avoir oublier toute sa vie. Toute leur vie.
Elle avait passé les dernières heures à récolter des informations sur l'amnésie.
L’amnésie est une perte partielle ou totale de la mémoire. C'est un état pathologique permanent ou transitoire, congénital ou acquis.
Les causes de surgissement d'une amnésie sont multiples :
- traumatisme crânien consécutif à un accident ou une agression,
- maladies vasculaires (AVC) ou cérébrales (cancer du cerveau, troubles mentaux),
- toxicomanies (alcoolisme chronique - syndrome de Korsakoff - consommation de cannabis et d'ecstasy en particulier),
- troubles psychologiques consécutifs à un choc émotionnel traumatique (agression, témoin de scène de guerre, de morts violentes, etc.) que l'individu « efface » littéralement de sa mémoire (on parle alors d'amnésie psychogène)
Chuck réunissait quasiment tous les critères songea Blair devant son pc.
Le trouble de stress post-traumatique est une réaction psychologique consécutive à une situation durant laquelle l'intégrité physique et/ou psychologique du patient et/ou de son entourage a été menacée et/ou effectivement atteinte (notamment accident grave, mort violente, viol, agression, maladie grave, guerre, attentat). Les capacités d'adaptation (comment faire face) du sujet sont débordées. La réaction immédiate à l'événement aura été traduite par une peur intense, par un sentiment d'impuissance ou par un sentiment d'horreur.
Mais elle refusait que ce soit vrai.
Il ne pouvait pas avoir oublier qui il était ni d'où il venait.
Il était Chuck Bass !
L'évitement de tout ce qui rappelle l’événement traumatique est la principale réponse à un traumatisme psychologique. Alors, éviter d'y penser devient un impératif chez des sujets traumatisés (Newman et al., 1996). Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV) a dressé une liste de différents types d'évitement, comme les activités, les conversations, les personnes, les endroits et les réminiscences reliées à l’événement traumatique.
Et par dessus tout, il ne pouvait pas avoir oublier leur histoire.
Il ne pouvait pas l'avoir oublié, Elle !
Pas quand elle ne pensait qu'à lui du matin au soir et du soir au matin !
Il n'avait pas le droit !
Tous ces types d'évitement servent à protéger le sujet du contact avec tout ce qui peut lui rappeler le drame (Carlson, 1997). Ce qui signifie qu'après avoir vécu l’événement traumatique, le sujet devient très sensible à tout ce qui peut lui rappeler cette expérience dramatique. Les indices de cette expérience dramatique peuvent avoir une double signification : le rappel de la souffrance lors de l’événement traumatique et le danger imminent d'un recommencement du drame. Pour Carlson, l'évitement post-traumatique peut se manifester sur les plans affectif, cognitif, comportemental et physiologique.
Ça lui faisait encore plus mal que d’apprendre qu’il avait couché avec Jenny Humphrey.
Elle se mourrait de l’intérieur à cause de lui et il ne se rappelait même pas ce qu’il lui avait fait.
Pire encore, il ne se souvenait pas de qui elle était.
Blair et Chuck.
Chuck et Blair.
Tout ça ne voulait plus rien dire pour lui.
Elle était une personne anonyme parmi tant d’autre à ses yeux.
Alors qu’elle ne parvenait pas à s’abstenir de penser à lui pendant 15 minutes d’affilées, lui, l’avait complètement rayée de sa mémoire, de sa vie.
Tout ce qu’ils avaient vécus, le bon comme le mauvais, s’étaient évaporés dans le néant pour lui. Leur histoire n’existait même plus, ni dans sa tête, ni dans son cœur.
Elle se rendit compte que c’était pire que tout.
Elle avait trouvé un peu de réconfort dans l’idée qu’il devait souffrir le martyre autant qu’elle de leur séparation. Elle savait ce qu’il éprouvait pour elle, en dépit de son comportement odieux.
Elle se l’était imaginé, torturé par les remords et se perdant dans les vapeurs d’alcool et les drogues, s’imbibant de toutes les substances qu’il pouvait trouver dans le but d’atténuer sa peine et sa douleur.
Mais la vérité, c'est qu'il ne souffrait pas.
Pas de la manière dont elle souffrait, elle !
Alors que le seul responsable de leur malheur, c’était lui et uniquement lui. C’était profondément injuste.
Des petits coups portés à sa porte attirèrent son attention. Elle essuya ses joues humides et souffla un grand coup comme Serena pénétrait dans sa suite.
- Est-ce que ça va ? s'enquit son amie.
Nate l'avait informée qu'il avait mit B au courant de la situation le matin même, pendant qu'elle était chez Eva.
- J'ai croisé Chuck, dit simplement la brune.
- Qu'est-ce que tu lui as dit ?
- Rien du tout !
Qu'est-ce qu'elle aurait bien pu lui dire alors qu'il ne la reconnaissait même pas ?
« Bonjour, tu es l'amour de ma vie et tu as brisé mon cœur en tellement de morceaux minuscules que je ne m'en remettrai jamais ? »
- Blair, j'imagine combien ça doit être horrible pour toi.
- Au contraire, mentit-elle. Je suis enfin débarrassée de lui. Plus rien ne nous relie l'un à l'autre désormais.
Cette fois Serena ne fit pas semblant de la croire.
- Et c'est encore bien pire, n'est-ce pas ? questionna-t-elle.
- Je suis libre de refaire ma vie sans plus m'inquiéter qu'il ne tente d'y interférer de quelque manière que ce soit.
Ses yeux se noyèrent de larmes alors que sa voix ne devenait qu'un murmure.
Son amie s'avança de quelques pas pour la serrer dans ses bras.
- Je sais que les choses ne sont pas simples, mais elle ne le sont pas pour lui non plus Blair, dit Nate en plantant ses prunelles azur dans celle de la jeune-femme.
- C'est fréquent lors d'amnésie post-traumatique, indiqua Serena pour la réconforter.
- Peut-être mais ça ne change rien, répliqua la brune.
- Il faudra bien que tu te retrouves face à lui à un moment donné ! commenta Nate.
Cela faisait une bonne demi-heure qu'ils parlementaient avec B pour qu'elle vienne déjeuner avec eux.
Chuck était censé se joindre à eux. Ils avaient rendez-vous dans la salle du grand-restaurant.
C'est à peine si son meilleur ami lui avait dit trois mots depuis la matinée où il avait regagné l'hôtel. Après leurs retrouvailles, ce dernier avait décrété qu'il avait besoin de repos et avait disparu de leur radar jusqu'à ce qu'il aille frapper à sa porte quelques heures plus tard pour solliciter sa présence à leur table pour le repas de midi.
Repas qui promettait d'être le plus long et le plus silencieux qu'ils aient jamais partagé.
Entre Blair qui rechignait à s'asseoir en face de Chuck et son ami qui semblait complètement refermé sur lui-même, il y avait de quoi vous couper l'appétit. Mais s'ils ne désamorçaient pas la situation, elle n'évoluerait jamais positivement.
Le smartphone de Serena tintinnabula et elle s'éloigna quelque peu, dans un endroit un peu plus calme du hall, pour répondre à sa mère.
Elle l'avait mis au courant de la situation dés le retour de Chuck au Mandarin. Lily devait la rappeler pour lui communiquer les détails techniques du vol retour.
- Je n'ai pas faim, je te l'ai dit. Allez manger sans moi.
- Pas question que je te laisse là, à broyer du noir. Tu crois que tu es là seule à qui c'est pénible ? Serena et moi ne savons pas non plus comment nous comporter avec lui. Quand à Chuck, Dieu seul sait comment il prend a chose. On dirait un gamin perdu. Je sais qu'il t'a fais du mal. Je ne te demande pas de lui pardonner pour ce qu'il t'a fait, ni de lui sauter au cou.
- Je lui ai pardonné ! s'emporta Blair. Pour quelque chose que personne d'autre au monde n’aurait pu lui pardonner. Puis il a cherché et il a fait la seule chose qu'il savait que je ne lui pardonnerais jamais.
- Je sais, moi aussi, je lui en veux pour Jenny. Mais il n'en sait rien. Il ne comprend même pas ce qu'il fait ici. Franchement, je pense que le plus dur est pour lui en ce moment. Et je ne parle pas de sa blessure par balle. Imagine, si tu te réveillais un matin sans savoir qui tu es ni d'où tu viens et que tu te rendais compte que tu n'avais plus rien. Que ta vie c'est le néant ! Tu ne penses pas que tu peux faire un effort ? Ce matin tu étais prête à l'affronter.
- Ok, je veux bien essayer. Je serai bien obligée de le voir de toute façon puisque nous serons assis dans le même avion, mais ne pense pas que je vais lui faciliter les choses. Aucune chance que je lui serve d'infirmière, grimaça-t-elle en pensant à celle qui l'avait été en réalité.
- C'est tout ce que je te demande, promis Nate et posant sa main sur son bras.
Chuck repéra son ami non loin de la porte du restaurant. Il fut stupéfait de constater que la petite brunette qu'il avait aperçue le matin, réveillant son appétit, soit à ses côtés. Visiblement, ils se connaissaient bien tous les deux et étaient même très proches.
Il s'avança jusqu'à eux. Il n'avait pas spécialement envie de se retrouver en leur compagnie. Il avait l'impression d'être un rat de laboratoire dont ils épieraient chaque fait et geste. Mais il n'avait pas spécialement envie de rester seul non plus.
Il avait pris l'habitude de la présence d’Éva pendant les jours passés. Et puis, ils pourraient lui donner des renseignements sur lui et combler le trou béant qui habitait son crane, laissant son passé identique à un trou noir.
Son ami lui sourit en le voyant arriver. Nate était heureux qu'il sorte de son antre. Il savait que les choses seraient étranges pour eux tous mais ils étaient le club des petits déjeuners sans jugement. Ils avaient toujours fait front ensembles, peu importe les événements à traverser. Ils pouvaient compter les uns sur les autres. Ils avaient toujours fonctionné ainsi, aucune raison que ça change.
- Chuck, voici Blair. C'est ...
- Une amie, le coupa la brune en passant un bras sous celui de Nate avec un petit sourire placide.
Ce dernier se raidit mais ne fit aucun commentaire. Les choses étaient encore bien plus compliquées pour Blair que pour Serena et lui. Elles étaient toujours plus compliquées pour Blair ! Et encore plus quand Chuck y était impliqué.
Mais après ce qui s'était passé quelques mois plus tôt à New-York, il ne pouvait pas blâmer son ancienne petite-amie. Elle faisait déjà un effort pour ne pas sauter à la gorge de Chuck. Autant temporiser la situation autant qu'il le pouvait.
Il laissa donc Blair s'accrocher à son flan tandis qu'ils pénétraient dans la salle pour trouver une table.
Le maître d'hôtel se précipita au devant d'eux.
- Monsieur Bass, c'est un réel plaisir de vous revoir parmi nous.
Chuck nota et suivit les autres jusqu'à la table indiquée en boitant. Sa blessure se réveillait à nouveau et lui procurait une gène manifeste. Il avait l'impression qu'il allait s'effondrer au milieu de la salle. Il fut plus que soulagé quand il agrippa le dossier de la chaise qui lui était désignée.
Il s'assied en face de la brune, mais cela ne sembla pas lui convenir car elle demanda à Nate pour changer de place avec elle. Le moins qu'il pouvait dire, c'est qu'elle n'avait pas l'air enchanté d'être là.
Il avait mentalement préparé une liste de questions à poser à ses « amis » mais il n'était plus trop certain de vouloir vraiment savoir comment il avait atterri dans un quartier chaud de Prague.
- Maman envoie le jet pour demain matin. Elle t'embrasse. Dieu merci, nous allons enfin pouvoir quitter ce pays, clama sa sœur en s'installant à côté de lui.
Les autres notèrent avec un soulagement visible. D'après ce qu'il avait compris des explications fournies, ils avaient tous été apparemment préoccupés par leurs propres occupations pendant cet été. Était-ce la raison pour laquelle il s'était retrouvé dans cet endroit tout seul ?
Le serveur vint leur présenter la carte.
Chuck resta indécis devant les plats proposés.
- Est-ce que j'ai une allergie alimentaire ou un truc comme ça ? demanda-t-il à la blonde derrière le menu.
- Non, tu peux manger ce que tu veux, lui sourit-elle.
Il reposa les yeux sur les noms des plats. Son estomac se tordait dans tous les sens, on aurait dit qu'un alien en avait pris possession. Il ferma les paupières un instant. Il n'avait pas eu l'occasion de manger autre chose que des pâtes, avec ou sans fromage, chez Eva. Rien qui ne s'approche un tant soit peu de ce qui était au menu.
Serena avait mal au cœur elle aussi. Sa gorge était si contractée qu'elle se sentait incapable d'avaler quoi que ce soit. Elle avait résolu d'affronter ce moment avec le sourire, cependant elle avait vu Blair glisser son bras autour de la taille de Nate tandis qu'elle parlait avec sa mère au téléphone.
Elle ne pouvait pas imaginer qu'ils se passe quoi que ce soit entre eux à nouveau. B était complètement effondrée après sa rupture avec Chuck. Et Nate ... avait passé tout son été à s'amuser avec des escortes-girl triées sur le volet par le roi de la luxure en personne.
Non, impossible !
Ils ne pouvaient pas se remettre ensemble. Sa meilleure amie connaissait les sentiments qu'elle éprouvait pour le beau capitaine de lacrosse et elle-même était toujours bleue de son frère, même si elle ne le reconnaîtrait jamais.
Un seul coup d’œil à Queen B par dessus la carte lui permit de le confirmer.
Blair s'absorbait dans la contemplation du menu elle-aussi, mais Serena connaissait trop son amie pour ne pas voir son manège. Elle ne pouvait s'empêcher de jeter de petits regards obliques en direction de l'homme qui avait brisé son cœur.
- Tu aimes la viande rouge, lui souffla sa sœur en remarquant qu'il était comme hébété devant le choix de la carte.
- Merci, nota-t-il.
C'en était trop pour Blair.
- Excusez-moi, mais je n'ai pas vraiment faim, dit-elle en jetant sa serviette sur la table tandis qu'elle assassinait le beau brun ténébreux du regard.
Elle se leva précipitamment pour sortir de là.
- Blair ! cria Serena en se levant à son tour.
Blair se tourna vers Serena puis à nouveau vers Chuck, hésitant une fraction de seconde avant de quitter la pièce aussi vite qu'elle le pouvait.
Une fois dans le hall, la brune se retourna pour faire face à sa meilleure amie qui l'avait suivie.
- Blair, répéta la blonde, sur le ton de la compassion cette fois.
- Écoute, je suis désolée mais c'est au-dessus de mes forces en cet instant. Je suis incapable de lui parler. Ou même de rester là, assise en face de lui. Tu ne peux pas imaginer ce que j’ai ressenti rien qu’en le voyant tout à l'heure.
- Blair, il est presque mort en s'agrippant à cette bague et en pensant à toi, tenta encore doucement S.
- Je le sais ! Et toi aussi ! Mais pas lui ! Éclata-t-elle enfin.
- Je suis désolé, dit Nate.
Il s'en voulait d'avoir forcé la main à Blair. Ce qu'il voulait, c'était que les choses redeviennent comme avant. Lorsqu'ils étaient tous amis et qu'ils formaient le club des petits déjeuners sans jugement.
Lorsqu'il partageait sa vie avec la belle blonde et la suite de l'Empire avec son meilleur ami qui était amoureux de le brunette qui se trouvait devant lui en cet instant.
Depuis qu'il la connaissait, Blair avait toujours tout contrôlé. Que ce soit leur relation quand ils étaient ensembles ou son apparence, ou encore Constance Billard. Elle était la reine, celle qui donnait les directives, qui décidait et qui veillait à ce que chacun exécute le plan comme elle l'avait prévu.
Mais depuis Chuck, les choses lui échappaient, elle avait du mal à maîtriser ses sentiments. Elle avait en quelque sorte capitulé devant l'amour qui les unissait. Elle aurait fait n'importe quoi pour celui qui faisait battre son cœur. Elle avait fait n'importe quoi par amour pour lui.
Le jeune Bass était habitué à être le maître du jeu lui aussi. Nate ne s'était jamais battu contre cet état de fait car il se sentait parfaitement à l'aise dans son propre rôle.
Il était le golden boy quand son ami était le prince des ténèbres. Il ne revendiquait nullement New-York comme territoire car il n'en n'avait pas besoin. Contrairement aux filles, il n'y avait jamais eu de rivalité entre eux. Jusqu'à Blair.
- Ce n'est pas toi, répondit la brune avec brusquerie. C'est moi !
- Blair ..., intervint Serena.
- Non ! Je suis Blair Waldorf et il faut plus que Chuck Bass pour avoir raison de moi, clama-t-elle la tête haute. D'ailleurs je vous demande de ne rien lui expliquer sur ce qui s'est passé entre nous. C'est définitivement du passé !
Il était hors de question qu'elle continue à le laisser avoir ce pouvoir sur elle ! Elle devait reprendre sa vie en main.
Nate vit luire cette petite lueur au fond de ses prunelles. Celle qui disait qu'il valait mieux ne pas la contredire au risque d'essuyer les foudres de Queen B.
Elle était résolue à faire face à la situation. Elle avait peut-être eu un moment de faiblesse en se retrouvant assise à cette table avec lui mais ça ne se reproduirait plus.
Ce qui l'avait bouleversée, c'était de comprendre à quel point il devait se sentir perdu. Et ça la mettait dans une rage folle de continuer à avoir de l'empathie pour lui. Elle avait commis la même erreur quand Élisabeth Fischer était réapparue d'entre les morts.
Elle avait fait passé les besoins de Chuck avant les siens en pensant qu'ils étaient identiques et elle s'était fait prendre à son propre jeu. Mais ce n'était pas le cas. Ses besoins et ceux de Chuck étaient totalement différents et elle devait d'abord penser à elle.
Parce que personne d'autre ne le ferait à sa place !
Elle était Blair Waldorf et elle reprenait le cours de sa vie. Terminé les cœurs brisés et les pleurnicheries sur une histoire qui ne vivait plus que dans ses souvenirs. Après tout, elle avait ce qu'elle souhaitait quand elle avait quitté Manhattan. Chuck avait manifestement tourné la page et c'est ce qu'elle allait s'appliquer à faire.
Bien sûr, ce serait plus difficile que pendant cet été à Paris, quand il n'était pas dans le paysage, mais elle pouvait le faire. Elle était Queen B et il était temps de se rappeler de ce que ça voulait dire même si lui l'avait oublié.
- Je vais le prévenir de l'heure à laquelle on décollera demain, dit-elle d'un ton sans appel.
Elle s'éloigna en direction de la chambre 77. Le plus dur était le 1er pas, le reste coulerait de source.
Nate et Serena échangèrent un regard. Aucun d'eux ne se mettrait en travers du chemin de Blair. Elle avait besoin d'affronter Chuck par elle-même.
Quant à eux, ils avaient également besoin d'éclaircir les choses. Serena n'attendait que ça, mais Nate voulait attendre. Elle pouvait le comprendre. Elle savait que, tout comme pour sa meilleure amie, les choses seraient différentes quand elle se retrouverait face à face avec Dan.
Pourtant elle était certaine de son choix. L'expérience atroce qu'elle venait de vivre lui avait bien fait comprendre de qui elle avait besoin.
Mais lui avait-il encore besoin d'elle ?
- Je vais faire mes bagages, indiqua le jeune-homme en quittant la pièce à son tour.
*****
Blair frappa à la porte de la chambre 77, résolue à vaincre ses démons. Mais c'était sans compter sur ce qu'elle découvrit derrière.
- Bonjour, la salua une jeune-fille blonde avec un sourire avenant.
La brune sentit son sang bouillir de la trouver là, dans la chambre de Chuck.
Eva s'effaça pour la laisser entrer.
- Je suppose que tu es Blair.
Elle releva un sourcil en tentant de se reprendre. Cette catin connaissait son nom ?
- Et toi tu dois être la prostituée, cracha-t-elle en sans bouger du seuil.
Elle n'avait aucune intention d'assister à la scène de dépravation qu'elle n'imaginait que trop bien. Il avait peut-être perdu la mémoire mais pas ses habitudes apparemment. Il restait le même quelles que soient les circonstances. Cela ne fit que confirmer ses résolutions de l'effacer également de sa vie dés que le jet se serait posé sur le tarmac de JFK.
- Tu es jalouse ? Est-ce que tu es sa petite-amie ? interrogea Eva qui avait l'habitude de ce genre d'attitude agressive lorsqu'il arrivait qu'un de ses clients se fasse prendre en flagrant délit.
Blair blêmit
- De toi ? la toisa-t-elle de toute son arrogance.
- Écoute, il ne s'est rien passé entre-nous. Je suis juste venue m'assurer qu'il allait bien, c'est tout, expliqua la jeune presqu'infirmière.
B sentit le soulagement envahir son cœur.
- Peu m'importe ce que tu fais avec lui ou avec tout le reste des pourceaux de la terre, invectiva-t-elle quand même la blonde.
Eva ouvrit la bouche pour river son clou à cette sale garce mais l'arrivée de Chuck dans l'entrée de la suite la fit ravalée ses mots acerbes.
- Tant que tu ne laisses pas traîner tes mains sur Nate, le reste ne me concerne pas, mentit la brune en faisant comme si elle n'avait pas vu venir le beau brun ténébreux.
Quel salopard ! Il était encore plus sexy que la veille. Il portait sa chemise à moitié entre ouverte, les manches relevées à mi-bras.
Il passa inconsciemment une main dans ses cheveux en apercevant la brunette.
Elle se mordit l'intérieur de la joue pour se rappeler à l'ordre.
- Blair ? s'étonna-t-il.
Elle avait disparue si rapidement au déjeuner qu'ils n'avaient même pas eu l'occasion d'échanger trois mots. Non pas qu'il se sente l'envie de parler, mais le regard qu'elle lui avait lancé avant de quitter la table l'avait déstabilisé.
Elle lui en voulait manifestement pour quelque chose mais ni Nate, ni Serena, lorsqu'elle était revenue s'asseoir à ses côtés, n'avaient abordé le sujet.
Au contraire, ils avaient paru gênés et lui-même s'était senti encore plus mal à l'aise.
Il avait renoncé à leur poser des questions sur la scène qui venait d'avoir lieue et avait préféré se concentrer sur les informations de base le concernant. Il avait appris avec ébahissement qu'il était l'un des plus riches New-Yorkais et qu'il possédait une bonne partie de la ville.
Il s'aperçut que la brunette le détaillait des pieds à la tête. Sans bien savoir pourquoi, il se sentit pris en faute sans raison.
- Est-ce que ça va ? demanda Eva en le voyant prendre appui sur le mur.
- Ça va, oui. Ne t'inquiète pas pour moi, lui sourit-il.
Blair sentit une nausée assaillir son estomac.
-Tu es sur ? Il y a un problème avec ton pansement ? questionna Eva en se rapprochant de lui.
La brune eut envie d'arracher les yeux de la blondinette et de la frapper avec ses Stilettos.
- Non, c'est bon, je n’aurais pas pu avoir une meilleure infirmière, répondit-il en posant instinctivement une main sur sa blessure, qu'elle venait de couvrir d'un nouveau morceau de gaze.
- Bon, alors si tu n'as plus besoin de moi, je te laisse. Prend soin de toi et surtout va chez le médecin dés que tu rentreras chez toi, indiqua-t-elle sans même un regard pour celle qui l'avait agressée quelques minutes plut tôt.
- Tu es certaine de ne pas vouloir reconsidérer ma proposition ? plaida-t-il en la retenant par le coude.
Blair sentit à nouveau son cœur s'ombrager.
- Bien que cette proposition soit des plus tentantes, elle n'est pas très raisonnable, sourit Eva.
- Alors prend au moins ça, dit-il en attrapant une enveloppe sur la commode, qu'il lui tendit.
Elle jeta un coup d’œil dans l'enveloppe et s'aperçut qu'elle contenait des dizaines de billets de 500€. Elle en eut quasiment le souffle coupé. Tout comme Blair qui n'en croyait pas ses yeux, mais pas pour les mêmes raisons.
- Dis-moi que tu n’as pas braqué une banque, plaisanta à moitié seulement la jeune Française.
- Non, ils sont à moi, enfin à toi maintenant. Je suis très riche d'après ce que j'ai compris. La preuve, j'ai juste retiré un petit peu d'argent à la banque cet après-midi.
- C’est pas ce que j’appellerais « petit » !
- J'ai même un jet ! Demande lui, ajouta-t-il en indiquant d'un geste la brune qui se tenait toujours contre le chambranle, pour convaincre celle qui lui avait sauver la vie de prendre l'argent.
- Il est propriétaire de plus de la moitié de Manhattan et il a des hôtels partout de par le monde, confirma-t-elle avec un petit sourire acide. Ce n'est pas la liquidité qui lui pose problème.
Pourvu que cette fille prenne le fric et débarrasse le plancher !
Elle ne connaissait que trop bien la proposition qu'il avait du lui faire. Par pitié ! Elle aurait déjà du mal de se retrouver avec lui dans l'avion sans céder à ses pulsions, elle ne supporterait pas de devoir en plus accepter la présence de cette catin, qui était devenue son infirmière personnelle et sa meilleure amie, autour de lui.
- Non, je ne peux pas, refusa-t-elle en lui rendant l'enveloppe.
Blair sentit ses dents grincer et son cœur s'affoler contre son gré.
- Écoute, tu as eu l’extrême générosité d’aider le parfait inconnu que j'étais, c’est à mon tour de prendre soin de toi maintenant. Il y en a assez pour aller à Paris. Va rejoindre ton grand-père et arrange cette histoire de dette pour ta famille. C'est l'occasion de les retrouver pour toi aussi, insista-t-il. C'est une bonne manière de le dépenser, crois-moi.
- Es-tu sûr de vouloir faire ça ?
- Je n'ai jamais été aussi certain de toute ma vie autant que je m'en souvienne, plaisanta-t-il maladroitement.
Eva hésita un moment. Avec une somme pareille, elle pourrait quitter Perlovka et prendre un nouveau départ, même si ce n'était pas à New-York avec lui.
- T’es un mec bien, Henry. Ou Chuck, peu importe ! déclara-t-elle en lui souriant de toutes ses dents.
Blair leva les yeux au ciel et le remercia intérieurement.
Eva fit quelques pas plus à l'intérieur de la suite et récupéra son sac à main où elle enfouit l'enveloppe. Puis elle prit son manteau posé sur le dossier d'un fauteuil pour partir.
- Au revoir, Chuck, dit la blonde en l'embrassant sur la joue.
- Au revoir, Eva, répondit-il alors qu'elle quittait sa suite.
Elle passa devant Blair avec un petit sourire narquois et condescendant à l'adresse de la jeune-femme. La brune pouvait toujours essayer de bluffer, elle connaissait par cœur cette lueur qui dansait dans ses grands yeux noisette.
Chuck regarda Eva s’éloigner avant de reporter son attention sur Blair. Si elle était venue jusque là, c'est que Nate l'y avait envoyée.
- On décolle demain à 9h00, soit prêt à quitter l'hôtel à 8h00 précise, lâcha-t-elle le plus froidement qu'elle pu.
Il hocha la tête et lui fit un petit sourire.
- Je serai prêt, indiqua-t-il.
Elle lutta contre elle-même pour ne pas craquer. Maintenant qu'elle se retrouvait face à lui, seul à seul dans cette chambre. Elle sentait ses résolutions fondre comme neige au soleil. Elle n'avait qu'une envie, se jeter sur lui et l'attirer jusqu'au lit qui trônait au milieu de la pièce.
Elle fit un effort pour dompter ses instincts et tourna les talons.
Elle ne pouvait s’empêcher de l’observer du coin de l’œil tandis qu’elle papotait de leur future rentrée à Columbia avec Serena assise en face d’elle.
La blonde sourit, Blair avait beau dire, sa meilleure amie la connaissait mieux que ça. Elle avait noté le changement lorsque la brune était revenue de sa « mission » la veille.
- Va lui parler, finit par lâcher sa meilleure amie qui n’avait rien perdu de son petit manège. Vous avez besoin d'une explication franche vous aussi.
Nate dormait dans un siège à côté de la brune et Chuck s’était réfugié dans le fond de la carlingue, près du bar.
En fait, ça avait toujours été son endroit préféré mais aujourd’hui les choses étaient différentes.
Parce qu’il ne se souvenait pas de ça non plus !
Et aussi parce qu’il n’avait pas encore bu une seule goutte d’alcool depuis qu’ils avaient décollé, cinq heures plus tôt. Même pendant le repas, il avait demandé un soda. Blair avec presque faillit s’en étrangler dans son verre de Chardonnays.
- Aller, vas-y, l’encouragea encore Serena. Il a à peine ouvert la bouche depuis notre départ. Et tu en meures d’envie, inutile de te mentir plus longtemps.
- Arrête s’il te plaît Serena. Je n’ai aucune intention de faire un pas dans sa direction après tout ce qui s’est passé. Comment peux-tu seulement …
- Il ne se souvient de rien, la coupa S. Et il a l’air complètement perdu depuis qu’il a quitté l’appartement d’Éva. On dirait un chiot abandonné.
- Oui et bien, il n’est pas écrit SPA sur mon front. Mais puisque tu y tiens tant que ça, pourquoi n’y vas-tu pas toi-même. Tu pourrais l’adopter. Ah non, suis-je bête ta mère l’a déjà fait. Ce qui implique que c’est à toi de t’en occuper.
- D’accord, dit Serena en se levant.
Blair la regarda, estomaquée. Elle n’avait pas pensé que S la prendrait au mot. La blonde aurait pu la pousser un peu plus, si elle avait été une bonne amie. Elle sortit une édition de « Jane Eyre » de son sac en boudant et se mit à faire semblant de lire, tout en les épiant par-dessus les pages.
- Hey, Chuck. Est-ce que ça va ? demanda sa sœur adoptive en arrivant auprès de lui.
- Je rentre à New-York, dans un endroit dont je n’ai aucun souvenir et dans mon propre jet, que pourrait-il y avoir de mieux ? commenta-t-il, grinçant.
- Je sais que ce ne doit pas être facile pour toi. Mais tu verras, tout se passera bien.
Elle passa derrière le bar et sorti deux bouteilles d’eau gazeuse.
- Tu veux bien en apporter une à Blair, s’il te plaît ? Moi, j’ai besoin d’utiliser les toilettes.
Il soupira et acquiesça. Pourquoi sa sœur adoptive ne pouvait-elle pas le laisser tranquille dans son coin ?
Il traversa l’appareil et se planta devant la brunette qui fit semblant de ne pas le voir en s’absorbant dans sa lecture mais il n’était pas dupe.
Au moins, elle, le laissait tranquille. Elle avait d’ailleurs l’air de vouloir être le plus loin de lui que possible. Nathaniel avait dit qu’ils étaient tous amis mais il avait l’intuition que c’était loin d’être le cas. Blair était plutôt là par obligation. Les deux autres l’avaient certainement embarqué avec eux.
Le golden boy parce qu’il était son meilleur ami, à ce qu’il avait proclamé et Serena par devoir familial. Blair avait sans doute suivi le mouvement. Ou bien n’avait-elle pas voulu laisser son petit-ami avec la blonde aux jambes interminables ?
Il s’éclaircit la gorge pour l’obliger à reconnaître sa présence et lui tendit la bouteille de plastic.
- Serena m’a demandé de t’apporter ça, dit-il à mi-voix pour ne pas réveiller Nate qui s’était laissé aller sur son épaule.
Elle roula des yeux au ciel en signe d’agacement et il ne put empêcher un sourire d’apparaître sur son visage.
Il ne comprenait pas pourquoi Archibald ne cessait de reluquée sa sœur (il avait bien remarqué ses coup d’œil furtifs quand il pensait que personne ne le voyait) alors qu’il avait à ses côtés une fille sublime.
Peste à souhait, certes, mais à l’intelligence et à la répartie cinglante. Il aimait ça chez la brunette.
Est-ce qu’il aimait ça avant ?
Elle lui faisait penser à une chatte qui crache et qui sort ses griffes à la moindre contrariété, mais il était certain que quand elle les rentrait, elle devait être aussi câline qu’un chaton.
Son sourire s’accentua en pensant qu’il aimerait savoir ce qui la faisait ronronner de plaisir. Il ne put s’empêcher de se poser la question et perdu son sourire en prenant conscience de ses pensées.
Pourquoi s’interrogeait-il sur les goûts et les envies de la petite-amie d’un autre ?
Elle lui arracha pratiquement la boisson des mains, d’un geste brusque comme il restait planté là devant elle. Il était trop près, bien trop près. Elle ouvrit le bouchon d’un coup sec. Ah ! Si seulement c’était autour du cou de sa meilleure amie qu’elle avait les doigts en ce moment !
L’eau gazeuse gicla partout sous la pression relâchée et Blair poussa un cri aigu comme elle sentait son chemisier s’imbiber.
Nate se réveilla en sursaut et la bouscula dans sa surprise, ce qui n’eut d’autres conséquences que de laisser s’échapper encore un peu plus de liquide et ne fit qu’accentuer les dégâts, l’eau coulant maintenant également sur la jupe de la brune.
- NATE ! hurla-t-elle, hors d’elle.
- Pardon, mais c’est toi qui t’es mise à crier ! dit-il pour sa défense et de mauvaise humeur, due à la manière dont il avait été tiré de son sommeil.
Blair glapit de fureur et se leva de son siège dans un reflex. Elle se rendit compte à l’instant où elle le faisait qu’elle se plaçait directement dans les bras de Chuck qui n’avait pas bouger.
Il lui prit la bouteille des mains dans l’intention de l’aider mais il ne pouvait cacher le sourire qui illuminait ses traits à nouveau.
- Tu trouves ça drôle ? s’emporta-t-elle contre lui cette fois.
Il n’eut pas le temps de réagir que déjà, elle avait récupéré le bouteille et lui versait le contenu restant sur la tête.
Il haleta sous l’effet de la surprise et agrippa son bras pour l’empêcher de déverser plus de liquide sur son crâne, mais les 50 cl étaient déjà épuisés.
- Non, mais ça va pas ? rugit-il à son tour, ne trouvant plus ça amusant du tout.
Sans trop bien comprendre ce qui arrivait, il sentit un courant électrique traverser son corps comme il plongeait dans les prunelles brûlantes de colère de Blair.
Le temps s’arrêta.
La seule chose qui existait, qu’il ressentait, c’était cette impulsion qui courrait dans ses veines, émanant directement de sa peau qui brûlait au contact de celle de la brune incendiaire.
Blair sentit son sang s’accélérer et son cœur qui s’emballait et palpitait tout à coup comme un fou. Elle se serait sûrement jetée sur ses lèvres si Nate ne s’était pas levé à son tour, brisant l’instant.
Elle rompit le contact et bouscula le jeune-homme aux yeux bleus dans sa fuite devant ceux, trop sombres et trop dangereux, de Chuck. Elle gagna le bar et entreprit d’éponger son chemisier avec des serviettes en papier. Elle réalisa avec horreur que le tissu mouillé était à présent transparent
Elle aboya à Mandy de lui apporter son sac de voyage avant de disparaître dans la cabine attenante qui avait été aménagée en espace de « repos » à la demande de Bart dés acquisition de l’appareil.
Quand la porte s’ouvrit, elle s’apprêtait à houspiller la jeune hôtesse aux cheveux courts. Elle avait demandé son bagage, il y a dix minutes au moins.
Mais ses mots s’étranglèrent dans sa gorge quand elle vit Chuck s’avancer dans la cabine avec son Vuitton à la main.
- Désolé, je ne voulais pas me moquer de toi, dit-il d’un ton sincère.
Ses yeux avaient repris une teinte plus claire, signe qu’il s’était calmé et ses cheveux … Oh Mon Dieu ! … ses cheveux étaient en bataille, à peine séchés par la serviette qu’il portait autour du cou, sur sa chemise trempée et translucide à présent, elle-aussi.
Un frisson lui parcourut l’échine au souvenir de la sensation de ses doigts qui se glissaient dans la toison de son torse après qu’ils aient fait l’amour.
Elle eut envie de hurler. Mais pourquoi était-il si beau et si hot, en n’importe qu’elle circonstance ? Alors qu’elle …
Elle était magnifique ! Il posa son bagage sur le lit, le cœur au bord des yeux. Les joues de la tigresse étaient colorées par les restes de sa colère et la dentelle qui transparaissait sous le tissu détrempé …
Non, non, non ! Stop !
Blair était avec Nate. Et elle le détestait cordialement à en juger par ses réactions. Elle mettait le plus de distance possible entre eux et même s’il ne se rappelait pas pourquoi, il était évident qu’elle ne portait pas Chuck Bass dans son cœur.
Elle le détestait de tout son cœur et de tout son être ! Ce qu’il avait fait ne pouvait pas être pardonné.
Non ?
Non !
Si ça se trouve, il n’était même pas amnésique. Si ça se trouve …
Elle racontait n’importe quoi ! Il n’aurait pas été aussi cruel. Même Chuck Bass n’était pas aussi machiavélique.
Elle l’observa ressortir en boitant.
Elle s’effondra à la seconde ou il referma la porte derrière lui, se laissant tomber assise sur le matelas, la tête entre les mains.
Chuck referma la porte derrière lui.
Mais qu’est-ce qu’il n’allait pas chez lui ? A part le fait qu’il errait dans un monde totalement inconnu ?
Relevant la tête, il aperçut Nate et Serena en grande discussion.
Il fronça les sourcils. Visiblement, il n’était pas le seul chez qui ça ne tournait pas rond. Ces deux-là étaient bien trop proches et la discussion bien trop animée. Leur langage corporel ne laissait pas de doute sur l’attirance réciproque qu’ils avaient l’un pour l’autre.
Comment Archibald pouvait-il faire ça à Blair ? Ça le mettait hors de lui.
Sans vraiment y réfléchir, il clopina jusqu’à eux.
- Nate, s’il te plaît, disait Serena d’un regard presque suppliant. Je sais que les choses sont compliquées et que ce n’est pas la 1ère fois mais donne-nous une autre chance.
- Qu’est-ce qui se passe ici au juste ? intervint Chuck.
La blonde le regarda sans comprendre de quoi il parlait.
- Pourquoi tu lui fais ça ? questionna encore le brun ténébreux.
- Écoute Chuck … entama Nate, agacé.
De quoi se mêlait-il ?
- Non, toi écoute. C’est une fille géniale et toi tu la trompes ?
- Tu lui as dit que je t’avais trompé ? rugit-il à l’encontre de S
- Quoi ? Mais non ! se récria-t-elle.
- Pour ton information, c’est elle qui m’a trompé avec Dan, avant de me plaquer, expliqua-t-il à son meilleur ami, en rage. Alors, je ne sais pas ce que « ta sœur » t’a raconté mais …
- Je ne lui ai rien raconté du tout, le coupa la blonde en colère à son tour. Et je ne t'ai pas trompé avec Dan ! Il ne s'est rien passé, nous avons juste dormi.
Chuck les observa, sidéré.
- Vous n’êtes plus ensemble avec Blair ?
Les deux blonds eurent un hoquet de surprise et il vit la consternation se peindre sur leur visage.
Un silence pesant s’établit entre eux. Chacun essayant de comprendre de quoi l’autre parlait.
Serena fut la 1ère à arriver à une conclusion des plus probables.
- Tu crois que Blair et moi sommes encore ensembles ? questionna prudemment Nate.
Peut-être que la mémoire de son ami commençait à lui revenir ? Il avait lu que cela pouvait se produire par bribe au début.
- C’est elle qui t’as dit ça ? interrogea plutôt Serena.
- Elle ne me la pas vraiment dit explicitement mais elle l’a laissé entendre, bafouilla Chuck, se rendant compte qu’il se mêlait de choses qui ne le concernaient en rien.
Qui plus est, si Nate était censé être son meilleur ami, c’est de son côté à lui qu’il aurait plutôt dû se trouver.
- Quoi ? hurla l’héritier Archibald qui y perdait carrément son latin.
Il dévisagea Chuck, visiblement aussi perdu que lui.
- Ça fait longtemps que Blair et moi c’est terminé et qu’elle ne pense plus à moi de cette façon. Depuis l’instant où tu l’as fait monter à l’arrière de ta limo, lâcha Nate.
Chuck ne put réprimer un frisson. Blair et lui avait eu une histoire ?
- Nate ! l’invectiva S, le regard courroucé
Les deux garçons se tournèrent vers elle.
- Quoi ? Il ne se rappelle de rien ! Je ne vais pas la laissée lui mentir et l’embrouiller. J’en ai marre de vos petits jeux, autant les siens que les tiens !
- Ce n’est pas un jeu, dit Serena en plantant ses prunelles dans ses yeux bleus.
- Alors c’est quoi exactement ? explosa Chuck qui ne comprenait plus rien à rien. Est-ce qu’elle et moi …
- Oui, trancha son meilleur ami malgré le regard désapprobateur de son ex-petite-amie.
- Mais pourquoi elle aurait fait ça ? demanda Chuck. Pourquoi elle voudrait que je croie qu’elle est avec toi si ce n’est pas le cas ?
- Parce que c’est Blair ! s’exclama Nate comme si ça expliquait tout.
- Parce que tu ne t’en souviens pas justement, le reprit S. Et que ça lui fait sans doute aussi mal, sinon plus, que votre rupture.
Chuck sentit un nœud se former dans sa gorge.
- Vous avez eu une relation plus que tumultueuse tous les deux, continua doucement sa sœur. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça s’est très mal terminé.
- J’ai déconné ? demanda Chuck, se sentant de plus en plus mal.
- C’était plutôt moche, concéda son ami.
- La bague, réfléchit le brun à voix haute en repensant aux affaires personnelles que sa sœur lui avait remises la veille.
- C’était pour elle, confirma Nate.
Chuck déglutit et ferma les paupières une seconde, il se sentait malade. Il avait envie de vomir. Il ne savait pas ce qu’il avait fait mais à en juger par la réaction de Blair à chaque fois qu’il s’approchait un tant soit peu d’elle, ce devait vraiment être horrible.
- Eh, mec, est-ce que ça va ? demanda Nate.
- Je … je crois que j’en ai assez entendu pour l’instant, haleta le brun avant de regagner son siège, où Mandy avait déposé son propre bagage afin qu’il puisse y récupérer une chemise et un pantalon.
Il attendit patiemment que Blair sorte de la « chambre » avant d’aller s’y changer à son tour.
Cette dernière s’installa aux côtés de Serena cette fois. Elle avait pleuré tout son soûl avant de reparaître pratiquement fraîche comme une rose.
Nate évita son regard et elle comprit que quelque chose s’était passé. Elle interrogea sa meilleure amie qui entreprit de lui narrer la petite altercation qui venait d’avoir lieue, tout en prenant soin de ne pas croiser les yeux de son ex, elle aussi.
- Comment tu as pu me faire ça ? s'indigna Blair à l'adresse de Nate dans la minute qui suivi.
- C’est mon ami ! clama le jeune-homme.
- Et pas moi, peut-être ? demanda la brunette.
- Si ! Et si la situation était inversée, j’aurai agi de même envers toi. Je te rappelle qu’il est amnésique. Il est complètement dans le noir. Et autant je condamne la manière dont il s’est comporté avec toi, autant, je ne te laisserai pas le manipuler et tirer parti de sa faiblesse en ce moment.
- Sa faiblesse ? s’insurgea-t-elle. On parle de Chuck Bass, au cas où, toi, tu l’aurais oublié.
- Justement, nous sommes sans doute les seuls à connaître son talon d'Achille. Ou devrais-je dire à LA connaître ? Et mieux que lui pour l’instant ! Alors je te demande de ne pas en profiter. Je sais que ce qu’il a fait est horrible et que tu n‘aspires qu’à te venger de lui. Mais, s’il te plaît, pas comme ça. C’est indigne de Blair Waldorf.
- Tu penses que j’ai fait ça pour me venger ? s’étonna la brune.
Elle n’avait même pas envisagé cette possibilité dans les conditions présentes. Elle avait imaginé quantité de moyen de tortures à lui infliger à l’infini, mais c’était avant d’apprendre qu’il s’était fait tiré dessus pour avoir refusé de lâcher la bague de fiançailles qu’il avait acheté pour elle.
Une bague parfaite en tout point. Elle ne l’avait vu que quelques minutes mais elle avait immédiatement su que cette bague était faite pour elle. Chuck connaissait ses goûts dans les moindres détails. On aurait dit qu’il parvenait à lire dans ses pensées … et dans son âme.
Du moins avant cette amnésie. Parce que depuis, elle ignorait qui il était. Il avait toujours ce charme fou et ce petit sourire en coin qui la rendait dingue, sans parler de ses prunelles noisette dans lesquelles elle avait l’impression de se noyer. Mais, et c’est ce qui la terrifiait plus que tout le reste, il y avait quelque chose de différent qui brillait tout au fond, comme une innocence retrouvée qui s’était éteinte il y a bien longtemps.
- Pour quelle autre raison voudrais-tu qu’il croit que toi et moi sommes encore ensemble ?
- Je ne lui pas dit ça, j’ai juste …
- Tu l’as juste laissé croire en prenant soin de le mener là où tu le voulais, la coupa-t-il. Ce que j’ai du mal à comprendre, c’est où tu voulais en arriver en faisant ça justement, étant donné qu’il ne sait plus rien de nos histoires passées.
Elle était incapable de répondre à cette question. Si elle l’avait délibérément orienté sur le fait qu’elle n’était pas libre, c’était surtout pour lui signifier qu’il ne devait pas s’approcher d’elle. Elle n’avait pas réfléchi aux conséquences que ça pourrait avoir lorsqu’il finirait peut-être par retrouver la mémoire.
Le commandant annonça l’atterrissage imminent et cela mit fin à leur conversation.
Chuck ne bougea pas de sa place jusqu’à ce qu’il y soit obligé. Il attendit que les autres soient sortis de l’avion avant de se lever.
Dans la limousine, il prit soin de s’installer le plus loin possible de Blair et fut soulagé quand il constata qu’elle en descendait la 1ère.