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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 25.01.2013 à 21h05
Auteur : katido
Statut : Terminée
« Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point, réécriture de la saison 4. Bien sûr 100% Blass avec un zeste de Serenate et du njbc. » katido
Cette fanfic compte déjà 77 paragraphes
Chuck laissa couler l'eau chaude sur sa nuque. Il avait l'impression que son crane allait exploser d'une minute à l'autre. Sa nuit avait été encore plus atroce que toutes les précédentes.
Il était remonté s'enfermer au penthouse directement après le départ de Russel, sans prendre la peine de retourner à la soirée pour espérer y apercevoir Blair, ni dire au revoir à Raina.
Il n'avait pas eu le courage d'affronter la jeune-femme qui était si avenante avec lui. Elle souhaitait qu'ils soient amis et lui aussi, mais comment pourrait-il la regarder alors que quelque part dans un coin de sa tête, une petite voix lui soufflait que son père avait peut-être bien assassiné sa mère ?
Parce que, oui, une partie de lui ne pouvait réfuter totalement les affirmations de Russel Thorpe. Son psychiatre avait répété à plusieurs reprises que si son cerveau retenaient les informations c'est parce qu'elles lui étaient néfastes et surtout insupportables à gérer.
Et quoi de pire que de savoir que l'homme qu'il idolâtrait était en réalité un opportuniste doublé d'un assassin sans cœur ?
Les cauchemars de cette nuit étaient tous porteurs de ce message. Bien entendu, les révélations de Russel auraient pu influencer ceux-ci, sauf que Chuck avait eu des flashs.
Des flashs de moments entre Bart et lui.
Lorsqu'il lui avait offert des tickets pour aller voir jouer les Rangers, Bart avait renifler de dédain et avait répliqué que, comme toujours, Chuck était à côté de la plaque s'il pensait que le dirigeant de Bass Industrie pouvait se payer le luxe d'aller voir du hockey et qu'il avait du temps à perdre en le passant avec lui autour d'un terrain glacé.
Le sentiment d'humiliation et de mépris qui émanait de son paternel était une véritable torture à lui seul.
Tous les autres souvenirs qui avaient resurgi du fond de son inconscience étaient du même acabit.
En faisant des recherches, au petit matin, après une nuit de tourments, il avait trouvé dans le coffre fort un exemplaire d'une nouvelle écrite par Daniel Humphrey (il s'en était pratiquement étouffé) parlant d'un jeune garçon qui se reprochait d'avoir tué sa mère, morte en couche et de la manière dont son père le condamnait pour ce crime, incapable d'aimer cet enfant qui avait éloigné l'amour de sa vie.
Chuck n'avait pas mis longtemps à faire le lien entre lui et le héros de l'histoire même s'il savait aujourd'hui que sa mère l'avait abandonné à la naissance. La note manuscrite incorporée à l'exemplaire ne laissait aucun doute que ce soit sa propre vie que cet espèce d’ersatz ait couché sur papier. Il s'agissait d'un mot adressé à Bart, lui expliquant combien son fils souffrait de son inhumanité et de son indifférence à son égard.
Quelque soit la direction dans laquelle il se tournait à présent, il se retrouvait devant l'inévitable vérité. Son père n'en n'avait que le nom. Jamais ils n'auraient travaillé ensemble, côte à côte, comme Raina la faisait avec Russel.
Il grimaça en repensant à la jeune-femme. Elle était dans l'ignorance de la réalité et il ne savait pas comment il devait se comporter vis à vis d'elle. Elle lui avait laissé cinq textos depuis la veille (aucun de Blair), s'étonnant de sa soudaine disparition après qu'il ait fait raccompagné le type de Brooklyn par le service de sécurité.
La sécurité !
Le privé qu'il avait contacté travaillait vite et bien. Il comprenait pourquoi il s'en référait à lui. Andrew Tyler l'avait rappelé, à peine deux heures après qu'il lui ait confié la mission de déterrer tout ce qu'il pourrait sur cette histoire, pour lui dire qu'il tentait de se procurer les bandes vidéos de sécurité lors de l'incendie du fameux immeuble.
L'homme devait passé en fin de matinée pour lui faire un autre rapport et les lui apporter s'il réussissait à mettre la main dessus.
Chuck coupa l'eau et se sécha. En attendant, il avait prévu autre chose pour obtenir des information sur son géniteur. Il finissait de s'habiller quand son i-phone retentit annonçant encore un blast de gg.
Décidément cette fille n'avait pas de vie à elle !
Sans même y réfléchir, il consulta le dernier potin à la mode. Son visage se crispa en découvrant la photo de Blair et d'un type qui portait une chaussure sur un petit coussin devant l'entrée du Lincoln Center.
«On dirait bien que le prince de Monaco a décidé de venir chercher sa Cendrillon de l'autre côté de l'océan. Qui a dit que les contes de fées n'existaient pas ? Pas notre Queen B, on sait qu'elle en a toujours raffolé. Cette fois, elle a gagné le gros lot ! Mais Louis Grimaldi devrait se méfier, si les crapauds peuvent se transformer en prince charmant, les reines peuvent être abjectes et sans cœur, et c'est particulièrement vrai dans le cas de Blair Waldorf »
Il déglutit avec difficulté. Elle était rayonnante au bras du prince. Son cœur se brisa dans sa poitrine. Cette fois, il l'avait irrémédiablement perdue.
Il empocha son i-phone et se dirigea vers la cuisine pour prendre un bon café. Il avait besoin d'être d'attaque pour affronter cette journée.
- Tu peux le croire, toi ? questionnait la voix de Serena. T'imagines la tête de Blair ?
- Le prince à traversé l'océan pour venir lui ramener sa pantoufle de verre comme dans Cendrillon, répondit Nate en haussant les épaules sur un ton égal.
- Pas une pantoufle de verre, une Vivier, corrigea S. Elle l'a perdu en quittant le bal à Paris ! C'est pas incroyable ? Et tu sais à quel point B adore les conte de fée et les histoires d'amour.
- Oh oui ! Ça, je sais, soupira le capitaine de lacrosse en levant les yeux aux ciel au souvenir des heures interminables pendant lesquelles la brune l'avait obligé à regarder en boucle les films d'Audrey, encore et encore.
Sa petite-amie perdit son sourire émerveillé en prenant conscience de la présence de son frère dans la pièce. Elle se tortilla sur sa chaise, mal à l'aise.
- Ne vous dérangez pas pour moi, indiqua Chuck en se servant un café bien corsé. C'est ta meilleure amie, il est normal que tu sois heureuse pour elle.
Mais aucun d'eux n'acheta son indifférence devant la mine de six pieds de long qu'il tirait.
- Et toi ? Où étais-tu passé ? Tu as disparu peu de temps après avoir été la star de la soirée, et pas dans le sens ou Lily l'avait prévu, demanda Nate pour changer de sujet.
- Ce n'est pas du tout de quoi ça avait l'air. Il n'y a rien entre Raina et moi. Nous sommes juste amis.
Si on concevait que les pères des amis tuaient les mères des amies !
- Pourtant, elle aussi était introuvable après ça ! fit remarquer sa sœur, pour se donner meilleur conscience de s'être extasiée sur la nouvelle romance de Blair juste sous son nez.
- Elle n'était pas avec moi, c'est tout ce que je peux dire, répondit Chuck.
La blonde comprit le petit signe de son amoureux et se leva.
- Bon et bien, moi, j'y vais, je dois retrouver maman pour le petit déjeuner.
Elle déposa un baiser tendre sur les lèvres de son capitaine de lacrosse préféré et quitta la pièce sans plus attendre.
- Alors ? demanda l'héritier Archibald, sa petite-amie à peine passé la porte.
- Alors quoi ? répéta son meilleur ami.
- Ok Chuck ! Pas à moi. Tu as fait des cauchemars la 1ère moitié de la nuit, on t'entendait grincer des dents et gémir depuis ma chambre, et tu as passé ton temps à déménager le penthouse pendant la seconde.
- Désolé, s'excusa le propriétaire des lieux.
- C'est pas le problème, mon vieux, je ne te dis pas ça pour me plaindre. Je veux juste ... si je peux aider. Normalement tu devrais être content ... tu as réussi à sauvegarder l'héritage de ton père et ...
Chuck renifla malgré lui.
- Je ne comprends pas. La compagnie est sauvée.Tu es sur le point d'être à la tête de l'empire de ton père. C'est ce que tu as toujours voulu et pourtant tu as l'air de sortir des tranchées.
Le brun garda le silence, c'est vrai qu'il avait l'impression d'être en guerre perpétuelle. Contre lui, contre ses souvenirs, contre tout ses fantômes qui le hantaient sans qu'ils les reconnaissent vraiment. Contre Jenny Humphrey, contre son débilos de frère, contre Russel Thorpe et contre la femme de sa vie, même si c'était elle qui en avait décidé ainsi.
Il était fatigué, usé. Il aurait voulu être à nouveau couché dans cette ruelle, quand il avait cru, presque soulagé, que toute cette souffrance s'arrêtait enfin, comme si la mort pouvait le délivrer. Mais même la mort n'avait pas voulu de lui, pas plus que son père et encore moins sa propre mère.
Maintenant il savait, il se rappelait, ce que ça faisait de grandir avec le poids de la mort de celle qui vous avait donné la vie, qui avait donné sa vie contre la vôtre, sur les épaules. De grandir en prenant chaque jour un peu plus conscience de son absence.
Il se rappelait, le sentiment de tristesse alors que son père l'ignorait, le rabrouait, les rares fois où il osait le déranger. Il se souvenait, de la culpabilité de ne pas être ce que son père souhaitait, d'être le responsable de la désapprobation dans le regard de Bart à chaque fois qu'il les posait sur lui, parfois. Il se souvenait, du vide qui habitait le cœur et finissait par le ronger entièrement.
Il avait toujours fait confiance au jugement de Bart. S'il ne lui accordait pas de temps, ni d'importance, c'est parce qu'il ne le méritait pas. Si ça mère était morte, c'était parce qu'il l'avait tuée. Il était normal après ça qu'il grandisse sans amour, c'était son châtiment.
Pourtant, en réalité, il n'y avait aucune faute à expier. Sa mère n'était pas morte, elle l'avait simplement abandonné. Bart lui avait menti.
Pour lui cacher l'affreuse vérité ?
Dans ce cas pourquoi inventer une chose encore plus horrible ?
Et pourquoi son père avait-il infligé l'absence d'une mère, non pas à un seul enfant, mais à deux.
Raina, elle n'avait rien fait. Elle n'était qu'une victime innocente. Et pourtant, elle aussi avait grandit dans un hôtel en lieu et place de maison, sans sa mère. Et maintenant il savait que c'était probablement à cause de son père qu'elle avait ressentit toute cette détresse elle-aussi.
Bien sûr, sa relation avec Russel était totalement différente de celle qu'il avait avec Bart. Heureusement pour elle. Ce qui ne rendait sa décision que plus difficile à tenir. S'ils devaient être de vrais amis, il ne pourrait pas lui mentir continuellement.
Nate s'admonesta intérieurement, ils venaient à peine de découvrir un blast de gg dans lequel Blair était dans les bras d'un autre.
- C'est Blair ? demanda-t-il tout en connaissant parfaitement la réponse.
Chuck secoua la tête en signe de dénégation.
- Je veux qu'elle soit heureuse. Je suis juste désolé qu'elle ne puisse pas l'être avec moi. Si ce prince peut lui apporter le bonheur, alors tant mieux pour elle, répondit son ami sur un ton pas vraiment convainquant. Mais j'ai d'autres problèmes en ce moment.
Son colocataire attendit quelques instants dans le silence avant de repartir à la charge.
- Chuck, c'est moi, c'est Nate, reprit le jeune-homme en face de lui.
L'héritier Bass leva les yeux sur le jeune-homme, hésitant un instant, s'il avait fait part de secret de famille à quelqu'un c'était certainement à son meilleur ami.
- Ce que je voulais... tout ce que j'ai toujours voulu... c'était apprendre à connaître mon père, qu'il me laisse entrer, faire partie de son monde. Mais il m'a menti chaque jour de ma vie ... jusqu'au jour de sa mort.
Nathaniel n'était pas préparé à ça. Les relations entre Bart et Chuck avaient toujours été tortueuses mais aussi taboues. L'ancien Chuck était bien trop fier pour s'abaisser à reconnaître pareille chose.
En réalité, il aurait eu besoin de parler à Blair. C'était la seule qui pouvait comprendre. Mais c'était une chose impossible, songea-t-il.
Au lieu de ça, il avait rendez-vous avec son oncle. Celui qui avait essayé de lui voler son héritage. Peut-être avait-il une bonne motivation lui aussi ? Qui sait ce que Bart avait bien pu faire pour provoquer la colère de son frère ?
- Tu te souviens ? réalisa tout à coup Nate.
- De presque tout, enfin je crois. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je n'arrive pas à mettre toutes les pièces du puzzle en place. Et puis surtout j'ai eu connaissance de nouvelles informations hier soir. Enfin, je pense que ce sont de nouvelles informations.
- Quel genre ?
- Est-ce que je t'ai jamais parlé de l'incendie d'un immeuble à mon père, alors que j'étais tout petit.
Nate acquiesça.
- Celui dans lequel est mort un vigile, indiqua-t-il. Ton père s'en voulait beaucoup.
Chuck aurait voulu être soulagé de l'apprendre. Il aurait voulu pouvoir le croire.
- Oui, confirma-t-il. Est-ce que tu sais s'il y avait quelqu'un d'autre ?
katido (04.04.2013 à 13:21)
Blair s'éveilla au petit matin après avoir passé une soirée délicieuse au Lincoln Center. Le ballet était magnifique et avait débuté dès son arrivée. Elle avait été traitée en véritable princesse, en tant que compagne du prince Louis Grimaldi.
Après le spectacle, ils avaient eu le privilège de s'entretenir avec les ballerines ... et pas dans le sens où Chuck l'entendrait.
Elle fronça les sourcils. Pourquoi fallait-il toujours qu'elle en revienne à lui ? Qu'importait ce qu'il avait pu faire avec Raina ! Elle était sortie avec le prince de Monaco qui l'avait raccompagnée en limousine ... mais c'était bien moins agréable qu'avec Chuck.
Il n'y avait pas eu de baiser, ni de caresse ou de frottement de peau. A peine le frôlement chaste des lèvres de Louis sur sa joue.
Ce n'est pas qu'il n'avait pas tenté sa chance mais Blair était incapable de se donner à lui quand à chaque fois qu'elle fermait les paupières, elle voyait le visage de Chuck. Et quand elle gardait les yeux ouverts, c'était encore pire. Elle ne pouvait alors prétendre que c'était lui qui était avec elle dans cette limo.
Son gsm tintinnabula et elle s'en saisi pour découvrir le dernier blast de gg malgré ses bonnes résolutions de la veille.
Génial ! exactement ce qu'elle voulait ! Pour une fois, elle pouvait dire merci à gossip girl. Bon d'accord, les propos sur elle n'étaient pas élogieux, mais le principale était que Chuck verrait combien elle pouvait être heureuse avec un autre que lui !
Le gsm international de W retentit à son tour et elle su que sa journée venait de commencer. Elle espérait réussir à s'octroyer quelques heures en fin d'après-midi pour réviser les notes prises par Jessica et Pénélope. Elle avait un test en géopolitique le mardi de la semaine suivante et elle devrait s'y mettre sérieusement si elle ne voulait pas le rater.
*****
Raina Thorpe comptait les étages qui la séparait du penthouse de Chuck Bass. Il avait subitement disparu après avoir dû s'occuper de faire raccompagner le pauvre type qui avait ouvert le rideau, les exposant à la vue de tout un chacun dans la salle de réception.
Ce n'était pas pour lui déplaire. Elle n'ignorait rien de la rumeur qui circulait à leur propos depuis plusieurs jours. Par contre, ce n'était pas du goût de son nouvel ami.
Elle l'avait cherché, pour poursuivre leur conversation et avait vu son père sortir du bureau de Chuck. Elle avait rattrapé son paternel, à tous les coups, il avait eu connaissance de l'incident sur la passerelle et était venu mettre en garde le jeune-homme qu'il supposait être son nouveau boyfriend.
Il était très protecteur envers elle. Il n'y avait jamais eu qu'eux d'eux, elle n'avait pas de souvenir précis de sa mère. Elle était trop jeune quand cette dernière avait abandonné le foyer familial.
Et jusqu'ici, aucun garçon n'avait jamais réussi à s'immiscer entre eux. Seulement elle avait voté en faveur de Chuck, contre son propre père. Les raisons se justifiaient rationnellement par les avantages et désavantages pour Thorpe Entreprise mais il avait aussi compris que ça allait plus loin que ça pour sa petite fille et il ne devait certainement pas apprécié les sentiments qu'elle éprouvait à l'égard du beau brun.
Elle imaginait qu'il avait dû le menacer et que le jeune-homme avait été intimidé et préférait s'abstenir de s'approcher d'elle de trop près.
Aussi avait-elle rattrapé son père devant l'Empire, il était très en colère effectivement. Il lui avait formellement interdit de revoir l'héritier Bass et avait déclaré qu'il cessait même toute collaboration avec Bass industrie.
Dès lundi matin, il mettrait fin à toute cette histoire et ils rentreraient tous deux à Chicago comme s'ils n'avaient jamais croisé le chemin de Chuck Bass.
Elle ne comprenait pas sa réaction. Pourquoi vouloir acquérir une entreprise à ce point et faire tout ce chemin et tout ce travail si c'était pour laisser tomber ? Tout ça parce qu'elle s'était amouracher du PDG de la boîte en question ? Quelque chose ne collait pas.
Son père n'avait pas un comportement normal. Elle y avait réfléchi jusque tard dans la nuit avant de s'endormir sans trouver de réponse satisfaisante.
Seule entre ses draps roses, regretta-t-elle.
Chuck pourrait peut-être lui apporter quelques explications. Elle sortit de la cage d’ascenseur et s'avança dans l'entrée. Elle entendit un long sifflement qui provenait de la cuisine.
- Tu en es certain ? questionna Nate.
- Non. C'est ce que m'a déclaré Russel hier soir. Il dit que mon père est l'incendiaire et qu'il avait connaissance de la présence d'Avery Thorpe dans l'immeuble.
- Je suis désolé mec, mais tu ne m'as jamais parlé de ça. Ce signifie que tu n'en savais rien, sinon tu l'aurais fait, crois-moi sur parole.
Chuck relâcha un soupir de soulagement qu'il n'avait pas conscience de retenir. Au moins, lui n'avait pas été complice ... jusqu'à maintenant.
- Depuis quand mon père parle de ma mère ... et avec des étrangers en plus ? intervint-elle.
C'est à peine si elle avait jamais eu le droit de poser des questions à ce sujet. Depuis qu'elle était toute petite, son père évitait le sujet et répondait évasivement. Elle n'osait même pas prononcer son prénom en sa présence.
Les deux jeunes-hommes sursautèrent et se tournèrent vers elle.
Raina les vit blêmir en même temps.
- Qu'est-ce qui se passe ? interrogea-t-elle en plantant son regard dans celui de Chuck.
Il poussa un autre soupir, et pas de soulagement ! Ça allait encore plus vite que ce qu'il avait imaginé. Il n'avait même pas été capable de garder le secret pour elle plus de douze heures.
- Peut-être que je devrais vous laisser, dit Nate en se levant.
Son meilleur ami marqua son assentiment d'un signe de tête.
- Qu'est-ce qui se passe ? répéta la jeune-femme. Pourquoi mon père aurait parlé de ma mère avec toi ? Il n'en parle jamais !
- Assied-toi, ordonna gentiment Chuck.
Elle s'exécuta, la peur au ventre tout à coup. Qu'est ce que sa mère venait faire dans cette histoire ? Ils parlaient d'un incendie, de sa présence dans l'immeuble.
Son ami prit une profonde inspiration avant de lui relater la conversation qu'il avait eu avec Russel la veille.
Il vit les yeux de Raina s'agrandir de surprise puis se remplir d'horreur au fur et à mesure qu'il lui contait la version de l'histoire à laquelle il avait eu droit.
La jeune-femme resta d'abord stoïquement assise pendant quelques minutes, dans le silence tendu qui s'était installé dans la cuisine du penthouse. Puis se leva, au bord des larmes et s'enfuit vers l'ascenseur à la fin de son récit.
- Raina, attends. Hey, attends. Parle-moi, la supplia-t-il en la rattrapant par le bras.
- Je peux pas. Tu mens ... ou tu as mal compris.
- Crois-moi, j'aimerais bien. J'aimerais vraiment, dit-il. Mais, tu sais au fond de toi que ce n'est pas le cas. Que tu peux me faire confiance. Je n'inventerais pas un truc pareil.
Elle appuya frénétiquement sur le bouton, ses mains tremblaient.
- Ton père accuse le mien d'être un assassin ! reprit-il d'une voix cassée alors que les portes s'ouvraient et qu'elle s'apprêtait à y pénétrer.
La jeune-femme aperçu le reflet de celui avec qui elle voulait être plus qu'amie, il y à encore moins d'une heure, dans le miroir du fond.
Chuck était aussi désemparé et désespéré qu'elle.
- Je sais ce que ça fait de découvrir que ton père n'est pas la personne que tu croyais, qu'il n'est pas celui que tu as aimé en grandissant, chuchota-t-il. Mais dans ton cas, ça ne veut pas dire qu'il t'aime moins.
- Alors qu'est-ce que ça signifie ?
- Cela signifie qu'il est humain. Vous avez toujours été proches. Tu sais qu'il t'aime, qu'il t'a toujours aimée. Il t'a menti c'est vrai, mais au moins c'était pour te protéger. Il pensait certainement que c'était mieux pour toi de cette façon. Pour quelle autres raisons il aurait fait ça sinon ?
- Me protéger ? Parce que tu crois que c'est mieux de croire que ta propre mère t'a abandonnée ? Qu'elle vit heureuse quelque part, loin de toi, avec une autre famille. Peut-être même d'autres enfants. D'autres enfants qu'elle a préférés à toi, avec qui elle est restée vivre. Alors qu'en réalité elle est morte et que tu n'as rien à voir avec son départ.
- Je ne sais pas, avoua-t-il presque à vois basse. Pour moi c'était l'inverse. Je croyais qu'elle était morte. Je croyais en être responsable. Et c'était atroce parce que j'étais persuadé que tout était ma faute si elle n'était pas là, avec mon père et moi. Je pensais qu'elle ne pouvait pas revenir pour moi, parce que je l'avais tuée. Je n'imaginais pas que c'était sa propre volonté de me laisser grandir sans elle. Mais elle a tout simplement préférer faire sa vie loin de moi, comme tu viens si bien de l'expliquer.
Raina l'observa un instant, interloquée par ce qu'il venait de dire.
- Tu ... tu as ...
- Les révélations de ton père n'ont pas été les seules de la nuit, indiqua-t-il avec un pauvre sourire. Tu peux essayer de connaître ... le bon ... et le mauvais. C'est à toi de voir.
- Et si je ne veux pas ?
- Tu devrais.
- Quand j'étais petite fille, il était plus grand que nature...
- Comme un superman, termina-t-il. Est-ce que ça ne te fait pas te sentir un peu mieux de savoir que ce n'était pas le cas ?
- Je ne sais pas. Je ne sais plus, avoua-t-elle.
- Moi non plus.
- Peux-être qu'elle n'est pas morte. Peut-être que c'est à toi qu'il a menti.
- Peut-être. En tout cas, je te promets que je vais découvrir le fin mot de cette histoire. Si mon père à quoi que ce soit à voir avec la mort de ta mère ...
Il laissa sa phrase en suspens.
Aucun d'eux ne voulait voir cette histoire sur la place publique, qu'elle qu'en soit le dénouement.
Raina Thorpe quitta l'Empire moins d'une heure après y être arrivée. Le jeune-homme avait raison, elle devait au moins entendre sa version des faits.
Elle ne pouvait pas s'empêcher d'espérer qu'il avait menti à son concurrent. Bien qu'elle ne voit pas quelles raisons il pourrait invoquer pour justifier son geste.
Elle allait confronter son père mais elle avait besoin d'un moment pour digérer la nouvelle d'abord.
*****
Andrew Tyler débarqua au penthouse peu après le départ de Raina.
- Bonjour Andrew, lui dit le propriétaire des lieux en lui tendant la main.
- Monsieur Bass.
- J'ai été surpris de la rapidité de votre appel.
- Vous êtes un client privilégié, sourit Tyler.
- Étant donné ce que je vous paie, je n'en doute pas un instant.
- Mais mes honoraires sont amplement justifiés.
- Je l'espère pour vous.
- En parlant de ça. J'ai eu besoin d'argent frais pour vous obtenir ceci.
Il déposa une mallette contenant les bandes vidéos tant convoitées, donnant sur l'immeuble en question, sur la table devant lui.
Cela mériterait bien une petite rallonge supplémentaire !
- C'est ce que je crois ? demanda Chuck.
- Oui, répondit Andrew en ouvrant la mallette. Voici tous les originaux concernant l'immeuble. Par chance, une caméra de la police est placée au croisement situé quinze mètres plus bas et allez savoir pourquoi ces reliques ont été conservées sous scellées au commissariat du 26ème district. Je les ais toutes embarquées, grâce à très bon ami de votre père et un généreux don en votre nom au bal de la police pour le mois prochain. La nuit en question est sur celle-ci, indiqua Tyler, le sourire aux lèvres.
Le jeune-homme arqua un sourcil mi-interrogateur, mi-désapprobateur.
- Et comment suis-je censé visionner ces antiquités ?
- Je l'ai transposée moi-même sur une clef USB, répondit le privé en lui tendant cette dernière.
- Est-ce qu'on voit mon père ... entama le jeune Bass.
- Il n'est pas responsable de l'incendie, le coupa Tyler. Il était bien sur les lieux mais il était parti bien avant que les flammes ne commence à dévorer la bâtisse. Il avait une relation extraconjugale avec Avery Thorpe. Tout est dans ce dossier, dit-il en posant également les documents sur la table. Par contre, on reconnaît parfaitement Russel Thorpe qui jette une allumette après avoir aspergé la porte d'entrée d'essence sur la vidéo.
- Quoi ? s'exclama Chuck, complètement abasourdi.
- Vous pouvez le regarder par vous-même. J'ai été aussi surpris que vous, dit le privé en empochant l'enveloppe que le jeune-homme lui tendait et à laquelle il avait ajouté quelques billets de 1000$.
L'héritier Bass sentit un énorme poids s'envoler de ses épaules. Son père n'était en rien responsable de la mort d'Avery Thorpe. Mais le père de Raina, oui !
- Bon séance, sourit Tyler en quittant le penthouse.
*****
L'ascenseur du penthouse s'ouvrit à nouveau, sur Jack Bass. Il avait entendu parlé des problèmes de son neveu depuis l'Australie, bien évidemment. Il avait même été tenté de venir s'en mêler.
Mais il s'en était abstenu. Il n'avait aucune envie de venir se frotter à nouveau à Russel Thorpe. Ce dernier savait beaucoup trop de chose sur lui et sur sa famille et il était complètement disjoncté. Il avait préféré se tenir à carreaux pour une fois, tout en regardant Chuck se débattre comme un poisson frétillant ramené dans les filets des pêcheurs.
Il se demanda pourquoi il pensait à ça. Il n'avait pas pensé à sa mère depuis des lustres. Il évitait soigneusement le sujet car ça le ramenait inévitablement à son père et à son demi-frère. Il insistait particulièrement sur le demi !
Il pénétra dans le salon où son neveu était assis, son ordinateur sur les genoux. Il visionnait quelque chose d'intéressant à 1ère vue. Chuck était totalement aspiré dans l'écran, le scrutant minutieusement.
- J'espère qu'elles ont l'âge légal ! commenta-t-il en se plantant devant lui avec un petit sourire salace. Quoi qu'à bien y réfléchir, c'est encore mieux quand elles ne l'ont pas tout à fait.
Le jeune-homme releva la tête sans répondre par un sarcasme et Jack s'en étonna.
C'était habituellement leur mode de communication.
- Ah oui, c'est vrai, j'oubliais, tu es amnésique, dit-il en se laissant tombé à côté de son neveu pour voir si ce qu'il regardait en valait vraiment le coup.
Chuck reclapa son pc d'un coup sec, mais pas sans que son oncle ait pu apercevoir de quoi il s'agissait.
- Figure-toi qu'en fait, j'ai recouvrer la mémoire, dit le jeune-homme.
Ce n'était pas totalement faux. Il ne restait que quelques zones d'ombres à dissiper.
*****
« Regardez donc qui a été vue quittant l'Empire ce matin, à l'heure du petit déjeuner ! Il parait que Raina Thorpe aime traiter ses dossiers en profondeur. Ainsi que son nouvel associé semble-t-il. Le prince des ténèbres a-t-il trouvé une nouvelle partenaire de crime depuis que la sienne à décidé de devenir une princesse du peuple ? »
Blair soupira, elle devait vraiment cesser de lire ces posts. Sauf qu'elle mourrait d'envie de savoir ce qui se passait dans la vie de Chuck. Même si ça lui faisait du mal, elle ne parvenait pas à s'en empêcher.
Elle replongea la tête dans ses cours. Louis avait proposé de venir la chercher pour qu'elle l'emmène visiter ses coins préférés de Manhattan mais elle n'en n'avait aucune envie.
Et puis elle voulait se consacrer à sa carrière. Elle ne voulait pas devenir une princesse dans un château quelque part en France, contrairement à ce qu'elle avait toujours cru.
Le magicien avait tort, les contes de fée existaient bel et bien. Mais sans lui, elle n'était plus certaine de vouloir y croire.
- Où as-tu trouvé ça ? blêmit Jack en désignant l'ordinateur.
- Peu importe, je l'ai en ma possession, c'est tout ce qui compte ! répondit Chuck. Ce qui signifie que je n'ai plus besoin de m'entretenir avec toi. J'ai la réponse que je cherchais.
- Tu ne vas pas utiliser ça contre Russel Thorpe ? s'égosilla Jack.
Son neveu l'observa en fronçant les sourcils. Il pensait que son oncle était un requin. De tout ce qu'il avait entendu (car il ne se rappelait absolument pas de lui) ce dernier était un type immonde, avec une réputation encore pire que la sienne.
Serena lui avait narré l'épisode où il avait agressé Lily. Et Blair, comment il avait tenté de lui voler son héritage et comment il avait utilisé Élisabeth Fischer, qui était accessoirement la femme qui l'avait mis au monde, pour mieux le manipuler.
Il n'avait aucun souvenir de sa mère non plus mais étant donné qu'il ne l'avait croisée que très brièvement et que cela s'était soldé par une gigantesque catastrophe émotionnelle, il pensait que c'était plutôt logique.
- Tu as peur de Russel Thorpe ? s’ébahit Chuck à son tour.
- Écoute, tu n'as pas idée de ce qu'il y a là-dessous. Bass Industrie ...
- A été fondé sur le remboursement faramineux de l'assurance de cet immeuble pourri. Je sais oui, Thorpe me l'a dit.
- Ce n'est pas Bart qui a mis le feu au bâtiment, le défendit Jack.
Il en avait pratiquement la nausée. Prendre la défense de son frère n'était clairement pas du tout dans ses intentions. Mais là, il en allait aussi des siens.
- J'ai vu ça, oui. Il s'est débarrassé de sa femme en la faisant rôtir comme un vulgaire poulet de batterie, grimaça le jeune-homme avec dégoût.
- Ton père et Avery ont eu une histoire. Bart l'a utilisée pour réussir à voler des projets juteux et les faire fructifier, c'est ce qui a rendu Russel fou de rage.
- Je suppose que l'arnaque à l'assurance à aidé mon père à s'endormir sans trop pensé à Avery Thorpe et au vigile qui avaient perdu la vie dans cette transaction financière.
- Pas seulement Bass Industrie, Bass Océanie est également impliquée. Les deux compagnies ont été créées indépendamment l'une de l'autre afin de ...
- Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier et d'assurer à Bart un revenu plus que confortable au cas où une viendrait à ne pas avoir le rendement escompté ? devina le jeune loup.
- Exactement !
- Dans ce cas comment se fait-il que ce soit toi qui gère Bass Océanie ? Pourquoi Bart t'a-t-il donné autant de pouvoir alors que vous vous détestiez cordialement d'après ce que j'ai compris ?
Jack resta coi pour un fois.
- C'est bien la raison pour laquelle tu t'en es pris à moi à sa mort, non ? voulu savoir Chuck.
Il était curieux de savoir ce qui avait poussé son oncle à agir de la sorte avec lui et puisqu'il l'avait sous la main autant en profiter, il n'aurait sans doute pas pareille opportunité avant un moment à moins de se rendre lui-même sur le continent australe.
- Je voulais tout simplement récupérer ce qui m'appartenait de droit. Bart avait promis de me léguer le tout à son décès. Et je t'aurais moi-même passer le flambeau ensuite.
- Et si tu avais eu des enfants ?
Les yeux de Jack s'écarquillèrent d'horreur à cette simple hypothèse. Avoir un mioche qui courre dans ses pattes était la dernière des choses qu'il aurait jamais désirée.
- Aucune chance, j'ai pris mes précautions de ce côté-là quand Bart s'est retrouvé dans le pétrin.
- Tu veux dire quand Élisabeth est tombée enceinte, je suppose.
- Exactement, il aurait dû réglé le problème. D'ailleurs c'est ce qu'il avait dit qu'il ferait seulement ...
- Seulement, il n'a aucune parole. On ne peut pas croire un seul mot qui sorte de sa bouche.
- Je ne sais pas ce qui lui est passé par la tête. Il ne faisait que l'utiliser pour avoir accès aux comptes de son vieux. Pourquoi et comment elle a réussi à l'emberlificoter ? Je n'ai toujours pas compris. Par contre, elle, avait tout compris. Elle pensait avoir droit à sa part du gâteau, sauf qu'ils ont commis la plus grosse erreur de toute leur vie.
- Moi !
- Toi, reconnu Jack. Ils pensaient tellement la chose impossible qu'Eli ne s'est rendue compte de sa grossesse que bien après le délais légal pour avorter. Bart s'est mis à rêver d'un héritier qui perpétuerait le nom des Bass quand ils ont appris que tu étais un garçon.
- Ce n'est jamais ce qui a empêché Bart d'obtenir ce qu'il voulait.
- Sauf qu'il a décidé que ce qu'il voulait c'était un fils. Il a réussi à la convaincre de subir une amniosynthèse qui a déterminé avec certitude le sexe du bébé. Il a changé tous nos plans. Il a volé ce qui me revenait de droit.
- Ce qui te revenait de droit ?
- Crois-moi, tu n'as pas la moindre idée de la lignée dont tu es issu. Il aurait été bien plus sage pour tout le monde qu'elle s'arrête là. J'espère au moins que tu n'auras pas l'idée saugrenue de vouloir perpétuer notre nom toi aussi.
Chuck n'avait jamais envisagé réellement cette possibilité mais à vrai dire, il ne l'avait pas exclue non plus. En fait s'il était honnête avec lui-même, l'ancien Chuck n'avait jamais considéré cette option.
Mais l'autre, celui qui s'était éveillé dans l'appartement d'une prostituée de Perlovka, celui-là s'était pris à rêver à ce que pourrait être sa vie s'il la partageait avec Blair. Il avait imaginé une petite fille aux boucles brunes qui serait le portrait craché de sa mère avec pourquoi pas, ses yeux à lui.
- C'est pour ça que tu as aidé ma petite-amie à obtenir cette licence dans mon dos ? Tu l'as incitée à me manipuler pour semer la zizanie entre nous. Tu voulais ruiner notre relation parce que tu avais peur que j'envisage un avenir avec elle.
Blair lui avait expliqué qu'ils avaient rompu parce qu'il n'avait pas supporté qu'elle lui ait menti et se soit servi de lui pour obtenir un discours de bienvenue à l'université. Puis ensuite elle lui avait à nouveau menti en appelant Jack en cachette afin d'obtenir une licence pour l'alcool dans les temps impartis pour ouvrir son nouveau club.
Sauf que la licence en question était un faux et qu'il avait découvert le pot aux roses. S'en était suivi une horrible dispute lors de laquelle chacun s'était dit des choses atroces avant de rompre. Le reste n'était que mauvais timing et erreur de jugement.
- Si je suis intervenu dans cette histoire, c'est parce qu'elle m'a appelé, elle voulait juste t'aider et j'ai compris à ce moment là qu'elle était prête à faire n'importe quoi pour toi. La preuve elle a accepté ma proposition pour que tu puisses récupérer l'Empire.
Le jeune-homme dévisagea son oncle sans comprendre de quoi il parlait.
- Oh ! Je t'en prie Chuck, reprit Jack devant son air hébété. Toi et moi savons parfaitement que si je n'avais pas eu recours à mon petit jeu pour vous diviser, vous en seriez sûrement déjà à votre 3ème enfant à l'heure qui l'est. Tu lui mangeais dans la main. Tu lui as pardonné d'avoir couché avec moi !
Le jeune Bass sentit la tension monter dans ses veines et son cœur se mettre à cogner dans sa cage thoracique
Blair avait couché avec son oncle ?
- Je sais que tu n'as pas compris pourquoi j'ai fait cette proposition après avoir réussi à te prendre l'Empire. Je savais pertinemment que la trahison de ta mère t'avais amené exactement là où je voulais et que tu avais besoin de connaître l'étendu de l'amour que Blair te portait. Tu n'as pas été déçu de ce côté là. Mais je savais aussi qu'elle ne pourrait pas te pardonner d'avoir accepter de l'échanger contre une de tes propriétés, comme si elle n'était rien de plus pour toi qu'un de tes innombrables biens matériels.
Le sang de Chuck battit à ses tempes et son estomac se retourna aux dernières paroles de son oncles.
- Tu es aussi menteur que Thorpe ! s'indigna-t-il en se levant d'un bond.
Jack réalisa en une fraction de seconde que le jeune-homme ne se souvenait pas de tout, contrairement à ce qu'il avait affirmé.
- Pas du tout, continua-t-il quand même. Nous avons passé un marché. Si Blair t'aimait assez pour s'offrir à moi, tu récupérerais l'Empire. Bien entendu elle ignorait que tu étais au courant de ma proposition malsaine. Ce que je me suis empressé de lui expliquer lors de notre tête à tête, mais, j'ai respecté ma part du contrat. Je t'ai rendu l'hôtel puisqu'elle était venue se sacrifier pour toi.
- Espèce de salopard, rugit Chuck en lui décochant un crochet du droit.
Jack qui avait déjà bondit sur ses pieds, évita le coup de peu.
- Désolé mon neveu, mais je te l'ai dit, tu n'as aucune idée de la lignée d'immondes salauds dont tu es issu. Continuer la descendance serait une erreur monumentale. Et si tu es intelligent, tu laisseras cette histoire d'immeuble incendié enterrée bien profondément.
Il se dépêcha de quitter le penthouse avant que son neveu ne revienne à la charge, l'abandonnant aux conséquences qui découlaient des révélations qu'il venait de lui faire.
- Hey B ! sourit Serena en passant la tête par l’entrebâillement de sa porte. Dorota m'a dis que tu étais là !
- Oui, j'ai pas mal de boulot à rattraper. Je dois m'organiser pour mener de front mon job à W et mes cours à la fac et ce n'est pas évident, même pour moi.
- J'ai vu que tu avais tout de même trouvé du temps pour t'amuser ! commenta la blonde tout sourire en se référant au post de gg.
- Tu veux parler de ma soirée avec Louis au Lincoln Center ?
- Exactement ! Dis-moi tout, demanda S.
- Et bien Louis m'a appelé hier. Il m'a dit qu'il était de passage à New-York, qu'il voulait me rendre ma chaussure et qu'il aimerait me revoir.
- C'est dingue, s'extasia Serena.
- Oui, j'avais d'abord refusé puis je me suis ravisée. S'il a fait tout ces kilomètres pour me voir, c'est qu'il ressent quelque chose pour moi, sourit la brune.
- La question est : toi, que ressens-tu pour lui ?
- Hé bien ... c'est un prince et ....
- Ce n'est pas ce que je te demande Blair, lui fit gentiment remarquer sa meilleure amie.
*****
Chuck ferma les paupières, laissant aller un instant sa tête contre le dossier en cuir.
Son oncle mentait, c'était juste un nouveau tour pour le blesser encore. Il ne pouvait pas avoir fait ça, c'était impossible.
Il aimait Blair par dessus tout. Il était même prêt à rester en retrait malgré la douleur que ça causait dans chacune de ses fibres si c'était ce qu'elle désirait. Et c'était ce qu'elle désirait. Le message avait été limpide.
Il était sincère avec Nate, il voulait qu'elle soit heureuse, peu importe combien elle lui manquait.
Il manquait de son regard posé sur lui, de son sourire, de ses lèvres, de sa peau, de l'odeur de ses cheveux quand il s'endormait tout contre elle après avoir fait l'amour. Tout son corps avait mal d'elle.
La voiture s'arrêta devant les bureaux de Thorpe Entreprise et il poussa un soupir. Il avait de quoi occupé son esprit.
Il y avait au moins un point positif dans toute cette sale histoire. Même si son père avait retiré un bénéfice de la mort de la mère de Raina et du vigile, il n'en était pas l'instigateur. Cela n'apaisait pas la culpabilité de Chuck par rapport à la jeune-femme. Finalement, c'était pire car c'était Russel lui même qui avait assassiné sa femme.
Il n'osait pas imaginer la réaction de son amie à la nouvelle et il ne souhaitait pas être celui qui la lui annoncerait.
Il s'extrait du véhicule et se dirigea vers la réceptionniste d'un pas décidé.
*****
- Faites le entrer, commanda Russel Thorpe avant de couper l'interphone et de se caler mieux dans son fauteuil pour accueillir Chuck Bass.
Le jeune homme avait fait le déplacement jusqu'à lui, il avait peut-être changé d'avis.
A la seconde où il franchit le seuil, Russel su que l'objet de sa visite était tout autre et que renoncer à Bass Industrie n'était pas dans ses projets.
Le sourire sardonique qu'il arborait sur son visage signifiait clairement qu'il n'avait pas l'intention d'abandonner la partie et pire, qu'il avait l'intention de surenchérir.
- Je ne pense pas que tu sois venu pour me céder ta compagnie.
- En effet.
- Alors qu'est-ce que tu veux ?
- Vous faire partager ceci !
Chuck lui jeta une clef USB sur le bureau.
Russel l'inséra dans son ordinateur pour en découvrir le contenu et ses yeux s'agrandirent d'horreur.
- Où as-tu trouvé ça ? ragea-t-il.
- Peu importe ! répondit Chuck.
- Ton père s'était arrangé pour que ça reste sous scellées.
- Mon père est mort, cracha le jeune-homme sur un ton dénué de la moindre émotion.
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Je veux que tu quittes la ville. Rentre à Chicago et laisse nous tranquilles, moi et ma famille. Si jamais j'apprends ....
- Si tu apprends quoi ? Qu'est-ce que tu feras ?
- Pense à ta fille Russel.
- J'y pense, figure-toi. Je n'ai jamais cessé d'y penser. Chaque soir en m'endormant et chaque matin en me réveillant. Tout ce que j'ai fait c'est pour elle. Sa mère allait nous quitter. Elle voulait nous abandonner pour ton père ...
- Papa, ça suffit, arrête ! hurla soudain Raina depuis le pas de la porte, en larmes.
Russel se tourna vers sa fille. Il ne l'avait pas entendue entrer.
Pas plus que Chuck qui sentit son sang se glacer dans ses veines. Il n'avait pas prévu de se confronter à Russel devant elle.
- Comment as-tu pu me faire ça ? pleura-t-elle à l'adresse de son père. Tu as dis qu'elle nous avait quitté pour un autre homme ... Tu as dis ...
- C'est vrai, avoua Russel en s'approchant d'elle. Je ne t'ai pas menti sur ce point. J'ai juste occulté la suite. Le soir de cet incendie, si elle était dans cet immeuble, c'est parce qu'elle devait y retrouver Bart. Il l'a séduite, puis a couché avec elle pour lui soutirer des informations sur ma compagnie. Il a ainsi réussi à me souffler plusieurs acquisitions sous le nez. Il se servait d'elle mais elle refusait de le voir.
Il voulu poser sa main sur son bras, mais elle recula d'un pas en direction de Chuck.
- J'arrive pas à y croire, tonna sa fille.Tu savais, pendant tout ce temps, tu savais ... et tu n'as rien dit. Tu as laissé Bart Bass s'en sortir alors que tu savais. A mes yeux tu es tout aussi coupable. Et maintenant tu te sers de ça pour t'en prendre à Chuck qui n'a rien à voir dans tout ça.
- Raina ... plaida son père.
- Dis-lui la vérité Russel, intervint Chuck.
- La vérité ? Quelle vérité ?
- Quand ta mère m'a dit qu'elle était prête à nous quitter pour aller vivre avec Bart, j'étais fou de douleur. Je l'ai suppliée, mais ta mère était quelqu'un de très obstiné et déterminé. Quand elle pensait avoir raison, il était quasiment impossible de la faire changer d'avis. Je l'ai suivie ce soir là, Bart lui avait fixé rendez-vous là-bas et je l'ai entendu lui dire qu'il ne voulait pas d'elle, que ça n'avait jamais été dans ses plans, que tout était terminé. Il lui a brisé le cœur, comme elle avait brisé le mien. Alors j'ai décidé de tenter ma chance. Je pensais que puisqu'elle voyait enfin clair dans son jeu, elle comprendrait son erreur et qu'elle reviendrait vers moi, vers nous ... Mais malgré le fait que Bart ait rompu, elle m'a dit qu'elle voulait me quitter. Alors ...
- Tu veux dire que tout ça n'est qu'un mensonge ? Qu'elle nous réellement abandonnés pour aller refaire sa vie ailleurs ? demanda la jeune-femme avec espoir.
Russel jeta un regard vers Chuck avant de reprendre.
- Oui. Tout le reste n'était que du bluff, mentit-il.
Éric Van Der Woodsen, se leva d'excellente humeur.
Sa relation avec Roy devenait de plus en plus sérieuse, le jeune-homme avait évoqué l'idée de prendre un appart en commun à l'automne prochain lorsqu'ils intégreraient tous deux Sarah Lawrence.
C'était à un jet de pierre de Manhattan, ainsi il ne serait pas trop éloigné de sa famille tout en prenant doucement son indépendance.
Celle qui lui manquerait le plus serait certainement Jenny. Elle était plus proche de lui encore que Serena. Bien entendu, sa sœur resterait toujours sa sœur et il était heureux qu'ils s'entendent bien, spécialement après qu'il se soit laissé un temps entraîner involontairement dans les délires de revanche de son demi-frère.
Heureusement pour lui, il avait su voir les limites à ne pas franchir et s'arrêter à temps, au contraire de Dan.
Ce dernier était encore plus remonté contre Blair depuis qu'il avait appris qu'elle n'aurait pas un stage à W mais carrément un job. Inutile pour lui d'espérer qu'elle le choisisse comme stagiaire.
Il n'aurait pas voulu du poste de toute manière, il n'aurait pas supporté d'être sous les ordre d'une « harpie composée de 40 kg de pure méchanceté » avait déclaré l'aspirant écrivain. Bien entendu, cela n'arrangeait en rien les relations du résident de Brooklyn avec son frère adoptif.
Éric avait cru que Chuck allait sauter à la gorge de Dan après le petit interlude croustillant auquel tous les invités avaient eu droit lors de la soirée que sa mère avait organisée pour fêter le futur restauré de Bass Industrie.
Dan supportait très mal sa défaite suite à sa petite guerre contre Blair au magasine W et était venu là dans l'intention évidente de semer le trouble. Il cherchait manifestement querelle et Rufus, aux côtés de Lily, avait tenté d'intervenir pour le calmer, mais en dernier recours Chuck avait fait dû faire appel à la sécurité pour le faire escorter jusqu'à la porte de sortie.
Éric ne pouvait pas vraiment dire que ses rapports avec Chuck étaient fraternels, ils étaient loin d'être aussi amicaux et chaleureux que lorsque sa mère avait épousé Bart Bass.
A cette époque, il avait considéré son nouveau frère comme un vrai grand frère. S'il y avait une qualité qu'on pouvait reconnaître à l'horrible Chuck Bass, c'était qu'il ne jugeait jamais personne. C'est ainsi qu'il s'était naturellement tourné vers ce dernier quand il avait éprouvé le besoin de faire son coming out.
Depuis, la relation s'était dégradée entre les deux jeunes hommes. Éric ne parvenait pas à faire abstraction de ce que Chuck avait fait à Jenny, même si cette dernière lui avait expliqué qu'elle était également responsable de ce qui s'était passé entre eux.
Il sourit en quittant sa chambre et c'est d'un pas alerte qu'il rejoignit la cuisine ou Rufus préparait un monticule de gaufres en l'honneur de l'arrivée de sa petite fille.
C'était aujourd'hui que Jenny devait passer son nouvel entretien avec Tim Gunn. Pour plus de précaution, elle avait fait livrer directement ses robes au bureau de l'homme via Eléanor. Sous la protection de la stylise renommée, elle se sentait plus à l'abri de Blair, qui avait du reste, promis qu'elle ne ferait plus rien pour entraver les chances de la blonde décolorée d'intégrer l'université londonienne.
Queen B n'avait effectivement que des avantages à voir son ennemie quitter son île pour une autre, de l'autre côté de l'océan.
Lorsqu'il entra dans la cuisine, Lily et Rufus étaient déjà attablés avec la jeune-fille qui venait de débarquer.
- Hello, lança-t-il à la cantonade, content de pouvoir passer un peu de temps avec celle qui était, non seulement sa demi-sœur mais aussi sa meilleure amie.
- Salut Éric, répondit-elle sur un ton radieux.
- Pas trop anxieuse ? questionna le jeune blondinet.
- Un max, sourit-elle nerveusement.
- Il n'y a vraiment pas de quoi, la rassura Lily. Tu as un réel talent, sinon Eléanor ne se serait pas portée garante pour toi et n'aurait pas rédigé cette lettre de recommandation où elle chante tes louanges.
Jenny sourit, c'est vrai qu'elle devait vraiment une fière chandelle à son mentor ... et à Chuck.
Ce dernier arriva quelques minutes plus tard pour s'entretenir avec sa mère adoptive .Il voulait l'informer de ce qu'il avait découvert à propos de Thorpe. Lily devait être mise au courant. Il ne voulait pas que Russel puisse la prendre par surprise. Il n'avait aucune confiance en lui. Le type était dangereux, vraiment dangereux.
Il avait conclu avec lui qu'il garderait le secret vis à vis de Raina, à la condition que son père la nomme responsable ici à New-York tandis que lui retournait au siège de la société, à Chicago. Le jeune Bass espérait ainsi protéger également son amie. Il ne pouvait pas lui dire la vérité, ça la détruirait totalement.
Il avait dormi encore moins que la veille. C'est à dire pas du tout. Il avait trop peur de fermer les yeux et de se souvenir à présent. Il avait aussi zappé son rendez-vous chez son psychiatre. Aucun médecin ne pourrait jamais lui venir en aide après ce qu'il avait appris au cours des dernières 48 heures.
La tension monta d'un cran dans le penthouse lorsque le jeune-homme pénétra dans l'entrée. Il avait omis le fait que c'était aujourd'hui que Jenny avait son entretien de repêchage avec Tim Gunn.
Il ralentit le pas, songeant à faire demi-tour. Il valait mieux pour lui rester en retrait, et éviter de se mêler à une réunion de famille à laquelle il n'appartenait pas réellement.
Serena n'avait pas daigné se joindre à eux. Ce n'était un secret pour personne que la rivalité entre les deux jeunes blondes avait toujours cours. Même si S reconnaissait que détruire littéralement l'avenir de l'apprentie styliste était exagéré, elle n'était pas prête à lui pardonner son attitude face à son couple avec Nate.
Lily s'avança vers son fils adoptif et l'embrassa chaleureusement.
- Tu veux te joindre à nous pour le petit déjeuner ? proposa-t-elle avant qu'il n'ait l'occasion de trouver une excuse pour s'éclipser.
Il l'avait appelé la veille, lui demandant s'il pouvait venir la voir et elle en avait été ravie. Depuis que Russel était venu mettre son grain de sel et qu'ils avaient travaillé ensemble pour sauver BI, le jeune-homme semblait plus réceptif à son amour maternel.
Chuck soupira intérieurement et jeta un coup d’œil à Rufus qui acquiesça d'un mouvement de tête.
- Viens t'asseoir, l'invita Jenny, désignant la chaise à sa droite.
Chuck la dévisagea, interdit, tout comme que le reste d'entre-eux.
- Je n'ai pas eu l'occasion de te vraiment te remercier pour ton intervention. Je sais que ce second entretien n'est pas seulement l’œuvre d'Eléanor et j'ai accepté les conditions qui y sont liées. A vrai dire, je pense que cela me fera le plus grand bien de m'éloigner de Manhattan, je n'apprécie pas vraiment ce que je deviens quand je reste ici. J'espère que ça aura changé quand je reviendrais de Londres, d'ici 6 ans.
Chuck s'exécuta et s'installa au côté de la jeune blondinette en silence, ne sachant pas trop quoi dire.
- Alors, combien de gaufres tu penses pouvoir emmagasiner ? demanda Rufus pour détendre l'atmosphère.
Chuck n'eut pas le temps de répondre. Il était à peine assis quand les smart-phones des trois jeunes gens vibrèrent à l'unisson.
Ils dégainèrent leur portable comme un seul homme et chacun d'entre-eux blêmit avant de s'entre-regarder.
« Regardez comme le secret le mieux gardé de New-York est enfin sorti au grand jour. Il s'avère que Jenny Humphrey n'a pas perdu sa carte V avec Damien Dalgaard. Elle a attendu de la jetée au loin avec son demi-frère. Je suppose que ça explique pourquoi Little J a été bannie loin dans l'Hudson. Ou bien devrais-je dire Queen J ? Après tout, on dirait bien que l'élève a dépassé le maître. Pas étonnant que B n'ait pas voulu que ça s'ébruite. Cette fois, elle risque bien de perdre son trône pour de bon. Heureusement pour elle, elle a trouvé une autre couronne à sa taille. Tout le monde connaît déjà l'endroit ou elle s'exilera. Bon débarras ! La reine est morte, vive la reine. »
- Ce n'est pas Blair, la défendit Chuck, elle ne se serait jamais infligée ça, même pour te nuire.
- Je sais, déglutit Jenny.
- Mais qui pourrait vous en vouloir autant ? questionna Rufus, blême à son tour, qui avait lu le texto par dessus l'épaule de sa fille.
- Demande plutôt qui était au courant ? réfléchit Éric.
Jenny devint rouge de colère tandis que Chuck jetait sa serviette sur la table avec humeur comme la sonnette de l'ascenseur retentissait, laissant apparaître Dan dans l'entrée.
- Tu n'as pas fait ça ? hurla-t-elle à son frère qui arborait un sourire de satisfaction.
Le sang de Dan Humphrey ne fit qu'un tour et il perdit son petit sourire de contentement quand il vit le jeune-homme qui avait volé la virginité de sa sœur assis aux côtés de cette dernière à la table du petit déjeuner familial.
- Qu'est-ce qu'il fait là ? éructa-t-il en désignant Chuck.
- C'est mon fils, lui fit froidement remarquer Lily. Il a autant que toi le droit d'être ici !
Ce n'était pas dans ses habitudes de tancer un des enfants de son époux mais les conséquences des actes de Daniel devenaient de plus en plus difficiles à gérer. Si c'était bien lui qui était l'informateur de ces révélations ... Sa famille n'avait pas besoin d'une nouvelle humiliation publique.
- Elle a raison, confirma Rufus qui souhaitait témoigner de son soutien à son épouse. Jenny à elle-même invité Chuck à se joindre à nous.
- Et tu as laissé faire ça ? Après ce qu'il lui a fait ? aboya son fils.
- Il n'était pas le seul responsable, comme tu l'as si bien écrit, j'ai choisi également.
- Je ne parle pas du soir où vous avez couché ensemble mais de celui où il a tenter de te violer sur le toit de cet hôtel ! vociféra son frère biologique.
Un silence s'établit comme une chape de plomb dans la pièce.
Rufus mitrailla Chuck du regard qui lui, dévisageait Jenny, ébahi. Éric baissa les yeux en croisant ceux de sa mère qui cherchait une réponse à sa question muette.
De quoi parlait Dan ?
- Tu ne te rappelles pas de l'avoir emmenée et coincée sur ce toit pour tenter d'abuser d'elle à la soirée du bal masquée il y à trois ans ? Comme c'est commode ! ricana-t-il à l'intention du jeune Bass.
Ce dernier resta interdit. Sa tête se mit à tourner. Est-ce qu'il avait réellement tenter de violenter Jenny précédemment ? Il allait de cauchemar en cauchemar et ce, sans fermer l’œil une minute.
- Papa, ce n'est pas ce que tu crois. C'était il y a trois ans. Chuck s'en est sincèrement excusé depuis et j'ai accepté de lui pardonner. Nous nous sommes expliqués tous les deux, répondit la jeune-fille.
- Vous vous êtes expliqués ? Quand ça ? Quand vous avez décidé de coucher ensemble il y a six mois ? ironisa son frère.
- Dan, ça suffit ! tonna Rufus. Je ne sais pas ce qui s'est passé ce soir là, et je ne suis pas certain que j'ai réellement envie de le savoir parce que si Jenny dit qu'ils se sont expliqués, alors je lui fait confiance. Je préfère ne pas revenir sur un événement du passé qui réveillera des blessures inutiles pour ta sœur et nous tous par la même occasion.
- Tu lui fais confiance ? s'éberlua son fils aîné. C'est une gamine, Chuck la manipule comme un pantin !
- Elle a démontré bien plus de maturité que toi ces dernières semaines, indiqua Rufus.
- Dan, maintenant s'en est plus qu'assez, gronda soudain Lily d'un ton ferme. J'ai accepté et laissé passer beaucoup de choses de ta part, trop de choses, que tu as proférées à l'encontre de mon fils sans la moindre preuve et il est tant que ça s'arrête. J'ai fait tout ce qui était humainement possible pour maintenir la cohésion et la paix dans notre famille, mais tu sembles t'acharner à vouloir tout détruire.
- Le seul qui détruise notre famille, c'est lui. Il n'a rien à y faire Je ne pourrai jamais faire partie de la même famille que ce sale type, cracha Dan en désignant Chuck du menton.
- Est-ce que tu es oui ou non à l'origine du blast de gg ? interrogea Éric qui parlait pour la 1ère fois.
- Il EST gossip girl, lâcha Jenny, d'un ton froid !
- Quoi ? s'écrièrent tous les autres à l'unisson.
- Dan est gg. Il voulait si désespérément faire partie de votre monde qu'il a créé ce blog afin de pouvoir s'y donner un rôle, celui de Lonely boy, parce qu'il savait que c'était le seul moyen pour lui de jamais y jouer un rôle, même si ce n'était pas le meilleur, au moins on parlait de lui. C'est ce qu'il voulait, que Serena le remarque et pas seulement elle. En réalité, il s'est servi d'elle pour acquérir une certaine notoriété. Aujourd'hui plus personne dans l'UES n'ignore qui est le garçon solitaire.
- Dis-moi que ce n'est pas vrai, s'indigna Rufus. Tu n'as pas fait ça. Tu n'as pas pu balancer à tous ces gamins les conditions déplorables dans lesquelles ta sœur a perdu sa virginité à cause d'une erreur de jugement.
- Tu veux dire en commettant un inceste avec son demi-frère adoptif ?
- Tu ne peux pas avoir dit ça, encore moins l'avoir publier, en ton âme et conscience. Ce n'est pas mon fils, ce n'est pas le gamin que j'ai élevé dans les règles de la morale et du respect des autres.
- Ce n'est qu'une question de degré, professa Dan. Je veux dire, bien sûr, je suis un peu embarrassé que le monde entier sache que ma sœur chérie ait perdu sa virginité avec Chuck Bass. Mais imagines-tu les conséquences que ça va avoir pour eux ?
Éric vit Jenny ravaler ses larmes de colère de l'autre côté de la table.
Avait-il seulement considérer une seconde les conséquences que ça aurait pour elle ?
- Regarde le, répliqua encore son fils avec un sourire sadique en désignant à nouveau Chuck qui était blanc comme la craie. Et Blair, elle a certainement dû se mettre à pleurer de rage en découvrant le blast.
- C'est vraiment la seule chose qui t'intéresse ? Te venger de Blair et Chuck ? s'éberlua son père.
Il n'en revenait pas de ce qu'il entendait sortir de la bouche de son propre fils, ni des révélations que Jenny venait de faire concernant l'identité de gossip girl.
- As-tu seulement pensé aux autres conséquences ? Pour ta sœur, pour notre famille ? Ou es-tu si aveuglé par ton besoin de vengeance que tout le reste n'a plus la moindre importance à tes yeux ?
- Aller, c'est pas si grave. J'ai juste fait ce qui avait besoin d'être fait pour leur rendre la monnaie de leur pièce. C'est ce que Blair et Chuck auraient fait. Sans cette peste, Serena serait revenue vers moi au lieu de choisir Nate. Ils ont toujours formé un clan : « Le club des petits déjeuners sans jugement » ricana-t-il. Peu importe combien ils sont détestables les uns envers les autres, ils finissent toujours par se pardonner et par se serrer les coudes.
- Sauf que tu n'en feras jamais partie, interjeta sa sœur. Tu ne comprends donc pas que ce qu'il y a entre eux n'a rien à voir avec l'argent ou leur statut social. Ils sont amis, de vrais amis, depuis toujours. Et même s'ils leur arrivent de s'entre-déchirer, ils ont vécu bien trop de choses ensemble pour jamais se blesser réellement.
- Pas se blesser réellement, tu te moques de moi ? Et quand Chuck a accepté de prêter Blair pour une nuit à son oncle contre la restitution de son hôtel ? C'était juste un jeu entre-eux je suppose ?
Chuck sentit son sang quitter à nouveau son visage, devenu écarlate la seconde précédente à l'idée que cette pourriture ait fait tout ça dans la seule intention de nuire à Blair.
Ce n'était pas possible, Dan mentait ... Jack mentait, ils étaient de mèche. Il n'aurait jamais pu faire une pareille ignominie. Il aimait Blair plus que lui-même. Elle était le soleil qui illuminait sa vie.
- Tu dis n'importe quoi ? hurla-t-il.
- Ah oui ? Éric ? Tu m'as raconté des mensonges ?
Chacun se tourna vers le plus jeune représentant de la gente masculine qui était pâle à son tour.
- Éric ? supplia quasiment Chuck d'une vois atone, se raccrochant à l'espoir qu'il n'était pas aussi monstrueux.
- Je .. peut-être que j'ai mal compris ... Je ... j'ai juste surpris une conversation entre Blair et Serena et ...
Chuck se leva et quitta le penthouse sans dire un mot, comme un robot, dans un état second.
- Tu es fier de toi ? cria le jeune blondinet à Dan. Je t'avais confié ça comme à un frère, dans un moment de colère et de rancœur extrême, quand tu essayais de m'entraîner avec toi dans les affres de la vengeance. On était tombé d'accord pour ne jamais en parler à qui que ce soit. Comment as-tu pu me trahir de la sorte ?
Il se leva et quitta la pièce à son tour pour tenter de rattraper son frère adoptif. Il ne pouvait pas le laisser partir comme ça.
Rufus et Lily étaient totalement pétrifiés par les révélations de tous bords qu'ils venaient d'entendre.
- J'étais si fière d'avoir un frère comme toi, malgré le fait que les gens ne te connaissaient pas, puis, ensuite, malgré ce que les gens disaient de toi. Quand je suis partie en mai, je ne cessais de penser à ce que tu me rabâchait à longueur de temps. Tu m'as si souvent fait la morale en me disant que je ne devais pas tomber à leur niveau. Que je valais mieux que ça. Et regarde ce que tu es devenu. Regarde-toi ! Tu es tout ce que tu dénonces et que tu détestes. Et surtout ne blâme pas un autre que toi parce que tu es le seul à choisir les blasts qui humilient l'un après l'autre tous ceux que tu honnis par ce que tu crèves de jalousie. Mais tu sais quoi ? C'est mon frère qui avait raison, celui avec lequel j'ai grandi et qui était toujours là pour me protéger, celui sur qui je pouvais compter. Je ne sais pas ce qu'il est devenu mais si tu veux un jour le retrouver, tu devrais appliquer tes propres conseils. Tu devrais quitter Manhattan et t'installer dans l'Hudson toi aussi. Et peut-être qu'un jour je reverrai mon grand frère, celui qui était juste et droit. En attendant, je vais tenter de gagner un avenir, grâce à mon talent et peut-être que si je réussis, quand je rentrerai de Londres dans six ans, peut-être que j'aurai trouvé la force de te pardonner.
Elle tourna les talons et s'empara de son sac et de son manteau puis se dirigea vers la sortie.
- Je crois que tu devrais suivre les conseils de ta sœur et tenter de retrouver celui que tu étais et dont je pouvais être fier moi-aussi, dit enfin Rufus, retrouvant quelque peu ses esprits. Tu peux rester dans le loft si tu préfères cependant, je ne te jetterai pas dehors, mais il vaudrait mieux que tu ne viennes plus ici, au moins pendant quelques temps.
- Chuck ! cria Éric en le poursuivant sur le trottoir.
Son frère adoptif ne ralentit même pas le pas.
Le plus jeune piqua un sprint pour rejoindre son aîné.
- Attend ! le pria-t-il, à bout de souffle, en l'attrapant pas le bras alors qu'il s'apprêtait à monter dans la limousine qui stationnait sur la chaussée.
Chuck ne répondit pas et s'engouffra dans le véhicule, se dégageant d'un coup d'épaule. Éric embarqua à sa suite et s'installa sur la banquette en cuir en face de son frère adoptif.
- Sors d'ici, siffla Chuck entre ses dents, d'une voix où s'entendait les trémolos.
- Non ! Le défia le jeune Van Der Woodsen.
Mais il n'y avait pas de grande résistance opposée de la part de l'héritier Bass. Ce dernier évitait soigneusement de le regarder, son visage tourné vers la vitre. Éric pouvait voir ses lèvres trembler malgré le fait qu'il les gardait pincées l'une contre l'autre.
- Chuck ...
- Sors d'ici, murmura à nouveau le brun, si bas que son frère n'était pas certain de savoir s'il l'avait imaginé ou s'il avait réellement parler.
- Chuck ...
- Fiche-moi la paix, va-t-en ! dit distinctement le brun cette fois.
Il avala sa salive avant de reprendre d'une voix navrée.
- Tu avais raison, je n'aurais jamais dû revenir ici. J'aurais dû mourir dans cette allée, c'est tout ce que je méritais !
- Ce n'est pas aussi simple que ça en a l'air, je t'assure. Tu devrais demander plus de précision à Blair ou à Ser ...
- Et toi, tu ferais mieux de sortir de cette voiture avant que je ne t'en fasse jeter dehors par mon chauffeur, le menaça l'héritier Bass.
*****
Blair soupira et se massa les tempes. Elle se débattait depuis l'aurore avec quatre gsm différents. Les tâches se démultipliaient de seconde en seconde, c'est à peine si elle avait réussi à se rendre au petit coin.
Elle entendit son BlackBerry tintinnabuler au fond de son sac pour la énième fois de la journée. Elle n'y avait pas porté la moindre attention, n'ayant pas eu instant pour respirer. Encore moins pour accorder de l'intérêt aux blasts de gg, les ragots devraient attendre.
- Tu viens boire un verre avec nous ? questionna Mandy.
Elle n'en n'avait pas vraiment envie. Ce qu'elle désirait surtout, c'était pouvoir se glisser dans un bon bain moussant puis dans son lit douillet et dormir jusqu'au lendemain matin.
Mais elle souhaitait aussi être intégrée dans l'équipe. Les choses étaient différentes ici. Bien sûr, on était jamais à l'abri des mesquineries ni des coups bas mais chacun vaquaient à ses occupations dans un même objectif, celui d'assurer les meilleures ventes au magasine.
C'était reposant de ne pas avoir à surveiller sans cesse ses arrières. Elle avait également retenu la leçon que Chuck lui avait donnée il n'y a pas si longtemps. Les gens autour d'elle étaient bien plus disposés à l'aider et à l'épauler si elle leur présentait les choses en leur exposant leur intérêt plutôt qu'en les menaçant. C'était certainement ce que sa mère aurait appelé la maturité et elle devait reconnaître qu'elle appréciait ce climat dénué de rivalité et de suspicion permanente.
De plus, elle devait déléguer et apprendre à compter avec ses collègues si elle voulait réussir à mener ses tâches à bien. Le plus difficile pour elle était de faire confiance car rien n'était jamais aussi bien fait que lorsqu'elle s'en chargeait elle-même.
Nelly avait cependant un excellent niveau de compétences et elle espérait bien ne pas avoir à regretter le choix de sa stagiaire.
Elle avait besoin d'être dans le contrôle permanent. Cependant, elle avait bien été obligé de faire face à la réalité. Elle ne pouvait pas tout assumer toute seule. Mandy lui avait conseillé de ne pas être trop exigeante avec elle-même ni avec les autres si elle voulait qu'ils lui apportent le meilleur d'eux-mêmes.
Bien sûr, elle retirait une immense satisfaction à être, à un certain niveau du moins, celle qui donnait les ordres.
- J'arrive, répondit finalement Blair à sa collègue. Laisse-moi cinq minutes pour consulter mes appels personnels.
Elle fronça les sourcils lorsqu'elle vit qu'elle avait huit appels manqués de Chuck et six de Serena plus un de Nate.
Elle ouvrit le dernier blast de gg et sentit ses jambes tremblées sous elle.
Pourquoi cette sale petite peste avait-elle fait ça ?
Elle avait respecté sa parole et n'avait rien tenté pour faire capoter son entretien avec le magna de la mode qui avait lieu cet après-midi. Elle enfouit son BlakBerry dans son sac d'un geste rageur.
- Blair !
Son sang ne fit qu'un tour en voyant se matérialisé devant ses yeux, sa pire ennemie.
La petite blonde dansa d'un pied sur l'autre. Elle avait promis à Éric qu'elle se chargerait de ça et elle n'allait pas reculer devant Queen B.
- Je ne suis pas là pour chercher la bagarre, promit Jenny en levant les deux mains. Je suis venue pour te parler de Chuck.
La brune faillit s'étouffer avec sa salive.
- Je t'assure que c'est vraiment très important, sinon je ne serais pas venue me jeter dans la gueule du loup. Mais après ce qu'il a fait pour moi ... enfin je veux dire, se reprit-elle, je sais que c'est pour toi, pour me tenir éloignée d'ici. Néanmoins, il n'empêche que c'est bénéfique pour ma carrière et ....
- Si tu en venais au fait, s'impatienta Blair. Je n'ai pas toute la soirée. Et au cas où ça t'aurait échappé, Chuck et moi, on est plus ensemble. Je sors avec le prince de Monaco ...
- Je voulais te parler de Jack et de l'Empire, la coupa la jeune blonde, qui se fichait totalement que B soit reine ou non à présent.
Tim avait dit apprécier son travail et promit qu'il appuierait sa candidature à Saint Martins et joindrait une lettre de recommandation à celle d'Eléanor.
Avec ça, elle était certaine d'avoir sa place dans la meilleure école de stylisme de Londres au prochain semestre.
Le visage de Blair devint exsangue. Comment cette petite peste était-elle au courant de ça ?
Personne ne le savait hormis eux quatre et Jack !
- Éric t'a entendu parler avec Serena et l'a rapporté à Dan et ...
- Tout le monde est au courant ? s'horrifia la brune.
- Seulement la famille, répondit maladroitement Jenny mais ce n'est pas...
Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase que Blair avait déjà quitté la pièce.
Il fallait qu'elle voit Chuck avant qu'il ne soit trop tard. Elle ne lui avait pas raconté l'exacte vérité à propos de leur rupture. Elle avait voulu le protéger de son mieux. Elle n'avait pas eu le courage de lui avouer. Elle n'avait pas pu le regarder dans les yeux et lui dire tout ce qui s'était passé cette nuit là.
Les médecins avaient dit qu'il se souviendrait quand il serait prêt et elle ne pensait pas qu'il soit prêt un jour à se rappeler de ça, se dit-elle pour se donner des circonstances atténuantes.
Elle croisa Mandy qui l'attendait dans le hall et lui cria qu'elle ne pouvait pas venir déjeuner.
Blair se rua sur le trottoir et héla un taxi. Une fois installée sur le siège en sky, elle décrocha son BlackBerry et composa le numéro de sa messagerie vocale.
« Vous avez 3 messages non écoutés.
Message reçu aujourd'hui à 11h53
- Blair, je sais que rien de ce que je pourrai dire ou faire ne changera plus rien entre nous au futur, ni même au passé, mais je tiens à ce que tu saches que je suis réellement, réellement, désolé pour la manière dont je me suis comporté avec toi. Je ... je ...
Elle entendit des bruits de verres tinter.
- Je te demande pardon pour toutes les choses horribles que je t'ai faites ... celles dont je me souviens et les autres. Je te souhaite d'être heureuse parce que tu le mérites vraiment.
- Vous devriez peut-être vous arrêtez là, dit une voix masculine qu'elle ne connaissait pas. Vous êtes sûr que vous ne voulez pas manger quelque chose ?
- J'ai pas faim, entendit-elle Chuck répondre d'une voix pâteuse.
S'ensuivait à nouveau des bruits de verres qui s'entrechoquent et un bruit de fond impliquant qu'il était certainement dans un bar. Il n'avait pas coupé la communication, mais le message ne contenait rien d'autre pendant plusieurs secondes avant d'arriver à la fin du temps imparti.
Message reçu aujourd'hui à 14h17
- Salut Blair, c'est Nate. Je me demandais si Chuck était avec toi par hasard ? Ou si tu savais où il était ? Rappelle-moi si c'est le cas.
Message reçu aujourd'hui à 18h36
- B, c'est S, rappelle-moi dès que tu auras ce message s'il te plaît, c'est très important. Dan a encore fait des siennes.
Vous n'avez pas d'autre message non écouté »
Chuck reposa son verre sur le comptoir et regarda le liquide ambré qui tanguait dans sa prison transparente. Tout tanguait autour de lui ... depuis plusieurs jours en réalité.
La réalité ?
Quelle réalité ?
Celle qui émanait de ses cauchemars plus vrais que nature ?
Ou était-ce simplement sa vie ?
Plutôt la 2ème solution.
Celle qui démontrait qu'il n'était qu'un être sans âme et sans cœur.
Exactement comme son père et son oncle.
Il sourit cyniquement en repensant aux propos de Jack qui lui déconseillait de se reproduire. Tonton avait bien raison. Finalement, il était plus sage qu'il n'y paraissait !
Après toutes ces révélations, les conclusions ne pouvaient aller dans un sens inverse. Aucune chance de pouvoir démentir qu'il n'avait pas commis toutes ces atrocités.
Il avait cherché sur gossip girl après le coup d'éclat de Brooklyn. Et cela n'avait fait que confirmer les faits allégués par ce hippie.
Quand il avait lu qu'il avait déjà tenté de malmenée Jenny à une fête trois ans auparavant, il avait été pris de nausées.
La seule info qui concernait Blair et Jack remontait moins loin, mais il ne relatait pas le fait que Chuck y ait joué un rôle quelconque. Cependant, il croyait son oncle maintenant qu’Éric avait abondé dans son sens
Toutes ces révélations le dépeignaient encore bien plus horrible qu'il n'aurait jamais pu l'imaginer.
Il savait parfaitement qu'il s'était comporté comme un immonde salaud par la passé et qu'il était déviant. Sa réputation était digne de celle du Marquis de Sade mais, même s'il n'ignorait rien de la noirceur de son âme, il n'aurait jamais, au grand jamais, cru qu'il aurait pu être capable de tels actes.
Il avait espéré, contre vents et marrées, qu'il pourrait faire oublier le Chuck Bass impénitent qu'il avait été et dont tous lui parlait avec une crainte mêlée de répulsion. Maintenant, il en saisissait toute la nature. Toute l'étendue de ses vices et de ses exactions s'étalait à présent sous ses yeux.
Il avait espéré qu'il pourrait faire voir cette nouvelle personne qu'il était, mais il s'était simplement menti à lui-même. Il ne pouvait pas changer ce qu'il était réellement en dedans.
On disait que les mères avaient un instinct naturel, maternel, un 6ème sens qui les liait à leur enfant. La sienne ne s'y était pas trompée. Elle avait compris instantanément quel genre d'être il était. Un être vil et monstrueux qui ne méritait pas l'amour d'autrui.
Qui ne méritait pas d'avoir une 2ème chance, encore moins une 3ème ou une 4ème. Il était tout simplement un cas désespéré. Il ne comprenait même pas comment Blair avait fait pour supporter d'être aussi proche de lui pendant tout ce temps.
Il se mit péniblement sur ses pieds. Il était temps également de changer d'endroit. Il ne doutait pas une seconde que ce brave Nathaniel, tel un Saint-Bernard, le cherchait dans toute la ville à l'heure qu'il était.
C'est pour ça qu'il avait décidé de faire le tour de tous les bars de Manhattan et même un peu au-delà, dans des quartiers moins huppés. Ainsi il pouvait espérer gagner quelques heures avant qu'il ne le ramène au penthouse de l'Empire.
De tous les lieux, c'est bien le dernier sur terre où il avait envie de se retrouver. Il était toujours abasourdi par le fait qu'il ait pu traiter la femme de sa vie comme une vulgaire marchandise, comme une chose qui lui appartenait.
Il posa un pied devant l'autre, tant bien que mal et réussit à trouver son chemin jusqu'à la porte de sortie. Direction le 15ème bar. Ou était-ce le 25ème ? Il avait perdu le compte quelque part autour du 10ème.
L'avantage d'être Chuck Bass, c'est que personne ne s'étonnait de son comportement et surtout, sa carte de crédit ne le trahirait jamais.
Qu'est-ce que Russel avait dit à propos de Bart déjà ?
Ou bien était-ce Jack ?
Peu importait finalement. Ce qu'il fallait retenir de la devise de son père, c'est que l'argent et les plaisirs et avantages qu'il pouvait procurer étaient la chose la plus essentielle dans la vie.
Il entendit une petite musique et mit quelques secondes avant de réaliser qu'il s'agissait de son smart-phone. Il ne fit aucun geste pour consulter l'écran. Il ne voulait pas savoir qui l'appelait. Ça lui était complètement égal.
Il avait résonné une bonne trentaine de fois depuis qu'il avait chassé son frère adoptif de la limousine.
Éric, Lily, Serena, Nate, Raina et même Blair avait tenté de le joindre.
Sans doute avait-elle besoin d'une salle pour organiser ses fiançailles avec le prince Louis Grimaldi de Monaco.
Il tituba sur le trottoir et vit Arthur qui sortait du véhicule pour lui venir en aide. Il sentit une autre paire de bras l'attraper par les épaules.
Nathaniel l'avait rattrapé !
- Allez viens, mec, on rentre.
- Laisse-moi, râla Chuck en tentant de se dégager d'un coup d'épaule.
Mais son ami était plus fort que lui, surtout dans l'état d'ébriété dans lequel il se trouvait.
Nate resserra son emprise et l'entraîna contre son gré dans la limo. L'obligeant à le suivre en trébuchant. Il le laissa tombé sur le siège en cuir où Chuck se vautra. Tentant de s'asseoir, il laissa allez sa tête contre la vitre au moment ou le véhicule se mit en mouvement.
Il ouvrit les yeux et les lumières des phares dansèrent devant lui comme autant de luciole aux abords d'un cours d'eau les soirs d'étés.
Mal lui en prit, sa vue et son estomac n'étaient pas vraiment des mieux coordonnés et le contenu du second remonta dans son œsophage et se répandit sur le sol de la voiture comme il se penchait vers l'avant.
- Chuuuuck ! hurla une voix stridente.
Serena n'eut que le temps de retirer ses pieds avant que ses Louboutins ne soient éclaboussées par le vomi de son frère.
Elle lui jeta un regard assassin qu'il était incapable de percevoir.
Recroquevillé sur lui même, la tête entre ses genoux, il tentait de reprendre respiration.
Elle se tourna vers son petit-ami qui lui renvoya un regard désolé et plaça une main entre les omoplates de son meilleur ami pour lui exprimé son soutien.
Ce dernier grogna mais ne fit rien pour rompre le contact. La tête toujours dans ses mains, posée à présent sur ses genoux, il respirait par petite saccades. Il ne changea pas de position jusqu'à ce que la voiture s'arrête devant l'Empire.
- Viens, lui ordonna Nate en le tirant par le bras.
Il l'aida à évacuer le véhicule et donna un regard navré à Arthur qui se chargerait de nettoyer la limo.
Le capitaine de lacrosse passa son bras dans son dos et le traîna cette fois jusqu'aux ascenseurs.
- Attend, appela S qui revenait des toilettes avec des sachets papiers dans sa main.
Ils étaient destinés à recevoir des tampons et serviettes hygiéniques périodiques mais c'est tout ce à quoi elle avait pu penser pour assurer un voyage dans la cage métallique le moins risqué possible.
- Tiens ! dit-elle en en fourrant un entre les phalanges glacées de son frère.
Il posa son regard embué par l'alcool sur la blonde un instant.
- Ça fait des heures qu'on te cherche. Tu ne sais pas à quoi ça sert un i-phone ? le tança-t-elle.
- Personne ne t'a demandé de venir à mon secours. J'étais très bien où j'étais.
- Tu ne sais même pas où tu étais ! le rabroua-t-elle.
Elle marquait un point.
L'ascenseur entama son ascension et Chuck comprit pourquoi sa sœur lui avait donné les sachets de papier. Il n'eut que le temps d'en porter un à ses lèvres avant que le reste du liquide qu'il avait ingéré depuis le matin ne les franchisse dans le sens inverse.
Il entendit la blonde émettre un gémissement de dégoût à côté de lui.
- Tu en veux ? questionna-t-il en lui présentant le sachet de papier à peu près autant imbibé que lui-même.
- Pas de doute, cette fois on tient bien l'ancien Chuck ! grommela-t-elle en reculant d'un pas vers Nate.
- Il n'était pas très loin, il fallait juste savoir où chercher pour le débusquer, terrer au fond de son antre, argua-t-il avant de replonger la tête dans un autre sachet.
- Où est-il ? demanda Blair en arrivant au penthouse comme une furie.
Elle avait fait aussi vite qu'elle pouvait depuis qu'elle avait reçu le texto de sa meilleure amie lui indiquant qu'ils ramenaient Chuck à l'Empire.
Tant pis pour le verre avec ses nouveaux collègues. Tans pis pour ses révisions. Tant pis pour Louis Grimaldi Prince de Monaco !
Son cœur battait à ses oreilles tellement fort qu'elle n'entendait qu'un bourdonnement sourd qui remontait de sa poitrine en feu.
- Nate vient de l'emmener pour qu'il s'allonge un peu, mais c'est pas gagné ! indiqua la blonde en désignant la chambre de Chuck du menton.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Il sait.
- Il sait quoi ?
- Tout, répondit S. Dan a dit à Chuck qu'il t'avait échangée à Jack contre l'Empire.
- Mais comment ...
Ce n'était pas le plus important, se gourmanda B. Elle pivota sur ses talons et se dirigea vers la chambre de Chuck.
- Combien de temps ce sale type continuera-t-il encore à faire de nos vies un enfer ? grommela-t-elle.
- C'est terminé, répondit la blonde. La moitié de Manhattan sait déjà qu'il est gossip girl. La plus part se sont désabonnés, il n'a plus aucun avenir ici.
- Il est quoi ? articula B.
Elle se stoppa net, sous le choc.
- Il voulait entrer dans notre monde alors il s'est écrit dedans, sous le pseudo de Lonely boy.
Blair secoua la tête de droite et de gauche, elle ne parvenait pas à y croire.
- Il lui a aussi dit qu'il avait tenté de violer Jenny lors du bal masqué, il y a trois ans, ajouta S.
C'était donc de ça dont la petite blonde voulait la prévenir, elle les maudit elle et son crétin de frère et reprit son chemin d'un pas décidé pour se retrouver face à Nate qui sortait.
- Comment il va ? interrogea Blair.
- A ton avis ?
Elle grimaça et posa la main sur la poignée de porte.
- Il ne veut pas te voir, l'informa-t-il.
Blair encaissa le choc. Le souffle court et le teint soudain livide, elle se tourna vers le jeune-homme qui la regarda d'un air désolé.
- Il a bu toute la journée et il est loin d'être dégrisé, l'avertit-il, en reconnaissant parfaitement la petite lueur de détermination qu'il voyait briller dans les prunelles de la brune.
Elle hésita un instant puis entra sans frapper, suivie par Nate.
Chuck, assis sur le rebord du lit où son meilleur ami venait de réussir à lui faire prendre place, leva la tête vers elle avant de baisser les yeux.
- Nathaniel, dehors ! commanda-t-elle.
- Blair, entama le jeune-homme aux yeux clairs.
- Dehors Archibald ! reprit-elle d'un ton sans appel.
- Je suis à côté si ...
- Je connais l'agencement des pièces ! lui fit remarquer B avec un dernier regard d'avertissement.
Nate obtempéra et quitta la pièce.
Chuck se leva avec difficulté.
- Tu n'as pas entendu ? Je ne veux pas te voir, cracha-t-il en titubant vers le verre à moitié plein qu'il s'était versé en arrivant et que son ami l'avait persuadé d'abandonner sur sa commode.
- Arrête ! dit-elle en tentant de le lui prendre des mains.
Il esquiva son geste et recula d'un pas, renversant un peu du liquide sur le tapis persan à 10,000$.
- Rentre chez toi ! Je suis sûr que ton prince t'attend avec son carrosse et sa citrouille.
- Chuck... entama-t-elle.
- Je suis certain qu'il te rendra très heureuse ! Et lui au moins ne t'échangera pas contre un de ses châteaux.
- Tu ne sais pas ce qui s'est vraiment passé ...
- Oh si je le sais ! Je sais tout maintenant. Je me rappelle à quel point mon père se contre-fichait de moi. Quelle grande déception j'ai été pour lui ... et pour toi.
Il pivota sur lui-même et se dirigea vers la salle de bain.
Elle lui emboîta le pas. Il était hors de question qu'elle le laisse s'enfermer dans sa douleur.
- Pourquoi tu me suis ? Tu n'en n'a pas eu assez ? Tu es maso ? Ou bien c'est Serena qui t'a appelé au secours ? Parce que tu es la seule qui sache manœuvrer ce pauvre Chuck n'est-ce pas ?
- Chuck ...
- Et bien devine quoi ? Je n'ai pas besoin de votre pitié ... et encore moins de la tienne.
- Ce n'est pas de la pitié, c'est ...
- C'est quoi ? Hein ? ... de l'amour ? ... Parce que si c'est ça, tu devrais vraiment te faire soigner !
- Chuck ...
- Tu n'as pas encore compris que ce n'était pas pour nous ? Que ce n'était pas pour moi ? Personne ne peut aimer quelqu'un comme moi ! C'est une chose impossible !
- C'est toi ! répondit Blair, des larmes dans les yeux.
Il cligna des paupières un instant.
- Tu m'as laissé un message ...
- Pour te demander pardon, pas pour que tu rappliques en courant ! Mais qu'est-ce qui va pas chez toi ?
- Qu'est-ce qui va pas chez toi ? cracha-t-elle à son tour.
- Tout ! Rien ne va chez moi ! Je suis cassé, tu comprends ?
- Non, s'obstina-t-elle.
- Tu peux pas me réparer ! Encore moins me sauver ! Je peux pas te rendre heureuse. Je peux pas t'offrir ton conte de fée. J'y ai jamais cru, j'y croirai jamais !
Elle resta figée, terrifiée. Elle ne l'avait jamais vu dans un tel état. Et son cœur saignait avec le sien.
- Pourquoi t'es pas avec ton prince ce soir ? reprit-il, complètement noyé, aspiré au tréfonds de sa douleur et sa colère, ivre d'alcool et de rage. Celui qui fera de toi une princesse ! Comme tu en as toujours rêvé. Qu'est-ce que tu fais ici au lieu d'être avec lui ? T'as pas compris qu'avec moi, tu étais condamnée d'avance ?
Il croisa son regard et détourna les yeux, mais ce qu'il vit dans le miroir ne fit qu'augmenter sa hargne et son dégoût de lui. Il ne voyait que son incapacité à la rendre heureuse, à lui offrir la vie à laquelle elle avait droit.
D'un geste rageur, il frappa son verre contre le miroir, sur son reflet, qui éclata en dizaines de morceaux, alors que son poing formait un gnon sur la surface polie.
Blair porta la main à son visage, entaillé par un tesson minuscule et les yeux de Chuck s'agrandirent d'horreur.
- Va-t-en ! Sors d'ici ! Va-t-en et ne reviens pas ! hurla-t-il, les pupilles dilatées par la peur de lui-même.
La jeune-femme partit en courant, le sel de ses larmes ruisselantes sur ses joues avivant quelque peu la blessure sur sa pommette.
Chuck se laissa lentement glisser le long de la paroi de la douche sans quitter des yeux le miroir brisé. Il n'avait même pas conscience du liquide ambré qui le brûlait tout en désinfectant les coupures dans sa paume et sur ses phalanges. Pas plus que de l'image qui se troublait devant sa rétine.