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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 11.04.2012 à 18h00
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Le cycle de la vie" est la traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "Circle of life" » okapi
Cette fanfic compte déjà 346 paragraphes
"C'était avant que nous ayons un médecin en ville" ajouta Robert E "cela fait drôle de parler de médecins au pluriel, aujourd'hui !"
"Nous ne savons toujours pas comment les gens vont réagir au fait d'avoir deux médecins femmes à Colorado Springs" fit remarquer Jake sceptique.
"Ils n'auront pas le choix !" Dit Sully "Anna McLead est la seule qui ait répondu à l'annonce !"
"Elle a l'air de s'en être plutôt bien sortie lors de l'attaque du train" avança Hank, sur un ton se voulant neutre "J'imagine qu'elle n'était pas confrontée à ce genre d'intervention médicale là où elle était avant !"
Sully sourit "Je l'ai entendu dire la même chose " confirma-t-il "Michaela a dit qu'elle s'était très bien débrouillée !"
Jake secoua la tête "C'est une bonne chose qu'elle ait été présente en ville lorsque c'est arrivé… Mais je sais que pour certaines personnes avoir un médecin femme ou personne revient au même…"
"Je suis d'accord avec Sully" dit Hank d'une manière inattendue "ils n'auront pas le choix… La plupart des gens ont fini par accepter Michaela… Maintenant, ils auront le choix entre elle et le docteur McLead !"
"Et qui vas-tu choisir, Hank?" Le charia Jake avec malice.
Hank haussa les épaules avec nonchalance "Je ne suis pas souvent malade" dit-il "et si on me tire dessus ou qu'il m'arrive autre chose dans ce genre, je suppose que je choisirai celle qui sera le plus près" ajouta-t-il en grimaçant. "Et toi ?"
"Cela m'a pris du temps pour m'habituer au docteur Mike "répondit Jake "je ne vais pas changer, maintenant !"
"Je pense que nous devrions être heureux d'avoir deux médecins en ville, sans nous soucier du fait que ce soit deux femmes "fit remarquer Robert E qui était souvent la voix de la raison.
"Je vois ça de la même manière !" Approuva Sully.
"Pas possible !" S'exclama Jake, rigolard.
Sully haussa les épaules à cette remarque. " On ferait mieux d’en rester là pour ce soir… Il va falloir lever le camp dès l’aube… " Suggéra-t-il.
Il y eu un consensus général sur ce point et les tasses de café en étain furent aussitôt retournées, vidées et réenpaquetées. Au bout de quelques minutes tout redevint calme, seul se faisant entendre le craquement léger du bois qui s'effondrait dans le feu mourant.
*****
Sully, étendu sur le dos, observait les étoiles, repassant dans sa tête les évènements de la journée et en particulier leur conversation récente.
L'attitude étrange de Hank lui posait question.
Il bâtissait une grande maison, défendait avec fougue la jeune médecin nouvellement arrivée, oubliait de lancer ses habituelles piques à tout va.
L'homme s'adoucissait-il ou était-ce la vieillesse?
Y avait-il une autre raison à ce comportement inhabituel, une raison improbable mais cependant crédible aux yeux de Sully.
Il sourit.
Cela se pouvait-il vraiment?
Il secoua la tête avec une certaine excitation, jeta un dernier regard aux étoiles et murmura "Bonne nuit, Michaela" avant de rouler sur le côté et de fermer les yeux.
Michaela reposa sa brosse à cheveux, se leva et se dirigea vers le berceau de William pour se pencher sur lui.
Il dormait si paisiblement, bienheureux et inconscient du fait que son père soit quelque part, dehors, dans la nuit, et peut-être en danger.
Elle soupira.
Leur petit garçon grandissait si vite.
Elle se remémora, légèrement honteuse, l'élan de jalousie qu'elle avait ressenti en annonçant à Kathleen qu'elle était enceinte.
Elle n'éprouvait aucun regret mais malgré le fait qu'elle avait le bonheur d'avoir déjà deux enfants plus que chers à son cœur, elle ne pouvait s'empêcher d'envier un peu Kathleen.
Peut-être y avait-il encore un espoir pour elle?
Elle sortit de sa mélancolie.
Elle avait reçu dans sa vie plus qu'elle n'avait jamais rêvé avoir et aujourd'hui…
Elle tressaillit…
Elle allait devenir grand-mère. E
lle prit une profonde inspiration pour calmer ses nerfs…
Elle était absolument ridicule.
Elle fit quelques pas jusqu’à la fenêtre pour observer la nuit.
Ce soir on avait l’impression qu’un million d’étoiles scintillaient dans le ciel...
Elle murmura un léger " Bonne nuit, Sully " empli de mélancolie, réalisant qu’il n’était même pas au courant pour Matthew et Kathleen.
Elle se demandait bien ce qu’il allait dire mais elle savait qu’il serait heureux pour Matthew après toutes les épreuves que le jeune-homme avait déjà traversées.
Elle se retourna pour observer leur lit où sa place demeurait vide.
Elle détestait les jours où Sully n’était pas là.
Bien entendu, il y avait des circonstances à ses absences plus graves que d’autres.
Lorsqu’il s’agissait d’affaires en rapport avec un travail pour Welland Schmidt, elle pouvait au moins se rassurer en se disant qu’il était en sécurité et qu’il rentrerait bientôt à la maison.
Mais lorsqu’il s’agissait d’affaire comme celle-ci, lorsqu’il était à la poursuite de meurtriers comme Renard-Rouge ou ces attaquants de train, elle ne pouvait s’empêcher de se sentir nerveuse.
Elle se demandait en permanence ce qu’il était en train de faire et où il se trouvait.
Cette poursuite pouvait les entraîner à des kilomètres et ils devaient déjà être loin de l’endroit où s’était déroulée l’attaque.
Elle soupira et décida que la seule chose à faire était d’aller se coucher en espérant que le sommeil la gagne bientôt.
Elle repoussa sa longue chevelure derrière ses épaules et commença à se diriger vers le lit lorsqu’un cri plaintif se fit entendre, Katie passant son petit minois derrière la porte entrouverte. " Maman… "
" Mon petit cœur… Qu’est-ce que tu fais debout ? " S’exclama Michaela.
Katie entra dans la chambre tirant Manfa à sa suite.
" Veux dormir avec toi, Maman ! " Murmura la petite fille fatiguée. Elle jeta un coup d’œil au grand lit vide de ses parents " Où est Papa ? " demanda-t-elle avec un air dépité.
Michaela avait passé un long moment avec elle, au moment de la mettre au lit, pour lui expliquer l’absence de son père mais, visiblement, la petite fille avait encore besoin d’être rassurée.
Elle s’accroupit pour être à la hauteur de son regard et lui dit doucement " Papa est parti à la recherche de plusieurs hommes… Tu te souviens… "
Le visage de Katie se crispa pendant qu’elle examinait la situation présente puis, elle hocha la tête avec obstination " Veux qu’il rentre à la maison " exigea-t-elle.
" Je le sais bien… Et moi aussi je le voudrais bien " répondit Michaela avec tendresse " mais il a un travail à faire… "
La petite secoua négativement la tête. " Pas travail… Veux mon Papa ici… " Insista-t-elle
" Oh ma chérie… Il va rentrer bientôt ! " Reprit Michaela pour la calmer
Les mâchoires de Katie restaient obstinément serrées " Tu vas le chercher ?" Demanda-t-elle
" Je ne peux pas… Je ne sais pas où il est en ce moment… Nous devons attendre sagement qu’il rentre à la maison ! "
La lèvre supérieure de sa fille se mit à trembler et Michaela craint, durant un bref moment, qu’elle se mette à pleurer. Au lieu de cela, elle reprit avec un ton plein d’assurance " Vais dormir avec toi, Maman ! " Et elle se dirigea vers le lit, regarda sa mère avec défi, l’espace d’un instant, plaça Manfa sur le couvre lit et s’efforça de l’escalader.
Michaela regarda sa fille avec amusement, mêlé d’une pointe de fierté.
Il devenait si évident qu’elle avait hérité du caractère indomptable et indépendant de son père.
Elle traversa la pièce à son tour, saisit Katie par la taille et lui donna un petit coup de pouce pour grimper sur le lit.
La petite s’installa immédiatement sur la place de son père et se glissa sous les couvertures.
Michaela n’avait pas le cœur à lui faire de remontrances ni à lui refuser sa requête même si elle ressemblait plus à un ultimatum qu’à une demande dans les règles.
Pour dire la vérité elle avait également besoin de compagnie.
Elle grimpa à son tour dans le lit et s’étendit sur le côté de manière à faire face à sa toute petite fille qui la regardait attentivement. " Bonne nuit mon petit cœur " dit-elle avec tendresse.
" Bonne nuit, Maman… " Murmura la petite fille, la fatigue commençant à la submerger.
" Je t’aime ! " Chuchota Michaela
" T’aime aussi " répondit Katie en fermant les yeux.
Michaela sourit, son cœur rempli d’amour et de fierté.
Plus rien n’avait d’importance quand on avait la chance d’avoir dans sa vie quelqu’un qui vous rendait son amour au centuple.
Elle se pencha légèrement et déposa un doux baiser sur la joue de sa fille.
Demain était un autre jour et, à cet instant précis, elle était entièrement satisfaite et heureuse. Elle ferma les yeux et tourna ses pensées vers son mari adoré avant de sombrer dans le sommeil.
Chapitre 25
" Je dois dire que tu as fait un superbe travail, Brian ! " dit fièrement Michaela.
Elle tenait devant elle un exemplaire de l’édition spéciale de la Gazette qui contenait, entre autres, son article sur l’attaque du train.
Le garçon haussa les épaules, humblement " Cela m’a pris beaucoup plus de temps que je ne le pensais " dit-il. " J’aurais voulu l’éditer, hier après-midi ! "
" Mais l’interview du mécanicien, Monsieur Thomson est un plus ! " Argumenta-t-elle.
" Je suppose… J’espère que les gens apprécieront… " Dit-il un peu incertain.
" Tu peux y compter " dit Anna qui se tenait à leur côté, devant le bureau de la Gazette.
" C’est Maman qui a eu l’idée de faire cette interview ! "
" Mais c’est toi qui l‘a conduite… " Dit Anna " j’étais présente quand tu l’as faite et je peux te dire que tu as mené cela en professionnel ! "
" Cela n’a pas été facile pour moi " concéda-t-il "je ne savais pas s’il accepterait de me parler… Il a été pas mal choqué ! "
" Oui, c’est vrai… Mais tu as toujours été très conscient de ce fait " le rassura Anna
" Tu ne m’en veux pas de t’avoir suggéré cette interview, Brian ? " Demanda Michaela anxieuse. " Cela m’a traversé l’esprit hier matin en le voyant conscient et lucide… Cela m’a paru être une bonne idée ! "
" C’était une bonne idée m’an !" Répondit Brian. " Mais je crois que j’étais un peu en colère de ne pas avoir eu cette idée moi-même, en premier ! "
Elle passa son bras autour de ses épaules et le serra légèrement contre elle " Tu ne peux pas penser à tout… Après tout… Tu as passé plus de la moitié de la nuit précédente à travailler sur ta première édition… " Dit-elle sur un ton évident de fierté.
Il se défit de son étreinte, rougissant, visiblement gêné " M’an ! " protesta-t-il dans un souffle.
Elle se moqua gentiment de lui dans un sourire " Je sais… Je sais, les mamans ne câlinent pas leur grand garçon en public ! "
Il grimaça timidement, avant de s’adresser à Anna " Est-ce que vous allez m’accorder cette interview, docteur McLead… Que je puisse tout dévoiler de vous à mes lecteurs ? "
Elle grimaça à son tour " Euh… peut-être pas encore tout de suite… " Répondit-elle avec embarras.
" Bientôt, alors ? "
" Peut-être " répondit-elle évasive " Nous le saurons lorsque le moment sera venu ! "
" Comment cela ? "
" Tu verras bien… " Répondit-elle
" Maintenant, je ferai bien de retourner à la clinique. J’ai une livraison de médicaments et de fournitures médicales à inventorier et à emballer pour le transport jusqu’au Château "
Michaela avait entendu et assisté à cet échange avec sympathie.
Même si elle ignorait comment allaient réagir les habitants de la ville lorsque le secret d’Anna leur serait finalement révélé, cela ne l’inquiétait pas outre mesure.
En fait, elle admirait le courage de la jeune-femme car ses concitoyens avaient la fâcheuse habitude de rejeter en bloc tout ce qui n’était pas conventionnel, au moins dans les premiers temps, avant de réfléchir et de revenir sur leur opinion tranchée de conservateurs.
Elle avait engagé Anna pour ses compétences et son aptitude à exercer la médecine avec habilité, non pas en raison d’un quelconque aspect de sa vie passée mais elle n’était pas certaine que les gens le verrait comme cela.
Il lui faudrait affronter ce nouveau problème avec espoir et ténacité lorsqu’il se présenterait.
Horace, sur le chemin de la clinique, aperçut tout à coup Brian et les deux médecins devant le bureau de la Gazette et s’empressa de les rejoindre. "Docteur Mike, docteur McLead " appela-t-il en venant à leur rencontre, deux enveloppes à la main.
Michaela retint son souffle en identifiant l’auteur de cet appel.
" Horace ? " Demanda-t-elle soudain inquiète mais désirant désespérément avoir des nouvelles de Sully.
" J’ai un télégramme pour le docteur McLead en provenance de Washington " dit-il " et j’ai une lettre pour vous, docteur Mike… "
" Rien de Sully ? " Demanda-t-elle, déçue.
Il secoua négativement la tête " Rien pour le moment… Cela ne fait que quelques jours… "
" Je sais… " Dit-elle à voix basse.
" Je vous le ferai savoir dès que j’entends parler de quelque chose… Quoiqu’il s’agisse " lui assura-t-il gentiment.
Elle acquiesça avec résignation
" Merci, Horace " lui répondit-elle doucement.
Il souleva son chapeau pour prendre congé de ces dames et rebroussa chemin en direction du bureau du télégraphe.
Michaela leva les yeux pour découvrir Anna occupée à dévorer le contenu de son télégramme " Bonnes nouvelles ? " Demanda-t-elle.
La jeune-femme lui sourit et acquiesça, les yeux brillants de joie " Très bonne " répondit-elle.
Elle plaça le télégramme contre son cœur et poussa un soupire de contentement " Plus que quelques jours " murmura-t-elle impatiemment.
" C’est merveilleux " approuva Michaela
Anna hocha la tête, tout sourire et fit demi-tour en direction de la clinique en bondissant de joie plus qu’en marchant.
" Tu sais de quoi parlait ce télégramme, m’an ? " Demanda Brian, piqué de curiosité.
" Mmm " répondit-elle, en suivant des yeux la jeune-femme qui venait d’atteindre le porche de la clinique.
" Elle avait l’air vraiment excité " fit-il remarquer en espérant que sa mère éclaire sa lanterne.
" On peut le dire " répondit-elle sans en dire d’avantage.
Il la regarda avec frustration mais la connaissant assez pour savoir qu’il était inutile d’insister.
Pour finir, il demanda " De qui est cette lettre, m’an ? De grand-mère ? "
Michaela regarda la lettre comme si elle venait, tout à coup, d’apparaître dans sa main.
Elle observa attentivement l’écriture sur l’enveloppe.
" Non… Elle n’est pas de Grand-mère " répondit-elle
C’est une lettre de Dorothy ".
Elle releva rapidement la tête et se mit à descendre la rue en ajoutant " Rentrons à l’intérieur ! "
" Elle dit qu’ils sont arrivés sans encombre en territoire Indien… Cependant les choses n’y sont plus aussi paisibles que lorsque nous y étions cet été. " Résuma Michaela en parcourant la lettre des yeux. " Le temps est déjà beaucoup plus froid qu’ici et visiblement la présence de l’armée dans le secteur s’est beaucoup renforcée… Faucon-Volant a déjà reçu plusieurs fois la visite de représentants des affaires indiennes. "
Elle fronça les sourcils consternée.
Elle et Sully étaient inquiets des changements qui allaient survenir dans les territoires indiens mais ils ne s’attendaient pas à une évolution aussi rapide.
Elle retourna à sa lecture.
"Elle nous écrit depuis Blackwood. Elle séjourne à l’hôtel là-bas et essaye d’obtenir des renseignements sur les intentions de l’armée… Ils ne savent pas encore qu’elle est en relation avec les Cheyennes… "
"Cela me semble plutôt dangereux, M’an…" Interrompit Brian.
"En effet !" approuva-t-elle avec anxiété. " J’espère qu’elle ne fera rien d’insensé… "
" Rappelle-toi comme elle s’est montrée rusée et discrète lorsqu'avec Nuage-Dansant nous avons accompagné et protégé Faucon-Volant et sa tribu l’année dernière… " La rassura Brian " Elle est douée pour inventer des histoires… Une que l’armée sera en mesure de croire… "
Michaela poussa un profond soupir " Je suppose ! " Concéda-t-elle " Je me demande ce que Sully va penser de tout cela lorsqu’il lira cette lettre ! "
" Il va être inquiet comme toi… Mais ce n’est pas comme si ils avaient des ennuis… "
" Pour le moment ! "
" Oui … Pour le moment ! "
"J’aimerais tellement qu’il y ait un autre moyen de communiquer avec eux sans compter sur le fait que Dorothy rejoigne une ville… La moindre bourgade est si éloignée des Territoires Indiens ! " Soupira-t-elle " Cette lettre même, a du être écrite il y a plusieurs jours… Et quelque chose a pu leur arriver depuis !"
"Oui, mais il n’existe aucun autre moyen M’an… Même si nous le voudrions bien… Alors, il ne nous reste plus qu’à espérer que tout se passe bien pour eux… Faucon-Volant ne souhaite pas la guerre… Et nous savons que Nuage-Dansant et Miss Dorothy sont capables de veiller l’un sur l’autre et de se débrouiller seuls… "
Elle acquiesça " Je le souhaite vraiment ! " pria-t-elle.
Elle replia la lettre et la rangea précautionneusement dans la poche de sa jupe. " Nous reparlerons de tout cela ce soir… Je ferais mieux de retourner à la clinique pour qu’Anna puisse se rendre au Château… "
Loren fit quelques pas sous l’auvent de l’épicerie et étendit ses muscles engourdis.
Encore une heure et il pourrait fermer la boutique pour aujourd’hui.
Parfois, il se disait qu’il devenait trop vieux pour tenir le magasin tout seul même s’il n’avait jamais admit ce fait devant personne.
Il descendit les quelques marches pour regagner la rue et regarder vers le sud, en direction de la gare d’où s’élevait un énorme panache de fumée et de vapeur.
Malgré la perte d’un de leurs chauffeurs dans l’attaque perpétrée quelques jours auparavant, la direction des chemins de fer avait rapidement rétabli le trafic régulier de ses trains.
Il fronça les sourcils. Un étranger, arrivant de la gare, marchait tranquillement dans sa direction, à quelques rues de là.
Il était certainement descendu du train en provenance de Denver qui était sur le point de repartir.
L’homme avait une allure qu’il était difficile d’oublier.
Il était extrêmement corpulent, son gilet était tendu sur son ventre rebondi et son chapeau melon semblait trop petit d’une taille sur son énorme tête.
Il avait une épaisse moustache noire qui retombait de part et d’autre de sa bouche et courait sur ses joues presque jusqu’en bas de sa mâchoire, ses sourcils broussailleux, d’un noir de geai, formait une ligne continue au dessus de ses yeux plongeant son regard dans l’ombre de cette forêt drue.
Il observait la ville avec attention et son petit sac de voyage bringuebalait nonchalamment au bout de son bras.
Il ne ressemblait en rien à ces représentants de commerce dont les visites étaient devenues monnaie courante depuis quelques années.
Il ne paraissait pas assez finaud et rusé pour cela.
De plus, ceux-ci se promenaient toujours avec de petites valises en cuir contenant des échantillons de leurs produits.
Il n’avait pas non plus l’air d’un banquier, du moins pas à ceux que Loren avait déjà pu côtoyer dans sa vie.
Alors qu’il se rapprochait, il croisa le regard de Loren et sourit en le saluant.
" Bonjour… " Prononça-t-il d’une voix grave.
" Comment allez-vous ? " répondit Loren.
" Je me demandais si vous pouviez m’aider… " Dit l’homme
" Je peux essayer… " Dit Loren.
" Je cherche monsieur Brian Cooper… Pourriez-vous m’indiquer où je peux le trouver ? "
Loren tourna son regard en direction du bureau de la Gazette " Il est probablement occupé à travailler sur la prochaine édition du journal de la ville " expliqua-t-il "Un peu plus loin, en bas de la rue… Vous passez devant la clinique et vous tomberez sur le bureau… Vous ne pouvez pas le manquer… Il y a une grosse enseigne sur la façade ! "
L’homme sourit de nouveau " Merci ! " dit-il avant de se diriger dans la direction que Loren lui avait indiquée.
Au même instant, Brian sortit de la clinique, suivit de prêt par Michaela, tous deux s’apprêtant à grimper dans le chariot stationné devant le bâtiment.
" Le voilà justement " dit Loren " Avec sa mère… Le médecin de la ville… Vous devriez vous dépêcher avant qu’ils ne rentrent chez eux … "
Sans que Loren ne s’en aperçoive, l’homme écarquilla les yeux de surprise.
Brian Cooper n’était en fait qu’un gamin.
Il laissa de nouveau s’échapper un " merci " de sa voix rocailleuse et accéléra le pas pour rejoindre le véhicule.
Loren, songeur, le regarda s’éloigner.
Qu’est ce qu’un homme pareil pouvait bien vouloir au jeune Brian ?
Il y avait de plus en plus d’étrangers qui rodaient en ville ces derniers temps.
Il n’était pas certain d’aimer tous ces changements.
Le docteur McLead, tout sourire, monta à cet instant les marches qui menaient à l’épicerie et pénétra dans le magasin.
Le commerçant jeta un dernier regard pensif sur l’étranger et suivit sa cliente à l’intérieur
Sully leva la main pour indiquer aux autres qu’ils devaient s’arrêter et rester derrière lui.
Il glissa silencieusement en bas de son cheval et pointa du doigt la direction d’où, à environ cinquante mètres de là, s’élevait dans les airs un mince ruban de fumée grise.
En observant bien on pouvait également distinguer à travers les buissons deux chevaux sellés et longés après les arbustes.
" Emmenez vos chevaux derrières ces arbres et les rochers " chuchota-t-il " Je vais aller voir s’il s’agit bien d’eux ! "
Hank sortit aussitôt son arme " Je viens avec toi… " Déclara-t-il d’un ton décidé.
Sully secoua la tête " Non ! " dit-il " Il se peut que ce ne soit pas eux… Mais si c’est eux, je ne veux pas qu’ils sachent que nous sommes ici… "
Hank fronça les sourcils sur le point de renchérir mais réfléchissant mieux à la situation, il finit par acquiescer et replaça son pistolet dans son étui.
Sully le remercia d’un hochement de tête et se faufila silencieusement en direction des chevaux et du feu de camp.
Il s’accroupit et observa la situation à travers les buissons.
Deux hommes se tenaient assis, silencieusement autour d’un feu mourant, les sacoches de leur selle déposées à leurs pieds.
Tous deux avaient l’air de souhaiter ardemment se trouver à mille lieues de cet endroit sinistre.
Finalement, le plus grand d’entre eux déclara d’une voix morose " Bon… Et maintenant… Qu’est-ce qu’on fait… Hein ? Qu’est-ce qu’on va dire à Bella lorsqu’on sera rentré demain… Hein ? "
L’autre homme haussa les épaules " Comme j’te l’ai dit… C’est pas d’notre faute… "
"Elle ne voulait pas qu’on l’emmène avec nous ! "
"Ouai… Et alors… Il a voulu venir… C’était plus un gamin… Il n'avait aucun compte à rendre à sa sœur ! "
"Dac… Mais maintenant, il va falloir lui dire que son frère est mort… Il aurait dû nous écouter ! "
" Il s’est conduit comme un imbécile en allant trop près, bien trop tôt… " Se justifia le plus petit avant de jeter un coup d’œil sur les sacoches bien rembourrées. " On a tout de même réussi notre coup… Je pense que Walt sera content… " Reprit-il.
" Ouai, n’empêche que je ne suis pas pressé de revoir Bella " répéta le plus grand, de plus en plus maussade.
Le plus petit ramassa une pierre et la jeta dans les pieds de son compère " Laisse tomber, tu veux… J’en ai assez de tes jérémiades à propos de Bella… Ce qui est fait est fait ! "
L’autre, ravalant sa rancœur, se recroquevilla contre le feu en relevant le col de sa veste et les deux hommes se firent à nouveau silencieux.
Sully en avait assez entendu.
C’était bien ces deux hommes qu’ils poursuivaient.
Il revint prudemment sur ses pas en évitant de faire rouler pierres et branches mortes puis, lorsqu’il fut assez éloigné, il se mit à courir silencieusement pour rejoindre l’endroit où se cachaient les autres membres de l"’expédition.
Robert E le vit revenir le premier " Et alors… Est-ce que c’est eux ? " Demanda-t-il
"Ce sont eux, en effet… Même sans la description de Matthew, j’en ai entendu assez pour être fixé ! "
Hank se leva et brandit son arme " Allons-y " dit-il avec empressement.
Sully leva les mains pour l’arrêter dans son élan " Pas si vite…On veut les ramener vivant… Non ? Je pense qu’on devrait attendre qu’il fasse nuit ! "
"Pourquoi ça, Sully ? " Demanda Jake " On n’y verra plus rien non plus! "
"On les verra parfaitement… Ils ont fait du feu… Mais eux ne nous verrons pas… "
" Alors on leur tombera dessus… " Conclu Jake
" Ouai, en quelque sorte… " Répondit Sully mystérieusement " Asseyez-vous, nous avons un peu plus d’une heure devant nous avant qu’il fasse nuit noire… Je vais vous expliquer mon plan… "
"Brian Cooper?" demanda l'homme corpulent, alors qu'il approchait du chariot des Sully.
Brian se retourna en entendant son nom
"Hum, hum" répondit-il, interloqué, en se demandant qui pouvait bien être cet étranger.
L'homme lui tendit la main pour le saluer "Samuel Proctor" se présenta-t-il.
Brian ouvrit grand les yeux, incrédule.
"Le directeur du Denver Post !" s'exclama-t-il
"Heu…" Il essuya sa main sur son pantalon avant de la lui tendre en retour
"Je ne m'attendais certainement pas à vous voir ici, Monsieur…" S'émerveilla-t-il.
L'homme sourit, accentuant encore la rondeur de ses joues.
" J'ai bien peur que la curiosité soit le plus gros de mes défauts, jeune-homme… Je devais voir de mes yeux ce "gamin" qui fait tourner tout seul le journal de la ville… Je dois admettre que j'avais certains doutes sur la véracité de cette histoire…"
"Je donne simplement un coup de main à Mademoiselle Dorothy pendant son absence, Monsieur… Je ne fais pas réellement marcher la Gazette à moi tout seul…"
"Mais vous en assurez bien, vous-même, la publication deux fois par semaine?"
"Heu, oui Monsieur..." Répondit Brian, embarrassé.
"Et il fait du très bon travail" Ajouta Michaela en venant à leur rencontre.
"Docteur Michaela Quinn" ajouta-t-elle dans un sourire en tendant la main à l'homme venu spécialement de Denver pour voir son fils et pour lui souhaiter la bienvenue.
"Samuel Practor, du Denver Post" Répondit-il en lui serrant la main.
"J'ai bien souvent lu votre nom toutes ces dernières années, docteur Quinn… Dans la presse locale"
Elle fit une grimace et il se moqua gentiment d'elle "Vous avez acquis une fameuse renommée avec vos prises de position tranchées sur différents sujets…" Ajouta-t-il.
Elle haussa les épaules avec résolution "Je n'arrive pas à rester assise à regarder et à attendre que les choses changent sans essayer de les faire changer moi-même" expliqua-t-elle.
"Maintenant… Etes-vous venu ici à l'affut d'un nouveau scoop, monsieur Practor… Peut-être à propos de l'attaque du train?"
Il secoua la tête "Ce n'est plus un scoop" dit-il "Mais je crois savoir que vous gardez ici le mécanicien du train, en convalescence après une blessure par balle… C'est bien ça ?"
"Oui… Il est à la clinique… Et sera certainement en mesure de rentrer à Denver dans quelques jours" confirma-t-elle.
"Je me demandais s'il me serait possible de le rencontrer pendant que je suis ici?"