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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 11.04.2012 à 18h00
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Le cycle de la vie" est la traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "Circle of life" » okapi
Cette fanfic compte déjà 346 paragraphes
Chapitre 29
S'il n'y avait eu la lueur vacillante de quelques lampes, ça et là, permettant de se guider durant cette nuit calme mais sans lune, le murmure des voix et le tintement des verres qui provenaient du saloon et résonnaient dans les rues désertes de Colorado Springs, on aurait pu aisément croire que la ville était abandonnée et uniquement peuplée de fantômes.
C'est alors qu'une forme humaine, chancelante et visiblement ivre, franchit péniblement le seuil du porche du saloon pour s'engager dans la ruelle étroite jouxtant la clinique.
Les yeux et l'esprit embués par les vapeurs d'alcool, l'homme tenta de regarder à travers les fenêtres obscures du bâtiment.
Stu Burns n'avait qu'une seule chose en tête: La jeune et jolie nouvelle doctoresse qui, il venait juste de l'entendre, n'était pas regardante sur le choix de ses amants.
Rompant le silence de cette heure tardive, il trébucha maladroitement en escaladant le porche de la clinique et claudiqua jusqu'à la porte principale.
Trouvant un appui salutaire contre l'encadrement de la porte, il y porta un coup sourd, puis deux, puis trois, à chaque fois avec un peu plus de force et de détermination.
Il allait frapper de nouveau lorsqu'il entendit un bruit léger de pas à l'intérieur.
Une voix douce et féminine demanda alors: "Qui est là?"
Son cœur fit un bon dans sa poitrine et il répondit dans un souffle "Docteur?"
"Qui est là" répéta la jeune-femme.
"Je suis malade, Docteur" bredouilla-t-il "vraiment malade !"
"Comment vous appelez-vous ?" Demanda-t-elle
Il entendit la poignée cliqueter légèrement comme si elle venait de s'en saisir.
"Je crois que je vais m'évanouir..." Gémit-il avec un ton dramatique ajoutant quelques gémissements pour faire plus d'effets.
Il se laissa tomber lourdement sur les genoux, produisant un bruit sourd sur les lattes du plancher de la terrasse et se mit à gémir de plus belle.
Anna tourna rapidement la clé dans la serrure et ouvrit la porte.
Il tourna aussitôt son regard trouble et embué d’alcool dans sa direction, remarquant au passage la robe de chambre hâtivement enfilée par-dessus sa chemise de nuit légère et il se mit à grimacer comme si un spasme douloureux le traversait soudain de part en part.
Elle se pencha dans sa direction et lui demanda avec inquiétude "Vous souffrez? Où avez-vous mal ?"
"Je crois que c'est mon cœur, docteur" gémit-il en posant sa main sur sa poitrine.
"Oh mon Dieu!" S'exclama-t-elle en jetant un regard paniqué aux alentours.
"J'ai besoin de vous faire entrer à l'intérieur de la clinique mais je ne peux pas le faire toute seule… je vais aller chercher de l'aide au saloon !"
"Non!" Protesta-t-il bravement "je peux y arriver… Donnez-moi simplement votre bras… Ça va aller…"
"Mais votre cœur…"
"La douleur est moins forte à présent… Aidez-moi à me relever !"
Elle lui tendit immédiatement la main et il se hissa maladroitement sur ses pieds en poussant de forts grognements et gémissements. Appuyé lourdement contre elle, ils firent tous deux quelques pas en direction de la porte.
"Encore un effort et nous y sommes…" l'encouragea-t-elle en supportant avec difficulté le poids de son bras posé sur ses épaules et de son corps courbé sur elle.
Il approuva d’un hochement de tête, mais au lieu de tourner à gauche, comme elle le lui indiquait, il se rapprocha insidieusement des escaliers et enroula son bras autour de ses épaules, s’appuyant de tous son poids contre le sien. Elle était si jolie et elle sentait si bon.
Il ne pouvait pas attendre d’avantage.
Arrivé en bas des escaliers il chancela et fit un faux pas volontairement afin de basculer et de l’entraîner dans sa chute, son corps reposant de tout son long sur le sien.
Elle gémit de douleur lorsque son genou s’enfonça dans sa cuisse et que le haut de son dos heurta violemment l’angle rugueux de la première marche des escaliers.
Elle se débattit un instant sous son poids, pensant qu’il avait perdu connaissance, lorsqu’elle croisa soudain son regard noir et brillant d’un désir lubrique.
Elle sentit alors sa main se déplacer sans équivoque jusqu’à sa hanche.
Elle frissonna de dégoût et il sourit triomphalement.
Elle refusait encore de croire qu’elle s’était laissée bernée aussi facilement.
" Vous… Vous n’êtes pas malade…" Bredouilla-t-elle en se débattant vainement pour le repousser.
Il se mit à ricaner.
" Je me sentirai beaucoup mieux dans une minute ma jolie !" Lâcha-t-il en approchant son visage du sien, son halène pâteuse, empestant l’alcool lui révulsant l’estomac.
"Je vous en supplie… Ne me faites pas de mal… Mon fils… Il est en haut." l’implora-t-elle.
Il la regarda sournoisement. " Je sais " dit-il simplement avec un rictus à la fois cruel et dédaigneux. "J’ai entendu parler de vous deux… Et maintenant… Je saisis ma chance.. "
"Je vous en prie ! " Le supplia-t-elle encore une fois alors qu’il se penchait pour essayer de l’embrasser.
Elle détourna la tête vivement sur le côté en tentant de nouveau de le repousser.
"Tu vas aimer ça ma jolie !" Lui susurra-t-il d’une voix sans appel. " Et ce sera encore meilleur pour toi si tu y mets un peu du tien… Tu ne veux pas que quelqu’un soit blessé… N’est-ce pas ? "
A présent, les sanglots montaient dans sa poitrine.
Elle aurai voulu crier, mais elle ne le pouvait pas de peur de réveiller Jamie et de le voir la surprendre dans cette situation dramatique.
" Je vous en supplie !" Essaya-t-elle encore “ ne faites pas ça… Ne me faites pas de mal... "
Complètement écœuré par les propos virulents tenus par Loren au sujet d'Anna McLead, Hank se tenait sous le porche du saloon pour respirer un peu d'air frais.
Il était heureux que la plupart de ses clients soient sur le point de regagner leur foyer, vu l'heure tardive.
Il allait enfin pouvoir fermer.
Il faut bien avouer que la nouvelle doctoresse le plongeait dans un grand embarras.
Il ne savait pas exactement ce qu'il ressentait à propos de son fils et de sa parenté mais il savait parfaitement ce qu'il ressentait pour elle.
Il ne se rappelait pas avoir ressenti cela pour une autre femme auparavant.
Il pensait avoir aimé Clarice, voilà quelques années, mais il n'avait jamais ressentit pour elle ce pincement au creux de l'estomac.
Il ne pouvait pas, non plus, empêcher son cœur de battre la chamade à chacune de ses apparitions.
Le plus étonnant, là dedans, c'est que la peur l'empêchait de tenter quoi que ce soit avec Anna McLead.
Elle était si différente des autres et voilà qu'à présent, il y avait également son fils à prendre en considération.
Il secoua la tête lugubrement.
C'est à ce moment là qu'un de ses clients, légèrement éméché et titubant, vint heurter son épaule en sortant du saloon.
Il allait laisser libre cours à son instinct et repousser l'ivrogne à son tour quand il se souvint que ceux qui buvaient jusqu'à plus soif faisaient tourner son commerce.
Ses pensées s'envolèrent de nouveau vers la jolie doctoresse.
Il jeta un regard rapide en direction de la clinique plongée dans le noir.
Durant les années qui venaient de s'écouler, il avait déjà bien souvent contemplé ce bâtiment mais il ne s'était jamais senti aussi mal à l'aise qu'aujourd'hui en le faisant.
Il fut un temps, cinq ou six ans en arrière, où il avait des vues sur Michaela mais il avait compris assez rapidement qu'il ne fallait rien espérer de ce côté-là et que cela ne marcherait pas entre eux.
Peut-être était-ce également ce qu'il pensait au fond de lui d'une relation avec Anna McLead.
Mais, bon sang, il n'était pas dans sa nature de renoncer aussi facilement, du moins pas sans se battre.
Il allait tourner les talons pour retourner dans le saloon enfumé lorsque quelque chose d'inhabituel attira son attention.
Il y avait quelque chose de différent sur la façade du bâtiment de l'autre côté de la rue.
Cela lui prit quelques secondes pour réaliser ce que c'était.
La porte principale de la clinique était grande ouverte et une faible lueur, émanant d'une lampe à l'intérieur éclairait faiblement le porche.
Il fronça les sourcils.
Anna savait pertinemment qu'elle devait toujours fermer la porte à clé.
Il traversa la rue en courant, escalada le porche d'entrée d'une simple enjambée et se précipita à travers la porte grande ouverte.
La vision qui s'offrit à lui l'électrisa de part en part et lui fit bouillir le sang.
En un seul mouvement, il franchit les quelques pas qui lui restait à faire pour atteindre le bas de l'escalier qui menait à l'étage, se baissa et saisit l'agresseur d'Anna par le col pour l'obliger à se relever et permettre à la jeune-femme d'échapper à son étreinte puis il envoya ce dernier valdinguer contre le mur.
Il se retourna pour défier l'homme de face, les poings serrés, son visage était écarlate et ses yeux pleins de rage.
"Quelle saloperie pensais-tu pouvoir faire? " Rugit-il en s'avançant vers l'homme.
Stu Burns se recroquevilla contre le mur en levant ses mains pour protéger son visage "Je… je…" Bredouilla-t-il
"Tu quoi ?" Hurla Hank sans décolérer. Un premier coup parti, heurtant la bouche et le menton de l'individu
"Tu quoi?" répéta-t-il en le menaçant de recommencer.
"Je, je…" Essaya de nouveau Stu Burns.
Hank le frappa de nouveau, cette fois-ci d'un coup de pied.
Il leva de nouveau le poing pour lui assener un autre coup quand une main douce mais ferme lui saisit le bras Une voix féminine mais autoritaire lui déclara alors "Non, Hank… Ne faites pas ça… Ça suffit…" Il hésita un instant, contrôlant difficilement la rage qui le submergeait "S'il vous plaît" l'implora-t-elle "arrêtez de le frapper"
Il laissa retomber lentement ses poings et murmura "Il vous agressait !"
"Oui… C'est vrai…" Dit-elle en le regardant dans les yeux "Mais ce n'est plus le cas à présent…"
Il soupira puis reprit une longue bouffée d'air "On ne peut pas le laisser s'en sortir comme ça" dit-il d'une voix grave et dure.
"Vous pouvez faire de lui ce qu'il vous plaira… Dans la mesure où vous me promettez de ne plus le frapper… Mais s'il vous plait, faites le sortir d'ici…"
Il se tourna pour la regarder.
"Je vais l'emmener jusqu'à la prison et nous reparlerons de tout cela demain matin… D'accord?" Suggéra-t-il ému par son apparence vulnérable et l'effroi qu'il pouvait encore lire dans ses yeux.
Elle avait une large tache rouge sur la joue et sa robe de chambre pendait sur ses avant-bras, grande ouverte.
Mais ce qui le troublait plus encore était sa chevelure.
Il s'était souvent demandé à quoi ressembleraient ses magnifiques cheveux blonds une fois déliés de leurs rubans et de leurs épingles.
Parsemée de reflets chatoyants sous la douce lumière de la lampe à pétrole, sa chevelure longue et frisée encadrait et faisait ressortir les traits délicats de son visage.
Fasciné par cette vision, il ne put résister à l'envie de s'approcher pour y passer délicatement ses doigts et repousser une mèche rebelle qui lui tombait sur le front.
Elle lui fit un signe de la tête pour le remercier mais, sur la défensive croisa les bras sur sa poitrine en serrant étroitement sa robe de chambre contre son corps avant de se mettre à trembler comme si elle réalisait seulement ce qui venait de se passer.
Il jeta un coup d'œil à l'ivrogne qui, dégrisé par les coups, tentait de se souvenir où il était et ahuri, portait sa main à sa bouche ensanglantée.
Il se tourna de nouveau vers elle.
Elle leva son regard sur lui, les yeux brillants, remplis des larmes qu'elle retenait de toutes ses forces.
"Est-ce qu'il… Je veux dire… Est-ce qu'il…?" Tenta de s'informer Hank.
Elle secoua négativement la tête pendant qu'une larme unique roulait silencieusement le long de sa joue.
C'en était trop pour Hank.
Il trouva le courage de faire quelques pas dans sa direction et ouvrant grands ses bras, il l'attira contre lui.
Elle eut un moment d'hésitation avant de se laisser aller et d'appuyer sa joue contre sa poitrine soupirant faiblement alors qu'un tremblement parcourait son corps.
C'était si bon de la serrer contre lui, de ressentir sa douceur et sa fragilité, de savoir enfin qu'elle n'éprouvait pas de répugnance pour lui mais qu'au contraire, elle lui faisait confiance en cet instant particulièrement difficile.
Il aurait pu continuer à la serrer ainsi contre lui pour l'éternité.
Ce fut elle qui s'écarta la première "Merci !" dit-elle doucement "Si vous n'étiez pas arrivé à temps…"
Il déposa rapidement son doigt sur ses lèvres pour la faire taire "Mais je suis arrivé à temps et vous êtes sauve à présent…"
Il jeta un regard à son agresseur qui tentait, sans succès, de se remettre sur ses pieds.
"Comment est-il arrivé jusqu'ici?" Demanda-t-il.
"Il m'a dit qu'il était malade" répondit-elle apeurée, l'observant se remettre maladroitement sur ses pieds.
Hank secoua la tête avec colère
"Je le descends jusqu'à la prison… Vous fermez la porte à clé derrière moi… D'accord?"
Elle acquiesça.
Il se retourna, saisit l'homme par le col.
Il aurait donné cher pour pouvoir lui régler son compte définitivement mais au lieu de cela, il le poussa en direction de la porte.
"Verrouillez derrière moi !" Répéta-t-il en poussant encore une fois l'homme devant lui.
"Je vais le faire… Et merci!" Dit-elle.
Elle le regarda descendre les marches du porche et s'éloigner dans la rue, alors elle referma la porte et tourna la clé dans la serrure.
Elle resta un moment le dos appuyé contre le battant clos de la porte en poussant deux ou trois soupirs, encore chamboulée par toutes ses émotions, puis lentement, elle se dirigea vers l'escalier pour remonter dans sa chambre.
Michaela immobilisa le chariot devant la clinique, sauta en bas du siège du conducteur et frissonna dans l'air frais du petit matin.
Elle s'empara de sa sacoche médicale puis saisit la longe du cheval pour l'attacher approximativement à la rambarde placée sous porche à cet effet.
Elle était sur le point de pénétrer dans la clinique lorsqu'elle fut stoppée par la voix de Brian qui l'appelait
"M’an, m’an…" Puis il se mit à courir dans sa direction depuis le bureau de la Gazette.
Elle descendit aussitôt de la galerie et le retrouva à côté de l'abreuvoir des chevaux.
"Brian ?" questionna-t-elle étonnée.
Il sembla hésiter un instant avant de lui expliquer d’une petite voix : "Quand je suis arrivé ce matin, monsieur Bray m'a demandé d'imprimer ceci, je l'ai fait… Mais… Et bien… Je voulais savoir si tu étais au courant de quelque chose à ce propos… Il veut que je placarde ça un peu partout en ville"
Il lui tendit un exemplaire de l'affichette.
Elle lu rapidement mais attentivement le message qui y était écrit et serra les mâchoires de dépit.
Jetant un regard sévère en direction de l'épicerie elle se mordit la lèvre en signe de consternation.
"M'an, est-ce que tu crois… Et bien… Est-ce que tu penses que cela ait un rapport avec le docteur McLead?" Demanda Brian, espérant visiblement que sa mère démentirait ses craintes en lui affirmant qu'il s'agissait de quelqu'un d'autre.
Son regard se posa sur celui de son fils, elle fronçait les sourcils et ses yeux trahissaient sa colère "Je suis désolée Brian" dit-elle enfin "c'est toi qui m'apprends qu'il va y avaloir une réunion du Conseil municipal, je n'étais absolument pas au courant!"
Il eut une moue de déception
"Tu penses que c'est au sujet du docteur McLead réitéra-t-il d'une petite voix.
"J'espère sincèrement que non" répondit-elle.
Elle lui tendit soudain sa sacoche en disant "Rentre ça à l'intérieur pour moi, veux-tu… Je crois que je vais avoir une petite discussion avec Loren… Oh… Et ne mets aucune de ces affiches en place avant d'avoir eu de mes nouvelles…. C'est entendu !"
Il approuva "Compte sur moi, Maman" dit-il sans cacher sa déception.
Elle serra sa main un instant pour le rassurer puis s'élança dans la rue en direction de l'épicerie.
*****
Elle pénétra à l'intérieur de la boutique emplie de brique à braque, à la recherche de son propriétaire et fut ravie de constater qu'il n'y avait encore que très peu de clients.
Elle désirait avoir le moins de témoins possible lors de leur conversation.
Elle l'observa rendre la monnaie à Teresa Slicker qui était en route pour l'école et comme l'enseignante se dirigeait vers la sortie du magasin, elle s'approcha de lui à son tour.
Essayant vainement de contenir sa colère, elle déposa l’affiche sur le comptoir en demandant "Qu'est ce que cela signifie, Loren? Je n'ai pas été informée d'une quelconque réunion du Conseil Municipal!"
Il parut un instant déconcerté avant de répondre
"J'en ai parlé à Hank… Et à Grace parce que Robert E est à Denver…"
"Et ils ont estimé qu'il devait y avoir une réunion du Conseil Municipal ?" Demanda-t-elle d'un ton glacial
"Ils ne s’y sont pas opposés" répondit-il sur la défensive.
"Et Jake dans tout cela ? Et moi… J'aurais apprécié être consultée!"
"Vous n'étiez pas là et Jake non plus… Mais je sais qu'il sera d'accord avec moi…"
"Pourquoi une telle urgence ? Vous auriez très bien pu attendre de pouvoir tous nous entretenir du problème"
Il haussa les épaules "J'ai juste fait le nécessaire pour le bien de la communauté… C'est tout…" Murmura-t-il sciemment.
"De quelle chose nécessaire parlez-vous Loren?" Demanda Michaela, le ton de sa voix laissant percevoir sans équivoque sa grande colère.
"Ils ont droit à une explication!" Répondit-il du tac au tac.
"Une explication à propos de quoi?" Continua-t-elle
"Sur certaines personnes qui vivent dans cette ville"
"Je pensais que nous vivions dans un pays libre…"
"C'est vrai… Mais cela ne signifie pas que nous soyons obligés de supporter la présence et de côtoyer des personnes à la morale plus que douteuse !"
Michaela respira profondément pour tenter de se calmer
"Peut-être serait-il plus simple de me dire franchement à qui vous faites référence !" Tempêta-t-elle
"Vous savez très bien de qui je veux parler…"
Elle secoua la tête négativement "Non, je ne vois pas… Vous feriez mieux d'être plus clair !"
Loren se hérissa à son tour "Très bien… Si c'est comme ça que vous le prenez… Je vais vous le dire… Je veux parler de votre chère nouveau médecin… Celle qui…"
Michaela fronça les sourcils, profondément déçue et blessée par l'attitude de son ami.
Elle baissa d'un ton "Et qu'est-ce qui vous fait croire que cette femme manque de morale?" S'informa-t-elle doucement.
Il la regarda visiblement ébahit de surprise "Vous avez vu le gamin qu'elle dit être son fils… Non?"
Elle acquiesça.
"Mais je ne comprends toujours pas ce que vous lui reprochez" déclara-t-elle calmement.
"Ce gosse a du nègre en lui… Ça se voit comme votre nez au milieu de votre visage!"
"Oui?"
"Cela signifie qu'elle… Qu'elle…"
"Qu'elle était mariée avec un Noir ! C'est exact…"
Loren écarquilla les yeux de surprise "Elle a été mariée" répéta-t-il.
"Oui !" Répondit-elle toujours aussi calmement.
"Bon, bien… Mais cela ne change rien au problème… Ce n'est pas moral" tempêta-t-il.
"Il n'y a rien dans la loi qui l'interdise !"
"Cela devrait l'être !"
"Pourquoi ça ?"
"Les gens doivent rester avec ceux de leur espèce… C'est la loi de la nature !"
"Je pensais que la manière dont on mène son existence est beaucoup plus importante aux yeux du Seigneur que le choix de la personne avec qui on décide de vivre !"
"Oooh… J'étais sûr que vous alliez me trouver un argument de ce genre!" pesta-t-il
"Oui… Vous pouviez vous y attendre" lui confirma-t-elle "Et à quoi est sensée servir cette réunion du Conseil?"
"Cela donnera une chance aux gens de dire ce qu'ils pensent de tout cela !"
"Ou peut-être pour laisser libre cour à leurs préjugés… Et que se passera-t-il s'ils sont du même avis que vous ?"
"Alors le docteur McLead devra plier bagages!"
"Et si elle refuse de s'en aller?"
Il crispa les mâchoires "Elle n'osera pas!" Dit-il, contrarié.
"J'ai refusé de partir" lui rappela Michaela avec aplomb.
"Oui… Mais c'était différent, c'était uniquement votre métier que les gens vous reprochaient !"
Michaela secoua la tête interloquée "Quelques fois, je ne vous comprends absolument pas, Loren" dit-elle. "Quand vous avez découvert le mariage de Dorothy et de Nuage-Dansant, vous n'avez pas couru en informer toute la ville !"
"C'est parce que cela ne concernait qu'eux… Je n'aime pas ça mais je dois m'en arranger… D'autre part, vous savez ce que Dorothy représente pour moi !"
"Oui je le sais… Cela signifie-t-il pour autant que vous deviez chasser Anna McLead hors de la ville juste parce qu'elle est une inconnue pour vous?"
"Bien sûr que non… Ce qu'elle a fait est amoral… Demandez à n'importe qui… Et ce gosse sera toujours là pour nous le rappeler !"
Michaela soupira "Alors… Si Anna s'était tenue tranquille… Si elle n'avait pas fait venir Jamie ici… Il n'y aurait pas eu de problème?"
Loren se renfrogna un peu plus, réduit au silence par une telle logique.
"Et que pensez-vous que Jake dira de tout cela lorsqu'il l'apprendra?"
"Je pense qu'il sera d'accord avec moi… C'est généralement le cas !"
"Sa situation a légèrement changé depuis quelques années" fit-elle remarquer.
Lorsque Loren devin écarlate, elle ajouta "Il a épousé Teresa et… Elle est mexicaine!"
"C'est différent !"
"Différent qu'entre Dorothy et Nuage-Dansant ou qu'entre Anna et son mari?"
"C'est juste différent !" Hurla l'épicier.
"Et le fait qu'ils vont bientôt avoir un enfant… Comme Anna… Un enfant de sang mêlé!" Continua Michaela "Un enfant qui va grandir ici… Aller à l'école…"
"Je vous ai dit que c'était différent !" S'obstina Loren
Michaela secoua la tête "Vous ne cesserez jamais de m'étonner, Loren" dit-elle avec lassitude. "A chaque fois que je pense enfin que vous avez changé… Vous me refaite quelque chose dans ce genre !"
Alors qu'il était sur le point de lui répondre, elle continua sans attendre sa réaction "Anna ne partira pas vous savez, simplement parce que quelques individus bornés et racistes prétendent qu'elle doit s'en aller… Elle est bien trop forte pour cela… Elle adore vivre ici… Et elle aime son petit garçon plus que tout au monde. Elle veut qu'il grandisse dans une ville qui lui reconnaisse le droit d'être en vie et l'accepte tel qu'il est… Et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour l'y aider… Ici… A Colorado Springs !"
Loren haussa les épaules
"Je ne suis pas surpris… Mais quelqu'un doit penser à la ville de demain… Nous avons assez de problèmes pour y ajouter quelque chose comme ça !"
"Alors, vous ne changerez pas d'avis au sujet de la réunion du Conseil Municipal?"
Il secoua la tête "Si le Conseil décide qu'elle peut rester alors je me soumettrai à sa décision mais c'est… Mais malgré tout…"
"Vous savez que je parlerai en sa faveur n'est-ce pas ?"
"Hum, hum… Mais vous serez la seule" lui rétorqua-t-il.
"Maintenant en voilà assez… J'ai du travail!"
Il lui tourna le dos et commença à empiler des boîtes de petits pois sur les étagères.
Michaela soupira, exaspérée, puis elle tourna les talons à son tour et sortit du magasin.
C'était bien la dernière chose dont Anna avait besoin en ce moment.
Elle avait vraiment cru pendant un moment de naïveté que cette ville en avait fini avec ses vils préjugés.
Entendrait-elle la voix de la raison durant cette réunion ou serait-ce comme à bien d'autres reprises lorsqu'on ne laissait aucune chance à l’accusé de se justifier ?
Alors qu'elle traversait la rue Michaela était déjà en train de penser à ce qu'elle allait dire pour la défense d'Anna.
Traversant la ville à cheval pour se rendre sur le nouveau terrain de Hank, Sully aperçut Matthew qui marchait en toute hâte dans la direction de la gare.
Il s'arrêta à sa hauteur et sauta en bas de son cheval
"Hey Matthew… Tu es bien pressé" dit-il "Quelqu'un t'a demandé de faire quelques recherches légales ou autre affaire ayant rapport avec la loi?"
Le jeune-homme ne ralentit pas son allure
"Hank a enfermé un individu dans la cellule de l'ancien bureau du shérif hier soir… Il m'a demandé de télégraphier au juge de Denver et de mettre en route la procédure légale, étant plus qualifié que lui dans ce domaine" expliqua-t-il.
Sully narquois lui demanda avec une touche de cynisme "Qu'est-ce qu'il a fait ce pauvre bougre ?"
Matthew ralentit le pas "Il a réellement enfreint la loi… Il est entré à la clinique cette nuit et a agressé le docteur McLead" l'informa-t-il.
Sully stoppa net, sous le choc d'une telle nouvelle "Comment va-t-elle?" Demanda-t-il inquiet en se retournant pour regarder la clinique.
"Euh… Je ne sais pas trop… Mais Hank a arrêté ce forcené avant que ce ne soit trop grave…Bon… Euh… Il faut que j'aie envoyer ce télégramme!"
Sully acquiesça.
"Est-ce que ta mère est au courant?"
Matthew haussa les épaules "Je ne sais pas… Je suppose… Le docteur McLead lui en aura certainement parlé n'est-ce pas ?"
"Oui, je suppose… Je vais tout de même aller m'en assurer !"
Matthew approuva du chef et accéléra le pas en direction de la gare pendant que Sully courrait jusqu'à la clinique.
Une fois là bas, il frappa à la porte et l'ouvrit.
Michaela leva la tête pardessus ses dossiers "Sully !" s'exclama-t-elle surprise "Je croyais que tu devais travailler sur le chantier de Hank!"
"Oui, c'est le cas… Mais je me faisais du souci" répondit-il "Comment va Anna?"
Michaela fronça les sourcils en entendant cette étrange question
"Elle va bien… Elle ne travaille pas ce matin… Jamie commençait l'école aujourd’hui et elle et Lucie avaient tous leurs bagages à déballer !"
Il la regarda, embarrassé, puis lui fit signe de le rejoindre vers la porte d'entrée.
Il lui demanda calmement "Elle ne t'a pas dit ce qui c'était passé?"
Michaela se leva pour le rejoindre, visiblement intriguée "De quoi veux-tu parler… Que c'est-il passé?" Répéta-t-elle
"Cette nuit…"
Elle secoua la tête négativement "Mais de quoi parles-tu Sully?"
"Matthew me l'a raconté… Un homme est entré dans la clinique et a agressé Anna…"
Michaela blêmit
"Mais… Je l'ai vue… Ce matin même… Elle semblait parfaitement bien…"
Elle marque une pause avant d'admettre cependant "Peut-être un peu ailleurs… Préoccupée…"
"C'est compréhensible, je pense, après ce qui lui est arrivé !"
"Est-ce qu'il l'a?" Demanda-t-elle avec effroi.
Il la rassura aussitôt "Matthew dit que non… Hank est arrivé à temps !"
"Pourquoi ne m'a-t-elle rien dit?"
"Peut-être ne veut-elle pas que cela se sache !"
"Mais c'est mon amie !"
Anna entrant à cet instant dans le bureau de la clinique pour demander quelque chose à Michaela, les aperçut tous les deux sur le pas de la porte.
Ne voulant pas les déranger, elle se dirigea alors vers le bureau dans le but d'attendre la fin de leur conversation.
C'est ainsi qu'elle tomba sur l'affichette de Loren.
Elle s'en saisit, lu de quoi il s'agissait en ouvrant des yeux horrifiés.
Réprimant un hoquet de stupeur, elle se retrouva soudain nez à nez avec Sully et Michaela en train de l'observer.
Elle affronta leurs regards et leur demanda d'une voix tremblante "De quoi… De quoi s'agit-il exactement, Michaela?"