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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 11.04.2012 à 18h00
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Le cycle de la vie" est la traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "Circle of life" » okapi
Cette fanfic compte déjà 346 paragraphes
Nuage-Dansant acquiesça.
« Oui… Elle devait me retrouver ici ce soir pour me rapporter les intentions de l’armée et nous devions décider ensemble de son retour en ville ou de son retour parmi mon peuple.
« C’est étrange qu’elle ne soit pas là ! » Fit remarquer Sully.
Nuage-Dansant approuva et fronça les sourcils.
« Je devais l’attendre ici… Elle connaît très bien cet endroit où mon peuple a vécu durant de très nombreuses années. »
« Je sais… Tu m’en as relaté de très bons souvenirs. » Lui rappela Sully. « Peut-être qu’elle et Michaela n’ont pas cessé de papoter et qu’elle en a oublié l’heure de votre rendez-vous… Peut-être même le jour ? »
Nuage-Dansant fit une grimace incrédule en entendant ces explications.
« Elle sait que c’est très important… De plus elle ne resterait pas éloignée longtemps de moi à moins qu’il ne lui soit arrivé quelque chose. »
« Peut-être que l’armée a planifié quelque chose pour ce soir et qu’elle essaye de savoir de quoi il s’agit… »
« Ça se pourrait… » Répondit l’homme médecine, guère convaincu. « Si elle ne nous rejoint pas dans la nuit, je viendrai en ville avec toi demain matin. »
« Tu crois que c’est bien prudent ? » Demanda aussitôt Sully.
« Ce ne sera pas facile » répondit franchement Nuage-Dansant. « Il y a eu quelques échauffourées entre des Indiens renégats et des prospecteurs ainsi qu’avec des employés du chemin de fer… Il est certain que les soldats n’hésiteront pas à me tirer dessus sans chercher à savoir si je suis ou non un Renégat. »
« Alors j’irai en ville en premier, pour voir ce qui s’y passe et puis je reviendrai, ici, pour t’en informer ! » Proposa immédiatement Sully.
Nuage-Dansant lui répondit d’un air las : « Je vais t’accompagner jusqu’aux abords de la ville, je me cacherai et je t’attendrai… » Accepta-t-il avec résignation.
Un long silence s’en suivit, durant lequel, chacun des deux hommes perdus dans ses pensées se demandait bien ce que pouvait faire leur amour respectif en ce moment précis.
Au bout de quelques temps, Sully demanda : « Alors, tous les Cheyennes sont partis s’installer plus à l’Est ? »
Nuage-Dansant le lui confirma d’un signe de tête et Sully continua.
« J’ai discuté avec des chercheurs d’or qui m’ont assuré n’être pour rien dans la situation actuelle… Ils m’ont parlé de la piste Bozeman mais elle se trouve en territoire Sioux, n’est-ce pas ? »
« Nous n’avons pas été aussi loin… Mais Aigle-Volant a rencontré Sitting Bull et Crazy Horse… »
« Les chefs des Sioux… ! » S’exclama Sully plus que surpris.
« Oui… Ils ont de nombreux guerriers… Et ils vont se battre pour conserver leurs terres… Ils n’accepteront jamais d’être déplacés comme nous l’avons été. »
« Mais en quoi cela concerne-t-il les Cheyennes ? »
« Ils nous ont demandé de leur prêter main forte pour se battre. »
« Contre l’armée ! Tu sais ce qui s’est passé à chaque fois que vous avez tenté de résister par la force… L’armée est beaucoup trop forte… Elle possède bien plus d’hommes et d’armes que vous… Vous allez tous vous faire massacrer ! »
« Les guerriers sioux sont très nombreux également. »
Sully se leva sans prévenir et se mit à arpenter la clairière, sa silhouette éclairée par les flammes créant des ombres étranges et animées de mouvement qui, projetées sur la masse sombre des arbres à l’orée de la clairière, ressemblaient à des danseurs fantomatiques.
« Et que se passera-t-il lorsque d’autres soldats arriveront encore et encore… Appelés en renfort des régions de l’Est… Ça ne marchera pas Nuage-Dansant…Ça n’a jamais marché auparavant et ça ne marchera pas plus cette fois-ci… »
« Custer et ses hommes ont attaqué des campements Sioux ce sont eux les véritables responsables de la plupart des troubles dans la région… » Répondit calmement Nuage-Dansant.
Sully cessa ses allées et venues.
« Custer est de la partie ! » S’écria-t-il à la fois choqué et révolté d’apprendre une telle nouvelle.
L’homme médecine acquiesça.
« Il y a beaucoup de soldats par ici à présent mais il y a encore plus de Sioux et de Cheyennes… Et je peux te garantir que nous allons nous battre. »
Sully se laissa tomber aux pieds de son ami si cher.
« J’ai l’impression d’être pris dans un cercle vicieux… Les choses ne font que se répéter encore et encore… Au lieu de changer et de progresser… Et le pire dans tout cela… C’est que je sais déjà comment tout cela va se terminer avant que cela ne commence… Puisque cela a déjà eu lieu avant. »
« Pas nécessairement… »
Sully posa son regard douloureux sur celui de son frère.
« Mais nous en sommes convaincus tous les deux ! » Affirma Sully tristement.
Michaela, attirée par un bruit léger émanant de la poignée de la porte, tourna son regard voilé dans cette direction pour voir cette dernière s’entrouvrir aussitôt.
Elle eut un mouvement de surprise en réalisant que le plateau repas, qu’il lui apparaissait dans l’encadrement, était tenu par deux mains fortes et charpentées ; celles de M. Noble et non celles de sa fille.
Elle bondit sur ses pieds et le délesta rapidement de son chargement.
Au lieu de quitter immédiatement la pièce, il observa un instant la malade toujours inanimée.
« Va-t-elle un peu mieux ? » Demanda-t-il d’un ton bourru.
Michaela secoua la tête et, d’un geste las, passa ses doigts dans sa chevelure en désordre.
« Non… Mais son état n’a pas empiré » murmura-t-elle avec tristesse et sincérité.
« Elle n’a rien mangé depuis des jours » dit-il, avec une pointe de compassion dans la voix.
« Je le sais… Et plus longtemps elle reste comme cela, moins elle a de chance de sortir du comma… »
Malgré le ton professionnel qu’elle prit pour lui donner sa réponse, Michaela ne put empêcher ses yeux de s’embuer de larmes.
Un peu gêné de voir sa peine et sa détresse, le propriétaire de la pension de famille battit en retraite.
« Euh… Je ferais mieux de retourner travailler… Julia viendra vous voir un peu plus tard… Avez-vous besoin d’autre chose ? » Demanda-t-il tout en laissant transparaître au ton de sa voix qu’il espérait qu’il n’en soit rien.
Elle secoua la tête négativement et répondit doucement : « Non… Merci M. Noble… Pour le repas… Et votre sollicitude… »
Il haussa les épaules et sortit de la pièce à reculons avant de refermer la porte
Michaela se concentra de nouveau sur sa patiente.
« Dorothy » murmura-t-elle doucement « qu’est-ce que nous allons faire ? Il est temps de vous réveiller… Ce n’est pas comme ça que les choses doivent se passer… »
Les larmes perlèrent de nouveau à ses paupières.
« S’il-vous-plaît, réveillez-vous ! » Supplia-t-elle.
Comme à chaque fois, elle n’obtint aucune réponse.
Elle soupira et jeta un coup d’œil sur le plateau et le repas qu’on lui avait apporté.
Sachant qu’elle devait garder ses forces, elle s’obligea à s’y intéresser.
Elle attrapa un biscuit encore chaud et en découpa un petit morceau avec ses doigts.
Il s’effrita dans sa main et quelques miettes tombèrent sur le sol.
Elle ne trouva ni la force ni la volonté de se baisser pour les ramasser.
Elle reposa le biscuit brisé sur le plateau et prit de nouveau la main inerte de son amie dans la sienne.
Hank, de retour de la gare, s’arrêta à la hauteur du buggy garé devant la clinique et salua son occupante. « Vous partez au Château ? » Demanda-t-il nonchalamment
Anna lui répondit d’un sourire : « Oui, j’ai quatre rendez-vous là-bas et je dois revenir ici à onze heures pour voir un autre patient. »
« Vous n’avez pas l’impression de travailler un peu trop ? » Demanda-t-il en lui retournant son sourire.
Elle haussa les épaules en traitant négligemment sa remarque. « J’ai promis à Michaela de faire tout mon possible pour la remplacer et c’est ce que je fais… »
« Selon mois elle passe beaucoup trop de temps loin de la ville ces temps-ci… Pour partir à la chasse aux fantômes… Comme cet ermite… Tout cela pour s’apercevoir que de toute façon il allait mourir… À mon avis, elle devrait mieux s’occuper des vivants qui habitent dans le coin… »
« C’est ce à quoi je m’emploie, Hank »
« J’ai l’impression qu’il y a beaucoup trop de travail ici pour un seul médecin… C’est bien pour cela qu’elle vous a demandé de l’assister… »
« Je suppose qu’elle ne va pas tarder à revenir. »
« Elle ne vous a même pas dit quand elle rentrerait ? » Grogna-t-il « Je suppose que son absence a encore à voir avec Sully et toutes ces nouvelles aux sujets des Indiens dans les journaux. »
« Hank ! Cela ne regarde personne à part Michaela !» Le sermonna Anna.
« Ce sera l’affaire de tous si une épidémie ou un problème de ce genre nous tombe dessus… » Se défendit-il. « Elle néglige son travail à Colorado Springs. »
« D’après ce que je sais… Michaela ne doit rien à personne ici, Hank ! » L’avertit-elle fermement. « Et comme je vous l’ai déjà dit… C’est pourquoi elle m’a engagée et compte sur moi… »
« D’accord, d’accord… » Répondit Hank en grimaçant. «Je sais que je n’arriverai pas à trouver d’arguments pour vous convaincre et qu’il ne faut surtout pas oser critiquer Michaela dans cette ville… »
Comme le visage d’Anna prenait une expression mi amusée, mi furieuse… Il lui sourit d’un air malicieux et s’aventura à lui déclarer : « Personne ne vous l’a jamais dit… Mais vous êtes vraiment très jolie quand vous vous mettez en colère… ? »
Elle se mordit les lèvres, prit une jolie couleur pivoine mais lui rétorqua d’un ton badin : « On me le dit tout le temps… »
Il se mit à rire un peu lourdement, puis changeant de conversation lui demanda d’un air distrait : « Et à propos du Bal des Amoureux… J’espère que vous allez y allez ? »
Elle essaya sans succès de cacher le sourire qui lui montait aux lèvres, avant de hausser les épaules.
« Cela dépend… Il faut que quelqu’un m’y m’invite… » Répondit-elle en lui tendant la perche.
« Euh… J’avais espéré que vous voudriez bien y aller avec moi ? Mais je dois vous avertir… Je n’aime pas tellement danser…» Avoua-t-il.
Anna rit à son tour « Pourquoi voulez-vous y aller, alors… Si vous ne voulez pas danser ? » Le taquina-t-elle.
« Peut-être simplement pour être en votre compagnie… » Confessa-t-il.
En retour de cet aveu, elle lui adressa un de ses plus beaux sourires qui lui fit battre le cœur à tout rompre, il s’empressa de lui demander à nouveau : « Alors vous accepter d’y aller avec moi… ? »
« J’en serai enchantée », s’entendit-elle lui répondre. « Mais je vous préviens… Je compte bien danser avec vous… Au moins une danse… »
« Nous verrons » rétorqua-t-il avec une grimace. « Vous ne deviez pas vous rendre au Château ? Vous allez être en retard… » Plaisanta-t-il.
« Si. J’y vais tout de suite… » Répondit-elle. Elle fit claquer les rênes et le buggy s’ébranla aussitôt.
Il la regarda s’éloigner jusqu’à ce qu’elle et le véhicule disparaissent au coin de la rue. Il avait complètement oublié qu’il venait d’accompagner Loren à la gare, en partance pour rejoindre Dorothy ; bien triste voyage en réalité.
Julia regarda avec suspicion l’étranger qui se présentait au comptoir de la pension de famille.
Depuis ce qui était arrivé à Madame Jennings, sa vision du monde avait quelque peu changé.
Il lui semblait n’y avoir, en ce bas monde, aucune raison sensée pour que quelqu’un puisse, à ce point, vouloir autant de mal à une femme aussi charmante.
En règle générale, elle avait toujours cru en la bonté des gens mais cette croyance naïve avait été sérieusement ébranlée.
Si l’on ne pouvait plus faire confiance aux soldats, alors en qui pouvait-on avoir confiance ?
Mais l’homme qui se présentait à elle n’avait nullement l’apparence d’un soldat.
Ses vêtements étaient tout à fait différents de ceux des hommes qu’elle avait déjà pu rencontrer.
Il portait un pantalon et une veste en peau de daim, sale et poussiéreuse, comme s’il venait de voyager pendant plusieurs jours.
Elle devait admettre qu’il était plutôt bel homme avec ses yeux bleus ; les plus clairs qu’elle ait jamais vus.
« Puis-je vous aider, Monsieur ? » Demanda-t-elle en défroissant sa jupe d’un geste automatique et en replaçant une mèche de ses cheveux noirs derrière son oreille.
« Je suis à la recherche du Docteur Michaela Quinn » expliqua-t-il « Je crois qu’elle est descendue chez vous. »
Julia dévisagea l’étranger avec prudence. « Je ne sais pas si le docteur est ici, Monsieur… » Répondit-elle. « Qui la demande ? »
Le regard de l’homme se ferma légèrement, mais il répondit avec assurance. « Je suis son mari, Byron Sully… Elle m’attend… »
Julia parut soulagée. « M. Sully ! » S’exclama-t-elle, « elle m’a parlé de vous. Elle vous attend depuis plusieurs jours.»
« Allons-y » répondit-il simplement. « Est-ce qu’elle est dans sa chambre ? »
« Euh… Pas exactement » bredouilla Julia, en se souvenant que cet homme devait être également un ami de Mademoiselle Jennings. « Mais je vais vous conduire jusqu’à elle… C’est par là… Au bout du couloir… »
Elle lui fit signe de le suivre et se mit en chemin.
Sully était préoccupé.
Durant la nuit et au cours de sa longue chevauchée vers Woodville, il avait eu pleinement le temps de repenser à Dorothy et à son rendez-vous manqué avec Nuage-Dansant.
Il n’aurait su dire pourquoi, mais il était certain que quelque chose de grave avait dû se produire ici, à Woodville.
Il ne pouvait pas y avoir d’autre explication.
A chaque fois qu’il avait essayé de rassurer Nuage-Dansant en lui promettant que tout allait bien se passer, au fond de lui-même, il ressentait cette vague impression qui lui faisait dire que quelque chose ne tournait pas rond.
Il avait rapidement essayé de se convaincre que cela n’avait rien à voir avec Michaela mais la réaction de la jeune réceptionniste n’avait fait que confirmer ses doutes.
Quelque chose clochait.
Perdu dans sa réflexion, il faillit se heurter contre Julia lorsqu’elle celle-ci s’immobilisa devant la porte situé tout au fond du couloir.
Elle y frappa doucement.
Un bruit de pas, traînant sur le sol, se fit entendre et la porte s’ouvrit lentement.
Ce qu’il aperçut alors lui coupa le souffle, comme s’il venait de recevoir un coup de poing dans l’estomac.
Chapitre 39
Ses cheveux défaits pendaient sur ses épaules, ses yeux étaient entourés de cernes noirs et sa peau avait un teint crayeux.
Elle se leva et fit quelques pas au milieu de la chambre, lui laissant entrevoir un regard las mais où il pouvait deviner le soulagement qu’elle ressentait à le voir enfin à ses côtés.
Enfin, sans prononcer un mot, elle s’avança jusqu'au seuil de la porte où il se tenait immobile, déposa sa tête sur son épaule, enroula ses bras fermement autour de sa taille et se blottit contre sa poitrine.
Son cœur battait à tout rompre et, l’enveloppant de ses bras, il la serra contre lui.
Il s’aperçut immédiatement qu’elle tremblait et qu’elle avait maigri.
Il la connaissait si bien, ainsi que chaque centimètre de son corps que cela le frappa comme une évidence.
Par-dessus l’épaule de Michaela, le regard bleu de Sully croisa celui de la jeune-femme qui l’avait accueilli à son arrivée.
Elle lui adressa un petit signe de la tête ainsi qu’un large sourire qui se voulait rassurant, puis refermant doucement la porte derrière elle, elle redescendit le couloir et regagna la réception.
Il prit une profonde inspiration, embrassa tendrement Michaela sur le front, puis murmura d’une voix confuse et angoissée : « Tu es malade… Mon pauvre amour… Je ne pouvais pas le savoir…»
C’était l’unique explication qui lui venait à l’esprit en constatant son apparence physique, son état d’extrême fatigue et son moral au plus bas.
Pendant un long moment, elle ne répondit rien, puis à sa grande surprise, elle secoua la tête négativement. « Non… Ce n’est pas moi » chuchota-t-elle d’une voix affaiblit et étouffée, la tête toujours enfouie dans sa chemise.
Il tenta de faire un pas en arrière afin de pouvoir la regarder.
Elle desserra son étreinte à contrecœur et leurs yeux se rencontrèrent enfin, il y lut comme dans un livre ouvert, réalisant soudain avec effroi de quoi il retournait vraiment.
« C’est Dorothy, alors… » Déclara-t-il d’un air sombre.
Elle acquiesça et ses yeux s’embuèrent de larmes.
« C’est grave ? » Demanda-t-il d’un ton solennel en devinant à l’avance sa réponse à la vue de son visage déconfit.
Elle soupira, le prit par la main et le guida à travers la petite chambre faiblement éclairée et silencieuse.
Il y avait une odeur particulière dans la pièce, une odeur qu’il ne connaissait que trop bien ; une odeur qu’il avait espéré ne plus jamais sentir.
Il s’approcha précautionneusement du lit où cette amie qui comptait tant pour lui, reposait, inerte.
Le visage de Dorothy était de cendre et cependant il s’en dégageait une sérénité totale.
Les souvenirs se bousculèrent dans sa mémoire : Dorothy riant de bon cœur pendant qu’elle lui apprenait à danser, Dorothy prenant sa défense contre tous alors que l’armée menaçait de l’arrêter après que les Indiens renégats n’aient attaqué le campement des ouvriers du chemin de fer, Dorothy se tenant fièrement debout à côté de Michaela le jour de leur mariage, Dorothy lui conseillant de refaire la cour à Michaela après la naissance de Katie, Dorothy lui apportant de la nourriture et des nouvelles pendant qu’il se cachait dans cette grotte, Dorothy partant à cheval, seule vers les territoires du Nord, pour rejoindre Nuage-Dansant, Dorothy se tenant fièrement devant l’autel pendant que le Révérend la mariait à Nuage-Dansant.
Il sentit les larmes couler sur ses joues.
Il ne pleurait pas seulement pour sa peine où pour celle de Dorothy, mais pour tout ce que cette femme représentait à ses yeux.
C’était la femme qui avait offert son amitié à Michaela et l’avait soutenue depuis son arrivée à Colorado Springs ; c’était la femme qui, ayant appris à connaître le peuple Cheyenne, comprenait la triste situation qui était la sienne et plus que tout, en était venue à aimer l’un des leurs – son propre frère, Nuage-Dansant.
L’Homme-Médecine parviendrait-il à survivre au décès d’une autre personne si chère à son cœur ?
Sully se pencha au-dessus de la malade, espérant la voir ouvrir les yeux.
C’est là qu’il aperçut des ombres inhabituelles sur son visage, des marques jaunes qui recouvraient sa joue.
Il examina son visage d’un peu plus près.
Les bleus, qui commençaient à s’estomper, s’étendaient jusque dans son cou.
Il se retourna brusquement pour faire face à Michaela et lui demanda d’une voix rude. « Elle n’est pas malade ! Elle est blessée… Que lui est-il arrivé ? »
Le moment que Michaela redoutait était arrivé.
Elle le connaissait si bien.
Elle le rejoignit auprès de Dorothy et saisit ses mains dans les siennes en les serrant le plus fort qu’elle put.
« Elle a été battue, Sully » répondit-elle d’une voix tremblante.
Il respira profondément et retint sa respiration durant de longues secondes. Puis il demanda d’une voix glaciale. « Quelqu’un a vu de qui il s’agissait ? »
Ce fut au tour de Michaela de prendre une grande bouffée d’air avant de lui avouer d’une voix sourde : « C’est possible ! »
Il fronça les sourcils et répéta, pour l’encourager à continuer : « C’est possible ? »
« Julia pense avoir vu quelqu’un…. »
« Julia ? »
« La fille du propriétaire de cette pension de famille… Tu viens juste de la rencontrer… »
Il secoua la tête comme si cela pouvait l’aider à s’éclaircir les idées, avant de lui demander en serrant les dents. « Qui a-t-elle vu ? »
Michaela hésita un moment, inquiète de sa réaction.
« Michaela ? » insista-t-il.
Elle baissa les yeux pour ne pas affronter son regard.
« Elle pense avoir vu deux soldats… » Finit-elle par déclarer d’une voix étranglée.
Comme seul le silence suivit sa déclaration, elle releva la tête avec inquiétude.
En découvrant la fureur de son expression, elle s’empressa de le supplier doucement : « S’il te plaît… Sully… »
Ses yeux abandonnèrent les siens pour se poser sur la femme qui reposait, inconsciente, sur le lit à côté d’eux et durant de longs instants, la petit chambre obscure resta plongée dans le silence.
Puis, le visage tendu, son regard croisa de nouveau celui de Michaela : « Je vais… » Commença-t-il.
Elle secoua aussitôt la tête : « Non » lui opposa-t-elle d’un ton inflexible.
« Quelqu’un doit… »
« Non » dit-elle à nouveau. « Nous savons tous les deux ce qui se passera si… »
Soudain, son regard changea de couleur, remplit d’une inquiétude nouvelle. « Nuage-Dansant… » Dit-il d’une voix sinistre, « il m’attend à l’extérieur de la ville… Je ne pense pas que j’arriverai à lui dire… »
Michaela fut prise d’un sanglot.
Depuis qu’elle avait découvert Dorothy, elle s’était construit une sorte de rempart pour arriver à conserver ses idées claires et un semblant de contrôle sur ses émotions.
Ce dernier s’écroula d’un seul coup et elle se précipita dans les bras de Sully, la poitrine soulevée de spasmes involontaires et le visage baigné de larmes.
Il entoura immédiatement ses bras autour de ses épaules, luttant contre l’envie de pleurer avec elle.
Pour l’instant, incapable de consoler sa femme, ses pensées était focalisées sur Nuage-Dansant, occupé à l’attendre dans la forêt, non loin de la ville.
« Je n’arrive pas à trouver la vanille… » Gémit Faith, occupée à fouiller les étagères situées derrière le comptoir de l’épicerie.
« Il faut s’avouer vaincu » répondit aussitôt le Révérend, « j’ai pourtant bien entendu Loren dire qu’il allait la ranger là, il y a quelques jours… »
Faith haussa les épaules, soupira puis marmonna : « Ce travail est beaucoup plus dur que je l’imaginais ! »
Elle adressa un sourire confus à la cliente âgée qui attendait patiemment devant le comptoir et s’excusa : « Nous l’aurons peut-être retrouvée demain matin » dit-elle, « peut-être pourriez-vous repasser ? »
La vielle dame secoua la tête tristement. « C’est aujourd’hui, l’anniversaire de mon petit-fils, pas demain ! Qu’est-ce que je vais lui dire ? Qu’il revienne demain pour avoir son gâteau ? »
Faith soupira de nouveau. « Je suis désolée » dit-elle, « c’est Loren qui aurait dû rangé la vanille. »
La femme secoua de nouveau la tête. « Il me semble qu’il aurait dû le faire avant de s’en aller… » Déclara-t-elle d’un ton bourru.
« Vous pourriez peut-être augmenter la proportion de sucre dans votre recette… Cela donnera plus de goût à votre gâteau et compensera l’absence de vanille » suggéra Faith avec espoir.
Cette fois-ci, ce fut la vielle dame qui laissa échapper un soupir de lassitude. « Je crois que c’est ce que je vais devoir faire… Mais ce ne sera la même chose… » Répondit-elle.
Elle souleva son panier de courses du comptoir en grimaçant, tourna les talons et sortit du magasin.
Le silence y régna durant quelques courts instants avant que le Révérend annonce d’un ton léger: « Vous êtes au courant qu’elle n’a pas payé pour le reste de ses achats… N’est-ce pas ? »
Faith se retourna brusquement pour le regarder alors qu’il se tenait, adossé calmement, à l’une des étals de la boutiques ; une expression bienveillante et bon enfant sur le visage.
« Vous auriez pu me le dire ! » Le sermonna-t-elle.
« Je viens juste de le faire ! » Lui rétorqua-t-il sans se formaliser.
Le nez pincé et le regard courroucé, elle lui répondit avec emphase : « AVANT qu’elle ne quitte le magasin… »
Il se mit à rire franchement. « Vous m’avez dit de ne pas m’en mêler, que vous vous débrouilleriez bien toute seule… » Se défendit-il.
Elle émit un soupir d’exaspération. « Je n’aurais jamais dû proposer à Loren de tenir son magasin durant son absence » se découragea-t-elle, « je ne suis pas faite pour être commerçante… »
« Au contraire, vous avez très bien fait » lui assura-t-il, « mais je souhaiterais que vous me laissiez-vous épauler dans cette tâche. J’ai appris énormément de choses en vivant ici, auprès de Loren, depuis ces trois dernières années. »
« Je viens juste d’en prendre conscience… »
« Ce n’est pas parce qu’un homme ne voit rien… »
« … Qu’il ne comprends pas comment marche le monde… » Conclut Faith gênée, « je sais… Je suis navrée… Et je serai heureuse d’accepter votre aide à chaque fois que j’en aurai besoin… »
Le Révérend ne put réprimer un sourire de satisfaction.
Il avait marqué un point et du même coup avait réussi à trouver le moyen de passer plus de temps en compagnie d’une femme qui était devenue, à son insu, beaucoup plus chère à son cœur qu’il ne voulait bien l’admettre.
« Alors elle est comme ça depuis que tu es arrivée ici ? » Demanda Sully encore sous le choc.
Michaela acquiesça.
« Julia l’a découverte dans l’impasse derrière la pension de famille… Environ deux jours avant mon arrivée… Elle était déjà inconsciente… Je… J’ai dû l’opérer… Sa ratte avait éclaté et son poignet était cassé. »
« C’est tout ? »
« Rien d’autre que j’ai pu découvrir… »
« Alors pourquoi ne se réveille-t-elle pas ? »
Les yeux de Michaela s’embuèrent de larmes.
« Je n’en sais rien » répondit-elle plaintivement. « Je l’ai auscultée encore et encore… Je suis assise là depuis des heures… Des jours à essayer de comprendre pourquoi elle ne sort pas de ce coma… Et je n’en sais toujours rien. » Déclara-t-elle alors que sa voix se brisait.
Il se rapprocha d’elle et lui prit la main pour la soutenir et tenter de la rassurer.
« Alors, que fait-on maintenant ? » Demanda-t-il craintivement.
Elle haussa les épaules.
« Il n’y a pas grand-chose d’autre que nous puissions faire… A part attendre… Et espérer… »
« Tu fais déjà cela depuis deux jours ! »
Elle hocha la tête et son regard se fit de nouveau craintif et suspicieux.
« Avant toute chose… Tu sais que je dois aller le dire à Nuage-Dansant… »
« Bien sûr… Mais c’est extrêmement risqué pour lui de venir en ville… Les soldats… »
Sully prit une profonde inspiration, contrôla sa respiration et secoua le tête.
« Il ne voudra pas rester loin d’elle… »
Elle prit à son tour une grande bouffée d’air et répondit avec résignation. « Je sais… Mais tu dois trouver le moyen de l’amener ici sans que personne ne l’aperçoive. »
Loren tira de nouveau sa montre à gousset de la poche de son veston et en ouvrit le boîtier pour en examiner le cadran.
Il émit un faible grognement de dépit.
Vingt minutes, seulement, s’étaient écoulées depuis la dernière fois qu’il l’avait refermé.
Insensible à la magnificence des paysages qui défilaient derrière les vitres du wagon, il redressa la tête et son regard vide resta fixé droit devant lui.
Il était habité et tourmenté par un fort pressentiment qu’il avait déjà ressenti plusieurs fois au cours de sa vie.
Au fil de ces années, il avait appris à connaître le Dr Mike, assez bien pour savoir qu’elle ne lui aurait jamais envoyé ce télégramme à propos de Dorothy si elle n’était pas terriblement inquiète à son sujet.
Il soupira et serra les dents.
Il avait toujours été convaincu que rien de bon ne pouvait résulter du mariage de Dorothy avec cet Indien !
Obligée de traîner sans cesse sur les chemins, dans d’improbables voyages pour regagner les territoires du Nord peuplés d’Indiens, loin de la civilisation, tout cela parce qu’elle se croyait amoureuse de cet homme !!
Cette femme méritait bien mieux.
Des années auparavant, il lui avait proposé de l’épouser et bien qu’en son for intérieur il savait pertinemment que cela n’aurait pas marché, il se disait qu’aujourd’hui, si elle avait accepté son offre, elle ne serait pas étendue sur un lit, à attendre la mort, dans une ville perdue au milieu de nulle part.
Il prit une profonde inspiration et se concentra pour empêcher ses mains de trembler.
Toutes ses pensées ne cessaient de tourner encore et encore dans sa tête depuis qu’il avait reçu ce télégramme la veille.
Il ressortait de cette situation irréelle, un étrange sentiment d’absurdité.
Que diable faisait un homme de son âge, assis dans ce train, en route pour nulle part, et de toute manière que ferait-il de plus une fois arrivé dans cet endroit inconnu, nommé Woodville ?
Le Dr Mike prenait soin de Dorothy, et si Dieu le voulait elle était toujours en vie. Il laissa échapper un profond soupir et adressa une prière à ce dernier.
Dorothy était la seule parenté qu’il lui restait et sa disparition le laisserait véritablement seul au monde.
Son mariage avec Nuage-Dansant avait déjà laissé un grand vide dans sa vie.
Les longues conversations qu’ils avaient autrefois lui manquaient.
Il pouvait y aborder bien d’autres sujets que ceux à propos desquels il s’entretenait sempiternellement avec Jake et Hank.
Au fond de son cœur, il avait toujours espéré que lui et Dorothy finiraient leur vieux jours ensemble.
C’était une des rares personnes sur qui il pouvait compter, pour un simple conseil comme pour un problème beaucoup plus sérieux.
Bien sûr, de temps à autres, ils avaient eu des différents sur un sujet ou sur un autre, mais en règle générale, ils s’entendaient très bien et se comprenaient mutuellement, en tout cas beaucoup mieux qu’avec aucun de ses autres amis.
Et voilà qu’à présent, elle était en train de mourir, allongée sur un lit, loin de Colorado Springs.
Il était en chemin pour voir ce qu’il pouvait faire pour lui venir en aide.
Ses pensées et ses sentiments étaient si confus et emmêlés que son cœur battait un peu trop fort dans sa poitrine.
Il tenta de se calmer en respirant profondément à plusieurs reprises.
Il avait encore une journée de voyage et la moitié du trajet à parcourir, en empruntant plusieurs trains et diligences, avant d’atteindre Woodville.
Il devait absolument se calmer ou ce serait ses funérailles que le Docteur Mike devrait organiser.
Il fronça les sourcils et sortit de nouveau sa montre de sa poche.