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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 21.03.2013 à 12h37
Auteur : soso4662
Statut : Terminée
« Reprise de cette fic qui commence à la suite du hiatus de la saison 5, Chuck et Blair viennent d'avoir leur accident ... » soso4662
Cette fanfic compte déjà 40 paragraphes
Après le départ hâtif de Louis, Blair était restée un long moment immobile, assise sur le même canapé ou s’était tenue leur terrible conversation.
Elle ne savait pas si elle devait pleurer, crier, rester calme, se laisser faire, contre attaquer. Elle se sentait vidée. Tout ce qu’elle considérait comme acquis était de nouveau en train de s’écrouler autour d’elle, et l’attitude à adopter était loin de s’imposer à elle.
« Blair, que c’est-il passé ? » demanda Serena en se précipitant vers son amie, donc le visage défait l’inquiéta immédiatement. Elle redoutait depuis le début cette entrevue avec Louis et clairement, cela était justifié. Blair avait sans doute présumé un peu trop vite que Louis s’éloignerait de lui-même …
« Serena je … je ne suis pas certaine de ce qui vient se passer. » Blair tremblait de tout son corps. Elle regardait son amie d’un regard totalement perdu. « Louis m’a demandé de rentrer avec lui à Monaco, de maintenir le mariage. Et que le cas échéant il prendrait mon bébé à la première occasion pour l’élever là-bas avec sa mère. » Verbaliser la situation lui en fit réaliser l’horreur. Quel choix lui restait-il vraiment ? Une vie sans son enfant ? Une vie sans Chuck à ses côtés ? Elle avait le sentiment que tout espoir de bonheur pour l’avenir venait de disparaître.
« Blair c’est fou, il ne peut pas prendre ton enfant et le ramener chez lui de cette manière ! » Serena n’imaginait même pas qu’une telle menace fut possible, et encore moins que Louis puisse la mettre en pratique.
« Serena il a raison. Il est le Prince héritier de Monaco, et c’est son enfant. Je ne pourrai jamais le tenir éloigné de mon bébé, jamais. Comment faire si à chaque fois que je lui laisserai notre enfant je dois craindre qu’il ne revienne jamais ? La situation serait intenable, sans compter que cela serait tellement injuste pour le bébé. Que suis-je supposée faire ? »
Serena sentit son cœur se serrer. Au fond elle savait que Blair avait raison. C’était une situation absolument impossible. Comment choisir entre l’amour de sa vie et son enfant ? Son amie ne devrait jamais avoir à faire un choix pareil mais malheureusement, le dépit et la jalousie de Louis l’y contraignait. Elle sentit un sentiment de révolte monter en elle, mais elle prit sur elle, ne voulant rien ajouter à la détresse de Blair. Elle prit doucement son amie dans ses bras, et tenta de l’apaiser, mais elle savait que rien de ce qu’elle ne pourrait dire ou faire dans l’instant ne pourrait donner même un peu de répit au cœur brisé de Blair.
Quelques heures plus tard, celle-ci avait trouvé l’énergie de remonter dans sa chambre. Et depuis cet instant, elle était restée prostrée, allongée sur son lit. Elle était tournée vers la porte fenêtre, et son regard était comme accroché à l’horizon. Il était totalement vide. Son visage était neutre. Elle semblait totalement ailleurs.
Elle ne bougea pas, ne réagit pas lorsqu’elle entendit toquer à la porte. Avait-elle seulement entendu ? Serena ignora l’absence d’invitation à entrer et poussa la porte sans bruit. La vision de son amie étendue, impuissante lui brisa le cœur. Elle s’approcha doucement, contourna le lit, et vint s’asseoir sur l’épaisse moquette, juste au niveau du visage de Blair. Elle prit doucement la main de son amie.
« Comment te sens tu ma belle ? Il y a-t-il quoique ce soit que je puisse faire ? Appeler ta mère ? Chuck ? De plus tu devrais manger quelque chose. Tu es toute pâle … » Ses mots faiblir d’eux même alors qu’elle réalisait que le regard de Blair semblait la traverser. Elle semblait totalement absente. Elle baissa doucement les yeux. Mécaniquement, sa main continuait de serrer la main de Blair, mais elle aussi commençait à décrocher. Elle voulait pouvoir se dire qu’il y avait quelque chose qu’elle pouvait faire, mais elle commençait à intégrer que non. Elle était totalement impuissante. Elle était témoin de ce que la situation était en train de faire à son amie, la femme la plus forte et déterminée qu’elle connaissait. Si cela mettait Blair dans cet état, si elle était convaincue d’être elle-même impuissante, que pouvait-elle faire elle-même ?
Elle commença à caresser doucement les cheveux de son amie. Blair restait parfaitement immobile, silencieuse. Elle était allongée en chien de fusil, et avait sa main libre posée avec tendresse sur son ventre. Attendre un bébé est supposé être un moment de joie intense, pas un outil de chantage. Elle devait faire quelque chose pour aider Blair à être de nouveau combative. Il était inimaginable qu’elle la laisse subir une vie qui la rendra malheureuse jusqu'à la fin de ses jours. Il y avait forcement quelque chose à faire. Après un dernier regard à Blair, elle prit une profonde inspiration, se leva, et quitta la chambre, bien décidée à trouver une solution.
La première chose qu’elle avait faite fut d’appeler Eleonor. Elle savait que celle-ci n’appréciait pas du tout la propension qu’avait Sophie à vouloir diriger la vie de Blair, déjà lorsque les sujets étaient bien plus superficiels. Elle ne doutait pas que celle-ci rentrerait dans une colère noire en apprenant la dernière manipulation de cette dernière, et effectivement, ce fut le cas. Elles convinrent toutes les deux qu’il était nécessaire de tenir Chuck informé, mais qu’il valait mieux lui expliquer de vive voix. Serena pris donc la décision de rentrer à New York dans l’après midi, afin d’aller voir son frère à l’Empire.
Blair était toujours allongée sur son lit. Elle ne sentait même plus son cœur battre. Elle ne ressentait plus rien. Elle était vidée. Elle se retourna doucement et fixa le plafond immaculé, tout en caressant doucement son ventre. Elle savait ce qui lui restait à faire. Il n’était même pas question d’un choix. C’était malheureusement une évidence. Une évidence qui allait provoquer un véritable cataclysme dans sa vie. Qui allait éloigner la personne qu’elle aimait jusqu'à ce jour le plus au monde. Mais désormais il n’avait plus cette place. Elle ne pouvait plus se permettre de faire passer Chuck en priorité comme elle l’avait toujours fait lorsque le moment de faire des choix arrivait.
Tel un robot, elle s’assit sur son lit, resta encore immobile quelques instants, se leva et avança doucement vers sa commode. Elle saisit son portable, et pressa la première touche jusqu'à ce que le nom de Chuck apparaisse sur l’écran, et leva l’appareil à son oreille.
Chuck décrocha à la première sonnerie. Il attendait son appel depuis des jours, et elle lui manquait terriblement. Il souhaitait tellement entendre sa voix.
« Blair, je suis tellement heureux que tu m’appelle enfin … », lui dit il d’une voix chaude et douce. Mais elle l’interrompit rapidement :
« Chuck, je suis désolée. C’était une erreur. M’enfuir avec toi était une erreur. Tu appartiens à mon passé, mon avenir est avec Louis. Je l’aime. Tu dois m’oublier, et continuer ta vie. Au revoir. » La voix de Blair était déterminée, et étonnamment ferme. Elle ne se reconnu pas elle-même. Comment avait-elle pu lui dire ces mots atroces avec autant d’aplomb. Elle avait l’impression qu’ils n’étaient pas sortis de sa bouche, qu’une autre version d’elle-même venait de planter un poignard terriblement affûté dans le cœur de l’homme qu’elle aimait.
Chuck était interdit. Il se tenait là, debout au milieu du salon de sa suite de l’Empire, son téléphone toujours contre son oreille. Son regard était totalement vide, et fixé sur un point au loin. Il était comme foudroyé. Il ne comprenait pas. Il tenta de repasser dans sa tête les mots de Blair afin de mieux en comprendre le sens, car il était incapable d’imaginer que ce qu’il avait d’abord compris était vrai. Il était impossible qu’elle revienne sur leur avenir. Ils devaient passer le reste de leur vie ensemble. Ils s’aimaient. Il était impossible qu’aujourd’hui, elle veuille réellement passer sa vie avec Louis. « Mon avenir est avec Louis. Je l’aime ». Non, c’était faux. Il se refusait à accepter cette idée.
Il rangea prestement son portable dans la poche de son pantalon, vida d’un trait le verre de scotch qui était toujours dans sa main gauche, et le posa sur le bar avec violence.
Son esprit fonctionnait à toute allure, examinant ses différentes options. Il devait la voir. C’était la solution. Il devait la voir et lorsqu’ils seraient tous les deux, tout s’arrangerai. S’il la prenait dans ses bras, il était impossible qu’elle maintienne cette décision folle de le quitter pour Louis. Il devait avoir confiance en eux, en leur histoire.
Il saisit à l’arrachée son manteau qui était resté sur le dossier du canapé, et entra précipitamment dans l’ascenseur, bousculant au passage un Nate inquiet de voir son ami dans un tel état. Chuck était tellement perdu dans ses pensées qu’il remarqua à peine sa présence.
Après avoir raccroché, Blair resta immobile pendant de longues minutes, s’accrochant désespérément au bord de la commode, alors qu’elle sentait ses jambes fléchir sous elle. Elle posa doucement le téléphone sur le plateau, et posa ses deux mains bien à plat. Elle se força à respirer profondément, et ferma les yeux. Heureusement que cela avait été rapide, et qu’il n’avait pas eu le temps de répliquer. Elle savait que si elle avait dû entendre davantage sa voix, elle aurait sans doute flanché. Sa tête commença à tourner. Elle s’appuya au mur, et se laissa doucement glisser au sol.
Elle ne savait pas depuis combien de temps elle était là, assise sur la moquette. Au moment où elle reprit ses esprits, elle constata que le jour était tombé, et que la pénombre commençait à envahir sa chambre. Elle soupira. Sa vie ne lui appartenait plus. Son seul but était il n’y a encore pas si longtemps de trouver le bonheur, aujourd’hui il était de prendre soin de son enfant. Il ne lui restait que cela.
Elle prit appui sur le rebord de la commode pour parvenir à se relever, et fit quelques pas en direction du balcon. Prendre l’air lui ferait sans doute du bien.
Elle entrouvrit la porte fenêtre et se glissa à l’extérieur. Elle fut accueillie par une bourrasque iodée, et par le bruit des vagues qui se brisaient sur la plage en contrebas. Ce bruit était apaisant. Fort, régulier.
Elle s’appuya contre la rambarde et remplis ses poumons d’air frais, ce qui lui fit du bien.
Elle regardait les vagues qui arrivaient inlassablement. La plage était déserte, bien différente de celle qu’elle connaissait, au mois d’Août, remplie de touriste et de promeneurs. Personne ne semblait vouloir ce soir affronter la fraîcheur et les embruns à la nuit tombée. Tout était calme et serein.
Elle venait de s’habituer à ce paysage calme et tranquille quand son regard perçu une silhouette qui s’approchait sur la plage. Les seules personnes qu’elle avait pu voir sur la plage depuis le début de la semaine ne venait que dans la journée. Elle était étonnée qu’un promeneur ne s’y aventure à la nuit tombée.
La silhouette se rapprochait, et Blair était comme hypnotisée. Elle ne pouvait s’empêcher de fixer cette silhouette masculine qui continuait de s’approcher d’un pas ferme. Son cœur compris rapidement de qui il s’agissait, et même si son esprit lui intimait de rester calme, de ne rien faire, d’attendre, elle ne le quittait cependant pas des yeux.
Elle s’accrocha un peu plus fort à la rambarde du balcon, et baissa les yeux. Son cœur commença à lui faire mal. Physiquement. Elle ne se sentait pas capable de le voir. Elle n’en avait pas la force. Elle avait à peine pu lui dire au téléphone, comment pourrait-elle le faire s’il était en face d’elle. Elle leva de nouveau doucement les yeux et, comme prévu, il s’était encore rapproché.
Il était désormais en face de la maison, et regardait dans sa direction. Chuck.
Le trajet depuis Manhattan avait semblé durer une éternité à Chuck. Il s’était senti plus seul que jamais, assis à l’arrière de sa limousine, contraint à regarder en silence le paysage qui défilait, en ressassant les paroles de Blair qui résonnaient encore dans son esprit.
Il avait confiance en elle, confiance en eux, mais un mauvais pressentiment lui rongeait les tripes. Il était tenté bien sûr de se rassurer tranquillement, de se dire qu’elle ne pensait pas un mot de ce qu’elle avait pu lui dire. Mais dans ce cas-là pourquoi. Quelle raison assez impérieuse l’avait contrainte à le repousser ? Il commençait à craindre le pire.
Alors que la voiture s’approchait de la maison de Cece, Chuck se rappela les conditions négociées avec Louis pour le séjour de Blair. Il était inimaginable de se présenter à la porte de la demeure. Il choisit donc d’y accéder par la plage, et demanda à Arthur de le déposer à quelques centaines de mètres de la maison.
Alors qu’il s’approchait, indifférent au sable qui gênait sa progression et qui envahissait ses chaussures, il distingua une silhouette postée sur le balcon de ce qui semblait être la chambre principale. Un frisson parcouru son dos, cela ne pouvait qu’être elle. Le jour tombait, et la pénombre rendait tout le paysage plus flou, plus sombre. Mais en se rapprochant, son premier sentiment se confirma. C’était Blair, et elle l’avait vu.
Blair était restée quelques secondes interdites à regarder Chuck. Puis lentement, elle avait lâché la rambarde, et avait reculé jusqu'à la porte vitrée de la chambre. Elle était soulagée qu’il ne voit pas l’expression sur son visage, car sinon il ne serait jamais parti, il ne l’aurait jamais cru. De tout son être elle aspirait à courir vers lui, et à se jeter dans ses bras. Elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait plus. Si elle s’autorisait à s’imaginer le rejoindre, elle ne s’en sortirait jamais. Elle avait pris une décision, et même si celle-ci la faisait souffrir au-delà de ce les mots pouvaient décrire, elle ne pouvait y déroger. Sans bruit elle rentra à l’intérieur de la chambre à reculons, et ferma la porte fenêtre. Un peu plus bas Chuck ne bougeait pas. Son regard ne se détachait pas d’elle.
Il était arrivé en face de la maison quand il constata avec stupeur que Blair, ayant remarqué sa présence, le fuyait en rentrant à l’intérieur de la maison. Il resta là immobile, incapable de la moindre réaction. Qu’avait-il pu se produire pour que Blair se comporte de cette manière ? Le repousser au téléphone était une chose, mais là c’était différent et il le sentait. Au cours de leur histoire ils avaient traversé de nombreuses crises. Mais Blair était une femme courageuse, et alors même que ce qu’elle avait eu pu avoir à lui dire était difficile, elle n’avait jamais reculé devant une confrontation. Elle faisait toujours face. Quelque chose n’allait pas. Il le sentait.
Blair se retrouva à l’intérieur de la chambre, seule dans la pénombre. Alors qu’elle avait fermé la porte fenêtre et que le bruit de l’océan s’était estompé, elle avança doucement. Elle ne savait pas quoi faire. Il était très rare pour elle de se retrouver dans cette situation. En règle générale elle gérait les choses de manières à ne pas avoir à l’être. Mais elle avait perdu le contrôle. Elle s’était trompé sur Louis et était allée trop loin, et désormais elle devait payer son erreur. Mais ce qui lui brisait le plus le cœur était que Chuck devait payer lui aussi. Et elle ne parvenait pas à se le pardonner, encore moins à le regarder en face. Elle resta ainsi debout au milieu de la chambre, incapable de faire quoique ce soit.
Lorsqu’elle reprit ses esprits, ce fut pour constater que plus d’une heure c’était écoulée. Elle avait décidément de plus en plus le sentiment de perdre contact avec la réalité. Chuck avait dû partir désormais. Lentement elle se retourna et fit face à l’océan. Elle se rapprocha du balcon, son regard posé sur l’horizon. L’océan et le ciel était sombre désormais. Tout était noir. Elle avait l’impression d’être dans un monde onirique, plus rien n’avait vraiment de sens, sa vie ne lui appartenait plus. Et cela ne devait plus changer. Elle mit longtemps à réaliser qu’une silhouette se tenait toujours sur la plage, en face de la maison. Elle secoua la tête. Cela ne pouvait être lui. Il avait dû partir, rentrer à Manhattan. Il était inimaginable que Chuck Bass se tienne toujours sur cette plage, en pleine nuit. Elle se figea, ne pouvant désormais détacher son regard de l’homme qu’elle aimait.
Avait-elle la force de le repousser une nouvelle fois ? Elle n’allait pas tarder à le savoir, et commença à craindre ses propres réactions. Les sentiments qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre étaient tellement forts, et elle savait tout comme lui ou cela les menait. Ils étaient incapables d’être indifférents l’un à l’autre, de résister. Mais elle devait être plus forte que cela cette fois. Au nom de l’amour qu’elle lui portait, elle devait trouver la force de le convaincre qu’il n’avait plus rien à attendre d’elle, qu’il devait passer à autre chose et vivre sa vie, heureux, sans elle. Elle serait incapable de vivre la sienne sans cela.
Elle prit une profonde inspiration et traversa sans bruit la maison endormie. Tout était calme, elle ne croisa personne. Elle traversa le salon en tentant d’ignorer le canapé ou Louis et elle se trouvait encore quelques heures auparavant, et ouvrit avec précaution la baie vitrée du salon. Elle resta quelques secondes immobiles, guettant une réaction des gardes du corps de Louis, mais aucun ne semblait trouver nécessaire de se priver d’une bonne nuit de sommeil après le calme de la dernière semaine. Elle s’avança sur la terrasse de la maison, après avoir pris soin de fermer la porte derrière elle. Le bruit de l’océan et les embruns iodés la prirent de nouveau par surprise. Elle se reprit et continua sa progression en direction de la plage, vers l’homme qui la regardait se rapprocher de son regard si troublant. Elle rassembla tout son courage.
Chuck était resté immobile, ne pouvant se résoudre à quitter la maison. Il se raccrochait à tous les moments que Blair et lui avait partagé il y a seulement une semaine, et dans la foi qu’il avait en eux. Ils avaient été capables de se retrouver après que tant de choses se soient passées, ils étaient le destin et le bonheur l’un de l’autre. Il devait avoir confiance en cela. Il était donc resté immobile sur la plage, ignorant le sable, le vent, le froid. Il avait fixé sans relâche cette fenêtre ou Blair était apparue, et attendait simplement qu’elle revienne à lui. Elle revenait toujours, il n’avait qu’une chose à faire : être là lorsque cela arriverait.
Blair traversa enfin le jardin de la maison et arriva sur la plage. Cette rencontre semblait hors du temps. Ils étaient comme seuls au monde, au milieu de cette nature si magnifique. Seul le bruit des vagues venait perturber la quiétude du moment, et la lune se reflétait sur la surface de l’océan. C’était magnifique.
« Bonjour Chuck, comment va tu ? » demanda Blair d’une voix douce et un peu éteinte, alors qu’elle arrivait près de lui. Elle l’avait quitté sur un lit d’hôpital, et elle était profondément heureuse de constater qu’il allait mieux. Elle avait devant elle le Chuck Bass impeccable qu’elle connaissait, soigné, élégant, beau, envoutant.
« Je vais mieux je te remercie. Et toi ? Le bébé ? » Chuck était interloqué par l’attitude de Blair. Calme, résignée. Il avait l’impression qu’elle était à peine là, que son regard passait à travers lui.
« Il va bien », dit-elle en passant instinctivement la main sur son ventre. Cette rencontre lui paraissait décidément surréaliste. Elle tenta de repousser de son esprit ce que son instinct lui dictait de faire, car elle sentait qu’elle commençait à perdre ses moyens. Elle était à chaque fois désarmée par la façon qu’il avait de la regarder.
« Blair que se passe-t-il ? » lui demanda enfin Chuck, brisant le silence qui s’était installé, en s’approchant d’elle, passant une main aimante sur son bras. « Que signifie ton appel de tout à l’heure ? Je sais que celui-ci n’était pas motivé par ton amour pour Louis alors parle moi je t’en prie ! Qu’a-t-il pu se passer qui t’amène à revenir sur ce que nous avons pu nous dire ? »
« Chuck je suis désolée, lui répondit Blair en se dégageant, et en reculant d’un pas. Mais j’ai été sincère avec toi tout à l’heure. Etre ici loin de Manhattan m’a permis de réfléchir à ce que je voulais vraiment, à la vie que je souhaitais avoir. Et je veux la passer avec Louis. » Elle fixait désormais avec détermination un point au loin, au-dessus de l’épaule de Chuck. Elle ne pouvait le regarder, elle ne pouvait pas voir ses yeux alors qu’elle était en train de lui briser le cœur. Elle n’avait pourtant pas le choix.
Chuck était sous le choc. Il ne pouvait croire que ces mots sortaient de sa bouche, c’était inimaginable. L’image de Blair dans la limousine, lui déclarant son amour et son souhait de passer toute sa vie avec lui passa devant ses yeux et lui redonna du courage. C’était impossible. Il y avait autre chose. Il ne pouvait pas renoncer à elle, pas encore une fois.
« Je ne te crois pas Blair. Je sais qu’il y a autre chose. Si tu t’attends à ce que je renonce, tu fais une grave erreur. Je ne renoncerais plus à nous c’est terminé. Notre amour vaut la peine de se battre, c’est ce que tu m’a appris, et c’est ce que je vais faire. Maintenant dis-moi ce qui se passe je t’en prie».
Sa voix était douce, grave et calme. Etonnamment calme étant donné le tourment qu’il subissait à cet instant. Il s’approcha de nouveau de Blair et doucement pris ses mains dans les siennes. Blair ferma les yeux. Elle sentait son cœur s’emballer follement et elle craignait de perdre le contrôle d’elle-même, de ne pas avoir assez de force, de courage. Les mains de Chuck étaient douces, chaudes, tendres et rassurantes. Elle inspira profondément en tentant de calmer les palpitations qui agitaient sa poitrine. Elle rassembla tout son courage et leva de nouveau les yeux vers lui. Il était tout près d’elle désormais, et son visage grave la contemplait avec tellement d’amour.
« Chuck je …. Ne rend pas tout ça plus difficile s’il te plait. » Elle sentait que les barrières qu’elle s’était posées commençait à faiblir. Elle ne se rendait même pas compte qu’elle tenait toujours ses mains tellement cela était naturels pour tous les deux. Elle était en train de se perdre dans ses yeux et elle était terrifiée. Allait-elle avoir la force de s’éloigner de lui désormais ?
Il s’approcha encore d’elle, et la senti tressaillir à son contact. Il profita de son trouble et la prit par la taille, la serrant étroitement contre lui. Blair sentit son cœur s’affoler encore un peu plus alors qu’elle sentait la chaleur du corps de Chuck contre le sien. Elle était incapable de faire le moindre geste. Elle tentait toujours de fixer un point loin derrière Chuck, la proximité l’empêchait désormais de soutenir son regard.
Mais Chuck était plus déterminé que jamais. D’un geste doux, il passa sa main contre sa joue et la força doucement à lui faire face. Ils étaient plus proches que jamais.
« Dis-moi que tu ne ressens plus rien pour moi. Dis-moi que ton cœur, que je sens battre à toute allure, ne bat plus pour moi. En es-tu seulement capable ? » lui-demanda-t-il d’une voix ferme.
Blair sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle était terrifiée par l’ampleur des sentiments qu’elle avait pour l’homme qui la serrait dans ses bras. Son cœur était à lui, et elle ne pourrait jamais rien faire contre cela. Le souffle toujours court, elle ne parvenait pas à retrouver ses esprits. Elle devait se reprendre. Et ne plus se perdre dans ses beaux yeux sombres, qui la fixaient avec une telle intensité. Elle sentit une larme se former au coin de son œil, et ne se sentit plus la force de lutter.
Chuck et Blair était comme accrochés l’un a l’autre, perdus au milieu de la plage, en pleine nuit. Ils semblaient absolument indifférents à ce qui les entourait. Ils étaient comme dans leur propre monde. Rien ne semblait pouvoir les atteindre.
Chuck serrait Blair contre lui, et sentait son cœur battre à toute allure. L’espoir renaissait lentement en lui. Il voyait le trouble de Blair. En dépit de ce qu’elle lui disait, elle n’était pas indifférente, loin de là. Il devait continuer. Il réalisa avec une tristesse infinie qu’une larme était en train de se former au coin de son œil. Avec tendresse, il leva la main à son visage et balaya la larme tout en caressant sa joue.
« Blair, je t’aime plus que ma propre vie. Tous les deux nous sommes invincibles. Parle moi je t’en prie. »
Blair sentait son mal être s’accroître. Elle commençait à réaliser qu’elle avait fait une grossière erreur en pensant qu’elle pouvait tromper Chuck. Il la connaissait trop bien, ils avaient traversé trop d’épreuves pour qu’elle puisse prétendre ne plus l’aimer. Dans ses bras, elle avait le sentiment de vivre de nouveau. Elle sentait une douce chaleur l’envahir, son cœur s’emballer, et l’air lui manquer. Elle était à chaque fois subjuguée de l’ampleur de la réaction qu’il provoquait chez elle. Cela devait être ça le grand amour.
Elle était toujours blottie contre lui, et sentait sa main chaude caresser sa joue. Sans réfléchir, ses mains se nouèrent autour de la taille de Chuck, pour réduire encore l’espace qui les séparait. Elle ne pensait plus, ne réfléchissait plus. Son instinct avait pris le pas sur sa réflexion. Elle sentait désormais le cœur de Chuck battre contre sa poitrine, et elle ne pouvait ignorer qu’il battait à l’unisson avec le sien. Leurs regards étaient toujours comme accrochés l'un a l'autre. Le visage de l'homme qu'elle aimait était grave, et plus proche que jamais. Elle pouvait sentir son souffle chaud sur sa peau. Elle sentit un frisson incontrôlable la parcourir, et se rapprocha encore un peu plus de son visage.
Chuck tenait Blair encore plus près de lui désormais. L'amour qu'il lui portait lui ravageait littéralement le cœur. Tout son être le poussait à la serrer encore plus fort contre lui et à l'embrasser, qu'ils puissent enfin laisser libre court aux sentiments fous qui les animaient l'un et l'autre. Ses beaux yeux bruns étaient remplis d'un mélange de désespoir et d'amour qu'il n'arrivait pas à expliquer. Il sentait sa détresse et cela lui brisait le cœur. Il voulait tant savoir ce qui la torturait de cette manière pour pouvoir enfin l’aider. Cette impuissance lui était insupportable et le rongeait de l’intérieur.
Blair ne pouvait plus soutenir son regard. Elle sentait ses forces faiblir et son instinct reprendre le dessus. Elle savait qu’elle ne pouvait pas, à aucun prix, mais elle était totalement impuissante, elle ne pensait plus. Elle ferma les yeux comme pour oublier tout ce qui l’entourait, toute la situation, et juste le sentir lui. Et tout disparu. Louis, son bébé, le terrible ultimatum. Juste Chuck et Blair. Plus amoureux que jamais. Ensemble.
Elle se issa sur la pointe des pieds, et leurs lèvres se trouvèrent instinctivement. Elle prit le visage de Chuck entre ses mains, pour l’amener encore plus près, tandis qu’il lui rendait passionément son baiser. Il avait vu quelque chose changer dans le regard de Blair, et il savait qu’elle s’apprêtait à perdre le contrôle. Il n’avait osé y croire quand il l’avait enfin sentie se rapprocher et tendre son visage vers lui. Chuck ne pouvait faire autrement que de laisser les sentiments qui le consumaient s’exprimer. Leur baiser était intense, et comme désespéré. Blair serrait toujours ses bras autour du cou de Chuck, tandis que celui-ci l’avait entouré de ses bras puissants et la tenait tout contre lui. Leur deux corps étaient tendus, et aspiraient à se souder à l’autre. Sentir la chaleur de Blair, son parfum, la passion qui l’animait plus que jamais faisait battre le cœur de Chuck à une allure folle.
Il se détourna de la bouche de Blair pour embrasser avec fougue ses pommettes, son nez, son front, son cou. Il la serrait plus fort que jamais alors que, le visage enfoui dans ses cheveux, il lui murmura « Je t’aime », si doucement qu’elle l’entendit à peine.
Elle resserra encore son étreinte autour de lui et se laissa absorber par tout ce qu’elle ressentait à ce moment-là. La chaleur de son corps, son parfum qui envahissait tout, la force de ses bras, la douceur et la gravité de sa voix, la rapidité de son cœur battant contre le sien. C’était donc ça le bonheur. La certitude que l’on est avec la personne que l’on aime du plus profond de son être, et sentir ses sentiments partagés. Cette plénitude, cet apaisement total, savoir que l’on peut se laisser aller à être soi-même.
Ils restèrent ainsi de longues minutes, soudés l’un à l’autre, indifférent à ce qui les entouraient. Tout était parfait. Ils n’étaient entourés que de la plage, et du bruit des vagues, qui les berçaient doucement durant ce moment. Et soudain leur attention fut attirée par de l’agitation dans le jardin de la maison. Ce fut d’abord des murmures et quelques craquement qui leur semblèrent loin, et n’ayant rien à voir avec eux. Leurs sens étaient tellement tournés vers l’autre dans cet instant qu’ils mirent du temps à réaliser ce qui se passait pourtant à quelque dizaines de mètres d’eux. Chuck fut d’abord interpellé par Blair qui soudain se raidit dans ses bras.
Ce fut comme un réveil terrible pour elle. La réalité de la situation la heurta de plein fouet, et lui ramena brutalement les pieds sur terre. Elle n’était pas supposée être à l’extérieur de la maison, dans les bras de cet homme. Elle était supposée rester loin de lui si elle voulait protéger son bébé. Son corps se crispa à cette pensée et Chuck desserra son étreinte pour lui faire face.
« Que se passe-t-il Blair ? »
« Je suis désolée, je ne devrais pas être là », bredouilla-t-elle.
Chuck tourna la tête vers la maison pour constater que quelqu’un avait allumé la terrasse, et que des traits de lumière provenant de lampes torches commençaient à balayer la plage. Des bruits de pas précipités se précisaient. Il se tourna de nouveau vers elle :
« Tu n’a pas à avoir peur d’eux Blair, ils ne peuvent rien contre nous. Suis-moi, rentrons chez nous, à Manhattan. C’est là que nous nous devons d’être, tous les deux.
« Tu ne comprends pas. Je ne peux pas. Je ne peux pas être avec toi, te suivre, t’aimer. Je ne peux pas ! » lui répondit Blair, sans réaliser qu’elle criait désormais, et que les larmes dévalaient ses joues.
Chuck avait l’impression de vivre un cauchemar. A chaque fois que Blair et lui se rapprochaient, c’était pour s’éloigner davantage l’instant suivant. Il n’était pas fou, elle partageait ses sentiments. Son cœur était déchiré, que se passait-il dans le cœur de la femme qu’il aimait ?
« Mais de quoi parle tu enfin ? Tu es Bair Waldorf ! Tu es libre de faire ce que tu veux ! Je sais que tu m’aime, alors prends ma main et viens avec moi ! »
Blair se tenait là, tremblante, les larmes coulant sur ses joues. Elle contemplait l’homme de sa vie, le cœur en miette, lui tendant la main. Attendant un geste d’elle. Un geste qu’elle souhaitait tellement, mais elle était déchirée. Elle ne pensait pas qu’il était possible d’aimer quelqu’un plus qu’elle n’aimait Chuck. Mais tout avait changé. La perspective de se voir dérober son avenir avec son enfant avait tout changé. Ce n’était plus Blair et Chuck contre le monde désormais, c’était elle maman, qui devait protéger son bébé à tout prix. Et cette nuit-là, le prix à payer était son amour pour lui. Elle commença à reculer doucement.
« Je suis désolée Chuck, tellement désolée. Je ne peux pas te suivre. Nous ne pouvons plus être ensemble c’est terminé ».
Chuck ne pouvait croire à ce qui était en train de se passer. Il ne pouvait que contempler Blair s’éloigner de lui, le cœur brisé, impuissant. Son regard se plissait, il tentait de voir, de comprendre ce qui la menait à agir de cette manière. Il tendait toujours la main vers elle, il ne pouvait se résoudre à s’arrêter, alors qu’il la voyait continuer de reculer en direction de la maison. Il avança de nouveau vers elle, ne pouvant supporter la distance qu’elle mettait entre eux.
« Blair …. »
« Chuck je t’en prie. Arrête. Je fais le seul choix que je puisse faire. Je t’en prie tourne la page. Sois heureux. Je t’en prie. » Sa vois n’était plus qu’un murmure, et elle sentait son cœur s’écrouler en elle.
« Blair … » répétât-il, un peu moins fort cette fois, comme si son espoir s’amenuisait.
« Ce n’est pas parce que nous ne pouvons pas être ensemble que je ne t’aimerai plus », murmura-t-elle enfin, ses beaux yeux bruns noyés de larme, avant de se retourner, et de courir vers la maison sans un regard.
Chuck resta là, choqué par la scène qui venait de se dérouler. Il n’était pas fou. Il connaissait Blair mieux que personne, et n’était pas dupe. Il était convaincu qu’elle l’aimait encore. Comment cela pouvait-il ne pas suffire. Quelle raison impérieuse la poussait à rester loin de lui, après tout ce qu’ils avaient pu se dire, ou traverser comme épreuves.
Toujours tourné vers la maison de Cece, il constata que le retour précipité de Blair avait calmé l’agitation naissante. L’extérieur était désormais éteint, et la maison semblait de nouveau calme.
Il resta ainsi, debout, prostré au milieu de la plage. IL était incapable de dire depuis combien de temps, lorsqu’il réalisa qu’il était frigorifié, les embruns ayant progressivement trempé son manteau. Arthur devait toujours l’attendre, et devait commencer à s’inquiéter sans doute.
Le regard plus sombre que jamais, il s’astreint à quitter cette plage maudite, et à s’éloigner de Blair. D’un pas lourd, il commença à se diriger vers le parking, sans se douter une seule seconde des yeux qui le fixait désespérément depuis la chambre éteinte du premier étage.
Le retour à Manhattan passa comme un rêve. Ou plutôt un cauchemar. Les pensées de Chuck étaient entièrement tournées vers cette plage, vers ce moment partagé avec Blair, vers ce moment ou des sentiments de bonheur intense et de tristesse dévastatrice s’étaient enchainés à une allure affolante. Il tentait tant bien que mal de prendre du recul et de comprendre l’enchainement des évènements mais il n’y parvenait pas, en dépit de tous ses efforts. Il était incapable de comprendre de quoi Blair pouvait être aussi effrayée. Il était désormais convaincu qu’elle ne restait pas éloignée de lui de son plein gré, ses sentiments pour lui étaient plus forts que jamais, il ne pouvait imaginer se tromper sur ce point. Il connaissait trop bien Blair.
En revanche, il la connaissait assez bien pour savoir que peu de chose pouvait vraiment l’effrayer. Il y avait peu de choses devant lesquels Blair Waldorf renonçait au combat, convaincue qu’elle échouerait. Il commençait à avoir peur. Peur de l’obstacle qui se dressait désormais devant eux.
Il sursauta lorsqu’Arthur lui indiqua, discrètement, qu’ils étaient arrivés à l’Empire. Absorbé par ses pensées, il était incapable de dire depuis combien de temps ils se trouvaient là. Gêné, il marmonna une excuse, et s’extrait de l’arrière de la limousine, pour s’engouffrer à l’intérieur de son hôtel. Les employés qu’il croisa alors qu’il rejoignait son penthouse le saluaient mais il les ignora tous. Il avait besoin d’être chez lui, dans son cocon, de se servir un verre de son meilleur scotch, de s’assurer que Monkey allait bien, afin de réfléchir à la situation. Il priait pour que celle-ci s’éclaircisse, mais pour une des premières fois de sa vie, il était loin d’être confiant sur son pouvoir à changer les choses. Comment ferrait-il si vraiment, comme Blair semblait le laisser croire, il n’y avait rien à faire. S’il devait renoncer à elle, à eux, à leur vie, leur avenir, sans même pouvoir se battre. C’était purement inconcevable pour lui. Son esprit était comme figé, ses muscles étaient tendus, et son abdomen entier était contracté. Comme si son corps impactait chaque once de l’angoisse qu’il ressentait en ce moment précis.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent, et il s’avança lentement dans l’entrée, puis dans le salon de sa suite. IL ne porta pas attention à ce qui l’entourait. Les lieux étaient tellement familiers. IL avait réussi à en faire ce qui se rapprochait le plus possible d’un foyer. C’était un des rares endroits où il avait vécu au court de sa vie qu’il pouvait appeler sa maison. Le désavantage, qui commençait à l’irriter singulièrement, était que ce lieu était de plus en plus chargé de souvenirs. De souvenirs difficiles à se remémorer. Tous les moments heureux vécu avec Blair, les soirées qu’ils avaient terminées sur ce même canapé, à refaire leur monde tous les deux. Blair qui l’avait rejoint après leur rendez-vous manqué à l’Empire State Building. Leur terrible altercation après que Louis l’ai demandée en mariage. Blair lui annonçant sa grossesse. Blair. Elle était partout, elle était sa vie. Il était parvenu à se convaincre de renoncer à elle, mais le destin en avait profité pour en faire l’instrument de leurs retrouvailles, comme pour mieux lui laisser entrevoir de nouveau le bonheur qui était à leur portée, puis pour cruellement le leur retirer de nouveau.
Absorbé par ses pensées, il traversa mécaniquement le salon pour atteindre le bar. Il se versa silencieusement un verre de scotch, bientôt rejoint par Monkey, qui entreprit de mordiller activement le bas de son pantalon. Irrité, il s’accroupit pour caresser la gueule du chien qui désormais avait trouvé sa place dans son quotidien. Pour une fois cependant, Monkey ne semblait pas d’humeur à se laisser aller à un bon moment avec Chuck, et se contenta de se diriger vers le canapé du salon.
Intrigué, Chuck le suivit, pour découvrir Serena. Elle s’était tant bien que mal recouverte d’un plaid léger, et s’était endormie, recroquevillée sur le canapé qui n’était pourtant absolument pas désigné pour être confortable …Chuck s’avança doucement de sa demi-sœur, et posa la main sur son épaule, afin de la réveiller en douceur.
« Chuck, tu es enfin rentré », réagit tout de suite Serena, les yeux encore mi-clos.
« Que fais-tu là, ne devrais tu pas être avec Blair ? », l’interrogea Chuck, perplexe.
« Si, j’étais avec elle toute à l’heure, mais je devais te parler en personne, c’était trop important. Il s’est passé quelque chose avec Louis. Quelle heure est-il ? », demanda Serena, encore désorientée.
« Il est plus de 4h du matin S. J’étais avec Blair justement. Je reviens juste de la maison». Chuck s’était assis sur le bord de la table basse, face à Serena. Au souvenir du moment qu’il venait de partager avec Blair, une vague de douleur l’envahit, et il prit sa tête entre ses mains, comme pour évacuer ce souvenir de sa mémoire.
« Que s’est-il passé Chuck ? », le questionna Serena, soudain inquiète. Chuck se laissait rarement aller de cette manière, elle espérait de tout cœur que la situation n’était pas pire que ce qu’elle le supposait être. Cette fois-là tout à fait réveillée, elle s’était assise sur le canapé, et faisait désormais face à son frère. Elle prit doucement ses mains, et les lui descendit afin de libérer son visage. Elle le regarda droit dans les yeux, et lui demanda de nouveau : « Que s’est-il passé ? ». Le regard de Chuck était sombre, noir, triste, tellement triste.
« Elle m’a appelée, cet après-midi, pour me dire que tout était terminé entre nous. Qu’elle aimait Louis, que s’enfuir avec moi avait été une erreur, et qu’elle était désolée. Je ne comprenais pas je … elle a raccroché tout de suite, je n’ai rien eu le temps de dire. Je sentais que quelque chose n’allait pas, je devais la voir, alors je suis allé la bas. Nous nous sommes vu sur la plage et S, quelque chose ne va pas. Elle a commencé à me dire la même chose qu’au téléphone, qu’elle passait à autre chose, qu’elle persistait dans son mariage avec Louis. Et puis l’instant d’après elle était dans mes bras. Ma Blair, celle que j’aime, et qui m’aime aussi, était dans mes bras, en train de m’embrasser, avant que les hommes de Louis ne se rendent compte de son absence et commencent à la chercher. Nous avons entendu du bruit vers la maison, des lampes torches, et elle s’est glacée tout d’un coup. Et elle est partie. Elle m’a dit qu’elle m’aimait toujours, mais qu’elle ne pouvait pas, et elle m’a laissé là. Que se passe-t-il ? Je commence vraiment à m’inquiéter ! »
Serena n’avait rien raté du récit de son frère, et tout ce qu’il avait pu lui dire n’avait fait que confirmer son inquiétude. Louis était en train de gagner. Il avait trouvé le moyen de faire pression sur Blair, le seul moyen qui pouvait la tenir éloignée de l’homme qu’elle aimait désespérément. Elle avait pris la bonne solution en venant voir Chuck, car seul lui pouvait encore changer l’avenir. Sans intervention de sa part, sa meilleure amie allait passer sa vie dans un mariage sans amour, et son frère ne se remettrait jamais de la perte de la seule femme qu’il avait jamais aimée.
« Chuck, Chuck ! J’ai besoin que tu m’écoute attentivement maintenant. Tout n’est pas perdu. Blair t’a repoussé car Louis lui a posé un ultimatum, toi ou son bébé. Elle t’aime Chuck, elle a besoin de toi. »
Chuck leva les yeux sur Serena, choqué de ce qu’elle venait de lui apprendre.
« Comment ça un ultimatum, explique toi ! » Son cerveau peinait à comprendre le choix fait par Louis. Comment avait-il pu en arriver à de telles mesures ? Il n’avait jamais apprécié l’homme bien sûr, et leur dernière rencontre à l’hôpital n’avait pas réellement renforcé leurs liens, mais pourquoi aller aussi loin ?
« Si jamais elle le quitte, et reste avec toi, il fera ce qu’il faudra pour que leur bébé soit élevé à Monaco, et qu’elle n’ait pas le droit de le voir. Jamais. Et toi et moi savons qu’il a le pouvoir de mettre ses menaces à exécution malheureusement … Nous devons faire quelque chose, nous ne pouvons pas laisser Blair se sacrifier de cette manière ! »
Chuck fixait toujours Serena. Son esprit reprenait peu à peu contact avec la réalité. Blair voulait toujours être avec lui. Il y avait donc encore un espoir. Le seul obstacle était désormais Louis.
« Serena, laisse-moi passer un coup de fil. Depuis l’accident, j’ai lancé Andrew Tyler sur Louis. Pour l’instant rien n’est remonté, mais je pense qu’il est temps de lui rappeler sa dead line. ».
Serena regarda son frère se lever tout en saisissant son portable, et se diriger vers sa chambre, Monkey sur les talons. Elle pensa à Blair, seule dans cette grande maison, en train de renoncer à l’homme auquel elle avait donné son cœur des années auparavant, et à leur avenir ensemble. Elle ne lui dirait rien, rien tant que Chuck ne trouverait rien contre Louis. Mais un poids énorme venait de s’enlever de son cœur. Si une personne pouvait rivaliser en puissance avec le Prince Louis, c’était bien son frère. Et il avait une motivation que personne d’autre ne pouvait se targuer d’avoir.
Serena avait repris la route dès qu’elle avait pu parler à Chuck. Elle ne pouvait se résoudre à laisser trop longtemps sa meilleure amie seule dans cette maison immense. Elle n’attacha que peu d’importance au fait qu’elle avait à peine dormi quelques heures, et sur le canapé de Chuck qui plus est. Elle était fourbue, sentait qu’elle avait perdu la main sur son apparence physique, mais n’y apportait aucune importance. Au lieu de profiter du trajet en voiture pour prendre un repos mérité et surtout utile pour les jours à venir, elle ne cessa de penser à Chuck. Son frère était allé si loin. Elle était fière de lui, et surtout elle espérait tellement qu’il allait réussir. A Manhattan il était tout puissant, n’avait pas d’égal. Cependant il était cette fois confronté à un pouvoir tout à fait considérable, et elle ne parvenait pas à se convaincre de l’issue. Pourquoi fallait-il que le seul combat d’égal à égal qu’avait eu Chuck à mener dans sa vie ai pour enjeu la seule chose qui avait une réelle importance pour lui. Ce n’était pas l’Empire, ni Bass Entreprises, ni sa fortune. C’était Blair. Elle ne pouvait que se répéter une seule chose, la seule chose dont elle était convaincue en cet instant : son frère allait mettre toutes ses forces dans la bataille.
La voiture filait rapidement sur la route déserte. Serena, perdue dans ses pensées, ne parvenait pas à fixer son regard sur le paysage qui défilait, n’essayait pas vraiment. Lorsque le chauffeur s’arrêta devant la maison, entièrement sombre et silencieuse, elle ne réagit pas tout de suite. Elle se prépara mentalement à retrouver Blair. Elle ne parvenait pas même à imaginer l’enfer que son amie devait vivre. Elle pénétra dans la maison qu’elle connaissait si bien et s’arrêta dans la cuisine pour prendre un verre d’eau, et se confectionner rapidement un sandwich. Elle sortit de la pièce son plateau dans les mains, avec l’idée de s’installer dans le salon, devant la baie vitrée donnant sur la plage, mais elle s’arrêta interdite. Un des gardes de Louis avait décidé de passer la nuit dans le salon, comme pour mieux les surveiller. Serena était consternée, affligée. Comment la situation avait-elle pu déraper à ce point, échapper à tout contrôle. Elle était là, au milieu de la nuit, dans la maison ou elle avait passé toutes ses vacances d’été depuis des années, à contempler le garde du corps d’un prince endormi sur son canapé, pendant que sa meilleure amie se retrouvait contrainte à un choix impossible entre son bébé et l’homme qu’elle avait aimé toute sa vie. « Chuck je t’en prie, sors-la de là ». Sa prière muette formulée, elle fit résolument demi-tour et monta dans sa chambre. Elle tenait le plus possible à se ternir éloignée des hommes de Louis. La chambre de Blair semblait silencieuse, et aucune lumière n’était allumée. Elle entrouvrit néanmoins doucement la porte, de manière à ce que son amie se rende compte de sa présence, et puisse se manifester si elle souhaitait de la compagnie, mais la forme que Serena distingua sur le lit ne bougea pas. Elle espérait que son amie avait pu trouver le sommeil, elle en avait désespérément besoin.
Apres le départ de Chuck, Blair avait passé plus d’une heure, assise appuyée au mur, tout près de la baie vitrée de sa chambre. Son cœur était comme vidé des émotions de la journée. Et elle était épuisée. Epuisée de toute l’incertitude et de l’agitation qui menait sa vie depuis plusieurs mois maintenant. Tous ces moins d’hésitation et d’angoisse pour enfin retrouver l’homme qu’elle aimait, enfin voir clair dans ce qu’elle voulait pour son avenir, pour au final devoir supporter ce revirement. Pourquoi le destin l’avait-elle laissé admettre que c’était avec Chuck qu’elle voulait être, pour ensuite l’en éloigner ? Elle avait réussi à s’éloigner de lui au printemps dernier, et cela lui avait demandé toutes ses forces. Où allait-elle trouver la force de le refaire, alors qu’enfin il était devenu l’homme qu’elle avait toujours rêvé qu’il soit ? Elle était si fière de lui, de sa force, de sa droiture. Elle aurait tellement souhaité former enfin une famille, avec lui et son bébé. Elle devait aujourd’hui renoncer à ce rêve, alors qu’il n’avait jamais été aussi prêt de se réaliser. La vie lui semblait désespérément cruelle.
Après s’être laissée aller à ces pensée sombres, elle se reprit et parvint à se dire qu’elle avait besoin de sommeil, elle devait prendre soin d’elle, elle n’était plus toute seule désormais. Elle trouva la force de se lever, de se préparer à se mettre au lit, et se glissa enfin entre les draps. Tournée vers la fenêtre, elle contemplait silencieusement la lune et son reflet sur l’océan, tandis que les larmes roulaient sur ses joues sans pouvoir s’arrêter, mouillant peu à peu l’oreiller. Elle finit par s’endormir d’épuisement, ramassée sur elle-même, seule dans ce grand lit. Elle n’entendit pas Serena rentrer à la maison, tout comme elle n’avait pas réellement réalisé son départ. Elle avait le sentiment de prendre ses distances avec la réalité ces temps-ci.
Serena avait donc rejoint sa chambre en silence, avait rapidement mangé, et s’était endormie rapidement, avec l’idée que chaque heure de sommeil serait profitable pour arriver à épauler Blair et Chuck dans les heures, les jours qui arrivaient.
Le lendemain matin, elle eut le soulagement de constater que les gardes du corps de Louis avaient décidé de relâcher la garde suite à leur nuit agitée. Elle trouva le rez-de-chaussée de la maison tranquille et désert, et entreprit de préparer un petit-déjeuner copieux afin que Blair prennent des forces. Apres avoir envoyée la gouvernante chercher des croissants frais, elle commença à préparer des œufs, à faire griller les toasts, et pressa aussi quelques oranges. Il fallait que Blair comprennent que quoiqu’il se passe, quoiqu’elle risque de perdre, certaines choses ne changeraient jamais. Et les lendemains difficiles, elle devait pouvoir compter sur le « Non Judging Breakfast Club ». Croissants frais et Breakfast at Tiffany. Toujours.
Blair fut réveillée par la lumière du soleil. Le lit était tellement confortable, le silence et la tranquillité totale, qu’elle ne réalisa pas toute de suite ou elle était. Quelques secondes bénies où non, elle n’était pas prisonnière de son futur mari, et ne s’apprêtait pas à renoncer pour toujours à Chuck. Quelques secondes avant que la réalité ne la frappe de nouveau, et que son cœur ne s’écrase de nouveau dans sa poitrine. Elle ferma les yeux et inspira profondément. C’était une journée importante. Elle était Blair Waldorf, et elle allait la traverser dans la dignité. Elle se leva lentement de son lit, enfila un peignoir léger, et passa dans la salle de bain. Elle fut choquée par l’image qu’elle découvrit dans le miroir. Son teint de porcelaine était blafard, et des cernes profonds marquaient le haut de ses pommettes. Ses yeux noisettes étaient rougis, et gonflés par les larmes de la nuit dernière. Ses cheveux étaient emmêlés, et avait perdu toute leur brillance habituelle. Elle ne ressemblait plus à Blair Waldorf. Elle posa les mains sur le rebord de l’évier pour ne pas vaciller, et baissa les eux, ne supportant plus son reflet. Son regard se posa involontairement sur la bague de fiançailles qui brillait à sa main gauche. Elle n’était plus Blair Waldorf. Elle était Blair, Princesse de Monaco. Réprimant un frisson, elle ferma son peignoir, et quitta la salle de bain. Elle sortit de sa chambre et descendit lentement les escaliers, pour trouver Serena attablée dans la cuisine devant une quantité imposante de nourriture.
« Seigneur Serena tu n’as pas j’espère préparé le petit déjeuner pour toute la maison », lui demanda-t-elle en soulevant un sourcil interrogateur.
« Aucune inquiétude, je n’apprécie pas plus que toi la compagnie de ces charmants messieurs », lui répondit elle un sourire aux lèvres, quelque par rassurée que son amie soit encore capable d’un minimum d’ironie. « Au programme du NJBC ce matin, croissants frais, jus d’orange pressé, et Breakfast at Tiffany bien sûr », annonça Serena avec un optimisme un peu forcé. Elle savait que tout cela était superficiel, et n’avait pas vraiment d’utilité, mais elle espérait que Blair y trouverait néanmoins un peu de réconfort.
Celle-ci sourit. Serena était vraiment adorable. « C’est parfait S merci. Je te propose de prendre toutes ces délicieuses choses et d’aller dans le salon, histoire d’attaquer directement le film qu’en penses-tu ? » Elle n’avait ni l’envie ni le courage de se retrouver dans une situation où elle allait devoir parler, expliquer ou elle en était. Elle n’était pas dans le déni, elle savait ce qui allait se passer aujourd’hui. Elle souhaitait juste une occasion de se changer les idées jusque-là.
Alors qu’elles s’installaient toutes les deux dans le canapé moelleux, arrangeant les coussins et les couvertures, Serena tendit la main à Blair : « Chuck m’a raconté votre rencontre de cette nuit ». Elle tourna la tête vers Blair, qui restait silencieuse, le regard baissé. Elle s’était comme figé en entendant le nom de l’homme qu’elle aimait.
« Je ne voulais pas qu’il subisse la scène d’hier. Je n’aurais pas dû sortir le voir. » Elle marqua une pause malgré elle, tant la situation était encore dure à admettre. « Je prends la seule décision que je peux vraiment prendre. N’est-ce pas ? », Demanda-t-elle à son amie, levant vers elle des yeux remplis de larmes.
Le cœur de Serena se serra en voyant le visage de Blair se transformer à l’évocation de sa rencontre avec Chuck. Seigneur qu’avait-il-pu se passer … Elle ne pouvait malheureusement pas dire à Blair les mots qu’elle attendait. Non ce n’était pas un réel choix qui s’offrait à elle. Sans un mot, elle prit son amie dans ses bras, et la serra fort. Elle ne pouvait pour l’instant rien faire d’autre.
Blair essuya rapidement ses larmes alors que Serena desserrait son étreinte. « S, j’ai eu un message de Louis ce matin. Il va passer en début d’après-midi pour que je lui annonce ma décision. Et je partirais ensuite directement avec lui pour Monaco. C’est terminé. » Son regard était infiniment triste. Elle sera la main de son amie. « Maintenant j’ai juste envie de profiter de cette matinée avec toi d’accord ? »
« Tout ce que tu veux B », lui répondit Serena avec un sourire. Elles s’installèrent sur les coussins en silence, et Serena lança le film préféré de Blair. En silence, elle saisit son téléphone et envoya un message à Chuck pour l’informer que Blair partait avec Louis dès aujourd’hui. Elle priait pour qu’il soit là à temps. Elle priait pour qu’il trouve quelque chose d’ici là.
Blair se tenait assise, très droite, sur le banc immaculé recouvert de velours qui occupait le pied de son lit. Ses quelques sacs étaient prêts, alignés soigneusement dans un coin de sa chambre par la gouvernante de la maison qui l’avait aidée dans cette tâche. Dorota avait reçu pour consigne tôt ce matin-là de préparer l’ensemble de ses affaires qui restaient dans son penthouse. Elle ne souhaitait en aucune manière y retourner. Revoir New York, parcourir les rues qu’elle connaissait si bien, tous ces endroits lui rappelant les souvenirs d’une vie qui était désormais derrière elle. A quoi bon. C’était sa ville, il y était partout, et elle n’avait plus de force à consacrer à ce combat.
Elle fixait un point devant elle, tentait d’ignorer le bruit irritant de son portable qui vibrait sans discontinuer dans son sac et échouait lamentablement. D’un geste sec, elle l’ouvrit, contempla l’appareil quelques seconde d’un regard un peu absent, et sans qu’elle n’en eu une réelle conscience s’en saisit et le lança avec force droit devant elle.
Le bruit la fit sursauter. Son téléphone s’était écrasé contre le mur blanc impeccable, et gisait en plusieurs morceaux au sol. « Très bien ». Murmura-t-elle entre ses dents.
Elle savait ce qu’elle allait voir affiché sur l’écran. Les appels et les messages de Chuck, de ses parents. Au fond de son cœur elle savait parfaitement qu’à ce stade, rien de ce qu’ils ne pourraient dire ne changerai quoi que ce soit à la situation, alors à quoi bon.
A quoi bon s’embarrasser de ce bagage sentimentaliste. « Tu dois être froide pour être Reine », s’entendit-elle dire à Jenny quelques années auparavant. C’était vrai à l’époque, et cela restait vrai aujourd’hui. Elle allait devenir Princesse, Maman, sa vie s’apprêtait à changer radicalement d’ampleur, et elle devait rassembler ses forces. Ne rien laisser la détourner de son but.
Elle n’était pas dupe. Même si elle donnait à Louis et Sophie ce qu’ils voulaient, elle allait devoir se battre à chaque instant pour ne pas se laisser dévorer par Monaco, pour rester elle-même autant qu’elle le pourrait, et être la mère qu’elle souhaitait être pour son bébé.
Un bruit la détourna de ses pensées et elle tourna la tête pour trouver la porte de sa chambre s’entrouvrir, et Serena apparaitre dans l’embrasure, le visage inquiet.
« B tout va bien ? J’ai entendu un bruit bizarre, je … » s’exclama Serena, avant de s’interrompre, s’apercevant consternée de l’état du portable de son amie.
Elle la regarda en silence. Que pouvait-elle bien faire. Il lui semblait de toute manière indécent de lui demander comment elle allait, alors quoi ?
« Est-ce que tu préfères rester seule ? Est-ce que je peux t’amener quelque chose ? », demanda-t-elle à Blair.
Celle-ci la contemplait toujours, le regard plus sombre que jamais.
« Merci, je préfère rester seule, dit-elle d’une voix éteinte.
- Nous avons un peu de temps avant que Louis n’arrive, pourquoi nous n’irions pas nous poser toutes les deux sur la terrasse ? Profiter un peu du soleil ?
- Je suis fatiguée Serena, je préfère me reposer avant le départ ». Puis se rendant compte que son amie ne méritait pas la sécheresse de ses propos, elle reprit :
« J’ai juste un peu de mal gérer l’attente c’est tout … je voudrais être déjà dans l’avion. Plus tôt je serai là-bas, plus tôt je pourrai apprendre à supporter tout cela. Rester ici, dans cette maison ou nous avons tellement de bon souvenirs, et juste attendre que le couperet tombe c’est … c’est juste beaucoup à supporter additionné à tout ce qui s’est passé ces derniers jours. Je suis désolée … Tu as été parfaite. Ta présence ici à mes côtés m’a sauvée, je n’y serais pas arrivée sans toi ». Sa voix avait décliné au fur et à mesure qu’elle avançait dans son discours, comme si chaque mot la rapprochait de l’échéance, du départ, et que cette perspective la vidait de toute son énergie vitale.
La chape de plomb qui lui pesait sur les épaules étaient plus lourde que jamais, et elle ressentait vivement le besoin de pouvoir se ressaisir avant l’arrivée de Louis, elle tenait à rester parfaitement digne devant lui.
Sans un mot, Serena pris quelque seconde pour regarder Blair, le cœur lourd de voir son amie avoir à lutter comme cela. Puis, respectant le souhait de celle-ci d’avoir ces moments pour elle-même, elle ferma doucement la porte et descendit dans le salon, afin d’être informée dès que possible de l’arrivée de Louis.
Elle se tenait assise là depuis déjà plusieurs minute quand elle entendit un crissement sur les graviers qui recouvrait l’esplanade devant l’entrée de la maison. En silence, elle se leva et alla directement ouvrir la porte de la maison, restant campée dans l’embrasure alors que le fiancé de son amie, le visage impassible, s’avançait vers elle d’un pas lourd.
Louis ne savait pas quoi espérer de cette rencontre avec Blair. Toute cette situation lui semblait surréaliste, étrangère à sa propre vie. Durant le trajet, les premiers moments qu’il avait partagés avec Blair lui étaient revenus en mémoire. Leur passion commune pour les impressionnistes, le fait qu’elle soit allée jusqu’à manger un kebbab pour le convaincre de son authenticité … Il avait à l’époque trouvé tellement touchant qu’elle croit avoir réussi … Le premier gala auquel il avait souhaité la présenter à ses parents, gala auquel elle n’était jamais arrivée. Ces souvenirs ne faisaient que l’abattre davantage car vraiment, il aurait dû réaliser bien plus tôt que leur histoire ne fonctionnait pas, qu’eux deux alimentaient un fantasme irréalisable, pour des raisons qui leur étaient propres. Blair voulait réaliser son conte de fée, pour se prouver que son avenir n’était pas avec Charles Bass, et lui souhaitais échapper à un mariage sans amour et sans folie avec une princesse européenne choisie par sa mère.
Ils avaient chacun provoqué leur propre perte en persistant dans leur histoire. Aujourd’hui Blair était enceinte, et amoureuse d’un autre homme. Quelles étaient encore leurs options ?
Dans le meilleur des cas … sa réflexion s’était alors stoppée net. Il y en avait-il vraiment un meilleur que l’autre ? Ramener chez lui une femme sous la contrainte d’un chantage honteux, où attendre le meilleur moment pour enlever son propre bébé de l’amour de sa mère.
De toute manière ils avaient provoqué leur malheur à tous les deux. Son seul espoir était qu’ils puissent sauver le bonheur de leur enfant.
Il arrêta soudain d’imaginer. Il savait ce qu’allait décider Blair. Il connaissait son histoire, son enfance, et il savait quelle vie elle souhaitait offrir à l’enfant qu’elle portait. Bien sûr qu’elle allait se sacrifier, et rentrer avec lui. Son cœur hésitait entre la joie qu’il ressentait à l’idée qu’elle allait bien devenir sa femme, et la tristesse profonde, l’injuste fatalité qui teintait cette décision pour eux deux.
Le visage fermé et accusateur qu’affichait Serena alors qu’elle l’attendait à la porte de la maison le conforta dans ce qui l’attendait. Il rassembla son courage et avança vers la demeure, déterminé à affronter la situation.
« Bonjour Serena, dit Louis d’une voix atone.
- Louis. Blair est dans sa chambre, je vais aller la prévenir de ton arrivée. En attendant tu peux rejoindre ton équipe. Ils se sont rassemblés sur la terrasse. »
Serena tourna sèchement les talons et s’engagea dans l’escalier, tandis que Louis intégrait la froideur de l’accueil en silence. Il avait dans un premier temps été dubitatif sur la personnalité de la jeune fille, et avait surtout mis du temps à comprendre comment elle pouvait être amie avec Blair, tant elles étaient différentes. Mais peu importait, il avait pu constater que les liens qui les unissaient pouvaient résister à tout, et même si il n’était pas dupe, et savait que Serena le tenait responsable du malheur de son amie, il avait du respect pour sa fidélité. Il espérait que Blair pourrait trouver dans cette relation un peu de réconfort lorsqu’elle se serait établie définitivement à Monaco.
Blair ne cilla pas lorsqu’elle entendit quelqu’un, qu’elle savait être Serena, frapper à sa porte. Elle posa ses mains bien à plat de part et d’autre de ses jambes, baissa la tête, inspira profondément alors que son regard s’attardait sur la bague de fiançailles de Louis qui ornait toujours son doigt. Elle y était. Elle expira lentement, se composant l’attitude qui avait fait d’elle la Reine de l’Upper East Side. Elle se leva doucement, saisit son sac et s’avança jusqu’au milieu de la chambre pour faire face à un magnifique miroir ancien de plein pied. Elle y observa attentivement son reflet. Ses boucles brunes reposaient gracieusement sur ses épaules, retenues par un headband en velours noir. Elle avait revêtu une robe rouge sombre en soie, à taille empire, qui faisait ressortir son teint pâle. Sa parfaite petite veste noire Chanel, accompagnée de lowboots à talon de la même couleur, réchauffait sa tenue. Elle caressa du bout des doigts le sautoir en perles qui ornait son cou gracile. Elle ne pu réprimer un sourire en se remémorant la première fois qu’elle avait fait couler entre ses doigts ce collier, sur la scène de Victrola. Elle se sentait plus elle-même que jamais. Une femme sublime, élégante, indépendante. La femme dont Chuck était tombée follement amoureux ce soir-là. Certainement pas une princesse soumise et faible. Elle ne maitrisait peut être pas l’homme qu’elle allait épouser mais elle était déterminée à être la mère dont Chuck serait fier. Il souhaiterait qu’elle ne se perde pas dans son nouveau rôle. Qu’elle impose sa marque dans le monde. Qu’elle montre à Monaco qui est Blair Waldorf.
Elle passa doucement sa main sur son ventre rond, joliment souligné par sa robe. Ses paupière se fermèrent une seconde, et elle promit intérieurement à son bébé qu’elle allait faire tout ce qui était en son pouvoir pour être la meilleur maman qu’il puisse avoir.
Elle tourna vivement la tête vers la porte alors qu’elle entendit celle-ci s’ouvrir doucement.
« Je suis prête », dit-elle simplement à Serena.
Louis ne put s’empêcher de fixer Blair alors que celle-ci descendait les escaliers, incapable de dire un mot. Il s’attendait à trouver une jeune fille faible et triste, et il avait devant lui une femme belle, élégante et d’une grande dignité. Il s’approcha, la main tendue, afin de l’aider à descendre les dernières marches, main qu’elle refusa d’un geste. S’arrêtant devant lui, elle posa une main sur son épaule et lui déposa un baiser rapide sur la joue. Louis était subjugué par l’attitude de Blair, et ne savait que penser.
« Je suis prête, nous pouvons y aller », lui dit-elle calmement.
- Je pensais que tu souhaiterais d’abord parler de tout cela je … je ne pensais pas que tu serais aussi pressée de …
- Je ne le suis pas, le reprit-elle vivement, mais pourquoi débattre inutilement ? Je ne te pense pas surpris par ma décision de toute manière. »
Blair contemplait Louis avec ce qu’elle craignit d’être de la pitié. C’était lui-même qui lui imposait cet ultimatum insupportable, et ce uniquement dans le but qu’elle rentre avec lui à Monaco et préserve son honneur, autant qu’il ait la décence de l’assumer. Cela ne semblait même pas être le cas. Tout le respect qu’elle n’avait jamais dû avoir pour lui continuait de se dissiper.
Elle balaya ces pensées de son esprit et se tourna vers Serena, qui l’avait suivi dans l’escalier. Se tenant face à elle, elle lui prit doucement les mains. Elle tenta d’afficher un sourire sur son visage, mais son regard trahissait la tristesse du moment. Les deux amies se contemplaient sans un mot, quand Serena lâcha les mains de Blair pour mieux pouvoir serrer son amie dans ses bras. Le visage enfoui malgré elle dans la masse de cheveux blond de son amie, Blair ne put s’empêcher de penser que même si les démonstrations d’affection ne remportaient en général pas son approbation, les élans de tendresse de son amie allaient lui manquer.
« Appelle-moi dès que tu arrives d’accord ? murmura Serena à l’oreille de son amie.
- Je te le promets, lui répondit rapidement Blair. Elle ne voulait pas se projeter à Monaco, pas encore, elle avait avant cela un message à délivrer. Comme Serena ne répondait rien, elle poursuivit :
- Je te le confie S, prends soin de lui, promets-moi. »
Serena cessa d’étreindre son amie, et recula d’un pas, pour faire face à Blair, les mains posées sur ses épaules.
« Tu le feras toi-même. Il va t’attendre, va trouver une solution, et bientôt tu seras de retour pour prendre soin de lui.
- S tu sais que cela n’arrivera pas. C’est trop tard. Je pars aujourd’hui et ne reviendrai pas. Et j’ai besoin de savoir que tu seras là pour lui, ainsi que Lily. Je n’aurais pas la force de quoi que ce soit si je le sais seul à Manhattan. Je veux la certitude que vous serez tous avec lui, s’il te plait,» lui demanda Blair, la voix plus brisée par l’émotion qu’elle ne l’aurait souhaité, mais le regard plus déterminé que jamais.
Serena s’apprêta à la contredire de nouveau mais se ravisa. Quelque chose dans le regard de son amie lui fit réaliser qu’elle n’avait pas besoin d’être rassurée par des chimères. Elle avait besoin de force, là tout de suite, et ce qui pouvait lui en donner était de savoir qu’elle serait là pour Chuck.
« Je te le promets », murmura-t-elle avant de serrer de nouveau Blair dans ses bras.
Finalement Blair se décida à rompre l’étreinte et s’éloigna doucement de Serena. Elle lui adressa un dernier sourire, triste en dépit de ses efforts, et se retourna vers Louis.
« Allons-y », lui dit-elle cette fois d’une voix plus ferme.
Louis eu pour seul reflexe de s’effacer pour laisser passer Blair, sans mots devant la force et l’autorité naturelle de la jeune femme. La tête haute, celle-ci passa la porte et s’avança vers la voiture qui les attendait, sans un regard pour l’homme qui lui tint la porte, et prit place à l’arrière. Elle eut à peine le temps de mettre ses lunettes de soleil avant qu’une larme discrète ne se forma au coin de son œil.
C’est le cœur lourd que Serena contempla la voiture de Blair et Louis quitter la propriété. Finalement, dans un nuage de poussière, celle-ci passa le porche et disparu.
La jeune femme senti un terrible poids s’abattre sur ses épaules. Et maintenant ?
Blair était partie avec Louis, et la vie allait devoir continuer à Manhattan. Cela impliquait dans l’immédiat une discussion qu’elle redoutait avant toute chose d’avoir. Annoncer le départ de Blair à Chuck.
Serena n’osait même pas imaginer la réaction de son frère à cette nouvelle. Il allait être détruit, et elle ne pouvait concevoir d’être la personne qui allait devoir lui dire que tout espoir de bonheur avec la seule personne qu’il n’ait jamais aimé était éteint. Allait-il seulement pouvoir se relever de cette épreuve.
En silence, elle retourna à l’intérieur de la maison pour organiser son retour à Manhattan.
Chuck se tenait devant la fenêtre de sa suite, et son regard vide balayait la skyline d’un air absent. Son corps était figé, rigide, crispé. Il fallait bien le connaitre pour en cet instant saisir la détresse dans laquelle il se trouvait. Car au-delà de sa posture, sa mise était impeccable. Il avait revêtu un costumé gris foncé à fine rayure, ainsi qu’une chemise blanche et violette. Un cravate à motif cachemire et une pochette assortie complétait sa tenue. Sans un bruit, le visage impassible, il passa une main dans ses cheveux avant de se retourner et de se diriger vers le bar.
Son regard accrocha alors son portable, obstinément silencieux alors qu’il n’attendait qu’une seule chose. Un appel libératoire d’Andrew Tyler qui pourrait enfin lui donner un élément lui permettant de libérer Blair de l’emprise de Louis et de sa famille. Mais rien.
Son fidèle employé le connaissait bien. Nul besoin de l’importuner uniquement pour l’informer qu’il continuait de chercher. Pas d’appel signifiait clairement qu’il ne trouvait pas. Le combat le plus important de sa vie, et pour la première fois, il n’avait pas d’arme. L’impuissance n’était pas un sentiment avec lequel il avait l’habitude de vivre, et il commençait à se sentir vaciller. Il s’était jusque-là convaincu que l’information dont ils avaient besoin allait arriver. Elle arrivait toujours.
Mais avait-il enfin trouvé plus fort que lui ?
Le visage plus sombre que jamais, le regard presque noir, il inspira profondément pour se reprendre, et que son esprit cesse à cet instant d’imaginer ce qui allait se passer s‘ils ne trouvaient rien.
Comme il l’avait fait tant de fois, il saisit un verre sur l’étagère en verre qui lui faisait face, ne prit pas la peine d’ajouter la glace qu’un salarié de l’hôtel avait pourtant pris le soin de lui fournir, et se versa un verre de scotch. Il descendit celui-ci d’une traite. L’alcool ne lui brula même pas la gorge. Voilà à quoi menaient 10 ans d’excès. Une insensibilité à la seule chose qui pourrait permettre à son esprit de s’évader quelques heures d’une réalité qui lui semblait parfaitement invivable.
Il était en train de se verser un second verre lorsqu’il entendit le feulement discret de l’ouverture de la porte de l’ascenseur.
Le regard qu’il leva sur la personne qui pénétrait dans la pièce était noir, vide, et sans aucun espoir. Au fond de lui il savait déjà. Il avait le sentiment d’être au bord d’une falaise et de se retenir de tomber. Pour l’instant.
Serena s’avança dans la pièce totalement silencieuse. Sans surprise elle aperçut la silhouette de son frère derrière le bar de la vaste pièce et elle fut choquée par sa posture. C’était bien Chuck, élégant, apprêté. Mais cette fois le costume sur mesure ne lui conférait pas son allure habituelle, ne masquait pas l’abattement qui irradiait du jeune homme. Les larges épaules étaient voutées, il ne sembla même pas avoir la force de lever vers elle son visage.
Chuck était immobile. Il percevait vaguement les claquements de talons qui annonçaient l’arrivée de sa sœur, mais ils lui semblaient comme étouffés. Serena se personnifiât devant lui, pas réellement égale à elle-même. Sa longue chevelure blonde n’était pas coiffée, elle avait revêtu à la va vite un manteau sombre et de hautes bottes, et avait choisi une banale étole en cachemire beige pour se réchauffer. Le regard de Chuck remonta lentement le long du corps de sa sœur, constatant au fur et à mesure le manque de soin peu habituel qu’elle avait porté à sa tenue. Il arriva finalement à son visage. Et ce qu’il y lu le glaça.
Serena était défaite. Chuck constata, interdit, qu’aussitôt qu’elle sentit son regard, elle détourna le sien, incapable de laisser son frère y lire l’horrible réalité. Alors il intégra l’évidence. C’était terminé. Il sentit son esprit s’échapper, et ne put qu’observer malgré lui son propre bras balayer d’un geste puissant le verre de scotch qui se trouvait toujours devant lui, et qui alla s’écraser violement contre le mur. Il porta ses deux mains à son visage alors que son corps s’adossait instinctivement contre le bar. Ses jambes ne le soutenaient plus, et il se sentit lentement glisser jusqu’au sol, incapable de se retenir. Il serra la mâchoire, ferma les yeux et tenta de se concentrer sur sa respiration. En dépit de ses efforts, il sentit une main d’acier lui saisir le cœur et celui-ci se tétaniser.
Serena sentit les larmes lui monter aux yeux lorsqu’elle entendit le verre se fracasser contre le mur. Dans un sursaut, elle ferma instinctivement les paupières pour tenter de se retenir de pleurer. Sa main serra un peu plus fort l’anse de son sac à main, et lentement elle tourna la tête vers son frère, se forçant à regarder, à voir dans quel état il était. La vision qui s’imposa à elle lui brisa le cœur. L’homme si fier et puissant était au sol, brisé comme un mannequin désarticulé. Sa respiration était erratique, il semblait ne pas parvenir à trouver son souffle. Elle lâcha précipitamment ses affaires et se couru vers lui.
Malgré son esprit embrumé, Chuck se rendit compte que Serena, effrayée par sa réaction, se précipitait vers lui. Dans un sursaut, il eut le réflexe de lever la main vers elle, pour lui signifier de ne pas s’approcher davantage. Cédant à son autorité naturelle, celle-ci s’arrêta, et le regarda en silence. Tentant de se reprendre, il prit appui sur le sol, puis sur le bar, pour parvenir à se relever. Il passa silencieusement une main dans ses cheveux et leva son visage vers sa sœur.
« - Elle est partie ? demanda-t-il d’une voix sourde
- Ce matin », répondit simplement Serena.
Il n’y avait rien d’autre à dire. A faire.
Ils restèrent ainsi de longues minutes simplement l’un en face de l’autre. Les bras ballant. Comme abasourdi par l’impossible situation qui s’imposait à eux.
Il allait falloir commencer à vivre sans elle désormais.
**********************
Blair monta vivement l’escalier du jet privé que Louis avait affrété pour leur retour à Monaco. Celui-ci la suivait d’un pas peu assuré, apparemment dépassé par la situation, qu’il avait pourtant provoqué en toute conscience.
Elle traversa la cabine principale sans un mot pour le personnel, ni un regard pour les assiettes remplies de macarons que Louis avait fait préparer, pensant innocemment lui faire plaisir. Elle entra dans la cabine principale, dont elle ferma immédiatement la porte. Elle s’accorda quelques instants, adossée à celle-ci, avant de retirer ses lunettes de soleil et de s’avancer dans la petite pièce. Elle était soulagée de trouver un peu d’intimité et de solitude, car il lui semblait avoir comme retenu sa respiration depuis son départ de la maison. Afficher un comportement impeccable de dignité alors que son cœur était détruit demandait une énergie monumentale que seule la volonté qui était la sienne pouvait conférer.
Savourant sa tranquillité temporairement retrouvée, elle prit le temps de balayer la cabine du regard. Un lit confortable en occupait le centre, auquel faisait face un écran plat. Sans surprise. Elle avisa la petite porte qui donnait sans doute sur la salle de bain, et s’y dirigea afin de se rafraichir. Le trajet en voiture n’avait pas été long, mais elle avait dû prendre sur elle pour ne pas flancher et elle sentait son corps bien plus crispé qu’il ne devrait être.
Elle s’apprêtait à se saisir de la poignée lorsqu’elle entendit frapper à la porte de la cabine. Elle se figea.
« Blair tout va bien » ? l’interrogeait Louis d’une voix inquiète.
Blair, qui avait commencé à baisser sa garde, prit le temps de se reprendre avant de répondre.
« Oui, je vais très bien. Même si ta sollicitude me touche, je te prie de bien vouloir me laisser me reposer. Nous nous verrons avant l’arrivée », lui répondit-elle froidement.
Immobile, elle attendit la réaction de Louis, s’attendant presque à le voir ignorer sa requête et pénétrer dans la chambre. Mais elle ne perçut que le silence. Une part d’elle-même fut soulagée, mais elle ne put s’empêcher de se dire que l’homme auquel elle s’apprêtait à unir sa vie manquait singulièrement de droiture, de force.
Alors qu’elle l’attendait dans la maison de Cece, elle s’était imaginé qu’il la retrouverait en conquérant, fier de sa victoire sur Chuck, fier de ramener dans son pays une fiancé belle et enceinte d’un héritier.
Il avait mis en place le pire des chantages pour obtenir qu’elle reste à ses côtés et maintenant qu’il y était parvenu, il paraissait incertain, indécis. Petit. Comme si paradoxalement il était lui aussi victime.
Refusant de se laisser abattre par la situation, elle entra dans la salle de bain et entreprit de se rafraichir. Evitant soigneusement de croiser son reflet dans le miroir, elle brossa longuement ses cheveux, et passa une tenue confortable. Puis, sans bruit, elle sortit de la petite pièce, et se dirigea vers le lit. Elle se glissa entre les draps, passa sur ses yeux un masque de satin, et s’installa aussi confortablement que possible.
Elle souhaitait que le vol soit déjà terminé. Revoir Monaco, Sophie, et se consacrer dès que possible à mettre en place sa nouvelle vie.
Cette phase transitoire lui semblait laborieuse. Il était encore trop près d’elle.
Elle avait besoin qu’un jet mette d’urgence un océan entre eux.
Les paupières désormais closes, elle autorisa brièvement son esprit à imaginer la présence de Chuck derrière elle. Passant avec douceur une main sur son ventre, elle imagina un instant que ce fut la sienne et s’endormit avec cette pensée.
Comme à son habitude, Blair ouvrit les yeux avant que le son de son réveil ne se fasse entendre.
Comme d’habitude, son esprit mit quelques secondes à intégrer ou elle se trouvait, comme si il ne pouvait se résoudre à ce que cela soit sa vie désormais.
Son regard balaya les épais rideaux qui barraient encore les rayons du soleil de Monaco, la commode couvertes de photographies soigneusement encadrées de son mariage, de sa fille, de ses parents, la coiffeuse de sa chambre de jeune fille qu’elle s’était faite expédier depuis New York. Elle était parvenue à créer au sein de ce palais une chambre qui était son seul refuge, contiguë à celle d’Audrey.
Elle ne faisait plus chambre commune avec Louis depuis plusieurs années. A son retour à Monaco, elle s’y était astreinte, souhaitant montrer au personnel du Palais qu’elle était sensible aux convenances qui régissaient une maison royale. Mais le temps passant, ni l’un ni l’autre n’avaient plus l’énergie de prendre sur lui, et aspirait à certains moments de tranquillité et d’intimité.
C’est ainsi que chaque matin, elle se réveillait seule, et goutait à quelques instants de paix, pour ensuite aller chercher Audrey dans sa chambre. Elle l’aidait alors à se préparer, puis prenait avec elle un solide petit déjeuner sur une terrasse ombragée avant de l’accompagner à l’école.
Les journées de Blair ne se ressemblaient heureusement pas. La diversité de son rôle au sein de la principauté la sauvait malgré elle de la folie, et son instinct de survie lui dictait de se jeter à cœur perdu dans les différents projets qui lui étaient proposés par son équipe. Sa vie tournait désormais autour de la fondation qu’elle avait créée après la naissance de sa fille, et de l’éducation de celle-ci.
Elle n’avait qu’une confiance extrêmement limitée dans le personnel du Palais, qu’elle savait bien sur unanimement acquis à la cause de sa belle-mère et de son mari. Aussi avait-elle insisté pour que son bébé n’ait pas de gouvernante attitrée. Ne pas être dépossédée de son rôle de mère, pour lequel elle avait tout sacrifié, lui était vital. Elle était le personnage central de la vie de sa fille, son principal repère, et l’inverse était aussi vrai.
Les premiers mois à Monaco avaient été d’une extrême violence pour elle. Vivre la fin de sa grossesse dans le déracinement le plus total, devant aussi gérer le fait que Chuck lui manquait cruellement, avait été une réelle épreuve, ce qu’elle était parvenu à cacher à son entourage pour la plus grande partie. Sophie ne s’intéressait de toute manière qu’à l’enfant. Le bien être de sa belle-fille était totalement accessoire.
Blair avait pu obtenir in-extremis que le mariage soit célébré après la naissance, à la condition qu’une union civile soit rapidement conclue dans l’intimité, ce qu’elle avait bien sur accepté. Louis avait plaidé dans son sens, comme si lui-même appréhendait l’évènement.
Un après-midi du mois de Mars, Blair avait donc épousé Louis Grimaldi de Monaco, dans l’intimité d’une salle du palais. Seule leur famille proche respective était présente, leurs parents ayant même fait office de témoin. L’ambiance qui avait régné sur cette célébration était indéfinissable. La tension était palpable, comme si chacun des participants s’attendait à tout moment que la mascarade ne cesse. Que quelqu’un se lève et déclare que la situation n’avait aucun sens. Que tout le monde reparte de son côté et que le cauchemar s’achève. Mais non. Tous les participants avaient persisté, et Blair était devenu Princesse de Monaco. Après un rapide cocktail au dans le jardin d’hiver du palais, Blair avait pris quelques instants avec ses parents, afin de savourer ses derniers moments avec sa famille. Lorsqu’ils se reverraient, elle serait maman, et tout aurait changé.
Blair était partagée entre l’impatience et la crainte en ce qui concernait la naissance de son bébé. Au-delà des conséquences physiques, qui suffisaient pourtant à inquiéter toute future maman, l’enjeu était particulièrement énorme. Elle avait tiré un trait sur sa vie telle qu’elle l’avait toujours imaginé pour être mère, et cela représentait un pas dans l’inconnu le plus complet. La possibilité que cela se passe mal, qu’elle ne fut pas à la hauteur, ne quittait pas son esprit. Et si elle avait fait le mauvais choix ? Comment pouvait-elle affirmer qu’elle était le meilleur pour son bébé ?
Désireuse de recréer autour d’elle un environnement dans lequel elle serait le plus à l’aise possible, Blair avait obtenu à l’arrachée que seule sa mère fut avec elle lors de l’accouchement. Sophie ne se sentait heureusement que peu concernée par tout ce qui précédait la naissance et qui n’apparaitrait pas dans la presse et Louis, égal à lui-même, fut sans doute soulagé d’être dispensé de cette responsabilité. Blair vit donc Eleonor la rejoindre à Monaco quelques semaines avant la date prévue de la naissance. Elle savoura avec elle des moments reposant, agréables, faits de promenade dans les jardins, de lecture, de discussions animées sur les croquis de la prochaine collection de EWD.
Quand vint le moment de la naissance, Blair fut prise en charge par l’équipe médicale mobilisée pour elle depuis plusieurs semaines. Soutenue par sa mère, elle donna naissance à une petite fille, Audrey.
Toutes les questions qu’elle avait jamais pu se poser sur la maternité trouvèrent leur réponse au moment même où le médecin lui déposa son bébé sur le ventre, sous le regard ému d’Eleonor. La petite fille dévorait déjà sa mère d’un regard sombre et intense, comme voulant décrypter, comprendre tout ce qu’elle voyait. Sa vivacité et sa beauté subjugua Blair dans l’instant. Et elle sut qu’elle avait pris la bonne décision.
Les mois qui suivirent la naissance d’Audrey furent une parenthèse bénie dans sa vie à Monaco. Après que Sophie eu fait part de sa déception quant au sexe du bébé, elle s’était relativement désintéressée, au moins temporairement, de la petite fille. Quand à Louis, il ne parvenait pas à créer un lien avec sa fille, et toutes ses tentatives se soldaient par un échec pitoyable. Il restait maladroit, rien ne lui était naturel, et la petite fille le sentait. Elle était la fille de Blair Waldorf, aussi lui fit elle payer. En parallèle, les parents de Blair venaient souvent la voir, ravie de passer du temps avec elles-deux.
A la rentrée suivante, Blair commença à avoir envie d’autre chose, et se mit enfin en relation plus étroite avec l’équipe lui avait été affectée lors de son arrivée. Après plusieurs réunions et échanges avec Louis, il fut décidé de créer une fondation en son nom, qui rassemblerait sous son aile l’ensemble des projets caritatifs dans lesquels Blair allait s’investir. Forcément, Louis manifesta une joie excessive et déplacée en voyant Blair s’adapter à sa nouvelle vie, sans aller jusqu’à imaginer qu’il s’agissait davantage d’instinct de survie de la part de sa femme sur d’une réelle vocation humanitaire.
Mais le résultat était là. Quoi qu’en fut l’origine, l’investissement de Blair fut de suite réel. Ceci ajouté à l’importance qu’elle apportait à son rôle de maman eut tôt fait de générer une popularité impressionnante. Le peuple de Monaco était heureux de voir évoluer sa nouvelle Princesse, une femme belle, engagée et indépendante, qui menait de front l’éducation de sa fille et de nombreuses missions caritatives. Louis, dépité, ne put que constater l’ampleur grandissante de l’affection de son peuple pour son épouse et sa fille, tandis que sa maladresse et sa froideur le mettait malgré lui en retrait.
Blair ne s’était jamais imaginée en princesse du peuple, mais c’était au final exactement la position dans laquelle elle se retrouvait, et elle devait admettre qu’elle y trouvait une forme d’équilibre. Sa popularité à Monaco lui donnait indéniablement un poids face à Louis et Sophie qu’elle n’aurait jamais eu d’une autre manière, et c’était devenu son mantra. Ne pas se faire dépasser, garder un maximum d’indépendance pour pouvoir assurer le bien-être de sa fille en cas de situation conflictuelle à venir. Elle était dans une position de défiance constante, refusant de se laisser aller, perpétuellement en train d’analyser les nouveaux rapports de force qui se mettait en place avec sa belle-famille. Garder le contrôle. Il fallait au moins être Blair Waldorf pour résister dans cet environnement.
Au cours des années, elle avait bien sur manifesté le besoin de s’échapper de Monaco. Elle pouvait théoriquement recevoir ses proches au Palais autant qu’elle le souhaitait, mais elle profitait au final très peu de ces visites. Ses parents bien sûr venaient régulièrement voir leur petite-fille, puisqu’ils n’avaient pas la possibilité de la voir par ailleurs. Blair n’avait malheureusement pas le droit de voyager avec Audrey. Elle s’était donc octroyé quelques parenthèses, une rapide visite parisienne, rendue peu apaisante en raison du grand nombre de photographes qui l’y avaient suivie, et plusieurs week-end passés dans le château de son père et de Raymond. En une seule occasion, elle avait effectué un séjour en solitaire sur une ile des Seychelles, mais l’expérience n’avait pas été très positive, et elle ne l’avait pas réitérée. Sa marge de manœuvre restait donc forcément limitée.
Blair avait toujours été habituée à vivre avec peu d’ami. La plupart des gens qui l’entouraient plus jeune formaient déjà une forme de cour, et elle savait comment cacher ses sentiments aux personnes qui l’entouraient au quotidien. En cela l’Upper East Side ressemblait en beaucoup de points à Monaco. Cependant, elle vivait très mal la séparation avec Serena. Les deux jeunes filles avaient dans un premier temps gardé contact. Elles s’appelaient régulièrement, et il avait été question que Serena vienne rendre visite à Blair à la fin de sa grossesse. Mais leur relation n’avait jamais retrouvé la spontanéité et la franchise qu’elle avait auparavant. Avant l’accident, avec la séparation de Blair et Chuck. Serena restait malgré elle le seul trait d’union qui restait entre eux. A chaque appel, Blair ne pensait qu’a lui, hésitait tout le long à demander de ses nouvelles ou pas, trop effrayée par ce que risquait de dire son amie pour le faire véritablement. Si il était question d’une visite, la seule chose qui l’obnubilait était de savoir si Chuck lui ferai passer quelque chose, un message ou n’importe quoi d’autre, par l’intermédiaire de sa sœur. Et finalement à quoi bon.
Occuper son esprit avec toutes ces questions était parfaitement inutile. Une rupture franche était le seul et unique moyen d’éviter la folie. Et garder contact avec Serena sans affronter son manque était impossible. Alors lentement les appels s’étaient espacés. La visite proposée n’avait jamais été suivie d’effet. Blair avait reçu le faire part de mariage de son amie, et avait bien sur décliné l’invitation. Les regrets dont elle avait fait part dans sa réponse étaient-ils sincères ? Elle était surtout terrifiée. Elle avait eu la force de laisser sa vie entière derrière elle une fois, elle n’était pas sure d’u parvenir une seconde. Et même si elle avait pu y arriver, elle ne n’avait pas voulu s’infliger cette torture. La torture de le revoir.
Il ne figurait sur aucunes des photos que Serena lui avait fait parvenir. Du moins c’était ce que son amie avait cru. A force de persévérance, après avoir passé des heures à les observer dans l’intimité de sa chambre, Blair était parvenu à le distinguer avec certitude, presque de dos, dans l’arrière-plan de l’une des photos. N’importe quelle autre personne n’aurait rien parié sur le fait qu’il s’agissait de Chuck Bass, mais elle était certaine. Les larges épaules, le smoking sur mesure, le port de tête. Elle avait passé des nuits entières à fixer cette minuscule portion de papier, pour devoir enfin admettre qu’elle allait se rendre folle. Quelques semaines après avoir reçu le précieux paquet, elle n’avait donc conservé qu’une seule photo, un portait de Nate et Serena, lumineux de bonheur, et avait brulé le reste.
Exception faite de cette courte période, ou cette photo l’avait presque fait perdre contact avec la réalité, elle parvenait à contrôler son cœur, ses pensées, avec une efficacité relative. Elle ne pensait pas à lui nommément. Cela prenait la forme d’une sorte d’ombre qui enrobait son cœur, dont elle avait à peine conscience. Il était toujours là, mais comme en retrait. Comme si elle ne le voyait jamais, mais si elle savait sa main en permanence sur son épaule. Instinctivement, son esprit flirtait avec la limite. Allait chercher la chaleur, la douceur qu’il lui inspirait, sans aller trop loin.
Sans qu’elle ne le contrôle, il était sa dernière pensée, juste avant de sombrer dans le sommeil, pour juste une seconde. Et il était sa première pensée au réveil. Juste après son arrivée à Monaco, elle avait gardé le réflexe de le chercher de la main en se réveillant le matin. Et puis peu à peu, son corps avait intégré l’absence, et désormais elle se réveillait d’une nuit sans rêve totalement immobile, ramassée à une extrémité de son lit.
Ce matin-là commençât comme les autres matins, et ne fit pas exception. Elle ouvrit les yeux lentement et embrassa la pièce du regard. Un instant perplexe, avant d’intégrer son environnement et de reprendre ses esprits. Refermant rapidement les paupières, elle tenta de retenir un instant la douce pensée qu’elle s’autorisait le matin. Elle soupira, rouvrit les yeux et, repoussant l’épaisse couette, s’assit au bord de son lit. Après avoir enfilé une robe de chambre légère, elle se leva, et s’approcha de l’une des fenêtres pour en ouvrir en grand les rideaux. Comme chaque matin son souffle fut coupé par la vue qui s’offrait à elle. Le soleil balayait de ses rayons la Méditerranée, juste sous ses fenêtres. Le ciel était déjà d’un bleu intense, et les arbres des jardins du palais oscillaient lentement et calmement sous le vent.
Ce paysage paradisiaque était son enfer, sa prison, et aujourd’hui cela allait prendre fin.
Elle était perdue dans sa contemplation, quand son attention fut attirée par des bruits en provenance de la chambre de sa fille. Inconsciemment, un sourire se forma sur son visage.
Audrey venait de fêter ses 3 ans, et Blair était chaque jour émerveillée par cette petite personne, qui déjà faisait preuve de tant d’énergie, de personnalité. La ressemblance physique avec sa mère faisait l’unanimité, mais il y avait davantage. Au-delà des grands yeux bruns, et des boucles chocolat, Audrey manifestaient déjà de réelles capacités à diriger son entourage. Elle était systématiquement celle qui prenait en main l’organisation des jeux, qui surveillait les autres enfants à la table à laquelle elle était installée. Elle avait déjà la capacité perturbante de lire les personnes en face d’elle, ce qui avait valu à Blair d’avoir à se dépêtrer à de nombreuses reprises de situations rendues plutôt embarrassantes par les réflexions de sa fille. Elle savait mettre le doigt ou cela faisait mal, et semblait y trouver un plaisir presque sadique qui n’était pas sans rappeler la propension qu’avait sa maman, plus jeune, à ridiculiser ses camarades pour mieux assoir son influence.
Blair se dirigea vers la porte de communication séparant leurs chambres, et toqua doucement à la porte, s’amusant comme à chaque fois de l’attachement que portait sa fille, déjà si tôt, au respect de son intimité. Après avoir entendu le « oui » règlementaire, elle pénétra dans la pièce, pour trouver sa petite fille assise devant sa coiffeuse, déjà en train de brosser ses longs cheveux.
« Bonjour chérie, tu as bien dormi ? », interrogea Blair tout en s’approchant. Elle posa un baiser sur la tête de sa fille, et prit la brosse que celle-ci lui tendait.
« Oui Maman. J’ai fait un rêve. J’étais la princesse comme dans l’histoire. Et j’avais très peur à un moment et puis un prince très beau venait me sauver, et on se mariait, comme papa et toi ! ». Blair ne put retenir un léger sourire. La fascination de sa fille pour les contes de fée ne semblait pas connaitre de limite. Elle se faisait un plaisir de lui lire une histoire chaque soir et tout comme sa mère, Audrey se rêvait régulièrement en héroïne de ses histoires favorites. Même si cela l’attendrissait profondément, Blair ne pouvait s’empêcher de penser à son propre conte de fée. Du point de vue de sa fille, elle le vivait encore aujourd’hui. Mais elle savait très bien que pour s’être laissée entrainer trop vite par une histoire qui semblait correspondre en tous points à ses rêves de petite fille, elle avait dû renoncer à son réel amour, à son prince. Il n’était pas parfait, blond, ni sur un cheval blanc comme dans les livres. Mais il était le sien, celui qui aurait pu la rendre heureuse toute sa vie et elle était passée à côté. Elle avait réalisé trop tard. Elle savait qu’elle avait laissé passer sa chance, et chaque jour, elle s’astreignait à vouloir transformer cette douleur quotidienne, latente, qui ne connaissait pas de répit, en volonté d’être une meilleure maman. De plus tard laisser entrevoir à Audrey que sans doute son bonheur sera ailleurs, en dehors de l’image qu’elle se figure aujourd’hui. Elle ferait tout pour que sa fille n’ait jamais à vivre ce qu’elle vivait aujourd’hui. Le regret.
La petite fille prit encore quelques minutes pour raconter à sa mère les détails de son rêve pendant que celle-ci achevait de la coiffer, avant de l’entrainer devant son placard afin qu’elle puisse choisir ensemble sa tenue. Blair savait à quel point ces moments étaient important, et précieux. Plus jeune, elle avait la chance d’avoir Dorota à ses côtés. Mais rien ne remplaçait une maman, et elle n’aurait laissé personne partager ces moments avec Audrey à sa place. Elles choisirent ensemble un haut en coton crème à très fines bretelles nouées sur les épaules, dont le devant était smocké et brodé de toutes petites fleurs roses. Pour l’accompagner, elles ajoutèrent un short rose corail assorti, des ballerines en liberty et une capeline en paille orné d’un ruban. Blair avait transmis à sa fille son goût de la mode, et cette passion désormais partagée leur permettait de passer encore plus de moments ensemble, comme dans leur propre bulle. Louis se retrouvait le plus souvent spectateur de ces moments mère-fille, ou il ne parvenait pas à trouver sa place.
Ce matin-là, elles finirent donc de se préparer ensemble. Elles prirent ensuite leur petit déjeuner sur une terrasse, protégées du soleil par les arbres du parc du palais. Blair s’amusait des manières déjà parfaites de sa fille. Bien sûr elle en était l’instigatrice. Elle savait que la position de sa fille ainsi que son futur lui imposait de savoir très tôt comment se comporter en compagnie d’adultes, mais elle était à chaque fois impressionnée des capacités de la petite fille à suivre des règles que beaucoup d’enfants plus âgés étaient incapables de respecter.
Après un passage rapide dans leurs chambres respectives pour une dernière vérification, elles sortirent du palais par une porte discrète ou les attendais une berline sombre. Elles s’engouffrèrent à l’intérieur, et celle-ci les conduisit aux abords de l’école ou étais scolarisée Audrey depuis quelques mois. C’était l’un des rares points sur lesquels Louis et Blair étaient tombés rapidement d’accord. Tous deux avaient tenu à ce que la petite fille suive une scolarité normale, et qu’elle ait la chance d’avoir, dès son plus jeune âge, des amis à elle, rencontrés dans un autre cadre que celui du palais royal. Sophie avait bien sûr dans un premier temps pointé les problèmes de sécurité, mais au final cela lui importait peu. Elle plia rapidement lorsqu’elle constata que son fils et son épouse avait atteint facilement un consensus sur ce point. Sa seule condition était que la petite fille fut conduite à l’école en voiture sécurisée, et que, pour des impératifs de discrétion, une garde du corps se charge d’accompagner Audrey à l’intérieur du bâtiment.
La réalité était que l’ensemble des habitants de Monaco savait où la petite fille était scolarisée, et dans quelle classe. Mais tout le monde connaissait son charme et son entrain, et la bienveillance était donc générale. Tout le monde veillait spontanément sur elle et Blair avait toute confiance laissant sa fille chaque jour dans cette jolie école privée calme et agréable. La cour de récréation jouissait d’une belle vue sur la mer, les professeurs recrutés avec soin, et les élèves étaient issus de bonne famille de la région, sans pour autant atteindre le niveau de Constance. Avec le recul Blair y voyait un point positif. Il lui importait que sa fille grandisse en gardant un pied dans la réalité. Sa famille et les fonctions de ses parents le lui interdisaient, suivre une scolarité normale le lui permettait. Et sa mère en était heureuse.
Après avoir déposé sa fille à l’école, la voiture conduisit Blair devant un joli immeuble ancien, dans la vieille ville de Monaco. C’est ici que Blair avait choisi d’installer les bureaux de sa fondation, allant bien sûr à l’encontre de l’avis de Sophie, qui avait insisté pour qu’elle s’installe au Palais Princier. Mais Blair n’avait pas lâché. Elle avait besoin d’un endroit à elle, d’avoir une raison valable pour s’échapper du Palais régulièrement, et cela lui fournissait une raison parfaite. Fidèle à son envie de contenter son épouse, Louis avait choisi de la soutenir et Blair avait pu s’installer. Elle avait refait l’ensemble de la décoration à son goût, et désormais, son bureau était son endroit favori à Monaco.
Elle avait pu créer une atmosphère agréable, sécurisante, qui lui ressemblait. La pièce qui lui servait de bureau privé était réservée à son usage personnel. Elle n’y tenait aucune réunion, et la seule personne qui y était admise était Audrey. Elle s’était faite expédier plusieurs meubles de son ancien penthouse newyorkais pour le décorer, et Audrey adorait que sa maman lui raconte l’histoire de cette jeune princesse de Manhattan, qui vivait dans une maison en haut d’un immense immeuble, et qui régnait sur toute la ville.
Dans un petit boudoir attenant, Blair avait entreposé quelques souvenirs en toute discrétion. Elle avait placé contre le mur l’ottomane qui se trouvait autrefois dans sa chambre. A l’opposé se trouvait la coiffeuse ancienne au joli miroir arrondi devant lequel elle s’était tant de fois préparée. Elle avait accroché au mur un grand cadre, pour lequel elle avait sélectionné des photographies d’Audrey, de ses parents, de Serena ainsi que de Dorota.
Durant la rénovation de ses bureaux, elle avait découvert, à l’endroit où était désormais suspendu son grand cadre, une niche ouverte dans le mur de pierre. Quelques semaine après, Cyrus et Eleonor étaient venus lui rendre visite et avait amené avec eux quelques objets à la demande de Blair. En toute discrétion, son beau-père avait lui-même installé dans le mur en pierre un coffre-fort à code. A l’intérieur de celui-ci, Blair avait caché ses objets les plus précieux. Son passeport américain, ainsi que celui d’Audrey, dont personne à Monaco ne connaissait l’existence. S’y trouvait aussi une robe en soie vert pâle, à col haut et à manche longue. La robe qu’elle avait portée lors de sa première nuit avec Chuck. Et tout au fond, reposant au fond de son écrin, son collier Erikson Beamon.
Personne, pas même Audrey, ne connaissait l’existence de ce boudoir. Il était bien sur fermé à clef, et la porte dissimulée derrière une tenture. Peut-être les personnes qui avaient effectué les travaux avaient elles le souvenir de cet espace. Mais Blair l’avait aménagé par elle-même, lorsqu’elle se trouvait seule dans le bâtiment. Il s’agissait du seul espace lui appartenant réellement. Elle s’y refugiait lorsqu’elle souhaitait prendre le temps d’écrire à ses parents, ou simplement réfléchir, se reposer à l’abri du regard de ses collaborateurs.
Ce matin-là, elle devait présider une réunion ou lui serait présentés les dossiers de nouvelles associations souhaitant l’intervention de sa fondation. Au delà des associations qui l’interpellaient spontanément, Blair prenait garde de sélectionner des champs d’interventions variés. Elle tenait à ce que son action caritative fut parfaite dans sa globalité. Surtout que Sophie n’y trouve rien à redire, et qu’elle conserve l’autonomie qu’elle était parvenue à gagner au cours des dernières années. La dizaine de collaborateurs qui travaillaient à ses côtés n’avaient malheureusement pas tous été choisis par elle. Un certain nombre se trouvaient déjà là à son arrivée, et elle avait dû imposer ses méthodes et son autorité. Mais rien qui ne soit à la portée de Blair Waldorf.
Aujourd’hui sa fondation fonctionnait bien. Et même si l’ensemble n’était pas à l’image de ce qu’elle aurait pu créer à New York dans un contexte différent, elle devait admettre qu’elle était satisfaite du résultat.
La réunion qui se tint ce matin-là se déroula sans anicroche. Au bout de deux heures, elle put prendre le temps de s’isoler dans son bureau et d’y déjeuner tranquillement. Son assistante personnelle lui fit monter un plateau contenant un repas léger. Après avoir dégusté tranquillement une salade et quelques gambas grillées, elle constata qu’elle avait encore une demi-heure pour elle avant de devoir retrouver son mari. Elle s’installa donc tranquillement dans un confortable sofa avec le dernier numéro de Vogue. Elle ne vit pas passer le temps, et son attention fut attirée par la voix de Louis dans l’antichambre de son bureau, alors que celui-ci s’annonçait à son assistante.
Elle ferma précipitamment son magazine et se saisit de son sac. Elle ne tenait pas à ce que la présence de Louis dans son bureau ne se prolonge au-delà de ce qui était nécessaire. Elle entreprit donc de rectifier rapidement son maquillage, et elle avait quasiment accompli cette tache lorsque Louis frappa à sa porte.
« Oui ! », annonça-t-elle impatiemment alors qu’elle terminait d’appliquer son rouge à lèvre. Louis et elle avaient réussi à atteindre une sorte d’équilibre, de statu quo pacifique. Il avait comme occulté de sa mémoire la raison pour laquelle Blair l’avait suivi à Monaco et l’avait finalement épousé. Le chantage odieux auquel il s’était livré n’avait dans son esprit jamais eu lieu. Il n’y pensait jamais. Il avait une épouse, belle et intelligente, qui remplissait à merveille son rôle de princesse. Il s’étonnait chaque jour un petit peu de la distance avec lequel elle le traitait, et du fait qu’elle ne semblait jamais vraiment heureuse. Alors il essayait. Il allait dans son sens chaque fois qu’il le pouvait, innocemment, comme si cela pouvait aider en quoi que ce soit. Blair avait depuis longtemps perdu tout le respect qu’elle n’avait jamais dut avoir pour cet homme. Elle avait néanmoins besoin de son appui. Alors elle jouait le jeu. Elle jouait le jeu de l’épouse affectueuse lorsqu’ils se voyaient, ce qui était quasiment à chaque fois en public. Elle jouait le jeu de la maman heureuse de partager des moments avec sa fille et son mari, même si à chaque fois, elle constatait que la relation entre Audrey et Louis ne fonctionnait pas.
Louis se comportait comme un père aimant. Il s’inquiétait quotidiennement de la petite fille, de ses activités. Il lui offrait régulièrement des cadeaux, et passait la chercher à l’école lorsque son emploi du temps le permettait. Mais il ne parvenait pas à être à l’aise avec elle et Audrey le sentait. Ses questions ou remarques ne trouvaient jamais échos chez la petite fille, et ses tentatives pour la faire rire se soldaient systématiquement par un échec. Blair pensait alors à sa propre relation avec son père, et regrettait que sa fille ne puisse pas grandir avec la force que celle-ci avait pu lui donner. Les souvenirs de son enfance étaient émaillés de moments complices partagés avec Harold, et elle voudrait tant qu’Audrey puisse avoir la même chance. Sans se l’avouer, elle avait pitié de Louis. Elle jalousait aussi la légèreté avec laquelle il semblait traverser leur existence, qui pourtant était loin d’être idyllique. Le manque de profondeur qui lui inspirait tant de dédain devait parfois être bien confortable, et lui permettait sans doute de vivre le quotidien le cœur plus léger qu’elle.
S’efforçant de revenir à la réalité de sa journée, Blair rassembla ses affaires, sortit de son bureau, pour trouver Louis en train de l’attendre dans la pièce attenante. Sous le regard de son assistante, elle plaça un baiser sur la joue de son mari. « Allons-y », lui dit-elle simplement, un sourire absent sur les lèvres.
Blair et Louis pénétrèrent dans la voiture qui les attendait en bas des bureaux de la Fondation. Ils prirent place sur la banquète arrière et, alors que la voiture démarrait, chacun fixait tranquillement et en silence les rues de Monaco qui défilaient. Ni l’un ni l’autre ne ferai d’effort de conversation durant le trajet. Ils s’étaient tous les deux habitués au silence, et avaient fini par y trouver une sorte de confort. Les rues agréablement fleuries défilaient, et les époux étaient chacun absorbés par leurs pensées.
La voiture ralentit finalement, pour se garer devant le centre hospitalier Princesse Grace, situé dans le centre de la ville. Blair, tout comme son mari, était familière de l’endroit. Louis y avait par le passé géré plusieurs opérations caritatives. Quand a Blair, elle y avait donné naissance à Audrey, et par la suite s’était activement investie, par le biais de sa fondation, dans le soutient aux enfants malades, ainsi qu’aux personnes âgées.
Cette fois, ils devaient par leur présence à tous les deux soutenir une opération de collecte de sang. Il était prévu que le couple princier fasse un don devant les journalistes, afin d’illustrer la future campagne de promotion de l’hôpital. Leur emploi du temps prévoyait ensuite d’aller chercher ensemble leur fille à la sortie de l’école.
Blair attendit donc que le chauffeur vienne ouvrir la porte de la voiture, et en sortit élégamment. Elle put de nouveau apprécier la courtoisie monégasque. Le respect de la famille princière n’était pas un vain mot, et il était impensable qu’un habitant ou un journaliste ne l’assaille à la sortie de sa voiture, ni à aucun autre moment.
Quelques photographes se tenaient à distance raisonnable pour immortaliser leur arrivée, et Marie, la jeune femme responsable de l’organisation de la collecte de sang s’approchait déjà vers elle pour la saluer. Elle était en train de serrer la main de celle-ci lorsqu’elle fut rejointe par Louis qui était à son tour sortit de leur voiture et en avait fait le tour. Ils pénétrèrent alors dans le bâtiment, suivis par quelques journalistes polis.
Blair discuta poliment avec Marie alors que l’ascenseur les conduisait dans le service ou se tenait la collecte. Louis était silencieux et pensif, et suivait son épouse avec l’air d’être ailleurs, comme à son habitude. L’ascenseur émit un bip discret, et les portes s’ouvrirent sur un hall d’accueil lumineux et agréable. Blair, à son aise, salua l’ensemble des membres du personnel présents, puis suivit Marie dans une vaste pièce servant habituellement de salle de réunion, et ce jour plus particulièrement à l’accueil des donneurs.
Une jeune infirmière souriante se trouvait derrière une table, sur laquelle se trouvaient différents formulaires soigneusement organisés en piles. Les journalistes prirent rapidement place derrière elle afin de filmer le couple princier remplir les différentes formalités administratives précédant un don de sang.
Blair s’avança en souriant, et joua le jeu en tendant la pièce d’identité demandé par la jeune fille. Celle-ci lui remit alors une fiche de renseignement, qu’elle du remplir à l’appui de son état de santé. A sa suite, Louis fit la même chose, et ils entreprirent de remplir leur formulaire, discutant en même temps avec le personnel de l’hôpital, et toujours sous le regard des photographes.
Une fois leur tâche accomplie, ils se tournèrent de nouveau vers la jeune femme qui leur demanda en complément leur carte de groupe sanguin, afin de pouvoir étiqueter de manière approprié les poches de sang issues de leurs dons respectifs. Distraitement, Blair sorti la sienne de son sac, et vit Louis faire de même. Devant eux, l’infirmière déposa sur la table leurs deux formulaires, ainsi que leurs cartes de groupe sanguin. Blair suivant du regard l’ensemble de l’opération, tout en devisant avec Marie sur le succès qu’avait rencontré la journée de collecte jusque-là.
Elle balaya machinalement la table des yeux, et vit leurs deux cartes de groupe sanguin cote à cote. Elle prêtait toujours une oreille distraite à la discussion qui se tenait, mais son regard se fixa malgré elle sur les deux cartes. Le reste de la pièce devint soudain comme flou. L’habitude aidant, elle continuer d’acquiescer poliment à ce que lui disait Marie, Louis ayant pris la rare initiative de relancer la conversation. Et son esprit commença à raisonner, indépendamment de sa propre volonté.
Les deux cartes étaient identiques, et indiquaient un groupe sanguin A. C’était la première fois qu’elle voyait celle de Louis, elle ignorait totalement ce fait jusque-là. Sans même le vouloir, elle se revit automatiquement 6 mois auparavant, dans ce même hôpital. Audrey y avait été brièvement hospitalisée pour une intervention de routine. Sa fille devait simplement se faire enlever les amygdales, et ils avaient procédé à un groupage sanguin pour plus de sécurité, au cas où une transfusion eut été nécessaire au cours de l’opération. Elle avait désormais une carte de groupe identique à celle de ses parents, et Blair était absolument certaine de ce que celle-ci indiquait. Elle indiquait que le groupe sanguin de sa fille était B.
Son corps fut soudain parcouru d’un frisson glacé. Son esprit, sans doute par mesure d’autoprotection, refusait d’achever le raisonnement, de laisser la réalité pénétrer le cœur de Blair. Une onde glacée et sombre lui tomba sur le cœur et, doucement, elle leva les yeux sur son mari, toujours en train de converser poliment avec Marie, indifférent à son trouble.
Son instinct lui dicta de fuir, de prendre ses affaires, et de partir dans l’instant. Mais elle secoua la tête doucement. Elle devait revenir à la réalité, et rapidement. Elle était dans une pièce remplie de journalistes et de public, devant Louis, qui de plus ne semblait porter aucune attention à l’information vitale qui figurait pourtant sur la table.
Alors que son esprit commencer à échafauder un plan d’action, son regard revient de lui-même sur la table, comme pour s’assurer qu’elle n’avait pas rêvé, que cela était bien réel. Les deux lettres étaient toujours là. Le frisson qui la parcourait s’intensifiât brutalement. La vérité était en train de faire son chemin en elle. Prise d’un étourdissement, elle ferma les yeux quelques secondes et s’appuya du bout des doigts sur la table pour ne pas vaciller.
« Votre Altesse, vous allez bien ? », l’interrogea Marie d’une voix inquiète. Blair était connue pour son dynamisme et son silence les instants précédant avait déjà attiré l’attention de la jeune femme. Mais le malaise de Blair était désormais évident, et elle s’inquiéta.
Blair ouvrit les yeux rapidement et secoua la tête : « Tout va bien merci, j’avoue n’avoir jamais aimé les aiguilles, je vais avoir besoin d’une bonne distraction pendant l’étape suivante je le crains », plaisanta-t-elle. Elle devait se reprendre. Elle n’avait pas le choix dans l’instant. Elle ne devait attirer l’attention de qui que ce soit sur ce qu’elle semblait être la seule à avoir remarqué pour l’instant. Mais le personnel ne tarderait pas à faire le lien entre les différents dossiers médicaux. Elle devait se mobiliser, et vite. L’enjeu n’était rien de moins que vital. « Allons-y Marie, je suis certaine que tout le monde ici a hâte d’en finir avec tout ça », parvint-elle à relancer d’un ton qu’elle voulait enjoué. Elle prit Louis par le bras et amorça le mouvement avec un dynamisme qui se rapprochait bien davantage de son comportement habituel, ce qui eut l’effet attendu de rassurer tout le monde.
Blair avançait d’un pas vif dans le couloir lumineux de l’hôpital, entourée de Louis et de Marie, et toujours suivi du petit groupe de journaliste. Des années d’enthousiasme forcé payaient enfin, et elle parvenait à présenter un comportement habituel aux autres, alors que son esprit fonctionnait à toute allure, et que son cœur était déjà loin, très loin de Monaco.
Au bout d’une heure environ, leur présence au sein de l’hôpital n’était plus nécessaire. Blair et Louis remontèrent dans leur voiture, et s’installèrent dans leur silence habituel. Comme prévu, ils passèrent chercher Audrey à l’école, et seule la petite fille remarqua que sa mère la sera contre elle un peu plus fort, un peu plus longtemps que d’habitude.
Elle regarda Blair attentivement, et cru voir dans son regard une lueur qu’elle n’avait jamais pu observer auparavant. Gardant le silence, la petite fille continua d’observer. Le visage de sa mère avait une intensité particulière, et une sorte de demi-sourire indéchiffrable flottait sur ses lèvres, alors qu’elle regardait défiler les immeubles de Monaco par la fenêtre de la berline. Ne sachant que penser, elle prit alors la main de Blair, qui se tourna alors vers sa fille. Elle lut l’interrogation dans son regard, et ne fut pas étonnée. Bien sûr qu’Audrey aurait la clairvoyance de sentir que quelque chose avait changé en elle. Mais il était trop tôt. Beaucoup trop tôt. Alors elle se contenta de lui sourire, et leva sa petite main à ses lèvres. Embrassant la main de la petite fille, elle lui fit un clin d’œil discret pour la rassurer.
Audrey ne fut pas dupe. Elle savait que quelque chose n’était pas normal. Elle pouvait le sentir. Mais elle avait confiance en sa mère. Si celle-ci la rassurait de cette manière, c’est que de toute manière tout allait bien se passer. Rassurée, elle attendit avec hâte la fin du trajet, afin que son père puisse réintégrer son bureau et qu’elle puisse, comme d’habitude, être seule avec sa mère pour la fin de la journée.
Quelques minutes plus tard, la voiture ralentit enfin devant le palais princier. La porte fut ouverte de suite du coté de Blair, qui descendit avant d’aider Audrey. Elles se dirigèrent sans attendre vers l’intérieur de palais, bientôt rattrapées par Louis.
« Blair, aurais-je la chance de pouvoir profiter de ta compagnie ce soir ? J’ai l’impression que cela fait une éternité que je n’ai pas diné avec les femmes de ma vie », conclut-il dans un sourire, en adressant un clin d’œil à Audrey.
Celle-ci l’ignora, sachant que Blair allait prendre l’initiative. « Pas ce soir Chéri, ce don de sang m’a donné une migraine. Nous allons je pense finir la journée entre filles et ensuite nous coucher tôt, n’est-ce pas ma puce ? » répondit Blair en baissant les yeux sur sa fille.
« Oui Maman a promit de revoir le spectacle de l’école avec moi, n’est-ce pas Maman ? », demanda Audrey.
« Bien sûr chérie ». Puis, elle se tourna vers son mari, s’approcha de lui, posa une main sur son épaule et lui plaqua un baiser sur la joue. « Demain ? », lui dit-elle en souriant.
« Avec plaisir, je préviens le chef dès ce soir que demain, c’est diner familial ». Louis regardait Blair et Audrey en souriant. Il semblait sincèrement heureux de ce programme. Blair le regardait en retour, avec l’impression de balayer du regard un mirage.
« Parfait », répondit elle d’un air absent, prenant sa fille par la main. Alors qu’elle commençait à se diriger vers leurs chambres respectives, elle sentit Louis prendre sa main et la retenir.
« On ne te croirait vraiment pas malade Blair, tu es plus belle et lumineuse que jamais », lui souffla-t-il à l’oreille. Blair était estomaquée. Pendant quelques secondes elle ne sut quoi répondre. Elle ressentait une sorte d’étonnement constant, au fur et à mesure que sa journée, qui ressemblait pourtant à tant d’autres de celles qu’elle avait vécu ces dernières années, avançait, comme si la réalité n’avait plus de sens, comme si tout ce qui l’entourait n’avait plus lieu d’être.
Elle s’interdisait de tirer des conclusions pour l’instant, de formuler les choix qui se dessinaient devant elle. L’enjeu l’incitait à la prudence, mais au fond de son cœur elle savait déjà. Elle n’appartenait plus à Monaco, n’y avait jamais appartenu.
« Merci », murmura-t-elle rapidement, avant de faire mine d’être entrainée par sa fille, et de s’engager dans le couloir, laissant derrière elle un Louis pensif.
La journée se termina sereinement. Elle passa quelques heures avec Audrey, revoyant avec elle ce qu’elle avait fait à l’école. Elles reprirent ensemble les éléments du spectacle qui s’y préparait, parlèrent du rôle et du costume de la petite fille. Elles dinèrent légèrement sur leur terrasse habituelle. Le sud de la France avait cet avantage. L’automne était avancé et pourtant, les journées étaient encore magnifiques, et permettaient sans problème de profiter du parc jusqu’au soir.
Elles remontèrent ensuite dans la chambre de la petite fille, ou elles lurent quelques histoires de princes et de princesses avant d’éteindre les lumières.
Blair regagna silencieusement sa chambre, et referma la porte derrière elle. Elle s’avança vers son lit, sur lequel se trouvait toujours son sac à main. Fouillant à l’intérieur, elle en sortit son portable. Elle le regarda pensivement quelques seconde, et se dirigea vers le balcon de sa chambre. Une fois à l’extérieur, elle s’appuya contre le volet blanc, et laissa son regard balayer la méditerranée. Elle prit le temps de mémoriser le magnifique paysage, car elle savait déjà que l’appel qu’elle s’apprêtait à passer allait changer le cours de sa vie.
Elle prit une longue inspiration, et composa un numéro qu’elle ne pensait jamais avoir l’occasion de composer de nouveau.
Là-bas à Manhattan, la journée battait son plein. Une sonnerie retentit, et une main impatiente saisit l’appareil qui était alors retourné sur une table de réunion. L’indicatif qui apparaissait sur l’écran ne laissait aucune place au doute.
« Excusez-moi ». La réunion s’interrompit immédiatement.
A Monaco, elle attendait fébrilement que la communication s’établisse, quand elle entendit une voix claire dans le combiné.
« Blair ? »
Chapitre 19 :
« Blair ? », interrogea Serena, osant à peine y croire, alors qu’elle hâtait le pas dans le couloir pour rejoindre rapidement son bureau.
A l’autre bout du monde, Blair sentit l’émotion la gagner en entendant cette voix qu’elle n’avait pas entendue depuis si longtemps. Elle resta silencieuse quelques secondes, tandis que ses jambes faiblissaient, et qu’elle se sentait glisser malgré elle le long du volet sur lequel elle s’était appuyée. « Bonjour Serena », arriva-t-elle à formuler. Elle était désormais assise sur le balcon, adossée au volet, et elle constata que la fraicheur de la pierre lui faisait du bien.
« Je suis désolée de te déranger je … », hésita-t-elle, ne savant par où commencer.
« Blair est ce que tu vas bien ? Audrey va bien ? », demanda impatiemment Serena, qui pouvait sentir dans la voix de son amie toute l’angoisse que celle-ci ressentait, et qui commençait à s’inquiéter réellement.
« Serena, j’ai besoin que tu vienne à Monaco, tout de suite. Maintenant. »parvint à articuler Blair d’une voix qu’elle voulait ferme.
S’asseyant à son bureau, Serena resta perplexe un instant. « Blair, tu ne peux rien me dire ? »
« J’ai besoin de toi, que tu viennes, tout de suite. S’il te plait »
Serena sortit soudain de sa torpeur. Le premier effet de surprise passa, et elle se reprit : « Ok B, je fais le nécessaire. Je t’envoie les détails par sms d’ici une heure. Je t’aime. »
De l’autre côté de l’Atlantique, Blair ferma les yeux, se laissant gagner par le soulagement. « Merci S. Je t’aime aussi ». Et elles coupèrent la communication.
Serena resta encore un instant interdite derrière son bureau. Elle n’avait pas eu de nouvelles de Blair depuis des années, et elle n’osait imaginer la gravité du problème qui amenait son amie à avoir besoin de sa présence avec une telle urgence. Son esprit ne parvenait pas à formuler d’hypothèses valables, alors qu’elle avait déjà pris son sac et sortait de son bureau d’un pas rapide.
Elle signala au passage à sa secrétaire qu’elle partait pour sans doute quelques jours, afin que celle-ci annule ses différents engagements. Elle entra rapidement dans l’ascenseur et tapota nerveusement l’anse de son sac tandis que celui-ci descendait rapidement la vingtaine d’étages qui la séparait de la rue new-yorkaise. Arrivée dans le hall de l’immeuble, elle guetta le retour de la réception de son portable, tout en avançant rapidement vers la sortie. Tout en composant le troisième numéro enregistré en raccourci dans celui-ci, elle fit signe au portier de lui héler un taxi.
Elle traversait juste la porte à tambour en verre lorsque celui-ci arrêta une voiture jaune au bord du trottoir. Elle s’y engouffra au moment où Chuck décrochait de son côté.
« Chuck, j’ai besoin du jet de Bass Industries, tout de suite. C’est possible ? »
Chuck était habitué aux lubies parfois soudaines et originales de sa sœur, mais cette fois elle le prit par surprise.
« Serena je suis en réunion je …
- C’est important Chuck, le coupa-t-elle.
- Je ne veux même pas savoir, éluda distraitement son frère, alors en pleine réunion. Il est disponible. Je te transfère à mon assistante, elle va contacter le pilote pour toi. Rien d’illégal ? » demanda-t-il par acquis de conscience, un demi sourire aux lèvres.
Serena réalisa soudain que son appel devait lui paraitre au mieu hystérique et au pire réellement inquiétant. Elle joua donc la carte qu’elle savait le mieux jouer. « Juste une surprise pour ton meilleur ami, tu sais que les années de mariages glissent sur nous comme un charme, nous arrivons encore bien à nous renouveler », plaisanta-telle à son tour.
Se reconcentrant sur le sujet de sa réunion, Chuck tendit son portable à la jeune fille qui se trouvait déjà à son coté, et la congédia d’un signe de la main. Il était bien assez souvent témoin des activités de couple de Nate et Serena pour ne pas avoir envie de creuser davantage celle-ci. Que Serena fasse ce que bon lui semble, cela lui fournirai une occasion de plus de débriefer entre hommes avec Nate autour d’une bouteille de scotch.
Tandis que la journée de son frère reprenait son cours, celle de Serena au contraire partait pour se prolonger. Elle profita du reste de son trajet en taxi pour organiser son transfert en hélicoptère à l’aéroport ainsi que son vol, afin de pouvoir tenir Blair informée au plus tôt.
Quelques minutes plus tard, elle terminait d’envoyer un court message à son amie lorsque le taxi s’arrêta en bas de son immeuble. Elle lui tendit distraitement quelques billets, puis s’extirpa rapidement du véhicule. Elle passa devant son portier sans vraiment le voir, essayant de se faire à l’idée que dans quelques heures, elle serrerait son amie dans ses bras, et rencontrerait sa petite fille pour la première fois.
Elle reçut une réponse de Blair alors qu’elle attendait l’ascenseur. Celle-ci lui confirmait qu’elle serait présente à l’aéroport de Nice à 6h le lendemain matin pour l’accueillir. Serena ne put que constater que même si cela pouvait sembler un peu paranoïaque, l’urgence extrême avec laquelle elle avait organisé son voyage semblait correspondre à ce qu’attendait Blair. C’était donc vraiment grave. L’urgence se comptait réellement en heure.
Son esprit essayait vainement d’imaginer une raison valable, tentait de se préparer à ce qu’il attendait, lorsqu’elle pénétra distraitement dans son appartement, jetant au passage son sac à main sur un fauteuil. Elle se dépêcha de rejoindre la chambre à coucher principale, entra dans son dressing, saisit un petit sac de voyage qu’elle remplit à la va-vite. Une voiture passait la chercher dans quelques minutes pour la conduire à l’héliport, elle eut donc à peine le temps de se dire qu’elle avait rarement voyagé aussi léger, qu’elle dut déjà repartir. Elle refit le trajet inverse, s’arrêtant rapidement dans la cuisine pour laisser un bref mot d’explication à Nate. Elle hésita brièvement, et opta pour la vérité. Elle ne voyait pas quelle autre raison elle pourrait invoquer pour expliquer sa disparition soudaine.
« Mon amour, Je pars en urgence voir Blair à Monaco. Ne dit rien à Chuck avant que je n’en sache davantage, je t’aime, Serena ».
Elle laissa le mot sur l’ilot central de leur cuisine, puis sorti rapidement de la pièce pour récupérer son sac et se précipiter de nouveau dans l’ascenseur. Elle passa rapidement devant son portier interloqué pour s’engouffrer dans la berline noire qui l’attendait.
La porte se referma sur elle, et enfin elle s’autorisa à souffler. Elle regarda sa montre, et fut satisfaite de constater tout ce qu’elle avait réussi à entreprendre dans les trente dernières minutes. Elle posa son sac à côté d’elle, et regarda pensivement par la fenêtre défiler les buildings de Manhattan.
Quelques années en arrière, elle parcourait ces mêmes rues avec sa meilleure amie à son bras. Aujourd’hui tout avait changé, et elle pressentait que leur monde allait de nouveau être chamboulé.
Après le départ de Blair pour Monaco, leur petit groupe avait connu une réelle période de deuil. Tout le monde était comme abasourdi, choqué, de l’extrême mesure d’éloignement prise par la jeune femme. Le reflexe partagé par Nate et Serena avait été de se serrer les coudes, et la jeune femme avait passé de nombreuses soirées dans la suite de l’Empire, sans réel objectif, juste pour être près d’eux. Nate était heureux de sa présence, qui avait le mérite de donner un peu d’animation à leur appartement en compensant la présence fantomatique de Chuck.
Tout le monde, Lily comme Serena, avait craint que Chuck n’ait une réaction équivalente à celle de leur précédente rupture, après son aventure avec Jenny. Elles s’étaient attendues à ce qu’il disparaisse, purement et simplement. Paradoxalement, une réaction de ce type, classique pour Chuck, les auraient rassurées. Car ce à quoi elles ont assisté était d’une certaine manière pire.
Après le départ de Blair, Chuck est resté dans une sorte de déni de réalité pendant quelques jours. Il est resté enfermé dans sa chambre de l’Empire, n’acceptant que la présence de Monkey et refusant toute nourriture. Il restait prostré, fixant son téléphone, dans l’attente d’un appel d’Andrew Tyler. Il avait laissé à celui-ci carte blanche, et en quelques heures son fidèle enquêteur s’était retrouvé à la tête d’une équipe entière, toute dévouée à la recherche du dossier, de la faiblesse de Louis qui pourrait encore retourner la situation. Mais des moyens financiers illimités ne semblaient cette fois pas suffire. Les heures, les jours avaient passé, et rien. Toute cette équipe, malgré les actions engagée et les recherches effectuées, ne trouvait rien. Pour la première fois le prince de l’Upper Est Side, à leur sens le centre du monde, avait trouvé plus fort, plus influent que lui. Rien ne transparaissait. Rien.
Au bout d’une semaine, une sorte de transition avait semblé s’effectuer. Durant ce laps de temps, la vie de Nate et Serena était centrée sur la suite des deux jeunes hommes. Ils s’y retrouvaient, y dormaient. Leur instinct leur dictait d’être proche de leur ami, même si le bénéfice que celui-ci en tirait n’était pas forcément évident. Il savait qu’ils étaient là, et eux aussi avait besoin de sa présence, même invisible, à leur côté. Un matin, ils étaient attablés en silence devant un petit déjeuner bien trop copieux pour leur maigre appétit lorsqu’ils furent tous les deux surpris de voir la porte de la chambre de Chuck s’ouvrir.
Leur ami en sorti, la mise soignée, les cheveux impeccablement coiffés. Ils s’interrogèrent mutuellement du regard, alors que Chuck s’avançait vers eux, Monkey sur ses talons. Ils ne remarquèrent rien d’inquiétant avant que leur ami commence à parler.
« Bonjour, est ce que le journal est arrivé ? »
Serena et Nate se regardèrent interloqués, car il ne reconnaissait pas l’homme qui se tenait devant eux. Ils pouvaient pourtant imaginer avoir vu Chuck à ses pires moments de dégradation physique, provoqué autant par l’alcool que par d’autres substances. Mais l’homme qui se tenait devant eux faisait figure de coquille vide. Derrière la mise soignée, le regard était vide. Derrière l’impeccable costume sur mesure, le dos était un peu plus vouté que d’habitude. Mais ce qui les inquiétait le plus était le quasi sourire qui flottait sur ses lèvre, et qui apparaissait surréaliste étant donné les circonstances.
Depuis ce jour-là, Chuck s’était totalement déconnecté de la réalité. Ils avaient observé, médusé, leur ami se jeter dans le travail. Aller et venir à l’Empire comme un zombie. Toutes les failles, la propension à l’excès, l’extravagance qui faisait toute la singularité de leur ami, semblaient avoir disparu.
Pendant des jours, des mois, ils ont observé Chuck s’investir totalement dans son business, ne laissant aucune part de sa vie disponible pour quelques relations personnelle que ce soit. Tous avaient tenté de lui parler, de comprendre son état d’esprit. Tout comme Nate et Serena, Lily s’était heurtée à un mur.
Blair avait disparu de leur vie, et ils ne savaient plus si Chuck était encore vraiment avec eux.
Durant toute cette période, Nate et Serena s’était comme accroché l’un à l’autre. La traversée de moments aussi difficiles incitait à se rapprocher des gens les plus proches, et cela s’était révélé vrai pour eux. Ils avaient trouvé en l’autre le reflet de leur propre douleur, et une compréhension, une empathie, qu’ils n’auraient pu trouver auprès de personne d’autre. Au bout de quelque mois, une soirée un peu plus arrosée que les autres mena à un premier dérapage. Le lendemain matin, tous les deux firent comme si il ne s’était rien passé, tout en conservant la proximité qu’ils avaient acquise durant les mois précédant.
Peu à peu, les dérapages nocturnes devinrent monnaie courante, et leur relation s’est installée. Encore chamboulés par le départ de Blair, et l’état de Chuck, aucun des deux n’avaient l’envie d’avoir « la » discussion qui allait les mettre au pied du mur. Pendant un moment ils profitèrent du réconfort que leur nouvelle relation leur apportait et tout naturellement, au bout de quelques mois, leur couple devint officiel.
Pour leur premier anniversaire, Nate surprit Serena en l’emmenant pour un séjour en amoureux sur une plage paradisiaque. Et c’est là, après un diner sur la plage, baignés par les rayons du soleil couchant, que Nate la demanda en mariage. La bague était bien sur un héritage familial sublime, que Serena regarda à peine avant de se jeter au cou de Nate. Leur bonheur était une évidence pour tout leur entourage. Après des années d’errance sentimentale, tout le monde semblait reprendre sa place désignée.
Lily et Anne prirent bien sur en main l’organisation du mariage. Fidèles à eux même, les futurs mariés étaient surtout occupés à savourer leur bonheur, et survolèrent les préparatifs, laissant les taches les moins agréables à leurs mamans bien rassurées au final de garder la main sur la cérémonie.
La seule ombre au tableau pour Serena tout comme pour Nate fut l’absence de Blair. Ce sera le seul regret, en dehors de cela la journée fut magnifique, pleine de fraicheur et de spontanéité. Les jeunes mariés respiraient le bonheur et étaient clairement fous l’un de l’autre.
A leur retour de voyage de noce, ils reçurent leur cadeau de mariage de la part de leurs familles respectives : un magnifique appartement situé dans un immeuble ancien donnant sur Central Park. Lorsqu’ils annoncèrent à Chuck leur intention de quitter l’Empire, celui-ci leur annonça qu’il déménagerait lui aussi. Rester dans cette suite sans eux n’avait aucun sens, et l’endroit était trop lourd de souvenirs de toute manière.
En quelques jours, il acheta donc un appartement à quatre blocks du nouveau domicile de ses amis. Il confia à Lily le soin de le décorer pour lui. Dans son esprit ce n’était pas un foyer, une maison, mais un lieu à but utilitaire. Il avait besoin d’un point de chute pour stocker ses vêtements et dormir la nuit avant de retourner au bureau. En cela cet appartement convenait parfaitement. Malgré les efforts de Lily, l’endroit restait d’une froideur inquiétante, et Chuck se retrouvait au final régulièrement chez Nate et Serena, pour le plus grand bonheur de tout le monde.
Depuis ses fiançailles, Serena avait décidé de se poser professionnellement. La future Madame Archibald devait trouver une fonction à la hauteur de son nouveau rôle, et Chuck et Lily furent la solution.
Son demi-frère créa une nouvelle fondation, entièrement financée par Bass Industries, dont il confia la gestion à Lily et Serena. Mère et fille purent ainsi travailler ensemble, et Anne Archibald fut rassurée de constater que l’activité de sa nouvelle belle-fille était conforme à ses attentes. Rapidement, et conformément à ce qui était prévu, Lily laissa à Serena de plus en plus d’autonomie. Bientôt celle-ci fut capable de gérer seule cette fondation dont elle était extrêmement fière. Elle commença à rassembler autour d’elle une équipe dont elle choisit soigneusement tous les membres. Elle s’adjoint notamment les services d’une assistante personnelle. Sa mère ne travaillant désormais plus avec elle, Serena rechercha avant tout une personne de confiance, qu’elle trouva en la personne de Rose. Il s’agissait d’une cousine éloignée de Nate qui, à la suite d’un long séjour en Europe, recherchait un poste à New York. Les deux jeunes femmes se rencontrèrent à l’occasion d’une réunion de famille et tout de suite leur entente fut parfaite.
Bientôt Rose fut la personne grâce à laquelle la vie de Serena fonctionnait. Nate et son épouse avait en effet une vie bien remplie, autant du point de vu professionnel que social, et Rose représentait une vraie aide au quotidien pour Serena. Elle prit rapidement pour la jeune fille une affection particulière et celle-ci, qui n’avait pas de famille proche à New York, était régulièrement accueillie chez Nate et Serena.
Elle devint donc une habituée de la maison, Serena s’appliquant à continuer les traditions mise en place par Lily. Rose était régulièrement présente pour le petit déjeuner chez les Archibald, ainsi que les repas de fête, et le plus souvent pour partager un simple verre après une rude journée au bureau.
L’air de rien, au fil des mois, ils avaient tous retrouvé une forme d’équilibre. Chuck semblait toujours aussi déconnecté de lui-même et des autres, mais sa famille était unanime sur le fait que tant qu’il était là parmi eux, le pire était évité. Rose avait trouvé sa place dans leur petit cercle, et l’ensemble semblait fonctionner.
Serena ne s’était même pas aperçu que la voiture était arrivée à l’héliport. Le chauffeur lui avait déjà ouvert la porte et, gêné, se sentit obligé de toussoter discrètement pour manifester sa présence. Serena tourna la tête vers lui et s’excusa rapidement en sortant de la voiture. Elle surveilla du coin de l’œil que les pilotes prenaient bien en charge son bagage, et elle prit sa place dans l’hélicoptère.
Le vol fut rapide heureusement, car elle détestait l’hélicoptère. Le confort et l’efficacité de ce mode de déplacement était néanmoins louable se dit-elle, alors qu’elle descendait déjà sur le même tarmac ou était stationné le jet de Bass Industries. Les moteurs tournaient déjà, et le petit équipage l’attendait à bord. Elle monta les escaliers qui menaient à la cabine, et embrassa du regard le luxe discret de l’appareil. Elle avisa le large fauteuil dans lequel elle s’installait habituellement et s’y dirigea, après avoir confié son manteau à l’hôtesse.
Celle-ci lui proposa immédiatement une collation légère ainsi qu’une coupe de champagne, que Serena accepta avec chaleur, anticipant qu’elle allait en avoir besoin si elle voulait pouvoir se détendre pendant la traversée.
Elle bouclait à peine sa ceinture que la cabine était soigneusement refermée, et que le petit avion s’engageait sur la piste. Après quelques minutes de montée, l’hôtesse réapparu avec le plateau promis, l’installa devant elle, puis laissa à Serena un peu d’intimité.
La traversée jusqu’à Nice allait être longue.
Chapitre 20
Serena senti derrière ses paupières closes une lumière douce se faire de plus en plus insistante. Avant d’ouvrir les yeux, et de se rappeler ou elle se trouvait, son esprit avisa d’abord qu’elle ne se réveillait pas à l’endroit habituel. Elle émit un grognement contrarié, et finit par ouvrir les yeux, pour découvrir la cabine du jet de Bass Industries.
Elle s’était assoupie après avoir diné, et désormais, c’était le matin en Europe, et minuit pour elle. Sa nuit et sa journée commençait théoriquement en même temps, ce qui ne présageait pas du meilleur. Elle porta ses mains à son visage pour masser doucement ses tempes et ses paupières, alors que les raisons pour lesquelles elle se trouvait là réintégraient une à une son esprit. L’appel de Blair. Cette fameuse urgence. Et maintenant ?
Elle consultât sa montre, pour réaliser qu’il lui restait une heure avant l’atterrissage. Parfait. Cela lui laissait le temps de se rafraichir et de s’éclaircir les idées à l’aide d’une quantité déraisonnable de café. Elle rassembla ses cheveux en un chignon approximatif, et sonna l’hôtesse avant de partir à la recherche de la trousse de toilette qu’elle avait rapidement préparée. Elle prit le temps de se laver le visage à l’eau fraiche, et de passer des vêtements propres. Lorsqu’elle revint à sa place, la jeune femme avait disposé devant son fauteuil une tasse de café fumant, ainsi que plusieurs croissants qui, et elle ignorait comment c’était possible, paraissaient absolument frais. Les merveilles de l’organisation de Chuck. Décidément son frère savait voyager dans le confort.
Elle s’installa confortablement, rassemblant ses jambes sous-elle, et pris le café dans ses mains. Serrant la tasse brulante entre ses paumes, elle laissa son regard balayer l’horizon à travers le hublot. Chuck.
Sans qu’elle ne le maitrise, la fatigue jouant sans doute son rôle, son esprit commença à vagabonder. Elle se revit quelques années plus tôt, attablée à côté de Nate dans leur salle à manger, en compagnie de Chuck et Rose. Comment souvent, ils partageaient un petit déjeuner copieux avant de partir vaquer à leurs occupations respectives. C’est ce matin-là que pour la première fois, elle avait capté un regard de Rose à l’attention de Chuck. Elle avait pu observer un nombre impressionnant de femmes dévisager son frère. Elle avait pu lire dans leurs regards l’envie, le désir, la fascination pour le pouvoir, l’amour de l’argent. Mais ce qu’elle lut dans le regard de Rose était parfaitement différent. La jeune femme regardait Chuck sans le vouloir, si discrètement qu’elle semblait se le cacher à elle-même. Elle semblait veiller sur lui, guetter un signe de bien être, de satisfaction, de bonheur. Elle semblait attendre ce signe là. Elle le regardait en souhaitant qu’il soit heureux.
A partir de ce jour-là, Serena avait surveillé le manège de la jeune femme de loin, se gardant bien d’intervenir. Elle connaissait malheureusement l’état de son frère, et ne souhaitait pas mettre mal à l’aise Rose en la confrontant à des sentiments à priori non partagés, et sans doute sans avenir. Elle respectait l’intimité de la jeune femme, mais souhaitait dans un même temps la protéger.
Les mois suivants, elle fut témoins malgré elle du développement des sentiments de Rose envers Chuck. Elle était partagée sur l’attitude à tenir, car clairement celle-ci faisait tout pour les cacher de Serena, Nate et surtout de Chuck. Mais elle était de moins en moins discrète, malgré elle sans doute, tant et si bien que même Nate finit par le remarquer.
Evidement son premier réflexe fut d’en parler à sa femme, qui ne put que partager son inquiétude. Rose allait immanquablement souffrir car clairement, ses sentiments n’étaient pas partagés. Et s’ils pouvaient l’être ?
Cela faisait maintenant presque deux ans que Nate et Serena voyait évoluer Chuck autour d’eux sans vraiment le voir. Leur ami leur manquait, et clairement la situation n’évoluerait pas d’elle-même. Le prince de Manhattan ne semblait absolument pas compte des sentiments que nourrissaient Rose à son égard. Il semblait constamment ne faire que passer parmi eux, comment aurait-il pu remarquer ?
Les Archibald surent dès que l’idée germa dans leur esprit que cela leur serait reproché, mais il ne pouvait pas passer à coter de cette possibilité d’offrir au moins une perspective de vie plus heureuse pour Chuck.
Nate choisit donc un diner entre homme pour lui parler de Rose. Comme il s’y attendait, Chuck n’avait absolument rien remarqué des sentiments de la jeune femme, et ne s’était bien sur rien imaginé de son côté. Il rétorqua à Nate qu’il n’était absolument pas intéressé par le fait d’entretenir une relation sentimentale, à quoi bon ?
A cet instant, la seule chose présente dans l’esprit de Chuck était qu’elle n’était pas Blair. Il avait trouvé sa chance d’être heureux, pour la perdre définitivement. Sa quête était donc achevée, il n’entretenait plus aucun espoir sur l’aspect sentimental de sa vie.
Nate d’avait pas été surpris, et n’avait donc pas insisté. Et leur vie avait reprit son cours normal. Les Archibald continuaient de veiller tant bien que mal sur Rose qui prenait sur elle, et Chuck continuait de laisser passer sa vie.
Et puis quelque chose avait changé. Une sorte de déclic, réellement inespéré à ce stade, avait semblé s’opérer. Lily et Serena, de plus en plus inquiètes, avaient réussi à convaincre Chuck de s’éloigner un peu de Manhattan et de prendre quelques jours de vacances. Dans un premier temps sourd à cette idée, il avait fini par accepter, et s’était fait réserver un séjour sur une île perdue des Seychelles par son assistante. Sous les yeux consternés des deux femmes, il avait résolument rempli sa valise de dossiers, avec la ferme intention de profiter de ce séjour pour avancer plusieurs projets.
Il avait donc embarqué à bord du jet de Bass Industries, et était revenu un autre homme.
La différence avait été subtile au départ. Dans les jours qui suivirent son retour, Chuck semblait plus léger, plus souriant. Il prit plusieurs fois l’initiative d’organiser des diners entre amis dans des restaurants festifs, pour le plus grand bonheur de Nate, Serena et Rose. Et plusieurs fois, Nate croisa en arrivant chez son ami une jeune fille un peu honteuse, ou pas, en train de se réajuster dans l’ascenseur. Chuck semblait de retour.
De nouveau il prit soin de lui. Les masseuses et manucures étaient de nouveau des habituées de son appartement. Il semblait s’épanouir de nouveau dans ce personnage de dandy épicurien qu’il avait si longtemps incarné.
Rose assista médusée à la métamorphose du jeune homme. Contrairement à ce qu’elle craignait, Serena eu la satisfaction de constater que Rose semblait réellement heureuse de le voir plus épanoui. Elle semblait toujours aussi amoureuse, et avait semblé intégré que ce sentiment ne serait jamais partagé.
Jusqu’à un dimanche matin glacial de novembre. Les quatre amis venaient de terminer un brunch réconfortant, et Chuck prit congé en premier. Il avait commencé à se diriger vers l’ascenseur quand il fit soudain demi-tour, pour s’arrêter juste derrière la chaise ou Rose était encore assise, absorbée par le journal qu’elle était en train de lire. Elle sentit soudain une main sur son épaule, et la voix chaude de Chuck près de son oreille.
« Diner ce soir ? Juste tous les deux ? »
Rose médusée, posa sa tasse de thé, sentant que le tremblement qui soudain l’avait prise allait provoquer une catastrophe domestique.
Chuck, qui semblait amusé de l’effet de surprise provoqué, prit son silence pour acceptation et se contenta d’ajouter : « Je t’envoie une voiture à huit heure. »
Sans un mot de plus, il quitta l’appartement, laissant les Archibald pour le moins surpris, et Rose sous le choc.
Serena ne sut jamais comment se déroula cette soirée. Aucun des participants ne semblait vouloir lui donner de détail. Elle décida donc de se contenter du résultat. Chuck et Rose formèrent depuis ce jour un couple, dans lequel les deux semblaient s’épanouir. Ils prirent leur temps, avancèrent à leur rythme, mais ne faisait jamais marche arrière. Chuck semblait avoir aujourd’hui, presque 4 ans après le départ de Blair, enfin tourné la page.
C’est avec cette pensée en tête que Serena constata que l’appareil avait amorcé sa descente sur Nice. Elle allait enfin savoir ce qui avait amené Blair à la faire venir en urgence, et son cœur était partagé.
Une partie d’elle espérait follement que cela annonçait le retour de Blair, et une autre s’inquiétait des conséquences pour Chuck, qui avait mis si longtemps à trouver une façon de continuer à vivre après son départ, et qui avait enfin retrouvé une forme d’équilibre.
Blair se tenait debout, très droite, sur le tarmac de la partie privée de l’aéroport de Nice. A Louis, elle avait indiqué qu’elle devait être présente pour réceptionner elle-même un meuble précieux qu’elle avait acquis lors d’une vente aux enchères parisienne. Connaissant l’attention que sa femme portait aux détails, le prince ne fut pas étonné que celle-ci manifesta l’envie de s’assurer en personne que le transport eut été effectué avec soin, et n’émit aucune objection.
Elle se trouvait donc là, à 6h du matin tapante, debout dans l’air encore frais. Un vent léger balayait ses cheveux, et elle ne put réprimer un frisson. Elle allait revoir sa meilleure amie, pour la première fois depuis presque 4 ans.
Elle ne bougea absolument pas lorsqu’elle vit l’avion effectuer son approche finale, pour atterrir en douceur sur la piste illuminée des premiers rayons du soleil méditerranéen. Le jet commença à rouler doucement vers elle, et enfin se stationna à une dizaine de mètres.
La scène se déroula de la manière dont elle avait passé la nuit à l’imaginer, et à peine l’escalier descendu elle vit la chevelure blonde de Serena apparaitre dans l’ouverture. Celle-ci prit une seconde pour balayer le tarmac du regard avant de repérer son amie, et d’entreprendre sa descente d’un pas rapide.
Blair commença à approcher lentement de l’avion, et fur et à mesure sentit l’émotion la gagner. Sans s’en rendre compte, elle hâta le pas et se rapprocha plus rapidement de Serena qui fit de même.
Les deux amies tombèrent dans les bras l’une de l’autre, dans une étreinte pleine de chaleur. Elles furent comme seules au monde pendant quelques instants, savourant d’enfin se retrouver. Serena la première rompit le silence : « Tu m’a manqué B ».
Blair se recula alors, pour regarder son amie dans les yeux : « Toi aussi ». Malgré elle, la situation n’allant pas réellement dans ce sens, elle ne put réfréner un sourire. La seule présence de Serena depuis quelques minutes lui apportait plus de réconfort qu’elle n’avait eu depuis des années.
Serena prit les mains de Blair dans les siennes, et la regarda droit dans les yeux. « On y va ? J’ai tellement hâte de rencontrer Audrey ! »
Cette remarque eut le mérite de faire remettre à Blair un pied dans la réalité. « Je suis désolée mais non, nous n’avons pas le temps ». Serena la regarda sans comprendre.
« Que veux-tu dire pas là, pas le temps de quoi ? »
Blair regarda son amie fixement, consciente de la portée de ce qu’elle allait lui annoncer. Elle prit une profonde inspiration, et serra ses mains un peu plus fort :
« Serena je pense que Audrey est sans doute la fille de Chuck, pas celle de Louis »
La jeune femme la fixa en silence, semblant ne pas comprendre. Au bout de quelques seconde, elle l’interrogea: « Mais, je … comment est-ce possible ? »
« Je n’en ai aucune idée S. Pour l’instant j’ai besoin de réponses fiables et je … je ne les aurais pas ici. Tiens ». Joignant le geste à la parole, elle prit dans son sac à main une petite pochette plastique, qu’elle mit dans la main de son amie.
« Ce sont des cheveux d’Audrey. J’ai besoin que tu rentres à New York, tout de suite, et que tu fasses un test ADN sur Chuck ».
Serena fixait cette pochette dans sa main, n’étant toujours pas parvenue à intégrer la portée de la nouvelle qu’elle venait d’entendre. Elle leva doucement les yeux vers le visage de Blair, et ce qu’elle y lut lui brisa le cœur. L’angoisse, l’incertitude, la tristesse, le regret, mais surtout, au fond de ses yeux, l’espoir. L’espoir d’être libérée de cette vie qu’elle n’avait pas souhaitée, et de retrouver enfin la sienne.
« Est-ce que tu vas bien ? Je ne suis pas sure de devoir te laisser ici étant donnée les circonstances.
- Je dois rester avec elle Serena, c’est trop important je ne peux rien laisser au hasard.
- Ok. Je rentre tout de suite et te tiens au courant au plus vite, je te promets. » Après un silence, elle ne put s’empêcher de verbaliser la question qui la taraudait. «Si tes doutes se confirment, tu vas rentrer ? »
« Je n’aurais dès lors plus rien à faire ici, et Louis ne pourra plus m’en empêcher ». Serena ne s’attendait pas vraiment à une autre réponse, mais elle avait eu besoin d’entendre ces mots de la bouche de Blair. Celle-ci baissa les yeux, car elle savait ce qu’allait y lire Serena par la suite, et elle n’était pas prête à cela. Elle ne pouvait pas laisser paraitre qu’un seul prénom hantait son esprit. Elle n’était pas prête à entendre quoique ce soit à son sujet. Elle devait penser avant toute chose à Audrey. Elle était sa priorité et elle ne pouvait imaginer se laisser distraire par autre chose.
« Maintenant remonte dans cet avion, vite, il n’y a pas de temps à perdre ». Elle reprit son amie dans ses bras, la serrant fort contre elle : « Et embrasse Nate pour moi d’accord ?
- Ce sera fait je te le promets, lui répondit Serena. Accroche-toi, je te promets de faire au plus vite »
Sur ces simples mots, les deux amies rompirent leur étreinte, et avec un dernier sourire d’encouragement, Serena embrassa une dernière fois Blair sur la joue avant de tourner les talons et de se diriger vers l’avion, dont le plein venait d’être fait. Arrivée en haut de l’escalier, elle se retourna et lança un dernier regard à Blair. La vision de son amie, se tenant seule sur le tarmac, lui serra le cœur, et elle lui fit un dernier signe de la main avant de laisser l’hôtesse refermer la cabine du petit avion.
Encore sous le choc, et tenant toujours dans sa main les cheveux de la fille de Blair, elle se dirigea en silence vers son fauteuil et boucla sa ceinture. Elle rangea soigneusement la précieuse pochette dans son sac à main, et porta ses mains à son visage, tentant d’intégrer la nouvelle.
Elle tenta de reconstituer les faits. Blair avait appris la paternité de Louis alors qu’elle était encore enceinte, à son retour à New York. Comment le test avait-il pu être faux ? Quelqu’un avait-il pu en manipuler les résultats ? Etait-ce seulement possible ?
Son esprit passa rapidement à Chuck. Si le résultat s’avérait positif, celui-ci allait apprendre qu’il était le papa d’une petite fille de 3 ans, qu’il n’avait jamais rencontrée. Serena connaissait les sentiments de Chuck par rapport à la paternité. Blair avait toujours été sa famille, et son cœur était assez grand pour avoir voulu accueillir son enfant même lorsqu’il pensait qu’il n’en était pas le père naturel. Comment allait-il dépasser la déception d’avoir raté tous ces moments avec sa fille ?
Et surtout comment allait il réagir au fait que la seule raison pour laquelle il avait perdu Blair, et jusqu’à encore récemment toute perspective de bonheur, n’existait pas. Qu’elle n’aurait jamais dû partir, qu’elle aurait dû rester avec lui, donner naissance à leur enfant chez eux à Manhattan, l’épouser. Etre sa famille, pour toujours, tel qu’elle le lui avait promis.
Le vol de retour fut une torture pour Serena. Elle essaya en vain de dormir, mais en lieu et place passa six heures à ressasser. Son inquiétude pour ses amis, quelle que soit la réponse au test, les questions sur leur avenir à tous, sur l’avenir de Audrey, qui à seulement trois ans s’apprêtait à peut-être voir sa vie changer radicalement.
Elle se demanda comment, comment elle allait pouvoir faire un test de paternité en toute discrétion. Elle n’avait pas d’enfant elle-même, et ne croyais qu’à moitié aux promesses de confidentialité qu’avançaient les différents organismes proposant ce type de tests.
Les heures de vol défilaient et un plan commençait à se dessiner dans son esprit.
A son arrivée à New York, elle s’engouffra dans un taxi et s’empressa de mettre à exécution la première étape. Elle s’arrêta dans un premier temps à l’appartement de Chuck, sachant d’une part que celui-ci serait déjà au bureau, et d’autre part que la situation n’avait rien à voir avec une urgence potentielle pour laquelle son frère lui avait confié un double de ses clefs.
S’efforçant de ne pas penser au fait que ce qu’elle s’apprêtait à faire pourrait sans problème lui être reproché plus tard, elle traversa l’appartement d’un pas rapide pour arriver dans la salle de bain de la chambre principale. Elle s’arrêta devant la glace, et entreprit d’ouvrir les différents tiroirs du meuble situé sous le lavabo, pour enfin y trouver une brosse. S’emparant d’un mouchoir en papier, elle entreprit d’en retirer quelques cheveux, qu’elle disposa avec soin dans un autre mouchoir, puis referma l’ensemble avec maladresse. Elle se laissa aller à penser à ce moment-là que la situation était parfaitement surréaliste.
Elle prit une profonde inspiration, vérifia qu’elle laissait la pièce dans le même était que celui où elle l’avait trouvé, et quitta l’appartement d’un pas rapide, pour retrouver en bas le taxi qui l’attendait.
« Le Queens s’il vous plait », dit-elle simplement au chauffeur, tout en entreprenant de trouver sur son portable l’adresse précise de la personne qu’elle allait voir ensuite.