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Never giving up

Série : Gossip Girl (2007)
Création : 21.03.2013 à 12h37
Auteur : soso4662 
Statut : Terminée

« Reprise de cette fic qui commence à la suite du hiatus de la saison 5, Chuck et Blair viennent d'avoir leur accident ... » soso4662 

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Chapitre 21 :

Serena prit quelques secondes pour rassembler ses esprits avant de frapper à la porte de la seule personne à laquelle Blair l’autoriserai à dire la vérité. Quelques instant plus tard, l’ancienne gouvernante de son amie lui ouvrait la porte, et ne put cacher la surprise, puis la joie qu’elle ressentit.

« Mademoiselle Serena, quelle bonne surprise ! » s’exclama-t-elle avec la spontanéité qui la caractérisait si bien.

Serena fut tout de suite rassurée de voir que Dorota n’avait pas changé. Les années étaient passées mais elle sut tout de suite qu’elle ne s’était pas trompée, et qu’elle avait eu raison de lui faire confiance. Avec soulagement, elle s’avança vers elle alors que Dorota ouvrait déjà les bras pour la serrer contre elle. Souriant, elle obtempéra, et la prit dans ses bras.

Serena ne disait toujours rien. Et elle n’en eu pas besoin car sentant son trouble, Dorota s’écarta et la regarda dans les yeux « C’est Mademoiselle Blair ? Est-ce qu’elle va bien ? 

- Elle a besoin de vous », lui répondit simplement Serena.

Sans un mot, l’inquiétude lui marquant soudain le visage, Dorota ouvrit un peu plus grande sa porte pour inviter Serena à rentrer.

Elles s’assirent face à face dans le chaleureux salon, et au bout de quelques secondes, voyant que Serena ne parvenant pas à trouver ses mots, Dorota choisit d’intervenir :

« Je vais préparer du thé d’accord ?

- Vous n’auriez pas quelques chose de plus fort ? tenta Serena, qui commençait à se faire rattraper par la fatigue accumulée ces dernières heures.

- Si grave que ça ? interrogea tout de suite Dorota. Assez grave pour vodka spécial de Vania ? insista-t-elle voyant la mine grave de Serena.

- Oui j’en ai peur », répondit la jeune femme.

Sans un mot, la fidèle gouvernante de Blair s’approcha d’un petit meuble situé dans un coin de la pièce, et en sorti deux petits verres et une bouteille remplie d’un liquide ambré.

- Bouteille spéciale, vodka avec piment et miel » annonça-t-elle en posant les deux verres sur la table entre elle et Serena. Elle les remplit soigneusement, en tendit un à son invitée, prit le sien et se rassis en face d’elle. « Alors ? »

Serena fixa le verre quelques secondes, puis le vida en une gorgée. Sous le regard effaré de Dorota elle saisit son sac et en sortit la pochette que lui avait confié Blair, ainsi que le mouchoir plié contenant les quelques cheveux de Chuck. Elle les posa sur la table, et leva les yeux vers Dorota.

« Vous avoir fait bêtise n’est-ce pas ? Vous adulte maintenant ! Terminé ! » s’exclama celle-ci, outrée.

Serena ne put retenir un sourire triste.

« Ce n’est pas pour moi, c’est pour Blair. Elle m’a demandé de venir en urgence à Monaco pour m’apprendre qu’elle a des raisons de croire que le père de sa fille est Chuck, pas Louis. ». Joignant le geste à la parole, elle poussa les deux pochettes devant Dorota et reprit : « Il faut faire un test ADN de paternité en urgence. Mais je ne peux pas prendre le risque de le faire moi-même. Je n’ai pas d’enfant et tout le monde ferait tout de suite le lien avec elle. Mais vous ne travaillez plus pour les Waldorf depuis plusieurs années, vous avez une famille, cela n’attirera l’attention de personne. Vous êtes la seule à laquelle je peux faire confiance. A laquelle Blair peut faire confiance.»

Serena attendit que Dorota réponde quelque chose mais rien n’arriva. Celle-ci fixait les deux pochettes devant elle, et sans un mot saisit son verre et le vida d’un trait à son tour. Elle regarda Serena, et toujours sans un mot, remplit de nouveau les deux verres, qu’elles vidèrent toutes deux une seconde fois.

Trois jours plus tard, Dorota reçu dans son courrier les résultats du test de paternité. Sans un mot pour Vania, elle prit son sac et sortit de l’appartement. Pour une fois, elle héla un taxi de manière à réduire son temps de trajet pour Manhattan au minimum. Une fois à l’intérieur de celui-ci, elle lui donna l’adresse des Archibald, et passa tout le trajet à manipuler nerveusement l’enveloppe entre ses doigts.

C’était la fin d’une longue journée, et Serena venait de rentrer du bureau lorsque le portier de son immeuble lui annonça la visite de Dorota. Elle lui indiqua avec empressement de la laisser monter, et se dirigea tout de suite vers la porte pour pouvoir l’accueillir.

A peine la porte de l’ascenseur entrouverte, elle interrogea la gouvernante avec insistance :

« Alors ? Vous avez le résultat ?

- Bonjour d’abord, lui répondit Dorota. Oui, résultats dans le courrier aujourd’hui. Mais pas encore ouvert. Pas osé. J’ai pensé mieux de vous retrouver chez vous et d’ouvrir ensemble ? 

- Vous avez bien fait, indiqua Serena qui avisa alors l’enveloppe encore cachetée dans ses mains. Entrez vite », la pressa-t-elle.

Les deux femmes s’attablèrent dans la cuisine chaleureuse des Archibald, côte à côte sur de hauts tabourets. Leur nervosité à toutes les deux était palpable, et aucune n’osait prendre l’initiative d’ouvrir l’enveloppe que Dorota avait posée devant elles.

Serena l’interrogea des yeux, et elle lui fit comprendre qu’elle ne se sentait pas du tout de le faire, après tout elle avait fait le trajet jusqu’à Manhattan pour une bonne raison.

La jeune femme prit donc une profonde inspiration, et s’empara de l’enveloppe qu’elle décacheta. Elle en sortit une feuille noircie de texte et de schémas, et chercha du regard la simple information qu’elle recherchait. L’émotion la troublait tellement qu’elle mit quelques instant à la trouver, alors que Dorota la fixait avec inquiétude, guettant sa réaction.

Et soudain, au milieu du texte apparu le mot qu’elle cherchait de tout son cœur. A la suite d’un paragraphe plus long que les autres, elle avisa un mot en gras qui fit se serrer son cœur, et une boule se former dans sa gorge. Positif. Le souffle coupé, elle descendit prestement de son tabouret et manqua de trébucher. Portant une main à sa bouche, elle regarda Dorota, les yeux écarquillés, ne trouvant pas les mots.

La fidèle gouvernante comprit tout de suite, mais n’osant y croire elle pressa Serena de lui dire ce qu’indiquait le test : « Alors ? »

Incapable de formuler un seul mot, Serena se contenta d’acquiescera vigoureusement, avant de serrer Dorota dans ses bras.  Les deux femmes se laissèrent enfin aller. Elles avaient toutes les deux vécu trois jours d’angoisses, et enfin la libération.

************************************************************************************************

Blair avait vécu ces quelques jours d’attente comme un cauchemar.

Elle avait loué à chaque instant sa capacité naturelle à contrôler ses réactions et son comportement, ainsi qu’à masquer ses sentiments. Car alors qu’elle avait dû continuer à vivre de la même manière qu’elle l’avait fait depuis bientôt quatre longues années, son esprit et son cœur bouillonnait.

Elle n’avait cessé de ressasser tous les moments, les faits. Elle avait reconstitué les conditions dans lesquelles elle avait fait le test de paternité des années auparavant, la façon dont les résultats lui avait été communiqué, et la façon dont les différents protagonistes avaient réagi, tentant de trouver une explication, une logique, une réponse. Elle avait délibérément choisit de se concentrer là-dessus, décidant que cela avait le mérite d’être constructif, plutôt que d’imaginer quelles pourraient être ses options en fonction du résultat du test. Elle savait que si elle laissait son cœur s’aventurer dans cette direction, il n’y avait pas de retour possible. Si elle se laissait imaginer cela, et si le test s’avérait négatif, elle n’aurait pas la force de revenir à sa vie et de l’assumer. Elle était forte, mais comme tous elle avait des limites.

Il était presque minuit ce soir-là, quand son portable, laissé allumé sur sa table de nuit, vibra. Elle se redressa brusquement dans son lit, sachant pertinemment que personne à Monaco ne la contactait à cette heure-ci. Sa gorge s’était brutalement serrée, et son cœur s’emballa lorsqu’elle saisit l’appareil, pour voir un simple message s’afficher sur l’écran. « Tu peux rentrer à la maison ».

A peine eut-elle lut ces quelques mots qu’elle inspira une grande bouffée d’air, comme si un poids énorme s’était retiré soudainement de sa poitrine. Elle se força à relire le message, afin de se convaincre qu’elle ne rêvait pas, que c’était bien réel. Et cela l’était bien. C’était vrai. Audrey était bien la fille de l’amour de sa vie.

Les pensées se bousculèrent dans son esprit à une allure incroyable. Incapable d’en limiter l’afflux, elle pensa tour à tour à Audrey, à Chuck, à Louis, à ses parents. Les questions se bousculèrent rapidement. Que faire ? Par quoi commencer ?

Elle réalisa que sans s’en rendre compte, elle s’était déjà levée, et avait commencé à faire les cents pas dans sa chambre. Partir. Elle devait partir tout de suite avec Audrey. Ne plus laisser Louis et Sophie la moindre chance d’influer encore sur le cours de sa vie. Elle devait reprendre le contrôle dans l’instant. Elle devait être rapide, et ne pas commettre d’erreur, ne rien laisser au hasard.

Elle fit le choix risqué de considérer que son portable, après tant d’année, était un moyen de communication sûr. Elle envoya tout de suite un message à Serena, lui demandant de réserver deux places sur le premier vol pour Paris, pour Blair et Audrey Waldorf.

Ne prenant pas la peine d’attendre une réponse, elle entreprit de s’habiller rapidement. Elle enfila un discret pantalon noir ainsi qu’une veste beige, souhaitant pouvoir être la plus discrète possible. Elle choisit un simple sac noir, dans lequel elle glissa des espèces, son portable ainsi que le chargeur de celui-ci. Elle ajouta un foulard, ainsi qu’une paire de lunettes de soleil noires. Sa mission accomplie, elle balaya du regard sa chambre, se demandant si elle devait, ou souhaitait prendre autre chose avec elle. Avec consternation elle réalisa qu’aucun objet s’y trouvant ne méritait d’être amené dans son voyage. Elle n’était attachée à aucun, à l’exception de quelques meubles qu’elle allait devoir laisser derrière elle.

Résignée, elle prit son sac, et entreprit d’aller réveiller sa fille. Elle baissa doucement la poignée et entra dans la chambre de celle-ci. Elle entendait dans le silence du palais la respiration sereine d’Audrey, qui dormait profondément, ne se doutant pas que sa vie s’apprêtait à changer radicalement. S’appliquant à ne pas y penser, Blair se contenta de prendre sur un fauteuil une veste ainsi qu’une paire de chaussure pour l’habiller, et sur une étagère un petit coffret dans lequel elle avait rassemblé quelques objets. Le minuscule bracelet de maternité de la petite fille, une photo rassemblant Blair, Audrey, ainsi que ses parents, une mèche de cheveux, son premier bavoir. Elle le mit dans son sac, et s’assit sur le bord du lit de sa fille. Elle tendit la main et entreprit de caresser doucement son épaule.

Au bout d’une trentaine de seconde, Audrey commença à bouger doucement sous la couverture, mécontente de voir son sommeil perturbé. Ouvrant doucement les yeux, elle ne masqua pas son étonnement à la vision de sa maman entièrement habillée, se tenant au bord de son lit au milieu de la nuit.

Voyant la perplexité puis l’inquiétude sur le visage de sa fille, Blair entreprit de la rassurer autant qu’elle le pu. D’une voix aussi posée que possible, elle lui parla doucement en caressant ses cheveux : »Chérie j’ai une surprise pour toi. Nous partons en voyage chez ta grand-mère Eleonor. Je suis sure que tu as très envie de voir où elle habite non ? »

Audrey s’assit dans son lit, et interrogea sa mère : « Est-ce que papa vient avec nous ?

- Non, il a trop de travail cette semaine. C’est un voyage entre filles, qu’en dis-tu ?

- D’accord », répondit finalement la petite fille. Elle sentait que quelque chose n’était pas comme d’habitude depuis quelques jours déjà. Elle mit donc cela sur le compte de ce fameux voyage surprise.

Encore un peu endormie, elle laissa donc sa mère lui passer une veste par-dessus son pyjama, et enfila ses chaussures.

Blair prit sa fille par la main, et l’entraina en dehors de sa chambre. Son cœur battait à toute allure dans sa poitrine, car elle savait qu’elle allait devoir avoir de la chance pour arriver à sortir du palais sans se faire remarquer. Heureusement il s’agissait d’un soir de semaine, et aucune réception n’avait eu lieu ce soir-là, la présence du personnel était donc réduite au minimum, mais l’inquiétait tout de même. 

Elle prit le parti de sortir dans un premier temps dans le parc. Elle fut rassurée de pouvoir sortir sans problème du bâtiment, et elle s’engagea alors dans l’une des allées. Elle serrait toujours fort la main de sa fille, et hâta le pas, résistant à la tentation de regarder derrière elle pour voir si elle était suivie. Elle devait continuer à avancer.

Elle savait que de l’autre côté du mur d’enceinte, elle pourrait rapidement atteindre à pied les abords d’un hôtel. Elle avait à plusieurs reprises remarqué, en rentrant tard au palais, que quelques taxis s’y tenaient toujours la nuit, prêts à prendre en charge les noctambules souhaitant rentrer chez eux. Elle avait ce plan en tête, mais elle savait qu’il ne servirait à rien si elle ne pouvait passer le mur d’enceinte.

Alors qu’elle se rapprochait de celui-ci, son cœur se mit à battre de plus en plus fort, et elle sentit sa fille tirer un peu plus fort sur son bras pour attirer son attention.

« Maman ou allons-nous ? Pourquoi on n’a pas une voiture pour aller chez Grand-mère Eleonor ? » Elle avait confiance en sa mère, mais elle sentait l’angoisse que celle-ci laissait paraitre en dépit de ses efforts, et elle commençait à avoir peur.

Blair s’agenouilla devant sa fille, sentant la nécessité de l’apaiser si elle voulait que son entreprise réussisse. « Chérie ne t’inquiète pas, au contraire c’est une aventure ! Rappelle-toi ta grand-mère habite très très loin, dans un autre pays, à Paris. Et pour aller la bas, nous devons passer pleins d’obstacles. Mais toutes les deux nous allons y arriver c’est sûr. Tu me fais confiance ? » Elle devait se reprendre. Si une petite fille de trois ans avait senti son angoisse, elle n’avait aucune chance de parvenir jusqu’à l’aéroport, et de prendre son avion. Elle trouva en elle-même la force de se reprendre, et parvint à adresser à la petite fille un sourire réellement rassurant.

Sentant Audrey réconfortée, elle reprit la main de la petite fille dans la sienne, et elles reprirent leur progression vers une porte métallique pratiquée dans le mur d’enceinte, tout au fond du parc. Blair continuait de réfléchir à toute allure, tentait d’anticiper les obstacles à venir. La porte serrait bien évidement fermée, mais serait elle déverouillable de l’intérieur ? Elle l’espérait.

Au bout de quelques minutes, elles contournèrent un dernier bosquet de laurier pour enfin atteindre la porte que Blair avait à l’esprit. Sans réellement y croire, elle appuya sur la poignée, et tenta de la manipuler, sans succès. Elle prit alors le temps de regarder autour d’elle, et avisa sur le cadre un simple boitier gris, surmonté d’un bouton poussoir rouge. Elle était face à une sortie de secours. Logiquement, ce bouton devait actionner l’ouverture de la porte, mais il était évident que le service de sécurité du palais allait en être informé. Blair consulta nerveusement sa montre, il était déjà deux heures du matin et elle n’avait pas de temps à perdre. Elle n’en avait plus.

Elle poussa donc le bouton, et fut soulagée d’entendre un déclic dans la serrure. Elle appuya de nouveau sur la poignée, et soupira profondément en constatant que la porte s’ouvrait sans difficulté. Sans attendre, elle prit de nouveau sa fille par la main, et s’engagea dans la rue, sachant qu’il n’était qu’une question de temps avant que le personnel du palais ne constate son absence.

Elle tourna dès qu’elle le pu, afin d’être hors de vue du palais, et continua sa progression. Les rues étaient désertes et parfaitement silencieuses. Au bout de quelques minutes, elle sut qu’elle approchait de l’hôtel qu’elle avait repéré auparavant, et commença à guetter avec angoisse, espérant trouver un taxi au plus vite.   

Dans le centre de contrôle de la sécurité du palais princier, l’officier de garde fut réveillé en sursaut par le déclanchement de l’ouverture de secours d’une porte du parc. Perplexe, et l’esprit encore embrumé, il se pencha sur son écran de contrôle, et constata sans comprendre que rien n’apparaissait sur les caméras. Peu habitué à gérer ce genre d’urgence, il vérifia dans un premier temps l’ensemble des caméras surveillant l’intérieur du parc, ainsi que les différentes entrées du palais, sans rien constater d’anormal. Il n’eut pas le réflexe de revenir en arrière sur la vidéo. Le seul risque réel était que quelqu’un tenta de s’introduire dans le palais, et pas l’inverse.  Suivant la procédure, il envoya donc un message à son responsable alors rentré chez lui pour la nuit, et il entreprit alors d’aller faire lui-même une ronde pour s’assurer que tout était normal.  

Avec soulagement, Blair avisait au même moment plusieurs voitures en train de patienter le long d’un trottoir. Après avoir rapidement toqué à la vitre de la première, elle s’engouffra à l’intérieur à la suite d’Audrey, prenant soin de s’assoir derrière le chauffeur, sachant qu’il était très probable qu’il la reconnaisse. Elle lui donna d’une voix plate et ferme l’adresse de son bureau, et rapprocha sa fille d’elle, la prenant dans ses bras, tandis que celui-ci démarrait, ne prenant pas la peine de dévisager la jeune femme d’apparence banale qui avait pris place derrière lui.

Elle lui demanda de s’arrêter à l’angle de sa rue, ne souhaitant pas qu’il la voit rentrer dans le bâtiment, connu pour être le siège de sa fondation. Lui tendant un billet de 50 euros, elle lui demanda de patienter une dizaine de minute. Celui-ci accepta dans poser de question.

Blair prit donc sa fille dans ses bras, attrapa son sac sur la banquette, et s’approcha du bâtiment. Elle se servit de sa clef pour ouvrir l’immeuble, et emprunta volontairement les escaliers, souhaitant rendre son passage dans les locaux le plus discret possible. Arrivant au premier étage, elle passa la réception déserte, et hâta le pas jusqu’à son bureau. Dans ses bras Audrey somnolait sur son épaule, confiante. Le cœur de Blair se serra lentement, jusqu’à être douloureux. Dans quelle aventure était-elle en train d’entrainer sa fille ? Elle devait s’accrocher, tenir le coup. Dans quelques heures tout cela serait derrière elle si elle trouvait la force nécessaire en elle. Elle devait y arriver.

Elle arriva devant la porte fermée de son bureau, et se servit de sa clef pour l’ouvrir. Une fois à l’intérieur de la pièce, elle déposa avec douceur sa fille sur le sofa, et se dirigea vers la tenture qui masquait l’accès à son boudoir. Elle se servit d’une clef, dissimulée dans son portefeuille, pour l’ouvrir, et pénétra dans la petite pièce.

Elle avança avec détermination vers le cadre de photo qu’elle décrocha du mur et posa à ses pieds. Elle composa prestement sur le coffre le code d’ouverture, et celui-ci s’ouvrit avec un léger bruit. Elle savait parfaitement ce qui s’y trouvait, et elle ne mit pas longtemps à rassembler la robe, l’écrin contenant le bijou qu’elle chérissait par-dessus tous les autres, ainsi que les deux passeports américains.

Ne prenant pas la peine de refermer le coffre, elle fit rapidement le trajet inverse et rangea l’ensemble dans son sac, laissant le passeport et les espèces sur le dessus, d’un accès facile. Elle prit de nouveau Audrey dans ses bras et entreprit de sortir du bâtiment par le même chemin, se contenant de claquer les portes derrière elle. Elle fut soulagée de constater que le taxi l’attendait toujours au coin de la rue. Elle installa au mieux sa fille sur la banquette et reprit sa place derrière le chauffeur. Tentant de reprendre la même voix neutre et ferme, elle lui indiqua de les conduire à l’aéroport de Nice.

Elle consulta sa montre, il était alors plus de 3 heures du matin. Elles étaient dans le temps pour le vol de six heure.

Blair passa les trente minutes de trajet à guetter. Elle observait la route, les voitures qui les doublaient, et les informations à la radio. Elle s’éloignait de Monaco, avait avec elle tout ce dont elle avait besoin, mais il lui restait encore beaucoup d’étapes à passer. Tant de choses pouvaient encore mal se passer.

Le taxi approcha enfin de l’aéroport, et elle entreprit de réveiller sa fille. Celle-ci ouvrit doucement les yeux, et eut pour seul reflexe de se blottir contre sa mère. Blair la prit donc de nouveau dans ses bras, tendit un billet au chauffeur en règlement de la course, et entra dans l’aérogare. Elle choisit de ne pas se rendre tout de suite au comptoir d’enregistrement, tenant à ne pas attirer l’attention plus tôt que nécessaire. Regardant autour d’elle, elle constata que toutes les boutiques semblaient fermées. Audrey commençant à peser dans ses bras, elle avança dans le large hall, et avisa une petite salle d’attente. Elle s’engagea dans l’allée formée par les rangées de fauteuils métalliques, et s’installa sur le dernier, dos au hall, le plus discrètement possible. Elle installa tant bien que mal sa petite fille et se força à attendre calmement.

Son fauteuil faisait face à une large baie vitrée, et elle tenta sans succès de se concentrer sur le ballet des camions de livraison qui annonçait une nouvelle journée d’activité à l’aéroport. Le soleil n’était toujours pas levé, et seule la lune persistait à éclairer l’environnement urbain et froid.

Son esprit était comme en suspens. Elle restait complètement attentive à ce qui se passait autour d’elle, aux aguets, et en même temps elle ne pensait pas, elle ne réfléchissait pas. De temps à autre elle consultait son portable, et surveillait du coin de l’œil un écran plat suspendu au mur qui diffusait une chaine d’information continue. Mais rien. Elle vivait des moments surréalistes, était témoin d’un changement radical dans sa vie, quelle que soit l’issue de son voyage, et son environnement semblait indifférent à son drame. Elle se sentait en complet décalage. Rien n’avait changé, et pourtant rien n’était plus pareil.  

Le responsable de la sécurité du palais arrivait au même moment au palais princier. Il détestait se faire réveiller au milieu de la nuit, et après avoir eut au téléphone son officier de garde qui lui avait assuré que rien n’était anormal, il avait donc choisir de prendre son temps. Il est alors plus de quatre heure du matin lorsqu’il pénètre au centre de contrôle. Ne trouvant pas la personne qui lui avait fait part de l’incident, il se saisit avec humeur de son portable, et entreprit de l’appeler afin de le rejoindre ou celui-ci se trouvait. Un appel laconique et une marche de plusieurs minutes dans les couloirs plus tard, il le rejoignit enfin, et se fit tenir informé des mesures prises jusque-là. Le jeune officier lui indiqua qu’il avait sécurisé à l’aide de la petite équipe présente sur place l’ensemble du parc, ainsi que le bâtiment. Le système de sécurité n’avait mis en avant que l’intrusion au niveau de la porte du parc, et rien d’autre.

Sceptique, le responsable lui demanda s’il s’était assuré de la sécurité des membres de la famille princière depuis l’intrusion supposée, ce à quoi l’officier de garde répondit par la négative.

Blair regardait avec nervosité les minutes défiler. Audrey dormait toujours blottie contre elle et heureusement, elle avait de cette manière un peu de temps pour se préparer à prendre cet avion, et à imaginer tous les obstacles auxquels elle pouvait potentiellement être confrontée.  Elle leva les yeux sur l’écran plat suspendu au-dessus d’elle, et constata qu’elle allait pouvoir enregistrer d’ici une quinzaine de minutes.

Elle commença donc à réveiller doucement Audrey. La petite fille se réveilla presque tout de suite et, regardant autour d’elle, interrogea sa mère du regard.

« Nous allons bientôt aller prendre notre avion chérie, en attendant nous allons aller nous rafraichir un peu d’accord ? »

L’enfant acquiesça en silence, épuisée par cette nuit entrecoupée. Blair et sa fille se levèrent donc du fauteuil métallique, et apprécièrent de pouvoir se dégourdir les jambes après avoir passé une bonne heure de manière aussi inconfortable. Elles se dirigèrent vers les toilettes les plus proches, ou Blair entreprit de laver les mains et le visage d’Audrey. Elle ajusta la tenue de celle-ci, priant pour que personne ne pense qu’elle était encore en pyjama, et pour sa part entreprit de se couvrir la tête de son foulard, afin de dissimuler ses cheveux. Elle observa son reflet dans la glace, et soupira nerveusement. Le résultat était tout sauf discret, elle ressemblait plus à Bridget Jones en train de partir en week end qu’a Grace Kelly en fuite. D’un geste, elle enleva le foulard et le fourra dans son sac, pour finalement nouer ses cheveux en une rapide et banale queue de cheval. Elle leva de nouveaux les yeux sur le miroir. C’était mieux. La coiffure approximative ajoutée à l’absence totale de maquillage compliquait la tâche pour des inconnus risquant de la reconnaitre. Elle ne pouvait que faire au mieux de toute manière.

Prenant de nouveau la main de sa fille, elle sorti des toilettes, et s’avança d’un pas mesuré du comptoir Air France ou patientaient déjà quelques hommes d’affaires. Elle ignora sciemment la file d’attente réservée à la première classe, ne souhaitant pas se faire remarquer, et prit sa place à leur suite. Après une dizaine de minutes d’attente, elle se présenta enfin devant une hôtesse qui leva à peine les yeux dans sa direction.

« Vous avez une réservation ? 

- Oui, pour deux personnes », répondit Blair d’une voix neutre en tendant leur deux passeport.

L’hôtesse avisa silencieusement les passeports américains, peut fréquent sur cette ligne nationale, et leva alors les yeux sur Blair. Elle vérifia la correspondance avec la photo, se faisant la réflexion que prendre un avion aussi tôt le matin ne réussisait vraiment pas à la jeune passagère. Waldorf. Ce nom lui dit quelque chose, mais rien de plus. Elle vérifia ensuite le passeport de la petite fille, qui correspondait aussi sans problème.

Elle scanna rapidement les deux documents, et édita les cartes d’embarquement 

« Vous avez des bagages à enregistrer ?

- Non uniquement un bagage cabine, répondit rapidement Blair.

- Très bien, vous avez les places 32A et 32B. Vous pouvez vous dirigez vers la salle d’embarquement. »

Blair ouvrit la bouche pour se plaindre d’être clairement assise en classe économique, mais se ravisa. Ce n’était clairement pas le moment de faire un esclandre. Elle était déjà étonnée que la jeune hôtesse ne l’ait pas reconnue, ou tout du moins qu’elle n’ait pas encore fait le lien entre Blair Waldorf et la princesse de Monaco. Elle la remercia donc rapidement, prit les deux cartes d’embarquement ainsi que leurs passeports, et entraina Audrey vers la salle d’embarquement.

Après un trajet rapide dans les couloirs de l’aéroport, elles arrivèrent dans une grande salle vitrée. De nouveau, Blair chercha des yeux l’endroit le plus discret pour patienter, et elles s’installèrent, toujours dans un coin de la pièce, tournées vers les pistes.

Au même moment au palais princier, l’officier de garde frappa discrètement à la porte de la Princesse Sophie. Au bout de quelques minutes, celle-ci ouvrit sa porte en robe de chambre, pour se retrouver face à un jeune homme extrêmement gêné de l’avoir tirée du lit. Il lui expliqua rapidement la situation, et Sophie insista impatiemment pour l’accompagner vérifier que son fils et sa famille allait bien. Ils réveillèrent donc ensemble Louis, puis se dirigèrent vers les appartements de Blair et Audrey. Louis pénétra le premier dans la pièce, pour trouver la chambre de sa femme vide, le lit défait, et les lumières allumées.   

Inquiet, il se dirigea rapidement vers la salle de bain pour vérifier que Blair ne s’y trouvait pas, et se retourna alors vers sa mère se trouvant toujours dans l’embrasure de la porte pour lui signifier que la pièce était vide. Il avisa alors la porte donnant sur la chambre de sa fille, et un frisson glacé lui parcouru le dos. Il avait compris. Il avait déjà compris qu’il les avait perdues.

Instinctivement, il courut vers la porte et l’ouvrit d’un seul coup, pour se retrouver comme il le craignait dans une pièce absolument vide. Sophie le rejoignit peu après : « Louis ou sont-elles ? T’ont-elles prévenu de quelque chose ? »

Louis ne répondit pas tout de suite, et fixa sa mère d’un regard éteint. « Non Mère. Blair ne m’a rien dit. Mais de toute manière quelle raison valable pourrait expliquer leur départ du palais en pleine nuit ? ».

Sophie fut de suite énervée par le ton agressif de son fils. « Louis il s’agit de ta famille. Il ne me semble donc pas déraisonnable de te demander ou elles sont. Puisque tu ne sembles pas le savoir, nous allons devoir faire autrement. » Elle retourna dans la chambre de Blair, ou l’officier de garde avait été rejoint par le chef de la sécurité.

« Ma belle-fille et ma petite-fille ne sont pas là. Ce n’est pas normal. Informez immédiatement la police ainsi que les autorités françaises afin qu’elles émettent un avis de recherche immédiatement. »

Au même moment, Blair sentait l’angoisse la gagner. Elle était dans l’aéroport depuis trop longtemps. Elle était vulnérable. Elle se tourna vers Audrey qui était toujours assise contre elle, bien réveillée cette fois. Elle regarda derrière elle, et constata que la salle d’embarquement se remplissait rapidement, et que désormais une cinquantaine de passagers patientaient en même temps qu’elle. La rangée de fauteuil qu’elle occupait était toujours libre, mais plus pour longtemps. Elle se saisit nerveusement des deux cartes d’embarquement, qu’elle fit jouer entre ses doigts. Elle ferma les yeux, se forçant à se calmer, à ne pas se laisser gagner par la panique. Il était encore tellement tôt. Même si le service de sécurité avait été informé de l’ouverture de la porte, il allait encore se passer du temps avant qu’il ne constate leur disparition, et encore plus avant qu’il ne constate qu’elle était sur la liste des passagers d’un vol à destination de Paris. Elle se forçait à tenir un raisonnement rationnel, mais l’angoisse ne la quittait pas. Elle regardait toujours autour d’elle avec nervosité, et sentait qu’elle allait se faire remarquer. C’était trop. Que faisait-elle là, dans cette salle d’embarquement, en train de presque enlever sa propre fille pour s’enfuir de chez elle. Elle était Blair Waldorf, comment en était-elle arrivée là ? Elle jetait toujours des regards inquiets autour d’elle, et sentait une vague de chaleur la saisir. Sentant l’agitation de sa mère, Audrey leva sur elle un regard apeuré qui fut comme un déclic pour Blair. Le besoin impérieux de protéger son enfant prit alors le dessus.

 

 

 


soso4662  (12.04.2013 à 08:54)

Chapitre 22 :

 

Le responsable de la sécurité du palais princier n’eut besoin que de quelques dizaines de minutes pour savoir où se trouvait Blair. Il avait tout de suite consulté les enregistrements vidéo correspondants au moment où l’alarme s’était déclenché et avait rapidement tiré la conclusion qui s’imposait. Il s’agissait d’un départ tout à fait volontaire. Il en avait informé Sophie et Louis, qui lui avait de suite ordonné de poursuivre ses investigations. Tous les deux savaient qu’elle n’avait pas le droit de quitter Monaco avec Audrey, et il était malheureusement évident que c’était son intention. En contact direct avec la police française, le responsable apprit donc que Blair Waldorf avait cette nuit même réservé deux billets pour Paris, au départ de l’aéroport de Nice.

Il consulta sa montre, et constata qu’il avait la possibilité d’aller là-bas avant l’embarquement, et il prit donc rapidement place dans une puissante berline avec Louis. Celui-ci garda le silence durant tout le trajet. Il suivait distraitement des yeux le paysage qui défilait, et se laissa aller à penser aux dernières années écoulées. Elles avaient semblées irréelles. Et pour cause, elles n’étaient basées sur rien. Sa relation avec Blair était inexistante, et il était un étranger pour sa propre fille. Il n’était pas dupe. Il repensa aux moments qui avaient précédés leur mariage. Il s’était tant battu pour garder sa famille unie, et tout cela au nom de leur bébé. Et pourquoi. Aujourd’hui il avait l’impression que l’ensemble de son entourage jouait un rôle perpétuel. Blair jouait à la princesse heureuse et investie, alors qu’elle ne faisait que survivre. Audrey était extraordinaire, une enfant exceptionnel, mais avec laquelle il ne partageait rien. Et lui jouait au père comblé, qui devait trouver l’ensemble de la situation parfaitement normal pour ne pas bousculer ce fragile équilibre. Mais qui dupaient-ils ?

Louis fut sorti de sa rêverie par le coup de frein brutal donné par le chauffeur de la voiture à leur arrivée à l’aéroport. Il constata qu’ils étaient attendus par plusieurs policiers français, alertés d’une tentative d’enlèvement d’enfant. Ceux-ci conservèrent une attitude neutre lorsqu’ils reconnurent le prince de Monaco, et l’ensemble du groupe se dirigea alors rapidement vers le comptoir d’enregistrement d’Air France.

L’hôtesse en charge de l’enregistrement les accueillit avec surprise, et leur confirma que Blair Waldorf ainsi que sa fille Audrey s’était bien présentées. A Louis qui lui demanda quelle pièce d’identité avait bien pu être présentée, elle répliqua qu’elles étaient toutes les deux en possession de passeport américain parfaitement valide, et qu’elle n’avait aucune raison de leur refuser l’embarquement. La tension de Louis devint alors évidente. Quel passeport américain ? Il réalisait peu à peu que jamais Blair n’avait relâché son attention. Tout cela avait été possible car elle n’avait jamais cessé de se méfier de lui, et de se préparer à partir.

Entrainant derrière lui son responsable de la sécurité et les quelques policiers français, il s’engagea d’un pas rapide dans le couloir menant à la salle d’embarquement, bien décidé à faire valoir ses droits. Il n’allait certainement pas se laisser abandonner par sa femme, et se faire voler sa fille. Il avait été bien trop tolérant avec Blair. Il lui avait laissé trop d’indépendance, prendre trop d’autonomie et aujourd’hui il en payait le prix. Mais comment pouvait-elle imaginer fuir avec sa fille de cette manière ? Elle se trompait lourdement.

Le petit groupe fit une arrivée peu discrète dans la salle d’embarquement. Tous les passagers tournèrent instantanément la tête, alertés par les cris de Louis qui ordonnaient aux policiers de repérer immédiatement ou se trouvait Blair. 

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Au même moment, Blair et Audrey se trouvait sur le quai de la gare SNCF de Nice, et voyait leur train arriver au bout de la voie. Blair se tenait très droite, serrant la main d’Audrey, sentant la satisfaction monter en elle. Elle avait gagné elle le sentait. Son instinct ne l’avait pas trompé. Rester dans cet aéroport était une erreur, c’était beaucoup trop risqué. Elle avait pris en une seconde la décision de partir. Elle avait réussi à se frayer un chemin dans les couloirs jusqu’à une porte gardée par un agent de la sécurité de l’aéroport. Elle avait d’abord essayé de le convaincre d’une urgence familiale pour qu’il la laisse passer, mais il était évident qu’il n’allait pas se laisser convaincre. Un vieux réflexe lui revint alors, une solution universelle. Elle avait donc sorti plusieurs billets de son sac et les avait glissé directement dans la main de l’agent de sécurité, qui leva des yeux surpris sur elle. Et la magie opéra. Comme dans un rêve, il avait ouvert le cordon qui barrait le passage à Blair, et elle s’était précipitée dans la partie publique de l’aéroport, serrant Audrey dans ses bras. Elle s’était directement rendue à la station de taxi et s’était engouffrée dans la première voiture. C’est alors que le véhicule longeait encore le bâtiment que Blair fut témoin de l’arrivée peu discrète de Louis. Instinctivement elle tourna la tête à l’opposé et ferma les yeux, son instinct ne l’avait pas trompée.

A cette heure encore matinale, le trajet jusqu’à la gare de Nice prit moins d’une dizaine de minute, et le chauffeur la déposa avec sa fille juste devant l’entrée. Elle entra rapidement dans le hall, et avisa un automate de vente de billets de train. Rapidement, elle acheta deux billets anonymes pour Paris, et se dirigea directement sur le quai. Le train devait partir moins d’un quart d’heure après.

Alors que Blair attendait calmement et sûre d’elle le train qui devait l’éloigner définitivement de Monaco, Louis constatait avec fureur que son épouse et sa fille avait purement et simplement disparu de la salle d’embarquement. Les policiers étudièrent rapidement les différents scénarios possibles, et avisèrent sans problème la sortie de Blair avait empruntée. Voyant fondre sur lui tout le groupe, l’agent qui s’était laissé soudoyer par la jeune femme avoua immédiatement qu’il l’avait laissé passer. Et Louis se retrouva dans le hall de l’aéroport, pas plus avancé. Blair pouvait être n’ importe où désormais. Sa présence sur la liste des passagers était leur seule piste. Il réalisa à peine que son responsable de la sécurité se dirigeait vers le centre de contrôle de l’aéroport pour étudier les bandes de la vidéo-surveillance, et retracer le trajet de Blair, car il savait que c’était trop tard. Il savait malheureusement à qui il avait à faire.

Blair vit le train se rapprocher enfin. Au moment ou la locomotive la dépassait, elle jeta discrètement son téléphone sur les rails, et celui-ci disparu de sa vue. Le train ralenti enfin, et elle monta dans le wagon. Le trajet était long, mais elle se savait en sécurité. Elle choisit un carré tout au fond, à l’abri des regards, et expliqua à une Audrey perplexe que ça y est, après tous ces changements de programmes, elles étaient enfin en route pour chez sa grand-mère. La petite fille se mit donc sagement à son aise, et commença avec curiosité à observer les voyageurs sur le quai. Elle n’avait jamais quitté Monaco jusqu’à présent, et sa mère ne lui avait pas menti, c’était vraiment une aventure.

Blair observait en silence les autres passagers s’installer. Elle finit par aviser une jeune femme qui lui parut potentiellement sympathique, elle aussi accompagné d’une petite fille. S’efforçant d’afficher une attitude la plus chaleureuse possible, elle s’approcha d’elle : « Excusez-moi, pourrais-je emprunter votre portable pour envoyer un message ? je n’ai plus de batterie et je dois absolument prévenir une amie de mon arrivée, car elle doit venir me chercher à la gare avec ma fille ! »

La jeune femme la regarda chaleureusement et lui tendit son téléphone avec un sourire : « Bien-sur ! »

Blair la remercia et envoya un simple sms a Serena, lui indiquant qu’elle était en route vers Paris, de prévenir d’urgence ses parents, ainsi que l’adresse d’un hôtel luxueux et discret qui ne prenait pas à la légère la tranquillité de ses clients. Elle lui indiqua que la chambre serait réservée au nom de Holly Golightly, puis rendit son téléphone à la jeune maman.

Elle retourna s’installer avec Audrey, au moment même où le train démarrait. Monaco s’éloignait enfin d’elle. Elle était libre.

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Serena cherchait en vain le sommeil lorsqu’elle entendit son portable sonner sur sa table de nuit. Elle fut d’abord étonnée de voir s’afficher un message d’un numéro qu’elle ne connaissait pas, puis comprit à la lecture du contenu que Blair avait dû emprunter un téléphone. Elle sentit Nate s’assoir à côté d’elle, inquiet.

A son retour de Monaco quelques jours plus tôt, elle n’avait eu d’autre choix que de le tenir informé de la situation. Ils avaient ensemble pris la décision de ne rien dire à Chuck avant de bien sur connaitre le résultat du test de paternité. Lorsque ce soir-là Nate était rentré chez lui, il avait trouvé Serena et Dorota totalement fébriles, venant de tenir informée Blair. Sans rien dire, il avait observé sa femme réserver deux places sur le vol Nice Paris pour Blair et sa fille. Puis enfin Dorota s’était décidée à rentrer chez elle, non pas sans avoir fait jurer à Serena de la tenir informée de la situation.

« Et maintenant ? » avait-il demandé à sa femme alors que celle-ci refermait la porte de leur appartement.

« Et maintenant Blair va rentrer à la maison », avait répondu Serena. Le silence s’était alors imposé entre eux. Les répercussions de son retour allaient être énormes, leurs vies à tous allaient changer. Chuck allait apprendre qu’il était père, devoir gérer le retour de la femme à laquelle il avait mis si longtemps à renoncer. Serena était déjà tiraillée entre sa loyauté envers son frère et envers sa meilleure amie.

Prudents, ils avaient donc décidé de se donner quelques heures, et d’attendre de voir ce que Blair allait entreprendre. C’était sa vie après tout, elle qui devait prendre les décisions. Et elle avait le droit d’avoir à annoncer elle-même à Chuck qu’il était le père de sa fille. Nate détestait de devoir laisser son ami dans l’ignorance. Mais il ne se sentait pas le droit d’interférer cette fois-là.

Mais la réception du message de Blair avait précipité les évènements. Aussitôt après en avoir pris connaissance, Serena appela donc Harold. Heureusement elle put le joindre tout de suite, en dépit de l’heure matinale en France, et elle fit de son mieux pour lui décrire la situation de la manière la plus exhaustive. Les faits étaient clairs, Blair étaient en fuite en France dans l’illégalité la plus totale, dans la mesure où officiellement, Audrey était bien la fille de Louis, et qu’elle n’avait pas le droit de voyager avec elle. Harold remercia rapidement Serena et contacta tout de suite Cyrus pour trouver une parade juridique afin que Blair et Audrey soient libres au plus vite.

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Pendant ce temps à Monaco, Louis tournait en rond comme un lion en cage. La police avait bien pu retracer le trajet de Blair jusqu’à la station de taxi, mais impossible ensuite de pouvoir identifier la voiture qu’elle avait empruntée. Aucun autre billet d’avion, aucune location de voiture n’avait été retrouvé à son nom, et personne ne pouvait affirmer de quelle manière elle avait quitté la ville. Il sentait que la police se désengageait clairement de l’affaire, et choisit donc de reprendre la main avec son responsable de la sécurité. Il appela sa mère pour faire le point, et recueillir son avis.

Sophie ne tenait plus en place. Elle sentait un énervement intense la gagner. Elle avait eu tort de considérer que la présence de Blair au sein de leur famille était acquise. Elle aurait du maintenir sa vigilance, ne pas laisser sa belle-fille acquérir l’autonomie qui lui avait permis de s’enfuir de Monaco aussi facilement, emmenant avec elle sa petite-fille. Cette affaire allait jeter un discrédit total sur sa famille, et elle ne pouvait le supporter. Avec Louis, ils convinrent que si Blair avait renoncé à fuir en avion, elle était forcément encore en France. Il était logique qu’elle choisisse de se rendre à Paris chez sa mère, quelle autre solution avait-elle ? Il fut donc décidé que Louis se rendrait chez Eleonor avec le chef de sécurité afin de négocier au minimum le retour d’ Audrey. Blair s’était mise dans l’illégalité la plus totale, et il était impensable de la laisser agir à sa guise, Sophie se faisait un devoir de veiller à ce que l’honneur de sa famille reste intact. Louis prit donc place à bord d’un avion privé à Nice, et s’envola pour Paris, bien décidé à revenir avec sa famille, après tout il avait la loi pour lui.

Blair avait réussi à profiter du voyage pour se reposer un peu, et reprendre quelques forces. Elle savait qu’elle n’était plus seule, et avait confiance dans ses proches pour la soutenir. Lorsque le train s’arrêta à Paris, elle en descendit rapidement et tout de suite, descendit dans le sous-sol de la gare, ou se trouvait l’accès au métro. Elle savait qu’il était possible que Louis ai déduit qu’elle se rendrait à Paris, et elle ne voulait pas risquer d’être interceptée à la gare. Elle tenait toujours par la main une Audrey de plus en plus perplexe. La petite fille découvrait la foule, le métro, un rythme et des odeurs qui n’avaient rien à voir avec l’environnement auquel elle était habituée. Mais elle sentait que sa mère avait retrouvé une totale maitrise d’elle-même, aussi elle la suivait en toute confiance. Blair se mêla au flot des parisiens pressés, et se dirigea directement vers le quai de la ligne 1, qu’elle savait extrêmement fréquentée. Le quai était effectivement noir de monde, et personne ne faisait attention à elle. Elle entendit le métro arriver dans le tunnel, et prit alors sa fille dans ses bras, craignant que celle-ci ne se fasse bousculer. Audrey enfouit son visage dans le cou de sa mère, trouvant décidément ces lieux assez hostiles. Blair faisait de son mieux pour faire abstraction du dégout que lui inspiraient les transports publics parisiens. Il fallait vraiment que l’urgence soit vitale pour qu’elle consente à les emprunter.

Elle descendit au deuxième arrêt à la station Hotel de Ville, sachant qu’elle trouverait facilement sur cette place une station de taxi. Elle se mêla de nouveau au flot des voyageurs pressés, serrant sa fille contre elle. Elle traversa les couloirs étroits en retenant presque sa respiration, agressée par les odeurs et le vacarme. Enfin les derniers escaliers se profilèrent devant elle, et elle émergea enfin au cœur de la ville. Elle respira de nouveau. Audrey senti son soulagement et releva la tête, embrassant du regard les bâtiments, l’espace. « C’est beau : » s’exclama-t-elle spontanément.

Blair ne pu réprimer un sourire. « C’est la plus belle ville du monde chérie, enfin après New York bien sûr. »

« Bien sûr », lui répondit la petite fille avec sérieux.

Blair prit quelques secondes pour admirer sa fille profitant de sa nouvelle liberté, puis se reprit, et se dirigea d’un pas vif vers la station de taxi la plus proche. Grillant la priorité à une troupe de touristes japonaises chargées de sacs, elle les congédia d’un signe de la main, et s’engouffra dans le énième mode de transport qu’elle avait emprunté dans les dix dernières heures.

Le chauffeur correspondait totalement au stéréotype du chauffeur de taxi parisien qu’elle avait dans son souvenir. Râleur et bourru. Elle lui donna l’adresse de l’hôtel qu’elle avait indiqué à Serena, et prit le temps d’installer Audrey à côté d’elle. Elle s’appuya contre le dossier, et admira les bâtiments sublimes qui défilaient devant elle alors qu’ils roulaient à vive allure sur les quais de Seine. Audrey dévorait aussi le paysage du regard, subjuguée par tant de nouvelles choses.

La voiture progressa lentement dans la ville, ralentie par les habituels embouteillages, et enfin arriva au cœur du XVIème arrondissement. Blair savait le quartier calme et discret, et bientôt le taxi s’immobilisa devant un hôtel dont on devinait à peine l’existence depuis l’extérieur. Pour les passants, il s’agissait simplement d’un magnifique hôtel particulier, semblable aux autres immeubles du voisinage. Pour Blair, c’était l’hôtel dans lequel elle descendait aves ses parents lorsqu’elle était petite fille, lors des nombreux voyage à Paris qu’elle avait fait avec eux. Elle savait que sa mère avait continué d’y séjourner avant d’avoir son propre appartement, et que son père y avait toujours ses habitudes. Elle régla rapidement la course, et sorti du véhicule avec Audrey. Elle resta quelques secondes devant le magnifique bâtiment, identique à son souvenir, puis se dirigea vers l’entrée.

Dès qu’elle se présenta à la réception, elle exigea tout de suite de voir le directeur. Le concierge sembla dans un premier temps sceptique, surpris par l’allure plutôt négligée de cette nouvelle cliente, mais il écouta son instinct, et su lire dans le ton et la façon de s’exprimer de Blair. Il comprit qu’il s’agissait d’un cas particulier, et appela immédiatement son responsable, qui lui indiqua effectivement d’accompagner Blair jusqu’à son bureau pour plus de discrétion

Blair s’avança dans la pièce suivie d’Audrey, et tendit la main vers le directeur de l’hôtel. « Bonjour, Pierre », lui dit-elle simplement.

« Je suis flatté de voir que vous vous souvenez de moi », lui répondit l’homme avec un sourire. « C’est un plaisir pour nous de vous accueillir avec – il marqua un silence – votre fille j’imagine ? »

« Nous avons besoin d’une chambre pour quelques jours. Mon père doit nous rejoindre, il se fait d’avance une joie de séjourner de nouveau dans votre établissement ».  

« Avec plaisir, Mademoiselle Waldorf, je la fait préparer immédiatement ». Il ne put s’empêcher de remarquer que sa cliente avait apprécié qu’il l’appelle par son nom de jeune fille. Il savait parfaitement à qui était marié la fille d’Harold Waldorf, et se faisait une idée assez claire de la raison de la présence de la jeune femme, dans cette tenue, et seule avec sa fille. « Pas de bagages ? », demanda-t-il en haussant un sourcil, tout en saisissant son téléphone afin de donner des instructions.

Blair secoua doucement la tête, pour lui signifier que ce n’était pas le cas. « Je vais faire installer dans votre chambre un nécessaire de toilette pour vous et votre fille, et nous nous ferons un plaisir de vous procurer tout ce dont vous pourriez avoir besoin pendant votre séjour. »

Sans un mot, Blair prit sa fille dans ses bras et s’adressa à l’homme dont la discrétion et la finesse la ravissait jusque-là. « Tout cela est parfait. Une dernière chose, hormis mes parents uniquement … ». Elle lutta pour trouver les mots.

« J’imagine que vous désirez séjourner chez nous dans la plus grande discrétion ? », se permit d’enchainer Pierre.

« Oui, tout à fait. Aucun contact par téléphone. Je dis bien aucun. Uniquement les visites en personne de mes parents, et de toute personne demandant la chambre de Holly Golightly »

« Bien entendu », lui répondit Pierre avec sobriété. Au même moment, un garçon d’étage frappait discrètement à la porte pour accompagner Blair et Audrey dans leur chambre.

Elles le suivirent donc dans les magnifiques couloirs au luxe discret, jusqu’à une chambre charmante. Située au dernier étage de l’hôtel particulier, elle jouissait d’une vue magnifique par-dessus les toits des immeubles environnants et, au loin, sur le Trocadéro et la tour Eiffel. La vaste chambre était composée d’un petit salon confortable, puis, au-delà d’une porte en bois moulurée, se trouvait la chambre principale, et dans son prolongement une alcôve contenant un petit lit pour Audrey. Une vaste salle de bain complétait le petit appartement, qui apparut dans l’instant comme le paradis pour Blair après ces longues heures d’errance avec sa fille.

Elle tendit un billet au garçon d’étage : « Pourriez-vous s’il vous plait faire monter une boite de macaron, ainsi qu’un plateau léger pour ma fille d’ici une trentaine de minute ? ».

Le jeune homme acquiesça, et quitta rapidement la pièce, laissant la mère et la fille enfin seule.

« Et voilà, nous somme arrivées chérie. Maintenant nous allons nous reposer un peu avant de retrouver Grand-mère Eleonor d’accord ? »

Audrey accepta sans mot dire, épuisée par le voyage. Elles se rendirent toutes les deux dans la salle de bain, ou Blair lui fit couler un bain. Lorsqu’elle eut terminé, elle l’enveloppa dans un épais peignoir, et elles retournèrent dans le salon, juste au moment où le garçon d’étage revenait avec ce qu’elle avait commandé. Audrey peina à venir à bout de son plateau, tombant de sommeil. Blair la coucha donc rapidement dans leur chambre, avant d’elle-même prendre une longue douche chaude. Elle s’enveloppa de même dans confortable peignoir, et rejoignit sans bruit le salon de leur petite suite. Elle s’assit dans l’un des fauteuils, ramassa ses jambes sous elle, et commença à attendre, piochant régulièrement dans sa boite de macarons.

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Harold Waldorf n’était pas homme à se laisser dicter son comportement par qui que ce soit, et il entendait qu’il en soit de même pour sa famille. L’appel de Serena lui avait fait l’effet d’un électrochoc. Qui avait osé tromper sa fille sur l’identité du père de son bébé ?

Il était taraudé par cette question alors qu’il se dirigeait à toute allure vers Paris en compagnie de Raymond, qui avait jugé plus prudent de prendre le volant, étant donné l’état de nerf de son conjoint.  Harold en profitait à ce moment précis pour tenter de connecter à internet le portable posé sur ses genoux, afin de pouvoir enfin consulter un document que devait lui avoir envoyé Cyrus. Les deux hommes avaient pu faire un premier point, et devaient se retrouver à Paris.

Serena les avait informés que Blair était parvenue à quitter Monaco avec Audrey, et qu’elle se cacherait dans un hôtel parisien ou sa famille pourrait lui rendre visite. Elle-même s’apprêtait à les rejoindre pour porter main forte à toute l’équipe, mais il était évident pour eux tous qu’il ne s’agissait que d’une première étape. Il était inenvisageable que Blair ne fuit aux Etats Unis avec sa fille, et reste exposée à une vengeance possible de Louis. Ils devaient trouver une solution pour que cet homme sorte définitivement de la vie de Blair. Mais comment le lui faire accepter ?

Il fut obnubilé par cette question tout au long du trajet quand enfin, ils approchèrent de Paris. Ils étaient partis tout de suite après l’appel de Serena, aussi ils arrivèrent peu après que Blair se fut installée à l’hôtel. Résistant à l’envie de voir sa fille tout de suite, Harold demanda à Raymond de les conduire dans un premier temps chez son ex-femme. Son cœur lui dictait d’aller voir Blair, mais il savait que le plus grand service qu’il pouvait lui rentre là tout de suite était de se consacrer à la résolution de son problème.

Leur voiture s’arrêta donc sur l’île Saint Louis, devant l’hôtel particulier d’Eleonor et Cyrus. A peine eurent-ils sonné que Cyrus leur ouvrit la porte, et les invita à entrer.

« C’est bien que vous ayez pu venir si vite. Avez-vous des nouvelles de Blair ? », demanda-t-il.

« Nous savons juste par Serena qu’elle s’est a priori installée dans un hôtel discret que nous connaissons bien avec Eleonor. Elle devrait y être en sécurité quelques temps », lui répondit Harold. Celui-ci s’approcha de son ex-femme, clairement au moins autant sonnée que le père de sa fille par la situation.

« Comment on-t-il pu lui faire cela ? La tromper sur une chose aussi importante ? », murmura Eleonor, alors que Harold la serrait dans ses bras. Au bout de quelques secondes, Harold rompit leur étreinte et, la prenant par les épaules, comme pour la maintenir debout, il lui assura d’une voix qu’il espérait ferme : « Nous allons trouver une solution je te le promets. Notre fille va retrouver sa vie. Nous allons y arriver. »

Eleonor sembla puiser sa force pendant quelques instants de la fermeté qu’elle sentit dans la voix du père de Blair, et acquiesça en silence. Sans plus en dire, le petit groupe pénétra plus en avant dans le magnifique hôtel particulier, pour s’installer dans un confortable salon. Une domestique leur apporta aussitôt des rafraichissements, dont Harold et Raymond profitèrent sans honte, encaissant les cinq heures de route effectuées dans la matinée.

Puis ils commencèrent à parler ensemble de la situation. Leur bilan était mitigé, et plusieurs questions restaient en suspens. Qui avait pu à l’époque falsifier les résultats du test de paternité qu’avait effectué Blair à New York ? Chuck, Louis, Sophie en avait certainement le pouvoir, qui y avait vraiment gagné ? La réponse la plus évidente semblait forcement Louis et Sophie. Le fait que la fiancée du Prince annule son mariage car étant enceinte d’un autre homme ne laissait forcement pas penser le meilleur de la famille princière. Mais l’honneur perdu valait-il pour Louis le fait de passer sa vie à faire passer une enfant qui n’était pas la sienne pour son héritière ?

Tout cela paraissait complètement disproportionné. Tous avaient à l’esprit le mariage désastreux de Blair, la bravoure de celle-ci, et la vie brisée de Chuck à New York. Tout cela pour éviter à Louis une rupture médiatiquement difficile, que tout le monde aurait déjà oubliée aujourd’hui. Tous les quatre étaient édifiés par la tournure des évènements, mais n’eurent pas plus de temps pour prolonger leur réflexion.

Ils entendirent la sonnette de la porte d’entrée et peu après, une domestique vint leur annoncer que Louis Grimaldi était là pour voir son épouse et sa fille.

 


soso4662  (15.04.2013 à 08:22)

Chapitre 23 :

Les quatre parents de Blair se regardèrent, ne sachant comment réagir. Tous s’attendaient à ce que Louis vienne chercher Blair ici, et c’était pour parer à ce risque qu’elle n’était pas là, et qu’elle se cachait à l’autre bout de Paris avec sa fille.

Eleonor réagit la première et se leva : « Faites le venir, que l’on en finisse ». Toute son autorité naturelle, sa confiance en elle, transparaissait dans sa posture, et son gendre ne put s’empêcher de se sentir intimidé en pénétrant dans la pièce, sentant de plus le regard lourd des trois pères de Blair pesant sur lui.

Pendant une seconde, il hésita, tenta de se rappeler pourquoi il était venu se battre. Et puis il réalisa qu’il n’avait plus le choix, il était allé trop loin. « Je sais que Blair est ici, j’exige de la voir immédiatement. »

« Jeune homme vous n’êtes pas ici chez vous, et vous n’êtes pas le bienvenu, je tiens à vous le dire », lui répondit Cyrus, outré de la manière dont le jeune homme s’était adressé à son épouse.

« Ma femme vient de lâchement s’enfuir de Monaco en emmenant avec elle notre fille, ce qui lui est parfaitement interdit. J’ai donc tous les droits d’être ici. Ce n’est pas moi qui ai enfreint la loi. » Il sentait les regards hostiles peser sur lui. Il n’était pas réellement surpris, il savait bien que les parents de Blair prendraient sa défense. Mais il pensait que ceux-ci tenteraient d’arrondir les angles, d’éviter que le conflit ne dégénère et clairement, l’animosité qui émanait d’eux indiquait tout le contraire.

« Blair était parfaitement dans son droit en partant avec sa fille. C’est vous, vous et votre mère qui l’avez retenue là-bas toutes ces années sous un faux prétexte. Vous devriez avoir honte de vous. Vous êtes un homme méprisable. », lui assena Cyrus avec dédain.

Louis commençait à s’irriter de cette agression collective. « J’ai maintenu l’unité de ma famille pour le bien de mon enfant. Je ne vois pas en quoi cela fait de moi un homme indigne. Je n’ai rien fait d’autre que de respecter votre fille, et d’aimer Audrey. Allez-vous aussi me reprocher cela ? »

Eleonor Waldorf se rapprocha de son gendre, et le seul reflexe qu’il eut fut de reculer de quelques pas. « Vous êtes un homme minable, et nous n’allons pas nous laisser faire. C’est terminé. Vous allez rendre à Blair et Audrey leur liberté, et ce dès aujourd’hui, ou je vous garantis que vous allez le regretter pendant longtemps »,siffla-t-elle entre ses dents. La menace était claire. Sur la table. Elle sentait une haine farouche pour cet homme monter en elle. Son époux le senti et arrivant derrière elle, la prit doucement par le coude. Se rendant compte qu’elle commençait à perdre le contrôle d’elle-même, elle se tût. Toisant toujours son gendre de haut, elle recula de quelques pas pour se placer aux côtés de son mari.

Jusqu’à cet instant Harold avait observé la scène. Il contemplait Louis sans comprendre. Il n’avait jamais porté cet homme dans son cœur, et il ne lui avait jamais inspiré beaucoup de respect. Mais se remémorant le mariage de sa fille, ses visites à Monaco, il comprit d’un coup que cela ne collait pas. Louis n’était pas un homme très méritant certes, mais il ne lui semblait pas capable d’avoir orchestré une pareille tromperie, encore moins d’y vivre avec complaisance depuis tant d’années. Il se leva doucement du canapé ou il était toujours assis, et s’avança sans un mot vers les protagonistes.

Il s’arrêta devant Louis, bien plus près que celui-ci ne l’aurait souhaité. Il observa en silence pendant de longues secondes le jeune homme, cherchant à lire dans les yeux de celui-ci la confirmation de ce qu’il soupçonnait déjà.

« Vous êtes convaincu qu’Audrey est votre fille n’est-ce pas ? », lui demanda-t-il doucement. Il continua de fixer le visage de Louis, et fut témoin de la compréhension de sa question par son gendre, étape par étape.

D’abord encore sur ses gardes, sa mâchoire s’était doucement relâchée. Il s’en fut peu pour qu’il n’ouvrit carrément la bouche. Ses yeux s’étaient lentement écarquillés, et ses épaules s’étaient avachies. Il regarda sans comprendre Harold, puis les autres parents de Blair, qui le fixaient tous. « Que … Que voulez-vous dire ? », arriva-t-il enfin à articuler d’une voix faible.

Interloqués, ils réalisèrent tous que Louis venait de comprendre qu’il n’était pas le père d’Audrey. La réaction qu’ils avaient sous les yeux était une réaction sincère à n’en point douter.

Eleanor n’y tint plus. Haussant les épaules, elle s’exclama soudainement : « Il n’en savait rien ! ». Elle ne put s’empêcher de rire nerveusement. Jaune bien sûr. Elle voyait désormais son gendre avec encore plus de dédain qu’auparavant, si c’était possible.

Louis sursauta en entendant sa belle-mère, et continua à les regarder tour à tour, le regard plein de questions restant muettes.

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Du coté de Manhattan, c’est une Serena survoltée qui avait cette fois renoncé à emprunter le jet de Bass Industries. Nate lui avait fermement indiqué qu’à ce stade, ils avaient déjà bien assez menti à leur ami, et que le reste appartenait à Blair.

Sachant très bien que son mari avait raison, elle perdit donc plusieurs heures à affréter elle-même un vol privé, ne pouvant imaginer attendre les six heures qui la séparait du prochain vol commercial sans rien faire. Nate l’aida autant qu’il put, actionnant tous les leviers possibles, et pas plus tard que deux heures après le dernier message de Blair, il déposait donc sa femme sur le tarmac d’un aéroport privé proche de New York.

Sans rien dire, il l’embrassa, la serra dans ses bras, puis la regarda tourner les talons et monter à l’intérieur de l’appareil. 

Il resta là, pensif, pendant de longue minutes après que le petit avion eut décollé. Son chauffeur attendait sans rien dire près de la porte ouverte de la voiture. Il tentait toujours d’intégrer tout ce qui s’était passé les trois derniers jours. Il se revit arriver un soir chez lui, et trouver un mot de Serena lui indiquant être partie en urgence voir Blair.

Celle-ci n’était même pas venue à leur mariage. Elle avait préféré manquer un tel évènement que de se confronter à son ancienne vie, et il avait donc comprit tout de suite que quelle que soit la raison qui avait réunie les deux amies, celle-ci allait de nouveau bouleverser leurs vies à tous.

Les liens qui les unissaient était tels, et ce depuis tellement d’années, que leurs destins étaient tous entrecroisés. Blair, Nate, Serena, Chuck, et désormais Rose et Audrey. Les cartes allaient être entièrement redistribuées, et il doutait qu’aucun d’entre eux ne soient préparés à cela.  

Le visage sombre, il se retourna, et pénétra sans un mot dans la voiture qui allait le ramener chez lui. Tout au long du trajet, il ne put s’empêcher de penser en sa loyauté envers sa femme, envers Blair, et envers Chuck. Il avait le sentiment de savoir que son meilleur ami allait marcher sur une mine, et de ne rien faire pour que celui-ci ne dévie de son chemin. Il comprenait pourquoi Serena ne souhaitait pas qu’il parle à Chuck. Mais désormais Blair allait revenir. Il en était de toute manière convaincu depuis le moment où il avait lu le mot de sa femme lors de son premier voyage à Monaco. Il devait au moins prévenir Chuck de l’arrivée de Blair. Il appartenait à la jeune femme de lui annoncer qu’il était le père de sa fille, mais il ne pouvait la laisser surprendre Chuck le lendemain matin sur le pas de sa porte sans le prévenir d’abord. Ils étaient amis depuis trop longtemps, il ne pouvait pas lui faire ça, et Serena devra l’accepter.

Nate donna donc à son chauffeur l’adresse de Chuck, et attendit nerveusement la fin du trajet. Trop tôt à son gout, la voiture s’arrêta en bas de l’immeuble, et Nate en descendit. Il savait que la conversation qu’il s’apprêtait à avoir n’allait pas être simple, mais il savait dans son cœur qu’il ne pouvait plus cacher à son ami se qui se passait en ce moment même à Paris.

 Après avoir été annoncé par un portier ensommeillé, il entra dans l’appartement de Chuck, et celui-ci vint à sa rencontre. L’état de ses cheveux attestait sans doute possible qu’il venait de le tirer du lit, et le jeune homme était encore en train de nouer autour de sa taille la ceinture d’un peignoir en soie lorsqu’il lui demanda, inquiet : « Nathaniel tout va bien ? Serena ? »

Nate fit un signe de la main pour le rassurer tout de suite. « Ne t’inquiète pas, nous allons bien. Ce n’est pas ça. Ecoute, je suis désolé de te réveiller en pleine nuit mais c’est important ». Il marqua une pause, et suivit l’indication de Chuck qui lui faisait signe de le suivre vers le bar. Il avança en silence, et s’installa sur un tabouret. Il regardait Chuck leur servir deux verres de scotch quand il ne put s’empêcher de demander : « Est-ce que Rose est là ? »

« Oui, pourquoi ? », lui rétorqua Chuck en s’emparant de son verre.

« Serena est en ce moment même dans un avion pour Paris. » Chuck le fixait sans comprendre.

« D’accord, j’imagine qu’il y a une suite à cette fascinante information ? » ironisa Chuck avant de boire une longue gorgée de scotch.

Nate leva doucement les yeux vers lui. « Ecoute il n’y a pas de manière facile de dire ça. Donc je vais te le dire franchement parce que je pense que tu as le droit de savoir. C’est à propos de Blair. Elle rentre à la maison. ».

Chuck entendit ces mots bien avant d’en comprendre le sens. Son regard quitta son ami pour se fixer dans le vide, droit devant lui, tandis que son esprit tentait d’intégrer l’information. Sans qu’il ne le réalise, sa main posa lourdement son verre sur le bar, et s’y agrippa. Il s’entendit interroger Nate. « Que veux-tu dire, « elle rentre à la maison » ? »

« Je veux dire qu’elle rentre à New York. Je ne sais pas encore quand exactement. L’affaire semble assez compliquée. » Nate s’arrêta volontairement là. S’il continuait, Chuck allait comprendre qu’il en savait davantage, et pour le coup il reconnaissait le droit à Blair d’annoncer elle-même à Chuck qu’il était père. Il choisit donc de se taire, et regarda son ami.

Chuck était toujours immobile, agrippé de ses deux mains au bord du bar. Il fixait toujours un point loin devant lui, et semblait totalement absent.

La réalité était que son esprit était en effervescence. Les images d’un passé sur lequel il avait passé des années à tirer un trait affluaient dans son esprit sans qu’il ne puisse les contrôler. Se mélangeaient dans le désordre Blair durant le bal des débutantes, Blair lui annonçant sa grossesse, Blair sur la scène de Victrola, Blair acceptant de passer le reste de sa vie avec lui à l’arrière d’une limousine, Blair sur une plage lui disant au revoir. Au bout d’une longue minute, il se força à sortir de sa torpeur, pour réaliser que Nate l’observait toujours avec inquiétude.

« Merci de m’avoir prévenu Nathaniel. Tu devrais rentrer chez toi, il est tard ».

Interdit, Nate vit son ami se diriger d’un pas lent vers sa chambre à coucher, et en fermer la porte. Il n’était pas réellement étonné de la réaction de Chuck, mais savait que celui-ci allait réaliser seul durant les heures à venir les répercussions de ce qu’il venait de lui annoncer.

Chuck entra dans sa chambre pour constater que celle-ci était toujours plongée dans le noir. Il distingua à peine la silhouette endormie de Rose à l’opposé du lit. Sa respiration douce et régulière s’entendait à peine dans le silence.

Il s’approcha de son lit et s’y assit. Posant les coudes sur ses genoux, il prit son visage dans ses mains, et tenta de reprendre ses esprits. Il tenta en vain de comprendre. Comment le retour de Blair était-il possible ? Il était impensable qu’elle ne rentre sans sa fille, comment avait-elle pu convaincre Louis ? Blair. Blair allait de nouveau être à New York. Il pensa rapidement à la dernière fois qu’il l’avait vue, et chassa tout aussi rapidement cette image de sa tête.

Lentement, il se redressa et se retourna pour contempler Rose, toujours assoupie à côté de lui. Il était à ce même moment incapable de mettre des mots, de décrire la nature de ses sentiments. Au fil des mois, il était parvenu à ressentir de l’amour pour cette jeune fille. Ils avaient atteint un degré d’intimité qu’il n’aurait jamais cru possible, et croyait vraiment avoir de nouveau trouvé le bonheur. Il avait l’impression, pensant à Blair, de tromper Rose. Ou était-ce l’inverse ?

Accablé par son trouble, il se détourna de la jeune femme et, ne pouvant plus supporter de se trouver sur le même lit, dans la même chambre qu’elle, quitta précipitamment la pièce pour retourner dans le salon désormais désert. Retournant vers le bar, il avisa le verre à moitié plein qu’il y avait laissé, et entreprit de le remplir de nouveau. Fixant un instant la bouteille, il finit par la prendre, et se dirigea vers un fauteuil.

Et, lentement, il entreprit de finir la bouteille de scotch. Méthodiquement. Avec application. Ne plus penser, ne plus se rappeler, ne plus réfléchir, ne plus imaginer ce qui allait se passer. Anesthésier ses souvenirs et son imagination.

 

*******************************************

Louis senti un frisson glacé lui parcourir le dos. Il peinait à soutenir le regard des membres de la famille de Blair, et pourtant avait tant de questions pour eux.

Pourquoi pensaient-ils qu’il n’était pas le père d’Audrey ? Etait-ce pour cela que Blair s’était enfui si brutalement ? Il avait pourtant vu lui-même les résultats du test de paternité. Il n’y avait aucuns doutes sur les résultats.

Harold se tenait toujours en face de lui, et commençait clairement à s’impatienter. Il lui posa la main sur l’épaule, et entreprit de le secouer. « Louis, vous ne saviez pas c’est ce pas ? »

Louis, dont le regard était perdu dans le vide, accrocha soudain celui de son beau-père. « C’est pour cela qu’elle s’est enfuie ? »

« Bien sûr qu’est-ce que vous croyez ? », lui répondit Eleonor avec humeur. « Qu’elle avait fait le sacrifice de sa vie pour suivre le père de sa fille, et qu’elle allait rester là-bas, loin de ses amis et de sa famille, alors que plus rien de l’y forçait ? »

« Mais, je … que s’est-il passé ? », la questionna Louis, qui ne parvenait absolument pas à retracer le cours des évènements.

Harold, sentant son ex-épouse assez émotionnelle, choisit de reprendre en main la conversation. « Blair a découvert votre groupe sanguin il y a quelques jours. Et il était incompatible avec celui d’Audrey. Afin d’être certaine, elle a fait effectuer un test ADN. Vous n’êtes pas son père, sans aucune forme de doute. Dès qu’elle en a eu la confirmation, elle est partie ».

« Je ne comprends pas, qu’en est-il du test de paternité que Blair a fait durant sa grossesse ? Je l’ai vu moi-même, il me désignait clairement ! » Louis sentait le sol se dérober sous ses pieds. Il sentait revenir dans son cœur le fantôme de Charles Bass, qu’il avait occulté depuis bien longtemps déjà. Il ne jugea même pas nécessaire de demander qui était le vrai père d’Audrey.

« Il semble avéré que ce test a été falsifié à l’époque », précisa Cyrus. « Il semblerai que vous n’étiez pas au courant donc … »

« Bien entendu que je ne l’étais pas », s’exclama Louis avec impatience. « Pourquoi aurai-je voulu la responsabilité d’un bébé qu’il n’était pas le mien. Confier le futur de mon pays à une personne qui n’était même pas de mon propre sang ? Pourquoi ? » Le jeune homme commençait à saisir l’énormité de l’information. Les répercussions possibles commençaient à se former dans son esprit. Il sentit ses jambes chanceler, et s’approcha lourdement du canapé ou était toujours assis Raymond. Eleonor, Cyrus et Harold lui firent alors face, le regardant d’en haut.

« Réfléchissez, quelle autre personne aurait pu avoir à l’époque interet à ce que ce bébé soit de vous ? A ce que votre mariage ne soit pas annulé ? », l’interrogea Eleonor, qui commençait à s’impatienter.

La vérité commençait à s’insinuer dans le cœur de Louis. Il se rapella cette époque, pas si lointaine au final. Cela avait été un enchainement de confrontations, de doutes, de disputes avec Blair. La présence de Chuck, de Serena dans sa vie leur posait à l’époque tant de problèmes. Une personne au milieu de toute cette cacophonie s’évertuait à ce que le mariage se maintienne, que tout soit fait dans le respect de la tradition, des convenances. Sa mère. Mais il ne lui avait jamais parlé du test de paternité. Comment aurait-elle pu être au courant. Il leva un regard lourd sur les parents de Blair.

« Je crois que vous allez devoir appeler votre mère », lui indiqua Cyrus. « Maintenant », le pressa-t-il.

Sans dire un mot, Louis saisit son portable et composa le numéro de la Princesse Sophie.

La conversation fut courte, et froide. Dans un premier temps Sophie eut le réflexe de nier. Non elle n’était pas au courant que Blair avait fait un test de grossesse, pourquoi l’aurait-elle été ?

Elle n’eut plus la possibilité de le faire après que Louis lui ai fait par de l’incohérence de leurs groupes sanguins, ainsi que de l’existence du test ADN.

« Blair allait te quitter pour ce Charles Bass. J’ai fait ce que j’avais à faire pour préserver ton honneur, et celui de notre famille. Et je n’en ai pas honte. »

« Vous devriez Mère. »

Louis raccrocha son portable et le rangea lentement dans sa poche.

« Vous aviez raison. Audrey n’est pas ma fille, ma mère a manipuler les résultats du test de Blair. » Sa voix était atone, et son visage d’une extrême pâleur. Son monde venait de s’écrouler sous ses pieds. Il avait conscience bien sûr que sa vie à Monaco n’était pas parfaite, mais quel mariage l’était ? Innocemment, il pensait qu’après un départ chaotique, ils avaient atteint une forme d’équilibre, et qu’ils étaient parvenus à offrir à leur fille un foyer stable et aimant. Mais tout cela n’était basé que sur un mensonge.

« Et maintenant ? », interrogea-t-il les parents de Blair. Il les regardait tour à tour, perdu. Il ne savait quoi faire ensuite, par quoi commencer. Il ne parvenait pas à imaginer ce qu’allait devenir sa vie, il n’arrivait même pas à se projeter dans les jours qui arrivaient.

« Et maintenant vous allez signer une renonciation en paternité. Ensuite vous allez divorcer. Et Blair et Audrey seront libres de faire ce qu’elles voudront de leur vie ».

« Mais comment vais-je expliquer cela à Monaco ? Je ne peux pas simplement dire que nous divorçons et que j’autorise Blair à quitter la principauté avec notre fille ! »

« Dites ce qui vous chante, cela m’indiffère. En revanche je préfère vous prévenir. Vous avez déjà privé ma fille de tant de chose, n’imaginez même pas la dénigrer de quelque manière que cela dans cette histoire ! », lui-précisa froidement Eleonor.

« Mais je suis aussi victime dans cette histoire ! » lui répondit vivement Louis.

Cyrus s’approcha de Louis qui s’était soudainement levé. « Ecoutez, Je comprends que vous puissiez être pené par cette histoire. Vous élevez depuis plusieurs années une enfant pour apprendre que vous n’en êtes pas le père. Très bien. C’est rude. Blair contrairement à vous a renoncé à toute sa vie, ses rêves, ses ambitions, ses amis. Et à l’amour de sa vie. Désormais vous allez faire ce qui est le mieux pour elles, et prendre sur vous. Car c’est ce qu’un homme droit et honnête ferait. »

Ebranlé par l’intervention de Cyrus, Louis commença enfin à imaginer quelle était la situation de Blair en ce moment même. Et soudain il eut envie d’une seule chose, de mettre tout cela derrière lui. Ne plus les voir, ne plus en entendre parler. Faire ce qu’il aurait dû faire des années auparavant. Assumer leur rupture, vivre le tapage médiatique. Et laisser les gens oublier, et passer à autre chose.

« Très bien. Qu’elles fassent ce qu’elles ont à faire. Je ne ferais pas barrage. Qu’elle reprenne sa vie. Nous annoncerons notre divorce, et que Audrey n’est pas ma fille. Nous attribuerons cela à une erreur médicale commise lors du test de paternité. Je ne veux pas que la responsabilité de ma mère soit engagée. »

Les parents de Blair se regardèrent entre eux, s’interrogeant mutuellement du regard. Tous avaient envie de passer à autre chose, tout comme Blair. Leur fille et leur petite-fille étaient libres, Blair n’était pas désignée comme fautive ni responsable de la situation en aucune manière.

« Je m’occupe de rédiger les papiers », dit simplement Harold, ne pouvant dissimuler son soulagement.

***********************************************

Blair sursauta lorsqu’elle entendit la sonnerie du téléphone de sa chambre. Involontairement, elle s’était assoupie sur le sofa de sa suite, après avoir terminé sa boite de macarons.

« Oui ?

- Bonjour, ici la réception de l’hôtel. Nous avons ici une Madame Serena Van der Woodsen Archibald, qui demande à voir Mademoiselle Holly Golightly ? »

« Pouvez-vous lui demander … ». Blair hésita un instant. « Comment je faisais classer mes chaussures par Dorota ? »

Serena ne put s’empêcher d’étouffer un rire à l’énoncé de la question. « Les chaussures étaient la seule partie de son dressing dont « Holly Golightly » ne sous-traitait pas le classement. Et un mois par créateur, le mois suivant par couleur ».  

Le cœur de Blair se sera en entendant la voix de son amie dans le combiné. « Faite la monter ».

Quelques instants plus tard, Blair attendait impatiemment Serena sur le seuil de sa chambre. Celle-ci se précipita hors de l’ascenseur et elles tombèrent dans les bras l’une de l’autre. « Merci d’être là », murmura Blair, le visage enfui dans l’épaisse chevelure blonde de son amie.

« Toujours », répondit simplement Serena.

Blair finit par rompre l’étreinte, et se recula pour mieux observer son amie. « Tu ne portes pas les cheveux un peu long pour ton âge ? », lui demanda-t-elle en plissant comiquement le nez.

« Tsssss », fit son amie en pouffant de rire et ébouriffant les cheveux de son amie. « Toujours l’âge de faire des orgies de macarons ?, demanda-t-elle en haussant un sourcil, à la vision de l’énorme boite totalement vide qui trônait sur la table du salon.

« A temps désespérés … », lui répondit Blair en souriant tristement.

Serena ne répondit pas tout de suite, et se décida à rompre le silence au bout de longues secondes. « Comment vas-tu ? »

« Mieux. Je … je suis encore un peu…. Perdue en fait. Tout est flou. Je survole chaque étape, et n’arrive absolument pas à me projeter au-delà de la suivante. Mais une étape à la fois ? C’est une bonne technique pour arriver au bout non ? »

Les deux amies s’assirent confortablement dans le canapé, et Blair prit le temps de leur commander du thé et un plateau pour Serena.

« J’ai eu ton père. Il a pris la route ce matin pour Paris avec Raymond. Il est peut-être même déjà arrivé. Il doit nous tenir au courant ici. Ma seule mission est donc de te tenir compagnie ! »

« Pas de pression donc ? »

« Non, mais peut être peut-on re-commander des macarons ? », releva Serena avec un sourire.

Quitte à attendre, autant le faire avec sa meilleure amie, du champagne, et en rattrapant le temps perdu.

***************************************

Au bout d’une heure interminable, Louis entendit enfin Harold et Cyrus redescendre du premier étage de l’hôtel particulier. Les deux hommes s’étaient isolés afin de préparer soigneusement un document qui allait dans un premier temps indiquer que Louis n’était pas le père d’Audrey, qu’il renonçait définitivement à tous ses droits sur elle, et que désormais Blair pouvait se déplacer en toute liberté avec sa fille. Le divorce, plus complexe, serait à régler ultérieurement. L’urgence était de rendre à Blair et Audrey leur vie.

Louis avait passé cette heure à tenter en vain de faire le point sur une situation qui avait totalement échappée à son contrôle. IL ne parvenait toujours pas à comprendre comment sa vie avait pu déraper à ce point, en aussi peu de temps. Il se trouvait soudain au pied du mur, devant renoncer à ce qu’il considérait comme sa famille, et repartir sur une vie entièrement nouvelle. Il ne reverrait même pas Audrey, ni Blair. Il allait devoir retourner à Monaco, et affronter sa mère, et les répercussions de son divorce.

Il ne put s’empêcher de sursauter lorsque la porte du salon dans lequel il se trouvait s’ouvrit pour laisser passer les deux hommes. Cyrus s’approcha jusqu’à la table et déposa devant Louis un dossier. « Prenez le temps de le lire. Posez nous toutes les questions que vous avez. Et surtout signez vite ».

Le beau-père de Blair avait beaucoup de mal à rester courtois avec le jeune homme. D’ordinaire extrêmement bienveillant, Cyrus n’arrivait pas à comprendre que l’on puisse choisir délibérément de provoquer autant de souffrance pour une raison au final si superficielle. Son cœur était brisé à l’idée de toutes les épreuves qui allaient se présenter pour Blair et sa fille. Elles allaient devoir reprendre le court de leur vie en route. Personne ne s’était arrêté d’avancer après leur départ. Tout avait changé.

Au bout de quelques minutes, sans un regard pour Harold et Cyrus, Louis signa le document en silence. Il plia en trois l’exemplaire qui lui était destiné, et le glissa dans sa veste. Il se leva. « Dites à Blair que je suis désolé. »

Sur ces simples mots, il tourna les talons, et quitta le foyer de Cyrus et Eleonor. Il laissa tout le monde soulagé que cette partie soit passée, mais effrayés de ce qui les attendait.

 

 

 


soso4662  (18.04.2013 à 12:51)

Chapitre 24 :

 

Blair et Serena sursautèrent toutes les deux lorsque le portable de cette dernière sonna. Elles interrompirent soudainement leur conversation, et Serena fouilla fébrilement dans son sac. Sortant son téléphone, elle constata qu’elle avait reçu un message de Nate, qu’elle ouvrit tout de suite. « Chuck sait que Blair rentre à New York, je ne pouvais pas lui mentir. Mais je n’ai rien dit pour Audrey. A Blair de jouer maintenant. »

« Alors qui est-ce ? », la pressa Blair nerveusement.

« Juste le travail », répondit évasivement Serena.

Blair ne put masquer sa déception. Elle venait de voir sa vie changer radicalement de perspective. En moins d’une journée, tout avait changé. Tout s’était enchainé, les retrouvailles avec Serena, le test de paternité, la fuite de Monaco. Tout s’était enchainé à un rythme tel qu’elle avait à peine eut le temps de penser. Elle avait besoin de connaitre ses cartes pour décider de la prochaine étape, et elle gérait très mal son impuissance. Devoir attendre passivement ne lui convenait absolument pas. Elle priait pour que quelque chose se passe. N’importe quoi qui puisse les mener à l’étape suivante. Tout plutôt que cet immobilisme forcée.

Elle fut sortie de sa rêverie par Serena qui lui secoua le bras. « Blair … Blair ! Quelqu’un est à la porte tu n’entends pas ? ».

Blair se leva immédiatement, d’abord affolée. « Qui est-ce ? » demanda-t-elle d’une voix faussement assurée.

« C’est Papa ! », répondit Harold.

Reconnaissant instantanément son père, Blair se précipita vers la porte, qu’elle ouvrit à la volée, pour se retrouver face à ses quatre parents. Elle se figea. Elle réalisa que le moment était arrivé, elle allait savoir ce qui allait se passer après. Un frisson parcouru son dos et instinctivement, elle serra un peu plus contre elle son épais peignoir. Elle leva vers eux un regard interrogateur. « Alors ? »

Le temps était comme suspendu. Les secondes semblaient se dérouler à une lenteur infinie. Elle tentait de déchiffrer leur visage, n’osant en même temps en tirer la moindre conclusion. Eleonor prit l’initiative de briser le silence. « C’est terminé Chérie, Louis a signé une renonciation de paternité. Vous êtes libres. »

Blair sentit une vague de chaleur l’envahir alors que les mots de sa mère pénétraient son esprit. Elle ferma les yeux, toujours immobile dans l’embrasement de la porte de sa chambre. Un large sourire se forma lentement mais clairement sur son visage. « C’est terminé », murmura-t-elle, comme pour parvenir à se convaincre que c’était bien la réalité.

Elle sentit les bras de sa mère se nouer autour d’elle, et répondit à son étreinte. Ouvrant les yeux, elle échangea par-dessus son épaule un long regard avec Harold qui ne put que lui sourire sans rien dire. L’émotion était palpable au sein du petit groupe. Serena, encore en retrait à l’intérieur de la pièce, refoulait bravement ses larmes mais n’allait pas tarder à échouer. Et était-ce si grave ?

Au bout de quelques minutes, les parents de Blair finirent par tous pénétrer dans la chambre de leur fille et prirent place dans le petit salon, soudain surpeuplé. Tous savouraient dans le silence la bonne nouvelle qu’ils venaient d’apprendre à leur fille. Serena fut la première à briser le silence cette fois. « Et maintenant ? »

« Maintenant je dois parler à Audrey, et ensuite je rentre à Manhattan. »

***************

Comme à chaque fois qu’elle passait la nuit chez Chuck, Rose fut réveillée par l’alarme programmée sur son IPhone. Coupant rapidement la sonnerie, elle constata sans surprise que son petit-ami s’était déjà levé, comme à son habitude. De façon assez singulière, c’était plutôt lui qui passait le plus de temps à se préparer le matin. Il se levait donc avant elle, se préparait, et ils se retrouvaient ensuite pour partager un petit déjeuner.

Sereinement, elle enfila donc le peignoir qui l’attendait sur un fauteuil situé tout près du lit, et passa dans la salle de bain. Elle se brossa rapidement les cheveux, pour ensuite les nouer dans en chignon rapide. Elle se brossa les dents et se passa un peu d’eau sur le visage. Elle rechignait à faire tout cela dès le réveil, mais elle avait fini par se sentir vraiment trop en décalage lors de leurs premiers petits déjeuners, face à un Chuck parfaitement habillé, coiffé et parfumé. Il avait maintenu qu’il s’en fichait, qu’il adorait sa coiffure naturelle au saut du lit mais raisonnablement, cela n’était pas possible. Elle avait donc adopté de nouvelles habitudes.

Elle sortit de la salle de bain au bout de seulement quelques minutes, et passa dans le salon, pour rejoindre la vaste cuisine. Elle s’attendait à trouver Chuck attablé au bar à son habitude, en train de lire le journal, mais elle eut la surprise de constater qu’il n’était pas là, et qu’il n’avait même pas fait servir le petit déjeuner. Interloquée, elle rebroussa chemin pour visiter une à une les pièces de l’appartement, uniquement pour les trouver vides.

Cette fois inquiète, elle chercha sans succès un message de Chuck. Rien dans l’appartement, ni sur son portable. Elle retourna rapidement dans le salon, pour trouver sur la table basse un verre ainsi qu’une bouteille de scotch vide.

Son sang se glaça. Sa rencontre avec Chuck était encore relativement récente, surtout comparée à tout ce qu’il avait pu partager avec Nate et Serena par le passé. Elle avait entendu des histoires sur les excès dont il était coutumier à l’époque. L’alcool, les filles, les drogues, sa tendance à disparaitre parfois. Elle savait qu’il avait un côté sombre, dont elle ne connaissait qu’une petite partie. Mais elle ne l’avait jamais vu perdre le contrôle, jamais. Le Chuck qu’elle connaissait aujourd’hui ne vidait pas seul une bouteille de scotch avant de disparaitre au milieu de la nuit. Car c’était bien le cas. Il avait disparu.

Se forçant à ne pas paniquer, à rester calme, elle prit son portable et entreprit de l’appeler. Un pressentiment sombre lui serrait la gorge, et elle ne fondait pas de réels espoirs dans cet appel. Sans surprise, elle fut directement mise en relation avec son répondeur. Perdue, elle regarda autour d’elle, ne sachant quoi faire dans cet appartement qui n’était pas le sien. Quelque chose n’allait pas.

Elle ressentit le besoin croissant de partir. De quitter cet appartement et de faire quelque chose. Elle prit donc une douche rapide, enfila les vêtements qu’elle avait amenés pour la journée, et partit tout de suite pour le premier endroit qui lui passa par la tête, l’appartement voisin de Nate et Serena.

Nate venait tout juste de se lever après une nuit trop courte lorsqu’il fut prévenu par le portier de son immeuble de l’arrivée de Rose. Il fut tout de suite inquiet. Que Rose soit là signifiait forcement que Chuck n’avait pas bien réagit à l’annonce du retour de Blair.

Il s’habilla rapidement et alla directement à la porte de son appartement pour accueillir une Rose affolée.

« Est-ce qu’il est là ? »

« Qui ça … Chuck ? »

« Bien sûr Chuck ! Je me suis réveillée dans un appartement vide ce matin ! Avec pour seule compagnie une bouteille de scotch vide abandonnée sur la table du salon ! »

Rose sentit que la panique la gagnait. Et le fait de constater que Nate ne semblait pas au courent de l’endroit où se trouvait Chuck ne l’engageait pas davantage à se calmer.

« Nate, j’ai un mauvais pressentiment. Je sais que tu connais des parties de lui que je n’ai jamais vues je … pourquoi partirai il comme ça au milieu de la nuit ? »

Nate était désemparé. Ils étaient toujours dans l’entrée de leur appartement. Rose n’avait même pas retiré son manteau ni posé son sac. Effectivement il connaissait Chuck. Il connaissait sa manière de réagir. Et il pouvait présumer sans risquer de se tromper que son ami avait fui, incapable de gérer la perspective du retour de Blair dans sa vie. Il aurait dû s’en douter. Il n’aurait pas dû le laisser seul la nuit précédente.

Il se retrouvait maintenant face à Rose qui voulait des explications, et qui y avait droit.

« T-a-t-il parlé depuis que je suis passé cette nuit ? »

« Tu es passé cette nuit ? A l’appartement ? Nate que se passe-t-il ? »

« Rose suit moi dans la cuisine d’accord ? Pose ton manteau, je vais te préparer du thé ».

Prenant la jeune fille par l’épaule, il la guida dans l’appartement. Arrivé dans la cuisine, il l’installa sur un tabouret, et fit chauffer la bouilloire.

Il s’adossa au plan de travail, lui faisant face.

« Je suis passé cette nuit pour parler à Chuck de quelque chose d’important. Quelque chose qu’il avait le droit de savoir rapidement selon moi. »

« Nate tu m’inquiète vraiment là. »

« Serena est à Paris avec Blair. Elle se sépare de Louis et rentre à Manhattan avec Audrey. C’est ce que j’ai annoncé à Chuck cette nuit, j’ai pensé qu’il avait le droit d’être prévenu dès que possible. »

Rose ne put dire un mot. Elle savait qui était Blair bien sûr. Pour Chuck elle était l’amour de sa vie, pour elle une sorte de mythe, un exemple inatteignable. Elle savait qu’elle manquait dans la vie de tous ses amis, et que Chuck avait mis plusieurs années à accepter son départ définitif. Elle leva les yeux sur Nate.

« Et c’est pour cela que Chuck est parti, sans un mot ? »

« C’est malheureusement probable. Objectivement, dans le passé c’était souvent sa première réaction lorsque quelque chose de grave se passait avec Blair. »

« Et qu’est ce qui le faisait revenir ? »

Nate attendit quelque seconde avant de répondre la seule chose possible.

« Blair. »

Rose acquiesça en silence.

*********************

Blair leva ses mains à son visage. « Mon dieu comment vais-je lui annoncer une chose pareil ».

Serena se rapprocha de son amie, et la prit par les épaules. « Tu vas lui dire la vérité tout simplement. Tu ne peux pas faire autrement. »

« Comment lui expliquer que jusqu’à aujourd’hui, toute sa vie est un mensonge. Le père qu’elle croyait être le sien, le pays dont elle croyait venir, la famille qu’elle pensait avoir. Toute sa vie va changer. »

« B, elle est la fille de Chuck Bass et de Blair Waldorf. Ce sera dur bien sûr, mais elle va s’en remettre. Et toi aussi, » ajouta-t-elle doucement. « Et n’oublie pas, elle va retrouver une famille, un pays, et un père. Elle va rencontrer son père. »

« Chuck, comment vais-je lui annoncer une chose pareil. Son cœur va être brisé. »

« Ce sera dur. Mais n’oublie pas que rien de cela n’est de ta faute. Tu as fait le seul choix possible à l’époque, et personne ne te le reproche. Et aujourd’hui tu as de nouveau pris la seule décision que tu pouvais prendre. Tu vas retrouver ta vie, et offrir à ta fille celle qu’elle mérite. »  

Blair regarda son amie en silence, et serra ses mains dans les siennes. « Merci S. Merci pour tout ».

Sans un mot de plus, elle se leva et entra dans la chambre de sa fille, puis referma la porte derrière elle.

Audrey était en train de se réveiller doucement, et Blair s’approcha de son lit.

« Tu a bien dormi chérie ? »

« Oui Maman. Est-ce qu’on va aller chez Grand-mère Eleonor maintenant ? »

« Pas tout de suite. D’abord Maman doit te parler de quelque chose de très important d’accord ? »

La petite fille acquiesça sérieusement et s’assit dans son lit. « D’accord »

Blair prit une grande inspiration, ne sachant par où commencer.

« Tu sais que lorsque j’étais plus jeune, avant de rencontrer ton papa, je vivais dans un autre pays, dans un endroit appelé Manhattan. Là-bas, j’avais des amis, de très bons amis, que je connaissais depuis que j’étais toute petite. Et un jour, je suis tombée très amoureuse de l’un d’eux. Il s’appelle Charles Bass. Nous nous sommes aimés très fort, pendant longtemps. Mais la vie est parfois compliqué tu sais, et tout n’était pas facile, ni simple. Et un jour j’ai rencontré Louis. Et nous nous sommes aimés fort aussi. »

Blair regardait attentivement Audrey, guettant une réaction de la part de la petite fille. Celle-ci se contentait de la fixer avec de grands yeux, ne comprenant pas ou elle voulait en venir.

« Un jour j’ai appris que tu étais dans mon ventre. Et tu es devenue la chose la plus importante dans ma vie. Je voulais que tu ais une famille, que tu grandisses avec ton papa et ta maman à tes cotés. Alors je suis allée vivre à Monaco, et je me suis mariée. »

« Tu t’es mariée avec Papa. »

Blair retint son souffle. Elle prit les mains de sa fille dans les siennes.

« Audrey, il a quelques jours, j’ai appris que Louis n’était pas ton papa. Ton papa s’appelle en fait Charles Bass. C’est pour cela que nous sommes parties toutes les deux de Monaco. Parce que je veux toujours que tu ais ta famille avec toi, tout près, pour prendre soin de toi. C’est pour cela que nous allons rentrer à Manhattan toutes les deux. »

« Mon papa n’est pas mon vrai papa ? »

« Chérie je suis désolée, je sais que tout cela doit être difficile à comprendre. Je suis vraiment désolée je voudrais tellement que tout soit plus simple pour toi. »

« Mais est ce que mon papa de Manhattan nous attends ? Est-ce que tu viens avec moi ? »

« Bien sur chérie ! Audrey, écoute-moi bien attentivement. Je ne bouge pas. Je suis juste là avec toi et ça ne changera jamais. Jamais d’accord ? »

Audrey laissa en silence sa mère la prendre dans ses bras, ne sachant pas quoi dire d’autre. Elle pensait avoir compris, et n’était pas certaine de la manière dont elle devait réagir.

Avant qu’elle ne puisse trouver une réponse à cette question, Blair lui annonça doucement. « J’ai une surprise pour toi. Tous tes grands-parents sont dans la pièce d’à côté, et veulent te dire bonjour. Ils ont hâte de te voir tu sais. Et il y a aussi une personne que je voudrai te présenter. C’est ta tante Serena »

Toujours en silence, Audrey descendit de son lit et laissa Blair la prendre par la main. Elle la guida jusqu’au salon ou ses parents ainsi que Serena attendaient impatiemment leur retour.

Dès qu’Audrey eut été embrassée par tous ses grands-parents, Blair s’agenouilla auprès d’elle et lui désigna sa meilleure amie. « Et voici ta tante Serena. Quand nous nous sommes connues nous étions petites comme toi tu sais. Tu peux aller lui dire bonjour, vas-y », l’encouragea-t-elle.

Audrey s’approcha de la jeune femme et lui tendit la main. « Bonjour Serena. Je m’appelle Audrey. »

Serena ne pu s’empêcher de sourire au formalisme de cette présentation. Elle lança un regard à Blair au-dessus de la tête d’Audrey. « Vraiment ? » sembla-t-elle dire à son amie en levant un sourcil.

Blair ne pu réprimer totalement le fou rire qui la prit.

Serena s’accroupie devant Audrey et serra avec sérieux la main que lui tendait la petite fille. « Bonjour Audrey. Je suis très contente de faire ta connaissance tu sais, je suis sure que nous allons être très amie toutes les deux ».

Audrey l’adopta instantanément, conquise par le sourire chaleureux de la jeune femme.

« Est-ce que tu vis aussi à Manhattan toi aussi ? »

« Oui c’est ca »

« C’est là que nous allons vivre avec maman maintenant. Est-ce que tu connais mon papa de Manhattan ? »

Serena fut soufflée par l’aplomb de la petite fille. Ne sachant quoi répondre à une question aussi sensible, elle interrogea Bair du regard. Celle-ci se rapprocha tout de suite.

« Serena, moi et ton papa sommes tous très amis depuis que nous sommes tous petits. Le mari de Serena, Nate, est aussi son meilleur ami »

« Maman nous n’avons pas de maison à Manhattan. Ou allons-nous aller ? », demanda Audrey, soudain inquiète.

« Ne t’inquiète pas. Nous avons une maison là-bas. La maison dans laquelle j’ai grandi. C’est un peu plus … petit que le palais tu verras, mais c’est magnifique ».

Audrey leva les bras en direction de Blair. Tout de suite celle-ci souleva sa fille et la serra dans ses bras. « Ne t’inquiète pas Chérie, tout ira bien », lui promit-elle en caressant doucement ses cheveux.

Croisant le regard de sa mère, elle chercha en silence le même réconfort. Toute leur vie était en train de changer. Et la prochaine étape la pétrifiait plus que tout. Revoir Chuck, et lui annoncer qu’il était le père de sa fille.

************************

Pour sa première soirée de liberté, et son dernier soir à Paris avant le départ, Blair dina avec ses parents ainsi que Serena chez Cyrus et Eleonor. Elle ne voulait pas sortir car ne souhaitait pas laisser Audrey à garder à quelqu’un qu’elle ne connaissait pas, elle avait eu une journée assez remplie comme cela.

Sa mère organisa donc une soirée comme elle en avait le secret. Un diner raffiné et élégant dans la salle à manger de leur magnifique hôtel particulier. Blair respirait de nouveau de pouvoir apprécier ces moments sans la pression d’un prochain retour à Monaco. Elle appréciait tellement de pouvoir montrer tout cela à Audrey. Sa culture, les traditions de sa famille, que la petite fille ne connaissait pas du tout.

Ils passèrent une soirée très agréable, dégustèrent les délicieux plats du chef français de sa mère, tout en buvant d’excellents vins de bourgogne. Pendant tout le diner, Audrey resta sur une méridienne à proximité. Elle y dormi plusieurs heures, refusant de s’éloigner de Blair dans cet environnement dont elle n’était pas encore familière. Et celle-ci trouvait aussi un certain réconfort au fait de pouvoir garder sa fille dans son champs de vision.

Le lendemain matin, après un au revoir chaleureux de ses parents, assorti d’une promesse de visite prochaine, Blair Serena et Audrey montèrent donc ensemble dans la voiture qui les conduisit à l’aéroport. Cette fois la tête haute, le cœur léger, Blair traversa les différents barrages de sécurité et s’installa avec son amie et sa fille dans le salon d’attente des premières classes.

Elle prit le temps de montrer à sa fille les avions qui décollaient devant la baie vitrée, ne daignant pas vérifier si quelqu’un la surveillait. Quand le moment arriva, elle se dirigea sereinement vers la porte d’embarquement. Elle s’engagea dans le couloir d’accès, tenant sa fille par la main. Elle regarda Serena qui se trouvait à côté d’elle, mais ne regarda pas derrière elle.

Sa vie l’attendait à Manhattan. Elle était de retour.


soso4662  (21.04.2013 à 21:13)

Chapitre 25 :

 

Le vol fut bien entendu trop long à son gout, mais le confort de la première classe compensa en partie l’impatience qui l’habitait. Audrey avait dormi pendant la majorité de la traversée, sans doute encore assommée par les changements des jours précédents. Blair avait donc passé la grande majorité du vol à discuter à bâtons rompus avec Serena en profitant du champagne qui leur était régulièrement proposé.

A force de  vérifier continuellement l’heure qui l’était, arriva enfin le moment où il ne restait que quelques dizaines de minutes de vol. Blair releva fébrilement le pare-soleil de son hublot, et le tableau superbe de la skyline de Manhattan se dévoila sous ses yeux. Une douce plénitude l’envahit, et elle se mit à sourire malgré elle. Elle sentit la main de Serena se poser sur la sienne. « Pas trop nerveuse ? »

« Pourquoi ? Je reviens à la maison, dont je n’aurais jamais dû partir, jamais. Tout reprend sa place. Les choses vont se faire toutes seules non ? » Le regard qu’elle lança à Serena sur cette dernière phrase voulait tout dire. Tout reprenait sa place certes, mais 4 ans trop tard. Elle ne savait pas exactement ce qu’elle allait trouver, ni ce qu’elle allait faire. Quatre ans après son départ, elle faisait de nouveau un saut dans l’inconnu. « Je t’ai toi, j’ai Nate. Audrey va rencontrer son vrai père. Quelle que soit la manière dont tout cela va se passer, c’est dans tous les cas la seule solution. Je devais revenir. »

Serena acquiesça en silence. Elle avait hâte de revoir Nate pour pouvoir parler avec lui de tout cela, et surtout de savoir ce qu’il avait exactement dit à Chuck. Elle s’inquiétait de sa réaction à l’annonce du retour de Blair. Elle luttait contre l’impression de plus en plus persistante que leurs vies allaient être totalement bouleversées. Encore.

Elle prit la main de son amie dans la sienne et couva du regard Audrey qui dormait toujours dans le siège à côté d’elles. L’avion amorça doucement sa descente, et rien ne put plus distraire Blair. Elle était hypnotisée par son île, son royaume qui s’étendait sous ses yeux.

L’atterrissage se déroula sans encombre. Elles récupérèrent rapidement leurs rares bagages, et rejoignirent rapidement la voiture qu’elles avaient réservée et qui devait les conduire à l’appartement des Archibald. C’était la fin de l’après-midi et les New Yorkais profitaient avec enthousiasme de la fin de l’été indien. Les rues étaient noires de monde, comme vibrantes du rythme effréné de la ville, et Audrey était ébahie par ce qu’elle voyait. Elle passa tout le voyage le visage tout contre la fenêtre, souhaitant tout voir, tout découvrir. Elle sentait que son regard n’était même pas assez rapide, qu’elle ne voyait pas tout. Elle dévorait des yeux les immeubles, les gens si différents, les boutiques. Tout était tellement différent du seul cadre de vie qu’elle n’ait jamais eu. Monaco était un territoire protégé, au rythme de vie paisible. Ici tout semblait en mouvement perpétuel, et elle se laissa pénétrer par le bruit ambiant de la ville. La circulation, les exclamations des passants dans leurs portables, les cris des vendeurs ambulants. Tout la fascinait.

Au bout d’une quarantaine de minute, la voiture se parqua devant l’immeuble des Archibald, et le portier vint en ouvrir la portière. Blair descendit la première, et leva la tête pour admirer le bâtiment. Elle se retourna vers Serena. « Bon choix S ! » s’exclama Blair en souriant.

« Comme tu peux l’imaginer, c’est surtout le choix de Anne et Lily… »

« Je n’aurai jamais deviné », ironisa Blair le sourire aux lèvres. Elle prit Audrey par la main, et toutes les trois pénétrèrent dans le hall du magnifique immeuble ancien. Elles montèrent jusqu’au penthouse, et Serena les précéda dans l’entrée de son appartement. Prise dans l’enchainement des évènements, elle n’avait pas eut le temps de prendre des nouvelles de Nate, et ne savait pas si il serait là.

C’était sans compter la hâte de son mari de revoir Blair. Elles eurent à peine le temps de poser leurs sacs dans l’entrée que le mari de Serena sortait déjà avec hâte de la cuisine. Blair ne put s’empêcher de sourire en constatant que son premier amour n’avait pas changé. Un peu plus domestique sans doute, si elle tenait compte du torchon de cuisine que le jeune homme avait en toute hâte jeté sur son épaule. Mise à part ce détail, il arborait toujours un savant coiffé-décoiffé de cheveux blonds, un sourire chaleureux, et un magnifique regard bleu clair. Il portait une chemise blanche impeccable, ainsi qu’un chino bleu marine, et était pied nu.

Blair failli éclater de rire quand Nate lui annonça qu’il avait préparé le diner. « Mon dieu mais laisse-moi quelques repères pour mon retour ! », s’exclama-t-elle en se jetant dans ses bras.

« Bienvenue à la maison », lui murmura Nate en la serrant contre lui. « Tu nous a énormément manqué, tu n’as pas idée », conclu-t-il en desserrant son étreinte.

« Vous aussi », soupira Blair en lui souriant. « Et voici Audrey. Chérie, je te présente Nate. Le mari de Serena et l’un de mes plus vieux amis ».

Audrey s’approcha de lui, et lui tendit la main avant de se présenter. Nate eut la même réaction de surprise que Serena, et il gratifia lui aussi Blair d’un sourire en coin, avant de serrer à son tour la main de la petite fille. « J’espère que tu as faim, je viens de mettre des lasagnes au four ».

« Oui merci. Je n’ai presque pas mangé dans l’avion j’ai dormis presque tout le long ».

« Et bien nous allons nous rattraper, viens suis moi », lui répondit Nate en souriant. Il joignit le geste à la parole et entraina toutes ses compagnes de la soirée dans la grande cuisine, dans laquelle il avait dressé une table simple mais accueillante.

Au bout de quelques minutes, tous les convives eurent en main leur verre. Tandis que les adultes engageaient naturellement une conversation animée, Audrey resta en retrait et s’appliqua à observer les interactions entre les trois amis. Elle n’avait jamais vu sa mère comme cela. Elle était lumineuse, souriante et spontanée.

Tous profitèrent du plat cuisiné par Nate. Lorsqu’ils eurent terminé, la petite fille eut le droit de déguster une énorme coupe de glace. Puis Serena entraina Blair et Audrey dans la chambre que celle-ci allait occuper. Elle les laissa seules, et rejoignit Nate dans la cuisine.

Son premier réflexe fut de serrer tendrement son mari dans ses bras. « Tu m’a manqué. Merci pour tout ça. L’accueil était parfait », lui dit-elle dans un sourire.

« Tu m’a manqué aussi »

Nate ne savait par où commencer. Blair et Audrey semblaient aller aussi bien que possible étant donné les circonstances, mais il craignait que cela ne soit transitoire. Il était perdu dans ses pensées, quand Serena l’interrompit.

« Tu es allé voir Chuck ? »

Nate fut soulagé de constater que Serena ne semblait pas lui en vouloir. « Je suis désolé. C’est mon meilleur ami, je ne pouvais pas ne pas le prévenir que Blair rentrait. »

Serena l’apaisa tout de suite. « Tu as eu raison. C’était égoïste de ma part de te demander de lui mentir. J’aurais fait pareil à ta place. Comment cela s’est passé ? »

« C’est tout le problème. Cela s’est plutôt pas trop mal passé. Du moins c’est ce que je croyais. Jusqu’à ce que Rose débarque ce matin à la première heure à la recherche de Chuck »

« Quoi ? »

« Il est parti. Je lui ai parlé, puis je l’ai vu retourner se coucher. Sauf qu’avant que Rose ne se lève il avait vidé une bouteille de scotch et avait disparu. »

« Tu penses qu’il sait pour Audrey ? »

« Ca m’étonnerai. Tellement peu de personnes sont au courant à ce stade … et il s’est écoulé tout au plus trois heures entre le moment où je lui ai parlé du retour de Blair et sa fuite. Je pense que c’est uniquement lié à Blair. Sauf que pour l’instant je n’arrive pas à le joindre, pas plus que Rose ou BI. » Nate s’interrompit. Il ne regrettait pas d’avoir parlé à son ami, mais il s’en voulait énormément de ne pas être resté avec lui pour l’aider à gérer la nouvelle. Il a juste considéré que celui-ci allait agir avec détachement et maturité, dans le prolongement des dernières années. Sauf que ces années ne pouvaient pas être représentatives. Blair était de retour.

« Il va falloir en parler à Blair. Dès ce soir. »

« Est-ce qu’on lui parle de Rose ? »

 « Qui est Rose ? »

Nate et Serena se tournèrent tout de suite vers la porte de la cuisine, et y découvrirent Blair.

Celle-ci venait juste de coucher Audrey, qui s’était endormi à peine la tête posée sur l’oreiller. Elle avait rapidement traversé l’appartement pour rejoindre ses amis. Tant d’autres sujets restaient à aborder maintenant qu’ils étaient entre eux. Elle arrivait à peine dans la pièce lorsqu’elle avait entendu Nate poser cette question.

Elle s’était instantanément figée. Pendant quelques secondes, elle avait précisément senti un frisson glacé la parcourir entièrement. Elle avait serré ses mains devant elle pour atténuer le tremblement qui les avait saisies, et elle s’était entendue demander d’une voix étonnamment calme et posée qui était Rose. Elle se tenait toujours dans le cadre de la porte, et le silence qui avait suivi sa question se prolongeait toujours. Son regard passait alternativement de Nate à Serena, et les deux jeunes gens se fixaient l’un l’autre sans vouloir réagir.

Blair sut. Elle sut dès qu’elle avait entendu Nate poser la question. Elle avait bien sur su que Rose était dans la vie de Chuck. Elle sentit un sourire triste monter à ses lèvres.

« Elle est avec Chuck n’est-ce pas ? »

Serena parcouru rapidement les quelques pas qui la séparait de son amie, et prit ses mains dans les siennes. « Je suis désolée B. Tout s’est enchainé si vite, cela ne semblait jamais le bon moment pour t’en parler. »

Blair s’en voulu tout de suite de voir son amie culpabiliser. «S’arrête, ce n’est pas ta faute ! Les derniers jours ont été fous. Et si j’avais voulu savoir déjà à Paris, je t’aurai posé la question. » Elle sentit sa voix se briser, et la tristesse lui peser soudain extrêmement lourd. Préférant prendre le temps de penser à tout cela dans l’intimité de sa chambre, elle serra les mains de Serena un peu plus fort. « Ne t’en veux surtout pas. Tu as été une amie extraordinaire ces derniers jours. Seule toi aurais pu faire tout cela pour nous. Le reste est ma responsabilité. J’irai voir Chuck demain, en attendant je ne suis pas contre une bonne nuit de sommeil si vous permettez …. »

Elle esquissa un demi-tour, comptant bien regagner sa chambre le plus rapidement possible, quand Nate la retint : « Ce n’est pas tout ce que tu dois savoir. » 

Blair se figea de nouveau, se demandant ce qu’elle était encore capable d’encaisser après ces derniers jours. Elle prit le temps de prendre une profonde inspiration, et se retourna pour faire face à Nate. S’approchant de nouveau du de la cuisine, elle s’installa dans le silence sur un tabouret, et prit le verre de Martini que Nate lui avait servi pendant son absence.

« Je t’écoute ». Puis elle but une longue gorgée du liquide glacé.

«Je suis allé voir Chuck la nuit dernière, pour lui annoncer ton retour. Ou plutôt pour le prévenir… »

A ces simples mots, il vit Blair se redresser d’un seul coup, et alors qu’elle s’apprêtait à protester, il l’interrompit : « c’est mon meilleur ami, je voulais juste le prévenir. Il va déjà avoir le choc de sa vie en apprenant qu’il est le père d’Audrey, je voulais juste l’épargner un peu. »

Blair se força à rester calme. Elle pouvait se mettre à la place de Nate. A sa place elle aurait eu le même reflexe s’il avait s’agit de protéger Serena. Alors qu’elle se faisait une raison, elle constata que Nate n’avait pas l’air soulagé de son aveu. « Il y a autre chose ? »

« Il est parti »

« Que veux-tu dire, « il est parti » ?» lui demanda vivement Blair, soufflée par l’annonce de Nate.

« Rose est venue ici ce matin. A  priori il a quitté son appartement cette nuit, sans doute vers cinq heure, et personne ne sait où il est ni a eu de ses nouvelles. Il a juste laissé derrière lui une bouteille de scotch vide ».

« Ils vivent ensemble ? », demanda tout de suite Blair.

« Non, mais elle était chez lui cette nuit lorsque je suis allé lui parler »

Blair tentait maladroitement de se figurer la situation. Chuck semblait donc en couple, mais ne vivait pas avec Rose. Et sa première réaction lorsqu’il avait appris son retour avait été de fuir. Force était de constater que cela ne présageait pas le meilleur pour la suite. Elle sentit la panique la gagner. Elle connaissait mieux que personne la capacité à disparaitre de Chuck. Changer de pays, de vie. Rien ne semblait l’effrayer dans ses moments les plus sombres.

Hors elle ne savait pas. Elle ne savait pas de quelle manière il avait vécu ces dernières années. Elle ne savait pas quel homme il était aujourd’hui. Comment comprendre, comment anticiper les actions d’un homme dont elle ne connaissait plus la vie ? Les larmes lui montèrent aux yeux lorsqu’elle pensa à Audrey

« Ma fille s’attend à rencontrer son père Nate ! Elle vient déjà de perdre Louis, comment puis-je lui annoncer que Chuck a fui avant que nous arrivions ? »

Blair ne maitrisait plus ses larmes lorsque Nate la prit dans ses bras. « Nous allons le retrouver je te le promets Blair. Nous allons retrouver le père de ta fille. »

Il échangea un long regard avec sa femme par-dessus l’épaule de Blair, et constata avec tristesse que celle-ci partageait son appréhension. Personne ne savait où il était, et s’il avait décidé de vraiment disparaitre, ils ne pourraient rien y faire.


soso4662  (23.04.2013 à 10:29)

Chapitre 26

 

La nuit fut courte pour Blair. Elle s’était retirée dans sa chambre peu après sa discussion avec Nate et Serena. Elle avait tenté de trouver le sommeil, mais en vain. Les images des jours qui avaient suivi la découverte de l’identité du vrai père d’Audrey se bousculaient dans son esprit, et y semaient le trouble. Son premier réflexe avait été de rejeter sa vie à Monaco, de fuir. Elle avait instinctivement su qu’elle devait rentrer chez elle, retrouver son environnement, ne plus vivre cette vie de convenance et de mensonge. Mais voilà, elle était désormais « chez elle », et plus rien ne ressemblait au monde qu’elle avait laissé.

Apprendre que Chuck avait refait sa vie lui avait fait l’effet d’un électrochoc. Elle avait désespérément besoin de retrouver des repères, et la nouvelle avait cassé quelque chose en elle. Certes elle l’avait envisagé, et même souhaité en d’autres temps, mais voir cette perspective concrétisée était tout à fait différent. La nouvelle de sa paternité allait avoir encore plus répercussions qu’elle ne le craignait.

Ses réflexions nocturnes eurent pour seul effet d’augmenter le nombre de questions en suspens. Le matin arriva enfin et la première chose qu’elle eut envie de faire fut de revoir son appartement. Elle avait besoin de se retrouver chez elle, dans le foyer dans lequel elle avait grandi. Elle pouvait au moins compter sur cela.

Elle confia donc Audrey à la garde de Serena, et parti aussitôt après le petit déjeuner. Elle tacha d’ignorer le visage perplexe et étonné de son concierge, et s’engagea avec une assurance feinte dans l’ascenseur. Appuyant rapidement sur le bouton approprié, elle fut soulagée que personne d’autre ne l’ai suivie. Alors que l’appareil s’élevait dans les étages, elle fut prise par un tournis. Elle s’appuya instinctivement sur la paroi, et ne fut sortie de sa torpeur que par le tintement annonçant son arrivée.

Les portes s’ouvrirent avec un bruit feutré, et elle découvrit devant elle le foyer de son penthouse. Osant à peine respirer, elle sortit de la cabine, et avança doucement dans la pièce, ses yeux dévorant les murs nus, les meubles recouverts de housses. Ses pas résonnaient fortement dans l’appartement inhabité depuis trop longtemps, et elle se sentit rapidement mal à l’aise.

Secouant la tête comme pour se ramener à la raison, elle se forca à aller de l’avant, et entra dans le salon, puis la salle à manger. Elle poursuivit son chemin dans la cuisine, et revint dans l’entrée afin de s’engager dans l’escalier qui menait aux chambres. Laissant glisser sa main sur la rampe poussiéreuse, elle monta les marches lentement, et arriva enfin sur le palier.

Elle avait le sentiment de parcourir une maison hantée. Elle en avait bien sur conservé un souvenir très précis, qui ne correspondait pas du tout à ce qui l’entourait. L’appartement manquait de chaleur, de vie.

Elle arriva enfin devant la porte de sa chambre, qu’elle ouvrit doucement. Là encore, elle la reconnu sans pour autant se sentir chez elle. Les rideaux avaient été décrochés, et la lumière était crue. Le lit n’était pas fait, et plusieurs meubles, qu’elle s’était fait envoyer à Monaco, manquaient. Elle poursuivi son chemin jusqu’à son dressing, dont elle ouvrit doucement la double porte. Elle pénétra religieusement dans la pièce. Les tringles et les étagères étaient encore chargés de vêtements et d’accessoire. Elle avait chargé Dorota de lui envoyer celles de ses affaires qui trouveraient une utilité dans sa nouvelle vie à Monaco, et en l’occurrence, beaucoup étaient donc restée à New York.

Elle effleura doucement du bout des doigts les robes soigneusement organisée par type d’évènement et par couleur, chaque toilette lui rappelant des souvenirs. Tout était là. Son ancienne vie.

Elle était perdue dans ses pensées lorsqu’elle fut surprise par la sonnerie de l’ascenseur annonçant l’arrivée d’un visiteur. Elle sortit en toute hâte de la pièce, et rejoint rapidement le foyer, pour y trouver Dorota qui avait déjà commencé à la chercher dans les pièces du bas.

« Miss Blair ! » s’exclama-t-elle en voyant celle-ci descendre les escaliers.

« Dorota ! » répondit Blair avec le même enthousiasme, en accélérant le pas. Elle se précipita vers sa fidèle gouvernante et la prit dans ses bras avec chaleur.

« Comment avez-vous su ? » lui murmura-t-elle, ne relâchant toujours pas son étreinte.

« Miss Serena m’a dit que vous venir toute seule ici. Je me suis dit qu’un peu de compagnie serait bien non ? »

Blair se recula pour regarder enfin Dorota dans les yeux. L’émotion était la même pour les deux femmes. La joie de revoir l’autre était profonde.  

« Je vais avoir besoin d’aide pour reprendre en main cette maison », soupira Blair avec un petit sourire en coin.

« Je pensais aussi. » Dorota ne put s’empêcher de sourire. Elle connaissait sans pouvoir se tromper la réponse à la question qu’elle s’apprêtait à poser, mais il fallait bien le formuler.

« Vous bien vouloir que je revienne ? Moi très heureuse de prendre soin de appartement et surtout de Miss Audrey ! »

Blair ne put cacher le soulagement qui l’envahit. Enfin quelque chose semblait revenir à la normale sans complication. « Vous seriez d’accord ? »

Dorota maugréa comme à son habitude … « Bien sûr, moi avoir déjà posé démission quand Miss Serena me confirmer que vous rentrez à appartement avec Miss Audrey. Beaucoup de travail, il faut commencer vite ! » Elle leva les yeux sur Blair, et l’attitude de celle-ci lui brisa le cœur.

Blair était tellement touchée et heureuse de voir que Dorota considérait comme parfaitement naturel de revenir à son service. Elle ne voyait qu’elle pour transformer son superbe mais glacial appartement en vrai foyer pour sa fille. Elle sentit son cœur se serrer, et son seul reflexe fut alors de reprendre Dorota dans ses bras une seconde fois. « Merci pour tout, » lui murmura-t-elle.

Au bout de quelques instants, les deux femmes rompirent de nouveau leur étreinte, et Blair prit le temps de faire avec Dorota le tour de l’appartement. Elles pointèrent ensembles les différentes taches à accomplirent, les meubles à remplacer, les rideaux et les tapis à se procurer pour rendre de nouveau sa chaleur à l’endroit. Blair ne s’attardât pas, car une tâche importante figurait ensuite sur son programme. Elle avait laissé Audrey à la garde de Serena pour la matinée, et souhaitait les rejoindre le plus rapidement possible.

Elle laissa donc Dorota prendre en charge l’appartement, et rejoignit sa voiture qui l’attendait toujours en bas de son immeuble. S’installant à l’arrière, elle donna au chauffeur sa prochaine destination. Bass Industries.

Le trajet ne fut pas assez long au gout de Blair. Depuis que Nate l’avait informée de la disparition de Chuck, elle n’avait pu envisager que cette piste pourtant. En en parlant avec Serena, elles avaient toutes les deux conclu que si une personne devait pouvoir rester en contact avec lui, c’était son assistant personnel, Tom. D’après Serena, le jeune homme travaillait pour Chuck depuis plusieurs années désormais, et avait toute la confiance de celui-ci. Il était au courant de tous les détails de sa vie, était le barrage à passer pour toute personne souhaitant entrer en contact avec le jeune et légendaire PDG de Bass Industries.

La voiture se stationna devant les bureaux de Chuck et Blair en sortit doucement, prenant tout son temps. Elle prit quelques secondes pour observer l’imposant bâtiment, rassemblant son courage. Elle prit une longue inspiration, retira ses lunettes noires, se redressa, et pénétra dans le hall. Elle dégageait une assurance et une élégance qui firent se retourner sur elle tous les regards. En dépit de sa mise relativement simple, du moins pour Blair Waldorf, elle était consciente de l’effet qu’elle produisait. Elle pouvait de nouveau être elle-même, laisser paraitre cette suffisance qui ne pouvait provenir que d’une vie entière de privilèges. Après avoir passé 4 ans à devoir sourire sur commande à des inconnus, elle trouvait cela étonnamment rafraichissant, et lui donnait du courage.

Serena lui avait indiqué comment trouver son chemin dans le bâtiment, aussi se dirigea-t-elle directement vers l’un des ascenseurs, et monta jusqu’au quarantième étage. Les portes s’ouvrirent sur une banque d’accueil, derrière laquelle deux jeunes femmes se trouvaient. Toutes les deux étaient au téléphone. Blair choisit donc d’ignorer le signe que l’une d’elle lui fit, lui signifiant d’attendre, et elle s’engagea directement dans le couloir qui partait sur sa droite.

Tom passait une mauvaise journée. Après plusieurs années passées au service du jeune millionnaire, il pensait avoir tout vu. Mais la disparition récente de son patron donnait une dimension particulière à son poste. Il était donc en ligne, occupé à annuler nombre d’engagements professionnels pour Chuck, lorsque son attention fut attirée par une agitation inhabituelle.

Un bruit de talons se faisait entendre. Clairement des pas rapides et assurés. Et ensuite les exclamations de l’hôtesse d’accueil qui tentait a priori en vain d’expliquer à la jeune femme qu’elle ne pouvait pénétrer dans les bureaux sans avoir un rendez-vous. La visiteuse ne daigna même pas lui répondre, et Tom sentir qu’il allait devoir gérer aussi cela. Il termina donc en toute hâte sa communication, et raccrocha au moment où les deux femmes se retrouvèrent devant son bureau.

Il regarda une première fois la jeune femme qui se tenait devant lui, tapotant déjà impatiemment du pied, et afficha rapidement sur son écran le planning prévu de Chuck pour la journée, craignant dans un premier temps d’avoir omis d’annuler un de ses rendez-vous. Mais avant qu’il n’eut le temps de faire cela, son cerveau fit enfin le lien entre le visage de la jeune femme et …

« Vous êtes Blair Waldorf n’est-ce pas ? », lui demanda-t-il simplement en levant de nouveau les yeux sur elle.  

« Je suis ravie que vous sachiez qui je suis, cela va nous simplifier la vie à tous les deux. Pourriez-vous indiquer à cette jeune femme qu’elle peut cesser de me houspiller, et qu’elle peut retourner répondre au téléphone ? »

D’un geste de la main, Tom indiqua à la réceptionniste qu’il prenait en main la situation, et qu’elle pouvait s’éloigner, ce que celle-ci fit en levant peu subtilement les yeux au ciel.

« Que puis-je faire pour vous Mademoiselle Waldorf ? », l’interrogea Tom, se doutant malheureusement de la réponse à sa question.

« J’ai besoin de parler à Chuck. Maintenant. »

« Tout sauf cela je suis désolé. Mes instructions sont très claires. »

« Des instructions ? Donc vous êtes en contact avec lui ! »

Tom sentit une bouffée de chaleur le saisir. Il s’agissait de son premier contact avec la jeune femme et jusque-là, elle correspondait parfaitement à sa réputation. Elle était terrifiante.

« Mademoiselle Waldorf, je suis désolé mais je ne peux rien pour vous. Chuck n’est pas ici, et n’est pas joignable pour l’instant. » Il se tut un instant, sentant toujours sur lui le regard furieux de Blair.

« Tom, je crois que vous n’avez pas très bien saisit qui j’étais, et le degré d’urgence de ma demande. Je peux vous garantir que lorsque j’aurai pu parler à Chuck, et qu’il apprendra que j’ai été retardée par vous dans ma démarche, votre poste sera plus que compromis. » Elle laissa ses mots pénétrer l’esprit du jeune homme, puis reprit avec un sourire : »Vous appréciez votre poste Tom ? »

Le jeune homme sentit de la sueur se former sur son dos. Il n’était arrivé au service de Chuck qu’après le départ de Blair pour Monaco. Il n’avait jamais vu le légendaire couple ensemble, mais il connaissait parfaitement leur passé. Il était évident que la disparition de son patron était liée au retour de la jeune femme, mais Blair semblait tellement convaincue de la nécessité de parler à Chuck en urgence qu’il ne sut quoi faire. La démarche ne ressemblait pas à celle d’un ancien amour qui venait simplement aux nouvelles. Derrière l’autorité naturelle de la jeune femme semblait se cacher une vraie détresse, une réelle urgence. Se pouvait-il que Chuck passe à côté de quelque chose de réellement important ?

« Je ne sais même pas où il se trouve. Il s’est occupé de son voyage lui-même. J’ai uniquement été en contact avec lui par mail pour des sujets liés à BI. Il a juste précisé qu’il avait besoin de revoir un endroit pour se rappeler de quelque chose … je ne sais plus très bien, je …. »

« Pour se rappeler de quelque chose ? De quoi exactement ? C’est ridicule ! » Blair sentait la panique la gagner. Ce jeune assistant paraissait assez censé, mais clairement Chuck se doutait qu’il lui parlerait et s’était bien gardé de lui confier la moindre information constructive.

« Je suis désolé je ne peux pas vous dire ce que j’ignore. » L’attention de Tom fut alors détournée par la sonnerie du téléphone. « Je suis désolée, je dois m’occuper de cela ». Joignant le geste à la parole, il saisit le combiné, et déporta son attention de Blair quelques secondes.

Blair sentir cette fois une frustration intense la gagner. Voyant que le jeune homme, légèrement débordé par l’absence imprévue de son patron, ne savait plus où donner de la tête, elle avisa rapidement la double porte en bois qui figurait juste derrière lui. Instinctivement, elle s’avança rapidement devant celle-ci, et actionna la poignée. Avec surprise, elle constata que la porte était ouverte. Elle pénétra donc rapidement dans la pièce, et se retourna pour fermer la porte. Tom était en train de se lever de son fauteuil pour protester, mais avant qu’il ne puisse l’atteindre Blair referma la porte et la verrouilla vivement.

Elle se retourna doucement, et s’adossa au battant, embrassant du regard la vaste pièce. Elle ne prêta aucune attention à Tom qui tambourinait derrière la porte, et s’avança. Elle laissa près de l’entrée du bureau un canapé en cuir ainsi que de profonds fauteuils club au cuir patiné, et se dirigea vers une large bibliothèque intégrée qui occupait tout un pan de mur. Celle-ci était occupée par quelques œuvres d’art qu’elle se rappelait avoir vues dans le bureau de Bart, et surtout par quelques photos encadrées, qu’elle imaginait soigneusement sélectionnées. Sans surprise, elle découvrit le portrait de sa mère, ainsi qu’une photo du mariage de Bart et Lily. Elle reconnut ensuite Nate et Serena le jour de leur mariage, ainsi que, à sa grande surprise, la photo datant de leur rentrée au lycée réunissant Nate, Chuck, Serena et elle-même.  Elle ne put réprimer un sourire en passant doucement ses doigts sur le cadre, et poursuivit son exploration. Elle arriva devant une photo de Chuck accompagné d’une jeune femme, à ce qui devait être une soirée de gala. Blair sentit un nœud désagréable se nouer dans son estomac. Elle devina que cela devait être la jeune femme dont lui avait parlé Nate et Serena, et choisit pour l’instant de ne pas s’attarder sur le bonheur simple qui semblait émaner du couple. Poursuivant sa progression, son regard accrocha une photo de paysage, la seule de cette nature en réalité. Sentant un frisson parcourir son dos, elle s’en approcha rapidement, son instinct lui indiquant tout de suite de quoi il s’agissait.

*************

Blair était soulagée d’être parvenue à dormir pendant la majorité du vol. Elle avait craint de ne laisser l’angoisse de laisser Audrey pour la première fois prendre le dessus, mais le cachet approprié couplé avec quelques coupes de champagne avait fait son œuvre. L’avion privé qu’elle avait affrété effectuait son approche finale, et elle pouvait voir par le hublot la petite ile qui servait d’aéroport pour ce petit archipel des Seychelles. Elle s’empêcha de trop penser à la longueur ridicule de la piste qui se trouvait au milieu de nulle part, et entreprit de rassembler ses affaires personnelles dans son sac.

L’atterrissage se déroula sans encombre, et comme prévu elle était attendue. Un jeune homme parlant anglais avec un très fort accent la conduisit à une navette rapide qui devait la conduire à son hôtel. Elle surveilla le chargement de ses bagages, et enfila ses lunettes de soleil. Elle prit une profonde inspiration, et s’intima en silence l’ordre de profiter de ces vacances.

Chuck avait passé comme prévu tout le voyage à travailler sur les dossiers que Tom lui avait préparés. Il venait à peine de ranger le dernier, lorsque l’hôtesse du jet de BI s’approcha de lui avec un plateau, lui indiquant que leur arrivée était proche, et qui ne lui restait plus beaucoup de temps s’il souhaitait se restaurer avant l’atterrissage. Sans un mot, il la laissa installer devant lui un club sandwich accompagné d’une coupe de champagne. Il regarda distraitement par le hublot, se demandant pour la énième fois pourquoi il s’était laissé convaincre. IL n’avait absolument pas besoin de vacances d’aucune sorte. Son travail l’épanouissait parfaitement. S’éloigner du bureau lui provoquait plus de stress que d’y rester, mais sans surprise, l’union de Lily et de Serena avait eu raison de sa résistance. Il avait donc accepté à contre cœur de prendre une semaine de vacances, ne serait-ce que pour qu’elles le laissent en paix sur le sujet pendant au moins un an à son retour.

D’un regard un peu absent, il avisa donc la petite ile qui servait d’aéroport à l’archipel des Seychelles qu’il avait sélectionnée pour sa tranquillité et son isolement total. La piste brune tannée par le soleil se détachait d’une mer au bleu parfait, uniquement troublée par l’écume blanche qui marquait la trace d’une navette rapide qui s’éloignait. Le paysage était absolument sublime.

Le bateau qui transportait Blair accosta en douceur à l’unique ponton de l’ile. Une jeune femme élégante, ainsi qu’un groom, se tenaient là à l’attendre. Elle prit la main que lui offrit le pilote pour débarquer du bateau, et ne put s’empêcher d’être soulagée de retrouver la terre ferme après une traversée de plus d’une heure. Le groom prit en charge en silence ses affaires, tandis que la jeune femme l’accueillait avec politesse. Elle l’invitât à la suivre sur l’ile afin de lui montrer la villa qu’elle occuperait. Blair garda sur le nez ses lunettes noires et maintint la discussion avec son hôte au strict minimum. Elle était venue pour retrouver un peu de tranquillité, et elle aspirait à rallier ses quartiers le plus rapidement possible. Elle se voyait déjà prendre un long bain dans sa salle de bain à ciel ouvert, avant de se permettre une nuit réparatrice après ce long voyage. Au bout du ponton, elle fut invitée à prendre place dans une voiturette électrique. La tranquillité des pensionnaires étaient assurée par l’isolement des lieux d’habitation, et dix minutes furent nécessaires pour rallier l’extrémité de l’ile. Blair admira en silence la végétation luxuriante et les bosquets de fleurs soignés. L’endroit était véritablement paradisiaque.

Elles arrivèrent enfin devant une villa dont uniquement la porte était visible depuis la petite route. Blair suivi sa guide à l’intérieur, et pénétra d’abord dans une vaste pièce de vie. Elle découvrit une pièce immense, dont tout un cotée était ouvert sur la plage. Le mobiliers luxueux mais discret appelait à la détente, et un vent léger parcourait la pièce et faisait voler doucement les voiles qui ornaient les ouvertures. Juste devant, une vaste terrasse permettait de manger et de se détendre à l’ombre sur un vaste daybed recouvert de coussins. L’ensemble donnait sur un jardin verdoyant au milieu duquel figuraient sa piscine privée, et un peu plus bas son accès à la plage. L’employée de l’hôtel lui fit ensuite découvrir sa chambre, qui donnait aussi sur la plage, ainsi que son dressing et sa salle de bain. A l’autre extrémité de la maison figurait sa salle de sport privée ainsi qu’une salle de massage. L’ensemble était ouvert sur l’extérieur. Toute la maison était balayée par l’air marin. Blair écoutait la jeune femme avec distraction. Elle découvrait surtout avec plaisir son refuge pour les prochains jours, et se félicitait de son choix. Au bout d’une dizaine de minutes, elle se lassa de l’exposé et congédia l’employée après lui avoir demandé de lui faire amener un plateau léger.

Blair passa la fin de la journée à se détendre dans un bain. Elle dina sur la terrasse avec pour seule compagnie un bon roman, et se coucha tôt avec la ferme intention de profiter pleinement de sa première journée de vacance.

L’avion de Chuck atterri sur la petite piste, et il fut rapidement mené au bateau qui devait le conduire à l’hôtel. A la suite de la traversée, il fut mené à sa villa personnelle, et s’installa rapidement. Engourdi par le voyage, il congédia le personnel pour la soirée, et s’installa dans le hamac au bord de sa piscine. Il observait les vagues se briser avec régularité sur la plage, et trouva le mouvement apaisant. Au bout de quelques minutes, il se releva, et s’avança lentement, jusqu’à atteindre le sable. Il se pencha pour retirer ses chaussures, et avança pied nu sur la plage, savourant la sensation du sable tiède sur sa peau nue.

Il resta sans voix devant le spectacle qui s’offrait à lui. Le soleil affleurait à l’horizon. La mer avait pris une teinte grise, nuancée par l’écume qui se formait au gré des vagues. Quelques nuages se coloraient de orange, et donnaient l’impression d’être tout près du soleil, qui continuait doucement sa descente. Chuck se tenait là, pied nu dans le sable, la chemise sortie de son pantalon, et les manches de celle-ci roulotées sur ses avant-bras. Il était au bout du monde, et seul au monde. Fermant les yeux, il laissa l’air marin caresser son visage et, comme à chaque fois qu’il se laissait aller à ne pas se concentrer volontairement sur quelque chose, son esprit afficha devant ses yeux l’image de Blair. Il serra les paupières un peu plus fort, et fut surpris comme à chaque fois par la force de l’étau qui lui serra le cœur. Au début, il avait tenté de se rassurer en se disant que cette force allait faiblir. Que la douleur était atroce, mais que cela irait de mieux en mieux. Et pourtant. Il était là. Il avait réussi à ne pas laisser sa vie s’écrouler. Il avait tenté de réaliser des choses pour lui-même, et y était parvenu. Mais au bout de plusieurs années, toutes les réalisations, tous les bonheurs, tous les paysages paradisiaques étaient toujours vides de sens sans elle à ses côtés.

Blair se réveilla le lendemain matin reposée. Le cachet qu’elle avait pris en se couchant allié à la tranquillité de l’endroit lui avait réussi. Elle savoura tranquillement comme à son habitude les quelques secondes qui suivait son réveil, le seul moment où elle s’autorisait à penser à lui. Comme d’habitude, son esprit l’imagina couché à côté d’elle, ses bras autour de sa taille, et son visage enfouit dans son cou. Elle retira ensuite le masque de ses yeux, et savoura la vue qui s’offrait à elle, la journée s’annonçait magnifique.

Ce jour-là elle profita sans scrupule de la solitude. Elle vivait chaque jour entouré d’une foule de gens qui se trouvaient là contre son gré, et la tranquillité qu’elle retrouvait sur l’île avait quelque chose de sacré. Elle passa donc la journée au bord de la piscine, à lire tranquillement en peaufinant son bronzage. Elle se fit amener tous ses repas, qu’elle dégusta dans le silence. Quand vint la fin de l’après-midi, elle caressa l’idée de profiter du restaurant de l’hôtel, que l’on disait excellent. Elle prit soin de réserver une table isolée, qui se trouvait au bout d’un ponton au-dessus de l’eau. Plus que tout elle souhaitait continuer à profiter de cette tranquillité qui lui faisait tant de bien.

Le soir arrivant, elle prit le temps d’appeler Audrey comme elle l’avait promis à la petite fille. Elle n’était pas certaine que sa fille, à peine âgée de 2 ans, soit bien consciente qu’elle lui parlait au téléphone, mais elle tenait à ce contact.  Elle se prépara ensuite  tranquillement, et revêtit une robe noire courte et moulante qu’elle n’aurait jamais pu porter à Monaco. Au diable les convenances ici. Elle chaussa des sandales plates, et choisit de ne porter aucuns bijoux, sa peau déjà bronzée ne nécessitant pas d’être davantage mise en valeur. Elle se contenta de remonter ses cheveux en un chignon flou, dans lequel elle piqua une simple fleur. Ainsi parée, elle monta dans la voiturette que le restaurant lui avait envoyée.

Chuck passa sa première journée à travailler. La mélancolie qui l’avait saisi lors de cette première soirée sur la place l’avait effrayé, et il sentait instinctivement qu’il avait besoin d’être distrait s’il voulait revenir de ces vacances forcées avec toute sa tête.

Il s’était donc installé avec l’ensemble de ses dossiers ainsi que son ordinateur sur la terrasse, et ne s’était autorisé que quelques plongeons dans la piscine afin de se rafraichir aux heures les plus chaudes de la journée. Comme il s’y attendait, à la fin de la journée il n’eut qu’une envie, sortir de cette villa. Il réserva donc une table au restaurant de l’hôtel. Chuck avait le sentiment agréable d’avoir passé une journée productive, même si le cadre lui pesait déjà. Il se prépara donc pour le diner l’esprit assez tranquille. Il choisit un simple pantalon en coton, ainsi qu’une chemise blanche. Il enfila directement pied nu une paire de mocassin, et c’est dans cette mise étonnamment décontractée pour qui connaissait Chuck Bass qu’il embarqua à bord d’une voiturette qui le mena au restaurant de l’hôtel.

Blair pénétra dans le restaurant, et ne fut pas surprise de constater que celui-ci était, sur le même modèle que sa villa, totalement ouvert sur la plage. De larges voiles blanc barraient les ouvertures, et ondulaient au rythme de la brise marine. L’espace était assez vaste, surtout comparé au petit nombre de tables qui y étaient dressées. Celles-ci étaient donc espacées, et permettaient aux clients de l’hôtel de diner en toute intimité. Elle fut chaleureusement accueillie par le maitre d’hôtel qui la guida au travers de la vaste pièce, et s’engagea sur une passerelle qui menait à un ponton en bois surplombant la mer. Conformément à sa demande, c’est là que sa table avait été dressée. Elle s’installa et commanda simplement une bouteille de son champagne vintage préféré, ainsi qu’un homard grillé. C’était bien là le but de ce séjour. Les plaisirs simples, le luxe auquel elle a toujours été habituée, et l’intimité retrouvée

Chuck pénétra dans la salle de restaurant, et balaya l’endroit du regard. Il ne fut pas surpris, l’ensemble était à l’image du reste de l’hôtel. Il avisa les quelques couples qui dinaient en tête à tête à la lueur des bougies, et demanda immédiatement au maître d’hôtel à être installé au bar. C’était encore là qu’il se sentirait le plus à sa place. Dès qu’il fut installé, il commanda tout de suite un scotch ainsi qu’un simple homard grillé. Il savait que ceux-ci était péchés le jour-même sur l’ile, et qu’ils valaient la peine d’être dégustés.

Il fut rapidement servi, et pris son temps pour diner, faisant régulièrement signe au barman de remplir de nouveau son verre. Il avait perdu l’habitude de boire autant, mais il trouvait son environnement terriblement déprimant. Comment avait-il pu se retrouver dans ce paradis pour jeunes mariés avec pour seule compagnie ses dossiers et un barman qui servait de trop petits verres ? Il secoua la tête pour se rafraichir les idées, et il commença à observer son environnement au-delà de la salle de restaurant. La plage était si proche qu’il entendait le bruit des vagues se brisant sur le sable. La lune se reflétait sur la surface de la mer. Son regard balaya la surface de l’eau et il finit par remarquer une sorte de paillote au-dessus de la mer, reliée à la plage par un ponton en bois. Il plissa les yeux, ne parvenant pas à distinguer ce qui s’y trouvait. Il prit son verre de scotch, et se rapprocha de la rambarde qui séparait le restaurant de la plage. Il s’y appuya d’une main, et de l’autre porta son verre à ses lèvres. Il vida ce qui s’y trouvait d’une seule traite, et plissa les yeux pour les habituer à l’obscurité.

Au bout de plusieurs secondes, il finit par distinguer une table simplement éclairée par des bougies, et la silhouette d’une femme qui y était assise. Elle semblait seule, et la seule chose qui lui fit comprendre qu’il ne rêvait pas fit qu’elle bougeait régulièrement pour porter à sa bouche sa flute de champagne. Dans la pénombre, il ne distinguait par contraste que la fleur blanche dont elle avait orné ses cheveux, ainsi que la ligne de sa nuque et de ses épaules.

Le cœur de Chuck se serra, réalisant qu’il n’était sans doute pas la seule personne sur cette île à se sentir seule.

Son regard s’attarda encore un instant sur la silhouette, puis son regard baissa jusqu’à son verre vide, et il décida que son diner en solitaire avait bien assez duré. Il fit le chemin inverse jusqu’au bar, sur lequel il reposa son verre. Il décida qu’il n’avait pas envie de subir la compagnie du chauffeur de la voiture électrique, et choisit de rentrer à sa villa par la plage. Il ressorti donc du restaurant qu’il contourna, il retira ses chaussures qu’il prit dans sa main, et commença à marcher dans le sable, avec pour seule lumière celle de la lune.

Le diner de Blair avait été excellent. Simple, mais excellent. Elle venait de reposer sa flute vide sur la table, quand elle réalisa qu’elle commençait à avoir froid. Elle n’avait pris avec elle aucune étole pouvant la réchauffer, et décida donc qu’il était temps de rentrer. Elle repoussa sa chaise, et descendit avec précaution la passerelle qui la ramenait sur la plage. Elle repassa dans la salle de restaurant, et en sortit pour trouver une voiturette qui, heureusement, l’attendait. Quelques minutes plus tard, elle pénétrait dans le salon de sa villa.

Blair décida qu’elle avait envie d’une dernière flute de champagne. Elle passa dans sa chambre pour prendre une fine étole de cachemire qu’elle jeta sur ses épaules, et repassa dans le salon. Conformément à ses directives, une bouteille de son champagne préféré se trouvait sur la table basse du salon. Elle s’en approcha, et déboucha la bouteille. Elle se servit une flute, pour se diriger vers sa terrasse. Elle savoura de pouvoir profiter ainsi de l’air sans être gênée par le froid. Elle prit le temps de boire une longue gorgée, et contempla tranquillement la pleine lune dans le ciel sans nuage. Elle réalisa que d’où elle était, elle ne pouvait en voir le reflet sur la mer. Elle s’avança donc le long de sa piscine privée, et parcouru le court chemin qui la séparait de la plage.

Chuck avançait tranquillement les pieds dans le sable, ses chaussures à la main. Il sentait l’ivresse des verres de scotch qu’il avait trop rapidement bus monter en lui, et son sang se réchauffer. Il continuait s’avancer entre les palmiers et la mer, son esprit se laissant bercer par le bruit des vagues. La vue était la même que depuis le restaurant. Les vagues qui se brisaient avec une régularité hypnotisante, la lune qui se reflétait sur la mer, le sable fin qui coulait sous ses pieds, et la végétation dense. Il avait l’impression de ne pas avancer. Ses pas défilaient, mais son environnement restait le même. Il en avait l’habitude. A New York les jours passaient, tous différents. De nouveaux projets, de nouveaux collaborateurs, de nouveaux accomplissements. Les louanges de la presse, la fierté de Lily, les félicitations de ses amis. Et toujours le même vide immense lorsqu’il se retrouvait seul le soir. Cela ne changeait pas.

Blair serrait autour d’elle son étole, et savourait sa coupe de champagne. Elle ferma les yeux, et savoura la sensation de l’air sur son visage, dans ses cheveux. La solitude lui procurait un apaisement immense, dont elle avait cruellement besoin. A Monaco sa propre vie ne lui appartenait plus. Elle doutait de ne jamais avoir davantage d’autonomie, et déjà elle ne maitrisait rien. Pas son emploi du temps, pas ses déplacement, ni l’éducation de sa fille. Cette parenthèse hors du temps lui permettait enfin de se laisser aller, d’être elle-même sans craindre les regards ennemis.

Son attention fut attirée par un mouvement dans sa vision périphérique. Elle tourna tout de suite la tête, pour réaliser qu’un homme semblait s’approcher d’elle sur la plage. Elle ne distinguait pour l’instant que sa chemise blanche, qui se détachait dans la pénombre. Sans qu’elle ne sache pourquoi, elle eut pour seul reflexe de reculer de quelques pas pour se rapprocher de la végétation à laquelle elle faisait dos.

Chuck continuait sa marche, et commençait à regretter d’avoir choisi ce mode de transport pour rallier sa chambre. Cette promenade était longue et ennuyeuse. Au final il n’aspirait qu’à rentrer et dormir, afin d’être en forme le lendemain et de pouvoir se mettre tôt au travail.

Il était en train de faire mentalement la liste des choses qu’il avait à faire en priorité quand son regard accrocha un mouvement à la limite de la végétation. Il distingua dans la pénombre une silhouette de femme, et il reconnut la fleur blanche de la silhouette du restaurant.

Se pensant à l’abri dans l’obscurité, Blair observa la silhouette se rapprocher d’elle. Elle remarqua la démarche assurée, les  larges épaules mises en valeur par une chemise ajustée. Indépendamment de son esprit, son regard remonta lentement le long de la silhouette, et atteint la ligne de la mâchoire. Blair sentit, avant de savoir. Son corps avait commencé à réagir, avant même de comprendre. Elle se sentit trembler, avant que ses yeux ne remontent vers les lèvres ourlées, et le nez fort. Au moment où elle atteint son magnifique regard, elle avait commencé sans s’en rendre compte à avancer sur la plage, se détachant de l’obscurité.

Chuck constata distraitement que la silhouette féminine se déplaçait. Sans y réfléchir, son regard s’attarda sur elle. Il remarqua d’abord la magnifique robe noire moulante Hervé Leger, puis la démarche de la jeune femme, le balancement de ses hanches. Il ferma les yeux une seconde, une image de souvenir s’affichant sur ses paupières clauses. Non. Il refusa de se laisser dans cette direction, il devait rester dans la réalité. Il ouvrit de nouveau les yeux, à peine une seconde plus tard, et son visage était soudain en plein dans la lumière de la lune.

Blair avait avancé dans sa direction sans réfléchir, ni même penser. Ses bras était retombés le long de son corps, et elle avait laissé tomber derrière elle sa flute ainsi que son étole, qui avait glissé le long de son bras avant de s’échouer sur le sable. Elle sentait tout. Tout de manière décuplée. Elle semblait sentir chaque battement de son cœur dans chacune de ses veines, comme une intense et chaude pulsation. Elle avait l’impression que sa poitrine allait se déchirer sous la force des battements, et elle parvenait à peine à respirer correctement. Sa gorge était tellement nouée que ses inspirations étaient totalement hachées. Mais elle continuait d’avancer, désormais bien consciente de qui se trouvait en face d’elle.    

Chuck se figea instantanément. Il sentit à peine ses chaussures tomber lourdement à ses pieds, hypnotisé par la vision qui se rapprochait de lui. Ses yeux dévoraient avidement son visage, son corps. Apres s’être contenté pendant tellement longtemps d’images, de souvenirs, il était en manque d’elle. Alors il la dévorait des yeux, mémorisant tout. Les traits de son visage, la façon dont elle était coiffée, la ligne pure de son cou et de ses épaules, son buste moulé dans cette robe magnifique, sa taille fine, ses longues jambes bronzées. Il voulait tout mémoriser, car une telle vision n’allait pas rester à sa portée bien longtemps n’est-ce pas ?

Et soudain, elle était là, lui faisant face. Incapable de prononcer un mot, Chuck se contentait de contempler son visage avidement. Et il ressentit comme un choc sur sa main. Un choc, suivi d’une intense sensation de chaleur, de douceur, alors que ses doigts caressaient les siens doucement, les entrelaçant progressivement.

Blair ne pensait plus. Elle agissait par instinct, car son esprit était incapable de formuler ce qui était en train de se passer. Lorsqu’elle fit finalement face à Chuck, aucun mot ne lui vint. Elle laissa son corps agir, et elle sentit sa main s’approcher de la sienne, et la saisir doucement.

Blair et Chuck se tenaient l’un en face de l’autre, immobiles. Leurs mains étaient simplement jointes, et leurs visages se faisaient face. L’intensité de leurs regards respectifs captivait totalement l’autre. Au bout de quelques instants, Chuck remonta près de son visage la main de Blair, qu’il embrassa avec dévotion.  

« Blair »

 

***********

 

Et Blair sut ou se trouvait Chuck.


soso4662  (02.05.2013 à 00:30)

 Chapitre 27 :

C’est devant un Tom perplexe que Blair passa sans un mot. Elle en avait assez vu. Se retrouver dans le bureau de Chuck, dans le monde qu’il s’était construit en son absence, l’avait profondément atteinte. Elle tentait de rester concentrée sur son objectif, ramener Chuck à Manhattan, mais son esprit était incontrôlable, parcouru d’images issues de leur histoire, de leur passé. Lui. Il était partout.

Mais le plus urgent était de ramener le père de sa fille. Elle devait s’empêcher à tout prix de voir au-delà. Elle ne savait pas exactement combien de temps elle était restée dans le bureau. Les souvenirs de leur séjour aux Seychelles avaient défilé dans son esprit, et l’évidence s’était imposée. Chuck était reparti là-bas pour se rappeler ce qui s’y était passé. Pour y puiser la force nécessaire pour gérer son retour dans sa vie.

Elle refit rapidement le chemin inverse au sein des locaux de BI, traversa le hall, et s’engouffra à l’arrière de sa voiture. C’est une fois à l’abri des regards qu’elle commença à lister les options qui s’offraient à elle. Audrey attendait de rencontrer son père. Hors il n’existait aucun moyen de savoir combien de temps Chuck comptait consacrer à sa retraite. Il fallait donc aller le chercher là-bas. Impossible pour elle d’y emmener Audrey, et tout aussi difficile de laisser sa fille plusieurs jours dans une ville qu’elle ne connaissait pas, avec des gens qui, même si ils avaient toute sa confiance, ne l’avait rencontré qu’il y a quelques jours.

Blair ne vit qu’une personne capable d’aller là-bas et de ramener le père de sa fille, et donna immédiatement l’adresse du Spectator à son chauffeur.

Le trajet fut heureusement rapide, et Blair fut introduite dans le bureau de Nate. Celui-ci l’y rejoint rapidement.

« Désolée Blair, j’étais en réunion. Comment s’est passée ta visite chez BI ? »

« Nate je sais où il est … »

« Je pensais bien que tu ferais une certaine impression sur Tom, mais j’avoue que même venant de toi une telle efficacité me surprend ! » répondit Nate un sourire aux lèvres.

Blair balaya l’argument de son ami d’un geste de la main « Oh rassure toi, le valet de Chuck n’a rien voulu lâcher. Sa fidélité est louable mais il semble manquer de …. résilience. »

« Il résiste à Chuck depuis plusieurs années je te rappelle, et ce n’est pas une mince affaire. »

« Et bien pour ma part, il n’a pas tenu deux minutes. Bref nous évoquerons les problématiques de personnel de notre ami un peu plus tard. Il est aux Seychelles. J’ai besoin que tu aille le chercher. »

Nate ne put s’empêcher de suspendre le rangement actif de son bureau qu’il avait entreprit pendant son échange avec Blair, et leva sur elle un regard perplexe. « Pardon ? »

« Quelle partie de ma phrase n’était pas claire ? »

 « Voyons par quoi commencer … Déjà comment peux-tu être sure qu’il est là-bas ? Sans oublier … Pourquoi les Seychelles ? Et encore mieux … Pourquoi moi ? »

Blair soupira doucement en secouant la tête. Elle prit quelque seconde pour réfléchir à ce qu’elle pouvait dire à Nate. C’est-à-dire assez pour le convaincre d’y aller, sans pour autant lui dévoiler plus de choses que nécessaire. Elle n’avait aucune idée de ce que Chuck avait pu leur confier à propos de son voyage, et le moment de lui couper l’herbe sous le pied semblait inapproprié.

« Tu sais que Chuck a passé des vacances aux Seychelles il y a un peu plus de deux ans n’est-ce pas ? »

Nate, toujours perplexe, s’installa derrière son bureau, et inclina le dossier de son fauteuil. Il sentait que l’histoire allait être longue. « Hum oui, Serena et Lily lui ont fait pression pendant des mois pour qu’il prenne quelques jours de repos loin de BI »

« Et a tu remarqué quelque chose à son retour ? »

« Cela commence à faire un moment mais … je pense que ça correspond à peu près au moment où il s’est rapproché de Rose. Pourquoi ? Comment es-tu même au courant de ce voyage ? »

« Car j’y étais aussi. » Elle marqua une pause. « Aux Seychelles. Dans le même hôtel. Au même moment. »

Nate commença par pur reflexe à se masser doucement les tempes, sentant une migraine arriver. « Ah, ça ne peut rien augurer de bon … »

« Nate je t’en prie, ne me vexe pas ! Bref nous nous sommes vus la bas. Nous avons… parlé. Bref si son départ soudain correspond à l’annonce de mon retour, je te garantis qu’il est là-bas. J’ai besoin qu’il rentre vite Nate, je vais bientôt être à court de prétexte pour Audrey. Sa vie vient de changer radicalement et elle a besoin de nouveaux repères. Et vite. Et Chuck est le plus important de ces repères. »

« Et tu ne peux pas aller là-bas avec elle, et encore moins la laisser ici suffisamment longtemps pour te permettre de le ramener. »

« Exactement. » Blair se leva pour faire face au bureau de son ami. « Je ne te demanderai pas cela si j’avais une autre option. Mais ce n’est pas le cas. Je dois rester ici et reconstruire une vie pour ma fille, et j’ai besoin que tu me ramène son père. »

 

Nate ne put s’empêcher de se trouver distrait par la beauté à couper le souffle du paysage. Il était venu ici concentré sur sa mission, et n’avait pas du tout anticipé un tel cadre. Le calme était total, le temps magnifique, et la plage parfaite. Pendant quelques instants, il s’imagina passer ici une semaine de repos avec sa femme, et trouva l’idée dans un premier temps plutôt séduisante. Puis la raison de sa présence le heurta de nouveau, et ne pas savoir exactement ce qu’avaient fait Blair et Chuck dans cet endroit risquer de lui gâcher ses vacances.

Il venait de s’installer dans sa villa, et s’apprêtait à partir à la recherche de son ami. Selon les indications données par Blair, il pouvait être soit dans son ancienne chambre, soit dans la sienne. Nate enfila donc une tenue plus confortable et partit à pied sur la plage.

Chuck était allongé sur un transat au bord de sa piscine privée. Il était vêtu uniquement d’un maillot de bain et d’un peignoir de l’hôtel, et buvait un scotch en silence, fixant d’un air absent un point devant lui. La bouteille qui se trouvait sur une petite table à sa portée était à moitié vide.

Il savait pourquoi il était revenu ici. Dans sa villa. Elle était de retour. Et il ne pouvait s’empêcher de se demander pourquoi. Pour lui ? Il était la seule variable dans l’équation. Et il se faisait lui-même pitié d’en être encore là au bout de plusieurs années. Le grand Chuck Bass. Encore réduit à se morfondre pour son amour de jeunesse des années après. Il avait ressenti le besoin intense de se rappeler ce qui l’avait fait passer à autre chose. Il était donc  là. Il se remémorait méthodiquement tout ce qui s’était passé deux ans auparavant. Scène par scène. Et il resterait là jusqu’à qu’il soit de nouveau dans le même état d’esprit. Et il n’était même pas près d’avoir accompli cette tâche à ce stade.

Son attention fut attirée par une silhouette masculine qui semblait s’avancer vers lui. Il enfila ses lunettes de soleil afin de distinguer de qui il s’agissait, et il ne put retenir un demi-sourire ironique en reconnaissait son ami.

« Nathaniel. Je pensais que quitte à vouloir me ramener de force à Manhattan, elle se serait chargée elle-même du travail. » Il dévisagea son ami avec circonspection. « Vous n’avez pas les même arguments, désolé. »

Nate laissa échapper un rire nerveux, et s’assit sur le transat voisin de celui de son ami.

« Sympa l’hôtel. »

« Normalement, tu y es en paix. »

« Il a fallu à Blair à peu près deux minutes pour deviner ou tu étais. Je suis certain que tu aurais fait mieux si tu n’avais pas voulu être trouvé. »

« Certes. Mais je ne suis pas venu me cacher. »

« Tant mieux. Parce que je ne suis pas venu jouer à cache-cache. Tu dois rentrer avec moi. Maintenant. »

« Et pourquoi je ferai ça ? Je n’ai pas terminé ce pour quoi je suis venu. »

« Chuck. Tu as passé des vacances avec Blair ici et à ton retour, tu n’étais plus le même. Tu t’es mis avec Rose. Pas besoin d’être un génie pour deviner ce que tu fais là. »

« Ce qui n’explique pas ta présence. En quoi tout cela te concerne ? »

« Moi ? En rien. Sauf que tu dois rentrer. Il y a quelque chose que tu dois gérer. Et il y a urgence. »

« J’en déduis que tu me laisseras dans le noir sur la nature de cette fameuse urgence. »

Nate soupira, et sans un mot tendit la main verre la bouteille de scotch, dont il se servit un large verre. Fixant l’horizon, il le but en deux gorgées, puis se retourna vers son ami.

« Fais-moi confiance. Tu dois rentrer. »

Chuck fixa l’horizon en silence. Une vague glacée était en train de s’abattre dans sa poitrine. Il n’était pas prêt. Et pourtant il allait devoir la revoir.

« Avons-nous au moins le temps de terminer cette bouteille ? »

Nate pivota afin de s’allonger sur le transat à coté de Chuck. « Nous allons le prendre. »

Au bout de plusieurs minutes de silence uniquement interrompu par le choc du goulot de la bouteille alors qu’ils remplissaient leurs verres, Nate ne put s’empêcher de poser la question qui lui brulait les lèvres. « Chuck que s’est-il passé ici ? »

Celui-ci baissa les yeux sur son verre, et fit délicatement tourner le liquide ambré dans le verre en cristal. Il déglutit lentement, puis porta de nouveau son verre à ses lèvres. « Disons qu’elle a fait quelque chose. Quelque chose qui m’a fait comprendre qu’elle n’était plus la personne que j’aimais, si tant est qu’elle ne l’ait jamais été. »

Il reposa bruyamment son verre sur la table et se leva de son transat. Il noua soigneusement son peignoir autour de son torse bronzé, et commença à se diriger vers l’intérieur de la villa. « Allons-y. »

Les deux amis voyagèrent en silence. Nate sentait que Chuck avait besoin de se reprendre, de se préparer pour ce qu’il attendait. Et justement, sachant ce qu’il attendait, il savait qu’il allait en avoir besoin. Il avait vu Chuck avancer, grandir, murir au court des dernières années. Ils se connaissaient depuis l’enfance, mais cette fois il ne parvenait pas à savoir comment il allait réagir. La nouvelle allait l’atteindre au plus profond de tout ce qui lui tenait à cœur. Son amour pour Blair, sa famille. Apprendre que si les Grimalid n’étaient pas intervenus, il serait aujourd’hui père de famille, et marié à l’amour de sa vie. Il allait devoir gérer le fait d’être passé à côté de sa vie. Il allait s’en vouloir de ne pas s’être assez battu. Il allait s’en vouloir de ne pas avoir fait vérifier la paternité du bébé de Blair. Il allait s’en vouloir d’arriver trop tard dans la vie de sa fille. Nate ne savait pas qui pouvait se relever de cela, et encore moins son ami.

Chuck était reconnaissait à Nate de respecter son besoin de silence et de tranquillité. Même si il n’était pas certain que de laisser son esprit vagabonder de la manière dont il le faisait depuis maintenant plusieurs heures était la meilleure méthode. Malgré un calme apparent, il était en train de perdre la tête. Et une question le hantait plus que toute autre. Pourquoi. Pourquoi revenait-elle maintenant ? Il avait enfin le sentiment d’avoir repris sa vie en main. BI, Rose, de bonnes relations avec ses amis et Lily. Il avait enfin retrouvé son équilibre après avoir vu son monde s’écrouler. Et soudain il se retrouvait au même endroit, dos au mur, s’apprêtant à tout voir de nouveau changer sans pouvoir rien y faire. Elle était de retour dans sa vie et tout allait changer, quelle que soit la raison de son retour.

Chuck et Nate montèrent dans la voiture qui les attendait à la descente de l’hélicoptère. Les lumières familière de Manhattan brillaient dans la nuit, et Chuck comprit qu’il n’avait pas le choix. A ce stade il ne pouvait plus se permettre d’être passif, il devait aller la voir et en finir. Etre fixé une bonne fois pour toutes.

Nate l’interrogea après que le chauffeur eut refermé la porte sur eux. « Tu veux venir diner à la maison ? Prendre des forces avant de rentrer chez toi ? Je crois que tu y es attendu par Rose. »

« Rose …. Elle est venue te voir j’imagine ? » Chuck ne pouvait croire qu’il ne se souciait de son sort que maintenant. Il se dégoutait lui-même de la traiter avec aussi peu de respect. Il était redevenu exactement l’homme qu’il était vraiment. Celui qui brisait et faisait le malheur de tous ceux qui l’entouraient.

« Oui, cela a été son premier réflexe lorsqu’elle s’est réveillée toute seule chez toi, avec pour seule compagnie une bouteille vide. Elle était morte d’inquiétude. Je lui ai dit ce que je savais Chuck, c’est-à-dire pas grand-chose … »

« C’est-à-dire ? »

« C’est-à-dire que Blair rentrait à Manhattan, et que je te l’avais annoncé a priori juste avant que tu ne disparaisse. Et que c’était sans doute lié. »

Chuck garda le silence. Il savait au fond de lui ce qu’il devait faire, mais ne s’était pas encore totalement convaincu. Il ne s’imaginait pas revoir Rose, qui allait vouloir et méritait des explications, sans avoir parlé à Blair d’abord. Il ne cessait de se répéter intérieurement que non, il n’était pas prêt, comme pour faire taire la voix qui lui intimait d’aller la voir. La partie de lui qui voulait être fixé une bonne fois pour toutes finit par l’emporter. Et Nate entendit sans surprise Chuck donner l’adresse de Blair à leur chauffeur.

Blair venait de coucher Audrey dans sa nouvelle chambre et redescendit dans la cuisine pour prendre une tasse de thé bien méritée avec Dorota. Depuis qu’elle avait envoyé Nate à la recherche de Chuck, elle avait entreprit de s’occuper au maximum. Et le premier projet qui s’était présenté était bien sur la réhabilitation de son penthouse.

Elle ne s’était accordé aucun répit. Elles avaient géré avec Dorota une armée d’ouvriers, qu’Audrey avait observés en train de s’agiter dans l’appartement. Celui-ci avait plu à la petite fille. Bien moins vaste que le palais monégasque qu’elle connaissait, mais tellement plus chaleureux. Elle pouvait voir que sa mère s’y sentait bien, et le courant était tout de suite bien passé avec Dorota … Comment pouvait-il en être autrement ?

Blair descendit donc les escaliers et s’installa en face de Dorota pendant que celle-ci leur servait deux tasses. Epuisée, les deux femmes burent leur thé en silence, chacune faisant mentalement la liste des choses restant à faire le lendemain. Elles furent tirées de leurs réflexions respectives par le tintement de l’ascenseur, annonçant l’arrivée d’un visiteur.

D’un geste, Blair indiqua à Dorota d’aller voir de qui il s’agissait, tandis qu’elle se levait de son tabouret et ajustait rapidement sa robe et sa coiffure. Etait-ce son cœur ou sa tête qui lui avait prédit son arrivée ? Elle n’aurait pas pu le dire. Mais le retour de Dorota dans la pièce lui annonçant l’arrivée de Chuck ne la surprit pas.

« Je prépare champagne tout de suite, » murmura Dorota, angoissée par l’issue de la discussion que sa patronne s’apprêtait à avoir. Blair l’entendit à peine, et se dirigea sans un mot vers le foyer.

La pièce était plongée dans la pénombre, et elle distingua à peine sa silhouette. Il se tenait non loin de l’ascenseur, son imperméable encore posé sur le bras. Elle s’avança vers lui, et le vit sursauter lorsqu’elle entra dans son champ de vision, comme si il avait vu un fantôme. Elle n’osa plus s’avancer davantage, et s’arrêta donc à plusieurs mètres de lui.

« Tu es revenu, » lui dit-elle simplement.

« Je n’ai pas vraiment le choix, ton mercenaire s’est chargé de me mettre dans l’avion du retour. » Chuck fut lui-même surpris par la dureté de son ton. Le ressentiment qu’il éprouvait pour elle semblait décuplé par sa présence.

« Chuck … »

« Pourquoi est-tu là ? », la coupa-t-il sèchement.

Blair ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Elle se ravisa, et se contenta d’indiquer de la main le canapé du salon, l’invitant à s’y installer.

Chuck la fixait d’un regard sombre et intense, attendant une explication. Il suivit du regard le canapé qu’elle lui indiquait, et finit par s’y diriger d’un pas nerveux.

C’est à ce moment-là que Dorota ressorti de la cuisine portant un plateau. Blair fixait Chuck, se demandant encore comment elle allait lui annoncer la raison de son retour, tandis que lui fixait Dorota, perplexe. Alors que la gouvernante installait devant eux une bouteille de champagne glacée ainsi que deux coupes, Chuck ne put s’empêcher de glisser froidement à Blair : « Est-ce un rendez-vous galant ? »

Blair leva les yeux sur lui, interdite par la sècheresse de son ton. Dorota eut la même réaction, et sursauta, avant de se contenter de quitter la pièce, décidant au final de les laisser ouvrir seuls leur bouteille.

 Blair fixait Chuck sans savoir par où commencer. Elle s’attendait à être confrontée à cette réaction. Elle l’avait voulu un temps, l’avait provoqué, même si cela lui semblait parfaitement vide de sens aujourd’hui. Qui aurait pu anticiper que les choses se passeraient de cette manière. Constatant que Chuck ne prenait pas l’initiative d’ouvrir la bouteille, elle finit par s’en charger, sentant qu’elle avait besoin de courage.

Chuck l’observait toujours en silence, sentant son irritation monter de minute en minute. Voyant que Blair bataillait avec la bouteille, il finit par lui prendre des mains et par la reposer bruyamment sur la table. Il lui fit face et la prit sans ménagement par les épaules : « Blair ça suffit ! Dit moi ce que tu as à me dire, ou je te promets que je quitte cet appartement dans la minute et que tu ne me reverras jamais ! »

Blair avait sursauté tant au contact brulant des mains de Chuck sur ses épaules qu’a la brutalité de ses propos. Elle se sentit prise d’un tremblement, et n’avait plus de contrôle sur son visage, sur la manière dont elle le regardait.

Chuck observa le visage de Blair se décomposer devant il, et ne sut d’abord comment réagir. Il prenait jusque-là son retour pour une forme de caprice, mais soudain il ne savait plus. Il vit dans son regard une chose qu’il y avait rarement vue. Peut-être lorsqu’elle avait perdu Yale, ou lorsqu’elle lui avait appris qu’elle était enceinte de Louis. Sans qu’il ne sache pourquoi, son instinct lui dicta de se calmer, sentant qu’il n’était pas le seul à souffrir de la situation. « Blair de quoi s’agit-il, parle-moi», reprit-il d’une voix plus douce, en prenant ses mains dans les siennes. Ignorant les frissons qui parcouraient ses mains et ses bras à ce simple contact, il se força à la regarder calmement dans les yeux. « Dis-moi ».

Blair plongea son regard dans le sien, tentant d’y trouver la force dont elle avait besoin pour de nouveau chambouler le monde de l’homme qu’elle avait aimé au-delà de la raison. Elle lut enfin dans son regard sombre la chaleur qu’elle savait qu’il ne réservait qu’à elle, du moins jusque-là, et elle commença à parler.

« Il y a quelques jours, j’ai appris par hasard le groupe sanguin de Louis. Et j’ai compris qu’il était incompatible avec celui d’Audrey. J’ai appelé Serena qui est venu à Monaco, je lui ai remis des cheveux d’Audrey pour qu’elle fasse un test de paternité avec toi. » Elle reprit son souffle. « Audrey est ta fille Chuck, notre fille. »

Chuck fixait Blair d’un regard sombre et vide, ne se rendant pas réellement compte qu’il tenait toujours ses mains dans les siennes. Il entendait les mots qu’elle prononçait, mais leur signification semblait ne pas vouloir remonter jusqu’à son cerveau.

Prenant son silence pour une invitation à poursuivre son explication, Blair reprit : « Dès que je l’ai su, je me suis enfuie du palais en pleine nuit avec elle, et nous sommes allées à Paris. Louis m’y a suivi bien sûr, car je n’avais pas le droit de quitter Monaco avec Audrey comme tu le sais. Il ne savait pas Chuck, c’est Sophie qui a détourné le résultat du premier test de paternité que j’ai fait ici, à New York. Mes parents lui ont fait signer une renonciation de paternité. Le divorce est déjà en cours. Nous sommes libres. »

Blair fixait toujours Chuck intensément, cherchant dans ses yeux, sur son visage, un début de réaction, ou du moins un signe qu’il l’avait seulement entendue. Mais son magnifique visage était aussi immobile que celui d’une statue. Elle serra doucement ses mains dans les sienne.

Sentir les mains de Blair bouger dans les siennes fit à Chuck l’effet d’une décharge électrique. Il échappa rapidement à son emprise. Il se leva du canapé ou ils étaient tous les deux assis, et se dirigea en silence vers une desserte sur laquelle se trouvait une carafe en cristal remplie de scotch ainsi que plusieurs verre. Il se servit généreusement, et se dirigea vers la cheminée dans laquelle brulait un feu. Il ne but pas, il resta simplement debout, comme hypnotisé par les flammes.

Lorsque Chuck brisa le contact, et s’éloigna d’elle, lorsqu’elle ne put plus puiser dans son regard la force dont elle avait tant besoin, Blair se sentit d’écrouler à l’intérieur. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Ses paupières se refermèrent, comme pour conserver cette marque de tristesse à l’intérieur, pour elle-même, et elle dû essuyer du dos sa main la larme qui déboula sur sa joue. Elle secoua la tête, et se leva. Elle s’approcha de lui en silence et une fois derrière Chuck, posa doucement sa main sur son bras. « Chuck ? »

Son cœur se serra lorsqu’elle vit son corps se figer à son contact. « Chuck, je sais que cette nouvelle est inimaginable. J’en connais la portée, parce qu’elle change ma vie, tout comme la tienne, et tout comme celle d’Audrey. » Elle sentit malgré elle sa gorge se nouer. « Elle vient de perdre le seul père qu’elle ait connu, le seul pays dans lequel elle ait jamais vécu. Elle a besoin de nous deux maintenant. » Elle reprit son souffle en une seule goulée d’air, comme pour ravaler le sanglot qui montait dans sa gorge. « Chuck s’il te plait… »

Chuck était encore physiquement dans la pièce, mais son esprit était ailleurs. Il revoyait des images, des scènes devant ses yeux, sans qu’il ne puisse le contrôler. Blair lui annonçant être enceinte de Louis, lui en train de lui promettre d’aimer l’enfant d’un autre comme si c’était le sien, l’accident, Blair emmenée de force dans les Hampton, leur rencontre sur la plage, Serena lui annonçant son départ, leur retrouvailles sur cette plage paradisiaque. Tout cela pour rien. La seule raison qui leur avait imposé à tous de vivre ces épreuves, n’existait en fait pas.

Il était incapable de dire depuis combien de temps il se trouvait là lorsqu’il reprit contact avec la réalité. Il se retourna soudainement, pour réaliser qu’il était seul dans le salon plongé dans le noir, uniquement éclairé par le feu en train de mourir dans la cheminé. La bouteille intacte et les flutes se trouvaient toujours sur la table. Il y posa son verre, et se dirigea d’un pas lent vers les escaliers qu’il avait tant de fois gravit pour la retrouver.

Comme dans un rêve, agissant uniquement selon son instinct, il montat les escaliers, traversa le palier et arriva devant sa porte, sur laquelle il frappa doucement.

Blair était montée se coucher plusieurs heures auparavant, lorsqu’elle avait compris qu’elle n’obtiendrait pas plus de réaction de la part de Chuck, du moins dans l’instant. Elle était passée devant une Dorota inquiète, à laquelle elle n’avait rien pu dire, encore tremblante de l’intensité de leur conversation. Elle était donc entrée sans un mot dans sa chambre. Sans réfléchir à ce qu’elle faisait, elle s’était soigneusement démaquillée, changée, et couchée. C’était toujours là qu’elle se tenait donc. Immobile dans le noir, terrifié par ce qui approchait. Elle avait pensé un temps avoir fait le plus dur en quittant Monaco, en revenant ici avec sa fille. Mais son monde avait changé, elle n’y avait plus de repère, et elle n’était plus sure du tout que elle et sa fille allait y trouver une place. Chuck avait refait sa vie, restait sur le souvenir forcement éprouvant des Seychelles, et ne lui pardonnerait jamais de l’avoir privé de sa famille. Elle avait renoncé à eux pour son conte de fée, et les avait puni tous les deux. Elle leur avait volé leur famille, leur avenir, leur bonheur à tous les deux.

Lorsqu’elle entendit quelqu’un frapper à la porte, elle s’assit d’un coup sur son lit, enlevant d’une main le masque de satin qui recouvrait ses yeux, le faisant glisser sur ses boucles brunes. Elle sauta hors de son lit et avança rapidement vers la porte, qu’elle ouvrit.

L’image de Chuck dans l’encadrement de sa porte la frappa comme à son habitude. Sa beauté, son élégance, sa posture, lui coupait le souffle à chaque fois.

« Elle est ici ? », demanda-t-il simplement.

Interdite, Blair ne répondit pas tout de suite. Elle prit une grande inspiration, ne sachant pas encore ou il voulait en venir. « Oui, dans l’ancienne chambre de Serena », souffla-t-elle.

« Je reviendrais demain matin, à 10h, pour la voir ».

Ce n’était pas vraiment une question, Blair ne sut quoi ajouter. Elle sentit uniquement un léger poids se relever de sa poitrine. Elle leva son regard vers lui, et en même temps tendit le bras pour prendre sa main dans la sienne. C’était son seul reflexe, se rapprocher de lui. Ce n’était même pas le fruit d’une réflexion, c’était instinctif. Là, dans l’instant, elle n’avait besoin que d’une seule chose. Et comme dans un cauchemar, elle vit la main de Chuck s’effacer devant la sienne, se dérober. Son regard glissa sur elle, et il recula. Elle sentit la chaleur qui irradiait de son corps se fondre dans l’air, et sa silhouette s’éloigner dans la pénombre du couloir. Et en quelques secondes il était parti.

 

 


soso4662  (06.05.2013 à 21:33)

Chapitre 28

 

 

Chuck venait d’appeler Arthur afin que celui-ci passe le chercher en bas de l’immeuble de Blair, et profitait de ces quelques instants de solitude, debout dans la nuit new-yorkaise. Il sentait le vent souffler doucement autour de lui, et faisait de son mieux pour garder une posture assurée. Il gardait obstinément les mains enfoncées dans ces poches, et regardait droit devant lui, ne cessant de se répéter en boucle ce qu’il avait appris ce soir, comme pour le rendre plus réel à ses yeux. Il restait parfaitement immobile, comme pour se convaincre que la nouvelle dévastatrice qu’il avait apprise ce soir ne pouvait atteindre Chuck Bass. Rien ne le pouvait. Que pouvait-il faire à ce stade à part se répéter cela comme un mantra, presque frénétiquement. Il tentait en vain d’ignorer le violent frisson qui commençait à parcourir son corps lorsque sa limousine se matérialisa devant lui, et qu’Arthur se présentait pour lui en ouvrir la porte.

Chuck réalisa que son fidèle employé le fixait d’un regard interrogatif, attendant une indication, une direction de sa part.

« Contentez-vous de rouler. »

Arthur hocha de la tête en silence, et referma en silence la porte de la voiture après que Chuck se fut installé sur la banquette arrière. Il avait accumulé assez d’expérience auprès de son patron pour comprendre rapidement qu’il était inutile d’insister.

Il regagna en silence le siège conducteur, et se résigna à une nouvelle nuit de conduite solitaire dans Manhattan.

Les tempes de Chuck semblaient vibrer. Vibrer au rythme fou des battements incontrôlés de son cœur, alors que sa mémoire présentait devant ses yeux les images de Blair, les mots fous de Blair. Il tentait en vain de mettre le doigt sur le sens de ses paroles, et échouait lamentablement. Instinctivement, il actionna l’ouverture du bar de sa limousine, et fut soulagé de constater que celui-ci était toujours approvisionné. D’un geste qu’il n’avait pas fait depuis longtemps, il saisit un verre un cristal d’un petit casier, sortit la carafe de son logement, et se servit un large verre. Il considéra l’idée d’y ajouter de la glace, mais abandonna rapidement celle-ci.

Il se laissa aller en arrière, et fit reposer son dos sur la banquette de cuir. Il se sentit légèrement glisser, peu à peu s’affaler, et ne trouva pas la force de se redresser. Il tentait vainement de trouver une cohérence à ce qu’il avait appris ce soir, mais n’y parvenait pas. Son esprit semblait faire barrage. Les mots de Blairs raisonnaient dans son esprit, sans qu’il puisse y trouver un sens. Audrey. Sa fille. Leur fille.

Il évita soigneusement de penser à la rencontre qui l’attendait le lendemain matin, et se rappela les mots de Nate. Il devait rentrer chez lui. Rose l’attendait et en dépit de sa résistance à l’admettre, il lui devait une explication.

Plusieurs heures plus tard, Chuck se trouvait enfin dans l’ascenseur qui menait à son appartement. Il sursauta vaguement à l’ouverture des portes coulissantes, et se dit pour se rassurer que raisonnablement, les effets de la fatigue devaient commencer à se faire sentir. Il avança lentement dans la vaste pièce, et ne fut pas surpris de trouver un tasse sur le comptoir de la cuisine, là ou Rose avait dû prendre un thé avant d’aller se coucher. Continuant sa progression, il trouva sur le canapé le plaid en cachemire qu’elle préférerait, et dont elle avait dû se servir pour se réchauffer alors qu’elle regardait un film toute seule. Quoi qu’il puisse en dire, il aimait qu’elle laisse des traces de sa présence disséminées dans son appartement. Apres tant d’année passée à vivre dans un hôtel, il était enfin parvenu, avec son aide, à fonder ce qui se rapprochait beaucoup d’un foyer. Ce n’était certes pas le foyer qu’il s’était un jour autorisé à espérer, mais il s’y sentait bien, en confiance, en sécurité, et plus que tout, aimé.   

Il réalisa qu’il avançait sans filets. Il ne savait pas ce qu’il allait dire à Rose. Elle connaissait bien entendu l’existence de Blair, pour ce qu’elle avait pu en lire à l’époque dans la presse, mais cela était resté entre eux un sujet tabou. Le jour ou Chuck s’était rapproché d’elle, la jeune femme s’était contentée de l’accueillir, se doutant, connaissant la complexité du personnage, qu’il était inutile de le forcer à la confidence. L’engagement de Chuck envers elle se trouvait dans ses actes. Elle faisait aujourd’hui partie de sa famille, vivait pratiquement chez lui, et c’était déjà beaucoup.

Laissant ses pensées s’enchainer d’elles même, il continua sa progression dans l’appartement, et approcha enfin de la porte de la chambre principale. Il l’ouvrit doucement, et ne pu s’empêcher de sourire doucement à la découverte de la vision qui s’offrait à lui.

Comme à son habitude, Rose dormait ramassée d’un côté du lit, comme impressionnée par la taille du matelas. Elle portait une nuisette en soie grise toute simple, mais féminine.

Clairement il était attendu, car à peine avait-il fait quelques pas dans la pièce que Rose se relevait vivement dans le lit, repoussant le drap qui lui couvrait le buste. Elle le dévisageât en silence pendant quelques secondes. Dans son regard, Chuck lut dans un premier temps la surprise, puis le soulagement, et assez rapidement la colère et l’incompréhension.

« Où étais tu ? », demanda-t-elle d’une voix lasse et presque résignée.

Chuck prit le temps d’inspirer profondément et de s’approcher doucement de son lit avant de répondre. « Loin. J’avais besoin d’espace pour quelques temps. » Il leva les yeux sur Rose et comprit tout de suite que sa réponse était loin de lui avoir apportée le réconfort qu’elle attendait.

« Où étais tu Chuck, et pourquoi ? »

Chuck devait rapidement décider quoi lui dire. Suffisamment pour l’apaiser, mais rien qui ne puisse l’amener à lui poser des questions auxquelles il était incapable d’apporter une réponse, même pour lui-même.

« Lorsque Nate m’a appris le retour de Blair, j’ai eu un moment de panique, je ne m’y attendais pas et ne m’y étais pas préparé je … ». Secouant doucement la tête, il prit la main de Rose dans la sienne, et reprit son explication. « J’avais juste besoin d’un peu de temps pour intégrer la réalité de son retour à New York, qui il y a encore quelques jours était inenvisageable. Tu connais les conditions de son départ, tu dois comprendre que son retour est une sorte de choc, pour nous tous. »

« Surtout pour toi à priori », répondit doucement Rose. Elle s’en voulait d’insister sur ce qu’il semblait à ce stade facile d’ignorer, mais un pressentiment lui serrait la gorge. Bien sûr que le retour de Blair était un choc pour Chuck, mais de là à disparaitre au milieu de la nuit …

Chuck lisait dans les yeux de Rose une inquiétude lancinante, et là dans l’instant, il ne parvenait tout simplement pas à exprimer ce qu’elle avait envie d’entendre. Il voulait la rassurer, lui déclarer son amour, mais la seul chose qui hantait son esprit était l’image de Blair lui annonçant qu’il était le père de sa fille, et il n’était absolument pas prêt à lui confier cela. Il avait besoin de se répéter cette réalité comme un mantra, d’arriver à en comprendre les tenants et aboutissants. Il avait besoin de la rencontrer, de la voir, de chercher dans ses yeux une ressemblance, quelque chose qui puisse rendre la nouvelle réelle.

« Bien sur surtout pour moi, lui répondit-il plus sèchement qu’il ne l’aurait voulu. J’ai aimé cette femme, nous devions passer notre vie ensemble, et tout s’est arrêté si brusquement …. ».

Chuck réalisa que Rose s’était raidie dans le lit à la brutalité de son ton. Elle semblait chercher à maladroitement à ravaler ses larmes et il se sentit soudain minable. Minable de lui imposer tout cela, d’avoir disparu, et maintenant de lui rappeler en pleine nuit que Blair était l’amour de sa vie. Etait.

« Je suis désolé, je n’aurai jamais dû partir comme ça. N’y vois pas un signe de quelque chose qui n’existe plus, j’ai juste paniqué. J’aurai du te dire que je partais, j’aurai du te donner des nouvelles, je n’ai pas d’excuse »

Il se rapprocha vivement d’elle, et la prit dans ses bras. Rose enfouit son visage contre l’épaule de Chuck, respirant doucement l’odeur rassurante de son parfum qui s’échappait de sa chemise entrouverte. Se laissant aller, elle s’accrocha doucement au tissu et le serra davantage contre lui. Elle était épuisée, l’inquiétude et l’absence de sommeil avait eu raison de sa patience et elle s’en voulait.

« Viens te coucher, » lui répondit-elle simplement d’une voix douce.

Il embrassa doucement ses cheveux, et lui répondit dans un murmure : « Dans une minute ».

Chuck la serra un peu plus fort quelques secondes, puis desserra son étreinte. Il se leva doucement du lit, et se dirigea vers la salle de bain, sentant le regard de Rose dans son dos. Il s’obligea à agir posément, et ferma lentement mais fermement la porte de la vaste pièce. Il s’appuya contre la porte close, et ferma les yeux. Au bout de quelques instants, il passa ses mains sur son visage, comme pour se ramener à la réalité. Sans vraiment réfléchir, il sortit son portable de sa poche, et envoya un message rapide à Tom, lui demandant de faire ouvrir le magasin FAO Swartz une heure plus tôt le lendemain matin. Il pensa un instant que son assistant allait sans doute être assez perplexe de recevoir ce type de message de sa part au milieu de la nuit, et cette réflexion le remit face à l’ampleur de la nouvelle qu’il avait apprise il a quelques heures.

Sans réfléchir il retira l’ensemble de ses vêtements qui tombèrent à ses pieds un à un, et entra dans la grande douche à l’italienne. Il prit d’une main appui sur le mur qui lui faisait face, et de l’autre ouvrit le robinet au maximum. Il laissa pendant de longues minutes l’eau brulante dégouliner sur son corps, tentant de s’empêcher de penser, de mettre des mots sur sa nouvelle paternité. Sans s’en rendre compte, il se déconnecta lentement de la réalité. Chuck s’appuya alors contre le carrelage réchauffé par la vapeur d’eau, et se laissa lentement glisser le long de celui-ci. C’est ainsi qu’il reprit conscience, assis sur le sol de sa douche, les genoux remontés devant lui, supportant ses coudes, et le visage enfoui dans ses deux mains.

Il releva lentement la tête et avisa la situation. C’était le milieu de la nuit. Blair. Rose. Audrey. Rose qui devait toujours l’attendre dans on lit. Depuis combien de temps était-il là ? il n’en avait aucune idée, mais il devait à tout prix se ressaisir. Il n’avait pas fait tout ce chemin pour se laisser submerger par la situation. Une étape à la fois et il allait bien y arriver. Prenant appui sur le sol, il se releva aussi prestement que possible, et coupa l’eau. Il sortit de la douche et saisi une épaisse serviette. Il se sécha rapidement et noua le linge autour de ses hanches. Fixant quelques instant son reflet dans le large miroir, il termina ses ablutions avant d’enfiler un simple pantalon de pyjama et de rejoindre Rose dans sa chambre.

Il avança en silence, dans le noir, mais il sentait qu’elle ne dormait pas. Sans un bruit, il souleva la fine couette et se glissa à côté d’elle. Il sentit simplement sa main effleurer la sienne, puis la serrer doucement. Il ne dit rien. Il ne la repoussa pas, mais ne se tourna pas vers elle, ne la prit pas dans ses bras. Son esprit était déjà ailleurs, en train de se remémorer d’autres moments.


soso4662  (01.07.2013 à 18:45)

Chuck n’entendait plus que les battements assourdissants de son cœur qui battait à toute rompre. Il craignait que ses sens ne le trompent, qu’elle ne se trouve pas réellement juste devant lui, que ses mains ne soient pas réellement dans les siennes à cet instant. Comment était-il arrivé là ? En face d’elle ? Il rentrait simplement de son diner, marchait sur une plage au bout du monde, et la femme de sa vie venait de toute simplement se matérialiser devant ses yeux ?

Blair fixait avidement le visage de l’homme qui se trouvait devant elle. Elle ne pensait plus. Il était apparu au milieu de nulle part, il était là, et c’était la seule chose qui comptait. Elle ne se demandait pas comment, pourquoi, pour combien de temps. Il était là, ils étaient là ensemble, et rien ni personne ne pourrait leur voler ces moments. Si elle avait bien appris une chose de sa vie à Monaco, c’est qu’il était vital de profiter de tous les bons moments que la vie lui envoyait, si elle voulait tenir et rester une bonne mère pour sa fille. C’était instinctif. Son corps réagissait de lui-même, et elle ne ferrait strictement rien pour le freiner.

Elle libera doucement ses mains des siennes, et baissa les bras de Chuck le long de son corps. D’un pas, elle réduisit la distance qui les séparait encore et, sans s’arrêter, avec assurance et certitude, avec passion et détermination, elle passa ses mains derrière la nuque de Chuck et scella leurs lèvres dans un baiser.

Chuck la vit agir au ralenti. Il vit une étincelle s’allumer dans son regard, une fois la surprise passée, et su ce qu’elle allait faire sans doute avant qu’elle ne le sache elle-même. En dépit de cela, il ne put s’empêcher d’être surpris par l’ampleur de sa réaction. Les sensations qui l’assaillirent le subjuguèrent par leur intensité. Il sentit comme une décharge électrique sur le devant de son corps, quand il réalisa que Blair se pressait contre lui. Il sentit une chaleur intense autour de son coup, là où les bras et les mains de la femme qu’il aimait au-delà de la raison s’accrochaient avec passion. Apres avoir vaguement réalisé tout cela, il se rendit compte qu’il avait déjà commencé à rendre son baiser à Blair. Ses bras s’étaient déjà noué autour d’elle, de sa taille, de son cou, se perdait dans ses boucles brunes, ne faisait rien d’autre que de la serrer au plus près de lui.

Ni Chuck ni Blair ne réalisa à quel point il était improbable que deux personnes ne s’étant pas vu depuis plusieurs années puissent agir aussi instinctivement, naturellement, passionnément, en totale harmonie et sans qu’aucun mot ne soit jamais échangé. Ils étaient au-delà de ça. Leur relation, leurs sentiments étaient hors norme et chacun en avait conscience. Rien chez eux n’était normal, et leur relation était à leur image.

Au bout de quelques minutes, Chuck prit le visage de Blair entre ses mains et s’éloigna doucement de son visage. Il appuya son front contre le sien et la regarda intensément dans les yeux. Il y lu rapidement ce qu’il y cherchait et se baissa pour passer un bras sous ses genoux et la soulever du sable. Il sentit avec bonheur les bras de Blair se nouer autour de lui, et sa bouche déposer des baisers brulants dans son cou et le haut de son torse. Il passa sans effort la végétation qui séparait la villa de Blair de la plage, et atteignit la terrasse. Il avisa rapidement l’emplacement de sa chambre, et s’y dirigea sans hésitation. Chuck se fraya un chemin entre les voiles blancs qui laissaient passer un peu de la lumière de la lune, et s’avança jusqu’au lit, ou il déposa Blair avec délicatesse.  

Il se redressa et prit le temps de l’admirer. Même dans l’obscurité, elle se détachait vivement sur les draps blancs. Ses longs cheveux s’étaient d’eux même étalés sur les nombreux oreillers, sa robe noire moulante qui laissait entrevoir la respiration rapide qui faisait palpiter son buste, ses longues jambes dorées qu’elle repliait sous elle. Il accrocha son regard, et ne le quitta plus. Sans un mot, il défit un à un les boutons de sa chemise, qu’il jeta au sol sans un regard. Blair contemplait sans un mot l’homme sublime qui lui faisait face. Il avait changé, imperceptiblement. Il paraissait plus endurcit, plus fort. Et son désir pour lui n’en fut que décuplé.

Lorsqu’enfin il posa un genou sur le lit et s’allongea sur elle, elle se contenta de passer ses mains derrière son cou pour mieux se perdre en lui, et cessa de penser.

 

Chuck sentit d’abord une légère brise lui caresser le visage. Avant qu’il ne prenne même conscience de l’endroit où il se trouvait, une succession d’images se précipita dans son esprit, à toute allure. Elles s’enchainaient toutes jusqu’au moment où il s’était enfin allongé sur le lit de Blair, serrant la femme qu’il aimait contre lui, et qu’ils avaient ensemble cédé à la fatigue. Et la seconde d’après un électrochoc le parcouru alors qu’il réalisait qu’il était seul dans le lit.

Il se redressa instantanément, et balaya la vaste pièce du regard. Il ne se permit de respirer qu’après avoir avisé Blair, installée dans un profond fauteuil qui faisait face au lit.

« Hey », lui dit-elle doucement, le sourire aux lèvres.

Sans un mot, il se leva et en quelques pas fut devant elle. Il lui prit la main et la fit se lever. Il porta son autre main à son visage, lui caressant doucement la joue. Le regard de Blair trahissait un léger manque de sommeil, mais mise à part cela, elle resplendissait.

« Est-ce réel ? », lui demanda-t-elle.

Chuck ferma les yeux et pris une longue inspiration. Il secoua doucement la tête. « Quelle importance ? », et il l’embrassa.

Plus tard dans la matinée, Chuck et Blair étaient étendus sur le lit défait, leurs corps entremêlés. Sans un mot, Chuck caressait doucement les cheveux de Blair, dont la tête reposait sur son torse. Tous les deux avaient le regard tourné vers la large baie, et profitaient pensivement de la vue magnifique.

Blair décida de rompre le silence dans lequel ils s’étaient tous les deux réfugiés. Bien sûr elle aurait souhaité ne rien en faire, s’octroyer le droit de profiter de ces moments hors du temps, mais comment le pouvait-elle ? A chaque fois qu’ils se posaient enfin, les éléments de sa vie à Monaco la rattrapaient. Elle était mariée à un autre homme, et était malheureuse. Et elle était maman.

« Que sommes-nous en train de faire ? » demanda-t-elle simplement.

Chuck savait qu’il n’était qu’une question de temps avant que l’un d’eux ne pose enfin les questions qui fâchent.

« Nous sommes nous. Chuck et Blair. Blair et Chuck. Nous ne savons pas faire autre chose qu’être ensemble. Deux ans et un océan entre nous et voilà, rien n’a changé. » Il ne pouvait que constater l’inévitable, il était encore incapable de pousser la réflexion au-delà, ne serait-ce qu’au lendemain.

« Nous ne devrions pas », murmura Blair en se relevant sur le lit.

Chuck lui posa une main sur l’épaule et la força à lui faire face. « Es tu heureuse ? »

« Aujourd’hui oui. Lorsque je suis avec Audrey oui. Mais le reste du temps je ne sens que le vide Chuck. » Elle porta instinctivement la main sur son cœur, comme pour saisir la peine lancinante qui l’habitait depuis son départ. Le regard qu’elle leva sur lui portait toute la douleur de sa vie, de son quotidien. Le poids du sacrifice qu’elle avait fait pour sa fille. «Tu me manque, chaque jour. »

Chuck sentit les mots de Blair couler en lui et y propager une douce chaleur. Il s’approcha d’elle, et la prit doucement dans ses bras.

« Nous sommes là tous les deux. Je ne sais pas comment c’est possible, et cela m’est totalement égal. Mais nous sommes là. Nous n’avons peut être que quelques jours, mais es-tu prête à y renoncer ? »   

Blair ferma les yeux, et se serra encore davantage contre le torse de l’homme qu’elle aimait. Elle sentait tout. Le bonheur, le désir, l’excitation, son odeur, le son de sa voix, la douceur de sa peau. Elle se sentait vivre de nouveau. Et non, elle n’était pas prête à y renoncer.

Sans un mot, elle l’embrassa avec passion, et de nouveau, ils laissèrent parler leur amour.

 


soso4662  (03.07.2013 à 17:55)

Chapitre 29

 

 

Chuck était déjà réveillé lorsque sonna son réveil le lendemain matin. A dire vrai il était à peu près certain de ne pas avoir dormi du tout. Il l’éteint rapidement afin de ne pas réveiller Roser, et se leva immédiatement. Cette nuit hors du temps, passée entre les souvenirs des moments partagés avec Blair, les bons comme les mauvais, et les tentatives vaines de réalisation de sa nouvelle paternité ne lui avaient apporté aucun repos, pour ne pas dire qu’elle l’avait davantage troublé.

Sans se l’avouer, il regrettait son impulsivité et le fait d’avoir organisé une rencontre aussi rapidement avec la petite fille. Aurait-il été plus prudent, plus responsable d’attendre quelques jours pour se préparer ? Malheureusement, à l’issue d’une nuit de réflexion pour le moins improductive, il semblait possible qu’il ne serait pas arrivé à un meilleur résultat si il avait eu davantage de temps. Sans doute avait-il besoin de se confronter à cette nouvelle réalité pour en saisir toute la dimension.

Lorsqu’il sorti de la salle de bain une heure plus tard, il constata avec soulagement que Rose dormait toujours. Il nourrissait une certaine honte de cette réaction, mais il ne se sentait objectivement pas la force de jouer un rôle ce matin-là. Le rôle du petit ami pour lequel tout va bien en dépit du retour de l’amour de sa vie, le rôle du jeune homme qui vient d’apprendre qu’il est le papa d’une petite fille de 3 ans et pour lequel tout est simple. Non, tout n’allait pas bien, et il ne pouvait gérer qu’une seule chose à la fois.

Il sortit donc silencieusement de la chambre, laissant Rose, encore une fois, se réveiller seule avec ses questions, et quitta rapidement l’appartement.

Arthur l’attendait bien sûr en bas de son immeuble, et il s’engouffra rapidement à l’arrière de sa limousine non sans avoir récupéré au passage le café que lui tendait son chauffeur. Il en avait besoin. Il remercia mentalement Tom d’avoir encore une fois tout organisé, il ne se sentait juste pas l’énergie de détailler à Arthur leur itinéraire du matin.

Le trafic était déjà dense à Manhattan, et ce n’est qu’une demi-heure plus tard que la limousine s’immobilisa devant le plus grand magasin de jouets de la ville. Chuck fixa quelques secondes avec perplexité la vitrine de FAO Swartz, et avec encore plus de perplexité le portier habillé comme un petit soldat. Il prenait lentement conscience qu’il entrait dans un monde totalement inconnu. Arthur contourna le véhicule pour lui ouvrir la portière, et une jeune femme souriante, élégante mais discrète s’avanca vers lui.

« Monsieur Bass ? Je suis Jane, je me propose de vous assister dans votre achat aujourd’hui. »

Chuck la regarda d’un air un peu absent, avant de se dire que manifestement, toute aide dans cette tâche serait bonne à prendre. « Allons-y », lui répondit-il avant de s’engager vers l’entrée d’un pas aussi décidé que possible, Jane sur les talons.

*****************************

La nuit de Blair n’avait pas été plus réparatrice. Le passage éclair de Chuck dans sa chambre avait éveillé bien plus de souvenirs et de sentiments qu’elle ne l’aurait souhaité, et la perspective de sa rencontre avec Audrey, même si elle était convaincue que c’était une bonne chose, la terrifiait.

Elle avait toujours été convaincue que Chuck deviendrait un homme bien, et pourrait être un père fantastique. Il avait parcouru un chemin incroyable depuis leur adolescence, en dépit de tout ce qui dans sa vie s’acharnait à le tirer vers le bas. Mais jamais elle n’aurait pu imaginer que Chuck devienne père dans ces circonstances. Même si elle regrettait profondément la situation, elle ne regrettait pas la décision qu’elle avait prise à l’époque. A la lumière de ce qu’elle pensait être vrai, c’était la seule décision qu’elle pouvait prendre.

En dépit de cela, elle avait passé la nuit à faire la liste de toutes les épreuves qu’elle imposait à Audrey et Chuck. Elle pouvait toujours se dire que ce n’était pas de sa faute, il n’empêchait qu’elle était le déclencheur de toute la situation. Ses actions, même si elle n’avait pas pensé à mal, avait mis les deux personnes qu’elle aimait et avait aimé le plus au monde dans une situation impossible, dont sans doute aucun ne sortirait indemne. Rien ni personne ne pourrait leur rendre le temps perdu, les Noëls, les anniversaires, les premières fois. Chuck allait rencontrer une petite fille de 3 ans et il allait devoir intégrer qu’il s’agissait de sa fille. Quand à Audrey, elle allait faire la connaissance d’un homme qui lui était totalement inconnu, et intégrer qu’il devait prendre la place de Louis.

Malgré elle, Blair ne pouvait s’empêcher de penser que ce serait sans doute plus facile pour la petite fille. Elle n’avait jamais été très proche ni complice de Louis, elle ne savait pas encore ce qu’un père pouvait vraiment apporter de plus à sa vie. Sans compter qu’elle n’avait que 3 ans. Elle ne se rappellera sans doute plus de sa vie à Monaco, ou très peu, arrivée à l’âge adulte.

Elle était bien plus inquiète pour Chuck. Aussi bien que pour les conséquences de sa paternité sur le jeune homme, que pour son attitude lors de ses premiers moments avec Audrey.

Elle avait longtemps été convaincue qu’elle était une des seules personnes, pour ne pas dire la seule, à le connaitre réellement, à pouvoir anticiper ses réactions. Etait-ce les années d’éloignement ou le caractère exceptionnel de la situation, là elle ne savait pas. Elle tentait d’imaginer la scène, elle essayait de visualiser Chuck et Audrey en train de se parler, mais elle n’y arrivait pas. La précipitation de Chuck pour l’organisation de leur première rencontre n’était pas une surprise en soi. Il voulait reprendre le contrôle, reprendre la main. Il devait se sentir extrêmement frustré de voir l’équilibre qu’il avait réussi à atteindre chamboulé brutalement et avec autant d’intensité. Et Chuck frustré et déstabilisé agissait.

Après une nuit sans sommeil, Blair s’était donc décidée à se lever vers 6h du matin. Elle n’avait pas appelé tout de suite Dorota, se contentant de se glisser dans un bain brulant, espérant que cela pourrait soulager un peu la tension qui l’habitait. L’effet était resté très temporaire, mais lui avait permis de remettre ses idées en ordre, et de se préparer à annoncer à sa fille la visite de son père.

Elle termina donc de se préparer tranquillement, méthodiquement, savourant le calme avant la tempête. Dorota finit par se présenter à la porte de sa chambre, armée d’une grande tasse de capuccino, dont les calories semblaient justifiées par la situation. Elle avisa Blair, assise à sa coiffeuse, en train de terminer son maquillage. Celle si posa calmement les mains sur ses genoux, et regarda entrer Dorota, attendant que celle-ci pose la question qui lui brulait les lèvres.

La fidèle gouvernante posa la tasse fumante devant Blair, et recula de quelques pas, tentant de discerner son état d’esprit. Levant un sourcil inquisiteur, elle finit par l’interroger.

« Monsieur Chuck resté tard hier soir. »

Blair garda le visage impassible, alors qu’elle saisissait la tasse de café. « Est-ce une question Dorota ? »

Celle-ci se rebiffa, et marmonna quelques mots en polonais. Blair ne su dire si elle désapprouvait la présence de Chuck hier soir dans sa chambre ou l’ironie de sa réponse, mais dans les deux cas, cela la fit sourire.

« Chuck vient à 10h pour voir Audrey. C’est pour me l’annoncer qu’il était dans cette chambre hier. Rien de plus. »

Dorota était en train de quitter la pièce quand elle fut stoppée nette par les mots de Blair.

« Mais Mademoiselle Audrey pas au courant encore ! Tout ça beaucoup trop rapide ! »

Blair secoua doucement la tête. « Je sais que c’est rapide. Mais je ne veux pas prendre le risque de compromettre l’attitude de Chuck envers elle. C’est trop important. Au-delà du choc, il réagit pour l’instant aussi bien que l’on puisse l’espérer. Je ne veux pas compromettre leurs chances à tous les deux. » Elle s’arrêta quelques seconde pour boire une longue gorgée de café. « Et peut être est ce mieux pour Audrey que la rencontre intervienne tout de suite. Que son père devienne tout de suite concret pour elle. »

Dorota, pour une fois, ne sut pas quoi lui répondre. Blair avait bien résumé la situation. Il n’existait pas de vraie bonne façon de gérer la situation. Un père et sa fille n’étaient pas supposés se rencontrer de cette manière. A ce stade, ils ne pouvaient que tenter de tirer le meilleur profit possible de la situation. Il fallait se contenter de l’imperfection, et faire confiance en l’avenir.

Sans un mot de plus, Blair se leva doucement, et se dirigea vers la porte de la chambre de sa fille. Dorota ne put qu’admirer la jeune femme forte qu’étais devenue celle qu’elle avait connue petite fille. Elle n’avait jamais, en dépit des privilèges et du luxe, eut une vie simple ni facile, mais elle était devenue une bonne mère, et une personne de qualité. Après que Blair eut refermé derrière elle la porte de la chambre, la fidèle gouvernante se dirigea vers la cuisine afin de préparer un petit déjeuner plus consistant.

Blair constata sans surprise que sa fille était déjà réveillée. Comme à son habitude, celle-ci se reposait tranquillement dans son lit, attendant que sa mère ne vienne la chercher.

« Bonjour chérie, tu as bien dormi ? », demanda Blair en s’installant sur le bord du lit de la petite fille.

« Oui, j’aime bien ma nouvelle chambre, elle est jolie tu sais ! Qu’est ce qu’on fait aujourd’hui ? »

Lisant l’enthousiasme et la curiosité dans les yeux de sa fille, Blair su qu’elle n’avait pas le choix, l’occasion se présentait et elle devait la saisir.

« Chérie, je t’ai expliqué l’autre jour que ton vrai papa vivait ici, à Manhattan. Est-ce que tu te rappelles ?

- Bien sur Maman, lui répondit la petite fille avec fierté. Est-ce que je vais le voir bientôt ?

- J’ai pu lui parler hier soir, et lui expliquer la situation. Si tu es d’accord il aimerait beaucoup venir ce matin pour faire ta connaissance. Qu’en penses-tu ? »

Blair fixait le visage d’Audrey avec inquiétude, guettant sa réaction, tachant de savoir si elle faisait bien de la confronter aussi rapidement à Chuck. Les changements intervenus dans sa vie en l’espace d’une semaine était si énormes, pouvait elle en supporter davantage ?

« Est-ce que tu penses qu’il va m’amener un cadeau ? »

Blair ne put réprimer un sourire, déjà car la réaction de Audrey était enfantine et charmante, mais aussi parce qu’elle n’imaginait pas Chuck arriver les mains vides pour une pareille occasion.

« Je pense que c’est possible Chérie, mais si ce n’est pas pour aujourd’hui, ce sera pour plus tard ne t’inquiète pas. »

A ces mots, elle ne put s’empêcher de prendre sa fille dans ses bras, tant pour la rassurer que pour masquer son propre trouble. Toute cette situation semblait hors du temps, surréaliste. Elle inspira rapidement et tenta de se reprendre. Elle choisit de continuer sur un registre plus léger.

« Et si nous allions choisir une tenue dans les vêtements que nous avons acheté hier qu’en pense tu ? »

Le sourire qui illumina le visage d’Audrey l’ému profondément. Elle n’était encore qu’une petite fille. Elle était mieux entourée que jamais. Tout allait bien aller pour elle.

***********************

Chuck se retrouvait de nouveau au pied de l’immeuble de Blair. Quelques jours auparavant, il n’aurait jamais parié n’avoir jamais à se retrouver à cet endroit de sa vie. Et pourtant Blair était de retour, et il s’apprêtait à rencontrer leur fille. Sa fille.

Il se tenait debout, juste devant sa limousine parquée juste devant l’entrée. Il tenait dans ses mains une boite soigneusement emballée. Honteusement, il pensa à la dizaine d’autres boites toutes aussi belles stockées à la va vite dans l’habitacle de sa voiture. Il avait fini par en choisir une au hasard, incapable de se décider sur le cadeau le plus approprié à la situation. Il s’était contenté de suivre les conseils de Jane, bien incapable de se laisser guider par les goûts de sa fille, qu’il ne connaissait pas.

Il consulta nerveusement sa montre, qui indiquait alors 9h58. Il prit une grande inspiration, et commença à avancer vers l’entrée qu’il connaissait si bien, dont il n’avait rien oublié.

Une minute plus tard, l’ascenseur émit le tintement familier, et les portes s’ouvrirent sur le foyer du penthouse des Waldorf. Sans surprise, il ne se passa que quelques secondes avant que Dorota n’apparaisse devant lui. Il lui semblait être reparti 4 ans en arrière. Tout cela lui semblait familier et en même temps surréaliste, plus proche du rêve que de la réalité.

Sans un mot, il tendit son imperméable à Dorota, et avança instinctivement vers le salon. Au fur et à mesure de son avancée, l’image de Blair assise sur le canapé à côté d’une petite fille se dévoila petit à petit à son regard. Blair et Audrey se tenaient assises serrées l’une contre l’autre. Il ne put s’empêcher de remarquer la similarité dans leur posture. Le dos droit, les épaules dégagées, les genoux serrés. Blair serait la main de la petite fille dans la sienne, et toutes les deux le regardèrent s’approcher.

Lorsque Chuck fut enfin dans la pièce, devant elles, Blair se leva doucement, ne lâchant pas la main de sa fille. Elle plongea son regard dans celui de Chuck, tentant d’y trouver ses repères, l’homme qu’elle connaissait. Elle y trouva l’intensité qu’elle avait l’habitude d’y voir, et une détermination toute nouvelle. Son visage était tendu bien sûr, mais son regard semblait apaisé. Un sentiment de sécurité l’envahit tout d’un coup. C’était bien Chuck qui était à ses côtés pour ce moment, et tout allait bien se passer. C’était l’homme qui était prêt à prendre soin et à aimer son bébé alors qu’il ne pensait même pas en être le père.

Elle s’agenouilla à côté d’Audrey, s’appliquant à ne pas lâcher la main que sa fille tenait toujours avec fermeté.

« Chérie, je te présente ton papa ». Blair entendit sa voix, douce et constante, qui ne rendait pas du tout compte de son état d’esprit. Elle contenait un tremblement, et sa gorge était nouée. Elle leva les yeux vers le jeune homme élégant et un peu mal à l’aise qui se tenait devant elles. En quelques secondes, défilèrent devant ses yeux des dizaines d’images, de moments, de sentiments. Son cœur s’autorisa un instant à admettre que tous les trois auraient dû former une famille depuis maintenant plusieurs années. Chuck aurait du l’accompagner aux échographies, assister à la naissance de sa fille, l’aider à la calmer lorsqu’elle ne parvenait pas à faire ses nuits ou lorsque ses dents la faisait souffrir. Il aurait dû être là pour son premier Noel, ses premiers pas. Ils devraient être mariés. Son cœur s’autorisa à admettre cela un instant, puis l’instinct reprit le dessus. Elle ferma les yeux une seconde, et les rouvrit sur l’instant présent. 

« Chuck, je te présente ta fille ».  

Audrey leva les yeux vers Blair, qui l’encouragea d’un sourire aussi franc que possible. La petite fille lâcha la main de sa maman, qui tout de même laissa une main sur son épaule. Elle s’avança vers Chuck, et Blair la vit, se demandant si elle ne rêvait pas, tendre sa main, et lancer d’une voix néanmoins plus timide que d’habitude : « Bonjour, je m’appelle Audrey ».

Chuck ne pouvait détacher son regard des deux personnes qui lui faisaient face. Le fait de voir Blair avec une petite fille était bien sur bizarre en un sens, mais le lien qui les unissait semblait tellement évident et fort qu’il était forcé d’admettre que c’était aussi assez naturel.

Absorbé par ses pensées, il réalisa que la petite fille lui faisait désormais face, et lui tendait sa petite main. Le sérieux de son visage le fit sourire malgré lui. Imitant Blair, il s’accroupi à son niveau, et joua le jeu. Il prit la main de la petite fille dans la sienne avec douceur, et lui répondit : « Bonjour Audrey, c’est un plaisir de te rencontrer. »

Chuck avait l’impression de planer au-dessus de la scène. Il avait eu le sentiment de sauter du haut d’une falaise lorsqu’il avait pénétré dans la pièce et s’était retrouvé en face d’elles. Mais il n’y pensait même plus. Il ne pensait plus en réalité. Il se laissait totalement porter par la situation. Il n’était plus vraiment Chuck Bass dans l’instant. Il était Chuck, et Blair. Et cette petite fille qui avait les yeux de sa mère.

« Est-ce que c’est pour moi …. »

« Audrey ! » intervint rapidement Blair.

Interdit, Chuck leva les yeux vers Blair qui s’approchait vivement d’eux. Elle s’agenouilla à côté de la petite fille, et la prit tendrement par les épaules.

« Il n’est pas poli de réclamer Chérie. Si ce cadeau est pour toi, c’est à ton papa de te le donner. Pas à toi de le demander »

Chuck senti les regards de Blair et d’Audrey se poser sur lui, et hésita quelques instant sur la conduite à tenir. Instinctivement, il prit le cadeau qu’il avait posé sur la table basse en arrivant, et le tendit à la petite fille.

« C’est bien pour toi. J’espère que cela va te plaire ».

Chuck observa avec fascination Audrey ouvrir le paquet avec soin et retenu certes, mais son regard restait adorablement enfantin. Il vit son regard s’illuminer en découvrant la magnifique poupée qui reposait dans la boite. Il comprit en un éclair que jamais il ne se lassera de contempler le bonheur dans les yeux de sa fille.

Sans qu’il ne le décide véritablement, son regard glissa vers Blair, et il réalisa qu’elle l’observait déjà discrètement. Elle sembla avoir compris le sentiment qui venait de s’imposer à lui, car son regard trahissait la compréhension. Elle semblait moins surprise que lui, mais avait eu plus de 3 ans pour apprendre à devenir parent. Au-delà de cette petite différence, le même sentiment de plénitude que lui semblait l’habiter, pour exactement la même raison, le bonheur de cette petite fille.

Blair finit par ne plus supporter l’intimité bien trop extrême de cet échange silencieux avec Chuck. Elle n’était pas prête ni armée pour cela. Elle se détourna donc rapidement, et reporta son attention sur Audrey.

« Tu n’oublies rien ? », lui demanda-t-elle doucement.

« Oh pardon, bien sûr ! Merci ! Merci beaucoup ! », s’exclama la petite fille en nouant ses bras autour du cou de Chuck.

Celui-ci se figea une fraction de seconde, pris par surprise. Instinctivement, il chercha Blair du regard. Celle-ci se contenta de sourire, et quelque chose se débloqua chez lui. Il inspira profondément, et noua ses bras autour d’Audrey. « Mais de rien ».  

Alors qu’Audrey se détachait doucement de l’étreinte de Chuck, et reportait son attention sur la poupée, Blair remarqua Dorota qui lui faisait signe depuis la salle à manger que le petit déjeuner était servi.

« Audrey, tu auras tout le temps de jouer avec ta poupée plus tard. Pour l’instant nous avons un invité, et le petit déjeuner est servi. Allons-y. »

Elle joignit le geste à la parole et tendit la main à sa fille, qui la saisit sans discuter. Du regard, elle invita Chuck à les suivre dans la pièce voisine. Elle prit place à l’extrémité de la table, ou Dorota avait déjà disposé une coupe de yaourt et de fruits frais. Audrey et Chuck prirent place de part et d’autre d’elle, se faisant face.

Dorota apporta encore sur la table plusieurs panières de croissants, de pain frais, et de pancake fraichement préparés. Blair déplia soigneusement sa serviette et la déposa sur ses genoux, vérifiant en même temps qu’Audrey en faisait de même.

« Est-ce que tu habites aussi à Manhattan ? »

Blair ne put s’empêcher d’être surprise par l’aplomb de sa fille. Elle avait certes l’habitude d’être entourée d’adultes, mais la situation restait particulière, et elle ne pensait pas qu’elle oserait lancer la conversation aussi facilement. Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais s’arrêta net lorsqu’elle comprit que Chuck en prenait déjà l’initiative.

« Et bien oui. J’habite dans un appartement pas très loin d’ici. J’ai habité toute ma vie ici en fait. »

« J’habite ici avec Maman maintenant, reprit Audrey. C’est plus petit que mon ancienne maison, mais c’est plus joli. Je préfère. »

Sans un mot de plus, elle planta avec conviction sa fourchette dans un morceau du pancake que Dorota venait de lui servir.

« Mais il fait froid je trouve. Maman dit que je vais avoir besoin d’un manteau bientôt. Alors que c’est encore presque les vacances. Ca j’aime moins. »

« Je comprends Audrey, répondit Chuck avec sérieux. Mais il y a aussi de bons coté. Par exemple la neige. Est-ce que tu as déjà vu la neige ? »

« La neige dans la ville ? J’ai déjà vu la neige sur la montagne, mais jamais dans la ville … »

Blair réprima un sourire. La candeur d’une petite fille de 3 ans était vraiment unique.

« Nous avons passé ce dernier Noël en Suisse, au milieu des montagnes. Elle a adoré la neige. »

Chuck regarda rapidement Blair, tentant de faire abstraction de l’évocation d’un moment familial qu’il ne pourrait jamais rattraper.

« Et bien tu va voir beaucoup de neige à New York. Nous pourrons aller faire des bonshommes de neige à Central Park si tu veux ? »

« D’accord. J’aimerai bien oui. Est-ce que tu a un anorak ? Maman dit toujours qu’il faut un anorak sous la neige. »

Blair ne put s’empêcher d’avaler une groseille de travers en imaginant Chuck en anorak.  

« Chérie ce n’est pas la montagne ici. Nous ne portons pas d’anorak. Je suis sure que ton papa a d’autres vêtements bien assez chaud pour aller faire des bonshommes de neige avec toi. »

Chuck toussota discrètement, et Audrey en profita pour changer de sujet.

« Qu’est-ce que tu fais comme travail ? »

Il leva un sourcil, surpris par une telle question venant d’une si petite fille.

« Et bien je m’occupe …. Je possède des hôtels, ici à New York et ailleurs dans le monde. »

« Avant je vivais à Monaco. Est-ce que tu un hôtel là-bas ? »

« Non Audrey, pas à Monaco. »

« J’aimais bien Monaco, c’était joli. »

Chuck comme Blair ne surent comment répondre à cela. Au bout de quelques seconde, il choisit de prendre l’initiative.

« Et est-ce que tu aimes bien New York ? »

Audrey sembla réfléchir à sa réponse pendant quelques instants.

« Pour l’instant oui. »


soso4662  (17.07.2013 à 08:40)

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