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Never giving up

Série : Gossip Girl (2007)
Création : 21.03.2013 à 12h37
Auteur : soso4662 
Statut : Terminée

« Reprise de cette fic qui commence à la suite du hiatus de la saison 5, Chuck et Blair viennent d'avoir leur accident ... » soso4662 

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Chapitre 30

 

Au bout d’une heure, le petit déjeuner touchait à sa fin. Chuck commençait à redescendre de son nuage, et à se rappeler que le monde existait en dehors de la salle à manger des Waldorf, et indiqua qu’il devait prendre congé pour la journée. Il était en train de reposer sa serviette sur la table lorsqu’il entendit la voix de sa fille lui demander avec une inquiétude mal dissimulée :

« Est-ce que je te revois bientôt ? »

Chuck fut surpris par sa propre réaction. Il fut touché à un point qu’il n’imaginait pas possible à ce stade de leur relation. Fixant les yeux interrogateurs de sa fille, il formula la seule réponse possible : « Oui, je te le promets ».

Dorota arriva dans la pièce afin d’emmener Audrey dans sa chambre. Celle-ci déposa en passant un baiser sonore sur la joue de Chuck, avant de faire un signe de la main à sa mère, et se laissa enfin entrainer à l’extérieur de la pièce.

Blair fixait son verre de jus d’orange avec détermination. Le manque de sommeil commençait à produire son effet, et elle était émotionnellement épuisée par la matinée qu’elle venait de passer. Elle ne put s’empêcher de sursauter lorsque la voix de Chuck se fit entendre dans la pièce.

« Et maintenant ? », lui demanda-t-il simplement.

Blair leva silencieusement les yeux sur lui. Depuis qu’elle avait découvert la paternité de Chuck, sont seul et unique objectif avait été de provoquer sa rencontre avec Audrey. Elle s’était tellement inquiétée de leur réaction possiblement négative à tous les deux, et de tous les obstacles pouvant encore se présenter, qu’elle n’avait absolument pas pensé à la suite.

Chuck était donc le père d’Audrey, mais ensuite ? Comment cela allait-il se matérialiser dans leur quotidien, comment allait se traduire son investissement ? Quel allait même être son investissement ?

« Et bien maintenant nous tachons avec Audrey d’organiser notre vie ici. Le reste t’appartient. »’

« Quelle est la prochaine étape ? »

« Nous avons presque terminé de nous installer. La prochaine étape est donc de la scolariser … »

« Je m’en occupe déjà. Tom a du contacter la responsable des admissions de Constance ce matin à la première heure. »

Blair ne put s’empêcher de sursauter en entendant cette information.

« Sans m’en parler ? »

« Tu ne souhaitais pas l’inscrire à Constance ? », releva Chuck, étonné.

« Ce n’est pas la question, tu n’avais pas à prendre cette initiative sans m’en parler avant. »

« Ecoute Blair, tu as pris les décisions concernant l’éducation de notre fille depuis 3 ans, tu viens jusqu’ici pour m’annoncer que je suis son père, et maintenant tu regrettes que je prennent des initiatives – bonnes au demeurant – en ce qui la concerne. Qu’attends-tu de moi exactement ? »

Chuck commençait à se sentir usé par la situation. Le manque de sommeil commençait aussi à lui peser. Son esprit lui rappelait inconsciemment les différentes échéances qu’il allait devoir gérer à BI au cours de la journée, et la perspective de retrouver Rose le soir même n’était plus aussi simple et réjouissant qu’il ne l’aurait souhaité.

« Audrey et moi sommes aussi victimes dans cette histoire je te le rappelle. Pendant ces 3 ans, tu t’es construit une vie, tu as avancé. De notre côté nous n’avons fait que vivre un mensonge. Et aujourd’hui nous devons repartir de zéro. » Blair sentait sa voix plus brisée qu’elle ne l’aurait souhaité. Voir Chuck assis en face d’elle, sa voix, sa présence, sa froideur envers elle, tout cela était trop. « J’attends de toi que tu sois son père, si c’est ce que tu souhaites. Mais Audrey a deux parents, et tu ne peux pas projeter de rattraper le temps perdu en prenant ma place Chuck ! »

Epuisée par sa tirade, Blair se tut enfin, et fixa son regard sur le tableau qui surplombait le buffet. Elle ne voulait pas que Chuck voit que son regard se remplissait de larmes malgré elle. Tous ses sens étaient en éveil, et elle retenait son souffle en attendant sa réaction. Elle l’entendit repousser sa chaise, et se lever. Puis sa voix ferme se fit entendre.

« Bien. Si cela te convient, je laisserai Tom te tenir informée du rendez-vous d’admission qui doit être fixé rapidement, afin que nous puissions y être ensemble. De plus, si cela te convient, je passerai demain après le bureau pour voir Audrey. Peut-être pour l’emmener manger quelque part, je te laisse y penser. »

La fin de son discours ne sonnait pas comme une question, mais il semblait avoir terminé. Blair finit donc par tourner la tête vers Chuck qui, debout derrière sa chaise, la regardait d’un air interrogatif. Moins fermement qu’elle ne l’aurait souhaité, Blair s’entendit simplement répondre : « Très bien, à demain Chuck. »

Sans un mot de plus, celui-ci tourna les talons, et quitta l’appartement. Blair resta encore plusieurs minutes sans bouger sur sa chaise, très droite. Elle tentait d’intérioriser ce qui venait de se passer. La rencontre entre Audrey et son père semblait s’être passée aussi bien que possible, et c’était le plus important. Mais la perspective de devoir désormais organiser sa vie en accord avec Chuck lui donnait le vertige. Elle commençait à prendre la mesure de l’intimité qui allait devoir s’installer de nouveau entre eux, des décisions qu’ils allaient devoir prendre ensemble, des moments qu’ils allaient partager, qu’ils ne le veuillent ou pas.

Blair posa les coudes sur le rebord de la table, et reposa quelques seconde son visage dans ses mains. De ses doigts, elle massa doucement ses tempes, tentant en même temps de réfléchir, de se calmer, de s’apaiser. Les sentiments, les impressions, les réflexions fusaient dans son esprit et elle n’arrivait pas à les canaliser. Et dire que ce n’était que le début.

***********************

Chuck venait à peine de s’adosser au siège de sa limousine, et d’être de nouveau surpris par l’amoncellement de paquets emballés qui lui faisait face, quand son portable sonna. Machinalement, il le sorti de la poche intérieur de son costume, et chercha du regard l’identité de l’appelant.

« Rose, bonjour, dit-il simplement d’une voix neutre.

- Est-ce que tout va bien ? J’étais étonnée de ne pas te voir ce matin…

- Je suis désolé, j’avais beaucoup de chose à gérer au bureau, j’ai préféré ne pas te réveiller. Tout va bien de ton coté ? 

- Très bien oui, la routine. Je te vois ce soir à l’appartement ?

- Bien sûr. Bonne journée d’ici là.»

Rose était dans son bureau, porte fermée, face à la fenêtre qui surplombait la skyline de Manhattan. Chuck avait l’air de se comporter comme d’habitude, mais elle sentait pourtant que quelque chose n’allait pas, sans pouvoir identifier le problème. Elle hésitait sur la conduite à tenir. Devait-elle le confronter ? Ignorer ce changement et attendre que la situation revienne à la normale ?

Mais la situation allait elle jamais revenir à la normale ? Cela ne faisait que quelques jours et déjà le retour de Blair semblait chambouler tout son monde, sans qu’elle n’ait rien à y faire. Son petit ami se met à disparaitre, ses amis semblaient plus que perturbés par ce retour … tout son quotidien, sa vie, était en train de lui échapper.

Tentant de balayer de son esprit les pensées négatives qu’elle espérait infondées, elle se leva de son bureau, prit son sac et quitta la pièce, espérant qu’un déjeuner en solitaire à Central Park lui ferait du bien.

*******************

Serena vit Rose passer devant son bureau, le visage sombre et la démarche rapide. Elle ne pouvait s’empêcher de plaindre la jeune fille qui n’avait aucune idée des changements monumentaux qui arrivaient dans sa vie. Blair lui avait dit que ce matin-là, Chuck devait rencontrer Audrey pour la première fois. Et, se basant que le fait que Rose ne lui avait rien dit, et ne semblait que modérément perturbée, elle était convaincue que Chuck ne lui avait toujours apprit qu’il était le père de la fille de Blair.

Serena avait encore beaucoup de mal à imaginer ce qu’allaient devenir leurs vies. Ils avaient tous connu un bouleversement massif lors du départ de Blair, et au final avait mis plusieurs années à retrouver un semblant d’équilibre. Qui pouvait penser que son retour s’apprêtait à ébranler encore plus fortement leurs existences. Serena nourrissait une affection sincère et profonde pour Rose, tout comme Nate. Mais il s’agissait ici du bonheur de Blair, et de Chuck. Le NJBC. Malgré ses bons sentiments et ses qualités indéniables, Rose n’allait pas faire le poids.

Saisissant à son tour son sac, Serena choisit d’aller surprendre sa meilleure amie pour le déjeuner. Elle se doutait que celle-ci aurait l’envie et le besoin de parler de la rencontre entre Chuck et Audrey, et elle-même mourrait d’envie de savoir comment cela s’était passé. Elle héla un taxi en bas de son immeuble, et profita du trajet pour passer commande de leur déjeuner. Italien semblait de circonstance, même si elle était certaine que Blair ne mangerai pas la moitié de son plat de pâtes. Avec un peu de chance elle aurait davantage de chance avec Audrey !

Le hasard faisant en général bien les choses, elle arriva en bas de l’immeuble de Blair en même temps que le livreur, qu’elle régla donc directement, avant de s’engouffrer dans le bâtiment.

Comme il l’avait fait des milliers de fois, le tintement de l’ascenseur annonça son arrivée dans le foyer. Elle vit tout de suite Blair sortir du salon et venir à sa rencontre, un franc sourire aux lèvres.

« Serena, quelle bonne surprise ! » Elle avança vers son amie, et la prit dans ses bras. « Qu’est-ce que tu fais ici ?

- Je me suis dit qu’après ta mâtiné plutôt bien remplie, tu ne serais pas contre un déjeuner entre fille … Italien ? » Ajouta-t-elle en souriant avec en enthousiasme, et en montant le sac rempli de leur déjeuner à hauteur de son visage.

« Bien sûr, avec plaisir, lui répondit Blair en souriant. Mais italien ? Vraiment ? Je peux sentir les calories qui arrivent rien qu’en sentant tout le parmesan contenu dans ce sac ! »

 « Pas de discussion, opération comfort food ! Dorota ? » Serena dépassa Blair sans ménagement, et appela à tue-tête la gouvernante afin que celle-ci l’aide à dresser la table avant que Blair n’ai le temps de commander des sushi.

« J’espère qu’Audrey est là ? »

Blair ne put s’empêcher de sourire. Son amie n’avait pas changé. C’était toujours un véritable tourbillon, et sa bonne humeur était toujours aussi communicative.

« Bien sûr, nous étions en train de dessiner dans le salon lorsque tu es arrivée. Audrey ? », appela-t-elle tout de suite, « ta tante Serena est là pour déjeuner avec nous ! ».

Elle avait à peine terminé sa phrase que déjà la petite fille accourait à leur rencontre.

« Tante Serena ! » s’exclama Audrey en arrivant. Avisant rapidement le sac que portait la jeune femme, elle le pointa du doigt et l’interrogea tout de suite : « Tu nous as amené à manger ? »

Attendrie, Serena s’agenouilla devant elle. « Mais oui, que pense tu de la meilleure assiette de pate que tu n’aies jamais gouté ? »

« Super !....

- On ne dit pas super, à moins d’être une serveuse de diner qui obtient enfin un pourboire correct, la reprit tout de suite Blair.

- Maman qu’est-ce qu’un diner ?

- Rien qui ne te concerne chérie, » éluda distraitement Blair, sous le regard amusé de Serena.

« J’en déduis donc que tu n’as pas prévu d’aller lui faire visiter Brooklyn dans les jours qui viennent ? », glissa Serena à l’oreille de Blair alors qu’elles progressaient toutes les trois vers la salle à manger.

« Non pas vraiment, » lui confirma Blair le sourire aux lèvres.

**********************************

Chuck était repassé à son bureau, pour comprendre rapidement qu’il était incapable de se concentrer, et qu’il ne produirait rien de constructif ce jour-là.

Tout aussi rapidement, il ramassa donc son trench et quitta BI, indiquant à Tom d’annuler tous ses engagements de la journée. Alors que le jeune homme s’exécutait sans discuter, Chuck s’engouffrait à l’arrière de sa limousine.

Il prit quelques secondes pour souffler et apprécier la tranquillité de l’endroit, et se résolu à indiquer à son chauffeur de le conduire chez Lily. Même si il redoutait le moment, surtout pour les conseils que celle qu’il considérait aujourd’hui comme sa mère n’allait pas manquer de lui donner, il savait qu’il ne pouvait attendre davantage.

Après un trajet qu’il trouva bien trop court, sa voiture s’immobilisa au pied de l’immeuble qu’il connaissait si bien. Rapidement, il se trouva dans l’entrée de l’appartement de sa mère. Sans surprise, celle-ci était attablée, seule, devant une salade et un exemplaire de Vanity Fair. Elle se leva dès qu’elle entendit des pas dans le salon, et vint à sa rencontre. Son visage s’illumina lorsqu’elle reconnut son fils.

« Charles ! », l’accueilli-t-elle chaleureusement en le serrant contre elle. « Comment vas tu ? Tu te joins à moi pour le déjeuner bien entendu ? »

« Avec plaisir Lily, » répondit Chuck en prenant place à coté d’elle, alors qu’une jeune femme s’affairait déjà à dresser un couvert devant lui.

« Alors, cette visite surprise aurait-elle quelque chose à voir avec le retour soudain de Blair ? » lui demanda ouvertement Lily, tout en lui servant un verre d’eau fraiche.

Chuck la regarda, surpris par son approche plus directe qu’à l’accoutumée. Lily l’observait avec bienveillance et curiosité, mais aussi un peu d’inquiétude. Elle avait vu son fils passer des moments extrêmement difficiles, et même si elle avait toujours nourri une affection particulière pour Blair, elle était loin d’être certaine que son retour soit une bonne nouvelle.  

« Que sais-tu déjà ? », lui demanda prudemment Chuck.

« Très peu de chose en réalité. Après le départ de Blair j’ai recommandé Dorota à une amie. C’est elle qui m’a apprise qu’elle la quittait car son ancien employeur revenait à New York. Cela mit bout à bout avec les allers retours récents de Serena en Europe, j’en ai tiré les conclusions qui s’imposaient», expliqua Lily en piquant distraitement quelques feuilles de salade sur sa fourchette. Elle reposa l’ensemble, et prit la main de Chuck dans la sienne. « Donc, comment vas-tu ? »

Il inspira profondément. Jusque-là seuls Serena et Nate étaient au courant. Etant eux même bouleversés par le retour de Blair, ils ne se permettaient pas encore de lui prodiguer le moindre conseil, du moins pour l’instant. Mais annoncer sa paternité à Lily allait rendre tout cela bien réel. Elle ne lui laisserait pas le choix, avec raison certes, d’assumer ses responsabilités.

« Et bien, cela ne s’arrête pas là. Blair est en train de divorcer de Louis car elle n’avait plus de raison de rester mariée avec lui. 

- Que veux-tu dire par là ?

- Elle a découvert que Louis n’était pas le père de sa fille.

- Oh mon Dieu Charles », s’exclama Lily, portant une main à sa bouche.

Plongeant son regard dans celui de sa mère, il prit quelques secondes avant de formuler cette réalité qu’il avait toujours du mal à réaliser.

« Audrey est ma fille. »

Chuck avait rarement vu Lily sans voix. Il aimait à penser qu’elle n’était pas femme à se laisser surprendre, mais il sentit que cette fois, c’était au-dessus de ses forces. Au bout de quelques secondes, il vit ses yeux se remplir de larmes, et soudain elle réagit. Elle passa rapidement ses mains sur ses joues et secoua la tête pour se donner une contenance. Elle avait réalisé qu’aussi grand fut le choc pour elle, il était incomparablement plus grand pour Chuck, et qu’elle se devait de le soutenir.

« Mais comment est-ce possible ?

- La mère de Louis a falsifié les résultats du premier test de paternité que Blair a fait ici à New York. Elle n’a plus eu qu’à laisser les choses se faire toutes seules. Son fils a tout fait pour pouvoir avoir son enfant près de lui, et Blair a suivi pour le bien de sa famille. L’honneur des Grimaldi était donc sauf. 

- Et comment Blair a-t-elle découvert la vérité ?

- A priori, elle a appris par hasard le groupe sanguin de Louis, et a compris tout de suite qu’il était incompatible avec celui d’Audrey. Elle a donc fait venir Serena en urgence pour lui confier des cheveux afin de faire faire un test ADN ici, à New York. D’où le premier voyage de ma sœur. Une fois les résultats connus, elle s’est enfuie en pleine nuit du palais, pour aller se réfugier à Paris, ou ses parents ont fait signer une renonciation de paternité à Louis. Et elle est rentrée.

- Depuis quand le sais-tu ?

- Hier.

- Et …

- Je l’ai rencontrée ce matin. »

Le silence s’imposa de nouveau entre eux.

« Et comment te sens tu Charles ? », ne put s’empêcher de demander Lily.

« Je ne suis pas certain de réaliser réellement. Je veux dire … cela va à l’exacte inverse de ce que j’ai mis 4 ans à construire. Blair, une famille, un enfant. On m’a forcé à renoncer à tout cela. Nous avons perdu quelques choses de tellement précieux avec Blair, et maintenant la voilà de retour avec notre enfant. Je n’arrive pas très bien à voir comment tout cela va pouvoir fonctionner. 

- Est-ce que Rose est au courant ?

- Pas encore …

- Charles …

- Je sais. Mais pour Rose ce n’est pas seulement lui annoncer que je suis père. C’est que désormais nous sommes parents, ensemble, avec Bair »

Chuck savait pertinemment quelles questions, quelles inquiétudes son annonce allait soulever auprès de Rose, et il ne se sentait ni la force ne l’envie d’y répondre. Ils avaient ensemble construit un couple qu’il pensait pouvoir qualifier de solide, mais il réalisait qu’ils n’avait en fait jamais parlé de Blair et de son départ. Depuis le début, ils se projetaient uniquement vers l’avenir. Ils avançaient, certes, mais sur quelles bases ? Et Chuck ne se sentait tout simplement pas la force de faire face à ces questions tout de suite. Tout changeait si vite autour de lui. Il ne maitrisait rien. Les faits se présentaient, exigeaient qu’il remette tout en cause, et il ne savait plus à quoi il pouvait se fier, sur quoi il pouvait compter. Il avait besoin de Rose. Il avait besoin de son amour, de son calme, de sa pondération. Il avait besoin de savoir que ce soir, elle serait dans le salon en train de l’attendre lorsqu’il rentrerait. Elle serait sur le canapé, ses escarpins enlevés à la va vite encore devant elle, un plaid sur les genoux, un verre de vin rouge à la main, en train de lire un livre. Il avait besoin de ce repère plus que jamais.

« Je vais lui dire Lily, j’ai juste besoin de quelques jours.

- Je comprends que tu ais besoin de temps… », lui répondit Lily avec un doux sourire. Serrant toujours la main de son fils dans la sienne, elle ne put s’empêcher d’ajouter : « Alors, je suis grand-mère ? »

Chuck ne put retenir un sourire en coin. Il attendait cette question. « Mais oui. Une jeune grand-mère bien sûr, mais une grand-mère tout de même ».

« Bien entendu ! Alors, que peux-tu me dire sur elle ? »

Chuck laissa échapper une grande expiration. Il ne savait pas par où commencer. Alors il lui dit la seule chose qu’il voyait dans son esprit depuis sa rencontre avec sa fille. « Elle a les yeux de Blair ».


soso4662  (23.07.2013 à 17:13)

Chapitre 31 :

Même si cela n’avait pas constitué l’échappatoire dont il pensait pourtant avoir besoin, Chuck était reparti plutôt apaisé de son déjeuner avec Lily. La sérénité et le calme avec lesquels sa mère avait pris la nouvelle lui laissait espérer que tout allait s’arranger. Sa paternité était loin d’être insurmontable. Audrey semblait une petite fille adorable, et Lily était convaincue que pour le bien de sa fille, Blair ferait en sorte que tout se déroule le plus facilement possible pour tout le monde, Rose inclue, et Chuck arriva à se convaincre que c’était vrai.

Il s’était résolu à passer son après-midi au bureau à rattraper une partie du retard accumulé, et, vers 19H, se décidait enfin à rentrer chez lui.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur son salon, et il constata que comme il le pensait, Rose était déjà là. La jeune femme était assise au bar de la cuisine. De sa main droite, elle jouait avec le pied de son verre à vin, presque vide. De la main gauche, elle soutenait son visage. Un magazine était posé, ouvert, devant elle, mais son regard semblait perdu dans le vide.

Chuck s’approcha d’elle, passa son bras autour de ses épaules, et l’embrassa tendrement sur la joue. « Bonjour …

- Tu vas bien ? lui demanda-t-elle avec un sourire un peu las.

- Longue journée, et content de rentrer à la maison. Mais oui tout va bien. »

Chuck passa derrière le bar, et prit un verre à vin sur l’étagère. Il resservit Rose, et se versa lui-même un verre.

« Tu veux faire quelque chose ce soir ?

- Non pas vraiment. Peut-être commander à manger et regarder un film tranquillement ? Je n’ai pas trop envie de faire la cuisine … »

Chuck lui sourit avec tendresse. « Comme tu veux. Je te laisse commander ? Je vais prendre une douche. » Il l’embrassa à nouveau sur la joue en passant à côté d’elle, et se dirigea d’un pas tranquille vers la chambre, tout en commençant à déboutonner sa chemise. Il avait tellement besoin de cela. Cette tranquillité, cette sérénité, cette intimité qu’il était parvenu à obtenir avec Rose. Il avait besoin de cette soirée, et allait la savourer jusqu’au bout. Il la méritait.  

De son côté, la jeune femme regarda Chuck s’éloigner. Que pouvait-elle décemment lui reprocher ? Rien. Il était là, auprès d’elle, tendre et attentionné. Et paradoxalement elle ne l’avait jamais senti aussi loin.  

*************************

Le lendemain, Blair passa toute la journée avec sa fille. Elle tenait à lui faire découvrir New York. Son New York, la ville dans laquelle elle avait grandi, et qu’elle adorait. Le matin, elles allèrent visiter la statue de la liberté, ce qu’Audrey bien entendu adora. Elles déjeunèrent ensuite dans le restaurant ou Harold emmenait sa fille lorsqu’elle était petite.  

Une fois que leurs plats furent servis, Blair se décida enfin à aborder le sujet de son père.

« Alors, qu’a tu pensé de ta rencontre avec ton papa hier ? »

Blair vit sa fille se concentrer pour trouver la bonne réponse. Elle fixa un instant son assiette, sans bouger, puis leva son regard sur sa mère. « J’ai bien aimé. Il est gentil. »

« Je suis contente alors. Est-ce que tu serais d’accord pour le revoir bientôt ? » Blair espérait sincèrement que la petite fille allait répondre par l’affirmative, car elle s’imaginait mal devoir temporiser Chuck à ce stade.

« Oui, il a promis de toute manière. 

- C’est vrai chérie », lui répondit Blair, riant de son sérieux. « Il m’a demandé à te voir tout à l’heure si tu veux bien, après son travail. Il voudrait diner avec toi. Peut-être t’emmener au restaurant lui aussi.

- Tous les trois ?

- Et bien si tu préfères oui. Mais je pense que cela lui ferai plaisir d’être un peu seul avec toi, pour mieux apprendre à te connaitre.

- D’accord », lui répondit la petite fille après un instant de réflexion.

Blair pensait que la partie la plus risquée de la conversation était terminée, lorsqu’Audrey rompit soudain le silence : « Maman est ce que mon Papa va venir vivre avec nous, comme mon ancien Papa ? »

Blair déglutit lentement son poisson, tentant de ne pas laisser paraitre son trouble. Evidement Audrey allait se poser cette question à un moment ou à un autre. Evidement. Elle fit donc le pari de la transparence, et de la vérité.

« Les parents ne vivent pas toujours ensemble Audrey. Parfois c’est le cas, quand les parents sont amoureux l’un de l’autre. Quand ce n’est pas le cas, leur enfant vit par exemple avec sa maman, et voit son papa très souvent. Ca ne veut pas dire que le papa n’aime pas sa fille, ou son fils, cela veut juste dire que les parents ne sont plus amoureux. 

- C’est quoi être amoureux ? »

Blair se mordit la langue. Pourquoi ne s’était-elle pas mieux préparée à cela ?

« Et bien on peut aimer de différentes manières une personne. Quand on est grand, on peut aimer quelqu’un en ami, comme ta maman et ta tante Serena par exemple. On aime aussi les gens de sa famille. Et puis parfois les adultes sont amoureux, comme la belle au bois dormant et le prince charmant par exemple. Ou ta grand-mère Eleanor et Cyrus. Ou ton grand père Harold et Roman. C’est ….. C’est plus que d’être ami. 

- Mais c’est quoi la différence ? »

Blair ne pouvait s’empêcher de se dire qu’elle détestait se replonger dans ce genre d’analyse. Etre amoureuse. Ce n’était plus dans ses plans, dans ses perspectives, ni même dans ses rêves depuis si longtemps. Et pourtant elle se retrouvait là à devoir l’expliquer à une petite fille qui avait toute sa vie devant elle.

« Tu es encore un peu jeune pour comprendre Audrey, c’est normal. Quand on est amoureux, et qu’on voit ou qu’on pense à la personne, et bien c’est comme si pleins de petits papillons étaient enfermé dans notre ventre, et volaient dans tous les sens. » Devant le regard perplexe de sa fille, elle ne put s’empêcher de faire une pause, retenant un sourire. « Je sais, ca parait bizarre. Mais plus tard, quand ça t’arrivera, tu comprendras ma puce. Ce qui est important que tu comprennes maintenant, c’est que ton papa et ta maman sont amis. Pour toujours. Et que nous t’aimons tous les deux très très fort, et que ça ne changera jamais, d’accord ? 

- D’accord Maman. 

- Très bien. Maintenant termine ton assiette chérie, nous avons encore beaucoup de choses à faire aujourd’hui ».

***************

Chuck se surprit à regarder sa montre tout l’après-midi. Il avait hâte, hâte de revoir sa fille. Il avait survolé toutes ses réunions quand, enfin, il est estima qu’il pouvait décemment quitter BI.  

Il arriva rapidement chez Blair, et, aussitôt fût-il arrivé dans l’appartement qu’elle le rejoint, tenant Audrey par la main.

« Bonsoir Chuck », lui dit-elle en souriant sereinement.

« Bonsoir Blair ».

Ni Chuck ni Bair n’était dupe. Il connaissait parfaitement sa capacité à cacher ses émotions, ses failles. Et elle seule sans doute pouvait se rendre compte de la portée des évènements qui intervenaient dans sa vie. La paternité, une petite fille. Le reste de sa vie entièrement chamboulée. Comme par un accord tacite, chacun savait, sentait, qu’il fallait respecter le contrôle de façade affichée par l’autre. Chacun faisait de son mieux, se concentrait sur le bien être de Audrey. Et c’était le plus important.

« Bonjour Audrey, comment va tu depuis hier ? », demanda Chuck en s’agenouillant devant la petite fille.

« Bien merci, et toi ? », rétorqua la fillette.

« Très bien. Est-ce que tu es prête pour venir avec moi ? », demanda Chuck, tout en lançant un regard interrogatif à Blair. Il ressentit un soulagement immense lorsqu’il la vit hocher discrètement la tête. Le soulagement d’être parvenu à ne pas encore effrayer sa fille.

« Oui. Ou est ce qu’on va ?

- Je t’ai préparé une surprise. Que dirai tu de rencontrer ma maman, ton autre grand-mère ? Elle a hâte de te voir tu sais ! »

Blair fut comme soufflée par les paroles de Chuck. Elle ne sut comment réagir. Alors sur le coup elle ne réagit pas. Elle regarda Audrey avec angoisse, guettant sa réaction, puis Chuck, n’était pourtant pas certaine que son regard ne pouvait pas témoigner de son angoisse. Mais en vain. Chuck n’avait d’yeux que pour sa fille.

« D’accord », entendit Blair répondre Audrey. « Allons-y », renchérit la petite fille avant de se retourner vers sa mère. « A tout à l’heure Maman, je t’aime ! »

Blair se baissa sans réfléchir pour prendre dans ses bras la petite fille qui se dirigeait vers elle. « Bonne soirée chérie ». Au bout de quelques secondes, elle rompit l’étreinte et entreprit de donner quelques recommandations. « Sois sage avec ton père d’accord ? Et je compte sur toi pour bien te comporter chez Lily. »

« C’est promis », répondit la fillette avec sérieux.

Blair embrassa de nouveaux sa fille, et se releva, faisant soudainement face à Chuck. Décontenancée, elle laissa son regard se fondre dans le sien quelques secondes de trop. Sentant un frisson lui parcourir le dos, elle se força à se reprendre. « Embrasse Lily pour moi », lui dit-elle d’une voix qu’elle aurait espérée plus ferme.

« Je le ferai. A tout à l’heure Blair », lui répondit-il d’une voix neutre. Il finit par prendre Audrey par la main, et se dirigea vers l’ascenseur

***************

Rose, de nouveau assise, seule, sur le canapé du salon de Chuck, se servait avec mélancolie un nouveau verre de vin. Encore une fois il n’était pas là. Même si cette fois il avait pris la peine de la prévenir.  

Elle était plus que jamais décontenancée par son attitude. Vu de l’extérieur, rien n’avait changé. Tout était toujours doux, et simple, et agréable. Mais elle ne pouvait se défaire d’un sentiment qui la taraudait. Le sentiment que quelque chose ne collait pas.

Elle n’avait certes pas connu Blair et Chuck ensemble. Mais comme tout le monde, elle avait entendu parler de ce couple de légende. Du lien unique qu’il partageait. De l’importance que chacun avait dans la vie de l’autre. Lorsque Chuck était venu vers elle, elle avait choisi la facilité. Ils n’avaient jamais parlé de Blair, de son départ, du vide qu’elle avait laissé dans la vie de Chuck. Elle avait aujourd’hui le sentiment que pour des raisons différentes, ils n’avaient simplement pas envie de poser des questions dont ils craignaient les réponses, et leurs conséquences.

Et aujourd’hui Rose se retrouvait en territoire inconnu. Quelle conclusion tirer de la disparition de Chuck à l’annonce du retour de Blair ? et que penser maintenant de son apparente indifférence ?

Rien n’était logique. Dans un premier temps la nouvelle le choque tellement qu’il a pour seul reflexe de partir au bout du monde en pleine nuit, et soudain à son retour il faisait comme si tout était normal.

Elle avait beau tenter de se raisonner, les questions qu’elle ne cessait de se poser étaient en train de la rentre folle. Elle avait essayé de garder ses angoisses pour elle mais elle n’y tenait plus. Elle était amoureuse de cet homme, et elle ne voulait pas le perdre. Elle ne pouvait pas laisser cette situation s’installer.

N’y tenant plus, elle se leva précipitamment, saisit son sac sur la console près de l’ascenseur, et quitta l’appartement. Elle devait parler à Chuck tout de suite, et il allait devoir l’entendre cette fois. 

****************************

Blair avait observé les portes de l’ascenseur se refermer sur Chuck et Audrey comme dans un rêve. Ou plutôt un cauchemar.

Elle commençait à perdre pied, à ne plus savoir ce qu’elle devait faire ou dire, ni où elle était.

Lorsqu’elle avait compris qu’elle allait pouvoir revenir vivre à Manhattan, elle avait tout  simplement eu l’impression de rentrer chez elle. Mais aujourd’hui elle était là, et elle ne reconnaissait plus rien. Elle n’avait plus de repère, l’univers qu’elle avait laissé derrière elle n’existait plus. Tout le monde avait avancé, évolué, changé.

Et désormais, elle devait donc regarder Chuck partir chez Lily avec Audrey, sans elle. Serena était chez elle avec son mari. Et elle sentait le sol se dérober sous ses pieds. Elle allait de nouveau devoir se battre pour créer sa place, comme elle l’avait fait à Monaco. Ce n’était pas terminé. Jusqu’à quand allait-elle devoir payer la manipulation de Sophie ?

Elle s’interdisait radicalement d’imaginer ne serait-ce qu’une seconde quelle serait sa vie si Sophie n’avait pas pris la décision de la tromper sur le père de son bébé. Elle s’interdisait d’imaginer si elle serait mariée, ou elle vivrait, ou comment elle aurait vécu les 4 dernières années. Quelque part dans son cœur figurait cette image. L’image de leur bonheur perdu avec Chuck, de leur famille volée, de leur avenir qui ne leur appartenait plus désormais. Car Blair ne se leurrait pas. Ils n’effaceraient jamais ces 4 années. La séparation, leurs retrouvailles aux Seychelles, le fait que Chuck apprenne si tard qu’il était le père Audrey. Il n’existait pas de retour en arrière sur de pareilles choses.

Elle allait devoir de nouveau se créer un nouveau futur, de nouveaux objectifs.

Blair n’était pas vraiment rentrée chez elle. Elle avait juste quitté Monaco, et devait de nouveau tout recommencer depuis le début. Elle se savait forte, mais sentait qu’elle commençait à être près de sa limite. Et elle ne savait pas ce qu’elle ferait si elle la dépassait.

Elle était assise en silence dans son canapé, faisant face au feu que Dorota avait allumé quelques heures plus tôt. Un simple Martini, quel avait à peine touché, était posé sur la table basse en face d’elle. Et elle attendait

*******************************

Rose était muette. Elle se trouvait à ce moment-là devant le bureau de Tom, et ne pouvait que constater, impuissante, que l’étage était désert. Elle tournait lentement sur elle-même, impuissante, comme pour se convaincre que Chuck lui avait réellement menti.

Portée par la volonté de lui accorder le bénéfice du doute, elle ouvrit son sac et en sortit son portable. Elle appela Chuck, qui finit par répondre à la dernière sonnerie.

« Bonsoir Chérie, tout va bien ?

- Très bien et toi ? Je ne te dérange pas trop ?

- Je suis toujours en réunion mais aucun souci. Qu’y a-t-il ?

- Rien d’important mais tu es bien dans ton bureau ?

- Et bien oui, pourquoi ?

- Pourrai tu juste me ramener mon étole s’il te plait ? Je l’ai oublié sur ton porte manteau, tu dois la voir de ton fauteuil …. »

Chuck laissa le silence s’installer quelques secondes de trop sur la ligne. Secondes pendant lesquelles Rose ferma les yeux. Il lui mentait. Encore. Mais pour cacher quoi ?

« J’essaye d’y penser c’est promis. Tu en a impérativement besoin demain ? » lui demanda Chuck d’une voix moins assurée que précédemment.

« Fais au mieux, je me débrouillerai toujours, » lui répondit-elle doucement. « Ne rentre pas trop tard, je t’aime. » Et elle raccrocha

Son instinct lui disait que quelque chose n’allait pas, et maintenant il lui mentait ouvertement. Elle ne pouvait plus ignorer ces signes, elle devait agir. Elle avait le sentiment d’être plaqué dos à un mur et de voir des voitures lui foncer dessus sans pouvoir fuir.

Elle ignorait depuis trop longtemps la source du problème. Et à ce stade, faire comme si ne rien n’était n’allait clairement pas aider la situation. Elle devait faire quelque chose, obtenir des réponses.

Dès lors une seule solution lui vint à l’esprit.

Elle quitta donc rapidement le bâtiment pour s’engouffrer dans un taxi.

Durant le trajet, elle commença à se préparer mentalement. Elle savait que son habituelle douceur ne lui serait d’aucune aide face à la personne qu’elle allait confronter, face à la situation qu’elle risquait de trouver là-bas. Elle avançait en terrain totalement inconnu.

***************

Blair fut surprise d’entendre arriver l’ascenseur. Il était bien trop tôt pour que Chuck ne ramène Audrey, et elle ne doutait pas qu’en cas de problème, il l’eut appelée avant de prendre la décision de rentrer plus tôt. Instinctivement, elle se leva et se dirigea vers le foyer, pour se retrouver nez à nez avec une jeune femme lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrirent.

Rose était pétrifiée. Pétrifiée par la peur de trouver Chuck et Blair ensemble, pétrifiée qu’il ne soit pas là et qu’elle se retrouve seule face à cette jeune femme qu’elle savait ne pas être d’un relationnel simple ni facile. Après une trop longue ascension, les portes s’ouvrirent enfin et comme dans un cauchemar, elle fit tout de suite face à une jeune femme d’une élégance extrême, et à la beauté froide, qui la toisait en silence.

Après plusieurs secondes de silence total, Rose osa enfin sortir de la cabine, malgré que l’on ne l’y ai pas invitée, réalisant que les portes allaient se refermer sur elle et qu’elle allait achever de se rendre totalement ridicule. Elle avança donc à contre cœur dans le foyer, réalisant avec frayeur que Blair, bien décidée à ne rien faire pour qu’elle se sente plus à l’aise, ne reculait pas d’un pas.

D’instinct, Blair avait immédiatement su de qui il s’agissait. Même sans se rappeler la photo rapidement entrevue dans le bureau de Chuck, elle aurait su. Elle capta tout de suite la gêne de sa visiteuse. Elle était devenue Reine de Constance en sachant lire les gens. Et cette jeune femme était clairement novice en la matière. Si elle essayait d’avoir l’air sure d’elle, c’était un échec cuisant.

Blair la toisât des pieds à la tête. La mise de Rose était de bonne facture, mais d’un classicisme terriblement ennuyeux. Comme d’une jeune femme à qui le compagnon a donné une ligne de crédit illimitée chez Bloomingdale’s mais qui ne sait pas quoi en faire.

Fixant Rose dans les yeux d’un air clairement ennuyé, elle lui demanda simplement : « Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ? »


soso4662  (30.07.2013 à 00:11)

Chapitre 32 :

 

Rose sentait sur elle le regard acéré et critique de Blair. Sans pouvoir dire pourquoi ni comment, elle avait le sentiment extrêmement désagréable que la jeune femme qui se tenait en face d’elle et qui la toisait froidement percevait aisément toutes ses failles, toutes ses faiblesses. Elle ne put s’empêcher de sursauter lorsque Blair lui adressa froidement la parole.

« Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ? »

« Je cherche Chuck », lui répondit simplement Rose, incapable de développer davantage la raison de sa venue.

Blair ne put s’empêcher de lever un sourcil interrogateur. Mais d’où sortait cette fille ? Elle était déjà surprise d’une personne d’une telle fadeur ai pu attirer le regard de Chuck, et encore moins le convaincre de s’engager dans une vie de couple. Mais surtout, était-elle masochiste pour venir chez elle le soir, et lui demander des comptes ? Puis, prenant quelques secondes supplémentaire pour l’observer, Blair comprit pourquoi elle était là. Elle était amoureuse tout simplement. Et même si elle n’avait rien de particulier à lui reprocher, elle n’allait pas non plus lui simplifier la tâche.

« Et qu’est ce qui vous fait croire que vous pourriez le trouver ici ? » Blair tenait à la faire parler, elle voulait mieux comprendre leur relation, leur couple. Comment ils avaient fondé une histoire sur les décombres de la leur.

Rose fut de suite déstabilisée par la réponse de Blair. Elle n’avait pas imaginé une seconde que Blair et Chuck ne soit pas ensemble ce soir. Blair était forcément la cause du changement d’attitude de son petit ami, mais si il n’était pas avec elle pourquoi lui mentait-il ?

« Et bien ? », insista Blair, ravie de voir que décidément, la nouvelle réagissait bien mal à la moindre tentative de déstabilisation.

« Et bien il n’était pas à son bureau comme il me l’avait dit, j’ai donc supposé …. »

« Qu’il était ici, en train de renouer avec l’amour de sa vie ? »

Rose fut tellement secouée par l’impatience de Blair qu’elle ne vit pas l’ombre qui traversa le regard de celle-ci lorsqu’elle prononça ces derniers mots.

« Son comportement a tellement changé depuis votre retour, j’en ai donc déduis … »

« Et bien votre déduction n’est pas totalement dénuée de sens, à votre décharge. Quelques années auparavant vous l’auriez effectivement trouvé ici, mais pas ce soir. » Elle marqua une pause, incertaine sur la conduite à tenir. Une partie d’elle souhaitait lui dire que Chuck se trouvait chez Lily. Après tout ce n’était pas son problème si Chuck n’avait pas trouvé la force de lui dire qu’il était le père d’Audrey. Mais elle ne put se résoudre à placer volontairement sa fille au cœur d’une telle scène.

« Je vous conseille de rentrer sagement et de lui demander directement la raison pour laquelle il vous a menti. Et j’apprécierai à l’avenir de n’être mêlée en aucune manière à vos problème de couple, j’imagine que vous devinerez pourquoi. »

Rose se balançait maladroitement d’un pied sur l’autre, ne sachant plus quoi faire d’elle-même. Son regard balayait ce qui l’entourait sans qu’elle ne le veuille. Le magnifique penthouse, la décoration élégante. Chuck et Blair était décidément bien du même monde.

Blair observait Rose, médusée. Médusée devant la douceur et la candeur de la jeune femme. Elle n'arrivait pas à croire que c’est grâce à elle que Chuck s’était remis de leur séparation. Sans avoir pu en constater directement les effets, elle avait toujours été consciente que ce qu’elle avait fait aux Seychelles l’avait forcement marqué. Mais si cela avait pour objectif qu’il tire un trait définitif sur leur histoire, elle ne pensait pas qu’il changerait aussi radicalement. Pouvait-elle encore affirmer connaitre le père de sa fille ? Elle n’en était objectivement plus très sûre. Et cette séance d’observation mutuelle commençait aussi à lui peser. La présence Rose chez elle, dans son univers, en train de tout observer, commençait à l’irriter. Ce n’était pas le jour, ce n’était pas le soir. Elle devait partir. Elle lui lança donc un dernier regard froid, et lui annonça simplement « Vous pouvez disposer ».

Sur ce elle tourna les talons, et s’éloigna d’un pas assuré en direction de l’escalier, laissant Rose seule dans l’immense pièce, dans laquelle résonnait le son de ses talons aiguilles sur le marbre.

Blair ne savait plus quoi penser. Son esprit passait alternativement de la rencontre de Audrey avec Lily, au regard échangé avec Chuck avant leur départ, à sa rencontre forcée et inattendue avec la petite amie de celui-ci. Elle avait besoin de se regrouper, de prendre sur elle avant le retour de sa fille. Elle s’assit devant sa coiffeuse, et rapidement entendit quelqu’un frapper discrètement à la porte. Elle n’avait pas besoin de regarder, elle savait parfaitement de qui il s’agissait.

« Dorota, soyez gentille de monter rapidement un dry Martini et une salade de fruit. »

« Très bien. Juste pour information, Mademoiselle Rose bien partie désormais. »

« Merci Dorota », lui répondit simplement Blair, commençant spontanément à se masser légèrement les tempes à l’évocation du prénom de la jeune femme.

 

Blair sentait le sable chaud et doux couler sous ses pieds, le soleil sur sa peau, et la main de Chuck dans la sienne.

Tous les deux profitait des dernières minutes du jour pour faire une promenade sur la plage. Un silence confortable s’était installé entre eux, un accord tacite qui consistait à profiter de chaque instant, sans se perdre en commentaires stériles. Tout au long de leurs pas, leurs mains liées se caressaient, leurs doigts s’entremêlaient, comme pour vérifier à chaque seconde que l’être aimé était bien là. Et il l’était.

Après plusieurs jours hors du temps, Chuck et Blair s’étaient totalement retrouvés. Leurs instincts de survie respectifs les avaient amenés à admettre que l’autre était bien là, sans pour autant laisser la situation extérieure les influencer. Plus de Louis, plus de Monaco, tout cela était ailleurs. Pour l’instant ils étaient ensembles, et cela seul comptait. Ni elle ni lui ne savait combien de temps cette parenthèse pourrait durer. Il ne pouvait donc que profiter de l’instant présent. Et c’était ce qu’ils faisaient.

Chuck se sentait renaitre. Tout ce qu’il avait cherché à étouffer, à taire en lui depuis deux ans semblait revenir naturellement. Tout reprenait sa place, tout était devenu juste. Il ralenti un instant, et retint Blair par la main.

Celle-ci s’arrêta rapidement, et se tourna vers elle, le regard interrogateur. Alors que Chuck attirait sa main plus près de lui, elle ne pu que suivre, et ,sans le moindre effort, elle se sentit soudain blottie contre son torse, le visage enfoui dans son cou.

« Qu’y a-t-il de plus que cela ? », lui demanda-t-il dans un murmure tandis que sa main se noyait dans ses boucles brunes, et qu’elle sentait son visage balayer son épaule, sa nuque. « Qu’y a-t-il de plus que cela ? », lui demanda t il de nouveau quelques secondes plus tard, cette fois en se reculant et en lui faisait face.

Il pressait ses deux main autour de son visage, et ses pouces caressait doucement ses pommettes. Ses yeux sombres se perdaient dans les siens, sa bouche n’était qu’a quelques centimètre de la sienne. Comme elle le faisait depuis ces derniers jours, Blair eu le réflexe de mémoriser chacune des choses qu’elle ressentait, comme si c’était la dernière fois. La chaleur de son corps sous ses mains, ses épaules bronzées, la barbe de 3 jours qu’il avait encore omit de raser ce matin, et qui rendait ses lèvres si rouges sous ses baisers, la force de ses mains, l’intensité de son regard. Comme subjuguée par tout cela, elle mit quelques temps à réaliser qu’il lui posait une question.

« Que veux tu dire ? 

- Je veux dire de quoi avons-nous besoin de plus ?

- Tu veux dire en plus de Audrey, de Bass Industries, de nos vies ? de ce que nous sommes ?

- Je veux dire est ce que n’importe quoi n’est pas mieux, tant que nous sommes ensembles ? »

Blair sentir son esprit effleurer sans qu’elle ne le veuille la réalité. Et le premier écueil la frappa de plein fouet.  

« Pas sans Audrey. »

Sans qu’elle ne s’en rende compte, son étreinte se desserra légèrement à l’évocation de sa fille. Chuck s’en rendit compte tout de suite, mais n’en laissa rien paraitre. Il resta accroché à elle, à son regard, comme un roc.

« Est-ce que tu imagines quitter cette ile, et ne plus jamais ressentir ce que tu ressens maintenant ?

- Est-ce que j’ai le choix ? »

Blair sentir une barrière dans son cœur s’écrouler. Chuck brisait le pacte invisible qui les unissait. Oui il y avait un monde à l’extérieur. Un monde où elle était mère. Un monde où ils ne pouvaient être ensemble. Elle sentait la réalité la rattraper.

« Et si tu avais le choix ? » Chuck sentait qu’il devait lui dire tout cela. Il devait essayer, se battre. Elle était tout pour lui. Il tentait depuis plus de deux ans de l’oublier, et il avait suffi d’une seconde pour que tous ses efforts soient réduits à néant. Ils avaient essayé tous les deux, et il était clair aujourd’hui qu’il ne pouvait être heureux sans l’autre. Et après avoir gouté au réel bonheur une fois, il semblait impossible d’y renoncer définitivement. 

Blair hocha la tête avant de répondre d’une voix faible : « Si j’avais le choix ? ». Elle s’approcha de lui de nouveau. Prit son visage entre ses mains. « Tu es l’amour de ma vie. Sans toi je ne suis pas Blair Waldorf. Je ferai n’importe quoi pour être avec toi.

- Alors arrêtons de nous contenter de cela. Ne nous laissons plus faire. Nous avons laissé Louis changer le cours de nos vies, provoquer notre malheur à tous, et sans rien faire.

- C'est faux, tu as essayé de trouver quelque chose à utiliser contre lui. Cette famille était juste trop dure à combattre."

Blair sentit son cœur se serrer au souvenir de la vaine lutte de Chuck pour éviter son départ pour Monaco. Il avait mis toutes ses ressources dans la bataille, y avait cru jusqu'au bout, pour au final devoir la laisser partir au bout du monde épouser un autre homme que lui.

" J'aurais dû continuer. Je n'aurais pas dû renoncer, cesser mes recherches. Si tu y réfléchis, il y a forcément quelque chose d'utilisable, qui puisse le convaincre de vous laisser quitter Monaco avec Audrey !

- Il en va de l'honneur de sa famille, de son pays. Jamais il ne me laissera partir avec sa seule héritière. Honnêtement je ne vois pas ce qui pourrais le convaincre."

Blair se forçait à rester ferme. Elle sentait que Chuck ne tenait plus compte de la réalité de la situation. Il se laissait porter par leurs retrouvailles, et imaginait des choses qui ne pouvaient pas se produire. N'est-ce pas ?

Elle ferma les yeux et se concentra sur la sensation que lui apportait les mains de Chuck posées sur elle.

« Je suis sûr que nous pouvons y arriver. Je peux quitter New York, laisser BI derrière moi, quelle importance ? Nous pouvons refaire notre vie quelque part ou personne ne nous connait, au bout du monde, ou tu voudras. Je ferai en sorte que Louis ne vous retrouve jamais, je te le promets », termina Chuck dans un souffle.

Il se sentait terriblement fébrile. Il sentait que le décompte avait commencé. Que les jours qui lui restaient à passer avec Blair dans leur paradis n’étaient pas assez. N’étaient plus assez. Comment tourner le dos à tout ce qu’il ressentait, rentrer à New York comme si ne rien n’était ?

Plus les heures passait, moins il s’en sentait capable. Il était prêt à faire n’importe quoi pour trouver une échappatoire. Il était prêt à mettre tous ses moyens dans la balance, à tout sacrifier. Et il devait convaincre Blair.

Celle-ci conserva le silence après la dernière tirade de Chuck. Elle sentait que l’énergie qu’elle arrivait à déployer pour le dissuader diminuait. Elle n’arrivait toujours pas à se convaincre réellement que ce qu’elle vivait était réel. Et encore moins à se projeter dans l’avenir.

Elle devait admettre que Chuck n’était pas dans la même situation qu’elle. Il était toujours dans son ancienne vie, à un détail près qu’elle n’y était plus. De son coté, elle était partie pour un autre pays, menait une vie totalement différente. Et surtout elle avait sa fille, elle était allée de l’avant. Son monde avait changé, celui de Chuck avait juste cessé de fonctionner.

Mais elle n’était pas dupe. Au fond de son cœur elle savait. Elle savait qu’elle n’avait jamais, et qu’elle ne renoncerait jamais à son amour pour lui. Même si elle pensait sincèrement avoir renoncé à un avenir avec lui, elle conservait ses sentiments pour elle, bien enfouis. C’étaient eux qui la faisaient fonctionner, qui lui donnait la force nécessaire. Et c’étaient ceux-là qui l’empêchaient cette fois de répondre par la négative à Chuck.  

Ils passèrent le reste de la journée dans ce qui était devenu leur habitude en l’espace de seulement quelques jours. Ils restèrent dans leur villa, passant du bord de la piscine à la chambre, accroché l’un à l’autre en permanence.

Ce soir-là, alors qu’ils partageaient un diner simple à la lueur de bougies, Chuck prit le risque de lancer une nouvelle fois le sujet. Il avait longuement hésité, car il tenait à profiter au maximum de chaque instant passé avec elle. Il ne voulait pas risquer de gâcher de précieux moments à évoquer leurs désaccords, mais si jamais il restait un espoir …

«  As-tu repensé à ce dont je te parlais tout à l’heure ? »

Il faisait face à Blair, et l’observait, sereine, une coupe de champagne dans une main, le visage délicatement éclairé par la lune et les bougies. Sans un mot, elle tendit sa main libre vers la sienne, et commença à distraitement en caresser le dos du bout de ses doigts. Elle plongea son regard dans le sien, et, comme à chaque fois, l’intensité de celui-ci atteint Chuck en plein cœur.

« Comment pourrais-je ne pas y penser ? Mais je ne peux m’autoriser à croire cela possible … » Blair était sincère. Son cœur voulait croire à cette folie, mais elle était tellement habituée à se protéger. A empêcher son esprit d’aller dans cette direction, qu’elle ne parvenait pas à aller plus loin. Elle était perdue comme jamais elle ne l’avait été.

« Louis est puissant. Mais tu dois te rappeler ce que nous avons été capable d’accomplir ensemble par le passé ! Je l’ai dit et le répète. Je laisserai BI et New York derrière moi sans une seule hésitation. Nous pouvons changer d’identité, et partir nous installer au bout du monde, là où personne ne nous connaitra. Là où personne ne nous retrouvera. Si nous nous préparons correctement, si nous unissons nos forces, je sais que nous pouvons y arriver. » Chuck marqua une pause, essoufflé et le cœur serré de l’argumentaire le plus important de sa vie. « Je t’ai dit une fois que j’étais prêt à aimer Audrey comme ma fille et plus encore, et c’est toujours vrai ».

Blair fixait toujours Chuck droit dans les yeux. « Je ne doute pas de cela une seule seconde. Je ne doute pas une seule seconde que notre destin soit d’être ensemble. Ni que nous sommes capables d’être heureux n’ importe où, que nous sommes capables de nous réinventer, de poser les bases d’une toute nouvelle vie. Mais est tu prêt à passer ta vie à fuir ? à te cacher ? à devoir peut être tout quitter, encore, en une fraction de seconde, si Louis venait à nous retrouver ? »

Chuck prit le temps d’intérioriser les inquiétudes, les questions de Blair. Il lui fit face, prit ses mains dans les siennes, et plongea son regard dans le sien. « Je ferai ce choix sans une seule hésitation, et le referai à chaque seconde, à chaque occasion qui me sera donnée. A chaque fois. » Sa voix était ferme, et forte. Il sentait que la détermination de Blair faiblissait, et était prêt à tout pour la faire capituler.

Blair de son côté était plus perdue que jamais. Elle se réfugiait depuis des années derrière le fait qu’il n’y avait plus d’espoir pour eux. Elle avait toujours en elle ces sentiments, d’une force dévastatrice, mais qui aussi avaient pu la faire tenir, traverser les épreuves auxquelles elle avait été confrontée, être la meilleure mère possible. Et voilà que ces même sentiments lui donneraient peut être la force de tout remettre en question. De vivre enfin son amour, de retrouver sa famille. Elle avait le sentiment d’être au bord d’une falaise, de devoir peut être sauter. Que pouvait-elle y gagner ? Tout. Voler, une vie de bonheur avec l’homme qu’elle aimait, un père qu’Audrey pourrait admirer, d’autres enfants ? Qu’avait-elle à perdre ? Passer au travers d’une vie de compromis. Donner à Audrey l’exemple d’une mère qui n’était pas capable d’être autre chose que l’ombre d’elle-même.

« Comment pourrions-nous faire ? Comment pourrions-nous faire sortir Audrey de Monaco ? ». Blair entendait les morts sortir de sa bouche mais ne pouvait croire qu’elle les prononçait, qu’elle commençait à envisager cette possibilité.

« Nous trouverons. Monaco est exposé, ouvert par les routes, la mer. J’imagine qu’elle est loin d’être en permanence à l’intérieur du palais ? Tu devras tout me dire de votre emploi du temps, de vos habitudes. Mon chef de la sécurité trouvera une faille, c’est certain. 

- Chuck ….

- Nous pouvons le faire Blair, j’en suis convaincu. Fais-nous confiance. »

Sans un mot de plus, Blair se leva et s’assit sur les genoux de Chuck, se contentant de se blottir dans les bras de l’homme qu’elle aimait, et s’efforça de s’isoler de toutes ces questions, de ne penser qu’à ce qu’elle ressentait. Et elle se sentait capable de n’importe quoi. Dans les bras de cet homme, rien ne lui semblait impossible. A quel point était-ce fou d’imaginer tout ce qu’il disait faisable ? Avait-elle encore la possibilité d’avoir la vie qu’elle choisirait pour elle et pour sa fille ? Audrey… Avait-elle le droit de l’arracher à la seule vie qu’elle n’ait jamais connue, à sa famille, à son pays ?

 

Toutes les objections possibles passaient dans son esprit, les unes après les autres, et il y en avait énormément. Toutes les raisons pour lesquelles elle ne devrait même pas envisager la possibilité, toutes les choses qui pouvait mal se passer, le risque de se retrouver dans une situation pire que sa situation actuelle. Elle était parfaitement consciente de tout cela, mais au fond, aucune de ces éléments ne faisait le poids en face de la possibilité de passer sa vie avec Chuck.

 

Elle se connaissait. Elle le connaissait lui. Plus elle y pensait, plus elle réalisait que sa décision était déjà prise, et que seule l’appréhension la retenait temporairement. Mais cette appréhension s’effaçait peu à peu. Elle s’imaginait de plus en plus facilement quelle pourrait être leur vie.  

 

Le regard de Chuck était fixé au loin sur l’horizon, alors qu’il serrait dans ses bras la femme de sa vie, caressant doucement son épaule, dans le geste le plus naturel qui soit. Il sentait qu’elle était en train de changer d’avis, et ne voulait pas la brusquer. Elle avait bien plus à perdre que lui. Mais il savait qu’à la fin, elle ne pourrait renoncer à eux. Il était le seul à comprendre les sentiments qu’elle avait pour lui, leur portée, tout simplement parce qu’il nourrissait les même pour elle et plus encore. Il s’était convaincu qu’il n’avait qu’à attendre, à lui faire confiance, et qu’à un moment elle se tournerait vers lui et qu’il lirait dans ses yeux qu’elle allait essayer.

 

Mais même après tout ce qu’ils avaient pu vivre ensemble, rien de le préparait au bonheur incroyable et dévastateur qui l’avait brutalement envahit à la seconde ou elle avait tourné son beau visage vers le sien, et qu’elle avait simplement dit :

 

« D’accord. »

 

 

 


soso4662  (25.09.2013 à 06:44)

Chapitre 33 :

 

 

Chuck observait un silence tranquille, qu’il utilisait à observer Audrey. Assise à côté de lui à l’arrière de sa limousine, elle regardait défiler les blocks de Manhattan à travers la vitre fumée, ses petites mains toujours accrochées au sac que lui avait remis Lily.

 

Il avait eu raison de ne pas s’inquiéter de l’accueil qu’allait réserver Lily à la petite fille. Comme à son habitude, celle qu’il considérait aujourd’hui comme sa mère s’était jetée à corps perdu dans ce nouveau projet. Elle avait déjà organisé une petite pièce réservée à Audrey dans son vaste appartement, afin que la petite fille puisse y laisser quelques affaires, et avoir un endroit à elle pour se reposer si le besoin s’en faisait sentir. Elle l’avait bien sur équipée de tous les jouets et poupées qu’elle avait jugés appropriés, ce qui donnait une idée assez précise du travail de manutention phénoménal qu’avait dû accomplir le livreur dépêché par le magasin de jouet.

 

Elle avait donc sans problème réussi à convaincre Audrey d’en ramener quelques-uns chez elle. Elle avait aussi discrètement glissé dans le sac un court message à l’attention de Blair.

 

Lily avait toujours apprécié Rose. Mais elle connaissait Blair depuis l’enfance. Elle avait toujours été la meilleure amie de sa fille, et le seul grand amour de son fils. Elle avait pour elle une tendresse et une bienveillance que Rose ne pourrait jamais éveiller. Et en tant que mère, elle ne pouvait s’empêcher de compatir sincèrement au traumatisme qu’avait dû subir la jeune femme en apprenant que le père de son enfant n’était pas celui qu’elle pensait, sans même parler des conséquences massives que cela venait d’avoir sur toute sa vie, son futur. Elle tenait donc à faire savoir à Blair qu’elle était la bienvenue.

 

Alors que le véhicule s’arrêtait progressivement en bas de l’immeuble de Blair, Chuck, qui concentrait toute son attention sur Audrey, ne remarqua pas la jeune fille qui marchait nerveusement sur le trottoir d’en face. Rose, après avoir quitté précipitamment l’appartement, n’avait pu se résoudre à partir. Elle avait été pétrifiée par sa rencontre avec Blair, avait totalement perdu ses moyens, et s’en voulait énormément. Mais si elle n’avait pas osé insister, elle n’était pour autant pas convaincue que le retour de Blair n’avait rien à voir avec le comportement de Chuck. Bien au contraire. Elle était convaincue que tout cela était lié. Elle ne savait toujours pas ou il passait la soirée, et tant qu’elle n’avait pas éclairci cette histoire, elle ne se convaincrait pas de cesser ses recherches.

 

Elle maudissait intérieurement toute cette situation qui la forçait à faire misérablement le guet en face de chez l’ex petite amie de Chuck. Elle trouvait l’ensemble minable, mais la perte de contrôle qu’elle expérimentait l’avait convaincue que c’était malheureusement nécessaire. Elle retint son souffle lorsqu’elle vit une limousine s’approcher, puis s’arrêter en face de l’entrée. Elle croyait reconnaitre la voiture de Chuck mais n’était sûre de rien. Elle se rapprocha instinctivement d’un arbre, contre le tronc duquel elle se camoufla maladroitement, et observa en silence. Elle sentit son cœur se briser lorsqu’elle reconnut Arthur sortir du véhicule, puis Chuck. Il lui avait donc bien menti. Et Blair aussi.

En revanche elle ne s’attendait pas du tout, Blair étant encore chez elle, à ce que Chuck attende qu’une autre personne ne sorte de la limousine, tendant la main pour l’aider. Sans comprendre, elle suivit du regard une petite fille qui suivait sagement Chuck à l’intérieur du bâtiment.

Elle ne se rappelait pas avoir jamais vu Chuck avec un enfant, et encore moins tout seul. Elle ne se rappelait même pas qu’il ne lui ait parlé ne serait-ce qu’une seule fois d’un enfant figurant dans son entourage, avec lequel il serait susceptible de passer du temps. Instinctivement, elle s’agrippa a l’arbre, s’appuyant sur lui, pendant qu’elle tirait involontairement les conclusions qui s’imposaient à elle. Il s’agissait forcement de la fille de Blair et Louis. Ce qui n’expliquait pas ce que pouvait faire Chuck avec l’enfant, à part si …

Elle ne s’était toujours pas figuré les raisons qui avaient pu amener Blair à revenir. Elle savait qu’elle était partie sous la contrainte, qu’est ce qui avait entrainé la levée de celle-ci ? Et ce retour à New York ? Et maintenant Chuck passant du temps seul avec sa fille, et lui mentant à ce sujet. L’évidence s’imposait lentement à elle. Elle ferma les yeux, tentant vainement d’imaginer toutes les conséquences que cela allait avoir sur leur vie, sur leur relation. Tout se trouvait changé, et surtout, surtout il lui avait menti, caché tout cela.

Blair était toujours assise au salon lorsqu’elle entendit le tintement annonçant l’arrivée de l’ascenseur. Instinctivement, elle se précipita dans le foyer pour accueillir sa fille. Elle était encore secouée de la visite de Rose, mais dans l’instant avait d’autres problèmes à régler. Sa fille venait de passer une soirée seule avec Chuck pour la première fois, et de rencontrer Lily.

Alors que les portes s’ouvraient, elle s’agenouilla pour accueillir la petite fille, et eut la surprise de se retrouver face aux jambes de Chuck … qui tenait Audrey dans ses bras. Elle intercepta rapidement le regard incrédule de Chuck, peu habitué à la surprendre dans ce genre de situation, et reprit tout aussi rapidement sa contenance. Elle se releva vivement, et tendit les bras pour accueillir sa fille.

« Bonsoir Chérie, tout s’est bien passé ? lui demanda-t-elle en la serrant contre elle.

Oui, Grand-Mère Lily est très gentille ! 

C’est elle qui t’a demandé de l’appeler comme ça ? », demanda sceptiquement Blair, lançant un regard amusé et interrogatif à Chuck par-dessus son épaule.

La réaction silencieuse mais sans équivoque de celui-ci ne laissa aucune place au doute, et elle réprima un fou rire en imaginant la réaction de Lily lorsque Audrey l’avait interpellée de cette manière.

«  Va dans la cuisine Audrey, Dorota va te donner un verre de lait avant de t’aider à te coucher. Je vous suis dans quelques minutes pour te lire une histoire, embrasse donc ton papa,» lui indiqua Blair. Les quelques instants qui avait suivi le retour de Chuck et Audrey lui avait fait temporairement oublier la situation, mais elle devait revenir à la réalité.

 

Tandis qu’Audrey se dirigeait vers la cuisine, tenant toujours dans ses mains le précieux sac remis par Lily, Blair se tourna vers Chuck pour lui faire face.

« Tout s’est bien passé alors ? 

Aussi bien que tu peux l’imaginer. La surprise passée, tu pouvais bien croire qu’elle accueillerait Audrey à bras ouvert. Ce fut le cas.

Tant mieux, c’est important pour elle », répondit distraitement Blair.

Chuck constata tout de suite que son esprit était ailleurs, et qu’elle était perturbée par quelque chose. Avant qu’il ne se reprenne, l’instinct prit le dessus. « Qu’y a-t-il Blair, tu sembles préoccupée ? ». Il réalisa trop tard qu’il s’était approché rapidement d’elle, et que sa main s’était posée sur son épaule. Mortifié par son comportement, il ne put que contempler Blair se figer à son contact, et lever vers lui le regard qui l’avait toujours tellement troublé, mais dans lequel il avait aujourd’hui plus de mal à lire.

Blair avait réalisé la proximité de Chuck alors qu’il était déjà trop tard. Elle n’avait pas pu esquiver, et voilà qu’il se trouvait tout près d’elle, sa main pesant maintenant sur son épaule. Elle pouvait sentir sa chaleur irradier au travers de la soie de sa robe. Elle fut tout de suite distraite par le frisson qui parcouru instantanément son dos, et réalisa qu’elle faisait une erreur alors qu’elle avait déjà plongé son regard dans le sien.

Elle devait cesser cette proximité, et tout de suite, et elle avait la solution parfaite. « J’ai eu la visite de Rose pendant votre absence », dit-elle d’une voix blanche. Elle fut rassurée de constater que l’évocation de ce prénom eut tout de suite l’effet voulu sur Chuck. Son visage sembla se fermer, et son regard se durcir. Sa main retomba, laissant une douloureuse sensation sur son épaule. Le manque. Si vite.

« Que veux-tu dire ? ». La voix de Chuck était sombre et glaciale. Blair se reprit rapidement et s’expliqua.

« Elle est venue me demander des comptes sur ton programme de ce soir. J’en déduis que tu ne lui as pas parlé de … 

Non, » répondit fermement Chuck. « Et je n’ai pas de compte à te rendre sur ce sujet. Notre relation ne te regarde absolument pas. »

Blair s’attendait à cette réaction, et refusait de se laisser faire. Elle n’avait rien fait de mal, et n’allait certainement pas se laisser envahir par cette peste qui avait juste besoin d’être rassurée. C’était le rôle de Chuck, pas le sien. « En réalité si, cela me regarde quand cette personne se présente chez moi sans prévenir. Audrey aurait pu se trouver là. C’est inacceptable. »

 

Blair ne jugea pas utile de s’étendre sur le fait qu’en dépit de la perfection affichée de leur relation, Chuck n’avait pas encore parlé de l’existence d’Audrey à Rose. Il semblait même lui mentir, se cacher.

« Ne soit pas agressive avec moi, je ne pense pas que tu ais besoin de me servir le même couplet intimidant qu’a ton petit personnel. Rose est passée, c’est son problème, pas le mien. Surtout que je la connais elle, et je te connais toi, je pense que la plus traumatisée des deux n’est pas celle qui est en train de se plaindre de votre entrevue, même si celle-ci était contrainte. »

Ce fut au tour du regard de Blair de s’assombrir. « N’inverse pas les rôle. C’est ici qu’habite ta fille, alors apprend donc à contrôler ta petite amie, et tout se passera bien. »

Le regard de Chuck glissa sans qu’il ne le veuille vers la cuisine, ou supposait-il sa fille se trouvait toujours.

« Blair je suis son père. Ne crois pas que tu pourras faire avec moi comme avec Louis. Je ne me ferai pas balader comme un pantin. J’ai une vie ici désormais, une vie dont tu ne fais pas partie, et sur laquelle tu n’as rien à dire. Je ferai le nécessaire pour que tout cela fonctionne, pour Audrey. N’outrepasse pas ton rôle. Il est de prendre soin de notre fille. C’est tout. Tu n’as rien à dire sur le reste de ma vie. »

Blair sentit une vague glacée la parcourir. Il avait raison. Elle ne l’avouerait jamais, mais elle avait perdu le droit de dire quoique ce soit sur sa vie. Et Rose était certainement repartie d’ici plus choquée qu’elle ne l’était elle-même. Mais pouvait-elle le laisser repartir comme cela ?

« Tu peux mettre toutes les barrières que tu veux entre elle et moi ; mais tôt ou tard tu vas devoir composer avec toutes les parties de ta vie. Etre parent c’est avant tout perdre le contrôle, tu ne vas pas tarder à t’en rendre compte. » Elle se rapprocha doucement mais surement de Chuck, pour lui faire face. « Et il semblerait que cela ait déjà commencé. Ta petite amie sait que tu lui as menti ce soir, je dirais donc qu’une séance explicative peu agréable t’attende chez toi. Bon courage, et bonne soirée ».

Sur-ce elle tourna les talons, et monta les escaliers la tête haute, lentement, sentant sur elle le regard brulant de rage de Chuck.

Dès que Blair fut hors de sa vue, Chuck reprit le souffle qu’il ne savait pas qu’il retenait. Il détestait qu’elle ait raison. Il n’aurait pas dû mentir à Rose, de cette manière celle-ci ne serait jamais venue ici. Il était impensable tant pour Audrey que pour elle qu’elles ne tombent l’une sur l’autre par hasard. Il s’était laissé déborder, et ne pouvait plus laisser cela continuer.

Il quitta donc l’appartement de Blair, bien résolu à avoir avec Rose une discussion à cœur ouvert. Leur relation était solide. Et même si la nouvelle était rude, il n’y avait aucune raison pour que leur couple ne soit pas capable de la gérer.

C’est donc confiant et plein de bonnes intentions qu’il franchit le seuil de son appartement, bien décidé à éclaircir la situation. Mais il ne tarda pas à déchanter. Il s’attendait à trouver Rose… déstabilisée par sa rencontre avec Blair, mais il ne reconnut pas la personne qui lui faisait face.

Rose était assise sur le canapé, faisant face à l’entrée, et se tenant extrêmement droite. Son visage était crispé, et froid. Un verre de vin était posé sur la table basse, mais semblait ne pas avoir été touché.

Lorsqu’il s’approcha d’elle, Rose leva lentement un regard noir sur lui. Il ne l’avait jamais vu dans cet état. Et puis il comprit. Rose n’était pas simplement furieuse qu’il lui ait mentit sur son programme de la soirée. Elle avait tiré les conclusions qui s’étaient imposées à elle après son entrevue avec Blair. Rose savait pour Audrey.

La mise au point qu’il espérait douce et indolore s’annonçait bien plus compliquée.

Médusé, il ne put qu’observer Rose se lever doucement, prendre le verre posé devant elle, tourner les talons et se diriger à pas lourds vers la chambre. Sans un mot, elle entra dans la pièce, et ferma la porte, sans un regard pour Chuck.

Alors que celui-ci esquissait un pas pour la rejoindre, et tenter de lui expliquer, il entendit la clef tourner dans la serrure.

La douce et fidèle Rose avait ses limites après tout.


soso4662  (30.09.2013 à 22:17)

Chuck ne réalisait pas que 6 mois c’étaient écoulés depuis le retour de Blair et Audrey, depuis que une fois encore, toute sa vie avait changé. Il faisait tourner en silence le scotch dans son verre, en appréciant la couleur ambré, les pieds négligemment posés sur son bureau.

Il réalisait qu’il était déjà tard, presque 21h, et que Rose l’attendait chez eux, mais il sentait qu’il avait besoin de ces quelques instants où il puisse réellement s’entendre penser, pour une fois.

La dispute qui avait suivi la découverte par Rose de l’existence d’Audrey avait été terrible. Après plusieurs jours de silence, elle s’était enfin décidée à lui dire tout ce qu’elle avait sur le cœur, et cela avait été terrible. D’abord le choc de la trahison, le fait de découvrir elle-même l’existence de la petite fille, l’humiliation qu’elle s’était imposée devant Blair par sa faute. Et puis les doutes, les blessures longuement niées que toute cette histoire avait révélées. A quel point il avait été difficile de trouver sa place dans la vie de Chuck dans l’ombre de Blair, cette femme qui avait été son seul grand amour, qui était adorée par tout l’entourage de Chuck, et dont elle ne connaissait même pas les raisons du départ.

Elle avait choisi un jour de lui faire confiance, parce qu’elle l’aimait, et il l’avait trahi de la pire façon qu’elle aurait pu imaginer. Pourquoi ne lui avait-il pas parlé d’Audrey, ni du retour de Blair, et surtout pourquoi avait-il disparut en apprenant celui-ci ? La portée de l’évènement était telle qu’il n’avait pu supporter de rester auprès d’elle ? Que devait elle en déduire ?

Il n’avait pas su quoi dire dans un premier temps. Le retour de Blair l’avait tellement perturbé qu’il n’avait très honnêtement pas été capable de tenir compte des conséquences de sa fuite sur sa relation avec Rose. Il n’avait pas pensé à elle, il n’avait pensé qu’à fuir. Mais ce n’était pas quelque chose que l’on disait à sa petite amie. Alors il lui avait dit qu’il avait cherché à la protéger. Qu’il était parti pour trouver un moyen d’empêcher le retour de Blair dans leur vie. Et qu’il n’avait pas pu. Il n’avait pas pu car il avait appris la raison du retour, et que dès lors il n’avait plus contrôlé grand-chose, et sur ce point elle pouvait difficilement lui tenir rigueur de sa réaction. Ce qu’elle n’avait pas fait.

Mais la seule chose qui avait calmé Rose, qui fondamentalement ne demandait qu’à être rassurée sur l’avenir de leur relation, et sur la nature de ses sentiments envers Blair, fut la demande que lui formula Chuck.

Il sentait qu’il la perdait. Ses explications ne tenaient pas, tout simplement parce que lui-même était incapable de mettre des mots sur ce qu’il ressentait, d’expliquer réellement pourquoi il était parti. Il devait la rassurer et il devait trouver un moyen.

Alors, après plusieurs mois de quasi cohabitation – qui le confortait, à tort ou non, dans son choix, il demanda à Rose de vivre avec lui. Il ne pouvait tout simplement pas la perdre. Elle était le roc de sa vie depuis si longtemps désormais, et il n’arrivait plus à concevoir d’alternative.

Le silence qui avait suivi sa demande lui avait fait peur dans un premier temps. Etait-ce le bon moment ? Allait-elle douter de la sincérité de sa demande ? Puis elle avait levé vers lui des yeux pleins de larmes, mais quelque chose avait changé. Enfin il n’y lut plus déception et colère, mais la confiance retrouvée et la joie.

Rose avait tenu à ce qu’ils choisissent ensemble l’appartement qui serait désormais le leur, ce qui eut le mérite de l’occuper pendant de longues soirées. Il pouvait donc se disponibiliser discrètement pour passer du temps avec Audrey sans avoir à se justifier de façon maladroite. Sa réaction était toujours à craindre … même si elle avait de nouveau confiance en lui, il n’était jamais simple d’envoyer son petit ami passer du temps avec sa fille, dont la mère n’est autre que son premier vrai grand amour.

Il fit le nécessaire pour mettre à sa disposition le meilleur agent immobilier de la ville, qui lui fut dévolu pendant toute la recherche, et qui soumettait prioritairement les différents appartements à Chuck. De toute manière ses critères étaient plutôt simples : Manhattan, pas de limite de budget, une chambre pour Audrey et deux dressings indépendants. Il n’aimait pas partager.

Une seule fois Chuck avait retenu les ardeurs de l’agent immobilier. Comme d’habitude celui-ci lui avait transmis par mail le dossier de présentation d’une maison qui n’était pas encore sur le marché. Une brownstone magnifique, donnant directement sur le Parc. L’intérieur était entièrement à refaire, mais le potentiel était incroyable. Tout était parfait. Les volumes énormes, les boiseries, les cheminées, la vue. La vue. Chuck n’avait pu s’empêcher de tressaillir, lorsque s’afficha sur son écran la vue depuis la chambre principale. La photo était prise l’hiver, les arbres étaient dépouillés de leurs feuilles, et une seule chose apparaissait sur l’image. Le bord du lac ou Blair venait depuis qu’elle était enfant pour nourrir les canards avec Dorota, et encore aujourd’hui, il en était certain.

La nuit suivante, il n’avait pu fermer l’œil. Les images de cette maison le hantaient. Les images défilaient devant ses yeux mais comme à son habitude, il se refusait, même à lui-même, à mettre des mots sur le trouble qui l’habitait. Non. Il ne verbaliserait pas les pensées qu’il se contentait de soupçonner. Il ne le pouvait pas, car cela risquait de compromettre l’équilibre pourtant déjà précaire de sa vie.

Alors il fit ce que Chuck Bass, typiquement, ferait. Il régla le problème.

Dès le lendemain matin, il convoqua l’avocat en charge de ses affaires privées, un homme forcé légalement au secret, et lui ordonna d’acheter la maison. Celui-ci devait le faire par l’intermédiaire d’une société écran. Ne pas permettre que l’on puisse remonter jusqu’à lui. Il devrait ensuite s’assurer qu’il n’y ai qu’une seule clef, et la lui remettre. Et ne plus jamais évoquer le sujet.

Quelques heures après il recevait un appel très gêné de son agent immobilier, lui indiquant que la maison, sur laquelle il pensait avoir l’exclusivité, était malheureusement déjà vendue. Afin de rester crédible, Chuck lui fit part de son extrême mécontentement, ce qui mortifia l’agent et lui confirma par là même que celui-ci allait désormais avoir comme seul but dans la vie de se rattraper. Très bien.

Une dizaine de jour après l’achat de la Brownstone, Rose l’appela dans un état d’excitation inquiétant, lui demandant de la rejoindre à une adresse proche de son bureau.

Il s’exécuta donc, et arriva devant un élégant immeuble ancien, à la façade en pierre et aux larges fenêtres. Au-delà de son état d’esprit du moment, qui était en réalité d’une neutralité forcée, il se dû d’admettre que le bâtiment avait un certain charme.

Le portier le salua et le dirigea vers l’ascenseur, lui indiquant qu’il était attendu dans le penthouse. Chuck y était donc monté, et avait fixé d’un regard qu’il savait vide et dangereusement inexpressif les portes coulissantes métalliques qui lui faisaient face, pendant toute la montée. Il restait convaincu que l’enthousiasme de Rose serait certainement communicatif une fois qu’il l’aurait rejointe. Et c’est ce qui se produisit.

Les portes coulissèrent pour dévoiler à sa vue une immense pièce en parquetée. Les fenêtres sur la gauche occupaient toute la hauteur du mur, laissant largement entrer la lumière. L’espace était ponctué de piliers en métal, d’origine, qui soutenait le plafond laissant lui aussi apparaitre les poutrelles, qui se détachait sur la peinture blanche. Il devina sur la droite une immense cuisine, chaleureuse et lumineuse, donnant sur une cours assez vaste pour New York, il ne pu que l’admettre.

Son regard revint au centre de la pièce, ou il accrocha Rose qui l’observait avec une angoisse mêlée d’excitation. Elle adorait l’endroit, cela se voyait. Et contrairement à ce à quoi il s’attendait, il l’aimait aussi. Pourquoi ne pas y rentrer tous les soirs auprès de la femme qu’il aimait ? Il décida en une seconde que oui, il pourrait être heureux comme ça.

De son coté, fidèle à elle-même, Blair s’était activée afin que sa vie à Manhattan retrouve la dimension qu’elle avait un jour eut.

Elle avait la satisfaction de voir que Audrey suivait ses traces en termes d’excellence académique à Constance. Son classement était impeccable, et elle suivait déjà plusieurs cours en avance sur l’année prochaine. Son statut de fille du couple le plus légendaire de Manhattan, à défaut d’être légitime, lui avait rapidement assuré une position solide, tant auprès de ses camarades que des professeurs. Blair s’étonnait à chaque fois de la précocité des enfants. Dans son souvenir, à leur âge, le statut social n’avait encore aucune importance mais en même temps, elle devait admettre qu’elle vivait déjà, avec Nate, Serena et Chuck, dans la conscience de leur position. Sans pouvoir le formuler, ils se rendaient bien compte, regardant le reste de la ville à travers les vitres fumées de leurs limousines, que leur vie ne ressemblait pas à celle des autres.

Heureusement Audrey, habituée à Monaco à une vie déjà particulière, semblait parfaitement bien s’adapter.

Avec l’aide de Dorota, elle avait pu créer autour de la petite fille un foyer chaleureux et rassurant. Audrey savait qu’elle pouvait compter sur la présence de sa mère tous les soirs, et Dorota était … Dorota tout le reste du temps.

Elle avait du mal à l’admettre, et ce même si cela la réjouissait, mais Chuck gérait sa paternité au-delà de ses attentes. Sa relation avec le père de sa fille restait particulière, et comment cela pouvait-il en être autrement, considérant le poids incroyable de leur passé. Mais qu’elles qu’en soient les raisons ou les moyens mis en place, ils étaient parvenus à obtenir une situation assez apaisée, et donc apaisante pour Audrey, ce qui était le plus important à leurs yeux à tous les deux.

Chuck était parfaitement investi dans tous les rendez-vous important de la vie de sa fille, participait avec Blair à la prise de toutes les décisions.

Depuis que Chuck et Rose avait emménagés dans leur nouvel appartement, Audrey avait désormais sa propre chambre chez son père, dans laquelle elle passait un weekend end sur deux et un soir par semaine au minimum.

Blair ne s’était jamais aventurée dans cet appartement. De manière instinctive pour tous les deux, ils avaient établis que Chuck passait chercher et raccompagnait sa fille de manière systématique. Blair faisait confiance à Chuck pour surveiller l’attitude de Rose envers la petite fille, et ne posait donc à Audrey que des questions assez générale sur le déroulé de ses séjours là-bas. Et cela lui suffisait.

Après les quelques mois qui lui avaient été nécessaires pour s’installer et reprendre ses marques sur son île, Blair s’était rapidement posée la question de son avenir. Tout avait été mis en suspens depuis le moment où sa relation avec Louis était devenue sérieuse, c’est-à-dire longtemps. Et elle avait besoin de retrouver la Blair qui était guidée par l’ambition, qui croulait sous les projets et les idées, et surtout qui était menée depuis l’adolescence par l’envie de devenir une femme de pouvoir.

Elle s’était oubliée dans son mariage et son rôle de maman, et pendant longtemps avait cru qu’elle devrait oublier toute cette partie d’elle-même, avant que son avenir ne change totalement, et que cette possibilité ne s’offre de nouveau à elle. Elle avait donc rapidement réactivé l’ensemble de son réseau, de manière à faire le point sur les différentes pistes qui pouvaient s’offrir à elle. Et elle avait pu intégrer, en court de programme, un MBA à Columbia. Son profil totalement atypique, mais néanmoins commencé par un parcours scolaire parfait, avait séduit les responsables, convaincu qu’elle pourrait amener beaucoup à sa classe. Et cela s’était vérifié.

Le rythme était bien sur difficile à tenir. Elle tenait à consacrer un maximum de temps à Audrey à son retour à la maison, ce qui l’obligeait à travailler tard le soir.

Sa vie sociale s’était en parallèle densifiée, et elle jonglait avec un planning complexe, qu’elle ne parviendrait sans doute pas à gérer sans l’aide précieuse de Dorota.

Au milieu de toute cette agitation, elle pouvait bien entendu compter sur la présence de Serena à ses côtés. Les deux jeunes femmes avaient retrouvé toute leur complicité, et Blair savourait chacun des moments passés avec elle.

Ce samedi soir, il était prévu que Audrey dorme chez une amie. Aussi Serena, portée par son habituel enthousiasme, avait-elle proposé une soirée fille, condamnant Nate à passer une soirée de son côté.

Il était déjà 21h lorsque Serena pénétra enfin dans le foyer du penthouse de sa meilleure amie, mais Blair descendait à peine de sa chambre à ce moment-là. «

"Eh bien, pour une mère célibataire tu donnes encore le change ! », assena Serena à la vue de son amie.

Blair avait longuement hésité devant son dressing pourtant largement pourvu, et ne parvenait pas à choisir entre deux tenues.

Dorota l’avait trouvée en peignoir de soie, assise sur son lit, faisant face à deux robes suspendues devant elle sur la porte de son dressing. Le menton posé dans le creux de sa main, Blair était perplexe. D’un côté une magnifique robe de cocktail noire Alaïa. Un doupion de soie noire, une large ceinture qui marquait sa taille fine, des pinces pour une jupe légèrement bouffante, une encolure sage mais qui permettrait éventuellement un collier plus fantaisie… Tout cela lui semblait d’une fadeur incomparable, et aurait surtout été un choix parfait s’il était fait pour sa propre mère. Et à coté une robe rouge, signée Lanvin. Là encore une longueur aux genoux, mais la coupe ajustée ne cachait pas grand-chose de la ligne de ses hanches. Une large ceinture noire en gros grain marquait franchement la taille, et le bustier, par un élégant et volumineux drapé, semblait s’enfuir par une seule épaule en en magnifique bouillonné de tissu. La robe était sublime, élégante mais sexy. Typiquement Blair Waldorf période pré Louis.

« J’espère que vous porter la rouge, et garder la noire pour prochaine réunion parents-professeurs …. », glissa doucement Dorota à celle qui était sa patronne depuis tant d’année, et dont elle pouvait si bien déceler les hésitations.

Blair sursauta légèrement, et sans y penser tourna la tête pour faire face à Dorota, qui ne put que constater à son expression qu’elle avait parfaitement raison. Elle se radoucit tout de suite, et ne dit rien, se contentant de fixer Blair avec un demi sourire, sachant parfaitement que plus elle argumenterait, plus elle prendrait ses conseils à l’envers.

Au bout de quelques secondes, Blair se leva effectivement avec humeur, saisit vivement le cintre qui soutenait la robe rouge, et s’exclama « Oh et puis merde », avant de se diriger rapidement vers la salle de bain. Dorota resta là, encore stupéfaite de l’écart de langage plus qu’inhabituel de la jeune femme, et ne put réprimer un sourire. Enfin elle revenait peu à peu à elle. Et une heure plus tard elle observait discrètement depuis la cuisine Blair descendre les escaliers, fin prête. Elle avait accessoirisée sa robe de boots noire à hauts talons, d’une pochette en soie assortie, et avait relevé ses cheveux en un chignon flou et moderne. Elle avait choisi un rouge à lèvre dans la même teinte que sa robe, qui faisait ressortir son teint pâle et la couleur profonde de ses cheveux. Enfin, elle semblait abandonner toutes les restrictions de l’étiquette qu’elle avait dû suivre pendant des années, et même a priori les règles qu’elle avait instaurée en tant que Reine de Constance si elle devait en juger par la hauteur de ses talons. C’était sa Blair, mais adulte, sûre d’elle, et indépendante. Elle ne put s’empêcher de ressentir une grande fierté, et choisit ce moment pour émerger de la cuisine, tenant à bout de bras un plateau contenant un seau à champagne et deux flutes. « Mesdemoiselles, il est temps de commencer votre soirée ! » dit-elle en s’approchant de la cheminée, au côté de laquelle elle posa son plateau. « Clairement Blair est prête », gloussa Serena en tirant son amie par le bras. « Arrête Serena, tu ne vas pas me faire honte toute la soirée ! D’accord cette robe n’aurait pas reçu l’aval de Sophie, certes … mais elle avait le même sens du risque en matière de mode qu’une lanceuse de poids de l’ex-URSS, est-ce donc un exploit ? » rétorqua Blair, tenant comiquement sa flute à champagne par le pied le petit doigt en l’air. Serena et Dorota échangèrent un regard amusé, avant que la blonde ne réponde d’un air faussement sérieux. « Tu as raison. Tu as fait un choix parfaitement classique, élégant et … discret … » Dorota tourna les talons en cachant très mal le fou rire nerveux qui la prenait, et se pencha vers Serena au moment où elle passait à côté d’elle : « Mademoiselle Blair est de retour … ». Puis elle s’éloigna aussi rapidement que lui permettait ses jambes. « J’ai entendu ça ! », répliqua Blair, outrée, alors que Dorota disparaissait dans la cuisine.


soso4662  (24.12.2013 à 15:59)

Chapitre 35 : 

"A quoi dois-je le plaisir de ton appel Nathaniel ? », énonça doucement Chuck. « Et bien ma femme m’a abandonné pour la soirée, donc tu es mon plan B », expliqua Nate avec le plus de sérieux possible. « Flatteur. Continue. » Nate réprima un sourire, et poursuivi : « Chez moi, mon meilleur scotch, et FIFA 2014 ? » Cette fois ce fut Chuck qui fronça le nez d’un air dégouté … « Tssss Nathaniel. Le Palace, mon meilleur scotch, ma dernière offre …. » « Sans surprise Chuck. Je t’y retrouve dans une heure ? » « Parfait, » répondit celui-ci en posant son verre déjà vide sur la table basse de son vaste et vide appartement. Il se leva, et se dirigea vers la chambre principale, en commençant à sortir sa chemise de son pantalon en prévision de la douche qui l’attendait. Pris par leurs vies devenues soudainement très domestiques, ils avaient rarement l’occasion de passer des soirées entre hommes comme ils avaient l’habitude de le faire si souvent. Cette fois il n’y aurait sans doute pas de substances illicites consommées mais … quoi que ! Ils étaient encore jeunes, se dit Chuck le sourire aux lèvres en entrant dans la vaste douche italienne. Une heure plus tard, Nate pénétrait dans le bar principal du Palace, vaguement conscient, mais sans y porter attention, des regards féminins qui ne manquaient jamais de lui suivre. Après un certain nombre d’années, et en dépit d’un mariage heureux, connu de toutes, et de plus avec une femme sublime auprès de laquelle peu pouvaient tenir la comparaison, la gente féminine semblait toujours le voir comme le célibataire le plus en vue de l’Upper East Side. Il avisa son ami, assis en solitaire à l’extrémité du bar, en train de se faire verser un nouveau verre par un jeune serveur clairement intimidé. « Alors, tu n’a pas terminé de faire peur à tes plus jeunes collaborateurs ? », lui lança t il le sourire au lèvre, en prenant place sur le tabouret à côté du sien. « Que veux-tu ? Ma …. réputation me précède en générale, non pas que je fasse quoi que ce soit pour la rectifier, elle a des conséquences intéressantes … », répondit Chuck tout en faisant signe au jeune garçon, qui trébucha maladroitement sur un carton en se précipitant vers les deux amis. Nate se détourna pour que le serveur ne le voit pas réprimer un fou rire, et parvint à reprendre son sérieux à temps pour le remercier du verre déposé devant lui à son attention. « Alors, comment va tu ? Comment va Rose ? », demanda Nate d’un ton qu’il voulait léger, et qui, étant donné son degré de subtilité, l’était à peu près autant que les choix vestimentaires de Chuck étaient neutres. Chuck leva à peine un sourcil et toisa son ami : « Pourquoi me demandes-tu des nouvelles de Rose ? Tu ne me demande jamais des nouvelles de Rose. » « Et bien vue ton apparente paranoïa, cela semble pourtant une question de circonstance …. Je m’inquiète juste pour toi Chuck. Nous n’avons jamais eu le temps de parler de vous deux depuis votre emménagement, je voulais juste m’assurer que tout se passait bien. - Donc ta question porte davantage sur l’état de notre couple que sur son bien-être à elle ? Sois précis Nathaniel …. -Hey ne t’emballe pas !lui répondit Nate en levant les mains devant lui en signe de défense, je venais juste aux nouvelles ! S’il n’y a que cela, on clôt le sujet ! » Chuck se détourna pour faire face au bar, et leva à sa bouche son troisième verre de scotch de la soirée, fixant son reflet sur le miroir qui lui faisait face. « Rose va très bien ». Dans les heures qui suivirent, les deux amis entamèrent comme prévu la réserve personnelle de scotch de Chuck, puis s’absentèrent du Palace le temps d’aller diner dans le meilleur steack house de Manhattan, ou Nate avec quasiment une table de réservée en permanence, étant donné sa fidélité à l’endroit. Après leur diner tardif, Nate insistait aussi lourdement que l’alcool ingéré jusque-là pouvait le laisser imaginer, pour qu’ils aillent continuer la soirée dans un club ouvert récemment. L’idée de partager un espace vital beaucoup trop limité avec d’autres fêtards alcoolisé et peu distingués n’emballait que peu Chuck, qui préférait retourner terminer la soirée au bar du Palace. Ils étaient déjà dans la limousine de Chuck et le débat était toujours en cours lorsque Nate leva une main devant lui pour faire taire la complainte de Chuck quant à la qualité discutable des physio des clubs de Manhattan : « Je sais où nous allons, et même toi n’aura rien à dire … -Nathaniel je n’irai dans aucun endroit où l’on sert des shots de Tequila, je te préviens. -Ne t’inquiète pas, aucun risque … Arthur, nous continuons la soirée à Victrola ! » lança Nate sans appel possible à l’attention du chauffeur. Chuck, sous l’effet de la surprise, ne put que se tourner sans un mot vers Nate, ce que celui-ci prit pour un oui, alors qu’il se trompait lourdement. Il savait être le seul au courant. Un an après le départ de Blair pour Monaco, il était revenu aux oreilles de Chuck que Victrola, son bien aimé club, son premier projet, et surtout un lieu chargé de souvenirs et de symboles, allait être mis sur le marché. Il en avait parlé un soir à Nate. Il se demandait s’il fallait y voir un signe, et si son ami trouvait masochiste, enfantin, ou même malsain de penser à racheter cet endroit. Nate n’avait d’abord pas su quoi répondre. Il connaissait, ou tout du moins se doutait de l’état d’esprit de Chuck à ce moment-là, et pourtant. Pourtant il ne pouvait imaginer comment être de nouveau propriétaire de ce club pouvait être une bonne chose pour Chuck. La symbolique du lieu pour le couple qu’il formait avec Blair n’était un secret pour personne. Il avait donc été lui-même, avait fait le choix de la sincérité, et lui avait dit que c’était une énorme bêtise, que cela allait l’empêcher d’aller de l’avant, de tourner la page. Et bien entendu Chuck avait tout de même racheté le club. Désormais il n’avait plus de comptes à rendre à personne. Il menait sa vie comme il le pouvait certes, subissant certaines choses certes, mais cela il pouvait le faire, et n’allait pas s’en priver. Il était donc – discrètement – devenu le nouveau propriétaire de l’endroit. Il avait embauché un manager, remis le lieu en l’état, et ne s’en était plus occupé. Il n’y était au final jamais retourné. Savoir qu’il existait, qu’il était préservé, protégé, et qu’il restait à sa disposition lui avait suffi jusque-là, et bien sur Nate savait tout ça. Et bien sur Nate ne lui tendait ni plus ni moins qu’une embuscade. Depuis plusieurs mois, celui-ci était témoin, par l’intermédiaire de Serena, de la reprise en main par Blair de sa vie. Il voyait celle-ci revenir jour après jour la princesse de l’Upper Est Side qu’il avait connu toute sa vie. Il la voyait tendre vers ce qu’elle avait toujours été avant sa rencontre avec Louis, avant que tout ne change. Et en parallèle il voyait Chuck s’enfoncer dans une vie qui ne lui ressemblait en rien. Non pas qu’il n’avait imaginé Chuck en couple, installé, et pourquoi pas avec une famille. Mais comme tant d’autre, après avoir vu Chuck en couple avec Blair, il était difficile de l’imaginer mieux assorti avec une autre personne. Bien évidemment, dans le contexte d’une absence définitive, la question ne se posait pas vraiment. Et le retour de Blair s’étant ajouté à un chamboulement encore plus massif, la paternité de Chuck, il avait semblé raisonnable à Nate de garder ses pensées et ses doutes pour lui. Mais les mois passait, et il observait, perplexe, ses deux amis se tourner le dos, et refaire leur vie chacun de leur côté, avec pour seul lien, et quel lien, leur petite fille. Il les observait gérer avec une précaution extrême toutes les interactions dont ils ne pouvaient s’affranchir, marcher sur des œufs, se dire bonjour poliment, de loin, prendre soin de ne pas se retrouver seul. Peut-être ne s’en rendaient-ils même pas vraiment compte. Sans doute était-ce une manière de se protéger. Ils savaient parfaitement que le pire comme le meilleur pouvait se produire lorsqu’ils se laissaient aller à être eux-mêmes, et pouvaient-ils encore s’offrir le luxe de prendre ce risque, maintenant qu’il y avait un enfant, leur enfant, en jeux ? Nate était conscient de ce qui avait pu se dérouler par le passé lorsque Chuck et Blair était en guerre. Le pire n’était pas un vain mot avec eux. Mais ils savaient aussi faire le bonheur de l’autre, d’une manière sans doute inaccessible pour aucune autre personne. Chuck observait un silence buté alors que la limousine filait dans les rue de Manhattan. Il ne prêtait pas attention à l’itinéraire, il le connaissait par cœur. Il ne parlait pas à Nate, car sans pouvoir l’expliquer, il lui en voulait sans doute de le forcer à se confronter avec l’endroit. Certes, il aurait pu dire non, mais il aurait alors fallu qu’il explique la raison pour laquelle il refusait de se rendre à Victrola. Et tout sauf ca … Il prenait donc sur lui, et sans dire que c’était une approche qui lui convenait, pour l’instant, il tenait le choc. En apparence du moins …. En réalité, son cerveau bouillonnait, et il sentait sa gorge serrée, au point de ne plus parvenir à déglutir normalement. Cela allait poser un problème, ne serait-ce que par rapport au scotch. Il n’avait toujours pas prononcé un mot lorsque le véhicule s’arrêta devant l’entrée du club. Arthur sortit rapidement pour ouvrir la porte, laissant Nate sortir. Celui-ci attendit Chuck sur le trottoir, comme si il attendait une fille avant de rentrer au restaurant. Chuck serra la mâchoire, irrité de se sentir fliqué, surveillé, testé. Il sortit à son tour, et fit face à son ami, qui le fixait avec attention. Il se demanda s’il devait lire dans son regard de l’inquiétude, de la curiosité. Non, Nate ne pouvait pas être en train de sourire en ce moment même. Que cherche-t-il à prouver ? « Et bien Nathaniel, tu crains que l’on ne te laisse pas rentrer si tu n’es pas avec moi ? », finit par marmonner Chuck en passant devant son ami. Oui, il avait décidé que le sarcasme allait lui permettre de rester digne devant l’adversité, et il passa sans un mot le cordon de sécurité que le videur ouvrit devant lui, sans même vérifier que Nate était bien derrière lui. Il était grand après tout. A peine eut-il passé les lourdes portes que le bruit assourdissant de la musique envahit tout son corps. Les basses étaient puissantes, plus que dans son souvenir, et rendaient la chanson presque hypnotisant, comme si elle résonnait à l’intérieur de lui. Devant Chuck se déroulait le couloir sombre qui menait à la salle, desservant sur sa droite un petit vestiaire tenue par une des femmes de la troupe. Son regard accrocha rapidement son visage trop maquillé lorsqu’observé d’aussi près, son luxueux corset en soie et en dentelle noire, la ligne de sa poitrine galbée par la lingerie. Puis il fut de nouveau happé par la musique. Son regard glissa de nouveau dans le couloir sombre et encombré de silhouettes vibrantes au rythme des basses. Il avança en silence, alors qu’un fond se détachait les lumières vives de la scène du cabaret. Il passa les doubles portes et pénétra enfin dans la salle. Enfin un peu plus d’air. Un peu plus de lumière. Sans qu’il ne le vit, le manager, depuis le bar, remarqua sa présence et envoya immédiatement un serveur dégager la table principale qui faisait face a la scène. Chuck continuait d’avancer dans la salle, toujours hypnotisé par les basses, les lumières, les mouvements lents et mesurés des danseuses sur la scène. Ce lieu était unique en tout point. La décadence, les femmes, l’alcool. L’ambiance était si particulière et intense que Chuck en eu le souffle coupé. Il s’assit avec une précaution empruntée dans le sofa en velours, et remarqua à peine Nate qui le suivait et qui s’installa à côté de lui. Celui-ci prit l’initiative de choisir le champagne, que Chuck entendit vaguement être le cuvée préférée de Blair. Il choisit de l’ignorer. Pendant les heures qui suivirent, les deux amis n’échangèrent quasiment pas un mot. Ils restèrent côte à côte sur le sofa, les bouteilles de champagnes continuant leur défilé sur la table basse devant eux. Nate savait pourquoi Chuck ne parlait pas, et il le connaissait assez pour ne pas insister. Son ami avait perdu pied avec la réalité. L’alcool aidant, il s’était totalement laissé porter par l’ambiance, et par des souvenirs qu’il avait pourtant pris l’habitude d’occulter. Ce soir il avait 17 ans de nouveau. Il n’avait pas les mêmes responsabilités qu’aujourd’hui, son cœur était à prendre et il ne le savait pas encore. Et il voyait devant lui se produire la révélation de sa vie. Il voyait une jeune femme qu’il pensait connaitre sortir radicalement de l’image qu’elle entretenait soigneusement depuis qu’il la connaissait. Il voyait Blair sur la scène, en déshabillé de soie, lancer par-dessus son épaule le simple regard qui l’avait rendue à ses yeux la femme la plus désirable qu’il lui avait été donné de contempler. Ce soir-là Chuck ne put faire autrement que de se laisser porter par ses souvenirs. De nombreuses années le séparaient de ces moments et pourtant les images qui passaient devant ses yeux étaient d’une netteté incroyable. Mais Chuck ne pensait pas à cela. Il ne pensait plus. Au bout de plusieurs heures, le spectacle finit par prendre fin à Victrola. A ce moment-là, Chuck et Nate étaient tous les deux largement alcoolisés. Comme quand ils étaient plus jeunes, ils réagissaient assez différemment. Chuck restait relativement égal à lui-même vu de l’extérieur, tandis que Nate était davantage comme Serena. Il devenait enthousiaste, se faisait rapidement une multitude de nouveaux amis, se trouvait extrêmement motivé pour à peu près n’importe quoi. Ce fut donc sans surprise Nate qui entraina son ami dans une tournée effrénée des clubs cette nuit-là. Chuck suivait le mouvement, et malgré son air revêche profitait au final largement de cette soirée imprévue. Plus les heures passaient plus il se laissait aller. Contrairement à Nate il restait néanmoins plus ou moins accroché aux bars des clubs dans lesquels ils passèrent, et se consacrait principalement à repousser les jeunes femmes qui tentaient leur chance avec lui. Le mot courrait rapidement que le légendaire Chuck Bass était là. Après des années d’absence, le fait que le plus grand séducteur de Manhattan soit de sortie était un évènement en soit. Toutes les socialites en manque de célébrité ne pouvaient pas risquer de passer à côté de leur chance. Donc elles la tentaient. Pour le plus grand bonheur de Nate qui se moquait ouvertement de son ami depuis les pistes de dance, trouvant dans la façon peu subtile que Chuck avait de rejeter les jeunes femmes une source infinie d’amusement, au grand dam de celui-ci. Lassé d’alimenter les commentaires narquois de Nate, Chuck finit par enfin se détacher du bar, et regagner la relative discrétion de la piste de danse. La quantité d’alcool ingérée à ce stade l’aida à supporter la promiscuité physique avec les autres danseurs. Il sentait près de lui les corps qui vibraient au rythme de la musique. Les basses résonnaient en lui, il était envahi par la chaleur qui émanait de la foule, il évoluait dans le noir presque complet, son environnement ne devenant visible qu’au rythme des projecteurs qui balayaient périodiquement la piste. Il réalisait vaguement que Nate se trouvait encore dans son champ de vision, lui aussi noyé dans la foule des danseurs. Il ne se rendait pas vraiment compte du temps qui passait, il n’avait plus de repères. Il s’était totalement détaché, évadé. Il se laissa imprégner par l’ambiance, le bruit, la chaleur, le rythme. Il ne réalisa pas réellement ce qui se passait quand il sentit un corps s’appuyer plus précisément contre lui. Les yeux mi-clos, il distingua vaguement la silhouette d’une jeune femme devant lui. Leurs corps commencèrent à suivre les mouvements de l’autre, suivant ensemble le rythme entêtant de la musique. Chuck baissa la tête et observa ses propres mains remonter, accrocher la taille de la jeune femme. Il s’avança encore d’elle, maintenant son corps près du sien, ses hanches contre les siennes. Son visage était à présent juste au-dessus de ses épaules. Il observa sans un mot sa partenaire. Une fine pellicule de sueur recouvrait sa nuque, ses épaules et ses bras. Ses mouvements étaient parfaitement élégants et contenus, mais dégageaient pourtant une forme de sensualité qu’il ne pouvait objectivement expliquer. Il senti ses mains agripper davantage la taille fine de la jeune femme, tandis que leurs mouvements à tous les deux se précisaient, s’accordaient de mieux en mieux. Chuck senti un frisson parcourir son dos lorsque des mains douces et chaudes vinrent recouvrir les siennes, et l’encourager à explorer ses hanches, son buste. Il se pencha un peu plus en avant et apposa doucement ses lèvres sur son épaule droite, savourant le gout salé de sa peau, le parfum singulier qui en émanait, à la fois élégant et original. Il poursuivit sans un mot, enfouissant de plus en plus son visage dans le creux de son cou, ses mains osant explorer son corps avec de plus en plus d’audace. Il y avait quelque chose avec cette fille, parvenait-il à peine à se dire, qui déclenchait en lui des réactions qu’il avait même oublié qu’il pouvait avoir. Il ne savait pas depuis combien de temps il tenait contre lui cette parfaite inconnu, et la seule chose à laquelle il pouvait penser c’était qu’il n’avait aucune envie que cela s’arrête. Ses yeux étaient clos, il ne prêtait strictement aucune attention à ce qui l’entourait. Il continuait de se laisser guider par son instinct. De se laisser porter par la musique, et de s’oublier dans sa découverte. Il sentait sous ses doigts le corps ferme, la peau douce et brulante. Ses sensations l’électrisaient tout entier, il se sentait lui-même à fleur de peau, même si la jeune femme semblait seulement vouloir profiter de ses caresses. Elle semblait vouloir profiter, vivre complètement le moment. Elle semblait avoir soif de sensations, se laisser totalement aller, ne pas porter non plus attention à quoique ce soit qui les entourait. Elle voulait ses mains sur sa peau, ses bras autour de son corps, et c’était tout. Et c’était parfait. Sans penser, sans réfléchir, il continuait, avide, sa découverte. Il laisser errer ses mains sur son corps en s’imposant de moins en moins de limite, et il la sentait réagir, se pressant encore davantage contre lui, cambrant son dos. La situation commençait à le rendre fou. Son esprit, son corps, bouillonnait. Il en voulait davantage, et tout de suite. Ses mains revinrent rapidement sur les hanches de la jeune femme et il profita de sa prise pour la faire pivoter. Lorsqu’elle lui fit face, son regard remonta le long de son corps, appréciant l’élégance de sa robe, la ligne de ses jambes, la finesse de sa taille, les courbes de son décolleté. Il parvint enfin à son visage, et resta quelques secondes à la contempler sans comprendre avant de réagir enfin. « Blair. »


soso4662  (10.01.2014 à 16:32)

Chapitre 36 :

 

Blair avait reçu la simple évocation de son prénom par Chuck comme une claque en plein visage. Ce n’était pas, bien sûr, comme s’ils n’étaient pas régulièrement en contact pour tant de sujets liés à Audrey, mais le ton de sa voix, la gravité, la sensualité qui s’en dégageait sur le moment lui coupa proprement le souffle.

 

Son seul tort était de s’être laissé entrainer par Serena. La soirée était rapidement devenue incontrôlable, le volume de champagne qu’elle avait ingurgité à jeun avait annihilé toute sa capacité à résister aux initiatives festives de son amie, qui en avait clairement profité. Rapidement elles étaient arrivées dans ce club, s’étaient installées à une table, et avait canalisé l’attention exclusive d’un bon tiers des hommes présents. Au bout de quelques heures, elles avaient choisi de s’expatrier sur la piste de dance pour être davantage à l’abri des regards, et profiter de la soirée plus tranquillement. Serena était simplement partie chercher des verres au bar lorsque Chuck et Blair avait commencé à danser ensemble.

 

Les bras ballants le long du corps, le souffle court, Blair regardait Chuck dans les yeux, tout autant incapable de lui répondre que de s’en aller. Ce n’était pourtant pas compliqué. Tu te tournes sur toi-même, tu mets un pied devant l’autre, et tu fais confiance dans le champagne que tu as bu pour ne pas avoir de souvenirs de cette scène le lendemain matin ni jamais. Mais se répéter ce mantra dans sa tête était une chose, attendre de son corps qu’il lui obéisse en était une autre, et Blair ne bougea pas d’un centimètre.

 

Son esprit était incapable de fonctionner. Ses yeux de se détacher de Chuck. Elle sentait sa respiration s’accélérer, s’intensifier, et pouvait sentir sa poitrine se soulever sous son effet. Elle sentait tous ses nerfs comme à vifs, semblait avoir chaud et froid en même temps. Blair était toujours immobile, et plus les secondes passaient, plus elle devenait consciente d’une réalité qui s’imposait à elle à son corps défendant. Chaque parcelle de sa peau attendait que Chuck se rapproche d’elle de nouveau, la touche, la serre contre lui. Elle aurait pu jurer que l’air entre eux s’épaississait, se densifiait.

 

Les basses, toujours aussi intenses, semblait parcourir son corps de part en part. Elle vibrait sur leur rythme malgré elle, sentant son rythme cardiaque se caler instinctivement dessus. Maintenant qu’elle ne dansait plus, elle commençait à avoir légèrement froid, sans doute à cause de la fine pellicule de sueur qui recouvrait sa peau.

 

A l’instant même où elle formulait cette pensée, elle eut le souffle coupé par une vague de chaleur intense et brutale qui parcouru son bras. Sans dire un mot, elle baissa simplement les yeux pour constater que la main de Chuck était en train de courir sur sa peau. Relevant les yeux, elle trouva son visage à quelques centimètres du sien, et sentit sa main saisir la sienne.

 

Incapable de refréner la réaction que son corps entier avait à son contact, elle ne se détourna pas. Elle resta face à lui, laissant sa main serrée dans la sienne, à lire dans son regard exactement ce qu’elle avait envie de lire. Lorsque Chuck tourna les talons et entreprit de leur frayer un chemin parmi la foule des danseurs, elle le suivi sans un mot.

 

Quelques heures plus tard, Blair sentit la limousine enfin marquer un arrêt et ouvrit les yeux, pour constater avec un soulagement immense qu’elle se trouvait en bas de son immeuble. Elle était posément assise sur la banquette arrière, les mains posées sur ses genoux, serrant sa pochette, tentant de faire preuve d’autant de dignité que le permettait la situation.

 

Elle s’autorisa enfin à orienter son regard vers le fond de l’habitacle, ou Chuck se trouvait. Il était comme avachi sur la longue banquette, un verre de scotch à la main, le col de sa chemise encore entrouvert, le regard dans le vague. Elle s’attarda un instant sur son visage, la ligne de ses épaules, sur ses mains qui serraient son verre. A travers ses paupières entrouvertes, elle tentait par tous les moyens de ne pas relier l’homme qui se trouvait devant elle à ce qu’elle avait vécu ces dernières heures. Cet homme était le père de fille. Cet homme était en couple avec une autre femme.

 

Sans dire un mot, se demandant un instant si Chuck avait même réalisé que la voiture s’était arrêtée, elle ouvrit la porte prestement et sortit de la voiture. Elle claqua la portière tout aussi rapidement, et se dirigea vers la porte de son immeuble, sans un regard derrière elle. Il pouvait bien l’appeler, la suivre, elle ne se retournerait pas. Elle ne savait pas si elle devait qualifier cette soirée de rêve ou de cauchemar, elle était uniquement certaine qu’elle n’avait pas du tout envie d’explorer davantage le sujet.

 

Elle voulait prendre un bain chaud, se glisser dans son lit habillée de son pyjama en soie préférée, enfiler son masque et se laisser glisser dans le sommeil. Et ne plus jamais suivre Serena en soirée.

 

C’est donc ce qu’elle fit. Elle rentra en silence dans l’appartement plongé dans le noir. Posa sa pochette et son portable sur le guéridon de l’entrée d’une main tremblante, et monta se réfugier dans sa chambre.

 

Arthur reprit rapidement ses vieux réflexes. Il avait été surpris de revoir son patron dans cet état. Cela n’avait pas été le cas depuis plusieurs années. Mais certaines choses ne changeaient pas a priori. Lorsqu’il avait interrogé Chuck par le système de communication interne à la limousine sur la direction à prendre, et que celui-ci n’avait pas répondu, il n’avait dans un premier temps pas su comment réagir. Après des années de missions parfois originales, son poste était devenu plus classique. Il emmenait Chuck au bureau, à des galas de charité, à quelques rares évènements familiaux. Mais depuis longtemps, plus d’appel en pleine nuit, plus besoin de le soutenir jusqu’à sa suite. Jusqu’à ce soir.

 

Au bout de quelques minutes, il se risqua à entrer dans l’habitacle, et ne pu s’empêcher d’être choqué par le spectacle qui s’offrait à lui. Chuck n’était pas évanouit, ni ivre, du moins pas encore, mais il semblait clairement en état de choc. Il ne remarqua pas tout de suite la présence d’Arthur, et fini par poser sur lui un regard torve. Il ne réagit pas davantage lorsque son chauffeur lui demanda s’il pouvait lui être utile en quelque chose. Arthur s’apprêtait à laisser Chuck seul afin de lui donner le temps de la réflexion, lorsqu’il entendit, d’une voie à peine audible : « Contentez-vous de rouler ».

 

Lorsque Chuck sentit la limousine se déplacer, et s’éloigner enfin de l’immeuble qu’il connaissait si bien, il sentit enfin sa respiration reprendre un cours normal. Il était Chuck Bass, se considérait comme un homme de pouvoir, capable de prendre des décisions rationnelles, d’avancer.

 

Mais là, pour la première fois de sa vie, il se sentait totalement bloqué, acculé. Il ne s’attendait absolument pas aux évènements de ce soir, ne s’y était absolument pas préparé. Il était toujours extrêmement précautionneux avec Blair. S’attachant à lui montrer de l’affection, surtout devant Audrey, mais gardant toujours une certaine réserve, une retenue.

 

Que faisait Blair sur cette piste de dance ce soir ? que faisait elle dans cette robe, à danser avec lui comme ça, ses mains sur lui, l’odeur de sa peau.

Chuck ferma les yeux et secoua la tête pour forcer les souvenirs qui affluaient à se dissiper. Il les rouvrit, et se trouva face à la banquette de sa limousine. Vide. Et cette réalité le frappa au cœur, au sens propre. Il sentit une douleur intense envahir sa poitrine. Le manque. Déjà.

 

Il connaissait trop bien ce vers quoi il se dirigeait. Il avait déjà fait le même chemin avec Blair de nombreuses fois. La raison d’abord, parfois la haine même, et puis un jour, un moment, tout bascule et ils sont de nouveau Blair et Chuck. Chuck et Blair.

 

Il sentait un vide se former sous lui. Vraiment. Il sentait des forces qui le dépassaient prêtes à prendre le dessus sur sa volonté. Ce à quoi il était certes tentant de céder mais … mais Audrey. Mais Rose. Mais la vie qu’il avait construite.

 

Il était totalement perdu, dépassé. Il ferma de nouveau les yeux, s’accrochant à son verre, et s’appliqua à faire le vide dans son esprit.

 

 

Plusieurs semaines passèrent avant que Chuck et Blair n’eurent l’occasion de se revoir.

Opportunément, Chuck eut plusieurs déplacements, programmés de longues dates, qui lui imposèrent de longues périodes à voyager en Asie et en Europe. Blair de son côté se consacrât intégralement à ses études et à Audrey, appréciant de retrouver sa fille pour elle toute seule. Passer chaque week-end avec elle sans se poser la question de l’emploi du temps de celle-ci lui offrit un certain repos de l’esprit, ce que les circonstances particulières rendaient plutôt approprié.

Mais ce soir-là était prévu la première rencontre entre parents et professeurs à Constance, et ni l’un ni l’autre ne pouvait décemment ignorer l’évènement.

A son habitude, Blair était arrivée parfaitement à l’heure. Elle était installée dans l’amphithéâtre parmi les autres parents, écoutant avec attention la responsable des études faire son discours d’introduction, lorsqu’elle reconnut le bruit assez distinctif de la porte du fond qui s’ouvrait discrètement, et quelques pas étouffés. Elle ferma les yeux un instant et se revis plusieurs années en arrière, alors étudiante assidue, guettant l’arrivée de son petit ami et de Chuck, régulièrement en retard. Elle réalisa trop tard qu’un sourire lui était monté aux lèvres, et elle ouvrit rapidement les yeux afin de se reprendre.

Presque deux mois sans voir Chuck. La communication entre eux n’était pas allée au-delà de quelques sms neutres, ayant tous Audrey comme sujet. Instinctivement, tous les deux semblaient décidés à oublier ce qui s’était passé, et Blair louait le ciel chaque jour de ne pas avoir à composer avec un Chuck persistant. Elle connaissait cette version du père de sa fille, et ne se sentait absolument pas la force d’y être confrontée.

Elle avait préparée soigneusement leur rencontre ce jour-là. Sous le prétexte parfait de passer pour une mère sérieuse et dévouée, elle avait choisi pour la première fois depuis son retour à NY une tenue qu’elle aurait tout à fait pu considérer comme symptomatique de l’époque ou Sophie de Monaco avait droit de citer sur sa garde-robe. Elle se trouvait donc là. L’image même du sérieux. La reine de l’Upper Est Side, froide et parfaite, couverte des genoux à la base du cou, les cheveux impeccablement coiffés lâchés sur ses épaules.

Mais c’est la même reine qui intérieurement bouillonnait, et brulait de se retourner afin de vérifier que le retardataire était bien Chuck. Elle se concentra de toute ses force sur le pupitre de l’intervenante, respira profondément, et resserra ses doigts autour de la anse du sac à main posé sur ses genoux.

Chuck avait attendu discrètement, depuis sa limousine garée au coin de la rue, que l’ensemble des parents ne pénètre dans l’établissement afin de faire une entrée la plus discrète possible. C’est sans réfléchir qu’il avait repris le chemin de la porte que Nate et lui empruntait dans le temps, lorsqu’ils souhaitaient rendre leurs retards récurrents le plus discrets possible. Il réprima un sourire lorsqu’il atteint enfin la vaste pièce, et s’assit rapidement, déboutonnant la veste de son costume. Il croisa les jambes, et entreprit d’étudier l’assistance.

Son attitude nonchalante allait sans aucun doute tromper chacune des personnes présentes ce soir-là. Mais il ne se faisait pas de réelles illusions sur l’effet qu’elle aurait sur la seule personne pour laquelle il l’adoptait justement. Il ne tarda pas à la repérer dans la foule. Comment pourrait-il en être autrement. Elle était superbe, d’une élégance à couper le souffle comme à son habitude. Il réalisa un peu tard qu’il devait la fixer depuis plusieurs minutes, avant de détourner le regard et de se forcer à reporter son attention sur l’intervention d’un ennui létal pour lequel il était pourtant venu.

Au bout d’une heure qui parut à Chuck une éternité, les parents furent conviés à un rapide cocktail avant les rencontres prévues avec les professeurs de leurs enfants. Il se rendit directement au bar, dont il repartit, chargé d’un verre de scotch et d’une coupe de champagne, à la recherche de Blair.

Il la situa de nouveau en quelques secondes dans la pièce. Et ne put s’empêcher de sourire lorsqu’il se rendit compte qu’elle l’avait parfaitement repéré, mais qu’elle s’appliquait à donner toute son attention à la jeune femme avec laquelle elle discutait. Il la connaissait par cœur. Il savait que rien ne pouvait lui échapper dans ce type d’évènement.

« Mesdames », s’annonça-t-il alors qu’il s’approchait des deux jeunes femmes.

Blair posa enfin les yeux sur lui. Interrogatifs. Chuck se demanda si elle allait pousser le vice à lui demander ce qu’il faisait là ce soir ou pas. Mais non … « Chuck, je ne t’ai pas vu avant le discours d’introduction, je craignais que tu n’aies oublié …. »

« J’ai été retardé par une réunion malheureusement, mais n’ai raté que quelques minutes de ce passionnant exposé. » Il tendit la coupe de champagne à Blair qui la prit sans un mot, avant de se retourner vers la jeune femme qui, d’après le regard papillonnant dont elle le gratifiait, était déjà conquise.

« Bonsoir, Mary Cowell, enchantée », minauda-t-elle.

Chuck ignora Blair qui levait discrètement les yeux au ciel tout en commençant à siroter son champagne, et se présenta poliment « Ravi de vous rencontrer, Chuck Bass ».

« Je sais », répondit sans plus de subtilité la jeune maman. « C’est admirable de voir un jeune père s’impliquer ainsi. Comme vous pouvez le constater, vous faites figure d’exception ce soir », expliqua-t-elle en balayant l’assemblée, il était vrai essentiellement féminine.

« Et bien, je dois dire que j’ai à cœur de rattraper le temps perdu, n’est-ce pas Blair ? »

A ces mots, Blair stoppa nette sa dégustation pour fixer Chuck d’un regard noir, tentant de réprimer le rouge qui lui montait au joues. Sa position lui avait jusque-là évité d’essuyer toute remarque désagréable sur sa situation familiale quelque peu compliquée, et elle ne comptait absolument pas que cela change dans un avenir proche.

Mary Cowell assista sans un mot à l’échange de regards lourds de sous-entendus entre sans doute les deux personnalités les plus marquantes de Manhattan, et décida qu’il valait mieux pour elle de s’éloigner du champ de tir. « Bien sûr. Je vous laisse, j’aperçois quelqu’un que je dois saluer. Bonsoir. » Ne souhaitant pas particulièrement attendre une hypothétique réponse, qui ne serait effectivement jamais arrivée, elle s’éclipsa sans attendre.

« Je suis ravie que tu te sois rappelé de l’existence de cette porte, qui a eu moins eu le mérite de rendre ton retard le plus discret possible, » assena Blair sans un regard.

« Je pense effectivement que tu es la seule à l’avoir remarqué », répondit Chuck du tac au tac.

Prise au dépourvu, Blair porta sa coupe de champagne à ses lèvres, et balaya en silence l’assemblée du regard. Elle devait se reprendre, car la soirée ne prenait absolument pas la tournure qu’elle avait prévue.

Ils passèrent plusieurs minutes dans un silence confortable et rassurant, chacun rassemblant ses forces. Aucun d’eux n’évoquerai de sujet dangereux ce soir, c’était acquis.

Deux heures plus tard, les deux parents sortirent fiers des différents rendez-vous organisés. Audrey s’était extraordinairement bien adaptée, et présentait, heureusement, les dispositions de sa mère pour le sérieux académique. Au cours de la soirée, Chuck et Blair s’étaient donc laissés portés par le déroulé des entretiens, et l’ambiance entre eux s’était progressivement apaisée. Ainsi, c’est presque serein qu’ils traversèrent le hall de Constance, s’avançant vers la porte d’entrée. Chuck s’avança pour ouvrir la porte à Blair et ne put réprimer un mouvement de recul lorsqu’il prit une bourrasque de pluie glacée en plein visage. Il referma la porte dans la seconde. « Bien, je suis pour le courage masculin et viril, mais je vais devoir demander à Arthur de rapprocher la voiture avant de m’engager à l’extérieur ».

Blair ne dépondit rien, regardant sans un mot Chuck sortir son portable. Lorsqu’il leva machinalement les yeux sur elle, elle se détourna bêtement. « Ou es ta voiture ? »

« J’ai omis d’en commander une. Je comptais prendre un taxi ».

« Et bien avec ce temps, sache d’avance qu’il ne sert à rien d’en chercher un. Laisse-moi te poser chez toi, de cette manière je pourrai monter embrasser Audrey pour la féliciter. Je pense qu’elle sera contente de la surprise ».

Blair se força à ignorer la douceur qui irradiait des yeux de Chuck lorsqu’il parlait de sa fille. Elle détestait le fait qu’il ait raison, mais c’était pourtant bien le cas. Avec cette tempête, trouver un taxi était vain, et même une voiture demanderait beaucoup trop d’attente. C’était idiot. Chuck avait sa voiture au coin de la rue. Elle ne devait pas être puérile, et faire le choix logistiquement le plus cohérent.

Dès que Chuck reçu un message d’Arthur lui confirmant qu’il se trouvait bien en bas des escaliers, il ouvrit une nouvelle fois la lourde porte de bois, et fit signe à Blair de le suivre. Ils se précipitèrent ensemble sur les marches en pierre, qu’ils dévalèrent le plus vite possible, avant de courir vers le portail de l’entrée. Arthur attendait bravement, un immense parapluie noir en main, leur arrivée, et dès que possible il les mit à l’abri alors qu’ils se faufilaient à l’intérieur de l’habitacle.

Ce ne fut qu’une fois assis sur la banquette arrière que Blair réalisa que Chuck tenait sa main dans la sienne. Essoufflée, elle leva les yeux vers lui, et se trouva face à son visage dégoulinant d’eau.

Voyant sa mise défaite, elle eut le réflexe de porter sa main libre à son visage, certaine d’avoir été défigurée par la pluie.

Sans perdre une seconde, Chuck saisit sa main et lui dit simplement, la regardant droit dans les yeux : « Tu es magnifique ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


soso4662  (17.02.2014 à 22:14)

Chapitre 37 :

Nerveusement, Blair réappliqua soigneusement son rouge à lèvre, penchée vers le miroir du boudoir des dames. Elle adorait tout simplement passer sa soirée au Met. Le cadre sublime, la qualité des ballets et des opéras, la bonne société new yorkaise en tenue de gala …

C’était entre autre pour ce genre de moments qu’elle adorait Manhattan. Un tel lieu n’existait nul par ailleurs. Et ce soir, elle avait trouvé un nouveau moyen d’augmenter son niveau de satisfaction. Elle rangea fébrilement son nécessaire à maquillage dans sa pochette, avant de lever les yeux à nouveau vers la réflexion de son visage. Elle grimaça en constatant que ses joues étaient encore franchement rosées, et que son cou présentait des rougeurs disgracieuses. A regret, elle retira les épingles qui tenaient en place son chignon, et arrangea aussi bien que possible ses boucles brunes sur ses épaules. Heureusement elle avait pour l’instant croisé un nombre minimum de personnes, avec un peu de chance personne ne remarquerai ce changement dans son apparence.

D’un regard rapide sur son portable, elle constata qu’elle allait finir par rater le début de la représentation, et se hâta à l’extérieur du petit boudoir. Elle suivi le couloir qui suivait l’arrière de l’immense salle, pour arriver à la petite porte qui accédait à la loge de Lily. Elle prit une grande inspiration lorsqu’elle commença à distinguer dans la foule le petit groupe qu’elle rejoignait ce soir. Ils étaient tous là. Lily et Rufus, Wiliam, sa mère et Cyrus, Nate et Serena, et bien sûr Chuck et Rose.

Au cours du mois précédent, Blair avait eu malgré elle l’occasion renouvelée d’être confrontée à Rose. Il y eu l’anniversaire de Lily, puis celui de Serena, qu’aucune d’entre elles n’avaient pu éviter. Blair avait choisi de rester sur sa première impression de la jeune femme pour considérer son ascendant sur elle comme acquis, et Rose de rester sur l’engagement de Chuck envers elle pour se rassurer. Au-delà de ça, toutes les deux s’ignoraient soigneusement.

« Bonsoir tout le monde ! Désolée pour le retard Lily, j’étais absolument certaine que ta loge était du côté pair, le temps de réaliser mon erreur et de rebrousser chemin j’ai été ralentie par plusieurs rencontres bref …. », elle reprit enfin son souffle et sourit à Lily qui s’approchait d’elle les bras ouvert.

« Ne t’inquiète pas Blair, tu n’as rien raté, de plus tu vas pouvoir reprendre tes repaires désormais ! ».

« Bien sûr », répondit elle poliment en serrant Lily dans ses bras. « Merci pour ce soir en tout cas, tu sais à quel point j’adore observer la salle depuis ta loge ». Elle échangea un regard complice avec la mère de sa meilleure amie, puis se dirigea vers le reste des invités afin de saluer tout le monde, et le hasard fit qu’elle termina par Serena, qui se tenait légèrement à l’écart. La sonnerie qui les invitait à prendre place retentit à ce même instant, et Blair ne remarqua pas la retenue dans l’attitude de Serena. Le regard qu’elle ne voulait pas inquisiteur, mais qui pour toute personne la connaissant aussi bien que Blair la connaissait, l’était.

Serena observa la petite troupe commencer à passer la porte de la loge, lorsqu’elle avisa Chuck qui passait à côté d’elle. Elle agrippa son bras fermement pour l’arrêter, et se pencha vers lui pour lui dire à l’oreille : « Tu ne m’a pas dit que tu étais précisément allé chercher Blair du côté pair ? Comment se fait-il que tu ne l’ais pas trouvée ? Ce serait une première …. »

Elle sentit Chuck se crisper sous sa main, et bougea légèrement pour lui faire face, et le regarder dans les yeux. Le visage de son frère était impassible, comme d’habitude. Le masque parfait, le contrôle, le regard froid, la voix ferme et convaincante. Tout y était.

« De quoi parles-tu Serena ? Tu vois comme moi le monde qu’il y a ce soir, je ne vois pas ce qui a d’étonnant au fait que nous nous soyons ratés. Maintenant je te prie de m’excuser, Rose m’attend. » D’un mouvement sec, il dégagea son bras de l’emprise de sa sœur, et sans un mot de plus la laissa là. Il pénétra dans la loge pour constater que comme prévu, Rose avait pris place entre Nate et lui. Il se faufila entre les rangées de siège jusqu’à sa place, et s’assit sans un mot.

Instantanément, il sentit la main de Rose se glisser dans la sienne. « Tout va bien ? Que voulait Serena ? »

« Rien d’exceptionnel, juste une désaccord fraternel sur le restaurant pour tout a l’heure ». Il adressa a Rose un rapide sourire, avant de fixer avec attention l’orchestre qui commençait à s’installer, tentant laborieusement d’ignorer la tempête sous son crâne.


soso4662  (21.02.2014 à 11:09)

Chapitre 38 :

Serena constata avec soulagement qu’enfin, son taxi arrivait en bas de l’immeuble de BI. Elle avait pris un retard considérable à cause des bouchons, du moins c’était ce qu’elle comptait dire à son frère. La réalité était qu’elle était partie de son bureau avec 20 min de retard, car elle avait totalement oublié leur déjeuner …. Elle avait donc saisi son Birkin et fourré la plupart des choses qui se trouvaient sur son bureau à l’intérieur – y compris, elle s’en rendit compte un peu tard, un pot à crayon … - et jailli hors de son bureau, passant devant une Rose hilare. Elle devait vraiment écouter Nate la prochaine fois qu’il lui montrerait la méthode pour programmer des alertes sur son Iphone.

Elle ignora la brutalité du freinage – c’était NY après tout – et jeta sur le siège avant de quoi régler sa course, avant de sortir précipitamment de la voiture et de s’engager dans la porte à tambour. Elle commença à faire la liste mentale des points qu’elle devait valider avec Chuck ce midi-là.

Le gala de leur fondation était dans moins d’un mois, et tant de points restaient à régler. Serena préférait largement voir Chuck en amont, plutôt de de subir ses remarques pendant une soirée entière si l’évènement devait ne pas être à son gout. Tapant du pied avec impatience, elle regardait alternativement sa montre et l’écran sur lequel défilait beaucoup trop lentement à son goût le numéro des étages. Enfin, après ce qui lui paru une éternité, la sonnette retenti, et les portes s’ouvrir sur le luxueux hall d’accueil de BI. La grande puèce dallée de marbre était déserte, à l’exception d’une jeune standardiste qui semblait perdue derrière la large banque. NY connaissait depuis la première fois du printemps une vraie belle journée, et Serena devina que la majorité des employés avaient choisis d’en profiter et devait se trouver en ce moment même sur un banc dans le Park ou sur les marches du Met, en train de profiter des premiers rayons.

Elle salua d’un signe de main rapide la jeune femme, qui lui fit signe de poursuivre sa route, et elle traversa rapidement l’open space désert. Elle passa devant le bureau de l’assistant de son frère, désert lui aussi, et comme elle le faisait toujours, ouvrit directement la porte du bureau de celui-ci.

A plusieurs reprise, elle avait interrompu de manière un peu trop familière et spontanée des réunion ou vidéo conférence, mais malgré les injonctions de Chuck, elle ne se résolvait pas à frapper. Elle poussa donc la porte, et passa sa tête dans l’entrebâillement, pour constater que le vaste bureau était totalement vide. Elle pensait que son frère aurait profité de son retard pour s’avancer sur ses dossiers, mais il avait dû s’absenter pour quelque raison, ne la voyant par arriver.

Elle entra donc dans la pièce et s’installa sur le canapé, non sans avoir vérifié que l’assistant de Chuck avait bien disposé dans son mini frigo leur déjeuner. Ouvrant son vaste sac, elle entreprit d’y retrouver son portable, afin d’envoyer un message à son frère. Rapidement, elle tapa quelques mots, et envoya le message.

Elle fut surprise, quelques secondes plus tard, d’entendre sonner le portable de Chuck, pour réaliser que celui-ci était toujours sur son bureau. Connaissant celui-ci, qui d’habitude n’était jamais loin de son téléphone, elle se dit qu’il était sans doute à l’étage, et sortit de nouveau pour le guetter. Elle ouvrit la porte, et tendit l’oreille, trouvant confirmation que l’open-space était totalement désert. Intriguée, elle revint dans le bureau pour prendre son portable et appeler Rose, afin de voir si celle-ci savait où il était.  

A moment où elle se penchait au-dessus du canapé, elle entendit un bruit, qui sans nul doute venait de la salle de bain privée de son frère, à quelques mètres d’elle.

Etait-ce sa grande perspicacité, ce qu’elle avait cru surprendre quelques jours avant au Met ou juste l’habitude, mais elle sut instinctivement ce à quoi elle allait être confrontée en ouvrant la porte.


soso4662  (27.02.2014 à 19:48)

Chapitre 39 :

Serena s’approcha lentement de la porte, tandis que son esprit fonctionnait à toute allure. Le moment où elle avait compris ce qui allait se passer lui avait fait l’effet d’une douche froide. Elle n’était pas dupe, elle savait que l’équilibre apparent de leur situation à tous était fragile, mais elle voulait y croire. Elle ne connaissait que trop bien, pour les avoir vécues et observées de par le passé, les conséquences de ce qui se passait en ce moment même derrière cette porte. Elle considéra un moment la possibilité de partir. De faire comme si elle n’avait jamais rien remarqué. Mais elle savait que c’était impossible. Elle était trop impliquée. Et cela ne devait pas se passer de cette manière, l’issue n’était positive pour personne.

Blair ne pensait plus. Elle ne pensait pas au fait qu’elle était simplement passée rendre à Chuck la pochette qu’il avait oublié et qu’elle avait retrouvé dans son sac ce matin. Elle ne pensait pas au fait que leur entrevue avait dérapé en un temps record, alors même qu’elle avait jugé plus prudent de justement retrouver Chuck à son bureau, elle ne pensait pas que Chuck lui avait rapidement évoqué un rendez-vous avec Serena ce midi-là. Elle ne pensait qu’a une seule chose, à quel point elle se sentait vivante à cet instant précis.

Comment faisait elle pour séparer ces moments-là du reste de sa vie ? Une sorte de réflexe de survie peut être. Elle en était venue à avoir un besoin vital de ces moments, mais elle se sentait en parallèle absolument incapable d’en assumer les conséquences. Et étant donné les enjeux, la technique de l’autruche lui semblait particulièrement indiquée.

Même si ils n’en parlaient jamais, elle savait instinctivement que Chuck ressentait la même chose. Ils s’étaient tous les deux laissés entrainer dans cette relation, et aujourd’hui ils en étaient comme dépendants. La retenue qu’ils observaient tous les deux depuis le retour de Blair avait une raison fondamentale. Chacun sentait qu’à trop s’approcher, il risquait de se faire de nouveau prendre dans l’attraction instinctive, la passion, la déraison qui définissait depuis si longtemps leur relation. Le hasard les avait réunis, leur avait fait franchir le pas, et aujourd’hui ils étaient les esclaves de leur dépendance. Il était trop tard pour faire marche arrière, ils étaient coincés, et elle en était venue à intégrer totalement ses rencontre avec Chuck dans son quotidien. Elle refusait de penser à la facilité effrayante avec laquelle tout cela c’était mis en place.

Dès le lendemain de leur soirée, elle avait reçu un message d’un numéro inconnu, non signé, lui indiquant qu’une voiture viendrait la chercher quelques heures plus tard, pour l’amener dans une maison discrète du Village. Elle ne s’était pas posé de questions. Ni sur l’origine du message, ni sur l’attitude à adopter. A l’heure dite elle était prête, avait une justification parfaite pour laisser Audrey à Dorota, et était montée dans la voiture sans poser de question, même pas à elle-même, surtout pas à elle-même. La force qui la poussait à revenir à chaque fois était intense, absolue, et supplantait sa capacité de réflexion, sa volonté, son bon sens. Elle se perdait totalement dans les moments qu’ils arrivaient à s’accorder. Pour elle, ils représentaient une bouffée d’air, comme un retour à la personne qu’elle était avant que sa vie ne parte à la dérive et qu’elle en perde le contrôle. Aujourd’hui elle avait Audrey, Chuck était en couple avec une autre femme, et plus rien ne serait jamais comme avant, mais elle avait toujours ces moments hors du temps où elle pouvait se laisser aller à penser que tous les évènements qui avait transformé sa vie ne s’étaient jamais vraiment produits.

Et c’est comme cela, plusieurs mois après la fameuse soirée avec Serena, qu’elle se retrouvait dans cette salle de bain, le dos plaqué contre le carrelage qui à ce stade n’était même plus froid, le corps dévêtu de Chuck pressé contre le sien. 

Elle ne devait pas réaliser tout de suite que la porte s’était ouverte. A un certain moment, elle leva son visage du cou de Chuck pour retrouver de l’air et, levant les yeux sous l’effet d’une caresse particulièrement précise, distingua vaguement quelque chose dans sa vision périphérique.

Elle sentit tout l’air quitter ses poumons, et ses yeux s’écarquiller, alors qu’elle distinguait désormais très nettement Serena qui se tenait, sans un mot, dans l’embrasure de la porte de la salle de bain. Elle mit plusieurs secondes, immobile, à réaliser que manifestement Chuck n’avait pas du tout conscience de la présence d’une tierce personne dans la pièce, et posa alors ses mains sur ses épaules pour le repousser. Il leva un regard étonné et impatient sur elle, et elle se concentra à ignorer l’effet qui lui faisait son sourire, pour sans un mot lui désigner simplement la porte. Et elle attendit que tout s’écroule.

Instantanément, elle le sentit se tendre dans ses bras. Il ne s’éloigna pas d’elle brusquement non, mais elle sentit sa chaleur s’éloigner d’elle, et un frisson glacé la traversa toute entière. Elle baissa la tête et ferma les yeux un instant, priant pour pouvoir ignorer encore quelques seconde bénies ce qui venait de se passer.

Car ils venaient de faire un saut extrêmement brutal dans la réalité.

Elle était assaillie d’une multitude d’émotions. Le choc, la gêne, la culpabilité, la peur, l’impuissance. Elle leva de nouveau les yeux pour faire face à Serena, qui se tenait toujours, interdite, face à eux, une expression d’intense déception peinte sur le visage. Mais de toute manière que pouvait-elle faire ? Expliquer ? Défendre ? Argumenter ? Dans le fond elle savait parfaitement que leur attitude était indéfendable.

Elle tendit machinalement une main tremblante vers une patère, et attrapa un peignoir qu’elle enfila rapidement.

« Serena », tenta-elle en s’approchant de son amie, terminant de nouer la ceinture autour de sa taille. Elle tendit la main vers elle, seulement pour réaliser avec consternation que celle-ci se reculait au fur et à mesure qu’elle avançait. Tentant d’ignorer le fait que Chuck était toujours derrière elle, et qu’il ne semblait toujours pas avoir bougé, elle persévéra : « Serena s’il te plait, laisse nous t’expliquer … »

« Expliquer quoi Blair ? J’ai des yeux je te remercie », assena-t-elle sèchement. « Vous deux, vous êtes intenables. Je vous passerai le discours moralisateur sur le fait que vous avez une fille ensemble, et que mon frère est en couple avec une jeune femme adorable, qui a confiance en lui, et que je vois tous les jours, et considère comme mon amie. Vous êtes intelligents, vous savez tout ça. Mais qu’est-ce que je fais moi maintenant ?? ». Plus la situation devenait réelle dans sa tête, plus Serena sentait son énervement monter. Elle avait toujours été aux premières loges. Elle savait parfaitement avec quelle intensité Chuck et Blair s’était aimés, et blessés. La vie ne les avait pas épargné, le jeu de Sophie et Louis leur avait couté énormément, sans doute une vie de bonheur ensemble, mais aujourd’hui ils étaient adultes, parents, se devaient d’être responsables. Comment avaient-ils pu laisser faire ça ?

Sans égard pour son amie dont les yeux se remplissaient de larmes, ni pour son frère qui se tenait toujours à l’écart, dos à elles, et qui ne disait pas un mot, Serena continua à laisser exploser sa colère : « Vous pensez me faire croire que ce n’était que cette fois ? Un accident ? Ca fait des semaines que quelque chose cloche, vous pensiez que personne ne le verrait ? Qu’allez-vous faire ? Repartir en guerre, détruire le parent de votre enfant ? Ou bien continuer comme ça, et me demander de mentir à Rose ? »

« Non Serena bien sûr, nous allons trouver une solution … » tenta Blair.

« Mais quelle solution ? SI vous aviez du vous remettre ensemble ce serait déjà fait tu ne crois pas ? Alors quelle est la finalité de tout ça ? »

Blair ne sut quoi répondre. Elle ne pensait plus depuis tellement longtemps, ou est ce qu’elle tentait seulement de repousser une prise de décision qui semblait si énorme, si dangereuse qu’elle ne s’en sentait pas la force ?

Et si elle était assez forte ? C’était Chuck, il y avait Audrey, pourquoi la situation devait à tout prix être si compliquée…

Sans un mot, les bras ballants, elle se tourna désemparée vers Chuck.

Il avait, en silence, réussi à retrouver un peu de dignité, et s’était du moins en partie habillé, merci mon dieu. « Serena peux-tu nous laisser s’il te plait ? Je dois parler à Blair. »

La fermeté du ton et la détermination de son regard sembla rassurer un peu Serena, qui sembla se calmer. Quelqu’un avait enfin l’air de plus ou moins maitriser la situation pensa-t-elle. « Vas-y, insistât-il, je t’appelle dans l’après-midi pour régler les détails du gala ».

Impuissante, Blair ne put qu’observer Serena faire demi-tour, prendre son sac sur le canapé, et s’enfuir du bureau aussi rapidement qu’elle le pouvait, claquant la porte derrière elle. Elle se sentait en état de choc. Elle s’était tellement habituée à être dans leur bulle avec Chuck, que le fait de se retrouver brutalement exposée la laissait totalement désemparée. Elle avait besoin de lui, et cela lui paraissait la chose la plus naturelle du monde. Elle s’approcha doucement de lui, tandis qu’il commençait à boutonner sa chemise en silence. Elle posa sa main sur son avant-bras, pour qu’il arrête une seconde, et qu’enfin il la regarde, mais il n’en fit rien. Et lorsqu’enfin il leva les yeux sur elle, son sang se glaça instantanément.

Il n’avait pas l’air soulagé, ni apaisé, ni même heureux ou neutre. Elle aurait payé cher pour neutre à ce moment-là. Il avait juste l’air défait. « Chuck », dit-elle dans un murmure, resserrant instinctivement sa main sur son bras.

« Serena a raison. A quoi pensions-nous franchement, à nous cacher ainsi comme des ados ? Que nous ne nous ferions jamais prendre ? Et quand bien même, combien de temps étions-nous prêts à faire durer ça ? »

Blair tressaillit au ton employé par Chuck. Ça ? Il parlait ainsi d’eux ? Elle sentait que la pièce commençait à tourner, instinctivement elle sentait l’issue de cette discussion, sans être capable de projeter la situation. Elle avait dû faire face à tellement de changements radicaux, et surtout subits, dans sa vie, qu’elle commençait déjà instinctivement à refermer sa carapace.

« Chuck n’oublie pas à qui tu parles, c’est nous, Chuck et Blair, Blair et Chuck, ou pensais tu que cela nous mènerait honnêtement ? »

« Peut-être que je ne pensais pas Blair. Peut-être que je me suis fourvoyé, que je me suis menti à moi-même pour avoir ces moments avec toi, mais à quoi cela sert-il de ressasser le passé franchement ? On a passé l’âge. »

Blair eu un instant l’impression de revoir l’ancien Chuck. Celui qui avait prétendu avec tant de facilité, et pendant si longtemps, que leur relation n’était qu’un jeu pour lui. Elle sentit un goût amer envahir sa bouche. Elle était en train de perdre le contrôle de la situation.

« Chuck…. »

« Non Blair arrêtes. Tu devrais te rhabiller maintenant. »

Sans en dire davantage, il passa sans un regard à coté de Blair qui se tenait toujours au milieu de la pièce en peignoir, impuissante. Serrant ses bras autour de son corps, elle respira profondément plusieurs fois pour reprendre ses esprits, et surtout retrouver son calme. Son cœur battait la chamade, elle tremblait, et là tout de suite elle tenait surtout à conserver le peu de dignité qu’il pouvait lui rester.

Se retournant doucement, elle constata que Chuck avait quitté la pièce, et fermé la porte derrière lui. Se forçant à agir posément, à rester calme, elle rassembla ses affaires, se rhabilla en silence, lentement, mettant à profit ce temps pour clarifier ses pensées. Elle réappliqua soigneusement son maquillage, jusqu’à être parfaitement satisfaite de l’image qu’elle se renvoyait dans la glace. Ainsi, elle se décida prête à affronter Chuck.    

Elle n’avait aucune idée de ce qu’elle allait dire. Elle était incapable de se formuler à elle-même ce qu’elle voulait vraiment. La seule chose dont elle était certaine, du plus profond de son cœur, était qu’elle voulait se sentir de nouveau aussi bien qu’elle ne s’était sentie dernièrement dans ses bras.

Forte de cette idée, elle posa la main sur la poignée de la porte, et inspira profondément pour se donner une contenance. Elle finit par se convaincre d’enfin entrer dans le bureau de Chuck, pour réaliser une fois à l’intérieur qu’il était simplement parti.

La grande pièce lumineuse était totalement vide, et Blair sentit le poids du désespoir s’abattre sur ses épaules. Serena était repartie, furieuse, et Chuck avait suivi le même chemin, moins énervé mais pas tellement mieux disposé finalement. Et elle se retrouvait toute seule, encore.

Elle s’était considérée seule lorsqu’elle était à Monaco. Sa famille, ses amis étaient loin, et elle n’avait qu’Audrey, qui dépendait entièrement d’elle. Elle pensait que cette période de sa vie s’était terminée le jour où elle était montée dans l’avion pour New York avec sa fille, mais elle avait réussi à s’isoler même chez elle. Elle commençait à mesurer l’énormité de l’erreur qu’ils avaient commise avec Chuck. Ils avaient opté pour la facilité. Et elle ne faisait pas la facilité d’habitude. Et maintenant elle savait pour quelle raison.

*******************************

Chuck avait appelé Arthur tout en traversant l’open-space à la hâte. Il ne s’avouait pas à lui-même qu’il fuyait son propre bureau, qu’il fuyait Blair, mais c’était tout comme pourtant. Il avait appuyé frénétiquement sur le bouton d’appel de l’ascenseur, priant pour qu’elle ne le rattrapât pas, absolument paniqué à l’idée de devoir gérer Blair avec l’attitude qu’elle avait eu avec lui quelques instants plus tôt. Le déni avait certes quelque chose de lâche, et il avait sans doute passé l’âge, mais il avait surtout cet aspect sécurisant et confortable, qu’il se sentait incapable d’abandonner.

Comment avait-il pu laisser cette situation dégénérer à ce point, il était incapable de laisser son esprit s’aventurer près de la raison. Dans l’instant il voulait juste fuir. Fuir Blair, fuir n’importe quel lieu dans lequel elle se trouvait, puisqu’apparemment il était incapable de se comporter comme un homme doué de libre arbitre, comme le bon père qu’il s’était juré d’être pour Audrey.

**************************

Un mois s’était déroulé depuis que Serena avait surpris Chuck et Blair. Les deux amies marchaient côte à côte dans le parc, Audrey et Dorota suivant quelques pas derrière.

Elles avaient passé dernièrement énormément de temps ensemble. Le choc passé, Serena s’était facilement laissée convaincre que Blair avait avant tout besoin d’une amie pour l’aider et la soutenir plutôt que de la juger. Cette fois aucune d’elles n’avaient menti. Blair avait confié à Serena tout ce qui s’était passé, et comment, et surtout ce qu’elle avait ressenti lorsqu’elle avait vu Chuck la laisser seule et misérable dans cette pièce, pour ensuite ne plus donner de nouvelles pendant des semaines.

Blair avait d’abord été furieuse bien sûr, qu’il la laisse elle, mais aussi Audrey. Et puis les vieux réflexes étaient revenus, et elle avait compris que Chuck fuyait car comme cela s’était si souvent produit par le passé, il ne pouvait pas gérer ses sentiments. Elle le connaissait. Elle l’aimait. Et elle savait qu’il en avait besoin.

Les vieux réflexes étaient revenus, et elle avait retrouvé une forme de paix. Et puis un jour Serena lui avait annoncé au détour d’une conversation que Rose était absente du bureau. Aux questions que Blair n’avait pas manqué de poser, elle s’était vu répondre de façon évasive que Chuck aurait envoyé le jet de BI afin que Rose le rejoigne dans quelques voyage d’affaire. Depuis ce jour, un mauvais pressentiment diffus ne la quittait pas.

Blair était usée. Usée de subir. Elle avait été le pantin de Louis et Sophie, et s’était retrouvée seule au bout du monde avec sa fille. Le hasard lui révèle sa liberté, dont elle tente de tirer profit, pour réaliser qu’elle arrive trop tard. Que l’amour de sa vie ne l’a pas attendue assez longtemps, et que même si il est le père de sa fille, leur bonheur est désormais impossible. En brave fille, elle s’efforce de rester digne, de reconstruire sa vie, pour se retrouver saoule, collé à Chuck sur une piste de dance, à ne plus rien maitriser. Quand à ce qui a suivi certes, il en était sans doute davantage de son fait. Mais au milieu de tout cela, qu’en était-il de ses rêves de pouvoir et d’accomplissement ? Qu’en était-il de Blair Waldorf ?

« Blair, à quoi pense tu ? », interrogea Serena, inquiète du silence de son amie avec laquelle elle marchait bras dessus bras dessous.

Secouant doucement la tête pour dégager son visage des mèches de cheveux que le vent dérangeaient, Blair répondit doucement : « Je m’inquiète de la surprise de Lily pour tout te dire. Tout ce mystère ne présage rien de bon. »

Sans le dire Serena partageait son inquiétude. Pas pour elle-même, mais pour Blair. Elle avait longtemps pensé possible de dire que Chuck était désormais mature, et stable, et fiable. Mais le retour de Blair et Audrey avait tout changé. Et son départ précipité, même si soit disant professionnel, et ce depuis plusieurs semaines, ne pouvait rien augurer de bon. Elle savait qu’un facile discours de motivation de fille ne servirait à rien. C’était Blair. Avec son lot de pragmatisme et de réalisme. Elle seule sans doute connaissait Chuck mieux qu’elle, et intimement elle savait que son inquiétude était fondée.

« Si cela peut te consoler, dis-toi que la connaissant, elle a sans doute prévu du staff supplémentaire pour t’approvisionner en mimosa toute la matinée. Et qu’en fonction de ce qui se prépare nous envisageons avec Nate de revoir le quota de membre du NJBC à 3. Maximum. »

Blair ne pu réprimer un sourire. Non. Elle n’était plus vraiment seule en réalité.

Quelques minutes plus tard, elles pénétrèrent toutes les quatre dans le vaste loft de Lily et Rufus. Il ne fut que quelques secondes au chaleureux couple pour les accueillir et les accompagner dans le salon, ou en un coup d’œil Blair constata qu’effectivement, Lily avait largement surévalué les réserves de champagne. Levant un coup d’œil cynique vers Serena, elle trouva une forme de réconfort dans le fait que son amie semblait avoir remarqué la même chose, et qu’elle se rapprochait déjà imperceptiblement d’elle. Blair tenta d’ignorer le frisson glacé qui commençait à la parcourir, prit une grande inspiration, et, tout en surveillant d’un œil que Dorota s’occupait bien d’Audrey, entreprit de répondre aux questions polies que Lily, en parfait hôtesse comme d’habitude, commençait déjà à lui poser.

Son estomac était parfaitement vide, et elle tentait d’ignorer la crampe qui se faisait plus langoureuse. Elle sourit rapidement à Serena qui, à son coté, attrapa pour elle une coupe de champagne et la lui tendait, et continua de discuter avec Lily, même si le cœur n’y était pas. Elle était Blair Waldorf. Et même si elle se considérait plus en moins en famille dans cette maison, elle n’allait pas non plus renoncer à sa fantastique capacité à contrôler ce qu’elle laissait paraitre de ses sentiments.

Elle avala difficilement sa salive lorsqu’elle entendit l’ascenseur arriver dans le penthouse, annonçant l’arrivée de la suite des invités. Et dès lors tout se déroula comme au ralenti, comme dans un brouillard. Lily finit par y porter attention aussi, et se détourna d’elle, pour se diriger vers l’entrée, les bras ouvert. Blair l’entendit vaguement dire « Charles ! », et elle sentit la main de Serena se serer sur la sienne. Elle se força à inspirer profondément, comme pour forcer son corps à se détendre, et tourna la tête vers l’entrée elle aussi, sentant ses parfaites boucles brunes balayer ses épaules.

Ce qu’elle avait sous les yeux était l’apparente perfection d’un couple heureux. Chuck et Rose, le teint hâlé, détendus. L’inverse de sa propre situation, ne peut-elle s’empêcher de penser. La fuite présente cet avantage.

Toute l’assemblée, Audrey et Nate, arrivé avant elles, se précipitait pour les accueillir, et Blair ne put que suivre le mouvement, tentant de ne pas trop remarquer que Chuck semblait désespérément fuir son regard.

Rapidement Lily n’y tint plus. Et alors que tout le monde ne s’était même pas encore dit bonjour, elle ne put s’empêcher de poser la question qui lui brulait les lèvres : « Alors Charles pourquoi tout ce mystère, quelle est cette fameuse nouvelle ? »

Et comme dans un cauchemar, car il n’y avait pas d’autre monde ou une telle chose puisse se produire, elle observa médusée Chuck prendre Audrey dans ses bras, alors que Rose restait niaisement à côté de lui, pour annoncer à la cantonade, fuyant toujours son regard : « Nous sommes fiancés ».


soso4662  (05.03.2014 à 20:10)

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