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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 16.05.2013 à 22h45
Auteur : katido
Statut : Terminée
« Et si tout avait été différent ? 500 % Blass avec des pointes de Serenate et un peu de NJBC » katido
Cette fanfic compte déjà 191 paragraphes
Préambule
Avant de commencer de cette fic, je voudrais m'excuser par avance si je venais à heurter la sensibilité de certaines personnes qui auraient connues une expérience similaire.
Je ne cherche en aucun cas à utiliser la douleur de celles-ci et ne prétend en aucune façon pouvoir, ne fut-ce qu'imaginer, l'intensité de la peine qu'un tel drame peut engendrer. Je n'ai pas connu personnellement cette situation et, très égoïstement, en remercie un Dieu auquel je ne crois plus vraiment.
Je l'ai cependant vécu par procuration dans mon entourage et il est vrai que c'est un sujet qui me touche profondément en tant que mère, comme chacune, je suppose.
Je réitère encore une fois mes profonds regrets si mes mots devaient blesser qui que ce soit.
katido
Para 1
Lundi 5 septembre 2011 : 20h36
Blair serra l'enveloppe tellement fort dans sa main que ses ongles s'enfoncèrent dans sa paume. Le papier soigneusement plié qu'elle avait glissé dans la poche de son manteau paraissait peser des tonnes.
Elle ferma les paupières, contrairement à ce qu'elle avait dit à Dan, une partie d'elle, celle qui tambourinait comme une folle dans sa poitrine, avait espéré que ce soit l'enfant de Chuck. Bien sûr, sa raison, elle, approuvait totalement les résultats qu'elle venait de découvrir.
S'il y avait bien une chose qu'elle savait à propos de Chuck Bass, c'est qu'être père n'était pas à l'ordre du jour. Son style de vie était à l'opposé de celui d'une vie de famille. Il ne supportait même pas les animaux.
Pas plus tard qu'il y trois heures, gossip girl avait diffusé un blast de lui renvoyant un pauvre cabot à la fourrière. Ce n'était certainement pas pour s'encombrer d'un moutard dans les pattes, quand bien même il serait le sien.
Les autres blast de l'été avaient clairement établi qu'il avait renouer avec ses anciens démons. Une fille différente à chaque soirée et à chaque bras !
Mais encore, elle ne s'était pas attendu à autre chose de sa part après qu'il l'ait renvoyée dans les bras de Louis alors qu'elle avait choisi de rester dans les siens.
Le taxi s'arrêta le long du trottoir et elle inspira une grande goulée d'air en levant les yeux vers les néons rouges sur le toit de l'Empire.
Quoi qu'il en soit, elle voulait le lui annoncer elle-même. Elle ne tenait pas à ce qu'il l'apprenne par autrui et qu'il se pose la question totalement justifiée de sa possible paternité. Même si c'était la dernière chose au monde qu'il souhaitait, il avait le droit de savoir. Il avait le droit de continuer sa vie sans la moindre équivoque quand à leur relation terminée.
Elle paya le chauffeur et se dirigea vers le portier.
- Bonsoir Mademoiselle Waldorf, ça faisait longtemps.
- Bonsoir Georges.
Elle gratifia l'employé d'un petit sourire mièvre. Elle avait si souvent franchi le seuil de cet hôtel ... leur hôtel ... son hôtel, se corrigea-t-elle.
Elle s'engagea dans le corridor qui menait à l'ascenseur privé et son sang se mit à courir dans ses veines à la vue du beau brun qui lui tournait le dos.
- Chuck, appela-t-elle en se rapprochant.
Il se figea en entendant sa voix prononcer son nom.
Il l'entendait régulièrement dans ses songes, quand elle accourait vers lui pour lui annoncer qu'il s'était trompé, qu'elle ne pouvait pas être heureuse sans lui, même avec un prince.
Cependant le rêve finissait toujours pas prendre fin pour laisser place à la réalité et les paroles réelles de la jeune femme repassaient en boucle dans son esprit.
« Tu l'aimes vraiment ton prince, n'est-ce pas ?
- Oui, mais pas comme je t'aime toi. Avec Louis, c'est un amour plus simple, plus léger. C'est lumineux, il me rend heureuse.
- Et moi, non !
- Ce qu'on a, c'est la passion. C'est intense, dévorant, ça nous consume entièrement. Le bonheur est bien peu de chose à côté de ça. Peu importe combien nous nous déchirons, on revient toujours l'un vers l'autre au final. »
Mais cette fois, il veillerait à ce que ce ne soit pas le cas.
Son cœur se serra au souvenir des paroles d'Eléanor.
« Son conte de fée est en train de se réaliser, elle n'a pas besoin que le grand méchant loup ne vienne tout gâcher encore une fois. Il est temps que tu lui fasses tes adieux, définitivement. »
Elle méritait d'être heureuse. Elle méritait son prince et son conte de fée. Elle méritait bien plus encore. Bien plus qu'il ne pourrait jamais lui donner.
- Chuck, répéta-t-elle.
Son cœur rata un autre battement et il prit conscience qu'il ressentait à nouveau les choses.
Dire qu'il avait essayé tous les trucs d'Humphrey sans succès (il avait même adopté un chien !) alors qu'il lui suffisait d'entendre le son de sa voix pour que toutes ses sensations reviennent en moins d'une seconde.
Il carra la mâchoire avant de lui faire face.
- Qu'est-ce que tu fais là, Blair ? questionna-t-il du plus froidement qu'il put, haletant.
Si son cœur saignait, il n'était pas le seul. La douleur physique de ses côtes fissurées se réveillait en même temps que les plaies de son âme et c'était quasiment intolérable, comme si ses poumons se déchiraient à chaque inspiration ou expiration. Il ne savait pas lequel des deux en était le plus responsable mais il en eut le souffle coupé.
- Il faut qu'on parle, dit-t-elle sur un ton qui indiquait qu'elle ne changerait pas d'avis.
Mais sa voix faiblit quand elle vit son visage.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? s'inquiéta-t-elle, fixant sa pommette tuméfiée.
Dan avait dit que Chuck allait bien.
- Rien d'important, souffla-t-il en tentant de raccourcir sa respiration au maximum.
Les portes s'ouvrirent et il fit un pas en avant pour pénétrer dans la cabine. La souffrance se propagea en lui comme la foudre et il fit un autre pas pour ne pas tomber au sol, se raccrochant à la barre de fixation de la chambre métallique.
Le cœur de B s'affola lorsqu'elle vit ses beaux traits se tordre en un masque de douleur.
- Chuck, murmura-t-elle en posant une main sur son flan, inconsciente de ce que son geste provoquait.
- Ne me touche pas, parvint-il à articuler alors que son supplice augmentait.
La peine que ses mots instillèrent en elle, coupant comme une lame de rasoir dans sa chair tendre, fit jaillir les larmes dans ses yeux sans crier gare.
Il avait dit qu'il avait besoin de la laisser partir mais elle n'avait pas compris que ça impliquait qu'il ne supporterait plus sa présence.
Elle remercia silencieusement le ciel que le bébé soit de Louis en reculant d'un pas.
Chuck respira le plus lentement qu'il le pouvait sans oser la regarder. Il savait que s'il croisait son regard il n'aurait pas la force de l'éloigner de lui.
Elle l'observait toujours quand Nate arriva à son tour.
- Merde ! lâcha l'héritier Archibald en apercevant son meilleur ami appuyé contre la paroi.
A vrai dire, il était plutôt recroquevillé sur lui même et il se cramponnait à la rampe de métal comme s'il allait s'effondrer d'une seconde à l'autre.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? interrogea-t-il en s'adressant à Blair.
La brunette lui jeta un regard ahuri, ne comprenant pas de quoi il parlait.
- Hé ! Man, ça va ? demanda-t-il en posant sa main sur l'épaule de Chuck.
Ce dernier resserra son emprise sur la barre de fixation et ses jointures devinrent blanches. Il avait l'impression que sa cage thoracique était en feu.
Nate se mordit la lèvre inférieure. Pourquoi est-ce qu'il posait toujours des questions stupides quand il avait la réponse évidente sous les yeux ?
Il appuya sur le bouton de fermeture des portes. Il aurait voulu aider son meilleur ami mais il ne savait pas trop comment faire sans le faire souffrir d'avantage. Dan avait sans doute trouvé un moyen de faire revenir ses sensations physiques.
A moins que ce ne soit Blair, pensa-t-il en jetant un coup d’œil à la brunette, blanche comme un linge.
Chuck tenta de réprimer une envie de tousser sans y parvenir et comme il s'y attendait, ce fut pire que tout le reste. Il fit un effort pour aspirer de l'air malgré tout mais ses voies respiratoires ne coopérèrent pas et il eut l'impression qu'il allait étouffer.
Le tintement de l'ascenseur résonna et Nate l'empoigna par un bras, le décollant de la paroi.
- Aide-moi, enjoint-il B, qui restait pétrifiée par le spectacle d'horreur qui se déroulait sous ses yeux.
Elle sentait ses jambes trembler sous elle mais réussit tout de même à faire obéir son corps à son commandement.
- Pas comme ça ! intervint encore l'héritier Archibald lorsqu'elle voulu passer son bras autour de la taille de Chuck.
Elle suspendit son geste, interrogeant Nate du regard.
- Il a plusieurs côtes fêlées, l'informa-t-il. Prend son bras !
A eux deux, ils amenèrent le jeune homme jusqu'à sa chambre, tout en évitant Monkey qui avait bien l'intention d'accueillir joyeusement son nouveau maître.
Nate renvoya le pauvre corniaud dans la cuisine, tandis que Blair obligeait Chuck à s'allonger sur son lit
- J'appelle un médecin, déclara-t-elle en décrochant son smartphone.
Mais le jeune homme au regard ténébreux posa sa main sur la sienne pour l'en empêcher.
- Il en a déjà vu un, déclara Nate depuis l'embrasure de la porte. Dan ne te l'a pas dit ?
Non, il ne lui avait rien dit !!!
L'héritier Archibald disparut dans la salle de bain attenante, les abandonnant un instant.
Blair observa son ancien amant qui grimaçait alors qu'il tentait d'inspirer et d'expirer le plus normalement possible. Impuissante à le soulager, elle se contenta de serrer ses doigts dans sa paume, aussi fort que son cœur se contractait dans sa poitrine.
Nate revint avec un verre d'eau et les médicaments que le médecin avait prescrits quelques jours plus tôt et que Chuck avait catégoriquement refusés de prendre.
- Donne ! ordonna la brune en s'emparant du flacon.
Elle passa un bras sous la nuque de Chuck pour l'aider à se redresser un peu et glissa les gélules entre ses lèvres avant d'y porter le récipient pour l'aider à boire.
Il avala difficilement les antalgiques, son œsophage le brûlant également, puis se laissa retomber sur son oreiller, paupières closes.
Il sentit la main de Blair frôler son front pour écarter une mèche de ses cheveux et la caresse de ses doigts sur sa pommette bleuie le fit frissonner.
- Le médecin a aussi recommandé de maintenir ses côtes en place pour éviter une fracture plus importante et minimiser la douleur au maximum, expliqua Nate en posant un bandage sur les genoux de B.
Il empoigna son ami par les deux coudes et l'assista pour s'asseoir tandis que la jeune femme s'employait à déboutonner sa chemise.
Un geste qu'elle n'imaginait pas refaire un jour, encore moins dans ces circonstances.
Un hoquet de surprise s'échappa de ses lèvres et ses pupilles se dilatèrent quand elle prit connaissance de l'énorme ecchymose qui s'étalait sur son torse.
Elle se saisit du bandage et entreprit de le placer méthodiquement autour de la cage thoracique de Chuck pour maintenir ses côtes et apaiser son martyre.
Quand elle eut terminé, elle plongea son regard dans celui du jeune homme.
- Merci, dit-il avant de baisser les yeux sur ses mains manucurées à la perfection.
Son cœur se réchauffa et un petit sourire timide se nicha sur ses traits malgré la peine qui étreignait toujours son thorax en notant ses ongles lilas, même s'il savait qu'il n'en n'avait pas le droit.
Il n'en n'avait plus le droit.
Elle serait heureuse à présent, se promit-il.
*****
Lundi 5 septembre 2011 : 22h13
Blair claqua violemment la portière du taxi qui venait de la déposer à Brooklyn. Elle était furieuse et Humpty Dumpty ne perdait rien pour attendre.
Elle grimpa les étages de l'immeuble (sans ascenseur) quatre à quatre, pressée d'en découdre avec Dan.
Ce dernier eut à peine le temps d'ouvrir la porte qu'elle était au milieu du loft.
- Comment as-tu osé me faire ça, Humphrey ? cria-t-elle.
Le jeune homme aux cheveux hirsutes sentit une goutte de sueur couler le long de son échine.
Elle avait tout découvert !
- Je t'ai demandé comment allait Chuck et tu m'as dit qu'il allait bien ! hurla-t-elle.
Ses yeux lançaient des éclairs.
Il poussa un «ouf» de soulagement, il ne s'agissait que de Chuck ... Encore et toujours !
L'amertume s'empara de lui et il sentit l'irritation s'accumuler dans ses veines à cette réalisation.
Ne tournerait-elle donc jamais la page ?
Elle avait lu les résultats, elle était enceinte de Louis, Bon Dieu !
Et tout ce qui l'a tracassait, c'était le sort de ce multimillionnaire pédant !
- Et il va bien, lui assura-t-il.
- Bien ? Tu appelles ça bien ? éructa-t-elle. Il a eu un accident de moto, plusieurs côtes fêlées et il a payé des types pour le tabasser.
Nate s'était mis à table sans se faire prier.
- Non, ça c'était avant ! fit remarquer Humphrey. Je t'ai dit que je veillerais sur lui pour toi et c'est ce que j'ai fait. Le syndrome de Burgein est comme un syndrome poste traumatique. Les gens peuvent devenir aveugle, paralyser ou ne plus rien ressentir du tout. Dans son cas, le traumatisme, c'est que tu l'aies quitté. Il faut qu'il retrouve des sensations ...
En réalité, c'était Chuck qui l'avait quitté et non l'inverse, songea-t-elle. S'il n'avait tenu qu'à elle ...
- Et on y travaille, continua Daniel. C'est pour ça que je lui ai ramené un chien et ...
- Ce chien est censé me remplacer ? s'offusqua-t-elle.
- Oui ... Quoi ? Non ! Ce que je veux dire, c'est que ... il vaut mieux qu'il retrouve des sensations positives plutôt que négatives et ... se lier émotionnellement avec un être vivant qui dépend entièrement de lui est déjà un pas de géant pour Chuck ...
- Hé ! Il est capable de prendre soin des personnes qu'il aime ...
- En t'échangeant pour un hôtel contre une nuit de sexe avec son oncle ? questionna Dan sans la laisser finir.
- C'était ... ce n'est pas ...
- Ce n'est pas quoi ? Ce à quoi ça ressemble ? Bien sur que si ! Il te considérait comme sa propriété, un objet, ni plus, ni moins ! Je ne comprends même pas comment tu as pu un instant hésiter entre Louis et lui. Il est arrogant, égoïste et ...
- Ça suffit ! s'agaça Blair. Je n'ai pas besoin que tu soulèves tous les défauts de Chuck. Mais contrairement à ce que tu crois, il a aussi des qualités. Quand on le connaît ...
- Ouais, ben franchement, personnellement je le connais de mieux en mieux, grâce à la promesse que je t'ai faite et je ne vois pas de quoi tu parles. Si je l'aide ...
- Si tu l'aides ? Non mais tu rigoles ou quoi ? C'est ça que tu appelles aider ?
- Il a recouvré ses sensations ou pas ? demanda Dan.
- Oui et c'était horrible, commenta Blair en repensant au moment de la soirée qu'elle avait passé à l'Empire.
- L'important, c'est qu'il en soit sorti. J'espère au moins qu'il n'a pas utilisé ça comme prétexte pour essayer de te récupérer.
« Rentre chez toi, ton prince t'attend. Il n'approuverait sûrement pas de te savoir ici. »
Non, il n'avait pas tenté de la retenir, au contraire.
Un sentiment de tristesse s'insinua en elle et elle sut qu'il ne la quitterait pas de toute la nuit, ni les jours à venir d'ailleurs.
*****
Lundi 5 septembre 2011 : 23h58
«- Si je suis venue, c'est parce que j'avais besoin de te parler.
- Non, tu n'as pas besoin de me parler. C'est à Louis que tu dois parler désormais. Pas à moi.
- Je suis enceinte.
Le temps suspendit son cours et sa respiration se coinça dans sa gorge, mais cela n'avait rien à voir avec ses côtes fêlées.
- C'est le bébé de Louis, ajouta-t-elle très vite.
Il aurait pu jurer que les tessons de son cœur ricochant sur le sol s'étaient entendus jusqu'à l'autre bout de New York à cette annonce.
Elle portait le bébé de Louis, elle allait donner naissance à leur enfant et serait la plus belle princesse que Monaco, où n'importe quel autre État, ait jamais connue.
Elle voulut s'avancer vers lui mais il fit un signe de la main pour lui indiquer que c'était inutile.
- Je ne voulais pas que tu l'apprennes par quelqu'un d'autre et que tu te demandes si c'était peut-être le tien.
- C'est très attentionné de ta part. Je suis certain que tu as dû être soulager de ne pas porter ma progéniture. Ça aurait pu compliquer ton conte de fée.
- Ce conte de fée est déjà compliqué, répondit-elle, le cœur en exergue.
- Tu devrais vraiment rentrer retrouver ton prince, murmura-t-il.
- Oui, j'y vais. Il m'attend. »
Il avait fermé les paupières quand il l'avait entendue s'éloigner.
Ses deniers mots avaient lacéré encore un peu plus son cœur quand la porte s'était refermée derrière elle.
« Une partie de moi aurait vraiment voulu qu'il soit de toi. »
Des larmes roulèrent sur ses joues sans qu'il puisse rien y faire. La torture présente était bien pire que tout ce qui lui avait déjà été infligé. Ses côtes fracturées, sa pommette tuméfiée, l'indifférence et le mépris de Bart, la fausse mort d’Élisabeth, sa trahison et son départ, encore, les sales coups de Jack, tout ça n'était rien comparé à ce qu'il ressentait en cet instant.
La seule chose qui s'en rapprochait était la culpabilité qu'il ressentait pour tout le mal qu'il avait causé à la femme de sa vie. Celle-là même qui portait l'enfant d'un autre dans ses entrailles. Celle qui était fiancée et serait bientôt unie pour le reste de sa vie à un prince qui la rendait heureuse et lumineuse. Bien plus heureuse et bien plus lumineuse qu'il ne le pourrait jamais.
Il avait pris la bonne décision pour Blair, cependant, le savoir n'allégeait pas son affliction pour autant. Pourtant, il referait exactement le même choix pour celle qu'il aimait si cela se représentait. Parce qu'elle méritait bien mieux que lui. Elle méritait ce qu'il y avait de mieux et il ne serait jamais rangé dans cette catégorie.
Monkey poussa la porte avec sa truffe et trottina jusqu'au matelas puis sauta sur le lit pour s'installer à côté de son maître. Il posa sa petite gueule sur son bras et resta là, à partager sa peine.
- Hé, man, est-ce que ça va ? s'inquiéta Nate depuis le seuil de la chambre. Est-ce que tu veux que je rappelle le médecin ?
Chuck ne répondit pas, sa gorge laissait à peine passer l'air qu'il s'efforçait de respirer le plus lentement possible pour diminuer la pression sur ses flans.
- Si tu veux un truc plus fort, il y en a certainement dans ta pharmacie. Tu as plus de drogues là-dedans, prohibées ou non, que dans un hôpital entier, je parie.
Mais son meilleur ami resta silencieux.
- Hé, mec, tu sais que je suis là si tu as besoin, dit-il encore.
A nouveau seul le silence se fit entendre dans la pièce.
Nate pivota sur lui-même, le fils de Bart n'avait pas pour habitude de s'étaler sur ses états d'âmes, il préférait de loin les noyer dans l'alcool.
- Elle est enceinte, prononça Chuck.
Sa voix semblait venir d'outre tombe.
L'héritier Archibald se retourna vers le jeune homme allongé sur son lit.
- Elle est quoi ? demanda-t-il en pénétrant plus avant dans la chambre.
- Tu as bien entendu, articula encore avec difficulté le jeune Bass.
- Est-ce que ...
- Non, c'est celui de Louis, répondit Chuck avec un sourire cynique avant que la question ne quitte les lèvres de son meilleur ami.
- Je suis désolé, offrit ce dernier.
- Pas moi, indiqua le propriétaire de l'Empire. C'est bien mieux comme ça, crois-moi. Au moins rien ne la rattache à moi.
*****
Mardi 6 septembre 2011 : 00h12
Louis la regardait sans ciller.
Son cauchemar était donc devenu bien réel.
Quand la journaliste lui avait rapporté les paroles de son futur époux à propos de sa non-intention de paternité immédiate, elle avait pensé qu'il avait peut-être dit ça pour éviter que la presse ne les harcèle à ce sujet.
Cependant, devant son visage fermé et ses traits durcis, force était de constater qu'il pensait réellement chaque mot qu'il avait avancé au magasine Hello
- Tu ne comprends pas que c'est beaucoup trop tôt ? Je ne veux pas qu'un nouveau scandale vienne éclabousser la monarchie monégasque. Albert a déjà bien assez de frasques à son actif, particulièrement dans ce domaine ! Et ma mère sera furieuse ! Une princesse enceinte le jour de son mariage, ce serait jeté la honte sur la famille Grimaldi toute entière, ça pourrait me coûter ma place dans l'ordre de succession au trône. Ce n'est pas ce que tu veux, non ?
- Non, bien sur que non, répondit Blair, le cœur en miettes. Mais ... alors ... qu'est-ce que ...
- On aura tout le temps d'avoir d'autres enfants plus tard, quand le moment sera venu, la coupa-t-il.
Elle ne pouvait pas croire qu'il lui demandait ça.
Comment pouvait-il envisager de se débarrasser de leur enfant encore si minuscule ?
Certes, comme l'avait relevé Louis, ce n'était encore qu'un embryon, mais dans son cœur, il était bien plus qu'un amas de cellule.
Il était le futur, l'avenir, un enfant qui rirait et qui pleurerait et qu'elle se sentait le devoir de protéger même si elle n'avait pas choisi le moment de sa venue.
Bien sûr, elle aurait menti si elle avait proféré que l'idée ne l'avait pas effleurée, mais si brièvement qu'en réalité, elle pouvait dire sans mentir qu'elle n'avait pas considérer l'avortement comme une option véritable.
Elle se leva et se dirigea vers la salle de bain.
Une larme roula sur sa joue qu'elle ne prit pas la peine d'essuyer.
Elle avait le sentiment qu'elle en verserait encore plus d'une dans les semaines et mois avenir.
Des années, lui souffla une petite voix qui s'échappait de son cœur.
*****
Para 2
Mardi 15 mai 2012 : 8h52
Blair Waldorf ouvrit lentement les paupières et poussa un long soupir. Elle glissa lentement sa main sur son abdomen. Encore une journée qui débutait.
Cependant, étrangement, sans savoir pourquoi, elle se sentait moins malheureuse ce matin que tous les autres matins des dernières semaines qui venaient de s'écouler. Elle referma les yeux, tentant de se raccrocher à sa douleur, c'était la seule chose qui lui restait de l'existence fugace de son fils et elle n'était pas prête à l'abandonner.
Si elle commençait à se sentir mieux alors, bientôt, son chagrin s'estomperait doucement et finirait par devenir supportable. Bientôt, sa grossesse ne serait plus qu'un souvenir douloureux. Un parmi tant d'autres et ça elle n'était pas prête à l'accepter.
Pas plus qu'elle n'était prête à accepter la perte de cet enfant à presque quatre mois de gestation. Elle refusait de laisser s'en aller la peine qui remplissait son cœur depuis que son utérus était vide. Ça aurait été comme reconnaître qu'elle ne pouvait rien y changer. Qu'elle n'était peut-être pas responsable de la disparition de son bébé et elle n'avait pas la force de faire face aux événements tels qu'ils s'étaient réellement déroulés.
Elle avait besoin de se raccrocher à ses blessures, de les garder vives, pour que le cœur de son enfant continue de battre au travers de son malheur, ç'aurait été une trahison de se remettre à vivre.
Pourtant le temps semblait emporter avec lui, même le pire des tourments. Lentement, inexorablement, les souvenirs de l'accident se désagrégeaient peu à peu dans sa mémoire.
Pas vraiment en réalité, le bruit de la tôle froissée, la chaleur du corps de Chuck protégeant le sien, la sensation du sang qui s'écoulait entre ses cuisses, de celui du jeune homme qui gouttait sur son bras, l'odeur des pneus brûlés, la voix de Nate qui hurlait leurs prénoms, le chant des sirènes qui retentissait dans ses oreilles bourdonnantes, tout ça était bien clair dans son esprit.
Mais c'était de plus en plus lointain, comme si d'actrice, elle devenait spectatrice de la scène effroyable qui avait radicalement changer sa vie ce soir là.
Elle ne serait plus jamais la même. Elle ne serait plus jamais la future princesse de Monaco. Elle ne serait plus jamais la jeune femme insouciante qu'elle avait été non plus. Queen B était restée quelque part dans ses années adolescentes ou le plus important était ce que les gens pensaient de vous. Où la reine n'existait qu'à travers le regard de ses sujets.
Aujourd'hui, elle se moquait bien de ce que le peuple pensait d'elle.
Elle s'était enfoncée sous les couvertures, refusant d'entendre les rumeurs qui grondaient au dehors. Elle s'était abrutie de médicaments, au point de pouvoir à peine mettre un pied devant l'autre, d'avancer, littéralement, physiquement et psychologiquement.
Elle avait passé des jours et des semaines dans son lit, forçant Dorota à se fâcher pour l'obliger à prendre sa douche ou se nourrir, à peine, incapable de trouver la force de faire autre chose que de pleurer la perte de son enfant.
Elle rouvrit les yeux et observa un instant les rayons du soleil qui jouaient avec les ombres des rideaux, flottants sous l'effet de la brise légère de cette fin de printemps. La fenêtre était entrouverte et un léger parfum de la junte New-Yorkaise agaça ses narines.
Elle se surprit à avoir envie de regarder les gens en bas, fourmis minuscules qui continuaient à tracer leur chemin au milieu des autres, inconscientes du monde de Blair Waldorf qui s'était arrêté de tourner un soir d'octobre.
Elle étira un bras, puis deux, étendit une jambe, puis l'autre et une petite moue de satisfaction se dessina sur son visage, vite remplacée par un torrent de reproches psalmodiés à la constatation de la sensation de bien-être qui s'était emparée d'elle l'espace d'un instant.
La brune soupira à nouveau et se décida à se lever. C'était la première fois qu'elle s'en sentait la force sans y être contrainte par une tierce personne. Elle se redressa lentement, puis rejeta les draps sur le côté et s'assied prudemment sur le rebord de son matelas, laissant pendre ses mollets le long de l'encadrement de bois.
Elle savoura quelques secondes la sensation de son cœur quelque peu apaisé et fronça les sourcils.
Alors quoi ? C'était tout ? Le temps faisait son œuvre et elle se réveillait un jour avec le sentiment que sa vie pourrait peut-être reprendre son cours ?
« Le moment venu, vous trouverez la force en vous de vous relever et de commencer à vous pardonner pour quelque chose dont vous n'êtes en rien responsable. Surtout ne vous refuser pas cette possibilité. » lui rappela la voix du Docteur Sherman, son psychiatre.
« Tu n'es pas à blâmer pour ce qui est arrivé. Si cet enfant n'est pas venu au monde, c'est qu'il était destiné à ne pas l'être. » chuchota celle d'Eléanor depuis un autre recoin de son cerveau.
« Rien de ce que tu t'infliges ne pourra changer quoi que ce soit, Blair. Ça ne veut pas dire que cela en fait moins mal pour autant, mais il faudra bien que tu finisses par faire face au fait que ni toi, ni moi, ne pouvons maîtriser les forces de l'univers. Peu importe combien nous le voudrions. » résonna celle de Chuck à son tour.
Chuck !
Elle avait soudain le besoin irrépressible de ressentir la force de ses bras autour d'elle, de sentir la chaleur sécurisante de son étreinte, l'odeur réconfortante de son parfum, la douceur apaisante de sa peau contre la sienne.
C'était lui qui l'avait soutenue à bout de bras, plus que tout autre, depuis la seconde où il avait enfin ouvert les yeux dans cette chambre d'hôpital.
Elle avait bien cru le perdre lui aussi. Si ça avait été le cas, elle ne l'aurait pas supporté. L'annonce de la perte de son bébé avait laissé un vide immense dans son être et dans son âme, elle n'aurait pas pu endurer plus de souffrances. Heureusement la cruauté n'avait pas été poussée si loin dans toute cette tragédie. Elle en serait sans doute devenue complètement folle.
Blair frissonna en repensant à ces instants horribles, revoyant le visage de Serena à son chevet alors qu'elle venait de se réveiller après l'accident.
*****
Samedi 8 octobre 2011 : 03h46
- Vous avez perdu le bébé, déclara l'infirmière sur le ton désolé qui s'imposait lors d'une pareille annonce à une future maman.
La brune sentit les larmes affluer à ses paupières et le froid prendre possession de ses entrailles et de son cœur.
Le cri strident des pneus sur le bitume et de la tôle froissée revint à ses oreilles.
- Je suis désolée, le médecin a fait tout ce qu’il a pu, articula encore la femme en blanc.
Blair laissa couler ses larmes en silence. Elle ne pouvait pas croire qu’il n’était plus là, qu’il ne grandissait plus au creux d’elle-même.
Elle se remémora la vision de Chuck, étendu sur une civière à quelques mètres d'elle, sa tête enrubannée dans un pansement posé par les premiers secours que Nate avait appelés. Son regard la cherchait désespérément. Il avait tendu la main vers elle, dans un dernier geste, avant qu'elle ne le voie perdre connaissance et que l'équipe médicale ne tire le rideau.
Le jeune homme qui venait de lui faire la promesse de passer le reste de sa vie avec elle et leur bébé avait tenté de les protéger de son mieux, utilisant son corps comme rempart.
- Chuck, murmura-t-elle d'une toute petite voix.
- Il n'est pas encore réveillé, dit doucement sa meilleure amie, des larmes brillant au fond de ses yeux. Les médecins disent que ce n'est pas bon du tout.
Elle posa sa main sur celle de Blair, espérant lui apporter un peu de réconfort.
Mais qu'est-ce qui pourrait bien soulager la jeune femme dans ces circonstances ?
- Je veux le voir, s'exclama-t-elle.
- Blair ...
- J'ai besoin d'être auprès de lui, maintenant, tu comprends ?
Serena hocha la tête. Oui, elle comprenait parfaitement le désespoir infini qu'elle pouvait déchiffrer dans les prunelles noyées d'eau salée de son amie d'enfance.
La blonde se leva et fit pivoter le fauteuil pour aider B à s'y installer puis la mena jusqu'à la chambre attribuée à son frère adoptif.
B poussa la porte numérotée 697 et déglutit difficilement la boule qui lui enserrait la gorge.
Nate, qui avait tiré une chaise à côté du lit de son meilleur ami, était assis à ses côtés, en l'absence de Lily, partie signer des documents.
Le jeune homme leva les yeux sur elle et lui fit un sourire maladroit. Il ne connaissait pas les mots à dire. Dans ces cas là, les paroles étaient vaines.
L'héritier Archibald se remettait à peine du cauchemar éveillé qu'il venait de vivre. Il avait bondit hors de la limousine, celle qui suivait celle à bord de laquelle étaient ses amis. Après avoir, bien malgré lui, assisté au crash en direct, il avait appeler les secours immédiatement.
- Je suis désolé, offrit-il à Blair.
Elle acquiesça en signe de reconnaissance.
- Tu es certaine que ça va aller ? Je peux rester si tu veux, s'inquiéta-t-il devant le teint livide de son amie.
Elle fit un autre signe de la tête, de refus celui-là.
Nate questionna silencieusement Serena qui se tenait derrière la brune et cette dernière lui indiqua que tout irait bien. Ils resteraient juste là, dans le couloir, derrière la porte.
Il se leva et rejoignit la blonde pour laisser un peu d'intimité à leurs amis.
C reposait sur le lit, pâle comme la mort. Celle qui venait d'emporter son fils, leur fils. Elle prit sa main, où était insérée l’aiguille d'un baxter et y pressa ses lèvres. Les phalanges du jeune homme étaient glacées. Sa tête était toujours drapée dans une large bande de gaze qui couvrait les points de suture nécessaires à contenir le sang qui aurait pu s'échapper de sa blessure.
- Ne me laisse pas, murmura-t-elle. S'il te plaît, ne me laisse pas. Je ne peux pas te perdre aussi. Je n'y survivrai pas si tu me laisses seule, ici, sans vous.
Elle pria de toute son âme un Dieu auquel elle n'avait jamais crû cherchant un signe de réveil, scrutant son visage.
Elle se leva, malgré la douleur qui irradiait depuis son bas ventre et prit place comme elle pouvait sur le rebord du matelas pour déposer un baiser sur la joue de l'homme qu'elle aimait.
Et qu'elle aimerait pour l'éternité, se dit-elle.
- Chuck, appela-t-elle doucement. Je sais que c'est difficile mais, fais-le pour moi, s'il te paît, ouvre les yeux, j'ai besoin de toi.
Elle effleura sa bouche de ses lèvres et caressa tendrement sa pommette, posant son front délicatement contre le sien, fermant ses paupières, elle aussi.
Il remua faiblement les doigts et elle releva la tête pour apercevoir ses prunelles sombres derrière ses paupières entrouvertes.
Elle laissa échapper un soupir de soulagement et une larme roula sur sa joue, meurtrie dans l'accident.
- Le bébé, murmura-t-il d’une voix à peine audible.
Elle lui fit un signe de dénégation, incapable de parler tant sa gorge était nouée.
Chuck agrippa ses doigts plus fort et serra sa main dans la sienne, la regardant au fond des yeux, malgré ses paupières trop lourdes qui n'aspiraient qu'à se fermer.
Il ouvrit la bouche mais aucun son ne sortit de sa gorge. Il lutta contre les larmes qui lui montaient aux yeux. Il devait rester fort pour elle.
Il l'attira contre lui, oubliant la douleur physique qui courrait dans son corps et elle se laissa aller contre son torse. Il l'enveloppa dans ses bras et la serra sur son cœur qui saignait abondamment, tout comme celui de la femme qu'il aimait.
Blair enfuit sa tête dans le creux de son cou, la chaleur du corps de l'homme qu'elle aimait était la seule chose qui l'empêchait de sombrer dans la folie.
*****
Mardi 15 mai 2012 : 9h01
Elle posa un pied au sol, puis deux et savoura un bref instant la sensation de la descente de lit sous la plante de ses pieds nus.
Elle inspira profondément et attrapa sa robe de chambre puis entreprit de quitter son refuge à la recherche de l’homme sur qui elle s’appuyait depuis ce tragique événement.
Comme s’il avait entendu le cri silencieux de son besoin de lui, il gravissait les dernières marches donnant sur le palier du second étage du penthouse Waldorf. Il leva les yeux sur elle et elle put lire la surprise dans son regard.
Il lui décocha un petit sourire en coin. C’était la première fois qu’elle sortait volontairement de sa chambre depuis des semaines. La petite flamme de l’espoir fit des étincelles dans son cœur. Celui de revoir un jour la femme dont il était tombé amoureux.
Sans un mot, elle noua ses bras autour de son cou tandis qu’il ceinturait sa taille. Elle se blottit contre lui du mieux qu’elle put, se raccrochant désespérément à lui.
L’utopie était une douce folie, songea-t-il en resserrant son étreinte autour d’elle.
- Je suis là, souffla-t-il en la soulevant dans ses bras.
Elle cala sa tête dans le creux de son cou et ferma les paupières, se laissant dériver comme il l’emportait jusqu’à sa chambre à nouveau.
Il la déposa sur le lit et s’allongea à ses côtés.
- Encore un cauchemar, supposa-t-il en passant une main sur sa tempe.
- Non, dit-elle tout bas. Juste le besoin de sentir tes bras qui m’enserrent.
Il la colla encore un peu plus contre son torse et déposa un baiser sur sa chevelure avant de la voir clore ses paupières. Il entreprit de dessiner des formes délicates dans son dos pour la rassurer tout en la berçant légèrement.
Écoutant le temps s’écouler, il resta là plusieurs minutes, l’observant retourner au sommeil. Il ferma les yeux à son tour et posa sa tête contre la sienne.
Un jour, elle irait mieux. Un jour, elle pourrait à nouveau être heureuse.
*****
Vendredi 18 mai 2012 : 10h48
Blair s’éveilla doucement et jeta un œil à son réveil, il était tard dans la matinée. Elle frissonna, seule dans son lit. Le manque de son corps contre le sien lui était pratiquement intolérable.
Elle avait mal dormi, comme toutes les nuits depuis des mois maintenant. Ses cauchemars étaient peuplés d’images de carambolages sanglants et de bébés qu’on lui arrachait, la laissant seule et abandonnée.
Elle finissait par se réveiller en pleurs, terrorisée, dévorée par cette sensation de vide absolu qui émanait du plus profond d’elle-même. Chuck était toujours là, à ses côtés, il la serrait dans ses bras et la consolait jusqu’au prochain cauchemar, jusqu’à la prochaine nuit. Il ne la quittait pratiquement pas, il s’était installé dans l’appartement des Waldorf au grand dam d’Eléanor.
Dorota l’avait convaincue que sa fille avait besoin de lui, même si sa mère ne comprenait pas comment elle avait pu condamner sa relation avec un Prince pour Chuck Bass. Les parents de Blair étaient repartis pour la France deux semaines après qu’elle soit sortie de la clinique.
Dorota et lui se relayaient sans cesse pour veiller sur elle. Ils étaient prêts à exhausser le moindre de ses désirs mais elle n’en avait aucun, elle voulait juste qu’on la laisse tranquille.
Même Serena, n’avait pas réussi à lui arracher le moindre petit sourire. La belle avait fini par se décourager de voir un jour sa meilleure amie reprendre le dessus. C’est à peine si elle lui disait quelques mots lorsqu’elle passait la voir chaque semaine.
Nate n’avait pas plus de succès.
Le bruit soudain d’un klaxon la fit sursauter.
Soupirant, elle s’obligea à s’asseoir sur le rebord de son lit pour la deuxième fois dans la même semaine. Elle fronça les sourcils à cette constatation et fit quelques pas jusqu’à la fenêtre pour observer le tumulte de la rue grouillante en contre bas.
Elle végétait à des années lumières de l’agitation des gens vivants, se dit-elle en posant son front contre la paroi de verre.
Et ça commençait doucement à l’agacer depuis peu. À vrai dire, juste quelques jours, où elle s’était surprise à avoir le cœur un peu moins lourd qu’à l’ordinaire. Retournant à ses souffrances, une larme silencieuse roula sur sa joue qu’elle essuya d’une main rageuse.
OH ! MON DIEU !
Comme ça faisait du bien de sentir cette colère en elle !
Elle ne l’avait pas ressentie depuis une éternité. Depuis qu’elle avait eu connaissance des méfaits de cet horrible individu qui avait tenté de se faire passer pour son ami et n’avait fait que la manipuler pour le compte de Louis.
Louis, une irrésistible envie de hurler remonta du plus profond de son être alors qu’elle replongeait dans ses souvenirs.
*****
Vendredi 7 octobre 2011 : 19h47
Blair leva son visage vers Chuck lorsqu’il sortit de l’ascenseur qui menait au penthouse de l'Empire et ce dernier marqua un temps d’arrêt.
Il ne s’attendait pas à la voir là, chez lui.
- Blair, articula-t-il avec espoir.
Il avait passé les dernières heures à la chercher partout. Il était même allé jusqu’à Brooklyn, mais il n’y avait vu que Louis.
Un goût amer remonta dans son œsophage et il chassa de ses pensées les images de leur bonheur.
Depuis la nuit où elle lui avait annoncé qu’elle portait l’enfant de son prince, toutes ses sensations étaient revenues, la souffrance physiques de ses côtes brisées avait été insupportable à chaque respiration.
Heureusement, il avait assez de drogues dans sa pharmacie pour réussir à gérer sa douleur au quotidien.
Sauf celle de son cœur brisé.
Il avait cru mourir de chagrin ce soir là.
Depuis lors, il ressentait la peine comme une lame qui s’enfonçait loin dans son âme à chaque fois qu’il les voyait en couverture des journaux et magasines peoples.
Le matin même, son cœur avait raté un battement en découvrant la Une qui annonçait la rupture de leur fiançailles.
Mais il s’était vite repris.
Il ne devait pas laisser son côté sombre reprendre le dessus. Il travaillait trop dur pour devenir quelqu’un de meilleur. Il ne voulait pas finir comme son personnage dans le bouquin d’Humphrey. Il ne voulait pas être le méchant de l'histoire, celui dont personne ne se soucie de savoir s’il est en vie ou non.
Il avait trouvé la force d’avancer sans elle, pour ne pas s’effondrer et il s’y était cramponné du mieux qu’il pouvait pour ne pas faire marche arrière. Il ne pouvait pas permettre à l’espoir de l’avaler tout entier.
Excepté que Lily lui avait fait miroiter cette possibilité qu’il pourrait peut-être continuer à jouer un rôle dans la vie de Blair, même s’il n’était pas le père de son enfant. Maintenant que la belle brune avait découvert qu’il pouvait changer, réellement, son cœur ne pouvait s’empêcher de palpiter à la supposition qu’il avait peut-être encore une chance.
L’après-midi même, il l’avait renvoyée dans les bras de Louis encore une fois, malgré le supplice qu'il endurait. Mais sa discussion avec sa mère adoptive lui avait fait entrevoir un autre point de vue, une autre possibilité et il ne pouvait pas ne pas la tenter. Il le regretterait toute sa vie. Il avait besoin de l’entendre dire qu’Elle avait choisi Louis et non lui.
- Je t’ai cherchée, dit-il le cœur battant.
Blair posa son regard dans le sien. Elle aussi avait le cœur battant, son sang cognait contre ses tempes. Elle tremblait à l’idée de lui annoncer la nouvelle. Il y a quelques heures, quand elle lui avait posé la question, il l’avait rejetée vers Louis, encore une fois.
Mais qu’elle que soit sa réaction, elle ne pouvait pas le maintenir dans le mensonge. Et un espoir fou lui soufflait que ça pourrait tout changer.
Après tout, il avait entreprit une thérapie. Il était devenu quelqu’un de bien. Il avait même adopté un chien. Sur les conseils de ce pouilleux, se sourit-elle cyniquement à elle-même Il était même presque devenu ami avec ce menteur, cet hypocrite des bas quartiers.
Elle aussi, se gourmanda-t-elle.
Quel immonde salopard ! Il avait vraiment su mener son jeu.
Elle ouvrit la bouche pour parler mais il la prit de vitesse.
- Je me suis trompé tout à l’heure. J’avais tout faux, entama-t-il. Je n’aurais jamais dû te dire de renoncer à nous.
- Quel « nous » ? demanda-t-elle étonnée par son revirement.
Est-ce qu’il était au courant ?
Impossible, elle venait à peine de confronter Louis !
Et Dan ne perdrait rien pour attendre !
- Le « nous » qui n’est pas seulement toi et moi, mais toi, moi et ton bébé. Tu n’es pas obligée d’épouser Louis par ce qu’il est le père de ton enfant. C’est avec moi que tu devrais être, pas avec lui. Parce que je vais aimer cet enfant autant que je t’aime toi, peu importe qui est son père. S'il faut composer avec Louis alors je m'y plierai, parce que s'il reste une seule chance que tu m'aimes encore ... s'il reste une seule chance ...
Elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Il ne savait rien mais il voulait quand même d’elle et du bébé. Son cœur se serra dans sa poitrine en repensant à la nuit où elle était venue lui annoncer qu’elle était enceinte de Louis.
Dan lui avait affirmé que Chuck allait bien et qu’il veillait sur lui à sa place.
Quel Bâtard !
- Si tu me laisses encore une chance … une dernière ... de te montrer que j’ai changé … vraiment ...
- Ce n’est pas le bébé de Louis, annonça-t-elle d’une voix tremblante, encore estomaquée par sa découverte, pour mettre fin à sa supplique.
Il haleta sous le choc.
Elle vit l’information prendre place dans son cerveau pour y être décantée comme ses pupilles se dilataient sous la surprise.
Cette fois, il eut l'impression qu'elle lui arrachait carrément le cœur et le piétinait.
Il revint à cette nuit odieuse qu'il ne pourrait jamais effacer sa mémoire, où il était brisé par la douleur, où elle se tenait devant lui, lui annonçant qu'elle portait l'enfant d'un autre. La scène prenant une nouvelle tournure.
Elle lui avait menti ...
Elle ne voulait pas de lui comme père pour son enfant.
Qui aurait pu le vouloir ?
Quel idiot !
Comment avait-il pu croire ...
- Je ne t'ai pas menti, ajouta-t-elle précipitamment en voyant son regard se voiler d'humidité et d'amertume.
Elle ne supportait pas de lui infliger pareil calvaire.
- Ce n'est pas moi, c'est Louis ... et Dan. Je ne savais pas jusqu'à il y a quelques heures. Je suis venue directement ici, s'empressa-t-elle de préciser.
Elle le vit retrouver un peu d'aplomb comme il comprenait l'étendue de la situation.
Il s'approcha d'un pas, submergé par un bonheur intense, aussi brutal qu'inattendu et saisit sa main.
- C'est ... c'est ... le bébé ... c'est ...
Il n'osait pas prononcer les mots, de peur que la réalité ne brise la magie. La sensation qui s'emparait de lui le laissait vide de toute réflexion cohérente. En une fraction de seconde, la vie lui apportait tout ce qu'il avait toujours désiré sans vraiment en avoir conscience.
- C'est notre bébé, murmura-t-elle en liant ses doigts aux siens.
Des larmes brillaient dans ses prunelles noisette. Des larmes de bonheur qui donnaient un reflet d'or à ses iris.
- C'est notre bébé, répéta-t-il à mi-voix.
Elle acquiesça en souriant alors qu'il hésitait. Elle agrippa son autre main et la posa à plat sur son ventre légèrement rebondi, sous la sienne.
- C'est notre bébé, chuchota-t-il encore en l'attirant à lui.
Elle n'émit aucune résistance quand il happa doucement ses lèvres entre les siennes. Il ferma la yeux, se laissant surfer sur la vague qui tourbillonnait en lui. La femme de sa vie était dans ses bras, elle répondait à son baiser ... et elle portait son enfant.
Il se recula tout à coup, comme une autre réalité le heurtait de plein fouet.
- Comment ... demanda-t-il, la logique reprenant place dans son cerveau.
- Dan a tronqué les résultats du test de paternité à la demande de Louis, expliqua-t-elle sans attendre. Ils étaient de mèche pendant tout ce temps. Toutes les confidences que je lui faisais ...
Elle secoua la tête, impuissante.
*****