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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 16.05.2013 à 22h45
Auteur : katido
Statut : Terminée
« Et si tout avait été différent ? 500 % Blass avec des pointes de Serenate et un peu de NJBC » katido
Cette fanfic compte déjà 191 paragraphes
Elle posa ensuite sa main sur le visage de son fils.
- Plus maintenant, répéta-t-elle en lui caressant la joue de son pouce.
*****
Para 14
Vendredi 6 juillet 2012 : 20h28
Blair aperçut son fiancé quitter la chambre de sa mère biologique et le suivit du regard comme il se dirigeait vers la porte de service au fond du couloir.
Elle hésita un instant, lui laissant un peu de temps (il avait certainement besoin de s'isoler un peu) puis le rejoint sur le toit de la clinique quelques minutes plus tard.
Il était appuyé contre la rambarde de sécurité, contemplant l'océan qui avalait lentement le soleil du mois de juillet sur la côte bretonne.
Elle posa doucement une main sur son épaule.
Il tourna la tête vers la brunette, il savait que c'était elle avant même d'entendre le claquement familier de ses Stiletto sur le revêtement.
Blair s'était préparée à se faire rabrouer, il préférait toujours penser ses plaies sans public.
Cependant, elle ne pouvait se résoudre à le laisser souffrir sans lui faire savoir qu'elle était là pour lui.
Contrairement à ses attentes, le jeune homme lui fit un petit sourire et agrippa ses doigts avant de l'attirer tout contre lui.
Il la serra de toutes ses forces, se raccrochant à elle.
Elle avait promis de ne pas le laisser.
Elle avait promis qu'elle serait toujours sa famille.
Blair referma ses bras dans son dos et lui rendit son étreinte, le cœur débordant de tout l'amour qu'elle éprouvait pour lui.
Il avait besoin d'elle, autant qu'elle avait eu besoin de lui, autant qu'elle avait besoin de lui chaque jour.
Aussi douloureuse soit cette situation pour lui et quand bien même c'était très égoïste de sa part, elle fut réellement soulagée qu'il ressente cette nécessité d'elle. Elle aimait être la seule à qui il acceptait de laisser entrevoir son désarroi, celle auprès de qui il trouvait refuge quand son cœur était trop lourd pour supporter les tourments dans la tempête.
Il plongea la tête dans sou cou, dissimulant son visage dans ses boucles chocolat et inspira l'arôme qui s'en dégageait et le réconfortait toujours.
Elle caressa lentement sa nuque pour apaiser ses douleurs tandis que les épaules de Chuck étaient secouées par les sanglots qu'il étouffait du mieux qu'il pouvait.
Les mots étaient superflus, la chaleur des bras de la femme qu'il aimait était la seule chose qui pouvait atténuer les blessures infligées à son âme d'enfant. Ils étaient le rempart contre la marée qui menaçait de l'emporter plus loin, trop loin pour être atteint, jusqu'à ce qu'il sombre au tréfonds de lui-même, dans l'obscurité.
Mais Blair avait promis.
Elle avait promis qu'elle se tiendrait à ses côtés quoi qu'il arrive et elle était en cet instant sa bouée de sauvetage.
Il aurait dû être rasséréné de savoir que son père l'aimait, qu'il voulait se battre pour lui et qu'il était capable d'accomplir l'impossible – demander de l'aide et à sa mère biologique de surcroît – mais il ne s'en sentait que plus misérable.
Les mots qu'il avait jetés à la figure de son paternel revenaient en échos et ricochaient sur les parois internes de son crâne, l'accablant de remords.
Quand à l'abandon par Élisabeth, il pouvait presque le comprendre mais ça n'en n'était pas moins douloureux pour autant. Elle n'avait pas éprouvé le besoin, ni l'envie, d'être une mère pour lui.
Elle avait avoué être partie sans se retourner. En quelque sorte il était responsable de son départ même s'il ne l'était pas de sa mort. Il avait été l'élément déclencheur de la fuite de sa mère et aussi la raison qui avait définitivement séparé ses parents.
Il percevait pleinement le but de la décision de Bart de lui cacher la vérité pendant toutes ses années. L'homme s'était trompé sur la manière mais il ne pouvait nier qu'il avait tenté de le protéger.
Son cœur s'allégea comme les paroles d’Élisabeth s'insinuaient plus profondément en lui, prenant tous leurs sens.
Bart tenait à lui. Il tenait vraiment à lui. Contrairement à ce que Chuck avait toujours pensé, son père l'aimait et avait fait tout ce qui était nécessaire pour le garder. Il avait même renoncé à l'amour de sa vie pour lui.
Parce qu'il était évident que sa mère biologique était la femme de sa vie. Peut-être bien la seule femme dont Bart Bass ait jamais été réellement amoureux. Elle était sans doute la seule qu'il ait vraiment aimée même s'il n'avait pas su le lui dire à elle non plus.
Il sentit les caresses des doigts de Blair dans sa nuque et frissonna soudain à ce contact, ses sens reprenant le dessus.
Il posa ses lèvres sur sa peau, tendre et sucrée à souhait et sentit les mâchoires de la jeune femme se contracter en un sourire contre sa tempe, mais il ne desserra pas son étreinte autour d'elle pour autant.
Il apposa une série de petits baisers voyous dans son cou et sourit à son tour contre le lobe de son oreille quand elle frémit de plaisir et de désir anticipé.
Il glissa sur sa joue, jusqu'à sa bouche et l'embrassa tendrement.
Elle répondit à ses lèvres douces et emprisonna son visage entre ses doigts délicats, essuyant ses pommettes humides de ses pouces.
- Je t'aime, murmura-t-il d'une voix encore enrouée par l'émotion.
- Je t'aime, roucoula-t-elle en se coulant mieux dans ses bras.
L'ouverture de la porte les fit tourner la tête.
- Désolé de vous déranger mais ton père vient d'être ramené dans sa chambre, s'excusa Nate.
Chuck acquiesça et passa son bras autour des épaules de sa belle pour lui emboîter le pas.
*****
Samedi 7 juillet 2012 : 00h11
Bart Bass lutta pour ouvrir ses paupières trop lourdes, il avait l'impression qu'elles pesaient des tonnes.
La pièce qu'il découvrit était blanche et aseptisée.
Le bruit de la carlingue se déchiquetant revint à ses oreilles.
Il distingua la silhouette de son fils qui se tenait à côté de son lit et plissa les yeux pour mieux distinguer ses traits.
- Papa, appela ce dernier.
- Èv ... ? demanda Bart, articulant difficilement.
Sa langue aussi semblait de pierre.
- Elle va bien, indiqua le jeune homme en posant une main rassurante sur le haut de son bras gauche.
Son père posa sa main sur la sienne et opina du bonnet puis reposa sa tête sur l'oreiller avant de refermer les yeux, semblant se perdre à nouveau dans le brouillard.
Chuck observa un instant l'homme qui l'avait élevé, toujours si fier et supérieur à tous.
Dans ce lit, il avait pratiquement l'air d'un vieillard. La cheville droite plâtrée, des ecchymoses étalant leur couleur violette ici et là, il semblait identique à n'importe quel autre mortel, presque ... humain.
Il s'attarda sur les doigts de Bart, reposant sur les siens.
Il ne se souvenait pas de la dernière fois où ils avaient établis un quelconque contact physique.
Ça n'arrivait quasiment jamais.
Même lorsque il était revenu d'entre les morts il n'y avait eu aucun échange de ce type entre eux.
Il n'était même pas certain que Bart lui ait jamais tenu la main, même lorsqu'il était enfant.
Pourquoi l'aurait-il fait ? C'était toujours la jeune fille au pair qui l'emmenait au parc.
*****
Samedi 7 juillet 2012 : 2h25
Bartholomew Bass reprit lentement conscience pour la seconde fois.
Il se rappela de l'endroit et de l'accident.
Il sentit la douleur qui émanait plus particulièrement de sa jambe droite. Il avait cependant l'impression d'être passé tout entier sous un rouleau compresseur.
Il entendit des chuchotements et se concentra sur les voix étouffées qui parvenaient jusqu'à lui.
- Tiens, murmura Blair, qui venait de pénétrer dans la chambre, en tendant un gobelet à son fiancé.
C'était tout ce qu'elle avait pu trouver à cette heure-ci
Bart ouvrit un peu les paupières, l'arôme du café lui chatouillant les narines.
Son fils but une gorgée du breuvage insipide et grimaça, avant de poser le récipient sur la tablette à sa droite.
- Merci, marmonna-t-il quand même à la brunette, avec un sourire fatigué.
- Qu'a dit le chirurgien ? demanda-t-elle.
- Ses constantes sont bonnes, indiqua le jeune homme avec soulagement.
Elle passa gentiment une main sur son front et dans ses cheveux, tentant vainement de remettre en place quelques mèches qui s'étaient échappées, puis déposa un baiser sur sa joue, chiffonnée par un demi-sommeil.
Eléanor avait quitté la clinique il y a plusieurs heures, ainsi que Nate.
Blair n'avait rien voulu entendre et avait persisté à rester avec Chuck jusqu'à ce que son père reprenne conscience.
Les heures de visites étaient terminées depuis longtemps mais les dollars américains étaient appréciés partout.
Les amoureux avaient somnolé un peu dans le fauteuil, la jeune femme assise sur ses genoux, la tête posée dans le creux de son cou.
- Tu devrais rentrer à l'hôtel, lui conseilla-t-il à nouveau, caressant son menton.
- Et laisser passer l'opportunité de passer une nuit entre tes bras ? se renfrogna-t-elle. Certainement pas !
Elle glissa ses bras graciles autour de la taille du beau brun ténébreux qui faisait battre son cœur et posa sa tête contre son torse.
Il resserra son étreinte et posa son nez sur le haut de sa chevelure, respirant les effluves de son shampoing, fermant à demi les yeux pour mieux les laisser s'instiller en lui.
- Je ne tiendrai jamais encore tout un mois entier, se lamenta-t-elle avec une petite moue boudeuse. Paris est horrible sans toi !
- New York est horrible sans toi ! contrat-il.
Elle leva son visage vers lui et il happa ses lèvres entre les siennes.
- Je t'aime, marmonna-t-il contre sa bouche.
- Je t'aime, répondit-elle avant de l'embrasser à nouveau, se hissant sur la pointe des pieds pour se coller encore un peu plus contre lui.
Le baiser tendre devint bientôt de plus en plus avide et les mains de Chuck se resserrèrent autour de sa taille fine.
Bart fronça les sourcils puis roula des yeux au ciel.
Pas étonnant qu'elle soit capable de lui faire faire n'importe quoi !
Elle savait visiblement comment s'y prendre avec lui.
Néanmoins, il ne pouvait totalement nier ce qu'il avait vu sur le visage de la petite brune quand elle avait les yeux posés sur son fils, ni dans le regard de ce dernier, en retour.
Blair plongea sa langue plus profondément dans sa gorge, à la recherche de la luette de Chuck, pour la faire danser contre son palais.
- Vous devriez rentrer à l'hôtel tous les deux et vous enfermer dans une chambre avant qu'une infirmière n'entre ici et ne vous jette un seau d'eau froide ou ne porte plainte pour comportement outrancier, décréta sèchement Bart.
Mais le commentaire sonna plus comme un conseil un peu ironique que comme une véritable répartie cinglante.
Certainement la faute aux médicaments dont son organisme était saturé.
Les lèvres des deux jeunes-gens se séparèrent aussitôt et leurs regards volèrent jusqu'à l'homme étendu dans le lit, les yeux grands ouverts, une grimace de malaise occupant ses traits habituellement inexpressifs.
- Bart, vous êtes réveillé, constata Blair alors que Chuck restait quelque peu stoïque.
Il appréhendait le fait que son père ait pu assister à une telle scène d'intimité entre lui et sa fiancée et le regard réprobateur de Bart n'était pas pour le mettre à l'aise.
- De toute évidence, siffla le malade.
- Et vous allez aussi parfaitement bien, apparemment, répliqua la brune avec un sarcasme évident, arquant un sourcil avec précellence.
Il n'était pas question qu'elle le laisse prendre la main.
Étendu sur un lit d'hôpital ou pas, il restait le grand méchant Bart et elle était bien décidée à lui faire savoir qu'il ne l'impressionnait plus (enfin, bien moins qu'avant, depuis que Chuck lui avait narré le contenu de sa conversation avec sa mère biologique) et qu'elle ne le laisserait pas ruiner sa relation avec son héritier quoi qu'il en pense.
- Je serai dans le couloir, dit-elle à ce dernier avant de poser un baiser sur sa joue.
Elle laissa glisser ses doigts jusqu'au bout des phalanges du jeune homme, prolongeant le lien physique le plus longtemps possible entre eux.
Le beau brun acquiesça et la regarda quitter la pièce avant de tourner son attention sur son paternel.
- Tu veux que j'appelle une infirmière ? proposa-t-il devant la douleur qui semblait irradier de son faciès.
Bart secoua la tête négativement.
Il avait horreur d'être déficient et il ne se soumettrait pas à l'hégémonie du corps médical plus que le stricte nécessaire.
Il tourna la tête de droite et de gauche et repéra un récipient à bec qui devait certainement contenir de l'eau.
Sa gorge était aussi sèche qu'une étendue désertique.
Il tendit le bras droit et récolta un lancement dans le flan depuis sa cuisse charcutée
Chuck fut plus rapide que lui et lui présenta le canard, dont Bart s'empara en grommelant quelque chose qui ressemblait vaguement à un merci.
- Comment vont les autres ? questionna-t-il après s'être désaltéré en quelques goulées.
En cet instant le liquide incolore était autant appréciable qu'un bon scotch de 25 ans d'âge.
- Marissa a été sérieusement blessée, elle aussi, mais elle ira bien. J'ai appelé son mari, il est sur un vol en ce moment même. Je lui ait aussi assuré que nous prendrions tout l'aspect financier à notre charge.
Le blessé ouvrit la bouche mais son fils ne lui laissa pas le temps de protester.
- Richard a eu moins de chance, annonça-t-il. J'ai également appelé Nora. J'ai déjà pris des dispositions pour que son corps soit rapatrié dans les meilleurs conditions et qu'il ait droit à des funérailles le plus rapidement possible.
Il tentait de garder le cap mais sa respiration saccadée trahissait l'émotion d'avoir dû annoncer le décès d'un homme à son épouse.
Est-ce que c'est ce qu'avait ressentit le médecin quand il avait appris à Lily que Bart était soi-disant mort dans cet autre accident ? s'était-il demandé en écoutant la femme en question pleurer toutes les larmes de son corps dans le combiné.
- É ...
- Élisabeth va bien, les médecins ont dis qu'elle pourrait quitter la clinique dés demain matin, le coupa encore son fils.
- Évelyne, le reprit Bart.
Pourquoi avait-elle changé de nom en premier lieu ?
Croyait-elle qu'il ne serait pas capable de retrouver sa trace pour si peu ?
- Évelyne, si tu veux, répondit simplement Chuck en haussant les épaules.
- C'est son prénom, déclara Bart. Elle peut le changer autant de fois qu'elle veut, elle sera toujours elle !
Chuck le dévisagea un instant. C'était, semblait-t-il, un sujet sensible.
Il n'avait encore jamais vu son père prendre quelque chose à cœur de cette manière.
- Elle m'a raconté pourquoi elle était dans le jet avec toi, l'informa-t-il.
Bart détourna le regard et son fils en fut ébahi.
C'était bien le première fois que son paternel avait cette attitude envers lui. En général, ça se passait dans l'autre sens.
Voilà donc, à quoi faisait référence le grand Bartholomew Bass quand il parlait de la faiblesse qu'apportait les sentiments. Ce n'était pas tant la réelle impuissance que ceux-ci induisaient en eux-mêmes que le fait que cela pouvait hypothétiquement vous placer en difficulté devant autrui dans certaines circonstances.
- Qu'est-ce qu'elle t'a dit au juste, voulu-t-il savoir.
- Que tu étais allé demander son aide ... pour moi, ajouta-t-il après plusieurs secondes.
L'homme ne répondit pas.
- Est-ce que c'est vrai ?
- J'ai seulement pensé que si elle te parlait ... Qu'elle pourrait peut-être arranger les choses, bougonna-t-il.
- Et pourquoi penses-tu que je la croirais plus que toi ? s'étonna son fils.
- C'est ta mère ! se récria Bart avec rudesse.
Son héritier ne se démonta pas pour autant.
- Au sens biologique du terme, seulement. Et ça ne l'a pas empêchée de me trahir avec Jack, commenta-t-il amèrement.
Il vit son père tressaillir à ses mots et capitula. Inutile de continuer à torturer son paternel pour le plaisir. Il savait tout ce qu'il avait besoin de savoir. Contrairement à sa dernière déclaration, il était certain qu’Élisa ... qu’Évelyne, se corrigea-t-il en souriant intérieurement, lui avait narré les choses exactement de la manière dont elles s'étaient déroulées.
- Et moi ? interrogea l'homme au regard d'acier pour changer de sujet. Combien de temps ...
- Tu vas rester ici au moins quelques jours, ça dépendra de l'évolution de la situation.
C'était une affirmation et non une supposition, encore moins une suggestion.
Et depuis quand son fils se permettait-il de lui répondre avant qu'il n'ait terminé ses phrases ?
Ou de lui répondre tout court !
- Je n'ai pas l'intention de moisir ici, protesta le vieil homme.
Il tenta de se redresser dans son lit mais la cicatrice toute fraîche sur sa cuisse droite le lança jusque dans l'aine, lui coupant également la respiration.
- Tu sortiras quand le toubib le dira et pas avant, le rabroua son fils en le prenant par les épaules pour l'immobiliser et l'obliger à se recoucher.
Bart se laissa retomber sur son coussin, impuissant et lui décocha un regard glacial mais ne pipa mot.
Il en était incapable, cherchant son souffle sans vouloir en avoir l'air.
Il ne donnerait pas au jeune homme la satisfaction de lui procurer un autre argument.
- Tu veux un oreiller supplémentaire ? s'enquit ce dernier avec un sourire goguenard.
Finalement, il se délectait de cette situation. Pour une fois qu'il pouvait river son clou à Bart, il n'allait pas s'en priver. D'autant que connaissant l'homme, ça ne durerait certainement pas longtemps.
- Non merci, grogna son père, même s'il aurait préféré.
- Parfait, dans ce cas, je vais rejoindre ma fiancée et l'emmenée dans notre chambre d'hôtel comme tu l'as suggéré, gouailla-t-il.
Il s'éloigna en direction de la porte et se retourna presque arrivé à celle-ci.
- Oh ! Et inutile de tenter de corrompre le personnel, je l'ai déjà fait. Tu ne sortiras pas d'ici même en signant une décharge. Félicitation, il y aura bientôt une nouvelle aile Bartholomew Bass à cet hôpital.
Son père grommela quelque menace dans les airs mais il ne prit pas la peine de s'y attarder et s'empressa de glisser son bras sous celui de la brunette qui piétinait dans le couloir.
- Est-ce qu'il va bien ? demanda-t-elle, plus inquiète en réalité pour son fiancé que pour son futur beau-père.
- Il enrage de ne pas pouvoir se lever et sortir d'ici donc c'est bon signe, sourit-il.
- Bien, dans ce cas, allons nous coucher nous aussi, suggéra-t-elle avec un petit air coquin.
Il resserra sa main autour de sa taille et l'entraîna vers les ascenseurs.
Elle put apercevoir la petite étincelle de luxure qui brillait dans ses pupilles dans le reflet du miroir, au fond de la cage métallique.
Quand les portes se refermèrent, ses lèvres étaient déjà sur les siennes.
*****
Para 15
Samedi 7 juillet 2012 : 9h18
Nate et Chuck longeaient les couloirs du Centre Hospitalier Pierre Le Damany.
Blair était repartie pour la capitale au petit matin avec Eléanor.
Le jeune homme appréhendait leur séparation lui aussi mais il n'ignorait pas que ça ne pouvait qu'être positif pour la femme qu'il aimait que de regarder vers l'avenir.
D'autant qu'il avait lui-même de quoi s'occuper.
Il avait besoin de mettre les choses au clair avec ses parents. Il était à présent certain de leurs identités mais cela ne rendait pas la situation plus facile pour lui.
Il était toujours sous le coup des déclarations de sa mère biologique et la scène qui s'était jouée la veille avec son père tournoyait dans son esprit.
Les choses étaient différentes sans qu'il sache exactement comment ni pourquoi. La seule chose qu'il savait c'est qu'il n'était plus disposé à laisser Bart le traiter comme un gamin et lui dicter sa conduite.
Son meilleur ami s'arrêta net devant lui et il le percuta.
- Nathaniel, grogna-t-il.
L'héritier Archibald ne répondit cependant pas.
- Nate, Chuck, les salua Diana qui venait de sortir de la chambre 872.
- Je croyais que tu devais rentrer à New York, s'exclama le jeune homme aux yeux bleus. Tu n'avais pas une réunion de prévue avec le personnel pour ce matin ?
- Si, mais je l'ai reportée à la fin de la semaine. Ma sœur a eu un accident, répliqua-t-elle en leur jetant un regard furibond.
Quand les deux jeunes hommes avaient quitté la maison de sa mère, ils n'avaient pas stipulé qu’Évelyne était impliquée.
- Aucun de vous n'a eu l'idée que ça pouvait m'intéresser ? glapit-elle encore.
- Personne n'avait connaissance de sa présence à bord du jet, expliqua Chuck un peu décontenancé.
Il n'avait pas songé à appeler Diana une seule seconde en réalité, même après avoir découvert que sa mère biologique était également dans l'avion.
En fait, il ne pensait pas qu'elles étaient très proches mais à la réflexion il n'en savait rien du tout.
Cela semblait apparemment être le cas puisque l'éditrice était venue sur place.
Qui plus est, elles étaient ensemble aux dernières fêtes de Noël, tenant la main de leur mère agonisante et les albums que lui avait montrer Diana attestaient qu'elles étaient complices lorsqu'elles étaient enfants.
Sa tante parut cependant se contenter de sa réponse.
- Et maintenant, où est-elle ? questionna-t-elle.
- Comment pourrait-on le savoir ? Tu vois bien qu'on arrive, là ! rétorqua Nate.
Les relations entre les deux anciens amants étaient on ne peut plus glaciales.
Il tolérait à peine la présence de la Britannique au Spectator parce qu'il y était forcé mais il ne faisait aucun effort pour être aimable avec elle, surtout depuis qu'il avait cru un instant qu'elle était la mère de son meilleur ami.
Qu'elle ne soit que sa tante atténuait un peu les choses mais ce n'était toujours pas suffisant pour ôter la culpabilité qu'il éprouvait envers Chuck.
- Quel est le numéro de chambre du Grand Manitou ? interrogea la brune pétulante avec humeur.
Son neveu l'observa un instant, étourdi par sa question.
- Elle est ne peut être que là ! se lamenta Diana en secouant la tête en désapprobation.
Sa sœur avait toujours été incapable de résister à Bart Bass. S'il était dans cet hôpital, inutile de chercher ailleurs.
- 987, indiqua l'héritier Bass en prenant la direction de la chambre de son paternel.
Sa tante et son meilleur ami lui emboîtèrent le pas.
En entrant dans la pièce, il stoppa sa progression et cette fois, c'est son meilleur ami qui le percuta de plein fouet.
Il resta un instant médusé de voir son père, installé dans son lit, qui souriait à Évelyne, assise auprès de lui.
C'était bien la première fois de sa vie qu'il voyait un sourire, un vrai, pas un rictus sardonique, sur les traits de Bartholomew Bass.
Ce dernier perdit cependant sa bonne humeur en se rendant compte qu'il y avait des témoins. Son regard se fit plus dur et il reprit son sérieux, s'éclaircissant la gorge.
La mère de Chuck, elle, posa un instant les yeux sur son fils avant de se lever et de murmurer quelque chose qu'il n'entendit pas à l'oreille du blessé.
Elle passa à côté de lui en s'excusant et il la vit s'empourprer quand elle croisa les prunelles, étincelantes de colère, de sa sœur qui se tenait derrière un jeune homme aux yeux azur, qui s'effaça pour la laisser passer dans le couloir.
Diana pivota sur ses talons pour la suivre.
- Non mais tu te fiches de moi ? se récria-t-elle.
- Ne commence pas ! grinça son aînée.
Chuck perdit le fil de la dispute qui allait s'en suivre, à n'en pas douter, comme elles s'éloignaient.
Il se tourna vers son père qui soupirait et leva un sourcil interrogateur.
- Quoi ? Ève est juste venu voir comment j'allais, aboya l'homme, sur la défensive.
Son fils avança de quelques pas vers lui, les yeux plissés.
Il y avait bien plus que ça, ici.
Il pouvait encore sentir l'électricité dans l'air même si « Ève » avait quitté l'endroit.
Pour un peu, il aurait pu distinguer des étincelles.
Nate marmonna quelques mots inintelligibles et se dépêcha de sortir de là.
Le jeune Archibald ne connaissait que trop bien le magnétisme qui irradiait de partout dans cette chambre. Il pouvait le gérer quand il s'agissait de ses meilleurs amis, mais pas quand ça concernait Bart Bass. C'était vraiment trop flippant !
Chuck étudia un moment son père sans rien dire.
Ce dernier s'appliquait à ne pas regarder son fils, exactement comme la veille et ça le perturbait beaucoup.
Le jeune homme savait comment se comporter face à ses regards chargés de reproches ou de désapprobations.
Il avait appris à baisser les yeux et à écouter en silence pendant que le grand Bart Bass lui faisait la morale et listait toutes les raisons pour lesquelles il était un tel échec et une telle déception dans sa vie.
Il avait appris à s'excuser, encore et encore, pour son comportement, outrancier et malsain, qui faisait honte au nom des Bass et mettait le président directeur général de BI dans une position inconfortable devant ses associés et ses clients.
Mais il n'avait jamais appris, et n'avait jamais été préparé, à interagir avec l'homme au visage impassible lorsqu'il agissait comme une véritable personne et non comme un robot dénué de tous sentiments (hormis la colère et l'ennui qu'il lui inspirait toujours)
Il ne pensait même pas que ça puisse arriver !
Et il se trouvait totalement démuni devant cet homme qu'il ne reconnaissait pas.
Cependant, un des points forts de Chuck Bass était sa grande capacité d'adaptation.
Après quelques instants, un sourire narquois prit place sur ses traits anguleux.
- Ève ! s'exclama-t-il sur un ton tout innocent.
Bart darda un regard ampli de fureur sur lui mais ça ne fit que renforcer le pouvoir du jeune homme.
Il venait de trouver là, le talon d'Achille de son paternel et il n'était pas prêt de l'oublier. Il comprit pourquoi ce dernier voyait d'un si mauvais œil sa relation avec Blair.
Était-il lui-même aussi transparent quand il s'agissait de la femme qu'il aimait ?
Probablement, mais ça ne le gênait pas outre mesure.
Ça ne le gênait plus, se corrigea-t-il.
Ce qui était loin d'être le cas du grand Bartholomew Bass, qui se targuait de n'avoir aucune faille à son armure.
- Donc, reprit-il. Ève t'a-t-elle dis quand elle était censée quitter cet hôpital ?
Son père grimaça malgré lui mais ne répondit toujours pas.
Touché en plein dans le mille !
On aurait dit un gamin qui boudait dans son coin.
Bien qu'il soit extrêmement difficile pour Chuck d'imaginer que son paternel ait jamais été un enfant lui aussi.
- Ok ! continua-t-il. Est-ce que les médecins t'ont dit quand, toi, tu pourrais sortir ?
- Dans quatre jours si tout va bien, bougonna son père.
Chuck nota de la tête et porta son smartphone à l'oreille pour aboyer à quelqu'un de préparer le jet pour un retour à Manhattan en temps et heures.
L'homme alité n'en revenait pas de se retrouver dans cette situation.
A quel moment exactement son petit garçon était-il devenu un homme ?
Et un homme qui avait plus de pouvoir que lui qui plus est ?
Il avait tenté de corrompre l'équipe médicale pendant la nuit mais, comme le lui avait annoncé sa progéniture, il n'avait rien pu en tirer.
C'était insensé !
Il ne savait pas comment il s'y était pris mais le jeune blanc-bec avait apparemment su tirer les bonnes ficelles. Ce qui, il ne le reconnaîtrait jamais à voix haute, l'impressionnait énormément et le laissait aussi totalement furieux.
Et voilà que maintenant, en plus, son fils se moquait ouvertement de lui, le titillant sur ses sentiments pour sa propre mère !
Il soupira à nouveau, dépité.
Il avait manifestement sous-estimé ce que l'adolescent torturé était devenu.
Le soutien et l'amour de la femme qu'il aimait semblait lui apporter plus de force qu'il ne lui en faisait perdre, finalement.
Peut-être s'était-il trompé pendant tout ce temps ?
Non, Bart Bass ne se trompait pas !
Les femmes finissaient toujours par vous abandonner. On ne pouvait pas leur faire confiance !
Son père le lui avait seriné sans cesse.
Il fut soudain affligé de réaliser à quel point cet espèce de salopard avait de l'ascendant sur lui depuis sa tombe.
- Le pilote se tiendra à notre disposition, indiqua Chuck en raccrochant.
*****
Samedi 7 juillet 2012 : 9h56
Chuck se dirigea vers la 872, Nate était descendu à la cafétéria, le laissant gérer la situation avec son paternel.
Il avait besoin de s'entretenir avec sa génitrice avant qu'elle ne quitte les lieux, c'est la raison pour laquelle il s'était rendu dans sa chambre en premier lieu.
La discussion qu'ils avaient eu la veille, les explications qu'elle lui avait fournies avaient repasser en boucle dans son cerveau, accolées aux réactions inhabituelles de son père, bien longtemps après que Blair se soit endormie dans ses bras.
- Diana, c'est bon, j'ai compris ! entendit-il s'agacer sa mère biologique.
Il ne l'avait jamais entendue élevée la voix jusqu'ici.
Il se fit la réflexion qu'il se retrouvait face à beaucoup de choses qu'il n'avait encore jamais expérimentées depuis quelques jours.
- Tu en es certaine ? Parce que la manière dont tu te comportais avec lui ce matin ne m'en a pas vraiment convaincue ! rétorqua sa jeune demi-sœur.
Évelyne souffla
- Nous avons faillit mourir, au cas où ça t'aurait échappé, glapit-elle en lui jetant un regard noir dans le miroir.
- Et moi je te rappelle qu'il était censé être déjà mort ! Et au cas où, toi, tu l'aurais oublié, je te rappelle également que c'est moi qui ramasse les morceaux de ton cœur à chaque fois qu'il le met en charpille ! contra Diana.
Son aînée ne répondit pas et s'appliqua à faire tenir une mèche de ses cheveux dans une épingle.
- Je sais ce que je fais, ne t'inquiète pas, tenta-t-elle de rassurer sa sœur.
Cette dernière roula des yeux au ciel.
- Evy ... commença-t-elle, sur un ton un peu radouci.
Quand il s'agissait de Bart Bass, sa sœur aînée perdait toutes facultés de raisonnement.
- Inutile de gaspiller ta salive, je connais parfaitement la chanson, la coupa l'intéressée. Je suis bien consciente qu'il est toujours le même, mais les choses sont néanmoins différentes cette fois.
Diana l'observa, incrédule.
- Je sais que c'est difficile à concevoir pour toi mais Bart a un cœur lui aussi.
- Permet-moi d'en douter, grommela sa jeune sœur.
- Dia, s'il te plaît, plaida Évelyne.
- Okay, admettons ! se rétracta-t-elle faussement. Il a un cœur que tu es la seule à avoir jamais vu. Oublions donc son besoin compulsif de possession, sa paranoïa, son chantage et ses menaces, ainsi que toutes les fois où tu es rentrée en pleurs parce qu'il te rendait complètement dingue !
- Je n'ai jamais dis qu'on allait se remettre ensemble ! Juste ...
- Juste qu'il te faudra moins d'une semaine pour te jeter dans ses bras et dans ses draps, clama sa cadette.
Le jeune homme grimaça de dégoût à cette idée, il n'avait aucune envie d'en entendre d'avantage si ça partait sur ce terrain là.
Il leva la main pour frapper à la porte mais s'arrêta le bras en l'air.
- Chuck ! expliqua sa mère biologique. Nous avons un fils et c'est lui notre priorité pour l'instant. Cette fois, les choses sont différentes parce que ça ne concerne pas que nous deux.
- Tu aurais peut-être pu y penser à sa naissance ! la fustigea Diana.
Elle non plus n'avait jamais voulu s’encombrer d'un enfant. Elles avaient toutes deux été bien apprises. Avoir un moutard dans les pattes brisait votre vie de femme. Dieu seul savait pourquoi leur mère en avait eu deux, sans doute pour s'assurer que quelqu'un prendrait soin d'elle dans ses vieux jours !
Leur génitrice avait obtenu exactement ce qu'elle désirait, à peu de chose près. Aucune d'elles n'avait jamais été proche d'elle, mais le lien entre elles deux par contre était solide.
Èvy avait toujours été là pour palier à l'absence d'amour maternel (et paternel tant qu'à faire) les deux sœurs s'étaient toujours appuyées l'une sur l'autre. Elles avaient toujours pu compter sur l'autre quand leur mère les abandonnait à leur propre sort pour suivre son amant (rarement son mari, qui ne s'en souciait guère) Elles avaient toujours fait front commun devant les voisins et les mauvaises langues.
- J'avais déjà assez donné avec toi et je n'étais pas prête à être une vraie mère à sa naissance, encore moins dans les conditions de l'époque, mais aujourd'hui ...
- Aujourd'hui ? demanda sa cadette.
- Aujourd'hui, ce n'est plus seulement à moi d'en décider, termina l'aînée avec des regrets dans la voix. Mais si je peux avoir, ne fut-ce qu'une seule chance, de renouer un lien avec mon fils et de réparer un tant soi peu les dommages que j'ai causés, je la saisirai sans me poser de question cette fois. Parce que je n'ai aucune envie qu'il se tienne un jour sur ma tombe, ou pire, qu'il vienne me tenir la main pour me regarder mourir dans quelques années, sans même savoir qui j'étais.
Poignant dans son sac de voyage, elle ouvrit la porte et se retrouva nez à nez avec lui.
Il la vit blêmir et déglutit.
- Chuck, bafouilla-t-elle.
- Je peux te parler un instant ? demanda-t-il d'une voix un peu enrouée.
- Bien sûr, sourit-elle maladroitement. Dia ...
- Je t'attend dans la voiture, indiqua la brune aux yeux clairs.
Elle passa devant son neveu et lui adressa un petit signe de tête.
- On se croisera certainement à Manhattan prochainement, dit-elle en s'éloignant déjà dans le couloir.
Il acquiesça et reporta son attention sur sa mère biologique.
Cette dernière l'invita à entrer et referma la porte derrière lui.
- Assied-toi, proposa-t-elle nerveusement.
Il s'exécuta et la regarda faire de même en face de lui, de l'autre côté de la table.
- Je t'écoute, dit-elle pour l'encourager.
- Est-ce que c'est vrai ? questionna-t-il, allant droit au but.
Quelque chose qu'il avait sans doute hérité de Bart.
- Je ne sais pas ce que tu as entendu, commença-t-elle.
- Est-ce que tu veux vraiment être ma mère ?
- Si tu veux bien de moi, répondit-elle honnêtement.
- Pourquoi ?
- Parce que tu es mon fils.
- Je l'étais déjà il y a vingt et un ans ! Je l'étais il y a deux ans. Je l'étais aussi il y a six mois. Qu'est-ce qui a changé ? Est-ce que tu crois ... Tu espères le récupérer en faisant semblant de t'intéresser à moi ?
Il tentait désespérément de ne pas laisser l'espoir envahir son cœur d'enfant. Il lui avait déjà fait confiance une fois. Il lui avait permis de s'approcher assez près pour le blesser. Il ne referait pas deux fois la même erreur, même si elle l'avait sauvé de la mort. Elle avait clairement stipulé qu'elle n'avait aucune intention de reprendre une place dans sa vie pour autant.
- Non, réfuta-t-elle.
Pourquoi son fils aurait-il eu la moindre confiance en elle ?
- J'ai juste réalisé que je ne voulais pas être une étrangère pour toi. Je sais qu'il est tard, trop tard, mais je veux réellement te connaître. J'ai déjà perdu bien trop de temps. J'aurais dû penser à toi plutôt qu'à moi à ta naissance mais, j'en étais incapable. Comme tu le sais déjà, j'étais bien trop égoïste pour faire passer les besoins de qui que ce soit, y compris ceux de mon bébé, avant les miens.
Elle posa une main tremblante sur la sienne en travers de la table et le fait qu'il ne la repousse pas l'incita à continuer.
- Le décès de ma mère m'a fait réfléchir à pas mal de choses, confia-t-elle. Je sais que ce n'est pas une excuse valable et je ne vais certainement pas essayer de t'apitoyer sur mon enfance. Disons juste que ça, plus la venue de Bart et l'accident ... J'ai pris conscience qu'il était temps pour moi de faire face à mes responsabilités et d'essayer de combler les lacunes de mon existence après ta visite hier.
Il remua sur sa chaise, mal à l'aise. Cependant il ne rompit pas le contact pour autant. Aussi étrange que ce soit pour lui, il avait vraiment besoin de la laisser s'expliquer. Il avait un besoin viscérale de comprendre.
- Quand ton privé m'a appelé la première fois, j'ai été effrayée parce que j'avais pensé que tu ne voudrais plus jamais entendre parler de moi. Ensuite, j'ai réalisé que tout ce que tu souhaitais c'était connaître la vérité et je me suis dit que je te devais au moins ça. Et puis, je suis lasse de tous ces mensonges, de ce vide qui a élu domicile en moi depuis que je t'ai menti avant de monter dans ce taxi à New York.
Elle leva les yeux sur lui et il sut qu'elle ne lui racontait pas d'histoires cette fois. Elle était vraiment sincère, elle voulait réparer ses fautes.
- J'ai déjà une mère, souligna-t-il sans aucune volonté de la blesser.
Il voulait juste mettre carte sur table lui aussi. Si elle était honnête avec lui, il lui devait de faire de même.
- Une mère qui m'a choisi, poursuivit-il sans pouvoir refouler l'émotion qui comprimait sa poitrine. Une mère à laquelle je ne renoncerai pas. Elle s'est battue pour moi, elle a pris ma défense et a tenu bon malgré toute mes tentatives pour la décourager. Elle a bien voulu de moi quand ...
Il baissa les yeux et avala pour dissiper le nœud qui obstruait sa trachée.
- Quand personne d'autre ne voulait de moi, murmura-t-il.
- Je suis désolée, s'excusa-t-elle encore, les larmes aux yeux. Je n'attends pas de toi que tu efface Liliane de ta vie, ni de ton cœur. Je sais qu'elle a pris soin de toi quand je ne l'ai pas fait. Et pour ça, je ne la remercierai jamais assez. C'est certainement grâce à elle si tu es devenu le jeune homme que tu es aujourd'hui et elle doit être très fière toi.
Il releva son visage vers elle.
- Je te demande juste une chance de te prouver que je veux faire partie de ta vie, si tu acceptes de prendre le risque de me donner une autre chance.
Elle essuya une larme qui roulait sur sa joue.
- Ton père et moi, nous avons beaucoup parlé de toi ces dernières vingt-quatre heures. Nous savons parfaitement qu'aucune de nous n'a été un parent à la hauteur et chacun de nous voudrait vraiment essayé de se racheter. Ça ne sera sans doute pas facile mais on est réellement prêt à faire de notre mieux.
Chuck la regarda un peu perdu.
Bart Bass voulait se racheter ?
Dans quel dimension se trouvait-il propulsé tout à coup ?
Si Blair était là ...
Mais elle n'était pas là.
Il devait prendre ses propres décisions.
- Si tu rentrais à Manhattan avec nous, il serait sans doute bien plus facile à gérer, raisonna-t-il à voix haute.
Le regard de la femme brune vibra un instant au rythme de l'espoir.
- Je veux dire ... Il va devoir prendre du temps pour sa convalescence et si tu es dans les parages, il sera peut-être plus disposé ...
- A ralentir la cadence, acheva-t-elle à sa place. Tu surestimes mon pouvoir sur lui, si tu crois ça. Bass Industrie est son œuvre et même moi, je ne réussirai pas à le faire tenir tranquille.
- Peut-être que c'est toi qui te sous-estimes, contra-t-il. Tu as dis toi même qu'il aurait tout abandonné pour toi.
- Sauf toi, c'est exact, reconnu-t-elle. Mais ça, c'était avant que je ne disparaisse au milieu de la nuit en vous abandonnant.
- De ce que j'ai vu, il y a à peine trente minutes, tu as certainement toujours une emprise sur lui, même s'il refusera certainement de le reconnaître. Je ne l'ai jamais vu sourire comme ça de toute ma vie, lui confia-t-il.
Il la vit hésiter.
- Tu as dit que tu saisirais l'opportunité si tu en avais l'occasion. Je te l'offre sur un plateau d'argent, commenta-t-il.
- Soit, acquiesça-t-elle. Admettons que je vienne à New York. Et ensuite ?
- Ensuite, on verra comment ça évolue et on agira en conséquence, proposa-t-il sans vraiment savoir dans quoi il s'embarquait lui non plus.
Mais le Docteur Sherman disait que chaque risque pouvait mener plus loin sur le chemin du bonheur et que les remords étaient préférables aux regrets.
- D'accord, à une condition.
- Laquelle ?
- Je voudrais que tu me présentes ta mère. Je ne viens pas pour ton père, je viens pour toi, avant tout.
Il resta sans voix.
- Je me suis trompée, poursuivit-elle ancrant ses prunelles chocolat dans les siennes. Quand j'ai dit tu n'étais pas la raison qui pourrait me faire revenir. Bart et toi, vous êtes deux personnes bien distinctes. Je tiens sincèrement à connaître mon fils et sa famille. Je veux apprendre à te connaître et gagner une place dans ta vie, s'il n'est pas trop tard.
- L'amour ne se gagne pas, il se donne, répondit-il simplement sans faillir à son regard avant de se lever et de quitter la pièce.
*****
Jeudi 12 juillet 2012 : 13h17
Le tableau d'affichage indiqua que l'avion privé venait d'atterrir sur le tarmac de JFK et les passagers en sortirent l'un après l'autre.
Les voyageurs des vols réguliers franchirent les portes de débarquement de l'aéroport mais celui que Serena attendait impatiemment se faisait attendre.
Quand il apparut enfin, son cœur bondit de joie en même temps que ses jambes de gazelle et elle se précipita sur son petit-ami manquant presque faire tomber Bart, qui clopinait sur ses béquilles, dans son enthousiasme.
Le Grand Manitou avait catégoriquement refusé la chaise roulante qui lui avait été proposée, obligeant ainsi les quatre personnes qui l'accompagnaient à ralentir la cadence.
Aucun d'eux n'avait réussi à lui faire entendre raison.
Il était Bart Bass et il n'était pas question qu'il s'asseye dans cet engin de fer comme un handicapé notoire. Il n'avait jamais eu besoin de personne et ce n'était pas aujourd'hui que ça allait commencer.
Son séjour à la clinique avait déjà été bien assez humiliant comme ça.
Nate enlaça sa blonde et colla ses lèvres aux siennes, savourant le délicieux parfum de crème de cacao, résidu du petit déjeuner de la jeune femme, qui y subsistait.
Leur étreinte fut malheureusement écourtée par un toussotement qu'elle ne reconnaissait que trop bien, celui d'Anne Archibald qui se tenait derrière Serena, une expression choquée sur son visage.
Elle se retint de faire un commentaire sur le manque d'éducation de la jeune femme blonde qui se permettait de sauter au cou de son fils avant même qu'elle n'ait elle-même eu le temps de l'accueillir correctement.
- Maman, dit son fils en quittant les bras de Serena pour la prendre dans les siens.
C'était beaucoup mieux comme ça ! Pensa Anne.
- Nate, tu nous as fait une de ses peurs, s'exclama-t-elle en le serrant contre son cœur.
Image identique à celle de Lily qui embrassait son fils adoptif, elle aussi.
Le visage de cette dernière s'était illuminé à la vue du jeune homme brun et elle l'avait attirer à elle à la seconde où il avait été assez proche d'elle pour le saisir par les épaules.
Elle savait parfaitement qu'il n'était pas dans le jet au moment du crash mais la peur qui avait tordu ses entrailles ne s'évaporerait pas réellement tant qu'elle n'aurait pas constaté de visu qu'il n'avait rien.
- Charles, murmura-t-elle en déposant un baiser sur sa joue, s'écartant un peu de lui mais sans rompre le contact physique.
- Je vais bien, la rassura-t-il.
Elle lui sourit et posa une main tendrement sur sa pommette, le laissant finalement s'éloigner d'elle.
- Dieu soit loué, soupira-t-elle tandis que le Capitaine donnait une tape amicale dans le dos à son propre rejeton.
Howard jeta un regard de connivence à ce dernier pour lui signifier qu'il comprenait à quel point c'était gênant pour un jeune homme d'une vingtaine d'années de voir sa mère faire pareille démonstration d'affection dans un lieu publique et devant sa copine de surcroît.
Il porta ensuite son attention sur le meilleur ami de son fils, qui était aussi un peu le sien depuis le temps et qui se dégageait lentement de l'étreinte de sa mère adoptive, tout aussi démonstrative que sa propre femme.
- Content de vous revoir en un seul morceau, commenta Howard et serrant la main de Chuck.
- Merci, marmonna celui-ci.
- Nathaniel, l'accueillit Lily en posant affectueusement une main sur l'avant bras du jeune homme aux yeux clairs.
Serena, elle, embrassa son frère adoptif avant de se coller à nouveau à Nate, qui passa à son bras autour des épaules de la blonde sans se soucier du regard de désapprobation de sa propre mère.
Le Capitaine Archibald adressa un signe de tête à Bart qui se dressait entre ses deux béquilles derrière eux avec, à ses côtés, une jolie brune qui avait des yeux identiques à ceux de Chuck et ses pupilles s’écarquillèrent de surprise.
Évelyne ?
- Évelyne, s'écria Anne qui n'avait pas revu la brune depuis plus d'une vingtaine d'années mais ne pouvait pas se tromper lorsqu'elle se tenait aux côtés de son fils.
- Bonjour Anne, dit cette dernière avec un petit sourire pincé.
Elles s'étaient côtoyées sur les bancs de Columbia lorsqu'elle était arrivée d'Angleterre mais elles n'étaient pas vraiment amies, bien qu'ayant évoluées dans les mêmes cercles.
La propension de la fille de William Vanderbilt pour les potins et les ragots n'avait jamais été un aspect particulièrement attirant aux yeux de la jeune Londonienne.
De plus cette dernière ne rentrait pas du tout dans le moule préfabriqué pour les jeunes filles bien éduquées de l'UES. Elle envisageait autre chose pour son avenir qu'épouser un type riche et devenir sa poule pondeuse.
Le destin avait été plus qu'ironique.
Non seulement elle s'était retrouvée enceinte mais en plus, d'un homme qui n'avait pas le sous. Deux choses totalement intolérables pour l'élite de New York. (et de Londres)
Laquelle était la plus condamnable ? Certainement la seconde.
L'empire de Bart n'en n'était qu'à ses tous premiers balbutiements à l'époque. Il n'allait pas à l'université car il n'en n'avait pas les moyens. Elle l'avait rencontré à une conférence ouverte au tout publique et avait été séduite par son charisme, son enthousiasme et ses idées de développements, qui tenaient réellement de rêves de grandeurs.
En quittant la clinique cette nuit là, elle était rentrée dans son pays natal et avait poursuivi ses études à Oxford, revenant à son projet initial lorsqu'elle avait débarqué sur le nouveau continent.
Elle pensait qu'elle pourrait y réaliser ses rêves de liberté en s'y débarrassant du carcan de l'élite anglaise et du poids de son nom de famille mais elle y avait trouvé un monde semblable à celui où elle avait grandi et le nom de son beau-père l'y avait précédé.
Elle avait toujours refusé de l'utiliser réellement et s'obstinait à porter le nom de son véritable géniteur, bien que le second époux de sa mère l'ait « adoptée » comme le voulait l'usage à l'époque. Pourtant, elle ne pouvait renier ou effacer totalement ses liens familiaux avec le nabab du tabac.
Elle avait décidé de changer qui elle était en rentrant sur le vieux continent et choisi de prendre le nom de sa grand-mère maternelle. La seule qui lui ait jamais réellement témoigner une véritable tendresse. Elle pensait ainsi prendre un nouveau départ tout en honorant sa famille du côté paternel.
Elle se souvenait encore avec délice de l'odeur de la confiture de myrtilles dans la demeure d'enfance de Bradley Harris et salivait par réflexe en repensant aux doigts qu'elle trempait malicieusement dans le sirop encore tiède, qui refroidissait dans les bocaux sur la table de bois dans la cuisine de son aïeule, perchée sur un tabouret du haut de ses quatre ans.
Pleine d'insouciance et d'innocence, inconsciente de la réalité du monde cruel, elle avait adoré passer ces mois d'automne avec ses parents dans la vieille bâtisse. Bien sûr, elle ignorait la raison qui les avait amenés là. Elle ne voyait que les moments bénis partagés avec son père, habituellement si absent.
La dernière fois qu'elle avait vu la vieille femme, elle la serrait dans son tablier noir, peu après la cérémonie d'adieu. Sa mère avait promis qu'elles reviendraient bientôt. Cependant, la jeune bourgeoise avait vite été à nouveau accaparée par la vie mondaine et bouillonnante de la capitale du Royaume-Uni.
Le remariage avait été orchestré à peine deux ans après le décès du défunt, juste le temps nécessaire et conventionnel attribué à un veuvage acceptable par la haute société britannique. La promesse avait été promptement oubliée et remplacée par l'arrivée d'un autre enfant, quelques mois seulement après l'échange des anneaux.
Ève avait grandi en compagnie de cette petite sœur, aux yeux aussi clairs que les siens étaient sombres, qui était devenue sa complice et sa meilleure amie, partageant leurs joies et leurs peines avant qu'elle ne se lance à la poursuite de ses rêves.
Malgré les années, la confiture de baies bleutées restait sa préférée. Elle n'était cependant jamais parvenue à retrouver totalement le goût si fin et délicat de celle que préparait sa grand-maman.
Peut-être était-ce ses souvenirs qui se jouaient d'elle ?
Elle était retournée voir la bâtisse, qui tombait en ruine, lorsqu'elle était sortie diplômée de l'université britannique la plus cotée de tout le Royaume-Uni et avait entrepris de la faire remettre en état avant de s'y installer. Elle y avait vécu nombres d'années avant de finalement remettre les pieds à New York.
Après avoir accepté de participer à la supercherie de Jack, elle avait préféré ne pas y revenir. Elle ne se sentait plus le droit d'habiter là après ce qu'elle avait fait. Elle sentait sans cesse le regard de déception de sa grand-mère préférée dans son dos.
Ou était-ce la culpabilité qui pesait sur sa conscience ?
Quoi qu'il en soit, elle n'avait nullement fait honneur à la bonne femme en se comportant de cette manière avec son fils. Elle avait donc plier bagage et choisi de s'établir en Suisse, là où personne ne la connaissait.
Elle avait également opté pour l’apposition de son nom de baptême sur son passeport helvétique, abandonnant définitivement derrière elle Élisabeth Fischer et ses pots de confiture.
Rien n'était impossible quand on connaissait les bonnes personnes et qu'on y mettait le prix.
Un nouveau départ, encore.
Tout comme celui qu'elle prenait aujourd'hui.
L'Anglaise ne doutait pas une seconde que son retour dans la grosse pomme ferait les gorges chaudes de toutes les femmes au foyer désespérées de l'Upper East Side dans moins d'une heure grâce à Anne Archibald.
Les deux dernières fois qu'elle avait atterri sur le sol américain, elle avait su l'éviter. La durée de son voyage éclair peu avant Noël n'avait pas permis de l'identifier et même si son séjour précédent à Manhattan n'était pas totalement passé inaperçu, il avait été trop court pour qu'elle s'en soucie réellement. D'autant que le pseudonyme de sa grand-mère lui avait octroyé un délai raisonnable, assez raisonnable pour ne pas que le lien soit fait rapidement avec Évelyne Harris.
Cette fois, les choses seraient différentes.
- Bon retour à New York, lui dit Howard avec un sourire chaleureux.
C'était tout à fait ça ! Elle entrait à nouveau dans l'arène.
- Merci, opina-t-elle en s'obligeant à se redresser et à ne pas baisser les yeux.
La seule personne à qui elle avait des comptes à rendre était son fils.
- Le sourire d'Anne se figea lorsqu'elle aperçut sa sœur cadette, derrière elle.
- Monsieur et Madame Archibald, sourit faussement la brune aux yeux clairs.
Serena eu envie de lui balancer un coup avec le dernier Prada qu'elle venait d'acquérir mais réussit à se refréner. Elle ne put en revanche, réprimer le petit rictus de satisfaction qui s'installa sur ses traits devant l'expression outrée et horrifiée de sa future belle-mère.
- Bart, sourit également Lily au même moment, comme elle rencontrait le regard de son ex-mari.
- Évelyne Harris, se présenta spontanément la mère biologique de Chuck en tendant sa main vers la mère adoptive de son fils.
- Liliane Humphrey, répondit la blonde en saisissant les phalanges de la brune.
Rufus ne se donna pas la peine de faire semblant et fit à peine un signe de tête de reconnaissance au magna de l'immobilier.
La tension était soudain palpable au milieu du couloir de l'aéroport, chacun ressentant l'embarras de toutes ces situations étranges et ambiguë cumulées.
- Charles, reprit soudain Lily en se tournant vers lui comme si lui seul existait, la voiture nous attend, les obsèques de Richard ont lieues dans deux heures et je présume que tu souhaites te changer après ce long voyage.
Il acquiesça. Le vol avait été très long, en effet et il avait la sensation que ce n'était que le début.
Sa mère adoptive glissa un bras dans le sien pour l’entraîner vers la sortie, signifiant clairement qu'elle ne projetait nullement de laisser sa place dans la vie ou dans le cœur du jeune homme et il ne fit rien pour l'en empêcher.
Au contraire, il lui adressa un regard de remerciement sincère.
Serena et Nate leur emboîtèrent le pas et Rufus, Howard et Anne suivirent le mouvement.
- Je vous retrouve à l'hôtel, déclara Diana à Évelyne et Bart avant de s'éclipser.
La plus jeune des Britanniques n'avait aucune envie de se retrouver coincée dans une limousine entre sa sœur et l'homme sans cœur, elle préférait encore prendre un taxi.
De toute manière, ce n'était qu'une question de temps avant qu’Èvy ne tombe dans le panneau une nouvelle fois.
Il n'y avait rien qu'elle ou quiconque puisse faire contre ça !
*****
Jeudi 12 juillet 2012 : 13h48
Lorsqu'ils sortirent du véhicule devant le Palace, le chauffeur tenta d'aider Bart mais ce dernier lui jeta un regard assassin.
Chuck, quittant la limousine qu'il avait partagée avec sa mère et sa sœur adoptives, (Nate était rentré au domicile familial au grand désarroi de Serena) vint au secours de l'employé.
- Laissez, je m'en occupe.
Malgré les ronchonnements de son père, il le saisit sous les bras et le tint fermement jusqu'à ce que ce dernier ait rétabli son équilibre sur le trottoir.
Évelyne lui tendit ses béquilles et il s'en empara avant de clopiner à l'intérieur sans même une réponse pour le portier qui ôta sa casquette pour le saluer.
- Vanya, le gratifia Chuck à la place de son père avant de franchir le seuil.
- Monsieur Bass, s'inclina un peu l'homme avec un sourire navré. Je suis désolé.
Le jeune homme arqua un sourcil interrogateur.
- Monsieur Chuck ! résonna soudain la voix de Dorota depuis le hall.
Elle se précipita sur lui et prit ses mains dans les siennes.
Évelyne resta interdite et Bart leva les yeux au ciel.
- Vous allez bien ? Miss Blair m'a raconté. Je me suis fais un sang d'encre, s'écria la Polonaise sans se soucier de passer outre les limites de la bienséance.
Le jeune brunette était plus une petite sœur pour elle que son employeur et depuis toutes ces années, celui qui détenait manifestement son cœur, était également devenu une personne qu'elle affectionnait particulièrement. Surtout depuis qu'il avait pratiquement élu résidence au penthouse Waldorf.
- J'ai essayé de l'en dissuader, s'excusa encore Vanya en levant les mains en signe d'impuissance.
Sa femme darda sur lui de gros yeux ronds et Chuck eu un petit sourire de compassion pour le portier.
- Je vais bien, Dorota, merci, rassura-t-il la fidèle employée de sa fiancée.
Elle relâcha ses mains en baragouinant quelque chose en Polonais qui devait avoir trait avec un remerciement à Dieu.
Le jeune homme fit un détour par la réception où son père houspillait déjà un autre membre du personnel.
- Je suis vraiment confuse, bredouillait Anabeth sans oser relever la tête. C'est un malentendu, je n'avais pas compris que ...
Elle aperçut le jeune Bass du coin de l’œil et s'adressa directement à celui qu'elle avait eu au téléphone.
- J'ai cru que l'autre suite était pour vous, expliqua-t-elle, dans ses petits souliers. Et avec la convention des informaticiens qui se tient en ville cette semaine et la soudaine réapparition de votre père, ils ont tous accouru ici pour essayer de l'apercevoir.
Elle tritura la fiche de réservation complète entre ses doigts, pratiquement au bord des larmes. Elle allait certainement se faire virer.
- On ne va pas se plaindre parce que l'hôtel est complet, s'exclama Chuck en soupirant.
Au moins le retour de son père avait du bon pour les affaires.
- Viens, dit-il à sa mère biologique en rejoignant les ascenseurs où Lily, Rufus et Serena avaient disparu la minute précédente.
Bart les suivit après avoir une nouvelle fois réprimander sévèrement la réceptionniste.
Les portes s'ouvrirent et ils s'engouffrèrent tous les trois dans l'espace réduit.
Chuck glissa sa clé dans la fente et appuya sur le bouton qui donnait accès à la partie privée de l'hôtel et la cage commença son ascension dans le silence.
Son père s'était réinstallé dans ses quartiers après sa résurrection, laissant le penthouse à son ex-épouse. Étant donné qu'elle avait fait un malaise, il n'avait pas voulu la bousculer d'avantage et puis il se sentait plus à l'aise dans la suite où il avait résidé de nombreuses années avant d'épouser Lily.
Le jeune homme sortit une autre carte magnétique de son portefeuille et la tendit à sa mère biologique.
- Tiens, déclara-t-il en la lui présentant. Tu n'as qu'a prendre ma suite puisqu'elle a été préparée. De toute manière, j'ai promis à Lily que je resterais au penthouse jusqu'à ce qu'on emménage ensemble avec Blair.
- Ta suite ? questionna Évelyne sans détacher ses yeux du nombre inscrit sur la clé.
1812
Son cœur frémit.
Elle releva son visage vers son fils mais il ne la regardait pas.
Aussitôt que les portes s'ouvrirent, il s'échappa de la prison métallique.
Elle se tourna vers Bart et releva un sourcil.
Exactement la même mimique que leur fils, pensa-t-il.
- Quand il a eu huit ans, je me suis dit que ce serait mieux qu'on ait chacun notre suite. Je lui ai dit qu'il pouvait choisir n'importe laquelle et il a voulu celle-là. Il venait de prendre ses premiers cours de français, expliqua-t-il.
- Tu l'as laissé vivre seul à huit ans ? s’abasourdit-t-elle.
- Il n'était pas seul, se défendit-il. Il avait tout le personnel de l'hôtel pour s'occuper de lui et une jeune fille au pair à temps plein.
Il grimaça, il pouvait lire les reproches dans ses prunelles qui s'assombrissaient.
- C'était plus commode, ajouta-t-il. Il commençait à poser pleins de questions et avait les yeux qui traînaient partout.
- Tu veux dire qu'il avait commencé à prendre conscience des femmes qui entraient et sortaient de ta chambre sans doute, s'offusqua-t-elle, ses prunelles aussi noires que le charbon.
- Tu n'étais pas là, la tança-t-il. Tu n'as aucun droit de me faire la leçon.
Elle carra la mâchoire mais ne répondit pas.
Elle n'avait aucun argument à opposer à ses dires.
Bart avait raison.
Elle avait choisi de les abandonner, elle n'avait aucun droit.
- C'est par là, indiqua-t-il encore en boitillant hors de l'ascenseur, s'éloignant dans le sens opposé pour rejoindre sa propre suite.
Elle longea le couloir et trouva facilement la porte qu'elle cherchait. Lorsqu'elle lu le numéro sur le panneau de bois, un nœud se forma à nouveau dans sa gorge.
Seule la langue anglaise inversait le mois et le jour.
Dans les autres, les chiffres des dates étaient placés dans un ordre différent.
D'abord le jour, ensuite le mois, puis l'année de sa naissance.
18.12.1969
Elle glissa la carte dans la serrure et un petite lumière verte clignota.
Elle inspira une goulée d'air puis ouvrit la porte et pénétra dans la suite où avait grandi son fils.
*****
Para 17
Jeudi 16 août 2012 : 23h12
Chuck consulta sa montre pour la vingtième fois au moins depuis la dernière heure écoulée.
L'avion de Blair était censé atterrir à 22h50 et il avait pratiquement une demi-heure de retard à présent.
Il soupira et tenta de s'occuper l'esprit sans quitter la piste du regard.
Les semaines depuis son départ lui avait semblé des siècles.
23h13
Malgré le fait qu'il soit plongé dans le travail jusqu'au cou pendant la journée, ses nuits avaient été horribles. Bien trop solitaires à son goût. Sans elle à ses côtés, il ne pouvait pas s'endormir avant les heures reculées au milieu de la nuit.
Le Docteur Sherman avait renoncé à lui faire prendre d'autres somnifères. Le médecin avait reconnu lui-même que ces insomnies n'avaient plus rien à voir avec l'accident et la perte de son fils. D'ailleurs son traitement médicamenteux avait été diminué.
Il s'appliquait donc à utiliser ce temps à travailler, encore. Ainsi, il réussissait à convertir le temps perdu en quelque chose de productif et c'était concluant.
Les derniers contrats signés avait rapporté des bénéfices plantureux à BI et son père n'avait même rien trouvé à redire à ce qu'il avait accompli.
Il faut dire que Bart était moins enclin à le critiquer sans cesse.
Ou était-ce lui qui accordait moins d'importance à ses remontrances ?
Les rapports entre les deux hommes avaient profondément changés. Chuck avait pensé que son père reprendrait vite ses habitudes après le crash du jet mais, force était de constater que ce n'était pas le cas.
23h14
Jack s'était envolé pour l'Australie avec Georgina et Milo quelques jours après leur retour à New York et il s'était retrouvé lui-même en charge de l'intérim, qui n'avait duré qu'une semaine, avant que Bart ne débarque au bureau avec ses béquilles.
Chuck avait eu la surprise d'apprendre en arrivant que le grand ponte avait fait agrandir le bureau qui jouxtait le sien à BI et que ce dernier lui était assigné. Son paternel lui avait laissé le soin de choisir le mobilier avant que ses affaires ne soient replacées dans le nouveau bureau de direction.
Ce qui indiquait que Bart s'était accommodé à l'idée de travailler en étroite collaboration avec son fils, comme il le lui avait dit le soir de la conférence de presse.
Il semblait vraiment vouloir changer la donne entre eux et le jeune homme n'en attribuait pas seulement le mérite à sa mère biologique, bien qu'il soit toujours complètement ébahi par la manière dont l’homme se comportait en sa présence.
Il ne savait pas trop comment évoluaient les choses entre ses parents et n'était pas certain de vouloir le savoir.
Jusqu'ici, il avait réussi à départager sa relation naissante avec Évelyne du reste de sa vie. Il savait par Lily qu'elles avaient déjeuner ensemble et que sa mère biologique cherchait vraiment à établir un contact sur le long terme avec lui.
Ils étaient même allés quelques fois dîner tous les deux à la demande de celle-ci et avait passé un après midi à Central Park, ce qui avait inévitablement rappelé au jeune homme les coins préférés de sa fiancée et accru son manque d'elle.
23h15
Il avait d'ailleurs également commencé à prospecter dans le but d'acquérir un appartement pour eux. Il était hors de question qu'ils vivent et élèvent leurs futurs enfants dans un hôtel.
Évelyne s'était proposée pour l'aider en faisant le tour des propriétés privées à vendre, arguant qu'elle avait également quelques connaissances dans la valeur à attribuer aux immeubles.
Elle avait elle-même fait des études d'architectures et avait ensuite bifurqué vers la décoration d'intérieure. Elle avait ouvert sa propre boîte au Royaume-Uni et avait été assez en contact avec les agences immobilières pour déterminer approximativement la valeur d'un bâtiment. Il fallait juste qu'elle s'accorde avec le marché New-Yorkais.
Pas étonnant qu'il ait ça dans le sang.
Son entreprise n'avait rien à voir avec l'empire de Bass Industrie, cependant. Elle n'avait nullement la folie des grandeurs comme Bart. Elle avait juste voulu exercer une activité après avoir brillamment obtenu son diplôme avec mention en sortant d'Oxford.
Non pas que sa mère biologique ait jamais eu besoin de véritablement travailler pour gagner sa vie. La fortune de sa famille paternelle lui avait assuré un confort financier.
Mais la jeune Évelyne n'avait eu aucune envie de devenir une de ses femmes de l'élite de la société londonienne qui passaient leur temps à se réunir et à grignoter des petits gâteaux à l'heure du thé en conversant des derniers aléas de leurs paires. (Déversant leur bile aurait été un terme plus approprié !)
Cette dernière logeait toujours dans la suite 1812. Elle avait demandé si elle pouvait y demeurer bien que d'autres chambres soient disponibles à présent. Elle disait qu'elle avait l'impression d'être plus proche de lui de cette façon.
Son cœur d'enfant s'était gonflé d'émoi lors de cette déclaration. Il n'avait pas choisi cette suite au hasard et il savait que son père n'avait jamais été dupe, même s'il avait inversé les chiffres. Sa mère avait certainement dû, elle aussi, remarquer la similitude.
Le jeune homme avait déclaré que, pour sa part, il n'y voyait pas d'inconvénient. Il n'avait aucunement l'intention d'en faire usage de toutes manières puisque il resterait chez Lily jusqu'à ce qu'il emménage avec la femme de sa vie.
23h16
Des lumières apparurent au loin, qui piquaient vers le sol et le panneaux d'affichage indiqua enfin l'arrivée du vol de sa brune.
Il bondit sur ses pieds, n'y tenant plus et fit les cents pas dans le hall, comptant les secondes qui le séparaient encore de sa fiancée.
Blair, elle, contemplait la piste depuis le hublot et se rua hors de la carlingue dés que la porte fut ouverte par l'hôtesse.
Chuck avait proposé de lui envoyer un avion privé en attendant l'acquisition d'un nouveau jet par Bass Industrie mais elle avait décliné.
Elle ne voulait pas donner à Bart la moindre opportunité de pouvoir lui reprocher quoi que ce soit, même si le beau brun ténébreux qui détenait son cœur lui avait assuré que les choses se passait plutôt calmement depuis leur retour à Manhattan.
Elle arborait un immense sourire quand elle passa les portes de l'aéroport et parcourut les derniers mètres qui la séparait de ses bras pratiquement en courant.
Ses lèvres s'écrasèrent sur les siennes, affamées elles-aussi, et ses bras se refermèrent autour de son cou alors qu'il la soulevait du sol dans son élan.
Il enserra sa taille fine et la plaqua tout contre lui, laissant folâtrer ses mains sur ses hanches et dans le creux de ses reins alors qu'il dévorait sa bouche.
- Tu m'as manqué, souffla-t-il entre deux baisers.
- Toi aussi, marmonna-t-elle, ses lèvres toujours collées aux siennes.
- J'te laisserai plus jamais partir, déclara-t-il.
- J'm'en irai plus jamais, renchérit-elle.
Arthur toussota légèrement pour manifester sa présence en se chargeant des bagages et les deux amoureux se séparèrent à contre-cœur pour se diriger vers la limousine.
Une fois qu'il eut placé les valises de la jeune femme dans le compartiment du véhicule réservé à cet effet, le chauffeur s'installa derrière le volant et monta le volume de la radio tout en prenant soin de vérifier que l'obturateur laissait toute intimité à ses passagers puis prit lentement la direction du parc.
Il s'était assuré que le réservoir était plein au préalable !
*****
Vendredi 17 août 2012 : 7h32
La limousine se stationna devant l'immeuble qui abritait le penthouse Waldorf comme Arthur étouffait un bâillement.
Il sortit dans le petit matin et un petit air frais vivifiant lui sauta au visage quand il ouvrit la portière à la jeune femme brune qui quitta le véhicule avec le sourire aux lèvres.
Le même sourire de satisfaction s'affichait sur les traits de son employeur et le chauffeur su qu'il avait gagné un bonus et le droit de retrouver son lit douillet.
- Je n'aurai plus besoin de vous, aujourd'hui, l'instruisit en effet le jeune Bass.
Arthur acquiesça avec bienveillance et délogea les bagages de la demoiselle, bientôt Madame Bass, du coffre du véhicule pour les remettre à un membre du personnel de la résidence.
Quand les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur l'entrée du penthouse l'expression radieuse sur les traits de la brunette s'accentua encore. (Si c'était seulement possible)
Elle se figea un instant et le dévisagea.
Des centaines de bouquets de pivoines, roses, mauve, pourpre, jaunes, crème et blanches, herbacées, arbustives et hybrides, simples et doubles, emplissaient l'espace d'accueil.
- Chaque fois que je pensais à toi, j'ai passé une commande, énonça-t-il en haussant les épaules.
- Elles sont toutes magnifiques, commenta-t-elle en passant parmi les fleurs, caressant les pétales délicats, humant leur parfum entêtant ça et là.
- Pas aussi magnifique que toi, susurra-t-il à son oreille en passant ses bras autour d'elle pour les noués sur son estomac.
Un frisson parcouru l'échine de la jeune femme qui se répercuta au corps de Chuck, soudé au sien.
Il déposa un baiser dans son cou, juste sous son lobe, là où il savait indéniablement qu'il provoquerait une réponse instantanée de sa fiancée qui, en effet, ne put empêcher un gémissement de vibrer dans sa gorge.
Elle agrippa ses phalanges et enfonça légèrement ses ongles dans le dos de ses mains alors que ses yeux se révulsaient.
- Après un si long vol, j'ai besoin d'une bonne douche, ronronna-t-elle.
Sans décoller son corps du sien, elle l'entraîna jusqu'à sa chambre, direction la salle de bain, alors qu'il continuait à parsemer son cou de baisers suaves.
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