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Série : One Tree Hill
Création : 08.03.2012 à 18h39
Auteur : nanouee
Statut : Terminée
« Premier épisode - Bonne lecture » nanouee
Cette fanfic compte déjà 17 paragraphes
Chapitre 9 : La magie de l’instant
24 décembre 1963, Maison des Scott, Californie, Usa
Le moment tant attendu était arrivé. Le lendemain de notre premier rendez vous, j’avais téléphoné à ma mère pour lui annoncer que je ne serais pas présente pour les fêtes de Noël. J’aurais pu prévoir chaque mot qu’elle a prononcé ce jour-là, elle m’avait incendié, traité de tous les noms, mais j’avais tenu bon malgré les larmes qui avait coulées sur mes joues, j’avais décidé de lui tenir tête encore une fois, comme la première, elle m’avait maudite pour la vie entière mais peu m’importait, je serais avec Nathan, pendant deux jours, deux jours inoubliables qui allaient sceller pour toujours notre destin. J’avais fait mon sac le matin du 24 décembre, n’emportant que le nécessaire et une robe de soirée noire que Brooke m’avait fait acheté pour l’occasion, avec celle-là disait-elle, j’avais l’air d’une vraie femme. Nathan m’attendait en bas, dans sa voiture, et nous avions gagné sa maison sur les hauteurs de San Francisco. Je n’avais pas peur de me retrouver devant le patriarche malgré les descriptions de Nathan, je savais que pire m’aurait attendu chez moi. Il gara sa voiture dans l’allée et une femme blonde d’une quarantaine d’années sortie sur le porche pour nous accueillir, elle avait les traits fins, les cheveux tirés en arrière, elle avait tout d’une bonne mère de famille et elle me serra la main avec chaleur.
-Je suis Deborah, bienvenue Haley, dit-elle en faisant un clin d’œil à son fils. Il n’arrête pas de parler de vous !
-Maman !
-Eh bien ? Elle est ravissante ! Entrez les enfants.
Je pénétrais dans le hall, et il me semblait être transportée dans un autre univers, des murs tirés de tissu bleu, des tableaux reliés d’or, un lustre magistral, des chandelles et une magnifique table en bois de merisier dans la salle à manger où les chaises étaient recouvertes de tissu rouge. Je promenais mon regard sur les tableaux de maître, les grandes fenêtres aux rideaux bordeaux, les grandes portes comme celles dans les châteaux, une demeure magnifique où l’ambiance respirait le luxe discret, la richesse mais surtout le goût de la décoratrice. A gauche, le salon s’ouvrait, composé de canapés en cuir noir, d’une magnifique table basse en ivoire, de tableaux, de tissus brillants, des lampes rétros, tout pour une ambiance chaleureuse. Deborah me sourit et me fit pénétrer dans la pièce. Je m’asseyais sur le canapé près de la fenêtre où un jardin extraordinaire se laissait deviner, de grands arbres, des pelouses entretenues, des fleurs, un univers enchanté.
-C’est magnifique, laissais-je échapper.
-Ma mère a tout décoré de A à Z, elle sait tout faire, grâce à elle cette demeure ne ressemble pas à l’antre du diable, plaisanta Nathan.
-Vous parlez de moi ? Entendis-je.
Je tournais la tête pour voir un homme sur le pas de la porte. Grand, brun comme Nathan mais avec de petit yeux profondément enfoncés dans leurs orbites, des vêtements irréprochables, une tenue certes appréciable, mais qui dégageait une sorte de froideur. Sa femme se crispa et jeta un regard à Nathan.
-Quelle piètre opinion as-tu de moi ? Bref passons, dit-il en se tournant vers moi et en avançant dans la pièce. Je suppose que vous êtes Haley ?
-Vous supposez bien, monsieur Scott, dis-je en me levant pour lui tendre une main qu’il serra sans me quitter des yeux.
-Vous n’avez pas de famille pour passer Noël ? demanda-t-il en s’asseyant sur le canapé en face de nous.
-Daniel ! Nathan l’a gentiment invitée pour les fêtes !
-Et bien ce n’était qu’une question Deborah, ne t’énerve pas.
-J’ai une famille, mais disons que j’ai préféré votre compagnie.
Une servante entra dans la pièce avec une carafe de limonade lui épargnant de répondre mais Nathan lui avait jeté un regard meurtrier et avait serré ma main dans la sienne. Elle nous servit quatre verres puis ressortit sous les remerciements de Deborah. Je n’avais pas l’habitude de me faire servir, ce n’était pas dans mon éducation de me laisser dorloter, mais je n’avais certainement pas suivis Nathan ici pour l’argent de sa famille.
-Je me renseigne sur tes conquêtes j’en ai le droit, non ?
-Non, justement tu n’en as pas le droit ! Laisse-nous tranquille, dit-il en me tirant par la main pour que je me relève.
Je reposais mon verre de limonade aussi vite que je le pu et Nathan attrapa mon sac de voyage avant de me traîner vers le premier étage. Dans l’escalier il s’arrêta net et me regarda.
-Lucas n’a vraiment rien raté Haley, il peut s’estimer heureux de ne pas avoir eu de père, car je peux t’assurer que ce genre de scènes arrive tous les jours !
-Je suis désolée pour vous, toi et ta mère, cela doit être difficile à supporter, supposai-je.
-Plus que tu ne le crois, dit-il en tendant l’oreille.
En effet, des bruits raisonnaient dans le hall, une dispute et pas n’importe laquelle, ses parents se faisaient la guerre, encore et toujours.
-Tu aurais au moins pu être polie avec cette jeune fille, qu’est ce qu’elle doit penser de nous maintenant ? Hurla Deborah
-Je m’en contre fiche Deborah, tout ce qui compte c’est Nathan et je ne veux pas qu’il fréquente une pauvre fille sans avenir.
-Tu n’es qu’un imbécile, lança Deborah avant de quitter la pièce et de traverser le hall sous nos yeux.
-Un imbécile qui te nourrit et qui t’entretient, hurla-t-il, mais elle était déjà partie.
Je baissais la tête. J’avais honte de les avoir entendus se disputer et encore plus parce que j’en étais la cause. Nathan posa le sac sur une marche avant de me prendre le menton entre les mains et de me fixer doit dans les yeux avec un petit sourire.
-Je me fiche de ce que pense mon père. Il a raté sa vie, il a sacrifié sa famille, ses amis, la notion même de l’amour. C’est lui qui est pauvre malgré ses vêtements chics.
Il me prit par la taille et m’entraîna en haut. Je me retournais quelques secondes pour voir le regard de Daniel Scott posé sur moi. Nous arrivâmes en haut et je secouais la tête pour oublier ses petits yeux posés sur moi, ce mépris que je lui inspirais. Nathan poussa une porte et lança mon sac sur le lit.
-C’est la chambre d’ami, je pense que tu seras très bien ici, et elle communique avec la mienne, dit-il en souriant.
Il me prit dans ses bras et m’embrassa. L’ère de la pilule contraceptive faisait son apparition, mais toutes sortes de rumeurs couraient sur son compte, elle donnait le cancer, elle rendait stérile, elle contenait des hormones mâles. Je m’étais vaguement renseignée mais il semblait que le préservatif restait la seule solution et même s’il n’était pas fiable à cent pour cent, je n’avais que cela, je ferais avec. Je n’avais jamais parlé de sexe avec ma mère et encore moins avec Victoria, tout ce que je savais je l’avais appris au lycée en écoutant les ragots de bas étages. Des distributeurs de préservatifs étaient apparus dès les années 50 dans le sud des Etats-Unis et il était maintenant plus facile d’y accéder car ils avaient fait leur entrée dans les campus universitaires, comme le LSD et toutes sortes de drogues à Paradis. Je ne cherchais pas mon paradis dans la drogue, mais tout contre le corps de Nathan je savais que j’étais en sécurité, que malgré les peurs qui étreignaient toutes les femmes avant leur première fois, je n’avais pas à avoir peur de lui, ni de ce qu’il voulait m’offrir, je le voulais aussi.
Il me lâcha et me laissa seule pour ranger mes quelques affaires dans l’armoire à coté du lit. La chambre possédait un grand lit en bois massif, deux tables de chevet de chaque coté, une grande fenêtre qui montait jusqu’au plafond, une commode, une coiffeuse, une grande armoire en chêne et les murs étaient tendus de tissus framboise, le sol couvert d’une moquette douillette où mes pieds presque disparaissaient sous sa caresse. Je me couchais sur le lit et regardais un instant le plafond. Puis mon regard dévia vers un tourne-disque et une pile de Vinyles. Je me relevais pour éplucher cette collection : Les Beatles, les Rolling Stones, le Beach Boys, les Mamas et les Papas tout ce qu’il fallait pour une bonne ambiance. Je mis un Vinyle et la musique raisonna dans la pièce. Je me recouchais et me tournais sur le coté face au mur. Bientôt mes yeux se fermaient et je n’entendis pas le disque grincer... j’étais perdue dans mes rêves.
-Haley ! Murmura une voix dans mon songe.
Je me réveillais en sursaut pour voir Deborah devant mon lit. Elle avait arrêté le tourne-disque et me souriait.
-Il est presque 7 heures, dit-elle pendant que je me frottais les yeux. Nous dînons à 8 heures, tu veux que je t’aide à t’habiller ?
-Merci beaucoup madame Scott !
-Deborah, dit-elle en riant. Tu as apporté une robe, sinon je peux t’en prêter une.
-Non j’ai emmené la mienne, ne vous inquiétez pas, je serais vite prête.
Je me relevais et regardais au dehors. Il faisait nuit noire, comment avais-je pu dormir si longtemps ? Je secouais la tête et ouvris l’armoire pour sortir la robe sous le regard bienveillant de Deborah.
-Enfile-la et je te coifferais, tu as des cheveux magnifiques, lança-t-elle en les touchant.
-Merci mad...Deborah, dis-je en souriant.
Je passais dans la salle de bain attenante, et enfilais la robe noire et je me rendis compte que Brooke avait raison, je me sentais vraiment femme, il ne me manquait plus que Nathan à mon bras. Je me regardais dans le miroir avec les cheveux brillant tombant sur mes épaules. Je les brossais soigneusement avant de les confier à Deborah. Je ressortis et elle était près de la coiffeuse. Je m’assis et elle commença à les lisser.
-Alors Haley, que comptes-tu devenir après l’université ? demanda-t-elle
-Je ne sais pas vraiment... J’attends de trouver ma vocation, peut-être l’écriture, peut-être l’enseignement.
-Tu as le temps de décider. J’aurais tant voulu aller à la l’université moi aussi, mais à l’époque, après la guerre il n’était vraiment pas convenable pour moi de mettre les pieds dans un établissement d’enseignement supérieur. Je t’admire, je sais que c’est encore difficile pour nous les femmes aujourd’hui.
-C’est certain, mais je m’accroche. Ma mère voulait que j’épouse un gentil garçon rencontré au lycée et que je fasse des enfants à la pelle, comme ma sœur si parfaite et mon frère banquier.
-Tu as eu bien raison de ne pas l’écouter, dit-elle en relevant mes cheveux en chignon au dessus de ma tête, pour en laisser échapper quelques mèches qui tombaient gracieusement sur mon visage.
-Elle m’en veut beaucoup, et quand je lui ai dit que je ne viendrais pas pour Noël elle a pris cela comme un affront.
-Tu verras avec le temps, elle s’adoucira, elle comprendra que malgré les erreurs que tu as pu commettre selon elle, tu es et tu resteras toujours son enfant. Tu as bien fait de venir chez nous pour Noël, tu apportes de la nouveauté et un brin d’air frais ici.
-Je suis heureuse aussi d’être avec vous malgré monsieur Scott...
-Daniel est un monstre, il l’a toujours été seulement j’étais jeune, naïve, et enceinte. Il a quitté sa première femme pour moi, mais si cela n’avait pas été une honte d’élever un enfant seule avant, je ne me serais jamais mariée avec lui, j’aurais élevé Nathan il s’en serait mieux sortit, il n’aurait pas ce besoin de toujours mieux faire pour être à la hauteur des projets de grandeurs que son père place en lui.
-Je sais. Nathan semble toujours en compétition.
-Il l’est et le sera toujours, c’est triste mais laissons le passé à sa place aujourd’hui, dit-elle en reculant pour mieux me voir. Tu es magnifique.
Elle rie et je me tournais vers elle, pour qu’elle me passe de la poudre sur le visage. Elle dessina mes lèvres au pinceau et bientôt il fut l’heure de descendre pour dîner. La veille de Noël approchait, une fête que je n’avais jamais vraiment célébrée avec la vocation religieuse, mais plutôt pour le sens que la société lui a donné. Deborah prit mon bras et nous descendîmes l’escalier en riant. Nathan nous attendait dans la salle à manger avec Daniel qui avait déjà pris sa place en bout de table. Deborah lui ferait face, et moi et Nathan aussi mais de part et d’autre de la table. Des couverts en porcelaine blanche décoraient la table, un grand vase au milieu contenait un énorme bouquet de rose rouge et blanche. Les yeux de Nathan brillèrent quand il m’aperçut dans la robe de soirée. Je lui souriais et m’assis en ignorant le regard courroucé de Daniel Scott. La servante entra dans la pièce avec une cruche de vin, elle nous servit et ressortit chercher les entrées.
-Vous êtes magnifique Haley, lança Daniel en buvant son verre. Cela doit vous changer de vos repas habituels !
-Certes, mais je m’adapte très vite. Et je tiens tout spécialement à vous remercier pour m’avoir ouvert votre maison pour cette occasion si spécial, quel grand cœur, dis-je sarcastique.
Deborah faillit s’étouffer avec son vin et Nathan sourit. Je souhaitais que ce repas passe le plus vite possible, que je sois débarrassée de cet homme si méprisable.
-Alors fiston, demanda Daniel, et les études ?
-Toujours aussi détestable !
-Tu n’y mets pas du tien ; c’est normal que tu n’apprécies pas.
-Tu sais très bien que je ne voulais pas aller à Berkeley! Lança Nathan en me regardant mal à l’aise que la conversation dévie sur ce sujet sensible.
-Un jour tu me remercieras, dit Daniel en hochant la tête.
-Daniel ; pourrait-on parler d’autre chose ce soir, c’est Noël je te rappelle, s’exclama Deborah en souriant à la servante qui apportait les entrées.
-Et de quoi ma chère épouse ? De la naissance de Jésus ? De sa mort ? De la tradition de noël ? Laisse-moi rire. Je n’ai pas vu mon fils depuis un certain temps, je veux juste savoir comment il s’en sort.
-Laisse le vivre un peu..
-La conversation est close, hurla Nathan, nous parlerons de ma vie demain soir quand j’aurais ramené Haley au campus, je ne veux pas qu’elle assiste à cela.
-Tu as bien raison c’est une affaire de famille, lança Daniel en me fixant.
-Non, il s’agit seulement de lui épargner tes paroles amères, dit Nathan les yeux brûlants de colère.
-Et vous Haley, me demanda t-il, que faites-vous comme études ?
En fait, il n’attendait pas vraiment une réponse intéressante, je renseignais sa demande et il m’oublia aussitôt, et le lâchais un soupire de soulagement. Le reste du dîner se passa dans le silence le plus complet. Nous mangeâmes nos plats, qui étaient d’ailleurs délicieux et je jetais de vagues regards à Nathan, nous n’attendions que la fin de cette mascarade pour monter au premier, seul à seul.
Nous nous levâmes sous le regard chaleureux de Deborah. Comment avait-elle pu épouser un tel monstre ? Je secouais la tête, l’amour reflétait mille facettes, et pas toujours celles que l’on pourrait croire inconditionnelle. Nous montâmes l’escalier, mal à l’aise et Nathan poussa la porte de la chambre comme ce matin mais cette fois-ci il ne ressortit pas, il la referma derrière lui, enclencha le verrou et je sourie. Nous laissions Daniel Scott derrière cette porte, loin de nous. Il passa ses mains sur mes épaules, dans mon cou, tout était naturel, tout devait arriver aujourd’hui, ce jour magnifique, ce jour de cadeau et je lui offrais le mien, tout ce que je possédais, je lui donnais entièrement, sans gène, sans fausse pudeur. Ses lèvres effleurèrent mon cou et il s’étendit vers mes seins qu’il caressa avec sa main. Je tombais sur le lit, son corps contre le mien, nos bras entrelacés, nos lèvres chaudes l’une contre l’autre, tout ce plaisir, ce désir si longtemps contenu allait exploser au grand jour, ici même, dans ces draps inconnus. Il défit sa veste de costard, sa chemise et je l’épiais, je le regardais, je m’imprégnais de son image, je sentais le désir monter en moi, toujours plus fort plus intense, je le voulais maintenant, je voulais le sentir en moi, qu’il m’offre la passion, le plaisir charnel, ce dont j’avais rêvé. Il descendit la fermeture de ma robe qui glissa le long de mon corps tendu vers lui en attente de caresses. Ses mains à présent me touchaient, comme je l’avais désiré, passant sur mon ventre, sur mes seins découverts, et je l’attirais à moi, jusqu'à ce que ses lèvres caressent mon cou, qu’il fasse naître ce besoin, ce besoin de lui. Tout est flou, comme dans un songe, mais la douleur de l’instant fut vite remplacée par un sentiment de plénitude, d’amour intense, le seul que j’avais connu, mais le plus fort, le plus accompli, celui qui brûlerait dans mon corps, dans mon coeur pour toujours. Le rythme s’accéléra, faisant monter le plaisir, jusqu’aux cimes, jusqu’au bonheur, jusqu'à cette explosion intense. Nos souffles s’apaisèrent un instant, il posa ses lèves sur les miennes, nos yeux s’accrochaient, nos fronts se touchaient et nos corps toujours l’un dans l’autre s’aimaient encore. Je posais ma main sur sa nuque et l’attirais sur moi, contre mon cœur, et la tête penchée en arrière, j’essayais de calmer les battements de mon cœur affolé, de mes sens qui s’étaient dévoilés à lui. Il tira la couverture sur nous. Je frissonnais, je tremblais encore, mais je souriais, oui je l’avais trouvé, l’amour le vrai, il avait fallu qu’il traverse ma route ce jour maudit, qu’il me sauve pour faire naître en moi la flamme éternelle.
A cet instant j’aurais presque pu croire que l’espoir n’était pas mort, que la vie peut-être nous donnerait une chance... J’aurais pu me croire en sécurité entre ses bras, mais l’avenir allait me donner à réfléchir sur mes chimères enfantines...
Chapitre 10 : Le départ
30 Février 1964, Berkeley, Californie, Usa
Il est vrai que de l’eau a coulé sous les ponts depuis Noël 1963, depuis que Nathan et moi nous étions avoués notre amour, depuis notre nuit magique dans la demeure de ses parents. Mais nos journées ont été ordinaires, aussi ordinaires que les vôtres, nous avons courus d’un amphithéâtre à un autre, d’une salle à une autre et passé nos examens avec succès, même Brooke a validé son premier semestre. Lucas et Peyton filaient le parfait amour, ils passaient tout leur temps libre ensemble et Peyton avait surmonté ses doutes, elle se sentait bien avec lui, pour la première fois de sa vie. Brooke avait réduit sa consommation de paradis et ne fumait plus que quelques joints de temps à autre, la mort de Kennedy et la venue au pouvoir de Johnson l’avait ébranlée, elle savait maintenant que la guerre du Vietnam se rapprochait, que nous n’étions plus à l’abri et avait décidé d’affronter sa vie. Elle avait décidé de poursuivre ses études en sciences politiques l’an prochain et comptait bien décrocher son diplôme et faire ses premiers pas dans l’univers fermé de la diplomatie. Peyton continuait dans l’histoire avec une spécialisation pour l’histoire de l’art et ses dessins avaient de plus en plus de succès auprès des étudiants. Lucas avait réussi ses examens et sa deuxième année de droit promettait d’être conclue avec les honneurs. Nathan continuait dans le commerce, bien qu’il n’avait pas de passion pour cette matière, il ne pouvait pas encore s’opposer à son père ; un jour peut être. Pour ma part, je me dirigeais vers la littérature et même si nos chemins semblaient se séparer, je savais qu’elles seraient toujours là pour moi, comme au début, maintenant et pour nos années à venir.
Peu de choses avaient changées et en même temps je me sentais différente, plus sûre de moi, plus adulte, je savais ce que je voulais, mes rêves ne seraient jamais vains, et pourtant l’avenir allait nous apporter notre lot de malheurs.
J’attendais David pour une nouvelle visite, il avait pris quelques jours de congés, il m’avait dit qu’il avait quelque chose d’important à m’annoncer et je pensais innocemment qu’il s’agissait d’un problème avec nos parents, mais je me trompais lourdement. J’étais avec Nathan et Brooke dans ma chambre et je lisais le livre au programme ce semestre tandis que Nathan rêvassait et que Brooke réfléchissait à sa tenue pour notre soirée. Ce soir, nous avions prévu d’aller à la fête qui se tenait dans l’enceinte de la faculté pour la réussite de nos examens.
- Tu penses qu’une mini-jupe c’est trop « engageant »? Demanda Brooke en posant son stylo sur sa feuille et en nous tirant de nos pensés.
- Cela dépend, lança Nathan en riant, qu’attends-tu de cette soirée ?
-Je veux passer un bon moment, dit-elle en haussant les épaules, et pourquoi pas rentrer accompagnée.
- La mini jupe est parfaite alors, m’exclamais-je.
- La rouge ou la noire, pensa-t-elle tout haut.
- La rouge avec tes bottes noires, dis-je en me replongeant dans mon livre.
-Vous n’êtes pas drôle. Nous avons réussi nos examens, et vous êtes encore là avec ces satanés livres, des auteurs morts depuis des décennies, lança Brooke en s’adossant au mur par terre. Je vais mettre de la musique.
Elle se leva et fouilla dans ma collection de disque. Elle en sortit un et le plaça sur le tourne-disque. La musique envahit la pièce, s’échappant par les fenêtres ouvertes vers le campus endormi. Les cours ne reprendraient que dans une semaine, nous avions le temps et de plus David n’allait pas tarder. Elle revint s’asseoir à coté de nous mais nous regarda l’œil mauvais.
-C’est infiniment plus drôle avec Lucas et Peyton. Ils ne passent pas tout leur temps dans leurs bouquins, dit-elle en boudant.
-Et bien va les rejoindre, s’exclama Nathan, si nous t’ennuyons autant.
-Ce que tu es susceptible dès que l’on évoque Lucas, fit-elle étonnée.
Je lui fis signe de se taire, mais elle ne comprit pas mon geste.
-Je faisais juste une remarque. Vous êtes comme un vieux couple. Nous sommes jeunes, ce soir c’est une sorte de consécration, un avant goût de la gigantesque fête qui sera donné pour notre diplôme.
-Ce soir... Sauf que ce n’est pas encore l’heure Brooke. Mais je ne te retiens pas, dit Nathan en souriant faussement vexé, le vieux couple peut réviser sans toi.
-Imbécile ! Déjà que je tiens la chandelle avec vous et avec les deux autres aussi. Il fait vraiment que j’y remédie.
-Oui c’est cela, remédies-y, marmonnais-je en lisant un passage passionnant dans mon bouquin.
-Brooke appelle la terre, Brooke appelle Haley, dit-elle en faisant de grand geste qui fit rire Nathan qui s’approcha de moi pour m’embrasser dans le cou. Oh non, pas cela. Pas devant moi ; votre amie en mal d’amour. Plus tard quand je ne serais plus là, mais de grâce épargnez-moi, fit-elle en se cachant les yeux.
Je levais la tête et éclatais de rire, cela me faisait du bien de la voir enfin sereine, presque heureuse, elle n’avait plus besoin de se défoncer, de coucher avec des inconnus, d’être ivre morte à chaque fête, elle avait changé et j’avais l’impression que nous avions tous changés, grandit, mûrit. La nouvelle Brooke me convenait, et de cette expérience, elle en sortira plus forte encore, plus déterminée à échapper aux pièges futures de la vie.
On toqua soudain à la porte et elle se releva pour aller ouvrir.
-Ah de l’animation, cela va me changer de vous deux, lança-t-elle en ouvrant la porte sur David.
Il la détailla des pieds à la tête, et sourit. Je toussais discrètement et il entra, ses yeux si brillants se posèrent sur moi et je quittais l’étreinte de Nathan pour la sienne. Il m’embrassa sur la joue et recula pour m’admirer.
-Tu es magnifique petite sœur, encore plus belle que la dernière fois que je t’ai vue, dit-il en me lâchant et en posant son sac au sol.
Brooke avait refermé la porte et s’était assise sur le lit près de Nathan pour observer la scène et David tendit la main à Nathan qui la serra en souriant.
-Alors c’est toi qui a gagné le cœur de ma petite sœur, plaisanta t-il.
-En personne, dit Nathan en riant, ravi de te revoir, la dernière fois nous n’avons pas eu le temps de parler.
Son regard dévia encore une fois vers Brooke et elle lui sourit. Je les présentais donc.
-Merci de m’héberger Haley, je n’avais vraiment pas envie de dormir dans un hôtel, dit-il en riant et en se laissant tomber sur la chaise près de mon bureau.
-D’ailleurs nous aurons tout le temps de parler tranquillement ce soir, enfin après notre fête.
-Une fête ? demanda t-il
-Oui pour la réussite de notre premier semestre. Viens avec nous, cela te fera du bien de voir du monde.
-Je ne sais pas trop...
-Tu dois venir, lança Brooke, il y aura à boire, à manger et des centaines d’étudiantes en chasse!
- Présenté ainsi. Comment refuser ? s’exclama-t-il en lui souriant.
-En plus Brooke a choisit sa tenue exprès pour ce soir, tu ne peux pas rater cela, plaisantais-je.
-Haley ! Il se fiche de ma tenue, s’exclama t-elle mais je la voyais rougir du coin de l’œil.
-Nous parlerons après la fête, je te promets que nous ne resterons pas tard, mais ne te fais prier suppliais-je en lui faisant la moue.
-Bien, concéda-t-il en riant, comment te dire non ? Impossible.
Brooke nous quitta pour enfiler sa tenue de soirée et Nathan m’embrassa avant de quitter la pièce lui aussi pour se préparer. Je restais seule avec David, mais je voyais bien que quelque chose le tracassait, il avait fait bonne figure devant eux, mais quelque chose le rongeait, je le sentais, je le savais, je le connaissais parfaitement, et ce n’était pas à cause de nos parents, il ne l’aurait pas pris autant à cœur.
-Dis-moi que ce n’est pas grave David ! Dis-je en m’asseyant sur le lit face à sa chaise.
-De quoi tu parles ? Fit-il en détournant le regard.
-Ce que tu as à me dire. Dis-moi que ce n’est pas grave ?
-Nous en parlerons après Haley, je ne veux pas gâcher ta fête.
-Ma fête est nettement moins importante que toi. Tu sais bien que tu peux tout me dire, parle-moi, le suppliais-je. Un problème avec les parents ?
-Oh non ! Ils n’ont rien à voir là dedans. Va te préparer c’est bientôt l’heure de retrouver tes amis, ils sont vraiment très sympas et Nathan est parfait pour toi.
-Oui c’est vrai...murmurais-je en me levant. Tu ne me cacheras rien?
-Promis, marmonna-t-il avant de se lever pour se poster devant la fenêtre.
Je le laissais seul, j’entendis la fenêtre s’ouvrir et il huma l’air frais de ce début d’année, tandis que je me préparais sommairement dans la salle de bain. Je n’arrivais pas à me détendre, je m’inquiétais, j’avais peur de ce qu’il allait m’annoncer, j’étais persuadée que je n’allais pas m’amuser un seul instant à la pensée de cette nouvelle qui semblait le torturer. Je sortis et le trouva à la fenêtre une cigarette à la main. Je fronçais les sourcils et lança :
-Depuis quand tu fumes ?
-Pas longtemps, dit-il en jetant la cigarette par la fenêtre et en se tournant vers moi. Tu es magnifique, enfin tu es toujours magnifique.
-Merci, tu n’es pas mal non plus, plaisantais-je pour détendre l’atmosphère.
-Allons-y, montre-moi ce qu’est la vie d’étudiante, la mienne me semble à des années lumière, fit-il en attrapant sa veste au passage.
Nous sortîmes pour rejoindre les autres dehors et d’ailleurs ils nous attendaient déjà assis sur les bancs, qui bordaient l’allée principale qui menait au bâtiment. Ils parlaient, ils riaient, ils étaient heureux, Nathan et Lucas se toléraient et cela aurait dû me transporter de joie, mais je n’arrivais pas à me détendre.
-Ah enfin ! Lança Peyton avec un clin d’oeil, j’ai cru un instant que Brooke avait déteint sur toi ! Tu en as mis du temps !
-C’est ma faute, s’exclama David, je l’ai retenue un instant.
-Allons-y, cria Brooke surexcitée, j’ai hâte d’y être.
David se détacha de moi et conversa avec Brooke tandis que Nathan me prenait dans ses bras, nous marchions tous vers le gymnase de la faculté ; le bonheur semble si facile à cultiver, et pourtant parfois, il suffit d’une intempérie pour tout détruire. Je regardais David rire aux blagues de Brooke et un sourire se dessina sur mes lèvres, l’espace d’un instant j’avais oublié la terrible nouvelle, je me sentais bien, je me sentais jeune, et libre, le monde m’appartenait.
Nous arrivâmes près de l’entrée et déjà la musique nous envahissait, forte, entraînante. Brooke riait en entraînant mon frère sur la piste, Nathan en fit de même et me fit tourner, je volais dans ses bras, ma jupe bouffante suivait mes mouvements au rythme de la musique, de plus en plus obsédante. Il m’attira à lui et m’embrassa fougueusement au milieu de tous ces couples qui dansaient à en perdre la tête, toujours plus vite, toujours plus haut, les rires fusaient, nous étions heureux, nous avions réussi, nous avions mérité notre moment de folie intense dans l’insouciance du temps. Du coin de l’œil, je vis Lucas et Peyton assis à l’écart près du bar, David et Brooke tournoyaient de l’autre coté de la pièce attirant l’attention générale, Nathan et moi décidâmes d’en rire avant de quitter la piste, épuisés par notre rock endiablé. Il m’entraîna vers le bar pour prendre une bière évitant soigneusement Lucas et Peyton qui lui lança un regard désolé.
-Tu as parlé avec ton frère ? demanda Nathan en ouvrant sa bière et en aspirant une gorgée.
-Oui, mais il m’a dit qu’il me raconterait tout après la fête, je lui ai promis que nous ne resterions pas longtemps, dis-je en l’embrassant.
-Bien sur je comprends, mais cela veut-il dire que tu ne seras pas à moi ce soir ? Plaisanta-il.
-Demain soir, promis, murmurais-je contre son oreille, demain nous aurons tout le temps de vaquer à nos occupations.
Tout le monde marquait le rythme avec les pieds ou avec les mains, des centaines de personnes en harmonie autour d’une simple chanson, d’un simple bal qui nous réunissait tous, qu’importe notre âge, qu’importent nos origines, ici nous étions tous pareils, noyés dans la foule. Nathan me prit par la taille et nous les regardions comme tous les autres.
-Et bien quel succès David, elles sont toutes à tes pieds, lança Nathan
-Il danse comme un dieu, renchérit Brooke en le lâchant pour attraper une bière.
-Oh disons que je me débrouille, s’exclama David modeste.
-Ah c’est tout lui cela, lançais-je, il n’accepte jamais de compliment.
-Au fait Haley ; j’ai oublié de t’annoncer une autre grande nouvelle. Notre frère bien aimé se case ; il se marie en juin.
-Tu plaisantes ? Dis-je en riant. Il épouse enfin sa Gabrielle.
-Tout arrive.
-Et mon invitation s’est perdue en route ? Demandais-je sarcastique.
-Et non ; tu n’auras même pas la chance d’échapper à la torture. Elle est dans mon sac.
-Il ne voulait pas gâcher un timbre ? Fis-je sarcastique.
-Je n’ai pas envie de rencontrer l’autre frère démoniaque, dit Nathan en buvant sa bière.
-Oh fait, comment va notre sœur modèle ? Demandais-je cynique.
-Parfaitement bien selon notre mère, mais je la soupçonne de mentir pour protéger Victoria, je crois qu’avec Ben ils ne s’entendent plus.
-La perfection s’effrite.
-Il parait qu’elle a un amant !
-Pardon ? Hurlais-je surpassant la musique. Victoria ? Notre sœur si charmante, si bien élevée ?
-Je ne sais pas si c’est vrai. Ce ne sont que des rumeurs qui traînent, mais elle aurait été aperçue dans un bar les soirs de semaine.
-Sinon quand George se marie-t-il ? Demandais-je en secouant la tête, imaginant la fille parfaite de ma mère en mauvaise posture.
-En juin ! Nous avons le temps de trouver une excuse valable !
-Je vais avoir du mal à me défiler, marmonnais-je en secouant la tête.
Nathan riait, il trouvait toutes ces histoire drôles et je du avouer qu’imaginer ma sœur avec un amant me donnait envie d’éclater de rire ainsi que la pensée de savoir Georges marié à celle qui semblait sa fiancée depuis une éternité. David prit une deuxième bière et se tourna vers Lucas et Peyton qui conversaient avec Brooke. Nathan m’embrassa dans le cou et adossée au bar je le laissais passer ses mains dans mon dos. Je sentais le désir monter en moi, de plus en fort, de plus en plus ardent, et les folies de cette fête si spéciale me montaient à la tête tandis que Lucas parlait du Vietnam. Cela me semblait si loin et en même temps si proche de nous.
-Jake part la semaine prochaine, entendis-je. Il s’est engagé apparemment.
-Il y en a beaucoup qui s’engagent depuis la mort de Kennedy, dit David, c’est bien paradoxal surtout que depuis sa mort, Johnson a durcit les lois au Vietnam, il envoie de plus en plus de soldats, et il y en a encore certains qui s’engagent volontairement vers la mort.
-Peut être qu’ils croient en cette guerre, dit Lucas.
-Qui pourrait y croire ? Enfin après tout ce qu’ils nous ont promis, la paix, la fin des combats ; tu plaisantes, c’est de la foutaise, c’est inutile, je ne vois pas l’intérêt d’aller se battre pour une cause perdue, s’exclama Peyton en colère.
-Certains n’ont pas le choix, ils sont choisis, marmonna David
-On a toujours le choix !
-Refuser c’est la prison assurée, dit David
-Et Alors ? Fulmina Peyton, pendant quelques mois seulement, mais au moins ils sont vivants, accepter d’y aller c’est la mort.
-Pas forcément, certains reviennent, dit Lucas pour apaiser sa colère.
-Ils reviennent mais dans quel état ? Ils sont marqués à vie, si ce n’est pas physique, c’est psychologique, c’est un fléau, la seconde guerre mondiale ne leur a rien apprit.
-Il faudrait s’attaquer au gouvernement de notre pays, et ce n’est pas une mince affaire, dit soudain Brooke tirée de son mutisme. Ils se fichent de nous, une bande d’étudiants dérisoires qui hurlent dans la rue, qui saccagent les campus, à coté du profit qu’ils font, nous sommes bien négligeables. De plus ils n’appellent que les personnes sans attaches réelles, c'est-à-dire, ceux qui ne font pas d’études ou plus, ceux qui ne sont pas mariés, les autres ont la paix, pour un moment du moins. Mais cela ne va pas tarder à changer, il n’y aura bientôt plus assez de célibataires pour leur armée !
-Excusez-moi deux minutes, lança David avant de les quitter, il sortit par la porte principale son paquet de cigarette à la main.
J’embrassais Nathan et lui fit signe, je les laissais tous dans leur discussion politique et j’allais rejoindre mon frère dehors. Je jetais un gilet sur mes épaules et le retrouva debout dans l’allée principale, la fumée de sa cigarette volait dans l’air et elle se consumait sans qu’il ne la touche, absorbé dans ses pensés.
-Sont-ils trop sérieux pour toi ? Plaisantais-je.
-Non, dit-il en se tournant vers moi, j’avais besoin d’air, on étouffe là dedans. Brooke sait de quoi elle parle, elle m’étonne beaucoup.
-Elle nous étonne tous, dis-je en le rejoignant. Il y a quelques mois, ce n’était pas vraiment la forme, mais elle a changé, je suis fière d’elle.
-Es tu fière de moi Haley ? demanda t-il soudain
-Mais bien sur, quelle question !
-Même si je te disais que je m’apprête à faire quelque chose que tu désapprouves ?
-David...dis-moi ce que tu as à me dire.
-Je me suis engagé, murmura-t-il en tirant sur sa cigarette.
-Tu plaisantes ? Dis-je choquée
-Non je ne plaisante pas. Je l’ai fait sur un coup de tête, j’avais l’impression que ma vie tournait en rond, que je n’avançais pas, c’est un drôle de sentiment que celui de se dire qu’on est totalement inutile aux personnes qui vous entourent.
-Tu ne m’es pas inutile, hurlais-je en le prenant par les épaules. Tu peux encore revenir en arrière dis-moi ?...Renonce.
-C’est trop tard Haley !
-Non, c’est impossible, tu ne peux pas partir, tu ne peux pas me laisser, on s’est juré pour toujours, tu ne peux pas aller là-bas.
-Je regrette beaucoup de choses dans ma vie, que je n’ai pas faites ou que je n’aurais pas du faire, mais moi j’y crois ou du moins maintenant j’y crois, je pense que je peux apprendre beaucoup de cette mission.
-Tu as envie de mourir c’est cela ? Pleurais-je. Tu n’as pas besoin de nous prouver quoi que ce soit, moi je t’aime, et même si tu te sens inutile je peux te dire que c’est faux, tu as promis...tu devais être là pour moi.
-Je suis là Haley, pour le moment je suis là... murmura t-il en m’enlaçant.
Je pleurais, pour nos années d’enfance, pour nos années d’adulte bafouées par une guerre inutile qui se rapprochait de moi de jour en jour, m’enlevant tous mes espoirs et maintenant ma famille. Elle s’insinuait dans nos univers dorés cherchant la faille, distillant le malheur et la douleur, la perte et l’absence, toutes ces choses que nous n’aurions jamais du connaître.
-Tu ne peux pas me quitter, hurlais-je en le frappant sur la poitrine avec mes poings.
-Je ne te quitte pas, je fais mon devoir, murmura t-il en attrapant mes mains. Je fais quelque chose de bien Haley, et même si tu n’y crois pas, même si tu ne peux pas me comprendre, aide-moi, ne me rejette pas.
-Mais je ne pourrais jamais te rejeter, seulement je suis sure qu’il existe une solution pour que tu y échappes.
-Je leur ai donné ma parole, j’ai signé les papiers...Je pars après demain.
-Tu me laisses seule...
-Tu n’es pas seule, tu as Nathan, tes amis, ils seront toujours là pour toi, comme moi, même si je suis loin, même si nous ne pourrons pas nous voir avant longtemps je veux que tu n’oublies pas notre serment, je ne te ferais pas défaut Haley, jamais...
Pourquoi la douleur était-elle la sensation qui reste le plus longtemps présente dans nos cœurs ? Pourquoi la joie est si vite remplacée par la rancœur ? Il passa une main sur mes cheveux comme quand nous étions enfants et que je fuyais les moqueries de Victoria, je me réfugiais dans ses bras et j’oubliais tout, il me racontait une histoire, me chantait une chanson, et je m’endormais, rassurée dans un monde d’innocence éternelle. Nathan apparu au loin et s’approcha de nous.
-Rentrez tous les deux, me murmura-t-il à l’oreille en m’embrassant dans le cou. Je sais que vous avez besoin d’être seuls pour parler.
-Tout est dit, dit David en me souriant.
-Nous rentrons tout de même, dis-je à Nathan.
Il nous fit un signe et s’éloigna rejoindre Brooke et les autres dans ce gymnase empli de jeunes innocents, qui ne savaient pas encore que bientôt tout allait changer que certains d’entre eux partiraient dans un autre pays, un pays où les armes primaient sur la liberté et la paix, un pays où leur vie se finirait sûrement, il ne restera qu’une plaque et un cercueil dérisoire pour prouver leur combat, leur vie brisée.
David passa son bras autour de mes épaules et nous marchâmes sous un magnifique ciel étoilé qui aurait du être la promesse d’un renouveau.
-Les parents sont au courant ? Demandais-je d’une toute petite voix.
-Oui. Papa s’est contenté d’hocher la tête et maman m’a dit qu’elle était fière de moi.
-Ils ne comprennent rien ! Ils ne savent pas ce que c’est d’aller là-bas, ils ne pensent qu’à eux encore une fois.
-Il aura fallu que je me jette dans cet enfer pour qu’enfin elle me prenne dans ses bras, pensa-t-il tout haut.
-Dis-moi juste que tu ne fais pas cela pour eux, David ? Jure-moi que ce n’est pas pour gagner leur amour.
-Non Haley, je le fais pour moi et pour ce en quoi je crois ! Même si depuis la mort de Kennedy les choses ont changés, je sais que l’avenir glorieux de l’Amérique n’est pas mort.
-Fais attention à toi, murmurai-je.
-Je serais prudent, rien que pour revenir te rendre la vie impossible avec ton amoureux, plaisanta-t-il.
Rien n’est éternel tout a une fin, mais j’aurais aimé que notre séparation n’en soit pas une et pourtant j’avais un doute, je le sentais dans mon corps, dans mon cœur, le destin allait nous séparer, je ne sais pas quand, mais je sais que son image peu à peu s’effacera, que sa voix s’éloignera, que je ne me souviendrais plus de la chaleur de son timbre, que ses yeux brillants et son sourire insolent bientôt ne seront plus qu’un mirage...
3 Mars 1964
J’y crois. Ce ne sera pas un adieu, pas encore, jamais. Il prend son sac sur son épaule et je le regarde. Il me semble que les années se sont envolées, le temps a passé si vite, tout change, mais je n’oublie pas. Je sais que toutes ces années passées ensemble me définissent tout autant que ma première année à la faculté de Berkeley. Il prend ma main et le soleil dessine une ombre au sol, une ombre pour les années à venir, pour toutes ces douleurs qui nous attendent au détour du chemin, pour les larmes que nous verserons, pour les tombes que nous visiterons, pour les pertes, pour les départs et les adieux, pour toute notre jeunesse oubliée.
Une larme coule le long de ma joue, puis une autre, mais il passe sa main sur mon visage effaçant les traces de ma souffrance. Je vais lâcher sa main et le laisser s’en aller, je vais le laisser me quitter, partir vers un pays meurtri, pour une cause jouée d’avance. J’aurais du le retenir, j’aurais du tout faire pour le sauver, mais je n’en avais pas le pouvoir.
Le campus est désespérément vide, nous sommes seuls, face à la route qui s’étend devant nous, une route qui me semble interminable, comme une promesse macabre, une certitude que le temps sera long jusqu’aux retrouvailles et il me semblait écrire et réécrire sans cesse ce moment dans ma mémoire pour le rejouer plus tard quand le drame se fera irréversible.
-Sois heureuse, murmura-t-il dans mes cheveux avant de me lâcher, ne penses pas trop à moi, vis ta vie, tant que tu le peux, tant que tu as la liberté et l’amour. Le dernier maillon de la chaîne c’est toi...Je t’aime.
Ce sont ses derniers mots... notre dernier instant ensemble, sa main lâche la mienne qui retombe le long de mon corps. Il s’éloigne ; il marche, le regard fixe, droit devant, vers son destin, comme je marche vers le mien depuis toujours. Il se retourne un instant et me fait signe, nos yeux se croisent une dernière fois, il m’avait promis d’être invincible, il ne pouvait pas m’abandonner... Il me sourit et tourna soudainement au coin de la rue. Il était partit ; et une partit de mon cœur aussi.
A suivre
Episode 2: Les mois ont passés et ils sont toujours là; Brooke s'active dans une association étudiante contre la guerre du Vietnam, elle a abandonné les paradis et sa voix n'a jamais été aussi puissante. Lucas et Nathan n'ont toujours pas trouvé la force de vaincre leurs anciennes querelles jusqu'a ce qu'un évenement leur rappelle la fragilité de la vie... Haley est confrontée à l'absence de son frère, aux lettres censurées, à ces nouvelles du bout du monde qui les plongent un peu plus dans l'horreur, jusqu'au point de non retour. Bientôt, ils seront propulsés dans le monde des adultes, et certains s'y perdront...
* *
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Voilà, le premier épisode est à présent achevé :-)
Je vous laisse une dizaine de jours pour le lire et le commenter; ensuite je l'archiverais et je posterais le suivant. Il y en aura 6 en tout.
Je vous attends :-)
Merci!
Ahhhhh nanouee quel bonheur de retrouver tes fics. Bon je l'ai déjà lu mais je ne m'en lasse pas et c'est avec plaisir que je vais me replonger dedans.
Vivement le prochain épisode !!!!
N'ayant pas eu le temps de commenter hier, je le fais maintenant.
J'ai lu cette première partie et j'ai beaucoup aimé, les personnages sont attachants pour certains, d'autres un peu moins, mais j'aime bien dans l'ensemble, je retrouve un peu des traits de caractères de certains personnages qu'on peut retrouver dans chez certains personnages de la série ;)
J'ai hâte de lire la suite, je pense déjà savoir ce qui va arrivé au frère d'Haley, mais ne sait on jamais, en tout cas, j'aime beaucoup.
Je ne pouvais pas te laisser archiver cet épisode sans le commenter. J'ai beaucoup aimé cette première partie de ta nouvelle fiction. Faire évoluer nos personnages durant l'époque de la guerre du VietNam c'est une idée, en tout cas j'ai hâte de lire le prochain épisode qui je sure sera tout aussi passionant que celui la.