HypnoFanfics

Un spectre du passé

Série : Numb3rs
Création : 08.02.2009 à 15h06
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Un épisode (que j'écris seule) où Charlie va se trouver confronté à un adversaire redoutable, qui va placer la barre très haut, à la fois intellectuellement et dans l'enjeu du combat. » Cissy 

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CHAPITRE I

 

Bureau de Charlie, CalSci.

 Charlie regarda sa montre et rassembla ses dossiers précipitamment. A ce moment-là, Amita fit irruption dans son bureau :

Elle s'étonna :

Amita : - Déjà prêt ? s'étonna-t-elle. Tu m'épates !

Charlie :- Et alors, nous avions bien rendez-vous à 19 H 00 non ?

Amita : - Oui, mais, étant donnée ton habitude d'oublier les horaires de tes rendez-vous...

Charlie :- Et bien non ! Je ne peux pas oublier que j'ai rendez-vous avec la femme la plus désirable de la planète.

Amita : - Tiens donc ! sourit-elle.

Charlie :- Et d'ailleurs, je me demande bien pourquoi la femme la plus désirable de la planète n'est toujours pas venue m'embrasser.

Son sourire s'accentua tandis qu'elle s'avançait vers lui et lui passait les bras autour du cou. Leur baiser fut interrompu par la sonnerie du portable de Charlie. Celui-ci consulta le message qui s'affichait et ses traits se crispèrent.

Amita : - Quoi ? questionna Amita inquiète.

Charlie :- Rien, marmonna-t-il en appuyant sur la touche d'extinction de son téléphone.

Amita : - C'était encore un de ces messages ?

Charlie :- Oui. Mais c'est bon, je gère.

Amita : - Tu gères quoi Charlie ? Ca fait maintenant trois semaines que ce type t'envoie des messages deux à trois fois par jour : c'est du harcèlement. Il faut que tu en parles à Don !

Charlie :- Don a bien d'autres chats à fouetter Amita. C'est juste un mauvais plaisant qui essaie de m'impressionner.

Amita : - Mais pourquoi ferait-il ça ?

Charlie :- Je l'ignore. Mais il finira bien par se lasser ! Allez viens, ne t'inquiète pas.»

Elle le suivit sans rien ajouter, et s'installa du côté passager. Mais quoi qu'il en dise, elle s'inquiétait.

 

Cela avait commencé comme une plaisanterie : trois semaines auparavant, un message s'était inscrit sur son téléphone qui ne portait qu'un mot : « Imposteur ». Depuis, les messages s'étaient multipliés, toujours brefs et mentionnant toujours, en filigrane, que Charlie n'était pas ce qu'il paraissait être. Il refusait obstinément d'en parler à Don, malgré les demandes réitérées d'Amita et de Larry. Il s'était tout aussi farouchement opposé à ce qu'Alan soit mis au courant, d'autant que les messages ne parvenaient que sur son portable, jamais chez eux. Donc, il se refusait à inquiéter son père, surtout dans la mesure où il était certain que, mis au courant, celui-ci s'empresserait d'alerter Don pour s'assurer que Charlie ne coure aucun risque.

 

Dans la voiture

 Cependant, quoi qu'il en ait dit à Amita, Charlie commençait à s'inquiéter de ces messages. Il avait d'abord pensé à la plaisanterie, peu maligne, d'un étudiant désireux de l'inquiéter à quelques semaines de la conférence qu'il devait donner lors d'un congrès de mathématiciens réputés. Puis à celle d'un confrère jaloux. Mais il commençait maintenant à se demander si ce n'était pas plus sérieux. Pourtant, il n'y avait jamais aucune menace sous-jacente dans les messages : juste des affirmations qui toutes, en substance, le traitaient d'imposteur et d'usurpateur. Il ne voyait pas à quoi pouvaient bien rimer ces accusations : il n'avait jamais pris la place de personne et ne s'était jamais fait passer pour ce qu'il n'était pas alors... Une erreur sur la personne ? Mais alors son correspondant était particulièrement obtus puisqu'il ne s'en était toujours pas aperçu. Il avait bien essayé de tracer l'appel grâce à ses connaissances et en utilisant les accointances établies avec certains membres de la NSA, mais cela n'avait rien donné : téléphone intraçable à carte pré-payée. Bref, à moins de mettre le F.B.I., c'est-à-dire Don, sur l'affaire, il ne voyait pas trop bien comment régler le problème. Et il se refusait à en parler à son frère, pour le moment du moins, tant qu'il n'en saurait pas un peu plus, que son correspondant ne se serait pas montré un peu plus clair. Il jeta un regard à Amita : elle était tendue, crispée, et une moue inquiète se lisait sur ses lèvres.

 Charlie : -Ne t'inquiète pas, lui redit-il en posant une main sur son genou. Je suis sûr que ce n'est rien.

Amita : - Je pense tout de même que tu devrais avertir ton frère !

Charlie : - Non, il a déjà tellement de boulot ! Et puis je ne veux pas qu'il s'inquiète pour moi !

Elle s'emporta :

Amita : - Parce que, si moi je m'inquiète, tu t'en fiches !

Charlie :- Bien sûr que non Amita. Mais tu vas voir que ça va s'arrêter. C'est juste un mauvais plaisant.

Amita : - J'aimerais en être aussi sûre que toi.

Au ton qu'elle employa, il lui jeta un coup d'œil suspicieux :

Charlie :- Amita, tu ne le feras pas n'est-ce pas ? Tu ne diras rien à Don ?

Amita : - Ce serait peut-être la meilleure solution.

Charlie :- Non. Amita je t'en prie ! Promets-moi que tu ne lui diras rien.

Amita : - Charlie...

Charlie :- Promets-moi Amita !

Amita : - D'accord. Je te le promets. Je ne lui dirai rien pour l'instant. Mais à une condition...

Charlie :- Laquelle ?

Amita : - Si ça continue, et plus encore si ça s'aggrave, tu me le diras, et nous lui en parlerons, que tu le veuilles ou non ! Et je veux ta parole sur ce point !

Charlie :- Amita, puisque je te dis...

Amita : - Non Charlie. Je suis sérieuse. Si je n'ai pas ta parole, aussitôt arrivée à la maison je parle à Don.

Charlie :- Ecoute.

Amita : - Je n'écoute rien du tout. Je pense déjà faire une erreur en tenant ton frère dans l'ignorance, alors si tu ne me donnes pas ta parole...

Charlie :- D'accord ! D'accord ! Tu as ma parole.

Amita : - Bon.

Il se tourna vers elle en souriant :

Charlie : - Tu sais que tu es une négociatrice redoutable ? Tu ferais un malheur au F.B.I. !

Amita : - Arrête de dire n'importe quoi et regarde la route, ça vaudra mieux ! » répliqua-t-elle.

Il se turent, chacun plongé dans ses pensées, et ne tardèrent pas à arriver devant la maison.


Cissy  (08.02.2009 à 15:11)

CHAPITRE II

 Bureau de Don, F.B.I.

 Don : « Attends Charlie, doucement là... Je ne te suis plus. »

Le mathématicien soupira et chercha une analogie qui lui permette de faire comprendre à son frère l'enchaînement de son raisonnement. Ils étaient ensemble dans le box affecté au chef de la division des crimes violents et Don tentait désespérément de suivre les méandres de l'esprit brillant de son frère pour découvrir comment, du cas qu'il lui avait soumis deux jours auparavant, il arrivait à une hypothèse totalement nouvelle, et qui pourtant devait être valide s'il en jugeait par le taux de réussite des enquêtes précédentes.

Charlie : « Alors, imagine... »

 

A ce moment-là, la démonstration du mathématicien fut interrompue par la sonnerie de son portable. Il venait de recevoir un message. Il le consulta et son frère vit une ombre passer sur son visage. Charlie se contenta d'appuyer sur une touche et de replacer l'appareil dans sa poche puis il s'apprêta à reprendre le cours de son exposé.

Don : « C'était qui ?

Charlie : - Rien, juste une confirmation d'un truc.

Don :- D'un truc hein ?

Charlie : - Ben oui! Bon... Alors, tu veux le coincer ton dealer ou pas ?

Don :- Bien sûr que je veux le coincer.

Charlie : - Alors au lieu de m'interroger sur mes coups de téléphone, écoute un peu ce que j'ai à te dire. »

 

Don se tut et écouta ce que lui disait son jeune frère : c'était brillant, positivement brillant. D'ailleurs il s'y attendait. Brillant était un euphémisme si on l'appliquait à Charlie. Mais tout en prêtant attention à ce que lui disait son frère, Don ne pouvait s'empêcher de penser à cet appel qu'il avait reçu et à la réaction qu'il avait eu. Car si Charlie était incollable en matière de raisonnement et de logique, il était beaucoup moins doué pour dissimuler ses émotions ; Don, quant à lui, se distinguait par une intuition très développée. Et cette intuition lui soufflait que quelque chose ne tournait pas rond, quelque chose que son petit frère ne voulait pas qu'il sache. Et, s'il ne voulait pas qu'il le sache, alors il était sans doute indispensable qu'il apprenne de quoi il s'agissait. Aussi, tandis qu'il opinait à ce que Charlie racontait, Don se fit la promesse de savoir très vite d'où venait le coup de téléphone qui avait bouleversé le mathématicien.

 ***

Don jeta un coup d'œil dans le bureau. Comme il s'y attendait, son frère était parti prêter main forte au technicien chargé d'étudier les prises de vues des docks, qu'il avait demandées lorsqu'il avait compris sur quoi débouchait l'hypothèse de Charlie. Il avait envoyé trois équipes sur place sous les commandements de David, Colby et Liz et il restait là pour coordonner le tout. Mais il n'en oubliait pas sa décision : il voulait savoir ce qui avait ennuyé son frère dans l'appel reçu et il avait bien l'intention de mettre la main sur le portable de ce dernier afin de consulter le message. Il était conscient qu'en agissant ainsi il franchissait la ligne tacite qu'ils avaient tracée entre leurs mondes respectifs, mais son intuition lui soufflait que son frère avait des problèmes, et il était hors de question qu'il attende les bras croisés. Il fit une grimace en s'apercevant que le portable du mathématicien n'était pas en vue : évidemment, Charlie n'allait pas le laisser traîner n'importe où non plus. Bon, il devrait trouver une autre occasion.

Et puis les événements se précipitèrent, l'obligeant à penser à autre choses. En quelques heures, l'affaire sur laquelle ils achoppaient fut enfin réglée et le dealer après lequel ils couraient depuis plusieurs jours fut appréhendé juste dans le secteur prédit par Charlie.

 ***

Don : « Bravo frangin, comme toujours tu as mis dans le mille !

Charlie rougit, à la fois heureux et gêné des félicitations de son frère.

Charlie : - Bah ! C'est vous qui avez fait tout le boulot ! protesta-t-il.

Don :- Oui, sauf que sans toi, on n'aurait jamais su où le faire notre boulot ! Bon, je te ramène à la maison ?

Charlie : - D'accord. Mais si tu permets, je passe aux toilettes avant.

Don rigola :

Don :- Pas de problème. Mais là, permets-moi de ne pas t'accompagner ! »

 

Dès que Charlie eut tourné les talons, il se précipita vers la veste qu'il avait laissée sur le dossier de la chaise : il n'allait pas s'en encombrer à l'endroit où il allait. Il n'hésita qu'un instant avant de plonger la main dans la poche et d'en ramener le portable. Il consulta aussitôt la liste des messages mis en mémoire et prit connaissance de ceux-ci. Au fur et à mesure, il pâlissait et son visage se faisait sévère. Charlie qui rentra à ce moment-là s'étonna du changement survenue dans sa physionomie en l'espace de quelques minutes.

 Aussitôt qu'il le vit, son frère attaqua :

Don : « Pourquoi tu ne m'as rien dit ?

Charlie : - Dit quoi ? s'étonna Charlie qui ne comprenait rien ni à la question, ni à la colère qu'il sentait gronder en son frère.

Don :- Les messages que tu reçois.

Le mathématicien aperçut alors son portable dans la main de son frère et il s'emporta à son tour :

Charlie : - Tu as pris mon portable ? Tu as consulté mes messages ? Non mais de quel droit ?

Don :- Du droit qu'a un grand frère de protéger son petit frère !

Charlie : - Rends-moi mon portable tout de suite !

Don :- Pas question ! Il part au labo sur le champ !

Charlie : - Quoi ?

Don :- Je veux qu'on trouve qui t'a envoyé ça.

Charlie : - Don, ce ne sont peut-être que des plaisanteries.

Don :- Alors très douteuses : « Imposteur - Tu n'es pas ce que tu dis - Usurpateur - Je ferai tomber ton masque - Il faudra bien que tu admettes la tromperie - Menteur - Tout le monde verra ton vrai visage » etc... Et il y en a des dizaines comme ça. Pourquoi ne m'as-tu rien dit ?

Charlie : - Parce que je ne voulais pas que tu réagisses comme tu es en train de le faire, comme si quelque chose de terrible était en train de se produire. Je suis sûr que ce n'est rien.

Don : - Et bien j'en suis moins sûr que toi figure-toi et j'ai bien l'intention de découvrir le pot aux roses. Et s'il s'agit vraiment d'une plaisanterie, alors le plaisantin va s'en mordre les doigts jusqu'au sang.

Charlie : - Don... Ecoute... Je suis sûr que ça n'en vaut pas la peine.

Don : - Non Charlie. Pour moi, ça, ce sont des menaces, et il est hors de question que je ferme les yeux. Alors d'accord ou pas, ton portable part au labo, tu le récupèreras plus tard. Et puis je te place sous protection.

Charlie : - Tu n'es pas sérieux là ?

Don : - Tout à fait sérieux, au contraire. Je ne te laisserai pas prendre le moindre risque.

Charlie : - Mais je ne cours aucun risque !

Don : - Tant mieux. Il n'empêche. Tu ne bouges pas de là sans moi. Je vais rendre compte au directeur et lui demander de m'autoriser à mener l'enquête.

Charlie : - Don...

Don : - Tu m'attends là Charlie, c'est bien clair ?

Charlie : - Tout à fait clair. » abdiqua le mathématicien.

 

Il regarda partir son frère, à la fois ulcéré et attendri de sa réaction. Ulcéré parce que c'était exactement ce qu'il craignait : Don, habitué à côtoyer les pires horreurs, avait tout de suite imaginé le scénario le plus noir dès qu'il avait eu connaissance des faits, et maintenant il n'allait plus le lâcher. Sous protection ! Rien qu'à l'idée d'avoir sans arrêt un agent sur les talons, il se hérissait. Et puis, il était attendri de l'inquiétude manifestée par son grand frère pour lui : finalement, c'est qu'il devait bien tenir à lui malgré ses sarcasmes et ses impatiences à son endroit.

Il vit Don s'arrêter à la hauteur de David et ce dernier jeta un regard dans sa direction. Il comprit : inutile de chercher à quitter le bureau, Don venait de donner l'ordre qu'on garde l'œil sur lui. Bon, il n'avait plus qu'à prendre son mal en patience et attendre le retour de l'agent. Il se plongea alors dans la correction des copies qu'il avaient apportées en espérant que son frère ne serait pas de retour trop tard : il était crevé et il rêvait d'un bon bain.


Cissy  (08.02.2009 à 19:18)

CHAPITRE III

 

La maison des Eppes

 Les deux frères s'arrêtèrent devant la maison.

Charlie : « Et tu comptes dire quoi à papa ? s'enquit Charlie.

Don : - La vérité, que veux-tu que je lui dise d'autre ? Il va bien s'apercevoir que tu es sous protection. »

 

Don avait très vite eu gain de cause auprès de son supérieur qui avait, lui aussi, jugé les messages assez inquiétants pour mettre le mathématicien sous protection rapprochée. Inutile de prendre des risques : un individu avec le potentiel de Charles Eppes était trop précieux pour qu'on risque de le perdre bêtement. Sans compter tout ce qu'il savait et qui, en de mauvaises mains, pourrait s'avérer extrêmement dangereux. Donc, une rotation avait été organisée pour mettre le mathématicien sous bonne garde et Don avait veillé à ce qu'il y ait toujours une personne de confiance auprès de lui : David, Colby, Liz, ou lui-même. Il se méfiait en effet des réactions épidermiques de son frère et le savait tout à fait capable de se montrer odieux avec son protecteur, voire de lui fausser compagnie si l'occasion lui en était donnée, simplement pour affirmer son indépendance et prouver que l'hypothèse selon laquelle il ne courrait aucun risque était valide. Les trois agents, qui le connaissaient bien, auraient moins de mal à le garder sous contrôle et surtout ne risquaient pas de se laisser manipuler ou embobiner. Quant à lui, il n'était pas décidé à laisser son frère n'en faire qu'à sa tête !

 

Alan : « C'est vous les garçons ?

Don : - Oui p'pa. Hum ! Ca sent rudement bon !

Alan : - C'est du gratin de chou-fleur. Vous avez mangé ?

Don : - Et bien non et j'ai une faim de loup.

Alan : - Va te chercher une assiette. Et toi Charly ?

Charlie : - Moi, ça va, merci.

Alan remarqua aussitôt l'air renfrogné de son cadet.

Alan : - Oh oh ! mauvaise journée ?

Charlie : - Demande ça à Don ! Bon, agent Eppes, je peux aller au garage, oui ? A moins que tu ne veuilles t'assurer qu'il n'est pas envahi par un bataillon de ninjas armés jusqu'aux dents !

Son frère lui concéda :

Don : - Non. Dans le garage tu peux. A condition de ne pas t'approcher des fenêtres, et évidemment de ne pas sortir par la porte de derrière !

 

Charlie disparut aussitôt, l'air excédé tandis qu'Alan, qui n'avait rien compris à l'échange, demandait à son fils aîné.

Alan : - Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Et puis, qu'est-ce qu'il a Charlie ?

Don : - Ecoute papa, dit Don, soudain sérieux. Ne t'inquiète pas mais voilà, on a mis Charlie sous protection. Ce soir, je suis là pour veiller sur lui et demain David viendra prendre la relève.

Alan : - Sous protection ? Mais pourquoi ? C'est à cause d'une de tes affaires, c'est ça ? Il est menacé ?

Don : - Non, ce n'est pas à cause d'une de mes affaires. Et on n'est pas très sûr qu'il soit menacé, mais on préfère ne pas prendre de risques.

Alan : - Je ne comprends rien à ce que tu me racontes Don ! Sois un peu plus clair tu veux !

Don : - Alors écoute. Voici plus de trois semaines que Charlie est harcelé au téléphone par un type qui le traite d'imposteur, de menteur, qui dit qu'il va le démasquer devant tout le monde et un tas de messages du même acabit. Lui évidemment, il pense que c'est une plaisanterie.

Alan : - Mais tu en es moins sûr ?

Don : - Ca paraît long trois semaines pour une plaisanterie. Alors je préfère ne pas tenter le diable.

Alan : - Mais s'il pense que c'est une blague, pourquoi t'en avoir parlé ?

Un peu gêné, Don avoua :

Don : - Et bien, techniquement, il ne m'en a pas vraiment parlé.

Alan : - Comment ça ?

Don : - En fait, il a reçu un de ces messages au bureau. J'ai remarqué sa réaction et je me suis dit que quelque chose n'allait pas. Et je lui ai pris son portable pour le consulter.

Alan : - Tu as fait quoi ?

Don : - Papa, j'étais inquiet...

Alan : - Tout de même, Don ! Espionner ton propre frère !

Don : - Ce n'était pas vraiment de l'espionnage. Je voulais le protéger. Enfin, tu peux comprendre ça tout de même ? Tu en aurais sûrement fait autant dans la même situation.

Alan : - Je ne pense pas, non.

Don : - Mais aussi, pourquoi ne m'en a-t-il pas parlé ?

Alan : - Peut-être parce qu'il avait peur que tu réagisses comme tu le fais. Après tout ces messages ne semblent pas menaçants.

Don : - Mais tu ne trouves pas inquiétant qu'on puisse, jour après jour, pendant plus de trois semaines, lui envoyer des messages l'accusant d'être un usurpateur et menaçant de révéler je ne sais quelle imposture qu'il aurait commise ? Enfin ! Quelqu'un qui connaîtrait Charlie saurait qu'il serait le dernier homme sur terre à commettre une imposture.

Alan : - Tu as raison.

Don : - Alors tu comprends pourquoi je m'inquiète.

Alan : - Oui...

Don regarda son père et eut soudain l'intuition qu'il cherchait à lui faire comprendre quelque chose, qu'il était tracassé et ne savait trop comment aborder le sujet.

Don : - Quoi ? Qu'est-ce qui se passe papa ? Tu ne t'angoisses pas trop pour Charlie j'espère ? Crois-moi nous allons veiller sur lui.

Alan : - Non Donnie, ce n'est pas ça. Mais, ces messages...

Don : - Oui ?... Qu'est-ce qu'il y a papa ?

Alan : - Ecoute. Je ne sais pas trop comment te dire ça. Et Charlie n'est pas au courant non plus...

Don : - Quoi ? Enfin papa tu m'inquiètes ! Vas-tu me dire ce qui se passe ?

Alan : - J'en ai reçu aussi.

Don : - Comment ça ?

Alan : - Des messages, j'en ai reçu aussi !

Don : - QUOI ??!!

Alan : - Sauf que les miens ne m'accusent pas d'imposture mais d'avoir laissé faire, de faiblesse, d'aveuglement et de tas d'autres choses du même genre.

Don : - Montre-moi ! Tu les as gardés j'espère ?

Alan : - Oui.

Don : - Et pourquoi ne m'en as-tu pas parlé ?

Alan : - Je ne savais pas trop comment te le dire. Et puis, comme Charlie, je ne voulais surtout pas que tu t'inquiètes et que tu penses que j'étais en danger. » 

 

Il s'interrompit pendant que son fils étudiait les messages qu'il avait reçus. Les dates correspondaient à celles auxquelles Charlie avait, lui aussi, eu des appels. Don se mordit la lèvre nerveusement : qu'est-ce que cela voulait dire ? Pourquoi ce correspondant envoyait-il de tels messages à son père et à son frère, apparemment sans rien demander en échange, sans passer à des menaces concrètes ? Il leva la tête et son père s'aperçut qu'il était pâle. Il prit son téléphone et s'apprêta à appeler.

« Tu fais quoi ? lui demanda Alan.

Don : - J'appelle mon directeur pour te placer aussi sous protection.

Alan : - Don, je suis sûr que c'est inutile.

Don : - Désolé papa, moi je crois que c'est sérieux. Tant qu'il n'y avait que Charlie, j'avais encore un doute, mais là... Il se passe quelque chose et j'ai bien l'intention de découvrir quoi. En attendant, je ne veux prendre aucun risque. »

 

Moins de vingt minutes plus tard, une équipe se présentait à la porte. Dans l'entre fait, Charlie avait été mis au courant des messages reçus simultanément par son père et, inquiet pour ce dernier, il reconsidéra la nécessité de mettre leur maison sous surveillance. Don confia le portable d'Alan à un agent qui devait le remettre aux techniciens du laboratoire qui travaillaient déjà sur celui de Charlie, mais il ne se faisait pas d'illusion : le correspondant avait vraisemblablement utilisé la même technique et on ne pourrait pas remonter jusqu'à lui. Ce soir-là, l'agent du F.B.I. alla se coucher plein d'appréhension et il ne réussit à trouver le sommeil que très tard dans la nuit : qui était l'appelant mystérieux ? Que voulait-il ? Et surtout, Alan et Charlie étaient-ils en danger ?


Cissy  (09.02.2009 à 18:20)

CHAPITRE IV

 Maison des Eppes

Cela faisait maintenant trois jours que le mathématicien et son père bénéficiaient de la protection du F.B.I. Une équipe de trois hommes était affectée à la surveillance de la maison, deux agents se chargeant de la protection rapprochée des deux hommes. En ce moment, Colby était chargé de Charlie tandis que Nikki s'attachait aux pas d'Alan. Le père et le fils avaient eu beau chercher, Don avait eu beau leur mettre une pression maximale à ce sujet, aucun des deux n'avait réussi à faire émerger de leur passé le nom d'un individu pouvant leur en vouloir ou le souvenir d'un événement où l'un aurait commis ce qui pouvait s'apparenter à une imposture tandis que l'autre n'intervenait pas.

« Bon sang ! avait insisté l'agent. Vous devez forcément vous rappeler de quelque chose. Et puisque vous semblez tous les deux menacés par le même individu, c'est qu'il s'agit de votre passé commun. Alors cherchez ! Je ne suis apparemment pas concerné puisque, de mon côté, je n'ai rien reçu, donc vous êtes les seuls à pouvoir nous donner une piste. Creusez-vous un peu la cervelle ! »

Il s'en était voulu de son emportement, mais il se sentait impuissant à protéger sa famille. Son instinct l'avertissait d'un péril imminent et il enrageait littéralement de ne pas pouvoir le circonscrire, de ne même pas savoir d'où viendrait le danger et quelle forme il prendrait. Il savait aussi qu'il ne pourrait indéfiniment bloquer une équipe à la protection des siens, même si tous les agents impliqués étaient particulièrement investis dans leur tâche : il s'agissait de la famille d'un collègue, ils n'avaient pas droit à l'erreur. D'autres agents l'avaient d'ailleurs contacté pour lui faire savoir qu'ils étaient volontaires pour venir sur leur temps libre si cela s'avérait nécessaire et il s'était senti réconforté par cette fraternité, cette preuve, une fois encore, qu'ils formaient une grande famille et que quiconque touchait à l'un d'entre eux verrait se dresser tous les autres face à lui. Mais cela ne faisait pas pour autant avancer son enquête : il avait eu beau fouiller dans le passé de son père et de Charlie, il n'avait rien trouvé. Pourtant, il était remonté à la première année de lycée de ce dernier, même si il doutait que l'événement en question ait pu prendre place durant cette période : il en aurait lui-même gardé le souvenir.

Finalement, il en était arrivé à la conclusion suivante : ou Charlie avait raison et il ne s'agissait que d'une plaisanterie de mauvais goût, ou l'événement en question, bien qu'ayant considérablement marqué l'auteur du message, était passé quasi-inaperçu dans l'existence de son frère et de son père. Et dans ce cas, l'hypothèse la plus probable était que leur correspondant soit un déséquilibré, ce qui n'était pas fait pour le rassurer.

 

Depuis trois jours qu'ils étaient sous protection, les deux hommes avaient reçu sept autres messages, tous de la même teneur, et les techniciens avaient été incapables de remonter les appels. Portable intraçable, appels relayés d'antennes très dispersées, rien ne semblait permettre la moindre piste. Le matin même, le dernier message reçu les avait mis sur le qui vive :

« Le F.B.I. ne vous protègera pas de vous-mêmes ! Votre châtiment est en route. »

A la lecture de ce texto, le dernier espoir qu'il s'agisse d'un plaisantin était tombé : leur correspondant venait, pour la première fois, d'émettre une réelle menace. Et le fait qu'il les sache sous protection n'avait pas l'air de le décourager, ce qui était d'autant plus inquiétant. Don avait alors donné des instructions très précises à son équipe pour veiller sur les siens et avait instamment demandé à Alan et Charlie de réduire leurs déplacements au maximum, se bornant à n'assurer que ceux qui étaient strictement indispensables. Conscients de l'inquiétude de l'agent, inquiets eux-mêmes l'un de l'autre, les deux hommes lui avaient promis d'être prudents et, sachant combien cette promesse leur pesait, à Charlie notamment, il savait qu'il pouvait leur faire confiance. Il était donc parti un peu rassuré mais plus déterminé que jamais à savoir le fin mot de l'affaire et à mettre la main sur le mystérieux correspondant.

Première étape, s'était-il dit en mettant le moteur en marche, l'université. S'il avait une chance de retrouver une piste, il était intimement persuadé que c'était là-bas. Il pensait en effet que l'imposture dont on accusait son frère ne pouvait avoir eu lieu, qu'elle fut réelle, ce dont il doutait, ou juste le fruit d'un esprit malade, que dans l'exercice de son travail. Donc, les chances de trouver un début de piste se situaient vraisemblablement plus dans son entourage professionnel que privé, quoi qu'en puisse penser Charlie qui, de son côté, privilégiait plutôt la piste du F.B.I. Il estimait que c'était son travail de consultant qui devait lui valoir ces menaces et une dispute violente l'avait opposé à son frère à ce sujet le matin même. Celui-ci, en effet, avait une opinion totalement différente et le lui avait fait savoir :

« C'est idiot Charlie, ça ne colle pas !

- Ah non ? Et tu peux me dire pourquoi ?

- D'abord, en quoi ton travail de consultant t'aurait-il amené à commettre une imposture ? Tu as toujours été d'une aide précieuse durant les affaires sur lesquelles tu t'es penché. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'imposture ne serait pas le terme qui s'appliquerait au travail que tu as fait pour nous.

- Sauf que mon correspondant peut penser que l'imposture c'est justement que je sois consultant !

- Comment ça ?

- Oui. A la base je suis professeur de maths. Et là, j'agis presque comme un agent : c'est donc une imposture.

- Arrête Charlie. D'abord tu n'agis pas comme un agent, je te signale.

- Merci du distinguo, ça fait toujours plaisir !

- Charlie... Ce n'est vraiment pas le moment de nous faire une crise d'ego !

- Continue, tu m'intéresses...

- Tu sais très bien ce que je veux dire : tu ne vas pas sur le terrain...

- Première nouvelle ! Et lorsque tu m'as envoyé étudier les tirs de votre sniper, il y a trois ans ? Et lorsque tu m'as entraîné dans l'antre de ce malade qui se prenait pour Jésus ? Et...

- D'accord, d'accord ! Je t'accorde que parfois tu y vas, mais jamais dans les mêmes conditions qu'un agent et tu le sais. Par ailleurs, tu n'en as pas les prérogatives, et tu le sais aussi. Tu ne pourrais jamais mener une enquête sans un agent à tes côtés.

- Justement, ça accentue ce côté imposture.

- Et papa, là-dedans hein ? Explique-moi les menaces sur papa dans ce cas ! Tu ne crois pas que c'est plutôt moi qui devrais être menacé si c'était ton poste de consultant que ton correspondant visait ?

- Non, justement. Toi tu es un agent, tu as été formé pour, c'est ta voie véritable, il n'y a donc rien à redire à ça.

- Tu ne m'as toujours pas dit comment tu reliais les accusations envers papa à ta théorie...

- Et bien, on l'accuse d'avoir laissé faire non ? Il m'a effectivement laissé devenir consultant sans s'y opposer.

- Oui, enfin... J'émettrais des réserves quant à cette affirmation.

- Tu ne peux pas dire qu'il m'ait empêché de travailler avec toi, si ?

- Empêché non. Mais je peux te garantir que j'en ai tout de même entendu de toutes sortes depuis que nous collaborons et qu'il m'a fallu des trésors de persuasion pour le rassurer, surtout au début.

- Tu exagères.

- Tu n'étais pas là Charlie, moi si !

- N'empêche qu'au bout du compte il a laissé faire. Donc, on a bien les deux données du problème : l'imposture pour moi, la non intervention pour lui ! A partir de là, je suis certain qu'il faut creuser dans cette direction.

- Charlie, je ne crois pas. Tu as élaboré une théorie fumeuse...

- Fumeuse... Je croyais pourtant t'avoir démontré que je ne me trompais pas souvent depuis quatre ans, s'indigna le mathématicien.

- Pas souvent, c'est vrai, on pourrait même dire que tu ne t'es presque jamais trompé. Mais ça ne veut pas dire que ça ne peut pas arriver. Donne-moi les probabilités pour que tu aies toujours raison à cent pour cent !

- Et allez donc ! Tu retournes mes propres raisonnements contre moi maintenant ? Tu es vraiment le roi de la mauvaise foi Don !

Celui-ci s'était emporté à son tour.

- Ca suffit maintenant Charlie. Tu as une opinion, j'en ai une autre. Ce n'est pas pour autant que tu dois te montrer insultant envers moi. Je commence à en avoir assez de ton manque d'objectivité ! »

A partir de là, les choses ne pouvaient que dégénérer entre eux et des mots très durs et blessants avaient fusé de part et d'autre jusqu'à ce qu'Alan intervienne et s'interpose dans la conversation. Il avait sévèrement morigéné ses deux garçons en leur déclarant en substance que se déchirer ne les aiderait pas à résoudre la situation. Sur ce, les deux frères s'étaient séparés froidement, l'un retournant à ses tableaux pour confirmer sa théorie, l'autre prenant la direction de l'université pour justifier la sienne. Alan avait soupiré : malgré toute l'affection qui les unissait, ses fils semblaient encore poursuivre une éternelle compétition qui les attirait sur deux voies opposées à la première occasion. Il avait peur qu'un jour cela ne finisse par conduire à une catastrophe.


Cissy  (10.02.2009 à 14:31)

CHAPITRE V

 La maison des Eppes

La journée s'achevait et David venait de prendre la relève de Colby alors que Liz remplaçait Nikki. L'équipe de surveillance venait, elle aussi, d'être permutée et tout le monde était réuni au salon devant un dîner préparé par Alan qui, pour faire taire leurs protestations lorsqu'ils les avait invités, avait spécifié que, puisqu'il ne pouvait plus assister à ses cours jusqu'à nouvel ordre, on pouvait au moins lui permettre de s'occuper en préparant les repas, à moins qu'on ne veuille le voir dépérir définitivement.

Don n'avait plus donné signe de vie depuis le matin. David l'avait eu au téléphone aux alentours de midi : il devait rencontrer un professeur susceptible de lui donner des informations sur des événements datant des débuts de Charlie à Calsci et qui pouvaient expliquer les menaces. Interrogé à ce sujet, Charlie avait semblé tomber des nues : outre qu'il ne voyait pas du tout qui était ce professeur, il ne se souvenait pas que des événements particuliers se soient produits à cette époque. Mais lorsqu'il avait demandé à rencontrer lui-même son collègue, il s'était entendu répondre qu'on verrait plus tard : Don allait d'abord voir ce que valait son témoignage, et le cas échéant il viendrait le chercher pour le confronter à l'homme et peut-être ainsi lui rafraîchir la mémoire.

Charlie était préoccupé par ce dernier rebondissement qui semblait devoir donner raison à son frère plutôt qu'à lui et ce n'était pas fait pour lui permettre d'avancer sereinement dans sa propre recherche. Devait-il réellement reconsidérer tout son postulat de départ ? Il y était d'autant moins prêt qu'il se souvenait avec embarras de certains des mots qu'il avait jetés à son frère lors de leur querelle matinale, mots auxquels celui-ci avait répliqué avec usure ! Et si finalement c'était lui qui avait raison ? Il faudrait bien qu'il s'excuse et il avait toujours détesté s'excuser, en particulier auprès de Don. C'était bizarre d'ailleurs : il adorait littéralement son grand frère et cependant il ne pouvait s'empêcher de détester reconnaître qu'il avait raison contre lui. Il envoya valser sa craie dans un geste de frustration intense : il avait beau chercher, aucune piste ne se dessinait, aucune de ses hypothèses ne se vérifiait et il enrageait de son impuissance. Larry et Amita le regardèrent à la fois inquiets et compatissants.

« Ne t'en fais pas Charlie, tu vas trouver, dit Amita.

- Mais oui. Rome ne s'est pas faite en un jour ! continua Larry.

- Arrêtez de me bercer tous les deux ! s'emporta alors Charlie. Tout ça, ça ne vaut rien ! Je commence à croire que Don avait raison en fait.

- Et bien, il était temps, soupira Larry.

Charlie le fixa, abasourdi :

- Ne me dis pas que tu étais d'accord avec lui !

- Et bien, Charles, je dois avouer que son hypothèse m'a toujours paru infiniment plus plausible que la tienne.

- Mais enfin Larry, pourquoi ne m'en as-tu rien dit ?

- J'ai essayé Charles, et Amita aussi. Mais je te signale que tu n'avais pas franchement l'air de vouloir prendre notre avis en considération. »

Charlie se remémora alors la discussion animée qui l'avait opposé à ses amis la veille, lorsqu'ils avaient, eux aussi, osé émettre l'hypothèse que la piste du F.B.I. n'était peut-être pas la seule voie sur laquelle il fallait s'engager et qu'il serait peut-être judicieux d'envisager d'autres options. D'un seul coup, il s'aperçut que son aveuglement n'était que le fruit obstiné de son refus à imaginer que ce qui faisait toute sa vie puisse être entaché par les agissements douteux d'un individu qu'il aurait côtoyé au cours de ce qui avait constitué une période, certes éprouvante, mais tellement passionnante de son cursus. Il regarda tour à tour Larry et Amita et laissa tomber :

« Excusez-moi, je suis un idiot ! Vous avez sans doute raison, je me fourvoie depuis le début et je refuse de regarder la vérité en face parce qu'elle me dérange.

- Bah ! Toute vérité finit de toute façon par éclater un jour ! déclara sentencieusement Larry.

- Et puis les génies ont bien le droit à leurs petits moments de faiblesses, sourit Amita en venant l'embrasser affectueusement.

Il la serra dans ses bras et la gratifia d'un baiser torride.

- Humm ! dit-il en la relâchant. Je crois que mon retour parmi les gens sensés va être délicieux !

- Arrête ! protesta-t-elle en lui assenant une tape sur la main qu'il laissait errer au bas de son dos. Ce n'est pas le moment d'avoir des pensées salaces.

- Salaces ? Comment sais-tu que j'ai des pensées salaces ? plaisanta-t-il.

- Parce que je te connais professeur Eppes ! Alors bas les pattes ! On n'a pas le temps pour ça.

- Pfff ! Bon, et moi qui croyais que t'avoir à la maison présenterait un tas d'avantages ! »

A ce moment-là, Alan fit irruption dans le garage pour prévenir les trois scientifiques que le dîner était servi : on n'attendait plus qu'eux.

« Don est là ? questionna Charlie.

- Non, il n'est pas encore arrivé, répondit son père.

- Alors allez-y, je vous rejoins. Il faut que je l'appelle.

- Pour quoi faire ?

- Je dois m'excuser pour ce matin.

- Et bien, tu y auras mis le temps ! » conclut Alan en tournant les talons, suivi par Larry et Amita.

Charlie appuya sur le raccourci clavier qui lui permettait de former le numéro de Don et il tomba sur la boîte vocale de celui-ci. Il soupira et raccrocha sans laisser de message. Il aurait tellement voulu pouvoir lui parler, lui faire comprendre qu'il ne pensait pas un mot de ce qu'il lui avait dit le matin même. L'idée que son frère puisse lui en vouloir à ce sujet lui était intolérable. Puis il se rassura en se disant que Don allait passer dans la soirée : depuis le début de l'affaire, il avait réinvesti sa chambre d'enfant, ne laissant à personne d'autre la responsabilité de veiller sur eux durant la nuit. Alors il allait obligatoirement revenir dormir ici et il pourrait lui faire ses excuses de vive voix à ce moment-là. Et ensuite, ils pourraient, ensemble, chercher des pistes pour identifier le mystérieux correspondant. Il rejoignit alors les autres au salon.


Cissy  (10.02.2009 à 14:36)

CHAPITRE VI

 Maison des Eppes

« Et alors, tu as eu ton frère ? questionna Alan. Est-ce qu'il t'a dit quand il compte arriver ?

- Non, il est sur répondeur, répondit-il.

Il vit une ombre passer sur le visage de David.

- Il est encore sur répondeur ? demanda ce dernier.

- Oui. Pourquoi ? Il y a un problème ? ajouta Charlie.

- Non, non. Bien sûr que non, pourquoi y aurait-il un problème ?

- Je ne sais pas, à toi de me le dire.

- Pas de problème Charlie, je t'assure, insista-t-il devant l'air soupçonneux de son interlocuteur.

- Tu me le dirais s'il se passait quelque chose n'est-ce pas ?

- Bien sûr. Bon, ce n'est pas tout ça, je dois appeler le patron pour lui confirmer ma position. »

Il quitta la pièce, suivi par le regard dubitatif de Charlie qui pressentait que quelque chose ne tournait pas rond. Liz se leva à son tour en disant :

« Vous m'excusez un instant, j'ai oublié de lui transmettre un message. »

A son tour elle s'éclipsa. Alan et les trois scientifiques échangèrent alors un regard dans lequel on pouvait lire une profonde perplexité et, déjà, dans celui de l'aîné, un début d'inquiétude. Que signifiait cette débandade ? Liz, cependant avait rejoint son collègue qui était au téléphone, mais, comme elle le soupçonnait, il ne semblait pas en communication avec le directeur. Elle l'entendit dire :

«  Tu y vas Colby ? Je me fais peut-être des idées, mais ça commence à faire long. Et tiens moi au courant. »

Lorsqu'il raccrocha, il se retourna et s'aperçut de sa présence.

« Bon, et si tu me disait ce qui se passe, intima-t-elle.

- Mais rien, rien du tout.

Mais le visage de l'agent démentait son affirmation.

- David, cesse de me prendre pour une idiote s'il te plaît. Je ne suis pas née de la dernière pluie. Alors ?

- Je ne suis pas sûr Liz, c'est juste que...

- Que quoi ?

- Et bien je n'ai pas réussi à joindre Don depuis la fin de la matinée et je dois avouer que ça commence à m'inquiéter.

- Quoi ? Mais pourquoi ne l'as-tu pas dit plus tôt ?

- A vrai dire ça ne m'avait pas frappé jusqu'à ce que Charlie dise qu'il était tombé sur sa boîte vocale.

- Quand lui as-tu parlé pour la dernière fois ?

- Je te l'ai dit, en fin de matinée. Il devait aller voir ce professeur.

- Et depuis plus rien ?

- Non, j'ai essayé de l'appeler deux fois dans l'après-midi, sans succès. Mais j'avais tellement à faire que je ne m'en suis pas soucié. Et je savais qu'il était aussi très occupé de son côté.

- Comment ça ? Tu sais ce qu'il devait faire ?

- Oui, après son entretien il avait prévu d'aller enquêter dans une confrérie à laquelle Charlie s'est opposé il y a six ans.

- Pourquoi ça ?

- Apparemment ses membres pratiquaient un bizutage particulièrement odieux et Charlie y a fait mettre un terme.

- La confrérie a été dissoute ?

- Non, mais mise sous étroite surveillance pendant trois ans et certains de ses membres n'ont que très moyennement apprécié cet état de fait.

- Je peux l'imaginer. Et Don est allé seul voir ces types ?

- Il ne pensait pas courir le moindre risque.

- Il avait peut-être tort.

- C'est pourquoi j'ai envoyé Colby vérifier ça. Il doit me rappeler dès qu'il a du nouveau.

- Mais on s'en fait peut-être pour rien.

- Je sais bien. Don est complètement obsédé par cette histoire.

- On peut le comprendre.

- Bien sûr. Et c'est pour ça que le fait qu'il n'ait pas rappelé n'a peut-être rien de particulièrement inquiétant. Il est sans doute parti sur une piste et il a perdu la notion du temps.

- J'espère que c'est ça, conclut Liz. Bon, on rejoint les autres ? Sinon Alan et Charlie vont finir par s'inquiéter et si Charlie s'inquiète...

- Tu as raison. »

Les deux agents rejoignirent donc le groupe installé au salon devant un repas qui paraissait particulièrement délicieux. A leur entrée, ils sentirent sur eux les regards suspicieux d'Alan et Charlie et comprirent que ceux-ci avaient des doutes quant à leurs excuses respectives lorsqu'ils les avaient quittés.

« Tout va bien ? questionna Alan.

- Tout va bien monsieur Eppes, répondit David.

- David, vous me le diriez si quelque chose n'allait pas, n'est-ce pas ?

- Bien sûr, mentit-il. »

Si Alan n'en crut pas un mot, il n'en montra rien. Ils se mirent en devoir de faire honneur au repas qu'il avait préparé et ne furent pas avares de compliments envers le cuisinier. Mais celui-ci, pour sa part, mangea très peu et ne participa que de façon fort discrète à la conversation générale qui régna tout au long du dîner. Il sentait confusément que quelque chose n'allait pas, quelque chose qu'on lui cachait et il se demandait quoi. Il y avait comme une anomalie dans la scène à laquelle il assistait.

Ses yeux s'attardèrent sur chacune des personnes présentes, survolant rapidement l'équipe de surveillance de la maison, des agents qu'il connaissait peu, voire pas du tout, s'attardant un peu plus longuement sur Larry et Amita, les compagnons indéfectibles de son fils cadet qu'il observa un long moment avec affection, puis sur les visages un peu crispés de Liz et David, les collaborateurs de son aîné. Et soudain, comme un coup au cœur, l'évidence lui sauta aux yeux : Don ! C'était lui qui manquait, lui dont la place vide laissait planer comme une menace diffuse, les prémices d'un désastre imminent. Il se morigéna silencieusement : il n'allait pas se laisser emporter par son imagination ! Don allait bien, il était simplement terriblement occupé à tenter de mettre la main sur celui qui semblait vouloir menacer sa famille. Et connaissant son fils, Alan savait qu'il ne s'accorderait aucun repos tant que l'auteur de ces messages inquiétants n'aurait pas été identifié et arrêté.

En y pensant, il constata brusquement qu'aucun message n'avait été envoyé depuis le matin : aucune nouvelle depuis plus de dix heures, c'était inhabituel. Est-ce que cela voulait dire que, malgré la menace à peine voilée du matin, l'auteur avait décidé d'arrêter là ses envois, alarmé par la présence du F.B.I. à leurs côtés ? Ou alors, plus inquiétant, cela voulait-il dire qu'il était trop occupé à peaufiner le châtiment annoncé pour avoir le temps de les appeler ?

Il allait faire part de sa réflexion aux autres lorsque le téléphone sonna, lui coupant la parole. Charlie se leva et alla décrocher.


Cissy  (10.02.2009 à 17:06)

CHAPITRE VII

 La Maison des Eppes

« Oui. Charles Eppes à l'appareil. »

Puis il ne dit plus un mot, semblant écouter attentivement ce que lui disait son interlocuteur. Celui-ci fut extrêmement bref : le mathématicien raccrocha au bout de vingt secondes, l'air perplexe.

« C'était qui ? questionna son père.

- Aucune idée. Quoique...

- Quoi ?

- Je me demande si ce n'était pas notre gars.

- Comment ça ? s'inquiéta David en se levant brusquement. Qu'est-ce qui te fait croire ça ? Il ne vous a jamais appelé directement auparavant.

- Non, c'est vrai, mais je ne vois pas trop qui d'autre pourrait me passer ce genre de message.

- Que disait-il ? s'impatienta Alan.

- Juste de regarder channel 12.

- Quoi ? Qu'est-ce que cela veut dire ?

- Je n'en ai aucune idée. Il a juste dit : « Vous devriez regarder channel 12. Il y a une information qui devrait vous intéresser. »

Sans plus discuter, Alan se leva et saisit la télécommande. L'écran s'éclaira aussitôt et le visage de la présentatrice du journal du soir s'afficha. Le silence se fit dans le salon, chacun prêtant attention au programme pour tenter de comprendre la raison de l'appel reçu. Pourtant, rien dans ce qui se déroulait sur l'écran ne semblait présenter un intérêt particulier pour l'assemblée réunie là. Les habituels accidents, malversations, détournements, crimes plus ou moins sordides s'égrenaient : le contenu typique des journaux d'un comté de la taille du leur et d'un pays à l'échelle des Etats-Unis. Rien de particulier, rien de nouveau : à quoi rimait cet appel ? Le mathématicien avait-il raison de penser qu'il émanait de leur harceleur ? Soudain le téléphone de David se mit à sonner. Celui-ci porta l'appareil à son oreille.

«  Oh Colby !

Il sortit alors du salon, suivi par Liz, pressée de savoir ce que son collègue avait à leur dire.

- Tu es sûr ?

La brusque tension dans la voix de David l'alerta. Quelque chose n'allait pas.

- D'accord. Ecoute, retourne à l'université et renseigne-toi sur ce prof... Attends, son nom m'échappe... Le professeur Maxwell, Blackwell... Flûte ! Je n'ai pas noté quand Don a mentionné son nom. Caldwell ! Oui, je crois que c'était ça, le professeur Emett Caldwell. Tu me rappelles surtout ! 

Et il raccrocha.

- Alors, quelles nouvelles ? questionna aussitôt Liz.

Il tourna vers elle un visage cette fois franchement inquiet.

- Les membres de la confrérie disent n'avoir pas vu Don.

- Quoi ?

- Leur président et le secrétaire sont restés tout l'après-midi à leur pavillon et ils déclarent qu'il n'est pas venu.

- Ils mentent peut-être.

- Peut-être. Colby a demandé à deux agents de les interroger séparément de manière un peu plus poussée. Mais il aurait tendance à les croire.

- Ca veut dire que personne n'a plus eu de contact avec lui depuis sa rencontre avec le professeur Caldwell ?

- Apparemment. A condition que cette rencontre ait effectivement eu lieu.

- David, tu commences à m'inquiéter là. Tu penses qu'il s'est passé quelque chose ?

- Je n'en sais rien Liz. Je constate simplement que personne n'a ni vu ni entendu Don depuis plus de sept heures et tu sais très bien que ce n'est pas dans son habitude de disparaître ainsi.

- Tu viens d'employer le mot disparaître là...

- Je sais. C'est peut-être un peu prématuré mais... Dans les circonstances actuelles, je dois t'avouer que je commence à me demander si on n'aurait pas dû...

- Quoi ?

- Et bien le mettre lui aussi sous protection.

- Il n'avait reçu aucune menace.

- Non, bien sûr. Mais, à ton avis, quel est le moyen le plus sûr d'atteindre Alan et Charlie maintenant qu'ils sont sous notre surveillance ?

Elle le regarda et pâlit à son tour, comprenant où il voulait en venir.

- Tu penses que celui qui les menace aurait pu s'en prendre à Don parce qu'ils étaient désormais inaccessibles ?

- C'est une hypothèse qui en vaut une autre.

- Et bien j'espère que tu te trompes David.

- Crois moi, je l'espère aussi.

- Tu vas voir que Don va arriver dans une heure ou deux et qu'il va se moquer de nous et de nos inquiétudes idiotes ! essaya-t-elle de plaisanter, mais son ton enjoué sonnait faux.

- Puisse-tu avoir raison ! répliqua alors son collègue.

- Et qu'est-ce qu'on fait pour Alan et Charlie ?

- Rien pour le moment. On ne sait rien, alors pas de panique, inutile de les inquiéter sans raison.

- Sans raison ?

- Tu vois très bien ce que je veux dire Liz. A quoi cela servirait-il de les angoisser ? Comme tu l'as dit, si ça se trouve Don va surgir d'on ne sait où, et il risque de nous passer un sacré savon si nous avons inquiété sa famille à tort.

- O.K. Bon, on les rejoint ?

- Oui, d'autant que j'aimerais bien savoir à quoi rimait cet appel et pourquoi on doit regarder le journal.

- La seule manière de le savoir, c'est d'y aller.

- Je te suis. »

Les deux agents retournèrent alors dans le salon où Alan, Charlie, Amita et Larry continuaient à suivre les informations, les trois agents de surveillance étant partis reprendre leur poste. On en était au bulletin météo, le journal touchait donc à sa fin et aucun des sujets abordés dans l'édition n'avait particulièrement retenu l'attention des quatre personnes qui l'avaient suivie. Soudain, un assistant vint déposer un papier sur le bureau de la présentatrice. Celle-ci le lut puis releva la tête : on voyait qu'elle avait un peu pâli sous son fard, mais, dans le même temps, on sentait qu'elle était en proie à une sorte d'excitation ; cela sentait le scoop et les auditeurs se raidirent, pressentant que c'était peut-être là la raison du mystérieux appel.

« Mesdames et Messieurs, nous venons de recevoir une vidéo assortie d'un message que je vous lis :

Pour ce qu'ils ont fait ensemble, ils doivent être punis. L'un a menti, triché, s'est fait passer pour ce qu'il n'était pas et l'autre l'a protégé, voire encouragé dans cette attitude. Et parce que l'un est un imposteur et que l'autre est un veule, un innocent va expier à leur place. Ils doivent enfin être démasqués à la face du monde. »

Les six personnes présentes dans le salon s'étaient raidies à l'écoute de ces mots : c'était exactement la terminologie employée par le harceleur depuis le début des messages. Il ne faisait maintenant plus aucun doute que c'était bien pour ce moment-là que l'appel leur avait été passé. Mais à quel innocent faisait référence le message ?

Ils n'eurent pas à se le demander longtemps. Le visage de la présentatrice disparut de l'écran et, à la place, ils virent tout d'abord l'image d'une porte munie d'un digicode. Elle était vraisemblablement déjà débloquée car la main qui entra dans le champ de vision de la caméra n'eut qu'à la pousser pour qu'elle s'ouvrit en grand, laissant deviner la petite pièce à laquelle elle donnait accès. Un moment volontairement floue, la focalisation devint de plus en plus nette et le cœur des téléspectateurs se serra au spectacle qu'ils découvrirent alors.

La pièce était entièrement nue : aucun meuble, aucune décoration aux murs, rien qui permettait de la personnaliser. Aucune fenêtre n'éclairait le local dont la seule issue était la porte codée. Le preneur de vue s'attardait sur cette porte et le groupe massé dans le salon s'aperçut qu'un réseau de fils était relié au digicode et courait au sol vers l'intérieur de la pièce. La caméra suivait les fils et bientôt les pieds d'un meuble entrèrent dans son champ de vision. Elle remonta lentement le long de l'objet qu'ils identifièrent alors comme un tabouret au dessous duquel était fixé un dispositif compliqué que, l'angoisse au cœur, ils reconnurent pour une bombe d'un type particulier : outre un détonateur et un pain d'explosif, elle était constitué d'un petit cylindre emplit d'un liquide dont il leur était impossible de deviner et la composition et la destination.

Mais la caméra continuait son travelling et ils se figèrent lorsqu'elle leur montra deux pieds nus juchés sur le tabouret. Il y avait un homme au-dessus de l'engin explosif et l'anxiété les submergea alors en pensant au malheureux qui se trouvait dans cette effroyable position : qui était-il ? Quels étaient ses liens avec eux pour qu'il ait été choisi ? La caméra amorçait un lent travelling arrière de manière à ce que la silhouette entière du prisonnier s'encadre dans son viseur, mais en même temps, l'image redevenait floue, comme si le cinéaste voulait jouer avec les nerfs des téléspectateurs, leur infliger un suspense insoutenable quant à l'identité de l'homme placé dans cette situation précaire. Ils purent d'ailleurs en juger toute la précarité lorsqu'il se rendirent compte que le malheureux avait les mains liées dans le dos, que des bandes adhésives occultaient ses lèvres et ses yeux et surtout, qu'il avait une corde autour du cou : au moindre geste de sa part, à la moindre perte d'équilibre, il se retrouverait pendu. Un frémissement d'horreur leur échappa en prenant conscience de la cruauté de la situation.

Puis, soudain, Alan, le premier, poussa un cri :

« Non, oh mon Dieu, non ! »

Les autres se tournèrent vers lui, interdits, ne comprenant pas son soudain affolement. Il était devenu livide et ses mains s'étaient mises à trembler.

- Papa, s'inquiéta Charlie. Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu le connais ?

Il jeta vers eux un regard hagard dans lequel se lisait toute la souffrance du monde.

- Mais vous êtes donc aveugles ? C'est Donnie ! C'est mon fils qui est là !

 

Paralysés, l'esprit bloqué, ils mirent un instant à comprendre le sens de ses mots. Puis, d'un même élan, ils se retournèrent vers l'écran. L'image était maintenant d'une netteté qui en accentuait toute l'horreur et, déchirés, ils ne purent que constater ce que l'instinct d'Alan lui avait soufflé quelques secondes avant : l'homme qui se tenait ainsi, en équilibre précaire sur un tabouret, risquant à chaque instant de se retrouver pendu, menacé par un dispositif explosif dont ils ignoraient tout, c'était bel et bien Don. On le reconnaissait, malgré les bandes d'adhésif qui recouvraient son visage. D'ailleurs, au cas où le doute eut encore subsisté, la caméra montrait maintenant celui-ci en gros plan et il n'y avait pas à s'y tromper : c'était bien Don qui se trouvait là, pâle, le visage couvert de sueur, à la merci d'un psychopathe qui semblait vouloir se venger de sa famille à travers lui.

Et puis soudain l'écran devint noir et le visage de la présentatrice apparut à nouveau. Mais plus aucune des personnes présente dans la pièce ne prêtait attention à ce qu'elle racontait. David avait décroché son téléphone et intimait l'ordre à Colby d'aller immédiatement récupérer la vidéo auprès de la chaîne. Liz, de son côté, appelait le directeur pour lui faire part des derniers rebondissements de l'affaire.

 


Cissy  (11.02.2009 à 18:44)

CHAPITRE VIII

 La maison des Eppes

Effondré dans un fauteuil, Alan n'arrivait pas à reprendre ses esprits : son petit, son petit à lui, aux mains d'un dangereux criminel et tout ça par sa faute ! A ses côtés, Charlie était lui aussi décomposé, en proie au même sentiment de culpabilité : c'était lui la cause du calvaire que vivait son frère en ce moment même. Pourquoi, mais pourquoi aucun d'entre eux n'avait-il imaginé qu'on pourrait s'en prendre à lui ? Pourquoi les avoir mis, eux, sous protection en oubliant que la façon à la fois la plus sûre et la plus pernicieuse de les atteindre était de s'en prendre à ce qu'ils avaient de plus cher en commun : Don ? Comment se faisait-il que lui, Charlie, lui surtout, n'ait pas envisagé cette hypothèse dans tous les calculs qu'il avait faits ? Qu'allait-il advenir maintenant ? Est-ce que Don était même encore en vie au moment où ces images avaient été diffusées ? Le time code du camescope indiquait 16 H 30 lorsque l'image s'était effacée. N'avait-il pas déjà perdu pied ? N'était-il pas déjà mort, se balançant au bout d'une corde ? Un cri de douleur, qu'il ne put réprimer, monta aux lèvres du mathématicien.

« Noonn !!!

- Charlie ! Charlie écoute-moi ! s'empressa alors David.

Il leva vers lui un regard où se lisait une douleur infinie.

- David. Pourquoi ? Pourquoi Donnie ? Si j'ai fait quelque chose de mal, pourquoi s'en prendre à lui ?

- Pour te faire souffrir Charlie. Pour vous faire souffrir tous les deux. Mais il n'a pas encore gagné.

- Que voulez-vous dire ? intervint alors Alan, d'une voix qu'il s'efforçait de maîtriser.

- Visiblement Don n'a pas l'air blessé. Il est fort, il peut tenir. C'est à nous de le retrouver à temps.

- A temps ! s'exclama Alan amèrement. Mais est-il encore temps David ?

- Il faut l'espérer monsieur Eppes. Tant que nous n'avons pas la preuve du contraire, nous devons partir du principe qu'il est en vie. »

A ce moment-là, la sonnerie du téléphone interrompit l'agent. Alan se précipita sur l'appareil et décrocha. Il écouta quelques secondes et soudain ses compagnons l'entendirent s'exclamer :

«  Où est mon fils ? Comment va-t-il ? Pourquoi vous en prendre à lui ? »

Ils comprirent alors qui était à l'autre bout du combiné et David s'empressa d'appuyer sur la touche permettant l'écoute amplifiée. A ce moment-là, il regrettait amèrement d'avoir omis de faire mettre le téléphone sur écoute. Les appels ayant tous aboutis aux portables des deux hommes, il n'avait pas jugé utile de le faire et il s'en mordait les doigts. Quoiqu'il fusse fort peu probable que le ravisseur de Don ait commis l'erreur d'appeler depuis un poste qu'ils auraient pu repérer. Mais ça, ils ne le sauraient jamais. Il s'aperçut que Liz avait eu la même idée que lui quand il la vit soudain décrocher son téléphone et passer un appel. Il comprit alors qu'elle demandait à la fois le relevé des appels passés à la maison des Eppes pour tenter de localiser le dernier numéro entrant et que, dans le même temps, elle donnait des instructions pour que désormais le téléphone soit mis sur écoute. Lui cependant, se concentrait sur le dialogue entre Alan et le criminel.

- Je vous avais prévenus qu'il faudrait payer. Alors je regrette pour votre fils, mais ce sont toujours les innocents qui font les frais des manœuvres des coupables. C'est par lui que l'imposture du professeur Eppes sera prouvée et c'est parce qu'il est un imposteur que votre fils aîné perdra la vie. S'il était ce qu'il prétend, il réussirait à le sauver.

- Expliquez-vous. Dites-moi ce que vous voulez de nous.

- De vous rien. Vous ne savez rien faire d'autre qu'encourager votre fils à mentir, à piller les idées des autres, à jouer les génies. Ca vous flatte d'être le père du grand professeur Charles Eppes ! Et dans le même temps vous en oubliez que vous avez un autre garçon, bien meilleur parce que vrai. Et celui-là vous ne le méritez pas, alors je vais vous le reprendre.

- Je vous jure que vous le paierez, s'exclama soudain Alan, perdant totalement son sang-froid. Si mon fils meurt, je vous tuerai, vous m'entendez, rien ni personne ne m'empêchera de vous tuer !

Ses compagnons comprirent qu'il était à bout de nerfs et hors d'état de continuer la conversation. Charlie lui prit doucement le combiné des mains tandis qu'Amita et Larry l'obligeaient à s'asseoir dans un fauteuil. La jeune femme lui apporta un verre d'alcool qu'il absorba d'un seul coup, recevant un coup de fouet salutaire qui lui permit de recouvrer son sang-froid. Mais la culpabilité le taraudait plus encore qu'auparavant parce que les mots du criminel avaient fait mouche en touchant l'une de ses appréhensions les plus profondes, l'un de ses regrets les plus tangibles : n'avait-il pas en effet trop souvent oublié qu'il avait deux fils, faisant toujours passer Charlie avant son frère ? Qui sait les souffrances que son attitude avait pu infliger à son fils aîné, systématiquement oublié au profit de son génial petit frère ? Il était évidemment injuste en pensant cela, mais en bon manipulateur, son correspondant avait touché la corde sensible, il avait décelé la fêlure et appuyé juste dessus. Et si Don ne devait pas survivre, ce doute qu'il venait d'instiller dans l'esprit de son père finirait par le tuer.

Le mathématicien, cependant, faisait des efforts surhumains pour garder son calme : la survie de son frère était peut-être à ce prix, il lui avait fait assez de mal comme ça, il devait essayer tout ce qui était en son pouvoir pour lui venir en aide.

- Je suis Charles Eppes, s'annonça-t-il. Je vous écoute, que voulez-vous ?

- Charles Eppes ! Alors, qu'est-ce qu'on ressent quand on se trouve au pied du mur ?

- Ecoutez, c'est après moi que vous en avez non ? Alors laissez mon frère en dehors de ça ! Dites-moi où je peux vous trouver et je viendrai seul, vous avez ma parole. Et en échange, vous relâchez mon frère. Il n'a rien à voir avec tout ça.

- Mais si professeur, il a tout à voir au contraire. Comme je l'ai dit à votre père, il me permettra de faire la preuve de votre incompétence et vous ne pourrez jamais oublier cette leçon. Il la fallait à la hauteur de votre imposture.

- Je ne comprends rien à ce que vous dites !

- Bien sûr. Vous êtes le grand génie, Charles Enrico Eppes ! Et bien, continuez de vous cramponner à votre image, j'espère qu'elle vous sera d'un grand réconfort lorsque votre frère sera mort par votre faute !

- Dites-moi ce que vous attendez de moi ! supplia Charlie.

- Mais je n'attends rien de vous moi, rien du tout. Je sais qu'il n'y a rien à attendre de vous.

- Expliquez-vous.

- Je sais que vous n'êtes qu'un imposteur Charles Eppes. Que tout chez vous n'est qu'imposture et j'ai enfin trouvé le moyen de le prouver. Voyez-vous, si vous étiez ce que vous prétendez, vous pourriez peut-être sauver votre frère.

- Comment ça ?

- J'ai laissé assez d'indices pour vous permettre de le retrouver à temps. Mais ces indices ne sont à la portée que d'un mathématicien chevronné. Et vous, vous n'en êtes qu'une piteuse caricature. Rien en vous n'est vrai. Si vous n'aviez pas vos condisciples pour masquer votre incompétence, si l'administration et vos pairs n'avaient pas fait preuve d'un aveuglement coupable, il y a longtemps qu'on vous aurait démasqué. Mais moi, je sais que vous n'êtes rien de plus qu'une baudruche emplie d'air qui se dégonfle au plus petit coup d'épingle. Et des coups d'épingles, j'ai décidé de vous en donner beaucoup. Alors voyez-vous, si c'est moi qui me trompe, professeur Eppes, votre frère vivra. Mais si j'ai raison, ce dont je suis intimement persuadé, il mourra, et ce sera uniquement votre faute.

- Que dois-je faire pour vous convaincre ?

- Vous n'avez pas à me convaincre, je sais déjà tout ce que j'ai à savoir. Le temps vous est compté professeur Eppes. La règle du jeu est contenue dans la formule suivante. »

Il énonça alors une longue suite de chiffres que Charlie nota fiévreusement. Au moment où il allait poser une autre question, la tonalité lui indiqua que son correspondant avait raccroché.


Cissy  (12.02.2009 à 12:20)

CHAPITRE IX

 

 La maison des Eppes

Charlie resta un instant prostré puis se secoua : le temps n'était pas aux jérémiades. S'il avait une seule chance de sauver son frère, il ne devait pas la laisser passer. Il lui fallut somme toute assez peu de temps pour décoder la formule qui lui donna l'adresse d'un site web auquel il se connecta sur le champ.

L'image qui s'afficha alors sur l'écran de son ordinateur lui serra le cœur tout en le réjouissant : c'était l'image jumelle de ce qu'il avait vu à la télévision, à la différence près que l'affichage horaire prouvait qu'elle était diffusée en temps réel et que Don était donc encore bien vivant. On le voyait, dans la même position précaire : juché sur un tabouret relié à un dispositif de mise à feu, bâillonné, les yeux bandés, les mains attachées dans le dos, et surtout, une corde autour du cou qui lui interdisait tout mouvement sous peine de se retrouver pendu. Combien de temps le malheureux pourrait-il tenir ?

C'est justement la question qui s'affichait à l'écran et Charlie comprit alors que son interlocuteur allait l'entraîner dans un jeu de piste cruel dont l'enjeu était la vie de son frère. En substance, le criminel l'avertissait que différentes énigmes le conduiraient à l'endroit où était détenu Don. Chaque énigme résolue l'amènerait à une autre, et ainsi de suite, jusqu'au moment où il pourrait enfin localiser la prison de son frère. Bien entendu, chaque étape nécessitait un niveau de savoir faire supérieur à l'étape précédente. Et une fois qu'il aurait retrouvé le lieu de détention de l'agent, rien ne serait gagné : trois digicodes successifs conduisaient à sa prison. Dès qu'il aurait actionné le premier, une minuterie se déclencherait. Il n'aurait alors que deux options : soit il réussissait, en trente minutes, à retrouver les trois codes, soit la bombe placée sous le tabouret explosait. Elle ne lui ferait aucun mal à lui : c'était une bombe au phosphore. L'ampoule contenant le liquide inflammable serait pulvérisée par la détonation et l'homme placé au-dessus serait alors brûlé vif. La même chose se produirait si on tentait de forcer l'entrée de la pièce, de quelque manière que ce fut : des capteurs y enregistraient chaque mouvement suspect. Le seul moyen de désamorcer l'engin de mort était de réussir à déchiffrer les codes. La porte s'ouvrirait alors naturellement et il n'aurait plus qu'à aller récupérer son frère, à condition, bien entendu, que, dans l'entre fait, celui-ci, à bout de forces, n'eut pas perdu l'équilibre, avec la conclusion funeste qu'aurait un tel mouvement.

Lorsque le mathématicieneut fini de lire le message, la connexion avec le lieu de détention de Don s'interrompit. Tous se regardèrent avec accablement. Quel esprit malade avait pu imaginer une épreuve d'une telle cruauté, à la fois pour Don, victime expiatoire d'un crime imaginaire commis par les siens, et pour Alan et Charlie qui ne se remettraient jamais de le perdre, dans ces conditions-là surtout ? La culpabilité plus encore que le chagrin les détruirait s'ils ne parvenaient pas à le sauver. Et la question se reposait de manière toujours plus angoissante, toujours plus brûlante : qui était derrière tout ça ? Qui avait pu nourrir un tel ressentiment contre Charlie et son père qu'il les punissait en les privant de ce qu'ils avaient de plus cher, en torturant l'être qu'ils aimaient tant ? Il était désormais urgent de découvrir à quel moment ce ressentiment était né pour réussir à démêler l'écheveau qui leur permettrait peut-être de sauver Don.

En pensant à ce que celui-ci devait ressentir, dans l'absolue solitude où il se trouvait, incapable de distinguer ce qui l'entourait, sachant qu'un faux mouvement, que le moindre moment de faiblesse, risquait de lui être fatal, Alan et Charlie sentaient leurs cœurs se déchirer. Il devait vivre une véritable torture à la fois physique car sa position inconfortable devait obligatoirement générer des douleurs, mais surtout psychologique à se dire qu'il suffisait d'un rien pour qu'il meure dans des conditions atroces ; était-il au courant de la présence de la bombe au phosphore ? Ses amis espéraient que non : qu'au moins cette angoisse supplémentaire lui soit épargnée !

 *****

La maison ressemblait à présent à une fourmilière : des techniciens arrivaient pour poser les appareils d'écoute. Nikki et Colby avaient rejoint les lieux, appelés par David, et d'autres agents se pressaient aux nouvelles, chacun désireux d'apporter sa pierre à l'édifice qui permettrait peut-être de retrouver leur collègue à temps. Charlie, de son côté, tentait désespérément de faire abstraction de ses sentiments pour retrouver son esprit mathématique : c'était le seul moyen de sauver son frère. Il devait avant tout garder la tête froide : le criminel qu'il avait en face de lui doutait de ses capacités, il devait lui démontrer qu'il se trompait. C'était d'ailleurs sans doute là que résidait sa seule chance. Si réellement ce psychopathe le prenait pour un imposteur, il ne saurait pas lui poser d'énigmes insolubles et il parviendrait à triompher, niveau après niveau, de tous les pièges qu'il lui tendrait. Mais pour autant, le facteur temps jouait contre lui : combien de temps Don pourrait-il tenir avant que ses forces ne le trahissent ? Charlie n'était pas certain d'arriver à occulter cette pensée obsédante. Et tout mathématicien sait bien que, pour être au maximum de ses possibilités, il faut avant tout ne subir aucune pression, de quelque sorte que ce soit.

Les tâches furent très vites distribuées : à Amita la charge d'essayer de remonter la trace de la connexion internet avec l'équipe de techniciens hautement qualifiés que le F.B.I. mettait à sa disposition ; à charge pour Larry d'épauler Charlie dans ses recherches ; à charge pour Colby et Liz de retrouver le professeur Caldwell et de l'interroger sur son entretien avec Don afin de découvrir, si possible, un lien leur permettant d'identifier le ravisseur ; et chacun se vit ainsi attribuer une tâche précise dans le but d'optimiser et d'accélérer au maximum l'enquête. Ils jouaient contre la montre et ils le savaient.

Alan restait là, à les regarder tous s'afférer pour sauver son garçon, et il se sentait terriblement impuissant : que pouvait-il faire, lui, pour les aider à retrouver son petit ? David le comprit en le voyant, décomposé, regarder ceux qui allaient et venaient autour de lui, un sentiment d'inutilité terrible l'envahissant. Il alla alors chuchoter quelques mots à l'oreille de Nikki qui s'approcha du vieil homme et l'entraîna avec elle pour qu'il l'assiste dans ses recherches sur les anciens condisciples de Charlie. Il semblait en effet qu'il fallait fouiller de ce côté-là : visiblement le nœud du problème se situait assez loin dans le temps et, Charlie étant accaparé par son macabre jeu de piste, Alan restait seul capable de se souvenir de querelles, jalousies, rivalités ayant opposé son fils à d'autres étudiants ou confrères et qui pouvaient expliquer l'inhumaine situation actuelle. Il ne fut sans doute pas tout à fait dupe de sa capacité à aider réellement l'agent, mais il lui fallait absolument s'occuper l'esprit sous peine de devenir fou. Alors il la suivit et se plongea frénétiquement dans les recherches, pour ne plus penser à Don, ne plus le voir ainsi qu'il lui était apparu, risquant de perdre la vie à chaque instant.


Cissy  (12.02.2009 à 12:26)

CHAPITRE X

 Quelque part, pièce anonyme

Don s'efforçait de respirer calmement et de ne pas se laisser aller à la panique. Il ignorait où il se trouvait et le silence ambiant l'angoissait. En même temps, il était furieux contre lui-même : il s'était vraiment fait cueillir comme un débutant ! Il aurait pourtant dû se méfier quand cet homme l'avait appelé pour lui dire qu'il avait peut-être des informations pour lui. Mais l'inquiétude intense qu'il ressentait pour son père et son frère avait largement amoindri son jugement habituel.

Il s'était rendu au rendez-vous fixé par le professeur et celui-ci l'avait accueilli sur le parking du campus. Il semblait nerveux, jetait des coups d'œil inquiets par-dessus son épaule, et Don avait fini par lui demander ce qui motivait cette tension. L'homme lui avait alors avoué que lui-même avait reçu des messages étranges sur son portable et qu'il avait aussi l'impression qu'on le suivait.

« Voulez-vous me montrer votre portable ? avait alors demandé l'agent.

- Volontiers. Tenez. »

Don avait saisi l'objet et constaté qu'en effet des messages menaçants avait été envoyés au professeur Caldwell depuis près de trois jours. Le collègue de Charlie lui avait alors appris qu'en fait les messages étaient bien antérieurs mais que, dans un premier temps, il les avait effacés, croyant à une plaisanterie douteuse. Ce n'était que lorsqu'il avait entendu Charlie parler des messages que lui-même recevait qu'il avait fait le rapprochement Et qu'il s'était souvenu de cette affaire...

« De quoi parlez-vous ? avait alors demandé Don.

- C'était en... attendez, je ne me souviens plus très bien. Août 1992 je crois. Oui, votre jeune frère venait de quitter Princeton, son diplôme en poche. Et ...

- Vous étiez l'un de ses professeurs à l'époque ?

- En effet. Et je dois avouer que j'étais fasciné par son intelligence. Vous deviez être très fier de lui.

- A vrai dire, à cette époque-là nous ne nous fréquentions pas beaucoup.

- Oui, je comprends. Il ne devait pas être facile pour vous d'avoir un frère, surtout plus jeune, aussi brillant. Vous avez dû souvent vous sentir négligé et déconsidéré.

- Non, pas vraiment. Enfin, parfois oui. Mais Charlie était tellement plus... Enfin il avait un potentiel tellement plus important que le mien que j'ai très vite admis qu'il était normal qu'il prenne la première place.

- Pourtant, ça n'a pas dû être facile tous les jours.

Soudain, Don s'était demandé de quoi ils étaient en train de parler là.

- Oui, bon. Excusez-moi professeur Caldwell, mais si vous vouliez bien en venir à ce que vous aviez commencé à dire. Donc c'était en août 1992...

- C'est ça oui. Il y avait cet étudiant... »

Et l'homme avait commencé à lui raconter l'histoire de ce jeune étudiant de vingt-deux ans (son âge à lui à cette époque pensa aussitôt Don), brillant et doué, mais dont les théories s'opposaient à celle de Charlie. Apparemment, il y avait eu des dissensions entre eux, notamment lors de la parution des travaux sur la convergence de Eppes. Et puis, du jour au lendemain, l'étudiant avait disparu et on s'était demandé ce qui avait bien pu se passer. Alors peut-être que...

- Vous souvenez-vous de son nom ?

- C'est là que le bât blesse. Malheureusement ma mémoire n'est plus ce qu'elle était et...

- Bon, peut-être que Charlie s'en souviendra. Mais vous-même, comment vous êtes vous trouvé mêlé à cette histoire ?

- Non, attendez, avait soudain dit l'homme, sans répondre à la question. J'ai chez moi un ancien annuaire de cette époque : je devrais pouvoir, sans trop de mal y retrouver le nom de ce garçon.

- Ce serait fantastique ! s'était exclamé Don. Avez-vous moyen de me l'apporter très vite ?

- Et bien...

- C'est important professeur Caldwell. Cet homme est peut-être celui qui vous menace, vous et mon frère, et mon père aussi.

- Oui, bien sûr, je comprends. Ecoutez... Je n'ai pas de cours avant une heure trente. J'habite à environ vingt minutes en voiture. Si vous voulez m'accompagner, je pense que je pourrais retrouver cet annuaire assez rapidement.

- Quoi ? Maintenant ?

- Cela vous est impossible ?

Don avait jeté un coup d'œil à sa montre. En tout début d'après-midi, il devait voir le président de la fraternité mise en cause par Charlie.

- Remarquez, si vous avez un autre rendez-vous, je pourrai vous apporter l'annuaire demain matin à vos bureaux. Ou vous pourrez envoyer un de vos collègues le prendre ce soir. Je pense que je serai rentré vers vingt heures.

Don avait grimacé : il n'avait pas envie de perdre encore tout un après-midi alors que, peut-être, une piste était enfin à portée de sa main.

- Non, non. Vingt minutes, avez-vous dit ?

- Avec une circulation moyenne oui. Quarante minutes aller-retour et je ne pense pas en avoir pour plus d'une quinzaine de minutes sur place.

- D'accord. Au pire des cas, je pourrai toujours actionner la sirène.

L'homme le regarda alors avec inquiétude.

- Comment ça ? Vous voulez que je monte dans votre véhicule ?

- Et bien, ça me semble plus pratique non ?

- Oui, mais les clés de mon appartement sont dans ma voiture : je les y laisse toujours, de peur de les égarer.

- Pas très prudent, pourtant, objecta l'agent, son professionnalisme refaisant surface à cette déclaration.

- Oui, c'est ce que m'ont dit certains amis. Mais je vous assure que je n'ai jamais eu de problème jusqu'à présent.

- Et votre voiture est garée où ?

- Sur le parking des professeurs, là-bas.

- Bon, et bien vous montez avec moi, et je vous arrête à votre véhicule le temps que vous récupériez vos clés. Ensuite on fonce chez vous...

- On fonce dites-vous ?

- Façon de parler professeur. Croyez-moi, je n'ai pas l'intention de commettre d'imprudence.

- J'aimerais bien le croire agent Eppes. Mais pourquoi ne pas monter avec moi ? Ce serait aussi simple. La rue où j'habite est toujours extrêmement encombrée et j'ai une place de parking attitrée, nous gagnerions du temps.

- Je pourrai très bien me mettre sur votre place de parking, argumenta Don. Ou n'importe où ailleurs, en fait. Vous savez, ma position d'agent du F.B.I. me procure quelques avantages tout de même, uniquement quand je suis en mission bien sûr, s'empressa-t-il d'ajouter pour éviter tout risque de malentendu.

- Oui bien sûr. Je n'y avais pas pensé. Bon. Si vous préférez qu'on prenne votre véhicule, pourquoi pas ?

- Allons-y.

Les deux hommes s'était dirigés vers la place où Don s'était garé quelques minutes plus tôt. L'agent avait actionné l'ouverture automatique des portières et il avait entendu le clic caractéristique du verrou qui se désengageait. Il était alors monté dans son véhicule et avait introduit sa clé dans le contact. C'est alors qu'il s'était aperçu que le professeur Caldwell ne faisait pas mine de monter auprès de lui, regardant fixement vers l'arrière du véhicule, côté passager.

- Et bien professeur, dépêchez-vous, lui dit-il.

- Je crains que nous n'ayons un léger problème.

- Comment ça ? Qu'est-ce qui se passe ?

- Vous avez un pneu crevé agent Eppes.

- Quoi ? Mais c'est impossible !

- Venez voir si vous ne me croyez pas !

Impatienté, Don était descendu et avait fait le tour du véhicule. Son interlocuteur avait, bien entendu, raison : le pneu arrière était complètement à plat et l'agent avait laissé échappé un juron.

- Il ne manquait plus que ça. Mais enfin, comment est-ce possible ? Bon, je n'ai plus qu'à changer la roue !

- Je suis désolé agent Eppes, mais ce sera trop long. Je vous l'ai dit, j'ai un cours dans... et bien une heure vingt maintenant. Et je déteste faire attendre mes étudiants.

- Mais on ne peut pas rouler à plat ! s'énerva Don.

- Non, mais on peut prendre ma voiture. Je vous assure que je suis un excellent conducteur, plaida-t-il, comme si l'hésitation qu'il décelait chez l'agent était due à une appréhension de sa part à se laisser conduire.

- Cela n'a rien à voir professeur Caldwell. Bon. Vous avez raison, je vous suis. »

Il lui avait alors emboîté le pas vers une Ford d'un modèle déjà ancien, parfaitement entretenue, dans laquelle ils étaient montés. Le professeur avait engagé le véhicule sur l'avenue et ils avaient quitté le campus. Don avait alors sorti son portable.

- Vous appelez qui ? avait interrogé le professeur, concentré sur sa conduite.

- Mon frère, Charlie. Je vais lui parler de cet étudiant. Peut-être se souviendra-t-il de...

- Peut-être, en effet. Mais, vous devriez attendre un peu, je pense.

- Et pourquoi ça ?

- Et bien, puisque nous allons avoir son nom chez moi, il lui sera alors plus facile de se le remémorer.

- Bien sûr mais...

Il avait hésité, le doigt sur la touche raccourci.

- Je préfèrerais que vous n'appeliez pas, agent Eppes. Je m'en chargerai personnellement !

- Quoi ?

Plus que les mots, le ton de son interlocuteur l'avait alerté. Il s'était alors tourné vers lui et avait ressenti un intense malaise du regard que posait l'homme sur lui à ce moment-là. Et il avait commencé à pressentir le danger. Mais il était trop tard. Tout en reportant son regard sur la route, l'homme avait alors pointé l'index vers un bouton situé juste sous le volant et l'avait pressé. Aussitôt, l'air bag passager s'était déployé et Don s'était trouvé plaqué sur son siège, la respiration coupée, dans l'incapacité de faire le plus petit mouvement. Et d'un seul coup il avait compris qu'il venait de se faire piéger ! Quel imbécile il avait été ! Comment n'avait-il pas flairé le traquenard ? Quelle probabilité y avait-il que sa roue crève justement au moment où il avait besoin de se déplacer, au moment où une piste semblait enfin se dessiner ? Comment, se faisait-il que, comme par hasard, l'homme n'ait conservé que des messages datant des trois derniers jours ? Et puis, pourquoi le fait que le nom n'ait pas paru familier à Charlie ne lui avait-il pas mis la puce à l'oreille ? Décidément, il aurait mérité ce qui lui arriverait !

- Je suis désolé, agent Eppes, avait dit l'homme. Je n'ai rien contre vous mais votre famille m'a fait beaucoup de mal.

- De quoi parlez-vous, avait-il réussi à articuler, malgré la difficulté grandissante qu'il avait à respirer, écrasé sur son siège par l'air bag.

Celui-ci ne semblait pas vouloir se dégonfler et il comprit alors qu'en fait l'homme l'avait trafiqué pour le transformer en arme de contention, fort efficace, songeait-il amer à la fois de s'être laissé piéger de cette façon et d'être incapable du moindre mouvement pour se libérer de la force qui le clouait sur son siège.

- Votre fils m'a tout pris et votre père l'a épaulé dans son pillage. Alors ils doivent payer et je suis bien placé pour savoir que nul châtiment n'est plus sévère que celui qui fait payer un innocent pour le crime des coupables.

- Vous délirez. Vous ne vous en sortirez pas.

- Bien sûr que si, parce que votre soi-disant génie de frère n'aura jamais les capacités requises pour vous retrouver. Quoi de pire que d'avoir toute sa vie fait illusion et de ne pouvoir le faire quand l'enjeu est crucial ?

Tout en parlant, l'homme avait bifurqué dans une toute petite ruelle où il s'arrêta. Don avait désespérément cherché à libérer sa main droite pour saisir son arme mais la masse sur son torse lui interdisait tout mouvement : il se sentait suffoquer.

- Vous allez me tuer ? avait-il réussi à chuchoter.

- Non, bien sûr que non ! Je ne suis pas un tueur ! s'était offusqué l'homme. Mais vous allez sans doute mourir.

- Je ne comprends pas.

- Votre frère pourrait vous sauver s'il était ce qu'il prétend être. Mais il ne le pourra pas. Alors vous allez mourir, mais ce n'est pas moi qui vous tuerai, c'est son incompétence ! Et croyez que j'en suis navré pour vous car vous me semblez être quelqu'un de bien. Peut-être le seul être vraiment propre de cette famille. Mais ce sont toujours les meilleurs qui sont sacrifiés.

- Vous ne vous en sortirez pas.

- Mais si, vous verrez. Ou plutôt, non, vous ne verrez pas. 

L'homme avait alors saisi à l'arrière une petite trousse dont il avait extrait une seringue. Don, qui le surveillait du coin de l'œil, avait de nouveau tenté de se soustraire à l'écrasement qui l'immobilisait, n'arrivant qu'à aviver la douleur au niveau du torse et à rendre sa respiration encore plus pénible. Puis son ravisseur avait approché la seringue de son cou, il avait ressenti une piqûre et avait plongé dans le noir.


Cissy  (12.02.2009 à 18:31)

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