HypnoFanfics

Promo 88

Série : Numb3rs
Création : 05.05.2009 à 17h53
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Don et Charlie se rendent à la soirée du 20ème anniversaire de leur promo. Bien sûr rien ne va se dérouler comme ils le pensaient. Episode sans enquête (désolée Orkhadia), que j'écris seule. » Cissy 

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AVERTISSEMENT

 

Fortement déconseillé aux moins de 16, voire 18 ans, cet épisode, sans enquête (vous êtes prévenus), est plutôt réservé aux adultes. Plusieurs chapitres (15 - 33 - 34 - 36 - 37 - 38 et 40 entre autres) sont très "chauds", violents ou dérangeants, voire les trois ensemble. Je déconseille fortement à toute personne sensible, prude, raffinée, qui croit encore aux contes de fées ou à celles qui n'aiment pas être rattrapées par la réalité, de lire cette fiction.

Les passages "litigieux" seront bien entendu mentionnés par des X encadrant le numéro de chapitre et éventuellement par des rappels de signalétique d'âge.

Beaucoup de scènes décrites ne sont malheureusement que des scènes de vie ordinaire dans certaines zones devenues de "non droit", y compris dans les pays censés être civilisés. Et à ce titre les lycées US ont une place de choix: l'imagination de certains ados est sans limite lorsqu'il s'agit d'humilier ou de faire souffrir leurs semblables (vous me direz que les adultes n'ont rien à leur envier).

 

Si malgré ça vous voulez tenter l'expérience, vous ne viendrez pas dire que vous n'étiez pas prévenus : aucune réclamation ne sera tolérée (lol).

Et bonne lecture à tous. (quoi qu''avec un tel avertissement, je pourrais bien être la seule à la lire cette fiction!)


Cissy  (05.05.2009 à 17:56)

L'INVITATION

 Chapitre 1

 

Maison des Eppes

« Salut ! C'est moi ! Vous êtes où ? »

Comme à son habitude, Don venait de franchir la porte en claironnant haut et fort son irruption, comme si sa présence risquait de passer inaperçue sans cette annonce.

Rien ne lui répondit. Sans doute Charlie était-il plongé dans l'une de ses équations interminables, quant à son père, qui pouvait savoir où il avait bien pu passer ? Don n'aurait jamais imaginé qu'on était si occupé à la retraite ! Demi-retraite, corrigea-t-il aussitôt, comme son père le faisait systématiquement lorsqu'on tenait ce type de propos devant lui. Même s'il pouvait se permettre le luxe de choisir les dossiers qui l'intéressaient, l'urbaniste était quand même très régulièrement sollicité pour donner son avis ou établir des plans d'aménagement d'espaces urbains. Si on ajoutait à ça ses cours de mécanique, son travail bénévole au centre des sans-abri et ses parties d'échecs interminables avec Larry, il était finalement tout aussi débordé par moment que lorsqu'il était en activité. Parfois Don se demandait si cette débauche d'occupations ne servait pas à combler le vide laissé par Margaret. Mais après tout, le principal, c'était que son père soit heureux : tant que sa santé n'en pâtissait pas, ses fils n'avaient rien à dire. Ils auraient d'ailleurs étaient bien mal venus de lui reprocher son manque de disponibilité ponctuel, dans la mesure où le leur était régulier, tous deux accaparés par leurs professions respectives.

Tandis que ces pensées lui traversaient l'esprit, Don consultait la pile d'enveloppes qui s'entassaient sur la table du salon. Parfois il pensait qu'il serait plus que temps qu'il fasse un changement d'adresse auprès du bureau de poste, de manière à recevoir son courrier chez lui, mais c'était tout de même plus simple comme ça. Finalement, il passait plus de temps ici que chez lui : il y prenait la plupart des repas qu'il ne prenait pas au bureau, et y dormait assez régulièrement. Sauf, bien sûr, lorsqu'il voulait un peu d'intimité avec Robin. Mais il ne se souvenait pas de la dernière fois où il avait pris un vrai repas chez lui. Pourtant, lorsque, quelques jours plus tôt, son père avait de nouveau abordé la possibilité qu'il revienne s'installer avec eux, il avait réitéré sa volonté d'avoir « sa petite sphère privée », indispensable à son équilibre. Et puis, il trouvait que la maison était déjà bien occupée avec Larry, vivant quasiment à demeure, et Amita qui, même si elle n'avait pas emménagé officiellement, ne passait guère de soirées ailleurs. Et justement, si son petit frère devait enfin vivre en couple, ce n'était pas le moment de débouler dans ses pattes ! Il tenait trop à son intimité pour aller forcer celle des autres.

Il passait en revue les enveloppes, mettant de côté celles qui lui étaient adressées. Il n'y en avait que quatre qu'il saisit. Puis il alla se chercher une bière dans la cuisine et revint s'installer dans le salon pour ouvrir son courier. Les deux premiers plis étaient des factures : loyer et électricité, la barbe ! Le troisième l'informait qu'il avait gagné un magnifique cadeau qu'il n'avait qu'à demander en envoyant simplement trois dollars pour les frais de port.

Un sourire désabusé vint fleurir sur ses lèvres à la lecture de la lettre : et dire qu'il y avait des gens assez naïfs pour se laisser prendre à ce type d'escroquerie ! Après tout, qu'est-ce que c'était que trois dollars pour la majorité des Américains ? Mais en multipliant cette somme par le nombre de correspondants à qui était adressé le même avis, on pouvait récolter une somme rondelette. Et il était bien placé pour savoir qu'en matière d'escroquerie, il y avait toujours des pigeons pour se laisser ligoter avec les ficelles les plus grosses. Il se contenta de rouler en boule la lettre et de la jeter dans la cheminée : même si, au plus profond de lui, son esprit d'équité aurait aimé qu'il puisse poursuivre les impudents qui pensaient pouvoir rouler dans la farine un agent du F.B.I., il savait que c'était peine perdue. D'une part, remonter la filière de ce type d'arnaque prenait un temps considérable, d'autre part ce n'était pas de la grande criminalité et le bureau avait bien assez à faire comme ça, et puis, de toute façon, pour un de ces escrocs arrêtés, il s'en trouvait dix pour reprendre le business le lendemain.

La quatrième lettre retint son attention. L'enveloppe portait le logo de son ancien lycée. Don eut un moment d'hésitation, comme si le fait d'ouvrir cette missive allait le replonger des années en arrière. Il sourit en se rendant compte qu'il avait exactement la même répugnance à la vue de l'oblitération de l'enveloppe, que lorsqu'arrivait son bulletin de notes où une lettre dont il savait qu'elle émanait du proviseur suite à la plainte d'un professeur envers lui. Combien de fois ce type d'envoi lui avait-il valu des entretiens orageux avec ses parents ? En tout cas, cette fois-ci, c'était à lui que la lettre était adressée, et puis il avait passé l'âge des incartades et des punitions qui s'ensuivaient. Il finit donc par décacheter l'enveloppe et se plongea dans la lecture du papier qui s'en échappa. Au fur et à mesure qu'il lisait, l'étonnement se peignait sur son visage.

Laissant là sa bière, il garda le papier à la main et se dirigea vers le garage où il était certain de retrouver Charlie.

 


Cissy  (05.05.2009 à 17:58)

Chapitre 2

 Garage de la maison des Eppes

- Salut Charlie !

Le mathématicien, profondément accaparé par sa ligne de calcul, sursauta violemment à l'interpellation de son frère. Celui-ci eut un petit sourire narquois à cette réaction qu'il attendait : ce n'était pas pour rien qu'il avait pris une voix de stentor pour saluer son petit frère.

- Bon sang Don ! Est-ce qu'une fois dans ta vie tu pourrais...

A la vue du visage de son frère, la colère de Charlie fondit comme neige au soleil et il sourit à son tour, comprenant la plaisanterie.

- En tout cas, je te préviens, si je ne parviens pas à retrouver le fil de mon raisonnement, tu t'y colles mon vieux !

La grimace horrifiée qui déforma alors le visage de son aîné le vengea largement : œil pour œil, dent pour dent !

- Papa n'est pas là ? interrogea Don.

- Non, je crois qu'il devait passer chez un architecte qui lui a demandé des plans pour une résidence de luxe qui se construirait vers Hollywood boulevard.

- Ho ho ! Notre cher père urbaniste des stars ! Diantre, quel honneur !

- Oui, bon, on n'en est pas encore là.

- En tout cas, j'étais en train de penser que pour quelqu'un à la retraite il était bien occupé, ça ne semble pas aller en s'arrangeant.

- Que veux-tu ? Papa déteste être inoccupé. Et comme il le dit lui-même, vu que ses deux fils sont toujours par monts et par vaux...

- De toute façon, tu le verrais, toi, cantonné à nous attendre pour nous servir de bons petits plats et prendre soin de notre linge ?

- Pas vraiment, c'est sûr. Par contre, si tu lui avais fait trois ou quatre petits enfants, il aurait largement de quoi s'occuper.

- Eh là ! Et pourquoi ce serait à moi de lui faire des petits-enfants ? Je te signale que tu es censé être tout aussi apte que moi sur ce plan. A moins, ajouta-t-il perfide, que l'abus de mathématiques ne provoque une altération des spermatozoïdes.

- Attention à ce que tu dis Don, parce que tout agent du F.B.I. que tu es, je pourrais bien t'en flanquer une !

- Tu pourrais toujours essayer oui. Quant à y arriver, c'est une autre paire de manche ! se moqua l'aîné.

- Je te signale que j'ai suivi un stage d'entraînement aux techniques de combat !

- Je te signale que je m'entraîne régulièrement aux techniques de combats et que, de plus, je les emploie aussi bien souvent, donc... Mais si tu y tiens, rendez-vous demain au gymnase du F.B.I. : on verra ce que tu vaux frangin.

- Demain, impossible, j'ai cours toute la journée, s'empressa de préciser Charlie.

- Tiens donc, je l'aurais juré ! ironisa son frère.

- Bon, trêve de plaisanterie. Qu'est-ce que tu fais-là à cette heure-ci ? Tu as un problème ?

- Ben non, pas de problème. Pourquoi ? Je ne suis le bienvenu ici que lorsque j'ai un problème ?

- Ne sois pas stupide ! Tu sais très bien que c'est chez toi ici. Non, je m'étonnais juste de te voir à..., il consulta rapidement sa montre, ...ah oui, quand même !

- Dis donc, frangin ! On dirait que tu n'as pas levé les yeux de tes calculs depuis un moment. Ca fait combien de temps que tu es là ?

- J'avais l'impression que ça ne faisait pas plus d'une heure, mais visiblement le temps a passé beaucoup plus vite que prévu.

- Si je comprends bien, il n'y a rien de prêt pour le dîner puisque papa n'est pas là et que tu sembles avoir totalement oublié les basses contingences matérielles.

- Qu'est-ce que tu veux ? Quand ça vient, je ne peux pas m'arrêter. Sauf quand un sombre crétin vient me hurler dans les oreilles bien sûr ! acheva-t-il, rancunier.

- Et je suppose que le sombre crétin en question c'est moi, sourit Don.

- Non, pourquoi ? Qu'est-ce qui peut bien te le faire croire ? répliqua Charlie, l'air innocent.

- Tu ne perds rien pour attendre mon vieux. Mais tu as de la chance, ce soir je suis de bonne humeur.

- Ah oui ? En quel honneur ?

- Nous venons enfin de coffrer notre violeur en série. Ca fait une ordure de moins dans les rues. Ce soir, les femmes de cette ville seront un peu plus en sécurité.

Charlie regarda longuement son frère : ça lui ressemblait tellement ce genre de réaction. Certains de ses collègues faisaient ce métier pour la gloire, pour la décharge d'adrénaline, pour l'impression de puissance que leur procurait leur action. Pour Don, rien de tout ça. Tout ce qu'il voulait, c'était rendre service, se rendre utile, mettre des criminels hors d'état de nuire et faire de son mieux.

- Quoi ? A quoi tu penses ? questionna Don, devant le mutisme de son frère qui se contentait de le regarder avec un sourire affectueux aux lèvres.

- A rien de précis.

Il savait très bien que son frère serait gêné de savoir quelles pensées venaient de lui traverser l'esprit. Il n'était pas à son aise avec les compliments, même si, paradoxalement, il avait une assez haute opinion de lui-même. Mais c'était une chose que d'être conscient de sa réelle valeur, c'en était une autre que de savoir accepter avec naturel les louanges auxquelles il avait droit.

- Rien de précis ? Tu m'étonnes. Ton petit cerveau génial serait-il en panne ?

- Mon petit cerveau génial, comme tu le dis si bien, a, pour le moment, besoin de se sustenter. Ensuite, il pourra refonctionner normalement.

- On en revient au problème que je soulevais : qu'est-ce qu'il peut bien y avoir à manger dans cette maison ?

- On va faire une descente dans le frigo. Et puis, on pourra toujours commander une pizza le cas échéant.

- Brillante idée professeur Eppes !

 


Cissy  (05.05.2009 à 17:59)

Chapitre 3

 Garage de la maison des Eppes

Alors qu'ils s'apprêtaient à quitter le garage, le regard de Charlie tomba soudain sur la lettre que Don tenait toujours à la main, et que lui-même semblait avoir totalement oubliée, dans le feu de la conversation.

- Oh, tu en as reçue une aussi ?

Un instant Don parut désarçonné par ce coq à l'âne, ne comprenant visiblement pas où voulait en venir son frère. Puis il remarqua la direction du regard de celui-ci et ramena la lettre devant lui, se souvenant soudain de l'objet de son irruption dans le garage.

- Comment ça, aussi ?

- Ben oui, je l'ai reçue ce matin. Au cas où tu l'aurais oublié, nous avons été diplômés la même année !

- Ca, pas de danger que je l'oublie, crois-moi !

Charlie jeta un regard un peu inquiet à son frère, il lui semblait déceler encore de l'amertume sous le ton qui se voulait léger.

- Tu comptes y aller ?

- Je ne sais pas, ça dépend de tellement de choses ! Le boulot d'abord. Et toi ?

- Pareil. A vrai dire, ça ne me tente pas beaucoup. Tu sais, je ne garde pas franchement un bon souvenir du lycée, alors aller au vingtième anniversaire de notre promo, je n'en vois pas trop l'utilité.

- D'un autre côté, ça pourrait être sympa.

- Pour toi peut-être. En ce qui me concerne, rien que l'idée de revoir certains élèves de l'époque me noue le ventre.

- Arrête Charlie, ce n'était pas si terrible tout de même.

- Parle pour toi Don ! Toi tu avais leur âge, tu étais sportif, beau, tu avais du succès auprès des filles et tes résultats scolaires...

- Quoi mes résultats scolaires ? Vas-y, dis-le !

Soudain Charlie se sentit envahi par une lassitude immense. Et voilà ! C'était reparti. Il suffisait qu'ils abordent tous les deux leurs souvenirs de lycée et aussitôt leur antagonisme de l'époque rejaillissait. Ils avaient beau, depuis quatre ans, avoir tissé des liens bien plus étroits que l'un et l'autre l'auraient jamais imaginé, les anciennes blessures ne demandaient qu'à se rouvrir à la première occasion.

- Tu vois, se contenta alors de dire le mathématicien, c'est aussi pour ça que je n'ai pas envie d'y aller. Parce que, dès qu'on repense à cette époque, on se dresse l'un contre l'autre, comme avant. Et ça, vois-tu, je n'en ai pas envie, pas envie du tout.

Le début de colère qui avait soulevé Don s'évanouit aussitôt à ces mots et surtout à cause du ton sur lequel ils étaient prononcés. Son visage changea brusquement d'expression pour ne plus laisser transparaître que le regret de son emportement et l'affection qu'il ressentait pour son jeune frère.

- Moi non plus je n'en ai pas envie Charlie, tu le sais très bien. Excuse-moi de m'être emporté.

Charlie ne pouvait se méprendre sur les regrets réels qui habitaient son aîné.

- Pas de problème, Donnie.

- Tu sais que je déteste que tu m'appelles Donnie.

- Oui, je sais.

Le sourire angélique qui accompagna cette répartie fit rire Don qui comprit où voulait en venir son cadet.

- Bon, nous devons tout de même être capables de parler calmement non ? reprit-il. Tu ne sais vraiment pas si tu comptes y aller ?

- Comme je te le disais, je ne suis pas très chaud.

- Ce pourrait pourtant être l'occasion pour toi de prendre ta revanche sur certains.

- Mais c'est là que tu fais fausse route Don, si tu penses que j'ai besoin de ça. Pour moi, tout ce qui s'est passé là-bas est derrière moi. Je ne m'en soucie plus du tout. La seule personne de ce passé dont j'ai besoin est auprès de moi et le reste n'a aucune valeur !

La façon dont il dit ces mots fit tout de suite comprendre à Don de qui il parlait et il se sentit ému, à nouveau, de l'affection que lui portait son frère. Il l'enviait aussi d'être capable de l'exprimer, lui qui avait tant de mal à faire la même chose. Il adorait Charlie autant que celui-ci l'aimait, mais il avait beaucoup plus de difficultés à le lui faire comprendre, et parfois il se demandait si son jeune frère était conscient de l'attachement qu'il avait envers lui.

- Pareil pour moi, grommela-t-il alors, un peu gêné de cette déclaration.

Le regard de Charlie s'illumina à cette phrase pourtant si banale.

- D'un autre côté, reprit l'aîné. Ca pourrait être amusant de revoir les anciens copains : ce qu'ils sont devenus, s'ils ont tenu leurs promesses, etc...

- Sauf que moi, des anciens copains de lycée, je n'en ai pas des masses.

- Tout de même, il y avait bien quelques garçons avec qui tu traînais.

- Oui, d'autres paumés comme moi ! Ce n'était pas vraiment des amis, on se serrait juste les coudes entre laissés-pour-compte !

- Charlie, je n'aime pas t'entendre parler comme ça.

- Je sais Don, excuse-moi. Mais tu sais, le lycée...

- Je suis désolé Charlie.

- De quoi donc ?

- J'aurais dû t'aider à cette époque ! Je n'ai pas été à la hauteur.

- Arrête Don ! Je ne veux pas que tu culpabilises ! Tu avais dix-huit ans. Tu n'as rien fait d'autre que ce que tout adolescent de ton âge aurait fait.

- Mais j'étais ton frère !

- Et je venais m'immiscer dans ton monde ! Quel garçon de dix-huit ans accepterait sans broncher que son petit frère de treize ans lui colle aux basques ?

 

*****

 


Cissy  (05.05.2009 à 18:00)

Don n'avait pas l'air convaincu et Charlie s'en voulut de l'avoir, involontairement, fait se sentir coupable de choses auxquelles il ne pouvait plus rien.

- Et puis, tu sais, reprit-il, je n'étais tout de même pas autant à plaindre que d'autres. Il y en a pour qui ces quatre années ont été un véritable calvaire. Alors si, pour moi, ça n'a pas été rose tous les jours, ça n'a tout de même pas été atroce au point de me paralyser. La preuve, j'ai fait les quatre ans en deux !

- Figure-toi que je m'en souviens. Je revois ma tête quand j'ai appris que tu entrais en terminale la même année que moi.

- Ca, si tu avais pu me piler sur place ce jour-là, je crois que tu l'aurais fait.

- N'exagère pas Charlie !

- Je plaisante. Et puis, je dois te remercier.

- De quoi, grand Dieu ?

- De m'avoir fichu la paix cette année là. C'est vrai, d'autres, dans les mêmes circonstances, se seraient acharnés sur moi.

- Je n'allais pas m'en prendre à toi, enfin ! Tu étais mon petit frère.

- Pourtant, d'autres n'avaient pas ces scrupules. Tiens, tu te souviens de Norton Bates ?

- Norton ? Attends... Ce petit binoclard qui te suivait partout comme un petit chien ?

- Don ! Norton était mon meilleur ami à l'époque !

- Et qu'est-ce qu'il est devenu ?

- Aucune idée. Quand je suis parti à Princeton, il devait entrer à l'université d'Arizona et nous nous sommes perdus de vue. Mais ce n'est pas de ça dont je voulais te parler.

- Ah non ? De quoi ?

- Tu te souviens que Norton avait un an d'avance ?

- Je crois bien que je ne l'ai jamais su.

- Et, lui aussi avait son frère dans la même classe.

- Quoi ? Tu rigoles ? Je croyais que j'étais le seul dans ce cas.

- Non. Edwin Bates avait deux ans de retard, lui. Et je peux te garantir qu'il en a fait baver à son frère toute l'année, comme pour se venger de sa propre médiocrité.

- Attends, dois-je conclure de ce parallèle que tu me remercies de ne pas m'être vengé sur toi de ce que tu appelles ma médiocrité ?

Charlie eut tout à coup peur d'avoir blessé son frère : ce n'était vraiment pas ce qu'il avait voulu. Puis il s'aperçut que Don souriait. Il le faisait marcher : il avait bien sûr compris le sens de ses propos. Pourtant, il se crut obligé de préciser.

- Tu sais bien que ce n'est pas ce que je voulais dire Don. Tu n'as jamais été médiocre.

- Oui, enfin, mon prof de physique aurait peut-être eu des objections à ce sujet....

Mais Charlie continuait sans se soucier de l'interruption.

- D'abord tu avais l'âge normal toi. Et puis tes résultats scolaires étaient tout à fait corrects et tu étais l'un des meilleurs sportifs du lycée. Donc rien à voir avec Edwin Bates.

- D'accord ! J'avais bien compris frangin. Il y a un paramètre qu'un petit génie dans ton genre a omis dans son raisonnement.

- A oui, lequel ? Et puis arrête de m'appeler petit génie, tu sais bien que je déteste ça ! protesta-t-il avec retard.

- Je ne sais pas comment étaient les parents Bates. Mais si je m'en étais pris à toi, les nôtres me seraient tombés dessus. Donc, peut-être que si je me tenais à carreau, c'était juste par prudence.

- C'était donc ça ! Evidemment ! Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ! s'exclama le mathématicien, rentrant dans le jeu de son frère.

- Comme quoi tu ne peux pas penser à tout ! triompha ce dernier. Bon, en tout cas, tout ça ne règle pas notre problème.

- Quel problème ?

- Est-ce qu'on va ou non à cette fichue réunion des anciens de la promo 88 ? C'est dans deux mois : en posant mon congé maintenant, je peux obtenir d'être libéré ce jour-là, sauf cas de force majeure bien sûr. Mais je n'ai aucune envie d'y aller seul.

- Robin t'accompagnera.

- Bien sûr. J'ai bien l'intention de le lui demander. Mais ce que je voulais dire, c'est que j'aimerais que tu viennes aussi. Sans toi, ce ne serait pas pareil.

Charlie fut incroyablement flatté de la demande de son frère : que celui-ci semble tenir à ce point à sa présence parmi leurs anciens condisciples prouvait, mieux que tout, combien leur relation s'était plus que normalisée depuis ce temps.

- Ecoute, j'y réfléchirai.

- Tu aurais en tout cas une bonne raison de venir.

- Ah oui ? Laquelle ?

- Si certains des gars qui te snobaient sont là-bas, imagine leur tête en te voyant arriver au bras d'Amita ? Ils seront verts que tu aies pu dégoter une fille aussi superbe !

Cette fois-ci, Charlie éclata franchement de rire.

- C'est vrai qu'à l'époque nul n'aurait parié sur mon sex-appeal, et moi moins que tout autre.

- Attends, tu avais à peine treize ans ! Alors, tu viendras ?

- On verra. Je dois d'abord en parler avec Amita.

Mais au ton employé par son frère, Don comprit qu'il avait à moitié gagné la partie. Il cessa alors d'insister.

- Bon, alors, on va se la faire cette razzia dans le frigo ?

- Je te suis.

Les deux frères quittèrent le garage, l'aîné ayant passé son bras autour des épaules de son cadet, qui lui-même le tenait à la taille. Ils se sentaient bien. Qu'ils aillent ou non à cette réunion d'anciens élèves, rien ne viendrait briser leur entente et c'était le plus important.

 


Cissy  (05.05.2009 à 18:00)

LES COPAINS DE LYCEE

 

Chapitre 4

 

 Maison des Eppes

Alors qu'il arrivait chez son frère, Don regarda sa montre : déjà dix-sept heures. Que pouvait bien faire Robin ? Il se dirigea vers l'entrée. A ce moment-là son téléphone sonna :

- Eppes !

- Don, c'est moi.

Dès qu'il entendit la voix de sa fiancée, Don comprit ce qu'elle allait lui dire. Et un imperceptible soupir lui échappa : mais quelle était cette malédiction qui planait sur eux ? Lorsque l'un parvenait enfin à se libérer, l'autre, immanquablement, était retenu par le boulot. Cela faisait bien trois mois qu'ils n'avaient pas réussi à coordonner une vraie sortie ensemble. Tout juste avaient-ils pu grappiller quelques soirées par-ci par-là, se retrouver autour d'un vrai déjeuner à quelques reprises, et se faire une ou deux séances de cinéma sans que l'un ou l'autre de leurs portables ne gâche irrémédiablement la soirée.

Heureusement, il y avait toujours un moment où ils réussissaient à se retrouver au creux d'un lit et c'était si bon de pouvoir enfin se rassasier l'un de l'autre. Mais les quinze derniers jours, même cette agréable échappatoire leur avait été refusée et Don s'était fait par avance une immense joie de leur soirée en commun. Et voilà, une fois encore tous leurs projets étaient remis en question !

Il écouta patiemment Robin lui débiter les excuses d'usage qu'il connaissait par cœur, à la fois pour les avoir trop entendues, mais aussi pour les avoir lui-même si souvent prononcées. Comment aurait-il pu lui jeter la pierre alors que lui-même se désistait deux fois sur trois ? C'était le prix à payer pour deux êtres aussi investis dans leur travail qu'ils l'étaient tous les deux. Et puis, finalement, s'ils avaient été moins pris, s'en seraient-ils pour autant mieux entendus ? Est-ce que le fait de se retrouver bien plus souvent, de ne pas être frustrés de ces moments dont ils se faisaient une fête par anticipation, n'auraient pas rendu moins précieuses les rares oasis dans lesquels ils leur arrivaient parfois de se ressourcer ? L'habitude n'aurait-elle pas fini par avoir raison de leur relation ?

Quoi qu'il en fut, de toute façon il n'était pas en son pouvoir de changer le cours des choses. Il se contenta donc d'assurer sa fiancée qu'il comprenait et qu'il ne lui en voulait pas, ce qui était vrai. Mais, quand il raccrocha, il ne put s'empêcher d'avoir un pincement au cœur : encore une soirée qu'ils passeraient en étrangers, encore une occasion de se découvrir un peu plus qui s'envolait en fumée. Malgré tout leur amour, ils restaient entre eux tellement de zones d'ombres. Ils étaient finalement aussi secrets l'un que l'autre et il ne permettait à l'autre de lever le voile sur leur existence passée qu'avec parcimonie, et le plus souvent sous l'influence des événements.

Allons, assez d'introspection, se gourmanda-t-il. Après tout ce n'était pas la fin du monde. Et puis ainsi Charlie et lui seraient à égalité et peut-être son jeune frère s'en sentirait-il plus à l'aise. En effet, une semaine plus tôt, Amita avait dû s'envoler en urgence pour Madras, à la suite d'un décès dans sa famille. Elle ne devait pas rentrer avant une bonne semaine et Charlie se trouvait donc aussi seul pour assister à la soirée prévue par la promotion 1988. Et Don avait eu fort à faire à décider son cadet à venir tout de même.

 

Il s'étonnait lui-même de son acharnement à retrouver ses anciens condisciples, lui qui prônait que le passé était le passé et qu'il ne servait à rien de se retourner sur ce que, de toute façon, on ne pouvait pas changer. Mais c'est vrai qu'il avait envie de savoir ce qu'était devenu certains de ses amis et compagnons de l'époque. La vie les avait séparés. Ils avaient eu beau se jurer de rester en contact, de se revoir souvent ou, à tout le moins, de s'écrire régulièrement, chacun, pris dans la tourmente des jours qui défilent, avait suivi sa voie et s'était peu à peu complètement coupé des autres. Et il espérait ainsi renouer contact avec certains membres de son ancienne équipe de base-ball notamment, avec qui il était très lié à l'époque.

Charlie, lui, n'avait eu aucun de ces vrais amis sur lesquels on se repose, à qui on confie tout à un âge où tout est merveilleux ou catastrophique. Il avait traversé ces années seul et il lui était beaucoup plus difficile d'envisager de se retrouver parmi ces gens qui, au mieux, l'avaient ignoré à l'époque. Don le comprenait et il s'en voulait de n'avoir pas fait en sorte, à ce moment-là, que son frère se sente bien, un peu moins délaissé, un peu moins différent. Mais à dix-huit ans, il n'était pas capable de raisonner de cette manière-là.

L'important, c'était qu'aujourd'hui ils se soient rapprochés. Il ne pouvait pas imaginer sa vie sans Charlie : il avait même du mal à réaliser que, pourtant, il avait tout fait pour prendre ses distances avec lui à cette époque-là. Comment avait-il pu se passer de son petit frère, de ses brillantes déductions, de son charmant sourire, de son sens de l'humour si fin et... de son horrible caractère ? acheva-t-il en souriant de ses propres pensées.

 

*****

 


Cissy  (06.05.2009 à 19:12)

- Oh Charlie ! Tu es prêt frangin ?

- Là-haut Don, lui répondit la voix de son frère, le forçant à changer radicalement de direction alors qu'il prenait celle du garage.

Une première : Charlie avait donc quitté son antre tout seul et était déjà en train de se préparer sans qu'on ait besoin de le rappeler à l'ordre vingt fois ? Un jour à marquer d'une croix blanche !

- Tu es prêt ?

- Pas encore !

Evidemment, il ne fallait pas rêver non plus !

- Qu'est-ce que tu attends ? On va encore être en retard !

- Oh ! Lâche-moi un peu tu veux ! Y'a pas le feu au lac non plus ! Le proviseur ne va pas nous coller si on arrive quelques minutes après les autres !

- Oui mais avec la circulation qu'il y a à cette heure...

- Oh les garçons, tonna soudain Alan. Ca ne vous ferait rien d'arrêter de hurler comme ça ? J'aimerai pouvoir me concentrer sur mon devoir pour Galuski, merci !

- Désolé p'pa je ne t'avais pas vu, s'excusa Don, surpris effectivement de s'apercevoir que son père était installé à la table de la salle à manger devant un monceau de livres et de papiers.

- Et comment tu aurais pu, occupé comme tu l'es à vociférer comme un âne avec ton frère ? rétorqua son père.

- Je ne vocifère pas je...

- Don ! Est-ce que Robin est déjà là ? hurla Charlie qui semblait n'avoir pas entendu l'intervention de leur père.

A moins qu'il ne s'en fiche royalement.

Comme Don ouvrait la bouche pour lui répondre, il reçut une serviette en plein visage qui l'empêcha de brailler la réponse qu'il préparait. Il jeta un coup d'œil offusqué à son père qui n'eut cure de son regard réprobateur.

- Pourquoi tu t'en prends à moi ? gémit-il comiquement.

- Parce que tu es sous ma main ! Si tu veux parler avec ton frère tu montes ou il descend, mais vous arrêtez de beugler comme ça !

- Charlie est chez lui, alors s'il a envie de...

Devant le regard furibond de son père, Don battit prudemment en retraite et s'élança dans l'escalier.

Charlie sortait de la salle de bain, une serviette autour des reins, la tête baissée, se frottant vigoureusement les cheveux pour les sécher. Il se dirigeait vers le haut de l'escalier et l'arrivée en trombe de son frère le fit violemment sursauter.

- Quoi ?? Tu n'es pas encore habillé ? s'indigna Don à la vue de la tenue de son cadet.

- Non... J'étais plongé dans une leçon sur la combinatoire et...

- O.K., je te dispense de tes explications. Seulement magne-toi un peu !

- Au fait ! Pourquoi t'es monté ?

- Pourquoi ? Parce que papa avait l'air décidé à me jeter dehors si je continuais à te parler d'en bas, alors...

- Oh, papa est là ?

- On dirait oui, et plutôt de mauvais poil apparemment. Qu'est-ce que tu lui as encore fait ?

- Moi ? Rien du tout ! Pourquoi tu veux que ce soit moi ? Je ne savais même pas qu'il était rentré.

- En tout cas, à cause de toi je me suis fait remonter les bretelles.

- Comment ça à cause de moi ?

- Ben oui ! Si tu avais été prêt...

- Don, tu commences à me...

- A te quoi cher frère ?

A ce moment-là, Charlie aperçut le sourire dans les yeux de Don et il comprit que celui-ci ne faisait que le chercher, sans penser un traître mot de ce qu'il était en train de débiter. Il sourit à son tour :

- O.K. j'ai compris. Faut-il que je sois idiot pour toujours démarrer comme ça au quart de tour !

- Je ne te le fais pas dire frangin !

- Bon, si tu me laissais passer que je puisse aller m'habiller maintenant.

- Quoique, si tu veux, tu peux venir dans cette tenue. Je suis sûr que tu aurais beaucoup de succès.

- Arrête de dire des idioties et pousse-toi de là, grogna Charlie en lançant une bourrade à son frère pour dégager le passage.

En représailles, alors qu'il passait devant lui, celui-ci, d'un geste rapide s'empara de la serviette qui ceignait la taille de son frère et celui-ci se retrouva aussitôt les fesses à l'air sur le palier. Il se retourna vers son frère, furibond :

- Don ! Mais ça ne va pas non ? Rends-moi cette serviette !

- Viens la chercher si tu l'oses ! se moqua l'aîné en reculant tout en agitant la serviette comme on agite un appât.

- Ca te ferait trop plaisir, tiens. Je préfère m'en désintéresser et me retirer avec dignité !

- La dignité, dans ton état, c'est pas le plus évident frérot ! ricana Don.

Charlie haussa les épaules, tentant de prendre l'air le plus dégagé et le plus assuré possible, et tourna le dos à son frère, décidé à rejoindre sa chambre : erreur fatale qui lui valut un monumental coup de serviette sur le postérieur qui le fit hurler à la fois d'indignation et de douleur.

- Tu vas me le payer !

Sans plus se soucier de sa nudité, le mathématicien se rua sur son aîné qui supporta le choc en riant. Mais, en reculant encore il se prit les pieds dans la seconde serviette que Charlie avait laissé tomber au sol et il se retrouva piteusement par terre, étourdi par sa chute. La pseudo colère de Charlie s'évanouit aussitôt pour laisser place à l'inquiétude :

- Don, Don, tu vas bien ?

Comme son frère ne répondait pas et restait étendu sans mouvement, les yeux clos, il sentit l'affolement le gagner et il s'agenouilla auprès de lui en suppliant :

- Donnie, parle-moi... Est-ce que tu vas bien ? Donnie...

A ce moment-là, l'aîné ouvrit les yeux et eut un grand sourire accompagné d'un clin d'œil :

- Bien sûr que je vais bien. Non mais, pour qui tu me prends ?

Charlie s'emporta :

- Tu es... Tu es l'être le plus immature, le plus exaspérant, le plus insupportable...

Son frère le fixait, goguenard, et il s'interrompit net tandis que Don finissait pour lui,

- Le plus adorable que tu connaisses !

Charlie ne put s'empêcher d'éclater de rire à la mimique de son aîné qui joignit son rire au sien. Cela faisait tellement de bien de s'amuser ainsi ensemble, sans arrière pensée, loin des drames auxquels ils étaient si souvent confrontés.

 

*****


Cissy  (06.05.2009 à 19:13)

Don fut le premier à reprendre son sérieux :

- Bon allez, ce n'est pas tout ça, mais il vaudrait tout de même mieux qu'on ne tarde pas trop. Dépêche-toi donc d'aller te changer.

- Dis donc ! A qui la faute si je suis encore à poil ? s'insurgea Charlie.

- Aucune idée ! le provoqua Don, l'air innocent. Sans doute à un petit génie des maths qui n'est pas capable de lire l'heure.

- C'est ça, rigole, rigole, bougonna Charlie en se dirigeant vers sa chambre. Tu ne perds rien pour attendre tiens.

Don lui emboîta le pas.

- Non mais, tu fais quoi là ? questionna le cadet.

- Je viens voir ce que tu comptes porter.

- Oh hé... Je suis assez grand pour m'habiller tout seul je te signale.

- Heu... Tu me permettras d'émettre quelques réserves à ce sujet. Je ne veux pas que tu me fasses honte.

Don voulait plaisanter mais Charlie se sentit vexé :

- Si je te fais honte, je peux rester ici tu sais ! Tu n'est pas obligé de t'encombrer de moi ! Après tout, personne ne s'attend à nous voir arriver ensemble je présume !

- Charlie... Je suis désolé, s'excusa Don, comprenant soudain sa maladresse. Je plaisantais, je t'assure. Tu sais bien que je n'aurai jamais honte de toi !

Devant l'air contrit de son aîné, la colère de Charlie s'évanouit instantanément.

- Non, c'est moi... C'est.... Enfin, tu comprends... Ca me rend nerveux cette soirée, alors...

Don devint grave :

- Ecoute Charlie, si vraiment ça te pèse à ce point là, je ne veux pas que tu te sentes obligé de venir. J'aimerais que tu viennes avec moi, mais si tu préfères t'abstenir je comprendrai et je ne t'en voudrai pas.

Charlie regarda son frère avec gratitude : ainsi il pouvait comprendre et il accepterait sa décision. Rien que pour ça il ne pouvait pas le décevoir.

- Non, non. J'ai envie d'y aller avec toi. Rien que pour leur montrer, tiens...

Don eut un grand sourire.

- O.K. Alors on va choisir de quoi les laisser tous sur le cul ! Je veux qu'ils se sentent tout péteux de t'avoir ignoré il y a vingt ans !

Tandis qu'ils entraient dans la chambre de Charlie, celui-ci en revint à la question qu'il avait posée quelques minutes plus tôt :

- Et Robin ? Elle nous attend en bas ?

- Et non ! Elle a été retenue.

- Oh ! Elle nous rejoindra plus tard ?

- Je ne pense pas non.

- Autrement dit, tu es célibataire aussi ?

- Oui, mais je suis chanceux tout de même.

- Ah oui, pourquoi ?

- Parce que je vais être accompagné de l'élève le plus brillant qu'ait jamais abrité le lycée. Je vais faire des envieux !

Charlie fut touché de la déclaration. Un sourire amusé vint fleurir sur ses lèvres :

- C'est vrai. J'imagine la scène : tu entres à mon bras et l'assemblée se tourne vers nous...

Don s'étrangla à cette description.

- Euh... Ecoute, sans vouloir te vexer... On entre ensemble mais à plus de cinquante centimètres l'un de l'autre si tu ne veux pas qu'il t'arrive des bricoles !

Feignant d'être blessé, Charlie rétorqua :

- Bon, comme tu veux ! Mais crois-moi, on aurait fait sensation ainsi !

Tout en discutant, le mathématicien avait fini de se préparer. Il se présenta devant son frère :

- Alors... Tu n'auras pas trop honte de moi ?

Don recula de quelques pas et observa attentivement son cadet. Il se rapprocha pour replacer son nœud de cravate et recula à nouveau, silencieux, tellement silencieux que Charlie s'inquiéta :

- Quoi ? Quelque chose ne va pas ?

- Charlie, tu veux que je te dise ? commença Don, très sérieusement.

- Oui, vas-y ! Qu'est-ce qu'il y a ?

Charlie était sur des charbons ardents.

- Non seulement je n'aurai pas honte de toi, mais je serai immensément fier d'être vu en ta compagnie.

- Merci.

Ce fut tout ce que le mathématicien, touché, put répondre. Mais son visage parlait pour lui et Don passa son bras autour de ses épaules, heureux d'avoir pu, en quelques mots, faire comprendre à son frère combien il l'aimait, lui qui avait tellement de mal à faire passer ses sentiments.

- Bon, on y va maintenant ? questionna-t-il, histoire de secouer l'attendrissement qui les gagnait.

- On y va.

 

*****

 


Cissy  (06.05.2009 à 19:14)

Alors qu'ils atteignaient la dernière marche, ils eurent l'immense surprise de voir leur père avec un appareil photo à la main :

- Ah, enfin ! Allez, venez par ici que je vous prenne en photo ! Vous êtes beaux comme des dieux !

- Papa... dit Don, gêné.

- Papa, gémit Charlie simultanément. Tu nous as déjà fait le coup il y a vingt ans !

- Ah non ! Il y a vingt ans c'était votre mère ! Alors cette fois-ci c'est mon tour, et pas de discussion ou je vous prive de sortie !

Avec un sourire résigné, les deux frères se placèrent côté à côte, le bras de Don sur les épaules de son cadet et ils sourirent à leur père tandis que celui-ci immortalisait la scène.

Ils se souvenaient de la difficulté qu'avaient eu leurs parents à les convaincre de les prendre en photo ensemble lors de la soirée de fin d'étude. Charlie en voulait terriblement à Don d'avoir invité Val au bal et Don, lui, le trouvait complètement stupide d'avoir pu croire, ne serait-ce qu'un instant, que la jeune fille pourrait accepter de sortir avec un gamin de treize ans.

De plus il était furieux de devoir conduire son frère et de devoir garder un œil sur lui durant la soirée. Mais ça n'avait pas été négociable. Lorsqu'il avait tenté de protester, son père lui avait lancé un de ses regards qui disaient clairement : « Ou tu fais ce que je te dis ou tu t'en mordras les doigts ! » En clair, ou il s'occupait de Charlie ou il restait à la maison. Le prenant en pitié, sa mère avait décidé qu'Alan et elle iraient chercher le gamin vers onze heures. A partir de là, lui-même pourrait profiter pleinement de sa soirée. Mais en attendant, c'était à lui de veiller sur son frère et il enrageait.

Aussi, lorsqu'ils étaient tous les deux descendus, vêtus de smokings de location, de chemises immaculées et de nœuds papillons très chics, leurs visages renfrognés étaient peu en adéquation avec leur mise et la joie qu'éprouvent généralement les lycéens ce soir-là. Quant à immortaliser ce moment l'un à côté de l'autre ! Il avait fallu que Margaret les supplie des larmes dans les yeux pour qu'ils consentent à se rapprocher l'un de l'autre, sans se toucher surtout, et les sourires sur la photo avaient été plus que contraints. Mais ça avait suffi pour donner du bonheur à leurs parents.

Ce soir, les sourires étaient ouverts, francs, heureux. Ils étaient sans doute beaucoup moins bien habillés que vingt ans auparavant, mais cette fois-ci, c'était Don et non plus Margaret qui avait présidé à l'habillage de Charlie et celui-ci appréciait cette attention à sa juste valeur. Et puis ils avaient enfin réussi à laisser la place à cet amour qu'il y avait toujours eu entre eux mais qui était brouillé par l'incompréhension de leurs mondes respectifs et l'aveuglement de l'adolescence. Aujourd'hui les frères Eppes n'étaient pas frères que de nom, que de sang : ils étaient frères de cœur et la photo que prit Alan le prouvait plus que n'importe quel mot.

- Merci les garçons, dit le père après avoir pris deux ou trois clichés.

Alors qu'il s'apprêtait à ramasser l'appareil, Don dit soudain :

- Non, attends !

- Quoi ?

- Je veux en faire une de toi et Charlie.

Alan et Charlie se regardèrent, interdits : était-ce bien Don qui venait de suggérer cela ? Lui qui disait détester tout ce qui ressemblait de près ou de loin à ces « futilités inutiles ». Touchés, ils se plièrent volontiers à la demande de l'agent fédéral. Evidemment cela entraîna la volonté de Charlie de photographier ensuite son père et son frère ensemble. Comment lui refuser ce plaisir ? Don tenta bien de protester pour la forme, mais son père le fit taire en l'empoignant pour le poster devant l'objectif où il l'entoura de ses bras. Pris dans cette étreinte pleine d'affection, Don cessa de grogner, heureux de se sentir aimé. Et pour finir, en utilisant le retardateur, les trois hommes firent un cliché en commun sur lequel, plus tard, chacun d'eux jura déceler une tâche de lumière qui ne pouvait être que l'âme de Margaret.

- Bon, et bien à plus tard les enfants. Amusez-vous bien, finit par dire Alan lorsque la cérémonie de prises de vues eut pris fin.

- A tout à l'heure papa. Et ne nous attends pas, répondit Don en déposant un baiser sur le front de son père, touché de ce geste.

Pour ne pas être en reste, Charlie fit la même chose en déclarant :

- Pas de couvre-feu ce soir ?

- Et bien, pas pour ton frère. Mais toi, retour à onze heures précises !

Le mathématicien lui fit une grimace avant de se diriger vers la porte.

- Comme le dit Don, je ne sais pas lire l'heure alors...

- Allez, on y va, le pressa Don en le poussant à l'extérieur.

Au moment où il franchissait le seuil à son tour, Alan l'interpella une dernière fois :

- Donnie !

- Oui p'pa ?

- Prends soin de ton petit frère !

- T'inquiète !

Et il eut un grand sourire en fermant la porte. Il pensait que la même phrase, vingt ans plus tôt l'avait mis en colère. Mais en regardant son petit frère marcher devant lui dans l'allée, il se sentait le cœur léger, empli d'amour : oh oui il prendrait soin de lui ! Et bien plus loin que cette soirée.

En s'installant dans la voiture, Charlie sentit sur lui le regard de son aîné :

- Quoi ?

- Rien, rien du tout Charlie. Je suis simplement heureux que tu sois-là.

Charlie ne trouva rien à répondre : il tendit simplement le bras et attrapa la main de son frère qu'il serra longuement, heureux de sentir celui-ci répondre à son étreinte. Et puis l'aîné se détacha d'un geste brusque, et d'une voix tranchante, comme pour faire oublier ce moment d'attendrissement, il ordonna :

- Bon, boucle-moi ta ceinture ! Faut vraiment tout te dire !

Charlie obtempéra tandis que son frère mettait le contact. Le mathématicien avait un immense sourire aux lèvres.

 


Cissy  (06.05.2009 à 19:15)

Chapitre 5

 

 Lycée de Pasadena

- Bon et bien on y est : prêt frangin ?

A ces mots, Don, qui venait de couper le contact, se tourna vers son frère. Il s'alarma de la pâleur de celui-ci.

- Charlie... Ca ne va pas ?

- Si, si...

Le mathématicien semblait respirer avec difficultés et l'inquiétude de son frère grandit d'un cran.

- Charlie... Qu'est-ce qui t'arrive ? Dis-moi...

Il s'empressait autour de son cadet, baissait la vitre passager pour faire entrer l'air du soir, débouclait sa ceinture de sécurité pour lui permettre de respirer plus à son aise. Au moment où il allait desserrer son nœud de cravate, Charlie prit une profonde inspiration et repoussa doucement les mains de son frère :

- Arrête Don. Ca va, je t'assure.

- Tu n'en as vraiment pas l'air. On ferait peut-être mieux de rentrer.

- Non, Don. Je vais bien. C'est juste que...

- Que quoi Charlie ?

- Ca me fait tout drôle de me retrouver ici. Je me demande si...

Don étudia longuement le visage de son cadet et soudain il pâlit à son tour :

- Oh Charlie ! Je suis désolé frangin. Je ne savais pas... Sinon, je n'aurai pas insisté.

- Donnie... Tout va bien, crois-moi, tenta de le rassurer Charlie, s'en voulant profondément du sentiment de culpabilité qu'il lisait au fond des yeux de son aîné.

- Mais non ça ne va pas Charlie. Tu es à deux doigts de nous faire une crise d'angoisse ! Pourquoi ne m'as-tu pas dit que c'était si difficile pour toi ?

- Don... J'avais envie de venir aussi. Je t'assure ! insista-t-il devant le regard plus que dubitatif que lui lança alors son frère.

- Tellement envie qu'il a fallu que je te supplie presque à genoux et que maintenant tu es tétanisé sur ton siège !

- Non, Don... écoute.

- Non, non Charlie, c'est bon, j'ai compris. Allez, on rentre !

Joignant le geste à la parole, Don tourna la clé de contact pour remettre le moteur en marche. Avec une vivacité dont il ne l'aurait pas cru capable, Charlie se pencha alors et attrapa la clé pour la tourner en sens inverse. Le moteur se tut. Lorsque le mathématicien se releva, il tenait la clé de contact dans sa main.

- Charlie, donne-moi cette clé !

- Pas question !

- Charlie...

- Don, s'il te plaît, écoute-moi.

- Quand tu m'auras rendu ma clé.

- Non ! D'abord tu m'écoutes, ensuite je te rends la clé.

- Pas question ! Tu me rends la clé d'abord !

- Certainement pas !

Ils se regardaient, aussi furieux l'un que l'autre, campés chacun sur leur position. Et soudain Don partit d'un immense éclat de rire, bientôt imité par Charlie. C'était tellement ridicule ! Ils étaient là, pas tout à fait sur leur trente et un mais presque, s'apprêtant à retrouver des personnes qu'ils n'avaient pas vues depuis plus de vingt ans et ils ne trouvaient rien de mieux qu'à se disputer comme ils le faisaient à l'époque, comme les gamins entêtés qu'ils étaient restés au fond d'eux malgré les années passées.

- D'accord, je t'écoute, finit par dire Don en reprenant son sérieux alors que Charlie, au même moment, lui tendait les clés de contact.

- Tu as raison, j'était un peu nerveux à l'idée de...

- Un peu ? l'interrompit Don sur un ton comique.

- D'accord. Si tu y tiens... J'étais très nerveux à l'idée de retrouver ces gens. Tu sais, il y en a qui ne m'ont pas rendu la vie facile à cette époque.

- Dont je faisais partie je présume... dit Don avec amertume.

- Non ! Non ! Justement. C'est ça aussi qui me rend nerveux. J'ai un peu l'impression que tu cherches une rédemption dans cette soirée et je ne veux pas de ça.

- Comment ça Charlie ?

- Oui, depuis l'autre jour j'ai l'impression que tu t'en veux de ne m'avoir pas plus soutenu pendant mon passage au lycée, et notre année de terminale en particulier. Et je ne veux pas que tu culpabilises. Et j'ai peur que certains te ces gens ne t'entraînent à ce sentiment.

- Charlie... Non ! Ecoute, le seul qui pourrait me faire culpabiliser à ton propos, c'est toi.

- Tu es sûr ?

- Sûr et certain.

- D'accord. Alors on y va.

- Mais est-ce que toi tu es vraiment sûr ?

- Oh Don ! Oui, cent fois oui ! Je crois que nous allons passer une excellente soirée.

- Tu es vraiment sûr ? insista à nouveau Don en plantant son regard dans celui de son frère.

- Tu es bouché ou quoi ? Apparemment tu redeviens l'idiot que tu étais à l'époque ma parole ! se moqua Charlie.

- Attends un peu...

Mais avant que son frère ait pu trouver les mots pour laisser libre cours à son indignation, le mathématicien était descendu en riant du véhicule et Don n'eut d'autre choix que de le suivre. Il ne tarda pas à le rejoindre à quelques mètres de l'entrée du gymnase où se déroulait la soirée. Charlie s'était arrêté net et regardait le bâtiment, une étrange expression sur le visage.

- Hello, il y a quelqu'un ? demanda doucement Don en posant sa main sur l'épaule de son frère.

Celui-ci tourna alors son regard vers lui.

- Ca fait drôle non ?

- Tu as raison, ça fait vraiment drôle, répondit Don en regardant à son tour l'immense bâtisse où il avait passé tant d'heures.

- Bon, on y va, ajouta-t-il pour secouer l'espèce de fascination qui s'emparait d'eux.

- On y va : et ils vont voir ce qu'ils vont voir.

Don adressa un chaleureux sourire à son frère et ils se mirent à marcher d'un même pas vers l'entrée. Juste au moment où ils allaient pénétrer dans le gymnase, Charlie se tourna à nouveau vers son frère :

- Don...

- Quoi Charlie ?

- Tu veux bien me faire une promesse ?

- Laquelle ?

- Evite de me laisser seul dans mon coin.

- De quoi tu parles Charlie ?

- Donnie... Dès que tu vas avoir mis un pied là-dedans, une foule de gens vont te sauter dessus : anciens coéquipiers, anciens admirateurs, anciennes petites amies... bref, tu ne vas pas tarder à être tellement entouré que tu vas oublier que j'existe.

Don regarda longuement son frère : il venait de comprendre ce qui, depuis le début, inquiétait ce dernier. Charlie avait peur d'être à nouveau rejeté par son aîné, de ne plus exister pour lui durant quelques heures. Don ne savait pas s'il devait se fâcher ou s'attendrir de cette inquiétude :

- Charlie, tu veux que je te dise ?

- Quoi ?

- Je ne pourrai jamais t'oublier frangin, même si je le voulais.

- Tu es sérieux ?

- Tu n'imagines même pas la place que tu as dans ma vie petit frère !

A ces mots Charlie eut bien du mal à ne pas laisser s'échapper quelques larmes. C'était si rare que Don laisse parler son cœur librement ! Il se contenta de tendre la main à son aîné qui la lui serra vigoureusement.

- Bon, et maintenant haut les cœurs ! Un Eppes ne se laisse pas intimider comme ça. Alors menton haut et en avant ! Ils vont voir ce qu'ils vont voir.

- On y va ?

- On y va ! Et tous les deux !

D'un même pas, épaule contre épaule, les deux frères franchirent alors la grande porte vitrée. Et quiconque les aurait vu à ce moment-là aurait compris que leur alliance était indéfectible.

 


Cissy  (06.05.2009 à 19:16)

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