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3x02 - Explain me if you can

Série : Gossip Girl (2007)
Création : 28.06.2009 à 19h30
Auteur : lili59 
Statut : Terminée

« Suite du 3x01 - The beach is back ... en espérant vous retrouver aussi enthousiastes après la courte page de pub! ;-) » lili59 

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 « Salut ! Bien entendu tu cherchais à … »

Chuck ferma le clapet de son téléphone et le posa rageusement sur la commode de sa chambre. Relevant la tête, il observa son reflet dans le miroir qui lui faisait face, redécouvrant le teint blafard et les traits tirés qui ne le quittaient plus.

Mais qu’est-ce qu’il pouvait bien faire de plus ? Il l’avait cherchée une nuit entière, il avait été chez elle, il avait sonné. Deux fois ! Et elle n’avait pas répondu, pas même pour lui dire d’aller se faire voir !

Pourtant, aucun doute n’était permis : Blair était bel et bien chez elle. Le portier avait refusé de le laisser passer, expliquant qu’il avait reçu des consignes très strictes : Melle Waldorf ne se sentait pas bien, elle ne désirait être dérangée sous aucun prétexte.

Chuck plissa les yeux, réfléchissant. Non, ce n’était pas tout à fait ça… Que lui avait-il exactement dit déjà ? Elle était … « souffrante ». Oui, c’était bien le mot qu’il avait utilisé.

Les lèvres pincées, Chuck baissa la tête.

S’énerver ne servait à rien… D’ailleurs, à bien y réfléchir, il n’était pas en colère après Blair. Non, c’était à l’idiot qui avait pris ce cliché totalement faussé qu’il en voulait, à Gossip Girl qui avait propagé la rumeur sans aucune preuve, et même à Jenny qui lui avait donné des conseils idiots…

Mais surtout, il s’en voulait à lui. Parce que, après tout, c’était lui qui avait déclenché cette avalanche. Si seulement il avait dit à Blair avant son départ que oui, elle lui manquerait… Si seulement il avait pris la peine de lui téléphoner lorsqu’elle était aux îles Fidji… Si seulement il n’avait pas raccompagné cette masseuse jusqu’à la porte… Oui, tout était de sa faute. Et c’était Blair qui en faisait les frais.

« Souffrante »…

Chuck carra la mâchoire. Bien entendu qu’elle n’avait pas répondu à l’interphone… Si la situation avait été inversée, il aurait agi de la même manière. Parce que, finalement, ils étaient pareils : en cas de conflit, ils montaient au créneau, combattant d’arrache-pied pour la victoire ou pour garder la tête haute en cas de défaite. Mais en cas de véritable crise, tous deux se muraient dans un silence fier, cachant leur faiblesse aux yeux du monde.

Ce qui signifiait que Blair était en crise. En vraie crise.

Il s’empara de son téléphone et, sans réfléchir, appuya sur la touche « 1 » du clavier.

Tandis que le numéro était saisi automatiquement, il comprit : depuis le début, il s’apitoyait sur son sort, estimant injuste de devoir ramper alors là même qu’il n’avait rien à se reprocher… Mais Jenny avait raison : le plus injuste dans cette histoire, ce n’était pas qu’il doive faire le premier pas alors qu’il était innocent. Non, le plus injuste c’était que Blair souffre sans aucune raison.

Tout à ses pensées, il n’entendit pas le message vocal résonner. Comment avait-il pu se laisser aller à redevenir le Chuck Bass des années sombres ? Il l’avait pourtant bel et bien cru mort, cet ado capricieux et égoïste… Il pensait avoir définitivement tiré un trait dessus des semaines plus tôt, le jour où, accoudé au comptoir du Russian Tea Room, il avait décidé que désormais Blair passerait avant tout le reste. Il s’était employé à tenir cette promesse, lui brisant le cœur pour son bien, lui offrant ensuite le bal de ses rêves… Et enfin, le jour où il avait été certain que plus jamais il ne lui ferait de mal, il lui avait offert les trois mots qu’elle attendait depuis si longtemps…

Il ne voulait pas revenir en arrière. Et d’ailleurs, même s’il l’avait voulu, il ne l’aurait pas pu. Blair était au plus mal, et cette simple pensée lui retournait l’estomac.  

Un « bip » sonore le sortit de sa léthargie.

- Blair…

Sa gorge était tellement serrée que ce simple mot l’étrangla. Il toussota légèrement et, carrant la mâchoire, reprit :

- Blair, c’est moi… Tu refuses de me parler, alors peut-être accepteras-tu de m’écouter… Cette rumeur est fausse. Cette fille s’appelle Anita Porry, c’est une masseuse professionnelle. Tu peux vérifier, son numéro est dans l’annuaire…  Je…

Il hésita. Dévoiler ses sentiments sur un répondeur était tout bonnement ridicule, seuls les prolétaires pouvaient s’abaisser à ce genre de démonstration grandiloquente et franchement dégradante…

- Je te jure que je n’ai rien fait… Je…

Des images défilèrent soudain devant ses yeux : Blair lui lançant son serre-tête depuis la piste de danse… Blair glissant doucement vers lui sur le siège-arrière de la limousine… Blair lui tendant la main sur le toit du Victrola

- Blair… Ce que je t’ai dit il y a quinze jours… Ca n’a pas changé. Rappelle-moi... S’il te plaît.


lili59  (30.08.2009 à 15:51)

Affublée d’un large chapeau en paille, Dorota sirotait tranquillement une Margarita sur la terrasse lorsque la porte d’entrée claqua violemment.

- … puis pour qui se prend-t-il ? criait une voix féminine qu’elle reconnut comme appartenant à Serena.

La petite femme replète se leva aussitôt. Enfilant son peignoir à la va-vite, elle entra à pas de loup dans le salon de la villa où Serena faisait les cent pas.

- C’est le monde à l’envers ! Non seulement il disparait pendant quatre ans, me donnant toutes les raisons du monde de le détester, mais en plus, quand il réapparait, il arrive à retourner la situation et à ME faire passer pour la méchante !

Dorota hésita : quelle ligne de conduite devait-elle adopter ? Après tout, elle n’était pas directement concernée par les problèmes de Miss Serena… Mais la jeune femme semblait à bout de nerfs, peut-être pourrait-elle lui venir en aide ?

- Serena, tu devrais te calmer…

A quelques mètres de la tornade blonde, Mister Carter semblait bouleversé. Il poursuivit :

- Tu sais, la situation doit être difficile à gérer pour ton père aussi, tu ne peux pas lui en vouloir de faire quelques gaffes… Il ne te connaît pas très bien, il n’a pas dû réaliser combien il te blesserait en disant cela…
- Et si encore il avait été le seul ! cria Miss Serena.

Dorota fit un pas en arrière. Non, décidemment, mieux valait ne pas intervenir… Si Mister Carter lui-même ne parvenait à rien, que pourrait faire une humble gouvernante face à cette déferlante de colère ?

- Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda le jeune homme.
- Que mon père ne me connaisse pas, c’est une chose ! répliqua Miss Serena. Mais toi, toi qui est soi-disant sous mon charme depuis tant d’années, comment as-tu pu te comporter ainsi si tu me connais si bien ?
- Quoi ?

Mister Carter semblait sonné.

- De quel droit t’es-tu permis de dire à mon père que je voulais devenir architecte ? Il venait tout juste de dire qu’il me faisait surveiller par le gouvernement depuis des années, et toi tout ce que tu trouves à faire c’est de lui donner une des rares informations qui m’étaient encore privées ! Pourquoi ne pas lui avoir révélé ma position sexuelle préférée tant que tu y étais ?

Les lèvres de Dorota s’arrondirent jusqu’à former un petit O choqué.

- Serena…
- Non, pas d’excuse ! J’en ai assez, tu comprends ? A chaque fois que je m’attache à un homme, il finit par me décevoir… Que ce soit Dan, mon père et maintenant toi ! Je commence à penser…

Elle s’interrompit. Dorota eut un petit sourire : Miss Serena avait réalisé qu’elle allait franchir le point de non-retour, et elle avait su s’arrêter à temps. Tout allait s’arranger désormais…

- Qu’est-ce que tu commences à penser ?

Le regard de la gouvernante dévia vers Mister Carter. Elle écarquilla les yeux : toute trace de douceur avait disparu du visage masculin. Il était désormais déformé par la colère. Quoique, en avisant mieux, Dorota y discernait également autre chose… Mais quoi exactement ?

- Alors Serena, que penses-tu ? Aurais-tu peur de dévoiler ta pensée ? Ca ne te ressemble pas pourtant…

Le visage de Miss Serena se durcit sous le coup de la provocation. Dorota fit la grimace : aïe…

- Je commence à penser que je serais mieux toute seule !

Dorota tourna la tête vers Mister Carter. Celui-ci gardait une immobilité inquiétante.

- Si c’est ce que tu veux… murmura-t-il enfin.
- C’est ce que je veux, répliqua Serena fermement. Je monte faire mes bagages, je prends le prochain avion. Il n’y a plus rien qui me retienne ici !

La jeune femme fit volte-face et Dorota l’entendit monter les escaliers à petits pas pressés. Reportant son attention sur Mister Carter, elle le vit serrer les poings.

Contre toute attente, celui-ci traversa soudainement la pièce et abattit son poing contre le mur. Dorota eut un petit sursaut mais, mue par une intuition, ne bougea pas.

Mister Carter tourna la tête et ses yeux croisèrent ceux de la gouvernante. Celle-ci plongea dans le regard du jeune homme, cherchant à y déceler le sentiment qu’elle avait cru y voir quelques instants plus tôt. Ils restèrent ainsi à se toiser quelques instants.

Enfin, le jeune homme secoua la tête et lui tourna le dos. Il traversa le salon et sortit, non sans claquer la porte d’entrée derrière lui.

Dorota eut un petit sourire en coin : cette fois, elle avait compris. Aucun doute n’était permis…


lili59  (31.08.2009 à 12:55)

La radio diffusait la dernière chanson à la mode lorsque Dan aperçut une tignasse brune familière s’approcher de la Bedford Avenue Gallery. Il plissa les yeux. Non, aucun doute n’était permis : c’était bien Scott qui pénétrait dans l’enceinte du bâtiment. Sans tourner la tête, il secoua Nate par l’épaule.

- Hum ? grommela ce dernier, émergeant péniblement de ses pensées.

- Tu as vu ?

- Vu quoi ? s’enquit le jeune millionnaire, tournant la tête vers l’extérieur.

Dan ne résista pas à la tentation de le taquiner :

- Ah ben bravo le détective ! Heureusement que je suis là ! Tu dormais ou quoi ?

- Non, je … réfléchissais.

- Sans blague ! se moqua Dan.

Depuis que le sujet « Jenny » avait été mis sur le tapis, la planque s’était déroulée dans un silence respectueux, pour ne pas dire monacal. Ce qui n’était pas rien étant donné que trois heures s’étaient écoulées depuis… Néanmoins, l’heure n’était pas à la dispersion : Dan préféra recadrer son camarade plutôt qu’entretenir ses pensées silencieuses.

- Scott vient d’entrer dans la galerie… expliqua-t-il.

- Oh !

Le jeune homme se redressa sur son siège, soudain vif et alerte.

- Ca fait longtemps ? demanda-t-il.

- Une minute je dirais… Et à mon avis il ne va pas tarder à en ressortir car mon père va fermer d’une seconde à l’autre…

- Déjà ? s’étonna Nate.

- Ben il est dix-huit heures tu sais, il a bien le droit à un peu de repos lui aussi…

- Il est déjà dix-huit heures ?

Nate avait l’air totalement ahuri. Dan sourit :

- Le temps a tendance à passer vite lorsqu’on pense à une jolie fille… se moqua-t-il.

Nate se renfrogna aussitôt et Dan dut se retenir pour ne pas éclater de rire. De toute façon, l’effort ne fut pas long puisque, au même moment, Scott franchit la porte de la galerie.

- Le voilà… murmura-t-il.

- Qu’est-ce qu’on fait ? demanda Nate. On sort ?

- Je ne sais pas… reconnut Dan.

- Si on reste là et qu’il prend le métro, on est mal… prévint Nate.

- Je sais, déclara Dan. D’un autre côté, je pensais que tu avais un plan d’attaque, Colombo !

De l’autre côté de la rue, Scott traversait le trottoir. Nate et Dan retinrent leur souffle jusqu’au moment où ils virent le jeune homme brun lever la main. Un taxi s’arrêta à quelques mètres et il grimpa à l’intérieur.

- Ouf… souffla Nate.

- Oui, bon maintenant y’a plus qu’à le suivre ! énonça Dan, soudain enthousiaste, tout en mettant le moteur en marche.

La voiture s’inséra sans encombre dans le trafic. La circulation était dense à cette heure de la journée et les deux jeunes gens n’eurent aucun mal à suivre le véhicule jaune qui remontait désormais Atlantic Avenue.

- Tu devrais pas laisser autant de voitures entre nous... conseilla Nate.

- Si je m’approche, il risque de nous voir !

- Oui mais…

Au moment où Nate reprit la parole, le feu tricolore passa au rouge.

- … si on se fait coincer par un feu et que…

Les voitures qui patientaient dans la rue perpendiculaire s’engagèrent dans Atlantic Avenue. On comptait parmi elles une dizaine de taxis.

- … d’autres taxis se mettent entre nous, on ne saura plus lequel suivre !

Dan étouffa un juron. Le feu repassa au vert et il appuya brusquement sur l’accélérateur.

- Sors tes lunettes de soleil ! ordonna-t-il.

- Pour quoi faire ? demanda Nate.

- Pour les mettre, idiot ! Je vais me mettre sur la file de gauche. Toi, tu regardes qui se trouve dans les taxis sur la voie de droite… Dès que tu le vois, tu me le dis et je me mets derrière lui. Note le numéro de la plaque aussi, au cas où on le perde à nouveau !

- Et si son taxi est sur la voie de gauche ?

Si la scène avait été représentée sous forme de BD, Dan aurait été représenté avec une immense bulle remplie de hiéroglyphes très explicites sortant de sa bouche.

- Alors ? demanda-t-il lorsqu’ils eurent remontés la file autant que possible.

- Je l’ai pas vu. Il doit être à gauche. Attends !

Nate plissa les yeux.

- Tu vois le taxi devant la Chevrolet grise là-bas ?

- Ouais…

- J’ai l’impression que Scott est à l’intérieur.

- Tu crois ou tu es sûr ?

- Hé j’ai des lunettes de soleil, pas à rayons X !

Dan poussa un soupir. De toute façon, ils n’avaient pas de meilleure piste… Il se réinséra rapidement sur la voie de droite lorsqu’il vit le taxi tourner vers l’Est et le suivit. La rue n’était plus qu’à une voie, et la Chevrolet les empêchait toujours d’approcher de plus près.

- Je ne pense pas qu’on suive le bon… soupira Nate après une dizaine de minutes.

- Pourquoi ?

- De un, on s’approche de JFK. Il est donc probable que ce soit quelqu’un qui se rende à l’aéroport… De deux, pourquoi Scott viendrait-il chaque jour dans une galerie de Brooklyn s’il vivait à plusieurs dizaines de pâtés de maisons de là ?

- Parce qu’il y chercherait quelque chose … ou quelqu’un.

Nate tourna la tête vers Dan et fronça les sourcils.

- Ca sentirait mauvais tout ça.

- A qui le dis-tu…

Le jeune homme appuya tout à coup sur la pédale de frein. Nate tourna la tête juste à temps pour voir le taxi qui s’était immobilisé au milieu de la voie. Le conducteur de la Chevrolet appuya sur le klaxon pour montrer son mécontentement, tandis qu’un jeune homme brun sortait du véhicule jaune.

Dan et Nate tournèrent la tête l’un vers l’autre au même instant. Sans un mot, Nate enfila l’imperméable et le chapeau qui traînaient sur la banquette arrière et les enfila à la hâte. Il sortit de la voiture au moment où le véhicule derrière eux commençait lui aussi à jouer du klaxon.

Dan se remit en route, le cœur battant la chamade. Il fallait qu’il trouve une place pour se stationner, et vite. Non pas qu’il n’eût pas confiance en Nate, mais il n’était pas un pro de la filature… Et si Scott le surprenait et le reconnaissait, il y avait toutes les chances qu’il disparaisse à tout jamais.

Chance ou hasard ? Quelques mètres plus loin, une voiture sortait de son emplacement de parking. Dan s’y rangea rapidement et sortit de la voiture, remontant la rue jusqu’à l’endroit où il avait déposé Nate. Lorsqu’il y parvint, il réalisa aussitôt le problème qui se posait à lui : il se trouvait en face de plusieurs barres d’immeubles décrépis. Le quartier, sans être malfamé, était bien loin du monde de l’Upper East Side !

Il se tâtait toujours sur la direction à prendre lorsqu’il vit Nate descendre une allée. S’il n’avait pas été aussi tendu, il aurait remarqué que l’accoutrement de son ami le rendait plus visible qu’aucune autre tenue excentrique. Il se précipita à sa rencontre.

- Alors ? demanda-t-il.

- Il est entré dans un immeuble, je n’ai pas pu le suivre…

Dan se passa une main sur le front. Alors tout ça n’avait servi à rien ?

- Mais… poursuivit Nate.

- Mais quoi ? demanda Dan, soudain plein d’espoir.

- Il n’y avait qu’un seul « Scott » dans la liste de l’interphone.

Dan avait la gorge tellement nouée qu’il dut se résoudre à attendre la suite en silence. Après une attente qui lui parut interminable, Nate reprit :

- Ton admirateur secret s’appelle Scott Rosson.


lili59  (01.09.2009 à 08:34)

Le jour de ses douze ans, son père lui offert sa première robe de soirée. Une véritable tenue de princesse telle que la rêvent les adolescentes : longue, satinée, sertie de-ci de-là de paillettes argentées … et griffée Dior, s’il vous plaît.

Six ans plus tard, cette création pendait toujours dans son armoire, et il lui arrivait de l’en sortir de temps à autres… Mais jamais de la porter. A vrai dire, l’étiquette d’achat pendait toujours lamentablement au milieu du décolleté.

Ce soir, par exemple, la robe reposait près d’elle sur son lit, et Blair caressait l’étoffe comme elle aurait caressé son amant endormi. Cette robe… C’était par elle que tout avait commencé.

 

*

 

Le jour de ses douze ans donc, elle avait déballé le paquet cadeau et poussé un grand cri de joie. Elle s’était précipité sur son père, l’enlaçant avec fougue, et avait déposé un baiser sur sa joue sans se soucier du regard de ses camarades de classe invités à sa traditionnelle soirée d’anniversaire. Saisissant la main de Serena, elle l’avait menée en trombe jusqu’à sa chambre pour qu’elle l’aide à se vêtir. Enfin parée, elle s’était regardée dans la psyché et s’était applaudie, ravie… Oui, elle était une vraie princesse ! Serena s’était jetée dans ses bras, participant à la fête… C’était la Serena d’avant, l’adolescente forte, celle qui n’avait pas encore été abandonnée par son père…

Main dans la main, elles avaient regagné le rez-de-chaussée où une véritable haie d’honneur s’était formée à leur arrivée. Blair avait lâché la main de son amie, avançant seule au milieu de la foule, rosissant de plaisir sous les compliments, décochant un clin d’œil à Nate qui la regardait bouche bée, passant sans un regard pour Chuck dont les yeux s’étaient faits encore plus lubriques que d’accoutumée…

Enfin, elle était arrivée au fond de la pièce. Virevoltant sur elle-même, elle avait laissé l’air gonfler ses cheveux détachés. Son père s’était approché et l’avait embrassée sur le front. Elle avait tourné la tête vers sa mère, prête à recevoir un autre baiser… Et son sourire s’était figé.

Sa mère s’était approché, lentement, et avait commencé à tourner autour d’elle.

- Hum… Si tu veux porter une robe pareille ma fille, il va falloir que tu aies le fessier qui le permet.

Les mots avaient claqué dans l’air, pareils aux lanières d’un fouet. Quelques gloussements s’étaient fait entendre. Atterrée, Blair était restée tétanisée.

- Et puis sincèrement, Harold, n’as-tu pas remarqué que ta fille n’avait pas encore les formes requises pour un tel décolleté ?

Cette fois-ci, la salle était partie en un franc éclat de rire. Blair avait senti ses yeux s’humidifier. Ravalant ses larmes, elle avait fait volte-face et affronté le regard de ses « amis ». La salle s’était tue aussitôt. D’un pas lent, elle avait traversé le salon tête haute et regagné sa chambre sans un mot.

Ce jour-là, Blair avait définitivement quitté le monde de l’enfance. Elle avait renoncé  à ses rêves de petite fille pour mieux ouvrir les yeux sur la cruauté des êtres qui l’entouraient. Une cruauté qu’elle s’était promis ce soir-là de leur rendre, leur faisant payer au centuple le plus infime gloussement qu’elle avait perçu… Ils l’avaient reniée comme princesse ? Peu importait, elle deviendrait leur reine. Elle en aurait le pouvoir. Et elle en aurait la beauté.

Et elle avait réussi, elle était devenue « Queen B ». Comme la marquise de Merteuil, elle avait usé de jeux et de manigances pour parvenir au sommet. Et tous, ils avaient dû s’incliner devant son règne, devant sa réussite, devant la beauté qu’elle recouvrait après chaque repas.

Car c’était à cette époque qu’elle avait commencé à se faire vomir. Le premier soir, celui de la fête, cela n’avait pas été intentionnel. Lorsqu’elle était remontée dans sa chambre, elle avait été prise de nausées. A cause de la tension ? De son mal-être ? Dans tous les cas, le résultat était là.

Lorsqu’elle s’était recouchée, elle s’était sentie mieux. Plus légère. Plus jolie aussi. Alors, le lendemain, lorsqu’elle était rentrée de l’école où elle avait dû supporter les sourires en coin de ses camarades, elle avait recommencé. Et le surlendemain aussi…

Ca avait duré trois ans. Oh, pas de manière continue ! Il arrivait parfois que pendant quelques jours, voire quelques semaines, une accalmie survienne. En général, lorsque la vie lui réservait un cadeau inattendu et qu’elle se laissait gagner par un étonnant sentiment de sérénité. Parfois, parce que la culpabilité qu’elle ressentait était si forte qu’elle devenait encore plus difficile à gérer que l’absorption de nourriture…

Car avec le temps, le plaisir s’était évanoui. Au collège, une association d’anciens mannequins avait fait une intervention, mettant des mots sur la pratique qui était devenue son lot quotidien. Une pratique qu’ils avaient qualifiée de « maladie », de « décrépitude ». Des mots viennent les maux, c’est bien connu… Ce jour-là, Blair avait compris qu’elle devait arrêter. Mais il était trop tard : la simple pensée de la nourriture qui pourrissait en elle, de la putréfaction des vivres qui allait grossir sa propre chair, la rendait malade. C’était insupportable de se sentir ainsi souillée de l’intérieur. Insupportable de sentir le regard des autres qui voyait forcément la propre décomposition de son corps… Elle aspirait à la pureté, et se retrouvait piégée dans l’enfer de la saleté.

Mais son problème n’avait pas d’issue : parce que, lorsqu’elle laissait ses doigts glisser au fond de sa gorge, lorsqu’elle laissait le mal sortir de son estomac, elle se sentait sale également. Elle était « malade », elle le savait… Et elle ne pouvait pas s’en empêcher. Qu’aurait dit son père s’il avait appris que sa fille était folle ? Qu’aurait dit sa mère si elle avait appris que sa taille de guêpe n’était que mirage ?

Et l’enfer avait continué, jour après jour…

Jusqu’au 25 Décembre 2005. Ce jour-là, les Waldorf avaient été invités à passer le réveillon de Noël chez les Van Woodsen et, bien entendu, le dîner avait été lourd et copieux. Blair s’était tout bonnement goinfrée, à son habitude, et Lily s’était extasiée devant sa capacité à garder la ligne avec un tel appétit. Quelques minutes plus tard, Blair filait en douce dans la salle de bain privée de Serena pour expier le mal. Tout se serait bien déroulé si, en sortant, elle n’était pas tombée sur sa meilleure amie.

Blair avait aussitôt compris : c’était fini.

Elle n’avait pas tenté de lui mentir. De toute façon, Serena la connaissait trop bien pour se laisser duper. Elles avaient parlé, parlé, parlé… Pendant des jours et des jours, Serena lui avait répété qu’elle avait besoin d’aide, qu’elle devait se faire soigner avant qu’il ne soit trop tard. En vain.

Et puis une après-midi, à la sortie des cours, Serena l’avait invitée chez elle. Toute la journée la jeune fille avait été surexcitée, et Blair sentait l’échauffourée à plein nez. C’était donc de mauvaise grâce qu’elle l’avait suivie dans sa chambre. Juste avant d’y entrer, Serena avait mis ses mains sur ses yeux, puis l’avait guidée à l’intérieur. Lorsqu’elle avait enfin eu l’autorisation de regarder, elle avait cru vomir. Rien à voir avec la boulimie. La faute au spectacle, tout bonnement écœurant…

La totalité du mur au-dessus du lit de Serena était recouvert de clichés plus scabreux les uns que les autres… Sans prendre garde à l’attitude révulsée de Blair, Serena s’était approchée de la cloison et, avec une règle, avait commencé à expliquer : sur la première rangée de photos, au sommet, on pouvait voir une trentaine de jeunes filles rachitiques à cause des années de boulimie qu’elles avaient fait subir à leurs corps… Sur la deuxième rangée se trouvaient des gros plans de leurs mains, de leurs chevilles et de leurs visages. Tous ces membres étaient déformés, gonflés par la rétention d’eau… La dernière rangée enfin alternait les clichés d’œsophages altérés et de dents abîmées par la remontée des sucs gastriques.

L’ensemble était saisissant.

L’œil de Blair avait alors été attiré par une unique photo, qui trônait au-dessus du lit de Serena. Le cliché représentait une jolie jeune fille blonde et souriante. Serena lui avait alors expliqué que cette jeune fille s’appelait Elisa McCall, qu’elle vivait au Texas, et que c’était ce à quoi elle ressemblait avant de devenir boulimique. Elle avait gardé le silence quelques instants avant d’ajouter qu’Elisa était morte à cause de la boulimie en 1996, comme des milliers d’autres malades qui n’étaient pas parvenus à guérir à temps.

Ce soir-là, Blair avait été parler à son père. Le lendemain, ses parents l’envoyaient dans une clinique privée où elle était restée deux mois, le temps d’un réapprentissage nutritionnel et d’un début de thérapie.

 

*

 

Tout cela semblait si loin… Et pourtant la robe était toujours aussi douce au toucher…

Aujourd’hui, Serena n’était plus là. Ses parents non plus. Non, seuls une robe démodée et quelques vieux souvenirs peuplaient l’appartement sombre où son téléphone portable gisait sur la table de chevet…

Lorsque Blair l’avait rallumé à la tombée de la nuit, il s’était mis à vibrer. Elle n’avait pu réprimer un frisson, redoutant une nouvelle attaque de Gossip Girl à l’heure où elle n’était toujours pas en mesure de riposter. Soulagée, elle s’était aperçu que le message était vocal : pas de risque que ce soit La-vipère-anonyme ! Elle avait donc commencé à l'écouter, espérant entendre la voix de son père. Ou celle de Serena. Oui, la voix chantante de Serena aurait été d’un incroyable réconfort ce soir-là.

Blair…

Cette voix rocailleuse…

Sans réfléchir, elle avait supprimé le message et raccroché.

Son cœur battait la chamade, la paume de ses mains était moite.

Jamais elle n’aurait imaginé … ça. Chuck faisant un autre pas vers elle ? Pourquoi ? Et pourquoi si vite ?

Elle avait lutté contre le tourbillon qui avait une fois encore voulu l’engloutir. Pas maintenant… Son estomac était vide, et elle était épuisée.

Elle avait ressenti le besoin pressant que quelqu’un la prenne dans ses bras et la cajole. Alors elle s’était levée et avait sorti la robe de soirée qu’elle avait étendue sur le lit.

Enfin, elle s’était pelotonnée en chien de fusil contre la robe endormie.


lili59  (02.09.2009 à 10:09)

- Lily ? cria Jenny depuis sa chambre. C’est toi ?

Refermant la porte d’entrée du loft derrière elle, Lily répondit sur le même ton :

- Oui c’est bien moi chérie !

- Tu es prête ? hurla Jenny, toujours invisible.

Lily se débarrassa de ses paquets sur le comptoir de la cuisine et répondit :

- Et même impatiente !

Des bruits de pas précipités résonnèrent dans le couloir. Jenny, vêtue d’une courte robe en mousseline framboise rehaussée par un ceinturon noir, apparut dans l’embrasure de la porte. Incapable de se contenir, elle sautillait sur place.

- Alors ?

Lily ouvrit grand la bouche et posa théâtralement la main sur son cœur.

- Oh Jenny ! C’est tout simplement … parfait !

- C’est vrai, ça te plaît ? demanda l’adolescente, les yeux brillant de contentement.

Lily referma la bouche et un doux sourire vint éclairer son visage.

- Serena et toi serez les plus jolies demoiselles d’honneur qu’on n’ait jamais vues…

Jenny, rayonnante, se précipita dans les bras de Lily qui l’accueillit avec plaisir. La future mariée lui tapota gentiment le dos un instant puis recula d’un pas, expliquant :

- Il ne faudrait pas froisser cette splendide création !

Jenny, toujours tout sourire, acquiesça d’un signe de tête.

- Oh ! s’exclama-t-elle soudain. Et je suis en train de travailler sur le costume des garçons… Je pense que les teintes chocolat devraient s’accorder à merveille avec la couleur de nos robes ! OK, Chuck risque de ne pas être content, mais bon… On n’est pas à un enterr…

Elle laissa sa phrase en suspend. Le visage de Lily s’était décomposé et Jenny en devinait aisément la raison. Elle-même sentit toute forme de bonne humeur la quitter, et elle poussa un soupir. Les deux jeunes femmes se regardèrent un instant en silence, partageant sans un mot leur inquiétude.

- Ca s’est encore dégradé ? demanda finalement Jenny, invitant d’un geste sa future belle-mère à s’asseoir sur le canapé.

- Oui… souffla Lily. Ce matin, il n’a pas prononcé le moindre mot durant tout le petit-déjeuner… Et pourtant ce n’est pas faute d’avoir essayé.

Lily secoua la tête, navrée.

Tandis qu’elles s’asseyaient sur le canapé, Jenny fronça les sourcils : si sa relation avec Chuck était compliquée, elle faisait pâle figure face à celle qu’il entretenait avec Lily. Même s’il ne l’avait pas clairement dit au London Bar quelques jours plus tôt, elle avait bien compris que, s’il avait décidé de faire l’effort de dépasser sa tristesse, c’était pour sa « mère adoptive ».  Des mots qui, pensait-elle, étaient en train de prendre tout leur sens depuis la mort de Mr Bass.

- Je vais essayer de t’aider, décida-t-elle tout à coup.

Lily  fronça les sourcils, visiblement abasourdie.

- Vraiment ? Et pourquoi ferais-tu une chose pareille ?

Jenny prit une bruyante inspiration et hocha la tête de droite à gauche pour se donner une contenance.

- Parce que je suis un ange ? Parce que je n’aime pas te voir broyer du noir ? Parce que je n’ai pas envie que Chuck gâche votre mariage en tirant la tronche sur les photos ?

Jetant un coup d’œil à Lily, elle comprit que sa parade n’avait servi à rien. Elle relâcha les épaules et, posément, reconnut :

- Et, accessoirement, parce que ça me fait de la peine de le savoir comme ça…

Lily se laissa aller à un petit rire sonore.

- Eh bien eh bien… déclara-t-elle. Quel retournement de situation en une semaine !

Jenny fit la grimace et orienta son regard sur un vase bariolé pour éviter de croiser celui de Lily.

- Oui enfin bon… bougonna-t-elle. Ce n’est pas non plus comme s’il était mon BFF ! Mais… Enfin, disons que j’ai appris à mieux le connaître cette semaine...

Elle tourna la tête vers Lily et ajouta avec une once de colère :

- Et puis je trouve ça dégueulasse ce qu’il lui arrive sachant qu’il n’a rien fait !

- Comment ça, « sachant qu’il n’a rien fait » ? Il t’a parlé ?

Jenny éclata de rire.

- Me parler ? A moi ? Tu rêves !

Remarquant les traits tirés de Lily, elle s’en voulut aussitôt : non, vraiment, Chuck devait être dans un sale état pour que Lily s’inquiète autant, mieux valait ne pas plaisanter à ce sujet… Et à vrai dire, sans même l’avoir vu, elle-même commençait à se tourmenter : lorsque Blair était partie, Chuck avait semblé si mal qu’elle l’avait imaginé touchant le fond… Alors, si Lily était encore plus inquiète que la semaine précédente, c’était que l’état de Chuck avait encore empiré ... si c'était possible.

Soudain, elle eut une illumination : la veille, Chuck avait semblé réagir par la colère, pas par le mal-être… Quelque chose avait dû se passer, quelque chose qui…

- Oh oh… murmura-t-elle.

Lily leva la tête en sa direction.

- Que se passe-t-il ?

Jenny la regarda, le visage défait.

- Je crois que c’est à cause de moi ce qui arrive à Chuck… Je lui ai conseillé de… Enfin, c’est compliqué et je ne pense pas qu’il aimerait que je t’expose la situation en détails, mais en gros je lui ai conseillé de faire un truc qu’il n’a pas l’habitude de faire.

- Et cette chose, c’est… ?

Jenny grimaça :

- Dévoiler ses sentiments ?

- Ah…

Lily passa sa langue sur sa lèvre supérieure, et cette simple mimique suffit à Jenny pour comprendre qu’elle avait cerné le cœur du problème. Comme preuve, cette dernière continua :

- Et visiblement, Charles n’a pas dû recevoir la réponse qu’il espérait…

Après un instant de silence, Jenny se leva à brûle-pourpoint.

- Tout ça c’est de ma faute ! Il faut que je fasse quelque chose !

- Et comment comptes-tu t’y prendre ? demanda Lily avec un soupçon de taquinerie dans la voix.

Jenny posa les mains sur les hanches et arqua un sourcil.

- En rusant bien sûr ! s’exclama-t-elle. « Little J » n’est-elle pas devenue « Queen J » ?


lili59  (03.09.2009 à 11:00)

Les hommes sont de bien étranges créatures… Pourquoi Lonely Boy, plus si lonely que ça, joue-t-il un jour à cache-cache dans les rues de Brooklyn pour se montrer à découvert dans le lieu de toutes les perditions le lendemain ? Le parvenu aurait-il enfin compris que, dans le monde de l’Upper East Side, le vice est toujours mieux côté que la vertu ?


lili59  (04.09.2009 à 12:26)

La musique était tout bonnement assourdissante.

Dan et Nate restèrent un instant sur le seuil de la porte, déconcertés par la cacophonie et l’obscurité environnantes.

Peu à peu, leurs pupilles se dilatèrent et ils parvinrent à distinguer certains contours : à droite, la gracieuse silhouette d’un bar en chêne disparaissait dans les ténèbres, tandis qu’en face de petites tables rondes recouvertes de chaises semblaient abandonnées. Au fond de la salle, quelques projecteurs rouges créaient un jeu d’ombres et de lumières sur la piste de danse déserte.

Dan réprima un frisson. Si la pièce était vide de toute présence humaine, la musique donnait au lieu une étrange impression de vie fantomatique. Il pouvait presque entendre le barman agiter son shaker et les clients pousser de joyeux vivats devant l’effeuillage des danseuses…

Il jeta un coup d’œil à Nate. Loin de sembler perturbé, celui-ci balayait le reste de la salle du regard. Ses yeux s’arrêtèrent enfin sur un point précis et il se mit en route d’un pas décidé. Dan lui emboîta le pas, comprenant peu à peu ce qui avait retenu l’attention de son ami : juste devant la scène, un minuscule point rouge bougeait en cadence avec la musique.

- Déjà nostalgique des années lycée ? railla Nate en s’arrêtant devant un immense canapé en cuir orangé.

Dan arriva à son niveau et découvrit à son tour l’origine du mystérieux point rouge : rigide à son habitude, Chuck Bass tenait un joint dans une main et un verre de whisky dans l’autre. Le propriétaire du Victrola se contenta de leur adresser un demi-sourire moqueur avant de reporter son attention sur la piste vide.

A cet instant la chanson se termina et, à la grande surprise de Dan, la même mélodie résonna à nouveau dans la pièce. Il tourna la tête vers Nate. Cette fois, celui-ci aussi semblait surpris.

- Tu es au courant que si tu veux une copie conforme de ta vie de lycéen, il va falloir que tu t’entoures de quelques nanas ? Et puis d’abord, depuis quand tu écoutes une chanson en boucle ?

Chuck ne prit pas la peine de tourner la tête en leur direction pour leur répondre :

- Depuis qu’il n’y en a plus qu’une seule qui m’intéresse…

- Tu réponds à quelle question là ? s’enquit Nate.

Cette fois, Chuck tourna la tête et sembla prendre pleinement conscience de leur présence. Son air confus laissa place à un sourire amer.

- A un peu des deux je suppose…

Il tira une bouffée de sa cigarette illégale et les invita d’un geste à prendre place sur le canapé. Tandis que les deux jeunes gens s’exécutaient en silence, il retourna à sa contemplation de la scène vide.

- Qu’est-ce qui t’arrive Chuck ? demanda le jeune Archibald, l’air préoccupé.

- Je me détends… susurra son meilleur ami sans le regarder. Cela te dérange ?

- Ca dépend… Si c’est purement hédoniste, non. Si c’est un moyen pour noyer ton chagrin, oui.

Devant l’inertie de Chuck, il poursuivit :

- Je n’ai pas envie de te ramasser une fois de plus à la petite cuillère…

Le jeune Bass tourna lentement la tête vers eux. Son visage, éclairé par un des spots de la scène, apparut alors clairement à Dan. Il eut un mouvement de recul : les traits de Chuck étaient tirés et son faciès exprimait une immense lassitude que seul venait contredire un sourire cynique. Nate, de son côté, serra les dents.

- C’est amusant, je ne crois pas que tu sois venu me sauver, Nate… Je pense plutôt que tu as besoin de mes conseils par rapport à la petite enquête privée que tu es en train de mener…

Les deux amis se toisèrent un instant. Voyant que Nate n’était pas prêt à lui répondre, Chuck pivota légèrement la tête dans la direction de Dan. Celui-ci hésita : s’il parlait, il trahissait Nate dans sa volonté de savoir ce qui arrivait à Chuck. Mais d’un autre côté, il était clair qu’il n’y avait aucune chance pour que Bass cède. En répondant, c’était Dan qui endosserait la responsabilité de la défaite dans ce combat silencieux, et l’honneur de Nate en ressortirait sain et sauf.

- On a suivi tes conseils, on l’a filé.

Du coin de l’œil, Dan vit Nate s’enfoncer dans le fauteuil et croiser les bras. Sans y prêter attention, il poursuivit :

- On a fini par découvrir qu’il s’appelait Scott Rosson, alors on a fait des recherches sur Internet. Mais on n’a pas appris grand-chose : jusqu’à l’année dernière, il était étudiant en droit à Boston. En fait, il y avait plus d’articles sur son frère Andrew.

Il remua la tête, gêné, avant d’expliquer :

- Il s’est noyé…

Les yeux de Chuck restèrent vitreux, et Dan se demanda si ce type était capable du plus léger soupçon de compassion. Mal à l’aise, il s’empressa de terminer :

- Bref, on ne sait pas trop comment s’y prendre pour découvrir dans quel but il me traque.

Il se demanda si Chuck l’avait entendu. En effet, celui-ci resta stoïque. Enfin, il tourna la tête vers la piste et un étrange sourire déforma son visage.

- Et si vous le lui demandiez ? finit-il par suggérer.

Dan fronça les sourcils et rétorqua :

- Attends, hier c’est toi qui nous disais de le surveiller, que si jamais on l’interrogeait il se débinerait…

Chuck tourna la tête vers eux. Ses yeux étaient brûlants et sa voix laissa percer un soupçon de colère :

- Je me suis peut-être trompé… Peut-être faut-il parfois savoir laisser une chance aux gens de s’expliquer.

Dan et Chuck se regardèrent encore quelques secondes avant que le riche héritier ne se calle à nouveau dans le canapé. Avalant une nouvelle rasade d’alcool, il conclut :

- Attrape-le. Et donne-lui une chance de s’expliquer.


lili59  (04.09.2009 à 12:31)

Voilà deux jours que nos héros sont de retour dans le nid new-yorkais, et pourtant rien de neuf sur le flan est de Central Park... Peut-être parce que les oiseaux se cachent pour mourir ? Enfin, dans l'Upper East Side, la chute est rarement une lente déchéance : on peut toujours compter sur un coup de main lorsqu'il s'agit de vous précipiter un peu plus vite la tête la première...
Tiens, on sonne chez B ! Serait-ce le bûcheron qui vient couper son arbre ... ou le bourreau sa tête ?


lili59  (30.11.2009 à 18:11)

Blair noua rapidement le cordon de sa robe de chambre en soie ivoire et descendit l’escalier à petites enjambées pressées. Elle était convaincue d’avoir entendu les portes de l’ascenseur se refermer, chose impossible puisqu’elle avait donné des ordres très stricts au portier. Il n’y avait donc qu’une seule explication possible…

- Maman ? Cyrus ? appela-t-elle.

En tendant l’oreille, elle perçut deux voix s’élever depuis le salon. La jeune femme poussa un soupir : sa mère et son beau-père avaient donc décidé de rentrer plus tôt de leur voyage en Europe… Elle ne savait pas très bien si elle devait s’en réjouir ou s’en lamenter. Pour l’instant, seule l’inquiétude la rongeait : arriverait-elle à paraître suffisamment enjouée pour ne pas les inquiéter ? Il était primordial que sa mère ignore tout de la reprise de ses anciennes manies alimentaires, et à ce titre la première impression allait être déterminante, elle le savait. C’est donc en affichant un masque serein et un sourire un brin forcé que Blair pénétra dans le salon.

Son sourire se figea avant de se tordre en une grimace des moins seyantes.

- Vous !

Sur le canapé, une jeune femme rousse et plantureuse tourna la tête vers elle, surprise par son éclat de voix.

- Qu’est-ce que… Qu’est-ce vous faites là ? poursuivit Blair.

Fronçant les sourcils, la brunette sentit soudain son désarroi se muer en rage. Elle se précipita sur la rouquine et, saisissant violemment son poignet, la força à se lever.

- Alors comme ça, ça ne vous suffit pas de me l’avoir volé ? Il faut en plus que vous veniez me narguer, espèce de sale petite catin irlandaise !

- Mais qu’est-ce qui vous prend ?

- Ce qui me prend ? Il me prend que je sais tout ! Je vous ai vue, sur la photo, avec Chuck ! Inutile de nier !

La jeune femme rousse, terrorisée, tourna la tête vers la porte et poursuivit :

- Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

Blair suivit instinctivement son mouvement de tête … et découvrit Jenny Humphrey, tranquillement adossée au chambranle de la porte, un sourire amusé aux lèvres.

- Je n’en ai pas la moindre idée ! déclara-t-elle en haussant les épaules. Peut-être s’agit-il d’un simple malentendu après tout ?

Visiblement, la situation l’amusait beaucoup, et c’est bien cette attitude inattendue qui déstabilisa suffisamment Blair pour qu’elle se tourne à nouveau vers la bimbo sans la gifler.

- Qui êtes-vous ?

- Je m’appelle Anita Poory, expliqua la jeune femme visiblement terrorisée, et j’ai été engagée par Melle Humphrey.

- Engagée ?

Blair tourna la tête vers Jenny, un air de profond dégoût peint sur le visage.

- C’est une plaisanterie ? Tu pensais vraiment que j’aurais envie de coucher avec la call-girl de Chuck ?

Jenny poussa un soupir et leva les yeux au ciel. Sans se démunir de son flegme amusé, elle s’adressa à la jeune femme :

- Pourquoi vous ai-je engagée Anita ?

Ladite Anita jeta un coup d’œil à Blair, dont le visage était déformé par la fureur, et hésita un instant.

- Allez-y, la rassura Jenny, elle ne vous fera rien. Je vous le promets !

- Je… J’ai été engagée par Melle Humphrey pour vous faire un massage. C’est mon métier. Mais je crois que je vais devoir doubler mon tarif, pour la prise de risque…

Bouche bée, Blair la lâcha sans s’en rendre compte. Tandis que la bimbo massait son bras douloureux, Blair se laissa glisser sur le canapé tout proche.

- Anita… reprit Jenny. Je pense que nous nous passerons de vos services finalement. Si vous n’y voyez pas d’inconvénient…

La masseuse semblait si soulagée que le tableau en était presque risible. Sans demander son reste, elle s’empara de son sac à main et fila telle une flèche à travers le salon. Moins d’une minute plus tard, les portes de l’ascenseur se refermaient derrière elle.

- Comment tu te sens ? demanda Jenny en s’approchant délicatement de Blair tel un écuyer s’approchant pour la première fois d’un jeune cheval fou.

La tête entre les mains, Blair retint un ricanement. Que lui dire ? Qu’elle luttait vaillamment contre un tourbillon depuis deux jours et que celui-ci était sur le point de la gober toute crue ?

- J’ai envie de rire et de pleurer en même temps...

Sa réponse devait être acceptable car Jenny sourit. Elle attendit la suite de l’interrogatoire mais, une fois encore, Jenny la surprit en ne disant plus rien.

- Tu penses que je suis ridicule hein ?

- Pas du tout… la rassura l’adolescente. Je pense au contraire que tu as dû être très malheureuse…

- Comme si ! riposta fièrement Blair.

- C’est ce que je pense. Ce que je sais avec certitude en revanche, c’est que Chuck, lui, a été … « détruit ».

Blair releva la tête et se tourna vers Jenny. En voyant l’air sérieux, et même préoccupé, de la future demi-sœur de Chuck, son cœur se serra. Pour la première fois en quarante-huit heures, la vérité s’engouffra en elle : Chuck souffrait. Lui aussi.

Jenny se leva tranquillement et, se saisissant de sa veste en cuir sur l’accoudoir, elle la passa sur son épaule en concluant :

- Je crois que ma mission est terminée. A toi de voir si tu veux prendre la relève…

Elle se dirigea tranquillement vers l’ascenseur, abandonnant Blair à ses pensées. Au moment où elle pénétrait dans la cabine, la voix nasillarde de la propriétaire des lieux lui parvint :

- Au fait, comment tu as fait pour réussir à monter ? Je l’avais interdit !

Un sourire aux lèvres, Jenny se retourna. Juste avant que les portes ne se referment sur elle, elle conclut :

- Ne sous-estime pas mes talents Blair… Après tout, j’ai été à bonne école !


lili59  (30.11.2009 à 18:17)

Cela faisait maintenant dix bonnes minutes que Dan le lorgnait du coin de l’œil, échangeant de mystérieux murmures avec Nate au bar de la Bedford Avenue Gallery.

Derrière son bouquin, Scott faisait mine de ne pas avoir remarqué son petit manège mais, plus les minutes défilaient, plus il était gagné par un mauvais pressentiment : était-il possible que Dan se doute de quelque chose ? Après tout, Rufus avait peut-être joué la comédie ces trois dernières semaines : peut-être savait-il pertinemment que Scott était son fils, mais qu’il avait agi comme si de rien n’était, espérant ainsi décourager les allées et venues de sa progéniture aussi indésirable qu’indésirée ? D’accord, son père biologique lui avait fait bonne impression de prime abord, mais cela ne le disculpait pas néanmoins. Après tout, ce père modèle ne l’avait-il pas lâchement abandonné vingt ans plus tôt ? Non, vraiment, mieux valait se méfier…

Lorsque Dan posa sur le comptoir, pour la troisième fois consécutive, le schéma du meuble en kit que Nate et lui essayaient de monter, Scott sut qu’un événement se préparait. Et, quoique l’envie de prendre ses jambes à son cou fût plus forte que jamais, il resta irrémédiablement vissé à son siège. Il déglutit avec difficulté en voyant Dan s’approcher de lui, Nate sur les talons, et demeura résolument caché derrière son livre.

- Heu… Salut Scott !  l’apostropha Dan avec une de ses mimiques qui indiquaient toujours qu'il était mal à l’aise.

Mauvais signe… Scott eut soudain l’impression qu’une enclume de deux tonnes venait de lui tomber dessus.

- Heu… Salut les gars ! les salua-t-il en retour, de la manière la plus enjouée dont il était capable.

Nate se contenta de porter son index à son front pour le saluer. Visiblement, lui aussi était gêné mais, contrairement à son ami, il paraissait également très excité. Dan se tourna vers lui un instant, semblant chercher un signe de réconfort avant de se jeter à l’eau. Enfin il commença :

- Heu, écoute Scott…

Il s’interrompit, sourcils froncés, cherchant ses mots.

- Je sais que ça peut sembler bizarre mais…

Il s’arrêta, agacé, et leva les mains au ciel. Se tournant vers Nate, il râla :

- Bon sang, mais comment tu veux que je lui dise un truc pareil ?

Scott sentit une goutte de sueur commencer à rouler le long de son front. Il l’essuya rapidement et, lorsque Dan se tourna vers lui, il ouvrait à nouveau de grands yeux innocents.

- Que se passe-t-il Dan ? Un problème ?

- A vrai dire Scott, oui… Je… Bon, écoute, je ne vais pas y aller par quatre chemins. De toute façon, il n’y a pas trente-six manières de te dire ce que j’ai à te dire, donc…

Sentant qu’il s’égarait à nouveau, Dan s’interrompit. Prenant une grande inspiration, il se lança :

- Nate et moi, on t’a vu à Miami, et on a beaucoup de mal à croire qu’il s’agisse d’une coïncidence…

Scott en eut le souffle coupé. Ainsi, ils l’avaient vu… Ce qui expliquait pourquoi ils avaient disparu aussi précipitamment, et sans laisser de trace. Il pensait avoir été prudent pourtant ! A cette pensée, il ricana intérieurement : comme si suivre son demi-frère à travers les Etats-Unis était un acte prudent ! C’était tout bonnement ridicule, et encore aujourd’hui il se demandait ce qui lui avait pris… Cette fascination pour sa famille biologique tournait à l’obsession, il le savait.

- Scott ?

Le jeune homme releva la tête. Tout à ses pensées, il en avait presque oublié l’urgence de la situation. Apparemment, Dan ne connaissait pas la raison de son intérêt. Voulait-il qu’il l’apprenne ? Non. Pas encore. Peut-être même jamais. Dans tous les cas, pas avant de l’avoir rencontrée, elle.  

- Eh bien, à vrai dire, c’est assez embarrassant Dan, et j’ai bien peur que lorsque tu connaitras la vérité, tu ne me prennes pour un fou…

Qu’allait-il dire ? L’idée de se faire passer pour un amoureux transi lui traversa l’esprit un instant, mais il secoua vivement la tête : non, jouer un homosexuel incestueux n’était vraiment pas dans ses cordes. Alors ?

Soudain, il eut une illumination.

- Je m’appelle Scott Rosson, ça ne te dit rien ?

Dan haussa un sourcil pour marquer sa totale ignorance en la matière.

- Il y a quelques mois, je t’ai envoyé une lettre pour te dire combien j’appréciais tes textes. Ca ne te dit vraiment rien ? Je veux dire, malgré tout le respect que j’ai pour ta prose, je ne pense pas que tu croules sous les lettres d’admirateurs, tu dois bien en garder un vague souvenir !

Scott sut aussitôt qu’il avait gagné : un doigt tendu vers lui, Dan était bouche bée.

- La lettre !

Se tournant vers Nate, il ajouta :

- C’est pour ça que son nom me disait quelque chose !

- Tu connais mon nom ?

A la mine gênée que fit Dan, il comprit que son demi-frère avait dû enquêter sur lui. Ainsi, il avait eu vraiment très très chaud… Si Dan avait décidé de poursuivre son enquête plutôt que de venir lui parler, sans doute aurait-il découvert le pot-aux-roses…

- Eh bien disons que… bredouilla Dan.

- C’est bon, t’inquiète ! rigola Scott.

Autant essayer de tourner cela à son avantage…

- Je suis le premier à comprendre comment, par curiosité, une personne tout à fait saine d’esprit peut se retrouver à se renseigner sur quelqu’un à son insu…

Dan comprit aussitôt que Scott parlait aussi bien de son cas que du sien.

- Tu veux dire que tu m’as épié à cause de mes … textes ?

Derrière l’étonnement pointait une inquiétude manifeste. Il fallait le rassurer, et vite.

- Oui mais ne t’inquiète pas, je ne suis pas une sorte de mono-maniaque fou dangereux !

Quoique…

- C’est simplement que… Tu sais, j’écris moi aussi. Mais mes textes, ils n’ont… Disons qu’ils n’ont pas le « petit truc » qui me permettrait d’être publié. Alors que les tiens…

Un peu de flatterie pour commencer devrait mettre Dan dans de bonnes dispositions. Maintenant, la rationalisation…

- Alors je me suis dit que, peut-être, si je prenais exemple sur toi… Je sais, ça a l’air débile, mais pas tant que ça ! Après tout, Platon n’a-t-il pas été formé par Socrate, avant de former à son tour Aristote ? L’histoire de l’art toute entière est ponctuée de maîtres et d’élèves : De Vinci avec Solari, Matisse avec Czobel, Gleyre avec Monet, Renoir ou encore Basille !

Dan haussa un sourcil. Visiblement, son petit discours l’étonnait, dans le bon sens du terme. C’est avec beaucoup de calme qu’il argua :

- Mais il ne me semble pas que Solari, Czobel ou Renoir se sont amusés à épier leur maître ! Pourquoi n’es-tu pas venu me trouver, tout simplement ?

- Eh bien, étant donné que tu n’as même pas pris la peine de répondre à ma lettre, je me suis dit que tu n’avais peut-être pas très envie de m’avoir dans les pattes !

- Mais j’ai répondu à ta lettre !

Cette fois, Scott n’eut pas besoin de feindre l’étonnement.

- Quoi ?

- J’ai répondu à ta lettre! Tu ne l’as pas reçue ?

- Non…

Comment cela était-il possible ? C’est alors qu’il comprit : ses parents adoptifs avaient intercepté le courrier… Heureusement, Dan ne sembla pas remarquer son trouble, ou alors il l’interpréta différemment :

- Alors elle a dû s'égarer, mais en tous cas je te jure que je dis la vérité! Tu pensais vraiment que mon estime de moi était telle que ton courrier m’avait été indifférent ? Je veux dire, je suis encore loin d’être considéré comme le Truman Capote du XXIème siècle, il est donc encore un peu tôt pour snober mes lecteurs !

- Truman Capote ? sourit Scott.

Il se tourna vers Nate avant de continuer :

- Dois-je comprendre que tu es son Jack Dunphy ?

- Oh oh ! rigola Nate. Laissez-moi en dehors de votre petit jeu de références tirées du Trivial Pursuit vous deux ! En tout cas, vous vous êtes bien trouvés : vous êtes taillés dans le même bois !

Scott déglutit avec difficulté, et une grosse boule lui tomba sur l’estomac lorsque Dan lui déclara :

- C’est vrai : mêmes références, mêmes activités, un certain penchant pour les romans d’espionnage… C’est amusant !

Scott lui rendit son sourire avec émotion. Il lui tendit la main et c’est d’une voix un peu étranglée qu’il conclut :

- Sans rancune ?

Dan prit un instant pour réfléchir. Il plongea son regard dans le sien, cherchant à y déceler une mauvaise intention. Enfin, il lui tendit la main à son tour.

- Sans rancune…

Les deux jeunes gens allèrent jusqu’à se donner l’accolade … comme deux frères, songea Scott.

- Bon, les poulettes, c’est pas tout ça mais on a toujours une étagère à monter nous ! les interrompit Nate.

Dan se tourna vers Scott :

- Tu lâches In Cold-Blood pour nous filer un coup de main ?

Scott les suivit en souriant. Il le sentait : il venait de franchir une frontière invisible entre son monde et celui de son frère. Une étape qui le rapprochait peu à peu d’elle


lili59  (04.12.2009 à 12:40)

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