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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 01.01.2010 à 20h50
Auteur : lili59
Statut : Terminée
« Suite du 3x01 - The beach is back et du 3x02 - Explain me if you can » lili59
Cette fanfic compte déjà 56 paragraphes
17h30: l'heure de passer à l'action.
Entrouvrant lentement la porte devant lui, Chuck passa la tête à travers et interpella sa belle :
- Blair?
- J'arrive tout de suite! cria la jeune femme depuis la salle de bain attenante. Mets-toi à l'aise, je suis presque prête!
Les lèvres de Chuck se plissèrent en un sourire: Blair paraissait surexcitée, ce qui était plutôt bon signe. Depuis le moment où il avait fixé au téléphone ce rendez-vous coquin, la journée lui avait paru interminable. Mais, selon toute probabilité, il ne serait pas déçu.
Il était temps! songea-t-il tout en défaisant un peu le nœud de sa cravate. Depuis leurs retrouvailles une semaine plus tôt, Blair avait refusé qu'il la touche. Mais apparemment, le petit jeu de Jenny au Victrola l'avait désinhibée. Tout compte fait, il allait peut-être devoir remercier sa future sœur d'avoir involontairement rendu Blair jalouse. Un comble!
Un sourire réjoui aux lèvres, Chuck décida d'employer les quelques instants qui lui restaient à bon escient: il commença par fermer les rideaux de la chambre avant d'aviser sur la table de nuit une grosse bougie parfumée à la vanille. Dénichant son briquet S.T. Dupont au fond de sa poche, il alluma les trois mèches et aussitôt les délicats effluves aromatisés emplirent la pièce. Dans la bibliothèque, il trouva le dernier élément indispensable à toute ambiance sensuellement parfaite. Il inséra le CD bien connu dans la chaîne hi-fi et les premiers accords de musique classique résonnèrent dans la chambre de Blair.
Il avait essayé de nombreuses musiques lors de ses parties fines, mais rien ne serait jamais comparable au Boléro de Ravel: ses petites touches de musique au départ, comme autant de baisers préliminaires à peine posés sur le grain de la peau, avant cette explosion de puissance et de sensualité... Magnifique. Un morceau qu'il ne mettait que pour les grandes occasions, comme celle-ci.
Il s'allongea sur le lit, et attendit le lever du rideau tout en battant la mesure de sa main droite à la manière d'un chef d'orchestre.
- Tu es prêt? demanda enfin la voix de Blair, plus enjouée que jamais.
- Plus que prêt... sourit Chuck.
- Attends-toi à être surpris!
- Toi aussi... murmura le jeune homme en jetant un regard appréciateur à la pièce.
- Ferme les yeux!
Vraiment, Blair avait envie de jouer... Et ce n'était pas pour lui déplaire! Il ferma docilement les yeux et entendit la porte de la salle de bain tourner doucement sur ses gonds.
- Tu peux ouvrir!
Passant une langue coquine sur ses lèvres, Chuck s'exécuta … et son beau sourire s'évapora.
Sur le seuil de la salle de bain, un bras posé sur le chambranle de la porte de manière provocante -oserait-il dire vulgaire?- lui faisait face Jenny Humphrey. Enfin, pour être tout à fait exact, il aurait plutôt fallu dire Blair Waldorf déguisée en blonde décolorée et emmaillotée de cuir, mais pour faire plus simple: Blair déguisée en Jenny Humphrey.
- C'est mon déguisement pour ce soir... Tu aimes? demanda Blair en haussant un sourcil coquin.
Trop choqué pour répondre, Chuck détailla, bouche ouverte, le costume qu'elle s'était choisie: tout d'abord les cuissardes, du meilleur effet sur les résilles noirs qu'elle portait. Par dessus le mini-short en jean –qui dissimulait tout juste sa petite culotte- Blair avait passé un corset en cuir, réplique exacte de celui que portait Jenny pas plus tard que l'avant-veille. Et, cerise sur le gâteau, le tout était auréolé d'une affreuse perruque blonde décolorée complétée par un camaïeu de maquillage noir sur fond de teint albâtre.
Un massacre.
Visiblement, Blair pensait que son absence de réaction était bon signe. Elle grimpa sur le lit et remonta à quatre pattes le corps de Chuck, qui se releva instinctivement, collant sa nuque contre le dossier du lit.
- Je t'avais dit que tu serais surpris... murmura-t-elle.
Elle fronça les sourcils et tourna la tête vers la chaîne hi-fi.
- Ravel?
Elle reporta son attention sur Chuck.
- Hum... J'adore.
Et, sans plus de discours, elle posa ses lèvres sur celles de son partenaire, laissant les mèches rugueuses de sa perruque balayer les joues de son petit-ami.
La réaction fut immédiate: saisissant les poignets de Blair, Chuck l'éloigna de lui avec violence.
- Serais-tu devenue folle?
Choquée, Blair fit les yeux ronds et mit un instant avant de répondre.
- Mais je croyais que...
- Qu'est-ce que tu croyais? Que j'avais envie de forniquer avec ma demi-sœur? Pour rappel, devant un juge, c'est ce qu'on qualifie d'inceste.
Il se leva, furieux, tandis que Blair dodelinait du chef, perdue.
- Bon sang Blair, vas-tu me dire ce qui t'arrive à la fin?
C'en fut trop: les larmes aux yeux, Blair se leva précipitamment et quitta la pièce en courant.
Dans l'Upper East Side, une fête réussie commence toujours par un bon départ. Attention au coup de sifflet messieurs dames, il ne faut ni le louper ni l'anticiper! Alors vous êtes prêts? 5, 4, 3, 2, 1, partez!
Dans le loft des Humphrey, Jenny uniformisait le teint de Lily à l'aide d'un pinceau recouvert de poudre.
- Je me demande vraiment ce que vous nous réservez! s'exclama la future mariée. Tout cela est tellement intrigant!
Pour la vingtième fois, elle chercha des yeux un quelconque objet qui lui aurait permis de découvrir son reflet. En vain: Jenny avait vidé sa chambre de sa psyché et de ses autres miroirs plus discrets.
*
- Jenny t'a aussi mis un peignoir ridicule pour que tu ne voies pas ton costume? demanda Rufus de l'autre côté du mur.
Dan arrêta un instant d'appliquer du gel dans ses cheveux (il voulait lui faire une crête ou quoi?!) pour répondre à la place de sa future belle-mère:
- Non, Lily a aussi eu droit au peignoir, mais le sien est blanc. Comme celui de Jenny et le mien d'ailleurs. Pour faire court, il n'y a que toi qui aies eu droit au peignoir bleu marine avec des canards jaunes dessus.
Le rire de Jenny et Lily leur parvint distinctement à travers la cloison.
- Trop d'honneur... marmonna Rufus.
Heureusement, l'occasion de remettre son fils à sa place lui apparut aussitôt sous la forme d'une poupée posée sur le lit du garçon.
- Mais ayant comme mentor un garçon qui ne s'est toujours pas résolu à jeter Cédric, je me dis que le ridicule ne tue plus...
*
Jenny pouffa de rire tandis que Lily se pinçait les lèvres pour ne pas l'imiter.
Comme ce moment était agréable! Elle adorait Dan et Jenny, vraiment, et les petites joutes verbales qu'ils partageaient avec leur père étaient toujours un délice. Dan avait une finesse d'esprit indéniable. Quant à Jenny, sa fougue la rendait chaque jour plus attachante.
Même si, aujourd'hui, celle-ci semblait assez contrariée pour tout dire.
- Est-ce que tout va bien Jenny? demanda Lily. Tu n'as pas l'air dans ton assiette...
- Oui, bien sûr! rétorqua la jeune fille avec une ébauche de sourire. Ce sont juste les préparatifs qui me stressent un peu. Rien de grave!
Lily grimaça et se pencha vers elle. A voix basse, elle reprit:
- Voyons ma chérie, j'ai été jeune bien avant toi, je sais reconnaître un cœur brisé à des kilomètres. Dois-je te rappeler qu'il a fallu que je me marie quatre fois avant de trouver le bon?
Cette fois, le sourire de Jenny fut sincère.
*
- Dan... chuchota Rufus.
- Hum? répliqua négligemment son fils, plus préoccupé par la coiffure de son paternel que par son ton confidentiel.
- Je ne crois pas que nous aurons l'occasion de nous parler en tête-à-tête avant un bon bout de temps, alors aurais-tu l'obligeance de me dire dès à présent le sujet sur lequel Lily voulait t'interroger en privé?
Dan s'interrompit et baissa la tête pour observer son père.
- Tu savais? chuchota-t-il.
- Dan... Est-ce que tu aurais oublié que je connais cette femme depuis plus de vingt ans?
Dan eut un sourire en coin et supposa:
- Et tu as donc fait exprès de nous laisser seuls à l'aéroport...
- Bien sûr, quel autre moyen d'apprendre ce qu'elle cache?
- Je vois... En gros tu m'as fait jouer le rôle d'espion infiltré!
- Pas vraiment, puisque tu étais sincère quand tu l'as suivie. Tu ne « l'espionnais » donc pas!
- Super! Ca fait donc de moi une balance...
- Sauf que pour l'instant tu n'as rien balancé du tout, rétorqua Rufus, une note d'impatience dans la voix.
*
- Eh bien il y a ce garçon... commença Jenny tandis que Lily hochait la tête, concentrée. Disons que... Je croyais qu'il y avait quelque chose entre nous mais il a suffi que son ex débarque pour qu'il m'oublie.
- Aïe... grimaça Lily. Forcément, c'est douloureux.
Jenny acquiesça d'un hochement de tête.
- En fait c'est surtout que... Comment dire? Cette fois-ci, je croyais VRAIMENT que c'était spécial. On ne se précipitait pas, on prenait notre temps... Comme si, d'un commun accord, on voulait bâtir quelque chose de solide. Pas un château de cartes fondé sur un coup de tête comme les autres fois...
- Une véritable histoire d'amour.
Jenny baissa la tête.
- Oui... murmura-t-elle.
- Et, forcément, continua Lily, le voir tourner aussi facilement la page te donne l'impression que tu as rêvé tout le reste. Ce qui signifierait qu'il n'y a jamais rien eu de spécial entre vous, que tout cela n'était que le fruit de ton imagination...
Jenny releva la tête, les yeux ronds.
- Comment tu sais?
Lily éclata de rire.
- Dois-je te rappeler...
- … que tu as eu quatre maris avant de trouver le bon? finit Jenny.
Les deux femmes échangèrent un regard complice.
*
Dan jeta un regard à sa droite et à sa gauche, comme pour s'assurer qu'il n'était pas espionné, avant de s'agenouiller devant son père.
- Tu avais raison: c'est lié à Scott.
Rufus poussa un soupir.
- Que voulait-elle savoir exactement?
- Comment je l'avais rencontré, et si je le voyais encore.
- Et tu lui as répondu...
- … la vérité.
Rufus réfléchit un instant avant de poursuivre:
- Comment a-t-elle réagi?
- Eric a débarqué à ce moment-là.
- Le hasard fait bien les choses...
- A qui le dis-tu!
Rufus plongea dans ses pensées.
*
Jenny fit une petite moue.
- Et puis ce n'est pas tout... ajouta-t-elle, le regard fuyant.
Lily posa sa main sur le bras de la jeune fille et répliqua, d'un ton doux et compatissant:
- Tu peux tout me dire Jenny... Je ne te jugerai pas.
Le regard de l'adolescente se concentra sur la main baguée posée sur son bras et, après quelques instants, elle prit son courage à deux mains:
- Tu sais, depuis mon entrée à Constance, j'ai fait pas mal de choses dont je ne suis pas fière... Ces derniers temps j'ai essayé de changer, de devenir quelqu'un de meilleur. Je croyais avoir réussi et puis... Enfin, il a suffi qu'il se détourne de moi pour que je recommence mes petites manigances et mes petites manipulations... Quitte à blesser quelqu'un d'autre au passage d'ailleurs!
La main de Lily pressa plus fortement son bras.
- Ce que j'essaie de dire, conclut Jenny, c'est que... Je suis pas vraiment fière de moi ces jours-ci. J'ai même plutôt honte de ce que je suis.
*
Après un long moment de réflexion, Rufus conclut à voix basse:
- Eh bien, je ne vois aucune raison de refuser à Lily les informations qu'elle recherche. Je ne sais pas pourquoi elle les veut, mais je crois que pour l'instant je n'ai pas d'autre option que de lui faire confiance...
Dan n'eut pas les temps de rétorquer que déjà Rufus disait à voix haute, peut-être même un peu plus fort que nécessaire:
- A ce propos, je t'ai dit que Scott m'avait téléphoné?
*
La bouche légèrement entr'ouverte sur le coup de la surprise, Lily tourna la tête vers la cloison.
*
- Vraiment? demanda Dan sur le même ton. Et comment va-t-il?
- Bien. Il s'est excusé pour ne pas avoir donné de nouvelles. Il a dû rentrer en urgence à Boston, son père a été hospitalisé.
Reprenant un volume sonore normal, c'est tout à fait sérieusement que Dan reprit:
- Ce n'est pas trop grave?
- Il ne s'est pas étendu sur les détails, mais apparemment il est tiré d'affaire.
- Tant mieux... conclut Dan avec un véritable soupir de soulagement.
- Il te passe le bonjour d'ailleurs. Il compte rester sur Boston pour veiller sur son père pendant quelques temps, mais il m'a dit que, s'il revenait un jour dans la Grosse Pomme, il ne manquerait pas de venir nous saluer.
- Il risque de se passer un moment...
- En effet.
*
De l'autre côté de la cloison, Lily poussa un soupir de soulagement. Ainsi donc, Scott ne reviendrait pas. Son secret ne serait jamais découvert, et elle pourrait épouser Rufus en toute sérénité.
Dieu soit loué.
- Jenny... murmura-t-elle avec douceur.
L'adolescente releva lentement la tête, encore gênée par son propre aveu.
- Tu ne pourras pas changer le passé, annonça Lily. Les erreurs que tu as commises, tu ne pourras jamais les effacer. C'est un fait. En revanche, je ne peux que t'encourager à poursuivre ta quête pour devenir quelqu'un de meilleur. Et, même s'il t'arrive parfois de trébucher, de retomber dans tes « petites manipulations » et tes « petites manigances », ne renonce pas. Les échecs te construisent aussi bien que les réussites. Tires-en seulement les conclusions qui s'imposent... Tu en ressortiras grandie.
Jenny eut un sourire en coin.
- J'ai l'impression d'entendre ma mère! plaisanta-t-elle.
Lily éclata de rire et, se penchant en avant, prit un ton confidentiel:
- Ce que ta mère ne te dirait pas en revanche, c'est que toutes les manipulations ne sont pas mauvaises. Certaines permettent de préserver les gens qu'on aime.
- Et celles-là ne sont pas condamnables? demanda Jenny, surprise.
Lily se redressa sur sa chaise, un sourire ironique au coin des lèvres.
- A Hudson peut-être... Dans l'Upper East Side, elles sont une vertu.
*
- Vous êtes prêtes? demanda Dan.
- Oui c'est bon! cria sa petite sœur à travers la paroi. On fait comme on a dit ok?
- Ok!
Se tournant vers Rufus, Dan l'invita à se lever d'un geste de la main et à se placer face à la cloison séparant les deux chambres. Le futur marié s'exécuta de bonne grâce.
- Je vais retirer ton peignoir, expliqua Dan tout en alliant le geste à la parole. Interdiction formelle de regarder ton costume, pigé? Sinon Jenny va me tuer...
- Ah non, ton sang serait du plus mauvais effet sur mon déguisement, quel qu'il soit!
- Tu ne crois pas si bien dire... Allez, regarde bien devant toi!
S'approchant de la paroi, Dan s'adressa à sa sœur sans quitter son père des yeux pour s'assurer qu'il ne trichait pas.
- Parés!
*
- Ici aussi!
Se tournant vers Lily, elle aussi placée face au mur, Jenny s'assura que le costume n'avait pas bougé.
- Prête? demanda-t-elle à sa future belle-mère.
- Prête!
- Au fait Lily... Merci.
Lily lui fit un petit clin d'œil complice, ce qui fit sourire Jenny. Enfin elle s'éclaircit la voix et, d'un ton solennel, déclara:
- Mesdames et messieurs, je déclare officiellement ouvert votre enterrement de vie de jeune fille et de jeune garçon!
Dan ouvrit la paroi coulissante entre leurs chambre et, comme dans Tournez manège, les amoureux se découvrirent … et éclatèrent de rire.
Les enfants avaient fait des miracles: Lily et Rufus étaient revenus vingt ans en arrière et arboraient tous les deux des allures de jeunes des années 80… Autrement dit, le look qu'ils avaient lors de leur rencontre.
Le doigt mutuellement tendu vers l'autre, l'œil à le fois amusé et attendri, les fiancés se tombèrent dans les bras et s'embrassèrent amoureusement.
Elle avait craqué. Encore.
Pourtant, elle avait vraiment essayé de se retenir cette fois, même après avoir découvert le flirt de Jenny et Chuck. Elle avait essayé de faire comme avant, de trouver une solution impliquant la manipulation de l'autre, plutôt que celle de ses doigts au fond de sa gorge.
Peine perdue.
Blair releva la tête de la cuvette et, passant le revers de sa main sur sa bouche, s'assit par terre.
Tout comme elle n'avait pu contrôler son envie de vomir, elle fut incapable de retenir les larmes qui lui montaient aux yeux. Son corps était secoué par de violents tremblements, d'énormes sanglots remontaient le long de sa gorge. Des symptômes de fièvre, ou de démence.
« Serais-tu devenue folle? » lui avait-il demandé.
Oui, elle était folle. Non mais qu'est-ce qui lui avait pris? Se peinturlurer en Jenny Humphrey! Avait-elle perdu la tête pour vouloir ressembler, ne serait-ce qu'une nuit, à une fille de Brooklyn?
Mais la tentation avait été si grande! Le temps d'une soirée se glisser dans la peau de quelqu'un d'autre, quelqu'un qu'elle ne méprisait pas, son héritière en titre, respectée de tous, admirée de Chuck! Celle qu'elle avait été. Ou plutôt, celle qu'elle avait essayé d'être.
Toujours secouée par les pleurs, Blair se leva pour rejoindre le lavabo, évitant précautionneusement de jeter un regard au miroir lui faisant face. Elle versa soigneusement un peu de savon liquide parfumé à la lavande sur ses mains et entreprit de les frotter énergiquement. En lavant ses mains, elle lavait sa saleté intérieure, elle lavait le souvenir du péché.
Le regard de Chuck... Le mépris dans ses yeux...
Mon Dieu mais qu'avait-elle fait?
Pourtant, elle avait pensé bien faire! Profiter de cette soirée déguisée pour se transformer en son fantasme du moment. S'il l'assouvissait, alors peut-être n'aurait-il plus besoin de la quitter pour goûter au modèle originel?
Doucement, Blair releva la tête, découvrant son visage dans le miroir. Bouche entr'ouverte, parcourue de légers sanglots, elle passa sa main encore mouillée sur son visage poudré. Qu'importaient les traces qui zébraient ses joues. De toute façon, son mascara n'était pas water-proof, son maquillage était d'ores et déjà fichu.
Tout était fichu. Tout.
Elle éclata en sanglots.
Tout cela n'était qu'une question de temps. Peut-être Chuck ne l'avait-il pas trompée avec cette masseuse, peut-être ne fantasmait-il pas en secret sur Jenny Humphrey... Et alors quoi? Ce n'était qu'une question de temps. Un jour ou l'autre, il lui tournerait le dos, comme il lui avait déjà tourné le dos tant de fois auparavant.
Il était Chuck Bass!
Elle n'y arriverait pas. Elle était trop fatiguée, elle ne trouvait plus la force de jeter de la poudre aux yeux de tous, de donner le change pour se faire passer pour une Cendrillon qu'elle n'était pas.
Elle était fatiguée, fatiguée... Il fallait que tout ça cesse. Il fallait qu'on la laisse tranquille, enfin.
La douleur lui vrillait le ventre et elle se retrouva à genou sur le sol carrelé, bafouillant des mots sans même s'en rendre compte.
- Allez vous-en, tous. Laissez-moi tranquille... S'il vous plaît... S'il vous plaît...
*
La chasse d'eau résonna une dernière fois derrière la porte des WC réservés au personnel. La porte s'ouvrit et, sans surprise, une Blair décomposée, les yeux rougis et grossièrement démaquillée, sortit tranquillement du petit coin, sachant que jamais Chuck ne viendrait jamais la chercher par ici.
Elle referma la porte derrière elle, perdue dans ses pensées. Lorsqu'elle releva la tête, elle eut un sursaut de peur, une main posée sur le cœur. Mais, plutôt que de disputer l'importun, son visage se décomposa.
A quelques mètres de là la fusillait du regard Dorota.
Vous savez ce que je préfère par-dessus tout? Les surprises! Alors autant vous dire que je meurs d'impatience à l'idée de connaître les détails concernant LA fête de l'année! Vous voulez un spoiler? En voici un: il semblerait que la fête se fasse en comité TRES limité! Mais soyez rassurés: ça ne m'empêchera pas d'y avoir mes entrées!
Lily et Rufus se tenaient la main lorsqu'ils pénétrèrent à l'intérieur du Victrola. Après avoir remonté l'habituel couloir, ils s'arrêtèrent devant un épais rideau en velours bordeaux et attendirent l'assentiment de Jenny et Dan avant d'entrer.
Chaque adolescent, toujours vêtu de son peignoir, tourna l'adulte de son sexe vers lui afin de vérifier une dernière fois son costume.
Jenny épousseta la robe rouge à petits pois noirs bouffante que Lily portait sur une paire de leggings noirs assortis de Converses violette. Elle réajusta ensuite le large ceinturon en cuir que la quadra portait à la taille, ainsi que le bandana noir attaché dans sa chevelure bouclée.
- Par-fait! s'enthousiasma la jeune fille.
Dan fut plus parcimonieux dans son inspection: il se contenta de jeter un rapide coup d'œil à la tenue de son père, passant rapidement de la veste en cuir noire frangée au jean déchiré, s'attardant davantage sur le tee-shirt noir avec tête de mort rigolant (déniché, pour rappel, dans l'armoire-même de Rufus) pour finir sur les bottes également noires et frangées.
- Hor-rible! s'exclama-t-il.
Lily et Rufus éclatèrent de rire.
- Que veux-tu? C'était la mode rebelle des années 80! se justifia son père.
- Hor-rible! répéta Dan.
Le petit comité rit de plus belle.
- Bon allez, cette fois-ci c'est la bonne! s'exclama Jenny.
Lily se tourna vers Rufus, une main sur le cœur.
- Ca peut paraître insensé, mais je me sens terriblement stressée tout à coup!
- Qu'est-ce que ce sera le jour du mariage alors? la taquina son fiancé tout en déposant un baiser sur sa joue.
Le visage de Lily s'illumina et elle ferma les yeux pour savourer le baiser le temps d'une seconde ... suffisamment longue pour que Dan et Jenny aient le temps de s'évaporer dans la nature. Les fiancés tournèrent la tête dans tous les sens, à la recherche de la progéniture perdue, en vain.
- Sales gosses... feignit de râler Rufus. Ils ne nous ont même pas laissé de petits cailloux pour nous guider!
Lily rit doucement, trop tendue pour trouver une répartie amusante. S'en rendant compte, Rufus lui sourit gentiment et, prenant sa main dans la sienne, y déposa un baiser. Puis, à l'aide de son autre main, il souleva le rideau et indiqua la salle d'un signe de tête.
- Ca te dit un tour dans la maison hantée?
Cette fois-ci, le rire de Lily fut sincère et c'est presque sereinement qu'elle pénétra dans la salle. Ses pupilles se dilatèrent aussitôt, tentant de discerner quelque chose alentour. En vain: les quelques rayons de soleil qui parvenaient dans le hall du Victrola ne permettaient pas d'éclairer la salle plongée dans de silencieuses ténèbres. Les deux fiancés restèrent ainsi un moment, attendant la suite à l'abri du petit carré de lumière, quand Lily comprit:
- Relâche le rideau, souffla-t-elle.
Rufus s'exécuta et, aussitôt, le noir les entoura. Il leur était même impossible de se voir l'un l'autre. Heureusement qu'aucun des deux n'était claustrophobe! s'amusa Rufus. A côté de lui, Lily était tellement tendue qu'il entendait son cœur cogner dans sa poitrine.
Heureusement, l'attente ne dura pas.
Tout à coup, un projecteur éclaira le centre de la scène du Victrola recouverte d'un épais rideau tandis qu'une chanson se mit à résonner dans la salle. Il ne fallut qu'une note pour que les fiancés reconnaissent aussitôt What a feeling. LEUR chanson, LE tube issu du film Flashdance en 1983, l'année de leur rencontre.
Rufus se tourna vers sa fiancée dont le visage était maintenant distinguable dans la semi-pénombre créée par le projecteur. Une main sur le cœur, celle-ci se pinçait les lèvres pour contenir son émotion. Lorsque leurs regards se croisèrent, les amoureux échangèrent un sourire ému, mais leur attention fut de nouveau très vite attirée vers la scène: une femme noire d'une cinquantaine d'années venait de s'installer au milieu du plateau et, un micro à la main, entamait le morceau.
- Irene Cara! murmura Lily, ravie.
Elle tourna ses grands yeux émerveillés vers Rufus et celui-ci fut à son tour submergé par l'émotion. En cet instant, il revit la jeune ado qui avait fui ses parents, jouant à la rebelle auprès de son petit-ami rocker alors que son cœur restait celui d'une midinette. Sa Lily, celle qu'il avait tant aimée...
Tandis que la voix chaude et puissante de la chanteuse les renvoyait deux décennies en arrière, de petites lumières se mirent à briller sur le sol du Victrola, dessinant un chemin vers la scène. Les fiancés entreprirent de remonter le chemin, bras dessus bras dessous, guidés par les petites lumières qui s'allumaient au fur et à mesure de leur remontée et les rapprochaient peu à peu de la chanteuse.
Enfin les lumières dessinèrent un cercle au milieu duquel ils se placèrent. A trois mètres d'eux, Irene Cara leur souriait, terminant le premier quatrain aussi doux qu'une brise d'un matin d'été. Le synthétiseur prit alors le relais et le rythme augmenta sensiblement.
Aussitôt Rufus se sentit galvanisé par la musique et les souvenirs refluant à la surface. Il passa tout à coup son bras autour du bassin de Lily et, l'attirant à lui, saisit sa main gauche dans sa main droite. Les fiancés se mirent alors à bouger au rythme de la musique tandis que Lily, surprise, éclatait de rire dans ses bras. Elle plongea son beau regard dans le sien et les amoureux laissèrent alors leurs yeux se raconter leur cœur. Rufus ne résista pas à la tentation de faire tourner Lily sur elle-même, profitant au passage d'un nouvel éclat de rire de sa belle.
Le refrain n'allait pas tarder, ils le savaient tous les deux, et ils attendirent patiemment le « boum » qu'ils adoraient.
Ce à quoi ils ne s'attendaient pas, c'est qu'au moment où Irene Cara lâcha un vibrant What a feeling, tous les spots de la salle s'éclairèrent tout à coup, révélant le reste de la salle à leurs yeux.
Autour d'eux, à moins d'un mètre, une centaine de personnes les entouraient. Jusque là silencieuses, elles étaient désormais déchaînées: toutes applaudissaient, un sourire heureux et ému jusqu'aux oreilles. Certains criaient « bravos », d'autres sifflaient. D'abord aveuglés par la masse, Lily et Rufus reconnurent très vite leurs amis les plus proches, et il leur fallut un peu plus de temps pour reconnaître d'autres têtes, celles d'amis perdus depuis longtemps de vue.
La surprise ne s'arrêtait pas là: toutes ces personnes étaient, comme eux, vêtues de costumes inspirés des années 80! D'où le « petit comité »: il fallait un sacré sens de l'auto-dérision et de l'humour pour oser se montrer dans l'Upper East Side dans une telle tenue!
- Lily!
La sœur de Lily perça la foule grâce à un savant mélange de coups de coudes et de pieds écrasés.
- Carol!
C'était tout simplement bluffant: avec ses bottes blanches, sa jupe plissée bleu marine, son tee-shirt marin sur sa veste en jean et son bandana jaune dans les cheveux, Carol semblait ne pas avoir pris une ride depuis le jour où Lily avait décidé de vivre sa vie telle qu'elle l'entendait.
Elle serra sa sœur contre son cœur, lui déclarant sa joie de la retrouver à l'oreille tandis que Rufus donnait une chaleureuse poignée de main à Shep, qui s'était récréé une banane pour l'occasion.
Les fiancés passèrent le reste de la chanson à sourire aux uns et aux autres, s'émerveillant parfois en retrouvant une vieille connaissance ou en découvrant un déguisement particulièrement ridicule...
Il n'y avait pas à dire: la soirée s'annonçait haute en couleurs!
Alors, comment avez-vous trouvé l'entrée? Préparez vos palais: le plat principal ne saurait tarder! Je ne sais pas vous mais moi j'en salive d'avance!
A la fin de la chanson, une jeune serveuse vêtue de vêtements datant d'une époque qu'elle n'avait même pas connue apparut et proposa aux fiancés un verre de jus de fruit. Plongeant ses lèvres à l'intérieur, Rufus grimaça:
- Du Tang! reconnut-il aussitôt, essuyant sur sa bouche le reste de poudre à l'orange diluée dans de l'eau. Je ne savais même pas que ça se vendait encore ce machin...
- M. Bass s'en est procuré auprès de la NASA, lui expliqua la serveuse avant de se retirer.
Rufus se tourna vers Lily, dont le regard était vissé au plafond.
- Elle plaisantait … n'est-ce pas?
- C'est extraordinaire... murmura Lily sans lui prêter attention.
Relevant alors la tête, Rufus avisa ce qui étonnait tant sa fiancée. Le décor de la salle était tout bonnement … renversant! Tous les murs de la pièce, sol et plafond compris, avaient été recouverts de carreaux de couleurs rouges, bleus, orange, jaunes, verts et blancs. Le décor donnait ainsi l'impression de se trouver à l'intérieur d'un Rubik's Cube géant, le grand jeu à la mode dans les années 80.
Mais Rufus n'eut pas le temps de s'émerveiller davantage : déjà les lumières déclinaient dans la salle, tandis qu'un unique projecteur sur la scène illuminait Jenny, qui entrait sous les applaudissements du public.
Le coeur de Rufus se gonfla d'orgueil en observant la jeune femme sur scène, vêtue d'une combinaison en cuir noir, d'une veste rouge et de Dock Martens. Elle était bien la fille de son père, il n'y avait pas à dire! s'amusa-t-il.
Jenny s'empourpra légèrement face à la foule mais sut néanmoins garder contenance. Après avoir salué le public, elle porta un micro à sa bouche, ce qui calma progressivement les invités. La jeune fille attendit que le silence fût total avant de commencer.
- Papa, Lily... Mesdames et messieurs... Au nom des enfants Van Der Woodsen / Bass / Humphrey et Cie, je vous souhaite la bienvenue à l'enterrement de vie de jeune fille et de jeune garçon de Lily Rhodes et de Rufus Humphrey!
La foule applaudit avec chaleur.
- Lorsque Chuck et moi avons conçu cette soirée, reprit-elle, nous nous sommes demandé comment nous pourrions la rendre unique. Il faut dire que, Lily ayant déjà eu droit à quatre fêtes de la sorte, ce n'est pas si facile d'innover!
Les convives éclatèrent de rire, et Lily avec eux.
- Et puis nous avons réalisé que cette fête n'était pas la cinquième, mais la première.
Plus un bruit, plus un mouvement: chacun attendait fébrilement la suite.
- Papa, Lily, vous avez été le premier amour de l'autre, alors comment ce mariage pourrait-il ne pas être une première dans votre coeur? C'est pour cela que nous avons décidé de remonter le temps, et de vous proposer la soirée à laquelle vous auriez dû avoir droit il y a de cela vingt ans.
L'émotion dans la salle était palpable. Rufus sentit la main de Lily se glisser dans la sienne.
- Néanmoins, reprit Jenny d'un ton plus léger, doit-on regretter que vingt années se soient passés? Sûrement pas! Sinon, nous, vos enfants, nous ne serions pas là. Alors, de la part de nous tous, merci. Merci d'avoir fait ce grand détour pour nous donner la chance de vivre avec vous aujourd'hui la plus belle époque de votre vie.
La foule sortit de son silence, et applaudit à tout rompre. Jenny s'inclina profondément puis, portant la main à sa bouche, envoya un baiser aux fiancés qui le lui rendirent aussitôt. Rufus se pinça fortement les lèvres pour ravaler les larmes qui lui montaient dangereusement aux yeux.
Tandis que les applaudissements commençaient à décroître, Jenny eut soudain une illumination.
- Oh, et au fait! Avant que ça ne commence, Chuck vous rappelle que l'usage de caméras, appareils photos, blackberries et autres iphones est totalement interdit ce soir!
C'est alors que la sono reproduisit le début d'une chanson sur laquelle Lily et Rufus avaient dansé des centaines de fois lors de leurs soirées rock'n roll...
- Joan Jett!!! s'exclama Lily, surexcitée.
Elle n'était pas la seule à être transportée: la foule alentour semblait avoir fait un bon de vingt ans en arrière et les quadras se retrouvèrent à bouger la tête et à se lancer dans des solos d'air guitar abracadabrantesques. Sur scène, Jenny menait le jeu, imitant Joan Jett à la guitare, un air sauvageon sur le visage.
Alors que le premier couplet commençait, Nate entra sur scène.
I saw him dancin' there by the record machine
I knew he must have been about 17
The beat was going strong, playing my favorite song
And I could tell it wouldn't be long till he was with me
En le voyant vêtu comme le célèbre marin de Jean-Paul Gauthier (pantalon taille basse bleu marine en toile, tee-shirt blanc moulant s'arrêtant sur ses abdominaux et béret) Rufus comprit aussitôt la mise en scène: les enfants allaient jouer la rencontre de la chanson entre un jeune homme innocent et une femme fatale.
Ca ne manqua pas! Jenny, remuant l'index, fit venir Nate à elle et entreprit de le séduire en plongeant son regard dans le sien, le visage à quelques centimètres de celui du jeune homme. Rufus eut bien l'impression de les voir rougir l'un comme l'autre, mais dans l'ensemble leur prestation fut très professionnelle.
Ce fut alors que montèrent sur scène Dan et Vanessa.
I love rock and roll
So put another dime in the jukebox baby
I love rock and roll
So come on take some time and dance with me
Vanessa, sortie de la coulisse côté jardin, était vêtue d'un jogging en nylon rose fluo et d'un tee-shirt jaune flashy, tout à fait seyant avec ses créoles en plastique turquoise. Dan, surgi pour sa part de la coulisse côté cour, portait une salopette aux boutons dorés, un sous-pull rouge, des gants blancs et une casquette rouge auréolée d'un « M ». Pour parfaire le tableau, il portait une fausse moustache et jetait des bananes en plastique derrière lui.
- Ce ne serait pas Mario Bros? demanda Rufus.
- Je crois que chaque enfant incarne une mode ou un personnage marquant des années 80! expliqua la fashionista.
- Ahhh!!!
A peine Dan et Vanessa eurent-ils rejoint Jenny et Nate au centre de la scène qu'Eric et Jonathan apparurent chacun dans leur coin, tout deux relookés de la même façon.
- Le look « looser »! rit Lily.
Tous deux étaient vêtus d'un jean trop serré et trop petit, d'une chemise trop large tombant sur un marcel blanc et d'une large paire de lunettes à la Chips. Mains dans les poches, ils traversèrent la scène en jouant les gros durs avant de s'immobiliser en son milieu, laissant place à Serena et Carter.
- Ah! Serena c'est Madonna! s'exclama Rufus, ravi de montrer à sa future femme qu'il n'était pas totalement ignorant en matière de mode.
Vêtue de la célèbre robe corset en dentelle blanche de l'icône des années 80, Serena était tout bonnement époustouflante. Jenny s'était surpassée dans la restitution du moindre détail, des innombrables colliers à la ceinture BOY TOY, en passant par les boucles d'oreilles en forme d'étoiles et les gants blancs jusqu'aux coudes.
- Mais par contre je ne reconnais pas le look de Carter... reconnut piteusement Rufus.
- Eh bien à vrai dire... Moi non plus! murmura Lily, qui avait caché sa bouche derrière sa main.
Au milieu de l'effusion de froufrous et de couleurs, le costume noir du jeune homme faisait bien triste mine. Néanmoins, celui-ci joua le jeu et se plaça au centre de la scène comme les autres.
Sortit alors de la coulisse gauche la jolie Blair, en mode « working girl »: veste noire aux fines zébrures blanches avec larges épaulettes ouverte sur une robe dans le même tissu. Les chaussures rouges pointues étaient glissées sur des bas résilles, en parfait accord avec le chapeau cloche noire avec voilette blanche.
- La classe! siffla Rufus.
- Oui! reconnut Lily. Mais je me demande où est Charles?
Effectivement, l'alter ego de Melle Waldorf se semblait pas décidé à monter sur scène... Coquine, Blair agita alors son index pour le faire sortir de sa réserve … et il s'éxécuta, à la grande joie des invités.
Le grand Chuck Bass portait un pantalon en coton rouge trop court qui dévoilait des chaussettes blanches bien apparentes. Au-dessus de son tee-shirt noir, il avait enfilé une veste en skaï rouge dont les bandes noires partaient des épaules pour se rejoindre au niveau du nombril. Détail qui faisait mouche: la petite mèche frisotante sur le front.
- C'est Mickaël Jackson dans Thriller! s'exclama Rufus.
- Mon Dieu... murmura Lily, une main sur la bouche. Il est ridicule!
- C'est ce qu'on appelle une déclaration d'amour! répliqua Rufus en lui décochant un clin d'oeil.
Lily sourit.
Chuck avait peut-être un costume ridicule, mais il conserva son air princier lorsqu'il traversa la scène pour rejoindre sa famille, signalant ainsi à la plèbe qu'elle pouvait bien jaser: Chuck Bass était au-dessus des commérages!
C'est donc réunis au coeur de la scène que les adolescents entreprirent de chanter ensemble la fin de la chanson, certains en hochant simplement la tête (Jonathan, Carter, Blair, Chuck), d'autres en frappant dans leurs mains au-dessus de leur tête (Vanessa, Nate, Jenny), les derniers (Eric, Dan, Serena) lancés dans une brillante prestation d'air guitar.
Lorsque les dernières notes rugirent, le public applaudit à tout rompre et Rufus glissa deux doigts dans sa bouche pour siffler. Lily lança des « bravos » qui se perdirent au milieu des autres vivas.
- Tu es bien certaine de vouloir faire de tout ce petit monde une seule et même famille? demanda Rufus, tout en continuant à applaudir.
- Les repas de famille risquent d'être mouvementés, c'est sûr! reconnut Lily.
Et c'est avec un grand sourire qu'ils observèrent les adolescents se prendre la main et, tels des comédiens sortant de scène, s'incliner profondément pour saluer leur public.

Les adolescents étaient surexcités lorsqu'ils descendirent les marches qui menaient aux coulisses du Victrola. Chacun félicitait son voisin à grand renfort de poignées de main, accolades et autres embrassades, passant de l'un à l'autre dans un tourbillon et un brouhaha chaleureureux. Bien sûr, Jenny était au centre de toutes les attentions, récoltant plus d'éloges que quiconque pour ses costumes, son discours ... et pour avoir osé ouvrir le bal!
- Il faut absolument que tu me donnes l'adresse de la bijouterie où tu as trouvé ces créoles! s'exclamait Vanessa, toute rancoeur oubliée dans l'euphorie du moment. Je les adore!
Next!
- Mais j'aimerais bien savoir pourquoi c'est moi qui ai écopé du rôle le plus ridicule avec mes bananes en plastique... feignait de râler Dan.
Next!
- Dis, y'a moyen que l'on puisse garder les lunettes de soleil? demandait Eric. On a justement une soirée costumée à la rentrée!
Next!
- Beau boulot Jenny... murmurait Nate.
Next!!!
- Mais quel dommage que le costume de Carter se soit égaré, ce n'est vraiment pas de chance! se lamentait Serena.
- Hé!
Carter fit volte-face, étonné par l'appel de Jenny, tandis que Serena continuait à se frayer un chemin jusqu'à Blair. Jenny se rapprocha de lui et colla sa bouche contre son oreille.
- Vraiment dommage oui... Presque autant que le fait d'avoir couché avec Blair pour blesser Chuck au printemps dernier.
La mine surprise de Carter se tordit en un sourire qui n'était pas dupe.
- Dois-je comprendre que le livreur ne se trompera plus d'adresse tant que j'oublierai celle du lit de Blair?
Jenny haussa les épaules.
- Qui sait?
Carter prit la (sage) décision de ne pas se fâcher et, après avoir décoché un clin d'oeil complice à l'adolescente, rejoignit Serena qui tournoyait sur elle-même pour montrer sa jolie robe à sa meilleure amie.
- Tu n'étais pas obligée de faire ça... murmura une voix rauque derrière Jenny.
- Je sais, déclara-t-elle posément en se détournant.
- J'ai pour habitude de me défendre seul... ajouta Chuck.
- Je sais, répéta-t-elle.
- Alors pourquoi?
Jenny jeta un coup d'oeil à Dan qui faisait l'accolade à Jonathan.
- Parce que c'est à ça que servent les frères et soeurs. Tu verras...
Son regard dériva jusqu'à Blair, désormais plongée dans une grande conversation avec Nate.
- Et puis c'est ma façon de te dire que je suis désolée pour mon petit jeu de cet après-midi. Je ne l'aurais pas fait si j'avais su que ça la blesserait, et toi par la même occasion...
Le visage de Chuck se tordit en un sourire. Il tendit la main droite à Jenny, qu'elle serra délicatement.
- Nous dirons que ceci était notre première dispute en tant que frère et soeur... lui pardonna-t-il.
- Beurk! grimaça Jenny.
- A qui le dis-tu...