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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 01.01.2010 à 20h50
Auteur : lili59
Statut : Terminée
« Suite du 3x01 - The beach is back et du 3x02 - Explain me if you can » lili59
Cette fanfic compte déjà 56 paragraphes
Blair fronça les sourcils tandis que Chuck la menait jusqu'aux coulisses du Victrola.
- Je croyais qu'un groupe de convives voulait me parler? s'étonna-t-elle.
- C'est le cas... la rassura Chuck. Mais, en tant que VIP, je les ai installés dans ma loge.
Il s'empara de la main de la jeune fille et ils poursuivirent leur chemin jusqu'à s'arrêter devant une porte. La main sur la poignée, Chuck s'immobilisa un instant. Après avoir réfléchi, il tourna la tête vers Blair et murmura:
- Sache que, quoique j'aie fait, c'était pour ton bien...
Blair fit de grands yeux, alarmée, tandis que Chuck ouvrait la porte d'un air décidé. Blair tourna la tête.
- Vous?
Tandis que Chuck la poussait d'une main ferme à l'intérieur et refermait la porte sur eux, Blair observa ses interlocuteurs d'un air soupçonneux. Alors même que la fête battait son plein, tous ses amis s'étaient réunis dans cette loge. Il y avait là Nate, Serena, Carter, Eric, Jonathan et même les deux Humphrey accompagnés à leur habitude de leur caniche bouclé. Pourquoi?
Soudain, Blair eut une illumination.
- Mais bien sûr! Il s'est passé quelque chose, et vous faites appel à moi pour résoudre une situation de crise!
Elle eut un petit sourire condescendant.
- Allez-y, exposez-moi le problème, je trouverai une solution.
Mais, très vite, elle déchanta. Effectivement, les huit personnes qui lui faisaient face avaient l'air grave, mais il y avait autre chose dans leur regard. De la … pitié?
C'est alors que Serena s'approcha d'elle et prit ses mains dans les siennes.
- B... Tu as raison, nous sommes effectivement en situation de crise. Mais cette fois, je crois que c'est nous qui pouvons t'aider...
Blair blêmit, et elle observa les visages qui lui faisaient face les uns après les autres.
Tout à coup, les pièces du puzzle se mirent en place: Dorota la surprenant après qu'elle se soit fait vomir, Serena sortant au beau milieu du concert pour répondre au téléphone, le slow totalement surréaliste entre sa meilleure amie et son petit ami, et finalement Chuck passant de convive en convive pour parler de...
Se tournant vers le jeune dandy, le regard noir, elle s'écria:
- Qu'est-ce que tu as fait!
Adossé contre la porte, bras croisés, Chuck la regardait avec une détermination non feinte. Il ne chercha pas à s'approcher, ni à s'excuser. Au contraire, il y avait une pointe de défi dans son attitude.
- Je te l'ai dit: ce que je devais faire...
Blair se détourna vers les huit personnes qui la dévisageaient.
- En les mettant tous au courant?
Le silence qui s'ensuivit était la réponse la plus éloquente qui fût. Après le choc et la colère, une nouvelle émotion commençait à s'emparer d'elle: le désarroi. Ils étaient tous au courant. IL était au courant.
Soudain, elle eut l'impression que les piliers qui la maintenaient debout vacillaient. Elle ressentit un léger engourdissement et la tête lui tourna. Au prix d'un gros effort, elle parvint à se ressaisir et, utilisant la colère pour masquer son trouble, reprit:
- Tu crois vraiment que le fait de voir Dan Humphrey me regarder avec pitié va m'aider à aller mieux?
- Je ne crois pas que Dan Humphrey te regarde avec pitié, rétorqua Chuck, il n'est pas assez stupide pour se croire une seule seconde supérieur à toi. Je crois qu'il te voit plutôt comme un être humain pour la première fois.
- Dan Humphrey confirme... attesta l'intéressé. Mais il tient à dire que ce n'est pas la première fois.
Blair tourna la tête vers le jeune homme, intriguée. Celui-ci ne lui laissa pas le temps de le gratifier d'une de ses remarques cinglantes, il préféra enchaîner:
- Lorsque je t'ai rencontrée, tu ne semblais être qu'une énième réplique de la fille ordinaire issue de l'Upper East Side, se croyant le centre du monde et écrasant tout ce qui l'entoure. Le bulldozer habituel..
Il fit une légère pause avant de continuer.
- Et puis, quand j'ai commencé à sortir avec Serena, il y a eu cette fois, durant la séance photos où ta mère avait décidé de la choisir elle plutôt que toi... Tu t'es disputée avec elle sans savoir que j'étais là et, pour la première fois, je t'ai vue tomber le masque et montrer tes failles. D'un coup tu devenais beaucoup plus intéressante...
Dan haussa les épaules.
- C'est ce jour-là que j'ai compris pourquoi Serena t'avait prise comme meilleure amie.
Serena fit un sourire au jeune homme tandis que Carter levait les yeux au ciel. Blair quant à elle dut contenir le sentiment de gratitude qui menaçait de la gagner.
- Je ne t'aime pas.
Toute l'assistance tourna la tête vers l'endroit d'où avait surgi la voix.
- Vanessa! protesta Nate.
- Désolée mais je n'ai pas l'intention de mentir, lui répondit V avant de reporter son attention sur Blair. Je ne t'aime pas et je ne t'ai jamais aimée. Toujours à fourrer ton nez dans les affaires des autres, à les manipuler pour arriver à tes fins...
Blair releva la tête, affichant un air fier pour mieux se barricader.
- Mais j'ai toujours pensé que tu étais la fille la plus intelligente qu'il m'ait été donné de rencontrer.
Le visage de Blair se défit.
- Tu as été la première à comprendre que Dan était plus qu'un ami pour moi quand j'ai débarqué ici, et tu m'as menacée pour que je le laisse tranquille.
- C'est vrai? s'étonnèrent en coeur Dan et Serena.
Vanessa hocha la tête.
- J'ai eu ensuite de nombreuses occasions de voir combien tu sais manipuler les gens pour obtenir quelque chose... Et, même si je trouve ça détestable, ça prouve combien tu es intelligente. Et humaine. Car seul quelqu'un ayant une sensibilité à fleur de peau peut si bien contrôler les émotions des autres.
La jeune métisse se cala dans son fauteuil et croisa les bras.
- C'est pour ça que je n'ai pas été surprise quand Chuck nous a dit ce que tu te faisais. Ca fait bien longtemps que j'ai compris que Blair Waldorf, sous ses faux airs, n'est pas un robot et que c'est précisément ça qui la rend si dangereuse.
Blair était retournée. Sous l'insulte apparente, Vanessa était en train de faire son apologie. C'était assez … destabilisant, et en même temps ça sonnait beaucoup plus honnêtement que si elle s'était lancée dans son éloge.
- Quand j'étais petit, j'étais amoureux de toi, reprit Eric.
Quelques gloussements accueillirent ce scoop.
- C'est vrai! Tu étais plus vieille que moi, belle et marrante... Et en plus tu étais la meilleure amie de ma soeur, le fantasme absolu!
Les adolescents éclatèrent de rire, savourant cette bouffée de légèreté. Blair elle-même commença à se détendre. Une certaine mécanique était en marche, et se laisser emporter par cette énumération d'anecdotes était plus simple que de nager à contre-courant… Et, pour être tout à fait franche, il était plus facile d'agir comme s'ils n'étaient pas au courant, comme si -pour une raison inconnue- ils s'étaient donné rendez-vous dans cette loge pour jouer au jeu de la vérité pendant que les parents se déhanchaient sur la piste de danse...
- Bien sûr, pour toi je n'existais pas! continua Eric. Je n'étais que le petit frère de S, une sorte de porte-manteau à qui il fallait dire bonjour en arrivant avant de pouvoir commencer à faire des bêtises avec ma soeur!
Blair et Serena échangèrent pour la première fois depuis le début de la confrontation un regard complice.
- Tu sais les moments que je préférais? demanda Eric. C'était quand la bonne décidait de faire un gâteau au chocolat. Dans ces cas-là, on allait tous les trois dans la cuisine et on léchait le saladier où il restait de la pâte. Elle en laissait plein exprès! Après, tu avais plein de chocolat sur le visage et, quand tu riais, tu avais les dents toutes marron. Tu étais affreuse... Tu étais trop belle.
Blair ne put s'empêcher de lui sourire.
- A ce moment-là, tu te fichais de savoir si tu étais jolie, si tes vêtements étaient bien tirés et tes cheveux bien lissés. Tu riais aux éclats et c'était magique.
Eric prit une grande inspiration avant de conclure.
- Je crois que c'est pareil aujourd'hui. Même si je ne suis plus "amoureux'' de toi, je trouve que tu n'es jamais aussi belle que lorsque tu te réveilles après les soirées pyjama avec ma soeur. Magnifique à l'extérieur, comme à l'intérieur...
La sensation de vacillement réapparut en Blair. Ses mains se mirent à trembler et sa gorge était tellement serrée qu'elle se contenta de hocher la tête pour le remercier.
- Je ne te connais pas depuis longtemps, hasarda Jonathan, mais je suis sûr que si j'avais été à la place d'Eric, je serais aussi tombé amoureux de toi, et pour les mêmes raisons!
Les adolescents sourirent, puis un silence gêné s'installa: qui oserait se lancer ensuite? Blair retenait son souffle, craignant le retour à la réalité que constituerait la fin de cette succession d'anecdotes... Les regards allaient de l'un à l'autre, et tous finirent par se poser sur Carter. Celui-ci soupira et, levant les mains pour signer sa rémission, commença:
- Très bien très bien... Mais ce que je vais dire ne va pas plaire à tout le monde...
Appuyé contre la porte, la mâchoire carrée, Chuck répondit:
- C'est bon, tu peux y aller...
- Ce n'est pas pour toi que je m'inquiète! se gausa Carter, en lançant un regard en biais à Serena.
Celle-ci lui sourit et hocha la tête pour lui donner son consentement.
- Très bien... soupira-t-il à nouveau avant de se tourner vers Blair. Eh bien disons que lorsque toi et moi avons ce... cette...
Son index allait de l'un à l'autre à toute vitesse.
- Enfin...
- Cet égarement passager? proposa Blair.
L'index de Carter se figea, soulagé.
- Voilà...
- Attendez... les interrompit Dan. Vous voulez dire que vous avez couché ensemble?
Il se tourna vers Serena.
- Ca ne te dérange pas de savoir que ton copain a couché avec ta meilleure amie?
Mais Blair fut la plus rapide à répondre:
- Pourquoi? Avec S, on se prête tout: Nate, Carter... Mais ne rêve pas trop Humphrey: il n'y a aucune chance pour que tu m'intéresses un jour.
- Oh là, je peux continuer? les interrompit Carter. C'est dingue ça, quand les autres parlent on les écoute religieusement, et quand c'est mon tour...
Tout le monde reporta son attention sur le jeune homme, aussi bien pour lui faire plaisir que pour trouver une échappatoire à une conversation qui prenait une pente un peu trop glissante pour tous.
- Bon. Je disais donc que, lorsque nous avons eu cet « égarement passager », tu venais de te faire virer de Yale. A l'époque je ne le savais pas mais, étant donné que je ne suis pas tout à fait idiot...
- C'est vite dit, murmura Chuck.
- … j'ai bien compris que, si tout à coup je t'intéressais, c'était parce que tu n'allais pas bien, poursuivit Carter, feignant ne pas avoir entendu la remarque mesquine. Sinon, tu n'aurais même pas jeté un regard dans ma direction...
- Blair a toujours eu du goût en matière d'homme... reconnut Chuck.
- Même avec ton oncle? se vengea Carter.
Chuck lui lança un regard noir.
- Temps mort! arbitra Serena.
Carter poursuivit.
- Tu t'es donc révélée … différente de ce que j'imaginais. J'avais toujours imaginé Blair Waldorf comme un glaçon, un coeur de glace dans un corps de pierre et tu t'es avérée être beaucoup plus … ''chaleureuse'' que ce que j'avais imaginé.
Chuck grinça des dents, effet que Carter savoura pleinement étant donné que c'était le but escompté. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'était la quinte de toux féminine qui s'ensuivit.
- Nous ne sommes peut-être pas obligés d'entrer dans les détails? proposa Serena.
Voilà un dommage collatéral auquel il aurait dû songer plus tôt... Gêné, Carter se tourna vers Blair et se hâta de conclure:
- Ce que je veux dire, c'est que lorsque Serena et Chuck m'ont demandé de partir à Dubaï et que j'ai dit non, ce n'était pas pour embêter Chuck. Enfin pas seulement... Je t'aimais bien. Je t'aimais bien sans ton armure, et j'avais envie de continuer à en apprendre plus sur toi. Voilà. Suivant!
Blair esquissa un sourire: sous ses airs de gros durs, Carter était d'une timidité maladive quand il s'agissait de parler de ses sentiments. Sous de nombreux aspects, il n'était pas sans lui rappeler quelqu'un...
- Je suppose que c'est mon tour.
Les yeux rivés au sol, Blair déglutit. Jenny Humphrey était bien la dernière personne qu'elle avait envie d'entendre aujourd'hui. Tout à coup, toute sa bonne humeur disparut et la colère reprit le dessus.
Jenny Humphrey savait.
Ah la petite peste, elle devait bien rigoler sous cape! Voilà qui signait l'arrêt de mort de Queen B. La reine était morte, vive la reine!
Pourquoi Chuck le lui avait-il dit? Aux autres d'accord, mais à elle?
Sans trop savoir comment, elle se retrouva à négocier des trocs complètement farfelus: si le Ciel lui permettait de tenir Jenny Humphrey loin de la vérité - et qu'elle ne puisse donc pas fanfaronner à ses dépens -, elle promettait de ne plus jamais se faire vomir. Elle téléphonerait au Dr Swan. Elle suivrait une thérapie!
Mais tous ces marchandages ne servaient à rien, et elle le savait bien.
Prenant son courage à deux mains, Blair utilisa toute sa colère pour se préparer et, lentement, tourna la tête vers son ennemie, prête à endurer la vision de son sourire triomphal.
Pourtant, lorsqu'elle croisa son regard, sa colère disparut aussitôt – et pas seulement parce que Jenny serrait la main de Nate, ce qui semblait indiquer qu'elle avait dû louper un épisode important de la série pour comprendre leseason final...
Non, ce qui la destabilisa, ce fut le regard de Jenny: loin d'être triomphant, dédaigneux ou plein de pitié, - tout ce qui aurait pu indiquer un sentiment de supériorité chez la gamine de Brooklyn -, il était plein de colère.
- Que veux-tu que je te dise? demanda Jenny assez sèchement.
Oui, vraiment, la Humphrey était fâchée. Contre elle. Mais alors pourquoi, ça la dépassait!
Les deux jeunes filles se toisèrent du regard quelques instants jusqu'au moment où, délaissant la main de Nate, Jenny finit par croiser les bras et porter son regard ailleurs.
- Tu as toujours été un modèle pour moi, ce n'est un secret pour personne, commença-t-elle.
Plus personne dans la loge n'avait le coeur à rire. L'adolescente était bouleversée, ça se sentait. Les yeux toujours fixés sur un point indéterminée, elle poursuivit:
- Au tout début, c'était parce que j'imaginais que ta vie était parfaite. Tous les midis, pendant que je mangeais mon sandwich au beurre de cacahuète dans un coin, je t'observais régner sur ta cour depuis les marches de Constance, un pot de yaourt en guise de sceptre. Tu étais vraiment une reine. Tu avais tout: la beauté, la richesse, les fringues... Tu étais la fille d'une de mes designers préférées, tu étais la meilleure amie de Serena Van Der Woodsen, la petite-amie de Nate Archibald! Tu étais de toutes les fêtes, de tous les défilés... Vraiment, j'aurais tout donné pour être à ta place, j'aurais même vendu mon âme!
Avec un sourire, Jenny continua:
- J'ai d'ailleurs bien failli le faire...
Dan haussa les sourcils pour attester les dires de sa petite soeur.
- Pendant un an de ma vie, j'ai essayé de prendre ta place. J'ai menti, manipulé, j'ai même été jusqu'à voler une robe Valentino pour ça! Et puis finalement, j'ai décidé de jeter l'éponge. Je suis venue te voir pour te dire que le jeu était terminé, qu'il ne valait pas la peine de perdre le respect de ma famille.
Dan esquissa un sourire.
- Alors, cette année je me suis tenue loin de toi. Je me suis concentrée sur mon stage, et ensuite sur mes créations avec Agnès. Lorsque je suis revenue à Constance, Penelope et les autres ont essayé de m'intégrer dans leur groupe mais j'ai refusé. Tout ce que je voulais, c'était que toute cette histoire de monarchie s'arrête avec ton départ à la fac. Qu'il n'y ait plus de reine l'an prochain et que je puisse aller à l'école le coeur léger pendant au moins une année!
Soudain, Jenny planta son regard lourd dans celui de Blair.
- Et voilà que tu réapparais tout à coup, me désignant comme ton successeur et t'assurant que je monte bien sur le trône! Est-ce que tu te rends compte de ce que j'ai ressenti? Parce que, même si je me contrôlais depuis plus d'un an, ça ne changeait rien: j'étais en train d'être reconnue par la fille que j'avais toujours rêvée d'être! Elle me donnait même sa bénédiction pour prendre sa place!
Jenny déglutit avant de poursuivre, la voix plus grave:
- Le seul conseil que tu m'as donné, c'était d'être froide. Tu m'as dit que je ne pouvais pas faire en sorte que les gens m'aiment, mais que je pouvais faire en sorte que les gens aient peur de moi. Ces mots, ils sont gravés dans ma mémoire et, même si en général j'essaie d'agir convenablement dans ma vie, parfois ils me reviennent en tête et je me retrouve à manipuler les gens comme tu m'as conseillé de le faire. Comme avec Chuck pour atteindre Nate...
C'était donc ça! comprit Blair avec soulagement.
- Et voilà que j'apprends aujourd'hui que mon idole, cette reine forte et indépendante, n'est en fait qu'un mirage! s'exclama Jenny dont le regard s'était soudain embué de larmes de rage et de tristesse. Tu m'as dit d'être froide, de ne pas être aimée, alors que tu connaissais le prix à payer! J'ai l'impression qu'en m'ayant couronnée, tu me souhaitais du mal en fin de compte, tu voulais me voir aussi seule que toi durant toutes ces années! C'était donc ça? C'était ta revanche? Tu voulais que je me coupe du monde et que je finisse par me haïr au point de me faire du mal? C'était ça?
Blair était bouche bée. Sa colère avait disparu depuis belle lurette, et elle était juste abasourdie par le raisonnement de Jenny Humphrey. Comment avait-elle pu aboutir à une conclusion aussi absurde? La couronne qu'elle lui avait remise avant son départ de Constance était un cadeau, pas un piège!
- Non... murmura Blair, atterrée. Je t'ai choisie parce que tu m'avais prouvée que tu saurais être être reine tout en restant humaine.
Le visage contracté de Jenny se détendit sous le choc de l'annonce.
- Si j'avais su faire ça, si j'avais su régner tout en sachant m'ouvrir aux bonnes personnes au bon moment, alors... Alors je ne ferais pas ce que je fais.
C'était la première fois depuis le début de l'entretien que Blair parlait ouvertement de sa maladie, chacun en était conscient. Mieux: elle réussissait à se confier quant aux raisons qui l'y avait conduite. Certes, elle le faisait avec pudeur, mais elle le faisait quand même, chose inimaginable encore une demi-heure plus tôt. Chacun retenait son souffle.
La partie ne faisait que commencer...
Blair aussi était consciente du changement qui venait de s'opérer en elle. La colère de Jenny venait de briser quelque chose en son sein, une résistance qu'elle croyait jusqu'alors indestructible. Pour la première fois elle acceptait la réalité de sa maladie, et elle acceptait aussi que les autres soient au courant de sa faiblesse. Les mots d'amitié et de respect de Dan, Vanessa, Eric, Jonathan et Carter avaient créé un contexte favorable, et la colère de Jenny avait fait le reste.
Après le choc et le déni, la colère et le marchandage, Blair entrait dans une nouvelle étape: la tristesse. Elle suivait ainsi le processus de deuil classique, en sept étapes. Sauf qu'aujourd'hui il ne s'agissait pas de mettre en terre un proche: il s'agissait d'enterrer l'ancienne Blair, la dure à cuire qui ne se reposait jamais sur les autres, pour qu'une Blair flambant neuve puisse renaître de ses cendres, guérie.
Oui, c'était bien la tristesse qui s'était emparée d'elle. Sa maladie avait blessé quelqu'un sans même qu'elle s'en rende compte. Dans l'absolu, blesser les autres ne la dérangeait pas, mais seulement quand la personne le méritait ou quand cela lui permettait d'atteindre un but. Bref: quand c'était intentionnel...
Mais dans le cas présent, elle n'avait aucunement eu l'intention de heurter qui que ce soit. Elle n'avait pensé qu'à elle, n'avait cherché à faire du mal qu'à sa propre personne. Pourtant, Jenny semblait profondément affectée. Après toutes les querelles et toutes les rancoeurs, jamais elle n'aurait cru que Little J puisse avoir autant d'admiration pour elle...
Et son sentiment de tristesse n'était pas prêt de disparaître alors que Nate, après avoir posé une main réconfortante sur l'épaule de Jenny, prit la parole:
- Je ne crois pas que Blair aie cherché à transmettre son mal-être à qui que ce soit.
Jenny se tourna vers lui. Nate lui sourit et poursuivit, comme s'il ne parlait qu'à elle:
- Je connais Blair depuis le jardin d'enfant, je la connais même depuis plus longtemps que Chuck. D'aussi loin que je me souvienne, ma vie est mêlée à la sienne.
Jenny se pinça les lèvres, agacée, ce qui arracha un petit sourire à Nate.
- Ne sois pas jalouse, Blair et moi sommes amis et rien ne changera cela. Ce que j'essaie de dire, c'est que j'ai connu Blair bien avant qu'elle ne cherche à devenir une reine froide et autoritaire et à agir comme si elle présidait le monde. Et je sais que, petite, elle n'était pas du tout comme ça. Elle suivait Serena partout, s'habillait comme elle, adoptait ses tics et ses mimiques... Une fois, à huit ans, elle s'est même décolorée les cheveux pour lui ressembler! Je ne te dis pas la tête de sa mère quand elle est rentrée à la maison...
Même si elle sourit, la tristesse de Blair s'accrut: cette époque lui semblait si loin...
- Je sais que, vous tous, lorsque vous observez Blair, vous ne voyez qu'une femme calculatrice et dure. Mais moi, je crois que jusqu'à la fin de ma vie je ne verrai qu'une petite fille en mal d'amour et qui essaie de se construire une autre personnalité qui plairait davantage aux gens que la véritable Blair Waldorf. Une gamine mal dans sa peau cherchant à s'évader...
Nate déposa un baiser sur le front de Jenny, puis il se tourna pour la première fois vers son ex.
- Il y a quatre ans, quand tu es entrée dans la clinique du Dr Swan et que j'ai appris pour ta maladie, j'ai été là pour toi. Aujourd'hui nous ne sommes peut-être plus ensemble, mais sache que je serai encore là, en tant qu'ami. Parce qu'aujourd'hui je retrouve la Blair fragile, celle dont je suis tombé amoureux il y a bien longtemps, celle que j'apprécierai toute ma vie. C'est la Blair dure qui nous a séparés, et j'ai longtemps regretté que tu ne sois pas restée cette petite fille. Alors n'aie pas peur de montrer cette facette aux autres, c'est la plus belle partie de ta personnalité. Et, même si c'est dans des circonstances pénibles, sache que je suis heureux de la retrouver...
Blair se pinça fortement les lèvres. Elle avait les larmes au bord des yeux. Elle avait tellement aimé Nate... Et elle était bouleversée d'apprendre que, si finalement elle l'avait perdu deux ans plus tôt, ce n'était pas parce qu'elle n'avait pas été assez bien mais parce qu'elle n'avait pas été assez elle...
Blair s'assit sur la chaise la plus proche, tremblante.
Mais pourquoi avait-elle fait cela? s'interrogea-t-elle. Pourquoi avait-il fallu qu'elle se cadenasse? Lorsqu'elle regardait en arrière, son enfance lui semblait plutôt heureuse, et pourtant Nate avait raison: elle avait toujours cherché à être quelqu'un d'autre. Pourquoi fallait-il qu'elle soit comme cela? Pourquoi fallait-il que ça lui arrive à elle?
- B, est-ce que ça va? lui demanda Serena d'une voix inquiète. Est-ce que tu veux un verre d'eau?
Blair hocha silencieusement la tête mais Serena n'eut pas le temps d'aller chercher le récipient : une main masculine lui en tendait déjà un. Blair releva la tête, espérant croiser le regard de Chuck, mais ne trouva que celui de Carter.
Elle s'empara du verre et tourna la tête pour trouver la silhouette de son petit-ami, toujours appuyée nonchalamment contre la porte, impénétrable. S'il y avait bien une personne dont elle redoutait la réaction, c'était lui. Après tout, elle lui avait menti. Non seulement sur sa maladie, mais aussi sur sa prétendue force. Et, lorsqu'il avait appris que sa reine n'était qu'un leurre, il avait convoqué ce tribunal. Pourquoi? Espérait-il la soumettre ainsi à la vindicte populaire, juste punition à ses mensonges? Etait-il déçu que les jurés aient finalement adopté une attitude bienveillante à son égard, ou était-ce au contraire son intention depuis le début?
Il ne restait plus que deux personnes n'ayant pas parlé: lui et Serena. Allait-ce être son tour? Ou se réservait-il au contraire la dernière prise de parole? Toute cette situation mettait Blair au supplice...
C'en fut trop: une nouvelle barrière s'effondra en elle. Pour la première fois depuis... Depuis quand d'ailleurs? Depuis son enfance? Depuis sa naissance? Bref, pour la première fois depuis très très longtemps, elle accepta le fait de ne pas avoir le contrôle de la situation.
De toute façon, qu'y pouvait-elle? Le mal était fait, tout le monde était au courant, et ce que ressentait Chuck ne changerait pas s'il parlait maintenant ou cinq minutes plus tard... S'il avait décidé qu'elle n'était pas celle qu'il aimait, que pouvait-elle y faire? Il l'avait vue complètement nue, et même si elle se rhabillait, cette image resterait dans sa mémoire. C'était trop tard.
Alea jacta est. Les dés étaient jetés.
En un mot, Blair était résignée.
- B, je suis tellement désolée... murmura Serena, agenouillée devant elle.
- Pas de pitié s'il te plaît... chuchota Blair.
- Je ne dis pas ça parce que j'ai pitié de toi! se récria la belle blonde, choquée. Je suis désolée à cause demon attitude!
Blair releva la tête, étonnée.
- Quand je t'ai fait venir aux îles Fidji, j'ai bien vu que tu n'allais pas bien... Mais j'étais tellement absorbée par mes petites histoires avec...
Se ressaisissant au dernier instant, elle se rattrapa:
- … Carter et tout le reste, que je ne t'ai pas assez écoutée. J'ai fait mon égocentrique, comme d'habitude. Dan parlait tout à l'heure de « la fille ordinaire issue de l'Upper East Side, se croyant le centre du monde »... Eh bien ce portrait peu flatteur me correspond tout à fait. Je m'en veux tellement... Lorsque tu es repartie, je ne t'ai même pas téléphoné pour m'assurer que tu allais bien. Et tout à l'heure, quand je t'ai retrouvée, je n'ai parlé que de moi. Je suis la pire des amies qui soit...
Blair eut un sourire triste et prit les mains de Serena dans les siennes.
- Tu sais bien que c'est faux S...
- Non, n'essaie pas de me remonter le moral, je ne le mérite pas! En comparaison, tu as toujours été là pour moi. Quand mon père est parti, quand j'ai sombré dans l'alcool, quand Georgina est revenue... Tu étais toujours là, même quand je ne le méritais pas...
Serena leva la main jusqu'à ce que sa paume touche la joue de son amie, qu'elle caressa du bout de son pouce.
- Tu as beau faire la dure devant tout le monde... Moi je sais que Blair Waldorf est l'amie la plus fidèle dont on puisse rêver. Un modèle que pas mal de personnes dans cette pièce feraient bien d'imiter, moi la première... Tu es ma meilleure amie, et je te jure que cette fois je ne te laisserai pas tomber. On va traverser cette épreuve ensemble B, et je te promets qu'on va la remporter...
Se relevant un peu, Serena embrassa avec douceur la joue de sa plus vieille amie et la prit dans ses bras. Blair s'oublia dans l'étreinte chaleureuse. Se laisser aller était si bon... Elle n'avait plus le contrôle mais, contrairement à ce qu'elle avait toujours imaginé, cet état n'était pas désagréable. Il était incroyablement reposant...
Serena se détacha enfin d'elle et, après lui avoir lancé un ultime sourire, se redressa et se tourna vers Chuck.
- Tu veux qu'on vous laisse seuls?
La sérénité de Blair fut ébranlée une seconde, avant que la résignation ne la gagne à nouveau: eh bien, s'il fallait en passer par là, autant en finir tout de suite...
- Je n'ai rien à cacher, répondit Chuck. Moi.
Voilà qui s'annonçait mal...
Chuck se décida enfin à quitter son poste de gardien de porte et s'approcha du siège où reposait Blair. L'attrapant énergiquement par le bras, il la força à se lever pour pouvoir la regarder bien en face.
- Tu es une parfaite idiote, siffla-t-il.
Blair blêmit. Pourtant, elle ne chercha pas à détacher son regard de celui de Chuck: elle était prête.
La lâchant enfin des yeux, Chuck entreprit de faire les cent pas autour d'elle, l'encerclant comme un chasseur piégeant sa proie.
- « Pourquoi ne m'a-t-elle rien dit? » Voilà la question que je me suis posé en boucle lorsque Serena m'a appris la vérité... J'ai formulé différentes hypothèses: sujet de filles, poids du secret, honte... Je pense qu'il y a un peu de tout cela dans ton silence. Mais très vite, j'ai compris quelle était la principale raison qui te forçait à te taire et à me mentir tout ce temps: tu avais peur. Peur de t'ouvrir à moi, peur de ma réaction. Peur que, en me montrant tes failles, tu me déplaises et que je te quitte...
S'arrêtant devant elle, Chuck répéta:
- Tu es une parfaite idiote.
Il se rapprocha de Blair et, l'air plus menaçant que jamais, récita:
- « Qu'importe ce que tu traverses, je voudrais être là pour toi. La pire chose que tu aies jamais faite, la pensée la plus sombre que tu aies jamais eue... Je te soutiendrai envers et contre tout. »
Blair cligna rapidement des yeux. Ces mots étaient les siens. Elle les avait prononcés après l'enterrement de Bart Bass, à peine quelques mois plus tôt...
- Et je t'ai crue, poursuivit Chuck. Je suis revenu vers toi ce soir-là. Je t'ai montré mon côté le plus vulnérable car j'avais confiance en toi.
Il s'arrêta un instant avant de conclure:
- Mais ce n'était que des mots n'est-ce pas?
La bouche de Blair s'ouvrit légèrement sur le coup de la surprise.
- Non!
- Si... insista Chuck, l'air sombre. Car si tu les avais pensés une traître seconde, alors tu n'aurais jamais eu peur de te montrer vulnérable à ton tour. Tu aurais su que, moi aussi, je t'aurais accueillie à bras ouverts dans la situation inverse.
Blair s'était attendue à beaucoup de choses, mais pas à ça... Elle allait perdre Chuck parce qu'il pensait qu'elle n'avait pas confiance en lui? Alors que c'était tout l'inverse: elle ne lui avait rien dit parce qu'elle n'avait pas confiance en elle!
- Tu veux d'autres mots? poursuivit-il. En voilà:« Tu ne comprends donc rien à rien? Je serai toujours là... Je ne veux pas que tu ailles où que ce soit... Je ne le supporterais pas. Alors, quoique tu envisages de te faire, s'il te plaît ne me l'inflige pas... »
Blair baissa la tête. Ces paroles aussi étaient les siennes. Elle les avait prononcées sur le toit du Victrola, lorsque Chuck menaçait de sauter dans le vide...
Elle commençait à comprendre... Toute l'année passée, elle avait poussé Chuck dans ses retranchements afin qu'il s'ouvre à elle. Et il l'avait fait, peu à peu. Il lui avait offert deux choses qu'il n'avait jamais données à qui que ce soit auparavant: sa confiance et son amour. Or, le fait qu'elle lui aie caché sa maladie était la preuve qu'elle était incapable de lui donner ce que, lui, lui avait offert.
- Je suis désolée... murmura-t-elle, les yeux toujours rivés au sol.
Un long silence lui fit écho. Enfin, après une éternité, elle sentit une main se placer sous son menton et relever doucement sa tête.
- Rassure-toi, murmura Chuck en plantant ses prunelles dans les siennes, je suis peut-être énervé contre toi, mais ce n'est rien comparé à la colère que je ressens vis-à-vis de moi-même.
Encore une fois, sa réaction laissa Blair pantoise.
- J'ai moi aussi été un parfait idiot, reprit-il à voix basse. Tout ce temps, je t'ai vue dépérir mais je n'ai jamais réussi à toucher le coeur du problème. Je croyais que ça avait un rapport avec moi, alors qu'en fait le problème était bien plus profond que ça. J'aurais dû le savoir.
Il carra la mâchoire et reprit:
- Toi et moi, nous sommes les deux facettes d'une seule et même pièce. Je suis ton double, tu es mon reflet. Je t'ai vue sombrer comme j'ai moi-même sombré cette année. Mais toi, tu as tout de suite compris que la mort de mon père n'était que le problème à la surface, qu'il était avant tout question de l'homme que je pensais être, opposé à celui que je voulais devenir. Mais moi je n'ai rien vu. Rien. Tu as sombré et je t'ai observée te noyer de mes grands yeux innocents, te lançant une bouée au milieu de la tempête lorsque tu avais besoin d'une corde.
Il se tut un instant.
- Je te demande pardon.
Blair éclata en sanglots. Elle ne savait pas trop pourquoi, mais pleurer était la seule chose dont elle était capable en cet instant. Ce n'était pas des larmes de tristesse. Elle n'était pas capable de mettre un mot sur ses sentiments, tout était trop confus. Elle avait seulement l'impression que tout s'était effondré en elle. Il y avait un immense voile blanc qui recouvrait tout, et elle ne distinguait plus rien...
Elle n'aurait su dire combien de temps elle avait pleuré. Personne n'avait cherché à l'interrompre ou à la consoler. Ils l'avaient juste laissée faire... Lorsqu'elle avait relevé la tête, elle se rendit compte que Dan, Vanessa, Eric, Jonathan, Carter et Jenny avaient quitté la pièce en silence. Seuls Nate, Serena et Chuck étaient restés avec elle.
Le carré fondamental.
La base, constituée des quatre amis qui s'étaient toujours reposés les uns sur les autres depuis l'enfance. Ils avaient été là pour Nate lorsque son père avait été emprisonné. Ils avaient été là pour Serena lorsque Georgina était revenue l'an dernier. Ils avaient été là pour Chuck lorsque son père avait péri.
Maintenant, c'était son tour.
Au centre de ses deux acolytes, Chuck fit un pas en avant et prit la parole en leurs noms:
- Tu as eu beau faire durant toutes ces années, personne n'a été dupe: tout le monde a toujours su que Blair Waldorf n'était pas le robot qu'elle déclarait être. Mieux: c'est précisément parce qu'elle est humaine et perfectible que les gens l'aiment. Alors arrête de te cacher. De toute façon, tout le monde est courant. Et inutile de te punir en te faisant vomir, parce qu'il n'y a rien à punir. Nous t'aimons. Telle que tu es.
Il marqua une pause avant de transmettre leur requête:
- Maintenant, il faut que tu guérisses... Pour nous. Pour moi. Pour toi.
Le regard de Blair passa d'un visage à l'autre. Tandis qu'elle observait leurs regards sereins, confiants, elle parvint à mettre un mot sur le sentiment qui l'habitait: l'acceptation. Oui, elle était malade. Oui, ils étaient au courant. Et pourtant, ils étaient encore là. Et ils avaient confiance en elle, ils savaient qu'elle pouvait s'en sortir. Et pas à cause des petits airs qu'elle se donnait... Non, ils pensaient qu'elle pouvait surmonter cette épreuve parce qu'ils savaient que Blair Waldorf était véritablement une battante.
Son visage se fendit en un sourire reconnaissant et, d'un hochement de tête, elle accepta le défi que ses amis lui avaient lancé.
Quelle soirée! Félicitations Chuck et Jenny: cette fête restera dans les annales! Allez, en route pour une dernière scène, car la meilleure partie de tout dîner est le dessert, n'est-ce pas?
L'ambiance s'était adoucie sur la piste. L'heure avançant, le DJ avait troqué les rythmes dansants pour des mélodies plus suaves sur lesquelles les corps fatigués se laissaient aller avec mollesse et sensualité.
Sur le bas côté, Dan, Vanessa, Eric et Jonathan observaient le spectacle en sirotant un cocktail multicolore.
- Je préférais notre imitation des Jackson Five tout à l'heure sur Blame it on the Boogie! s'exclama Dan.
- Sauf qu'on était plutôt les Jackson Four pour le coup... rappela Vanessa.
- C'est vraiment dommage que Chuck n'ait pas voulu se joindre à nous, en plus il avait le costume idéal! déclara Jonathan, l'air déçu.
- Parce que tu croyais vraiment qu'il allait accepter? se gausa Eric.
Les quatre complices sourirent en imaginant la scène, avant de reporter leur attention sur la piste.
- N'empêche, je suis un peu déçue... reprit Vanessa. Moi qui avais espéré un final flamboyant à la Dirty Dancing, tout ceci semble un peu … fade.
Dan grimaça. Collant son faux sourire de play boy sur son visage, il déboutonna le premier bouton de son tee-shirt (effet du plus ridicule sur son déguisement de Mario Bros) et se mit devant le petit groupe. Il regarda fixement Eric et déclara le plus sérieusement du monde:
- « Personne ne laisse Bébé dans un coin »
Puis il prit la main de Vanessa et l'entraîna sur la piste, ce qui fit beaucoup rire la petite bande. Lorsqu'il dépassa Jenny et Nate -lancés dans un slow collé-serré-, il leur décocha un clin d'oeil complice.
*
- Tu penses que Dan a compris pour nous deux? demanda Jenny.
- A moins d'être complètement aveugle, je pense que oui... sourit Nate.
- Ca n'a pas l'air de le déranger...
Nate la regarda tendrement.
- Ca te faisait peur?
- Un peu... Tu aurais pu me quitter, comme la dernière fois... reconnut-elle en rougissant.
Nate colla son front contre celui de l'adolescente.
- Dan et moi avons réglé le problème lors de notre séjour à Miami. Mais de toute façon, même s'il n'était pas d'accord, il n'y a plus rien qui m'empêcherait d'être avec toi...
Le visage de l'adolescente s'illumina, tandis que les lèvres de Nate effleuraient les siennes.
*
- On les imite? demanda Carter en designant les deux amoureux du menton.
Serena gloussa et accepta le baiser de son cavalier.
- Ca a l'air d'aller mieux toi... reprit Carter en s'éloignant de quelques millimètres.
- Hum... acquiesça Serena en hochant la tête, l'air grave. Mais quand même, je m'en veux tellement pour Blair...
- Comment aurais-tu pu remarquer quoi que ce soit? Tu étais à l'autre bout de la planète!
Serena sourit.
- Tu es mignon quand tu essaies de me remonter le moral...
- Seulement quand j'essaie de te remonter le moral?
Le sourire de Serena s'élargit.
- Idiot!
Cette fois, ce fut elle qui l'embrassa.
- Je suis sûr que tout ira bien pour elle, la rassura Carter. Regarde-la un peu.
A quelques mètres d'eux, Blair dansait dans les bras de Chuck. Serena hocha la tête.
- Tu as raison, reconnut-elle. Ensemble, ils sont indestructibles...
*
- Alors, que dit la suite? demanda Blair.
- Je ne sais pas, murmura Chuck. A toi de l'écrire...
B posa la tête dans le creux de l'épaule masculine et ferma les yeux, se laissant emporter par le mouvement et la douceur de son étreinte. Ici, elle était en sécurité. Ici, elle avait plus de force et de courage que quiconque.
- Demain matin je téléphonerai à ma mère, chuchota-t-elle sans changer de position. Je lui expliquerai tout et ensuite je ferai mes bagages.
Comme Chuck ne répondait rien, elle se redressa et précisa:
- Pour la clinique du Dr Swan...
- Je sais.
- Et ça ne te fait rien?
- Tu es malade, tu vas te faire soigner. Est-ce que ça te semblerait anormal que j'aille voir le médecin si j'étais grippé?
Blair sourit, sentant son coeur fondre devant les grands yeux sérieux de Chuck.
- Tu prends tout ceci avec une sérénité étonnante.
- J'ai quelqu'un sur qui prendre exemple...
Blair haussa les épaules, comprenant qu'il faisait référence à son propre comportement lorsqu'il avait perdu son père.
- Comment t'est venue l'idée du « tribunal »? demanda-t-elle.
- Je savais que, si je venais simplement t'en parler, tu nierais tout en bloc et tu te fermerais encore un peu plus. Il faut au moins un séïsme de magnitude 7 pour ébranler Blair Waldorf... Quant au reste, le mérite leur revient. Je ne leur ai pas suggéré de mettre en avant leur connaissance de tes failles comme critère de leur amitié pour toi, c'est venu naturellement...
Blair hocha la tête et réfléchit quelques instants.
- Je ne suis pas guérie tu sais.
- Bien sûr. Ce n'était pas le but. Mais une première étape est franchie...
- … j'ai accepté le fait que je suis malade, acheva-t-elle. Et que j'ai besoin d'aide...
- … que tu ne la trouveras que là-bas, auprès d'un personnel compétent et qualifié.
Le regard de Blair accrocha à nouveau celui de son petit-ami.
- Tu m'attendras n'est-ce pas?
Chuck carra la mâchoire.
- Jusqu'à la fin des temps...
*
- Tu es sûr?
Effaré, Rufus s'écarta légèrement de Lily afin de l'observer, sans s'arrêter pour autant de danser.
- Evidemment! Si je ne pensais pas t'aimer pour toujours, je ne t'épouserais pas!
Lily poussa un soupir de soulagement. Elle avait beau connaître la profondeur des sentiments de son fiancé, elle avait ressenti le besoin d'entendre une dernière fois ces mots avant de se lancer.
- Rufus, il y a quelque chose que tu dois savoir...
Elle gonfla d'air ses poumons. La décision avait été difficile à prendre, mais sa confrontation avec Blair s'était révélée décisive: quoiqu'elle en dise, la meilleure amie de sa fille gardait un secret, c'était certain. Et, à voir sa mine soulagée depuis un peu plus d'une heure -lorsque tous les enfants avaient resurgi de Dieu sait où-, elle avait dû se soulager de ce fardeau.
Et Chuck était toujours là.
- J'ai longtemps eu peur de te le dire, car j'avais peur de ta réaction, mais je ne peux plus me taire... reprit-elle. T'épouser dans de telles circonstances serait presque … immoral. Dans tous les cas, ce serait un mauvais départ. Et ... je veux croire en nous. Je veux croire que nous pourrons traverser cette épreuve.
- Je t'écoute Lily.
Rufus était étonnamment calme. Il était prêt, réalisa-t-elle soudain, non sans surprise. Comme s'il s'attendait à ce qu'elle lui fasse une révélation. Rufus la comprenait toujours si bien, aurait-il pu deviner...
La jeune femme secoua la tête, rassemblant ses pensées. Elle ouvrit la bouche, réfléchissant aux mots qu'elle devrait prononcer en premier, lorsque le bruit horriblement strident d'un micro qu'on branche l'interrompit en plein élan.
- Mesdames, messieurs... commença une voix pâteuse. Excusez-moi de vous déranger...
Tous les convives tournèrent la tête vers la scène où une silhouette titubait dans la pénombre.
- … mais j'ai une annonce à faire. A Lily. Lily Van Der Woodsen. Li-lyyy! Oùùù es-tuuu?
Soudain, un projecteur fut braqué en direction de l'inconnu. Même si celui-ci plaça sa main devant ses yeux pour se protéger, Lily le reconnut tout de suite.
- Papa! cria la voix de Serena.
Sur la scène du Victrola, un fantôme passablement ivre venait de ressurgir du passé: Keith Van Der Woodsen, son premier mari.
- Salut Sery! s'exclama celui-ci. débonnaire. Excuse-moi ma chérie, mais ce soir je suis venu voir ta mère. Liii... Ah tu es là! s'arrêta-t-il enfin, satisfait, l'index tendu vers elle. En train de danser avec Rufus Humphrey, bien entendu. Comment ça va Rufus, ça fait un bail! J'espère que mon intrusion ne te dérange pas, mais quand j'ai appris que, toutes ces années après, tu essayais encore de me piquer ma femme, j'ai pas pu résister...
Désignant le décor et les costumes des années 80 autour de lui, il déclara:
- On s'y croirait hein?
- Papa arrête!
Lily avisa pour la première fois ce qui se passait autour d'elle. Plus personne ne dansait et le DJ avait coupé la musique. Toute l'attention était concentrée sur Keith. Serena poussait du coude les invités aussi rigides que des statues pour se faufiler jusqu'à la scène. Pour une raison inconnue, elle ne semblait pas du tout étonnée de tomber nez à nez avec son père après toutes ces années. Quant à Eric, il était introuvable...
- Mais tu vois Rufus, reprit Keith toujours aussi saoul, il y a un problème: tu peux PAS épouser Lily parce que Lily est déjà MA femme, tu comprends! Enfin peut-être plus techniquement, mais bon j'ai été le premier à qui elle a dit « jusqu'à ce que la mort nous sépare » alors le reste c'est que de la paperasse!
- Papa je t'en prie!
Keith fit un grand geste du bras comme s'il chassait une mouche importune. Puis, pour la première fois depuis son entrée en scène, il cessa de gigoter et réussit même à la regarder sans vaciller.
- Alors Lily, j'ai quelque chose à te demander...
- Papa, non!
- Lily, mon amour, veux-tu m'épouser?

Vous n'aviez tout de même pas oublié la cerise sur le gâteau?
XoXo
Gossip Girl
Fin de l'épisode
Retrouvez prochainement la suite (et fin) dans le ...
3x04 - Mouths wide shut
Promo
Serena tente de se frayer un chemin à travers une horde de journalistes.
- Melle Van Der Woodsen, savez-vous pourquoi votre père a été convoqué à la barre aujourd'hui?
- Avait-il un lien avec la victime ou avec le présumé coupable?
- Serena, comment votre mère a-t-elle réagi après sa demande en mariage la semaine dernière?
- Son mariage avec Rufus Humphrey est-il toujours d'actualité?
Serena, debout, s'exclame face aux deux enfants Humphrey allongés côté à côté sur un lit:
- Ce n'est pas pour autant que nos parents ne vont pas se marier et que nous n'allons pas former une famille!
- Ca c'est toi qui le dis... ricane Jenny.
- On ne peut pas dire que Lily ait été très claire à ce sujet, reconnaît Dan.
Rufus et Lily sont assis sur un canapé.
- Lily, il faut que nous parlions...
- Il me semblait pourtant que nous parlions à l'instant...
- Ne joue pas sur les mots s'il te plaît. Pas en ce moment.
Lily baisse la tête.
Dans une chambre, Jenny pousse un petit soupir d'aise tandis que Nate, allongé sur elle, passe sa langue sur le lobe de son oreille, descend le long de sa nuque et s'arrête sur son omoplate, faisant descendre la bretelle de son débardeur et celle de son soutien gorge pour mieux embrasser sa peau nue.
Toujours allongé à plat ventre sur un lit, Dan s'exclame:
- C'est juste que c'est tellement … énorme! On se croirait dans un polar de Stieg Larsson: crime, gros sous, sexe... Tout y est! J'ai juste du mal à assimiler le fait que, cette fois, ce soit pour de vrai.
This is the moment of the last episode of the season...
Gossip Girl
3x04 - Mouths Wide Shut
4.21.11
On HW