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Interdit aux moins de 16 ans

Ardente plénitude

Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 05.05.2011 à 20h38
Auteur : okapi 
Statut : Terminée

« "Ardente plénitude" est la traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "Heroes and fools". » okapi 

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Michaela avala sa salive et dit doucement : "En fait... Nous avons découvert aujourd'hui que quelqu'un que nous aurions préféré éviter était à San Francisco..."

Monsieur Beauchamp plissa les yeux. "Oh ?" répondit-il.

Elle inspira profondément.

"Il... Cet homme... a un talent bien étrange pour retrouver où nous sommes..." dit-elle.

"Et ?"

"Et nous savons qu'il va se montrer à l'endroit où nous logeons," expliqua Sully.

Voyant la tête de monsieur Beauchamp, Sully ajouta aussitôt: "Ne vous inquiétez pas... Il n'est pas un représentant de la loi ou quoi que ce soit," ajouta-t-il avec un petit sourire ironique. "Nous n'avons aucun souci de ce côté là... Cet homme embête Michaela, c'est tout..."

Monsieur Beauchamp fronça les sourcils. "Je n'ai pas pensé une seconde que vous puissiez avoir des soucis avec la loi, Michaela, Sully... Il vous embête, vous dites ?"

"Oui... Elle l'a connu il y a des années lorsqu'elle étudiait... Il est arrivé à Colorado Springs, venant de nulle part, il y a quelques mois... et maintenant, il nous a suivi jusqu'ici..." expliqua Sully.

"Je vois... Et vous n'aimez pas cet homme, Michaela ?" demanda Monsieur Beauchamp.

Elle secoua la tête et elle serra inconsciemment les mâchoires.

Remarquant son évident malaise, il fronça les sourcils. "Alors, il n'y a qu'une chose que vous puissiez faire... Vous allez tous finir votre séjour à San Francisco en tant que mes invités... ici, chez moi," annonça-t-il d'une voix intransigeante.

 

Adrian se tenait sur le trottoir, sous la lumière d'un réverbère, et resserra sa veste contre lui.

C'était l'été et pourtant, un brouillard sinistre et presque écoeurant était tombé sur la ville, apportant avec lui une froideur inhabituelle dans l'air de la nuit.

Il jeta un coup d'oeil à travers ce nuage vaporeux et vit la porte principale du petit hôtel de l'autre côté de la rue.

Cela ne lui avait pas pris beaucoup de temps pour orienter la conversation, lors du dîner, sur l'endroit où logeaient Michaela et sa famille.

Il avait été confus, au début, lorsque Robert avait parlé d'un hôtel éloigné du centre-ville.

Il aurait juré que Michaela lui avait dit qu'elle logeait dans le centre-ville, mais Robert avait été catégorique.

Alors, peu après le souper, il s'était excusé et était venu ici... pour attendre.

Alors que le temps passait, le nombre de passants diminua et maintenant, seulement un buggy passait de temps en temps sur la route de pierre, ou bien un homme trébuchait à cause de tout l'alcool qu'il avait bu dans l'un des bars près des quais.

Il soupira d'exaspération.

Il savait qu'il était allé trop loin cet après-midi, qu'il avait trop insisté, il l'avait vu sur son visage.

Elle n'était pas encore prête.

Il savait également que si elle et sa famille était effectivement parties dîner ce soir, il aurait peu ou aucune chance de parler avec elle à son retour.

Mais il 'devait' être là, près d'elle.

Il fouilla dans la poche intérieure de sa veste et sortit sa montre de poche.

Le tenant dans le peu de lumière qu'offrait la lampe au-dessus de lui, il vit qu'il était vingt-deux heures passées de quelques minutes.

L'heure de leur retour approchait sûrement, surtout avec des petits enfants. 

Bien sûr, la pensée qu'ils ne soient pas du tout partis de l'hôtel lui avait traversé l'esprit.

En fait, ils dormaient peut-être paisiblement pendant que lui se tenait là, dans la froide brise d'été.

Il jeta un coup d'oeil aux fenêtres au-dessus de l'entrée de l'hôtel.

Trois étages, six fenêtres et ils pouvaient être derrière chacune d'elles.

Il se déplaça de l'autre côté du réverbère de façon à pouvoir reposer son poids sur son autre jambe.

Il pensa un instant à Miriam qui se demandait certainement où il était.

Il émit un faible grognement.


okapi  (09.12.2011 à 15:06)

Elle lui avait à peine réservé un accueil jovial lorsqu'elle était rentrée chez elle ce soir.

Il aurait pensé qu'après toutes ces années, elle aurait été ravie de le voir, mais son accueil, en tout cas, avait été plutôt froid.

Il haussa les épaules.

Lui et Miriam n'avaient jamais été très proches et elle avait quitté Philadelphie et sa famille, lorsqu'elle avait épousé Robert, sans un regard derrière elle.

Il regarda à nouveau de l'autre côté de la rue.

En tout cas, le brouillard s'épaississait.

Dans peu de temps, il ne serait plus capable de la voir si elle rentrait.

On entendit, dans la nuit silencieuse, le bruit d'un autre buggy qui descendait la rue en donnant l'impression de ralentir.

Enfin, il sortit des ténèbres et fit halte juste devant l'hôtel.

Son coeur s'accéléra lorsqu'il se rendit compte que c'était bien elle et la voiture dans laquelle elle était fut une révélation.

Le luxe qui s'en dégageait, ajouté aux chevaux noisette parfaitement assortis, ses harnais en cuir ainsi que les lampes en cuivre brillant, tout cela le déconcerta.

Comment Michaela, ou un membre de sa famille, pouvaient-ils connaître quelqu'un d'aussi riche ?

Il regarda son fils descendre en sautant et prendre la petite fille des bras de son père, puis Sully descendit, Michaela lui tendit le bébé avant de descendre elle-même.

Comme il voulait traverser la rue et la prendre lui-même dans les bras !

Elle lui faisait toujours cet effet, elle lui avait toujours fait.

Ce soir, elle lui rappelait la Cendrillon du conte de fées dans sa robe rouge foncé et sa voiture luxueuse, et il voulait désespérément être son Prince Charmant, la prendre dans les bras et l'emmener loin de la misère de son existence dans le rustique et ridicule Colorado Springs.

Mais au lieu de cela, il resta enraciné là où il était et ne fit que regarder elle et sa famille se dépêcher d'entrer à l'intérieur de l'hôtel avant de disparaître.

Il soupira.

Il allait attendre pour voir si une lampe allait s'allumer dans l'une des chambres donnant sur la rue et puis il retournerait certainement chez sa soeur, en passant avant cela dans l'un de ces bars des quais.

 

"Ne t'en fais pas pour la lampe," chuchota Sully tandis que Brian posait Katie sur son lit. "Il y a assez de lumière dans le hall pour la déshabiller. Pourquoi ne vas-tu pas te laver pendant que moi et ta mère mettons Katie au lit ?"

Brian fatigué hocha la tête, saisit une serviette et descendit dans le hall, vers une salle de bains.

Quelques minutes plus tard, en bordant sa petite fille endormie dans son lit avant de l'embrasser, il réalisa avec appréhension qu'il était seul. Michaela avait apporté William dans leur chambre. Il se leva en vitesse, dit bonne nuit à son fils et se dirigea vers sa chambre, juste à côté.

Lorsqu'il entra, Michaela se redressa près du berceau où elle avait déposé William.

"Profondément endormi," murmura-t-elle. "Tu pourrais tirer les rideaux, s'il te plaît ?"

Il hocha la tête, fit rapidement ce qu'elle lui avait demandé et traversa la chambre obscure pour aller regarder son fils dans le berceau.

Lorsque tout ce qu'il entendit fut la respiration profonde et régulière du bébé, il se redressa aussi et prit immédiatement Michaela dans les bras. 

Elle se coula volontiers dans son étreinte protectrice, la tête contre son torse.

Il lui caressa le dos et dit doucement : "Ça a été une sacrée journée, n'est-ce pas ?"

Elle hocha la tête. "Oui..."

"Je n'arrivais pas à croire l'offre de Monsieur Beauchamp," murmura-t-il.

"L'argent ou la proposition de loger chez lui ?"


okapi  (10.12.2011 à 10:25)

Il rit.

"Les deux, je crois," répondit-il tout bas.

"Nous avons des décisions à prendre..."

"Oui, je crois aussi..."

Elle le regarda dans les yeux.

"Qu'est-ce que ça te ferait de rester chez lui pendant quelques jours ? Il était si persuasif..."

Il sourit.

"Tu me connais... Les maisons élégantes, ce n'est pas mon style, mais il nous donne l'impression d'être chez nous et bienvenus... Et quand il a parlé de la maison au bord de l'océan et Katie et Brian qui pourraient se baigner..."

"Ça donnait envie, n'est-ce pas ?" acquiesça-t-elle.

Il hocha la tête. "Les enfants adoreraient ça aussi..."

Elle sourit. "Je crois que leur père aussi... sans mentionner leur mère..."

"Donc, il semblerait que la décision soit prise...?"

Elle hocha la tête et dit doucement : "Ça pourrait aussi dissuader Adrian..."

"Même si ce n'est pas le cas, Monsieur Beauchamp a dit que Tilson ne rentrerait jamais..."

Il y eut un long silence avant que Michaela murmure soudain : "Je l'ai vu, Sully..."

Il se recula pour la regarder dans les yeux et sut immédiatement ce qu'elle avait voulu dire.

Il hocha la tête vers la fenêtre.

"Dehors ? Près du réverbère ?" dit-il doucement. "Moi aussi... Je ne m'étais pas aperçu que tu l'avais remarqué..."

Elle avala difficilement sa salive.

"Je ne savais pas pour toi non plus... jusqu'à ce que tu dises à Brian de ne pas s'en faire pour les lampes... Je ne comprends pas pourquoi il était là... à nous observer, encore..."

Sully grogna avec dérision. "Moi non plus... Il n'a pas essayé de dire quoi que ce soit... C'est comme s'il attendait, juste pour te voir..."

Elle frissonna.

"Je savais que ça ne prendrait pas longtemps avant qu'il découvre où nous logions.

"Monsieur Beauchamp a dit qu'on pouvait déménager demain..."

"Je ne supporte pas l'idée qu'Adrian observe tout ce que je fais..." Murmura-t-elle d'une voix plaintive.

"Alors, je sortirai en premier, demain matin... et nous prendrons un taxi jusqu'à la maison..." répondit Sully.

"Cette fois, Tilson va être perdu..."


okapi  (11.12.2011 à 09:31)

Chapitre 34 :

Michaela s'appuya avec paresse contre un énorme rocher sur la rive de la baie de San Francisco et tourna son visage vers la chaleur du soleil de ce début d'été.

Comme un signe du ciel, depuis les trois jours qu'ils logeaient chez Monsieur Beauchamp, il avait fait de plus en plus chaud, donc s'asseoir dans le sable et nager dans l'océan étaient devenues des occupations idéales.

Elle inspira profondément l'air marin.

Elle ne s'était pas sentie aussi détendue depuis... eh bien, elle ne se souvenait pas de la dernière fois où elle s'était sentie aussi bien.

C'était comme s'ils étaient entrés dans un autre monde lorsqu'ils avaient franchi le seuil de la maison d'amis de Monsieur Beauchamp.

Malgré leurs protestations qu'ils pouvaient et allaient s'occuper d'eux-mêmes, leur vieil ami et son personnel avaient, de façons très subtiles, tout fait pour rendre leur séjour agréable.

Elle sourit lorsqu'elle pensa au délicieux repas de pique-nique délicatement déposé dans un panier à côté d'elle.

Chaque matin, avant de partir pour son bureau, dans le centre-ville, Monsieur Beauchamp demandait ce qu'ils comptaient faire de leur journée et s'assurait qu'un buggy et qu'un chauffeur étaient disponibles pour eux.

Donc, ils avaient visité les Gardens et le Presidio et s'étaient aventurés dans les docks pour observer l'activité et absorber l'excitante combinaison d'odeurs et de paysages.

La veille au soir, elle et Sully étaient allés à une pièce de théâtre au San Francisco Playhouse, en tant qu'invités de Monsieur Beauchamp.

La pièce, une comédie, avait été très bonne et Sully, en particulier, l'avait bien aimée.

Malheureusement, elle s'était trop inquiétée pour William et la possibilité qu'il se réveille pour boire son lait qu'elle avait eu du mal à se concentrer et à apprécier la pièce.

Elle sourit.

Elle avait oublié comme c'était agréable de se faire un peu choyer.

Même Sully semblait aimer ce nouveau style de vie et les enfants se régalaient.

Elle jeta un coup d'oeil vers la plage de sable où Brian et Katie se frayaient un passage entre les gros rochers.

Elle avait oublié le nombre de fois où Katie était revenue vers elle en courant pour lui montrer un coquillage coloré ou une petite créature marine qu'elle avait trouvée.

Brian demandait souvent des informations en rapport avec la mer, dans ce monde si différent des forêts du Colorado.

Elle sourit avec indulgence.

Il grandissait vraiment et devenait un jeune homme parfait, mais le petit garçon attachant restait encore en lui, comme son excitation lorsqu'il découvrait quelque chose de nouveau.

Elle regarda ensuite son mari, assis dans l'eau peu profonde du bord.

Il était pieds nus et torse nu et avait leur petit garçon sur les genoux.

De temps en temps, lorsqu'une vague arrivait sur eux, il trempait les pieds de son fils dans l'eau froide et riait quand William criait de joie, remuait les jambes et agitait les bras en réaction à cette étrange sensation.

Sully, lui aussi, semblait plus détendu qu'elle ne l'avait jamais vu, sauf peut-être durant leur lune de miel.

Malgré tout cela, elle savait qu'il n'oubliait jamais qu'Adrian était en ville.

Elle inspira profondément.

Elle faisait vraiment des efforts concentrés pour repousser cet homme horrible au fond de sa tête, mais de temps en temps, il réapparaissait et la mettait en colère, autant contre elle-même que contre lui.

Ils ne l'avaient pas vu depuis cette nuit où ils étaient rentrés à l'hôtel et qu'il se tenait sous le réverbère de l'autre côté de la rue.

C'était ridicule de penser qu'il avait abandonné.

Elle était déjà tombée dans ce piège auparavant. 


okapi  (12.12.2011 à 13:31)

Il était également ridicule d'espérer qu'il ne savait pas où ils étaient.

Miriam le savait et elle n'avait aucune raison de le garder secret.

Donc, même s'ils savouraient tous ce moment dans cet endroit retiré et privé, il y avait toujours, insidieusement, dans le fond, la pensée qu'Adrian puisse resurgir à un moment donné. Elle se secoua mentalement. Elle s'était promis d'oublier Adrian pour l'instant et d'apprécier ce temps très précieux avec sa famille.

A nouveau, Sully plongea les pieds du bébé et le baigna même plus haut dans l'eau salée, ce qui le fit pousser de petits cris.

Elle rit et dit assez fort : "Ne le laisse pas attraper de coup de soleil, Sully... Il semble faire bien plus chaud aujourd'hui..."

Sully se retourna et lui fit un petit sourire avant de prendre William dans les bras, de se lever et de se diriger vers elle à grandes enjambées.

Lorsqu'il fut à côté d'elle, il secoua William ruisselant au-dessus d'elle et des gouttes d'eau de mer tombèrent sur sa robe verte en faisant des dessins dans le tissu.

"Sully !" s'exclama-t-elle en riant avant de prendre leur tout petit fils.

Une fois dans ses bras, elle enveloppa le bébé dans une serviette propre et le serra contre elle.

Il gargouilla de joie, puis il donna des coups de pieds dans la serviette car elle limitait ses mouvements.

Elle lui sourit et le posa tout nu sur la couverture à côté d'elle, dans l'ombre du rocher.

Il était sur le dos, il la regardait et elle ne put s'empêcher de s'allonger à côté de lui, leurs visages séparés de seulement quelques centimètres.

De l'autre côté du bébé, Sully fit la même chose et les yeux du petit allèrent alternativement de sa mère à son père.

Sully posa délicatement la main sur le ventre de William.

"Il grandit, n'est-ce pas ?" dit-il. "Et on peut dire qu'il est plus intéressé par ce qui se passe autour de lui..."

"Chaque jour un peu plus," soupira-t-elle.

"Le temps où Katie n'était pas plus grande que ça ne me semble pas si loin... regarde-la maintenant."

Il hocha la tête.

"Et il est plus longtemps éveillé," ajouta-t-il en chatouillant le ventre du bébé. "On dirait qu'il aime l'eau."

"Oui," répondit-elle.

"Et il n'aime pas être confiné dans des vêtements... Ça me rappelle quelqu'un d'autre..." Dit-elle en souriant à son mari d'un air séduisant.

Il rit. "Ah ? Qui cela pourrait-il bien être ?" Demanda-t-il en roulant des yeux.

Elle tendit la main et la posa sur la sienne tout en caressant ses doigts avec son pouce. "Ce n'est pas que ça me dérange," murmura-t-elle en baissant les yeux, les dirigeant involontairement vers le physique musclé et bronzé de son mari.

Il leva sa main jusqu'à ses lèvres. "Du moment que je te plais," dit-il avec désir.

"Toujours," répondit-elle en murmurant. "De tant de façons..."

Leurs regards se croisèrent à nouveau et ils se fixèrent.

 


okapi  (13.12.2011 à 13:45)

Ils furent tous les deux surpris lorsque William roula soudain sur le côté pour regarder Sully qui éclata de rire en voyant le regard de surprise de son bébé.

"On dirait qu'il ne s'attendait pas à pouvoir faire ça," rit-il en chatouillant à nouveau le ventre du bébé.

"Ils grandissent si vite," songea Michaela. "J'ai envie de ne rien rater..."

Sully l'observa d'un air rêveur. "Tu ne parles pas seulement de William, n'est-ce pas ?" commenta-t-il sagement.

Elle secoua la tête et baissa les yeux.

"Tu te demandes ce qui se passe à la maison ? On a l'impression d'être à des millions de kilomètres ici, n'est-ce pas ?" dit-il doucement.

Elle hocha la tête.

"Il reste seulement quelques semaines avant le mariage... et Andrew doit gérer les deux cliniques..."

"Au moins, il n'a pas à s'occuper de Tilson..."

"Il est peut-être rentré chez lui... Nous ne l'avons plus du tout vu."

"Oui, peut-être... Mais je pense qu'il essayerait de te voir encore une fois avant de repartir... Il semblait vraiment avoir envie de se rapprocher de toi quand je vous ai interrompu chez Miriam."

Elle baissa à nouveau le regard.

"Tu as entendu ce qu'il disait ?"

Lorsqu'il hocha la tête, elle affirma : "Il se leurre, Sully... Je ne lui ai jamais donné une raison de penser que j'ai des sentiments pour lui... aucune... A chaque fois qu'il est dans les parages, je suis tendue et je me demande ce qu'il va dire ou faire... Ça a toujours été comme ça, même lorsque j'étais au collège de médecine."

"Je sais," répondit Sully.

"En fait, c'est difficile pour moi de me retenir de lui parler... Ça ne te ressemble pas de t'inquiéter ou même d'avoir peur à cause de quelqu'un... Je n'aime pas ça du tout."

Son visage rougit légèrement.

"Je sais que c'est difficile... Mais c'est le genre de personnes qui n'écoute pas ce qu'on lui dit de toute façon... Il écoute seulement ce qu'il veut entendre."

"Alors, il est peut-être temps de faire plus que simplement parler."

Elle leva des yeux étonnés. "Qu'est-ce que tu veux dire ?"

Il haussa les épaules. "Je ne sais pas exactement," répondit-il d'un ton évasif. "Sauf que s'il n'écoute pas... peut-être qu'il tiendra compte d'autre chose..."

"Je ne veux pas que tu aies des soucis, Sully... Malgré son attitude, Adrian est un homme intelligent... Si tu le touches, il fera tout pour que tu le payes... Et pour ta défense, dire qu'il 'm'observait' va être bien piètre dans un tribunal... ou même parmi nos amis et les habitants."

"Mais on doit faire quelque chose... On ne peut pas le laisser t'observer et te surprendre avec des déclarations lorsque vous êtes tous les deux pendant je ne sais combien d'années," affirma Sully avec véhémence.

Elle lui serra fermement la main. "Savoir que tu es à mes côtés, à me soutenir, me croire, me suffira pour l'instant... Peut-être qu'on finira par trouver une idée... ou qu'il fera quelque chose qui changera ces circonstances... Mais jusqu'alors, promets-moi, s'il te plaît, que tu ne le toucheras pas..."

Elle s'arrêta et baissa les yeux, avant de murmurer : "Je ne veux pas te perdre à nouveau."


okapi  (14.12.2011 à 13:09)

Il avala sa salive et essaya d'enrayer la colère qui montait en lui lorsqu'il pensait à la position apparemment impuissante dans laquelle lui et sa famille étaient en ce moment.

"Je te le promets, pour l'instant, Michaela," dit-il doucement. "Mais je ne peux pas te le promettre pour toujours... S'il venait à te blesser, à te toucher..."

Sa voix traîna et il ferma les yeux devant l'image qui venait d'apparaître dans son esprit.

Elle lui serra à nouveau la main. "Je t'aime aussi," dit-elle. "Et merci."

Il roula sur le dos, puis se redressa un peu pour prendre William de la couverture avant de le lever au-dessus de sa tête.

"Je prendrai soin de ma famille jusqu'au jour de ma mort, Michaela... peu importe ce qui la menace," promit-il tout bas. "Jusqu'au jour de ma mort..."

 

Miriam et Michaela se promenaient, bras dessus, bras dessous, dans les immenses jardins à l'arrière de la maison Beauchamp.

Ombragées du fort soleil d'été par les nombreux ormes, grands et denses, et par les conifères, et rafraîchies par la légère brise marine, on aurait pu les pardonner d'avoir eu l'impression d'entrer dans une scène d'un roman d'Austen ou de Brontë.

"C'est merveilleux ici, Michaela," remarqua Miriam. "C'est si calme... et pourtant, le murmure constant de la mer est toujours là, dans le fond..."

"Le chemin qui mène au bord de mer se trouve juste derrière ces arbres," répondit Michaela en montrant du doigt un portail à environ vingt yards devant elles.

"Les enfants ont beaucoup aimé la mer... et Sully et Brian apprennent à nager à Katie... Elle adore l'eau, mais ne veut pas encore qu'il la laisse seule..."

Miriam rit.

"Les petits peuvent être si dépendants et indépendants à la fois, n'est-ce pas Michaela ?"

Michaela hocha la tête et demanda : "Alors, Robert Junior et Rachel profitent de leurs vacances ?"

"Oh oui... Ils passent du temps avec des camarades de classe..." Elle s'arrêta et ajouta : "Parfois, j'aimerais que Robert ne travaille pas autant... Les enfants le voient si peu..."

Michaela sourit avec ironie.

"Tu parles comme ma mère... Je ne pourrais pas te dire combien de fois je l'ai entendue dire ça quand j'étais enfant... Père était toujours avec des patients ou à l'hôpital... même pendant les vacances... à la grande tristesse de ma mère."

"Robert dit que les gens ne choisissent pas d'être malades," répondit Miriam. "Mais parfois, je me demande s'il ne les utilisent pas comme excuse..."

"Ah ?"

Miriam détourna le regard un moment.

"La médecine est sa vie, Michaela..." dit-elle doucement. "Une vie qu'il ne préfère pas partager."

"Ça doit être difficile pour toi."

"Oui, ça l'est."

"Surtout lorsque tu as des connaissances et de l'expérience sur lesquelles il pourrait s'appuyer..." dit Michaela.

Miriam soupira.

"Pour Robert, la partie 'médicale' de ma vie est terminée... ou plutôt, elle n'a jamais existé."

"Et pour toi ?"

"Je pensais pouvoir la mettre derrière moi... jusqu'à ma visite à Colorado Springs... Je voulais désespérément être médecin... et j'ai travaillé si dur pour avoir mon diplôme... Te voir dans ta clinique m'a fait réaliser que je ne peux pas laisser tout ça derrière moi," admit Miriam, le visage un peu honteux.

"Et alors, que vas-tu faire ?" demanda Michaela en s'arrêtant pour faire face à son amie.

Miriam lui fit un timide sourire.

"Tu sais l'autre après-midi, quand je suis rentrée à la maison plus tard que prévu ?"

"Oui ?"

 


okapi  (15.12.2011 à 13:40)

"Je revenais de la clinique gratuite, dans le centre-ville... Je vais y aider deux ou trois fois par semaine... plus en tant qu'infirmière qu'en tant que médecin... Ça fait trop d'années... et il y a eu trop d'avancées médicales pour qu'on me laisse faire un diagnostic et traiter des patients toute seule."

Elle baissa les yeux et ajouta doucement : "C'est une autre chose que j'ai apprise en t'observant dans ta clinique..."

Michaela prit la main de son amie et lui fit un grand sourire.

"Je suis si contente que tu travailles à nouveau dans la médecine, Miriam... Tu étais si douée... Je ne supporte pas l'idée que toutes tes connaissances ne servent à rien..."

Miriam serra la main de Michaela avec reconnaissance.

"Je dois admettre que j'adore ça," répondit-elle avec un sourire plein d'excitation.

"Et Robert ne le sait pas ?"

Elle secoua la tête. "Non... Ça me rend coupable... mais je me dis que je fais quelque chose qui vaut la peine et ce qu'il ne sait pas ne le blessera pas..."

Elle remit son bras sous celui de Michaela et elles recommencèrent à marcher.

Elle dit enfin : "Cet après-midi là, Michaela... Je crois qu'Adrian est arrivé avant que vous partiez...?"

Michaela avala sa salive et garda les yeux rivés sur le chemin devant elles.

"Ah... Oui," répondit-elle tout bas.

"C'est ce qu'il me semblait," répondit curieusement Miriam.

"Je sais que tu... que tu n'aimes pas trop mon frère..."

"Je ne le connais pas très bien," répondit Michaela, dans le vague.

Miriam lui caressa la main pour la rassurer.

"Tu ne peux pas me duper, Michaela... Nous nous connaissons depuis trop longtemps."

Michaela se tourna et dit : "Tu sais qu'il vit maintenant à Colorado Springs ?"

"Oui... Il m'a écrit pour me donner sa nouvelle adresse... et bien sûr, il s'en vante fréquemment depuis ces derniers jours..." répondit Miriam.

"Il est encore ici alors ? A San Francisco ?"

"Oui," répondit rapidement Miriam. "Même si j'ignore pourquoi... Il fait très peu de choses... et il n'a aucune patience avec les enfants... Je crois qu'il a l'intention de reprendre le train demain..."

Michaela hocha la tête mais resta silencieuse.

Elle fut surprise lorsque Miriam demanda tout à coup : "Il ne t'embête pas à nouveau, n'est-ce pas ?"

Michaela fronça les sourcils et s'emmêla les pieds, risquant de les faire trébucher, elle et son amie.

"Je... Je ne vois pas de quoi tu parles..." bégaya-t-elle.

Miriam les fit arrêter et se tourna vers son amie.

"Je savais qu'il se passait quelque chose il y a des années... et je me sentais embarassée chaque fois que Père suggérait que toi et Adrian soyez mes chaperons lorsque Robert et moi nous faisions la cour. J'ai toujours soupçonné qu'Adrian lui avait soufflé cette idée... Et puis, tu as eu cet accident, juste avant la remise des diplômes... et tu avais l'air presque effrayée... Tu es retournée à Boston presque aussitôt après que la cérémonie fut terminée et je ne t'ai jamais revue... jusqu'à ce que je me rende à Colorado Springs. Après ton départ, Adrian m'a harcelé pour savoir si j'avais des nouvelles de toi... Est-ce que je savais si tu exerçais ? Où est-ce que tu vivais ? Est-ce que je savais si tu étais fiancée à David ? T'étais-tu mariée ? Les lettres... pleines de questions te concernant... ont continué à m'arriver même après mon mariage et lorsque Robert et moi avons déménagé ici... A la fin, j'ai simplement arrêté de lui écrire... sauf pour Noël ou pour son anniversaire... Puis, quand j'ai pensé que son entichement pour toi s'était épuisé, j'ai mentionné mon voyage à Colorado Springs... et les lettres et les questions ont recommencé à arriver. J'étais folle de joie quand toi et ta famille êtes arrivées sans prévenir l'autre jour... et puis, j'ai été tout aussi choquée que toi, sûrement, lorsqu'Adrian est arrivé seulement deux jours après... Je n'ai pas été surprise du tout quand j'ai appris que tu avais quitté précipitamment la maison..." 

Elle inspira profondément et attendit que Michaela la regarde dans les yeux. 


okapi  (16.12.2011 à 14:20)

Lorsqu'elle le fit, elle continua : "Ce n'est pas un entichement sain, Michaela... et le fait que ça dure depuis si longtemps... et malgré que tu sois mariée et que tu vives si loin, à Colorado Springs... Il est mon frère, mais je m'inquiète pour ce qu'il se passe dans sa tête... pour ce qu'il espérait obtenir de toi en traversant la moitié du pays pour être près de toi..."

"Je me le suis demandée," dit Michaela d'une petite voix. "D'après ce qu'il m'a dit l'autre jour... avant que Sully arrive, il... il..."

"Il ?" l'incita Miriam.

"Il pense que nous serons ensemble un jour," dit Michaela, les yeux brillants.

"Mais c'est ridicule !" s'exclama Miriam. "On a juste besoin de te regarder, toi et Sully, pour voir que personne ne pourra jamais se mettre entre vous."

"J'ai essayé de lui dire ça, mais il n'écoute pas..."

"Eh bien... Peut-être qu'il m'écoutera," affirma Miriam avec force.

Michaela saisit son bras.

"S'il te plaît... Je ne veux pas être la cause d'une rupture entre toi et ton frère..."

Miriam sourit avec ironie.

"Ça s'est passé il y a des années, Michaela... et même si tu crois être responsable, tu n'en es certainement pas la cause... Le fait qu'il ait utilisé le prétexte de venir me voir afin de se rapprocher de toi aggrave vraiment tout ça... Il est temps qu'Adrian apprenne certaines choses..."

Michaela lui fit un petit sourire.

"Merci de croire en moi," dit-elle sincèrement.

Puis, elle répéta ce qu'elle avait dit le matin même : "Je ne lui ai jamais laissé une seule raison de penser que j'avais des sentiments pour lui..."

Miriam passa le bras derrière les épaules de son amie.

"Michaela, je t'en prie... Je ne veux pas que tout ça t'inquiète... J'essaierai de le convaincre qu'il n'a aucune chance de gagner ton affection... et peut-être le prévenir aussi des conséquences s'il continue à agir comme ça..."

Après avoir entre-croisé son bras avec celui de Michaela à nouveau, elle lui suggéra en souriant : "Tu as parlé du thé plus tôt... Je crois que j'ai soif maintenant... Viens... On va s'asseoir un moment... et parler de choses plus plaisantes."

 

Sully se retourna, après avoir éteint la lampe près de la porte de leur chambre au premier étage de la maison de Beauchamp, et vit que Michaela se tenait devant la grande fenêtre ouverte ; elle regardait dehors.

Sa silhouette était dessinée par la lumière de la lune qui se tenait encore bas dans le ciel clair de la nuit.

Il marcha immédiatement jusqu'à elle et se plaça derrière elle en enveloppant sa taille avec ses bras, sa légère robe de nuit en coton ne le dérangeait pas pour ses caresses.

"Qu'est-ce que tu regardes ?" lui demanda-t-il à l'oreille.

Elle se blottit contre son torse nu et répondit, presque avec recueillement : "Tu vois... à travers les arbres... le clair de lune sur l'eau, c'est magnifique..."

Il suivit son regard et elle ajouta : "Et là-bas, au loin, il y a une lumière."

"Oui," répondit-il doucement. "C'est le phare... qui prévient les bateaux et les navires des dangers à cause des rochers..."

Elle soupira.

"C'est difficile de croire qu'il y a quelque chose de dangereux... Ça paraît si paisible."

Il l'embrassa avec amour sur la tempe et murmura sagement : "Les choses ne sont pas toujours comme elles le laissent paraître... La marée peut être là ce soir, et la lune peut être claire, mais les rochers sont toujours là, juste en-dessous de la surface."

Elle frissonna et resserra ses bras autour d'elle.

"Tu ne parles pas seulement de la mer, n'est-ce pas ?" demanda-t-elle.


okapi  (17.12.2011 à 12:33)

Il haussa les épaules et lui caressa tendrement les bras et les mains.

"Tout ce que je dis, c'est qu'on ne sait jamais ce qu'il peut se passer... ce qui attend pour te faire trébucher... Le vent pourrait se lever, des nuages pourraient cacher la lune et tout change..."

Elle se tourna pour le regarder dans les yeux et il sourit avant de dire : "Bien sûr, il y a toujours ce phare... qui te fait savoir que le danger n'est pas loin, si tu gardes les yeux ouverts..."

Elle se mordit la lèvre et lui caressa le visage avec sa main.

"Je fixerai le phare," murmura-t-elle. "Aussi loin qu'il continue à briller."

"La lampe dans un phare ne s'éteint jamais, tu ne le savais pas ?" répondit-il d'une voix charmeuse.

Puis, il baissa la tête lentement pour réclamer ses lèvres.

Sa réaction fut immédiate.

Ces trois merveilleux jours tranquilles passés dans cette maison, avec la compagnie de son mari aimant et de ses enfants, l'avaient rendue si vivante et si détendue à la fois que sa fatigue accumulée après la naissance de William s'était entièrement dissipée.

Elle entoura le cou de Sully avec ses bras et se serra contre lui en intensifiant leur baiser, sans retenue.

Elle gémit légèrement lorsque ses mains soulevèrent petit à petit sa robe de nuit pour pouvoir explorer sa peau nue.

Et quand il la prit dans les bras pour la poser sur le lit, elle l'embrassa à nouveau avec un enthousiasme partagé.

Leurs ébats furent tellement longs, passionnants et fatigants que lorsqu'ils furent tous les deux pleinement satisfaits, les gémissements et les cris excités qui avaient empli la pièce furent remplacés par leurs respirations profondes et régulières tandis qu'ils plongeaient dans un sommeil sans rêve.

 

Aux alentours de minuit, alors que la lune continuait sa montée tranquille dans ce ciel pur, la paix et la sérénité de la maison Beauchamp fut audacieusement dérangée par un soudain et violent éclat de verre et de bois.

Des langues espiègles de feu furent relâchées, sans prévenir, pour lécher avec avidité les draperies en velours rouge du parloir du rez-de-chaussé.



okapi  (18.12.2011 à 10:42)

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