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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 05.05.2011 à 20h38
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Ardente plénitude" est la traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "Heroes and fools". » okapi
Cette fanfic compte déjà 342 paragraphes
Michaela finit de compléter le dossier sur lequel elle travaillait depuis les cinq ou dix dernières minutes, se leva et le classa dans le meuble de bois contre le mur de la clinique.
Sully avait essayé de la dissuader de travailler ce matin, mais avec Andrew hors-service à cause de son épaule, elle avait serré les dents et était venue à la clinique.
En vérité, du moment qu'elle ne cessait de bouger, les bleus n'étaient pas aussi douloureux qu'elle s'y était attendue.
Elle avait dit à Sully, avant le petit-déjeuner, que ses soins la nuit d'avant avaient dû marcher et il avait plaisanté en retour en disant qu'il s'était peut-être lancé dans la mauvaise profession.
Elle sourit lorsqu'elle se rappela qu'il avait évité de lui promettre de réserver ses soins uniquement à elle et son coeur s'accéléra lorsqu'elle repensa aux délicieux baisers qui avaient suivis.
Réalisant que Colleen pouvait être en train de l'observer, elle durcit ses traits et retourna à son bureau.
Soudain, un coup de tonnerre, fort et discordant, la fit sursauter de surprise et elle rencontra immédiatement les yeux de Colleen.
Les nuages noirs s'étaient rassemblés tout au long du matin et il semblait qu'un orage d'été était en préparation. "Cela se rapproche," commenta-t-elle en souriant.
"Peut-être que vous devriez rentrer à la maison plus tôt, maman... avant qu'il commence à pleuvoir," suggéra Colleen. "Je ne crois pas qu'il y ait d'autres patients..."
Michaela hocha la tête. "Je crois que je vais partir... dès que Sully reviendra."
Colleen hocha la tête de satisfaction et tressaillit lorsqu'un nouveau coup de tonnerre retentit au-dessus de leurs têtes.
Un coup soudain et inattendu frappé à la porte de la clinique les fit toutes les deux sauter de surprise et elles rirent d'embarassement devant leur nervosité.
"J'y vais, maman," offrit Colleen en traversant la pièce avant d'ouvrir la porte.
Elle sourit lorsqu'elle reconnut leur visiteur.
Freddy McFarlane tenait un petit paquet de lettres et deux paquets.
"Bonjour Colleen... Dr Mike," salua-t-il. "Horace a pensé que vous aimeriez avoir ça avant que la pluie arrive."
Il les tendit à Colleen et se recula.
"Je ferais mieux d'y aller... j'ai pas mal de courrier à distribuer en peu de temps... à plus tard..." dit-il avant de se diriger en vitesse vers le magasin.
Colleen le regarda pendant quelques secondes, ferma la porte et apporta le courrier à sa mère.
"C'est un garçon très charmant, n'est-ce pas Colleen ?" remarqua Michaela en regardant rapidement son paquet de lettres.
"Oui... Un vrai gentleman... Apparemment, il est ici pour seulement quelques mois et ensuite, il repart à St. Louis... Il va travailler pour son père," répondit la jeune femme.
"Tu n'as pas fait de cheval avec lui récemment ?"
Colleen secoua la tête et s'expliqua doucement : "Moi et Andrew avons parlé depuis qu'il est dans son lit à cause de son épaule... et j'ai décidé de ne plus aller me promener avec Freddy..."
Michaela plissa les yeux. "Je croyais que tu appréciais sa compagnie lorsque vous faisiez du cheval..." commenta-t-elle.
"Oh, oui, c'est sûr... mais quand j'ai su que ça dérangeait Andrew... que je sois en compagnie d'un autre homme," répliqua Colleen.
Après un moment de silence, elle reprit: "Quand Andrew a été blessé, je... j'ai réalisé à quel point je l'aimais... et quand nous ne savions pas vraiment les blessures qu'il avait, eh bien, j'ai eu l'impression d'être déchirée en deux... Peut-être qu'il n'aime pas autant faire du cheval comme moi... mais il y a tellement d'autres choses que nous pouvons faire... et partager. Et si ça le dérange de savoir que je fais du cheval avec Freddy, alors je ne le ferai plus... car je ne pourrais pas vivre si je le perdais..."
Elle s'arrêta et ses yeux brillants rencontrèrent ceux de sa mère.
"Vous comprenez, n'est-ce pas maman ?"
Michaela s'approcha d'elle et lui prit la main.
"Oh oui, mon coeur, je comprends... mais s'il te plaît, ne te perds pas en essayant de faire plaisir à Andrew..."
Colleen sourit.
"Non... Andrew sait que je suis une personne à part entière... mais je ne dois pas le rendre triste en passant du temps avec un autre homme... alors qu'il est l'homme avec lequel je veux passer le reste de ma vie..." finit-elle.
Michaela hocha la tête de compréhension et leurs regards se dirigèrent instinctivement vers le plafond lorsque les premières grosses gouttes de pluie commencèrent à tomber.
En même temps, elles allèrent vers la porte et l'ouvrirent.
La pluie, légère au début, s'était soudain transformée en déluge, poussant les gens à se précipiter vers un abri.
Tandis qu'elles se tenaient là et regardaient dehors, un buggy apparut au coin, venant de l'atelier du maréchal-ferrant, en faisant éclabousser de l'eau et il descendait la rue dans leur direction.
Michaela, consternée, vit qu'Adrian conduisait.
Il fit ralentir son cheval lorsqu'il l'aperçut dans l'encadrement de la porte.
Lorsque leurs yeux se rencontrèrent, il serra les mâchoires et ses yeux semblèrent lancer des éclairs.
Michaela pâlit et son coeur commença à battre fort.
Même s'il cachait un secret bien sombre, son sourire avait toujours été accueillant, mais aujourd'hui, il n'y avait pas de sourire, juste un regard furieux et hostile.
Elle saisait soudain le bras de Colleen, en la faisant reculer à l'intérieur, puis, claqua la porte derrière elles avant de s'adosser contre, luttant pour que ses nerfs se calment.
"Maman ?" demanda Colleen, alarmée. "Ca va ?"
Michaela hocha la tête, incapable d'expliquer son étrange réaction.
Colleen prit la main de sa mère et lui dit doucement : "Je l'ai vu, maman, mais il repartait vers le Château... Vous ne devez pas vous inquiéter..."
Michaela hocha la tête et inspira profondément.
Jamais elle n'aurait cru qu'un seul homme pouvait provoquer en elle une telle peur et une telle haine.
Maintenant, elle souhaitait presque que Sully lui ait fait quelque chose de plus concret la veille !
"C'était un délicieux dîner, Dr Quinn," commenta Bess alors que Michaela revenait dans le salon.
"Merci," répondit-elle avec un sourire, prenant le rocking-chair libre en face de la vieille femme.
"Je suis contente que vous ayez aimé... mais s'il vous plaît, appelez-moi Michaela."
Faisant sauter William sur ses genoux, Bess sourit tristement.
"Les habitudes d'une vie entière sont difficiles à abandonner, Dr... Michaela," remarqua-t-elle.
Elle balaya du regard le salon douillet.
"Vous avez une magnifique maison..."
Michaela sourit et ses yeux rencontrèrent ceux de Sully.
"C'était un travail d'amour, Bess... Sully l'a construite pour moi... durant l'année où nous étions fiancés."
Comme elle l'avait fait durant sa première rencontre du couple à St. Louis, Bess s'émerveilla devant le lien qui semblait exister entre eux.
"Vous devriez être très fier de vous, Sully," dit sincèrement Bess. "Ce n'est pas seulement une maison, c'est un foyer..."
Sully, assis sur le tapis devant la cheminée, haussa les épaules sans s'en apercevoir et attira vers lui sa petite fille avant de la poser sur ses genoux.
"J'ai reçu plus de cette maison que j'en ai donné," murmura-t-il en embrassant le dessus de la tête de la petite fille.
Bess sourit avec indulgence.
Réalisant qu'il n'était pas enclin à parler de lui, elle se détendit dans la chaise confortable et regarda Katie qui se chamaillait gaiement avec son père devant l'âtre.
Elle avait rarement ressenti une telle paix et elle savourait le fait de faire partie de cette famille, même si c'était uniquement pour un soir.
Ses yeux s'illuminèrent lorsqu'elle vit l'échiquier.
"Ah !" s'exclama-t-elle. "Qui est le joueur d'échecs ?"
"Sully et moi jouons tous les deux," répondit Michaela.
"Et j'apprends," ajouta Brian. "Vous y jouez, Bess ?"
Elle rit.
"Autrefois... il y a quelque trente ans de cela... Je n'ai pas joué depuis..."
Sully eut une étincelle dans le regard.
"Je veux jouer avec vous, alors," la défia-t-il.
"Vous ne seriez pas en train de profiter d'une vieille dame, Sully ?" demanda-t-elle avec un sourire taquin.
Il secoua la tête et sourit en retour.
"Je crois que j'ai peut-être une chance de gagner... Michaela me bat plus souvent que moi..."
Elle se redressa dans sa chaise.
"Je n'y ai peut-être pas joué depuis de nombreuses années, mais je devrais vous avertir que j'étais plutôt douée à mon époque..."
Le visage de Sully se décomposa un instant. "Je n'ai jamais de chance," plaisanta-t-il en se levant rapidement pour déplacer l'échiquier devant la chaise de Bess.
Michaela se leva et prit William des genoux de Bess.
"Bien... Je vais mettre les enfants au lit et nous faire du café... Lorsque ce sera fait, je reviendrai peut-être juste à temps pour jouer avec le gagnant..."
Sully sourit.
"J'espère que vous êtes prête à passer une longue nuit, Bess... Michaela prend beaucoup de temps entre chaque coup."
"Eh bien, nous ferons en sorte de limiter le nombre de coups qu'elle fera, n'est-ce pas Sully ?" répondit Bess avec un grand sourire avant de se concentrer sur l'échiquier et leurs premiers déplacements.
Quatre heures plus tard, le tournoi d'échecs n'était encore pas terminé.
Bess s'était avérée être un opposant formidable, avait fait perdre Sully de justesse et, avec un regain de confiance, avait également battu Michaela.
Maintenant, c'étaient Sully et Michaela qui jouaient, avec Bess qui donnait des conseils à Sully sur les meilleurs déplacements à faire.
Ils avaient beaucoup ri tout au long du tournoi, mais ils avaient aussi parlé sérieusement lorsque la vieille femme avait demandé des précisions sur l'histoire concernant Adrian.
Finalement, cela avait été une soirée très agréable avec, à l'extérieur, la pluie d'été qui les avait accompagnés avec un bruit de tambour en tombant sur le toit de la maison.
Les enfants plus âgés étaient allés se coucher il y avait des heures.
Finalement, Sully proclama triomphalement : "Echec et mat !" et Michaela se rassit au fond de son siège en secouant la tête.
"Comment as-tu fait ça ?" demanda-t-elle en examinant les positions des pions sur l'échiquier.
"Je crois qu'on ferait bien de réinviter Bess à passer une autre soirée avec nous," suggéra Sully en souriant.
"Bientôt, toi et moi ne pourrons même plus lui offrir une compétition assez intéressante pour elle, Michaela..."
Michaela continuait à secouer la tête. "Je ne sais toujours pas comment tu as fait ça," répéta-t-elle.
Bess sourit de satisfaction avant de se déplacer au bord de son siège.
"Bien... Il est tard... Je ferais mieux de rentrer au Château," dit-elle à contre-coeur.
Michaela jeta un regard à Sully et lui offrit : "Restez pour la nuit, Bess... C'est très mouillé dehors... et il sera une heure passé lorsque vous rentrerez au Château... Sully peut vous ramener demain matin..."
La vieille femme sembla réfléchir à cette proposition. "Je ne veux déranger personne..." dit-elle en fronçant les sourcils.
"Vous ne dérangerez personne," l'assura Michaela. " Nous avons l'habitude d'avoir des invités... même si j'espère que cela ne vous dérange pas de partager la chambre de Katie... C'est la seule avec un lit de libre en ce moment..."
Bess secoua la tête.
"Cela ne me dérange pas du tout, ça fait longtemps que je n'ai pas eu la compagnie de jeunes personnes..." affirma-t-elle en souriant.
"Je dois vous prévenir : elle a tendance à se lever très tôt... Je pense qu'elle tient ça de son père," plaisanta Michaela.
"Ce n'est pas un problème," répondit la vieille femme. "Maintenant, si nous n'allons pas nous coucher, elle se réveillera sûrement avant nous tous."
Elle se leva et étira ses membres attaqués par l'arthrite. "Je veux vous remercier tous les deux pour votre hospitalité... ça compte beaucoup pour moi," ajouta-t-elle sincèrement.
"Nous sommes contents de vous avoir ici," l'assura Michaela. "Maintenant, venez... je vais vous montrer votre chambre..."
Le lendemain matin, le petit-déjeuner fut très jovial chez les Quinn-Sully.
Katie, s'étant réveillée pour découvrir que Bess occupait le lit d'ordinaire libre dans sa chambre, était de très bonne humeur et les avait tous distraits.
William, aussi, semblait être en forme.
Ils avaient tous décidé que Michaela et Sully emmèneraient Bess au Château avant de partir à la clinique en ville pendant que Kathleen emmènerait les deux petits enfants chez Matthew jusqu'à l'heure du déjeuner.
Au moment où Kathleen et Michaela finissaient de laver la vaisselle du petit-déjeuner, un cavalier se fit entendre dans la cour en arrivant au galop.
Sully ouvrit rapidement la porte pour voir Robert E descendre de son cheval et bondir sur les marches du porche.
"Robert E ?" demanda Sully, inquiet.
"Hank m'envoie ici, Sully," dit le forgeron, le souffle court. "Il a dit d'aller chercher le Dr Mike en vitesse..."
"Est-ce qu'il est blessé ?" demanda Sully tandis que Michaela rassemblait en hâte ses affaires et apparaissait derrière Sully.
"Il a l'air d'aller très bien," répondit Robert E. "Mais il a dit que c'était urgent..."
"Nous arrivons tout de suite, Robert E, merci," dit Sully alors que le forgeron retournait déjà dans la cour.
Sully se tourna vers Michaela et il fut bouleversé de voir qu'elle était très pâle, très effrayée même. "Je vais préparer les chevaux," dit-il. "Tiens-toi prête et va le dire à Bess..."
Au moment où il allait s'élancer hors du porche, Michaela lui attrapa le bras. "Sophie !" dit-elle dans un murmure d'angoisse. "Sully... Et si c'était Sophie à nouveau ?"
Il lui prit la main pour la rassurer. "Alors tu feras tout ce que tu peux pour elle... et après, nous verrons ce que nous ferons..."
Il la laissa partir, descendit les marches en courant et traversa la court en direction de la grange.
Hank, le visage désespéré, les attendait lorsqu'ils arrivèrent à la clinique.
"Apportez votre sac, Michaela... même si je ne suis pas sûr qu'il sera bien utile," lui dit-il avec ambiguité, commençant déjà à traverser la route.
Michaela et Sully le suivirent tous les deux en vitesse jusque dans les confins obscurs de l'hôtel.
Bizarrement, il ne se dirigea pas vers la gauche et dans le couloir de la chambre de Sophie. Au lieu de cela, il alla jusqu'au fond de l'hôtel et sortit dans la cour, jusqu'à un tas de bois.
La vision horrible qui les accueillit les fit s'arrêter net.
Michaela pâlit et murmura : "Oh, mon Dieu..."
Sa respiration s'accéléra et des larmes lui montèrent aux yeux.
Le corps misérable et sans vie était couché là où il était tombé, du sang figé semblait déformer le front et descendait jusqu'à la joue avant de couler jusqu'au sol où il avait été dilué avec la pluie.
Michaela s'agenouilla dans la boue et chercha avec hésitation un pouls dont elle savait déjà qu'il serait absent.
Elle se tourna vers Sully et Hank, secoua la tête avec désolation et fut prise d'un tremblement terrible lorsqu'elle regarda cette mort injuste et ses possibles ramifications.
Chapitre 45 :
Sully tomba à genoux derrière Michaela et l'entoura de ses bras, inquiet à cause de ses tremblements et de son expression affligée.
"Chut... Tout va bien," lui murmura-t-il à l'oreille. Il se tourna pour regarder Hank.
"A quelle heure es-tu venu ici ?" demanda-t-il.
"Berta l'a trouvé il y a environ une heure... elle était sortie pour prendre du bois pour la cuisinière... Et elle m'a appelé," répondit-il. "Personne d'autre ne sait encore... Je lui ai dit de se taire jusqu'à ce que tu l'aies vu... Elle est assez secouée, alors je l'ai renvoyée dans sa chambre..."
Il s'avança un peu et ramassa une hâche en bois tâchée de sang, près du corps.
"Ce n'est pas difficile de savoir ce qui l'a tué..."
Tandis que les tremblements de Michaela se calmaient tout doucement, Sully s'assit sur les talons.
"Depuis combien de temps tu crois qu'il est mort, Michaela ?" demanda-t-il calmement.
Elle prit une profonde inspiration pour se calmer et tendit la main avec hésitation pour toucher sa peau blanchâtre et ses vêtements souillés.
"Quelques heures... Peut-être six ou sept," répondit-elle, la voix tremblante. "Il est mouillé et la pluie s'est arrêtée vers le milieu de la nuit..."
Sully hocha la tête.
"Je ferais mieux d'aller chercher Jake et Matthew, je crois," songea-t-il.
"Pourquoi eux ?" demanda Hank.
"Eh bien... étant donné que nous n'avons pas de shérif en ce moment... je crois qu'aller chercher le maire et l'homme qui était autrefois shérif est probablement la meilleure chose à faire," répliqua Sully. "Tilson a été assassiné et, même si nous ne voulons pas déclencher la panique, on doit faire quelque chose..."
Il se recula et se leva en attirant Michaela vers lui.
"Tu veux que son corps soit apporté à la clinique ?" lui demanda-t-il.
Elle frissonna.
"Je... Je ne crois pas que ce sera nécessaire... Je n'ai pas besoin de faire une autopsie... la façon dont il est mort est claire..." répondit-elle d'une petite voix.
Elle lança soudain un regard craintif à son mari. "Qu'est-ce qu'il va se passer, Sully ?" demanda-t-elle avec angoisse.
"Eh bien... quelqu'un va devoir essayer de trouver qui a fait ça," répondit-il d'un ton neutre.
Elle lui prit le bras.
"Tu sais que des gens vont penser que c'est toi..." marmonna-t-elle, prise de panique.
Il lui saisit la main et l'apporta contre son torse.
"Mais nous savons que ce n'est pas le cas... ce n'est pas possible," affirma-t-il.
"Cela n'arrêtera pas les rumeurs..."
"Je sais... Il y a probablement beaucoup de gens qui étaient au courant de nos relations avec Tilson," acquiesça-t-il. "Mais nous n'avons rien fait..."
Il jeta un coup d'oeil au propriétaire du saloon, debout à côté d'eux.
"Cela pourrait très bien être Hank..."
Hank écarquilla les yeux.
"Hé... tous ceux qui me connaissent savent qu'une hâche, c'est pas ma manière de procéder," protesta-t-il en brandissant l'arme dans une main tout en caressant son revolver accroché à sa hanche de l'autre côté.
"Je n'ai pas dit que c'était toi qui l'avais fait, Hank," répondit rapidement Sully. "Mais les gens vont vouloir des coupables... et tu es bien placé pour en être un..."
"Oui, eh bien, c'est pas moi," affirma-t-il à nouveau. "En fait... je me fiche de savoir qui l'a fait... Il nous a à tous rendu une faveur, je crois..."
Il fit quelques pas agités et se tourna vers eux.
"Va chercher Matthew et Jake alors... Je vais peut-être même les aider dans leur enquête... J'ai toujours pensé que je ferais un bon shérif... Nous, nous allons rester ici pour s'assurer que personne ne le touche..."
Sully fronça les sourcils. "Tu es d'accord avec ça, Michaela ?" demanda-t-il avec anxiété.
Elle inspira profondément et hocha la tête.
"Je... Je veux le regarder de plus près... Je vais peut-être devoir témoigner dans un tribunal... et je dois faire un certificat de décès..." répondit-elle avant de se mordre la lèvre pour calmer ses nerfs. "Et après qu'on l'ait déplacé, j'irai voir Bertha... Elle est probablement bouleversée et il se peut qu'elle ait besoin de quelque chose pour l'apaiser."
Sully hocha la tête et se tourna vers Hank.
"Ne laisse personne l'approcher, Hank, jusqu'à ce que Matthew et Jake arrivent," ordonna-t-il.
"Ce n'est pas ce que je viens de dire, Sully ?" répondit le propriétaire du saloon d'un ton sardonique. "Je m'en suis sorti jusqu'à maintenant, c'est pas vrai ?"
Avec un hochement de tête presque imperceptible, Sully reconnut la vérité dans les paroles de Hank et refit le chemin inverse dans le saloon en courant.
Pendant quelques secondes, Michaela resta debout à observer la forme sans vie à ses pieds.
"Je le détestais, Hank," murmura-t-elle doucement. "Je... Je ne crois pas avoir jamais ressenti ça pour quelqu'un auparavant... mais je ne voulais pas qu'il lui arrive ça..."
Elle s'agenouilla à nouveau aux côtés d'Adrian.
"Il l'a cherché, Michaela," justifia Hank doucement.
Tandis qu'elle commençait à examiner sa blessure à la tête plus précisément, il s'accroupit en face d'elle.
"Son crâne est fêlé," dit Michaela. "Seulement un ou deux coups..."
Elle se pencha plus en avant.
"Aidez-moi à le déplacer un peu, Hank, pour que je puisse voir l'étendue de la blessure..." demanda-t-elle.
Avec dégoût, le propriétaire du saloon tendit les mains et les posa sur celles de Michaela qu'il aida à faire légèrement rouler le cadavre.
Ce qui fut découvert sur le sol sous son épaule coupa le souffle à Michaela et elle leva les yeux d'inquiétude vers Hank.
Lui aussi respirait rapidement.
Il tendit le bras et prit dans sa main le petit objet brillant, le pesant dans sa paume.
Les bouches d'oreilles en argent étaient là et brillaient sous les rayons du soleil, accusant leur propriétaire.
Ils se regardèrent tous deux dans les yeux et, sans dire un mot, Hank rangea les bijoux dans la poche intérieure de sa veste.
Michaela réfléchit à ce qu'il venait de faire pendant un moment et reprit son examen du corps de Monsieur Adrian Tilson.
Michaela sortit calmement de la chambre de Berta à la Pépite d'Or et descendit le couloir.
La pauvre fille était vraiment 'secouée' comme Hank l'avait dit.
En fait, elle était en état de choc lorsque Michaela l'avait trouvée, en boule sur son lit défait, tremblante et en pleurs.
Lui ayant administré une petite quantitié de laudanum pour la calmer, Michaela était restée avec elle jusqu'à ce que la jeune femme tombe dans un sommeil serein.
Maintenant, elle devait s'assurer que Hank garde un oeil sur elle et surveille son état dès qu'elle se réveillerait.
Tout en marchant, Michaela fut arrêtée par le bruit de quelqu'un qui pleurait dans la chambre de Sophie.
Elle se demanda ce qu'elle devait faire.
Elle ne se sentait vraiment pas capable de faire face à ce que Sophie avait peut-être à lui dire et pourtant, elle ne pouvait pas laisser la jeune femme seule.
Elle inspira profondément, tapota légèrement à la porte et entra.
Sophie ouvrit la bouche de surprise en voyant Michaela et sauta hors de son lit, les yeux et les joues rouges à force d'avoir pleuré.
Lorsque Michaela vit la jeune-femme et l'état dans lequel elle était, ce fut à son tour de rester bouche bée.
L'oeil gauche de Sophie était fermé tellement il était enflé et un bleu violet s'étendait hideusement sur sa joue.
Sa lèvre supérieure était coupée et boursouflée et elle avait plusieurs griffures profondes sur le cou et au-dessus de la poitrine.
Ses bras nus étaient plein de bleus et elle bougeait l'un d'eux bizarrement, comme si cela lui faisait mal.
"Dr Mike !" s'exclama la jeune-femme en s'emparant d'une robe légère et en entourant ses épaules, grimaçant lorsque son bras se tordit.
Elle essuya ses larmes avec la manche de sa robe et gémit lorsqu'elle toucha son oeil au beurre noir.
"Oh, ma petite," compâtit Michaela en s'avançant doucement vers la jeune-femme.
En entendant ces mots gentils, Sophie recommença à pleurer et s'affala sur le bord du lit.
"Chut... Tout va bien," la rassura Michaela en donnant à Sophie un mouchoir propre avant de prendre son sac médical pour y chercher les divers instruments, médicaments et bandages dont elle aurait besoin.
Environ vingt minutes plus tard, Sophie avait cessé de pleurer, ses blessures étaient pansées et elle portait maintenant une écharpe de mousseline blanche qui tenait son poignet foulé. Michaela rangea son matériel et s'assit aux pieds de la jeune femme pour regarder son visage endolori.
"Vous voulez en parler ?" demanda-t-elle avec compassion.
Sophie détourna immédiatement le regard et des larmes lui montèrent aux yeux.
"Je sais qui vous a fait ça," dit doucement Michaela. "Et il n'avait aucun droit..."
"Vous savez vraiment ?" demanda Sophie sans le croire.
"Oui... mais il ne vous blessera plus jamais... quelqu'un s'en est assuré..." répondit Michaela, observant attentivement le visage de la jeune femme.
Sophie se mordit la lèvre.
"Il est mort ?" demanda-t-elle avec effroi.
"Oui..."
Le visage de Sophie se ratatina et elle attrapa le mouchoir que Michaela lui avait donné plus tôt.
Michaela lui prit la main pour la rassurer.
"Vous voulez me dire ce qu'il s'est passé ?" demanda-t-elle encore.
"Je... Je ne veux pas aller en prison, Dr Mike," sanglota Sophie. "Je ne voulais pas... Je ne voulais pas... S'il vous plaît, ne les laissez pas m'envoyer en prison..."
"Pourquoi l'avez-vous vu la nuit dernière ? Je croyais qu'il n'avait plus le droit de venir ici ?"
"Il... Il a demandé à Berta de me dire qu'il avait quelque chose pour moi... Je suis descendue après que le bar ait fermé et je l'ai rencontré derrière..."
Elle avala difficilement sa salive et elle serra les poings.
"J'ai... J'ai vu qu'il était très en colère dès la première seconde... Je... J'ai essayé de rentrer à l'intérieur, mais il m'a attrapée..."
Elle sanglota à nouveau, mais maintenant qu'elle avait commencé à raconter son histoire, elle ne pouvait plus s'arrêter.
"Il a essayé de m'embrasser... et quand je l'ai repoussé, il m'a frappé... au visage... Cela m'a fait mal, Dr Mike... Je ne l'avais jamais vu dans cet état-là... J'ai cru qu'il allait me tuer..."
Michaela caressa gentiment le dos de la main de la jeune femme tandis qu'elle continuait sans retenue : "Il m'a encore attrapée, je l'ai laissé m'embrasser... Je pensais que ça le calmerait si je le faisais... mais il est redevenu agressif, il m'a tordu le bras derrière mon dos et m'a attrapée par l'épaule... ensuite, il m'a jetée sur le sol mouillé... J'ai senti la hache contre ma hanche et avant de réaliser ce que je faisais, je l'avais prise et je l'avais frappé... fort... Il... Il est devenu tout mou et je l'ai poussé en arrière... et j'ai couru à l'intérieur..."
Michaela s'agenouilla et prit la misérable jeune-femme dans ses bras alors qu'elle continuait à gémir : "Je ne veux pas aller en prison, Dr Mike... je ne peux pas..."
Michaela respirait profondément, perturbée par le récit précis de la jeune femme et déchirée entre ce qu'elle devait faire et ce qu'elle voulait faire.
Enfin, elle dit d'une voix apaisante : "Je... Je vais aller parler à Hank... Nous verrons ce que nous pouvons faire."
Sophie se redressa un peu.
"Vous n'allez pas les laisser me mettre en prison ?" demanda-t-elle avec espoir.
"Je... Je ne suis pas sûre... mais je ferai de mon mieux," répondit Michaela avec doutes. "Maintenant, pourquoi vous ne vous allongez pas pour vous reposer ? Je vais vous donner quelque chose pour dormir, d'accord ?"
Sophie avala sa salive et hocha la tête avant de s'allonger sur le lit, en boule, rappelant un petit enfant apeuré. Michaela soupira et prépara une autre petite quantité de laudanum.
"Jake s'occupe de l'enterrement... et lui et Matthew demandent aux gens aux alentours de la ville s'ils ont vu quelque chose... Je crois qu'il n'y avait pas beaucoup de monde en ville à cette heure de la nuit... Oh, et nous ferions mieux d'envoyer un télégramme à Miriam," expliqua Sully, inquiet au sujet de l'attitude abattue de Michaela depuis la découverte du corps d'Adrian.
Il s'avança jusqu'à elle, assise à son bureau, la tête dans les mains, et il posa les mains sur ses épaules pour la réconforter.
Elle se tourna soudain et le regarda, les yeux écarquillés et paniqués.
"Miriam !" s'exclama-t-elle. "Qu'allons-nous lui dire ?"
"La vérité," répondit immédiatement Sully.
"Mais comment ? Nous ne pouvons pas simplement lui envoyer un télégramme en lui disant que son frère s'est fait tué..."
"Eh bien, c'est la vérité, non ?" répondit-il. "Je sais que ça va la faire souffrir, Michaela... mais je ne vois pas d'autres moyens..."
"Je... Je suppose," concéda-t-elle, dubitative. "Mais... je me sens si mal pour elle... elle voudra peut-être venir ici..."
"Et si c'est le cas, nous serons là... pour être avec elle, la soutenir..." répondit Sully.
Michaela hocha la tête et elle fronça les sourcils d'inquiétude.
"Est-ce que Matthew et Jake t'ont posé des questions ?" demanda-t-elle.
"Oui... ils vont devoir parler à tout le monde, je crois," répondit-il. "Je leur ai dit la vérité... que j'étais à la maison avec toi et la famille... Matthew m'a dit que Bess a offert de me défendre... et bien sûr, il sait que je ne suis parti nulle part... Si j'avais sorti mon cheval de la grange la nuit dernière, il m'aurait entendu, vu qu'il dort là depuis que Kathleen vit chez nous..."
Elle hocha la tête de soulagement.
"Et Hank ? Est-ce que tu penses qu'ils vont le croire ?"
"Il s'est bien justifié sur la façon dont Tilson a été tué," répondit Sully. "Ce n'est pas son style... mais le fait que ça s'est passé à la Pépite va faire couler beaucoup d'encre..."
"Tu ne penses pas qu'il l'a fait, Sully ?" demanda-t-elle, inquiète.
"Non, bien sûr que non... Ca n'a pas toujours été la paix entre lui et moi, mais ce n'est pas un assassin... En fait, il raconte une histoire au sujet de clients de passage qui étaient à la Pépite la nuit dernière..."
"Ah oui ?"
"Oui... Tu es au courant ?"
Michaela se mordit la lèvre et détourna le regard.
"Michaela ?"
Elle plongea son regard dans celui de son mari, sachant qu'elle ne pouvait rien lui cacher longtemps.
"Hank ne l'a pas fait, Sully," dit-elle tout bas.