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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 05.05.2011 à 20h38
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Ardente plénitude" est la traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "Heroes and fools". » okapi
Cette fanfic compte déjà 342 paragraphes
"Oh... Je suis sûr que si... Quel changement pour elle de travailler près de vous, ici, plutôt qu'avec Preston Lodge qu'elle détestait..." s'exclama Andrew avant de rougir, conscient qu'il en avait trop dit.
Adrian rit.
"Il semblerait que peu de gens appréciaient mon prédécesseur, n'est-ce pas ? Eh bien... Connaissant Michaela Quinn, si elle n'aimait pas cet homme, je ne l'aurais pas aimé non plus... Si je me rappelle d'elle comme d'une femme déterminée et juste..."
Andrew hocha la tête.
"Elle l'est, c'est certain..." répondit-il sans en douter.
Il leva les yeux vers le chemin qui menait au Château.
"Colleen va venir me chercher en buggy, j'aimerais vous la présenter... Elle sera très contente aussi de découvrir que vous connaissez sa mère..."
Le sourire d'Adrian disparut.
"Euh... Eh bien, je suppose que nous nous rencontrerons bientôt, rien ne presse..." dit-il d'un ton quelque peu dédaigneux. "C'est probablement l'heure de retourner travailler... Et vous devez être impatient de rentrer chez vous."
Andrew, qui venait de repérer Collen dans la cour, répondit : "Non, attendez... La voilà..."
Il se leva de la chaise et se précipita à sa rencontre.
Anxieux de ne pas paraître malpoli aux yeux du couple, Adrian resta à contre-coeur là où il était.
Il n'avait aucun désir de rencontrer et de se montrer ami avec la famille de Michaela.
Ils ne l'intéressaient pas, en fait, il pensait qu'il était préférable de les garder à distance.
C'était mieux s'il ne savait rien d'eux.
Il s'efforça de faire un sourire convenable tandis que la jeune Madame Cook le regardait par-dessus l'épaule de son mari.
Lorsqu'ils se tournèrent et s'approchèrent, il se leva et fit une légère révérence à la jeune femme très jolie qui lui répondit par un sourire timide.
Attentive à la réaction réservée et même nerveuse de sa mère devant la nouvelle qu'une vieille connaissance de l'Est dirigeait le Château, Colleen l'étudia avec grand intérêt.
Lorsqu'il indiqua qu'elle pouvait s'asseoir avant de demander à la servante une tasse de café, elle observa cet homme qui avait environ l'âge de Sully, la même taille, mais à ses yeux, qui n'était pas aussi beau.
Ses cheveux châtain et raides étaient coupés courts, rabattus sur sa tête et maintenus par de l'huile pour cheveux.
Ses yeux étaient marrons et il avait tendance à les garder dirigés vers ses mains, posées nerveusement sur les accoudoirs.
Elle fut un peu déconcertée lorsqu'elle vit qu'il ne la regardait pas dans les yeux et que son sourire semblait forcé.
Elle se secoua.
Elle était en train de laisser la réaction étrange de sa mère influencer sa propre perception.
Andrew l'appréciait et c'était assez important.
Sa rêverie fut interrompue lorsqu'Andrew révéla avec joie : "Mr Tilson dit qu'il connaît Michaela, Colleen... C'était il y a des années, quand ta mère était à la faculté de médecine."
Sans penser vraiment aux raisons, Colleen se retint de dire qu'elle était au courant. "C'est vrai ?" s'exclama-t-elle, feignant la surprise. "Quelle coïncidence que vous soyez venu travailler à Colorado Springs..."
Adrian haussa les épaules.
"J'ai vu l'annonce du poste dans des journaux de l'Est... Il offrait de nombreux avantages à une époque où j'avais besoin de changement..." expliqua-t-il.
"Et vous aimez Colorado Springs ?" demanda-t-elle d'un ton aimable.
Il haussa à nouveau les épaules. "C'est assez étrange... un peu plus petit que ce que j'avais imaginé, mais les infrastructures du Château sont excellentes et après tout, c'est pour cela que je suis ici..."
Colleen inspira profondément et se mordit la lèvre, luttant contre l'envie de défendre sa ville bien-aimée.
Elle fut surprise lorsqu'Andrew le fit pour elle. "Je suis sûr que vous finirez par aimer cette ville autant que moi, Monsieur Tilson..." assura-t-il avec sincérité. "Elle a un charme et un sens de la communauté qui manquent cruellement dans les grandes villes de l'Est."
Adrian s'avança sur le bord de son siège.
"Vous avez peut-être raison," répondit-il d'un ton sceptique.
"Je suis là depuis peu et j'ai des gens à rencontrer... des choses à apprendre et à voir."
Il se leva et regarda le jeune couple.
"Je vous en prie, vous pouvez rester assis là autant que vous le souhaitez... Sarah va vous apporter du café ou d'autres sandwiches si vous les aimez... Je dois retourner travailler. Bonne journée Monsieur Cook, Madame Cook."
Il leur fit un signe de tête et partit, disparaissant par l'une des larges doubles portes.
Michaela, qui portait William dans les bras, descendit du porche du magasin et se dirigea rapidement vers leur chariot qui les attendait près de la clinique.
Katie, la bouche pleine d'un gros bonbon rouge à la menthe poivrée qui menaçait à tout instant de tacher ses vêtements, gambadait à côté d'elle.
Sully, qui tenait dans les bras une caisse de bois pleine de courses, les suivait derrière.
Lorsqu'elle s'approcha de la clinique, Michaela ralentit tandis qu'une idée lui traversait l'esprit et fixa la porte de la clinique.
Même de derrière, Sully sut ce qu'il se passait.
Il déposa la lourde caisse à l'arrière du chariot et vint vers elle.
"Pourquoi tu ne rentres pas ?" lui demanda-t-il avec un signe de tête vers la clinique.
Michaela haussa les épaules et répondit doucement : "Colleen et Andrew sont au Château cet après-midi..."
"Ce n'est pas grave... C'est ta clinique, tu peux y aller quand tu veux."
"Je sais, mais..."
"Tu le veux, je le vois... Alors, va," la pressa-t-il.
Michaela monta sur le porche et se retourna vers Sully qui ne dit rien mais tenta de la convaincre avec le regard.
Il s'avança et prit William dans les bras.
"Vas-y," répéta-t-il. "Va voir par toi même."
Il blottit le petit bébé endormi contre lui et sourit lorsqu'elle sortit la clef de la clinique d'une poche de sa robe.
Remarquant son sourire, elle dit sur la défensive : "C'est une habitude, elle est toujours là..."
Il rit et la suivit à l'intérieur mais resta sur le pas de la porte tandis qu'elle inspectait son territoire.
Elle se déplaça lentement en faisant glisser ses doigts sur le bureau, la table d'examen, en inspectant le contenu de plusieurs étagères et en s'attardant sans y penser sur le dossier d'un patient sur le bureau.
Katie, par contre, s'était dirigée directement vers 'son' coin de la clinique, là où ses jouets étaient bien rangés dans un petit meuble que Sully avait fait pour elle.
Elle s'installa tout de suite pour jouer avec des blocs de bois tout en faisant des bruits bizarres avec sa bouche, vu la taille de son bonbon.
Michaela se tourna vers son mari.
"Ils n'ont presque rien changé, Sully," dit-elle tout bas.
Il sourit.
"Tu le savais... Tu y es déjà venue depuis la naissance de William pour voir Andrew et Colleen. Moi aussi d'ailleurs," répondit-il.
Michaela rougit.
"Je sais, c'est juste que..."
"C'est juste que tu te demandes si tu as encore ta place ici, si tu y appartiens... alors que les autres ont pris ton poste depuis longtemps," finit Sully.
"Tu connais la réponse, moi aussi. C'est pareil pour Andrew et Colleen... C'est pour ça que rien n'a changé."
Elle hocha la tête et avala sa salive.
"Je sais," dit-elle si bas qu'il put à peine l'entendre.
Elle s'avança jusqu'à la boite en bois qui contenait ses instruments de médecin et l'ouvrit.
La boite avait à peine deux ans, donc le bois était régulier et riche et les instruments – les meilleurs qu'on puisse trouver– brillaient à l'intérieur.
Elle prit un scalpel et le mit à la lumière pour le voir étinceler et puis elle se tourna vers Sully, avec un regard rempli d'envie qui lui coupa le souffle.
Il lui sourit.
"Je connais ce regard, Michaela," dit-il un peu triste. "C'est ta décision..."
"Cela a ne t'embête pas..."
"Ce n'est pas à moi de décider... La seule chose que je dirai, c'est qu'il faut que tu te rappelles combien tu étais fatiguée quand tu as recommencé à travailler après la naissance de Katie."
Michaela hocha la tête, reconnaissant qu'il avait raison.
Elle baissa les yeux et toucha à nouveau les instruments.
"Peut-être deux ou trois matins par semaine, pour commencer ? Pendant qu'Andrew est au Château ?" suggéra-t-elle, pleine d'espoir. "Colleen pourrait rester là pour m'aider..." ajouta-t-elle.
"Je pense qu'elle reste toujours là quand il est là-bas de toute façon... au cas où quelqu'un ait besoin d'elle..." lui rappela Sully. "Je crois qu'elle adorera travailler avec toi à nouveau."
"Tu crois ?"
"Oui, bien sûr..." la rassura-t-il.
"Et tu pourrais aussi t'occuper de la clinique du Château un moment... comme tu le faisais avant que William arrive. Comme ça, tu pourrais surveiller Myra encore un peu."
Michaela secoua tout de suite la tête. "Non," affirma-t-elle avec un peu trop de force. "ça ne serait pas pratique," ajouta-t-elle. "Avec les enfants... Après tout, Katie est habituée à être ici et la nurserie est déjà toute installée en haut."
Sully acquiesça.
"Tu penses commencer quand ?" lui delmanda-t-il.
Michaela avala sa salive.
"Je vais d'abord devoir en parler à Andrew et Colleen... Mais peut-être la semaine prochaine ?"
Elle le regarda pour voir s'il approuvait.
Il hocha la tête et vint jusqu'à elle.
"C'est d'accord, Michaela," dit-il. "Je ne vais pas essayer de t'arrêter, ça ne marcherait même pas..."
Il s'arrêta et rit.
"Mais tu dois me promettre quelque chose, c'est de nous dire, à moi, à Colleen et à Andrew, si tu te sens trop fatiguée... Ce n'est pas un échec que d'admettre ça."
Il lui caressa doucement l'épaule.
Elle se pencha contre lui et soupira. "Je te promets," dit-elle avant de lever les yeux vers lui. "C'est vrai que cela ne te dérange pas ?"
Il l'embrassa tendrement pour lui répondre. "Comme je l'ai dit à Nuage-Dansant... Je suis tombé amoureux d'une femme médecin... ça fait partie de toi, je serais idiot de vouloir changer ça... Je me perdrais tout seul..."
"Tu ne m'en veux pas de retourner travailler alors que William est si jeune ?"
"Je crois que tu y as déjà pensé, Michaela... Je ne vais pas me mettre en travers de ton chemin. Si jamais ça ne marche pas, tu le sauras et moi aussi," répondit-il. "Je me sens plus confiant cette fois, sachant que Colleen sera là pour t'aider," ajouta-t-il.
Il jeta un coup d'oeil à Katie dont la bouche et le menton étaient maintenant rouges et collants, mais qui essayait avec détermination de construire une haute tour de blocs.
"Je connais quelqu'un que ça ne va pas beaucoup déranger," rit-il. "Elle est comme à la maison ici... Ça nous inquiétait au début..."
Michaela se mit sur la pointe des pieds pour l'embrasser.
"Parfois je me demande pourquoi j'ai autant de chance," dit-elle doucement. "Je t'aime Byron Sully, n'oublie jamais cela."
Sully lui fit un grand sourire.
"Je n'oublierai pas," répondit-il avec amour. "Du moment que tu te souviens que c'est réciproque..."
Il l'embrassa encore et lui donna William.
Il traversa ensuite la pièce pour prendre Katie dans les bras.
"Katie," rit-il. "Je crois qu'il y a plus de bonbon sur ton visage que dans ta bouche."
Elle lui sourit farouchement et il rit encore.
"Allez, viens," dit-il. "On ferait mieux d'enlever ça avant de rentrer."
Il regarda Michaela, lui sourit et se dirigea vers la cuisine de Colleen et d'Andrew.
Michaela secoua la tête.
Elle le pensait vraiment ; elle se demandait pourquoi elle avait tant de chance.
Elle avait un mari qu'elle adorait, cinq des plus beaux enfants du monde et un métier dont elle ne cesserait jamais d'être fière.
Elle embrassa William sur le front.
"Je me sens souvent si heureuse que je pourrais exploser de bonheur," lui dit-elle.
Chapitre 8 :
"Ça ne mord pas ?" demanda Michaela alors que Sully lançait une fois de plus sa ligne au centre du ruisseau.
Il cala le bout de sa canne à pêche entre deux rochers, se retourna vers elle et haussa les épaules.
"Il faut être patient..." répondit-il calmement.
Il marcha rapidement vers la clairière où Michaela était assise sur une couverture, le dos contre un grand arbre noueux et sans feuille.
Blotti contre elle, William se nourrissait avec appétit en faisant de petits bruits avec le fond de sa gorge.
Venant de quelques mètres de là, on entendait le bruit constant de l'eau qui coulait.
Michaela tourna le visage vers le soleil de l'après-midi, ferma les yeux et soupira.
Tandis que Sully s'asseyait à côté d'elle, il lui demanda avec inquiétude. "Qu'est-ce que ça veut dire ?"
"Quoi ?"
"Tu as soupiré..."
Il balaya le paysage du regard : ils étaient entourés d'arbres qui semblaient n'avoir jamais été approchés par l'homme.
Tu veux rentrer à la maison ?"
Michaela sourit.
"Non... Je ne veux pas rentrer à la maison," répondit-elle tout de suite. "Le soupir était un soupir de satisfaction."
"Donc, tu préfères être là plutôt que dans le luxe du Château ?"
"Oui... C'est si beau, Sully... et tranquille. C'est comme si on était les seuls êtres sur terre."
"Sauf qu'il y a aussi les enfants, notre maison... et la clinique."
Michaela rit.
"Oui, à part toutes ces choses..." admit-elle avec délice.
Elle souleva William, emmitouflé dans une épaisse couverture de laine et le changea de sein.
Il se remit aussitôt à téter.
Sully sourit et tendit la main pour caresser la joue rose de son fils.
"Il a l'air très satisfait aussi," commenta-t-il avec les yeux pétillants d'amour pour lui.
Michaela fronça les sourcils et répondit avec ironie.
"Bien sûr qu'il est... Le soleil brille, il est au chaud, se régale et concentre l'attention entière de sa mère et de son père..."
Ses yeux étaient brillants lorsqu'elle se pencha pour caresser à son tour la joue de Sully.
"Il aime tout ça, non ?"
"Je crois."
"Bien... J'aime beaucoup moi aussi..."
Sully se rapprocha d'elle et s'appuya contre le même arbre.
"Je suis content que tu aies voulu venir ici aujourd'hui... Vu que tu recommences à travailler lundi, nous n'aurions peut-être pas eu le temps après..." remarqua-t-il avec satisfaction.
"Oui, je suis contente aussi... C'est tout ce dont j'avais besoin."
Sully rit.
"De quoi ? Du sol dur ? Du vent frais ?"
Il se colla contre elle et lui passa le bras derrière les épaules.
Michaela lui sourit avec indulgence.
"Non... Le calme... L'attention amoureuse de mon mari, la chance de me détendre... de ne pas être Dr Quinn ou Dr Mike, ou bien maman..."
Elle s'appuya contre lui et l'embrassa.
"Etre simplement Michaela. La femme de Sully... La mère de William... D'être seule ici avec toi, de ne pas être observée, jugée."
"C'est ce que tu ressens ?"
"Parfois."
Il lui caressa doucement le bras et l'épaule.
"Je vois que je vais devoir t'emmener ici plus souvent... Et tu ne devrais pas t'inquiéter de ce que les autres gens pensent... Ça n'a pas d'importance," lui conseilla-t-il de sa voix douce et protectrice.
Michaela hocha la tête et l'embrassa à nouveau.
"Je sais," dit-elle tout bas. "Tu me l'as souvent dit depuis que je suis ici... Mais parfois, je ne peux pas m'en empêcher."
"Je le sais... ça fait partie de toi.." répondit Sully.
Il passa les doigts sur sa joue, lui caressa le menton et le cou avant d'arriver vers son sein découvert et de caresser la peau tendue.
Michaela frissonna sous ses attentions, alors il recommença, ses yeux sensuels plongés dans les siens.
Elle se mordit la lèvre et il posa la paume de sa main sur sa peau très douce, au-dessus de l'endroit où William, qui commençait à s'endormir, livrait une bataille perdue d'avance pour continuer à se nourrir.
Sully inclina la tête pour qu'elle touche celle de Michaela et respira profondément l'air frais et pur du printemps.
"Mais je t'aime pour ça," ajouta-t-il.
Il se blottit ensuite dans son cou et l'embrassa à cet endroit très sensible.
Michaela inclina elle aussi la tête et tourna son visage vers la chaleur du soleil, se régalant de l'amour que lui portait son mari.
Lorsqu'il lui rassembla ses cheveux soyeux et les écarta pour l'embrasser sans être gêné, elle baissa la tête et ouvrit légèrement les yeux pour découvrir que les rayons du soleil semblaient danser sur l'eau mouvante du ruisseau.
Mais ce ne fut pas la seule chose qui attira son attention.
"Sully ?" murmura-t-elle tandis qu'il continuait à l'embrasser.
"Oui..." répondit-il, la tête cachée dans le creux de son épaule.
Elle fit un signe de tête vers le ruisseau.
"Sully ?" répéta-t-elle comme dans une sorte de rêve.
"Ta canne à pêche... Elle bouge..."
"C'est vrai ?" demanda-t-il sans grand intérêt et en continuant ses baisers.
"Oui... Assez fort..." lui dit-elle avec un sourire.
"Oui..." répondit-il machinalement.
Puis, il s'arrêta soudain.
"C'est vrai ?" s'exclama-t-il en se levant avant de courir à travers la clairière.
Il leva sa canne et tira sur la ligne.
Son corps se raidit pendant un instant mais il baissa vite les épaules de déception.
Il se retourna vers sa femme avec un petit sourire ironique.
"Voilà ce qui arrive quand tu me distrais," gémit-il.
"Maintenant, tu vas devoir te contenter de haricots et de viande en boîte au lieu d'une truite fraîche !" la taquina-t-il, le regard pétillant d'amusement.
Michaela sourit aussi.
"Nous avons encore le temps, non ? S'il y en a un qui a mordu, il pourrait y en avoir d'autres..."
Elle leva les sourcils et rit. "Tu ne crois pas ?" ajouta-t-elle.
Sully haussa les épaules.
"Je suppose," répondit-il en essayant de paraître de mauvaise humeur, mais sans vraiment y arriver.
"Du moment que tu ne me distrais pas à nouveau..."
"Alors, tu ferais peut-être mieux de rester là-bas," lui conseilla Michaela d'un ton effronté.
"Si c'est ce que tu veux," répondit Sully en souriant.
Alors, il lui tourna le dos, tira sa ligne, remit un appât au bout de l'hameçon et la relança vers le milieu du ruisseau rapide.
Il s'assit et observa d'un air pensif les rides provoquées par sa ligne s'estomper très vite dans le courant.
Michaela le regarda contempler l'eau, son corps très détendu et les mains croisées sur ses genoux.
Il avait un air si tranquille, en paix avec lui-même, qu'il semblait ne faire qu'un avec le paysage.
Elle avait remarqué cela avant, et en fait, elle lui enviait cette impression.
Dans le passé, elle devait l'admettre, elle en avait même été jalouse et s'était inquiétée que la nature le rappelle à elle, lui vole.
Elle avait appris avec les années qu'il lui appartenait autant qu'elle lui appartenait, mais si elle ne faisait pas attention, cette légère jalousie refaisait surface quand elle ne s'y attendait pas.
Il était une énigme, quelqu'un que la plupart des gens ne comprenaient pas ou ne voulaient pas comprendre.
Pour elle, il était sa moitié, il la complétait, la soutenait, l'aimait à tel point que beaucoup de gens n'en avaient pas conscience.
Elle s'inquiétait parfois de ne pas assez lui donner en retour.
Comment le pouvait-elle lorsqu'il la comblait tant ?
Elle réalisa soudain que son bras qui tenait William était en train de s'endormir et que le sol devenait très dur.
Elle changea délicatement le bébé de position et se pencha de l'autre côté pour apaiser l'engourdissement de son dos.
Bien qu'elle ait pensé s'être déplacée en silence, Sully se retourna, comme s'il était raccordé à ses pensées et ses sentiments, et il se leva pour venir jusqu'à elle.
"Viens... Donne-le-moi... Je vais le mettre dans son lit," murmura-t-il avec un regard qui en disait long sur son amour pour sa femme et son fils.
Michaela tendit William à Sully qui le posa dans le petit lit qui se tenait dans l'ombre d'un des plus grands arbres aux alentours.
Il le recouvrit avec la couverture et pendant un petit moment, il lui caressa le ventre jusqu'à ce qu'il s'endorme totalement.
Puis il se leva, regarda le bout de sa canne à pêche et une fois satisfait qu'aucun poisson ne mordait à l'hameçon, il se dirigea à nouveau vers Michaela.
Il s'assit à côté d'elle, passa le bras derrière ses épaules et la serra contre lui.
"Hum... C'est une très belle journée, n'est-ce pas ?" lui chuchota-t-il à l'oreille.
Michaela soupira et hocha la tête, bercée par la chaleur du soleil et une sensation de bien-être.
Après un long moment de silence agréable, Sully remarqua : "Si je ne réfléchis pas beaucoup... je pourrais croire que c'est comme ça que c'était autrefois..."
"Qu'est-ce que tu veux dire ?"
"Eh bien... La première fois que je suis venu ici et qu'ensuite, j'ai commencé à vivre avec les Cheyennes, les bois étaient intouchés et remplis de gibier... Les bisons galopaient sur les plaines... Il n'y avait aucun chemin de fer ou de maisons... sauf près de la ville..."
"Ça te manque ?"
Sully s'exclama : "Bien sûr que ça me manque ! J'avais l'habitude de marcher dans les clairières comme celle-là et je me disais que les seules personnes à avoir déjà foulées ces terres avant moi étaient les Indiens... Même quand je travaillais dans les mines, je me sentais différent quand je me baladais dans les forêts... Il n'y avait aucun combat, aucune cupidité... Il y règne une paix que je n'ai jamais ressentie ailleurs."
"Ce n'est pas toujours tranquille..."
"Non... Mais la guerre qui se livre ici n'a rien à voir avec la cupidité, mais avec la survie et je comprends ça !" répondit Sully à voix basse.
Michaela lui prit la main avant de la caresser.
Elle dit doucement : " Ça te manque de ne plus vivre ici ? De survivre avec tes propres moyens ?"
Elle baissa le regard après avoir posé une question qu'elle avait maintes fois méditée.
Sully se retourna vers elle, ce qui la surprit.
"Pourquoi tu me demandes ça, Michaela ?" dit-il avec étonnement.
Elle garda les yeux baissés au sol où un groupe de fourmis courait.
Il posa le pouce sous son menton et leva son visage vers lui.
"Laisse-moi te poser une question avant de répondre à la tienne," dit-il en souriant. "Boston te manque-t-il ?"
"Non," répondit Michaela sans grande conviction dans la voix.
"Non ?" demanda-t-il, faisant semblant d'être surpris.
"Même pas les servants prêts à tout faire pour toi, la cuisine, laver le linge, nettoyer, s'occuper des cheminées...?"
Après un moment de silence, il ajouta "Et tous ces théâtres, ces bibliothèques ? Et les opéras ?"
Michaela rougit et refusa de croiser son regard, alors il continua.
"Et les hôpitaux, Michaela ? Toutes ces salles d'opération, ces services, ces infirmières ? Ça ne te manque pas ?"
Il posa la main sur sa joue.
"Tu es en train de me dire que ça ne te manque pas du tout ?"
"Bien sûr, ça me manque, parfois..." admit-elle après un moment.
Puis, elle lui sourit.
"Mais c'est ici que je veux être... avec toi, les enfants... Pour toujours."
"Alors tu vois où je veux en venir maintenant ?" demanda-t-il avec douceur.
Il regarda le paysage magnifique et intact.
"C'est pareil pour moi... Bien sûr que ça me manque de ne pas vivre au milieu de tout ça, parfois... Mais je veux vivre avec vous et j'ai besoin de toi et des enfants. Tu es ma vie, maintenant... Et il n'y a rien d'autre que je désire. Tu peux le comprendre ? Mon coeur t'appartient maintenant."
Michaela sourit et leva les yeux vers lui.
"Tu m'as dit ça à la maison... avant qu'elle ne soit terminée," murmura-t-elle avec amour.
"C'est toujours vrai... ça le sera toujours," lui promit-il avec sincérité.
"Les forêts ont une place particulière dans mon coeur... Mais tu tiens mon coeur dans ta main, tu dois le croire."
"Je le crois, j'ai juste besoin d'être rassurée parfois," répondit Michaela assez émue.
"C'est une autre des raisons pour lesquelles je t'aime," rit Sully. "Tu peux me le demander autant de fois que tu veux... Je te répondrai toujours pareil."
Il se pencha et l'embrassa sur la bouche.
Puis, il se recula et dit pour la taquiner : "Si je me souviens bien... Quand je t'ai dit ça la première fois, ça a été très dur de ne s'arrêter qu'à un baiser..."
Michaela rougit et l'embrassa encore.
Puis, elle ajouta : "Nous n'avons plus ce problème, monsieur Sully... et pour ma part, je ne vais pas m'arrêter à un baiser."
Excité par son audace, Sully sourit et répondit. "Content de l'entendre, madame Suly... Parce que je ne sais pas si je pourrais me retenir."
Il l'aida à se coucher doucement sur la couverture et s'apprêta à lui montrer à quel point son coeur, son corps et son âme lui appartenaient.
Michaela se pencha et déposa un baiser sur le tout petit front de son fils qui dormait et quitta sans bruit la pièce avant de descendre les escaliers jusqu'à la clinique en-dessous.
Lorsqu'elle entra et se dirigea vers son bureau, Katie leva les yeux de ses jouets.
"Wiyam dort enco- maman ?" demanda-t-elle avec désespoir.
Michaela rit.
"Oui, mon coeur... Encore," répondit-elle.
La petite fille soupira ce qui fit davantage rire Michaela.
Pour Katie, William mettait une éternité à grandir afin d'avoir l'âge de jouer avec elle.
Elle secoua la tête et se concentra sur les dossiers très bien tenus des patients qui l'attendaient ce matin.
Elle espérait sincèrement qu'ils ne seraient pas trop surpris de tomber sur elle à la place d'Andrew.
Elle leva les yeux et observa ce décor si familier : la table d'examen, les étagères de médicaments et de remèdes, sa boîte à instruments en bois.
Elle se sentait vraiment chez elle ici.
Pratiquer la médecine faisait autant partie d'elle qu'être la mère de Katie et de William et elle aimait se sentir chez elle.
Absorbée par le dossier de Mr Woods, Michaela sursauta lorsqu'on frappa à la porte.
Elle jeta un coup d'oeil à l'horloge.
Il restait encore vingt minutes avant le rendez-vous de la vieille madame Coughlin.
Elle se leva, passa les mains sur sa robe, remit une mèche de cheveux derrière une oreille et s'avança rapidement vers la porte.
Freddy McFarlane resta bouche bée de surprise lorsqu'il vit une femme (qui n'était pas Colleen Cook) ouvrir la porte.
"Ah... madame... Je cherchais le médecin," bégaya-t-il avant de tendre sa main entourée de pansements ensanglantés.
"Horace m'a dit de venir et de voir Andrew... Je suis Freddy McFarlane, le nouvel assistant d'Horace."
Michaela ouvrit davantage la porte et lui fit signe d'entrer.
"Andrew travaille au Château ce matin, Mr McFarlane," expliqua-t-elle. "Je suis le docteur Michaela Quinn... Les gens ici m'appellent Dr Mike..."
Freddy la regarda d'un air dubitatif puis se souvint que Colleen avait dit qu'elle étudiait pour être médecin... alors, même s'il n'avait jamais rencontré de femme médecin avant, cela ne lui parut pas non plus extrêmement extraordinaire.
Michaela lui indiqua qu'il pouvait s'asseoir sur la table d'examen.
"Alors, comment vous êtes-vous fait cela ?" demanda-t-elle en commençant de défaire doucement la bande de chiffon blanc qui protégeait une entaille profonde s'étendant du poignet jusqu'à la paume de sa main.
Il grimaça lorsque le tissu emporta avec lui un peu de sang séché et collé.
"Je me suis attrapé la main sur un fil barbelé autour d'une caisse de bois, Dr Mike," expliqua-t-il, retenant son souffle tandis que Michaela commençait à examiner la blessure.
"Nous déchargions le fret de ce matin... Ça ne voulait pas s'arrêter de saigner, alors Horace a dit que je ferais mieux de venir à la clinique."
"Horace a eu raison," commenta Michaela avec autorité.
"L'entaille est profonde."
Elle regarda dans les yeux d'un vert intense de son charmant patient et elle le reconnut : elle l'avait croisé au café il y avait quelques jours.
"On va devoir faire quelques points de suture."
Freddy secoua la tête.
"Je me sens si bête," dit-il d'un ton attendrissant.