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Série : Gossip Girl (2007)
Création : 16.05.2013 à 22h45
Auteur : katido
Statut : Terminée
« Et si tout avait été différent ? 500 % Blass avec des pointes de Serenate et un peu de NJBC » katido
Cette fanfic compte déjà 191 paragraphes
Lundi 2 juillet 2012 : 03h37
Blair posa la main sur la poignée de la porte et l'ouvrit en priant pour qu'il soit là.
Elle retint son souffle en l'apercevant, assis sur le parapet. Elle ferma les yeux, se remémorant une nuit identique, dans ce même lieu.
Elle s'avança lentement pour ne pas l'effrayer et grimpa à son tour sur le muret pour le rejoindre.
Il était tellement perdu dans ses pensées qu'il ne l'avait même pas remarquée.
- Chuck, appela-t-elle doucement quand elle fut à quelques mètres de lui.
Il tourna la tête et elle aperçut ses prunelles trop brillantes dans les lumières de la nuit. Il cligna rapidement des paupières mais quand il les rouvrit, elle était toujours là.
- Ne fais pas ça ! s'affola-t-il en voyant la femme de sa vie s'avancer en tentant de garder son équilibre.
- Tu l'as bien fait, le défia-t-elle.
- Pas avec des talons de sept centimètres, répondit-il en se relevant doucement pour lui tendre la main.
Elle agrippa ses doigts aux siens puis se débarrassa de ses Marc Jacobs en quelques gestes lents, avant qu'il ne l'attire précautionneusement entre ses bras.
- Non, mais ça va pas ? Qu'est-ce que tu fais ? gronda-t-il en le stabilisant contre lui.
- Si tu plonges, je plonge avec toi, dit-elle en posant ses yeux dans les siens. Je ne resterai pas ici sans toi. Je ne survivrai pas si je devais te perdre aussi, assura-t-elle.
Il la serra plus fort.
Ça lui faisait tellement de bien de la tenir tout contre lui. Sa présence était la seule chose qui pouvait vraiment apaiser un peu les incertitudes et les écorchures de son cœur.
Elle laissa échapper un soupire de soulagement.
Ses bras autour d'elle la rassuraient et atténuaient ses angoisses des dernières heures.
Quand Serena l'avait informée qu'ils n'avaient aucune idée de l'endroit où Chuck se trouvait, elle avait paniqué et son instinct l'avait amenée là, où tout avait commencé, où tout avait aussi bien failli se terminer des années plus tôt.
- Je t'ai appelé au moins vingt fois ! lui reprocha-t-elle.
- Je ... je croyais que tu étais déjà en plein ciel et je n'avais aucune envie de parler. J'ai éteint mon téléphone.
- J'avais remarqué, maugréa-t-elle.
Maintenant qu'elle le savait sain et sauf, elle pouvait laisser éclater sa rancœur d'avoir eu si peur pour lui.
- Mais au fait, qu'est-ce que tu fais là ? questionna-t-il.
- Le vol a été retardé et quand j'ai vu la vidéo ...
Il grimaça à l'évocation de cette scène.
- J'ai dit à ma mère que je prendrais le prochain vol, termina-t-elle.
Il acquiesça et posa son front contre le sien quelques instants puis desserra un peu son étreinte et lentement, très lentement, il la fit pivoter entre ses bras pour qu'elle soit face à la ville qui s'étendait sous leurs pieds et la cala bien contre son torse, nouant ses mains sur son ventre.
Les ongles de Blair s'enfoncèrent dans la peau du dos de ses mains avant qu'elle ne prenne connaissance de la vue.
- C'est magnifique, s'émerveilla-t-elle après quelques secondes.
Il la sentit se relaxer un peu tandis qu'elle relâchait la pression de ses phalanges et il en profita pour les entremêler aux siennes.
- Ferme les yeux, commanda-t-il à son oreille.
La brune s'exécuta, lui faisant pleinement confiance.
-Tu sens ça ? questionna-t-il, ses lèvres effleurant son lobe.
Elle frissonna à la caresse de son souffle dans son cou, bientôt remplacée par une autre, celle d'une bourrasque vivifiante qui lui donna l'impression de planer, comme si elle ouvrait ses ailes et prenait son envol.
Elle haleta sous la surprise des sensations qui s'emparaient d'elle. La liberté. La légèreté. L'insouciance. Comme si tous ses problèmes disparaissaient, disséminés aux quatre vents.
- Je t'ai promis que je ne te laisserais pas, reprit-il en jouant avec l'anneau à son doigt gauche. Je n'ai pas l'intention de faillir à ma parole. Je vais t'épouser et je te rendrai heureuse. Peu importe ce que les autres en pensent. Je consacrerai chaque seconde de chaque minute à notre bonheur.
Elle acquiesça, un sourire naissant sur ses traits parfaits.
- Tes pensées les plus sombres, tes joies les plus intenses, peu importe ce que tu devras traverser, je partagerai tout, je serai là pour toi, affirma-t-elle solennellement. Je serai toujours ta famille, Chuck.
- Je sais. C'est bien la seule chose dont je sois certain. Notre amour est la seule chose qui ait jamais été bien réelle dans ma vie. Il y a eu tellement de tromperies que je ne sais plus qui je suis, ni d'où je viens. Je ne suis plus certain de savoir qui est ma mère, ni mon père. Je suis tellement perdu ... et tu es la seule lumière qui brille au bout du chemin, lui confia-t-il.
- Tu es toi et je suis moi, nous sommes Chuck et Blair, Blair et Chuck, c'est tout ce qui compte, le reste n'a pas d'importance, répondit-elle d'une voix emplie d'émotion.
Jamais il ne lui avait permis de s'approcher aussi près.
- Accroche-toi à moi, rappelle-toi qu'ensemble, nous sommes indestructibles, ajouta-t-elle.
- Je t'aime, chuchota-t-il tout contre sa joue avant de l'embrasser passionnément.
Une rafale de vent les inonda à nouveau, leur insufflant une nouvelle vague d'énergie qui les emporta plus haut encore.
- JE T'AIME, hurla soudain Chuck de toute la force de ses poumons lorsque leurs bouches se décollèrent.
Blair couvrit son oreille d'une main.
- T'es complètement fou, rit-elle.
- Fou de toi, renchérit-il avant de happer à nouveau ses lèvres entre les siennes.
- JE T'AIME, s'époumona-t-elle à son tour à New York en contre bas.
*****
Para 11
Mercredi 4 juillet 2012 : 10h33
Chuck ouvrit un œil et le referma aussitôt.
Il avait passé une nuit horrible.
Blair avait quitté Manhattan pour la capitale française la veille au soir. Elle avait pris le vol suivant car elle se devait d’être au défilé de la semaine de la mode en tant que nouvelle codirectrice de Waldorf Designs.
Il était vraiment heureux qu’elle avance dans sa vie professionnelle (au contraire de lui) c’était le signe qu’elle récupérait vraiment pleinement de sa dépression. Elle remontait la pente et prenait à nouveau les choses à bras le corps.
Elle le soutenait lui, à bras le corps. Ils avaient passé le lambeau de nuit qui restait dans la chambre de la jeune femme et n’en n’étaient ressortis que pour se rendre à l’aéroport, le lendemain en début de soirée.
Il ne voulait pas voir qui ce soit à part Blair mais il ne pouvait pas non plus s’incruster au penthouse Waldorf en son absence, qui était d’ores et déjà bien trop longue !
Il jeta un œil à son réveil et gémit, à peine treize heures depuis son départ.
Il ne survivrait jamais loin d’elle pendant plus d'un mois entier.
Il laissa retomber sa tête et enfonça son visage dans l’édredon.
Heureusement pour lui, il n’avait croisé personne lorsqu’il était rentré au penthouse Van Der Woodsen au milieu de la nuit, après s’être à nouveau retranché au Victrola pendant plusieurs heures.
Il avait un instant pensé à utiliser la suite 1812 mais elle lui avait paru soudain vraiment trop horrible lorsqu’il avait franchit le seuil. Elle était remplie de souvenirs du temps de son adolescence esseulée, ce qui le ramenait irrémédiablement à ses problèmes familiaux actuels.
Ses rêves avaient été à l'image des dernières révélations sur ses origines, chaotiques et des plus tortueux. Les visages de Diana et Élisabeth - ou Évelyne - ainsi que ceux de Jack et Bart se superposaient dans son subconscient.
Il poussa un autre gémissement et enfuit sa tête sous l'oreiller quand la porte s'ouvrit lentement.
- Charles, appela doucement la voix de Lily.
Au moins, il savait pour sûr qu'elle était sa mère adoptive.
Elle s'approcha de lui et s'assied sur le rebord du lit.
- Je sais que tu es réveillé, je t'ai entendu grogner quand je suis entrée, indiqua-t-elle en posant une main sur son épaule.
Elle fit quelques cercles dans son dos pour le réconforter mais il ne bougea pas d'un pouce.
- Jack est là, ainsi que ton père, l'informa-t-elle. Cependant, si tu ne veux pas les voir, je peux leur dire de revenir plus tard.
Il sortit la tête de sous la taie, ce qui arracha un sourire à Lily.
- Merci, dit-il.
Elle posa sa paume sur sa joue.
Il aimait quand elle faisait ce geste.
C'était le plus maternel auquel il avait jamais eu droit.
- Toujours, répondit-elle avant de poser un baiser sur sa pommette.
Elle essuya la trace de rouge à lèvre qu’elle venait d’y imprimer et se leva pour quitter sa chambre à pas feutrés, comme elle était venue.
*****
Mercredi 4 juillet 2012 : 16h58
Nate vida son verre et observa son père qui s'entretenait avec un de ses oncles au barbecue familial obligatoire en ce jour de fête nationale.
- Hé ! Ça va toi ? demanda sa petite-amie.
Pure question de rhétorique. Serena savait parfaitement que ça n'allait pas du tout bien qu'il réponde à chaque fois par l'affirmative.
- Regarde-moi ça ! grommela-t-il en désignant le Capitaine en pleine conversation avec Kevyn Vanderbilt. Il y a quelques années, on n'avait même plus le droit de prononcer mon nom de famille et maintenant ils sont à nouveau tous là à lui lécher les bottes depuis que Chuck lui a donné un emploi à Bass Industrie.
Il grimaça et tendit la main pour attraper un autre gobelet de bière fraîche mais la blonde anticipa son geste.
- Non, tu as assez bu comme ça. Ne m'oblige pas à endosser le rôle de la petite-amie rabat joie.
- C'est pourtant ce que tu fais, hoqueta l'héritier Archibald, réprimant un renvoi.
- Tu es absolument dégoûtant, se plaignit Serena.
Il haussa les épaules et retenta sa chance, sans plus de succès.
- Maintenant ça suffit ! s'agaça-t-elle. On va quitter cet endroit sans que personne ne nous voie. Je parie que ton grand-père ne remarquera pas notre départ avant plusieurs heures. On va rentrer. Tu prendras une douche et tu désaouleras un peu. Ensuite on ira voir Chuck et tu auras une discussion avec ton meilleur ami.
- Il refuse de voir qui que ce soit à part ta mère et son privé, raisonna-t-il étonnamment bien pour son état d'ébriété.
- Il ne pourra pas se cacher indéfiniment et ce penthouse est également le mien donc je ferai le forcing si nécessaire. Après tout il ne s'est jamais gêné pour se taper l'incruste dans ma salle de bain, lui.
- Ok ! accepta Nate en se levant.
Elle agrippa son bras pour l'aider à tituber le plus discrètement possible jusqu'à la sortie et l'aida à grimper dans la limousine avant de demander au chauffeur des sachets plastiques que ce dernier s'empressa de lui fournir.
C'était lui qui nettoierait le véhicule ce soir !
*****
Mercredi 4 juillet 2012 : 19h41
Andrew Tyler arriva au penthouse du Palace et s'avança dans l'entrée. Tant pis pour la fête nationale.
Quand un Bass vous donnait une mission, il n'y avait pas de jour férié ou de dimanche. Son cachet couvrirait amplement les heures supplémentaires et les extras.
Le jeune homme l'accueillit dans le salon, un verre de scotch à la main, fidèle à lui-même.
- Vous avez pu la joindre ? demanda-t-il sans s'embêter avec la politesse d'usage.
Fidèle à lui-même !
- Non, comme je vous l'ai déjà dit, elle n'a visiblement pas envie d'être retrouvée. Par contre votre père et votre oncle m'ont fait part de leur desiderata. Ils souhaiteraient s'entretenir avec vous.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent laissant effectivement place à Bart et à Jack.
- Tyler, vous êtes viré ! asséna le jeune homme.
Le privé eut un haut le corps.
- Ne vous inquiétez pas pour vos honoraires, je les paieraient lui dit Bart en le congédiant d'un regard.
- Laissez-moi deviner, se gaussa Chuck. C'est le 4 juillet et vous aviez envie de le passer en famille, c'est ça ?
- Chuck ! le sermonna son père.
- Quoi ? Comment ça se fait que tu sois là d'ailleurs ? Il n'y a pas d'affaires florissantes en Europe qui pourrait aider à redresser la barre pour palier au chaos que j'ai déclencher chez BI ? Je me souviens que quand j'étais enfant, tu avais toujours un repas d'affaire ce jour là. Tu n'avais jamais la possibilité de passé cette fête avec moi.
- Si tu veux me blâmer pour mes nombreuses absences, vas-y, mais ça n'empêchera pas que tu vas écouter ce qu'on a à te dire. Tu n'as pas besoin d'avoir recours aux services d'Andrew pour répondre à tes questions. Nous sommes là pour ça, expliqua Bart.
Chuck ne put cacher le sourire cynique qui s'installa sur ses lèvres.
- Quoi ? Pour une fois tu vas me dire la vérité ? se moqua-t-il avec une incrédulité visible.
- Élisabeth est ta mère biologique, dit Jack en lui tendant une photo.
- Évelyne, le reprit Bart avec agressivité.
- J'ai déjà vu cette image, rétorqua le jeune homme après avoir jeté un œil au cliché identique à celui qu'Andrew lui avait montré.
- La date est au verso, tu peux constater que sa grossesse correspond avec ta date de naissance.
Il contrôla les dires de son oncle et ne put réprimer la remarque qui brûlait ses lèvres (et ses rétines) depuis qu'il en avait pris connaissance des jours auparavant.
- C'est toi ! avança-t-il en posant son regard sur Jack, sachant parfaitement la réponse.
L'air dans la pièce devint tout à coup plus irrespirable que jamais.
- Oui, c'est lui ! grinça des dents Bart.
Chuck eut eu l'impression que ce qui lui restait de bon sens s'évaporait en fumée.
Jusqu'ici, il avait eut des doutes sur l'identité de sa mère, mais jamais sur celle de son père et imaginer que ce soit Jack était encore pire pour lui que tout le reste, principalement à cause de sa coucherie avec Blair.
Il avait tenté d'éviter ce moment, lui préférant la torture de l'incertitude.
Il dévisagea son oncle une seconde avant de laisser choir le cliché sur la table basse d'une main tremblante.
- Chuck, je sais à quoi tu penses, mais je suis bien ton père, déclara Bart avec force. J'ai fait pratiqué un test de paternité à ta naissance.
- Ce qui était totalement superflu, indiqua son cadet.
- C'est ton frère, s'exclama le jeune homme.
- Demi-frère, précisa Jack et crois moi, je n'ai rien à voir avec ta venue au monde. Il n'y a jamais rien eu entre ta mère et moi à cette époque.
Bart renifla avec mépris.
- Il n'y a jamais rien eu entre nous à cette époque, répéta Jack. Ce test était totalement inutile. Nous te l'avions déjà certifié à ce moment là.
- Et Diana ? interrogea soudain Chuck. Qu'est-ce qu'elle vient faire la dedans ?
- C'est la sœur d’Élisabeth, l'informa Jack.
- Demi-sœur d’Évelyne, releva cette fois Bart. C'est la raison pour laquelle il était tout à fait possible qu'elle ait pu être un donneur compatible.
- Mais ce n'est pas elle qui t'a sauvé la vie, c'est Élisabeth, reprit Jack. Elles se sont rejointes ici et puis elles sont toutes les deux rentrées à Londres, où vivait leur mère. Élisabeth était justement venue à Los Angeles pour convaincre Diana de rentrer la voir une dernière fois avant qu'il ne soit trop tard, expliqua son oncle.
- Et tu le sais parce que ? le fustigea son aîné.
- Parce que tu étais censé être mort et que j'ai contacté les deux seules personnes que je pensait susceptibles de sauver la vie de ton fils ! le rembarra Jack.
Chuck sentit sa tête se mettre à tourner. Il fallait qu'il sorte de là et vite, il avait l'impression d'étouffer.
Il quitta l'endroit sans laisser le temps à aucun des deux adversaires de réaliser ce qui se passait.
Le temps qu'ils réagissent, il avait déjà atteint l'ascenseur et les portes se refermaient.
*****
Mercredi 4 juillet 2012 : 20h04
Nate et Serena attendaient l'ascenseur.
Le jeune homme s'était changé et avait dormi un peu (dans la limo) afin de reprendre ses esprits avant de venir affronter son meilleur ami.
Il n'en pouvait plus du silence de Chuck.
Il se sentait tellement horrible à présent.
Bien entendu, personne ne pouvait lui tenir grief pour une chose qu'il ignorait au moment des faits. Néanmoins, cela ne changeait pas ceux-ci.
Si Diana était bien la mère biologique de Chuck, il n'avait aucune circonstance atténuante. Quoi qu'il dise ou fasse, cela ne modifierait pas ce qui s'était passé.
Chuck et lui avaient parfois eu les mêmes conquêtes mais jamais en même temps et il était plus qu'évident que s'ils avaient eu chacun une sœur aucun d'eux ne se serait jamais permis ...
Il se sentit encore plus mal en réalisant que la blonde aux longues jambes qui se tenait à ses côtés était sa petite-amie et légalement la sœur adoptive de son ami d'enfance.
Oui, mais la différence était là, justement ! Ils étaient amis d'enfance tous les quatre et il connaissait Serena – et avait eu une aventure avec elle - avant qu'elle ne soit liée de cette manière à l'héritier Bass.
Ding !
Les portes s'ouvrirent et le beau brun carra la mâchoire en se retrouvant face à celui qu'il avait également évité depuis trois jours.
Il n'avait répondu à aucun de ses appels, ni textos non plus.
Ils s'étaient donnés le mot ou quoi ?
La fête nationale était censée être une fête familiale mais jusqu'ici, il l'avait toujours passé seul !
Non, s'il était honnête avec lui-même, il la passait la plus part du temps avec des prostituées après avoir refusé de se joindre à la clique Vanderbilt pour une célébration patriotique.
- Chuck ! s'exclama le fils du Capitaine.
- Nathaniel ! l'accueillit le brun ténébreux.
- Écoute, je suis vraiment désolé pour ce qui s'est passé avec ta ... Diana, se reprit-il.
Il ne pouvait toujours pas se faire à l'idée qu'il ait couché avec la mère de son meilleur ami. Il était comme un frère pour lui, il avait quasiment l'impression d'avoir commis un inceste.
- Diana n'est pas ma mère biologique, asséna Chuck qui ne pouvait pas non plus assumer le fait que cette dernière soit sa génitrice.
Il le rejetait de toutes ses forces même s'il n'ignorait pas qu'il ne pouvait pas avoir confiance en Bart, ni en Jack ... ni en Diana, ni en Élisabeth, ajouta-t-il mentalement.
Mais la photo était une preuve indubitable et la date correspondait, donc il se raccrocherait à ça pour l'instant.
Nate sentit un poids immense quitter sa poitrine.
- Tu peux pas savoir à quel point je suis soulagé, s'exclama-t-il à l'adresse de son ami qui sortait de la cage métallique.
- Et moi donc ! commenta le brun avec son petit rictus habituel aux coins des lèvres.
- Écoute Man, je ...
- Si on allait parler de ça ailleurs ? proposa Chuck qui ne voulait pas traîner là et voir son père et son oncle – dans n'importe quel ordre – revenir à la charge.
Un petit sourire laissa timidement apparaître les fossettes de son petit-ami et S laissa échapper un soupir discret. La réconciliation n'était pas loin. Ces deux-là ne pouvaient pas vivre l'un sans l'autre.
*****
Mercredi 4 juillet 2012 : 23h45
- Et tu penses que Jack est ton père ? questionna Nate, assis sur la banquette, en face de l'ancien propriétaire dans un loge du Victrola.
Chuck grimaça.
- Je ne sais plus qui est qui, soupira-t-il avant de reprendre une goulée du liquide ambré dans son verre. Bart et lui sont d'accord à ce sujet, quand à Élisabeth, elle prétend qu'elle est bien ma mère à présent. Les informations récoltées ont l'air d'aller dans ce sens. La seule personne à qui je n'ai pas encore parlé, c'est Diana.
Nate grimaça à son tour.
- Tu vas aller la voir ?
- Je crois que je n'ai pas le choix, indiqua le brun. Tu veux venir avec moi ? ... Je veux dire, tu es aussi un peu concerné par ça.
C'est Serena qui retroussa son nez en signe de dégoût cette fois.
Nate évita soigneusement de croiser son regard azur et acquiesça à l'adresse de Chuck.
- Elle est rentée précipitamment en Angleterre, d'après ce que je sais, l'informa-t-il. Elle ne sera pas au Spectator avant la semaine prochaine au moins.
- Alors, je vais faire affréter le jet pour demain, je n'attendrai pas sept jours de plus, indiqua le jeune Bass.
Il avait perdu assez de temps, il devait savoir !
Des cris de joie envahirent soudain le cabaret comme on pouvait entendre des explosions à l'extérieur.
- Si on allait voir le feu d'artifice d'un meilleur point de vue, proposa Chuck.
Il se leva pour gagner la porte du fond, donnant sur les escaliers qui menaient au toit, suivi pas ses amis.
*****
Para 12
Vendredi 6 juillet 2012 : 15h22 (Paris)
Eléanor Waldorf-Rose traça une nouvelle courbe sur son esquisse. La semaine de la mode à Paris avait été un vrai succès et elle était vraiment heureuse que Blair ait accepté de prendre sa succession à la tête de l'entreprise.
Elles avaient eu leur lot de conflits mais elles avaient mis tout ça derrière elles et elle était enchantée de se retrouver dans l'atelier en compagnie de sa fille.
La styliste releva la tête de ses crayonnages et posa un regard maternel sur la brunette, installée à un bureau en face d'elle. Elle remonta ses lunettes sur son nez et un sourire discret illumina quelque peu son visage.
Elle se sentait emplie de fierté. Blair avait su surmonter sa peine et sa douleur pour reprendre le cours de sa vie après avoir vécu une véritable tragédie. Elle était une jeune femme forte et déterminée et elle n'avait aucun doute qu'elle mènerait à bien et gérerait de son mieux cet héritage.
Blair recalcula une dernière fois les bénéfices des ventes du défilé organisé par Waldorf Designs sur les podiums parisiens. Elle fredonna à voix basse la dernière chanson de Coldplay qui passait à la radio. Elle était satisfaite des résultats. Bien entendu, le mérite en revenait pleinement à sa mère.
Elle-même n'avait pas fait grand chose car tout était organisé de longue date, mais la fashion week de New York serait différente. Ce serait son premier défi en tant que codirectrice et même si elle savait qu'Eléanor serait là pour l'épauler, elle n'ignorait pas non plus que le monde de la mode l'attendrait au tournant.
Elle devrait faire ses preuves et se faire un prénom. C'est la raison pour laquelle, elle avait proposé de créer une ligne B afin de se démarquer. Sa mère avait approuvé cette idée avec enthousiasme, ce qui avait ravi – et aussi un déstabilisé – la jeune brunette pas vraiment habituée à recevoir si facilement l'approbation d'Eléanor Waldorf.
« Il est 15h30, l'heure de retrouver notre flash-info, présenté par Stéphane.
- Un avion privé aurait tenté un atterrissage forcé au-dessus de la Bretagne. Le pilote n'a cependant pas réussi. Le jet d'un des plus gros magna de l'immobilier international, la société Bass Industrie, s'est écrasé en Côtes d'Armor. Heureusement en dehors de toutes zones habitées. Il y a un mort et deux blessés graves à déplorer parmi les passagers. Les autorités n'ont toutefois pas encore délivré l'identité de ceux-ci.
Nous reviendrons sur cet accident dans le prochain bulletin.
A Paris ... »
La brunette n'entendit rien du reste des actualités, tétanisée par la peur, elle tenta de respirer malgré la douleur qui venait de la prendre à la gorge.
Ça ne pouvait pas ...
Il ne pouvait pas ...
Elle ne le supporterait pas ...
- Blair, articula sa mère en posant un bras sur celui de sa fille, qui tremblait.
La jeune femme, les yeux noyés, se rua sur son smartphone et appuya sur la touche numéro un. La sonnerie retentit cinq fois avant qu'elle ne soit dirigée sur la messagerie vocale mais elle était incapable d'articuler quelque mot que ce soit.
Elle raccrocha et appuya sur la touche numéro deux.
*****
Vendredi 6 juillet 2012 : 9h33 (New York)
Le téléphone de Serena tintinnabula dans son sac. Elle grommela tout en insérant sa carte bancaire dans le terminal de la main droite et composa son code tandis qu'elle s'évertuait à attraper l'appareil de l'autre.
Elle avait pris le petit déjeuner chez Dominique Ansel avec sa mère ce matin et elle avait tenu à payer pendant que Lily était partie se repoudrez le nez. Maintenant qu'elle gagnait son propre argent, elle aimait encore plus le dépenser.
La serveuse lui fit un sourire, l'invitant à prendre son temps, elle était une cliente de marque, après tout.
- B ? répondit la blonde dans le combiné en le portant à son oreille.
- Non, c'est Eléanor, dit la voix de la mère de sa meilleure amie.
S sentit son sang se figer dans ses veines.
- Sais-tu où est Chuck ? interrogea prudemment la styliste qui avait attrapé le smartphone qui tremblotait entre les doigts de sa fille.
Elle passa un bras autour des épaules de celle-ci et mit la communication sur haut parleur.
- Est-ce que Blair va bien ? questionna en retour Serena, inquiète.
Depuis le temps qu'elles étaient amies, la mère de Blair, ne l'avait jamais appelée sur son portable.
- Elle ira mieux quand on aura localisé son fiancé, répondit Eléanor sur un ton un peu brusque.
La nervosité de sa fille la gagnait à son tour.
- Oh ! commenta S, se rendant compte qu'elle était certainement entendue dans toute la pièce de l'autre côté du fil mais sans comprendre de quoi il retournait exactement. Ils ont décollé pour Londres hier, avec Nate.
De quoi s'agissait-il exactement ?
Le silence sur la ligne fut assourdissant. Seule, la musique du dernier Jason Mratz résonnait en fond sonore.
- Eléanor ? risqua la blonde.
Sa voix se coinçait tout à coup dans sa gorge et elle ressentait des picotements à la base de la nuque.
- Je ... Il y a eu un crash apparemment et ...
Les deux femmes à Paris entendirent des bruits secs et des craquements.
- Serena ? interpella faiblement Blair.
La jeune femme ramassa l'appareil qu'elle avait laissé choir sur la table et chercha sa respiration.
- Je suis là, articula-t-elle enfin quand le souffle lui revint.
- On ne sait pas encore vraiment ce qui s'est passé, résuma Eléanor en reprenant ses esprits. On a annoncé à la radio que le jet de Bass Industrie s'était écrasé sur les côtes bretonnes, à quelques centaines de kilomètres d'ici.
La blonde ferma les paupières, terrassée par l'idée qu'il soit arrivé quoi que ce soit à son petit-ami ou à son frère.
Blair devait être dans tous ces états. Voilà pourquoi c'était Eléanor Waldorf elle-même qui se trouvait à l'autre bout de la ligne.
- Il faut que je prévienne ma mère, réfléchit S à voix haute.
- Bien sûr, raisonna celle de Blair.
- B ? demanda encore son amie.
- Oui, parvint à dire la brunette.
- Tout va bien se passer, tenta de la rassurer sa meilleure amie.
Ou bien était-ce elle-même qu'elle voulait convaincre ?
- Il y a un mort, lâcha Blair, dans un sanglot à peine étouffé.
Serena agrippa le rebord de la table.
- Calmez-vous, les filles ! intervint autoritairement la styliste. Inutile d'imaginer le pire. Serena, informe Lily que nous nous rendons là-bas aussi rapidement que possible et qu'elle nous tienne au courant dés qu'elle aura la moindre information.
- Bien sûr, acquiesça distraitement la blonde.
Ne pas imaginer le pire. Facile à dire !
Elle entendit retentir la tonalité qui indiquait que la communication avait été rompue.
- Un problème, Mademoiselle ? demanda la serveuse devant le teint de cire de la jeune femme.
Cette dernière secoua simplement la tête en voyant sa mère ressortir des lavabos.
*****
Vendredi 6 juillet 2012 : 14h31 (Londres)
Son smartphone vibra dans sa poche et il reposa le verre de scotch sur la table basse pour le consulter.
Il était assis en face de sa tante dans la maison de sa grand-mère depuis plus de trois heures maintenant.
Visiblement, son aïeule n'avait manqué de rien. La bâtisse, au creux d'un petit village dans le comté d'Hertfordshire, au sud de la capitale britannique était cossue et bien entretenue.
A priori, Bart et Jack n'avaient pas menti cette fois.
Son nouveau privé avait confirmé leurs dires et après quelques recherches, avait localisé Diana, issue d’un second mariage après la mort de son grand-père maternel, était effectivement la demi-sœur de sa mère biologique.
Cette dernière était venue clôturer le dossier de légation testamentaire, la maison et les biens de ses parents lui revenant de droit, son propre père étant mort il y a plusieurs années également.
Après quelques explications de rigueur, elle lui avait procuré des albums photos retraçant son enfance et celle d’Évelyne dans la demeure familiale.
Il détourna un instant le regard des clichés et sourit en découvrant l'identifiant.
« 1 appel manqué : Blair » s'inscrivit sur l'écran.
Il jura entre ses dents puis rappela immédiatement sa fiancée.
Il n'avait pas eu l'occasion de la joindre depuis qu'il était arrivé au Royaume-Uni. Elle lui avait dit qu'elle serait en réunion toute la matinée et ensuite, égaré dans sa discussion avec Diana, il avait également perdu le fil du temps.
C'était dingue d'être si près d'elle et de ne même pas encore avoir pu entendre le son de sa voix maintenant qu'il avait traversé l'Atlantique.
Occupé.
Il soupira et posa son smartphone sur la table basse pour se replonger dans les images de la jeunesse d’Élisabeth ... ou Évelyne, il ne savait toujours pas comment l'appeler.
Quelques minutes plus tard, son gsm se déplaça de lui-même sur la surface de verre et il se précipita pour ne pas rater la brunette cette fois.
- Blair, sourit-il en portant le combiné à son oreille.
Il entendit une espèce de gloussement - ou était un reniflement ? - qui se transforma en une sorte de sanglot et se termina par un son qui se balançait entre un hoquet et un petit rire.
- Blair ? s’inquiéta-t-il en se levant pour continuer la conversation à l'abri des oreilles indiscrètes et du regard inquisiteur de sa tante.
Il abandonna sans remord Nate avec son ancienne conquête.
Mais à nouveau, il n'entendit que des bruits bizarres provenant de son interlocutrice.
La jeune femme était incapable de parler. Elle riait et pleurait de soulagement en même temps, totalement submergée par les sentiments qui fusaient en elle.
- Blair, tu vas bien ? s'enquit son fiancé de plus en plus perplexe.
- Chuck, hurla-t-elle pratiquement dans le téléphone.
Il écarta l'appareil de son oreille en grimaçant.
- Blair, mais qu'est-ce qui se passe ? interrogea-t-il complètement inconscient de la raison de l'hystérie de la jeune femme.
- Chuck, pleura-t-elle encore de l'autre côté de la ligne.
- Blair, la supplia pratiquement le beau brun qui paniquait sérieusement à présent.
Mais elle était incapable de parler, de formuler une pensée cohérente. La seule chose qui faisait écho dans son être et son âme était sa voix chaude, ce qui signifiait qu'il était en vie.
Il était vivant.
Dieu merci, il était vivant.
Mais alors qui ... ?
Bip Bip
- Merde, grogna Chuck.
Bip Bip
- Blair, parle-moi ! la conjura-t-il.
Bip Bip
- Nate ? demanda enfin la voix faible de la brune.
Bip Bip
- Nate ? répéta Chuck à son tour, hébété.
Elle l'appelait pour parler à Nate ?
Bip Bip
Est-ce qu'il était arrivé quelque chose à Serena ?
Bip Bip
Il décolla son smartphone de son visage et découvrit le nom de sa mère adoptive qui clignotait sur l'écran.
Son cœur se serra dans sa poitrine.
Bip Bip
- Blair, écoute, j'ai un double appel. C'est Lily, ne raccroche pas, ok ? Je te reprends tout de suite après.
Un son un peu guttural parvint jusqu'à lui et il l'interpréta comme un assentiment.
- Lily, grinça-t-il des dents par avance en appuyant sur le bouton pour commuter les communications.
- Charles ! Oh Mon Dieu ! Merci tu es vivant ! souffla-t-elle de soulagement. Est-ce que tu es blessé ?
- Comment va Nate ? entendit-il crier sa sœur en arrière fond.
Il put déceler la même hystérie que dans la voix de Blair quelques secondes plus tôt.
- Lily, mais qu'est-ce qui se passe ? interrogea-t-il rudement, agacé de ne rien comprendre.
- Comment va Nate ? redemanda avec urgence la voix de Serena.
- Nate va très bien, il est ici avec moi. Nous allons tous les deux parfaitement bien. Maintenant explique-moi ce qui se passe.
Il entendit sa mère adoptive transmettre l'information à la blonde et un cri de soulagement éclata, suivi de sanglots, quasiment identiques à ceux de sa fiancée.
- Eléanor a prévenu Serena il y a moins d'un quart d'heure, la radio française à annoncé que le jet de BI s'était écrasé sur les côtes de Bretagne.
L'air du jeune homme quitta ses poumons.
Le voyage horrible en compagnie de son père depuis Manhattan défila devant ses yeux.
Bart avait dit qu'il devait également se rendre en Europe pour tenter d'apprivoiser un nouvel investisseur important d'une chaîne helvète de complexes hôteliers. Il avait insisté pour qu'ils voyagent ensemble, indiquant que le jet n'aurait qu'à faire une escale à Glasgow.
Pendant les huit heures de vol, son père n'avait cessé de lui répéter qu'il était bien son géniteur et qu’Évelyne était bien sa mère biologique.
« Je pensais que puisque tu étais revenu, on pourrait reprendre tout à zéro. J'ai stupidement cru que, étant donné que tu t'étais sacrifié pour que Lily et moi soyons en sécurité, ça signifiait que je pourrais enfin avoir une vraie relation avec toi, que j'avais gagné ton amour et que j'aurais enfin droit à ton respect. Mais tu sais quoi ? J'ai aussi appris une chose pendant ton absence, l'amour d'un père ne se mérite pas, il se donne tout simplement. Et tout ce qui compte pour toi, aujourd'hui comme hier, la seule chose qui aie jamais eu une quelconque importance à tes yeux, c'est ton entreprise. Tu aurais dû me faire adopter comme elle le souhaitait ! Tu te serais épargné bien des inconvénients. »
Entêté, il avait ensuite obstinément refusé de lui adresser la parole malgré les tentatives de Bart. Il ne voulait plus rien entendre qui sorte de sa bouche. Tout ce qu'il disait n'était que mensonge.
Il plissa les paupières et passa une main sur son visage.
- Charles ? questionna Lily, mal à l'aise depuis qu'un silence pesant s'était installé sur la ligne.
- Mon ... Bart ... il ... il était dans l'avion, bredouilla-t-il le souffle court.
Cette fois c'est elle qui resta sans voix.
Son ex mari – les papiers du divorce avaient été signés trois jours auparavant grâce à une procédure accélérée et aux bonnes relations de ce dernier avec les autorités – était déjà mort une fois et cela rendait un peu la nouvelle irréelle. Tout aussi irréelle que sa soudaine réapparition.
- Charles ...
- Je dois te laisser Blair est en attente, déclara-t-il avant de couper la communication.
Il permuta à nouveau l'interlocuteur.
- Blair, bafouilla le jeune homme d'une voix sourde.
- Chuck, est-ce que tu vas bien ? ânonna-t-elle lentement.
Elle avait enfin reprit ses esprits, sa mère lui posant des questions sur l'état de santé de son futur gendre.
Chuck était sauf mais peut-être était-il blessé ?
- Je vais bien, oui, et Nate aussi, ne t'inquiète pas pour nous. Nous avons atterri il y a déjà plusieurs heures. La seule personne qui restait à bord de l'avion, c'était ... mon père ... et l'équipage.
La jeune femme entendit l'émotion dans sa voix même s'il tentait de maîtriser les trémolos qui s'y mêlaient.
- Ils ... ils ont annoncé un mort et deux blessés graves, l'informa-t-elle.
Elle savait pertinemment les possibilités que ça impliquait.
- Chuck ?
Bip Bip
- Il ... Il faut que je libère la ligne, dit-il, redoutant déjà l'appel.
L'identifiant lui était inconnu mais il reconnaissait le préfixe 0033.
Bip Bip
- D'accord, accepta-t-elle à contre cœur à présent pleinement rassurée et bien consciente de la réalité de la situation.
Elle aurait voulu le serrer tout contre elle et se blottir tout contre lui. Elle avait besoin de ses bras autour d'elle, tout comme, elle en était certaine, il avait besoin des siens autour de lui.
Bip Bip
- N'oublie pas que je t'aime, dit-elle doucement.
Les mots de Blair s'instillèrent en lui, lui apportant un peu de réconfort.
Bip Bip
- Je t'aime aussi, je te tiens au courant, murmura-t-il avant de raccrocher.
La jeune femme rangea son BlackBerry dans sa pochette et remercia sa mère pour son soutien d'un regard avant de lui donner les dernières informations en sa possession.
Eléanor l'attira à elle et la cajola un peu, chose qu'elle ne se rappelait pas avoir fait en de nombreuses occasions durant son enfance. En fait, pas du tout, c'était toujours Harold qui consolait Blairbear.
La première et dernière fois qu'elle avait fait ça, c'était après la perte de son petit-fils.
- François, augmentez le volume de la radio, commanda-t-elle au chauffeur qui s'exécuta.
Il l'avait préalablement réglée sur la fréquence de France info
*****
Para 13
Vendredi 6 juillet 2012 : 19h07 (Bretagne)
Blair mordillait sa lèvre inférieure tout en étudiant sa manucure, assise sur une chaise, depuis presque une heure maintenant. Depuis que son fiancé l'avait informée qu'il prenait un vol pour Lannion depuis un aérodrome du Hertfordshire, où il avait loué un avion privé afin d'arriver sur les lieux le plus rapidement possible.
Elle avait essayé de le joindre sur son portable dés son arrivée à la clinique mais ses appels étaient directement renvoyés sur sa messagerie vocale. Elle supposait donc qu’il était toujours en plein ciel et lui avait laissé les coordonnées de la clinique et les dernières infos sur l'état de santé de Bart.
Lorsque Chuck franchit les portes de la salle d’attente de l'étage de chirurgie du Centre Hospitalier Pierre Le Damany, suivi par Nate, elle bondit littéralement de sa chaise et vola jusqu’à lui.
- Il est toujours en salle de réveil mais il ira bien, lui annonça-t-elle, avant même qu’il n’ait ouvert la bouche.
Le jeune homme laissa échapper un petit soupir de soulagement et elle glissa ses mains dans les siennes, alors que son meilleur ami lui administrait une petite tape amicale sur l'épaule.
- Qui est …
- Le pilote, répondit-elle immédiatement.
Son fiancé fit un petit signe de la tête pour signifier qu’il l’avait entendue mais ne dit mot.
Richard était à leur service depuis plus de quinze ans. Il lui avait fait traverser la planète en tous sens à de nombreuses reprises.
- Il faut que je prévienne sa femme, commenta-t-il en délaissant les mains de Blair pour chercher son smartphone.
Mais elle refusa de les laisser aller.
- Pendant un moment … j’ai cru que … bredouilla-t-elle en essuyant une larme qui menaçait de rouler sur sa joue.
Il l’attira tout contre lui pour la serrer dans ses bras et elle plongea son visage dans son cou, étouffant un sanglot.
- Je vais bien, la rassura-t-il à voix basse.
Il déposa un baiser sur sa chevelure, profitant de cet instant pour se laisser envahir par l’arôme de son shampoing.
Elle se dégagea doucement de son étreinte et caressa son visage.
- Je sais, acquiesça-t-elle les yeux toujours trop brillants malgré tout, s’obligeant à sourire faiblement.
Il l’embrassa tendrement, sur les lèvres cette fois et elle noua ses bras autour de sa nuque pour mieux se blottir contre lui.
- Marissa ? questionna-t-il encore, la tête de Blair reposant dans le creux de son épaule.
Le rapport faisait état d’un mort et de deux blessés graves, il espérait qu’il n’aurait pas également à annoncer un décès au mari de l’hôtesse qu’il avait embauchée il y à seulement quelques mois.
- Elle est en salle d’opération elle aussi, sa vie n’est plus en danger non plus.
Chuck ferma les paupières et se laissa dériver quelques secondes dans l’embrase de la jeune femme.
- Il y avait une autre personne à bord, ajouta-t-elle doucement après lui avoir octroyé un peu de répit.
Il rouvrit les yeux et l’interrogea du regard.
- Élisabeth, marmonna-t-elle, presque à voix basse.
Elle le sentit se raidir immédiatement.
Il ouvrit la bouche mais aucun son n’en sorti.
Bart avait dit avoir une entrevue de prévue avec un futur investisseur en Suisse quand il avait embarqué dans la carlingue.
Encore un autre mensonge, évidemment !
- Elle n’a été que plus légèrement blessée. Ma mère lui tient compagnie dans la chambre 872, expliqua-t-elle.
Elle réprima l’envie de rouler des yeux au ciel à l'idée d'Eléanor sympathisant avec Élisabeth car elle ne savait pas comment il allait réagir à la nouvelle.
Personnellement, elle n’était pas prête à oublier ce que cette femme avait fait à l’homme qu’elle aimait, ce qu’elle leur avait fait par le passé. Pas plus qu’à Bart d’ailleurs, mais elle savait aussi que cette décision ne lui appartenait pas. Seul Chuck pouvait choisir sa future relation avec ses parents.
Elle caressa doucement sa nuque et il y répondit par une pression de ses doigts autour de sa taille.
Il se libéra des bras de la jeune femme et porta sa main à ses lèvres.
- Je vais aller la voir, décida-t-il après quelques secondes de débat intérieur.
Les battements sourds de son cœur, résonnaient dans ses tempes mais il chassa l’angoisse qui s’emparait de lui. Elle aurait pu mourir dans cet accident, tout comme son père et il voulait s’assurer de visu qu’elle allait bien.
Il n’avait pas l’intention de s’attendrir, juste de vérifier que tout était ok. D’autre part, il avait également des questions à lui poser.
Il abandonna Blair à la surveillance de Nate qui opina du bonnet à sa requête muette et suivit le couloir jusqu’à la chambre indiquée.
- ... et il toisa Harold du regard du haut de ses cinq ans et déclara « Je suis Chuck Bass », disait la voix d’Eléanor depuis l’intérieur de la pièce quand il frappa doucement à la porte.
Il entendit les rires mêlés des deux femmes.
C’était quelque chose d’étrange car il n’avait encore jamais entendu ce son de la part d’aucunes d’elles.
Visiblement la communication passait bien !
- Chuck ! se stoppa sa future belle-mère, en le voyant entrer.
Elle quitta sa chaise pour se poser devant le jeune homme.
- Dieu merci, tu es là ! Blair va enfin pouvoir recouvrer la raison, commenta-t-elle en posant ses mains sur ses épaules amicalement.
Il fut un peu déstabilisé par la situation et cette démonstration d’affection si peu commune à Eléanor Waldorf.
Elle ne sembla pas le remarquer et quitta la pièce après avoir adressé un signe d’au revoir à la femme brune assise dans le lit.
Cette dernière avait repris son sérieux à l’apparition de son fils.
Elle craignait cet instant autant que lui, sinon plus, mais il n’en n’avait certainement aucune conscience.
Ils se regardèrent en silence pendant quelques longues secondes, les mêmes yeux noisette se reflétant comme dans un miroir.
Chuck nota mentalement quelques ecchymoses et un poignet bandé. Mais sous les contusions, elle n’avait pratiquement pas changé depuis la dernière fois qu’il l’avait vue, montant dans ce taxi, après avoir déclamé qu’elle n’était pas réellement sa mère.
Élisabeth retenait sa respiration, elle n’osait pas faire le premier mouvement mais finit par se jeter à l’eau. Si Chuck ressemblait un tant soit peu à Bart il ne baisserait pas sa garde une deuxième fois.
Le simple fait qu’il soit là était déjà un exploit en soi.
- Je suis contente de te voir, dit-elle finalement. Je n’espérais pas que tu viennes.
- Je … voulais juste … Peu importe, battit-il en retraite, la main sur la poignée pour disparaître.
Il ne savait pas vraiment ce qu’il en était des blessures de sa … génitrice, mais la sienne était encore trop vive pour réussir à passer outre une confrontation.
- Chuck, appela Élisabeth.
La discussion qu’elle avait eu avec Bart était encore bien présente dans son esprit et elle était lasse de tous ces mensonges, de tous ces non-dits.
- Reste, s’il te plaît. J’ai des choses à te dire, lui demanda-t-elle en espérant de tout son cœur qu’il ne la rejetterait pas comme elle l’avait rejeté.
Le jeune homme hésita un instant.
- Tu ne veux pas savoir pourquoi ton père est venu me voir ?
- Pourquoi ? Tu as l'intention d'être sincère cette fois ? railla-t-il sans pouvoir s’en empêcher.
Il la vit déglutir et remuer maladroitement sur son lit d’hôpital et se sentit horrible. Elle sortait d’un accident et il ne lui laissait aucune chance de s’expliquer.
- Je sais que je ne t’ai donné aucune raison d’avoir confiance en moi et tel que je connais Bart il t’en à certainement inculqué des milliers pour ne pas le faire.
La phrase de sa mère toucha la cible en plein centre.
- Je ne suis pas comme lui, affirma le jeune homme un peu trop vivement.
- Je sais, je l’ai appris par moi-même, lui confia-t-elle.
Pourquoi ? avait-il envie d’hurler. Pourquoi as-tu dis que tu n’étais pas ma mère ?
Mais il garda le silence.
Parce qu’il connaissait déjà parfaitement la réponse.
Elle ne voulait pas de lui à sa naissance.
Elle ne voulait pas de lui il y à deux ans.
Elle ne voulait pas de lui à Noël dernier.
Elle ne voulait pas de lui il y à quelques jours.
Et elle ne voulait pas plus de lui maintenant.
- Pourquoi m’as-tu sauvé la vie ? demanda-t-il à la place.
- Parce que tu es mon fils, énonça-t-elle avec évidence.
Il la regarda sans comprendre.
- Approche, le pria-t-elle d’un geste de la main, où était placé un catétaire.
Sans savoir pourquoi, il s’avança plus près du lit.
- J’ai commis de nombreuses erreurs dans ma vie mais jamais je n’ai regretté de t’avoir mis au monde. Si j’avais voulu, j’aurais pu avoir recours à l’avortement mais je ne l’ai pas fait. C’est juste que je n’étais pas capable d’être une bonne mère pour toi. D’ailleurs, quand l’occasion s’est présentée, tu as vu ce que ça a donné. Tu mérites mieux. Je vis avec mes actes tous les jours, mais jamais je n’aurais pu en sachant que je t’avais laissé mourir.
Les mots s’instillèrent en lui comme des lames de rasoir, lacérant son cœur d’enfant.
Elle posa sa main sur la sienne et il frissonna.
Il ne s’était même pas rendu compte qu’il se cramponnait au bord de la chaise qu’occupait Eléanor un peu plus tôt.
- Ton père a certainement commis de nombreuses fautes lui-aussi. Il n’a jamais été très doué pour dévoiler ses sentiments, ni pour faire confiance aux gens qui l’aiment, c’est pour ça que ça ne pouvait pas fonctionner entre nous. Tout à toujours été si compliqué entre nous !
Elle cligna des paupières pour chasser une larme qui s’annonçait, avant de reprendre.
- Je n’ai jamais été sûre de grand-chose dans notre histoire, mais s’il y a une chose dont je suis certaine, c’est qu’il tient à toi. Je l’ai su à la seconde où il a posé les yeux sur toi. Au moment où il t’a pris dans ses bras pour la première fois, j’ai compris que je l’avais perdu. Jamais il n’accepterait que tu lui sois enlevé pour être élevé par un autre, pas même pour moi.
Elle haussa les épaules en signe d’impuissance.
- Et moi je n’étais pas prête à être une mère. Et surtout j’avais peur de fonder une famille avec lui. Je voulais qu’il me choisisse moi, pour moi. Et non pas parce que j’étais la mère de son fils, ni pour mon argent, ou celui de ma mère, comme le père de Diana. Je voulais qu’il me demande de l’épouser pour la bonne raison, même si je savais qu’il ne me la dirait pas.
Chuck ravala la bile qui remontait dans son œsophage.
- Il n'avait pas besoin de me le dire, je savais qu'il aurait pu tout abandonner pour moi. Tout, sauf toi ! Et quand j'ai quitté la maternité cette nuit là, j'étais aussi bien consciente qu'il ne me pardonnerait pas de l'avoir fait. Je savais qu'il ne pourrait pas accepter que je t'ai fait ce que sa mère lui avait fait.
Le jeune homme haussa les sourcils mais elle ne répondit pas vraiment à ses interrogations.
- Il voulait te protéger, il voulait éviter que tu saches que j'avais choisi de vous laisser derrière moi de mon plein gré et il ne voulait pas non plus que tu saches qu'il avait échoué à me retenir auprès de vous. Alors, il m’a laissée partir. Il t’avait toi, c’était tout ce qui comptait pour lui.
Une pierre brûlante se logea dans l'estomac de l'héritier Bass.
- Il savait ou tu étais pendant toutes ces années ? haleta-t-il un peu.
Elle haussa les sourcils à sa question, image identique à lui-même quelques secondes auparavant.
- Qui pourrait échapper à Bart Bass s’il ne le voulait pas lui-même ?
Elle marquait un point. Personne n’était capable d’une chose pareille. Son père avait sans doute autant de gens suivis par ses privés que la CIA n’avait de dossiers classés secrets.
Il n'avait encore jamais envisagé la chose sous cet angle là et le feu s'étendait à présent à toute sa poitrine alors qu'il repensait aux dernières paroles qu'il avait adressées à l'homme qui ne montrait jamais aucune émotion.
- S'il t'a dit que j'étais morte c'est parce qu'il pensait que c'était mieux pour toi et non pas pour m'empêcher de revenir. Il s'est peut-être trompé mais tu verras quand tu auras un enfant à ton tour, ce n'est pas si facile de prendre les bonnes décisions.
Oh ! Ça il le savait ! Il le savait mieux que personne !
Elle jeta un regard circulaire dans la pièce et repéra ce qu'elle cherchait sur une chaise.
- Regarde dans mon sac de voyage, il y a une enveloppe, une grande enveloppe en papier Kraft, l'enjoint-elle.
Il s'exécuta et sortit une vingtaine de missives de celle au format A4. Chacune contenait une photo, une photo de lui, constata-t-il alors que sa vue se brouillait.
Il cligna des paupières à son tour pour chasser les larmes qui s'y amoncelaient.
- Il m'en envoyait une chaque année à la date de l'accouchement, sans aucun mot. Juste une photo de toi, ajouta-t-elle. Si j'avais frappé à votre porte, il ne se serait pas opposé à ce que je reprenne ma place dans ta vie mais il ne m'aurait jamais accordé la même chose pour la sienne. Il pensait que si je devais revenir un jour, ce serait pour toi, pas pour lui.
- Mais il se trompait, dit lentement Chuck, le cœur en miettes.
Elle acquiesça doucement et resserra la pression de ses doigts sur la main de son fils.
- Je suis désolée, s'excusa-t-elle encore. Je voulais qu'il vienne me chercher. Qu'il me dise qu'il ne pouvait pas vivre sans moi. Malgré le temps qui passait, je ne pouvais pas cesser d'espérer ... Et puis il y a eu cet accident et je l'ai détesté de toute mon âme parce qu'il ne viendrait jamais. Et ensuite tu m'as surprise au cimetière et je me suis enfuie, je ne voulais surtout pas avoir affaire à toi et être obligée de faire face à ce que je t'avais fait, ce que je lui avait fait, ce que je nous avais fait. Tout ça s'était sa faute et je lui en voulais tellement, alors quand Jack m'a proposé ce marché stupide ...
- Tu as saisi l'opportunité de te venger, finit-il pour elle.
- Je me suis dit que Bart se retournerait certainement dans se tombe parce que ça l'aurait rendu complètement dingue de me voir avec lui, continua-t-elle. Il détestait que je sois proche de son frère. Il était toujours si suspicieux sans aucune raison, toujours distant, il ne baissait jamais sa garde. Il me rendait complètement folle. Je devais toujours tout expliquer, tout justifier, mes déplacements, mes amis ... Je devais prouver tout ce que je faisais, tout ce que je disais, il avait engagé un privé pour me filer à la fac. C'était totalement dément !
Elle grimaça à ses souvenirs.
- Jack avait toujours été si gentil avec moi, sourit-elle cyniquement. Je croyais que ce serait facile, sans conséquence pour moi, comme quand je suis partie la première fois, sans me retourner. Seulement je me suis rendue compte que ça n'avait pas été sans conséquence, pour aucun de nous. Alors j'ai compris pourquoi Bart avait simplement rayé ta mère de ta vie. Parce que je ne méritais pas d'être ta mère.
Elle secoua la tête de gauche à droite.
- Quand je l'ai vu sur le pas de ma porte, j'ai failli avoir une attaque. Après avoir réalisé qu'il était bien là, en chair et en os, que c'était bien réel, j'ai cru un instant ... mais il ne venait pas pour moi, il venait pour toi.
Chuck fronça les sourcils.
Son père lui avait menti en prétextant aller voir un investisseur parce qu'il n'était pas certain de la réponse positive de sa mère.
- Il est venu me demander mon aide, rit-elle, encore sous le choc.
Elle releva son visage et plongea ses yeux bruns dans les siens où se reflétait l'ébahissement.
- Il est venu me demander de l'aider, pour toi, répéta-t-elle, toujours ahurie.
L'incrédulité était peinte sur le visage de son fils.
- Tu sais combien de fois Bartholomew Bass a demandé de l'aide dans sa vie ?
- Zéro, balbutia-t-il, le souffle coupé par les dires de sa mère biologique.
- Plus maintenant, sourit-elle en essuyant une larme sur le haut de sa pommette qui avait échapper à sa vigilance.
katido (28.05.2013 à 20:31)