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Après la pluie

Série : Gossip Girl (2007)
Création : 16.05.2013 à 22h45
Auteur : katido 
Statut : Terminée

« Et si tout avait été différent ? 500 % Blass avec des pointes de Serenate et un peu de NJBC » katido 

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Vendredi 17 août 2012 : 9h42

Blair quitta la pièce d'eau dans un peignoir éponge, moelleux à souhait, que Chuck avant fait apporter du spa du Palace et pénétra dans sa chambre, toujours suivie comme son ombre par son fiancé, qui portait pour tout vêtement une simple serviette nouée autour de la taille.

Elle écarquilla les yeux quand elle dénombra une quantité impressionnante de paquets soigneusement emballés et dotés de petits flots or ou argent disséminés un peu partout dans la pièce.

Elle ne les avait pas remarqués à son premier passage, trop occupée à répondre aux baisers sulfureux du beau brun ténébreux.

- Mais qu'est-ce ...

- Je te l'ai dit, chaque fois que je pensais à toi, je passais une commande, sourit-il.

- Tu es complètement fou, rit-elle.

- Je pense que le Docteur Sherman appellerait ça « un acte compulsif de compensation lié au manque » corrigea-t-il avec le plus grand sérieux.

- Tu es toujours complètement fou, commenta-t-elle ses yeux s'illuminant devant le nombre incalculable de présents disposés autour d'elle.

Elle adorait ça  !

Presque autant que la petite lueur de désir insatiable dans les prunelles noisette de son fiancé.

- C'est bien pour ça que tu m'aimes, avança-t-il de sa voix grave et chaude.

- Pour ça et pour plein d'autres raisons, répondit-elle en posant à nouveau ses lèvres sur les siennes.

Elle glissa subrepticement une main vers le bord de sa serviette mais il captura son poignet avant qu'elle n'atteigne son but.

- Non, refusa-t-il. D'abord, on va reprendre des forces.

- Chuck Bass demande grâce ? le taquina-t-elle. Je croyais que tu ne pourrais jamais te lasser de moi.

- Je ne suis pas las de toi, au contraire. Je veux que tu sois d'attaque pour la journée que je t'ai préparée.

- La journée ? questionna-t-elle, revenant soudain à la réalité en jetant un coup d’œil à son réveil.

9h45

- Tu n'es pas censé être au bureau à cette heure-ci ?

- J'ai pris un jour de congé, expliqua-t-il simplement. Et aussi celui de demain. Parce que je ne te laisserai pas quitter cette chambre pendant les prochaines septante deux heures. Maintenant, ouvre tes paquets cadeaux pendant que je vais récupérer ce que Dorota nous a préparé dans la cuisine.

Il la poussa gentiment vers le lit, tandis qu'il échangeait sa serviette contre un peignoir d'un blanc immaculé lui aussi et elle put pleinement apprécier son anatomie au passage.

Un grondement au creux de son estomac lui fit adhérer à l'idée de restauration de Chuck. Elle avait également faim de nourriture et son futur mari allait effectivement avoir besoin de toute l'énergie possible pour assouvir les quarante et un jours, vingt deux heures, trente huit minutes qu'elle avait passés loin de ses bras depuis leur nuit en Bretagne.

*****


katido  (02.06.2013 à 13:08)

 

Samedi 18 août 2012 : 5h41

Blair s'éveilla lentement dans la chaleur des draps, son corps entremêlé à celui de Chuck.

Elle ouvrit les paupières et les commissures de ses lèvres s'étirèrent vers le haut en admirant le beau brun qui sommeillait à ses côtés.

Elle se faufila un peu plus entre ses bras et enfuit son nez dans le creux de son épaule.

Instinctivement, il resserra son embrase autour de sa taille.

Elle soupira d'aise en repensant à la veille.

Après les pivoines et les cadeaux qui renfermaient des bijoux des plus grands maisons de joailleries - notamment un bracelet qui correspondait à son collier en diamants Erickson Beamon - du parfum Dior (son préféré) et des dessous affriolants, La Perla et Kiki de Montparnasse, bien entendu (les préférés de son fiancé) et des paires de bas et porte-jarretelles (venus directement d'Allemagne) sans oublier quelques paires de chaussures qui se marieraient à la perfection avec les dernières créations de Waldorf Designs, elle avait eu droit à un massage thaïlandais dont il avait le secret (elle ne voulait surtout pas savoir de quelle manière il avait acquis cette technique)

- Je t'aime, grommela-t-il encore à moitié endormi.

Les dernières vingt quatre heures avaient été un rêve éveillé.

Il avait finalement sombré dans les songes, très tard – ou très tôt - enlaçant la belle brune à qui appartenait son cœur. Il avait organisé chaque détail pour qu'elle ait toujours envie de lui revenir. Il aurait préféré qu'elle n'ait plus jamais à le laisser seul pendant si longtemps.

Mais elle était dans ses bras à présent et c'est la seule chose qui importait. Il savourait chaque seconde de son embrase. Plus tard, il pourrait encore se repaître de chaque centimètre carré de sa silhouette parfaite mais pour l'instant, il préférait succomber au repos du guerrier.

- Moi aussi, je t'aime, chuchota-t-elle contre sa bouche avant de l'embrasser.

Ses lèvres goûtaient encore le chocolat chaud et la chantilly qu'il avait léchés à même sa peau.

Elle reposa sa tête au creux de son épaule et se cala contre son corps, sculpté pour le sien.

Il ramena son avant-bras plus haut, sur son omoplate et passa sa jambe droite sur les siennes, s'assurant qu'elle soit dans l’incapacité de s'extraire du lit sans le réveiller. Il détestait se découvrir seul entre les draps quand il reprenait conscience et ouvrait les yeux.

*****




katido  (02.06.2013 à 13:10)

 

Para 18

 

Samedi 8 septembre 2012 : 11h13

Bart sonda une dernière fois les futurs signataires potentiels, assis autour de la table avant de jeter un œil à son fils.

Macluski était une vieille connaissance avec qui il avait eu plusieurs fois l'occasion de se rapprocher lorsqu'ils partageaient une vision commune dans certains rachats. L’Irlandais était coriace et ne s'en laissait pas compter. Il parvenait toujours à retirer ses billes et à laisser prendre la plus grosse part de risque à ses partenaires.

Néanmoins, le vieux roublard semblait être tombé sur plus rusé que lui. Les conditions de partenariat que Chuck avaient annoncées dans sa présentation restaient coincées en travers de la gorge du vieil avare.

Le PDG de Bass Industrie ne pouvait nier qu’il était impressionné par le travail et la prestance de son rejeton, qui était en effet son digne successeur. Même lui n'avait jamais osé proposer pareilles conditions à l'Irlandais.

Bien que son fils ait effectivement mis la société en danger en venant au secours de la brunette qui avait le dont de le faire danser sur la tête, il devait reconnaître que ses capacités et ses compétences dans le monde des affaires étaient indéniables.

Depuis pratiquement deux mois maintenant, ils travaillaient côte à côte et il se rendait compte de la valeur de son héritier.

Il avait d'abord pensé que c'était le conseil d'administration qui était responsable de la bonne marche de l'entreprise depuis son départ mais il prenait conscience que c'était son fils qui tirait les ficelles et que son implication ne pouvait qu'être une plus-value pour Bass Industrie.

Il avait été bien inspiré de le garder à bord après le petit discours de le jeune femme qui était venu prendre son parti sans qu’on lui demande son avis.

Ce n’est pas ce qui avait empêché Blair Waldorf de le donner et il était évident que si elle avait une certaine emprise sur son fils, elle avait également à cœur ses intérêts.

Bart n’avait pas eu l’occasion de la revoir depuis leur entrevue au Centre Hospitalier Pierre Le Damany et il préférait de loin ça.

Au moins Chuck se concentrait sur la société à plein temps quand elle n’était pas dans les parages.

Il s’était quasiment étranglé avec son pure arabica le mois passé quand la secrétaire de direction lui avait expliqué que le jeune homme serait absent pendant deux jours entiers. Jours qui coïncidaient, il l’apprit plus tard, avec le retour de sa belle à Manhattan.

Outre cela, il ne pouvait se plaindre d'un comportement indolent de la part de son fils.

Les réunions étaient toujours préparées parfaitement et minutieusement. Les rapports étaient rendus en temps et en heures et les marges bénéficiaires des accords proposés toujours nettement au dessus de la norme.

Chuck avait hérité de son talent d’habile négociateur et savait en user et en abuser à bon escient.

C’est la raison qui l’avait poussé à tenir sa langue lors de son escapade. Ça et le fait qu’Ève semblait accorder une réelle importance à la relation que les deux jeunes entretenaient. Elle avait plaidé en faveur de leur fils, dont elle s'était rapprochée et aurait indéniablement fait un très bon avocat.

Il n’avait pas pu contre argumenter leurs fiançailles, ni la perte de leur enfant. Il ne pouvait que se rendre à l’évidence. Son fils et Blair Waldorf avaient la ferme intention de terminer leur vie ensemble.

Les prostituées et les filles d’une nuit n’avaient plus leur place dans la chambre de Chuck. Pas plus que son comportement néfaste et immodéré dans son quotidien. Il était sérieusement, irrévocablement, amoureux et on ne peut plus sérieux quand à ses intentions envers la jeune femme.

Ça ne faisait que renforcer son statut d’homme adulte et Bart avait quelques difficultés à s’y adapter.

Bien sûr, il n’ignorait pas que le temps qu’il avait passé dans sa retraite dorée ne s’était pas arrêté et que son garçon avait grandi mais il ne s’attendait pas à une telle métamorphose.

L’adolescent troublé et torturé avait mûri pour laisser place à un jeune homme équilibré qui se projetait dans l’avenir. Un avenir qu’il imaginait avec femme et enfants contrairement à ce que son père avait toujours cru.

C’était comme si, de chenille, il avait disparu dans sa chrysalide pour en ressortir papillon.

Bart Bass regrettait, en quelque sorte, de ne pas être responsable de quoi que ce soit dans cette transformation. Il savait indubitablement à qui en attribuer le mérite, mais il ne le reconnaîtrait jamais à voix haute.

Lily avait su apprivoiser l’adolescent turbulent et autodestructeur pour le guider vers la voix de la rédemption. Blair, qu’il soit maudit s’il le laissait jamais échapper ou transpirer, n’y était pas étrangère non plus.

Ce qui le peinait le plus, c’était de savoir qu’il n’en n’aurait probablement pas été de même s’il n’avait pas lui-même disparu de la circulation pendant trois ans.

Il n’avait jamais été un bon exemple pour leur fils. Là-dessus, Ève avait raison.

Il avait été très en colère contre elle lorsqu’elle s’était offusqué qu’il ait laissé vivre Chuck seul à huit ans dans sa propre suite.

Elle n’avait aucun droit de le juger.

Elle les avait abandonnés à eux-mêmes sans crier gare.

Elle s'était enfuie et l’avait laissé gérer seul l’éducation de leur fils quand elle savait pertinemment qu’il était totalement inefficace à cette charge, qui lui incombait dorénavant.

S’il était honnête avec lui-même, il devait reconnaître qu’elle l’avait mis en garde à plusieurs reprises. Cependant il n’avait pas réellement cru qu’elle mettrait ses menaces à exécution.

Elle avait clairement exprimé, nombre de fois, qu’elle ne se sentait pas à la hauteur pour être une bonne mère. Il en était de même pour lui. C’est pourquoi il avait accepté l’idée de l’adoption.

Mais quand il avait tenu Chuck dans ses bras pour la première fois, quand il avait posé les yeux sur son petit visage rubicond et tout fripé, quand il avait rencontré ses grandes pupilles chocolat, identique à celles de la femme qui faisait battre son cœur (et qui pouvait manifestement lui faire faire n’importe quoi … sauf ça) il avait été incapable de s’en séparer.

Il avait bien eu conscience que c’était très égoïste, mais son honneur et sa fierté étaient piquée au vif et il ne pouvait renoncer à son fils, à son héritier, celui qui recevrait un jour en succession ce pourquoi il s’échinait chaque jour depuis qu’il avait quitté le foyer paternel. Celui qui porterait son nom à travers les générations.

Quelque part au fond de son cœur, aussi, tremblotait la flamme de l’espoir fou qu’ils pourraient former une famille. Une famille qui serait radicalement différente de la sienne. Une famille qui ne connaîtrait pas la douleur et la peur, ni le goût des larmes et du sang.

Malheureusement, il n’avait pu éradiquer que ces deux derniers.

Sans Ève, il était bien incapable d’élever un enfant correctement. Pire, il s’était retrouvé pris au piège avec ce gamin qui ressemblait tant à sa mère et lui renvoyait chaque jour son échec à la figure.

Il avait répété de nombreuse fois à son fils qu’il était une immense déception dans sa vie et il ne mentait pas vraiment, excepté que ce n’était pas Chuck qui était à l’origine de son erreur. C’était lui et lui seul. Il s’en était rendu compte assez vite mais il était bien trop arrogant pour reconnaître qu’il avait eu tort, qu’il avait lui-même creusé la tranchée de leur malheur.

S’il avait écouté et suivi l’avis de la femme qu’il aimait, il aurait pu offrir à ce petit garçon une meilleure enfance, avec des parents prêts à l’accueillir et à l’aimer comme il le méritait quand il était lui-même inapte en la matière.

S’il avait écouté et suivi l’avis de la femme qu’il aimait, au lieu de se draper dans son orgueil, il l’aurait gardée auprès de lui et ils auraient pu avoir une famille ultérieurement.

Au lieu de ça, il avait gâché leurs vies à tous les trois.

Heureusement pour son fils, il avait quitté la scène prématurément, lui offrant ainsi sans le vouloir l’opportunité de se trouver un parent à la hauteur qui lui avait appris à ouvrir son cœur et à trouver ainsi le bonheur, d’après ce qu’il pouvait constater chaque jour depuis son retour.

Peut-être n’était-il pas trop tard pour apprendre  ?

Peut-être pouvait-il être sauvé lui aussi  ?

Peut-être avait-il encore une chance d’être heureux  ?

Il posa les yeux sur son fils, assis à sa droite, qui écoutait consciencieusement les contre-propositions du requin de la finance avec un petit sourire de chat du Cheshire dessiné sur ses traits.

Il pouvait certainement encore apprendre un truc ou deux, oui, même en ce qui concernait les affaires.

Qui apprendrait de qui  ? Telle était la question.

- Non, réaffirma clairement Chuck, après avoir pris connaissance des derniers arguments qui les opposaient dans le contrat de partenariat.

L'homme au visage émacié remonta ses lunettes sur son nez et ravala les insultes irlandaises qui affluaient sur le bout de sa langue.

- Monsieur Bass, soyez raisonnable, soupira-t-il en jetant un coup d’œil furtif en direction du Big Boss. Les termes de ce contrat sont pour le moins trop strictes et je ne peux m'engager ...

- C'est à prendre ou à laisser, bluffa le jeune Bass.

- Bart, s'il te plaît, explique lui. Nous avons travaillé ensemble à de nombreuses reprises par le passé. Si tu étudies le dossier plus en détails, je suis certain qu'on pourra trouvé un terrain d'entente.

Bass Senior vit son fils se raidir et aurait pu parier qu'il venait d'étouffer un juron à son tour.

Chuck remua sur sa chaise. Le vieux Macluski et son père avaient en effet fait de nombreuses affaires qui avait toujours rapporté des dividendes non négligeables à la société. Il avait sans doute été trop loin dans ses projections et dans son entêtement à le faire céder. Maintenant son paternel ne raterait pas l'occasion de lui démontrer par A+B qu'il n'était pas apte à gérer la situation.

- Aengus, crois-tu vraiment que je considère mon fils comme un simple stagiaire  ? questionna Bart après quelques instants.

Le vieil Irlandais blêmit tandis que le jeune homme jetait un regard incrédule au grand Manitou.

- Penses-tu que je l'aurais laissé assis dans un fauteuil de direction si j'estimais que je devais repasser derrière lui pour vérifier ses décisions  ?

Chuck était totalement estomaqué par ce qui se passait sous ses yeux. Il en croyait à peine ses oreilles.

Son père lui témoignait sa confiance  ?

Mieux, il proclamait avoir foi en son jugement devant un de ses plus anciens partenaires.

- Bien sûr que non, tenta de faire marche arrière Macluski. Mais, tu conviendras comme moi ...

- Tu as entendu nos propositions. C'est à prendre ou à laisser, comme vient de le dire mon fils, déclara l'homme au regard d'acier.

- Peut-on au moins avoir un délai de réflexion supplémentaire  ? quémanda l'homme, dépité.

- Chuck  ? demanda Bart en se tournant vers lui.

- Quarante huit heures et pas une de plus, concéda le jeune homme, toujours un peu hébété par le soutien que son père venait de lui apporter.

Son smartphone vibra dans sa poche et il le consulta machinalement. Envoyant clairement le message que la discussion était terminée.

- Si je vous invitais à déjeuner ? proposa le grippe-sous (même s'il aurait préféré se faire arracher une dent) dans l'espoir d'amadouer l'héritier Bass qui n'avait visiblement rien à envier à son géniteur pour ce qui était de négocier des arrangements profitables à BI.

- Je suis désolé mais vous allez devoir faire ça sans moi, je dois vous laisser. J'attends votre réponse pour lundi, même heure.

Bart faillit recracher la lampée de scotch qui venait à peine de franchir ses lèvres.

Il jeta un regard incendiaire à son fils et vit, avec effroi, ce dernier quitter la salle de réunion sans même serrer la main de l'Irlandais ou un regard en arrière. Pour un peu, il en serait tombé de sa chaise.

Il venait d'étaler publiquement sa pleine confiance en lui et c'est ainsi que Chuck le remerciait, en se sauvant comme un voleur et ce, sans même une once de marque de respect pour un des meilleurs négociateur du globe.

Négociateur qu'il venait de prendre de court, certes, mais les relations professionnelles nécessitaient un minimum de déférences pour ses paires, surtout celui-là. Peu de personne pouvait se vanter d'avoir réussi à acculer Macluski de cette manière et il restait un maître en la matière.

Il se leva aussi prestement que le lui permettait sa cheville plâtrée et clopina à la suite de son fils dans le couloir.

- Chuck  ! le rappela-t-il.

Le jeune homme s'arrêta en pivota sur ses talons.

- Tu ne vas pas partir maintenant  ! commenta Bart, après l'avoir rejoint, sans élever le ton pour ne pas alerter Macluski. Cet un affront pur et simple.

- Il n'y a plus rien à ajouter, le dossier est clos. Je ne reviendrai pas sur les termes ...

- Ça n'a rien à voir, c'est une question de politesse.

- Et bien dans ce cas, va déjeuner avec eux. Moi, j'ai une urgence, indiqua-t-il alors que son smartphone vibrait à nouveau dans la poche intérieure de sa veste.

Il lu à nouveau le message qui émanait de sa fiancée.

«  911  »

C'était un code qu'il avait établi entre eux lorsqu'elle quittait à peine son lit, après l'accident. Ça voulait dire qu'elle avait absolument besoin de lui, maintenant.

- Et laquelle exactement  ? Blair t'a sifflé, alors tu t'empresses d'accourir  ? ricana son père.

- Si elle m'a appelé c'est que c'est primordial, elle sait l'importance de cette réunion, elle ne l'aurait pas fait sans une bonne raison.

- La question que je me pose c'est, si, toi, tu en connais l'enjeu  ?

- J'ai attentivement étudié le dossier, oui. La négociation est terminée, tout est entre les mains de ton vieil acolyte. Maintenant, excuse-moi, mais j'ai d'autres choses à faire que d'assister à un repas interminable avec Macluski qui va tenter de revenir sur les accords que nous venons d'entériner. Si tu as du temps à perdre, libre à toi.

Sur ce, il laissa Bart planté au milieu du couloir et se dirigea vers la sortie tout en portant son BlackBerry à l'oreille pour rappeler sa fiancée.

*****


katido  (03.06.2013 à 20:07)

 

Samedi 8 septembre 2012 : 11h54

Chuck déboucha dans l'entrée du penthouse Waldorf et se retrouva face à Dorota.

- Miss Blair est en haut, lui indiqua le femme d'ouvrage.

- Qu'est-ce qui se passe ? s'enquit-il.

La bonne haussa les épaules en signe d'ignorance.

Il grimpa les escaliers quatre à quatre.

Le texto de sa fiancée l'avait mis en émoi et il avait mis fin sans ambages à la réunion avec un des meilleurs associés occasionnels de BI, s'excusant à peine pour son départ. La désapprobation de son père ne s'était pas fait attendre mais il n'en n'avait cure. Il avait quitté le bâtiment en toute hâte, laissant le soin à Bart d'arrondir les angles avec le vieil Irlandais.

L'angoisse dans la voix de la brunette ne l'avait pas rassuré le moins du monde. Ça l'avait assailli depuis l'autre côté de la ligne et il s'était précipité jusque là. Elle avait refusé de lui dire de quoi il s'agissait au téléphone, lui demandant de la rejoindre immédiatement. La trace de désespoir de son appel impliquait une situation d'urgence.

Pourvu qu'elle n'ait pas fait une rechute dépressive.

L'oppression dans sa cage thoracique l'empêchait de respirer librement.

Sa fiancée se démenait comme un beau diable depuis qu'elle était rentrée de Paris. La fashion week de New York serait son premier défilé en tant que codirectrice officielle de Waldorf Designs et il n'ignorait pas qu'elle stressait énormément à l'approche de celle-ci.

Ces derniers jours, elle n'était pas à prendre avec des pincettes. Heureusement pour lui, il était également très occupé de son côté question business et ils s'étaient donc plus croisés qu'autre chose toute cette dernière semaine.

C'est aussi la raison qui l'avait fait accourir si vite.

Il aurait dû lui consacrer plus de temps, même si elle n'en n'avait pas vraiment elle-même.

Il frappa légèrement à la porte de sa chambre avant de la pousser.

Le brunette se tenait debout, regardant la vie qui courrait dans les rue de Manhattan en contre bas, alors que son monde à elle s'était arrêté encore une fois.

Elle clôt les paupières en entendant les pas de son fiancé qui se rapprochaient.

- Blair ?

Sa voix n'était qu'un murmure.

Il posa une main sur son épaule, avalant la boule qui entravait sa trachée.

Elle se retourna et se jeta littéralement dans ses bras.

Il la serra contre lui quelques minutes, déposant plusieurs baisers sur sa chevelure chocolat.

Elle écouta le cœur de Chuck qui tambourinait dans sa poitrine.

Il s'était rué ici dés qu'elle avait eu besoin de lui.

Il serait toujours là pour lui tenir la main.

Finalement, elle rassembla son courage et se détacha lentement de lui.

Il mourrait d'envie de lui demander pourquoi il était là.

Mais il lui laissa le temps de chercher ses mots, de trouver le bon moment pour elle ... et pour lui.

On était en fin de matinée, ça aurait pu attendre ce soir, se reprocha-t-elle intérieurement.

Elle avait déjà patienté plusieurs jours, qu'est-ce que quelques heures de plus changeraient  ?

Chuck était en réunion ce matin, une réunion très importante. Une réunion qui devait permettre de relancer BI sur le devant de la scène internationale. Bart serait fou de rage après lui ... et après elle.

Elle était elle-même attendue à l'atelier en milieu de matinée pour vérifier l'organisation du défilé tout proche. La présentation de la nouvelle collection, incluant la ligne « B by Waldorf » était pour après demain. Elle n'avait pas une minute à elle et pas de temps à perdre.

Ils s'étaient à peine vus ces derniers temps.

Ce n'était pas plus mal, elle était d'une humeur de chien.

Et pas seulement parce qu'elle jouait tout son avenir professionnel.

La réalisation de l'implication des conséquences s'était abattue sur elle comme la foudre.

Soudain l'urgence s'était emparée d'elle.

Et l'attente lui avait paru impossible.

Elle avait tout laissé en plan pour se retrancher dans sa chambre, le cœur battant la chamade pendant tout le trajet jusqu'au penthouse.

Le besoin de savoir supplantait tout et avait balayé tout le reste d'un revers de main.

Cependant, elle ne pouvait pas faire ça sans lui à ses côtés.

Elle en était incapable.

Elle avait un besoin viscéral qu'il soit là.

Cependant aucun son ne sortait de sa bouche à présent.

Elle avait fixé le bout de plastique pendant plus d'une heure, débattant avec elle-même de la suite.

Puis elle avait appuyé sur la petite icône verte de son BlackBerry.

Maintenant il était là.

Et ses cordes vocales refusaient de vibrer tellement sa gorge était serrée.

Elle se résolut donc à adopter une autre méthode.

D'une main tremblante, elle découvrit le petit objet qu'elle tenait crispé dans sa paume.

Chuck haleta et ses pupilles se dilatèrent sous la surprise.

Il voulut parler mais les syllabes se bousculèrent sur sa langue, sortant en mots incohérents.

Elle lui fit signe que non, tandis que les prunelles du jeune homme cherchaient une réponse dans les siennes.

Il agrippa le test pour mieux observer le résultat et se rendit compte qu'il n'y en avait pas.

Blair continuait à secouer le tête de droite et de gauche.

Il distinguait nettement la frayeur dans ses yeux de biche et tenta de l'empêcher de se propager en lui.

Il attira la brunette contre lui à nouveau et la berça quelques secondes.

- Je suis là, finit-il par réussir à articuler.

Il l'a sentie acquiescer et la laissa se détacher de lui pour la seconde fois.

Il plongea ses yeux dans les siens, l'enjoignant à mettre fin à ce supplice.

Elle y puisa la force nécessaire et se dirigea finalement vers la salle de bain attenante.

Elle en ressortit moins de deux minutes plus tard et retourna se blottir dans ses bras.

Les trois qui suivirent furent les plus longues de toute leur vie.

Le temps ne s'était jamais écoulé aussi lentement, s'égrainant seconde après seconde dans le silence.

Quand le réveil indiqua 12h02, sa respiration se coinça derrière sa glotte.

Chuck relâcha son étreinte et se dégagea doucement.

Elle le laissa s'éloigner, tremblante de la tête au pied.

Il marcha jusqu'à la tablette au dessus du lavabo.

Son sang pulsait dans ses veines et battait contre ses tempes.

Il inspira un grand coup avant de vérifier le signe et cru qu'il allait faire une attaque cardiaque sous le coup de l'émotion.

Blair le regarda revenir vers elle, mais les larmes qui noyaient ses prunelles ne lui permettaient pas de distinguer nettement les traits de son fiancé.

Elle essuya rageusement ses yeux.

Il était devant elle, un sourire radieux sur son visage et la souleva de terre pour la faire tournoyer dans les airs.

Elle éclata franchement en sanglots et noua ses bras dans sa nuque.

Il la couvrit de baisers et la reposa au sol avant de l'embrasser avec fougue.

- Je vous aime, déclara-t-il en posant une main sur son ventre encore plat.

Elle posa sa paume sur ses doigts.

- Nous aussi, répondit-elle cherchant à recouvrer son souffle.

Il happa à nouveau ses lèvres et elle s'abandonna totalement entre ses bras alors qu'il les entraînait vers le lit et se laissait choir avec elle sur le matelas.

Il la coucha sur le dos et entreprit de déposer des dizaines de baisers sur son abdomen avec adoration avant de s'autoriser à assouvir le feu de la passion qui le dévorait.

*****


katido  (03.06.2013 à 20:19)

 

Para 19

 

Lundi 17 septembre 2012 : 15h18

 

- Je suis vraiment désolé, s'excusa encore l'employé, se recroquevillant devant les yeux étincelants de colère de Bartholomew Bass.

- Comment une telle chose ...

Il haleta de fureur et se dirigea vers le bureau de son fils.

Là, il dépassait largement les bornes  !

Depuis qu'il avait ouvertement accrédité sa foi en lui, Chuck passait son temps à le lui faire regretter.

En premier lieu, il avait tout bonnement quitté la réunion sans faire aucun cas de la bienséance et de la moindre politesse.

Même si elles n'étaient que de façade dans le monde des affaires, il n'en restait pas moins qu'elles étaient essentielles à la bonne marche de l’entreprise.

Le vieux Macluski avait déjà été bien assez rabaissé dans cette négociation pour l'insulter de cette manière par dessus le marché.

Non pas qu'il ait personnellement quelque chose à faire de la susceptibilité de l'Irlandais, mais si Chuck voulait en tant soit peu être pris au sérieux, il ne pouvait se conduire d'une manière aussi grossière avec les futurs associés potentiels, même s'ils n'étaient que des alliés temporaires.

C'était comme si tout avait changé parce qu'il lui avait témoigné sa confiance. Il aurait sans doute mieux fait de camper sur ses positions intransigeantes vis-à-vis de son fils. Mais il ne pouvait pas ne pas prendre parti dans cette affaire et le fait est que c'était son fils qui avait son appui sans aucune discussion dans ce dossier.

Il n'aurait pas mieux fait lui-même et pour une fois, mit au pied du mur, il avait choisi la voix de la bienveillance, qui était également celle de la vérité, mais il en résultait qu'il avait passé pour un faible aux yeux de son héritier.

Il se maudit de s'être laisser attendrir par les propos d’Ève. Elle ne cessait de lui répéter qu'il devait être plus ouvert avec leur fils et le laisser voir, au moins entrevoir, à quel point il comptait pour lui.

Il avait fait un pas dans sa direction et maintenant, le jeune homme se croyait tout permis. Non pas qu'il n'en ait pas toujours été ainsi, mais depuis son retour d'outre tombe, il avait été impressionné par la maturité de son fils.

Et voilà que maintenant, il se permettait de débaucher ses propres employés.

Non, mais à quoi jouait-il  ?

Il ne se donna même pas la peine de frapper et entra sans ambages dans le bureau, qu'il avait fait agrandir et aménager exprès pour lui, par la porte communicante.

Si ça ce n'était pas une preuve qu'il le voulait à ses côtés au sein de BI, alors qu'est-ce que c'était  ?

Le jeune homme releva la tête des estimations de remplissage d'un de leurs hôtels à Puerto Rico et sut immédiatement qu'il allait avoir droit à une engueulade en règle de la part du grand patron, comme au bon vieux temps.

- Je pensais que tu avais mûri mais apparemment, je me suis trompé, explosa-t-il en pénétrant dans la pièce, sans se préoccupé d'Arthur qui pouvait tout entendre de son propre bureau.

Il n'avait cure que tout le monde sache qu'il avait besoin de faire des remontrances à son fils. Ça leur servirait de leçon à tous. S'ils pensaient qu'il s'était ramolli, il était temps de remettre les choses à leurs places. A commencer par l'attitude de Chuck.

- Tu penses que tu peux aller et venir comme bon te semble du bureau comme si tu faisais l'école buissonnière, tonna son père. Mais sache que je n'attendrai pas que les résultats plongent les bras croisés. Tu as une responsabilité au sein de BI et si tu n'es pas prêt à l'assumer alors tu peux partir.

Le jeune homme carra la mâchoire mais ne répondit pas.

Il était inutile d'essayer de contredire son père lorsqu'il était parti dans une diatribe. Il n'aurait rien écouté, et rien entendu, de toute manière.

De plus, il n'était pas désireux de lui expliquer le comment du pourquoi et encore moins de lui rendre des comptes en cet instant. Il avait d'autres préoccupations plus sérieuses en tête.

- Je t'ai montré mon soutien. Je t'ai appuyé devant Macluski. Et maintenant, tu me fais passer pour un imbécile.

- Tu as pris mon parti parce que tu savais que c'était ce qu'il y avait de mieux pour la compagnie, rectifia-t-il sans pouvoir sans empêcher malgré ses résolutions.

Il était à fleur de peau et il ne fallait pas grand chose pour le déstabiliser, à fortiori quand ça venait de son paternel.

- C'est juste, tu as été bien avisé lorsque tu as négocié avec lui. Je l'ai reconnu. Mais ce qui était stupide, c'est de ne pas l'honorer de ta présence quand il a proposé ...

- Ma présence est un honneur à présent  ? gouailla Chuck.

Le smartphone du jeune homme tintinnabula à côté de son ordinateur, donnant à Bart une nouvelle corde à ajouter à son arc et son regard s'étrécit encore.

- Ne joue pas sur les mots, tu as très bien compris ce que je voulais dire, aboya son père, qui refusait de perdre la face. Dieu sait que j'ai fait des efforts pour te laisser le bénéfice du doute mais depuis cette réunion, ça va de mal en pis. Si tu n'es pas capable de faire de cette entreprise ta priorité alors ...

- Mes priorités sont parfaitement en ordre, affirma le jeune homme en quittant son siège sans même jeter un œil à l'identifiant.

- Je ne doute pas une seconde qu'elles soient ailleurs qu'à BI, cingla Bart. En fait, je sais parfaitement réside le problème. Depuis qu'elle est rentrée, tu es à nouveau complètement à sa botte. Il suffit qu'elle siffle et tu accoures comme un bon chien-chien. Tu es pathétique.

- Je suis peut-être pathétique mais je ne finirai pas seul comme toi  ! Je serai capable de garder la femme que j'aime auprès de moi.

Il vit son père avoir un haut le corps et encaisser le coup comme ses pupilles acier devenaient de glace.

Touché  !

La satisfaction passa dans ses prunelles sombres. Il venait de remporter une bataille.

En repérant le chauffeur de la limousine qui gesticulait depuis le bureau de Bart pour le prévenir, il comprit que Bart était au courant de son petit tour de passe-passe.

Chuck fit un signe de la tête à son fidèle serviteur pour lui signifier qu'il avait bien noté sa présence et l'homme s'approcha à son tour, triturant sa casquette entre ses mains, espérant que tout danger physique réel était écarté.

Il se sentait vraiment responsable de la colère du grand Manitou mais qu'aurait-il pu faire d'autre  ?

- Monsieur Bass ... commença timidement le chauffeur en s'adressant au plus jeune.

Il avait besoin de lui fournir une explication en tête à tête.

- Pourquoi as-tu fait changer le contrat  d'Arthur ? tempêta Bart, trop heureux de pouvoir changer de sujet, ne laissant pas la possibilité à l'employé en livrée de poursuivre.

Chuck venait de river son clou à son géniteur mais ce n'était pas la raison principale à sa volonté soudaine de désamorcer la situation. Il avait besoin de trouver une bonne explication et il ne pouvait pas se permettre de se laisser emporter par ses émotions en cet instant.

L'enjeu était trop important.

- Parce que je tenais à ce qu'il soit mon chauffeur personnel. Il ne travaille plus pour BI, mais uniquement pour moi, répondit simplement son fils, s'obligeant à retrouver un peu de son self-control.

Il se doutait bien que son père s’apercevrait de quelque chose mais il ne pensait pas que ce serait si rapide. Il n'avait pas vraiment eu le temps de préparer son alibi. Il avait été bien trop occupé - et préoccupé - ces dernières semaines pour échafauder un plan qui tiendrait la route.

Entre les angoisses de Blair (et les siennes) qui avaient conduit la jeune femme à reprendre une thérapie plus accrue après avoir espacé ses séances pendant son voyage en France – sauf que maintenant ils la suivaient ensemble compte tenu des dernières évolutions de la situation – et le rendez-vous chez le médecin qui avait confirmé la grossesse surprise de la jeune femme par une analyse sanguine, sans parler de la fashion week ainsi que des commandes qui s'en étaient suives et l'avait stressée au possible, ni même des négociations de contrats à BI qu'il avaient menées, il n'avait pas eu une seule minute à lui.

- Le nouveau chauffeur s'appelle Humphrey, indiqua-t-il encore avec une petite moue ironique pour enfoncer le premier clou qu'il avait planté dans le cercueil encore un peu plus profondément.

Chuck savait que sur ce terrain là, il ne pouvait que gagner.

Il vit son père ouvrir de grands yeux.

- C'est son prénom, précisa-t-il pour bien clarifier les choses, sans perdre son sourire de chat du Cheshire.

Son cerveau carburait à toute vapeur, cherchant un argument à avancer pour expliquer cette réorganisation inopinée du personnel.

- Depuis quand tu prends ce genre d'initiative  ? contre-attaqua Bart.

Il ne se laisserait pas entraîner sur cette pente savonneuse, c'était un domaine qu'il ne maîtrisait pas suffisamment (voir pas du tout) et il ne pourrait qu'y être à son désavantage. Surtout depuis que Chuck connaissait son point faible.

Il n'avait aucun doute sur le fait que son héritier s'en servirait sans le moindre remord.

- J'estimais qu'Arthur avait droit à une augmentation après tout les bons et loyaux services rendus, argua-t-il et étant donné que je ne suis pas dans les petits papiers de certains membres du conseil en ce moment, je me suis dis que ce serait plus simple de changer son contrat que de devoir me justifier sur le moindre centime et polémiquer des heures sur le petit personnel. J'ai autre chose à faire et toi aussi, je pense. Au fait, Macluski a signé le contrat, ses avocats me l'ont fait parvenir ce matin.

Il vit son père froncer les sourcils un instant mais il sembla gober son histoire et ne trouva rien à rétorquer, ce qui était pour le moins étonnant.

Était-ce une idée ou le grand Manitou commençait à se rouiller  depuis quelque temps ?

Il faut dire que dés qu'il s'agissait d'arguments économiques – et non émotionnels - Bart était preneur en général. Et puis, il ne mentait pas tout à fait. Il avait effectivement revu le salaire du chauffeur à la hausse.

Il vit le soulagement passé dans les yeux de ce dernier comme son père gardait le silence. L'homme agita discrètement sa casquette pour lui faire comprendre qu'il aurait voulu s'entretenir avec lui en privé.

- Vous pouvez disposer, le remercia-t-il en se levant déjà pour le suivre dans le couloir, congédiant le Big Boss lui-même du même coup.

Il passa devant son paternel, qui était toujours planté là, incertain de la décision qu'il devait prendre.

Son fils lui mentait-il ou non  ?

Il fut un temps où il le voyait venir à des kilomètres mais le jeune homme avait appris vite et bien et il avait le sentiment qu'il commençait à se faire vieux et à s'attendrir, ce qui l'ulcérait au plus haut point.

L'interphone émit un tintement significatif et la voix de Marge prévint Chuck que la secrétaire de Monsieur Bergman était en ligne et demandait à lui parler personnellement, sans omettre de mentionner qu'il s'agissait d'une communication de la plus haute importance.

Cette fois, la coupe était pleine  !

Peu importe l'affrontement qui s'en suivrait. Philippe Bergman était le PDG d'un des plus gros groupe immobilier européen et il avait bien l'intention d'en avoir le cœur net.

Jusqu'à preuve du contraire c'est lui qui se chargeait des contrats européens. Il avait été on ne peut plus claire à ce sujet lorsqu'il avait exposé son projet «  d'association  » aux deux jeunes Bass.

Il décrocha le téléphone du bureau de son fils et s'adressa directement à l'interlocutrice.

Il fallait qu'il tire ça au clair. Il ne se laisserait pas mener en bateau, encore moins par son propre fils.

- Monsieur Bass  ? interrogea prudemment une voix féminine à l'autre bout du fil.

Simone avait certainement pris sa pension pendant qu'il s'était «  absenté  »

- Lui-même, répondit-il.

- Je suis la secrétaire du Docteur Bergman, il été obligé de partir pour une urgence qui ne devrait lui prendre que quelques heures. Étant donné les recommandations du Docteur Sherman, nous avons fait l'impossible pour conserver l'examen de Mademoiselle Waldorf aujourd'hui. L'échographie est donc reportée de 16h30 à 19h30. Nous avons essayé de la joindre mais sans succès, elle nous a laissé plusieurs numéros au cas où. Le Docteur Bergman vous prie de l'excuser pour ce désagrément.

Bart se laissa choir sur la chaise high-tech que son fils avait sélectionnée dans le catalogue de mobilier de bureau, qui coûtait certainement plus cher que son propre fauteuil.

- Monsieur Bass  ? questionna la secrétaire médicale. Est-ce que ce nouveau rendez-vous vous convient  ? Sinon, je peux vous proposer demain dans la matinée, mais nous avions cru comprendre que le plus tôt serait le mieux et ...

- Ce ... Ça ira ... C'est parfait, balbutia le vieil homme un peu hagard.

Sa première réaction à l'annonce de Marge avait été de penser que son fils tentait de le détrôner, qu'il essayait de grappiller plus de pouvoir au sein du conseil, pour pouvoir l'écarter et le dépouiller de BI.

Il n'avait pas imaginé une seconde que le comportement désorganisé de Chuck puisse être lié d'une quelconque manière à sa vie privée.

Enfin si. Mais pas de cette manière là.

Il croyait qu'il passait du bon temps avec Blair au lieu de se concentrer sur les missions qu'il devait mener à bien au sein de la compagnie.

Il ne lui avait pas traversé l'esprit une seule seconde que son fils puisse avoir d'autres choses à gérer que sa fiancée hystérique et névrosée s'absorbant certainement dans la préparation de leur mariage.

Il se sentit vraiment odieux.

- Bien, je note le rendez-vous pour 19h30 au cabinet privé dans ce cas. A tout à l'heure.

- A tout à l'heure, répondit absentement Bart.

*****


katido  (04.06.2013 à 20:00)

 

Lundi 17 septembre 2012 : 15h31

Dans le couloir, à l'abri des regards et des oreilles indiscrètes, Arthur s'excusait encore et encore, complètement mortifié.

- Il voulait que je l'emmène à l'autre bout de la ville, continuait à bredouiller le pauvre homme tant il parlait vite. Mais comme je savais que je devais passer prendre Mademoiselle Waldorf pour son rendez-vous dans une heure, je n'aurais jamais pu être rentré à temps et ...

- Je sais, Arthur, j'ai compris. Je vais appeler Humphrey et lui dire de se tenir à la disposition de mon père. J'en ai encore pour quinze minutes au maximum, dit-il en regardant sa montre, juste le temps de valider quelques colonnes de chiffres et nous irons chercher Blair à l'atelier.

L'homme le remercia d'un hochement de tête, qu'il couvrit de sa casquette avant de regagner le véhicule stationné dans le parking de l'entreprise.

Chuck, lui, rebroussa chemin dans l'intention d'en terminer au plus vite. Il n'ignorait pas qu'elle se faisait un sang d'encre et ne serait rassurée que lorsqu'elle aurait vu leur bébé de ses propres yeux.

Elle obligerait immanquablement le spécialiste à lui détailler chaque courbe et ombre, ce qui n'était pas pour lui déplaire en réalité.

Il faisait de son mieux pour donner le change mais il était terrifié lui aussi. La hantise de l'accident l'attendait à chaque fois qu'il réussissait à dormir. Il n'osait même pas penser à ce qui se passerait si ...

Cette fois ils ne s'en remettraient pas.

Aucun d'eux.

Lorsqu'il pénétra dans la pièce il eut la surprise de constater que son père était toujours là, assis à sa place. Et il avait, pour le moins, l'air d'avoir été percuté par un bus.

- Est-ce qu'il y a un problème avec le contrat Macluski  ?

Bart leva les yeux sur lui et un frisson lui parcouru l'échine. Il ne se rappelait pas d'avoir déjà vu une telle expression sur son visage. (Pour la bonne raison qu'il n'avait pratiquement qu'une seule expression faciale)

- La secrétaire vient d'appeler, déclara l'homme en posant les yeux sur lui. L'échographie est repoussée à 19h30 au cabinet privé du praticien.

Une goutte de sueur traça son chemin entre ses omoplates et Chuck déglutit.

- Pourquoi tu ne m'as rien dit  ? voulut savoir son paternel.

- Personne ne le sait, expliqua brièvement le jeune homme.

- Personne  ? s'étonna Bart.

- Seulement Arthur et Dorota, reconnu son fils.

Le vieil homme arqua un sourcil, éberlué.

- Vous ne l'avez pas annoncé à vos proches mais vous partagez la nouvelle avec des employés  ?

- Dorota est bien plus qu'une simple employée pour Blair  ! Et elle veillera sur elle comme sur un poussin.

- Ça c'est sur, s'exclama Bart. Cette femme est un vrai Bouledogue  !

Chuck sourit intérieurement, c'était assez proche de la réalité, effectivement. Avec elle, il était certain que B n'aurait droit à aucun excès.

- Quand à Arthur, je l’ai assigné à Blair H24. Il est le seul en qui j'ai pleinement confiance pour véhiculer ma famille, acheva-t-il d'une voix un peu éraillée.

Il avait donné des instructions précises au chauffeur qu'il connaissait depuis toujours. Il remettait ce qu'il avait de plus précieux entre ses mains et l'homme fidèle était bien conscient de ce que ça représentait. Il ne prendrait aucun risque, même pour gagner du temps.

- C'est pour ça que tu lui as fait signer ce nouveau contrat, conclut Bart.

Son fils acquiesça.

- Je me doute bien que tu trouves ça stupide, reprit-il après s'être éclairci la gorge, mais ...

- Étant donné ce qui c'est passé la dernière fois qu'elle portait ton enfant, je trouve ça tout à fait légitime, l'interrompit son père.

Chuck le dévisagea un instant.

- Tu le savais  ?

Il pensait avoir réussi à bloquer toutes informations. Si jamais une personne mal intentionnée venait à le découvrir ...

- C'est Blair qui me l'a dit. Ou plutôt qui la laissé échapper en me vociférant dessus quand elle est venue me voir avant la conférence de presse, après ma résurrection, ajouta-t-il.

Ce fut au tour de son fils d'être interloqué.

- Elle est venue te voir  ?

- Me menacer serait une meilleure description de ce qui s'est passé. Elle a bien failli me défigurer en me jetant un verre au visage. Je n'ai eu que le temps de réagir et le récipient explosait sur le mur au-dessus de ma tête.

Cette fois, le jeune homme ne sourit pas seulement intérieurement.

- Je dois reconnaître qu'elle a un sacré tempérament et qu'elle semble tenir à toi autant que tu tiens à elle, concéda Bart.

- Elle a accepté de m'épouser, je suppose que ça veut dire qu'elle être prête à me supporter tant qu'elle le pourra. Et j'espère bien que ce sera le plus longtemps possible.

Son smartphone vibra sur le bureau.

- Elle vient d'avoir l'info pour le rendez-vous, constata l'homme en décodant le texto qui s'affichait sur l'écran de son fils.

Chuck s'empara de l'appareil et se dépêcha de répondre.

Son père se leva pour réintégrer son propre bureau.

Une fois arrivé sur le seuil, il se tourna vers son héritier.

- Tu as raison, fils. Tes priorités sont dans le bon ordre. Tu fais ce que tu as à faire pour protéger ta famille, déclara-t-il avant de refermer la porte derrière lui.

- Papa, le rappela Chuck.

- Ne t'inquiète pas, je ne dirai rien. C'est à vous de décider.

- Merci.

- De rien. Et au fait, félicitation.

- Merci, murmura encore le brun ténébreux avant de s’asseoir à sa table de travail pour se replonger dans les colonnes de chiffres.

Il lui restait un peu de temps pour entamer une autre analyse de courbes de rendement finalement.

*****




katido  (04.06.2013 à 20:01)

 

Para 20

 

Lunid 17 septembre 2012 : 19h15

Blair tentait de respirer et de se détendre mais elle en était incapable. Elle se rendait compte que ses angoisses n'étaient pas fondées et qu'elles ne pouvaient qu'être nuisibles au bébé mais elle n'arrivait pas à se maîtriser.

Depuis qu'elle se savait à nouveau enceinte, le test ayant été confirmé par une prise de sang, elle avait du mal à se concentrer sur autre chose. Même à l'atelier ou à son bureau, elle finissait pas se découvrir rêvassant à cet enfant qui se développait en elle et qu'elle avait peur de perdre lui-aussi.

Bien sûr sa fausse couche était due à un accident de la route mais il n'en restait pas moins que son corps avait été impuissant à protéger ce petit être qui grandissait dans son utérus et elle ne pouvait imaginer revivre pareille drame.

Car, elle en était certaine, si ça devait se reproduire, elle ne s'en remettrait pas.

Pas plus que Chuck.

Il était vraiment parfait en tout point depuis qu'il avait lu le résultat. A vrai dire, il l'était déjà bien avant ça, mais c'était de plus en plus flagrant. Il la rassurait sans cesse et l'avait même accompagnée à ses séances chez le Docteur Sherman, qui avait proposé que leurs thérapies individuelles soient commutées en thérapie de couple puisqu'ils étaient là tous les deux. Il avait été présent à chaque fois qu'elle avait eu besoin de lui, à n'importe quelle heure.

Elle devinait sans peine que Bart ne devait pas apprécier de le voir aller et venir à BI sans comprendre de quoi il retournait. Il n'aurait certainement pas plus apprécié de savoir la raison non plus. Il la détestait cordialement et la tenait pour responsable des échecs de son fils. Ce qui n'était pas entièrement faux. Mais au contraire de ce que croyait le magna de l'immobilier, elle n'avait jamais envisagé de se servir de Chuck. Elle l'aimait profondément. Elle l'aimait plus à chaque seconde qui passait, si c'était seulement possible d'aimer quelqu'un autant.

Il avait embauché Arthur à titre privé afin qu'elle en ait l'exclusivité. L'homme qu'elle savait expert en conduite était à sa disposition de jour comme de nuit. Elle était là lorsqu'il lui avait fait ses recommandations, expliquant au chauffeur émérite qu'il remettait entre ses mains et son volant ce qu'il avait de plus précieux et enjoignant expressément l'homme de ne prendre aucun risque quel qu'il soit, même pour rendre un raccourci dans l'intention de gagner du temps.

Elle n'était cependant pas dupe. Il avait beau faire semblant qu'il était certain que tout irait bien et que tout était sous contrôle, ils savaient tous les deux mieux que personne que rien n'était jamais réellement sous contrôle dans ce genre de situation. Il suffisait d'un rien pour que tout dérape. Des événements qui s’enchaînaient les uns aux autres et qui se terminaient en cataclysme digne de l'apocalypse qui emportait tout sur son passage.

Ils avaient déjà survécu à Armageddon et ils n'auraient pas les ressources nécessaires pour affronter la perte d'un enfant une fois de plus.

Cette grossesse n'avait pas été préméditée non plus. Elle avait recommencé à prendre la pilule en mai, quand elle était lentement sorti de sa dépression. Mais entre le stress de la semaine de la mode à Paris et celui de la préparation de la fashion week, elle avait oublié de la prendre à plusieurs reprises et n'avait pas vraiment été attentive à son cycle menstruel.

Jusqu'à ce qu'elle se rende compte qu'elle était écœurée par le parfum d'un mannequin qui devait défiler sur le podium Waldorf. Une symptôme qu'elle avait déjà connu, la couturière personnelle de la princesse Sophie portant la même fragrance.

Interpellée, elle s'était mise à réfléchir à toutes les petites indispositions qu'elle avait ressenties les dernières semaines et elle en était venue à une conclusion qui s'était révélée correcte. L'examen sanguin situait la grossesse aux alentours de dix semaines, ce qui correspondait aux calculs de la brune.

La jeune femme avait compté à rebours et situait la conception lors de leurs retrouvailles impromptues sur les côtes Bretonnes, une chose en entraînant une autre, dans le feu de l'action après l'accident supposé du jeune homme ...

Il était bien entendu exclu pour aucun d'eux de ne pas accueillir ce fœtus à bras ouverts. D'ailleurs Chuck avait été transcendé en découvrant le résultat du test. Peut-être encore plus qu'elle-même. Elle resserra sa main autour de la sienne et il répondit instantanément à sa requête.

Il l'attira un peu plus contre lui et emprisonna ses lèvres sous les siennes. Il avait besoin de ce contact pour s'assurer que ce moment était bien réel. Qu'il n'allait pas se réveiller pour découvrir que tout n'était que songe.

Quand il avait pris connaissance de la petite croix sur le cadran du test de grossesse, son cœur avait accéléré la cadence, laissant l'espoir le plus fou s'immiscer en lui. Bien sur, il avait toujours su, qu'un jour, ils essaieraient à nouveau d'avoir un enfant, mais jamais il ne lui avait effleuré l'esprit que cela se réaliserait si vite.

Et la course dans ses veines avait commencée. Depuis, il n'avait pas arrêté de courir. Se dispersant dans toutes les directions à la fois, assumant chaque rôle l'un après l'autre selon la situation qui l'exigeait.

Maintenant. C'était maintenant que tout allait prendre réellement tout son sens, que tout allait devenir réel. Pour la première fois, il allait voir cet enfant, leur enfant, son enfant.

La dernière fois, il n'en n'avait même pas eu l'occasion.

Mais cette fois, ce serait différent.

Cette fois, tout serait différent.

Il n'y avait pas de mensonge, pas de trahison.

Juste ce petit être issu de leur amour qui croissait dans le corps de la plus belle des femmes.

Celle qui serait bientôt sa femme.

Celle qui lui avait appris à aimer et à se laisser aimer.

Celle qui lui avait ouvert les yeux.

Celle à qui il avait ouvert son cœur.

Celle qui avait promis d'être toujours sa famille.

Celle qui était sa famille.

Celle qui était resté à ses côtés quand il avait tout saboté, quand il avait tenté de l'éloigner.

Celle qui ne l'avait jamais abandonné vraiment.

Celle qui avait toujours eu foi en lui, en leur amour.

Celle qui l'aimait par dessus tout, malgré ce qu'il était, malgré lui.

Celle qu'il aimait par dessus tout.

Celle qui lui offrait le plus beau de tous les trésors.

Celle qui était le plus beau des cadeaux que la vie lui ai jamais fait.

Celle qui l'avait aidé à devenir un homme.

Qui l'aiderait à devenir un père à la hauteur.

Qui le guiderait sur le chemin du bonheur, pas après pas.

La voiture s'arrêta et son cœur se stoppa dans sa cage thoracique. Ses doigts tremblaient quand il glissa à nouveau sa main dans celle de Blair en passant les portes du cabinet privé du Docteur Bergman.

- Mademoiselle Waldorf, les accueillit chaleureusement la secrétaire. Si vous voulez bien passer immédiatement dans la salle d'examen, le docteur vous y attend.

Le jeune homme la suivit, notant mentalement qu'ils devraient s'occuper de changer son nom au plus vite. Il ne voulait pas attendre l'été suivant pour l'épouser. Il voulait qu'elle soit Madame Chuck Bass avant de donner naissance à cet enfant et connaissant Blair, elle voudrait se marier avant que sa grossesse ne soit visible.

Une fois dans la pièce, ils saluèrent l'obstétricien qui posa quelques questions de routine à la future maman avant de lui désigner la table munie d'étriers.

Lorsqu'elle fut installée, elle agrippa la main de son fiancé et s'évertua à respirer lentement tandis que le spécialiste étalait du gel sur son ventre très, très, légèrement rebondi.

Leurs cœurs battaient à l'unisson quand il apposa la sonde sur la peau de la jeune femme.

Le futur papa retint son souffle et la première image apparue, matérialisant sous ses yeux leur bébé, il en eut la chair de poule et une onde électrique remonta de l'extrémité de ses orteils au sommet de son crane.

Une immense vague émotive le submergea. Il ne s'était pas attendu à pareille sensation. Il avait lu et chercher des informations, mais voir son enfant en devenir était si magique et si intense. Il ne pouvait pas détacher son regard de l'écran, complètement subjugué par le petit être qui gigotait dans la poche maternelle.

Le gynécologue démontra plusieurs points, expliquant les bras, les jambes, la colonne que l'on pouvait déjà distinguer.

- Votre enfant est en pleine santé. Il a tout ce qu'il faut là où il faut. Il mesure presque six centimètres et doit peser environs dix-huit grammes. La majorité des organes fonctionnent et poursuivent leur maturation, indiqua ce dernier. Est-ce que vous désirez savoir si c'est une fille ou un garçon  ?

Blair détourna un instant les yeux de son enfant pour les poser sur Chuck qui était extatique à ses côtés. Elle n'était même pas certaine qu'il respirait encore. Elle comprima ses phalanges et il mit quelques secondes avant de lui accorder son attention, se détachant difficilement de l'image de leur bébé, bien à l'abri dans le cocon maternel.

Il comprit qu'elle attendait son assentiment mais il ne savait pas à quoi.

Le médecin venait de dire que tout était ok, non  ?

- Est-ce que vous voulez connaître le sexe de votre bébé  ? redemanda le gynécologue, souriant à l'hébétude du nouveau papa qui découvrait son enfant pour la toute première fois.

- On peut déjà le voir  ? s'étonna-t-il.

La plupart des informations qu'il avait glanées sur le sujet disaient qu'il fallait attendre la fin du quatrième mois, parfois même la naissance, pour le déterminer avec certitude.

L'obstétricien se tourna vers la jeune maman qui lui fit signe qu'ils seraient ravis de lever le mystère.

- Hé bien, ce n'est pas toujours si évident, reprit le professionnel, mais il arrive qu'il n'y ait aucune ambiguïté possible sur le sujet et c'est le cas ici.

- C'est mon fils  ! se rengorgea Chuck avec un immense sourire de fierté, comprenant sans peine de quoi parlait le spécialiste alors que ce dernier indiquait une excroissance qui ne pouvait en effet prêter à confusion et leur donnait quelques explications en bonus.

Blair ne put résister à l'envie de rouler des yeux au ciel devant l'attitude puérile de son futur mari. Mais il avait bien le droit de savourer ces instants magiques lui aussi.

Elle sursauta presque quand l'obstétricien ôta la sonde de son ventre, regrettant déjà de ne plus voir son enfant.

Cependant lorsque le bruit d'un cheval au galop résonna dans la pièce après quelques manipulations de l'appareil, elle sentit les larmes affluer à ses cils sans rien pouvoir y faire.

- C'est ...

- Son cœur, termina le Docteur Bergman.

Elle resserra ses doigts autour de ceux de Chuck qui répondit immédiatement.

Ce son resterait gravé en elle à jamais.

C'était le cœur de son enfant qui battait. Il était bien vivant. Il était réel. Et rien ne viendrait éteindre ce bruit si réconfortant, elle s'y engageait.

Elle prendrait toutes les précautions nécessaires, suivrait toutes les recommandations sans se plaindre ni rechigner. Son rôle à présent était de prendre soin de ce petit être implanté en elle. Elle le protégerait de son mieux et veillerait à ce que rien ne vienne troubler cette promesse de bonheur.

Chuck essuya la larme qui avait roulée sur la pommette de la femme qu'il aimait plus que lui-même et y déposa un baiser tendre.

- Merci, chuchota-t-il d'une voix enrouée.

Tout son argent, tout l'or du monde, ne pourrait jamais acheté un cadeau capable de rivaliser avec celui qu'elle lui offrait, celui qui germait en elle.

Il avait hâte de pouvoir le prendre dans ses bras. De faire avec son fils toutes ces choses qu'il aurait aimé faire avec son père quand il était enfant. Il pourrait même envisager sérieusement de se mettre au sport. Il ne serait jamais trop occupé pour passer du temps avec lui et il s'assurerait que le bambin sache qu'il était sa priorité, que rien ne l'empêcherait jamais d'être présent.

Blair tourna son visage vers lui et en profita pour glaner un frôlement de sa bouche sur la sienne.

Avait-il seulement conscience du fabuleux présent dont il la gratifiait  ?

- Je t'aime, lit-elle sur ses lèvres.

Le spécialiste leur rappela sa présence en toussant discrètement.

- Ma secrétaire vous donnera un exemplaire de l'échographie sur une clé usb. Si vous n'avez plus d'autres questions, nous avons terminé.

Il rangea l'appareil et tendit quelques lingettes de papier à la jeune maman pour ôter le fluide de son abdomen.

- Quand le sentirais-je bouger  ? voulu savoir Blair.

- Il n'y a pas vraiment de règles, cela dépend d'une femme à l'autre mais cela vient souvent vers la dix-septième semaine. Il vous faudra encore un peu de patiente jusqu'au quatrième mois.

- Mais tout va bien, n'est-ce pas  ? redemanda-t-elle.

- Tout va bien, réaffirma le gynécologue.

Il savait que les parents étaient particulièrement stressés par cette grossesse après avoir vécu une fausse couche traumatique dans un accident. Ce n'était pas un hasard si son confrère l'avait recommandé au jeune couple.

L'état psychologique de la maman était quelque chose d'important à prendre en considération car cela pouvait avoir un réel impact sur le santé du fœtus et le bon déroulement de la grossesse.

Il s'attendait à être harcelé de coups de téléphones et de questions sous le coup de crises de panique éventuelles. C'était également une des nombreuses raisons qui justifiaient ses honoraires exorbitants. Étant donné son expérience et sa renommée, il n'avait pour patientèle que les habitants des quartiers huppés de Manhattan qui décidaient d'avoir des enfants sur le tard ou qui avaient des difficultés à concevoir.

Les jeunes parents n'auraient sans doute pas fait partie de ses patients s'il n'y avait eu cet horrible événement. Mais quand on avait l'occasion de pouvoir compter Chuck Bass dans ses relations, de quelques manières que ce soit, on ne crachait pas dessus.

Il y avait bien entendu toujours un revers à la médaille et le praticien savait qu'il ne lui serait pas permis de compter son temps, il devrait s'arranger pour être à disposition peu importe l'heure et cela indépendamment du fait que les craintes des futurs parents soient réellement fondées ou non.

*****


katido  (05.06.2013 à 21:24)

 

Lundi 17 septembre 2012 : 20h42

Les portes de l'ascenseur du penthouse du Palace s'ouvrirent sur Chuck et Blair dont les lèvres se séparaient.

- Bonsoir, les accueillit Lily avec un immense sourire.

- Désolé d'être en retard, on a eu un contre-temps, s'excusa son fils adoptif en déposant un baiser sur sa joue.

- On imagine très bien, commenta Éric dans son verre en prenant une lampée de Chardonnay.

Nate lui fila un petit coup de coude dans les côtes et il recracha presque le tout sur la nappe d'un blanc immaculé.

La table était dressée pour une célébration. Chandelle, argenterie et vaisselle de porcelaine.

Les deux derniers arrivant s'arrêtèrent net devant l'assemblée réunie.

Il y avait là, leur deux familles réunies. Même Bart et Évelyne, qui se tenaient un peu en retrait, assis sur le canapé.

Lily les avait conviés à un repas en famille mais ils ne s'attendaient pas à ça. Surtout pas aujourd'hui. Ils étaient à peine remis de la première échographie.

- Vous ne pensiez pas qu'on allait passé vos fiançailles sous silence  ? s'offusqua Serena, choquée à la simple idée que cette hypothèse ait pu traverser l'esprit de ses amis.

Ils n'avaient rien organisé eux-mêmes, ce qui avait déjà surpris la blonde. Son amie n'était pas du genre à rater une opportunité d'organiser une fête et Chuck jamais à rater celle de faire la fête.

Il est vrai qu'ils avaient été pas mal occupés tous les deux ces derniers temps, c'est pourquoi, elle avait pris l'initiative. Et puis, elle était demoiselle d'honneur donc, c'était une tâche qui lui était dévolue d'office.

- Champagne  ? intervint Rufus en tendant une coupe au couple mit à l'honneur.

Ils se saisirent chacun de la flûte qui leur était présentée et échangèrent un regard.

- A la santé des futurs mariés, s'écria Cyrus en levant son verre.

- A la santé des futurs mariés, reprirent en cœur tous les autres en l'imitant.

Blair porta le verre à ses lèvres et les y trempa à peine, affichant un sourire resplendissant.

Elle se débrouilla pour se débarrasser de l'alcool à la première occasion en vidant discrètement le contenu dans la plante à sa portée.

Elle n'eut pas le temps de protester quand le serveur remplit à nouveau sa coupe, elle lança un appel silencieux à son fiancé qui trinquait avec Nate sans la quitter des yeux.

Sans en avoir l'air, il passa son bras autour de sa taille et ils échangèrent leur verre à la vue de tous mais si subtilement que presque personne ne nota quoi que ce soit.

Bart, lui, eut un petit sourire sardonique en étudiant la scène de loin.

Nul doute que ces deux là étaient vraiment sur la même longueur d'onde.

- J'espère que tu es revenu sur ton jugement, chuchota Évelyne assez bas pour que lui seul puisse l'entendre. Parce que cette jeune femme rend vraiment ton fils heureux.

Il posa ses pupilles acier sur elle.

- Effectivement, on dirait qu'elle a réussi là où nous avons échoué, commenta-t-il.

- Au moins, il ne reproduit pas les erreurs de son père, c'est déjà ça.

Bart arqua un sourcil quand elle cogna son verre contre le sien.

- Qui sait  ? Peut-être que tout espoir n'est pas perdu pour toi non plus, sourit-elle avant de s'éloigner pour aller s'entretenir avec l'hôte de la soirée.

Elle était reconnaissante à Lily d'avoir su passer sur ses dissensions avec Bart et de les avoir invités à la soirée. Elle comprenait pourquoi son fils tenait tant à sa mère adoptive. La relation qui les unissait était manifestement basée sur une tendresse infinie.

La blonde en question caressa la pommette de Chuck et murmura quelque chose à son oreille.

Il eut un petit sourire gêné et déposa un baiser sur sa joue.

- Merci, murmura-t-il avant de chercher à nouveau la silhouette de sa fiancée dans la pièce.

Il fit un petit signe de tête à sa mère biologique en s'éloignant en compagnie du jeune Archibald dans le coin opposé où sa fiancée s'était éclipsé pour discuter avec sa meilleure amie.

- Évelyne, vous avez tout ce qu'il vous faut  ? s'enquit Lily.

- Il a tout ce qu'il lui faut, grâce à vous, répondit cette dernière en désignant le jeune homme qui venait de la quitter à l'instant.

- Je suis fière de ce que Charles a accompli. La vie n'a pas toujours été facile pour lui mais il a su sortir plus fort des épreuves qu'il a dû surmonter.

- J'en suis bien consciente, admit la brune. J'ai aussi conscience de tout ce qu'il vous doit et je suis heureuse qu'il ait eu une mère telle que vous à ses côtés. Vous avez su lui apporter bien plus que je ne saurai jamais et pour ça, je ne vous remercierai jamais assez.

- Charles a un cœur d'or, il suffisait seulement de lui apprendre qu'il avait le droit de s'en servir et d'être aimé, lui aussi.

Évelyne baissa les yeux et sa ressemblance avec son fils frappa encore une fois Lily.

Les mêmes mimiques, les mêmes gestes, les mêmes regrets sans doute.

- Quoi qu'il en soit, reprit-elle, personne n'a dit qu'il n'avait pas le droit d'avoir plusieurs personnes qui se soucient de lui et de son bien-être.

Une lueur d'espoir passa dans les prunelles de la mère biologique de son fils adoptif.

- Il faut juste lui laisser du temps pour apprendre à vous connaître vraiment et à vous faire confiance. Ne le brusquez pas et si vous voulez un conseil, commencez par vous faire une alliée précieuse. Quand il s'agit du cœur de Charles, personne n'est plus protectrice que Blair.

Évelyne suivit la direction indiquée par la blonde et observa la futur mariée qui nouaient ses phalanges à ceux de son fiancé avant de le couver du regard tandis qu'il riait avec son meilleur ami.

- Merci, dit-elle simplement, sur le même ton que Charles quelques instants auparavant.

- Entre mères, il faut bien s'entraider, commenta Lily avant d'aller à la rencontre d'Eléanor, accrochée au bras de Cyrus, qui discutait avec Rufus.

*****


katido  (05.06.2013 à 21:25)

 

Mardi 18 septembre 2012 : 7h14

- Épouse-moi, proposa Chuck.

- J'ai déjà dit oui, lui rappela Blair en s'éloignant un peu de lui pour lui faire face.

Ils étaient blottis l'un contre l'autre dans la chambre du jeune homme au Palace.

Après l'échographie, ils étaient attendus pour dîner avec Nate et Serena chez Lily. Cette dernière les avait pris par surprise. Son cœur de mère s'était rempli d'allégresse quand elle avait appris la nouvelle de leur union prochaine. Et les deux blondes voulaient absolument faire quelque chose de spécial pour leurs fiançailles.

Chuck avait eu toutes les peines du monde à cacher son excitation et sa joie d'avoir un fils à sa mère adoptive et à son meilleur ami pendant toute la durée du repas.

Cependant, Blair lui avait demandé de ne pas ébruiter leur secret. Elle avait elle-même très envie de partager la nouvelle avec S et sa propre mère mais, aussi idiot que cela puisse paraître, elle avait peur que ça ne leur porte malheur. Comme si le fait d'y croire trop pouvait briser le charme et le réduire à néant.

Elle n'était pourtant pas du genre superstitieuse mais elle préférait ne pas prendre de risque.

- Je veux dire, maintenant, expliqua son fiancé.

Elle posa ses yeux dans les siens et plongea dans ses iris chocolat. Elle sentit son cœur fondre.

- Je sais qu'on a prévu ça en août, que tu veux faire ça à l'extérieur, mais je ne veux plus attendre pour entendre tout le monde autour de nous t'appeler Madame Bass. Et puis, avec le bébé ...

- Quand tu veux, où tu veux, le coupa-t-elle.

Elle non plus ne souhaitait plus attendre. Elle ne désirait qu'une chose, être Madame Chuck Bass, le plus vite possible. Ils avaient déjà bien trop attendu. Elle voulait embrasser leur nouvelle vie, embrasser leur bonheur à bras le corps. Ne plus perdre une minute pour former cette famille qu'ils attendaient l'un et l'autre depuis si longtemps.

- Je vais demander à ma mère de me dessiner quelque chose de simple, je ne veux pas de grand voile, ni de robe blanche à froufrous ...

- Blair. Ce n'est pas ce que je voulais dire. Tu mérites d'avoir le mariage de tes rêves. Je ne veux pas d'un mariage à la va vite, je veux ...

- Juste que les choses soient ce qu'elles devraient être depuis tellement longtemps, termina-t-elle pour lui.

Elle posa sa main sur la sienne et observa la lumière qui se reflétait dans les facettes de diamant de se bague de fiançailles.

Tout ce temps perdu  !

- Je t'aime Chuck Bass. Je t'aime tant que ça me consume entièrement et je ne veux pas attendre pour devenir ta femme. Je suis certaine que je peux organiser le plus beau des mariages en un temps record.

- Oh là  ! Oh là  ! Doucement  ! Je ne veux pas que tu stresses. Laisse-moi m'occuper de ça, d'accord  ? La seule chose que tu auras à faire, c'est d'être aussi belle que tu l'es chaque jour. Rien d'autre.

- Chuck ...

- Non  ! Le Docteur Sherman a dit que tu ne devais pas t'exposer à des situations qui pouvaient déclencher des crises de panique et que l'énervement était mauvais pour toi et le bébé. Heureusement la fashion week est terminée. Mais je sais parfaitement ce qui arrivera si tu t'occupes de mettre sur pied notre mariage. Tu es bien trop perfectionniste et je n'ai aucune envie de devoir aller te retrouver dans un lit d'hôpital plutôt que devant l'autel, expliqua le jeune homme.

- Mais si ...

- Non  ! clama-t-il avec force. Il est hors de question que je te laisse lever le petit doigt. Mon rôle est de veiller sur toi, sur vous et inutile d'espérer me faire changer d'avis même avec tes petites astuces sexuelles habituelles.

Elle leva sur lui ses yeux de biche.

- Je ne changerai pas d'avis, martela-t-il, intransigeant. Tu as déjà bien assez à faire avec Waldorf Designs.

- Mais ...

- Est-ce que tu as confiance en moi  ?

- Bien sur que oui, mais ...

- Alors, accorde-moi un peu de crédit. Je te jure que tu ne le regretteras pas. Laisse-moi juste prendre soin de vous. Laisse-moi réaliser tes rêves de princesse. Laisse-moi être ton héros, au moins un fois, s'il te plaît.

Elle ne pouvait pas résister devant son regard pénétrant. Elle savait qu'elle pouvait remettre sa vie entre ses mains. Qu'il lui ferait traverser un champ de mine les yeux fermés si nécessaire.

- Tu es déjà mon héros, souffla-t-elle avant que sa bouche ne s'écrase sur la sienne.

*****


katido  (05.06.2013 à 21:26)

 

Jeudi 20 septembre 2012 : 20h54

Chuck se versa un deuxième verre de scotch et consulta sa montre en faisant les cents pas dans le salon.

Il passa devant son ordinateur illuminé sur le bar et reclapa l'écran en soupirant. Il avait essayé de s'absorber dans la dernier rapport d'étude de marché qui lui avait été envoyé depuis Mexico mais il était incapable de se concentrer.

Il jeta un autre coup d’œil à l'horloge au dessus du sofa, à peine quelques secondes s'étaient écoulées.

Le tintement de l'ascenseur retentit enfin et il renversa pratiquement le liquide ambré en reposant le récipient sur la surface de bois polie du comptoir, qu'Harold avait spécialement fait venir d’Écosse, dans sa précipitation à accueillir la mère de son enfant.

- Blair, s'exclama-t-il dans un souffle avec soulagement quand cette dernière franchit le seuil du penthouse Waldorf.

Elle lui sourit, de ce sourire si angélique, comme Dorota se précipitait déjà pour l'aider à ôter son manteau et il eut un haut le corps quand Évelyne pénétra dans le hall derrière sa fiancée.

- Bonsoir Chuck, le salua cette dernière alors que la brune de son cœur déposait un baiser sur sa joue.

- Bonsoir, articula-t-il en retour, sans laisser aller la main de Blair, qui avait senti la tension dans chacun des muscles du corps de son fiancé.

- Si vous voulez bien passer dans le salon, nous vous rejoignons dans un instant, indiqua-t-elle à la mère biologique du brun ténébreux.

La fidèle domestique suspendit le trench-coat Chanel de l'invitée surprise et lui indiqua le chemin d'un geste.

La femme la suivit tandis que son fils emmenait Blair dans la cuisine.

- Je t'ai laissé au moins dix messages, se lamenta-t-il avec un soupçon d'agacement dans la voix.

Le brunette chercha dans son sac et y dénicha son smartphone, éteint.

- Je suis désolée, s'excusa-t-elle. La batterie doit être déchargée.

Elle posa l'appareil sur la table et s'approcha de lui. Elle pouvait distinctement lire l'inquiétude qui l'avait rongée depuis son arrivée chez elle dans ses prunelles chocolat.

- Ne me refais plus jamais ça, plaida-t-il en l'attirant à lui pour la serrer dans ses bras.

Elle noua ses phalanges dans sa nuque et leva la tête vers lui.

- Je suis vraiment désolée, je n'avais pas vu l'heure. J'ai rencontré Évelyne en déjeunant avec Serena et elle m'a parlé de quelques jolies maison à vendre qu'elle a repérées pour nous. Elle a proposé de m'y emmener et on a pas vu le temps passé.

- Tu as passé l'après-midi à visiter des maisons ? se rembrunit-il.

Évelyne avait parlé de l'aider à chercher un nouveau lieu de vie pour eux mais il n'avait pas songé un instant qu'elle embarquerait sa fiancée, enceinte, dans une randonnée autour de la ville pour dénicher la perle rare.

Bien entendu, tout le monde ignorait encore que Blair attendait un enfant, cette dernière refusant toujours obstinément d'en parler à qui que ce soit pour l'instant, hormis Arthur et Dorota.

Il ne lui avait même pas dit que Bart l'avait découvert, il ne voulait surtout pas la contrarier ou qu'elle se mette à stresser. Le Docteur Sherman avait bien spécifié que l'humeur et l'état d'esprit de la maman était très important pour la bonne santé du bébé.

Il ne pouvait pas non plus tenir rigueur à Évelyne pour une chose dont elle n'avait même pas connaissance. Il aurait dû s'attendre à pareille réaction de sa part. Sa mère biologique avait parue enchantée à l'idée de lui apporté son expérience et son soutien dans cette tâche quand elle lui en avait fait la proposition mais il ne pensait pas qu'elle y mettrait autant de zèle.

Blair nota le mécontentement de son futur époux. Elle comprenait qu'il se soit fait un sang d'encre, elle n'était pas la seule à cogiter et s'il lui avait fait un coup pareil, elle lui aurait certainement fait payer très cher.

- Nous allons bien, affirma-t-elle.

Elle posa un main sur sa pommette et il ferma les yeux, resserrant son étreinte. Elle sut qu'elle avait gagné et frôla ses lèvres avec sensualité.

- Pardon de ne pas avoir vérifier mon téléphone avant de quitter l'atelier. Je ferai plus attention la prochaine fois.

- La prochaine fois  ? Blair, tu es enceinte et tu ne vas pas faire un marathon dans tout Manhattan sur des talons de huit centim ...

- Tu m'as fait promettre de ne pas m'occuper de l'organisation du mariage. Je peux au moins avoir mon mot à dire sur notre future demeure, le coupa-t-elle.

- Bien entendu, s'irrita-t-il à nouveau. Cependant je veux que tu te reposes, tu te démènes déjà bien assez comme ça à Waldorf Design et ...

- Il nous faut tout de même un endroit où vivre après le mariage et étant donné que tu te charges déjà de tout orchestrer pour la cérémonie, je peux parfaitement prendre ça en main. De plus, je n'ai pas couru dans toute la ville. Ta mère m'a d'abord montré ce qu'elle avait trouvé sur le net avant que nous ne nous rendions sur place pour en visiter deux ou trois, toutes dans Park Avenue. Je ne prendrais pas de risque en ce qui concerne le santé de notre enfant, le rabroua-t-elle, une lueur de colère au fond de ses prunelles noisette.

Pensait-il qu'elle était complètement inconsciente  ?

Cette fois, c'est lui qui s'excusa. La dernière chose qu'il souhaitait c'était la culpabiliser.

- Pardon, ce n'est pas ce que je voulais dire. Je sais que tu ne ferais rien qui puisse nuire à ta grossesse. Je veux juste vous protéger et j'ai bien cru devenir fou sans aucune nouvelle depuis deux heures. J'ai appelé Arthur mais il m'a dit que tu l'avais envoyé faire une course et qu'il devait repasser te prendre là où il t'avait laissée, quelque part entre la soixante huitième et la quatre-vingts cinquième vers 18h30. Tu ne répondais pas à mes appels ni à mes textos et Serena ne savait pas où tu étais passée. Dix milles scénarios catastrophes me sont passés par la tête. J'ai dû me faire violence pour ne pas appeler chaque hôpital de la ville.

La lueur de ressentiment s'estompa dans les iris de la jeune femme pour faire place à une flamme d'amour intense. Elle se suspendit un peu plus à son cou et l'embrassa tendrement.

- Tout va bien. Nous allons bien, répéta-t-elle pour le rassurer encore.

Il posa son front contre le sien. Elle était là maintenant, dans ses bras. Ils allaient parfaitement bien. Il déposa un baiser sur le bout de son nez et passa sa paume sur son ventre. Tout irait bien.

- La dernière maison est vraiment magnifique et je suis certaine que tu l'adorerais toi aussi. Les pièces sont spacieuses et très lumineuses. Il y a une vue superbe sur le parc, reprit la brunette en faisant sa petite moue d'enfant capricieuse.

- Visiblement tu es tombée sous le charme de cette bâtisse, remarqua Chuck.

- Mmm, susurra-t-elle. Il y cinq chambres potentielles et une véranda où pleut le soleil. Et une très belle pièce où tu pourrais faire ton bureau ...

- Parle-moi, plutôt de la chambre principale, est-ce qu'elle est grande  ? marmonna-t-il dans le creux de son cou.

Elle pouvait sentir le petit sourire en coin qui s'affichait sur ses lèvres, contre sa peau tendre.

- Immense, renchérit Blair tout en lui mordillant l'oreille.

- Madame votre mère vous attend dans le salon, leur rappela soudain la Polonaise en poussant la porte de la cuisine.

- Timing toujours parfait Dorota  ! grogna Chuck en s'éloignant de sa belle à contre-cœur avant de jeter un regard courroucé à la fidèle domestique.

- Viens, je parie que tu vas être emballé, s'excita d'avance sa fiancée en le tirant par la main pour quitter la pièce.

*****




katido  (05.06.2013 à 21:27)

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