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Série : NCIS
Création : 29.08.2007 à 18h49
Auteur : dineka38
Statut : Terminée
« Fic' trouvée sur ncis-bluelight. Ecrite par JuliannaAlemara. » dineka38
Cette fanfic compte déjà 120 paragraphes
Si tous les agents du NCIS étaient sur le terrain, Abby Sciutto n’en était décidément pas une. Ca faisait une vingtaine de minutes qu’elle tournait en rond dans son labo, se demandant comment elle allait aborder la directrice Shepard. D’habitude, elle était relativement à l’aise avec Jen. Mais là, Gibbs l’avait chargée de son interrogatoire. Lui, qui tenait à interroger tous les suspects personnellement, lui confiait à elle, l’interrogatoire de la directrice de leur agence ! Bien sûr, c’était une grande marque de confiance de la part de son ami, elle en était pleinement consciente, mais la situation la mettait très mal à l’aise.
« Toujours rechercher le pardon plutôt que demander la permission », lui avait rappelé Gibbs. Elle l’avait interprété de la façon suivante : Gibbs voulait qu’elle interroge la directrice Shepard, mais sans réellement l’interroger. En somme, il ne voulait pas qu’elle soit impartiale … et puis, de toute façon, Gibbs savait parfaitement qu’elle serait incapable de le rester.
Dans l’espoir de se donner un peu de courage, la jeune laborantine ouvrit un tiroir et en sortit une photo … qu’elle avait coutume d’appeler une photo de famille. On pouvait y voir Gibbs l’enlaçant tendrement, comme l’aurait fait un père envers sa fille. Elle se souvenait de cet instant comme si c’était hier. C’était le jour de l’anniversaire de Gibbs. Lui qui était si gentil avec elle, chaque année, le jour de son anniversaire, elle avait eu envie de lui renvoyer l’ascenseur. Ils étaient allés faire un tour dans un port, en pleine nuit. Abby avait loué un petit voilier pour 24h. Elle savait que son ami adorait la mer. Pour construire un bateau dans son sous-sol, il fallait même être un sacré mordu. Ils étaient montés à bord, et avaient passé la nuit là, rien que tous les deux, à parler… juste parler, mais c’était la première fois où Gibbs lui était apparu fragile ; la toute première fois, elle ne l’oublierait jamais, JAMAIS !
Un petit sourire était né sur les lèvres d’Abby. Ayant retrouvé un soupçon de courage, elle rangea la photo dans le tiroir d’où elle l’avait sortie, et se dirigea d’un pas décidé vers le bureau de la directrice Shepard. Après tout ce n’était qu’un mauvais moment à passer ! se répétait-elle sans cesse.
- Est-ce que la directrice est dans son bureau ? demanda la gothique à la secrétaire de Jenny.
- Oui, mais elle a demandé à ne pas être dérangée, lui répondit poliment l’intéressée.
- Pourriez-vous l’appeler et lui dire que c’est Abby Sciutto qui souhaite la voir … de la part de l’homme chargé d’une enquête la touchant de très près ? insista la jeune femme.
La secrétaire sembla hésiter un instant, puis se résolut à décrocher le combiné. Quelques minutes plus tard, le téléphone sonnait dans le bureau de Jenny.
Celle-ci se leva de la petite banquette et décrocha précipitamment le téléphone.
- Sarah, je …
…………………….
- Bien sûr, faites la entrer, je vous prie. Merci.
La secrétaire fit un léger signe de tête à Abby. Le dernier espoir de la jeune femme s’envola alors. La directrice avait accepté de s’entretenir avec elle. Désormais, il était donc vain d’espérer remettre ça à plus tard. Elle devait y aller, elle ne pouvait plus reculer.
En s’efforçant de prendre un air professionnel, ce qu’elle détestait faire, elle pénétra dans l’antre de Jen Shepard.
- Bonjour madame, lança Abby sur un ton faussement enjoué.
Elle était consciente que sa voix était un peu trop hésitante pour tromper la directrice, mais tant pis, elle ne pouvait pas revenir en arrière. C’était au-delà des capacités de SuperAbby !
Pour toute réponse, Jenny adressa un maigre sourire à sa jeune subordonnée et l’invita à venir s’asseoir près d’elle sur la banquette. Obéissante, Abby s’exécuta.
Un silence pesant s’installa dans la pièce. La jeune laborantine ne savait pas mener un interrogatoire, ça ne faisait pas partie des ses fonctions ! Elle, tout ce qu’elle avait toujours eu à savoir, c’était qu’il ne fallait jamais interrompre Gibbs au cours de l’un d’entre eux.
- Ecoutez, je … Gibbs m’a demandé de vous interroger mais je …
- Mais vous n’avez jamais mené d’interrogatoire de toute votre vie, acheva tranquillement Jen.
La jeune femme acquiesça silencieusement.
- Pourtant, vous vous en sortez plutôt bien, ne put s’empêcher de remarquer Shepard, un triste sourire au coin des lèvres.
Abby ne savait pas quoi penser de cette remarque. Mais, au moins, ça avait redonné un semblant de sourire à la directrice, c’était toujours ça de gagné.
- Vous savez, Abby, commença Jen, si Gibbs avait voulu un interrogatoire en règle, il ne vous aurait pas envoyée.
L’intéressée en resta bouche bée. Comment la directrice avait-elle su que …
Comme si elle lisait dans ses pensées, celle-ci poursuivit :
- N’oubliez pas que c’est l’agent Gibbs qui m’a formée, Abby. Je le connais, je connais ses méthodes. Mais je vais tenter de vous faciliter la tâche. Je vais vous dire ce qui me vient à l’esprit, les réponses aux questions que Jethro m’aurait certainement posées. Cela vous convient-il ?
Abby acquiesça. C’était une occasion inespérée pour elle qui ne savait guère comment débuter cet interrogatoire.
- Bien. Lydia Shepard est ma nièce. Sa mère, ma sœur, Sarah, l’a élevée seule. Il fallait bien puisque le père de Lydia a fichu le camp avant même qu’elle ne vienne au monde. J’ignore son identité, Sarah n’a jamais voulu m’en parler. J’ai essayé d’être présente au maximum pour Sarah et Lydia, et j’y arrivais plutôt bien, malgré un travail assez prenant … jusqu’à ce que Jethro prenne en charge ma formation. Il m’a clairement fait comprendre qu’être agent du NCIS, ce n’était pas seulement un travail, mais toute notre vie. Peu à peu, j’étais tellement submergée de travail _ vous le connaissez, il lui faut toujours des réponses tout de suite, immédiatement ! _ que j’ai délaissé ma famille. Je n’ai plus eu que très peu de temps à consacrer à Sarah et Lydia. Et finalement, quand Jethro et moi avons commencé à entretenir une relation …
- Ne vous fatiguez pas à chercher le mot approprié, sourit Abby, malgré tous les efforts que, tous les deux, vous avez fait pour le cacher, les trois quarts de l’équipe ont compris depuis longtemps ce qu’il y avait entre vous et Gibbs.
L’intéressée adressa à la laborantine un sourire gêné, mais poursuivit tout de même :
- Là, je n’ai plus vu ni parlé à Sarah pendant près d’un an. Nous n’étions pas fâchés, ni même en froid mais … voilà, nos routes s’étaient séparées sans que nous ne nous en rendions réellement compte. Après, quand je me suis séparée, autant sur le plan professionnel que sur le plan personnel, de l’agent Gibbs, je me suis de nouveau rapprochée de Sarah et Lydia. Maintenant, je les vois de temps à autres. Lydia n’est pas une fille facile, elle a souvent fugué, mais elle rentrait toujours le soir, quand elle ne savait pas où dormir. Et, tout à l’heure, quand elle m’a appelé, j’ai voulu me persuader que c’était encore une de ses fugues, mais je n’y croyais pas vraiment. Elle m’a dit de dire à Sarah qu’elle l’aimait, ça ne collait pas.
Abby ne put réprimer un petit rire.
- Agent du NCIS jusqu’au bout, lâcha-t-elle.
Son interlocutrice acquiesça. Tout le temps où elle avait parlé à Abby de Sarah et Lydia, elle avait tâché de retenir ses larmes. Elle ne voulait pas pleurer devant elle, elle ne voulait pas la mettre dans une situation délicate vis-à-vis de Gibbs.
Néanmoins, elle finit par craquer. Une larme roula sur sa joue, puis une seconde. Elle tenta de les essuyer d’un revers de main, mais Abby avait tout vu. Elle n’était pas agent, juste rat de laboratoire, mais elle savait décrypter les comportements de Gibbs, et c’était un peu la même chose avec Jenny.
En un simple coup d’œil, Abby pouvait déceler toutes les traces que Gibbs avait laissées en Jen. Non seulement, il y avait ce regard glacial, ce ton froid et impersonnel, mais aussi son comportement face aux difficultés : Jenny était comme Gibbs, elle ne cherchait pas à les esquiver, au contraire, elle se préparait sans relâche à les affronter. La force qui émanait d’elle, c’était également la même que celle de Gibbs. Tout en elle lui rappelait l’homme à qui elle tenait tant, l’homme qui lui apportait sa boisson préférée, qui lui déposait de temps à autres un baiser sur le front … l’homme qui s’était forgé une carapace d’acier pour se protéger, mais qui était incapable de se protéger de lui-même et de ses sentiments.
- Vous lui ressemblez beaucoup, lâcha Abby.
- Pardon ? demanda Jenny, interloquée.
- A Gibbs ! Vous lui ressemblez énormément. Lui aussi veut toujours paraître fort, même quand il n’a besoin que d’une chose : être réconforté.
Pour la première fois depuis le début de cet ‘entretien’, la directrice rit franchement. Mais elle reprit son sérieux pour répondre à la laborantine.
- Oui, vous avez probablement raison. Et Gibbs chercherait seul à découvrir ce qui s’est passé si quelqu’un de son entourage était affecté. Je vais essayer de trouver des informations, je suis la tante de Lydia, j’éveillerai moins les soupçons que lui. S’il vous plait, Abby …
- Je ne mentirai pas à Gibbs, trancha-t-elle.
Elle laissa passer quelques secondes avant d’ajouter :
- … néanmoins s’il ne me pose pas la question, je ne lui dirais rien.
Sur ce, elle tenta de réconforter la directrice, puis tourna les talons.
Tandis que Tony et Ziva rentraient au Q.G. du NCIS avec la fourgonnette, McGee se trouvait dans la voiture de Gibbs, en compagnie du propriétaire bien entendu. Les deux hommes n’avaient pas échangé un mot depuis le départ de la scène de crime, mais cela n’avait rien d’exceptionnel. En dehors des enquêtes, Gibbs parlait toujours très peu. Pourtant, ce fut lui qui rompit le silence :
- McGee !
- Euh … oui patron ! bredouilla l’agent.
- Ne parlez de cela à personne ! se contenta d’ordonner Jethro.
- Euh … de quoi ne suis-je pas censé parler, patron ?
L’intéressé laissa échapper un petit soupir avant de répondre :
- De ce que nous avons fait avant d’aller sur la scène de crime. Pour tout le monde, nous nous sommes rendus chez Sarah Shepard pour l’interroger, mais il se trouve qu’elle était absente, c’est clair ?
- Euh … oui. Très clair patron.
- Bien.
Comme à l’accoutumée, l’agent Gibbs roulait particulièrement vite. De ce fait, McGee était bien trop occupé à redouter un accident pour penser plus en détails aux paroles de son supérieur. Les deux hommes arrivèrent au NCIS en un temps record … et en un seul morceau.
Aussitôt, Gibbs se dirigea vers le labo d’Abby, suivi de très près par son agent.
- Abby, tu as du nouveau ?
Cette question ressemblait plus à une affirmation, mais la laborantine y était habituée. Il faut dire aussi qu’elle avait presque toujours quelque chose en réserve pour satisfaire son ami.
- Oui, Gibbs. Je n’ai pas encore eu le temps de faire toutes les analyses, mais j’ai tout de même pu analyser la poudre.
- Ce n’est pas de la drogue, n’est-ce pas ? suggéra-t-il.
- Non ! C’est très … bizarre, lâcha Abby.
McGee, qui, jusque là, était resté en retrait, ne put s’empêcher de s’étonner :
- Il y a encore des choses que, TOI, tu arrives à trouver bizarre ?
Son supérieur s’apprêtait à le fusiller du regard, mais Abby, qui était comme toujours d’une énergie débordante, ne lui en laissa guère le temps.
- Eh oui, McGee. Je ne cesserai jamais de t’étonner ! répondit-elle sur un ton digne d’un super héros de cinéma.
- Abby, soupira Gibbs.
- Bon, bon d’accord … attention, tu es prêt …
Jethro ne put s’empêcher de la rappeler une seconde fois à l’ordre, lui intimant au passage que si elle voulait faire le plein, il fallait qu’elle lui fournisse des informations.
- C’est de la poudre résultant d’un tir, n’est-ce pas ? finit-il par demander.
- Tu es trop fort ! répondit la jeune gothique, très enthousiaste.
Satisfait, Gibbs quitta la pièce. Néanmoins, il y revint quelques secondes plus tard pour payer Abby en nature. Ni une ni deux, celle-ci s’empara de sa boisson favorite, adressant à Gibbs un sourire radieux.
Sur ce, Jethro demanda à McGee les relevés téléphoniques de Sarah Shepard, relevés que bien entendu, « le bleu » n’avait pas encore en sa possession. Néanmoins, il comprit le message : Gibbs voulait être seul avec Abby, alors il le renvoyait implicitement à son bureau … enfin, plus ou moins implicitement !
- Je m’en occupe tout de suite, patron ! bredouilla-t-il avant de disparaître dans le couloir.
Gibbs resta un moment en retrait, silencieux, observant Abby travailler. La jeune femme n’en laissait rien paraître, pourtant quelque chose avait changé. Jethro le savait, et il avait même une petite idée de ce dont il s’agissait. Il s’approcha doucement de la laborantine et posa ses deux mains sur les épaules de son amie, l’obligeant à le regarder dans les yeux.
- Comment s’est passée ta première fois ? demanda-t-il finalement.
Un petit sourire gêné apparut sur les lèvres d’Abby. Voir Jen Shepard aussi désemparée lui avait fait de la peine, mais elle ne pouvait pas en faire part à Gibbs, du moins pas pour le moment. Elle pourrait lui en parler quand toute cette histoire serait terminée, mais d’ici là, elle allait devoir garder ses sentiments pour elle. Son ami n’était pas insensible, bien au contraire, mais avec sa maudite carapace, et elle ne voulait pas être responsable de sa destruction intérieure, oh ça non !
- Gibbs, elle n’aurait jamais fait ça à sa nièce. De toute évidence, elle l’aimait, lâcha-t-elle enfin.
L’intéressé acquiesça silencieusement. Visiblement, ce n’était pas la réponse à laquelle il s’attendait, mais il ne fit aucune remarque à ce sujet.
- Ce n’est pas parce qu’elle l’aimait qu’elle n’est pas responsable de sa mort, la contredit-il.
- Elle était avec toi, Gibbs, quand ça s’est produit.
- Je sais, répondit posément son ami, mais ça ne change rien.
Sur ce, il tourna les talons, définitivement cette fois. De retour dans l’open space, il alla se placer derrière McGee, et lui demanda … ou plutôt exigea les relevés téléphoniques qu’il lui avait réclamés un peu plus tôt.
- Euh, patron, on vient de me les faxer, je n’ai pas encore eu le temps de regarder …
- Faites-le ! trancha son supérieur.
Un peu plus loin, Tony et Ziva venaient brusquement de cesser de se chamailler. Et pour cause, le sujet du moment n’était autre que les trois ex-femmes de Gibbs. Ils espéraient que leur chef n’avait rien entendu, et celui-ci sembla leur confirmer que c’était le cas.
- Du nouveau ? demanda-t-il sèchement.
- Oui, patron ! s’exclama Di Nozzo, fier comme un paon. Je me suis penché sur les relevés bancaires de Lydia Shepard, elle a reçu un versement de vingt millions de dollars !
- Quand ? questionna l’intéressé.
- Euh, c’est là que ça pêche, patron. Il y a à peine un quart d’heure.
Entre temps, le téléphone de l’officier David avait sonné.
- ……………..
- D’accord, merci beaucoup. Tenez vous à la disposition du NCIS, nous aurons peut-être besoin d’autres informations.
Sur ce, elle raccrocha.
- C’était la banque, justement, annonça-t-elle. Ils nous apportent les caméras de vidéo surveillance. Le type qui était au guichet se souvient de la personne qui a fait le virement. Il a affirmé qu’il avait une profonde entaille au côté gauche mais, quand il lui a proposé de l’aide, le gars a refusé.
- Son nom ! exigea Gibbs.
- C’est un mystère, avoua Ziva. A aucun moment, il n’a mentionné son identité, et il semblait nerveux.
- Patron, j’ai trouvé quelque chose de bizarre, intervint Timothy.
Gibbs posa son regard glacial sur le jeune agent, attendant davantage de précisions.
- Lydia Shepard a appelé à sept reprises le même numéro, rien que dans la journée d’hier.
- Et c’est le numéro de … demanda Jethro.
- Moira Sanders.
- Vous avez son adresse ?
- Euh oui, patron …
Il n’eut guère le temps d’énoncer l’adresse que Gibbs l’avait déjà lue sur l’écran de l’ordinateur.
- Di Nozzo, on y va. Ziva et McGee, allez à la banque et interrogez …
- … le type du guichet, interrompit Ziva. On est partis !
Alors que la jeune israelienne allait pénétrer dans l’ascenseur, Gibbs crut bon d’ajouter :
- Aucune de mes ex-femmes n’était mannequin !
Tony et Ziva échangèrent un regard entendu. Oups ! Il avait surpris leur conversation, on dirait.Il ne fallut pas beaucoup de temps à Gibbs et Tony pour arriver chez Moira Sanders. Non seulement ce n’était pas loin, mais, en plus de cela, Gibbs était une fois de plus le chauffeur. Après dix minutes à peine de route, celui-ci stoppa sa voiture devant un pavillon.
Il n’était certes pas bien grand, mais la façade blanche était plutôt jolie. Une allée de cailloux passait en ligne droite à travers le jardin, menant à la porte d’entrée. Un Saint-Bernard était couché près de la niche, attaché à une corde. Néanmoins, en voyant les deux compères arriver, il ne put résister à l’envie de courir vers eux, la corde étant suffisamment longue.
Face à ce chien imposant qui lui était inconnu, DiNozzo ne put s’empêcher d’avoir un mouvement de recul, s’attendant à ce que la bête se jette sur lui. Mais, contrariant, celle-ci n’en fit rien et se contenta de stopper net devant Gibbs, lui donnant un léger coup de museau sur le dos de la main. L’agent esquissa un sourire face à la réaction de son ami. Il s’accroupit près du chien et le gratifia d’une caresse, avant d’adresser un regard lourd de sens à Tony.
- Mais je ne pouvais pas savoir, patron ! se défendit le jeune homme.
- On a une enquête à mener, se contenta de répondre l’intéressé sur un ton égal.
Sur ce, il se dirigea vers la porte et toqua une seule fois.
Au grand étonnement des deux agents, la porte s’ouvrit presque instantanément sur une femme d’une trentaine d’années aux cheveux bruns. Dès qu’elle vit ses deux visiteurs brandissant les insignes d’une agence qu’elle ne connaissait pas, de la surprise se peignit sur son visage mince.
- Agents spéciaux Gibbs et DiNozzo, NCIS !
- Le service d’enquêtes criminelles de la marine, crut bon d’ajouter Tony.
- Vous êtes Moira Sanders ? demanda Jethro.
L’intéressée resta quelques secondes bouche bée, avant de répondre :
- Non, Moira est ma fille, elle n’a pas d’ennuis n’est-ce pas ?
- Pour autant que nous le sachions, non madame, répondit poliment Gibbs. Pourrions-nous lui parler s’il vous plait ?
- Oui bien sûr, mais … pourquoi ?
Gibbs réfléchit à toute allure. Il ne pouvait pas dire à cette femme qu’une personne étant peut-être amie avec sa fille, venait de se faire assassiner, et puis de toute façon il était hors de question de justifier devant elle la présence du NCIS pour une enquête des plus banales.
- Nous voudrions juste lui poser quelques questions sur une personne qu’elle connaît probablement.
- C’est quelqu’un de dangereux ? demanda-t-elle. S’il vous plait, est-ce que ma fille craint quelque chose ?
- Pour le moment, rien ne l’indique, madame Sanders.
L’intéressée émit un petit soupir de soulagement avant de s’écarter afin de laisser entrer les deux agents.
- Installez-vous, les invita-t-elle. Je vais appeler Moira. Vous désirez boire quelque chose ?
A la réponse de ses deux ‘invités’, elle en conclut qu’ils étaient pressés et monta la première marche d’un escalier pour appeler sa fille.
Moira descendit quelques minutes plus tard, ayant l’air plutôt ennuyée que sa mère l’ait interrompue dans ses occupations. Néanmoins, son attitude changea quand elle aperçut la mine grave de Gibbs et Di Nozzo.
- Bonjour, dit-elle timidement.
C’était une jeune femme qui devait avoir à peu près le même âge que Lydia. Elle avait des cheveux mi-longs, bouclés. Ses yeux étaient d’un bleu intense… « exactement comme ceux de Gibbs » ne put s’empêcher de penser Tony. Elle était vêtue d’un simple jean et d’un chandail bleu foncé.
Mme Sanders présenta à sa fille les deux agents et leur exposa la raison pour le moins évasive de leur visite.
- De qui s’agit-il ? demanda Moira.
L’expression de son visage avait, une fois de plus, changé. En effet, la surprise de la jeune femme avait laissé place à une profonde inquiétude, ce qui n’échappa pas à l’agent Gibbs. Mais il la comprenait, à sa place sa réaction aurait probablement été la même. Cette inquiétude et cette nervosité ne la désignaient pas forcément comme la coupable, c’était une attitude courante chez les personnes qu’il interrogeait.
- De Lydia Shepard, annonça Jethro.
On ne pouvait distinguer aucune compassion dans son ton, mais il n’y avait ni irritation ni impatience dans sa voix. Ce n’était pas le Gibbs glacial auquel étaient sans cesse confrontés ses subordonnés, à cet instant il semblait être un homme comme les autres.
- Maman, tu peux nous laisser s’il te plait ? demanda Moira.
L’intéressée sembla quelques peu récalcitrante, mais finit par quitter la pièce.
- Je suis à côté si …
- Si votre fille répond honnêtement à nos questions, il n’y aura aucun soucis, la rassura l’agent Di Nozzo.
- Entendu.
La jeune femme attendit d’être certaine que sa mère ait quitté la pièce avant de demander aux agents :
- Que se passe-t-il ?
- Connaissez-vous Lydia Shepard ? demanda Gibbs.
- Oui, c’était ma meilleure amie au lycée. On est un peu moins proches maintenant, mais on s’appelle encore régulièrement. Pourquoi ?
Jethro laissa passer quelques secondes. Même après des années, ce moment d’une enquête lui déplaisait toujours autant, mais ça faisait partie du métier.
- Elle est morte, lâcha-t-il sur un ton qui se voulait très officiel.
- Oh non !
La jeune fille se laissa tomber sur le canapé derrière elle, une main sur la bouche. Des larmes commencèrent à rouler sur ses joues. Elle semblait réellement traumatisée par ce qu’elle venait d’apprendre, ce qui ne laissa pas Gibbs indifférent. Mais il ne pouvait rien montrer, il ne pouvait pas se montrer gentil car, si jamais il devait se charger de son interrogatoire par la suite, il ne pourrait jamais avoir sur elle l’ascendant nécessaire aux aveux.
- Toutes nos condoléances, intervint Tony.
- Je … je ne l’ai pas prise au sérieux quand elle disait … si j’avais su …
- Est-ce que vous pourriez être plus claire s’il vous plait ? demanda alors Gibbs d’une voix relativement douce.
Moira acquiesça et tâcha de sécher ses larmes pour être en mesure de répondre correctement à l’agent qui lui faisait face.
- Il y a de cela quelques semaines, commença-t-elle d’une voix un peu plus posée, Lydia a commencé à dire qu’elle avait l’impression d’être suivie. Au début, je ne l’ai pas prise au sérieux mais …
- Quelque chose a changé ? l’encouragea Gibbs.
L’intéressée hocha la tête avant de poursuivre :
- J’ai commencé à recevoir des coups de téléphone étranges. C’était une voix masquée.
- Et que disait cette voix ? demanda Tony.
- Des choses horribles … des choses que soit disant il allait faire à Lydia. C’était toujours une version différente, mais toutes aboutissaient à sa mort.
- Vous avez dit « il », remarqua Gibbs. Comment savez-vous que c’est un homme ?
La jeune femme le dévisagea un instant avant de répondre, comme si elle cherchait à cerner l’agent qui était en face d’elle. « Si elle savait … » songea Tony avec amusement.
- J’ignore si c’est un homme, mais ces paroles … je ne sais pas … dans mon esprit, je n’arrive pas à imaginer une femme dire de telles choses.
Les deux agents la remercièrent d’avoir répondu à ses questions et lui demandèrent de rester à leur disposition en cas de besoin.
- Une dernière chose, lui intima Gibbs, soyez prudente. Verrouillez tout quand vous êtes seule chez vous, ne sortez jamais seule. Et si cette personne vous contacte de nouveau, nous ne vous avons jamais rendu visite.
La jeune femme acquiesça. Il lui avait fait peur, et il le savait, mais c’était la seule solution. Dans ce genre de situations, il avait appris à ses dépens que la paranoïa était la meilleure protection qui soit !
Puis, les deux complices prirent congés. Alors que Gibbs s’apprêtait à ouvrir la portière de sa voiture, le téléphone sonna.
- Gibbs ! grogna l’agent.
.............................................
- Jen, tu n’as pas à intervenir dans cette enquête, s’énerva-t-il.
…………………………….
L’expression de Gibbs changea instantanément. Un éclair de panique passa dans ses yeux. Il disparut vite mais ça n’avait pas échappé à Tony pour autant.
- Entendu, ne bouge pas de ton bureau, j’arrive immédiatement.
Sur ce, il raccrocha.
- On rentre au NCIS ? demanda Tony.
Le silence lui répondit. L’agent Di Nozzo doutait même que son supérieur ait entendu la question. Il ne l’avait jamais vu comme ça, il avait l’air tellement nerveux. Il fallait bien l’avouer, Gibbs n’était pas calme par nature, mais d’habitude c’était quelqu’un de relativement posé, sûr de ce qu’il faisait. Or, là, il donnait l’impression d’être totalement ébranlé, jusqu’au plus profond de son être.
Tout le trajet se déroula dans le silence le plus complet. Exceptionnellement, Tony ne cherchait pas à taquiner son patron. En dépit des années de coups sur la tête et de sermons en tout genre, il considérait Gibbs comme un ami. Si l’heure était grave pour lui, alors il le soutiendrait, quoi qu’il advienne.
Quand ils arrivèrent au NCIS, Jethro n’attendit même pas son agent. Il monta l’escalier qui menait au bureau de la directrice, et entra en trombe, malgré les protestations de la secrétaire.
Un instant, il s’arrêta net, sous le choc. Que venait-il de voir ? A ce moment précis, il était encore le seul à le savoir, même si cela ne durerait pas.
Le bureau de la directrice était méconnaissable. Il y avait du sang partout sur la moquette et sur les murs … du sang frais de toute évidence. Tout semblait avoir été saccagé : des papiers administratifs tâchés jonchaient le sol ça et là, les tiroirs avaient été arrachés du bureau pour aller s’écraser à divers endroits de la pièce. L’écran d’ordinateur avait volé en éclat au pied d’un mur. A côté, la lampe semblait tordue comme un serpent. La banquette avait été retournée.
L’agent spécial Gibbs n’en croyait pas ses yeux. Comment était-ce possible ? L’immeuble était truffé d’agents spéciaux, il y avait un portail de détection des métaux par lequel devait passer toute personne n’étant pas agent. Comment quelqu’un avait-il pu entrer dans cette forteresse ? Et même, en entrant, comment cette personne avait-elle pu pénétrer dans le bureau de la directrice ? Mais ce n’était pas l’absence de réponse à toutes ces questions qui lui causait le plus de soucis, oh non ! Il y avait une autre interrogation, une qui le rendait fou : où était Jen ? Il se remémora leur conversation téléphonique.
- Gibbs !
- Jethro, c’est moi. Est-ce que …
Il l’avait aussitôt interrompu :
- Jen, tu n’as pas à intervenir dans cette enquête !
- Je sais Jethro, mais … j’ai besoin de toi. Je … il faut que j’y aille, je … je suis désolée.
Ces derniers mots l’avaient frappé « je suis désolée ». De la bouche d’un civil ordinaire, il aurait presque pu trouver ça naturel, mais pas venant d’elle. Il l’avait formé, et elle lui avait clairement fait comprendre à maintes reprises qu’elle continuait à suivre ses règles … parfois elle les avait même retournées contre lui pour obtenir ce qu’elle voulait. Alors, Jen lui dire qu’elle était désolée, non il avait aussitôt compris que quelque chose n’était pas normal. Il lui avait dit de ne pas bouger de son bureau, qu’il arrivait, mais il ne savait même pas si elle l’avait entendu avant de raccrocher.
Pourquoi n’avait-il rien remarqué ? Pourquoi n’avait-il pas perçu une différence d’intonation trahissant les ennuis que Jen pouvait avoir ou … D’accord, il ne pouvait pas trouver de différence d’intonation parce qu’il n’y en avait pas, elle avait toujours su garder son sang froid mais … Non, il aurait du comprendre avant qu’elle ne lui dise ces mots, il aurait du comprendre avant que …
Non, la peur ne devait pas s’emparer de lui, et ce n’était pas non plus le moment d’avoir des remords. Ce qui était fait était fait, maintenant il fallait agir. Il devait retrouver Jenny et il ne pourrait le faire qu’en se comportant en agent du NCIS qui traite une affaire comme une autre.
L’agent Gibbs allait enfiler ses gants quand un bruit lointain retentit. De toute évidence, il se passait quelque chose en bas. Il laissa donc ses gants dans ses poches et s’apprêtait à courir vers le bruit, quand son portable sonna.
Ducky procédait à l’examen externe un peu plus détaillé de Lydia Shepard, en compagnie de son assistant cette fois.
- Selon toi, quelle est la cause de la mort, M. Palmer ? interrogea-t-il sur le ton bienveillant qui lui était coutumier.
- A en juger par les marques sur le cou de la victime, je dirais strangulation, docteur.
- Pourtant, il n’en n’est rien, protesta Ducky.
Face à l’incompréhension de son assistant, il expliqua :
- Regarde mieux les marques en question, M. Palmer. Elles commençaient à disparaître, ça n’aurait pas été le cas pour une mort par strangulation. Non, elle avait déjà ces marques plusieurs jours avant sa mort.
Puis, s’adressant à la malheureuse victime :
- Ne vous inquiétez pas mademoiselle, on va s’occuper de vous. Ces vilaines marques ne seront bientôt plus qu’un mauvais souvenir. Mais il serait très aimable à vous de nous aider un peu.
Sur ce, il demanda divers instruments à son assistant et se mit au travail, tout en bavardant.
- Au fait, M. Palmer, l’agent Gibbs s’est étonné de ton absence ce matin, lança-t-il sur le ton d’une conversation amicale.
- Oh ! s’étonna Jimmy. Pourtant, d’habitude j’ai plutôt l’impression d’être transparent.
L’intéressé ne put réprimer un sourire. Il ne pouvait pas nier que Jethro ne faisait pas vraiment de démonstrations d’affections à M. Palmer, mais Jimmy ne semblait pas avoir conscience que ça pourrait être bien pire …
- Quoiqu’il en soit, il semblerait que cette vilaine allergie se soit estompée, c’est bien l’essentiel, n’est-ce pas M. Palmer ? poursuivit malicieusement le légiste.
- Euh oui, oui. Ca n’a pas duré très longtemps, mais je ne voulais pas vous mettre en retard alors …
S’il ne voulait pas le mettre en retard, comme il s’amusait à le prétendre, alors il aurait fallu qu’il ne fut jamais là, ou tout du moins jamais au volant, songea le Docteur Mallard, un sourire ironique naissant sur ses lèvres.
- Qu’y a-t-il Docteur ? demanda Jimmy, visiblement mal à l’aise.
- Rien, rien M. Palmer. J’étais juste en train de me demander … cette allergie … à quoi est-elle due ?
Jimmy commença à perdre pied. Etait-il possible que le Docteur Mallard ait deviné qu’il ne souffrait d’aucune allergie ? Pourtant, il avait bien veillé à paraître mal en point, ce matin là, au téléphone. Mais non, il ne savait probablement rien, simplement le Dr Mallard était d’une nature curieuse et très bavarde donc forcément …
- A un fruit tropical que ma tante m’a ramené d’un voyage, j’ai eu envie d’y goûter ce matin en guise de petit déjeuner… et ça ne m’a pas réussi.
- Ah oui vraiment ? Il paraît pourtant que beaucoup de fruits tropicaux inconnus dans notre pays ont un excellent goût et des effets très bénéfiques sur notre organisme.
- Ah ! Je l’ignorais. En tout cas, pas sur le mien, ça c’est certain, se força à plaisanter le jeune assistant.
L’intéressé répondit par un petit rire de courte durée.
- Docteur, est-ce que je peux vous faire une confidence ? demanda Jimmy, prenant tout à coup un air très grave.
- Mais bien sûr, M. Palmer, répondit frénétiquement le légiste. Le temps que vous ne me dites pas que vous êtes un terroriste venu ici pour nous espionner, je peux tout entendre.
Jimmy lâcha un rire poli. Il allait confier son secret au Dr Mallard quand un grand bruit retentit.
- Qu’est-ce que c’était ? demanda Jimmy.
- Je n’en sais rien, répondit Ducky, mais je crois que je ferais mieux d’alerter Jethro.
Sur ce, le bon docteur joignit les gestes à la parole.
Gibbs sursauta. Le bureau de Jen saccagé, ce grand bruit, et maintenant Ducky qui appelait avant qu’il n’ait eu le temps d’aller voir ce qui se passait. Il espérait vraiment que son ami n’allait pas lui demander de venir le rejoindre, parce que sinon il verrait tout de suite que quelque chose clochait chez lui, et il n’était pas disposé à s’expliquer pour le moment.
- Qu’est-ce qui se passe Ducky ? demanda-t-il, réprimant à grand peine un soupir.
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- Oui, j’ai entendu, je m’apprêtais à aller voir. Je te tiens au courant, surtout ne bouge pas d’où tu es, Ducky.
Le médecin semblait sceptique à l’autre bout du fil, mais il accepta tout de même d’obéir à Jethro qui, satisfait, raccrocha et se dirigea vers le remue-ménage au pas de course.