Blois 1577.
- Josef ! Josef ! Viens vite le Roi arrive…
- Ma douce, je m’en fiche du Roi, reviens auprès de moi.
- Mais c’est le Roi !
- Et alors, moi aussi, je peux être ton Roi…. Ma douce Camélia, reviens.
Camélia ne peut s’empêcher de rejoindre son amant dans le salon bleu du château de Blois.
Josef mit les mains sur son corsage et chercha à défaire les boutons.
Camélia : Josef ! Non ! Si la Reine me trouve mal fagotée, elle va me renvoyer.
Josef : Mais tu es si appétissante !
Camélia : Allez laisse-moi, le Roi arrive et je dois préparer sa chambre…
A regrets, Josef retira ses mains et regarda la courtisane courir dans les couloirs. Il se dirigea en direction du fumoir rouge et s'installa sur l'un des nombreux sofas. Sur le petit guéridon à sa droite, il prit un cigare dans la boîte en ivoire. Il se mit à le caresser, le humer comme s’il s’agissait d’une belle demoiselle.
- Et bien mon ami, en voilà des manières de humer un cigare.
- Hugues, tu es déjà revenu de la chasse ?
Hugues : Oui, le Roi a reçu une missive. On est rentré plus tôt que prévu. Sans doute des mauvaises nouvelles…
Josef : Encore les protestants ?
Hugues : Je le crains. Le Roi essaie toujours de parlementer mais après le massacre de la Saint-Barthélémy, il y a 5 ans, c’est devenu plus difficile mon ami…
Josef, pensif : Certainement.
Hugues : Je ne te comprends pas, tu as l’air complètement désabusé par les histoires de la Cour…
Josef : Ah çà dépend des histoires…
Hugues : Je vois, celle des femmes t’intéresse plus. Et quelle est le nom de cette conquête cette fois-ci ?
Josef : La Comtesse Mathilde de la Bertrandrière.
Hugues : Mais voyons, elle est âgée à peine 17 ans !
Josef : Justement mon ami…. Justement…
Hugues : Josef ! Voyons ! Quel coquin es-tu donc ? C’est vrai qu’elle est belle, épanouie… Quand l’a revois-tu ?
Josef : Je lui ai envoyé une missive pour qu’elle me rejoigne ce soir à la Fontaine du Parc.
Hugues : Et elle t’a répondu…
Josef : Ah çà, tu ne le sauras pas mon cher…
Josef et Hugues quittèrent le fumoir et se dirigèrent vers la salle du trône où le Roi Henri III commença à prendre la parole.
Henri III : J’ai bien de mauvaises nouvelles. J’ai reçu une missive m’annonçant que Montpellier est assiégé par les protestants.
La foule se mirent à chuchoter. Les femmes se mit à crier et les hommes se regardèrent avec un air de vengeance dans les yeux.
Seul Josef, ne comprit pas une seule seconde ce qui venait de se passer. Il était obnibulé par une demoiselle aux courbes généreuses, blonde et à la peau laiteuse qui se tenait presque en face de lui.
La jeune femme, se sentant épiée, tourna la tête en quête des yeux inquisateurs.
Elle tomba sous le regard de Josef qui la dévora si intensément qu’elle ne put rougir.
valsacha (07.11.2007 à 23:05)
Hugues : Josef ! Que fais-tu ? Tu n’as pas entendu le Roi ?
Josef, pointa le menton en direction de la jeune fille.
Josef : Hugues, qui est cette ravissante damoiselle ?
Hugues : Ah elle, tout ce que je sais c’est qu’elle est arrivée depuis
peu de temps. Elle vient de Pologne, je crois… Josef, tu es incorrigible ! On va peut-être encore entrer en guerre avec les protestants et toi, tu remarques une femme.
Josef : Une belle femme ! Sois-en sûr, je la ferai mienne. Autant profiter de la vie et des plaisirs avant de trépasser sous les armes des protestants !
Hugues : Et tu oublies ton rendez-vous de ce soir avec la comtesse ?
Josef laissa parcourir son regard sur la jeune femme. D’abord, sur son décolleté légèrement échancré, ensuite sur sa taille fine et finalement sur ses chevilles à peine découvertes par son long jupon de soie. Il releva les yeux et fut étonné que la damoiselle le dévisage à son tour avec insistance. Elle lui adressa un petit sourire effronté et une lueur d’amusement apparut dans ses yeux.
Josef : Ne t’inquiètes pas mon cher. Tu sais bien que la gente féminine ne peut pas me résister.
Hugues : Quel vantard !
Josef et Hugues se mirent à rire. Soudain, ils changèrent vite leurs éclats de joie en une vilaine toux quand ils s’aperçurent que la foule les regardait avec dédain.
Le Roi sortit de la salle avec sa Cour et se dirigea vers le Parc du château.
Josef ne quitta pas des yeux celle qu’il avait convoitée. Il la suivit quelques mètres derrière elle. Elle se retourna en sa direction et chuchota dans l’oreille de son amie. Celle-ci se retourna aussi et les deux jeunes femmes se mirent à glousser.
Une fois dans le parc, Josef emprunta d’un pas décidé l’allée des peupliers jusqu’à la fontaine qui se trouvait au milieu de la roseraie du parc. Josef savait que ce lieu enchanté aux odeurs délicates plaisait aux nombreuses demoiselles qu’il avait déjà convolé.
Arrivée à la fontaine, elle vit une charmante jeune fille avec un air timide qui l’attendait.
Josef remarqua sa poitrine se gonfler certainement dû à une respiration rapide.
Josef : Comtesse, vous êtes venue. Je suis ravi. Enfin, vous avez répondu à une de mes missives.
Comtesse Mathilde : Josef, je suis juste venue vous dire d’arrêter. Si jamais ma mère voit l’une de vos lettres, elle m’enverra certainement au couvent.
Josef s’approcha de la Comtesse. Son odeur de femme, mêlée à celle de son parfum, lui montait à la tête et lui échauffait le sang.
Comtesse Mathilde : Josef ! Arrêtez ceci !
Josef : Mais je ne fais rien Comtesse…
Comtesse Mathilde : Josef, je ne veux pas être une de vos nombreuses prétendantes qui se pavanent à vos pieds. Je vous ai vu, tout à l’heure quand vous avez dévisagé la Comtesse de Swaroski.
Josef comprit tout de suite de qui elle parlait. Serait-il possible qu’elle la connaisse ?
Josef : Comtesse Swaroski ? Dîtes-moi en plus sur elle…
Comtesse Mathilde : Vous voyez bien. Vous vous fichez bien de moi. Faites attention Josef, cette femme est étrange. Elle est veuve et vous voyez comment elle se vêtit. Aucune femme de la Cour ne ferait pareil affront au souvenir de son mari.
Josef comprit. Il se remémora le sourire espiègle qu’elle lui avait lancé lorsqu’il l’avait scruté de la tête aux pieds. Enfin une femme qui se sentait libre dans sa tête. Une délicate rose, prête à être cueillie.
valsacha (09.11.2007 à 16:56)
Le Marquis de Kostantini se réveilla à l’aube, mais il resta pelotonné sous son édredon, redoutant le moment où il lui faudrait poser le pied sur le sol glacé de sa chambre. Finalement, ne pouvant plus reculer devant l’inévitable, il jeta ses couvertures et s’enveloppa dans une robe de chambre. En dépit de la pierre, de la brique et de son aspect de forteresse, le château de Blois était froid et plein de courants d’air. Il courut à vive allure sur le parquet pour rejoindre la cheminée et profiter de la misérable chaleur qu’elle avait conservée. Il appela la domestique.
Josef : Béatrice ! Béatrice ! Va mettre du bois dans la cheminée, on gèle ici !!
Béatrice arriva dans la chambre avec les bras remplis de bois qu’elle jeta aussitôt dans l’âtre.
Josef : Tu voudras bien aussi préparer mes habits. Je sors.
Béatrice : Bien, Monsieur le Marquis.
C’était la première fois que Josef était aussi sec et expéditif avec Béatrice. Elle ne releva pas cette attitude du Marquis et exécuta son ordre.
Une fois habillé, Josef alla s’asseoir à son bureau en acajou. Il prit une feuille de papier et trempa sa plume dans l’encrier. Il écrit une courte missive et apposa son cachet de cire en prenant soin de plier la feuille en plusieurs fois.
Josef : Béatrice ! Veux-tu bien dire à Jules d’apporter cette lettre à la Comtesse de Swaroski.
Béatrice : Bien Monsieur le Marquis !
C’était donc çà, Josef n’arrivait pas à oublier la Comtesse. Les mots de Mathilde de la Bertrandière résonnaient encore dans sa tête. La comtesse serait-elle une de ces nobles qui se moque des conventions ? Josef était toujours d’une humeur massacrante quand il n’obtenait pas ce qu’il voulait, surtout quand il s’agissait d’une femme.
Josef descendit les escaliers et se dirigea vers le perron. Un autre domestique lui ouvrit la porte principale. Dehors, le sol était recouvert d’une fine couche de neige. Josef remonta le col de son manteau et se dirigea vers les écuries.
Josef : Brr… Pourquoi je suis venu en France ? On se gèle dans ce pays. Quand je pense qu’à Florence, il doit faire un soleil de plomb !
Le Marquis de Kostantini était arrivé en France depuis l’été dernier. Il savait que son titre de noblesse lui ouvrirait les portes de la cour française.
Il connaissait le Duc Hugues de Vervins depuis 5 ans. Ils avaient navigué ensemble sur un bateau marchand qui servait à ravitailler Venise après que celle-ci céda à la Turquie, l’île de Chypre. Depuis, ils ne s’étaient jamais quittés et quand Hugues proposa à Josef de le suivre en France, Josef accepta.
Arrivé devant les écuries du château, un des nombreux palefreniers courut vers Josef.
Le palefrenier : Monsieur le Marquis, souhaitez-vous votre cheval ?
Josef : Biensûr que oui, je ne suis pas venu vous rendre visite dans votre écurie !
Le palefrenier ne releva pas non plus son attitude, sans doute était-il habitué à être malmené par les nobles qui habitaient le château.
Josef enfourcha son cheval et prit la direction de la demeure de Hugues.
Arrivé devant la grande bâtisse de son ami, il remit les rênes à un autre palefrenier et monta les marches du perron. Il ouvrit la porte et entra comme s’il était chez lui. Une domestique se précipita pour ramasser le manteau que Josef venait de faire tomber derrière lui.
Josef : Je vais voir Hugues, inutile de le prévenir.
La domestique obéit et retourna à ses occupations.
Josef ouvrit la porte de la chambre de Hugues et entra sans avoir été invité.
Hugues : Josef ! Tu pourrais frapper avant d’entrer !
Josef : Pourquoi faire ? Tu es toujours tout seul…
Hugues : D’accord, je vois que tu es de mauvaise humeur. La Comtesse de la Bertrandière n’a pas été à la hauteur de tes espérances hier soir ?
Josef : Ce n’est pas la Comtesse de la Bertrandière qui m’intéresse.
Hugues : Ah ! Et pourrais-je savoir le nom de l’heureuse élue ? Car il s’agit certainement d’une femme pour te mettre dans un état pareil.
Josef : Comtesse de Swaroski…
Hugues : Elle ? Et comment sais-tu son nom ? Car il s’agit de la demoiselle que tu as dévisagée hier à la Cour.
Josef : Oui. Mais comment…..
Hugues : Comment moi aussi, je connais son nom ? Je me suis renseigné. Il n’y a pas que toi qui apprécie les jeunes femmes.
Josef : Je t’interdis…
Hugues : M’interdire ? Josef, nous sommes amis depuis longtemps, mais ne me dis pas ce que je dois faire.
Josef : Tu savais qu’elle m’intéressait.
Hugues : Oui, mais tu as préféré rejoindre la Comtesse de la Bertrandière… Et moi, je suis resté dans le parc à discuter avec le Duc de Garolles… Elle est venue rejoindre notre conversation. D’ailleurs, tu aurais vu la tête du Duc ! Il n’en revenait pas. Une femme qui parle politique ! J’ai trouvé qu’elle avait un sacré tempérament et nous avons entamé la conversation.
Josef écouta Hugues avec un visage rougi par la jalousie.
Hugues : En fait, elle ne vient pas de Pologne mais de Transylvannie. Il y a eu des émeutes dans son pays. Les paysans hongrois se sont révoltés. Elle est venue en France pour se réfugier. Elle a perdu son mari là-bas.
Josef : Hugues, comme tu as dit, nous sommes amis. On ne va pas se disputer pour une femme. Tu sais comme je suis. Je vais m’amuser un peu avec elle et très vite, elle ne m’intéressera plus et tu seras là pour la consoler.
Hugues : Non, mon ami, pas cette fois-ci. Tu ne comprends pas, je suis comme ensorcelé par cette femme. Et je pense qu’elle n’est pas insensible à mon charme. Elle a accepté de déjeuner avec moi aujourd’hui.
Josef : Ici ?
Hugues : Oui.
Josef : Hugues mon ami. Présente-la moi et je promets que je m’arrêterai là. Finalement, après avoir conversé avec elle, je ne serai peut-être pas plus intéressé que cela.
Hugues : Je ne sais pas. Mais il est vrai qu’elle a apprécié notre rencontre. Elle me l’a confirmé hier soir. Josef, cette fois-ci, c’est moi qui vais conquérir la belle et toi, tu vas te contenter de me regarder faire.
Josef : Bien mon ami.
Hugues et Josef passèrent la matinée dans le boudoir à discuter des bons souvenirs qu’ils avaient partagé ensemble. Mais, les pensées de Josef étaient fixées sur la venue de la Comtesse Swaroski. La missive qu’il avait envoyée attendait une réponse et il était pressé de savoir son contenu.
Une calèche se fit attendre sur les pavés de la cour du pavillon. Plusieurs domestiques s’affairèrent autour. La Comtesse Swaroski, descendit de son attelage et monta les quelques marches du parvis et entra.
Josef et Hugues l’accueillirent et se baissèrent pour la saluer. La Comtesse sortit la main de son fourreau en fourrure et la tendit vers Hugues. Hugues saisit la main et déposa un baiser léger.
Hugues : Comtesse Swaroski. C’est un plaisir de vous recevoir dans ma modeste demeure. Je vous présente le Marquis Josef de Kostantini, un vieil ami qui se joint à nous pour le déjeuner. J’espère que cela ne vous importune pas.
La Comtesse se tourna vers Josef. Josef qui n’avait pas cessé de poser son regard sur elle, se plongea dans la profondeur du bleu marine des iris de la jeune femme. De belles boucles blondes auréolaient son visage qui était à moitié caché par sa capeline.
Josef : Comtesse, c’est un réel plaisir de vous connaître.
Comtesse : Appelez-moi Anna. Vous êtes l’ami de Hugues et j’apprécie énormément Hugues.
Hugues rougit aussitôt en entendant cet aveu et s’amusa à scruter le visage de Josef qui commençait à serrer les dents en se baissant pour effleurer la main de la jeune femme.
valsacha (22.11.2007 à 22:07)
Anna prit le bras que Hugues lui tendit et ils se dirigèrent tous les trois à la salle à manger. Une somptueuse table avec un énorme bouquet de roses attira tout de suite le regard de la Comtesse.
Anna : Vous avez des roses en cette saison ?
Hugues : Oui, j’ai une très belle serre et un jardinier qui aussi un magicien. Nous avons toujours des roses, toute l’année.
Anna : Il est bien dommage de les avoir coupées. J’adore les roses.
Hugues prit une fleur et l’offrit à la comtesse.
Anna : Aïe !
Hugues : Que vous arrive-t-il ?
Anna : Rien, je me suis piquée avec une épine.
Anna suça aussitôt le sang qui coula de son doigt. Josef regarda cette scène et aurait tout donné pour le faire à sa place. Son regard n’échappa pas à la Comtesse.
Anna : Josef, c’est ça ?
Josef : Oui.
Anna : D’où venez-vous ? Vous avez un accent du sud.
Josef : Je viens d’Italie, de Florence précisément. C’est là que Hugues et moi, nous nous sommes rencontrés. Il y a 10 ans déjà.
Anna : Et pourquoi êtes-vous venu en France ?
Josef : Pour suivre mon ami. Et je voulais voir la France.
Hugues : Et surtout les Françaises !
Anna : Ah. Et comment trouvez-vous les Françaises ? Sont-elles à votre goût ?
Josef : Les Françaises sont très belles mais elles manquent de spontanéité.
Anna : Comment çà ? Vous appréciez les femmes exubérantes ?
Josef : Disons que j’aime m’amuser.
Hugues : Oui mon ami, c’est bien ça le problème avec toi.
Josef toisa du regard son ami. Celui-ci était satisfait d’avoir révéler à Anna les véritables intentions de Josef sur les femmes.
Hugues se précipita pour reculer une chaise pour faire asseoir la Comtesse et s’assit devant elle. Josef se mit sur le côté du couple.
Les domestiques commencèrent à servir le repas.
Hugues : J’espère que vous allez aimer. Le cuisinier a fait du chevreuil.
Anna : Oui, j’adore le gibier. Dans mon pays, il y a beaucoup d’animaux sauvages dans les plaines. La chasse est très répandue. Mais c’est aussi un grand pays et les chasseurs se perdent très souvent. Pas beaucoup retrouvent le chemin de leur foyer.
Hugues : Racontez-nous la vie de votre pays.
Anna : Vous savez la Transylvanie est un pays très froid. Mais j’aime ce pays. Dans les maisons, on raconte souvent des histoires, des légendes.
Josef : Je serai curieux de connaître une de ces légendes.
Anna : Il y en a une qui est très célèbre. On raconte qu’un vieux Comte vit seul dans un château et qu’il tue tous les gens qui se promènent dans sa propriété. Il réagit comme ça car un soir, un homme ou une bête, on ne sait pas trop, s’était introduit dans son château pour tuer sa femme. Le lendemain, il l’avait retrouvé morte dans sa chambre dans une mare de sang. Des griffures étaient visibles sur tout le corps.
Hugues : Mais c’est horrible ! Des griffures, vous dîtes ? Mais ça ne peut-être qu’une bête qui a pu faire çà !
Anna : On n’a jamais su. Il paraît que l’homme avait organisé des battues pour trouver le coupable mais personne ne l’a capturé.
Les 3 jeunes gens discutèrent avec entrain pendant que les différents plats défilaient dans leurs assiettes. Le repas fini, Hugues proposa une promenade dans la serre. Anna accepta aussitôt.
Hugues : Tu viens avec nous Josef ?
Josef : Biensûr !
Hugues : Curieux ! Tu aimes les roses maintenant ? C’est bien la première fois que tu t’intéresses à mon jardin d’hiver !
Hugues fit un clin d’œil à Josef qui se contenta de hocher la tête avec un large sourire. Il commença à être un peu agacé par les sous-entendus de Hugues.
Hugues, Josef et Anna traversèrent le château pour rejoindre la véranda. Hugues en profita pour faire visiter sa demeure à la Comtesse en lui donnant des explications sur ses armoiries, les meubles qu’il avait déniché lors de ses nombreux voyages.
Anna semblait excitée. Josef suivait le jeune couple et ne prêtait aucune oreille aux dires de Hugues. Il pensa juste que Hugues essayait d’impressionner la Comtesse. C’était donc vrai, Hugues était aussi tombé sous le charme de la Comtesse Swaroski. Nulle femme n’avait jamais séparé les deux amis.
Arrivée dans la serre, Anna frissonna légèrement.
Hugues : Vous avez froid ?
Anna : Oui, un peu. Même si votre jardin d’hiver est un peu plus chaud que le reste de votre demeure, j’avoue que j’ai un peu froid depuis tout à l’heure. Sans doute à cause de mes épaules nues. J’aurai dû prendre mon étole que j’ai laissé dans la salle à manger.
Hugues : Voulez-vous qu’on vous l’apporte ?
Anna : Oui Hugues, s'il vous plaît.
Hugues fit tinter la clochette pour appeler un domestique mais personne ne vint. Anna recommença de trembler.
Anna : Je vous en prie Hugues, allez le chercher vous même… s’il vous plaît !
Hugues regarda Josef. Celui-ci avait un air satisfait sur le visage. Hugues passa à côté de lui avec un regard qui semblait dire « attention mon ami, ne fais pas de bêtises… ».
Josef s’approcha de la Comtesse. Il prit le soin de regarder que Hugues s'était bien éloigné et proposa sa veste à Anna.
Anna : Merci.
Josef : Rentrons dans le vif du sujet.
Anna éberluée regarda le jeune homme.
Josef : Arrêtez de faire semblant. Vous avez demandé à Hugues de s’éloigner afin que nous puissions rester seuls.
Anna : Vous êtes toujours aussi sûr de vous ?
Josef : Oui.
Anna : J’aime ça. Je suppose que vous voulez qu’on parle de la missive que vous m’avez envoyé.
Josef : Oui, j’attends une réponse.
Anna : Et bien ma réponse sur une éventuelle rencontre en tête en tête entre vous et moi est inenvisageable.
Josef : Et pourquoi donc ?
Anna : Hugues m’intéresse beaucoup. C’est un bon parti et c’est ce que je recherche.
Josef : Vous voulez dire que vous vous intéressez à mon ami parce qu’il a de l’argent ?
Anna : Oui. Et je vous conseille de ne pas lui révéler ce que je viens de dire car je nierai tout et vous perdrez votre ami. Il me semble que je ne me trompe pas en affirmant que Hugues m’apprécie beaucoup. Ma famille a un vieux château et elle n’a plus les moyens de l’entretenir. Elle m’a donc envoyé en France auprès de la Cour afin que je trouve un homme assez riche qui veut bien m’épouser. Mais entre nous, il est bien dommage que vous n’ayez aucun revenu stable et pas assez de biens de valeur car je vous aurai bien mis dans mon lit !
Josef essaya de retenir sa colère. Il était prêt à gifler cette femme qui se tenait devant elle. Mais à la fois, il songea à ce qu’elle venait d’avouer. Elle le voulait comme amant.
Josef saisit le bras de la jeune femme et approcha son visage près du sien. Il remarqua que la jeune femme avait du mal à respirer, sa poitrine gonflait dans son corsage serré et il sentit l’accélération de son pouls sous sa main.
Anna : Lâchez-moi ou je crie !
Josef resserra davantage son étreinte. Il sentit son souffle sur son visage. De ses yeux, il scruta le contour de ses lèvres. Il eut une folle envie de les presser contre les siennes. Anna n’essaya pas de dégager de son étreinte. Josef en profita pour embrasser la Comtesse avec fougue. Sa main lâcha le bras de la jeune femme. Aussitôt elle recula et gifla Josef. Josef ouvrit la bouche et la referma aussitôt en attendant son ami revenir.
Hugues : Voilà Anna. J’ai été un peu long, je vous prie de m’en excuser. Vous aviez laissé votre étole dans votre calèche, je l’ai cherché partout.
Hugues regarda les deux jeunes gens qui se trouvaient devant lui. Il remarqua que le visage de Josef était rouge et que la Comtesse baissait les yeux.
Anna : Merci Hugues. Vous êtes un parfait jeune homme. Si nous allions voir vos roses vous et moi. Josef vient de me dire qu’il devait partir.
Josef regarda Anna avec étonnement mais il ne releva pas ce qu’elle venait de dire.
Josef : Oui mon ami. Je dois partir. On m’attend à la Cour. D’ailleurs, il faudrait que tu viennes vite me rejoindre. Nous devons parler de cette mission que le Roi veut nous confier.
Hugues : D’accord. Je passerai dans une heure environ. A tout à l’heure.
Josef s’approcha de son ami et lui fit une tape sur l’épaule puis il s'approcha de Anna qui lui tendit sa main. Il la saisit et déposa un léger baiser.
Josef : Comtesse Swaroski, je vous dis à bientôt.
Anna : Oui, à bientôt.
valsacha (19.12.2007 à 12:04)
Avant de retourner au château de Blois, Josef se dirigea vers une auberge. Il se repassa sans cesse les dires de la Comtesse dans la tête. Il fallait qu’il réfléchisse à la façon de prévenir son ami des intentions de cette femme sans pour autant perdre son amitié avec Hugues.
Il descendit de cheval et remit les rênes à un petit garçon.
Josef : Prends bien soin de lui et je te donnerai une pièce.
Le petit garçon fit un large sourire et emmena le cheval vers l’écurie de l’auberge.
Josef entra dans l’auberge. Il aperçut quelques paysans bruyants, assis à une table.
Leur table se trouvait près de la cheminée et Josef se sentit contraint et forcé de s’asseoir à la table d’à côté car il était frigorifié.
L’aubergiste arriva vers lui et Josef commanda du vin.
Il n’arrivait pas à se concentrer. Il prêta une oreille à ses bruyants voisins.
- Ce matin, les soldats ont encore retrouvé une jeune fille nue dans les plaines de Malville. Il paraît qu’elle était recouverte de petits trous qui ont été probablement fait avec des aiguilles.
- Des aiguilles ? Tu as trop bu, ce n’est pas possible !
- Si je vous assure, j’ai un cousin qui est soldat et il a vu la jeune fille. C’est lui qui me l’a dit. Et ce ne serait pas la première jeune fille qu’on trouve comme çà dans la région depuis peu de temps.
- Elle avait aussi 2 gros trous dans la gorge comme si quelque chose l’avait mordu.
- Sans doute. A mon avis, il va y avoir une battue dans la région pour tuer cet animal et une récompense à la clé.
Josef finit sa choppe de vin d’un seul trait et sortit une pièce de sa poche pour la donner à l’aubergiste. Décidément ces paysans avec leurs histoires incongrues l’empêchaient de réfléchir. Il rentra au château de Blois.
Une fois au château, Josef alla se servir d’un cigare dans le fumoir. Il entendit des pas derrière lui et vit Hugues sur le pas de la porte.
Josef : Tiens, tu as enfin laissé ta comtesse ?
Hugues : Arrêtons nos querelles mon ami. Pour une fois, tu n’as pas eu la belle, et alors ? Il y a plein d’autres jeunes femmes qui n'attendent qu’une seule chose : que le Marquis de Kostantini veuille bien s’intéresser à elles. Et puis, en ce qui concerne Anna, j’ai une nouvelle importante à t’annoncer.
Josef : Ah ?
Hugues : Je vais me marier avec elle.
Josef rouge de colère, n’arrivait pas à desserrer sa mâchoire.
Josef : Quoi ? Mais tu es fou, tu la connais à peine…
Hugues : Et alors ? Beaucoup de mariages sont arrangés comme ça. Et puis c’est ma décision et surtout elle a accepté mon cher.
Josef : Biensûr qu’elle a accepté….
Hugues : Pourquoi tu dis ça ?
Josef : Hugues tu es mon ami de longue date. Tu as confiance en moi ?
Hugues : Oui.
Josef : Anna en veut à ton argent. Elle m’a révélé que sa famille l’avait envoyé en France pour épouser un riche héritier.
Hugues : Je le sais. Anna me l’a dit. Sa famille possède un vieux château qui demande des travaux. Et alors ? Je suis prêt à les financer à partir du moment que la Comtesse de Swaroski devient mienne.
Josef : Tu as perdu l’esprit…
Hugues : Arrête ! La jalousie te faire dire n’importe quoi. Il faut que je te laisse, je dois prévenir le lieutenant général sur une affaire sordide.
Josef : Quelle affaire ?
Hugues : Il y a eu encore un meurtre horrible dans les plaines de Malville.
Josef : Dans les plaines de Malville ? Une jeune fille ?
Hugues : Oui. Comment es-tu au courant ?
Josef : Je suis allé dans une auberge en revenant de chez toi. Il y avait des paysans qui discutaient de ça. Je n'ai pas vraiment prêté attention à leurs dires car j’étais préoccupé par autre chose… et puis ils étaient ivres….
Hugues : Et bien, pas si ivres que ça, car l’histoire est vraie. Et le pire c'est que ce n’est pas le premier corps mutilé que l’on retrouve.
Josef : Mais c’est un animal. Tu organises une battue ?
Hugues : Oui dans un premier temps. Mais il est difficile de croire qu’un animal sache déshabiller une femme….
Josef : En effet, tu as raison. Je voudrais participer à l’enquête avec toi. Tu veux bien ?
Hugues : D’accord mais à condition que tu ne me parles plus de ma promise.
Josef étouffa un juron et scinda net son cigare en deux. Il le jeta à travers la pièce et suivit Hugues jusqu’au bureau du Lieutenant général.
Hugues frappa à la porte du bureau et tous les deux entrèrent dans la pièce.
Hugues : Lieutenant, vous connaissez le Marquis de Kostantini. Il vient nous aider dans cette affaire.
Lieutenant : Monsieur le Marquis. Je vous remercie de bien vouloir passer du temps sur ces meurtres.
Hugues : Vous dîtes des meurtres ? Donc il s’agit bien de ça.
Lieutenant : Une fois encore, la jeune fille était dénudée et en plus, elle avait les mains liées. Donc, il est fort improbable qu’un animal puisse faire ça. Nous devons arrêter cet homme et le pendre.
Josef : Vous dîtes un homme mais pourquoi pas une femme ?
Le lieutenant se mit à rire.
Lieutenant : Comment voulez-vous qu’une femme puisse commettre des atrocités pareilles sur une autre femme. C’est impossible. Non, à mon avis c’est un solide gaillard qui déshabille d’abord les jeunes femmes puis il abuse d’elles et il les transperce comme une sorte de rite. A mon avis, c’est de la sorcellerie. Encore un pauvre homme qui a donné son âme au diable.
Josef : Vous avez retrouvé combien de femmes ?
Le lieutenant : Avec celle de ce matin, cinq.
Josef : Et depuis combien de temps ?
Lieutenant : En fait, cela ne fait pas très longtemps. La première a été trouvé il y a 2 semaines.
Josef : Et que savons-nous de plus sur cette affaire ?
Hugues : Elles ont toutes été mutilées. Mais ce qui est étrange, ce sont ces deux trous dans le cou. On dirait une morsure. C’est pour ça qu’on croyait que c’était un animal, car la première n’était pas déshabillée. Mais je ne peux pas croire qu’un homme ou une femme puisse mordre une autre personne.
Lieutenant : Un damné, je vous le dis. Et si on le trouve, il ne sera pas pendu mais brûlé sur le bûcher. C’est le sort qu’on réserve à ceux qui pratiquent la sorcellerie.
Hugues : Ces jeunes femmes ont-elles de la famille ?
Lieutenant : Oui.
Hugues : Nous pouvons les interroger ?
Lieutenant : Oui, Monsieur le Duc, nous allons organiser ça demain matin.
Josef et Hugues quittèrent le bureau du Lieutenant et se dirigèrent vers la salle de conseil du roi. Il y a quelques semaines, Henri III avait décidé de signer un pacte avec les protestants à Bergerac. Ce soir, il devait exposer les différents paragraphes de ce pacte à son conseil.
Josef : Crois-tu que cela puisse être un protestant qui ait commis ces meurtres ?
Hugues : Qui sait ? Un fervent opposant au pacte de Bergerac ? Nous en saurons plus quand on interrogera la famille.
Josef : D’accord et félicitations.
Hugues : Pourquoi des félicitations ?
Josef : Pour ton mariage. Je n’approuve pas mais si c’est ce que tu veux, je ne te parlerai plus du guêpier dans lequel tu vas te fourrer…
Hugues : Ah ah… Je te remercie mon ami.
Josef : Quand célébrons-nous les noces ?
Hugues : Dans 2 semaines.
Josef : Si tôt ?
Hugues : Oui. Anna est très superstitieuse et dans 2 semaines, c’est la pleine lune. Et d’après elle, cela présage un mariage et un avenir long et heureux.
valsacha (10.01.2008 à 18:51)
Le lendemain, le lieutenant convoqua la famille des victimes. La plupart d’entre eux étaient des paysans. Seules deux ou trois personnes étaient des gens notables. On pouvait les différencier par rapport à leurs tenues vestimentaires.
Hugues et Josef, ainsi que le lieutenant, s’asseyèrent derrière un long bureau. Le Lieutenant demanda à l’un des gardes de faire entrer la famille de la première victime.
Une femme, son mari et deux jeunes garçons étaient plantés au milieu de la salle. L’aîné des petits garçons était habillé en guenilles et on pouvait remarquer ses mains crasseuses. On pouvait lui donner à peine six ans et ce n’était difficile de deviner qu’il aidait ses parents à travailler la terre pour subvenir à leurs besoins.
Lieutenant : Monsieur Belot, c’est bien votre fille qu’on a retrouvée, il y a deux semaines dans les plaines de Malville ?
M. Belot : Oui Messieurs. C’est bien notre fille.
Lieutenant : Savez-vous pourquoi votre fille, âgée de quatorze ans était à cet endroit ?
M. Belot : Bien Monsieur, notre fille avait été embauchée dans le manoir Bertigny. C’est une nouvelle famille noble qui vient de s’installer et elle avait besoin d’une jeune fille pour faire les corvées. Ma fille revenait chaque fin de semaine pour nous apporter quelques pièces et un peu de nourriture afin de nous aider.
Lieutenant : Vous parlez de ce manoir qui se trouve en contrebas des plaines de Malville ?
M. Belot : Oui.
Lieutenant : Je ne savais que le manoir était de nouveau habité. Le propriétaire aurait dû le déclarer auprès de notre bureau.
Hugues : Votre fille n’a-t-elle rien dit d’étrange quand elle venait vous voir ?
M. Belot : Et bien, elle disait qu’il se passait de drôle de choses dans ce manoir…
Hugues : Quelles choses ? Parle !
M. Belot : Ces gens-là, ils font des banquets tout le temps. Et plusieurs fois, ils font un rite avec des animaux…
Hugues : Un rite ? Quel genre de rite ?
M. Belot : Et bien disons quand il y avait un repas. On ne tuait pas la bête, agneau, chèvre pour la faire cuire et la manger….. Ils apportaient les bêtes vivantes dans la salle à manger et l’un des invités tuait la bête devant les convives.
Hugues : Et après ?
M. Belot : Je ne sais pas Monsieur. Ma fille détestait entendre le cri des animaux et elle partait se réfugier dans l’écurie…
Lieutenant : C’est bien étrange, en effet. Monsieur Belot, vous pouvez repartir. Le garde vous remettra 2 sous comme convenu.
Avant de faire venir la deuxième famille, les jeunes gens se concertèrent.
Josef : Etrange cette cérémonie… Si c’est bien vrai, allez savoir... Les paysans savent que nous leur donnons deux sous en échange d’informations, donc, ils peuvent bien inventer des histoires sordides pour les gagner.
Hugues : Je ne pense pas. On peut voir que ces familles sont terrifiées.
Lieutenant : En tous cas, cette après-midi, nous nous rendrons à ce manoir pour en avoir le cœur net. Bon laissons entrer la seconde famille et voyons ce qu’elle nous raconte.
Dans la deuxième famille, Burlinoiset confirma les dires des premiers paysans. Cette fois-ci, il s’agissait de commerçants qui logeaient dans le centre de Blois. Ils vendaient des étoffes et leur commerce était florissant. Ils fournissaient plusieurs notables de la région et les gens du manoir Bertigny était devenu leur meilleur client depuis leur arrivée. Tous les trois jours, leur fille allait livrer les habits commandés.
Enfin, la troisième famille de paysans corroborait les mêmes indices. Leur fille avait été femme de ménage dans ce manoir peu de temps après le décès de la première.
Quelques heures plus tard, Hugues et le Lieutenant, les mains derrière le dos, marchaient le long et en large dans le bureau. Seul Josef était resté assis et avait su garder son calme.
Josef : Lieutenant, je crois qu’il va falloir que vous demandiez à des soldats de nous escorter quand nous irons rendre visite au manoir.
Hugues : Ce n’est pas la peine.
Josef : Euh pourquoi l’ami ?
Hugues : Je connais les habitants de ce manoir.
Josef : Comment ça ?
Hugues : Oui. Enfin, je connais l’une des habitantes, enfin… l’une des invités.
Josef : L’une…. Ne me dis pas que c’est….
Hugues : Si. C’est elle…
Le lieutenant : Qui elle ? Bon dieu !
Hugues : Comtesse de Swaroski
Lieutenant : Et vous connaissez bien cette dame ?
Hugues : Oui, c’est ma future promise…
Josef : Enfin tu la connais…. Pas temps que ça. Nous avons fait sa connaissance depuis à peine une semaine…
Lieutenant : Depuis une semaine…. Et vous allez vous marier avec elle…. D’accord, je vois….
Hugues : Vous ne comprenez pas Lieutenant. Elle n’a rien y voir avec ces gens sordides qui pratiquent je ne sais quel rite…
Le Lieutenant : Et bien, nous verrons bien. Messieurs, je vous donne rendez-vous cet après-midi devant les écuries.
Le lieutenant quitta le bureau et laissa les deux jeunes gens.
Josef : Elle a de drôles façons de s’amuser ta promise…
Hugues : Arrête. Tu commences à m’énerver avec ta jalousie.
Josef : Ce n’est point ça mon ami. Avoue que tu ne la connais pas depuis longtemps. Comment peux-tu savoir si elle est saine d’esprit. Tu sais bien qu’elle veut t’épouser pour ton argent….
Hugues : Et alors, cela fait d’elle une criminelle ?
Josef : Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Mais elle peut être mêlée à tout ça.
Hugues : Balivernes.
Josef : De toute façon, nous verrons ce qu’elle nous dira quand nous irons l’interroger.
Comme convenu, les trois jeunes montèrent en selle, escortés par quatre soldats armés. Même Josef avait caché son pistolet dans la poche de son veston.
Ils traversèrent les plaines de Malville et se dirigèrent vers la bâtisse entourée de cyprès. La grille d’entrée était ouverte. Ils empruntèrent l’allée du parc. Plusieurs jardiniers étaient occupés à tailler les arbres et certains arrachaient les mauvaises ronces qui avaient commencé à grimper sur la façade.
Près du perron, un majordome se précipita vers eux.
Lieutenant : Bonjour. Nous venons voir les propriétaires de ces lieux. Nous avons quelques questions à leur poser. Pouvez-vous les prévenir ?
Majordome : Oui Monsieur, je vais faire prévenir la Comtesse Coraline de Bertigny de votre arrivée. Si vous voulez bien me suivre...
valsacha (11.02.2008 à 19:06)
Josef, Hugues et le lieutenant passèrent la porte de la demeure.
Le hall d’entrée était assez sombre. En effet, en arrivant devant la bâtisse, nul n’avait remarqué que les volets des fenêtres n’étaient pas ouverts.
Le majordome les fit attendre dans un des salons. Les meubles étaient assez sobres. Josef remarqua surtout que la pièce, et probablement le reste de la maison, n’était pas assez chauffée. La cheminée du salon était éteinte. Josef remonta le col de sa veste et regretta d’avoir donné son manteau en alpaga au majordome.
Josef : Brr…. Il fait froid dans cette maison. Je vais demander qu’on récupère nos manteaux
Hugues et le lieutenant acquiescèrent en hochant la tête.
Josef traversa le hall et se dirigea vers les cuisines à la recherche du majordome ou d’une domestique. Il ne trouva personne et remarqua que la cuisine était très propre comme si les propriétaires ne mangeaient pas souvent en ces lieux.
Il trouva les manteaux et retourna au salon. Il se retrouva alors nez à nez avec une belle femme brune à la peau laiteuse et avec un petit grain de beauté qui ornait sa bouche. Son magnifique sourire laissa Josef dans un état second. Cette femme possédait un charme irrésistible. Il était impossible pour Josef de détacher son regard de cette femme envoûtante.
Hugues toussota pour arrêter ce tête à tête.
Hugues : Madame la Comtesse, je vous présente Josef de Kostantini.
La comtesse présenta sa main et Josef y déposa un baiser.
Comtesse : Bonjour. Comtesse de Bretigny. Maintenant que les présentations sont faites, que voulez-vous ?
Lieutenant : Madame, nous enquêtons sur des cadavres de jeunes filles qui ont été retrouvées près de chez vous.
Comtesse : J’ai entendu parler de ces jeunes filles mais je pensais que c’était des balivernes ou des médisances de la part des gens d’ici. Beaucoup n’apprécient pas que j’ai emménagé dans cette maison.
Lieutenant : Justement. Pourquoi n’avez-vous pas déclaré votre présence au bureau des patrimoines ?
Comtesse : J’ai oublié. Vous savez, je suis très occupée, j’ai beaucoup d’affaires à ranger.
Hugues : Occupée aussi à inviter, d’après ce qu’on nous a dit…
Comtesse : En effet, je reçois beaucoup de monde. J’ai beaucoup d’amis dans cette région.
Hugues : Vous êtes originaire d’ici ?
Comtesse : Oui, je suis une cousine du roi.
Le lieutenant, Josef et Hugues se regardèrent et eurent une mine étonnée.
Josef : Ces jeunes filles que nous avons retrouvé, vous les connaissez, n’est-ce pas ?
Comtesse : Je ne sais pas, je n’ai pas vu les cadavres.
Hugues : Hum… En effet… Il s’agit de deux jeunes filles qui étaient domestiques chez vous et la troisième était la fille des marchands d’étoffe de Blois. Elle vous livrait souvent des robes.
Comtesse : Ah.. Ce sont elles, je ne savais pas, les pauvres. Je suis étonnée et effarée. Mais qu’est-ce que j’ai avoir avec ce qui leur est arrivé ?
Hugues : Elles ont été assassinées près de chez vous. Enfin du moins, pour être précis en revenant de chez vous. Nous avons les témoignages de leurs familles.
Comtesse : Qu’est-ce que vous voulez que je vous réponde ?
Hugues : Ces filles ont été torturé….
Comtesse : J’en suis désolée mais je ne vois pas comment je pourrais vous aider.
Josef : On nous a reporté que vous pratiquiez de drôles de rites dans cette maison et…
Tout à coup, une silhouette bien connue entra dans le salon. Hugues fit un grand sourire et s’approcha pour la saluer. Josef reconnut immédiatement la Comtesse Anna de Swaroski. Sa robe bleue faisait ressortir ses iris. Un délicieux frisson la parcourut le long du dos.
Anna : Hugues…. Josef… Que faites-vous ici ?
Hugues : Ma chère, nous sommes venus voir la Comtesse de Bretigny pour une enquête.
Anna : Vous venez enquêtez sur moi ?
Hugues : Non non ma chère. Nous enquêtons sur une affaire grave qui s’est passée dans les plaines de Malville.
Anna : Ah les jeunes filles qu’on a retrouvé.
Hugues : Oui. Savez-vous quelque chose ou avez-vous entendu quelque chose ?
Anna : Non. Tout ce que je sais, c’est que ça ressemble à cette histoire qui s’est passée dans mon pays. Vous savez, celle que je vous ai raconté l’autre jour.
Hugues : Ah oui. Cette histoire avec le Comte qui aurait tué sa femme dans d'atroces circonstances.
Josef écoutait à peine les deux jeunes gens. Il était obnubilé par Coraline de Bretigny. Il avait remarqué qu’elle avait sû garder un sang froid inébranlable quand elle s’était mis à parler des jeunes femmes décédées. Une autre femme aurait probablement eu des nausées ou même pire, elle se serait évanouie mais chez cette comtesse, Josef avait le sentiment qu’elle cachait quelque chose. Cette ambiance sombre dans cette grande maison et ce froid glacial qui transperçait les os des invités. Pourtant cette femme se tenait devant lui avec une robe échancrée et n’éprouvait aucun frisson.
Josef : Hum… Hum…. Comme je disais à l’instant, on nous a rapporté quelques dires sur vos… Comment dirais-je…. Vos coutumes.
Coraline : Nos coutumes ? Où vous voulez en venir ?
Josef : Pratiquez-vous des rites avec des animaux ?
Coraline : De quel genre de rites vous voulez parler ?
Josef : Il paraît que vous tuez les animaux devant vos invités comme s’il s’agissait d’un rite…
Coraline : Sornettes ! Vous croyez vraiment à cela ? Comme je vous l’ai dit, nous avons beaucoup d’invités qui viennent passer des soirées dans cette demeure et nous cuisinons nos animaux comme tous les autres gens honnêtes. Accuseriez-vous une cousine du roi de pratiquer de la sorcellerie ?
Lieutenant : Non madame… Ce sont des paroles de paysans.
Coraline : Dans ce cas, puisque vous n’avez pas d’autres questions, je vous prie de quitter ma maison.
Lieutenant : Bien Madame, nous allons nous retirer. Mes hommages Madame.
Josef salua Coraline de Bretigny et fit mine à Hugues de l’accompagner vers le perron.
Hugues baisa la main de sa promise et remit son chapeau.
Les trois hommes remontèrent sur leur cheval et remontèrent l’allée du parc. Josef et Hugues étaient à la même hauteur derrière le Lieutenant et ses soldats.
Josef : J’ai une sensation bizarre. Je ne suis pas convaincu par cette comtesse de Bretigny.
Hugues : Et pourquoi ?
Josef : Je ne sais pas. Je n'ai senti aucune émotion chez cette femme, comme si elle était froide à l’intérieur.
Hugues : Oh là mon ami. Tu dis ça parce qu’elle non plus n’est pas tombée sous ton charme. Et puis, le lieutenant n’a aucun soupçon sur elle...Il ne l’a pas arrêté.
Josef : Tu sais bien que le Lieutenant ne fera rien. Elle est une cousine du roi. Tu as vu, il n’a plus posé de questions après qu’elle l'ait dit. A mon avis, il a peur des représailles. Et puis cette maison, tu as remarqué le froid… Coraline de Bretigny était habillée avec une robe assez légère, n’avait-elle pas froid ?
Hugues : On ne va pas arrêter une femme parce qu’elle ne met pas le chauffage chez elle. Tu sais bien qu'Anna nous a dit qu’elle avait des problèmes d’argent. Ces gens-là ont quitté un pays avec très peu de moyens. Tu as vu aussi les meubles. J’ai remarqué qu’il n’y en avait pas beaucoup.
Josef : Oui, comme des gens qui déménagent souvent….
Hugues : Tu fabules Josef…
Josef : Non, j’ai une intuition.
Hugues : Mon ami, à force de fréquenter les femmes, aurais-tu été contaminé par leurs intuitions féminines ?
Josef : Ah tu peux bien rire. Ce n’est pas moi l’amoureux dans l’histoire.
Hugues : Oui, en parlant de ça. Il faut que je rentre chez moi pour donner des ordres concernant mon mariage.
Josef : Mon ami, fais attention où tu mets les pieds…
Hugues : Encore ton intuition féminine ? ah ah….
Hugues donna un grand coup d’éperon sur son cheval et partit au galop. Josef le suivit sur quelques centaines de mètres et tourna pour prendre la direction du château de Blois.
valsacha (18.02.2008 à 11:24)
Le lendemain, dans ses appartements, Josef s’installa dans un des fauteuils près de la cheminée et alluma un cigare. Cette femme Coraline de Bretigny était dans toutes ses pensées. Belle, distinguée, courtoise et pourtant quelque chose dans son regard noir avait transpercé les sens de Josef. Et cette bâtisse sombre avec ces volets clos ne ressemblait pas à la maison d’une jeune femme. Il pensa aussi à Anna qui lui avait à peine jeter un regard. C’en était trop pour Josef, il fallait qu’il sache pour lui et pour son ami Hugues. Il décida de se rendre le soir même à cette demeure. Il savait que la comtesse donnait encore une réception. Il avait entendu des nobles proches du roi qui allaient s’y rendre. Ce qui étonna Josef, c'est que Hugues, futur époux de l’une des locataires n’était pas invité à ces réceptions.
Josef descendit aux écuries et enfourcha son cheval en dévalant au grand galop les plaines de Malville. Il attacha son cheval à un buisson, non loin du manoir. Il s’approcha lentement et entra par la porte des cuisines.
Des éclats de rire envahissaient la maison. Il longea les couloirs en guettant le moindre bruit envers sa direction. Il se faufila jusqu’à la pièce d’où provenaient les cris.
Il vit la Comtesse de Bretigny qui se tenait debout devant ses convives avec un verre à la main et qui se mit à parler.
Coraline : Chers amis, nous voilà encore réunis afin de partager ce festin. Levons nos verres à notre lignée de sang.
Les sept invités levèrent leur coupe en argent et burent d’une traite. Josef reconnut immédiatement quelques nobles proche du Roi.
Il releva que la comtesse était parée de bijoux somptueux. De magnifiques pendants et un collier ornés de gros rubis scintillaient autour de son visage. Ses lèvres habillées de rouge faisaient ressortir son grain de beauté à côté de sa bouche et ses iris noirs.
La comtesse Anna de Swaroski était assise à ses côtés. Elle aussi, avait revêtu une magnifique robe de satin noir et une parure de bijoux de la même couleur.
Coraline de Bretigny se leva encore et porta sa coupe.
Coraline : Chers amis, j’ai encore une bonne nouvelle. Notre cousine Anna va bientôt se convoler en noces avec le Duc Hugues de Vervins. Vous connaissez Monsieur le Duc. Il a beaucoup de richesses, moins que nous l’espérions je dois dire, mais il pourra subvenir aux besoins de notre cousine….
Un immense rire s’empara des invités.
Coraline : Nous remercions notre chère Anna d’avoir séduit le Duc et ainsi permettre à notre famille de vivre encore quelques temps dans la bourgeoisie. Biensûr, cela va sans dire, qu’une fois que nous aurons dépouillé le Duc, nous partirons à la recherche d’un autre riche héritier.
Josef regarda Anna qui jeta un regard complice à sa cousine.
Coraline : A présent, nous allons manger.
Josef se retourna et alla se cacher derrière une tapisserie en velours qui était accroché aux murs. Sûrement que les cuisiniers allaient apporter les victuailles par le couloir où se cachait Josef. Le problème est que le jeune homme ne pouvait plus rien voir. Il pouvait juste entendre les bruits des domestiques qui allaient et venaient dans ce couloir.
A un moment, Josef reconnut le bêlement d’un animal, certainement un agneau. Josef voulait à tous prix voir ce qu’il se passait. Voir si les témoignages des paysans étaient une pure invention ou simplement la vérité. Pourquoi des animaux vivants lors d’une réception ? Pour en faire cadeau à l’un des invités comme un animal de compagnie tout comme un chaton ou un chiot ? En Italie, beaucoup de famille faisait ce style de cadeau à leurs invités en guise de bienvenue… Ou allaient-ils l’égorger en guise d’un macabre spectacle ?
Les domestiques s’éloignèrent enfin de la salle à manger. Josef sortit de sa cachette et retourna près de la réception. D’un coup, Josef écarquilla les yeux. L’atrocité de la scène qui se passait devant lui souleva le cœur. Il se retourna, étouffa un cri. Des nausées lui remontèrent dans la gorge. Il regarda de nouveau afin de mémoriser chaque geste, chaque visage autour de cette table. Ces mêmes visages n’étaient plus les mêmes. Ils étaient transformés. Ils arboraient tous des yeux blancs cernés d’une couleur carmin. Chacun d’eux rugissait et laissait paraître deux canines au fond de leur gorge. Plusieurs agneaux gisaient sur la table dans un bain de sang. La vision la plus dure était celle de Coraline de Bretigny qui se tenait au-dessus d’un animal. Josef n’arrivait pas détacher son regard sur le sang qui découlait de sa bouche.
D’un coup, elle s’approcha de la porte. Josef se retourna, s’appuya sur le mur et retient sa respiration tout en fermant les yeux. Ses oreilles entendirent qu’on s’approchait de lui.
Coraline : Marquis de Kostantini, que faîtes-vous ici ? Je savais bien qu’il y avait un humain près de nous. Je l’ai senti depuis son arrivée.
Josef ouvrit les yeux et se retrouva face à Coraline. Elle passa vulgairement sa manche pour essuyer le sang près de sa bouche. Elle se rapprocha de Josef et se mit à le sentir. Josef avait beaucoup de peine à respirer. Il la poussa pour se dégager mais elle le rattrapa en lui prenant un bras. Josef sentit ses ongles s’enfoncer dans sa chair malgré son veston. Son pouls s’accéléra.
Coraline : Je sens votre peur Marquis…. Devant une femme ?
Josef : Vous n’êtes pas une femme… Vous êtes…… Vous êtes un démon… Une bête du diable….
Coraline se mit à rire. Les rires de ses invités suivirent.
Coraline : Que faites-vous ici ? Vous n’avez pas été invité…
Josef : Je savais que vous cachiez quelque chose mais de là à penser que vous êtiez….
Josef ne put finir sa phrase. Une nouvelle nausée lui monta à la gorge.
Coraline : Qu’allons-nous faire de vous ? Si on s’amusait un peu… ça fait longtemps que je n’ai pas goûté au sang d’un jeune homme….
Josef : J’ai prévenu Hugues que j’étais ici. Si je ne reviens pas, il viendra avec des soldats et ils vous extermineront tous…
Coraline : Ah ah … Je crois que nous allons avoir un super festin ce soir, les amis… ça nous changera des agneaux….
Anna courrut vers Josef et Coraline.
Anna : Non, Coraline… Nous devons récupérer l’argent du Duc…
Josef remarqua que la jeune femme était la seule convive à avoir garder son apparence humaine. Etait-elle comme les autres ?
Anna : Laissez-le partir Coraline… Pour l’instant… De toute façon, comment voulez-vous que quelqu’un le croit ?
Le visage de Coraline s’approcha de Josef et le regarda droit dans les yeux….
Coraline : A bientôt Marquis !
Coraline le lâcha. Josef se mit à courir jusqu’aux cuisines. Il sortit. Il se pencha et se mit à vomir tout ce qu’il avait dans l’estomac. Puis il rejoignit son cheval et galopa à vive allure jusqu’à la demeure d'Hugues.
valsacha (03.03.2008 à 10:27)
En moins d’une demi-heure, Josef arriva devant le manoir de Hugues. Il s’arrêta dans la cour et descendit de son cheval en laissant tomber les rennes sur l’animal. Celui-ci pouvait s’échapper à tout moment mais Josef s’en moquait.
Il frappa violemment sur la porte d’entrée en criant.
- Hugues ! Hugues ! C’est Josef ! Ouvre ! Hugues…
Soudain une lumière apparut au 1er étage. Josef continua de crier.
- Hugues ! Nom d’un chien, réveille-toi ! C’est Josef ! J’ai quelque chose d’important à te dire… Hugues !
La porte d’entrée s’ouvrit et laissa apparaitre un majordome. Josef le poussa pour entrer et monta les escaliers quatre à quatre. Plus d’une fois, le jeune homme manqua de trébucher mais continua sa course à vive allure.
Au 1er étage, Hugues enfilait son pantalon et ses bretelles sur sa chemise de nuit et allumait un chandelier. Josef entra en trombe dans sa chambre.
Hugues : Mais que t’arrive-t-il ?
Josef : Hugues, je dois te dire quelque chose et tu dois me croire…
Hugues : Mais parle ! Vas-y !
Josef : Tout d’abord, donne-moi un verre de whisky…
Josef voulait ce verre pour se donner du courage mais aussi surtout pour enlever le sale goût qui lui restait dans la gorge depuis qu’il avait vomi.
Hugues s’exécuta aussitôt et tendit le verre à Josef. Celui-ci le but d’un seul trait.
Josef : Assieds-toi ! Tu ne vas pas croire ce que je vais te raconter. Car moi-même, j’ai du mal à le croire…
Hugues remarqua que le jeune homme tremblait. Et ce n’était pas le froid qui le mettait dans un état pareil, c’était plus que ça, c’était de la frayeur.
Josef : Je suis allé chez Coraline de Bretigny .
Hugues : Quoi ? Tu étais invité ?
Josef : Non, j'y suis allé pour les espionner à une de ses réceptions. Tu sais… pour savoir si…
Hugues : Mais Josef, tu as perdu la tête ?
Josef : Laisse-moi parler… Tais-toi, s’il te plait. J’ai vu des choses….. Il y avait une dizaine d’invités, enfin je ne sais plus…… Je me suis caché à un moment et après j’ai vu….
Josef ravala sa salive et continua.
Josef : J’ai vu Coraline de Bretigny et plusieurs de ses invités qui mordaient des agneaux vivants.
Hugues : Josef, ces gens-là peuvent avoir des coutumes bizarres et ….
Josef : Non, tu ne comprends pas….. Cette comtesse n’est pas une femme….. c’est un monstre….. c’est un vampire…
Hugues souleva les sourcils et dévisagea son ami.
Hugues : Mais Josef !
Josef : Je te le jure devant Dieu. Cette femme..... cette chose..... est un vampire et plusieurs de ses invités aussi. Je l’ai vu de mes propres yeux comme je te vois maintenant.
Hugues : Anna était là ?
Josef : Oui
Hugues fulmina et cassa toute la verrerie en crystal qui se trouvait sur le guéridon près de lui.
Josef : Elle n’est pas… son visage n’a pas changé. Elle n’avait pas ces yeux blancs et ces deux crocs comme les autres…
Hugues se retourna et se dirigea droit vers son secrétaire. Il ouvrit un des tiroirs et prit deux armes. Il en tendit une à Josef et plaça la sienne dans le haut de son pantalon.
Hugues : Nous allons les tuer. Ce sont des bêtes infâmes… Tous ces meurtres, je comprends maintenant… ça ne pouvait pas être des bêtes, mais ça….
Josef : Et Anna ?
Hugues : Tu dis qu’elle est humaine, donc elle n’est pas coupable. Elle est peut-être même une otage dans cette maison.
Josef : Ce sont des bêtes, elles arrivent à nous sentir. Coraline savait depuis le début que j’étais là en train de les observer. J’ai vu ce qu’ils sont capables de faire. Nous ne pouvons pas y aller seul.
Hugues : Tu as raison. Le jour se lève bientôt. Nous irons chercher le Lieutenant et des soldats. De plus, les vampires n’aiment pas le soleil. Josef, repose-toi. Tu en as besoin pour être en forme et les affronter. Tuer un vampire n’est pas une chose aisée, tu peux me croire.
Josef eut une mine étonnée après cette révélation.
Josef : Tu as déjà vu des vampires ?
Hugues : Oui. C’est pour ça que je te crois.
Josef : Mais où ?
Hugues : C’était à Venise. J’étais sur la place St-Marc en pleine nuit…. Je rentrais de chez un ami…. La soirée avait été bien arrosée…. Et c’est là que j’ai vu cette chose qui s’en prenait à une jeune femme. Dès qu’il m’a vu, il s’est enfuis. Je l’ai poursuivi et c’est là que je l’ai vu sauter jusqu’en haut d’un immeuble. Sur le coup, j'ai cru que c’était l’alcool qui me jouait des tours mais quand je suis revenu vers la jeune femme et que je me suis penchée vers elle… elle était morte, elle avait une morsure dans le cou… J’avais déjà entendu mes amis qui en parlaient une fois. Je me suis moqué d’eux, je croyais qu’ils plaisantaient…
Hugues s’arrêta et regarda si son arme était bien en état de fonctionner.
Hugues : Josef, repose toi sur le sofa, je t’apporte une couverture et essaie de dormir un peu….
Josef s’allongea sur le canapé de son ami. Il était extrêmement fatigué mais il ne pouvait pas trouver le sommeil. La scène macabre dont il avait été témoin passait en boucle dans sa tête.
valsacha (06.03.2008 à 11:38)
A l’aube, Hugues, Josef, le Lieutenant et les soldats arrivèrent devant le manoir de Coraline de Bretigny.
Hugues avait mis une main sur son arme qui était coincée dans le haut de son pantalon.
Hugues : Josef, garde une main sur ton arme et garde l’œil ouvert…
Josef s’exécuta aussitôt. Une heure auparavant, Hugues et Josef avaient eu toutes les peines du monde à convaincre le Lieutenant de venir avec des soldats armés. Pourtant Hugues avait fait un exposé sur les vampires à Josef et celui-ci convaincu, savait qu’il n’était pas simple de les tuer. Mais ils avaient aussi des points faibles et ils comptaient bien les exploiter.
Hugues descendit de cheval et fit sonner la cloche sur le perron. La porte s'ouvrit, Coraline apparut.
Coraline : Bonjour, que voulez-vous Monsieur le Duc ? Anna n’est pas encore réveillée. Ce qui est tout à faire normal, c’est encore l’aube… Ce n’est pas le moment de venir déranger les gens… On vous a mal fait votre éducation Monsieur le Duc !
Hugues : Cessez vos balivernes. Josef est venu chez vous hier soir. Il a été témoin de phénomènes étranges…
Coraline : Et vous le croyez ?
Hugues : Biensure que je le crois, j’ai déjà vu des membres de votre espèce .
Coraline fut étonnée de cette révélation et nota que le jeune homme n’avait pas peur d'elle.
Coraline : Qu’est-ce que vous insinuez ?
Hugues : Venez dehors pour discuter et nous verrons si j’ai raison…
Coraline : Comme il vous plaira.
Coraline rajusta son châle en laine sur ses épaules et avança dans le parc.
Hugues la scruta. Il attendait que quelque chose arrive.
Coraline se tourna vers lui.
Coraline : Je suis dehors. Il fait un soleil radieux. Certes, un peu froid… Mais vous êtes quand même pas venu pour me parler du temps.
Hugues regarda encore Coraline de la tête aux pieds.
Un peu plus loin, Josef méfiant, assistait à la scène. Il n’arrivait pas à croire ce qu’il se passait.
Coraline : Bon, Monsieur le Duc, si vous n’avez pas autre chose à me dire, je vous demanderais de partir… Je n’apprécie pas qu’on me dérange pour rien…
Soudain Hugues s’approcha de la comtesse et lui prit le bras. Il sortit une dague en argent et lui fit une estafilade.
Un filet de sang apparut et commença à se répandre sur son corsage.
Coraline : Aïe, mais que faites-vous ? Vous êtes fou ? A moi ! A moi, Lieutenant !
Le lieutenant et 2 soldats sautèrent de cheval et encerclèrent le Duc.
Le lieutenant : Duc de Vervins, je vous arrête pour tentative de meurtre.
Hugues resta immobilisé et regarda la plaie ouverte. Il lâcha aussitôt sa dague.
Coraline : Non Lieutenant. Monsieur le Duc va bientôt épouser notre cousine. Je suis sûre qu’il ne voulait pas de mal. C’est un accident.
Lieutenant : Mais Madame la Comtesse !
Coraline : Je vous ai dis que ce n’était rien, Lieutenant. Lâchez-le où j’en référerais au Roi !
Le lieutenant fit signe à ses soldats de lâcher Hugues.
Hugues regarda Coraline dans les yeux. Celle-ci soutint son regard et lui sourit.
Hugues retourna à son cheval sans dire un mot. Toute la cavalerie repartit.
A ce moment-là, Anne descendit rejoindre Coraline dans l’allée.
Anne : Qui était-ce ?
Coraline : Ton futur époux…
Anne : Hugues ? Que voulait-il ?
Coraline : Il est venu avec son ami qui est venu nous rendre visite hier soir. Ils étaient accompagnés de soldats.
Anne regarda le corsage en sang de Coraline.
Anne : Mais…
Coraline : Ne t’inquiète pas. J’ai pris une dose de notre composé hier soir après le dîner. Et ce matin, je me suis réveillée en humaine…
Coraline regarda sa blessure et fit une mine de dégoût.
Coraline : Berk, j’ai horreur de cette apparence !
Coraline et Anna remontèrent les marches du perron pour rentrer chez elles.
_________________________
A quelques kilomètres de là, Hugues n’écoutait pas les cris de Josef derrière lui.
Josef : Hugues ! Hugues ! Tu ne me crois pas… Je sais ce que j’ai vu hier soir… Je ne pourrais pas te mentir… Ce sont des vampires. Je t’en prie, au nom de notre amitié.
Hugues se retourna et laissa les soldats rentrer seuls à Blois.
Hugues : Alors, comment explique-tu cela ?
Josef : Je ne sais pas mon ami…
Hugues : Tu as bu hier soir ?
Josef : Non, je te le jure. Comment j’aurais pu inventer quelque chose de pareil ?
Hugues : Facile avec les témoignages des paysans… Et tu n’apprécies pas mon mariage avec Anne.
Josef : Je n’ai jamais vu de vampires…
Hugues observa attentivement son jeune ami. Il avait encore cette frayeur sur son visage. Il voulait le croire, mais alors comment expliquer ce qu'il venait de se passer.
Hugues : J’ai besoin de réfléchir.
Hugues donna un coup d’éperon à son cheval et l’animal partit au galop.
Josef désemparé regarda son grand ami partir. Un sentiment de rage et de déception l’envahit alors de tout son être.
valsacha (10.03.2008 à 10:18)