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Série : Numb3rs
Création : 20.03.2009 à 17h13
Auteur : Cissy
Statut : Terminée
« Episode parallèle à "l'ombre d'un remords" (une façon d'éluder un choix cornélien). Ecrit à quatre mains avec Juliabaku » Cissy
Cette fanfic compte déjà 55 paragraphes
CHAPITRE XIV
Le lendemain, bureaux du F.B.I.
Impatient, énervé, agacé même, un homme arriva dans les locaux du F.B.I.. Contenant ses sentiments, il vit s'affairer les collègues de Don. Il arriva alors rapidement aux bureaux des agents du F.B.I.
- Qui est l'agent Granger ?
Colby leva le nez de ses feuilles et se dirigea vers le nouveau venu.
- C'est moi. Que me voulez vous ?- Nous avons à parler tout les deux, dit l'homme en entraînant Colby un peu plus loin.
Surpris, mais obéissant aux ordres de l'homme, il le suivit. Ils se tinrent légèrement à l'écart. L'homme le regardait d’un air maussade.
- Je suis l'agent Laurton de la C.I.A.. Je pourrais savoir ce que vous faites ?
- Nous recherchons la personne qui a tué notre collègue, Don Eppes. Comme vous ne nous avez pas rappelés, nous nous sommes débrouillés avec les moyens du bord, rétorqua alors Colby peu content de la façon dont parlait l'agent.
- Ce n'est plus votre enquête. Il n'y a rien de spécial sur cette affaire alors abandonnez !
- Vous croyez que nous allons lâcher aussi vite le morceau ? C'est un de nos collègue et ami qui s'est fait tuer !! Comment auriez-vous réagi si c'était l'un des vôtres ? Colby restait calme malgré la colère qui montait en lui.
- Peut être, mais Sobieski n'est sûrement pas votre homme !
- Nous ne voulons exclure aucune piste. Et celle ci nous paraît l'une des plus intéressantes. Il correspond aux critères de recherches. Aussi bien au niveau psychologique, qu'au niveau logistique : moyens financiers, organisation, complicités possibles, tout concorde.
C'est alors que l'agent tendit un dossier à Colby en lui disant :
- Cet homme, ce soi-disant agent Dimitri, était un espion. Il est mort maintenant. Apparemment un accident de voiture, avant-hier soir en rentrant chez lui. On vient de découvrir son identité. Vous allez devoir revoir toute votre enquête. Vous avez été menés en bateau.
- Quoi ?
- Etudiez ce dossier. Vous verrez que Sobieski n’a rien à voir avec tout ça.
- Mais pourquoi nous avoir lâché ce nom ?
- Allez savoir… Sans doute parce qu’il voulait vous détourner de quelque chose d’essentiel que vous étiez sur le point de découvrir. Il fallait vous donner une piste sérieuse, vous lancer dans une direction que vous ne soupçonniez même pas pour que vous ne vous doutiez pas de l’imposture. C’est ce qu’il a fait. Peut-être aussi qu’il avait une raison quelconque de vous envoyer dans cette direction comme faire sortir Sobieski de sa prison le temps de l’enquête. Qui saura jamais ?
De nouveau abasourdi par ce retournement de situation, Colby sentit sa motivation lui échapper quelques instants. Il se demanda si un jour tout cela allait finir. Mais il savait très bien, qu'il allait retrouver quelque chose.
- Très bien. Je vous remercie, dit-il. Nous allons étudier ce dossier.
Laurton tourna les talons et quitta le bureau sans un mot. Dès qu’il fut parti, peu confiant dans les informations qu’il venait de lui transmettre, Colby retéléphona à son ami des services secrets pour connaître le fin mot de l'histoire. Il lui demanda alors des renseignements sur l’agent Dimitri et sur ce Laurton.
CHAPITRE XV
Maison des Eppes
En entrant dans la maison, la première chose que sentit Alan fut la délicieuse odeur qui s'échappait de la cuisine. Il resta un instant interdit. Qui pouvait bien être aux fourneaux ? Ce n'était pas Amita, qui lui avait dit qu'elle passait la journée à l'université, mais que, si besoin était, il pouvait la joindre. Elle s'arrangerait pour revenir. Ce n'était évidemment pas Larry puisqu'ils venaient de se quitter et ni Robin ni Liz ne se seraient permises d'utiliser sa cuisine sans lui demander sa permission. Alors ?... Charlie ?
Une bouffée d'espoir le saisit. Peut-être qu'enfin son fils s'était décidé à secouer cette chape de chagrin dans laquelle il s'était enfermé. Peut-être que la conversation qu'ils avaient eu le matin avait enfin porté ses fruits. Peut-être que le mathématicien allait revenir à la vie et qu'il aurait ainsi moins l'impression d'avoir perdu ses deux enfants d'un seul coup.
Il entra dans la cuisine, plein d'espoir et un franc sourire, le premier depuis dix jours, éclaira son visage en voyant son garçon, un grand tablier ceint autour de la taille, qui s'afférait devant une poêle.
- Charlie ? Qu'est-ce que tu prépares ?
Le mathématicien se tourna vers lui, un grand sourire sur le visage et Alan reçut comme un coup au cœur. Il n'était pas naturel ce sourire. Le matin même, Charlie était plongé en pleine dépression, et, quelques heures plus tard, il l'accueillait avec un sourire radieux sur les lèvres, comme s'il trouvait la vie magnifique, comme si... oui, c'était ça, comme si rien ne s'était passé. Charlie avait le sourire heureux du Charlie d'avant la tragédie, et ça, ce n'était pas normal. Et tandis que l'inquiétude se peignait sur son visage, Alan interrogea son fils :
- Qu'est-ce que tu nous fais de bon ?
- Tu vois bien, des pancakes.
- Des pancakes ?
Il y avait de l'étonnement mais aussi, cette fois, presque de la panique dans la voix d'Alan qui commençait à craindre de comprendre.
- Ben oui, des pancakes. Qu'est-ce que ça a d'étonnant ?
- Charlie, tu n'aimes pas les pancakes.
- Non, bien sûr, mais Don les adore lui !
Une bombe explosant à ses pieds n'aurait pas secoué Alan autant que cette phrase anodine qui rendait affreusement réelles ses craintes diffuses.
- Charlie...
- Oui, j'ai décidé de lui en faire la surprise. L'autre jour, il disait qu'il avait envie de pancakes. Alors, je lui en ai préparés.
Il jeta un coup d'œil à sa montre.
- Il ne devrait plus tarder maintenant non ?
Machinalement Alan jeta un coup d'œil à l'horloge et son cœur se serra : bientôt dix-neuf heures trente, l'heure à laquelle leur vie s'était arrêtée dix jours plus tôt.
- Charlie...
- Quoi ? Ecoute papa, si tu préparais de la crème à la noisette. Tu sais, cette crème qu'il adore étaler sur les pancakes. On pourrait le dorloter un peu ce soir, je lui ai trouvé mauvaise mine hier. C'est sans doute l'affaire sur laquelle il travaille qui le turlupine. Si seulement je pouvais l'aider un peu plus ! Mais pour le moment, il n'y a pas assez d'éléments...
Il continuait à parler, comme pour empêcher Alan de l'interrompre, comme conscient, dans son délire, que si son père prenait la parole, le merveilleux monde dans lequel il s'était enfermé, ce monde où son frère était encore auprès de lui, volerait en éclat. Et, un instant, Alan fut tenté de ne rien dire. Après tout, où était le mal si Charlie était heureux ainsi ? A quoi bon l'obliger à vivre l'atroce vérité, à lui faire éprouver à nouveau ce chagrin dévastateur, à le forcer à reprendre pied dans ce vide immense que rien ne viendrait jamais combler ? Et puis il comprit que ce serait une erreur de laisser Charlie s'égarer sur ces sentiers : qui sait jusqu'où ils pourraient le mener ? La réalité, aussi horrible soit-elle, est toujours préférable à un monde de chimères bâti sur du vent.
Il s'approcha de son garçon, arrêta son geste alors qu'il s'apprêtait à verser une louche de pâte sur la poêle, éteignit le gaz et, le saisissant aux épaules, il le força à lui faire face. Charlie tenta de se débattre
- Papa ! Qu'est-ce que tu fais ? Je n'aurai jamais fini à temps si tu m'interromps.
- Charlie, Charlie tu dois m'écouter chéri.
- Tout à l'heure.
- Non Charlie, maintenant.
- Mais Don va arriver.
- Don ne viendra pas Charlie.
- Bien sûr que si il viendra ! Il me l'a promis.
- Don ne viendra pas Charlie et tu le sais !
Dans les yeux du mathématicien, il vit soudain s'éteindre la lueur de bonheur qui brillait et réapparaître le voile d'infinie tristesse qui avait envahi son regard depuis la disparition de Don. Mais Charlie essayait encore d'échapper à l'inéluctable.
- Non, il va venir. Papa, il va venir.
- Non Charlie. Ton frère ne viendra pas. Ton frère ne viendra plus jamais chéri.
- Papa, s'il te plaît...
Alan se sentait le cœur déchiré de devoir à nouveau prononcer ces mots, de devoir à nouveau lui faire revivre cette souffrance. Mais il savait qu'il le devait, c'était son devoir de père, son devoir envers le seul enfant qui lui restait.
- Charlie...
- Papa, je t'en supplie, je t'en supplie !
Les larmes se mirent à couler sur son visage.
- Charlie, ton frère est mort.
- Non ! Non !
Alan serra contre lui son garçon effondré. Pourquoi avait-il dû l'arracher à son rêve ? Quel mal y avait-il à le laisser oublier, ne serait-ce qu'un moment ? Il savait pourtant qu'il avait pris la bonne décision, mais cela ne l'empêchait pas de souffrir tandis que, cramponné à lui, Charlie sanglotait désespérément. Il le serrait contre lui en passant une main apaisante dans ses cheveux tout en lui murmurant :
- Ca va aller chéri. Tu verras, ça va aller. Ca passera, ça passera.
Mais en même temps qu'il prononçait ces mots, il savait qu'il se mentait à lui-même : non ça ne passerait jamais. Ca ne passerait jamais parce qu'aucun d'entre eux ne pourrait jamais accepter l'inacceptable. Mais pour autant, ils n'avaient pas le droit de fuir la réalité.
CHAPITRE XVI
Bureaux du F.B.I.
Il y avait maintenant deux jours que Colby avait demandé à son équipe de faire un lien entre tous les crimes récents où les criminels avaient utilisé des explosifs et la liste des repris de justice qui pourraient vouloir la mort de Don. Mais tout en faisant cette enquête, il se demandait s'il ne fallait pas prendre plutôt l'enquête dans le sens où c'était peut être le F.B.I qui était visé. Ensuite après avoir réfléchi quelque temps, il se dit que, s’il s’agissait un tueur de fédéraux, il s'en serait pris aussi à eux. Mais là, il ne s'agissait que de Don. Prenant sa tête entre ses mains, il repensait à ce que l’agent Dimitri avait dit. Peut être il y avait un rapport. Alors malgré l'interdiction de la C.I.A, Colby voulut consulter un peu plus en détail le dossier. Il prit son téléphone et composa le numéro de Larry.
Après quelques tonalités, la voix très claire, légèrement fatiguée, mais reconnaissable de Larry répondit.
- Allo Larry, C'est Colby. J'aurais besoin de l'aide d'Amita ou de la vôtre pour chercher un dossier informatique.
- O.K., je vais arriver. Je suis là dans une quinzaine de minutes.
Ils raccrochèrent tous les deux. Colby savait qu'il allait enfreindre quelques règles. Mais visiblement, David n'était pas là pour l'en empêcher. Ni personne. Depuis la perte de leur chef, on aurait dit que la force de cette équipe avait disparu. Lui et Nikki semblaient encore les seuls à être assez motivés pour régler cette affaire. D'ailleurs la jeune agent arrivait à son tour.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-elle en voyant la page d'accueil de la C.I.A.
- Je vais chercher un dossier que nous a caché la C.I.A.. Tu n'es pas obligée de me soutenir. Si tu veux aller le dire, je ne t'en voudrai pas Nikki. dit l'agent en se disant qu'elle allait tout dire au sous-directeur. Mais aussi surprenant que cela puisse être, la jeune femme mit sa main sur l'épaule de son collègue masculin.
- Tu rigoles j'espère. On est une équipe, et je ferai tout pour t'aider. On va le coincer ce mec.
Ravi d'avoir un soutien dans cette affaire, Colby n'attendait plus que l'arrivée de Larry.
CHAPITRE XVII
Bureaux du F.B.I.
Dans la voiture, larry repensait à tous ses mots, à tous les événements qui s'étaient passés, à son ami qui partait de plus en plus à la dérive, ne pouvant plus supporter la vérité. Tout cela était dur. Maintenant il avait besoin d'une pause, et Colby lui offrait cette pause. D'un côté il le remerciait, d'un autre côté il le maudissait, voulant rester chez les Eppes. Mais il ne devait pas non plus s'enfermer dans un monde à lui. Il devait se battre, et là il pouvait peut-être trouver quelque chose.
Il arriva enfin aux locaux du F.B.I.. Tremblant légèrement, il descendit de sa voiture pour aller dans le bâtiment. Il entra dans l'ascenseur. Et là il se rappela des jours où il allait au F.B.I. avec Charlie quand ils devaient aller voir Don. Il crut voir alors devant lui le fantôme de Don, souriant, le considérant comme un ami, un confident.
Puis quand la porte s'ouvrit, laissant les larmes où elles devaient être, il s’élança dans les bureaux pour aller aider Colby.
*****
Colby vit arriver le professeur. Ravi qu'il ait pu se libérer rapidement, il l'accueillit avec un grand sourire.
Larry répondit par un petit sourire timide, et alla rapidement sur l'ordinateur.
- Je voudrais que l'on ai le dossier de l'affaire Sobieski. Est-ce qu'il est possible que l'on... commença Colby avant d'être interrompu par Nikki qui enchaîna :
- …pirate les données de la C.I.A.. Même si c’est interdit ?
Larry d'abord surpris répondit d'un hochement de la tête positif.
- Bien, alors je vais appliquer quelques équations que nous avions mis en place avec Charlie...
Mais le physicien s'arrêta en repensant à son ami.
- Je vais vous trouver ce dossier, finit-il par dire sans ajouter trop de détails.
Il se mit tout de suite au travail.
- Vous pensez en avoir pour combien de temps ? demanda Colby.
- Plusieurs heures, dit il sans lever la tête de l'ordinateur pour ne pas perdre la moindre seconde.
Nikki resta alors aux côté du professeur où cas où il aurait un problème. Colby avait bien sûr pensé que si on voulait retirer l'accréditation de Larry, il ferait tout pour faire comprendre que c'était lui qu’il faudrait punir plutôt que le physicien qui n'avait fait qu'obéir aux ordres.
*****
Colby se dirigea vers la salle de repos du F.B.I. pour aller voir Liz et David. Il entra alors dans la pièce et vit David regardant son verre de jus de fruit, et Liz regardant sa tasse de café. Les deux agents ne semblaient plus réagir, et n'avaient pas vu que Colby était rentré.
Il prit une tasse de café et alla à la table avec ses collègues, il les regarda et sembla chercher à l'intérieur de leur yeux la petite étincelle permettant de croire qu’il était possible de les remotiver. Il était inenvisageable qu'il continue sans son équipe au complet. David leva alors les yeux vers son collègue, remarquant enfin sa présence. Comment celui-ci pouvait garder encore cette lueur d'espoir dans les yeux ?
- Comment arrives tu a être comme ça ? demanda-t-il en le regardant, légèrement en colère. Don est mort, et tu continues comme ça ?
Colby ne s'inquiéta pas, et Liz releva alors les yeux. Tranquillement, en retirant de ses lèvres la tasse, il prit la parole.
- Je veux que cette affaire soit close. Je veux que celui qui a tué Don soit puni, au minimum pour sa famille. Et j'aurai besoin de vous, ajouta t-il avec une douceur étonnante de sa part.
Visiblement Liz n'était pas insensible à ce charme et, tout doucement, une petite étincelle se réveilla aussi dans ses yeux, timide mais présente.
David, lui, semblait incertain. Il se leva et alla vers son collègue et ami.
- A quoi tout cela rime ? Ca ne fera pas revenir Don. Je ne vois pas que l'on peut faire de plus.
- On peut au moins soulager la peine d'Alan et de Charlie. Tu as pensé à eux ? Tu as pensé à ce qu'ils peuvent ressentir ? Au fait qu'ils ont perdu quelqu'un d'important pour eux ? Nous pouvons… non !.. nous devons les aider. C'était un de nos collègue !!! répondit Colby légèrement irrité à cause de l'inactivité de David.
Mais visiblement ses arguments avaient fini par toucher le coeur et la conscience de David qui refirent surface rapidement.
Colby avait raison. Ils ne pouvaient pas se permettre de rester inactifs alors que Charlie et Alan comptaient sur eux pour coincer celui qui avait fait ça.
Soudain, Nikki entra dans la salle, rapidement, légèrement essoufflée.
- Larry a réussi.
Posant sa tasse, Colby sortit à toute vitesse de la salle, suivi de ses autres collègues, pour aller au bureau voir Larry qui avait craqué la protection pour entrer dans le dossier Sobieski.
- Ca y est! J'ai ouvert : tu peux consulter.
Etonné, et surtout tiraillé entre le règlement et la volonté de venger son chef, David regardait Nikki et Colby qui semblaient être ravis. Visiblement Liz acceptait l'idée de ne pas respecter le règlement. Mais il finit par se dire que Colby avait eu une bonne raison de prendre cette décision.
Colby ouvrit le dossier et l'explora. Il découvrit que la plupart des éléments donnés par l'agent Dimitri étaient vrais, mais aussi qu'il n'y avait pas énormément de choses sur ce que Sobieski et Don avaient en commun. Même pire, le dossier semblait n'avoir aucun lien avec le meurtre de Don. Rien ne correspondait. L'homme était emprisonné, et personne ne pouvait vraiment aller le voir. L'agent Laurton semblait avoir raison.
Comprenant que cette affaire ne le mènerait nulle part, il sut alors qu'il allait se faire taper sur les doigts par ses supérieurs pour avoir désobéi au règlement. Mais il n'était pas énervé. Il se doutait que tout allait finir comme ça. Il remercia alors Larry, en lui assurant qu'il n'aurait aucun souci, en lui promettant qu'il ferait tout pour le défendre si jamais les choses dégénéraient par rapport à son action de ce jour.
Mais quelque chose le gênait tout de même : si l'agent Dimitri était vraiment un espion, alors pourquoi avait-il donné toutes ces informations qui étaient vraies ? Et puis, quelles étaient les probabilités qu’il soit tué dans un accident de voiture juste après leur avoir indiqué cette piste ? Colby aurait bien aimé pouvoir interroger Charlie à ce sujet. En attendant, il espérait que la réponse, ou au moins une partie, lui soit donnée par son ami des rensiegnements. Il hurla alors des ordres à son équipe remotivée, même s'ils étaient tombés dans un cul de sac.
CHAPITRE XVIII
Bureau du F.B.I.
Le lendemain cependant, les recherches restant infructueuses, Colby se dit que tout était dur en ce moment. Il n’y avait aucun autre suspect ayant les même caractéristiques que Sobieski, mais de nombreux suspects remplissaient une partie des critères pouvant amener à tuer un agent du F.B.I. Et même si, pour certains, leurs motivations n'étaient pas suffisantes, il se disait que le tueur se trouvait parmi tous ces gens.
C'est alors que le téléphone de Colby sonna. Il le prit et répondit machinalement.
- Colby Granger à l'appareil.
- Yo vieux, c'est moi Brice. J'ai trouvé des infos sur Laurton et l'autre.
- Tu as quoi ?
Après quelques minutes de discussion, le visage de Colby se figea. Puis un sourire apparut sur ses lèvres.
- Je te remercie Brice. Je te revaudrais ça.
Il raccrocha, et reprit son téléphone pour appeler l'agent Laurton en lui demandant de passer au bureau. Tout d'abord surpris, celui-ci lui demanda pour quel motif. Colby biaisa en insistant pour qu'il vienne car ils avaient trouvé de nouvelles preuves dans l'affaire Sobieski.
Comme un poisson, Laurton mordit à l'appât, et arriva aux bureaux du F.B.I très en colère, ne voulant cette fois ci pas cacher ses émotions.
- AGENT GRANGER !!! hurla alors l'homme avant de se faire attraper par le col.
- Je ne sais pas pourquoi vous faites tout ça, mais apparemment, vous voulez freiner l'enquête. Mais sachez que rien ne m'empêchera de découvrir qui a tué Don !!! Nous sommes en train de faire des recherches sur les explosifs. J'ai eu des informations concernant votre espion...Ce n'en était pas un. Mais apparemment vous le saviez. Vous avez monté cette affaire d'espion pour nous éloigner de notre piste initiale. Pourquoi ?
L'agent de la C.I.A regarda l'agent du F.B.I. et comprit qu'il n'avait pas le choix.
- Bien...Je vais vous expliquer, mais tout d’abord, lâchez-moi.
Colby relâcha alors le col de Laurton. Ce dernier le remit dans une position plus correcte. Puis se mit à tout raconter.
- Nous travaillons sur cette affaire, et nous avons eu des ordres très stricts. Nous ne devions pas en parler : secret défense. Mais nous pouvons vous donner une liste de noms.
- C'est un bon début de collaboration. Mais j'espère que ce n'est pas du vent cette fois.
Comprenant que le jeu ne se ferait pas deux fois, Laurton affirma que cette liste était vraiment une liste de personnes qui travaillaient avec Sobieski.
- Je vais aller vous faire des photocopies et je reviendrai. Mais je doute que vous trouviez quelque chose sur le meurtre de l'agent Eppes.
Quittant les locaux, en regardant de loin l'agent du F.B.I, pour la première fois l'agent Laurton se sentit mal à l'aise.
*****
Quelques heures plus tard.
Colby regardait sa montre en attendant l'agent de la C.I.A. Les recherches sur les explosifs continuaient à se faire. Et tandis qu'il s'impatientait, alors qu'il allait se rendre chez les Eppes pour voir comment Alan et Charlie réagissaient à la situation, Laurton arriva avec en main la fameuse liste.
- Vous partez déjà ? demanda l'agent de la C.I.A, avec un peu de mépris.
- Je vais m'assurer que la famille de la victime va bien. Posez la liste sur la table. Nous la consulterons.
Sans ronchonner l'agent de la C.I.A s'exécuta, puis repartit, tandis que Colby allait voir les Eppes.
CHAPITRE XIX
Maison des Eppes
- Où est Charlie ?
Alan se retourna vers Amita qui venait de rentrer dans la cuisine. Elle avait l'air fatiguée. Elle avait repris ses cours deux jours avant, et assurait en plus ceux de Charlie en alternance avec Larry. Mais Alan savait que ce dernier collaborait aussi étroitement avec le F.B.I. dans l'enquête sur la mort de Don et que, de ce fait, l'essentiel de l'effort reposait sur les épaules de la jeune femme.
De plus celle-ci se faisait un sang d'encre pour Charlie. Depuis maintenant trois jours que son frère avait été enterré, il semblait se déconnecter de plus en plus de la réalité, comme si celle-ci lui était insupportable. Alan aussi commençait à s'affoler de l'attitude de son plus jeune fils. Il se sentait épuisé. Il n'en pouvait plus, en plus de sa propre douleur, de devoir porter le fardeau de son cadet. Il avait toujours su que Charlie adorait son frère et qu'il ne supporterait pas qu'il lui arrive quelque chose, mais il n'avait jamais mesuré, jusqu'à cette tragédie, à quel point cela était vrai. Il était terrorisé à l'idée que le jeune homme soit incapable de surmonter le choc et ne s'enfonce de plus en plus dans la dépression. Si cela arrivait, il aurait perdu ses deux enfants et cette perspective le crucifiait littéralement.
Il se retourna vers Amita et lui répondit :
- Il prend un bain.
- Oh ! C'est qu'il va mieux alors ?
Il eut un sourire las en voyant le visage de la jeune femme s'éclairer à l'idée d'un mieux chez Charlie. Elle l'aimait vraiment, il n'y avait aucun doute. Pourquoi son fils ne la laissait-il pas l'aider ?
- A vrai dire, je ne sais pas trop, répondit-il, ne pouvant se résoudre à lui mentir.
- Bon, il y a longtemps qu'il est dans la salle de bain ?
Il jeta un coup d'œil à la pendule et soudain son visage se tendit sous l'effet de la préoccupation :
- Oui, ça fait déjà près de deux heures !
Ils échangèrent un regard dans lequel l'affolement commençait à poindre, la même atroce idée ayant traversé leurs esprits en même temps. Et déjà Alan s'en voulait de n'avoir pas prêté attention plus tôt à la longueur de ce bain que prenait son fils. Mais il s'était perdu dans ses pensées, revivant les merveilleux souvenirs qu'il gardait de son Donnie, de l'époque où il n'était encore qu'un petit enfant confiant jusqu'à ce repas neuf jours plus tôt où, pour la dernière fois, son rire avait empli la maison. Et il n'avait pas vu le temps passer.
D'un même élan ils se ruèrent vers la salle de bain et entrèrent.
Charlie était allongé dans la baignoire, les yeux clos, l'air totalement absent et ils eurent un instant de panique à le regarder : on aurait dit qu'il n'était plus de ce monde tant il était pâle.
- Charlie ? interrogea doucement la jeune femme.
- Charlie, qu'est-ce que tu fais ? Le repas est prêt, il faut sortir de ton bain.
Pas de réponse, rien, le néant total.
- Charlie, réponds-nous.
Devant le manque de réaction du mathématicien, la peur les envahit de nouveau et Alan s'approcha de la baignoire. Il posa la main sur l'épaule de son fils et la sentit froide sous ses doigts. Un frisson le parcourut tandis qu'il hurlait :
- Charlie !!!
Puis il plongea les bras dans l'eau pour arracher son fils à son linceul liquide et s'aperçut alors que celle-ci était glacée. Sa panique s'accrût d'un seul coup.
- Amita, venez m'aider, vite !
La jeune femme s'empressa et à eux deux ils sortirent Charlie de l'eau. Celui-ci se mit soudain à se débattre, comme s'ils l'arrachaient à un rêve merveilleux. Un soupir de soulagement leur échappa : il était vivant !
- Charlie ! Oh Charlie ! Mais qu'est-ce que tu voulais faire ? pleurait la jeune femme tout en le frottant énergiquement avec une serviette qu'elle avait récupérée sur le porte-serviettes.
Charlie ne répondait pas, se contentant de les regarder du regard morne qui était désormais le sien : à la fois infiniment triste, un peu étonné, mais aussi légèrement hostile, comme s'il leur en voulait d'être là et de l'obliger à réintégrer un monde qu'il haïssait.
- Amita, allez chercher du café bien chaud s'il vous plaît, ordonna Alan. Je m'occupe de Charlie.
Elle obtempéra sur le champ, heureuse à la fois de pouvoir être utile, mais aussi de quitter cette pièce où elle ne supportait plus de contempler la déchéance de celui qu'elle aimait.
*****
Alan enveloppa chaudement Charlie dans un peignoir tout en lui parlant d'une voix calme pour tenter de l'atteindre dans ce monde où il s'était réfugié. Il le fit asseoir sur le tabouret qui meublait la pièce et lui sécha soigneusement les cheveux. Puis il l'entraîna avec lui vers sa chambre, lui enfila un pyjama et le coucha, le recouvrant soigneusement de manière à ce qu'il se réchauffe. Le mathématicien se laissait faire, sans protester mais sans participer non plus. Comme une marionnette décérébrée il tendait le bras que son père lui demandait de tendre, s'asseyait ou marchait à la demande : son corps obéissait aux injonctions mais son cerveau semblait totalement étranger à l'action.
Amita revint avec un mug fumant ainsi qu'une cafetière remplie du liquide ambré et Alan approcha la tasse des lèvres blêmes de froid de son fils. Celui-ci, toujours aussi passif, absorba le liquide chaud. Et soudain, avec un infini soulagement, Alan et Amita virent revenir une lueur dans son regard éteint. Et même si elle faisait mal par l'intensité de la douleur qu'on y lisait, elle prouvait que Charlie était en train de revenir de son voyage immobile.
- Papa ? Amita ? Mais...
Il regardait autour de lui, étonné de se retrouver là.
- Qu'est-ce qui t'est passé par la tête bon sang ?
D'un seul coup, avec le soulagement, la colère submergea Alan. Comment son fils pouvait-il leur faire subir ça ? Est-ce qu'ils n'en avaient pas déjà assez comme ça ?
- Que voulais-tu faire ? A quoi ça rime tout ça hein ? Tu peux m'expliquer ?
- Papa...
- Tu crois que ton frère serait fier de toi s'il te voyait en ce moment ?
- Alan !
Amita intervenait, comprenant que le vieil homme, à bout de nerfs, risquait de dire des choses que Charlie n'était pas en mesure de supporter. D'ailleurs, en entendant la réflexion de son père, celui-ci fondit aussitôt en larmes. La colère d'Alan s'envola sur le champ et il prit son fils dans ses bras, le serrant contre lui.
- Pardon chéri, pardon. Je ne voulais pas m'énerver. Mais tu m'as fait si peur, si tu savais...
Charlie s'accrochait désespérément à son père et Amita vint les enlacer tous les deux pour les réchauffer de son étreinte. Lorsqu'il sentit que son fils se calmait, Alan le recoucha sur ses oreillers et l'obligea à absorber encore un peu de café. Puis, d'une voix douce, il reprit.
- Charlie, j'ai besoin de savoir....
- Je ne sais pas papa. Je crois que...
- Que quoi Charlie ?
- Je crois que je voulais juste voir ce que ça faisait tu comprends ? D'être ainsi, seul, dans le froid et dans le noir. Je voulais me rapprocher de Don !
- Oh Charlie !
Que pouvaient-ils dire ? Comment réussir à lui faire comprendre que ce n'était pas ainsi qu'il soulagerait sa souffrance ? Que jamais son frère n'aurait voulu qu'il se laisse ainsi aller à cause de lui ? Alan se demandait comment trouver les mots pour lui expliquer que son frère n'était pas dans le noir et dans le froid, mais bien au chaud auprès de sa mère. Il lui aurait demandé comment il le savait. C'est à des moments comme ça qu'Alan regrettait de ne pas avoir transmis ses croyances à son fils trop cartésien : ça aurait pu l'aider de penser son frère en sécurité. Au lieu de ça, il devait se contenter de lui murmurer :
- Ca va aller chéri, tu verras, ça va aller.
Il ne trouvait rien d'autre à dire et il ne croyait même plus à ses propres mots. Il déposa un baiser sur le front de son fils qui s'endormait et Amita en fit autant. Au moment où ils quittaient la chambre, la voix de Charlie s'éleva de nouveau et Alan sentit son cœur se serrer devant le ton enfantin qu'il avait alors :
- Papa...
- Oui chéri.
- Tu crois que Don aurait honte de moi ?
Son père se figea sur le seuil. Comment avait-il pu laisser échapper une telle énormité ? Avait-il vraiment besoin d'ajouter ce genre de supplice à ce que son fils traversait déjà ?
Il revint vers le lit, s'assit au bord et prit la main de Charlie entre les siennes. Il la porta à ses lèvres en lui disant :
- Non, bien sûr que non Charlie. Ton frère a toujours été très fier de toi, toujours. Et je suis sûr qu'il l'est encore plus aujourd'hui, de là où il est. Tu comprends Charlie ?
Déjà à moitié endormi, le mathématicien marmonna vaguement quelque chose que son père ne comprit pas et Alan ne put pas déterminer si ce qu'il venait de lui dire avait atteint sa conscience. Il enfoui délicatement la main qu'il tenait sous les couvertures et les remonta soigneusement jusqu'au menton de son fils pour le garder bien au chaud, puis il se dirigea à nouveau vers la porte. Au moment où il la refermait, Charlie soupira et, le cœur déchiré, son père l'entendit murmurer dans son sommeil :
- Donnie... Attends-moi, je viens aussi. »
CHAPITRE XX
Bureaux du F.B.I.
L'enquête avançait. Malgré tout ces tueurs avaient laissé des traces. Et la meilleure piste était le genre d'explosif qu'ils utilisaient. Chaque fois le même. Du C4. Colby mit alors tout le monde sur les affaires de vols de C4 dans les bases militaires.
Tout de suite, et sans attendre le moindre ordre, avec l'aide de David ils appelèrent les différents contacts dans le milieu. Ils devaient faire peur, sans pour autant utiliser la violence. Et pour cela, Colby avait choisi comme solution d'aller chercher parmi les anciennes adresse des tueurs et vers les anciens militaires. Il cherchait quelqu'un qui pouvait correspondre à ce genre d'homme.
« Je pense plutôt qu'il s'agit d'un groupe, avait suggéré Larry qui était venu prêter main forte pour l'enquête. Regardez. Rien que pour prendre ce camion, aller chercher les explosifs, et surtout savoir les manier, il fallait être au moins deux.
- Oui l'un conduisait, et l'autre volait les explosifs, reprit Colby heureux que l'affaire avance.
Ils laissèrent Larry sur cette affaire, le laissant visionner heures après heures les vidéos afin de voir qui aurait put voler le C4. David et Colby avaient, quant à eux, décidé d'interroger plusieurs suspects qu'ils avaient grâce à la liste établie par la C.I.A..
Dans trois salles séparées, trois hommes potentiellement suspects, étaient en train d'attendre les agents. Chacun était seul. Pas d'avocat. Le premier, Ricardo, était un ancien prisonnier qui en avait pris pour dix ans pour vol sur une base militaire. Le second, Franck, était un militaire déchu de ses fonctions pour avoir, je cite, « considéré uniquement son intérêt personnel dans des occasions où l’action de groupe était essentielle », autrement dit : « Joué trop individualiste ».Le dernier enfin, Jack, plus jeune, travaillait dans le bâtiment et plus spécialement dans les explosifs.
David prit Ricardo, Liz prit Franck et Nikki alla dans la salle de Jack.
Colby resta derrière les vitres teintées observant chacun des interrogatoires, avec à côté de lui l'agent de la C.I.A..
CHAPITRE XXI
Bureaux du F.B.I.
« Dites nous ce que vous faisiez le matin du meurtre ? Demanda David en fixant droit dans les yeux l'ancien prisonnier.
- J'suis allé voir mon fils. Ca fait plus de dix ans que je l'ai pas vu, répondit Ricardo.
- Et avez-vous plusieurs témoins ?
- Ben oui, tous ceux qui étaient dans le centre d'accueil de mon fils. Ecoutez, moi j'ai rien à voir avec cette histoire. Qu'est-ce que j'irais faire à un flic alors que je viens de me prendre dix ans de prison, et que mon fils se trouve tout seul ? Il n’a plus de mère, plus que moi. Et j'ai pas envie qu'il souffre d'avantage. Croyez moi j'ai retenu la leçon.
- Cependant, il paraît que vous avez reçu un appel de la prison il n’y a pas si longtemps.
- Ouais, j'en connais pas mal là bas. Y a pas que des pourritures dans les prisons. Et si vous faisiez votre boulot correctement, y aurait pas d'innocents là-bas. »
*****
Dans l'autre salle d'interrogatoire, Liz était assise sur une chaise regardant Franck dans les yeux. Ce dernier avait affirmé que, depuis qu'il avait perdu son job, il faisait tout pour en retrouver, qu'il avait passé un entretien d'embauche sur le web, et qu'il attendait avec impatience que quelqu'un vienne lui proposer du travail.
« C'est alors qu'il vous a appelé ? dit Liz.
- C'est n'importe quoi ! Pourquoi ce serait moi ?
- C'est bien votre ancienne base militaire qui a été volée. Et apparemment votre frère se trouverait en prison. Alors pour lui donner un coup de pouce, ou sous la menace vous avez accepté ce contrat ?
- JAMAIS !!! hurla-t-il. Mon frère n'a rien à faire là bas. On la faussement accusé, comme vous m'accusez faussement en ce moment.
- Vos relevés téléphoniques nous disent le contraire.
- C'est du bidon ! vous avez tout falsifié. Moi j'suis un honnête citoyen ! »
*****
Dans la dernière salle d'interrogatoire, Nikki tournait autour du jeune Jack. Ce dernier semblait trembler de peur, et finit par tout avouer.
« Je crois que je n'ai plus trop le choix.
- Alors...C'est Lui votre commanditaire ? demanda Nikki.
- Oui...Il nous a dit qu'il nous refilerait à nous deux 20 000 dollars chacun, et qu'après il nous laisserait tranquilles. Moi, j'ai ma fille qui est très malade, et une opération importante à payer. Mais sans aucun argent on ne peut rien faire. J'avais besoin de cet argent.
- Qui est votre coéquipier ?
- Un certain Franck. Il était dans l'armée. Il m'a dit qu'il avait menacé son frère. »
*****
Colby regarda alors Nikki lui faire signer les déposition, et avertir Liz de ce qui se passait. A son tour Franck passa aux aveux. Comprenant que l'affaire allait peut être enfin être bouclée, Laurton prit la parole :
« Bien, on va les placer sous surveillance le temps que l'on puisse aller au tribunal. Quand tout sera fini, alors nous vous avertirons. »
La soirée allait bien se passer peut-être pour eux. Larry était parti. David était allé avec Nikki boire un verre pour se changer les idées. Liz était restée là et regardait Colby qui pensait et finissait de remplir les rapports d'enquête.
S'approchant doucement, elle voulut exprimer sa tristesse, mais aussi l’attirance qu'elle avait pour cet agent. Mais tout fut court-circuité, quand ils virent aux informations que les deux résidences où étaient placées les témoins, venaient d'être détruites dans une explosion, avec toutes les preuves qui allaient avec. Maintenant, après tout ces efforts, ils devaient tout reprendre depuis le début et rechercher les nouveaux commanditaires. Mais hélas pour eux, la justice n'allait pas permettre de détenir ce monstre plus longtemps en prison. Même pas le temps de l'enquête.
Il était trop tard....
CHAPITRE XXII
Maison des Eppes
- Charlie, Charlie, je t'en supplie ouvre-moi cette porte.
Amita pleurait et suppliait, debout devant la porte du garage.
- Que se passe-t-il ?
Elle se retourna et vit Colby qui venait d'entrer dans la maison.
- Charlie s'est enfermé dans le garage.
- D'accord. Rien de nouveau alors.
- Colby, il est là depuis des heures et il ne répond pas. J'ai peur de ce qu'il pourrait faire !
- Où sont Alan et Larry ?
- Ils font le tour, ils essaient de voir s'ils peuvent entrer par l'extérieur.
Justement les deux hommes revenaient, livides.
- Rien à faire, haleta Larry, il s'est barricadé !
Alan ne disait rien mais Colby lut dans ses yeux une détresse qui lui fit mal. Il l'entraîna avec lui vers le salon, faisant signe à Larry et Amita de les suivre. Comme incapables de résister à son autorité, ils le suivirent et s'installèrent bientôt autour de la table basse.
- Bon, et si vous m'expliquiez de quoi il retourne exactement ? Pourquoi cet affolement ? Qu'est-ce qui arrive à Charlie ?
Un par un, Alan, Amita et Larry lui expliquèrent la spirale infernale dans laquelle Charlie semblait s'enfoncer de plus en plus, sans qu'ils puissent rien pour lui. Depuis six jours que son frère avait été enterré, il se nourrissait à peine et c'était à eux de l'obliger à se changer et à se laver, sinon il n'y aurait même pas pensé. Il passait ses nuits à errer d'une pièce à l'autre puis il s'enfermait des heures dans le garage.
- Mais ça, c'est son habitude, tenta de les rassurer Colby. Après tout, le fait de travailler lui apporte sans doute un peu de réconfort.
- Mais il ne travaille pas, rétorqua Amita retenant difficilement ses larmes.
- Comment ça ?
- Il reste juste là, à contempler le tableau sans bouger, sans rien faire, expliqua Larry.
- C'est effrayant, compléta Amita.
Alan ne disait rien, mais son regard parlait pour lui.
- Et que s'est-il passé aujourd'hui ? Pourquoi êtes-vous si inquiets puisque, visiblement, ce n'est pas la première fois qu'il s'enferme ainsi ?
- Ce n'est pas pareil cette fois. J'ai peur qu'il n'ait fait une bêtise.
A ces mots, Colby, à son tour, eut l'air inquiet.
- Racontez moi ce qui s'est passé.
Ce fut Alan, d'une voix tremblante qui prit alors la parole. Ce matin-là, lorsqu'il s'était levé, Charlie était déjà dans le salon, à errer comme un zombie, dans un désoeuvrement d'autant plus difficile à endurer qu'il était, avant, impossible de le trouver inoccupé, sauf quand il dormait, et encore disait parfois Amita en riant, même dans ces moments-là son cerveau ne devait pas s'arrêter d'élaborer des théories. Alan s'était dirigé vers lui.
- Charlie, Charlie, chéri, regarde-moi.
Charlie gardait les yeux obstinément baissés, comme s'il refusait de croiser le regard de son père, comme s'il refusait de le voir, de l'entendre, retiré dans un monde où personne n'avait accès. La colère avait alors saisi Alan : il n'en pouvait plus. Il avait perdu un fils, il ne permettrait pas que l'autre se perde.
- Ca suffit maintenant Charlie, avait-il dit en prenant le visage de son cadet entre ses mains pour le forcer à le regarder. Tu ne peux pas continuer comme ça ! Don ne l'aurait pas voulu, tu m'entends ! Don ne voudrait pas que tu te laisses ainsi aller !
- Don ?
Il lui sembla que la mention du nom de son frère le faisait sortir de son hébétude.
- Oui, Charlie. Don, ton frère, Donnie. Que crois-tu qu'il penserait de toi à te voir dans cet état-là ?
- Donnie...
Les larmes s'étaient mises à rouler sur les joues de Charlie et, désarmé par cette douleur muette, Alan n'avait pu que serrer son fils contre lui. Comment le soulager ? Comment l'aider à surmonter sa détresse, lui qui avait déjà tant de mal à gérer la sienne ?
- Ecoute chéri, je vais préparer le petit déjeuner, tu veux quelque chose ?
Charlie s'était contenté d'un vague signe de tête dans lequel son père n'avait pu déterminer s'il voulait dire oui ou non. De toute façon il fallait qu'il se nourrisse : il n'avait quasiment rien avalé depuis le décès de son frère. Ca ne pouvait pas durer ainsi, il allait finir par se rendre malade. Il flottait déjà dans ses vêtements et Alan s'inquiétait pour sa santé. Il alla rejoindre Amita dans la cuisine. Celle-ci échangea avec lui un regard impuissant pour lui faire comprendre qu'elle non plus n'avait pas réussi, malgré tout l'amour qu'elle avait pour lui, à percer le mur derrière lequel Charlie semblait s'être retranché.
Puis les deux scientifiques étaient partis pour l'université : ils avaient des cours à assurer et, Charlie étant indisponible, ils se relayaient pour assurer ses propres cours en plus des leurs. C'était à la fois une façon de lui venir en aide et d'éviter de trop penser aux tragiques événements qui avaient endeuillé la famille.
Lorsqu'il avait eu fini de tout ranger, en début d'après midi, après un morne déjeuner durant lequel Charlie n'avait pas desserré les dents et à peine avalé deux feuilles de salade, Alan s'était mis à la recherche de celui-ci, décidé à avoir une bonne conversation avec lui. Il devait enfin prendre conscience de l'inutilité et de la cruauté pour ceux qui l'aimaient de son comportement actuel. Puis il s'était aperçu que le mathématicien s'était endormi, lové sur le lit de Don, serrant contre lui un portrait de son frère et il n'avait pu se résoudre à le réveiller : il dormait si peu depuis le drame qu'il était crucial pour lui de récupérer un peu. Alan avait décidé de profiter de ce sommeil pour aller faire quelques courses en vue du repas du soir.
Durant tout le temps que durèrent ses achats, pas une fois son esprit ne put se distraire de la pensée de son fils cadet : que pouvait-il faire pour l'aider à surmonter cette épreuve ? Il lui vint à l'esprit de faire appel à un thérapeute. Pourquoi pas le Dr Bradford, celui qui avait si bien aidé Don dans un moment difficile de sa vie ? Cette pensée l'avait ramené à l'indicible sentiment de vide qu'il ressentait depuis la mort de son garçon. Rien ne pourrait jamais combler cette absence. Mais si au moins il avait pu un peu s'appuyer sur Charlie, avoir l'impression d'avoir encore un enfant ! Pourtant, il ne pouvait pas en vouloir au mathématicien. Il avait toujours su combien Don comptait à ses yeux. Depuis l'enfance il connaissait la lueur d'admiration qui brillait dans son regard lorsqu'il le posait sur ce grand frère adoré pour qui il se serait fait couper en quatre. Pourquoi avait-il fallu que ça arrive ? Pourquoi ?
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