HypnoFanfics

Cauchemar

Série : Numb3rs
Création : 14.04.2009 à 17h47
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Le tout premier épisode que j'ai écrit, il y a quelques mois. Il prend place juste après la fin de la saison 4. » Cissy 

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« Vous avez compris cette fois-ci professeur ? Alors écoutez-moi bien. Je sais que le F.B.I. est au courant : à vous de les gérer, de leur faire comprendre de garder leur distance. Sinon il se pourrait que j'organise une seconde connexion avec votre frère, et je peux vous garantir que ce qu'il vient de subir ne serait rien à côté de ce qui lui arriverait alors. J'espère que c'est bien clair aussi pour vous agent Sinclair, précisa-t-il.

- Je ferai ce que vous voudrez. »

Charlie était anéanti, brisé, rongé par la culpabilité : on avait torturé son frère, il devait souffrir le martyr et c'était entièrement sa faute ! Jamais Don n'aurait agi de la même façon dans les mêmes circonstances, lui aurait réussi à le protéger, à le retrouver et pour sa part, tout ce qu'il avait su faire, c'était d'aggraver sa situation déjà si douloureuse.

« Tout d'abord vous allez me donner ce que vous avez fait. Je l'emporte pour le faire examiner et j'espère pour vous que vous n'avez pas essayé de me refiler n'importe quoi !

- Non, je vous en donne ma parole.

- Très bien. C'est tout ? demanda-t-il alors que Charlie lui remettait la liasse de feuilles.

- Ce n'est pas si simple : j'ai encore beaucoup de travail pour parvenir à un décryptage, ne serait-ce que partiel.

- Alors, il vaudrait mieux éviter d'en perdre avec des enfantillages, ne croyez-vous pas ? Le temps est votre ennemi professeur Eppes.

- Que voulez-vous dire ?

- Vous m'avez demandé, tout à l'heure, pourquoi votre frère se trouvait enfermé dans une chambre froide. Je vais vous répondre. Nous l'y avons enfermé à deux heures ce matin. La température était alors de 18°C. Sachant qu'elle descend de un degré toutes les quatre heures, je pense que vous n'aurez aucun mal à déterminer le temps qu'il faudra avant que votre frère ne soit complètement gelé !

- Oh mon Dieu ! Vous ne pouvez pas faire ça !

- Je le peux parfaitement puisque je l'ai fait. La balle est dans votre camp professeur, mais ne perdez pas trop de temps. Je reprends contact demain matin : huit heures ici même. Et évitez le F.B.I. Agent Sinclair, ajouta-t-il, je ne sais pas trop si vous êtes caché dans la lampe ou dans le combiné du téléphone ; quoi qu'il en soit, évitez de me faire suivre, cela pourrait coûter très cher à l'agent Eppes et de toute façon cela ne vous mènerait à rien : je ne compte pas rejoindre l'endroit où il est détenu. Et si jamais vous éprouviez le besoin de revoir votre frère ou de vous rappeler de ce qui lui arrivera si vous ne nous obéissez pas, je vous laisse un petit souvenir, ajouta-t-il en s'adressant de nouveau à Charlie sur le bureau duquel il déposa ce qui semblait être un DVD. Adieu. 

- Oh non mon vieux ! A bientôt, et peut-être plus tôt que tu ne crois ! » marmonna David.

Il était pâle, ainsi que tous les autre occupants du van : avoir vu leur ami maltraité sans rien pouvoir faire les avait terriblement ébranlés. Quant à Alan, il était prostré sur sa chaise, les joues inondées de larmes et son bras gauche saignait là où il avait enfoncé ses ongles pour s'empêcher de hurler au spectacle de ce que son enfant était en train de subir sans qu'il puisse faire quoi que ce soit pour le soulager.

On avait battu son petit ! Lui qui n'avait quasi-jamais levé la main sur lui ! Bien sûr, surtout quand il était petit, il y avait bien eu une ou deux fessées, mais ça avait été si rare. Et, à chaque fois, il s'en était rendu plus malheureux que le petit. La dernière fois qu'il avait levé la main sur lui, il devait avoir environ treize ans et s'était montré particulièrement odieux et injurieux : la gifle était partie malgré lui. Il se souvenait encore du mécontentement de Margaret qui, lorsqu'ils avaient été seuls, lui avait reproché son geste en lui disant que ce n'était pas ainsi qu'il règlerait le conflit avec son fils pré-adolescent qui cherchait d'autant plus ses repères que ceux-ci étaient brouillés par la précocité de son petit frère, qui lui faisait sans doute souvent se sentir délaissé et dévalorisé.

Elle n'avait pas besoin de lui dire tout ça : à peine la gifle partie, il avait déjà regretté son geste mais, trop fier pour s'en excuser, d'autant plus qu'il fallait être honnête, Don l'avait bien cherchée, il n'avait jamais reparlé de ceci avec son fils. Il n'avait jamais levé de nouveau la main sur lui non plus. Et cette gifle, il la regrettait encore aujourd'hui. Alors comment supporter de l'avoir vu ainsi battu ?

Les agents du F.B.I. le regardaient avec inquiétude, se reprochant de ne l'avoir pas fait sortir de force : il n'aurait jamais dû voir ça.

« M. Eppes, ça va aller ? Colby avait posé la main sur son épaule.

- Comment voulez-vous que ça aille ? Ils l'ont battu et vous, vous... vous n'avez rien fait !

- M. Eppes... David ne trouvait pas ses mots.

- Non ! Laissez-nous tranquille maintenant. Je n'aurais jamais dû vous prévenir ! Jamais dû vous écouter ! Un risque à courir, hein ? Mais qui le courait le risque ? Pas vous, pas moi ! C'était Don, juste Don. C'est lui que j'ai accepté que vous exposiez ! Tout ça, c'est ma faute ! »

Colby fit le geste de le retenir alors qu'il se ruait hors du van.

« Non, laisse-le Colby, je crois qu'il a besoin de rester seul

- Mais on ne peut pas le laisser repartir seul dans cet état ! Il pourrait lui arriver n'importe quoi !

- On va juste le suivre, et on verra. »

Ils ne le suivirent pas loin. Alan s'engouffra dans le bâtiment et monta quatre à quatre jusqu'au bureau de Charlie. Il le trouva affalé sur son bureau, la tête dans les bras, secoué de violents sanglots.

« Charlie !

- Papa ! »

Les deux hommes se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, mêlant leurs larmes, faisant passer dans leur étreinte toute leur douleur, toute leur angoisse pour leur fils et frère qu'ils n'avaient su ni l'un ni l'autre protéger. Leur impuissance les réunissait dans la même détresse amplifié par un sentiment de culpabilité dont il leur semblait qu'ils ne pourraient jamais se débarrasser.

 


Cissy  (23.04.2009 à 18:36)

CHAPITRE 14

 Calsci, bureau de Charlie

Travers retrouva Charlie à l'heure convenue : le mathématicien faisait peine à voir. Il n'avait visiblement pas fermé l'œil de la nuit et une barbe naissante avait envahi ses joues, dissimulant un peu leur pâleur. Ses cheveux en bataille et ses vêtements froissés et salis témoignaient qu'il n'avait pas pris le temps de se laver non plus, pas plus, très certainement que de manger. Par contre, les nombreux gobelets épars dans le bureau prouvaient qu'il avait absorbé un maximum de caféine.

« Comment va Don ?

La question avait jailli à peine Travers avait-il passé la porte.

- Vous n'allez pas me demander à nouveau de lui parler j'espère ?

- Je vous demande simplement comment il va. Au nom du ciel, il n'y a donc aucun sentiment humain en vous ?

- Ne vous fâchez pas professeur. Votre frère va aussi bien que possible et vous devrez vous contenter de cela. Maintenant où en sommes-nous de notre petite affaire ? Visiblement, ça a l'air de marcher : comme quoi une bonne motivation est toujours payante ! »

Travers venait de commettre une erreur. Chez Charlie, l'anxiété et la culpabilité firent place, à ce moment précis à une colère froide et à la profonde détermination de faire payer à cet individu, coûte que coûte, toutes les souffrances qu'il avait causé, à son frère d'abord mais aussi à son père, à lui-même et à tous ceux qui tenaient à Don.

Rien dans son attitude ne le trahit tandis qu'il expliquait à Travers les tenants et les aboutissants de ses recherches : il avançait bien mais ne s'attendait pas pour autant à ce que, pour l'encourager ou le récompenser, on lui permette de voir son frère ou simplement qu'on humanise un peu les conditions de détention de celui-ci. Il savait, sans qu'on eut besoin de lui dire, que la situation de Don n'avait pas changé, ce qui impliquait qu'elle avait forcément empiré depuis la veille. Ils l'avaient vraisemblablement laissé pieds et poings liés, bâillonné, sans soins, sans nourriture ou boisson dans cette chambre où le froid augmentait d'heure en heure et ils s'en réjouissaient.

Charlie comprit qu'ils n'avaient pas l'intention de lui rendre son frère, pas en vie en tout cas. Il lui avait fallu moins d'une minute pour calculer que la température atteindrait 0°C au bout de soixante-douze heures. Pourquoi, dans ce cas, le faux arrêt de travail mentionnait-il cinq jours ? A ce moment-là, Don serait mort depuis bien longtemps. Sa priorité maintenant, c'était de faire obstacle à ces malfrats : il ne sauverait peut-être pas Don, mais eux, ils paieraient.

A peine Travers eut-il tourné les talons que Charlie appela Larry et Amita : il avait besoin d'eux. Ses deux amis furent horrifiés d'apprendre les derniers événements : toutes leurs pensées se tournèrent vers le prisonnier, retenu dans des conditions atroces en même temps qu'une grande compassion les envahissait pour Charlie et son père. Mieux que personne ils savaient que ni l'un ni l'autre ne se remettrait de la perte de Don. Celui-ci était le ciment autour duquel s'était rebâtie la famille après la mort de Margaret. Sans lui, tout s'effondrerait.

Ils acceptèrent sur le champ de relayer Charlie dans ses recherches sur le décryptage pendant que, de son côté, il rentrait chez lui pour prendre une douche et manger un peu, peut-être se reposer aussi, si l'inquiétude qui le tenaillait lui laissait un peu de répit. Il avait compris qu'il devait retrouver des idées claires pour se lancer, à sa façon, sur les traces des ravisseurs de son frère. Ce n'était pas en se laissant dominer par les sentiments qu'il serait efficace. Il eut un sourire amer en pensant que cette réflexion était celle de Don : combien de fois s'étaient-ils affrontés à ce sujet ?

 

*****

 


Cissy  (24.04.2009 à 19:35)

Maison des Eppes

En arrivant à la maison, il commença par chercher son père : ils ne s'étaient pas parlé depuis la veille. David et Colby avaient raccompagné Alan effondré tandis qu'il se plongeait dans ses calculs. Il n'arrivait pas à se souvenir totalement des propos échangés avec les deux agents : il se souvenait simplement leur avoir dit qu'il refusait qu'ils s'occupent encore de cette affaire et qu'il ne voulait plus ni les voir, ni les entendre, les tenant pour responsables de ce qui venait d'arriver. A ce moment-là, il était incapable de raisonner plus loin que la profonde détresse dans laquelle l'avait plongée à la fois le calvaire enduré par son frère mais aussi le chagrin incommensurable qui en avait résulté pour son père.

Les deux hommes, eux-mêmes terriblement affectés par les événements, n'avaient pas insisté. Ils étaient partis et avaient raccompagné Alan. Celui-ci, à son tour, les avait suppliés de rester à l'écart des recherches : il ne pouvait supporter l'idée qu'on fasse de nouveau souffrir son fils ; il se sentait déjà suffisamment responsable de ce qui était arrivé : c'était lui qui avait décidé d'outrepasser les instructions des ravisseurs, et c'était Don qui en avait fait les frais. La culpabilité qui le rongeait l'empêchait de se souvenir que le F.B.I. était sur la piste avant même qu'il ne les eut averti et ce fut en vain que les deux agents s'efforcèrent de le lui rappeler. Il était resté prostré sur sa douleur et ses remords.

Il s'était effondré dans le canapé, tenant serré entre ses mains une photo de Don souriant, éclatant de santé et de joie, prise quelques semaines plus tôt alors qu'il venait de se réconcilier avec Robin. C'est à ce moment-là qu'il s'aperçut que la jeune femme ignorait vraisemblablement tout de ce qui était en train de se passer. Devait-il la prévenir ? Il s'aperçut qu'il n'en aurait pas le courage : comment lui expliquer l'horreur de ce qui s'était produit? D'ailleurs, il n'avait plus la force de rien, sauf de rester là, agrippé à l'image qui ne faisait que le renvoyer encore plus à sa détresse. Les heures défilèrent sans qu'il en eut conscience : peut-être s'était-il un peu assoupi, il n'en gardait aucun souvenir.

Ce fut dans cette position que Charlie le découvrit : son cœur se serra en voyant combien ce père, toujours si maître de lui, était abattu. Il semblait avoir vieilli de vingt ans en quelques heures.

« Papa !

Alan leva vers lui un regard vide, perdu, comme s'il ne le reconnaissait pas.

- Papa, c'est moi. Il faut qu'on parle. »

Il ne souhaitait pas parler, il n'en avait pas le courage, une seule chose lui importait :

« Est-ce que tu as des nouvelles de Donnie ? Charlie, dis-moi !

La voix était suppliante et Charlie réprima l'envie de le serrer dans ses bras pour le consoler : il n'en avait pas le temps, ni la force ; il craignait, s'il se laissait aller, de perdre cet élan qui le poussait à agir, quelles qu'en soient les conséquences.

- Pas plus de nouvelles non. Il est en vie, c'est tout ce que je sais.

- Mais est-ce qu'ils se sont occupés de ses blessures ? Ils ne peuvent pas l'avoir laissé ainsi. Oh Seigneur ! Pourquoi est-ce que je ne t'ai pas écouté ? Pourquoi a-t-il fallu que je n'en fasse qu'à ma tête ? C'est à cause de moi que...

- Papa, non ! Pas ça ! Tu n'y est pour rien ! Je suis persuadé que, dès le début, ils avaient l'intention d'en venir là. Si NOUS (et il insista sur le nous) n'avions pas prévenu le F.B.I, ils auraient trouvé une autre raison de le battre : que je n'avais pas assez avancé dans mon travail, que je leur avais parlé de travers, n'importe quoi pour se justifier. Cesse de te torturer ! C'est ce qu'ils cherchent. Que nous nous sentions tellement perdus, tellement coupables que nous ne soyons capables que de leur obéir, comme de gentils petits pantins. Mais ces salopards vont déchanter ! »

Le ton âpre et vindicatif de Charlie parvint à percer le mur d'angoisse qui emprisonnait Alan. Il n'avait jamais entendu son fils s'exprimer ni avec ces mots, ni avec ce ton plein d'une détermination froide et violente. A ce moment-là, il ressemblait tellement à son frère qu'Alan eut l'impression d'avoir Don devant lui pendant une seconde et cette sensation lui donna un coup de fouet salutaire.

« Que comptes-tu faire ?

- J'ai demandé à Larry et Amita de reprendre la recherche sur le décryptage.

- Tu les as mis au courant ?

- Il le fallait. Je ne pouvais pas en même temps travailler sur le décodage et sur la localisation de ces ordures.

- Mais comment vas-tu t'y prendre ? On ignore tout d'eux et du lieu où ils se trouvent.

- C'est pour ça que je vais aller au F.B.I.

- Charlie, s'ils te surveillent, ils se vengeront sur Don !

- Papa, quoi que je fasse ils s'en prendront à Don. Je suis persuadé qu'ils n'ont pas l'intention de le libérer, tu comprends.

- Tu ne peux pas en être sûr. C'est trop dangereux Charlie.

- Papa, c'est toi qui m'a persuadé qu'il fallait parler à David et Colby.

- Oui, et tu as vu ce qui en a résulté. Imagine ce qu'ils lui feront s'ils apprennent que tu collabores avec eux ! Rappelle-toi ce qu'il a dit : ils lui feront subir pire encore. Et il ne le supportera pas ! Ils le tueront, Charlie ! Ils tueront mon petit ! »

Les rôles s'inversaient, c'était Charlie qui devait rassurer ce père sur lequel il s'était toujours appuyé ; c'était lui qui, à son tour, devait trouver les mots qui lui feraient prendre conscience qu'il se fourvoyait ; et c'était un exercice pour lequel Charlie ne se sentait ni prêt, ni doué.

« Papa, je sais ce que tu ressens. Don est mon frère et je l'aime, et je ne supporte pas l'idée qu'on lui fasse du mal. Mais je sais aussi qu'on lui a déjà fait du mal et qu'en ce moment même il souffre et qu'il espère qu'on va le trouver. Tu comprends, Don m'a dit qu'il avait confiance en moi ! Il compte sur moi pour aider le F.B.I. à le retrouver.

- D'accord, mais, au moins, ne va pas à leur siège ! Appelle David et Colby : qu'ils viennent ici.

- Qu'est-ce que ça changera ? On sait déjà qu'ils me surveillent. Ils les verront venir de toute façon.

- Justement. S'ils viennent, il sera toujours possible de leur faire croire que nous refusons de collaborer. Si tu y vas...

- Je comprends. Tu as raison, je vais les appeler.

- Charlie...

- Oui.

- Tu es sûr de ce que tu..., il se reprit, de ce que nous faisons ?

Charlie se sentit soulagé d'un terrible poids à l'audition de ce nous : il lui prouvait que son père serait à ses côtés, qu'il le soutenait dans sa démarche. C'était plus facile que d'imaginer, en plus de ce qui pouvait arriver, que son père ne puisse jamais lui pardonner d'être allé contre sa volonté avec les conséquences tragiques qu'il en aurait alors découlé.

- Oui papa. Je suis sûr que c'est la seule solution, celle que Don aurait choisi.

- Celle que Don aurait choisie, c'est vrai.

- Alors, on y va ? Pour Don ?

- On y va, pour Don. »

L'étreinte fut rapide : le temps n'était plus aux lamentations mais à l'action.

 

*****


Cissy  (24.04.2009 à 19:36)

Moins d'une demi-heure plus tard, les deux agents étaient sur place.

« Vous avez des nouvelles ? demanda David, à peine passé le seuil.

- Non, rien de nouveau.

- Mais alors, pourquoi...

- Parce que je veux qu'on coince ces salopards, et pour ça, j'ai besoin de renseignements. »

Les trois hommes se concertèrent longuement sous le regard attentif d'Alan qui se sentait reprendre espoir depuis qu'ils avaient décidé d'agir plutôt que de se résigner à attendre. Le F.B.I. n'avait pas grand-chose : les empreintes de Travers ne figuraient dans aucune base de donnée : c'était l'homme invisible. Des techniciens étudiaient la vidéo, tentant d'y trouver des indices.

« La vidéo ? De quoi parlez-vous ? 

- Tu ne te souviens pas ?

- David, bon sang, tu as finis de jouer aux devinettes ?

- Travers t'a laissé un DVD hier en te quittant. »

Charlie se remémora la fin de leur dialogue.

« En effet, oui, je me souviens. Sur le moment, je n'y ai pas prêté attention.

- Nous l'avons récupéré.

- Et qu'y a-t-il dessus ? David hésita un instant :

- Il a filmé la connexion.

- Tu veux dire...

- Exactement.

- Quelle horreur ! »gémit Alan. 

Les quatre hommes se turent un moment, replongés dans l'affreuse scène de la veille. L'idée qu'on ait pu en garder une trace emplissait littéralement Alan d'une rage incontrôlable. Charlie, quant à lui, eut une réaction inattendue.

« Je dois la revoir.

- Non Charlie, je ne crois pas que ce soit une bonne idée.

- Colby, je dois absolument revoir cette vidéo. Je suis persuadé qu'il y a des éléments qui me permettront d'avancer dans ma recherche.

- Charlie, Colby a raison. On ne peut pas te laisser voir ça à nouveau. Nous avons des techniciens qui travaillent sur la bande. S'il y a quelque chose à trouver, ils le trouveront. Ils utilisent le programme que tu nous as installé.

- Mais ils ne sauront pas orienter les recherches aussi bien que moi. Et puis, ils ne connaissent pas Don comme moi. Je suis sûr qu'il a tenté de me faire passé un message pour me mettre sur la voie, mais je n'étais pas en état de le comprendre hier. Aujourd'hui je suis prêt.

- Non Charlie, je regrette. Ton frère refuserait que tu visionnes à nouveau cette horreur.

- Mais il le faut ! Vous comprenez, il le faut ! C'est peut-être la seule chance qu'on a de le retrouver vivant.

- Charlie a raison, intervint Alan. Si Donnie a laissé une piste, il n'y a que nous qui puissions la découvrir. 

- Pas toi papa, c'est hors de question ! l'interrompit Charlie.

- Et pourquoi pas moi ? En quoi suis-je moins capable que toi de revoir ce qui s'est passé ?

- Parce que je le regarderai d'un point de vue mathématiques, tu comprends. Je crois que je pourrai faire abstraction de tout l'émotionnel. Mais toi, ce serait t'infliger une torture bien inutile.

- Si tu penses que le fait de connaître Don mieux que ses collègues est un atout pour comprendre ce qu'il pourrait avoir voulu nous faire savoir, alors je te rappelle que celui qui le connaît le mieux, c'est moi. Et je te rappelle aussi que je suis assez grand pour savoir ce que j'ai à faire.

- Papa...

Mais Alan ne l'écoutait plus.

- Allez donc chercher cette vidéo, David. S'il y a quelque chose à y trouver, nous le trouverons. »

 

******

 


Cissy  (24.04.2009 à 19:37)

C'est ainsi qu'environ une heure plus tard, ils se trouvaient tous les quatre devant l'écran d'ordinateur de Charlie à repasser la scène. Sur la suggestion de Colby, qui souhaitait épargner au maximum la famille de Don, ils se concentrèrent sur le dialogue entre les deux frères. De toute façon, le reste de l'abominable scène n'avait aucun intérêt : les malfaiteurs cagoulés n'étaient pas identifiables : aucun signe distinctif n'était apparu aux différents agents qui avaient scruté attentivement chaque millimètre carré d'image, essayant de se concentrer autant que faire se pouvait sur les lieux et les bandits et d'oublier l'image insoutenable de leur collègue maltraité. Rien sur les hommes et rien de nouveau sur le lieu : vraisemblablement une chambre froide dans n'importe quel bâtiment ; beaucoup trop vague pour en tirer quelque chose de constructif. Ce n'était donc pas la peine d'infliger à Alan et Charlie la torture de revoir ce qui avait succédé à l'entretien entre les deux frères.

De toute façon, si Don avait cherché à faire passer un message, c'était forcément à cet endroit. Le cœur serré, Charlie entendit, encore et encore, son frère lui affirmer qu'il avait confiance en lui. Et il se demandait de plus en plus intensément si cette confiance était vraiment bien placée. Parce qu'il ne trouvait rien, rien du tout.

Il allait se résigner à demander à Colby d'avancer plus loin, non plus pour déceler un message de Don mais pour tenter d'identifier le lieu ou il se trouvait ou l'un de ses tortionnaires lorsqu'Alan demanda brusquement :

« Pourquoi parle-t-il de routiers ?

- Comment ça ?

- Quand tu lui as demandé comment il allait, pourquoi te répondre par cette phrase : « Je ne recommanderais pas l'hôtel à des routiers. »

- C'est vrai, la réponse semble un peu bizarre, appuya David.

- Ou alors, il cherche à nous dire quelque chose. Mais quoi ? s'interrogea Colby.

- Attendez, ensuite... Tout roule. Oh mon Dieu ! Je crois que j'ai compris, s'exclama soudain Charlie. Je le savais ! Je savais qu'il tenterait de nous faire passer un message. Donnie c'est toi le vrai génie de la famille !

- Quoi ? Qu'est-ce que tu as compris bon sang ?

- C'est un camion ! Un camion frigorifique ! Il n'est pas enfermé dans une maison mais dans un camion !

- Attends Charlie, ça paraît un peu tiré par les cheveux. Tu es sûr de toi ?

- Certain ! C'est le sens de ses phrases : les routiers, puis tout roule ! Ce n'est pas une expression de Don ça, vous le savez bien.

- Mais si tu as raison, je ne vois malheureusement pas à quoi ça nous avance.

- Sans vouloir vous décourager, j'ai même plutôt l'impression que ça complique sérieusement notre tâche. Comment voulez-vous qu'on retrouve un camion frigorifique parmi tous les véhicules qui roulent à Los Angeles ?

- C'est évidemment le calcul qu'ils ont fait.

- Tout est perdu alors ?

Alan semblait encore plus abattu qu'avant, comme si on venait de lui retirer son ultime espoir.

- Non, on va dresser des barrages et même s'il faut arrêter tous les camions frigorifiques du comté, on le fera.

- Mais ce sera trop long ! Moi aussi je sais calculer figurez-vous ! Si la température baisse réellement d'un degré toutes les quatre heures, comme Travers l'a dit, il fait déjà moins de dix degrés dans sa prison : il va geler ! Le temps que vous fouilliez tous les véhicules réfrigérés, à supposer que cela soit possible, mon fils sera mort !

- Il ne s'agit pas de tous les fouiller. D'après les dimensions de la chambre froide, voici à peu près le gabarit du camion, s'interposa Charlie en notant ses conclusions sur une feuille.

- Mais ça laisse encore des milliers de possibilités.

- Et on n'a aucune indication sur la direction qu'ils suivent.

- Et si on arrêtait Travers, suggéra soudain Colby. Je présume qu'il est en contact avec ses complices : en traçant les appels de son téléphone, on pourrait peut-être remonter jusqu'à eux.

- Oui, c'est une idée !

- C'est trop dangereux, s'opposa Charlie.

- Mais c'est notre seule chance.

- Ils ont raison Charlie, intervint Alan.

- Il est vrai que ça nous donnerait un périmètre de recherche. Mais imaginez qu'ils s'aperçoivent qu'on a arrêté Travers : ils ont peut-être des signes entre eux pour s'assurer que tout va bien.

- Du genre, Travers leur téléphone à intervalle régulier ?

- Par exemple.

- Je crois qu'il faudra courir le risque Charlie, on n'a rien d'autre.

- Ce n'est pas possible, Don a dû nous donner autre chose.

- Charlie, Don nous a déjà donné beaucoup, et, dans l'état où il était, c'était déjà un exploit !

- Mais je suis sûr qu'il y a autre chose !

- La médaille ! laissa soudain échapper Colby.

- Quoi ? Quelle médaille ?

- Attendez, c'est là ! Il remonta le film jusqu'au moment où Don affirmait « Franchement, aucun guide ne leur décernerait de médaille. »

- Oui, et bien il a confondu, objecta David. Il voulait dire étoile.

- Tu confondrais étoile et médaille toi ? décréta son collègue.

- Dans la situation dans laquelle il était, peut-être oui.

- Moi je pense que Colby a raison, s'interposa soudain Alan. Don n'a pas dit cela par hasard, pas plus que les routiers ou le ça roule. Il y a quelque chose derrière. Quelque chose qui est censé nous parler.

- D'accord, je veux bien vous suivre sur ce point, abdiqua David. Mais ça reste très vague, de quel genre de médaille veut-il parler ?

- Il veut peut-être dire qu'il y a des médailles sur la caisse du camion.

- Comment les aurait-il vues ?

- Quand ils l'ont changé de véhicule, à l'entrepôt, par exemple.

- Ça se tient, admit David.

- Non, ça ne peut pas être aussi simple, sinon ses ravisseurs auraient réagi lorsqu'il a mentionné les médailles, déclara Charlie.

- Ils n'ont peut-être tout simplement pas fait attention.

- On les a déjà sous- estimé une fois, et c'est Don qui en a souffert. Je n'ai pas l'intention de refaire la même erreur.

- Je crois que Charlie a raison, dit à son tour Alan. S'il y a quelque chose dans cette histoire de médaille, et je crois que, sur ce point, Colby ne se trompe pas, ce ne peut pas être aussi simple.

- Alors quoi ? interrogea David. Qu'est-ce que cette médaille peut représenter pour vous ?

- Une médaille qu'il aurait reçu ? au base-ball peut-être ? ou à l'école ?

- Il a reçu des tas de médailles au base-ball, admis Charlie.

- A l'école, je ne me souviens pas qu'il ait reçu une médaille.

- Si, rappelle-toi, lors des championnats inter-scolaires, l'année de ses dix ans.

- Ah oui, elle est avec celles de base-ball.

- Et puis, il a reçu la médaille du mérite.

- Ah oui ? Je l'ignorais, s'étonna David.

- Ce n'est pas le genre de Don de se pavaner en se vantant de ses actions, déclara Alan.

- Vous avez raison. Bon, mais avec tout ça, comment savoir si l'une de ces médailles peut nous conduire à une piste.

- Il faut aller les regarder, conclut Charlie.

- Toutes ? Mais ça va prendre des heures.

- Sans compter que, comme nous ne savons pas exactement ce que nous cherchons, nous pouvons passer à côté.

- Mais nous n'avons pas le choix ! »

Les trois autres en convinrent et les quatre hommes quittèrent le garage pour se regrouper au salon où Alan leur apporta toutes les médailles qu'avait reçues son fils et que lui conservait fièrement.

 

*****

 


Cissy  (24.04.2009 à 19:37)

Au bout de deux heures de recherches, David laissa tomber la médaille qu'il tenait et dit d'un ton découragé :

« Ça ne mène à rien. On ne sait pas ce qu'on cherche.

- Tu as raison, admis Colby.

- Pourtant je suis sûr que Donnie voulait dire quelque chose, quelque chose qu'il pensait qu'on comprendrait.

- On peut toujours lancer une recherche sur le mot médaille et voir ce que ça donne.

- C'est déjà fait, intervint Charlie, je l'ai lancée avant de quitter le garage.

- Alors allons voir si on a quelque chose d'un peu plus probant. »

Il n'y avait rien d'exploitable : trop de données et trop peu de temps pour les trier. Ils étaient conscients que chaque minute qui passait était précieuse : le temps leur était compté pour retrouver Don avant qu'il ne meure de froid et d'épuisement. Les quatre hommes eurent un moment de découragement.

« Je crois qu'il faudra suivre le plan de Colby, proposa Alan.

- Non, attendons encore un peu. Je pense qu'il ne faudra y recourir qu'en dernier ressort, objecta Charlie.

Parce que, même si tout se passe bien, si on l'arrête, si ses complices ne s'en aperçoivent pas, si son téléphone nous permet de les localiser dans un périmètre restreint, et cela fait déjà un nombre considérable de si, le temps que le périmètre soit bouclé, le camion aura eu le temps de passer et nous ne serons pas plus avancés. Et même s'il restait dans le périmètre, on se retrouverait confronté au même problème : comment l'identifier parmi les centaines de véhicules du même type qui rouleraient dans le même secteur au même moment ?

- Je sais Charlie, je sais que c'est risqué et si tu as autre chose, crois-moi, je suis preneur.

- Non, rien d'autre, admit Charlie.

- Alors il faut tenter le coup, on n'a pas le choix.

- Ecoute-les Charlie, supplia son père.

- D'accord. On tente le coup.

- Quand revois-tu Travers ?

- Demain, à quatorze heures. 

- En attendant, nous allons lancer un contrôle sur les camions frigorifiques. On ne sait jamais, avec un peu de chance !

- Avec beaucoup de chance, tu veux dire, énonça Charlie d'un ton amer. Les chances de retrouver ce camion de cette façon sont de l'ordre d'une sur plusieurs millions. On n'est même pas sûr qu'il roule à Los Angeles. Depuis hier matin, il a très bien pu quitter le comté.

- Mais on n'a rien d'autre Charlie.

- Tu as raison, on n'a rien d'autre. »

Les quatre hommes se regardèrent, découragés et alarmés. Ils ne pouvaient rien faire de plus qu'attendre et espérer. Attendre que vienne l'heure du prochain rendez-vous et espérer que la chance leur sourirait enfin, espérer que Don tiendrait bon malgré ses blessures et la température qui, à quatorze heures le lendemain serait tombée à 4°C.

 


Cissy  (24.04.2009 à 19:38)

CHAPITRE 15

 Calsci, bureau de Charlie

Charlie attendait Travers. Il avait meilleure mine que la veille : rasé et habillé de vêtements propres, mais les cernes qui soulignaient ses yeux prouvaient que le sommeil l'avait de nouveau fui toute la nuit. Il repassait les notes que lui avaient remises Larry et Amita : ils avaient vraiment fait un super boulot ! Si seulement Travers pouvait accepter d'humaniser les conditions de détention de Don en échange ! Ne serait-ce que de faire remonter la température de quelques degrés. Charlie était bouleversé à l'idée de ce que son frère devait endurer à l'heure qu'il était, terrorisé à l'idée qu'il fut déjà trop tard pour lui venir en aide : avait-il survécu à ce froid dans l'état de faiblesse où il devait se trouver ? Il s'était fait le serment que, si le pire arrivait, il tuerait Travers de ses propres mains, et tant pis pour les conséquences.

Les conséquences : quelles seraient celles de l'action qu'ils s'apprêtaient à engager ? Plusieurs agents en civil avaient infiltré les alentours de son bureau et d'autres attendaient, postés dans différents véhicules. Ils devaient suivre Travers lorsque celui-ci quitteraient l'université.

David, Colby, son père et lui étaient en effet arrivés à la conclusion que, s'il donnait de ses nouvelles à ses complices régulièrement, Travers devait notamment le faire après chaque entrevue avec Charlie, ne serait-ce que pour les assurer que le plan fonctionnait. Il fallait donc le laisser passer le signal avant de l'arrêter : ce serait toujours quelques heures de plus de gagnées. Gagnées sur quoi ? Charlie avait beau passer et repasser dans sa tête toutes les possibilités induites par le terme médaille, il ne trouvait pas ce que Don avait voulu dire. Lui et son père avaient passé la nuit à réexaminer un à un tous les trophées remportés par son frère et rien ! Il en aurait hurlé de frustration ! Dire que son frère avait confiance en lui ! Et tout ce qu'il savait faire, c'était le trahir !

Et si ce plan ne fonctionnait pas ? Si Travers n'avait pas de portable sur lui ? S'il ne contactait pas ses complices ou si, au contraire, il les contactait très régulièrement et que son arrestation lui fasse manquer une vacation ? Que se passerait-il pour Don ? Il frémissait en se souvenant des menaces de Travers : une mort très lente et très douloureuse. Il savait que ces hommes ne reculeraient devant rien. Ce n'étaient que des sadiques qui jouissaient de la douleur de leurs victimes, dès lors, comment compter sur un élan de pitié de leur part ?

Ses pensées furent interrompues par l'arrivée de l'homme qu'il haïssait comme il n'aurait jamais cru être capable de haïr un être humain. Mais pouvait-on appeler être humain l'individu qui se tenait en face de lui et qui se complaisait à torturer ses semblables, physiquement et moralement ?

L'entrevue fut brève, douloureuse pour lui, de nouveau. A ses demandes de nouvelles concernant son frère, Travers se contenta de commentaires sur le froid qui devait régner en ce moment dans sa prison et le fait que, s'il tenait un tant soit peu à lui, Charlie devrait plutôt mobiliser son énergie à trouver la solution d'un problème dont il s'étonnait qu'il n'ait pas encore découvert la clé.

Il accepta de lui donner un dernier délai : minuit, tout en insinuant qu'il n'était pas du tout sûr que Don soit toujours en vie à ce moment-là mais que « le professeur Eppes » n'aurait qu'à s'en prendre qu'à lui-même. Il s'enquit de sa collaboration avec le F.B.I., prouvant à Charlie qu'il était bien surveillé. Il réussit à détourner les soupçons de son vis-à-vis en lui laissant entendre que, malgré les pressions exercées, il avait refusé de collaborer. Mais, ajouta-t-il, il ne pouvait empêcher le F.B.I. de mener ses investigations puisque Don était des leurs et que c'était à ce titre qu'ils enquêtaient.

A son grand soulagement, Travers n'insista pas ; pourtant, ce manque de curiosité ne le rassura pas, au contraire : il prouvait que l'homme, finalement, se moquait que le F.B.I soit au courant parce qu'il était certain de pouvoir leur échapper d'une part, et de l'autre, parce que, F.B.I. ou pas, il n'avait jamais eu l'intention de tenir sa parole et de relâcher Don. Mais en même temps, Charlie fut soulagé : ils avaient pris la bonne décision : seule l'action qu'ils allaient entreprendre avait des chances de sauver son frère.

 

*****


Cissy  (25.04.2009 à 11:39)

Siège du F.B.I.

Il était quinze heures quand Alan et Charlie reçurent le coup de téléphone attendu : Travers était en garde-à-vue dans les locaux du F.B.I., on les y attendait. Ils s'y rendirent, fébriles.

« Alors, que dit-il ?

- Ou en êtes-vous ?

Les deux questions avaient fusé simultanément, à peine les deux hommes sortis de l'ascenseur.

- C'est bien ce que nous craignions : il a demandé un avocat et, depuis, il ne dit pas un mot.

- Vous ne lui avez tout de même pas permis de voir un avocat j'espère ? s'alarma Charlie. Si c'est un complice, il pourrait prévenir les autres et Don..., sa voix se brisa.

- Non, rassurez-vous. On lui a dit qu'on l'appelait mais je pense qu'on va avoir du mal à le joindre.

- Par contre, ajouta Colby, cela signifie qu'on ne peut pas l'interroger.

- Moi je peux, déclara Alan. Laissez le moi quelques minutes et vous verrez.

- Non Alan, ce n'est pas une solution.

- Vous savez au moins son nom ? demanda Charlie tout en posant une main apaisante sur le bras de son père.

- Benjamin Travers, agent immobilier d'après sa carte d'identité. Mais ça ne nous a pas mené plus loin. Ce type est totalement inconnu.

- Pourtant, ce n'est pas un débutant, objecta Charlie.

- Sans doute pas, mais, jusqu'à présent, il est toujours passé entre les mailles du filet.

- Il est évident que s'il pratique le chantage, ses autres victimes n'ont pas voulu porter plainte.

- A moins qu'elles ne l'aient pas pu.

La nuance était tellement chargée de sous-entendus qu'ils se refusèrent à creuser d'avantage cette hypothèse.

- Et il n'a vraiment rien dit du tout ? insista Alan. Vous lui avez parlé du camion au moins ?

- Oui, ça a eu l'air de le contrarier qu'on ait compris cela.

- Mais pas au point de l'amener à parler. Il semble très sûr de lui.

- La seule chose qu'il ait dite avant de demander son avocat c'est qu'il ne savait pas où était le camion.

Colby passa sous silence que Travers avait ajouté qu'ils venaient de signer l'arrêt de mort de Don par leur action.

- Il ment, c'est évident !

- Bien sûr, mais ça ne nous avance à rien.

- Et s'il dit la vérité, on en est au même point.

- Comment pouvez-vous penser un seul instant qu'il ignore où se trouve son propre camion ?

- C'est tout à fait plausible, intervint Charlie avant que l'un des deux agents ait pu répondre. Ce serait même logique. Ainsi, aucune trahison possible.

- Mais comment ferait-il pour retrouver ses complices une fois l'opération terminée ?

- Ils peuvent ne se donner rendez-vous qu'à ce moment-là.

- Mais que comptez-vous faire alors ?

Alan était au bord de la panique.

- Comme on l'a dit : on est en train de décortiquer ses appels et... »

Un agent vint justement avertir David du résultat des recherches. Les quatre hommes se ruèrent dans le bureau où un technicien leur indiqua les différentes antennes ayant relayé les réponses aux appels de Travers. Malheureusement, il s'agissait de portables intraçables.

Il y eut un moment de découragement : ils avaient joué et il leur semblait qu'ils avaient perdu. Alan se laissa aller sur une chaise, incapable de réagir. Charlie, lui, fixait la carte sur laquelle apparaissaient, entourées de rouge, les implantations des différentes antennes relais. Et soudain, le mathématicien retrouva son acuité intellectuelle et décela un schéma imperceptible au commun des mortels dans la succession des différentes localisations. L'espoir revint tandis qu'il se lançait dans une série de calculs savants pour lesquels Larry et Amita, qui les avaient rejoints, vinrent prêter main-forte. David et Colby réussirent à convaincre Alan de laisser travailler les trois scientifiques mais ne purent le contraindre à quitter le bureau, pas plus qu'à prendre la moindre minute de repos.

Vers dix-huit heures, Charlie les appela pour leur signaler que leurs recherches avaient abouti. Sur la carte, étaient dessinés une série de cercles concentriques délimitant les zones probables de présence du camion. Et là, on en revenait à la pierre d'achoppement : comment identifier un véhicule lambda parmi des centaines, voir des milliers d'autres du même type.

 

*****

 


Cissy  (25.04.2009 à 11:40)

« Réfléchis Charlie, le pressa David. Si Don a voulu faire passer un message avec son histoire de médaille, c'est à toi qu'il s'adressait. A toi et à personne d'autre. Qu'est-ce que ça t'inspire ? »

Et soudain Charlie comprit ! Tout s'illumina dans son esprit et il se demanda comment il n'était pas parvenu plus tôt à cette conclusion. C'était ça ! C'était à lui, et rien qu'à lui que son frère s'adressait. La médaille ! La médaille dont rêve tout mathématicien : la médaille Fields ! Le prix Nobel de mathématiques. Il se serait battu d'avoir mis autant de temps à réaliser.

« Donc, à ton avis, Don a cherché à t'indiquer le nom de Fields !

- C'est certain, je ne vois pas d'autre explication.

- Mais quoi ? C'est le nom d'un de ses ravisseurs ?

- Peut-être, ou peut-être que ça a un rapport avec le camion.

- Quel genre de rapport ?

- Un nom écrit sur la caisse peut-être ? s'écria Alan.

- D'accord, on effectue des recherches sur les deux pistes. »

Il fallut moins d'une heure pour que les recherches aboutissent à Fields et fils, petite compagnie de viandes en gros qui desservait l'est de Los Angeles essentiellement, et une autre pour que, interrogés par la police, les patrons ne donnent les coordonnées du camion frigorifique qu'ils avaient loué pour cinq jours, en dehors de toute légalité, à un dénommé Rémy Aubert. Un avis de recherche fut alors émis sur le véhicule et une longue attente commença.

Une autre recherche informa alors les enquêteurs que ce Rémy Aubert était bien connu des services de police, recherché pour violences, voies de faits, attaque à main armée, tortures et meurtres. Ses complices habituels, au nombre de trois, étaient eux aussi fichés et considérés comme extrêmement dangereux et dénués de toute compassion. Charlie et Alan frémirent en imaginant Don aux mains de ces malfaiteurs sans pitié ni scrupules.

Ils interrogeaient anxieusement la pendule du regard, et à chaque mouvement de l'aiguille, ils substituaient la descente de la colonne de mercure dans le thermomètre. Il était plus de vingt heures, à ce moment la température était passée au-dessous de 3°C. Don pouvait-il avoir survécu à ce froid dans l'état où l'avaient réduit ses ravisseurs ? Aucune trace du camion dans la zone de recherche ! Cela impliquait-il que, inquiets du silence de leur complice, les ravisseurs s'étaient débarrassés du véhicule et, un frisson parcourut le dos de Charlie à cette évocation, de Don en même temps ?

Il était vingt deux heures lorsqu'arriva enfin l'appel tant espéré : le camion avait été repéré, juste en périphérie de la zone centrale de recherche. Aussitôt les agents se précipitèrent sur leurs armes et se ruèrent vers leur véhicule : ils savaient qu'ils n'auraient qu'une chance de sauver leur ami et ils ne voulaient pas la manquer.

Charlie parvint à les convaincre de les laisser les accompagner. David y consentit, conscient que rien ne pourrait empêcher le mathématicien de se joindre à l'unité d'intervention : sauf à le mettre en état d'arrestation, ce qu'il se refusait à faire. Il comprenait que Charlie avait besoin de se décharger de la culpabilité qu'il ressentait et que s'il lui refusait de les accompagner, il se rendrait sur les lieux par ses propres moyens s'il le fallait, risquant de se mettre en danger. Mais il exigea de lui qu'il s'engage à ne pas bouger de la voiture jusqu'à ce qu'on lui fasse signe que la voie était libre. Charlie donna sa parole, même s'il brûlait du désir d'avoir autre chose qu'un rôle passif. Il était cependant conscient que sa place n'était pas en première ligne : il ne ferait que gêner ces professionnels dans leur tâche et le moindre retard dans l'action pouvait signifier la mort pour son frère. Il ne courrait pas ce risque.

Alan, de son côté, avait dû se résigner à rester au bureau en compagnie de Larry et Amita qui s'efforçaient de lui remonter le moral. Mais il n'était pas dupe. On l'avait laissé là parce que les agents savaient qu'ils avaient peu de chance de retrouver Don en vie et qu'on voulait lui épargner l'horreur de découvrir le corps de son fils.

Il aurait voulu s'opposer à ce que Charlie accompagne l'unité d'intervention : son fils était sans doute encore moins armé que lui pour affronter cette possibilité. Mais il savait aussi que rien n'aurait pu l'empêcher de partir, quitte à se détruire à la découverte d'une vérité qu'il repoussait de toutes ses forces.

Il posa devant lui, sur le bureau où refroidissait le repas qu'il avait été incapable d'absorber, une photo sortie de son portefeuille. Ses deux fils, âgés de cinq et dix ans, riaient aux éclats en sautant dans les vagues, avec toute l'innocence et la joie de deux enfants choyés et protégés. Qu'en avait-il fait de ces enfants sur lesquels il avait pourtant promis à sa femme, sur son lit de mort, de toujours veiller ? Pourquoi n'avait-il pas été plus vigilant ? Alan savait, au plus profond de lui, que si Don mourait, Charlie ne s'en remettrait jamais : il ne perdrait pas un mais deux fils. Et que vaudrait la vie alors ?

 


Cissy  (25.04.2009 à 11:41)

CHAPITRE 16

 Rues de Los Angeles

Charlie était tendu à l'extrême : tous ses muscles lui faisaient mal tellement il était contracté à la fois par l'angoisse et par l'impatience. Autour de lui, pas un mot, tous les agents étaient concentrés sur un seul objectif : sauver la vie de leur collègue s'il en était encore temps et, dans le cas contraire, faire payer la note à ses meurtriers, et elle serait salée.

Ils s'arrêtèrent à quelques dizaines de mètres de l'endroit où le camion avait été repéré : il était garé sous un pont, à deux pas d'un fast-food. Les hommes devaient vraisemblablement être partis se ravitailler.

« Tu ne bouges pas avant qu'on te le dises Charlie, j'ai ta parole ! » lui rappela David avant de quitter le véhicule.

Alors qu'ils s'apprêtaient à donner l'assaut, ils virent un homme, chargé de ces sacs dans lesquels les employés de fast-food glissent les repas, qui revenait vers le camion. A la vue des policiers, il laissa tomber les sacs et s'enfuit. Trois hommes se lancèrent à sa poursuite tandis que les autres, au signal de David, allumaient leurs lampes et se mettait à hurler :

« F.B.I., vous êtes cernés. Rendez-vous ! Sortez, les mains en l'air ! »

Les trois hommes présents dans la cabine du camion n'opposèrent aucune résistance, au grand regret de Colby qui aurait aimé avoir une raison pour pouvoir leur rendre ne serait-ce qu'un dixième de ce qu'ils avaient fait subir à Don et à sa famille. Mais le temps pressait. Il grimpa dans la cabine à la recherche des clés permettant d'ouvrir l'arrière du camion et David et lui se précipitèrent.

Ils ne pouvaient empêcher leurs mains de trembler tandis qu'ils ouvraient les portes. Un souffle glacial les accueillit lorsqu'ils rabattirent les battants sur les côtés du camion et leurs lampes percèrent l'obscurité totale du réduit. Leur faisceau éclaira un corps à terre, totalement immobile, et ils sentirent leur cœur s'arrêter avant de se ruer d'un même élan pour arracher leur ami à sa prison polaire. Avec d'infinies précautions, ils l'étendirent au sol après l'avoir débarrassé des menottes qui retenaient ses poignets dans son dos et du bâillon qui obstruait sa bouche.

« Bon sang ! Je n'ai pas de pouls ! s'affola David.

- Il ne respire pas ! »

Un long cri d'angoisse répondit à cette dernière affirmation. Charlie, que les deux agents n'avaient pas vu les rejoindre, avait entendu leurs réflexions. Sous ses yeux horrifiés, il avait l'impression que ses pires pressentiments étaient en train de réaliser : son frère était là, livide, immobile, étendu sans réaction sur le sol dur, sous l'éclairage cru des néons du pont, et la sensation que l'irrémédiable venait de se produire le submergea. Il se jeta sur le corps inanimé et le saisit dans ses bras en pleurant et en le berçant tandis qu'il gémissait :

« Donnie ! non, non, ce n'est pas possible, je t'en prie ! »

Il n'entendait pas David et Colby lui demander de le lâcher, de les laisser s'occuper de lui ; il n'entendait que cette voix qui lui disait qu'il était arrivé trop tard, qu'il avait tout fait de travers et que son frère était mort par sa faute. Comment annoncer cette nouvelle à son père ? Comment imaginer de vivre sans Don à ses côtés ? Il sentit d'un seul coup qu'on l'arrachait brutalement à son étreinte désespérée et il tenta de se débattre, puis les mots qu'on prononçait finirent par atteindre son cerveau :

« Bon sang Charlie, laisse-nous faire ! Il est peut-être encore temps ! »

Ses pensées s'éclaircirent et il fut de nouveau capable de percevoir ce qui se passait autour de lui. Les yeux baignés de larmes, il s'aperçut alors que deux agents le maintenaient fermement tandis que Colby pratiquait un bouche à bouche sur Don alors que David lui faisait un massage cardiaque. L'évidence lui apparut aussitôt : peut-être son frère était-il encore en vie ; en tout cas, ses amis n'abandonnaient pas tout espoir.

 

*****


Cissy  (25.04.2009 à 16:57)

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