HypnoFanfics

Promo 88

Série : Numb3rs
Création : 05.05.2009 à 17h53
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Don et Charlie se rendent à la soirée du 20ème anniversaire de leur promo. Bien sûr rien ne va se dérouler comme ils le pensaient. Episode sans enquête (désolée Orkhadia), que j'écris seule. » Cissy 

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Alors qu’il cherchait encore les mots pour le mettre devant la réalité, le bip du moniteur de Don eut soudain un raté. Alan se figea. Charlie le fixait, sans comprendre pourquoi soudain son père pâlissait. Il sentait qu’il se passait quelque chose et s’énervait de ne pas comprendre. Quelque part dans son subconscient, il savait qu’un événement terrible s’était produit, événement qui avait abouti à son hospitalisation, mais il y avait aussi autre chose, un souvenir qu’il n’arrivait pas à faire émerger et qui le hantait, une angoisse diffuse qui s’accentua soudain en voyant le regard affolé qu’Alan portait sur le lit voisin alors que le bip du moniteur s’emballait soudain avant de faire place à une alarme lancinante.

Charlie n’avait pas besoin de voir l’écran pour savoir que, sur celui-ci, la sinusoïde était en train de se démultiplier à l’infini, indiquant que le cœur se contractait de façon anarchique. Il se sentit empreint de compassion pour son voisin mais, avant qu’il ait le temps de dire un mot, il vit Alan se lever, blafard et se précipiter vers le lit :

- Don, Don non ! Je t’en supplie mon ange ! Ne me fais pas ça ! Reste avec moi !

Don ? Mon ange ? Charlie porta la main à sa tête douloureuse. Est-ce qu’il devenait fou ? A moins que ce ne soit Alan qui avait saisi l’homme dans le lit voisin et tentait de le relever au moment où infirmières et médecins faisaient irruption dans la chambre.

- Monsieur Eppes, laissez-nous la place, ordonna l’infirmière. Reculez ! Laissez-nous nous occuper de votre fils !

Son fils ! Mais c’est moi son fils, songeait Charlie, ayant l’impression que son cerveau allait exploser sous la pression qu’il ressentait. A moins que… Non ! Non ! Il l’aurait su ! Il l’aurait senti !

Alan avait reculé le long du mur et restait figé, fixant désespérément le lit autour duquel on s’empressait avec des gestes pourtant calmes et mesurés.

- On va le choquer. Chargez à 200, reculez, on choque !

Un corps qui s’arquait sur le lit et retombait lourdement.

- Toujours en fibrillation. On charge à 250, reculez, on choque !

Don ? Son fils ? Les termes de l’équation commençaient à s’ordonner dans sa tête douloureuse. Il se dressa, malgré la douleur qu’engendrait ce simple mouvement. Il fallait qu’il voit, qu’il sache, qu’il s’assure de son hypothèse.

Le corps s’arquait de nouveau sous la décharge et, se redressant encore un peu, le mathématicien aperçut alors le visage blafard duquel sortait le tube débranché pendant qu’on le choquait, mais qui prouvait que le malade était sous respirateur. Un hurlement lui échappa :

- Don ! Non DONNIIIIE !

Le regard d’Alan se détourna alors de son aîné pour se porter vers Charlie, livide, en proie à un désespoir sans borne. Il fit un geste vers lui tandis que l’une des infirmières se détachait de Don pour s’approcher du mathématicien.

Soudain celui-ci retomba lourdement en arrière. L’infirmière se précipita :

- Docteur, il convulse !

- Bon sang ! Appelez le docteur Helssworth, vite ! Je ne peux pas lâcher celui-là !

Il enchaîna :

- On charge à 300, reculez, on choque !

Une troisième fois l’électricité courut dans le corps de Don. Une troisième fois la main du médecin remonta à la carotide pour prendre le pouls. Une troisième fois l’infirmière rebrancha le tube au respirateur.

Les bips accélérés firent soudain place à un sifflement continu :

- Asystolie ! adrénaline, vite !

L’infirmière tendait une seringue au médecin. Alan, affolé, ne sachant plus où donner de la tête, regardait la seconde équipe qui venait d’entrer et s’occupait de Charlie. Ses yeux allaient d’un lit à l’autre, sans discontinuer et il n’entendait plus les ordres qui se croisaient, s’entrechoquaient dans ce qui lui semblait un maelström incontrôlable. Et pourtant il devait bien y avoir dans cet affolement apparent un fil conducteur car soudain un calme étrange retomba sur la chambre.

- C’est bon, j’ai un pouls. Le cœur est reparti. On vérifie que ses points n’aient pas lâché, disait le médecin à sa droite.

- Ca y est, il se calme. Appelez le scanner : je veux son IRM maintenant, ordonnait celui à sa gauche.

Il les regardait, éperdu, ne sachant pas auquel poser d’abord les questions qui le taraudaient, ne sachant pas duquel de ses fils il devait s’enquérir en premier.

Les deux médecins dirigèrent alors leurs yeux sur lui. Le premier s’adressa à lui :

- C’est bon, nous l’avons stabilisé à nouveau. Tout danger semble écarté dans l’immédiat.

- Mais… ? s’enquit Alan qui avait bien senti la réticence dans le ton du praticien.

- Je ne vous mentirai pas monsieur Eppes : cette défaillance cardiaque au bout de vingt-quatre heures est mauvais signe, très mauvais signe. Jusqu’à présent nous pensions que l’état de votre fils était stable, mais il est évident qu’il se détériore au contraire.

- Qu’est-ce que vous essayez de me dire docteur ? Que mon fils est perdu ? C’est ça ? demanda-t-il d’une voix tremblante.

- Rien n’est jamais perdu monsieur Eppes. Simplement vous devriez vous préparer à ce que, peut-être, votre fils ne se réveille pas.

Il le regarda, horrifié :

- Vous croyez vraiment que je pourrai me préparer à quelque chose comme ça ? Vous le croyez vraiment ? C’est mon fils, mon petit garçon ! Alors jamais je ne pourrai accepter une telle chose, jamais !

- Je comprends. Excusez-moi, dit le médecin un peu contrit.

- Il peut encore s’en sortir non ?

Le ton d’Alan était suppliant.

- Bien sûr, tout espoir n’est pas perdu. Mais cette alerte est sérieuse, vous devez en être conscient.

- D’accord. Et pour Charlie ?

Il avait détourné la tête pour se concentrer sur l’autre praticien.

- Nous allons l’emmener passer une IRM. J’ai peur qu’il ne fasse un œdème cérébral.

- Pourquoi ? Il allait bien à ce que vous avez dit.

- En effet. Mais dans les cas de chocs violents au cerveau, on n’est jamais complètement sûr de l’évolution des choses. C’est d’ailleurs pourquoi nous l’avons gardé en soins intensifs.

- Et quand en saurez-vous plus ?

Une infirmière venait justement prévenir qu’on attendait le patient au scanner.

- Dans une trentaine de minutes monsieur Eppes.

Il fit un geste pour les accompagner.

- Non, restez-là, auprès de votre autre fils. Vous ne nous seriez pas utile de toute façon.

Trop sonné pour protester, trop déboussolé, trop fatigué par ce qui venait de se produire, il ne protesta pas. Lorsque les médecins et infirmières eurent quitté la chambre, poussant devant eux le lit de Charlie, un calme étrange tomba sur les lieux si animés quelques minutes avant. A nouveau on n’entendait que le bruit régulier du respirateur et les bips redevenus bien rythmés du moniteur cardiaque.

Alan se laissa glisser au sol, le dos toujours appuyé au mur. Il posa sa tête sur ses genoux, et là, pour la première fois depuis le début de ce cauchemar, il laissa couler ses larmes.

Au bout de quelques minutes, il se reprit et se releva. Il s’approcha du lit de Don, presque timidement. Il avait beau savoir qu’il était en vie, il avait peur de ce qu’il verrait en se penchant sur lui. Pourtant Don n’avait pas changé : il n’était ni plus, ni moins pâle qu’avant son alerte. Quiconque n’avait pas assisté à la scène aurait pu douter qu’elle s’était déroulée.

- Donnie, je t’en prie mon ange, je t’en prie… Bats-toi ! Tu ne peux pas me laisser. Charlie a besoin de toi. J’ai besoin de toi. Je t’en supplie.

Il chercha du regard le fauteuil que l’équipe soignante avait repoussé pour pouvoir se mouvoir autour du lit. Il le rapprocha à nouveau, s’assit et saisit la main de son fils dans les siennes. Il la porta à la bouche puis se mit à la caresser doucement.

- Repose-toi tant que tu veux chéri, mais reviens, reviens…

Il s’appuya au dossier du fauteuil et ferma les yeux quelques instants.

 

*****


Cissy  (13.06.2009 à 23:11)

Ce fut le retour du lit de Charlie qui le tira de sa demi-torpeur. Il se dressa aussitôt. Le mathématicien était toujours inconscient. Il semblait tout à fait calme. Un instant il fut rassuré, puis, en croisant le regard du docteur Helssworth, son cœur se serra. Non ! Pas Charlie ! Pas lui aussi !

- Qu’est-ce qui se passe ? se contraignit-il à dire d’une voix blanche.

- L’IRM a détecté un œdème cérébral.

Il ferma les yeux une fraction de seconde, anéanti.

- C’est grave ?

Bien sûr que c’était grave, qu’est-ce qu’il croyait ?

- Oui. C’est sérieux en effet. Charlie a sombré dans le coma.

Un cauchemar, c’était forcément un cauchemar !

- Qu’allez-vous faire ?

- Il n’y a malheureusement rien d’autre à faire qu’à injecter des médicaments et à attendre que le cerveau dégonfle.

- Et si le cerveau ne dégonfle pas ?

Il le savait, bien sûr qu’il le savait, mais il devait l’entendre pour être sûr.

- Je suis désolée, mais il mourra.

Il prit une profonde respiration pour empêcher la panique qu’il sentait monter en lui de déferler.

- Mais si le cerveau dégonfle, il ira bien ?

- On devra attendre que l’œdème ait totalement disparu. Ensuite seulement on pourra évaluer les dommages éventuels.

- Les dommages éventuels…

Il n’en pouvait plus. Ses deux fils étaient dans le coma, aux portes de la morts. Et quand bien même ils y échapperaient, ils risquaient de n’être plus jamais comme avant. Comment vivre avec ce fardeau sur les épaules ?

- Buvez monsieur Eppes. Allons encore.

On appuyait un verre sur ses lèvres et il sentit un liquide s’infiltrer dans sa bouche. En même temps il ressentit une piqûre à la saignée du coude. Il ouvrit les yeux, ne se souvenant pas les avoir fermés et il s’aperçut qu’il était sur le lit de camp et qu’une infirmière lui faisait boire un verre d’eau tandis que le Dr Helssworth retirait la seringue avec laquelle elle venait de lui administrer un tonique.

- Ne bougez pas.

Elle posait son stéthoscope sur sa poitrine, écoutait les battements de son cœur  puis prenait le tensiomètre que lui tendait l’infirmière.

- Bon, vous devez vous reposer monsieur Eppes, c’est impératif.

- Qu’est-ce qui s’est passé ?

- Vous avez fait un malaise. Ca n’a rien d’étonnant avec la tension à laquelle vous êtes soumis depuis avant-hier. Vous devriez rentrer chez vous pour vous reposer.

- Je ne laisserai pas mes fils.

- Vos fils sont entre de bonnes mains monsieur Eppes.

- Je ne les laisserai pas.

En voyant le front buté de l’homme, le médecin comprit qu’elle ne le convaincrait pas. A moins d’appeler la sécurité, elle ne se débarrasserait pas du père de famille. Et elle savait déjà qu’elle ne ferait pas appel à la sécurité : elle comprenait ce qu’il ressentait et ne pourrait pas agir ainsi. Elle capitula.

- D’accord. Vous pouvez rester ici, mais je veux que vous restiez allongé au moins cinq heures. Promettez-le moi.

Elle vit le regard de l’homme se porter alternativement sur chacun des lit où gisait l’un de ses fils. Elle sut aussitôt ce qui lui traversait l’esprit.

- Promettez-le moi monsieur Eppes ou je serai obligée de vous faire expulser. Nous avons déjà bien assez à faire dans ce service sans devoir nous occuper de vous en plus !

- D’accord. Vous avez ma parole, je ne bougerai pas.

- Bien.

Elle n’insista pas : elle savait qu’elle pouvait lui faire confiance. Il était d’une génération pour laquelle la parole donnée avait encore de la valeur. De toute façon, en plus du tonique pour soutenir le cœur, elle lui avait injecté un léger sédatif qui faisait déjà effet. Les yeux du vieil homme se fermaient et sa respiration se fit plus régulière. Satisfaite, elle le quitta, recommandant tout de même aux infirmières de jeter un coup d’œil sur lui de temps à autre.

Elle se dirigea ensuite vers la salle d’attente : comme elle s’y attendait, la femme de l’agent Eppes et le professeur dont elle n’avait pas retenu le nom étaient là. Elle s’avança rapidement vers eux leur apprit les derniers événements. Il ne lui semblait pas trahir ainsi le secret médical puisqu’apparemment Alan Eppes était le premier à vouloir qu’ils soient au courant de l’évolution de l’état de santé de ses fils.

Robin et Larry furent atterrés de ces nouvelles. Larry fut particulièrement affecté à cause de sa bévue de la veille lorsqu’on avait parlé de transférer Charlie : un peu comme s’il lui avait porté malheur par ses propos inconsidérés. Robin eut beaucoup de mal à lui démontrer la stupidité d’une telle position.

La jeune femme obtint la permission de remplacer Alan au chevet des deux blessés, malgré le règlement interdisant plus d’un visiteur en même temps. Mais le Dr Helssworth était de celles qui pensaient que les règlements n’étaient bons que lorsqu’ils étaient humains. Et en l’occurrence, celui-ci devait être aménagé, dans ce cas précis, pour rester humain.

L’assistante du procureur entra dans la pièce où le silence impressionnant n’était troublé que par les appareils de survie auxquels étaient branchés les deux frères. Elle s’arrêta un instant auprès d’Alan endormi et remonta doucement la couverture sur lui. Puis elle s’assit entre les deux lits et prit dans chacune de ses mains la main de l’un des garçons.

- Maintenant les frères Eppes, vous allez m’écouter, dit-elle d’une voix qu’elle s’efforçait de rendre ferme. Vous avez intérêt à vous réveiller très vite parce que votre père ne s’en sortira pas sans vous. Plein de gens ne s’en sortiront pas sans vous. Et à titre personnel Don Eppes, je te signale que, si jamais tu me plantes là, je ne te le pardonnerai jamais. Sache, pour ta gouverne, que les assistants du procureur ont le bras long et que leur vindicte est redoutable !

Un sanglot lui monta à la gorge et elle fut incapable de continuer. Alors elle resta là, se contentant d’étreindre leurs mains qu’elle avait posées l’une sur l’autre.


Cissy  (13.06.2009 à 23:12)

Chapitre 51

 

Don regardait autour de lui, étonné : que diable pouvait-il bien faire là ? Il se trouvait dans un jardin ressemblant beaucoup à celui de la maison : dans un grand bassin nageaient des poissons de toute beauté qui auraient fait l’envie de son père et de son frère pour agrémenter leur propre bassin. Il ne se souvenait pas d’être venu là. Il ne se souvenait pas de ce qui s’était produit avant. Et à vrai dire, il s’en moquait un peu. Il faisait chaud, et le jour était lumineux, presque éblouissant. Un instant il eut la tentation de chausser ses lunettes de soleil. Mais non, il avait envie de regarder cette clarté, elle l’attirait irrésistiblement. Alors qu’il marchait vers elle, il s’entendit soudain interpeller.

- Donnie ? Donnie c’est toi ?

Il se retourna et se trouva nez à nez avec Charlie, semblant aussi étonné que lui de se trouver là.

- Charlie ?

Et puis soudain, un sourire fleurit sur les lèvres de l’aîné.

- Non mais Charlie ! On n’est pas à carnaval !

- Quoi ?

- Tu as vu ta tenue ? Tu es ridicule frangin !

Charlie baissa les yeux et s’aperçut qu’il était vêtu d’une blouse d’hôpital d’où ses jambes nues émergeaient. Il releva la tête, vexé des moqueries de son frère, puis il sourit à son tour et répliqua :

- Tu peux parler toi ! Tu as vu ton accoutrement ?

A son tour Don baissa les yeux et se rendit compte qu’il était vêtu exactement de la même manière que son frère et qu’il ne devait donc pas avoir l’air plus malin !

Ses lèvres s’arrondirent sous l’effet de la surprise.

- Mais qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qu’on fait là ?

- Aucune idée.

- Enfin, Charlie… C’est toi le génie non ? Tu dois bien avoir une idée.

Les deux frères s’assirent côte à côte sur un banc, au bord du bassin. Ils regardèrent un instant les poissons qui nageaient paresseusement.

- Je crois, commença Charlie, que la première chose à faire serait de nous souvenir de ce que nous faisions avant d’arriver là.

- Je n’en ai aucune idée Charlie.

- C’est pour ça que nous allons y réfléchir ensemble. Deux cerveaux valent mieux qu’un.

Un sourire espiègle éclaira son visage.

- Surtout si l’un des deux cerveaux est particulièrement brillant !

- Merci du compliment cher petit frère, répondit aussitôt Don du tac au tac, comme prenant pour lui la dernière allusion.

Charlie éclata d’un rire clair, bientôt imité par Don. Tout en riant pourtant, les deux frères s’étonnaient : ils étaient là, dans une tenue pour le moins inhabituelle, dans un endroit inconnu, sans avoir la moindre idée de ce qui s’était passé, et pourtant ils riaient. Comme si, finalement, tout ça n’avait pas grande importance, comme si, où qu’ils soient, ils se sentaient tellement en sécurité que l’inquiétude ne pouvait pas les atteindre.

Don fut cependant le premier à reprendre son rôle de grand frère, agent du F.B.I.

- Bon, Charlie, il faut tout de même qu’on démêle cet imbroglio non ?

- O.K. frangin. De quoi tu te souviens, toi?

- Pff ! C’est vague ! Je suis passé te prendre à la maison pour… Bon sang ! J’ai l’impression d’avoir le cerveau complètement ramolli.

- C’est pourtant une impression coutumière chez toi, alors qu’est-ce qui t’inquiète ? se moqua Charlie, qui, en retour, reçut une bourrade de son frère.

- Arrête de faire le mariole et aide-moi plutôt à comprendre ce qu’on fiche ici.

- Tu crois qu’on nous a kidnappés ?

Don leva les yeux au ciel, abasourdi d’une telle naïveté : il y avait vraiment des jours où il se demandait pourquoi Charlie était considéré comme un génie ! Bon, pour ce qui était des maths d’accord, mais pour le reste !

- Dis donc banane : si on nous avait kidnappés, tu crois vraiment qu’on nous laisserait batifoler librement dans le jardin ? Tu as vu jouer ça où toi ?

- Oui, admit Charlie. Sans compter que je ne comprends pas bien le pourquoi de notre tenue.

Il jeta un nouveau coup d’œil mi-figue mi-raisin à sa chemise d’hôpital sur laquelle il tira, comme pour essayer de la rallonger un peu.

- Donc, on écarte le kidnapping, pas d’objection ?

- Pas d’objection.

- Ce qui nous ramène à notre point de départ : que faisions-nous avant d’atterrir ici ?

- Tu es passé à la maison : tu venais me chercher.

- Oui, c’est ça. On devait aller ensemble…

Les deux frères se regardèrent, et puis soudain, comme dans un éclair, les souvenirs leur revinrent :

- La soirée de promo ! s’exclamèrent-ils en choeur.

Leurs regards se croisèrent à nouveau, et petit à petit chacun lut, dans les yeux de l’autre, le même effroi qui devait emplir les siens au fur et à mesure que leur mémoire leur restituait le déroulement de la soirée.

- Seigneur ! souffla Don, estomaqué.

Charlie le regarda, éperdue :

- Don…

- Quoi Charlie ?

- Est-ce que tu crois que…

Il s’interrompit, incapable de formuler sa question. Son esprit cartésien refusait obstinément d’admettre ce qui était en train de se produire.

- Charlie ?

Don le regardait avec inquiétude.

- Est-ce que tu crois que nous sommes morts ?

Son frère pinça les lèvres et secoua la tête, incapable de trouver une réponse.

- Je n’en sais rien Charlie, je n’en sais rien du tout.

- Ca y ressemble, prononça le mathématicien du bout des lèvres.

- Oui, ça y ressemble, admit son frère en regardant autour de lui. Pourtant…

- Quoi ?

- Je n’arrive pas à y croire. Non, pas comme ça, pas si vite. Pas toi !

- Comment ça ? Pourquoi pas moi ? Pourquoi toi et pas moi ? Charlie s’énervait soudain.

- Charlie… Tu as tant de choses à faire au monde, tant de promesses à tenir. Moi…

- Quoi ? Qu’est-ce que tu veux dire Don ? Que tu vaux moins que moi ? Que tu mérites moins que moi de vivre ? C’est ça ?

Il criait presque.

- Non, enfin… Charlie, c’est compliqué tout ça !

- Pourquoi Don ? Pourquoi est-ce que tu as fait ça ?

- Fait quoi ? s’étonna l’aîné.

- Te jeter sur moi quand Norton a tiré. Pourquoi tu t’es sacrifié pour moi Donnie ? Qu’est-ce qui a pu te faire penser que ta mort serait moins grave que la mienne ?

- Ca te va bien de dire ça ! s’exclama Don, énervé à son tour. Et qui m’a fait un rempart de son corps, de sa tête devrai-je dire, quand ce malade a tiré à nouveau ? Hein ? Alors je te retourne la question : pourquoi Charlie ? Comment as-tu pu t’exposer ainsi pour me protéger alors même que j’étais déjà touché, mortellement peut-être. C’était stupide.

- Stupide hein ?

Il se dressait devant lui, les yeux luisants de colère.

- Parfaitement, stupide !

Pour ne pas demeurer en reste, Don s’était levé à son tour et ils étaient là, tous les deux, vêtus d’une simple blouse d’hôpital qui ne dissimulait à vrai dire pas grand-chose de leur anatomie dans l’étrange clarté qui brillait dans les lieux, aussi en colère l’un que l’autre, comme deux petits coqs prêts à se jeter l’un sur l’autre.

 

*****

 


Cissy  (14.06.2009 à 16:45)

- Vous êtes vraiment incorrigible les garçons ! Ca ne fait pas dix minutes que vous êtes là que déjà vos éclats de voix retentissent aux quatre coins des lieux. Quand allez-vous cesser vos disputes ?

Au son de la voix qui venait de les interpeller ainsi d’un ton sévère, les deux hommes se retournèrent brusquement, toute leur colère envolée d’un seul coup tandis que leurs bouches s’arrondissaient de surprise. Et puis, d’un même élan ils se jetèrent en avant :

- Maman !

- Oh maman !

Elle les enveloppa de ses bras,  tandis qu’ils laissaient couler des larmes de joie et d’émotion à la sentir là, si proche d’eux.

- Mes garçons, c’est si bon de vous voir.

- Maman, mais comment ? Qu’est-ce qui se passe ? Est-ce qu’on est en train de rêver ? demanda Charlie en saisissant la main droite de sa mère.

- En quelque sorte chéri, en quelque sorte.

- Est-ce qu’on est morts ? questionna alors Don qui, pour sa part, tenait la main gauche de sa mère dans les siennes.

- Non ! Dieu merci, non ! Vous êtes bien trop jeunes pour mourir et, même si je suis heureuse de vous voir, j’espère bien que vous ne viendrez pas me rejoindre de sitôt. Vous avez toute une vie à mener mes amours. Et puis votre père a trop besoin de vous pour que je vous arrache à lui.

- Alors qu’est-ce qui se passe ? Explique-nous ! supplia Charlie.

- D’abord vous allez me laisser vous regarder un peu. Allons ! Reculez que je vous vois mieux !

Les deux frères, à regret, lâchèrent les mains de leur mère pour faire ce qu’elle leur demandait. Ils se tinrent debout, côte à côte, en face d’elle, tandis qu’elle les fixait attentivement, un sourire ému sur le visage. Eux, de leur côté ne se lassaient pas de la voir : si belle, si pleine de vie. Don se disait qu’elle n’avait rien de commun avec la femme qu’il avait vu s’éteindre dans la douleur cinq ans auparavant, Charlie lui, retrouvait la mère d’avant la maladie, d’avant la dernière chimiothérapie.

- Vous êtes beaux mes amours, juste comme je vous imaginais.

Puis son ton se fit sévère.

- Et comme toujours, vous étiez en train de vous disputer !

- C’est sa faute ! attaqua Charlie.

- Non, c’est lui ! rétorqua Don.

- Stop ! Vous finirez par me rendre folle ! Vous comprenez aussi pourquoi je ne veux pas de vous pour le moment ? Je n’aurai pas trop d’une cinquantaine d’année encore pour me préparer à supporter vos querelles jusqu’à la fin des temps une fois que vous serez là ! Mais enfin, allez-vous un peu grandir ? C’est quoi cette fois-ci le problème ?

Les deux frères se sentaient redevenus tout petits garçons, comme lorsqu’elle les tançait à l’époque pour une raison ou une autre.

- Don pense que sa vie vaut moins que la mienne, résuma Charlie.

- Non… Je n’ai pas dit ça, se défendit Don.

- Je n’ai pas dit que tu l’avais dit. J’ai dit que tu l’avais pensé, corrigea le mathématicien.

Margaret regarda gravement son fils aîné.

- C’est vrai ça mon ange ? Tu penses vraiment que ta vie vaut moins que celle de ton frère ?

Don s’empourpra et ne répondit pas, ce qui, en soit, équivalait à une réponse.

- Oh Donnie ! soupira sa mère. Quand comprendras-tu que tu n’as pas moins de valeur que Charlie ? Vous êtes différents comme le sont… le jour et la nuit ou deux termes d’une équation, pour reprendre une image chère à ton frère. L’un ne va pas sans l’autre, n’a pas de sens sans lui, les deux sont nécessaires, les deux sont précieux,. Mais aucun de vous n’a plus de valeur que l’autre. Et l’un sans l’autre vous n’êtes rien.

- Pourtant, Charlie a tant de potentiel en lui. Il y a tant de choses qu’il pourrait faire. Il est tellement brillant.

- Mais tu l’es aussi mon ange, tu l’es aussi. A ta façon et dans ton domaine tu es tout aussi brillant que ton frère et tout aussi indispensable au monde.

Il eut un petit sourire timide.

- Le monde ne serait pas le même sans Don Eppes, crois-moi.

- Si tu le dis.

Mais les mots l’avaient touché.

- Bien et maintenant, si vous m’expliquiez exactement de quoi il retourne.

- Ce serait plutôt à toi de nous expliquer maman. Si nous ne sommes pas morts, qu’est-ce que nous faisons là ? Et où sommes-nous ?

Elle sourit :

- Ah ! Je reconnais bien là l’agent du F.B.I. : incapable de ne pas mener un interrogatoire, où qu’il se trouve. Vous êtes entre deux mondes mes amours.

- Dans le coma ? comprit soudain Charlie.

- Oui, c’est ça.

- Mais comment ? demanda Don.

- Tu le sais Donnie. Toi à cause de la balle qui t’a atteint l’épaule et a cheminé jusqu’à ton cœur, et toi, de celle que tu as reçu à la tête, dit-elle en se tournant vers Charlie.

- Mais que faisons-nous là ?

- Vous avez la chance de pouvoir vous dire les choses que vous ne vous dites jamais. Et sans vous disputer, je vous prie.

- Pour combien de temps est-on là ?

- Je n’en sais rien. Pas trop longtemps j’espère. Même si je suis heureuse de vous voir, vous ne pouvez pas rester là.

- Pourtant, commença Charlie.

- Non, mon poussin. Vous n’avez pas le droit de rester là, pas encore. Toi surtout Charlie, tu n’as aucune raison d’y être. La balle n’a fait que se loger entre l’os et le cerveau, elle n’a rien endommagé : tu aurais dû te réveiller depuis plusieurs heures déjà.

- Comment sais-tu tout ça ?

- D’où je suis, je sais tout mes amours. Et si je te dis que tu n’as pas ta place ici, tu dois me croire Charlie.

- Et Don ?

Elle perçut l’inquiétude dans la voix de son cadet.

- Don… C’est un peu plus compliqué.

- Quoi ? Pourquoi ?

- Don va devoir prendre une décision.

- Une décision ? Quelle décision maman ?

Mais Charlie le savait. Son frère allait devoir choisir entre vivre et mourir. Il le regarda et il lui parut si fragile soudain, presque diaphane, comme déjà ailleurs.

- Tu dois rentrer Charlie, tu ne peux pas rester là, lui dit son aîné.

- Je ne rentre pas sans toi Don.

- Charlie, ne commence pas. Tu as entendu maman. Ta place n’est pas ici.

- La tienne non plus. Je ne pars pas sans toi !

- Charlie…

- Donnie… Ne me dis pas que tu veux rester là ! Ne me dis pas que tu veux nous laisser, papa et moi ! Qu’est-ce qu’on deviendrait sans toi hein ? Tu peux me le dire ? Ta place est avec nous Don.

- Charlie… C’est si compliqué parfois. Ici tout à l’air si simple, si calme.

- Mais tu nous as Donnie. Quand c’est trop compliqué on est là pour t’aider. Pourquoi tu ne viens jamais nous voir ?

- Parce que… Je n’ai pas le droit de faire entrer mon monde dans le vôtre. Je n’ai pas le droit de vous pourrir le cerveau avec les horreurs que je vois.

- C’est stupide. On est là pour toi Don : moi, papa, Robin et tous ceux qui tiennent à toi. Et aucun de nous n’aurait l’impression que tu lui pourris le cerveau en parlant. Tu te contenterais ainsi de « dépolluer » le tien, si je peux me permettre l’expression. Et tu te sentirais mieux ensuite. Et pour autant nous ne nous en sentirions pas plus mal.

Don le regardait, semblant, pour la première fois de sa vie, se rendre compte de quelque chose d’essentiel. Avec humour il pensa soudain que, la « première » fois de sa vie, n’était peut-être pas le terme adéquat étant donné que c’était peut-être la « dernière » fois de sa vie.

 

*****


Cissy  (14.06.2009 à 16:47)

Soudain Charlie porta ses mains à sa tête, comme s’il souffrait.

- Charlie, Charlie, qu’est-ce que tu as ? Qu’est-ce qui t’arrive s’affola Don, alors que son frère tombait à genoux en gémissant sous l’intensité de la souffrance.

- Je ne sais pas, j’ai mal… Ma tête !

Eperdu, Don jeta un regard à sa mère qui les contemplait, tranquillement, comme si la souffrance de son enfant ne la touchait pas. Soudain Charlie se redressa, les traits apaisés.

- Ca y est, c’est passé.

Don l’aida à se relever, toujours inquiet.

- C’était quoi ? Qu’est-ce qui lui arrive ? demanda-t-il à sa mère. Est-ce qu’il n’est pas censé être à l’abri de la douleur ici ?

- C’est le monde qui le rappelle. Je t’ai dit que sa place n’était pas ici. Il va falloir nous quitter poussin. Tu dois rentrer.

- Non ! Pas sans Don, pas sans lui !

Margaret soupira :

- Décidemment, tu es toujours la même tête de mule. Ton frère te rejoindras plus tard, tu ne peux pas l’attendre.

- Donnie… Tu me promets de revenir n’est-ce pas ? Tu me promets de ne pas nous laisser ? Papa et moi on a besoin de toi, et Robin aussi.

Don semblait hésiter encore et le ton de Charlie se fit suppliant.

- Donnie, si tu ne me promets pas, je reste ici !

Une nouvelle déferlante de douleur lui arracha un gémissement qui crucifia son frère impuissant.

- D’accord, d’accord Charlie, je te promets de te rejoindre.

La douleur cessa de nouveau et Charlie releva la tête. Il se tourna vers sa mère :

- Je ne peux vraiment pas rester avec toi ?

- C’est ce que tu voudrais chéri ? Rester là, avec moi, loin de ton père, d’Amita, de Larry, de l’université ? Loin de tes travaux sur l’émergence cognitive ? Laisser tout ce travail inachevé ? C’est ce que tu aimerais ?

- Pour rester avec toi…

- Mais je suis toujours auprès de toi poussin, et tu le sais, tu le sens.

Elle avait posé sa main sur son cœur.

- Tu as raison maman.

Il détourna la tête : il lui semblait que la lueur se faisait moins brillante. Comme derrière un écran de fumée, il commençait à entendre des sons, à voir des formes. Il comprit que la vie le rappelait. Non, même pour demeurer auprès de sa mère il ne voulait pas rester là : il avait trop de choses à accomplir encore en ce bas monde pour accepter de le quitter maintenant. Mais Don…

Il chercha à nouveau son frère du regard.

- Don… Viens avec moi.

Margaret s’interposa.

- Ton frère va te rejoindre Charlie, je m’en charge.

Il hésita.

- Allez poussin, tu dois y aller. Ils t’attendent. Don te rejoindra plus tard.

Charlie voyait les silhouettes de sa mère et de son frère s’estomper dans la brume.

- Maman, je t’aime.

- Je t’aime aussi chéri.

Ils s’éloignaient de plus en plus.

- Donnie, n’oublie pas, tu as promis… Tu as promis…

Il eut l’impression de traverser un tunnel de lumière et de tomber dans un puits sans fond.


Cissy  (14.06.2009 à 16:48)

Chapitre 52

 Hôpital, Los Angeles

- Tu as promis Donnie, n’oublie pas, tu as promis.

D’un bond Alan fut auprès de son fils qui parlait dans son inconscience. Il devait être environ trois heures du matin. Lui-même s’était réveillé deux heures auparavant, arraché à son sommeil artificiel par l’irruption de l’infirmière qui venait, une fois de plus, relever les constantes des deux malades. Robin, assoupie dans le fauteuil, s’était éveillée à son tour et lui avait alors fait un bref compte-rendu de ce qui s’était passé durant la journée. Il y avait si peu à dire que ça tenait en deux mots : aucun changement.

Aucun des garçons n’avait donné le moindre signe de réveil : pas d’amélioration, pas d’aggravation non plus, c’était toujours ça. Et à nouveau le compte à rebours s’était enclenché dans sa tête : trente-neuf heures que Don était en sursis. Encore neuf heures avant d’être fixés sur ses chances de survis.

Puis il s’était demandé si l’alerte du matin n’avait pas remis les compteurs à zéro. Et dans ce cas, il n’y avait que dix-sept heures d’écoulées. Non ! Il n’arriverait pas à tenir !

Robin était allée appeler Larry qui dormait dans la salle d’attente afin qu’il vienne prendre la relève auprès des deux frères le temps qu’elle et Alan aillent se restaurer un peu, car si elle avait pris un repas en début d’après-midi, déjà relayée par Larry durant ce laps de temps, elle n’oubliait pas qu’Alan, lui, n’avait rien absorbé depuis la veille. A ce rythme, il ne tiendrait pas longtemps. Et elle se devait de veiller sur lui, bien qu’étant parfaitement consciente que, si le pire devait survenir à l’un ou l’autre des garçons, et à fortiori aux deux, rien de ce qu’elle pourrait dire ou faire ne pourrait alors retenir Alan dans ce monde.

Ils n’avaient presque pas parlé durant leur rapide repas. Alan semblait reposé par ses quinze heures de sommeil bien qu’étonné d’avoir autant dormi. Robin lui avait alors avoué que le médecin, après avoir pris sa tension dans le milieu de l’après-midi, avait préféré lui administrer un nouveau sédatif pour l’aider à réparer totalement ses forces et rétablir, autant que faire se pouvait, l’équilibre de son système nerveux violemment ébranlé par les événements des dernières trente-six heures.

Restauré, revigoré, le père était remonté auprès de ses fils, demandant à Robin et Larry de rentrer se reposer en utilisant contre eux les arguments dont ils avaient usés contre lui : s’ils s’épuisaient, ils ne seraient pas capable de veiller sur Don et Charlie. Ils avaient fini par capituler : de toute façon, maintenant qu’Alan était de nouveau réveillé, l’infirmière allait exiger le départ de Robin de la chambre. Autant aller prendre une bonne nuit de sommeil. Ils avaient promis qu’ils seraient de retour dès le lendemain matin, avec des vêtements propres pour Alan. Celui-ci était alors entré dans la chambre et avait repris sa garde attentive entre ses deux fils.

- Donnie… N’oublie pas, tu as promis !

- Charlie, Charlie c’est papa ! Réveille-toi chéri, tu rêves. Réveille-toi.

Il disait ces mots sans grand espoir. Visiblement Charlie délirait : n’était-ce pas le signe d’une aggravation de son état ? Ne devait-il pas sonner l’infirmière ?

Au moment où il tendait la main vers le bouton d’appel, il s’aperçut que Charlie avait ouvert les yeux et le fixait franchement. Un instant il se demanda s’il n’était pas victime d’une hallucination, si son brûlant désir ne lui faisait pas voir des choses qui n’existaient pas :

- Papa ? C’est toi ?

Alors il n’eut plus aucun doute : son fils était revenu ! Il était conscient, il parlait ! Tout irait bien pour lui, il en était persuadé et la joie le submergea tellement brutalement qu’il en eut les jambes coupées. Il se laissa tomber sur le bord du lit et saisit la main de Charlie dans les siennes.

- Oui, c’est moi chéri. Tout va bien aller maintenant, tu vas voir, tout va bien aller.

- Papa…

Charlie tourna la tête vers le lit voisin et Alan eut un serrement au cœur en pensant que, peut-être, la scène du matin allait se reproduire. Mais il se trompait :

- Comment va Donnie ? Il tient le coup ?

Alan eut un soupir qui tenait à la fois du soulagement et de l’étonnement. Soulagement de voir que Charlie semblait avoir intégré l’état de son frère, étonnement que, après tout ce qu’il avait vécu depuis son réveil, il se rappelle de ça alors que, le matin même, il n’avait aucun souvenir de ce qui s’était passé.

- Oui, il tient le coup, dit-il. Et le fait de savoir que tu vas mieux va beaucoup l’encourager, j’en suis sûr.

Charlie hocha la tête.

- Mais… Est-ce que tu te souviens de ce qui s’est passé maintenant ? questionna timidement Alan.

Il n’était pas trop sûr de pouvoir poser cette question. N’allait-il pas ainsi risquer de compromettre l’amélioration indéniable dans l’état de Charlie ? N’était-il pas trop tôt pour le replonger dans le cauchemar ?

- Oui. Je me souviens. Don s’est sacrifié pour moi papa, comme toujours. Il a pris une balle qui m’était destinée.

- Je sais. Freddy m’a raconté.

- Freddy ?

- Oui, ils est venu prendre de vos nouvelles avec quelques uns de vos anciens camarades d’alors. Il m’a tout raconté.

- Tu m’en veux ?

- De quoi grands dieux !

- Don est dans le coma à cause de moi.

- Charlie ! Ce n’est pas à cause de toi. Et puis, toi aussi tu as été blessé en le protégeant. Alors arrête ! Vous avez, tous les deux, agi selon votre cœur. Aucun de vous ne doit avoir de regrets.

Charlie opina de la tête, puis son regard dériva à nouveau vers le lit voisin : son frère était toujours sous respirateur et son visage se crispa :

- Que disent les médecins papa ? Il va s’en sortir hein ?

Alan aurait pu, aurait dû peut-être, lui mentir ; mais il ne pouvait pas, il n’en avait pas le droit.

- Ton frère est gravement blessé chéri. La balle est entré à l’épaule puis elle a bougé et a perforé un poumon avant de s’arrêter dans le péricarde. Il a subi une opération lourde. On ne sait pas s’il va se réveiller.

Il se tut, inquiet de la réaction de son cadet. Et s’il venait, par ces mots, de mettre en péril sa récupération ? Charlie était-il assez fort pour supporter cette vérité ? La réaction de ce dernier le surprit :

- Si, il va se réveiller, dit-il tranquillement, sur le même ton qu’il aurait énoncé une vérité mathématique indéniable.

Il eut peur soudain de ce calme apparent, peut-être pire encore que l’affolement qu’il attendait. Parce que si Charlie se persuadait que Don vivrait, il serait irrémédiablement dévasté si son espoir était infondé. Malgré son propre désir d’abonder dans ce sens, Alan se sentit donc obligé de tempérer l’optimisme de son cadet.

- On ne peut pas être sûr Charlie.

- Moi je suis sûr. Donnie va se réveiller. Il va revenir. Il me l’a promis.

- Quoi ?

Alan ne comprenait pas. Son fils était-il en train de délirer ? Il porta la main à son front : celui-ci était frais, aucune trace de fièvre. Non, on aurait simplement dit que Charlie énonçait une évidence. Et quand Charlie énonçait une évidence, il emportait l’adhésion de ses interlocuteurs. Le mathématicien fixa tranquillement son père dans les yeux, le persuadant par son calme :

- Il m’a promis de revenir papa. Et Don tient toujours ses promesses.

Avant que son père ait pu lui demander d’autre explications, il s’était endormi, épuisé, le visage tourné vers le lit de son frère.

 Alan se rencogna dans son fauteuil, profondément pensif. Il ne comprenait pas vraiment ce qui venait de se passer, mais un nouvel espoir s’était levé en lui. Il se sentait serein soudain : Charlie était sauvé et Don allait s’en sortir aussi. Il ne pouvait en être autrement.


Cissy  (15.06.2009 à 19:38)

Chapitre 53

 Hôpital, Los Angeles

- Docteur Eppes, nous allons vous descendre dans votre chambre.

Charlie, occupé à contempler son frère inconscient, sursauta violemment à ces mots. Alan eut aussi un haut le corps, pressentant le drame.

- Quoi ? De quoi parlez-vous ? questionna abruptement le mathématicien.

- On vous avait prévenu, docteur Eppes, expliqua patiemment l’infirmier qui avait parlé. Voilà maintenant vingt-quatre heures que vous avez repris conscience, vous n’êtes plus en danger, nous ne pouvons pas vous garder en soins intensifs. Une chambre vous attend dans le service de neurologie.

- Non ! Je refuse de quitter mon frère ! Il a besoin de moi !

Alan soupira : c’est ce qu’il redoutait depuis la veille. Vers huit heures, le docteur Hellsworth avait ausculté Charlie bien réveillé et avait ordonné un nouveau scanner qui n’avait fait que confirmer ce que tous savaient déjà : l’œdème avait totalement disparu, le cerveau de Charlie était intact. Visiblement il ne souffrait d’aucune séquelle d’aucune sorte et il avait même été capable, en début d’après-midi, de répondre aux questions de David afin que celui-ci puisse compléter son rapport.

Le docteur Hellsworth avait alors pensé à transférer le mathématicien dans son service, puis avait accepté, devant la réaction affolée de celui-ci, de remettre ce transfert au lendemain. Après tout, l’alerte grave qu’il avait subie pouvait justifier un maintien de quelques heures en soins intensifs. Mais elle avait prévenue que, le lendemain matin, elle devrait séparer les frères.

Alan redoutait ce moment : pour lui d’abord. Comment réussir à se tranquilliser en n’ayant plus ses deux enfants sous les yeux ? Et pour Charlie ensuite. Celui-ci, dès qu’il était réveillé, passait le plus clair de son temps à contempler son frère, semblant l’encourager à revenir auprès d’eux.

Les quarante-huit heures fatidiques étaient passées, mais le médecin n’avait malheureusement pas pu déclarer Don hors de danger : il était toujours dans le coma. En fin d’après-midi, ils avaient cependant eu la joie d’apprendre qu’il respirait désormais seul et qu’on allait l’ex-tuber. De même, les fonctions rénales se rétablissaient, ce qui était un signe encourageant. Néanmoins, le Dr Harding ne voulait pas se montrer trop optimiste : tant que Don restait dans le coma, même si désormais le masque à oxygène avait remplacé l’intubation, rien n’était gagné. Et plus longtemps il resterait inconscient, plus les risques de séquelles seraient élevés.

Mais Charlie restait étrangement serein, entraînant par là même son père dans cette attitude pleine d’espoir et de certitude : Don allait se réveiller, ce n’était qu’une question de temps.

La nuit s’était écoulée, calme, rythmée par les bips qu’Alan pensait qu’il entendrait dorénavant le reste de ses jours, et les rondes des infirmières qui venaient contrôler les constantes des malades. Au matin, Charlie avait pris un petit déjeuner léger, affirmant ainsi son retour définitif parmi les vivants. Alan avait profité de quelques heures pour aller se doucher et se changer tandis que Robin puis Larry, heureux de l’amélioration de l’état de Charlie, mais toujours très inquiets pour Don, se relayaient dans la chambre. Le père ne voulait pas que ses fils restent seuls, à aucun moment. Même si, désormais, Charlie était tiré d’affaire.

Alan avait essayé d’aborder avec Charlie l’échéance qui approchait : il allait être transféré au service de neurologie et son frère devrait rester là, tant qu’il n’avait pas repris connaissance. Mais le mathématicien refusait obstinément d’envisager cette option. En dépit de toute logique, il continuait à prétendre que ça ne se ferait pas : Don allait se réveiller à temps pour qu’ils puissent quitter ensemble cette salle.

Son père n’avait pas eu le cœur de le détromper : après tout, s’il pouvait avoir raison ! Et puis il se refusait à le tourmenter avec ça. Il serait toujours temps d’affronter le problème lorsqu’il se poserait.

 

*****

 


Cissy  (17.06.2009 à 18:53)

Et voilà qu’ils y étaient : il était huit heures et les brancardiers venaient chercher Charlie pour l’emmener dans sa nouvelle chambre. Et Don n’avait toujours pas émergé, même si son était semblait s’être encore amélioré : sa saturation était remontée à plus de 85 % et la fièvre était tombée. Le docteur Harding, lors de son contrôle matinal, avait eu l’air un peu plus optimiste, sans toutefois vouloir se prononcer de manière définitive : peur d’un possible procès ou simple prudence pour ne pas entretenir de faux espoirs chez la famille de son patient ? Qui pouvait savoir ?

- Je refuse de partir : je reste auprès de mon frère, il a besoin de moi ! déclara Charlie d’un ton net.

- Docteur Eppes, soyez raisonnable…

Alan grimaça : raisonnable n’était pas vraiment dans les cordes de Charlie !

- Vous ne pouvez pas rester là. On peut avoir besoin de ce lit à tout moment. Vous n’avez plus besoin de rester en soins intensifs.

- Ah non ! Que faut-il que je fasse ? Que je fasse un malaise, là, sous vos yeux ? Ou bien que je me précipite la tête la première contre le mur pour replonger dans le coma ou que…

- Charlie !

La voix sévère d’Alan l’interrompit et Charlie se rendit soudain compte de sa maladresse : comment pouvait-il envisager devant lui une telle éventualité, sachant les affres par lesquelles son père venait de passer ? Il baissa la tête, honteux, mais pour autant, il n’avait pas l’intention de déclarer forfait : à ses yeux, il était le fil qui maintenait Don dans ce monde, et il ne laisserait personne les séparer. Et si jamais l’état de son frère s’aggravait, que se passerait-il ?

Il essaya de changer de tactique :

- Mon frère a besoin de moi. Vous ne pouvez  pas risquer sa vie en…

- Docteur Eppes, vous savez très bien que la vie de votre frère est étroitement surveillée ici. Vous pourriez discuter pendant des heures que ça ne changerait rien : nous devons vous transférer.

- D’accord, abdiqua soudain Charlie, laissant son père éberlué.

Soulagés, les deux brancardiers s’approchèrent pour faire rouler le lit hors de la chambre.

- Attendez une seconde, dit alors le mathématicien.

Et tandis que les deux hommes suspendaient leur geste, il entreprit de débrancher sa perfusion et, avant que son père et les soignants aient réagi, il rabattit le drap pour se lever. Soudain, sortant de la stupéfaction qui le clouait au sol, Alan, le premier se précipita :

- Charlie ! Qu’est-ce que tu fais ? Tu es fou ou quoi ? Reste dans ton lit et… S’il vous plaît, est-ce que vous pouvez rebrancher cette perfusion ?

- Non ! Je refuse de sortir d’ici tu m’entends ! S’ils doivent libérer le lit, alors je le libère. Je serai tout aussi bien dans ce fauteuil.

- Charlie… Tu ne peux pas…

- Bien sûr que je peux. Il me suffit de signer une décharge. N’est-ce pas messieurs ? Si je signe une décharge, je ne suis plus un patient, je redeviens un visiteur et en tant que tel, je peux rester auprès de mon frère.

- Non, Charlie tu as encore besoin de soins, je ne te laisserai pas faire ça !

- Je refuse de quitter cette chambre tant que Donnie ne sera pas réveillé, je refuse !

Après le calme apparent, l’état de tension de Charlie apparaissait soudain : son ton dérapait dans les aigus et ses joues s’empourpraient. Alan eut peur qu’il ne fasse de nouvelles convulsions, avec tous les risques que cela pouvait engendrer. Il ne pourrait pas revivre le calvaire qu’il avait vécu près de quarante-huit heures auparavant : ses deux enfants dans le coma, c’était plus qu’il n’en pouvait supporter.

 

*****

 


Cissy  (17.06.2009 à 18:54)

Il jeta un regard impuissant vers les brancardiers et s’aperçut que l’un d’entre eux s’était éclipsé : sans doute allait-il prévenir le Dr Helssworth. Mais il doutait de la capacité de la jeune femme à raisonner son fils : le seul être plus têtu que lui qu’il connaisse, c’était Don. Seul lui aurait eu assez d’ascendant sur son frère pour le faire plier, et encore… Mais comme en l’occurrence il était le nœud du problème, personne n’arriverait à faire entendre raison à Charlie.

- S’il te plaît, Charlie… Je resterai avec Donnie : tu auras de ses nouvelles régulièrement.

- Je ne veux pas avoir de ses nouvelles. Je veux être là quand il se réveillera. C’est à cause de moi qu’il est dans cet état là ! Jamais je ne le laisserai tu m’entends ! Jamais !

- Charlie, si vous ne vous calmez pas, je vais être obligée de vous administrer un sédatif, dit le Docteur Helssworth qui arrivait.

- Et dans ce cas je vous attaquerai pour geste abusif, contra le jeune homme déchaîné. Est-ce que vous ne pouvez pas comprendre que je ne peux pas laisser mon frère ? Je ne peux pas ! C’est pourtant simple !

- Ecoutez, votre frère est en de bonnes mains ici et vous devez descendre en neurologie, faire un scandale n’y changera rien. Vous ne serez pas loin. Et dès que vous irez mieux, vous pourrez venir le voir.

- Non ! Ou alors, descendez-le avec moi.

- Vous savez bien que c’est absolument impossible. Il a besoin d’une surveillance beaucoup plus attentive que celle d’un service de neurologie.

- Moi aussi : vous n’avez pas l’air d’imaginer ce que mon cerveau est précieux !

S’il n’avait pas été aussi inquiet, Alan aurait souri de cette apparente fatuité, si peu dans les habitudes de son fils : c’était une simple manœuvre, destinée à faire comprendre au praticien qui lui faisait face, qu’elle ne pouvait pas se permettre de prendre de risques avec lui, sous peine d’un procès retentissant qui briserait à coup sûr sa carrière.

Mais la jeune femme n’était pas du genre à se laisser intimider ainsi.

- Justement, votre cerveau sera bien plus en sécurité dans le service neurologie. Nous pourrons le garder sous étroite surveillance. Alors soyez raisonnable…

- Sait pas ce que ça veut dire…

Tous les occupants de la pièce se figèrent soudain en entendant cette voix. Alan et Charlie eurent l’impression que leur cœur s’arrêtait de battre soudain. Ce n’était pas possible, ils avaient rêvé : mais dans ce cas, pensa Alan, c’était une hallucination collective car le Dr Helssworth, les deux brancardiers et l’infirmier se tournaient aussi vers le lit d’où la phrase avait été émise.

- Donnie ? le ton d’Alan était tremblant, comme s’il ne parvenait pas à croire à ce qui arrivait.

Charlie, quant à lui, s’était figé sur son lit, une jambe pendant en dehors, l’autre toujours sur le matelas.

- Donnie, c’est toi, c’est toi qui a parlé ? Tu es réveillé ? finit-il par dire d’une voix blanche alors que le Docteur Helssworth se dirigeait vers le lit en prenant dans sa poche sa petite lampe afin de vérifier les pupilles du patient.

- Peux pas dormir, émit alors la voix. Charlie fait trop de bruit !

- Oh mon Dieu !

Alan se précipita vers le lit, suivi de près de Charlie que l’un des brancardiers rattrapa in extremis au moment où il s’effondrait, incapable de tenir sur ses jambes. Aidé de son confrère, l’homme rallongea le mathématicien puis rebrancha sa perfusion. Charlie se laissa faire, s’apercevant soudain qu’il était bien trop faible pour tenir debout. Mais son regard restait obstinément fixé sur le lit voisin.

Alan aurait voulu serrer son fils dans ses bras, mais le médecin l’avait précédé auprès de lui et l’examinait, étudiant son réflexe à la lumière puis écoutant son cœur et ses poumons avant de vérifier sa tension. Un grand silence s’était abattu sur la chambre si bruyante l’instant d’avant. Alan s’était assis sur le lit de Charlie et les deux hommes, les yeux rivés sur Don, s’étreignaient convulsivement la main, comme pour se convaincre qu’ils n’étaient pas en train de faire un merveilleux rêve.

Le Dr Helssworth leva la tête, le sourire aux lèvres :

- Et bien, il va bien entendu falloir attendre le verdict du Dr Harding, mais je pense que votre malade est sorti d’affaire. Alors je vais vous laisser quelques minutes pour profiter de lui, le temps de trouver mon confrère. Mais ensuite, Dr Eppes, vous devrez changer de chambre, c’est bien clair ?

Il sembla que Charlie n’avait même pas entendu ce qu’elle avait dit dans la double clameur de joie qui s’échappa de ses lèvres et de celles d’Alan. Le praticien sortit en faisant signe à l’infirmier et aux brancardiers de la suivre et elle laissa les trois hommes seuls.

Alan put alors s’approcher du lit où son fils avait enfin les yeux ouverts. Il se pencha sur lui, doucement, presque intimidé, craignant, par un geste trop brusque, de le blesser ou de le faire souffrir.

- Donnie… Mon ange… Comment tu te sens ?

- Fatigué… Charlie ?

- Charlie va bien, très bien même. Oh mon petit !

Doucement, malgré l’envie folle qu’il avait de l’étreindre sauvagement, Alan souleva son fils pour le prendre dans ses bras. Pouvoir le tenir ainsi contre lui fut l’un des plus  merveilleux cadeaux que la vie lui ait offert durant toutes ces années ! Et tandis qu’il reposait ainsi dans les bras de son père, fermement maintenu contre lui, parvenant à peine à répondre à son étreinte tant il se sentait faible, Don tourna la tête et regarda son frère avec un sourire pâle sur ses lèvres, mais un sourire quand même.

Charlie brûlait d’envie, lui aussi, de serrer son frère contre lui, mais sa tentative de se lever lui avait fait comprendre qu’il n’en était pas encore capable : il ne tenait pas à s’effondrer et à affoler ainsi Don. Non, il devait se montrer raisonnable pour que son frère ne s’en fasse pas pour lui.

Alan rallongea doucement son fils.

- Tout ira bien maintenant, tu vas vite te remettre.

- Oui, si mon petit frère me laisse dormir un peu, bougonna Don d’une voix certes faible, mais empreinte d’humour.

Alan éclata de rire, délivré : les choses allaient rentrer dans l’ordre et tout cela ne serait bientôt plus qu’un affreux cauchemar !

 

*****

 


Cissy  (17.06.2009 à 18:56)

Le Dr Harding entra à son tour dans la chambre pour ausculter son patient et demanda à Alan de sortir. Celui-ci en profita pour courir à la salle d’attente où, comme il s’y attendait, Robin et Larry faisaient encore le pied de grue en compagnie de Liz cette fois-ci. A l’annonce de la bonne nouvelle, tous les trois laissèrent éclater leur soulagement et leur joie et Liz s’empressa de téléphoner à ses collègues pour les mettre au courant.

Il fallut moins d’une demi-heure au médecin pour compléter son examen et apprendre au père enfin soulagé, que son fils était définitivement sorti d’affaire. Il allait le garder encore quelques heures afin de s’assurer que tout danger était bien écarté, mais il n’était pas inquiet.

Il accorda la permission aux trois amis présents de rendre une courte visite à Don, ce qu’ils s’empressèrent de faire. Ils eurent un peu plus de cinq minutes pour lui faire part de leur bonheur à le voir enfin revenu parmi eux et Robin eut enfin la joie de sentir les lèvres de son fiancé répondre à son baiser, pour la première fois depuis quatre jours. Mais on ne les laissa pas s’attarder dans la chambre : outre qu’ils outrepassaient ainsi le règlement, Don devait se reposer pour reprendre des forces.

Au moment où ils quittaient la chambre, les brancardiers revinrent pour emmener Charlie et celui-ci recommença à protester.

- Charlie, fais ce qu’on te dit ! demanda Don d’une voix lasse.

- Je veux rester avec toi ! regimba le cadet.

- Et moi je veux dormir. Et c’est impossible avec toi dans les parages.

- Donnie…

- Charlie, ce n’est pas pour longtemps. Je vais bientôt sortir d’ici.

- Mais nous ne serons pas dans le même service.

- Robin trouvera une solution…, marmonna Don qui s’endormait. Robin trouve toujours… une…

- Donnie !

- Ne t’inquiète pas, il dort, le rassura alors son père. Mais fais ce qu’il te dit Charlie. Ne complique pas les choses.

- Mais…

- Charlie, tu ne voulais pas quitter la chambre avant que ton frère soit réveillé. Il l’est maintenant alors s’il te plaît…

- D’accord. Mais tu me promets…

- Oui, je te tiendrai au courant heure par heure, ça te va ?

- Non, je veux un rapport tous les quarts d’heures, exigea le mathématicien de son ton d’enfant gâté.

Alan sourit, comprenant que la partie était gagnée. Il transigea :

- Disons des nouvelles toutes les demi-heures. On est d’accord ?

- Tu restes avec lui ?

- Oui Charlie, je ne le quitte pas.

- Je te le confie alors…

- Dis donc fiston, imagine-toi que je n’ai pas eu besoin de toi pour prendre soin de ton frère avant. Alors je crois être encore capable de le faire maintenant, tu vois !

- Je voudrais juste lui serrer la main…

- Attendez, on va arranger ça, dit alors l’un des brancardiers.

Avec son collègue, il s’arrangea pour tourner le lit de telle manière que Charlie put enfin toucher son frère, pour la première fois depuis qu’ils avaient été transportés à l’hôpital. Ses yeux se remplirent de larmes à ce contact et il porta la main à ses lèvres. Puis il poussa un immense soupir.

- Dors bien Donnie. Et viens me rejoindre rapidement, souffla-t-il en lâchant, à regret, la main de son frère.

Son père l’embrassa et il se laissa emmener en gardant le regard fixé sur son frère jusqu’à ce qu’il disparaisse de son champ de vision.

 

*****


Cissy  (17.06.2009 à 18:57)

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