HypnoFanfics

Promo 88

Série : Numb3rs
Création : 05.05.2009 à 17h53
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Don et Charlie se rendent à la soirée du 20ème anniversaire de leur promo. Bien sûr rien ne va se dérouler comme ils le pensaient. Episode sans enquête (désolée Orkhadia), que j'écris seule. » Cissy 

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En apprenant cet échec, l'équipe de Don sentit un grand découragement s'emparer d'elle. Mais il lui fallut très vite se reprendre. Un conciliabule entre les agents, Robin et le chef d'équipe du SWAT les conduisit à décider de laisser une équipe muni de matériel d'écoute dans la grande salle.

C'était le seul moyen pour eux de surveiller, au plus près, ce qui se passait dans cette pièce. Les hommes avaient ordre de ne pas se faire remarquer : leur rôle était avant tout un rôle de surveillance. Mais ils devaient donner l'alerte s'il pensait que les choses risquaient de mal tourner et alors l'assaut serait donné.

- Ca pourrait être risqué, osa Colby. S'ils ont vraiment des explosifs...

- On n'a pas le choix, objecta David. Si les choses s'enveniment il faudra intervenir.

- Je sais..., conclut Colby. Je disais seulement...

- Mais ça ne nous avance pas Colby. Chacun de nous sait qu'une intervention dans ces conditions est particulièrement risquée. Mais on ne peut pas les laisser tuer leurs otages...

- Tu as raison.

- Alors on s'équipe et on se tient prêt.

Les quatre agents endossèrent à leur tour l'équipement de protection du SWAT, plus complet que leur simple gilet pare-balles. Robin les regardait faire, l'angoisse au cœur. Elle avait peur pour l'homme qu'elle aimait, prisonnier de ces désaxés : ils avaient déjà menacé de le tuer. Elle savait qu'en cas d'assaut, il serait le premier dans leur ligne de mire. Mais elle savait aussi qu'effectivement, ils n'avaient d'autre choix.

- Bien. Je vais tenir Alan au courant, dit-elle d'une voix blanche.

Les quatre agents la regardèrent s'éloigner, le cœur serré : ils n'enviaient pas la tâche qui l'attendait, devoir annoncer à un père qu'il risquait de ne plus jamais revoir ses deux fils.


Cissy  (24.05.2009 à 17:00)

Chapitre 33

 Gymnase du lycée de Pasadena, salle annexe

Ils avaient parlé, chacun leur tour, d'une voix monocorde et souvent tremblante. Par ses questions, ses insinuations, Norton les avait amenés à livrer les souvenirs les plus pénibles qu'ils gardaient de leur scolarité et de ce qu'ils avaient enduré alors. Bates prenait un ton patelin, presque doux pour les forcer à se livrer, quoi qu'ils en pensent. Mais il n'hésitait pas à menacer, voire frapper ceux qui n'allaient pas dans son sens. Ainsi, Caradoc arborait maintenant un superbe œil au beurre noir pour n'avoir pas voulu accabler l'un ou l'autre des « accusés » présents en face de lui. Si certains lui avaient fait du mal, ils n'étaient pas là, d'après lui.

Les autres avaient parlé, soif peut-être de se libérer de ce poids ou tout simplement peur de ce qui leur arriverait s'ils ne le faisaient pas. Qui pouvait savoir si ce qu'ils avaient raconté était vrai ? Mais à voir le visage de Steven Ross, accablé de honte, on avait la confirmation que tous n'affabulaient pas.

Don n'en revenait pas d'apprendre toutes les humiliations, les brimades, les violences subies par certains élèves. Il savait pourtant qu'il existait des pratiques peu reluisantes dans le lycée, mais il n'avait jamais imaginé qu'elles atteignaient certains sommets.

Et puis, après les « victimes » étaient venu le temps des « bourreaux ». Et ceux-ci, à leur tour, avaient dû raconter les tourments qu'ils avaient imaginés, avec un remords indubitable pour Steven Ross, terreur et larmes pour Cyndie et Clark, mais Don, entraîné à déceler les faux-semblants, n'avait pas tardé à remarquer que, en ce qui concernait ce dernier, il n'avait pas de réels regrets de ses agissements d'alors et que seule la peur de ce qui pourrait lui arriver dans l'immédiat le tourmentait et non pas sa conscience,. Quant à Freddy, il n'avait à se reprocher que son immense popularité mais les coups pleuvant sur lui, à la grande rage de Don incapable de lui venir en aide, l'avait obligé à prétendre avoir participé à certaines brimades dont son ami le savait parfaitement incapable.

Au fur et à mesure que la soirée avançait, l'excitation des hommes ne faisaient qu'augmenter et leur violence aussi, dans un premier temps essentiellement dirigé vers le groupe des « bourreaux ». Chacun de ceux-ci présentait désormais des traces de coups sur le visage : les forcenés appelaient ça « la justice » et Don serrait les poings de rage impuissante. Lui-même, jusqu'à présent, n'avait reçu que quelques bourrades, qui, si elles n'avaient pas arrangé son mal de tête, n'étaient que demi-mal dans la situation qui était la sienne. Mais il se doutait que cela ne durerait pas.

Curieusement, Norton Bates n'avait toujours pas appelé les frères Eppes à témoigner et si Charlie se demandait ce qui motivait cet « oubli », Don, lui, n'en augurait rien de bon. Il avait raison.

 

*****


Cissy  (25.05.2009 à 20:24)

- Maintenant, déclara soudain Bates. Nous allons nous pencher sur ce cas très intéressant : deux frères dans deux camps opposés. Alors mon ami Charlie, nous t'écoutons, raconte-nous ce qu'il t'a fait subir ce grand frère si parfait aux yeux de tous ?

Charlie sentit un grand froid l'envahir : ce qu'il redoutait depuis le début de la prise d'otages était en train de se produire. Norton allait maintenant retourner toute sa rage, toute sa frustration sur Don.

- Norton... Nort..., il espérait, sans trop y croire, que le surnom venu du passé allait lui permettre de faire entendre raison au forcené, tu sais très bien que Don ne m'a jamais fait de mal.

- Ah non ? Vraiment ? Allons donc ! Qui ici peut croire à cela ? Toi peut-être, ou toi ? dit-il en se penchant alternativement vers l'un ou l'autre des otages terrorisés qui secouaient la tête en signe de dénégation, avides de ne pas l'énerver. Personne ne peut y croire mon ami Charlie tu vois ! Vous avez entendu chacun exposer ce qu'il a subi. Vous avez entendu ceux-là dire ce qu'ils avaient fait. Mais le pire d'entre eux se tait, il se cache : il ne peut pas avouer ce qu'il a fait. Vous croyiez le connaître le grand Don Eppes, la vedette de l'équipe de base-ball. Mais vous voulez que je vous raconte ce qu'il a fait le grand frère irréprochable ? Le grand Don Eppes ? Le deuxième base que tous admiraient et applaudissaient bien fort ? Vous voulez vraiment le savoir ?

- ...

- Alors Charlie, alors mon vieux copain, vas-y, dis  leur toi !

- Quoi ?

- Raconte leur ce que tu m'as dit à l'époque. Ce qu'il te faisait subir...

- Norton... Je n'ai jamais...

Charlie avait peur soudain : peur de ce qui était en train de se passer, peur de ce qui allait arriver. Il craignait par-dessus tout que Norton ne s'en prenne à Don, qu'il se défoule sur lui de ses années de frustration et de terreur. Le mathématicien ne savait pas quoi faire pour ramener son ancien condisciple sur la voie de la raison, pour le détourner de sa colère. Et puis il craignait aussi ce que les élucubrations du sociopathe pouvaient créer entre lui et Don.

- Comment ça ? Tu oserais dire devant toute cette assemblée que tu ne t'es jamais plaint à moi de l'attitude de ton frère ?

Charlie baissa la tête, honteux. Bien sûr qu'il lui était arrivé de se plaindre de l'attitude de Don, de ses moqueries, de son indifférence à son égard. Mais il n'avait que treize ans à l'époque et il aurait tout donné pour que son grand frère tant admiré pose enfin les yeux sur lui et lui permette de passer du temps en sa compagnie. Alors, parfois, quand la déception était trop grande, il déversait son trop plein d'amertume dans l'oreille toujours complaisante de Norton Bates. Comment aurait-il pu imaginer que cela lui reviendrait dans la figure, tel un boomerang, vingt ans plus tard ? Qu'allait en penser Don ?

- Don, je peux t'expliquer... commença-t-il, bouleversé.

- Tu n'as rien à expliquer Charlie, lui répondit alors son frère d'une voix lasse.

- Non mais quelle grandeur d'âme ! Tu n'as rien à expliquer Charlie ! Bien sûr ! Ce ne serait pas de ton intérêt monsieur Don Eppes, n'est-ce pas ?

En même temps qu'il parlait, Norton s'était approché de Don et l'avait redressé en le tirant par les cheveux. Puis il le frappa violemment en plein visage à deux reprises avant de le projeter brutalement à terre. Charlie cria et voulut se précipiter vers son frère qui restait au sol, du sang coulant de sa lèvre inférieure éclatée par le coup de poing, un hématome apparaissant déjà sur la joue. L'un des jumeau l'en empêcha en le ceinturant fermement.

- Norton, arrête ! Laisse-le ! supplia alors le mathématicien en regardant son frère avec anxiété.

Celui-ci se relevait maladroitement, ses mouvements incommodés par ses poignets menottés. Mais il lui jeta un coup d'œil où son frère lut : « T'inquiète Charlie, ça va, j'en ai vu d'autres ! ».

Un sanglot s'étrangla dans sa gorge : son aîné ne changerait pas. Il était blessé, ligoté, maltraité et malgré tout, il cherchait encore à l'encourager, à le protéger, sans penser à lui-même.

- Norton. Ce que je t'ai dit alors ne compte plus. Nous étions des gamins, nous sommes des hommes maintenant et Donnie est mon grand frère : je ne veux pas qu'on lui fasse du mal.

- Tu ne veux pas qu'on lui fasse du mal, malgré tout ce qu'il t'a fait subir ?

- Don ne m'a jamais fait de mal Norton, jamais et tu le sais ! Tu ne peux pas prétendre m'avoir jamais entendu dire le contraire !

La colère commençait à s'entendre dans le ton du mathématicien et Don sentit son cœur se serrer : il savait comment fonctionnaient les déséquilibrés comme Norton Bates. Ils se choisissaient une victime expiatrice et une légitimité à leurs actes. Lui était la victime, Charlie était la légitimité. Ils comptaient justifier ce qu'ils lui feraient par ce que lui-même était censé avoir fait subir à son jeune frère. Mais si celui-ci ne rentrait pas dans leur jeu, il compromettait toute leur démarche, et ils risquaient alors de le faire passer du rang d'innocent à protéger à celui de coupable à châtier.

Et il ne supporterait pas qu'on fasse du mal à son petit frère ! Il aurait voulu lui dire de se taire, de laisser Bates aller au bout de son délire pour avoir une chance de s'en sortir. Mais il savait aussi que jamais Charlie ne serait capable de le laisser tomber, quelles que soient les conséquences pour lui.

- Tu mens Charles Eppes ! Tu mens pour le protéger ! Tu ne veux pas qu'on sache ! Tu ne veux pas qu'il descende de son piédestal ! Mais moi je sais. Je me souviens de tout ce que tu m'as dit, mot pour mot. Tu m'as raconté qu'il te battait régulièrement, vas-tu le nier ?

 

*****


Cissy  (25.05.2009 à 20:25)

Charlie sentit son cœur s'arrêter de battre un instant et la voix lui manqua alors qu'il aurait voulu hurler : jamais ! jamais il n'avait raconté ça. Jamais Don n'avait levé la main sur lui ! Abasourdi, il jeta un coup d'œil vers son frère, désormais agenouillé, assis sur ses talons et il lui sembla lire une interrogation dans le regard de ce dernier. Qu'avait donc bien pu raconter le gosse de treize ans pour se rendre intéressant aux yeux de ses compagnons d'alors ? Etait-il possible qu'il ait inventé des brutalités histoire d'attirer un peu plus leur attention, et de légitimer la rancœur qu'il nourrissait envers son frère ?

Ce doute qu'il lisait dans les yeux de son aîné fut insupportable à Charlie.

- Non ! Don ! Je te jure que je n'ai jamais dit quelque chose comme ça !

Il vit aussitôt la flamme du doute disparaître du regard de Don.

- Je te crois Charlie, ne t'inquiète pas, je te crois !

Le soulagement qu'il ressentit, en se rendant compte que la confiance que son frère avait en lui n'était pas ébranlée, fut de courte durée quand il vit Norton Bates, le visage déformé par la fureur, se précipiter à nouveau sur celui-ci en hurlant :

- La ferme ! La ferme menteur ! Tu n'as pas le droit de parler ici ! On t'a trop entendu par le passé ! Ici tu n'es rien comprends-tu ? Rien du tout !

Il le projeta alors violemment au sol et se mit à lui administrer des coups de pieds haineux. Don ne bougeait pas, replié sur lui-même, essayant de se protéger comme il le pouvait. Un cri de douleur qu'il ne put retenir lui échappa lorsque le bout de la botte de son agresseur l'atteignit à l'épaule. Freddy essaya de se porter à la rescousse de son ami et il fut à son tour jeté à terre et roué de coups par un des compagnons de Bates sous les quolibets et les encouragements des jumeaux qui, pour leur part, s'en prirent à Steven Ross.

Charlie, durement retenu par Théobald, hurlait de toutes ses forces pour tenter de faire cesser le carnage, tandis que les sept autres otages se recroquevillaient frileusement, apeurés et incapables de réagir à cet accès de violence incontrôlable. Amadie et Caradoc tentèrent bien de se porter au secours des trois hommes, mais le dernier complice dirigea alors son arme vers eux et ils se figèrent.

Cela ne dura pas plus de deux minutes et pourtant, lorsque Norton se retourna à nouveau vers lui, Charlie eut l'impression d'avoir assisté à un long moment d'horreur. Bates était écarlate et la sueur coulait sur son front. Il tremblait et ses yeux étaient ceux d'un fou. Puis, tandis que son regard se posait sur Charlie terrifié, il sembla se calmer. Il respira profondément à plusieurs reprises avant de sourire.

- T'inquiète pas Charlie. Avec moi tu ne risques plus rien. Je t'ai dit qu'ils allaient payer pour ce qu'ils nous ont fait : il est temps qu'ils comprennent.

Charlie ne l'écoutait pas, ne le regardait pas. Toute son attention était concentrée sur Don qui gisait à terre et un instant la panique l'envahit à l'idée qu'il puisse être mort sous les coups. Et puis il vit son frère bouger et un soupir de soulagement lui monta aux lèvres. Il aurait voulu courir vers lui, le prendre dans ses bras, examiner ses blessures pour s'assurer qu'il n'avait rien de grave, mais il ne pouvait rien faire.

Don souffla doucement pour chasser au loin la douleur de son épaule et de ses côtes. Bon sang ! Il allait avoir une fameuse série d'hématomes. Mais il n'avait pas l'intention d'abdiquer devant ce psychopathe. Serrant les dents, il se redressa sur les genoux et reprit sa position initiale.

Charlie le regardait avec inquiétude. Il pensait : « Reste à terre tête de mule ! Fais leur croire que tu es blessé ! Si tu ne bouges pas il ne te toucherons peut-être pas ! Reste à terre ! » Mais son frère avait dans les yeux cette lueur indomptable contre laquelle il savait qu'on ne pouvait rien. Il refusait de s'avouer vaincu devant Norton Bates et ses sbires : pouvait-il lui en vouloir de cela ? Mais Charlie tremblait de plus en plus pour lui.

 

*****


Cissy  (25.05.2009 à 20:26)

- Bien, revenons-en à notre propos ! repris Bates sur le ton urbain qu'il avait employé jusqu'alors, comme si ce moment de bestialité pure n'avait pas existé.

Il toisa les « victimes » qui osaient à peine le regarder dans les yeux : pour eux, c'était lui désormais le bourreau, pire sans aucun doute que ceux qui avaient hanté leur adolescence. Mais il n'en avait cure. Il était là pour remettre les pendules à l'heure et rien ne l'en empêcherait.

- Le grand Donald Eppes qui battait son petit frère de cinq ans plus jeune que lui ! Qui aurait cru ça hein ?

Mais ce n'est rien : s'il n'y avait eu que des coups, n'est-ce pas ? N'est-ce pas ? répéta-t-il en prenant le menton de Charlie dans sa main pour le forcer à le regarder dans les yeux. Dis-leur Charlie, dis-leur tout ce qu'il t'a fait cette année là !

- Il ne m'a rien fait ! Rien du tout ! Norton, tu délires !

- Ah je délire ! Tu vas oser me dire qu'il ne t'a jamais touché peut-être ?

Assommé par ce dernier propos, Charlie le regarda avec des yeux vides. Puis il reporta son regard vers son frère, suppliant. Celui-ci lui fit un clin d'œil qui voulait dire : « T'inquiète frangin, je suis sûr maintenant que ce type est complètement à côté de la plaque ! Je sais que tu n'as  jamais pu dire quelque chose de ce genre. » A nouveau il se sentit soulagé et ému de la confiance qu'avait son frère en lui : il n'aurait pu supporter qu'il doute de lui sur un tel sujet. D'un autre côté, le délire qui s'était emparé de Bates l'affolait de plus en plus : jusqu'où allait-il aller ?

- D'accord ! Tu ne veux rien dire ! Après tout, je peux te comprendre. Tu as honte n'est-ce pas ? Tu as été victime mais tu as l'impression que tu aurais pu, que tu aurais dû même, trouver un moyen de l'arrêter non ? Et tu n'as rien tenté. Tu l'as laissé faire de toi ce qu'il voulait jusqu'au jour où tu lui as enfin échappé en allant dans ton université, loin de lui. Je comprends. Mais ceux qui sont là doivent savoir, ils doivent connaître le vrai visage de monsieur l'agent du F.B.I. sans peur et sans reproche ! Alors puisque tu ne veux pas parler, je vais leur dire moi, je vais leur raconter ce que tu m'as avoué il y a vingt ans.


Cissy  (25.05.2009 à 20:26)

 XXXX Chapitre 34 XXXX

 Flashback, 1987

Ce soir là, ils étaient tous à table : papa, maman et les deux garçons. Et papa avait bu plus que de raison, comme tous les soirs. Et ce soir-là, les deux garçons devaient lui donner les résultats de leur dernier contrôle de physique. Et comme d'habitude, le cadet avait réussi bien mieux que l'aîné, beaucoup trop médiocre pour obtenir autre chose qu'un D. Et comme d'habitude son père l'avait corrigé de son mauvais résultat, il lui avait dit qu'il avait honte de lui, qu'il n'était même pas capable d'avoir des résultats aussi bon que son frère plus jeune ! Dorénavant il voulait le voir dans ses livres dès qu'il arrivait à la maison et toute sortie lui était interdite tant que sa moyenne ne remonterait pas !

Le cadet se tassait sur sa chaise durant cette algarade. Il savait bien que son frère l'en rendrait responsable et se vengerait sur lui. Leur mère avait bien tenté d'intervenir, mais le père s'était alors retournée contre elle : il lui avait administré plusieurs gifles avant de l'entraîner dans leur chambre en la tirant par les cheveux. Peu après, ils avaient entendu des gémissements qui ne laissaient aucun doute sur ce qui se passait. C'était comme ça que se terminaient les crises de fureur et de violence du père : après les avoir tabassés il se débarrassait de sa hargne en usant de son « droit d'époux » quoi que puisse en penser sa femme soumise.

Le plus jeune avait fait le gros dos, espérant que la colère qu'il lisait dans les yeux de son frère allait passer et qu'il ne paierait pas trop cher l'attitude de leur père. La dernière fois qu'il s'en était ainsi pris à l'aîné, celui-ci l'avait coincé dans les vestiaires du lycée le lendemain et il l'avait corrigé d'importance, tout en veillant à ne pas le marquer à un endroit visible. Le père était en effet intransigeant : lui seul avait le droit de cogner sur ses fils !

Son frère ne semblant pas réagir, ruminant peut-être la vengeance qu'il prendrait sur lui, le plus jeune était monté dans leur chambre commune. Il ne s'inquiétait pas trop : chez eux, son frère ne s'en prendrait pas à lui. Il avait simplement oublié que ce soir-là les parents devaient aller au club d'échecs dont son père était un membre éminent. Pour rien au monde ce dernier n'aurait manqué l'occasion de se pavaner devant les autres membres du club. Aussitôt qu'il avait eu fini « sa petite affaire » avec son épouse, il s'était changé, la houspillant pour qu'elle en fasse autant, et ils étaient sortis. L'aîné s'était alors levé doucement : cette fois-ci, son frère allait comprendre ce qu'il en coûtait de se montrer le plus brillant. Il allait lui faire passer l'envie de le surpasser une bonne fois pour toute !

Le garçon n'était pas dans la chambre. Il entendit le bruit de la douche dans la salle de bain et un rictus cruel déforma alors ses lèvres : c'était parfait ! Il se dirigea vers la pièce et ouvrit la porte. Pour une fois il  bénit l'une des règles idiotes de son paternel qui voulait qu'on ne s'enferme pas chez lui : il devait avoir le droit d'aller où il voulait quand il voulait dans SA maison. Donc, interdiction de mettre le verrou, même pour avoir un peu d'intimité ! Le cadet sursauta violemment en voyant son frère entrer alors qu'il sortait de la cabine de douche. Dans un geste de pudeur, il noua rapidement une serviette autour de ses hanches.

- Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-il.

- Tu sais très bien ce que je veux, frangin. Tu le sais très bien...

- Ecoute, je n'y suis pour rien. S'il te plaît, ce n'est pas ma faute !

- Pas ta faute ! Pas ta faute ! C'est moi peut-être qui ne ramène que des A ? C'est moi peut-être qui entre en terminale en avance ? Tu pourrais de temps en temps te vautrer ! Mais non ! Tu dois montrer combien tu es supérieur à ton crétin de frère ! Ca te fait plaisir de me faire passer pour un demeuré ! Ca te fait jouir de voir papa se défouler sur moi, hein petite gouape ?

Au fur et à mesure qu'il parlait, la colère s'emparait de lui, de plus en plus. Il avait saisi une serviette qu'il avait mouillé rapidement et roulé en boudin. Et il se mit à frapper son frère sur les jambes, le torse et le dos. Ca ne laissait pas de traces mais c'était terriblement douloureux. Le garçon tentait d'échapper à la correction en pleurant et son aîné s'acharnait d'autant plus, comme si ses sanglots l'incitaient à plus de violence encore. La serviette qui masquait la nudité du cadet avait glissé à terre et soudain l'aîné, en regardant le corps qui gisait à terre, perdit tout contrôle.

- Tu vas voir. Je vais te faire passer l'envie, une fois pour toute de m'humilier !

Sourd aux supplications de son frère, il le saisit par la nuque et l'entraîna vers leur chambre. Là il le jeta sur son lit et le retourna à plat ventre.

- Qu'est-ce que tu fais ? Arrête ! S'il te plaît ! Je te jure que je veillerai à ne plus avoir de meilleures notes que toi. Je t'aiderai, je ferai tes devoirs ! S'il te plait...

Le gamin tentait de se relever et il le renvoya sur son lit d'une gifle magistrale. Puis il déboucla sa ceinture et la fit glisser le long des passants. Il l'assujettit bien dans sa main et commença à cingler le corps exposé. Son cadet criait et se tordait, essayant d'échapper à la morsure de la lanière. Il le frappa jusqu'à ce que son bras se lasse. Il lâcha alors son fouet improvisé et regarda son frère qui gisait sur le ventre, gémissant pitoyablement : des marbrures rouges marquaient son dos et ses fesses. Ne sentant plus la ceinture s'abattre sur lui, le cadet tourna la tête vers lui : des larmes roulaient encore sur ses joues, s'accrochant à ses cils.

- Je vais... Je vais le dire...

Sa colère enfla à nouveau.

- Oh non ! Oh non tu ne diras rien, crois moi !

- Tu ne pourras pas... m'en empêcher !

- Bien sûr que si ! Parce que ce que je vais te faire, tu ne pourras en parler à personne. Et surtout pas à papa : il t'assommerait.

- S'il te plaît...

Après la révolte, la panique l'envahissait de nouveau devant les menaces de son frère. Il ne l'avait jamais vu dans cet état, Tellement hors de lui. Mais aussi, il y avait dans son regard quelque chose qu'il ne connaissait pas et qui lui faisait encore plus peur que la violence : c'était comme un désir malsain, refoulé, quelques chose d'horrible qu'il ne parvenait pas totalement à identifier mais qui planait sur lui comme une ombre maléfique.

- Tu n'es qu'un petit pédé et je vais te traiter comme tu le mérites !

Après tout, c'était bien comme ça que son père finissait toujours par solder ses comptes. Ce qui était bon pour le paternel devait l'être tout autant pour lui.

Sans quitter son frère des yeux, il remonta ses mains à son pantalon et déboutonna sa braguette avant de faire glisser le vêtement le long de ses jambes. D'un seul coup le gamin sembla comprendre et ses yeux s'écarquillèrent d'épouvante :

- Non ! Non ! Tu ne penses pas ... Je t'en supplie !

Il n'eut qu'un rire cruel tandis qu'il abaissait son slip avant de s'avancer vers son cadet qui tenta désespérément de fuir. Il ne lui fallut que très peu de temps pour l'immobiliser à nouveau et le retourner sur le ventre. Il le sentait se débattre sous lui et cela l'excitait davantage encore. D'une main, il lui maintint fermement la nuque, étouffant ses cris dans l'oreiller. L'autre s'attarda quelques instants sur les reins et les fesses de sa victime, puis elle vint saisir sa propre verge pour la guider et, se couchant sur lui, il le pénétra d'un coup sec, jouissant du hurlement qu'il lui arracha alors.


Cissy  (26.05.2009 à 22:35)

Chapitre 35

 Gymnase du lycée de Pasadena, salle annexe

L'assistance, tétanisée, muette d'horreur, écoutait toujours le récit de Norton Bates qui se délectait de l'attention qu'on lui prêtait, lui qui n'avait jamais existé pour personne.

- Ce fut la première fois, mais pas la dernière n'est-ce pas ? Parce qu'il y a pris goût. Et tous les soirs à partir de ce jour il s'est glissé dans ton lit, tu te souviens ? Tu te souviens de ce qu'il t'a fait, de ce qu'il t'a obligé à faire ? Ca a duré huit longs mois sans que tu oses rien dire. Huit mois interminables d'humiliation, d'horreur, d'un calvaire qui semblait ne devoir jamais prendre fin. Quand tu pensais avoir touché le comble de l'horreur, il trouvait toujours pire à te faire subir. Il a même fini par te prostituer. Tu te souviens de cette soirée où il t'a vendu à plusieurs hommes d'affaires ? Des turpitudes auxquelles ils t'ont obligés à te soumettre ? Tu te souviens de ta honte, de ta peur, de ta révolte ? Heureusement moi j'étais là et tu pouvais me parler. Tu ne voulais pas que ça se sache et je n'ai rien dit, jusqu'à aujourd'hui. Et puis, au bout de huit mois, tu es parti pour l'université tandis qu'il partait de son côté et tu as été libéré de lui, enfin !

- Norton, jamais ! Jamais Don ne m'a touché, tu le sais bien !

- Et tu continues à le défendre ! Mais qu'est-ce qu'il t'a donc fait pour que tu continues à prendre sa défense ? Il t'a humilié, battu, violé et pourtant.

- Ce n'est pas vrai !

- Quoi ?

A nouveau, son ton dérapait dans les aigus tandis que Don lançait un regard alarmé vers Steven Ross qui venait de prendre la parole.

- Don Eppes n'a jamais porté la main sur son frère. Il a toujours veillé sur lui.

- Veillé sur lui ?

- Oui, et j'en sais quelque chose !

- Ah oui ? Je serai curieux de l'entendre.

- Vous savez tous que j'étais un pauvre abruti l'année de terminale. Je ne pensais qu'à m'en prendre à plus faible que moi. A cet égard, je suis à ma place aujourd'hui : parmi les bourreaux supposés. A une époque je m'en suis pris à Charlie. Je m'en veux encore aujourd'hui.

- C'est oublié Steve, dit Charlie.

Celui-ci eut un sourire reconnaissant vers le mathématicien, puis il reprit son récit.

- Un soir, moi et ma bande nous avons coincé Charlie dans les vestiaires. On voulait « s'amuser » avec lui, à un de nos jeux cruels. Mais son frère est arrivé...

Charlie se trouva reporté vingt ans en arrière : Don était arrivé et n'avait rien fait contre ses tortionnaires, rien du tout. Aujourd'hui encore, tout en reconnaissant l'absurdité de cette réaction, il ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir de cet abandon. Il se concentra sur ce que disait Ross :

- Sur le moment, il n'a pas eu l'air de prêter attention à ce qui se passait. Il s'est contenté d'emmener son frère avec lui.

- Il avait sans doute mieux à faire...

La voix de Bates était pleine de sous entendus. Chacun comprit ce qu'il voulait dire à la lumière de son récit précédent.

- Le soir, tandis que nous nous changions, Don est arrivé avec Freddy et Mickael, ses amis à l'époque.

Interdit, Charlie regardait son frère. Celui-ci avait baissé la tête, comme s'il était gêné de ce qui allait être dit. D'ailleurs, il tenta de faire taire son défenseur :

- Steve, ça ne sert à rien...

Une gifle assénée à la volée par un des jumeaux lui coupa la parole.

- Bien sûr que ça sert Don. Je ne veux pas qu'une seule des personnes présentes puisse croire ce tissu de mensonges.

- Mensonges hein ? glapit Bates. On va bien voir qui ment !

Il sortit l'arme de sa ceinture et la pointa sur Steven Ross.

- Continue, tu m'intéresses !

Steven blêmit. Mais il ne se tut pas. Il avait l'impression qu'il avait enfin un moyen de racheter toutes ses années de méchanceté gratuite qui l'empêchaient aujourd'hui d'être en paix avec lui-même. Il reprit, d'une voix blanche :

- Pendant que Freddy et Mickael  s'occupaient de Nick et Clark, mes « lieutenants », Don m'a entraîné dans les toilettes et il m'a flanqué une des plus belles corrections que j'ai pris dans ma vie. Puis il m'a plongé la tête dans la cuvette des toilettes et m'a  demandé ce que ça faisait parce qu'il savait que j'en avais fait autant à Charlie. Pour finir, il m'a dit que si je m'en prenais encore à son petit frère, tout ceci n'aurait été qu'un hors-d'œuvre. Et je sais que ce n'était pas la première fois qu'il défendait Charlie.

Ce dernier regardait Don, éperdu : est-ce que c'était la vérité ? Est-ce que son aîné l'avait vraiment défendu à cette époque-là ? Est-ce qu'il avait vraiment agi pour faire cesser les brimades dont ils était l'objet ?

Il se souvint soudain que, dès le lendemain de cette scène, en effet, Ross lui avait fait savoir qu'ils étaient quittes, sans s'en expliquer. Il n'avait pas cherché plus loin. Ainsi c'était Don qui, dans l'ombre, veillait sur lui ? Il aurait voulu accrocher le regard de son frère pour y lire la vérité, mais celui-ci gardait obstinément les yeux baissés.

- Tu mens !

Le cri de rage de Bates, le détourna de ses pensées.

- Avoue que tu as menti !

- Non, j'ai dit la vérité et vous le savez très bien !

- La vérité hein ?

Bates tourna le dos à Ross. Charlie pouvait le voir qui caressait la crosse de son arme, comme en proie à l'envie irrépressible d'abattre son détracteur. Et puis il se retourna et asséna un violent coup de crosse sur la tête de Steven qui s'effondra sans un mot tandis qu'un frémissement d'horreur parcourait le rang des « victimes ».

 *****


Cissy  (27.05.2009 à 18:13)

Don prit alors la parole :

- Tu peux nous tuer tous Bates, ça ne changera rien à ce que tu as vécu.

- Ce que MOI j'ai vécu ?

- Bien sûr. Ton histoire là, elle ne concernait pas Charlie et moi, mais toi et ton frère, Edwin.

- La ferme ! La ferme où je te tue !

La voix de Norton dérapait dans les aigus : il avait tourné son arme vers la tête de Don et, un instant, Charlie crut qu'il allait appuyer sur la queue de détente. Ce fut alors le tour de Caradoc d'oser prendre la parole.

- En tout cas, Steven Ross a raison : Don n'aurait jamais fait ce que tu as dit à son frère.

- Ah oui ? Et comment le sais-tu hein ? Comment tu le sais toi ?

- Parce que tout le monde savait bien que Don veillait sur son frère et que ceux qui s'en prenaient à lui le payaient cher !

- Quoi ?

La même exclamation abasourdie était sortie des lèvres de Bates et de Charlie.

- C'est vrai, insista Freddy Valéra. Dès que Charlie est arrivé au lycée, Don a prévenu tous les petits caïds susceptibles de s'en prendre à lui qu'ils le trouveraient sur leur chemin s'ils osaient le faire. Et rares sont ceux qui s'y sont frottés.

Charlie n'en revenait pas ! Ainsi son frère avait veillé sur lui durant toutes ces années où il l'accusait d'indifférence à son égard. Comment était-ce possible ? Pourquoi ne s'était-il jamais douté de rien ? Et pourtant, pas un instant il ne lui vint à l'idée d'émettre des doutes sur ce qu'il venait d'entendre. Il ne croyait pas que Steve, Caradoc ou Freddy aient pu l'affirmer simplement pour tenter de détourner la colère de Norton Bates. D'autant que la conversation qu'il avait eu avec Steve en début de soirée, il avait l'impression qu'il y avait des jours de ça, lui avait déjà laissé entrevoir cette vérité.

Non, il savait que c'était la réalité. C'était logique d'ailleurs et ça expliquait finalement le peu de brimades qu'il avait subi comparativement à ce qui aurait pu être étant donné sa différence. Et lui qui pensait qu'il avait vécu l'enfer ! L'enfer ç'aurait été que son frère ne soit pas là pour le protéger. Quelques calculs de probabilité simples auraient pourtant dû l'éclairer sur le fait qu'il soit passé au travers de la plupart des épreuves que subissent les « grosses têtes » trop faibles pour se défendre de la part des imbéciles qui pensent qu'humilier ceux qui réussissent mieux qu'eux leur procurera l'intelligence qui leur manque.

- Tu mens ! Vous mentez tous ! Eppes n'aurait jamais levé le petit doigt pour défendre son frère !

- Bien sûr que si, et tu le sais très bien !

Caradoc venait de reprendre la parole.

- Ce que Steven Ross a raconté : tu le savais.

- De quoi parles-tu ?

- Ce soir-là, j'étais au vestiaire. J'avais oublié ma calculatrice scientifique lors du cours de gym et j'y suis retourné quand j'ai cru qu'il n'y aurait plus personne. J'ai vu Don corriger Steven et je t'ai vu, toi !

- Tu mens !

- Non, je ne mens pas. Tu étais là et tu les regardais. Puis quand tu m'as vu tu es parti.

- C'est vrai ? C'est vrai ce qu'il raconte ?

Charlie s'était tourné vers Norton et l'interrogeait d'une voix blanche. Il se souvenait que, le lendemain du traquenard, Norton lui avait demandé ce qui s'était passé entre lui et la bande de Ross. Il avait fini par le lui dire, malgré la honte qui le tenaillait. Et il avait laissé échappé sa rancœur contre son frère. Norton l'avait encouragé dans cette rancune en lui soufflant même que, sans doute, Don était à l'origine du coup monté, que c'était lui qui avait encouragé Ross dans cette voie, que d'ailleurs, le soir même il les avait vus ensemble, copains comme cochons et riant de ce qu'ils appelaient une bonne plaisanterie. Cette révélation avait terriblement blessé Charlie : comment croire que son frère était capable de lui faire subir ça ? Mais Norton semblait tellement affirmatif. Et Charlie en avait voulu à son frère pendant des semaines après ça. N'avait-il pas d'ailleurs gardé toujours un fond de rancune durant toutes ces années où ils s'étaient inexorablement éloignés l'un de l'autre ?

- Non, Charlie, tu n'as pas cru que j'avais trempé là-dedans ?

La voix blessée de Don le frappa en plein cœur. Il eut l'impression de l'avoir horriblement trahi et ses yeux se remplirent de larmes.

- Donnie... Je ne savais pas...

Bates éclata d'un rire dément.

- Comme ils sont attendrissants ! Des menteurs ! Tous des menteurs !

A nouveau il perdait le contrôle et tous frémirent d'entendre cette voix hystérique qui grimpait dans les aigus.


Cissy  (27.05.2009 à 18:14)

Chapitre 36

Gymnase du lycée de Pasadena, salle annexe 

Non, il ne les laisserait pas le déposséder de sa vengeance. Bien sûr qu'il savait mais jamais il ne l'admettrait ! Il avait su avant même l'épisode que venait de raconter cet abruti de Caradoc.

Flashback, 1988

Il l'avait su ce jour où, après trois semaines à supporter les assauts bestiaux de son frère, il lui avait proposé de lui « offrir » un camarade à sa place.

- Ah oui ! avait alors répliqué Edwin. Et à qui tu penses ?

Après tout, ça pouvait être intéressant mais il devait rester prudent. Edwin était tout à fait conscient des risques qu'il prenait en se conduisant comme il le faisait envers son frère. Mais la jouissance qu'il en tirait l'empêchait de s'arrêter. Et puis, dans le même temps, il se vengeait aussi de sa propre médiocrité sur celui qui la faisait apparaître encore plus éclatante.

D'un autre côté, un nouveau partenaire n'aurait pas été pour lui déplaire mais il devait être certain qu'il ne parlerait pas. Son frère, au moins, il savait le maintenir dans un tel sentiment de terreur que jamais il n'oserait ouvrir la bouche pour raconter ne serait-ce que le dixième de ce qu'il subissait. Pourrait-il avoir le même ascendant sur un autre ? Il fallait voir. Mais oui, c'était tentant, très tentant. Et puis, si son frangin pensait qu'ainsi il l'oublierait, ce serait génial de voir sa tête quand il s'apercevrait qu'ils n'étaient pas quitte pour autant. S'il lui amenait un copain pour se joindre à « leurs jeux », ce ne serait finalement qu'un moyen de plus de l'empêcher de se plaindre puisqu'il serait devenu complice.

- Alors, à qui tu penses ? répéta-t-il à son frère qui s'était tu, devinant qu'il réfléchissait à sa proposition.

Sans aucun remords envers ce qu'il s'apprêtait à faire, Norton avait alors dit :

- A Charlie.

- Charlie ?

- Oui, tu sais bien, ce jeune gars qui est toujours avec moi.

- Hmm... Non, je ne vois pas. A quoi il ressemble ?

- Un petit brun, de ma taille, les cheveux bouclés. Mais si, tout le monde le connaît.

- Tu rigoles ? Qu'est-ce qu'il ferait avec toi si tout le monde le connaît ?

Dans le monde d'Edwin il y avait les vedettes et les autres. Et les vedettes ne frayaient pas avec les autres. Lui il aurait voulu faire partie des vedettes. Son frère faisait partie des autres. Et dans ce cas...

- Tout le monde le connaît parce qu'il a cinq ans d'avance, s'était alors exclamé Norton.

Son frère l'avait regardé, les yeux ronds.

- Quoi ? Tu es en train de me parler du petit génie là ?

- Oui, c'est ça, Charlie. Je peux l'inviter à passer la soirée avec nous demain pendant que les parents seront au club d'échecs.

Sa voix, d'abord assurée, avait fléchi devant le regard que posait Edwin sur lui. Un regard horrifié qui, petit à petit, s'emplissait de dégoût et de colère. Sans savoir pourquoi, avant même d'avoir terminé de l'exposer, Norton avait compris que son frère allait rejeter sa proposition. C'est pourquoi, sur les derniers mots, sa voix n'était plus qu'un murmure. Puis il se tut et attendit. La réaction d'Edwin ne tarda pas :

- Alors c'est ça ta façon de te venger hein petit salopard ? Tu croyais que j'allais tomber dans ton piège ?

- Quoi ? Mais de quoi tu parles Edwin ?

Une gifle violente l'avait rejeté sur le lit.

- Tu sais très bien de quoi je parle.

- Non ! Non ! Je voulais juste te proposer de...

- Me proposer de me suicider oui, ni plus ni moins !

- Quoi ?

- Tu sais bien que je rêve d'entrer dans l'équipe de base-ball. Tu sais bien que je suis à ça d'y arriver, avait-il dit en montrant un espace entre son pouce et son index.

Norton s'était bien gardé de répondre qu'il en était plutôt à des années lumières. Jamais les joueurs de l'équipe ne lui feraient une place. Mais ce n'était certes pas le moment d'attiser encore sa colère dont il ne comprenait toujours pas ce qui l'avait déclenchée d'ailleurs.

- Je ne vois pas le rapport... avait-il murmuré d'une voix faible.

- Tu ne vois pas le rapport ! Abruti ! Ton Charlie, ce ne serait pas Charles Eppes par hasard ?

- Oui mais...

- Oui mais... pauvre cloche ! Et tu sais qui est son frère non ?

- Don Eppes...

- Et Don Eppes est...

Soudain Norton avait compris :

- Il joue dans l'équipe de base-ball ! Mais...

- Ca y est ! Il vient de réaliser ! Sombre crétin ! Et tu crois qu'il m'accueillerait à bras ouvert si je pratiquais certain de nos jeux favoris avec son petit frère ?

Norton n'avait même pas relevé l'hypocrisie monstrueuse renfermée dans le pluriel utilisé. Il cherchait simplement à convaincre son frère qu'il n'y avait pas de danger. Il n'éprouvait aucun remords à sacrifier ainsi celui qu'il appelait son « ami ». Après tout, depuis deux ou trois mois qu'il supportait les jérémiades du gamin, celui-ci pouvait bien lui renvoyer l'ascenseur. Et si c'était cher payé pour avoir cherché juste une oreille compatissante, c'était tant pis pour lui !

- Mais son frère n'en a rien à battre ! Même s'il le savait...

Une nouvelle gifle l'avait renvoyé sur le lit, les larmes aux yeux, la joue en feu tandis qu'Edwin éructait :

- Mais tu es vraiment abruti ou tu le fais exprès ? Rien à battre de son précieux petit frère, Don Eppes ? Tu ne sais pas petit imbécile que ton cher ami fait partie de la « liste » ?

- La liste..., balbutia Norton atterré.

- Oui, la liste. Tu sais de quoi je parle non ?

La « liste »... Quelque chose qui s'apparentait à la légende du monstre du Loch Ness. Selon certains lycéens, il existait dans l'établissement une liste d'élèves « intouchables ». Qui établissait cette liste ? Comment un nom y apparaissait-il ? Qui étaient les protecteurs des gamins ainsi préservés des brutes ? Comment la liste circulait-elle auprès des tortionnaires en puissance ? Nul n'aurait pu le dire. Mais le fait est que certaines victimes désignées d'avance par leur différence, étaient en paix sans qu'on sache pourquoi.

- Mais comment Charlie serait-il sur la liste ?

- A ton avis pauvre cloche ?

- Je ne sais pas...

- Il ne sait pas ! Tu ne sais pas que ne figurent sur la liste que des gamins avec un protecteur puissant ! Du genre d'un deuxième base de l'équipe de base-ball, qui aurait prévenu, dès l'entrée de son petit frère au lycée, que quiconque s'en prendrait à lui le trouverait sur sa route. Et à moins d'être aussi stupide que toi, tout le monde a compris que le trouver lui, voudrait dire trouver aussi le reste de l'équipe.

- Quoi ? Tu es en train de me dire que Don a déclaré son frère « tabou » en quelque sorte ?

Norton était complètement abasourdi.

- Et oui. « Tabou » en quelque sorte. Et toi tu ne trouves rien de mieux que de m'inciter à...

- C'est parce que je ne savais pas Edwin, je t'assure.

- Ben voyons ! Monsieur « Je sais tout » aurait ignoré ce détail sur son « meilleur ami » ? Laisse-moi rire ! Non, en fait, je suis sûr que tu voulais me piéger hein ?

- Non, Edwin, non ! Ce n'est pas ce que tu crois...

- Bien sûr que si ! Tu voulais me piéger. Ainsi tu te serais débarrassé de moi ! Oui, c'était pas mal pensé mais manque de pot, tu as perdu et maintenant tu vas devoir payer ! Et la note va être salée, crois-moi.

Norton avait gémi, sachant ce qui allait suivre et que rien n'empêcherait : leurs parents étaient tous deux absents et Edwin savait qu'il avait encore deux bonnes heures devant lui. Deux heures que, désormais, il savait comment il allait utiliser. Un sourire concupiscent était apparu sur sa face empourprée :

- Allez abruti ! Tu sais comment te faire pardonner hein ? Alors fais-le avant que je ne me mette vraiment en colère.

Norton avait compris qu'il avait joué et perdu. Rien ni personne ne le délivrerait de son calvaire. Dans l'immédiat il devait essayer d'éviter le pire. Les larmes aux yeux, il s'était alors approché de son frère appuyé au bureau puis il s'était agenouillé devant lui tandis que sa main se posait sur la fermeture éclair du pantalon... Peut-être que ça suffirait à calmer les instincts d'Edwin.

 

*****


Cissy  (29.05.2009 à 23:07)

Plus tard, tandis que son frère prenait une douche et que lui gisait honteux et malheureux dans les draps froissés et souillés (bien évidemment son frère ne s'était pas contenté de sa timide approche pour le calmer, il lui en avait fallu plus, beaucoup plus), la colère l'avait à nouveau envahi et la haine qu'il vouait déjà aux frères Eppes s'étaient encore renforcée de découvrir sa situation bien plus différente encore de celle de Charlie qu'il l'avait crue.

Et le lendemain, alors qu'il regardait Charlie penché sur son cahier, un désir trouble l'avait envahi : le gamin venait de lui raconter comment son frère s'était moqué de lui, la veille au soir, durant le repas. Pauvre petit chou ! avait-il pensé. si tu savais ce que mon frère à moi me faisait au même moment ! C'est alors que, pour la première fois, il avait eu envie de faire subir à ce gamin ce que lui faisait subir son aîné. Mais, comme d'habitude, il avait ravalé et ses sarcasmes et ce désir et il avait endossé le masque de l'ami parfait. Mais il savait qu'un jour les comptes se solderaient.

Il n'avait plus jamais essayé de proposer une autre victime à son frère, se contentant d'endurer ses exigences, quelle qu'elles soient et d'y répondre, dissimulant jour après jour la haine qui lui rongeait le cœur. Pour oublier, il se plongeait dans les livres et jamais ses résultats n'avaient été aussi bons. Qui l'aurait cru ? Grâce à Edwin, il progressait au-delà de ce qu'il aurait cru possible ! La formule était évidemment de son frère qui, curieusement, ne lui reprochait plus jamais de le faire passer pour un imbécile aux yeux de leurs parents. Plus jamais il n'avait exigé de lui qu'il s'arrange pour avoir de moins bonnes notes. On aurait dit que le secret honteux qui les liait lui suffisait comme revanche. Et sans doute aussi l'argent qu'il récoltait à vendre son frère : l'argent est très efficace pour soigner les blessures d'amour propre !

 

Gymnase du lycée de Pasadena, Salle annexe, 2008

Et tout ça, tout ce qu'il avait subi, aujourd'hui il avait enfin l'occasion de le faire payer aux frères Eppes qu'ils rendaient responsables de son calvaire d'alors. Oh, il n'était pas dingue non plus : bien sûr, le premier responsable c'était Edwin. Mais celui-ci avait déjà payé, il y avait plus de sept ans de ça.

Norton se souvenait avec une sorte de délectation de ce jour-là. Leur père venait de rendre son âme alcoolique à l'enfer d'où il n'aurait jamais dû sortir et les deux frères s'étaient retrouvés dans la maison désormais vide, leur mère ayant disparu depuis déjà trois ans, épuisée par la vie qu'elle menait. Il y avait bien Donna, la nouvelle compagne de leur père, plus jeune que lui de vingt ans mais tout aussi soumise que l'était leur mère : elle ne comptait pas pour eux.

Cela faisait treize ans que les deux frères ne s'étaient pas vus et Norton n'avait pu s'empêcher d'un mouvement de répulsion à croiser son aîné. Celui-ci, alors âgé de trente-trois ans était déjà chauve, le corps alourdi et le teint couperosé de l'alcoolique qu'il était très vite devenu. Il parlait d'un ton geignard du patron qui le harcelait, de sa petite amie qui râlait tout le temps, de la vie misérable qui était la sienne et tout à l'avenant. Norton lui ne parlait pas, ravalant sa colère et sa rancœur, dissimulant, comme toujours les sentiments qui l'agitaient.

Cette nuit-là, alors que, assommé par les vapeurs d'alcool, son frère s'était endormi dans le vieux fauteuil qui avait été longtemps le territoire du père, il s'était relevé sans bruit et avait allumé l'incendie qui devait réduire tout son passé en cendres. Lorsque les flammes avaient été assez violentes pour qu'il soit sûr que rien désormais n'arrêterait la progression du sinistre, Norton était sorti de la maison en appelant à l'aide. Les pompiers n'avaient pu que se contenter de circonscrire l'incendie. Dans les décombres, on avait retrouvé le corps calciné d'Edwin et les enquêteurs avaient conclu très vite à un incendie accidentel allumé par l'homme ivre.

- Vous l'avez échappé belle ! avaient-ils mêmes dit à Norton. Si vous ne vous étiez pas réveillé à temps...

Mais Bates s'était trompé : son passé n'avait pas disparu avec son tourmenteur et les lieux où il avait enduré ces horreurs. Son passé était toujours là et on essayait de le lui jeter à nouveau au visage. Non, son passé ne disparaîtrait qu'avec ces deux hommes qui le symbolisaient à eux seuls.


Cissy  (29.05.2009 à 23:09)

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