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Série : Numb3rs
Création : 16.07.2009 à 21h25
Auteur : Cissy
Statut : Terminée
« Episode que, fidèle à mon habitude (désolée pour mon égoïsme) j'écris seule. Un poseur de bombe sévit à Los Angeles. Les frères Eppes parviendront-ils à le stopper? » Cissy
Cette fanfic compte déjà 81 paragraphes
Colby saisit son téléphone et appuya sur une touche, il porta l’appareil à son oreille, écouta quelques instants et raccrocha, une lueur soucieuse dans le regard.
- Quoi ? lui demanda Liz qui était restée auprès de lui.
- J’essaie d’avoir Don…
- Et ?
- Il est sur messagerie…
- Et ?
Elle le regardait bien en face, visiblement désireuse de comprendre ce qui le chiffonnait.
- Et rien ! Je crois que je devrais éviter d’écouter Charlie parfois.
- Oui…
Elle hésita un instant.
- Pourtant, il a souvent raison, ajouta-t-elle.
- Je sais, c’est justement ce qui me fait peur !
Les deux agents échangèrent un regard et se dirigèrent ensemble vers l’un des bureaux. Liz s’assit et tapa le code : l’écran s’afficha à la page qu’ils voulaient.
- Tu es sûre de ce qu’on fait ? chuchota Colby.
- Non. Mais il y a une chose dont je suis sûre, c’est qu’on ne se pardonnerait pas de ne pas l’avoir fait si jamais…
Elle ne finit pas sa phrase et Colby se contenta de hocher la tête : ils se comprenaient à demi-mot.
CHAPITRE XXXVI
Bureaux du F.B.I.
Charlie lui, après le départ des agents, avait commencé à étudier de plus près les éléments qu’ils lui avaient fournis. Mais toujours son esprit dérivait vers autre chose, ça l’obsédait, ça l’empêchait totalement de se concentrer. Il comprit qu’il n’arriverait à rien s’il ne vérifiait pas son hypothèse.
Il saisit un bloc sur lequel il recopia soigneusement les recherches qui recouvraient le tableau, puis il effaça le tout d’un geste prompt. Il hésita encore quelques instants : Don risquait de ne pas lui pardonner ce qu’il s’apprêtait à faire. Avait-il le droit de perdre du temps à vérifier une hypothèse qui ne reposait sur rien, ou plutôt qui ne reposait que sur un vague antagonisme datant de son enfance, alors que, peut-être, le criminel s’apprêtait à frapper encore ?
Puis, avec un haussement d’épaules, il se dit que son frère n’avait pas intérêt à lui faire ce genre de reproches. Il aurait beau jeu alors de lui clouer le bec en lui démontrant qu’aller à deux récupérer quelques carnets à trois heures de route n’était pas l’exemple le plus typique qu’il connaisse d’une bonne occupation du temps ! Après tout, s’il avait voulu qu’il ne se perde pas sur une fausse piste, il n’avait qu’à être là pour l’empêcher d’échafauder des théories qu’il aurait qualifié d’abracadabrantes.
Il hésita encore un instant et décrocha son téléphone, comme pour avoir une confirmation. Lorsqu’il tomba sur la boîte vocale de Don, ses derniers scrupules volèrent en éclats. Il resta une seconde immobile, comme pour rassembler toutes ses facultés, puis, très vite, ses mains se mirent à aligner des chiffres. Pourtant, pour la première fois depuis qu’il se servait des mathématiques pour vérifier ses théories, il se surprit à prier pour ne pas aboutir au résultat qu’il entrevoyait !
CHAPITRE XXXVII
Domicile de Mickaël Spooner
Don geignit en reprenant doucement connaissance. Sa tête lui faisait mal : il avait l’impression qu’elle était sur le point d’exploser. Il voulut y porter la main et s’aperçut alors qu’il était incapable de remuer.
Il tenta de bouger un peu et un gémissement de douleur lui échappa : outre sa tête douloureuse à en pleurer, son épaule lui envoyait de longues ondes de souffrances et son genou et son poignet l’élançaient aussi affreusement. Petit à petit cependant ses idées s’éclaircissaient. Il parvint à se souvenir de ce qui s’était passé : Mikey ! Ainsi c’était lui, c’était son vieux pote, son vieux copain, l’ami de toujours qui avait commis toutes ces atrocités. C’était lui qui avait essayé de tuer son petit frère. C’était lui qui lui avait tiré dessus et qui, vraisemblablement, le retenait prisonnier.
Un nouveau gémissement lui échappa et une voix retentit alors :
- Désolé Don, j’aurai aimé que ça se termine autrement.
Il ouvrit les yeux et rencontra aussitôt ceux de Mickaël, fixés sur son visage. Il y avait, dans le regard de l’homme à la fois de la culpabilité, de la souffrance, mais aussi une lueur implacable qui lui fit comprendre qu’il ne servirait à rien de faire appel à sa pitié ou de tenter de le raisonner.
Pourtant, il essaya tout de même :
- Mikey, pourquoi ? Pourquoi tout ça ?
- Ton frère te l’a dit non ? Pour l’argent.
- L’argent ? Est-ce que l’argent valait tous ces morts ? Mike, tu as failli tuer mon petit frère !
- Oui, et je suis désolé de ne pas y avoir réussi figure-toi. Parce que maintenant c’est toi qui va devoir mourir, à cause de lui !
- Tu n’es pas obligé de me tuer.
- Bien sûr que si ! Tu as tout découvert et je ne peux pas te laisser me dénoncer.
- De toute façon tu ne t’en tireras pas Mike. On te retrouvera.
- Non, parce qu’on ne me cherchera pas.
- Ben voyons…
- On ne me cherchera pas parce que je serai mort, toi aussi tu seras mort d’ailleurs. Et à partir de là, qui irait soupçonner un mort ? A fortiori le rechercher ?
- Charlie ne se laissera pas avoir…
- Charlie est très fort Don, oui, très fort. C’est pour ça que j’ai essayé de l’empêcher de continuer ses investigations. C’est vrai, je n’aurais jamais cru qu’un mathématicien pourrait s’approcher si près de moi. Pourtant il y a réussi. Mais il ne pourra jamais remonter jusqu’à moi. J’ai pris toutes les précautions nécessaires.
- Il remontera jusqu’à toi, forcément…
- Je ne crois pas. Mais quand bien même il le ferait, comme je te le disais, je serai mort. Donc, toute action sera éteinte contre moi.
- Que comptes-tu faire ?
- Tu vois bien. J’ai déposé des explosifs un peu partout dans la maison. Et sur toi aussi d’ailleurs.
Ce n’est qu’à ce moment-là que Don s’aperçut qu’en effet plusieurs pains d’explosifs étaient fixés à sa taille et reliés à un détonateur. Une sueur froide se mit à couler le long de son front, se mêlant au sang qui suintait de sa blessure.
Mickaël continuait son explication :
- J’ai ramassé toutes mes affaires et un avion m’attend à l’aéroport. Dans six heures je serai loin, loin et riche !
- Et moi ?
- Toi, tu périras en héros dans l’explosion de ma maison. Et oui, le bomber que je poursuis depuis si longtemps va malheureusement me piéger, et par la même occasion, il va piéger mon ami qui a eu le malheur de m’accompagner.
- Ca ne marchera pas Mikey, les analyses ADN te confondront.
- Quelles analyses ADN ? Il y a ici assez d’explosifs pour tout désintégrer. On ne retrouvera rien. Le voisin témoignera nous avoir vu rentrer tous les deux et puis BOUM ! Le F.B.I. va perdre deux valeureux agents aujourd’hui.
- Tu ne pourras pas me tuer Mike. Tu n’arriveras pas à appuyer sur le détonateur, je le sais.
Mickaël le contempla gravement, presque tristement :
- Tu as raison sur ce coup-là Don. Je n’y arriverai pas.
Don poussa un soupir de soulagement qui ne fut que de courte durée. L’agent félon continuait :
- C’est pour ça que j’ai programmé un minuteur. Dès que je serai parti il se déclenchera.
Don blêmit : à cet instant précis il venait de comprendre qu’il n’avait aucune pitié à attendre de son ex-ami.
- Combien de temps ?
- A quoi cela sert-il que je te le dise ?
- J’ai le droit de savoir non ? Tu me dois bien ça !
- D’accord, si tu y tiens… Le dispositif est relié sur cinq heures.
- Cinq heures ? Mais pourquoi…
- Peut-être pour te laisser une chance, malgré tout.
- Tu parles d’une chance ! Je n’y crois pas une minute.
- Et pourquoi pas, au nom de notre amitié ?
- Arrête ! Tu as piétiné tout ce en quoi tu croyais. Tu as trahi ton serment, ton pays, tes amis, tes collègues, tous ceux qui te faisaient confiance. Alors ne vient pas me dire que tu me laisses une chance par simple bonté d’âme. Il y a forcément autre chose derrière n’est-ce pas ?
- Tu es trop perspicace mon pote ! Oui, dommage pour toi. Tu es un trop bon agent.
Et soudain il changea de ton :
- Don, allez, viens avec moi. Tu n’as aucune idée du fric que j’ai mis de côté en cinq ans. On pourrait mener la belle vie tous les deux.
- Rien à faire, et tu le sais.
- Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui peut bien te retenir dans ce boulot misérable, mal payé, mal considéré ? Tu vaux cent fois mieux que les minables qui te donnent des ordres, que les friqués qui se pensent meilleurs que toi parce qu’ils ont du pognon ! Laisse tomber tout ça et accompagne-moi.
- Jamais Mike.
- Pourquoi ?
- Sans doute parce que je suis fidèle moi !
- Fidèle ou idiot ?
- Idiot si tu préfères. Mais de toute façon, quand bien même j’aurais pu être tenté par ta proposition, tu as commis la seule erreur à ne pas commettre quand on veut m’influencer.
- Laquelle ?
- Tu t’en es pris à mon frère ! Tu as failli tuer Charlie !
- Charlie ! Charlie ! Charlie ! Tu n’as que ce mot là à la bouche ! On dirait qu’il n’y a plus que lui qui compte, que tu as oublié tout le reste, les copains, les amis, ceux à qui tu dois tant.
- Je ne dois rien à personne d’autre qu’à mon frère justement. Et quand bien même ce ne serait pas le cas, je ne laisserais jamais personne s’en prendre à lui. Tu le sais bien.
- Oui, je le sais.
*****
Le ton de Mickaël était de nouveau triste.
- D’accord, alors je suis désolé Don, mais ta route va s’arrêter là. Je pars à l’aéroport : je trouverai bien un avion pour décoller dans deux heures, ensuite…
- C’est ça ! s’exclama soudain Don.
- Quoi ça ?
- C’est pour ça que tu as réglé le détonateur sur cinq heures. Pas pour me laisser une chance non, mais pour te laisser une porte de sortie.
- Que veux-tu dire ?
- Quoi que tu en dises, tu n’es pas si sûr que ça que Charlie ne remontera pas jusqu’à toi avant que tu ne sois dans cet avion. Et dans ce cas, tu gardes une monnaie d’échange non ? Mais ça ne marchera pas Mike, jamais ils ne cèderont à ce chantage.
- Je le sais d’autant mieux que je suis persuadé que je n’aurai pas à y avoir recours. Mais un as dans la manche est toujours le bienvenu dans une partie de poker serrée.
- Tu es de la maison Mikey, tu sais qu’on ne cède pas au chantage sur un agent.
- Les autres agents non. Mais ton petit frère ? Qu’est-ce qu’il en pensera lui ? Comment il se sentira lorsqu’il comprendra qu’il a condamné son grand frère à mort ?
- Non ! Tu ne peux pas faire ça.
Don se débattit dans ses liens, comprenant soudain toute la portée de la vengeance qu’envisageait Mike. Un cri de douleur lui échappa, et son souffle se fit oppressé tant la souffrance issue de son épaule et de sa tête le taraudèrent dans ce mouvement.
Il eut l’impression qu’il allait de nouveau s’évanouir et lutta de toutes ses forces pour rester conscient. Il sentit soudain qu’on pressait un verre contre sa bouche :
- Tiens bois.
Il absorba le liquide et se sentit mieux.
- Merci…, murmura-t-il.
- Don, quoique tu en penses je ne suis pas un sadique, répondit Mickaël.
- Pourtant tu veux faire vivre à mon frère le pire des cauchemars : lui laisser croire qu’il sera responsable de ma mort.
- Mais ça c’est ma petite vengeance, tu comprends. Ton frère s’est mis une fois de trop sur ma route. S’il n’avait pas été là tu ne serais pas remonté jusqu’à moi. A cause de lui j’ai perdu un ami qui comptait pour moi.
- Ce n’est pas à cause de lui que tu as perdu un ami, mais à cause de toi, juste à cause de toi. Et te venger sur lui n’y changera rien. Je t’en prie Mike, ne lui fais pas ça !
Mickaël hocha la tête, impressionné malgré lui :
- C’est dingue : tu es là, blessé, prisonnier, sur le point de mourir, et tout ce que tu trouves à faire, quand d’autres imploreraient pour qu’on leur laisse la vie, c’est de me supplier pour ton frère. Mais qu’est-ce qu’il a bien pu te faire à la fin ? Quand je pense qu’au lycée…
- Non, tu sais très bien qu’au lycée déjà je n’aurais laissé personne lui faire du mal. Tu le sais très bien ! Alors d’accord nous ne nous entendions pas et nous n’avions rien en commun, mais il était déjà mon petit frère et je ne l’aimais pas moins qu’aujourd’hui. Seulement maintenant je sais que nos mondes ne sont pas si différents et surtout qu’ils sont complémentaires. Et j’ai découvert que Charlie était autre chose qu’un petit génie déconnecté de la réalité : c’est lui mon meilleur ami aujourd’hui.
Le visage de Mickaël se ferma à cette déclaration :
- Oui, c’est ce que j’ai compris. Et c’est pour ça qu’il devra payer ! Navré que tu doives aussi payer pour lui Don. Vraiment. J’aurais voulu que ça se termine autrement.
Avant que l’agent ait pu ajouter un mot pour tenter de convaincre le malfaiteur, celui-ci s’approcha de lui et lui noua un foulard autour de la bouche.
- Désolé : ce ne sera pas très confortable. Mais je ne veux pas que tu risques d’ameuter le voisinage. Et puis il n’y en a que pour cinq petites heures… Par contre évite de trop gigoter, on ne sait jamais. Les charges sont tout de même assez sensibles. Tu ne voudrais pas partir avant l’heure non ?
Don ferma les yeux quelques instants, en proie à un vertige. Lorsqu’ils les rouvrit, il était seul dans la pièce.
Et soudain il perçut le tic-tac lancinant de la minuterie : le compte à rebours avait commencé.
CHAPITRE XXXVIII
Bureaux du F.B.I.
- Et tu penses qu’en partant dans cette direction ?
David s’interrompit brusquement en voyant Charlie venir à lui. Le mathématicien était pâle et semblait en proie à une grande agitation. L’agent frappa sur l’épaule du technicien et l’abandonna aux recherches qu’ils avaient entrepris ensemble pour se diriger vers le consultant qui avait visiblement quelque chose à lui dire.
- Charlie ? Qu’est-ce qui se passe ? Tu ne te sens pas bien ? Tu veux qu’on te raccompagne chez toi ?
Il hocha la tête négativement, se contentant de demander :
- Je peux vous voir deux minutes ?
- Tu as des résultats à nous proposer ?
- Oui, je…
Colby qui arrivait à son tour, s’inquiéta de la pâleur et de la fébrilité manifeste du consultant :
- Qu’est-ce qui se passe Charlie ?
- Je dois vous parler de quelque chose que je viens de découvrir.
- Oui, quoi ?
Le mathématicien jeta un regard angoissé autour de lui :
- Pas ici… Est-ce qu’on peut ?…
De la tête, il fit un signe en direction de la salle de réunion et les deux agents, plus interloqués que jamais et déjà vaguement inquiets, lui emboîtèrent le pas.
Lorqu’ils furent entrés dans le bureau, Charlie referma soigneusement la porte derrière eux et interrogea :
- Liz et Nikki ne sont pas là ?
- Non, elles sont parties vérifier une info que nous as donné un indic. Elles en ont pour un petit moment encore.
- Ah…
Il hocha la tête et se tut, semblant plongé dans des pensées dont le moins qu’on pouvait dire et qu’elles n’étaient pas follement gaies.
- Charlie, est-ce que tu vas enfin nous dire ce qui t’arrive ? demanda Colby.
- Tu as trouvé quelque chose de probant, ajouta David.
- Oui… malheureusement.
- Comment ça, malheureusement ?
Le mathématicien sembla hésiter encore quelques instants : il regardait tour à tour chacun des deux agents dont l’exaspération grandissait à vue d’œil, puis le feuillet qu’il tenait dans la main, laissait ensuite son regard dériver sur les équations alignées sur son tableau avant de revenir à nouveau sur ses interlocuteurs.
- Bon sang Charlie ! s’énerva David. Tu comptes nous faire lanterner longtemps comme ça ? Figure-toi qu’on n’a pas que ça à faire !
- Qu’est-ce que tu as trouvé ? s’enquit Colby, d’un ton certes plus posé mais dans lequel perçait quand même un certain agacement.
- Je crois que j’ai identifié le bomber, commença Charlie, presque timidement.
- Quoi ?
- Répète un peu ça !
Les deux exclamations fusèrent simultanément tandis que les deux agents se levaient conjointement.
- Oui, d’après mes calculs, tout concorde. Et en plus, ça rend les choses tout à fait logiques, tragiquement logiques, compléta-t-il d’un air triste.
- Comment ça ?
- Qui est-ce Charlie ?
Il hésita à nouveau, se mordant les lèvres, paraissant en proie à un doute profond. Les deux hommes ne l’avaient jamais vu ainsi : en général, lorsqu’il annonçait avoir trouvé la solution, il était certes un peu agité à cause de l’excitation, mais toujours très sûr de lui, prêt à fournir autant d’explication qu’il le faudrait pour justifier son point de vue avec tout le professionnalisme dont il était capable.
- Alors quoi ? le pressa David. Tu comptes nous dire ce que tu as trouvé ou quoi ?
- Que se passe-t-il Charlie ? Tu n’es pas sûr de tes résultats ?
- Si, si !!! J’ai revérifié trois fois et malheureusement j’arrive à une probabilité de 93,7% pour que mon hypothèse soit la bonne.
- Pourquoi malheureusement ? interrogea David. C’est magnifique si tu nous permets enfin de mettre la main sur ce malade.
- C’est vrai appuya Colby, je ne vois pas ce qui peux te gêner.
- Je ne suis pas sûr que vous allez me croire.
- Arrête Charlie ! protesta Colby. Depuis le temps que nous travaillons ensemble, on sait très bien que tu ne t’es quasiment jamais trompé.
- Tu peux même dire : jamais ! insista David.
- Alors je ne vois pas pourquoi on mettrait en doute ta parole aujourd’hui.
- Allez vieux, accouche ! reprit David. Qu’est-ce que tu as trouvé ? C’est qui notre poseur de bombes ?
Charlie hésita encore un instant, se mordilla de nouveau les lèvres et articula d’une voix blanche :
- C’est Mike.
*****
Durant quelques secondes, le silence le plus total régna dans la pièce. Les deux agents avaient l’impression qu’ils avaient mal entendu. Une bombe, explosant cette fois-ci dans les bureaux, ne les aurait pas plus secoués que ces trois mots prononcés d’une voix éteinte.
Ce fut Colby qui, le premier, reprit la parole.
- Quoi Mike ? Qu’est-ce que tu essaies de nous dire Charlie ?
- Le poseur de bombe, c’est Mike, l’agent spécial Mickaël Duddley Spooner, reprit Charlie, d’une voix cette fois-ci plus assurée.
Maintenant qu’il avait franchi le premier pas, lâché le nom qui le tourmentait, il retrouvait son calme, toute sa concentration de scientifique et sa volonté de prouver la validité de la théorie qu’il avançait. Il se préparait à la bataille et il pensait que celle-ci risquait d’être féroce.
La première attaque vint de David :
- Enfin, tu dérailles, Charlie ! Tu te rends compte de ce que tu dis ?
- Oui je sais c’est…
- Non, tu ne sais pas ! Tu es en train d’accuser un agent du F.B.I. d’être un bomber qui est responsable de la mort de près de soixante-dix personnes ! Et qui plus est un ami de ton propre frère !
- Il n’empêche que mes calculs montrent bien…
- Alors tu t’es trompé ! Comment veux-tu que ce soit possible ? Enfin… Tu imagines… C’est tout simplement… Quoi ! Dis-lui toi Colby que c’est d’un ridicule avéré.
David s’était tourné vers son coéquipier, le prenant à témoin de son indignation. Il fut stupéfait de voir que celui-ci ne réagissait pas, ne semblant absolument pas choqué par ce qu’il venait d’entendre :
- Quoi ? Ne me dis pas que tu es d’accord avec lui ?
- Ecoute David, je ne sais pas si Charlie a raison, mais il y a des éléments troublants.
- Quoi ? Quelle sorte d’éléments ?
- Et bien en fait, après notre conversation de tout à l’heure, j’ai fait quelques recherches sur l’agent Spooner…
- Tu as fait quoi ? s’étrangla David tandis que Charlie regardait Colby avec un immense espoir dans le regard.
L’agent fit un petit signe dans sa direction :
- Oui, la théorie de Charlie ne me semblait pas si saugrenue que ça figure-toi. C’est vrai, quoi de plus pratique pour déjouer les pièges que d’être celui qui est censé les tendre ? Et puis ça expliquait pas mal de points restés en suspens comme : comment les témoins sont-ils identifiés ? Qu’est-ce qui avait fait tellement peur à Carter qu’il s’est rétracté dans un premier temps ? Pourquoi viser Charlie ?
- Enfin, Colby, tu te rends compte de ce que tu es en train de dire ?
- Malheureusement oui, David. J’ai trouvé certaines incohérences dans l’emploi du temps de Spooner durant ces cinq ans, des anomalies flagrantes dans l’enquête qui pouvaient passer au mieux pour des maladresses, mais alors dignes d’un débutant, au pire pour des sabotages. Et puis il était le seul qui avait un accès illimité à toutes les pièces du dossier, le seul qui ait été à chaque fois présent sur les lieux où le bomber sévissait.
- Evidemment puisqu’on l’appelait dès qu’il se manifestait.
- Oui, mais explique moi pourquoi il apparaît qu’il a visité ces villes quelques semaines ou quelques mois avant l’apparition du bomber. Pourquoi il était toujours en congé les quarante-huit heures avant que celui-ci ne frappe pour la première fois.
- Quoi ?
- J’ai recoupé tout ça David.
- Mais de quel droit ?
- Du droit qu’a tout agent de vérifier une théorie qui peut amener à l’arrestation d’un criminel.
- Et tu dis que…
- Qu’il a visité les villes toujours entre deux et huit semaines avant les attentats, qu’il était toujours en congé les quarante huit heures précédents le premier d’entre eux. Tiens Charlie, dis-nous quelles sont les probabilités pour que cela soit une coïncidence.
- Elles sont quasi-nulles, affirma le mathématicien tout en jetant un regard reconnaissant sur Colby.
Ainsi celui-ci avait pris ses appréhensions au sérieux, il lui faisait assez confiance pour se lancer dans une recherche hasardeuse sur une simple hypothèse que lui-même avait infirmé devant eux. Il avait pris le risque de se faire sermonner pour avoir mené une enquête sur un agent à priori irréprochable au détriment d’autres pistes plus sérieuses à première vue. Et surtout, surtout, pas une minute il ne mettait en doute la validité de ses résultats. Colby était un ami, un vrai.
- Et ça recoupe totalement ce que j’ai trouvé, continua le consultant. D’après mes calculs, tout concorde : Mike est notre homme.
- Attends un peu Charlie, contra David qui bien qu’à moitié convaincu, ne pouvait se résoudre à admettre cette ignominie de la part d’un collègue, tu es parti du postulat qu’il était coupable dans tes calculs ?
- Oui, pourquoi ?
- Et bien parce que, dans ce cas, tu as orienté tout ton raisonnement dans cette direction. Donc il n’y a rien d’étonnant à ce que tu trouves le résultat que tu attendais.
Le mathématicien poussa un profond soupir : décidément David ne serait jamais un grand scientifique.
- David, tu ne peux pas imaginer le nombre de fois où des scientifiques sont partis d’un postulat de départ en axant tous leurs calculs dessus, pour s’apercevoir, à l’arrivée que leur hypothèse était totalement fausse. Tu ne peux pas démarrer une recherche dans le vide : tu dois avoir un point de départ, une théorie que tes calculs vont valider ou infirmer. En l’occurrence, crois-moi, j’aurais tout donné pour m’apercevoir que j’avais tort.
- Mais…
La voix de David avait perdu de son assurance, il rendait les armes et ne menait plus qu’un combat d’arrière garde motivé par le besoin de se convaincre qu’un collègue qu’il avait côtoyé pendant des jours ne pouvaient pas se rendre coupable d’une telle abomination.
- Tu es vraiment sûr ?
- Je te l’ai dit : il y a 93,7 % de chances que j’ai raison. Et ceci, c’était avant de connaître les éléments que vient de nous préciser Colby. Avec de tels renseignements, je pense que j’avoisinerais les 98 %.
- Autant dire la certitude absolue, déclara Colby.
- D’accord.
David ferma les yeux quelques secondes, comme en proie à un vertige : il n’arrivait pas à accepter cette réalité là, et pourtant il savait qu’il allait devoir s’y faire. Connaissant Charlie, il savait qu’il n’y avait malheureusement aucune chance qu’il se soit trompé.
- Il va falloir avertir Don, dit-il d’une voix blanche.
*****
A ce moment-là, Colby poussa un juron retentissant qui fit sursauter ses compagnons.
- Quoi ? s’inquiéta David.
- Don ! Il est avec Mike en ce moment !
A ces mots Charlie devint livide. Pendant un moment, accaparé d’abord par ses calculs puis par la préoccupation de savoir comment annoncer la nouvelle aux agents d’une part et d’autre part celle de savoir s’ils allaient le croire ou non, il avait oublié que son frère était au même moment en compagnie du criminel.
- Mike ne ferait pas de mal à Don, avança David d’une voix incertaine.
En effet, quelle probabilité y avait-il qu’un homme qui avait assassiné plusieurs dizaines de personnes recule devant le meurtre d’un ami d’enfance ?
- Sauf s’il le démasque, répondit Charlie qui, affolé, saisit son portable et appuya sur la touche le mettant directement en relation avec son frère.
Au bout de quelques secondes, il laissa tomber l’appareil, blafard :
- Il est toujours sur messagerie ! balbutia-t-il d’une voix faible.
Les deux agents échangèrent un regard inquiet : ce n’était pas normal. Il y avait maintenant plus de deux heures que Mike et Don étaient partis ensemble. Don aurait dû être joignable à tout moment. Alors qu’il ait été sur répondeur à un moment, passe encore : il pouvait avoir été trop occupé pour répondre, avoir renoncé à le faire volontairement pour une raison quelconque ou s’être trouvé momentanément dans une zone sans réseau. Mais en aucun cas il ne serait resté aussi longtemps sans décrocher. Cela n’augurait rien de bon.
- D’accord, décida David. Je fais lancer une recherche sur son portable.
Moins de dix minutes plus tard, le technicien vint leur dire que le portable de Dona était absolument impossible à repérer.
- Comment est-ce possible ? s’étonna Colby.
- Très facilement, répondit Charlie d’une voix où perçait un début d’affolement. Cela veut dire que le portable est non seulement éteint, mais qu’on en a retiré la carte Sim’s ou qu’on l’a détruit !
Les trois hommes échangèrent un regard chargé d’angoisse : que signifiait le silence de Don ? Mike lui avait-il fait du mal ?
CHAPITRE XXXIX
Bureaux du F.B.I.
- David, c’est toi qui leur a parlé en dernier, que t’ont-ils dit exactement ?
Colby essayait de rester calme et logique, de raisonner en agent et non en ami. Si vraiment Mike s’en était pris à Don, l’affolement ne les aiderait pas à sauver leur chef s’il en était encore temps. David se passa la main sur le crâne.
- En fait je n’ai parlé qu’à Mike. Il m’a dit que Don était allé leur chercher un café et qu’ils filaient ensemble chez lui pour récupérer des éléments pour la recherche de Charlie.
- Est-ce que quelque chose t’a mis la puce à l’oreille lors de cette conversation ?
- Non, rien. Je me suis juste un peu étonné que Don parte pour une virée de trois heures qu’un agent seul était parfaitement capable de faire. Mais bon, je n’ai pas vocation à demander à mon supérieur de justifier ses initiatives.
- Pourtant, si tu avais insisté pour parler à mon frère, peut-être que nous n’en serions pas là !
L’agent n’apprécia pas du tout le ton accusateur qu’avait pris Charlie.
- Comment ça ? Qu’est-ce que tu veux dire ?
- Et bien si tu t’étais inquiété de parler à Don, tu aurais compris que quelque chose clochait. Et tu aurais pu avertir les patrouilles de police pour repérer le véhicule où ils étaient. Et mon frère serait parmi nous en ce moment et pas Dieu sait où…
- Ecoute Charlie, je sais que tu es inquiet pour Don. Mais après tout, tout ça ce ne sont que des hypothèses. On n’est même pas sûr qu’il soit en danger. Alors je te prierai d’abord de garder ton calme et ensuite de garder tes accusations pour toi ! J’ai fait ce que j’avais à faire !
- C’est bon les gars, s’interposa Colby avant que Charlie, dont le visage s’empourprait à vue d’œil, ne répondent à la tirade coléreuse de l’agent. Vous disputer ne servira à rien. Si vraiment Don a des ennuis, ce qu’il faut avant tout, c’est le retrouver au plus vite et la première chose, c’est de repérer son véhicule. Est-ce que Mike t’a dit quelque chose à ce sujet ?
- Non, rien, répondit David. Je sais simplement qu’ils se sont rejoints chez Alscot avec chacun leur véhicule de fonction. Pour le reste…
- O.K. Donc première chose, localiser les deux voitures. Je m’en occupe.
Il décrocha le téléphone et lança très vite quelques instructions. Charlie, qui avait profité de ce laps de temps pour maîtriser sa colère interrogea David d’une voix plus calme :
- David, j’aimerais savoir : c’est toi qui avais appelé Mike. ?
- Non, c’est Mike, répondit David à Charlie qui venait de poser cette dernière question. Pourquoi ? C’est important ?
- Et bien, si vraiment Mike s’en est pris à Don, il a pu appeler pour que, justement, nous ne nous doutions de rien. Si toi tu l’avais appelé, cela diminuait d’autant les probabilités qu’il se soit passé quelque chose.
- Charlie, sérieusement, tu penses que Mike pourrait faire du mal à ton frère ? Il semble vraiment tenir à lui.
- Sans doute oui. Mais pas plus qu’à sa propre vie je suppose.
- Tu as raison.
Il y eut un moment de silence, puis Colby reprit :
- Il y a quand même quelque chose que je ne m’explique pas.
- Oui ? Quoi donc ? demanda son collègue.
- Nous sommes en train de partir de l’hypothèse que Mike tient Don.
Il évitait de parler de l’hypothèse qui commençait à le hanter, à savoir que Mike se soit débarrassé de son ami devenu un adversaire dangereux.
- Mais sur quoi nous basons nous pour étayer cette hypothèse, mis à part le fait que Don soit parti avec Mike pour une mission un peu bizarre et qu’il ne réponde pas au téléphone ? Après tout, Don peut très bien avoir eu envie, effectivement, de passer un peu de temps avec un vieil ami. L’enquête n’avançait pas, il a pu légitimement penser que quelques heures de plus ou de moins n’y changeraient rien.
- Je sais, répondit Charlie. Mais j’ai un mauvais pressentiment.
- Charlie, pardonne-moi mais autant j’ai confiance dans tes théories mathématiques, autant je peux douter de tes pressentiments. Rien ne prouve que Don coure le moindre danger et si nous nous emballons pour rien, nous risquons fort de nous faire sérieusement taper sur les doigts.
- Je suis prêt à courir le risque, répondit Charlie.
Alors que Colby ouvrait la bouche pour lui répondre, le téléphone sonna.
- Agent Granger !
- …
- Où dites-vous ?
- …
- Vous avez vérifié ?
- …
- Rien ?
- …
- D’accord, je vous remercie. Je vais envoyer une équipe scientifique sur les lieux pour ramener la voiture. Et pour l’autre véhicule ?
- …
- Bien je vous remercie pour tout officier Smith.
*****
Il raccrocha et ses deux interlocuteurs purent voir un réel souci dans ses yeux.
- Quoi ? questionna Charlie, alarmé.
- Et bien la police a localisé la voiture de Mike devant le domicile d’Alscot. Elle est bien garée, soigneusement fermée à clé, bref, rien de particulier.
- Et celle de Don ? demanda David.
- Rien. Visiblement c’est celle qu’ils ont prise.
- Et bien ce serait plutôt une bonne nouvelle, sourit alors David. Ca pencherait pour la thèse de Don accompagnant Mike. Tu sais qu’il déteste être passager.
- Oui…
Colby n’avait pas l’air autrement convaincu par cette hypothèse.
- Ca n’explique pas pourquoi mon frère ne répond pas, dit Charlie. Ni pourquoi il a décidé, de manière tout à fait incohérente, d’accompagner Mike pour une mission que celui-ci pouvait très bien remplir seul, alors qu’il a tant à faire ici.
- Et puis, quand bien même il ne se serait rien passé encore, ajouta Colby, si Spooner est vraiment le bomber, Don est en danger. Au moindre signe de doute de sa part…
Il n’acheva pas sa phrase, ne voulant pas risquer d’affoler Charlie déjà bien assez soucieux.
- Mais comment aurait-il pu deviner ? attaqua alors David, touchant le nœud du problème.
- Et bien, j’avais parlé à Don de ma théorie. Il savait que le bomber faisait chanter ses victimes pour leur soutirer de fortes sommes. S’il en a parlé à Mike, celui-ci a pu se dire qu’on allait le coincer et décider de passer à l’attaque avant.
- Ce n’est pas très logique, contra David. Il aurait plutôt eu intérêt à faire l’innocent et à prendre la fuite aussitôt que possible. Peut-être justement sous prétexte d’aller te chercher des éléments susceptibles d’appuyer ta théorie.
- Il a raison Charlie, remarqua Colby. Si Mike sentait l’étau se resserrer, il est illogique qu’il n’ait pas tout tenté pour dissuader Don de l’accompagner.
- Mais il l’a peut-être fait, rétorqua Charlie. Peut-être justement a-t-il trop insisté pour que Don le laisse partir seul et ça aura mis la puce à l’oreille de mon frère. Vous savez comment il est lorsqu’il renifle une piste, lorsque son intuition lui souffle qu’il est sur la bonne voie… Il se sera alors imposé à ce traître, quoi que celui-ci ait pu lui dire.
- C’est plausible, admit David.
- Oui, s’emballa Charlie. Il a pu aussi se trahir d’une manière ou d’une autre et…
- Donc, tu pars du principe qu’il s’en est déjà pris à Don ? interrogea Colby.
Une lueur affolée réapparut dans les yeux du mathématicien qui, emporté par l’échafaudage de sa théorie, avait un instant oublié que celle-ci mettait en jeu la vie de son frère chéri.
- Crois-moi, je n’ai jamais de ma vie espéré autant que je faisais fausse route. Mais Don ne répond toujours pas, ajouta-t-il après avoir, une nouvelle fois tenté de joindre son aîné.
- De toute façon, si on part du principe que Don est tombé aux mains de Mike, finalement peu importe le lieu où ça s’est produit : que ce soit au domicile d’Alscot, dans la voiture, ou chez Spooner, l’urgence c’est de les retrouver tous les deux !
- Qu’est-ce que tu viens de dire ? demanda soudain Colby d’un ton pressant à son collègue.
- Que l’urgence était…
- Non ! Avant ça. Tu as dit que Mike pouvait s’en être pris à Don… Bon sang !
Il décrocha à nouveau le téléphone sous les yeux médusés de ses interlocuteurs qui ne comprenaient rien à son agitation soudaine. Le mystère s’éclaircit lorsqu’ils l’entendirent appeler les techniciens de la scientifique qui étaient en route pour le domicile d’Alscot afin de leur demander d’examiner, non seulement le véhicule de l’agent Spooner qui était resté devant la maison, mais aussi la maison elle-même pour repérer quelque chose d’anormal.
- A quoi tu penses ? questionna David lorsque son collègue eut raccroché.
- Et bien, si Mike s’en est pris à Don chez Alscot, il y aura peut-être des traces et dans ce cas, on saura définitivement à quoi s’en tenir.
Charlie blêmit à cette réflexion. Tant qu’ils raisonnaient dans l’abstraction, il lui restait l’espoir, malgré tout, que son frère ne coure aucun risque et soit tout simplement en train d’accompagner un collègue, qu’il n’imaginait pas être un traître, dans une équipée plus dictée par l’amitié que par un besoin réel de l’épauler. Si on découvrait des preuves d’une agression, cela voudrait dire que Spooner s’était effectivement attaqué à Don et il n’était pas naïf au point d’ignorer ce que cela impliquait : quelles étaient les probabilités que cet homme, qui avait assassiné froidement quatre témoins, en laisse un en vie, qui plus est un agent fédéral dont la parole ne serait mise en doute par personne ?
- Et si on ne trouve rien ? demanda David.
- Et bien c’est que soit on s’est planté complètement, et ils ne devraient pas tarder à rentrer…
- C’est hautement improbable, murmura Charlie qui aurait tant voulu pouvoir valider cette théorie-là.
- … soit, continuait Colby sans se soucier de l’interruption, qu’il aura attendu d’être dans la voiture ou chez lui pour abattre son jeu.
Au mot abattre, le mathématicien ferma les yeux et David lui posa la main sur l’épaule, comprenant l’analogie qu’il faisait à ce moment précis. Mais Colby n’avait pas fini. A son tour il s’approcha du consultant et se planta en face de lui :
- Charlie, on va avoir besoin de toi.
- Comment ça ? Qu’est-ce que je peux faire ?
- Tout d’abord on va partir du principe que, malheureusement, c’est toi qui a raison et que Mike s’en est pris à Don.
Il vit à nouveau le mathématicien pâlir à cet énoncé, mais il n’avait pas le temps de se pencher sur les états d’âme de celui-ci. Si vraiment ils avaient raison, le temps leur était désormais compté.
- Donc, tu dois au plus vite nous dire où on peut le trouver à ton avis.
- Chez lui ? questionna David.
- Hautement improbable, lança Colby, appuyé par un hochement de tête de Charlie. Il sait bien que c’est le premier endroit où on va aller le chercher et il n’est pas idiot.
- Mais il ne connaît personne à Los Angeles, protesta Colby.
- Il n’y restera pas ! affirma alors le professeur d’un ton sans réplique.
- Tu es en train de dire qu’il va prendre la fuite ?
- S’il se sait découvert ou s’il sent qu’il va l’être, il va effectivement s’enfuir. Les probabilités sont de l’ordre de 92 %.
- Tu avais déjà fait ce calcul ?
- Pas pour Mike, mais dans une recherche générale sur l’attitude d’un criminel qui est sur le point d’être identifié et qui l’apprend.
- O.K. Donc d’après toi il va tenter de s’enfuir ?
- Les probabilités l’indiquent.
- Mais il va avoir toutes les polices du pays à ses trousses, objecta David.
- Sauf s’il a un plan pour leur échapper, contra Colby.
- A quoi tu penses ? questionna son collègue.
- Un otage par exemple.
- Tu penses qu’il pourrait utiliser mon frère comme otage ? demanda Charlie d’une voix blanche.
- Pourquoi pas ? Ca pourrait expliquer le silence de celui-ci.
Il se refusait à émettre à autre voix l’autre hypothèse, beaucoup plus tragique, sur le silence persistant de leur chef.
- Mais en agissant de cette manière, il s’avoue responsable de toutes ces horreurs, dit alors David, décidemment décidé à jouer l’avocat du diable.
- Qu’importe, rétorqua Colby. Perdu pour perdu, qu’a-t-il encore à sauver sinon sa liberté, voire sa vie ?
- Colby a raison, reprit alors Charlie. Lors de cette même étude, nous avons calculé les probabilités de ce genre : quelles étaient celles que le criminel cherche simplement à disparaître, celles qu’il fasse appel à la chirurgie esthétique, celles qu’il prenne un otage, celles qu’il …
Il fut incapable de continuer et les deux agents comprirent aussitôt ce qu’il ne pouvait formuler : celle qu’il tuent ceux qui tenteraient de l’arrêter et de l’empêcher de profiter du fruit de ses méfaits.
CHAPITRE XL
Bureaux du F.B.I.
A ce moment-là, ils furent de nouveau interrompus par le téléphone. Cette fois-ci ce fut David qui décrocha. Il écouta attentivement le compte-rendu de son correspondant, hochant la tête, répondant par monosyllabes et attachant un regard de plus en plus inquiet sur ses deux partenaires qui bouillaient d’impatience mêlée d’angoisse.
Lorsqu’il raccrocha, il leur fit à son tour un résumé succins de la conversation qu’il venait d’avoir : rien de particulier n’était apparent sur et dans la voiture de l’agent Spooner, par contre les agents avaient trouvé des traces de sang sur l’une des marches du grand escalier. Cela leur ayant mis la puce à l’oreille, ils en avaient alors cherché d’autres et, avec le produit révélateur, ils avaient découvert d’autres traces qu’on avait tenté de nettoyer : il s’était bien passé quelque chose dans cette maison.
A cette nouvelle, le dernier espoir qu’il leur restait d’avoir échafaudé une théorie iconoclaste s’effondra. Charlie blêmit et s’affala dans le fauteuil qui était derrière lui, pris soudain de tremblements nerveux tandis que ses yeux se remplissaient de larmes.
Les deux agents furent aussitôt auprès de lui :
- Charlie, Charlie ça va aller. On va retrouver Don, tenta de le rassurer David qui ne croyait qu’à moitié à ce qu’il disait.
- Charlie, ce n’est pas le moment, on a besoin de toi sur ce coup-là, l’implorait Colby de son côté.
Mais le mathématicien ne semblait pas les entendre, il paraissait s’être enfermé dans ce que Don appelait « sa bulle », s’être mis hors d’atteinte pour ne pas faire face à une réalité qui le terrifiait.
Les deux agents échangèrent un regard alarmé et, avant que David n’ait réalisé ce qui se passait, Colby administra une gifle retentissante au professeur.
- Colby ! s’indigna son collègue.
Charlie se redressa dans son fauteuil, portant la main à sa joue rougie par le coup, dardant un regard indigné sur l’agent, mais un regard parfaitement lucide !
- Désolé Charlie, dit alors Colby, mais on n’a pas le temps de faire du baby-sitting là. On a besoin de tes lumières. Tu dois nous aider à déterminer où trouver Mike et ce n’est pas en te lamentant que tu aideras ton frère !
Fouetté aussi bien par les mots que par la douleur cuisante qui incendiait son visage, le mathématicien se leva et alla poser quelques équations tandis que les deux hommes l’observaient. David regarda son ami d’un air de reproche et celui-ci répondit d’un haussement d’épaules à la fois contrit et fataliste : il fallait faire quelque chose, il l’avait fait et le résultat était là. Il serait toujours temps après de s’interroger sur la légitimité de cet acte et sur les conséquences qu’il pourrait engendrer, notamment si Don l’apprenait. A cette pensée, le cœur de Colby se serra : il espérait de toutes ses forces que Don allait effectivement avoir l’occasion d’apprendre ce qui venait de se passer, quitte à récolter un blâme ou une mise à pied pour avoir porté la main sur son petit frère !