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Série : Numb3rs
Création : 16.07.2009 à 21h25
Auteur : Cissy
Statut : Terminée
« Episode que, fidèle à mon habitude (désolée pour mon égoïsme) j'écris seule. Un poseur de bombe sévit à Los Angeles. Les frères Eppes parviendront-ils à le stopper? » Cissy
Cette fanfic compte déjà 81 paragraphes
CHAPITRE XLI
Aéroport de Los Angeles
Un bus s’arrêta devant l’aéroport. Mickaël Spooner saisit son sac posé à côté de lui et sortit calmement du véhicule. Depuis le temps qu’il donnait le change, faire mine de rien était devenu quasiment une seconde nature pour lui. Tranquillement, portant son sac à bout de bras, il se dirigea vers les guichets pour obtenir un billet d’avion.
Tout se déroulait selon ses plans : il avait laissé la voiture de Don dans son garage et avait pris le bus qui passait au coin de la rue, tout en passant par les jardins arrières pour ne pas être repéré par sa commère de voisin. Il avait eu de la chance, il n’avait pas eu à attendre, risquant ainsi de se faire repérer. Au centre ville, il avait changé de bus, prenant celui qui menait à l’aéroport. Il n’avait plus maintenant qu’à trouver un billet pour se soustraire définitivement aux recherches.
En fait, peu lui importait la destination dans un premier temps : d’abord mettre le plus de kilomètres possibles entre L.A. et lui, et ensuite rejoindre les petites îles accueillantes où son argent l’attendait bien sagement, lui promettant enfin la vie fastueuse dont il avait rêvé toute son enfance, en regardant vivre ceux qui avaient plus de chance que lui.
De penser à son enfance l’amena à penser Don et son cœur se serra. Don était le meilleur ami qu’il ait jamais eu. Ils avaient tant de souvenirs en commun : tant de fous rires, tant de secrets partagés, tant de premières fois en commun ! Il jeta un coup d’œil à sa montre : dans un peu moins de trois heures trente, tout ceci aurait irrémédiablement disparu. Avait-il fait le bon choix ? N’aurait-il pas pu trouver un autre moyen de brouiller les pistes ? Non, il avait eu raison. Mais Don lui manquerait.
Il s’aperçut alors qu’il pensait déjà à son ami au passé et il haussa les épaules. Après tout, Don avait tout de même cherché ce qui lui arrivait. S’il n’avait pas lancé son frère ainsi sur la piste, s’il n’avait pas cru aveuglément tout ce que le mathématicien lui disait, s’il s’était montré un peu plus raisonnable ou plutôt un peu plus déraisonnable, comme le Don de leur enfance, il n’en serait pas là à ce moment précis.
Une nouvelle flambée de colère le saisit à la pensée de Charlie : il avait eu bien raison de détester celui-ci dès qu’il avait fait sa connaissance. Le petit génie avait vraiment tout fait, depuis le début, pour gâcher sa relation avec Don. Il était enfin parvenu à ses fins. Mais ça se retournerait contre lui ! Un sourire cruel distendit ses lèvres en pensant à la réaction qu’aurait le mathématicien en apprenant la mort de son frère.
Quel dommage qu’il ne puisse pas lui faire savoir la vérité sur cette tragédie, histoire de lui faire prendre conscience de sa responsabilité dans la façon dont les événements avaient tourné. Quoique, s’il fallait en croire Don, Charlie devinerait ce qui s’était passé. Il le saurait mais il ne pourrait rien prouver : ce serait sa revanche pour l’avoir obligé à dévoiler son jeu bien plus tôt qu’il ne l’avait prévu.
Perdu dans ses pensées, il s’aperçut qu’il était enfin arrivé devant le comptoir et que l’hôtesse le regardait d’un air interrogateur, attendant qu’il se décide à annoncer sa destination. Il lui présenta son faux passeport : pas question qu’on s’aperçoive que l’agent Spooner, censé avoir trouvé la mort dans l’explosion de sa maison, avait quitté le territoire plusieurs heures avant celle-ci, ce qui paraîtrait éminemment suspect au moins doué des agents du F.B.I. Cinq minutes plus tard, dûment muni d’un billet à destination des Caraïbes, il se dirigea vers les comptoirs d’enregistrement pour déposer son sac. Il pourrait ensuite aller prendre un solide déjeuner parce qu’il n’avait rien mangé depuis le matin et que son estomac commençait à se rappeler à son bon souvenir. Il aurait aussi le temps d’acheter de quoi lire durant le vol avant de se présenter à la salle d’embarquement deux heures plus tard.
Alors qu’il déambulait tranquillement à travers la foule, il sentit soudain une main se poser sur son sac, tentant de le délester de son fardeau. Il jeta un coup d’œil furibond vers le malotru qui pensait peut-être pouvoir lui voler son bagage, ignorant avoir à faire à un agent fédéral. Son cœur rata un battement quand il s’aperçut que le malotru en question n’était autre que Colby qui dardait sur lui un regard dans lequel la colère se lisait clairement, la colère et le mépris. Mike eut un haut le corps et lâcha son sac, pensant pouvoir se dégager et s’enfuir. Mais son espoir fut réduit à néant lorsqu’il sentit qu’on s’emparait de son bras droit. Un coup d’œil de ce côté lui permit de vérifier ce qu’il soupçonnait déjà : David s’était lui aussi approché sans bruit tandis qu’il se perdait dans ses pensées. L’anneau des menottes se referma autour de son poignet droit tandis que Colby lui arrachait son sac. David le plaqua alors contre le mur et ramena son deuxième poignet pour finir de le menotter en récitant :
« Mickaël Duddley Spooner, vous êtes en état d’arrestation pour meurtres, chantage et destruction. Vous avez le droit de garder le silence. Si vous renoncez à ce droit, tout ce que vous direz pourra et sera retenu contre vous. Vous pouvez être assisté d’un avocat. si vous n’avez pas les moyens d’en payer un, un avocat pourra être commis d’office. Veuillez préciser si vous avez compris vos droits. »
Mickaël eut un haussement d’épaule, tentant de se dégager de l’emprise de l’agent :
- Tu oublies que je suis agent fédéral mon pote. Je connais la chanson.
David le toisa d’un regard froid :
- Non mon pote, répondit-il en insistant sur le terme. Tu n’es pas agent fédéral. Un agent fédéral digne de ce nom n’aurait jamais agi comme tu l’as fait. Tu n’es rien qu’une pourriture et un traître !
- Comment m’avez-vous retrouvé ? questionna Mike, dédaignant de répondre à cette remarque.
- A ton avis ? rétorqua David en le poussant vers la sortie.
Il planta ses yeux dans ceux de l’agent et y lut la réponse qu’il cherchait. Un cri de colère lui échappa :
- C’est Charlie c’est ça ! C’est ce misérable petit avorton qui vous as permis de me retrouver !
- Ce misérable petit avorton, vaut cent fois mieux que toi, gronda Colby indigné.
Mike se sentait sur le point d’exploser de fureur : ainsi Don avait raison, son frère avait dénoué l’écheveau à une vitesse qu’il n’aurait jamais crue possible. A cause de lui tout était remis en question, tout son avenir, tous les plans qu’il avaient échafaudés. Cependant il lui restait une carte à jouer, une seule carte, mais la plus précieuse de toute. Il fallait simplement prendre la main et ne plus la lâcher.
- D’accord les gars, vous m’avez eu. Mais vous feriez mieux de me laisser aller maintenant.
- C’est ça, dans tes rêves ! gronda David en le poussant en avant.
- Dommage, ricana le criminel. Enfin, dommage pour Don surtout !
Les deux agents s’arrêtèrent net.
- Où est Don ? Que lui as-tu fait ? interrogea alors Colby, de la rage dans la voix.
Mike le regarda, un petit sourire au coin des lèvres :
- Si je vous le dis, je perds ma monnaie d’échange non ?
- Bon sang ! rugit Colby en saisissant le col de sa chemise.
David s’interposa pour obliger son coéquipier à lâcher prise et Mike sourit de nouveau en disant :
- Il me semble que j’ai le droit de garder le silence non ? Et bien je pense que je vais user de ce droit !
David dut à nouveau empêcher son partenaire de se jeter sur l’agent félon.
- Arrête Colby, ça ne sert à rien. On l’emmène au bureau, on verra là-bas.
- Mais il est peut-être encore temps pour Don, plaida Colby.
- Je sais, mais lui taper dessus n’est pas la solution.
Furieux Colby haussa les épaules mais obtempéra à l’injonction de son collègue. Il saisit le sac que Mike avait laissé tomber à terre et emboîta le pas à David et à son prisonnier. Ils installèrent celui-ci à l’arrière de la voiture qui les emmena bientôt vers le F.B.I.
CHAPITRE XLII
Bureaux du F.B.I.
Colby et David sortirent de la salle d’interrogatoire, l’air excédé. Cobly surtout semblait sur le point d’exploser et David tentait de le raisonner. Charlie surgit de la salle d’observation et se rua à leur rencontre :
- Laissez-moi lui parler !
- Non Charlie c’est hors de question ! répondit David.
- Pourquoi ?
- Tout d’abord tu n’es pas un agent. Et puis je crois qu’il ne te parlera pas plus qu’à nous.
- De plus, à mon avis il pourrait te faire du mal, ajouta Colby.
- Du mal ? Que voulez-vous qu’il me fasse ? Vous êtes là non ?
- Charlie je ne parlais pas de souffrance physique : bien sûr qu’il ne risque pas de se jeter sur toi pour t’agresser. Mais je refuse qu’il te fasse croire des choses…
- Des choses telles que : si je m’étais mêlé de mes cours, mon frère serait sain et sauf ? poursuivit le mathématicien, d’un ton amer.
- Entre autre oui, répliqua David. Et puis de toute façon je ne pense pas que Don souhaiterait que tu te trouves dans la même pièce que ce malade pour qu’il puisse te torturer psychologiquement comme il s’est plu à le faire avec tant de gens durant ces cinq dernières années.
- Même si ça doit lui sauver la vie ?
- Charlie ! Tu n’es sûr de rien.
- Non. Ou plutôt si, ce dont je suis sûr c’est que vous n’avancez à rien, qu’il semble n’être intimidé par rien et que, si on en croit ses premières déclarations, le temps nous est compté. Alors laissez-moi le voir !
- Pas question Charlie ! La procédure… commença David.
- La procédure ! explosa alors le consultant. Mais je me fous de la procédure ! C’est la vie de mon frère qui est en jeu ! Tu vas laisser la procédure nous empêcher de le sauver ? Dis-moi que ressentiras-tu lorsqu’il sera mort ? Que diras-tu à mon père ? Que tu as respecté la procédure ? Ca te suffira pour faire taire tes remords ?
L’agent regarda fixement Charlie. Il savait, au plus profond de lui que celui-ci avait raison.
Depuis qu’ils avaient ramené Mickaël au siège du F.B.I., celui-ci, fidèle à ce qu’il avait déclaré lors de son arrestation, refusait d’ouvrir les lèvres et ce malgré le feu roulant de questions auxquelles il était soumis, les propositions qu’on lui faisait et le chantage qu’exerçaient les agents sur lui en lui disant qu’ils pourraient peut-être arranger son cas auprès du procureur s’il leur apprenait où était Don et si celui-ci était encore en vie.
Les seuls mots qu’il avait consenti à prononcer avaient été qu’il refusait un avocat dont il n’avait que faire. Cette exigence, loin de rassurer les agents, les avait encore plus inquiétés. Avec les preuves dont on disposait contre lui, l’homme était perdu : pourquoi refuser de confier son sort à un défenseur digne de ce nom ? Ou bien était-il toujours persuadé de s’en tirer ? Après tout, il était vrai que les preuves étaient surtout circonstancielles finalement : tout un faisceau de présomptions mais aucune preuve directe.
Colby commençait à perdre patience en même temps que grandissait en lui le sentiment qu’il était déjà trop tard pour son chef et que si Spooner s’entêtait ainsi dans son silence c’est parce que justement, le corps de Don serait la première preuve directe qu’on pourrait présenter à un jury. Et pour l’assassinat d’un agent fédéral, c’était la peine de mort assurée, même sans les très lourdes présomptions qui pesaient sur le criminel.
Puis à nouveau Mickaël s’était enfermé dans un silence narquois, se contentant de fixer les deux agents qui le maintenaient sous un feu roulant de questions de l’air de quelqu’un qui sait très bien que, de toute façon, il finira par gagner.
*****
Quelques minutes plus tôt, à une énième question au sujet du sort qu’il avait réservé à Don, Mike avait souri et les avait regardé franchement :
- Inutile d’insister, je ne vous dirai rien sur Don. Par contre…
- Quoi ? avait aussitôt demandé David d’un ton pressant, se disant que, peut-être ils avaient enfin l’ouverture qu’ils ne trouvaient pas depuis près de deux heures que l’homme était là.
- Il se pourrait que j’accepte de parler au petit génie…
- C’est ça, oublie ! Hors de question ! cracha Colby hors de lui.
S’ils ne pouvaient pas sauver Don, alors qu’au moins ils soient capables d’empêcher ce sadique de jouer avec son petit frère et peut-être de le détruire. C’est ce que Don aurait voulu par-dessus tout et il était de leur devoir de respecter sa volonté.
- Il me semble que c’est à lui de décider non ?
- De toute façon Charlie n’est pas ici ! objecta David.
- Je n’en crois pas un mot : allons, il aurait déserté le pont en laissant son frère dans la nature ? Evitez de me prendre pour un imbécile, voulez-vous ? Vous avez le marché en main : vous voulez savoir quelque chose sur Don, laissez-moi parler à Charlie.
- Donne-nous d’abord quelque chose, et on verra, proposa Colby.
Mike éclata d’un rire bref :
- Vous me prenez vraiment pour un débutant non ? Je suis sûr qu’en ce moment même il nous observe. Alors c’est simple : le petit génie est là dans les cinq minutes et je lui révélerai quelque chose sur son précieux grand frère ou bien vous pouvez d’ores et déjà préparer de belles funérailles pour l’agent spécial Don Eppes.
- Charlie ne viendra pas, affirma David d’un ton calme tout en retenant son équipier prêt à se jeter sur le malfaiteur.
Ce dernier avait alors braqué ses yeux vers la caméra :
- Alors petit génie, qu’est-ce que tu en penses ? Tu préfères rester aux abonnés absents et te terrer dans un bureau ou tu vas avoir, pour une fois dans ta vie, le courage d’affronter quelqu’un qui n’est pas en admiration devant toi ? Quel prix es-tu prêt à payer pour ta précieuse tranquillité ? Je te donne l’occasion de sauver ton frère : la laisseras-tu passer ? Laisseras-tu d’autres personnes décider pour toi ou prendras tu tes responsabilités d’homme et de frère ? Tic-Tac : dépêche toi de prendre ta décision. Plus tu tardes et plus tu prends le risque de ne jamais revoir ton grand frère. Tic-tac ! Tic-Tac !
David avait intercepté Colby qui allait agresser celui qui les avait leurrés pendant des jours et qu’il détestait d’autant plus pour ça. Il l’avait obligé à sortir dans le couloir et c’était alors que Charlie s’était précipité vers eux, jaillissant de la pièce où il avait obtenu, de haute lutte, le droit d’assister à l’interrogatoire, permission que David se reprochait amèrement maintenant d’avoir donnée.
Il savait en effet que, désormais, rien ne le détournerait de sa décision. D’ailleurs, avait-il le droit de le dissuader, même s’il ne croyait pas une minute que le criminel pense leur donner une indication pour sauver Don ? Selon toute probabilité, il voulait simplement s’amuser avec lui comme il avait joué avec eux, mais Charlie, lui, n’était pas de taille à résister à ses attaques, d’autant moins si celles-ci portaient sur son frère qu’il adorait.
Cependant, s’il existait une chance infime que Mickaël donne effectivement une piste pour retrouver Don, ou se trahisse d’une manière ou d’une autre, pouvait-il la négliger au risque de le regretter toute sa vie ?
Tandis qu’il continuait à hésiter, Charlie décida à sa place :
- Dis ce que tu veux David, j’y vais. Et si tu veux m’en empêcher tu vas devoir m’arrêter ou me tirer dessus !
C’était dit sur un tel ton que l’agent compris qu’il ne servirait à rien d’objecter. Il fréquentait Charlie depuis assez longtemps maintenant pour savoir combien celui-ci était entêté et, lorsqu’il utilisait un certain ton, il était absolument inutile de chercher à le faire revenir sur la décision prise. David échangea un regard avec Colby qui hocha imperceptiblement la tête, marquant son assentiment : ils n’avaient rien à perdre à essayer.
Rien, songea David, sauf sans doute la capacité de se remettre de la perte possible de son frère aîné. L’agent pressentait en effet que Mike souhaitait avant tout culpabiliser Charlie pour ce qui arrivait. Il tenta de l’en avertir :
- Ecoute Charlie…
- Non David, j’y vais. Je ne laisserai pas passer une chance de savoir ce qui est arrivé à mon frère, encore moins d’arriver peut-être à le sauver !
- Ce n’est pas ça. Tu vas pouvoir aller lui parler mais je veux que tu me promettes quelque chose avant.
- Quoi ?
- Quoi qu’il te dise, quoi qu’il essaie de te faire croire, promets-moi que tu ne te sentiras pas coupable de ce qui s’est passé, en aucun cas. Ce n’est pas parce que tu nous as aidés qu’il s’en est pris à Don et je veux que tu en sois persuadé.
Charlie planta ses yeux dans les siens et David s’aperçut que c’était déjà trop tard pour ça : il se sentait déjà coupable de ce qui s’était passé, se disant que, sans lui, ils ne seraient peut-être pas remontés jusqu’à Mike et que celui-ci, à son habitude, serait parti plus loin pour continuer ses méfaits.
- Charlie : je sais ce que tu penses, dit alors Colby, s’immisçant dans la conversation. Mais oublie. Si tu ne nous avais pas mis sur la piste, Mike serait effectivement parti sans que nous le soupçonnions. Mais d’autres gens auraient perdu la vie à leur tour et tôt ou tard on l’aurait identifié. Comment crois-tu que nous nous serions tous sentis alors ? Comment crois-tu que ton frère se serait senti ? Si on lui donnait le choix entre sa vie et celle de plusieurs autres personnes, hommes, femmes, enfants : que crois-tu qu’il choisirait ?
Charlie le regarda gravement : bien sûr Don choisirait de sacrifier sa vie s’il savait que cela permettrait de sauver des innocents. C’était sa raison d’être, la raison pour laquelle il était devenu agent fédéral. Et lui ne devait jamais oublier cet état de fait. Laisser Mike l’emporter et le noyer dans une spirale infernale c’était trahir Don. Il inspira profondément, chassant d’un seul coup l’angoisse qui le rongeait depuis le milieu de la matinée : il ne laisserait pas cet homme gagner, jamais ! Il le devait à Don.
Les deux agents furent impressionnés par la nouvelle résolution qui se peignait sur les traits du mathématicien. Ils comprirent que la décision de celui-ci était irrévocable et que, contrairement à ce qu’ils craignaient, il serait capable de tenir tête à l’individu qui voulait le manipuler.
- D’accord, je te promets qu’il ne parviendra pas à m’atteindre, prononça-t-il d’une voix claire et ferme.
- Bon, alors si tu es prêt…
- Je n’ai jamais été aussi prêt !
Les trois hommes retournèrent alors vers la salle d’interrogatoire, prêts à affronter le redoutable criminel qui pensait pouvoir les entraîner dans son jeu pervers, pour réussir à le prendre à son propre jeu. En franchissant le seuil et en interceptant le regard haineux que Mike posait sur Charlie tandis qu’un sourire sadique fleurissait sur ses lèvres, Colby se fit une promesse muette : si ce malade faisait du mal à Charlie après en avoir fait à Don, qu’importe ce qui lui arriverait ; il le tuerait de ses propres mains !
CHAPITRE LXIII
- Enfin, te voilà petit génie ! Et bien tu n’as pas l’air très pressé de savoir ce qui est arrivé à ton frère dis-moi. Jamais Don ne se serait permis d’attendre aussi longtemps si les rôles avaient été inversés.
Charlie ne daigna pas répondre à cette première provocation qu’il attendait. Il ne devait pas donner à cet individu la joie de tomber dans les pièges qu’il lui tendrait. Il devait garder l’esprit froid pour pouvoir analyser ce qu’il dirait : la vie de son frère était peut-être à ce prix.
- Bonjour Mike, prononça-t-il froidement. Dis-moi où est mon frère ! Que lui as-tu fait ?
L’agent félon prit une expression amusée avant de s’adresser à ses deux ex-collègues :
- Dites-moi les gars, vous ne l’avez donc pas briefé sur les techniques d’interrogatoire ? A quoi ça rime cette entrée en matière si directe ?
Puis, reportant son attitude vers le mathématicien :
- Dis donc, pour un petit génie tu semble légèrement naïf non ? Tu crois vraiment que je vais répondre à cette question ?
- Alors pourquoi m’as-tu fait venir dans ce cas ? Si tu n’as rien à m’apprendre sur mon frère, il n’y a aucune raison que je reste là.
En disant ces mots, Charlie tourna délibérément le dos au prisonnier comme s’il s’apprêtait à se diriger vers la porte. Son cœur battait à tout rompre : avait-il raison de prendre ce risque ? Est-ce que Don aurait fait de même ?
- Hé ! Tu restes là ! éructa alors Mike, perdant son calme pour la première fois. C’est moi qui décide qui part et qui reste !
- Ah oui ? répondit Charlie en le regardant de nouveau. Mais quel intérêt ai-je à rester si tu n’as rien de nouveau à m’apprendre ?
- Ne prends pas tes airs supérieurs avec moi ! Ca marchait peut-être avec les autres ! Mais moi j’ai toujours vu clair dans ton jeu, toujours ! Tu n’es rien Charles Eppes ! La nature t’a peut-être doté d’un cerveau hors norme mais, sans lui, tu ne serais rien, rien du tout ! Alors ne le prends pas de haut avec moi ! Tu ne sais rien de moi !
- Au contraire, rétorqua le consultant, d’autant plus calme que son interlocuteur était furieux. Je sais tout de toi Mickaël Duddley Spooner. Tu n’as aucun secret pour moi ! J’ai découvert toutes tes petites magouilles, tous tes petits chantages, les moindres détails de ton plan. Je t’ai eu Mikey : tu t’es fait avoir comme un débutant par un minus dans mon genre ! Alors qui de nous deux est un looser maintenant ?
David et Colby ne pipaient mots, impressionnés par le calme dont faisait preuve le professeur, par la maestria avec laquelle il menait l’entretien. Le fait qu’il ait amené l’homme à perdre son sang froid pour la première fois était encourageant : quoi qu’il puisse en dire, Mickaël faisait vraisemblablement un complexe d’infériorité devant le génie et il s’efforçait de combattre celui-ci en se prouvant à lui-même qu’il était plus puissant que lui. Mais si Charlie n’entrait pas dans son jeu, s’il ne le laissait pas être le maître de la partie, cela le déstabilisait et pouvait l’amener à se trahir.
- Alors comme ça tu sais tout de moi ?
Mike avait soudain repris son calme et, avec lui, son ton ironique revenait.
- En effet, affirma calmement Charlie dont le cœur battait la chamade.
Il comprenait qu’ils arrivaient à un tournant crucial de la conversation.
- Alors tu dois savoir que j’ai pris une assurance vie bien sûr ?
- Une assurance vie ?
La voix de Charlie n’était qu’un souffle : il avait peur de comprendre de quel genre d’assurance vie parlait le criminel. Les agents, eux aussi, attendaient, suspendus aux lèvres de ce dernier.
- Du genre : si je ne suis pas dehors dans…, il consulta sa montre, une heure quarante-trois minutes très exactement, un certain agent fédéral, enfermé dans un endroit connu de moi seul, va se disperser dans l’atmosphère en millions de micro particules.
Charlie ferma les yeux, tentant d’obliger son cœur à reprendre un rythme de battements normal. Il devait avant tout conserver son calme : dans la partie de bras de fer qui était engagée il n’avait pas le droit de perdre, la mise était bien trop précieuse !
- C’est ce que tu as fait Mike ? Tu as enfermé mon frère avec une bombe ?
- Ou je l’ai transformé en bombe… Va-t-en savoir…
- Que veux-tu ?
- Allons petit génie, tu te doutes bien de ce que je veux : fais-moi sortir d’ici et je te dirai où est ton frère. Pour le moment il est encore temps… Enfin, à condition bien sûr qu’il soit resté tranquille…
- Comment va-t-il ? Est-ce qu’il est blessé ? Où est-il ?
David sentit que Charlie perdait le contrôle : jusque là il était resté maître de ses émotions à un point dont il ne l’aurait pas cru capable. Mais l’idée de son frère bardé d’explosifs quelque part dans Los Angeles était plus qu’il n’en pouvait supporter. Les émotions menaçaient maintenant de le submerger.
- Spooner, dites-nous où est l’agent Eppes. Ca comptera aux yeux du procureur.
*****
Pour toute réponse, Mickaël éclata de rire avant de s’adresser de nouveau à Charlie :
- Et bien petit génie… D’après toi, où est-il ton frère ? Toi qui est si fort pour localiser les gens, tu ne vas pas me dire que tu ne serais pas capable de retrouver où un minable petit agent de mon acabit a pu cacher ton si précieux grand frère !
- Mike, Don est ton ami, murmura Charlie au bord des larmes. Que tu m’en veuilles OK, mais ne te venge pas sur lui. Dis-moi où il est.
- Quelle impression on ressent petit génie quand on sait qu’on va être responsable de la mort de son frère ? Quant on s’aperçoit qu’avec un peu de jugeote on aurait pu le sauver ? Qu’avec un peu moins d’acharnement, on ne l’aurait même pas mis en danger ? Il est quelque part, à Los Angeles et il compte sur toi. Et sans moi tu ne le trouveras jamais. Alors…
Il jeta un nouveau coup d’œil à sa montre :
- Tu as encore une heure quarante minutes environ. Que décides-tu ? Qu’est-ce qui est le plus important pour toi : ton frère ou mon arrestation ?
- Ce n’est pas ce qui est le plus important pour moi qui compte, rétorqua Charlie. C’est ce qui est important pour Don. Et il n’accepterait pas qu’on te laisse partir.
- Alors tu vas sacrifier ton frère, ton unique frère ! C’est drôle je n’en suis pas vraiment surpris. Il y a bien longtemps que tu cherches à te débarrasser de lui n’est-ce pas ? Parce que tu sais que, s’il y a un homme sur Terre qui vaille plus que toi, c’est lui !
- Tu ne sais rien de mes sentiments pour mon frère, se révolta Charlie.
- Je sais le mal que tu lui as fait, ça me suffit.
- Je n’ai jamais fait le moindre mal à Don ! s’indigna le professeur.
- Crois-tu ? Qui était là pour le réconforter quand il se sentait si mal parce que tes parents ne lui prêtaient pas attention ? Qui l’écoutait se plaindre de n’être que la cinquième roue du carrosse dans la famille ? Qui te voyait jour après jour tenter de détourner de lui l’attention à laquelle il avait droit ? J’ai toujours vu clair dans ton jeu. Tu lui as fait du mal et aujourd’hui tu continues.
- Ca suffit maintenant ! s’interposa Colby. Viens Charlie, sors d’ici, ça ne sert à rien.
- C’est ça, sors d’ici Charlie, reprit Spooner. Sors, retourne à tes calculs et abandonne ton frère comme tu l’as toujours fait !
- Je n’abandonnerai jamais Don ! affirma Charlie d’une voix forte. Mike, dis-moi où il est. Tu l’as emmené chez toi ?
- Ben voyons ! Evidemment… Comme si ce n’était pas le premier endroit que vous alliez fouiller !
- Alors où est-il ?… Je t’en conjure Mike.
- Je t’ai donné mon prix petit génie. Tu acceptes ou pas. Mais tu n’auras qu’à t’en prendre qu’à toi de ce qui arrivera.
- Non… murmura Charlie. Non, répéta-t-il d’une voix plus forte. Il n’y a qu’un seul coupable ici et c’est toi ! En fait c’est ce que tu as toujours voulu non ?
Cette fois-ci, c’était le ton du mathématicien qui devenait accusateur et Spooner perdit pied devant cette attaque qu’il n’attendait pas.
- Comment ça ?
- Mais oui. En fait tu as toujours été jaloux de Don. Il était tout ce que tu n’étais pas : populaire, gentil, prévenant, intelligent, doué pour tout. Et surtout il avait tout ce que tu n’avais pas : une mère, un père, une vie plutôt confortable et un petit frère qui l’aimait et que lui adorait. C’est ça surtout qui te mettais en rogne hein ? C’est ça que tu ne supportais pas : qu’il puisse m’aimer alors que tu aurais voulu être le seul qui compte à ses yeux. Alors tu as décidé de le tuer : si tu ne pouvais pas l’avoir, personne ne le pourrait.
- Attends…, tenta de protester le prisonnier.
Mais Charlie n’était pas décidé à lui laisser reprendre l’avantage. Il continua, martelant chaque mot :
- En fait, il avait tout compris c’est ça ? Tu as dû lui proposer de t’accompagner. Tu as toujours pensé que l’argent était ce qu’il y avait de plus important au monde. Alors tu as sans doute cru que lui proposer de partager ce que tu avais extorqué à ces malheureux suffirait pour qu’il renie tout ce en quoi il croyait.
- Plutôt que de parler dans le vide, tu ferais mieux de penser à ce qui va lui arriver si on me garde ici, articula Mike d’une voix blanche.
Mais il était pris de tremblements soudain devant les accusations qui pleuvaient sur lui, devant la clairvoyance dont faisait preuve Charlie. Jamais il n’aurait cru que celui-ci serait capable à ce point de le percer à jour. C’était terriblement déstabilisant pour un être qui avait toujours eu l’impression d’être le maître des événements. Il devait absolument reprendre le contrôle, l’amener là où il l’avait décidé, mais le mathématicien n’était pas décidé à se laisser faire.
- Et il t’a rejeté, c’est ça Mike. Il t’a rejeté alors tu l’as abattu, sans pitié, sans remords. Tu as tué le meilleur ami que tu as jamais eu, tout ça pour l’empêcher de revenir vers moi. Tout ça ce n’est que du bluff ! Tu espères nous faire croire que tu l’as piégé mais en vérité je sais que mon frère est déjà mort. David a raison, ça ne sert à rien ! Je n’ai pas de temps à perdre avec toi.
- Comment oses-tu me parler ainsi ? explosa alors Mike. Tu crois que je mens ? Tu crois que ton frère est mort ? On verra ce que tu penseras quand la maison aura explosé avec lui à l’intérieur. Alors tu comprendras que tu aurais pu le sauver si tu t’étais un peu préoccupé de lui. Mais non, tu préfères rester là, à t’écouter parler, échafauder de belles théories. Les théories, c’est tout ce que tu sais faire ! Tu es très fort dans l’abstraction hein ? Mais tu ne sais pas regarder à tes pieds, voir ce qui paraîtrait évident au commun des mortels. Comment c’est déjà cette théorie qui dit qu’il faut souvent éviter de se lancer dans de longues spéculations ? Vous entendez un galop, pensez cheval plutôt que zèbre !
- La théorie du rasoir d’Ocam ?
- Ouais…. La belle théorie ! Tu es très fort en théorie n’est ce pas…
*****
Charlie se redressa soudain : il venait de comprendre.
- Tu as perdu Mike, je sais où est Don.
- Quoi ? s’exclama Colby.
- Il est chez lui ! lui répondit Charlie.
- Charlie, objecta Colby. C’est le premier endroit où on irait le chercher, il ne peut pas l’avoir mis là-bas.
- Bien sûr que si ! Justement ! Il était certain que c’est ce qu’on penserait… On perdrait du temps à chercher dans toutes les directions, sauf la plus évidente !
- Ben voyons…, ricana Mike. Comme c’est probable ! Pourquoi ne l’aurai-je pas non plus caché au F.B.I. ?
- Charlie, intervint David à son tour, je crois que…
- Non ! Attendez ! C’est tout à fait logique ! Je vous assure, Don est là-bas. Il a dû penser que… Oui, il voulait disparaître !
- Comment ça ? questionna Colby tandis que Mike éclatait d’un rire qui sonnait si faux que les agents comprirent que le mathématicien, une fois de plus, venait de mettre dans le mille.
- Il ne pensait sans doute pas qu’on remonterait sa trace aussi vite. Alors il pensait pouvoir disparaître et, son domicile ayant sauté, on l’aurait cru mort, ainsi que Don, ajouta-t-il d’une voix qu’il ne put empêcher de trembler.
- Tout ça ce ne sont que des élucubrations ! vociféra le prisonnier, furieux d’être ainsi découvert. Si tu veux sauver ton frère, fais-moi libérer.
- Ben voyons, ironisa Colby, soudain convaincu à la fois par la démonstration de Charlie et la réaction de Mickaël qui prouvait, s’il en était besoin, que le consultant avait vu juste.
- D’accord, alors on fonce ! décida David.
- Tu vas condamner ton frère à mort, tu le sais ça ? tenta Mike dans un dernier essai pour inverser la tendance.
- C’est trop tard Mike, rétorqua Charlie. Tu as perdu.
- Perdu ? Tu es sûr petit génie ? Tu as vu l’heure ?
Charlie regarda la pendule et blêmit, si tout ce que Mike avait dit était vrai, alors ils avaient moins de 90 minutes pour sauver son frère. Et si ses déductions étaient exactes, il leur faudrait au moins une heure pour arriver sur les lieux. Il jeta un regard de haine à Mike et se rua hors de la pièce, suivi par David et Colby.
Cependant, avant de quitter la pièce, il se retourna une dernière fois vers le prisonnier qui continuait à le regarder d’un air goguenard, comme s’il pensait encore être en mesure d’inverser l’ordre des choses. A moins que l’hypothèse de tenir sa vengeance ne lui suffise pour arborer cet air satisfait qui donnait au mathématicien envie de lui faire ravaler son sourire à coups de poings.
- Je te préviens, s’il arrive quoi que ce soit à mon frère, je te tuerai ! gronda Charlie.
Un éclat de rire échappa à Mike.
- C’est que notre petit génie se fâcherait. Tu crois vraiment me faire peur ?
Alors que Charlie retournait sur ses pas pour se jeter sur le criminel, Colby l’arrêta en le saisissant à bras le corps :
- Non Charlie, ne t’abaisse pas à ça, c’est ce qu’il cherche. Et puis nous n’avons pas le temps, ajouta-t-il en le poussant vers la sortie. L’important c’est d’arriver à Don, le reste se règlera plus tard !
- Tu as raison, acquiesça Charlie soudain ramené à sa préoccupation première : sauver son frère s’il en était encore temps !
CHAPITRE XLIV
Domicile de Mike Spooner
Trois voitures arrivèrent, sirènes hurlantes, suivies d’un camion portant le sigle des démineurs et d’une ambulance. Les cinq véhicules s’arrêtèrent dans un crissement de pneus devant la maison que le F.B.I. avait mise à la disposition de Mike. Il n’avait pas fallu plus de cinq minutes pour en obtenir l’adresse, autant pour prévenir les démineurs d’avoir à se rendre sur les lieux et le convoi n’avait mis que cinquante minutes pour couvrir la distance qui séparait le siège du F.B.I. du lieu où, selon toute vraisemblance, Don était retenu.
Plusieurs agents jaillirent des véhicules, mais Charlie les prit de vitesse : durant tout le trajet, il avait littéralement trépigné sur son siège sous les regards inquiets de David qui conduisait et Colby assis à l’arrière. Les deux agents n’avaient pu l’empêcher de prendre part à l’expédition : cela aurait nécessité l’emploi de la force et ils s’y étaient refusés tous les deux. Mais l’un comme l’autre savait qu’ils allaient devoir veiller étroitement sur le mathématicien soumis à une trop forte pression et qui semblait désormais être incapable du moindre raisonnement : tout ce qu’il savait, c’était que son frère n’avait plus que quelques minutes devant lui. Il n’y avait pas un instant à perdre. Aussi, à peine la voiture arrêtée, il se rua à l’extérieur et se précipita vers la maison dans l’intention évidente d’y pénétrer.
Colby, pourtant rapide à la course, eut le plus grand mal à le stopper avant qu’il ne parvienne sous le porche et il fallut que David vienne lui prêter main forte pour maîtriser le consultant auquel la terreur donnait une force peu commune.
- Laissez-moi tranquille, hurla Charlie en se débattant. Je dois retrouver mon frère !
- Charlie ! Tu te calmes, intima Colby. Ce n’est pas comme ça que tu l’aideras !
- Mais il est là, je le sais. Qu’est-ce que vous attendez pour entrer ?
- Que les démineurs fassent leur boulot Charlie ! Ca n’aidera pas Don de tout faire sauter tu ne crois pas ?
La voix froide de David, qui énonçait une vérité fondamentale, rendit soudain son sang-froid à Charlie. Il regarda les deux agents qui, sentant qu’il se détendait, le lâchèrent tout en le surveillant étroitement au cas où il tenterait à nouveau de leur échapper.
- Je suis désolé, articula Charlie, l’air penaud. Mais de savoir que mon frère est là et que je ne peux rien pour lui…
- Charlie, tu as fait tout ce que tu as pu pour lui. Maintenant c’est à d’autres de prendre la relève. On ne va pas tout gâcher en se précipitant non ?
- Mais selon les dire de Mike on n’a pas plus de… vingt-trois minutes ! souffla-t-il d’une voix blanche.
- Et c’est largement suffisant ! dit alors derrière lui une voix chaude et rassurante.
Charlie se tourna et se trouva nez à nez avec un démineur revêtu de sa combinaison protectrice qui lui souriait d’un air confiant :
- Ne vous inquiétez pas professeur. Faites-nous confiance et vous pourrez bientôt serrer votre frère dans vos bras.
- Ca, c’est un spectacle que j’aimerai bien voir, plaisanta Colby, non qu’il ait vraiment le cœur à le faire, mais surtout pour détendre l’atmosphère.
Charlie se contenta de lui envoyer un sourire crispé et inquiet. Piaffant d’impatience, il regarda les démineurs s’approcher lentement de la maison avec des appareils sophistiqués qui leur permirent de s’assurer que le bâtiment n’était pas piégé. Sitôt qu’ils eurent donné leur feu vert les policiers s’élancèrent à leur tour dans le pavillon, les armes au poing, tout en lançant les sommations d’usage. Ils savaient bien qu’il y avait fort peu de chance pour qu’ils rencontrent la moindre opposition, Mike ayant toujours agi en solitaire, mais ils y avait un code de procédure à respecter et il n’était pas question de prendre le moindre risque.
- Cuisine RAS !
- Salle de bain RAS !
- 1er : RAS !
Les exclamations et informations se croisaient et s’entrecroisaient. Don n’était nulle part dans la maison ! Un moment découragés, David et Colby avisèrent alors la porte qui descendait à la cave : ils se comprirent d’un signe de tête. Colby se plaça face à la porte, arme braquée et David l’aborda par le côté, l’ouvrant brusquement pour découvrir l’escalier obscur qui plongeait vers le sous-sol.
En tâtonnant, David découvrit l’interrupteur et l’actionna : la clarté se répandit dans la cave. Les deux hommes, se couvrant mutuellement, descendirent précautionneusement.
CHAPITRE XLV
Domicile de Mike Spooner
Don releva la tête et un gémissement lui échappa. Il avait les lèvres sèches et se sentait oppressé. Le tic-tac lancinant résonnait dans sa tête comme autant de coups : une migraine persistante s’était installée et il avait du mal à se concentrer pour tenter de trouver un moyen d’échapper à sa position précaire.
Un rire désabusé lui échappa, réveillant sa douleur à l’épaule : comment pensait-il pouvoir s’échapper, garrotté comme il l’était, bardé d’explosifs qui risquaient de le transformer en millions de petites particules que même Larry serait incapable d’identifier ?…
Bon sang qu’il faisait chaud dans cette cave ! Quelques minutes, à moins que ce ne soit quelques heures, auparavant, il frissonnait. Maintenant il avait l’impression d’étouffer. C’était sans doute dû à l’angoisse. Il devait avant tout garder son calme s’il voulait…
… s’il voulait quoi ? Quelle chance y avait-il qu’on le retrouve à temps ? Il n’avait aucune idée du temps écoulé depuis le départ de Mike. Il lui semblait que c’était une éternité, mais il savait très bien que, dans ces circonstances très particulières, une minute pouvait sembler un siècle. Et puis, avait-il vraiment envie de savoir combien d’heures s’étaient envolées, de combien son sursis avait diminué depuis que son ami…, pardon : ex-ami, l’avait laissé là ?
Le bâillon avait complètement asséché sa bouche, il aurait tout donné pour une petite bière, même pas très fraîche. Et puis petit à petit la souffrance provoquée par ses blessures, celle de l’épaule en particulier, se faisait plus aigue, moins supportable. Il s’était tordu le cou pour réussir à apercevoir le haut de son bras : sa chemise était trempée de sang et le tissu collait à la plaie, mais il lui semblait que le débit n’était pas trop rapide : il n’y avait sans doute rien de grave. Un ricanement désabusé lui échappa : vraisemblablement il mourrait dans l’explosion avant de s’être vidé de son sang.
Les cordes qui s’enfonçaient dans ses bras, son torse et ses jambes, ralentissant la circulation étaient aussi devenues source de douleurs et surtout la migraine intense et les pulsations brutales dans sa tête ne lui laissaient pas de répit.
Par moment il perdait conscience de ce qui l’entourait, se sentait environné de brume. Il aurait aimé se laisser dériver sur ce nuage mais quelque part son esprit refusait d’abdiquer, même si son corps ne demandait que ça. Charlie allait le retrouver, c’était certain ! Il devait simplement être patient, s’accrocher, coûte que coûte.
- Charlie… geignit-il à travers son bâillon.
*****
Une quinte de toux le secoua, lui arrachant un nouveau gémissement. Il se sentit sombrer dans un monde cotonneux. Il lui sembla entendre des bruits, des cris puis soudain des voix auprès de lui : il rêvait sans doute. Il eut l’impression soudain que son bâillon se desserrait puis tombait tandis qu’on lui tapotait les joues. Il n’avait pas envie d’ouvrir les yeux, de regarder ce qui se passait, qui lui parlait.
Pourtant, cette voix qui l’appelait, qui le suppliait…
Il ouvrit les yeux et balbutia :
- Charlie…
- Don ! Don, je suis là !
Charlie avait débordé les agents et se précipitait vers son frère. Il s’affola en le voyant si pâle, sa manche imbibée de sang et bardé d’explosifs. Il aurait voulu le prendre dans ses bras et l’emmener loin de là, l’arracher à sa position précaire et il ne pouvait rien, rien que le regarder, incapable de l’aider !
A la vue de son cadet, Don retrouva toute sa conscience et son premier réflexe fut de le mettre à l’abri : il n’avait aucune idée du temps qu’il restait avant que la bombe n’explose. Pas question que son petit frère risque d’être piégé avec lui.
- Charlie bon sang ! Fous-moi le camp de là !
- Non, pas question ! Je reste avec toi !
- Charlie !
David et Colby arrivaient derrière le mathématicien. Leurs regards anxieux s’arrêtèrent à leur tour sur leur ami et leurs traits se figèrent.
- David, Colby, vous n’avez rien à fiche ici ! Sortez ! Et emmenez Charlie avec vous !
- Pas question ! répéta le mathématicien. Je t’ai retrouvé, je reste avec toi.
- Charlie, tu ne feras que gêner les démineurs ! Ta place n’est pas ici !
- Je ne serai pas dans leur pattes. Mais je ne te quitte pas ! s’entêta le cadet.
Impuissant, Don lança une prière muette à ses coéquipiers qui comprirent aussitôt. Ils savaient que leur place n’était pas là : le travail à accomplir était celui des démineurs, pas le leur, et leur présence ne ferait qu’augmenter les risques pour Don.
Les deux hommes s’approchèrent de Charlie et le saisirent chacun par un bras.
- Allez, viens Charlie. Don a raison, ici nous sommes de trop. Fais confiance aux démineurs.
Le mathématicien se débattit.
- Laissez-moi tranquille ! Je sais ce que j’ai à faire !
- Emmenez-le loin d’ici ! leur ordonna son aîné. Et ne le laissez pas revenir avant que les démineurs ne vous aient donné le feu vert.
- Non ! Don !
Charlie avait beau résister, il n’était pas de force contre les deux agents et ceux-ci l’entraînaient irrémédiablement hors de la pièce. Il se débattait, hurlait mais rien n’y faisait. La dernière vision qu’il eut fut le visage blafard de son frère qui tentait pourtant un sourire courageux :
- Allez Charlie, suis-les. Ca va aller, t’inquiète.
T’inquiète : son leitmotiv. Un sanglot dans la gorge, Charlie se laissa entraîner par les deux agents.
T’inquiète : il donnerait tout au monde pour être sûr d’entendre à nouveau son frère lui redire ce mot qui avait pourtant le don de l’exaspérer si souvent.
Les démineurs arrivaient, engoncés dans leur tenue de protection. Mais quelle protection y aurait-il pour eux si les explosifs venaient à se déclencher ? Quant à Don… Il n’y avait pas besoin d’être un grand mathématicien pour savoir qu’il ne resterait rien de lui.
Et tandis qu’à l’intérieur deux hommes tenaient entre leurs mains la vie de son frère, lui restait planté, le regard rivé sur la maison, cherchant désespérément dans son cerveau qui lui semblait soudain déserté par la réflexion, quelques paroles de prières qu’il n’avait jamais apprises et qui, en ce moment précis, lui faisait cruellement défaut. Peut-être qu’il faudrait qu’il accompagne Don à la synagogue si… non… quand on l’aurait sorti de là.
CHAPITRE XLVI
Domicile de Mike Spooner
- Ca va aller Don, on va vous sortir de là. Vous évitez de bouger et on s’occupe du reste.
- Aucun problème. Je n’ai pas trop envie de bouger avec tous ces trucs là sur moi figurez-vous.
- Alors tout va bien.
Don jeta un regard reconnaissant à l’homme qui se tenait accroupi devant lui. Il l’avait déjà vu lors d’opérations conjointes et avait déjà eu l’occasion d’apprécier son professionnalisme et son calme à toute épreuve. En l’occurrence, aujourd’hui, il l’appréciait plus encore. Et ce calme se propageait à lui : il sentait les battements de son cœur s’apaiser et la sueur qui dégoulinait le long de son visage se faisait moins profuse, sa respiration était plus calme.
- On se connaît non ?
- Oui, on s’est déjà croisé, notamment lors de cette affaire de paquets piégés.
- C’est vrai, vous c’est… Matthew… Fin… Excusez-moi, je sèche un peu.
- Sergent Matthew Finégoal. Mat.
- Mat, c’est ça.
Don s’affaissa un peu sur sa chaise.
- Essayez de vous redresser un peu, sinon vous comprimez l’un des fils et…
- Excusez-moi, marmonna Don en se redressant.
- Mais non, c’est très bien, vous vous en sortez comme un chef ! lui dit l’agent.
Il se contenta de lui sourire. Avec le calme qui revenait, l’épuisement s’abattait à nouveau sur ses épaules. L’adrénaline qui l’avait jusque là maintenu dans un état de conscience exacerbée, commençait à lui faire cruellement défaut et la douleur revenait l’assiéger en longues vagues.
Il eut du mal à réprimer un gémissement alors que, sans le vouloir, le second démineur portait la main sur sa blessure en cherchant à atteindre l’un des fils qui pendait à son aisselle.
- Désolé, marmonna l’homme.
- Non, ça va… Faites ce que vous avez à faire, répondit-il.
L’homme à ses pieds lui adressa un regard d’encouragement.
- Ca va aller, répéta-t-il de son ton lénifiant. Dès qu’on vous aura enlevé tout ce bardas, un médecin vous prendra en charge : on a une ambulance dehors. Et puis, ajouta-t-il avec un sourire, je crois que votre petit frère se fera un plaisir de prendre la relève !
- Pitié ! Essayez de le tenir un peu à l’écart, tenta de plaisanter Don. Il va m’étouffer de caresses si je m’en sors ! Ce serait moche d’échapper à l’explosion pour mourir de cette façon.
Et pourtant, s’il sortait de cette cave, de cette maison, il était prêt à endurer toutes les caresses, tous les baisers que Charlie voudrait lui infliger… Enfin… Jusqu’à un certain point seulement !
- Bon, et bien Karl s’occupera de déminer votre petit frère lorsqu’il en aura fini avec son joujou actuel, répliqua Mat en lui faisant un immense clin d’œil.
- D’accord. Je compte sur vous.
*****