HypnoFanfics

L'épreuve

Série : Numb3rs
Création : 13.09.2009 à 18h33
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Un épisode écrit il y a déjà quelque temps, dans lequel, pour changer, Don se trouve en difficulté... » Cissy 

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CHAPITRE XXIX

 

Mc Stylsen avait raccroché le téléphone, jubilant de cette souffrance intense qu’il venait de provoquer chez ses deux victimes.

Il considéra un instant Don étendu sans connaissance et un désir irrépressible envahit son bas ventre : il mourait d’envie de posséder l’homme qu’il venait de supplicier et qui était dans l’impossibilité totale de lui résister. Il en venait presque à regretter de l’avoir frappé si fort : s’il l’avait laissé conscient, il aurait pu jouir de lui à cet instant: mais il ne pouvait plus rien y faire ! Il détestait violer un homme évanoui, cela le privait d’une grande partie de son plaisir, consistant à l’entendre gémir puis crier, à sentir ses vains efforts pour tenter d’échapper à son étreinte.

Il laissa ses mains courir sur le corps demi-nu de l’agent inconscient, espérant qu’il allait revenir à lui. Mais le malheureux ne donnait aucun signe de vie. Il soupira et se promit que lors de la prochaine halte, il s’accorderait enfin le droit de se donner du plaisir : il avait assez attendu. Il se pencha sur sa victime évanouie et lui murmura à l’oreille :

- Ne t’impatience pas, agent spécial Don Eppes. Nous allons très bientôt faire plus ample connaissance. Et je suis sûr que tu me donneras bientôt beaucoup de plaisir ! Avec toi, j’ai vraiment tiré le gros lot ! 


Cissy  (17.10.2009 à 11:22)

CHAPITRE XXX

 

Peu après, Don entendit le moteur vrombir : ils repartaient. Il se tourna alors sur le flan, en position fœtale et vomit longuement avant de se mettre trembler sans pouvoir se contrôler. Il se sentait sale, désespérément sale, étendu ce lit souillé de vomi et de sang. Il savait pourtant qu’il venait d’échapper au pire.

Il avait repris connaissance pendant que Mc Stylsen le caressait avidement. Il avait réalisé ce qui était en train de se passer et avait alors mobilisé toutes ses forces pour s’empêcher de protester, de bouger, de tenter de se libérer de ces mains qui se posaient sur lui. Il se remémorait en effet les pages lues sur les habitudes de son agresseur. Il savait que celui-ci détestait se livrer à un viol sur une victime inconsciente, sa jouissance décuplée par la peur et la souffrance qu’il provoquait chez ceux qui se rendaient compte de ce qui arrivait. Partant de là, il avait était certain que Mc Stylsen ne se contenterait pas de caresses si jamais il venait à se rende compte qu’il était conscient. Il ne prendrait  pas ce risque : il s’était mordu les lèvres jusqu’au sang pour s’empêcher de crier sa révolte, sa colère et son horreur, craignant par-dessus tout de ne pouvoir contrôler les réactions de son corps révulsé par ce qu’il subissait.

Et il y était parvenu : heureusement, ça avait été bref, il ne savait pas s’il aurait tenu encore longtemps.

Don savait très bien que, après avoir franchi cette nouvelle étape, rien n’empêcherait Mc Stylsen d’atteindre le but qu’il s’était fixé : au prochain arrêt, il lui ferait subir ce dont il le menaçait depuis son premier réveil, et rien ni personne ne l’en empêcherait.

Il eut un moment de découragement, provoqué par le dégoût de ce qu’il venait de subir, l’angoisse de ce qui risquait d’arriver, mais aussi la faiblesse qui l’envahissait de plus en plus, résultat de la perte sanguine et des tortures subies. Il souffrait terriblement, de ses blessures précédentes bien sûr, mais aussi de celles qu’on venaient de lui infliger : Mc Stylsen, après lui avoir ligoté la cheville, lui avait assené sur la plante du pied des coups de tuyau de plus en plus violents. La souffrance avait été effroyable, remontant jusqu’au cerveau, paralysant toutes ses facultés.

Il était incapable de savoir combien de fois son tortionnaire l’avait frappé, il savait seulement qu’il avait hurlé sans pouvoir s’en empêcher. Puis, Mc Stylsen était passé au dessus du pied, s’attardant en particulier sur les orteils : Don pensait qu’il n’y en avait pas un qui fut intact. Il n’avait qu’eu un bref instant de répit au moment où Mc Stylsen avait cessé de frapper : il s’était alors dit, l’espace d’une seconde, que son calvaire venait de prendre fin. Mais c’était compter sans le sadisme monstrueux de son ravisseur : celui-ci avait alors saisi un couteau à bout rond et, avant que Don ait pu comprendre l’horreur de ce qui allait se produire, il l’avait introduit d’un coup sec sous l’ongle du gros orteil, imprimant ensuite un mouvement de rotation de manière à le décoller.

La douleur avait été pire que ce qu’il avait enduré jusque là, provoquant une nausée dévastatrice. Il avait hurlé comme un damné avant de perdre connaissance. Il imaginait sans peine ce que son père avait pu ressentir à l’écoute de son martyre, d’autant qu’il ne pouvait savoir exactement ce qu’on lui faisait et tout imaginer d’après les cris qui lui échappaient.

Son père ! Comment pouvait-il aller après ce qu’il venait de vivre ? Comment le rassurer, lui faire savoir qu’il était toujours en vie et que rien d’irrémédiable ne s’était encore produit ? Et comment empêcher cet irrémédiable d’arriver dans un futur qu’il savait proche ? A ce stade, il n’était plus capable d’espérer qu’on viendrait le sauver de cette abomination : il avait cru qu’il serait sauvé avant de subir des violences ; il devait désormais être lucide et ne compter que sur lui-même.

Cette pensée lui fut un coup de fouet salutaire. Il n’avait plus rien à perdre : il devait se libérer et tenter d’échapper à ce sadique avant qu’il ne décide d’une nouvelle pause dans cet itinéraire que lui seul connaissait. Il n’avait pas le temps de gémir sur lui-même.

Comme il l’avait déjà fait auparavant, refusant d’écouter les protestations de souffrance que lui envoyait son corps martyrisé, il roula sur le ventre et se mit à genoux. Une fois dans cette position, il imprima des mouvements de traction sur l’anneau, réveillant une douleur lancinante dans ses poignets : mais il n’était pas décidé à l’écouter.

L’anneau de bougeait pas. Il jeta un regard éperdu autour de lui et s’aperçut alors que, dans son empressement à saisir le couteau pour gravir un échelon sur l’échelle de la souffrance, Mc Stylsen s’était contenté de laisser tomber le tuyau de plomb dont il s’était servi pour le frapper, et que celui-ci était à portée de son pied. Ignorant la souffrance, il le fit glisser doucement jusqu’à lui, le prit dans sa bouche pour l’amener au niveau de ses mains, puis il le saisit et, par un habile mouvement de levier, il parvint à extraire l’anneau de la fine cloison du camping-car. Il perdit l’équilibre et tomba en arrière sur le lit en poussant un gémissement de douleur alors que l’anneau s’arrachait de la cloison dans un bruit sec qui lui donna l’impression d’avoir été entendu à des dizaines de mètres.

Il se figea, le cœur battant la chamade, terrifié à l’idée que Mc Stylsen ait pu entendre le bruit. Mais il se rassura bientôt en entendant les flots de musique que déversait à tue-tête l’auto-radio de la cabine.

S’efforçant de dompter la douleur qu’occasionnait chaque geste, il réussit à s’asseoir sur le lit. Il tenta alors de se lever, mais la souffrance provoquée par l’appui de son pied gauche le renvoya sur le lit, se mordant les lèvres pour ne pas hurler, des sueurs froides courant le long de son corps. Lorsqu’il fut à même de maîtriser son mal, il se redressa et examina ses blessures. Le pied était noir sur le dessus, et déjà un œdème impressionnant s’était formé ; le dessous était tout aussi enflé, alternant hématomes noirâtres et chairs éclatées. Quant au gros orteil il avait doublé de volume et l’ongle, à demi- arraché, pendait douloureusement, lui infligeant des élancements insoutenables qui engendraient des palpitations lui mettant le cœur au bord des lèvres.

Des larmes d’impuissance et de frustration lui vinrent aux yeux : malgré toute sa volonté, il ne pourrait pas marcher ! Mais sa détermination ne faiblit pas pour autant : s’il ne pouvait s’échapper, alors il veillerait à ce que Mc Stylsen ne l’ait pas vivant. Jamais il ne lui donnerait le plaisir de le violer : il préférait mourir.

Mais ce n’était que la pire des éventualités : après tout, il était maintenant en mesure de renverser la situation, même s’il était faible. Mc Stylsen ne s’attendait pas à le voir libre et il devait saisir cette chance : le tuyau de plomb pouvait faire une arme redoutable.

Il décida cependant de voir s’il ne pouvait pas trouver quelque chose d’encore plus efficace et se leva, sans prendre appui sur son pied blessé. Son premier geste fut de rajuster son pantalon et de fermer sa chemise : cela lui redonna un regain de courage : il n’était plus maintenant un agneau prêt à être sacrifié et incapable de se défendre. Il retrouvait son statut d’homme, d’agent aguerri du F.B.I. et il n’avait pas l’intention de retourner à son statut de victime offerte à la concupiscence et au sadisme de son kidnappeur.

Il commença alors à fouiller les tiroirs, à la recherche d’une arme et aussi d’un outil lui permettant de se débarrasser des menottes qui entravaient toujours ses poignets. Il finit par trouver un poinçon avec lequel, à force de patience, d’habileté et de volonté de ne pas écouter la douleur, il réussit à crocheter la serrure des menottes. Il libéra alors son poignet gauche avec un sentiment de soulagement intense.

Alors qu’il s’apprêtait à libérer son poignet droit, il se rendit compte que, depuis quelques minutes maintenant, un son auquel il n’avait pas prêté attention tout d’abord se renforçait : son cœur bondit dans sa poitrine tandis qu’un espoir insensé s’emparait de lui : c’était des sirènes de police ! On l’avait retrouvé ! On allait le sortir de cet enfer !

Il avait à peine fini d’exprimer cette pensée que le véhicule freina brutalement. Il perdit l’équilibre et chuta lourdement au sol, se cognant la tête au montant du lit. A demi étourdi, il allait se relever lorsque Mc Stylsen fit irruption dans la cabine.

 


Cissy  (18.10.2009 à 19:45)

CHAPITRE XXXI

 

Un silence atterré s’était abattu sur le bureau lorsque l’enregistrement apporté par Alan était parvenu à son terme.

Avachi dans un fauteuil, Charlie était dévasté, incapable de réagir à l’horreur qu’il venait d’affronter. Il était totalement étranger à ce qui se passait à l’extérieur, entièrement tourné vers son frère, déchiré à l’idée de ce qu’il avait subi, de ce qu’il était peut-être encore en train de subir à l’heure actuelle. Et tout ça parce qu’il était incapable de permettre à son équipe de le retrouver !

David s’adressait intérieurement des reproches amers : il aurait dû le savoir ! A la lecture du dossier de Mc Stylsen, il aurait dû prévoir cette éventualité. C’était l’un de ses jeux favoris que de torturer les familles de ses victimes en leur faisant partager le calvaire de celles-ci. Pourquoi diable n’avait-il pas envisagé qu’il puisse agir de même dans ce cas précis ? Parce que l’otage était du F.B.I. ? Mais au contraire, cette particularité ne pouvait qu’exciter encore plus le criminel ? Parce qu’il s’agissait de Don et que plus ou moins consciemment il n’arrivait pas à l’imaginer victime du sociopathe, même sachant tout ce qu’il savait au sujet de celui-ci ?

Quelle que soit la raison de son manque de discernement, David ne se le pardonnerait pas, à la fois parce qu’il aurait pu épargner tellement de souffrance à Alan et parce que, peut-être, il aurait eu une chance de localiser l’appel et d’arracher son ami aux griffes de son bourreau. 

Alan, quant à lui, était pris de tremblements nerveux qu’ils ne parvenaient plus à contrôler. Inquiet, David appela un médecin qui arriva très vite pour ausculter le vieil homme. Son irruption dans le bureau, le fait qu’il le voir s’empresser auprès de son père tira enfin Charlie de son marasme mais ne fit qu’ajouter une terreur à une autre : et si son père ne se remettait jamais de ce qu’il venait de vivre ?

Lorsque le médecin émit l’hypothèse de le faire hospitaliser, Alan se révolta et sa réaction violente obligea le praticien à revenir sur sa décision. Il se contenta de lui administrer un calmant et sortit en recommandant à David de ne pas hésiter à l’appeler si besoin était. Toute l’équipe s’empressait auprès du malheureux père, cherchant vainement à le réconforter. Mais le calmant lui permit de reprendre le contrôle de ses nerfs et c’est alors qu’il s’aperçut de ce qu’il venait de faire : il avait infligé à son fils cadet la même torture que lui-même avait subie !

Des larmes de regret lui vinrent aux yeux : comment avait-il pu faire ça ? Il était vraiment un père au-dessous de tout ! Charlie avait tenté de le réconforter comme il l’avait pu, lui signifiant qu’il était au contraire essentiel qu’il soit au courant, à la fois pour ne pas risquer de se faire de fausses idées rendant la vérité encore plus difficile à supporter et parce qu’une théorie ne pouvait être valide si elle s’appuyait sur des prémices inexacts. Puis les deux hommes mêlèrent leurs larmes, unis dans la même douleur et dans la même angoisse pour le frère et le fils qu’ils aimaient tant et qu’ils ne pouvaient pas protéger.

Colby cependant avait emporté l’enregistrement au laboratoire acoustique, espérant que les techniciens parviendraient à y déceler des bruits permettant de localiser le forcené et son otage. Et alors, pensait-il, il ne lui laisserait aucune chance ! L’agent était bouleversé, révolté par ce qu’il avait entendu. Il était plus que jamais déterminer à faire payer à Mc Stylsen une note qui ne cessait de s’allonger.

Lorsqu’il rejoignit le bureau, après avoir instamment demandé aux techniciens de l’avertir s’ils découvraient quoi que ce soit, aussi anodin que cela puisse paraître, il trouva la situation apaisée. Charlie s’était installé tout près d’Alan et les deux hommes se parlaient doucement, à voix basse, front contre front, semblant puiser chacun dans l’autre un courage qu’ils n’avaient pourtant plus l’impression d’avoir. Ce n’était pas le moment de baisser les bras : si Don était encore en vie, quelque part, c’était à eux de le retrouver, à eux de l’arracher à son tortionnaire, à eux ensuite de lui permettre de se reconstruire après l’horrible épreuve qu’il avait subie.

Et tout cela ne pouvait être possible que s’ils se montraient à la hauteur du courage et de la détermination de l’agent. Charlie se leva et saisit son marqueur. Puis, après quelques secondes d’hésitation, il se mit à écrire, de plus en plus vite, comme en proie à une inspiration incontrôlable. Amita sécha alors ses larmes et se leva à son tour, suivie de Larry, plus pâle qu’un mort, et elle vint se poster à ses côtés, décidée à l’épauler coûte que coûte et à affronter avec lui cette terrible bataille.

Voyant que la famille de Don semblait calmée, David décida alors d’aller aux nouvelles.

 

*****


Cissy  (19.10.2009 à 19:10)

Au moment où il quittait le bureau, il se sentit retenu par le bras. Il fit volte-face et se trouva nez à nez avec Alan qui s’était levé.

-  Je suis désolé de vous avoir parlé comme ça… commença le père de Don.

- Non monsieur Eppes, je vous en prie ! Vous n’avez rien à vous reprocher. Je comprends, réussit à articuler l’agent bouleversé.

- Mais si, je n’aurais pas dû vous agresser. Ni même vous passer cette bande ainsi, comme si je souhaitais me venger sur vous du mal qu’on m’a fait.

- Je vous assure que ce n’est rien. L’important, c’est que vous ayez eu le réflexe de faire cet enregistrement. Il pourra nous être utile pour retrouver votre fils.

- Vous croyez ?

Un immense espoir vibrait dans la voix d’Alan. Seigneur ! Qu’il ait pu être utile à quelque chose ! Qu’il ait pu contribuer, si peu que ce soit, à permettre de ramener son garçon auprès des siens !

- Bien sûr. Nous n’avions strictement rien. Grâce à vous, nous avons fait un grand pas.

- Mais à quel prix ! ajouta Alan, à nouveau au bord des larmes.

- Don s’en tirera M. Eppes, il est solide !

Mais David n’était pas sûr de croire lui-même à ces mots banals.

- J’aimerais tant le croire.

Après un moment, il continua :

- David, je voudrais savoir…

Il s’interrompit, comme dans l’impossibilité de formuler sa demande.

- Oui ? Qu’y a-t-il ? Vous savez bien que vous pouvez me demander n’importe quoi !

Après avoir hésité encore quelques instants, Alan demanda, la voix chargée d’émotion :

- Est-ce que vous croyez que cet homme a… enfin qu’il a… Ce cri que Don a poussé. Est-ce que vous pensez que c’est parce qu’il a été…

Sa voix se brisa ; il ne pouvait pas dire le mot, cela dépassait son courage. David comprit soudain ce qui le minait.

- Non ! Non ! dit-il très vite.

Trop vite peut-être pour un observateur attentif qui aurait décelé dans cette hâte un désir de se convaincre soi-même autant que de convaincre l’interlocuteur.

- Non. Je suis sûr que ça n’avait rien à voir. Il n’aurait pas hurlé de cette manière là, non pas comme ça.

En tout cas, pas aussitôt ne pouvait-il s’empêcher de penser.

- Merci… laissa filtrer Alan soulagé.

Croyait-il réellement ce que venait de lui dire l’ami de son fils ou voulait-il simplement y croire ? David fut sur le point d’ajouter quelque chose mais, à ce moment-là le bipper de Colby retentit et celui-ci, après un rapide coup d’œil au cadran, annonça 

- C’est le labo David, ils ont quelque chose sur la bande !

- On fonce ! Il se tourna à nouveau vers Alan. On va le retrouver M. Eppes. 

Alors qu’ils se dirigeaient vers le laboratoire, Colby dit à David, d’un ton quelque peu agressif :

- Comment as-tu pu lui dire ça David ? Tu ne sais pas ce qu’il a réellement fait à Don.

- Et que voulais-tu que je réponde ? rétorqua David d’un ton tout aussi coupant. Il avait besoin de s’entendre dire que ce n’était pas arrivé. Pas encore du moins. Il avait simplement besoin d’espoir.

- Je comprends. Mais que se passera-t-il si, lorsque nous l’aurons retrouvé, il s’avère que ses craintes étaient fondées ?

- On verra à ce moment-là. Mais je ne pense pas qu’il s’agissait de ça. Il n’aurait pas hurlé ainsi.

- Qu’en sais-tu ? Tu sais toi ce qu’on peut ressentir en se faisant violer ? Tu as une idée de la douleur infligée par cette abjection ?

Devant le visage décomposé de son équipier qui semblait n’avoir même plus la volonté de lui opposer des arguments défendant son point de vue, peut-être parce qu’il était le premier à craindre que la réalité soit aussi sordide qu’ils le craignaient tous, Colby comprit que cela n’avançait à rien de se perdre en conjectures et surtout de chercher à juger toutes les prises de décision de David. Qu’aurait-il fait lui, à la place de son ami, propulsé à un poste dont il ne voulait pas, responsable malgré lui de la vie ou de la mort d’un collègue qu’il admirait et respectait ?

Il soupira et pressa l’épaule de son collègue dans une étreinte ou passait tout ce qu’ils ne pouvaient pas se dire. David lui rendit le geste avec usure et, rassérénés par la preuve que leur amitié ne serait pas ébranlée par ce drame, quelles qu’en puissent être les conclusions, les deux agents firent irruption dans le laboratoire.


Cissy  (19.10.2009 à 19:12)

CHAPITRE XXXII

 

Les techniciens avaient repéré sur la bande des indices sonores qui leur permirent très vite de délimiter une zone probable de stationnement du camping-car. Mais les risques étaient grands que Mc Stylsen ait déjà bougé : visiblement, il ne restait pas plus de trois quarts d’heure au même endroit. Juste le temps, songea Colby amer, de se faire plaisir en torturant son otage.

Mais malgré tout, ils avaient enfin un point de départ et ordre fut donné aux patrouilles présentes dans la zone circonscrite, d’ouvrir l’œil. Mais, si l’une d’entre elle repérait le véhicule, il lui était strictement interdit d’intervenir de quelque manière que ce fut : la consigne était de prévenir le F.B.I. et d’exercer une surveillance discrète de manière à ce que le malfaiteur ne s’évanouisse pas à nouveau dans la nature. Charlie, mis au courant, ajusta aussitôt sa courbe d’évasion, reprenant espoir au vu de ces nouveaux éléments. Et il fallut moins d’une heure pour que le camping-car soit repéré et signalé. Les agents quittèrent alors précipitamment le bureau, déterminés à arracher leur collègue aux mains de son bourreau et à donner à celui-ci la leçon qu’il méritait.

Ce ne fut que lorsqu’il quitta le parking du F.B.I. que David s’aperçut que Charlie se tenait à l’arrière du véhicule. Il n’essaya même pas de convaincre le mathématicien qu’il n’avait rien à faire là. Il savait que ce serait peine perdue et d’autre part il n’en avait pas le temps. Il se contenta de l’obliger à passer un gilet pare-balles afin de pallier toute situation et de lui faire promettre de ne rien tenter, de ne pas bouger sans en avoir reçu l’ordre et Charlie dut se résoudre à donner sa parole lorsque l’agent menaça de le faire descendre sur le champ s’il ne l’obtenait pas. Par ailleurs, la présence du consultant pouvait être précieuse si Mc Stylsen venait à s’apercevoir de la filature dont il était l’objet et qu’il agisse en conséquence.

Et puis, David ne pouvait s’empêcher de penser à Don : celui-ci était peut-être mourant à l’heure qu’il était et, si c’était le cas, s’ils le retrouvaient à la toute dernière extrémité, il songeait que ce lui serait sans doute un immense réconfort que de s’éteindre dans les bras de quelqu’un qui l’aimait plutôt qu’entouré de policiers qui, pour être ses collègues et amis, n’en restaient pas moins des étrangers incapables de lui apporter la chaleur d’une étreinte fraternelle et l’assurance de l’amour qu’on lui vouait.

Bien sûr, il ne pouvait émettre ces raisons à voix haute mais un regard à Colby, lorsqu’il avait accepté de garder Charlie près d’eux, un de ces regards par lequel les deux agents, habitués de longue date à se comprendre sans mots demandaient silencieusement l’aval de leur partenaire sur une décision qu’ils avaient prise, lui avait permis de comprendre que celui-ci avait eu exactement la même pensée. Et s’il espérait que la présence du mathématicien ne serait pas ce dernier soutien possible, il s’était tout de même senti rassuré à l’idée qu’à défaut d’autre chose, il pourrait apporter à son collègue cet ultime réconfort.

Bientôt, ils furent en vue du camping-car : celui-ci roulait tranquillement. Ils le suivirent pendant plusieurs minutes puis, reconnaissant l’itinéraire, ils décidèrent de le bloquer sur le pont sur lequel il allait obligatoirement passer quelques instants plus tard. Ordre fut donc donner à la police de stopper toute circulation en sens inverse de la direction suivie par le bandit, afin d’ôter à celui-ci toute opportunité de prendre un nouvel otage.

A l’approche de l’assaut final, les agents se sentaient tendus, presque fébriles : tant de choses dépendaient de leur succès ! Un échec signifierait tellement de chagrin, pour eux bien sûr, mais surtout pour Alan et Charlie qu’ils souhaitaient, par-dessus tout, épargner.

La nuit était désormais tombée et la pluie qui n’avait pas cessé depuis l’après-midi risquait de rendre l’opération d’autant plus dangereuse : mais pour aucun des agents présents il n’était question, une seule seconde de reculer. Mc Stylsen était à leur portée et ils ne le laisseraient pas s’échapper en emmenant son otage vers un avenir qui, pour être bref, n’en serait pas moins monstrueux.


Cissy  (20.10.2009 à 20:57)

CHAPITRE XXXIII

 

Mc Stylsen conduisait, un sourire béat aux lèvres, ne prêtant pas beaucoup d’attention à la route et encore moins à la musique que la radio diffusait à tue-tête. Il se laissait aller à des rêveries salaces qui toutes aboutissaient au même point : au prochain arrêt, plus d’échappatoire possible, l’agent Eppes rejoindrait la longue cohorte de ses amants, volontaires ou forcés et il savourait à l’avance la jouissance qu’il allait retirer de cette étreinte.

Il commença soudain à observer attentivement son environnement : ses pensées perverses avaient décuplé son désir et il lui fallait l’assouvir au plus tôt. Il ne pouvait plus attendre ! Il lui fallait posséder son captif très vite ! Il se mit donc à la recherche d’un endroit propice à ce qu’il envisageait.

C’est alors qu’il se rendit compte de l’anomalie : plus aucun véhicule ne le doublait, plus aucun véhicule ne le croisait. Il jeta un coup d’œil dans le rétroviseur et comprit en apercevant les voitures aux vitres teintées qui le suivaient !  Un cri de rage lui échappa : ses sens rassasiés l’avaient induit en erreur en lui donnant une fausse impression de sécurité et d’impunité. Pendant qu’il se perdait dans sa rêverie salace, l’étau se resserrait autour de lui.

Il jura : ils ne le tenaient pas encore. A moins de six cents mètres il y avait le pont ! Une fois dessus, il serait le maître du jeu, une fois de plus ! Il accéléra alors l’allure. Aussitôt des sirènes retentirent : ses adversaires avaient compris qu’ils étaient repérés. Un rire dément lui échappa : ils croyaient lui faire peur avec quelques pauvres sirènes ? Cette fois-ci la chasse était lancée, et que le meilleur gagne. Il ne faisait aucun doute dans son esprit que le meilleur c’était lui.

Il accéléra encore l’allure : il voyait les lumières du pont clignoter devant lui. Il s’y engagea au maximum de sa vitesse puis, parvenu au beau milieu de l’ouvrage, il freina brutalement. Le camping-car partit en aqua-planing et s’arrêta à quelque centimètres du parapet. Il rit de nouveau en s’apercevant que plusieurs voitures qui le poursuivaient glissaient à leur tour et  que l’une d’entre elle entrait violemment en collision avec l’une des piles du pont, espérant qu’il y aurait des victimes. Puis il s’extirpa de son siège avec une célérité qui étonnait toujours chez un homme de sa corpulence et se précipita à l’intérieur de la cabine.

Il aperçut alors l’agent Eppes à terre, libéré de ses menottes et il comprit qu’il était arrivé à temps. Avec un cri de colère il se précipita sur lui. Don essaya bien de se défendre mais il n’était pas en condition de le faire, trop étourdi par sa chute et affaibli par ce qu’il avait enduré depuis plus de cinq heures. Mc Stylsen le retourna sur le ventre et lui ramena brutalement les poignets en arrière, puis il boucla de nouveau les menottes, lui arrachant un gémissement de douleur. Ensuite il le contraignit à se relever, multipliant les coups de pieds et de poings, et lui entoura le cou de la ceinture que sa main était allée récupérer au pied du lit.

- Alors agent spécial Don Eppes, on voulait me quitter sans dire au revoir ? lui susurra-t-il à l’oreille. Ce n’est guère poli.

- Vous êtes fichu ! réussit à articuler son prisonnier, malgré la difficulté à respirer provoquée par la compression de la ceinture. Rendez-vous !

- Et puis quoi encore ! Tant que nous sommes ensemble, agent spécial Don Eppes, je ne risque rien. Et je te rappelle que nous avons plein de trucs sympas à faire tous les deux : je tiens toujours mes engagements. Alors pas question de te laisser filer avant d’avoir goûté au moins une fois à tes charmes !

- Vous n’y arriverez pas Mc Stylsen. Ils ne vous laisseront pas m’emmener : ils vous tueront avant !

- Alors ils devront te tuer en premier agent spécial Don Eppes. Et je ne crois pas qu’ils prendront ce risque ! Qu’en dis-tu ?   

Don ne lui répondit pas. Il pensait, à part lui, qu’il espérait, au contraire, que ses collègues auraient le courage de lui tirer une balle dans la tête ou dans le cœur  plutôt que de le laisser repartir avec son tortionnaire.

Mac Stylsen l’envoya brutalement sur le lit où il s’effondra tandis qu’il s’emparait du gilet pare-balle qu’il lui avait ôté après son enlèvement et l’enfilait. Don enrageait de s’apercevoir qu’il avait offert à son ennemi une protection supplémentaire ! Mais le malfrat ne lui laissa pas le temps de nourrir des regrets. Il le saisissait à nouveau et le poussait vers la porte, lui arrachant une plainte de souffrance causée par la pose au sol de son pied mutilé.

- Bon et bien agent spécial Don Eppes, ce n’est pas poli de faire attendre ses invités. Allons donc accueillir nos hôtes, et que la fête commence !

Il ouvrit alors la porte du camping-car et propulsa son otage en avant, restant collé à lui de manière à n’offrir aucun angle de tir possible, même au meilleur des tireurs d’élite.


Cissy  (21.10.2009 à 20:45)

CHAPITRE XXXIV

 

La scène avait des allures surréalistes : la nuit, la pluie, l’éclairage des lampadaires du pont renforcé par la puissance du projecteur de l’hélicoptère de la police qui survolait le véhicule depuis un moment et se manifestait maintenant que le dénouement semblait proche, tous ces hommes vêtus de leurs protections qui pointaient leurs armes sur le camping-car arrêté à quelques centimètres de la balustrade du pont, tout concourrait à une impression de cauchemar et Charlie se demanda à nouveau si, en fait, depuis le début, toute cette scène n’en était pas un de plus.

Malgré les recommandations de David, il était sorti de la voiture et considérait avec anxiété le véhicule où son frère était retenu. Celui-ci était-il toujours en vie ? Comment allait-il ? Qu’avait pu lui faire son ravisseur ? Ce dernier, comprenant qu’il avait perdu la partie, se résignerait-il à rendre la liberté à son otage ? Risquait-il, au contraire, de choisir de l’entraîner avec lui dans la mort ? Autant de questions qui le taraudaient et le plongeaient dans un état de fébrilité intense.

Puis soudain, la porte du camping-car s’ouvrit et une silhouette se profila dans l’encadrement. Puis deux hommes sortirent, étroitement collés l’un à l’autre : celui qui se tenait en arrière brandissait une arme dirigée sur la tempe de son compagnon qu’il maintenait par ailleurs avec une ceinture passé autour de son cou.

Charlie reconnut immédiatement son frère et étouffa un gémissement de douleur à sa vue. Don n’était vêtu que de son pantalon et de sa chemise : l’un de ses pieds nus saignait, son visage était tuméfié, son front était déformé par une énorme bosse sur laquelle s’ouvrait une plaie profonde d’où le sang coulait, tout comme de son épaule. L’éclairage cru du projecteur accentuait la lividité de l’otage, son air épuisé, hagard.

Charlie comprit que son frère était au bout du rouleau : ils devaient l’arracher à son ravisseur le plus vite possible, pas question de le laisser entre ses mains une minute de plus ! Il se jeta en avant, prêt à s’offrir en échange de Don. Mais David avait anticipé son geste et il le bloqua net avant qu’il n’ait pu faire trois pas.

- Laisse-moi passer !

- Ne fais pas l’idiot Charlie où je te passe les menottes ! Tu crois vraiment que tu nous aides là ?   Charlie abandonna la lutte, comprenant que non seulement il n’aurait pas le dessus, mais qu’il risquait d’aggraver la situation. Pendant qu’ils s’occupaient de lui, les agents négligeait la sauvegarde de son frère, et c’était uniquement lui qui importait.

- D’accord, je te promets de ne pas bouger. 

 

*****


Cissy  (23.10.2009 à 19:51)

Pendant ce temps, Mc Stylsen, conservant son bouclier humain étroitement serré contre lui, avait reculé le long du camping-car jusqu’à se trouver adossé à la balustrade du pont. Il resserra encore son étreinte autour du cou de son otage.

- On fait quoi maintenant ? demanda-t-il d’un ton narquois.

- Rendez-vous Mac Stylsen, lui cria David. Vous n’avez aucune chance.

- Je sais. Mais je n’en avais déjà aucune il y a cinq heures il me semble. Et vous voyez, je suis encore là : libre et bien accompagné même ! se moqua-t-il.

- Mais cette fois-ci vous êtes cerné. Relâchez votre otage et il ne vous sera fait aucun mal.

- Ah non ? Mais il se trouve que je suis très attaché à l’agent spécial Don Eppes. Et lui à moi. Dites-leur agent spécial Don Eppes que vous ne pouvez pas vous passer de moi, que nous avons eu des instants merveilleux ensemble et que nous avons des projets encore plus excitants à mener à bien !

David comprit qu’il cherchait à leur faire perdre leur sang froid et prévint dans sa radio :

- Surtout que personne ne bouge ! Laissez-le parler, ça nous permettra peut-être de saisir notre chance.   Mc Stylsen continuait de s’adresser à Don :

- Alors, pourquoi ne leur parlez-vous pas de toutes ces choses que nous avons faites ensemble ? Je suis sûr que vos amis aimeraient vous entendre ! Parlez-leur.

Il relâcha un peu la tension de la ceinture et Don put à nouveau respirer. Il en profita pour crier :

- David, abattez-le ! Ne vous occupez pas de moi !

Un gémissement lui échappa lorsque Mc Stylsen tendit à nouveau la ceinture en éclatant de rire.

- Qu’il est courageux le brave petit agent du F.B.I. ! Mais je doute que ses petits copains aient le cran de le sacrifier. Vous en pensez quoi vous ?

Don sentait l’air lui manquer, un voile rougeâtre s’étendait devant ses yeux tandis que son tortionnaire serrait encore le garrot autour de sa gorge. Mc Stylsen, lui, continuait :

- Alors voilà mon deal : je veux une voiture rapide, avec un chauffeur. Vous vous écartez, vous me laissez monter avec mon ami l’agent spécial Don Eppes et, quand nous serons en sécurité tous les deux, on vous renverra le chauffeur.

- C’est hors de question ! rétorqua David. Si vous voulez une voiture, ça peut se discuter, je vous accompagnerai si vous le souhaitez mais l’agent Eppes reste ici. Il a besoin de soins.

- Encore un héros ! persifla Mc Stylsen. Prenez-moi en échange de l’autre ! J’en pleurerais ! Et non agent… c’est comment votre nom à vous ?

- Agent Sinclair, David Sinclair.

- Alors agent Sinclair, il se trouve que, comme je vous l’ai déjà dit, l’agent spécial Don Eppes et moi nous avons des projets très précis. Ou, pour être honnête, j’ai des projets très précis pour nous deux. Et donc, il doit absolument m’accompagner. Maintenant, si vous ne tardez pas trop, peut-être que je consentirai à vous le renvoyer lorsque j’aurais eu ce que j’attends de lui !

 Il n’y avait pas à se méprendre sur les sous-entendus et les agents bouillaient de rage à entendre ainsi ouvertement le malfaiteur se vanter de son intention de violer son otage. Charlie était livide ; il s’élança en avant sans qu’on puisse le retenir.

- Don ! Donnie ! cria-t-il, je suis là ! Ca va aller !

Don entendit ce cri, malgré le bruit infernal que faisait l’hélicoptère.

- Charlie ! Charlie ne t’inquiète pas ! parvint-il à articuler.

Mc Stylsen tira brutalement sur la ceinture qui entourait son cou et il ne put continuer, à bout de souffle.

- C’est qui ça ? lui demanda-t-il.

Comme Don ne pouvait répondre et, quand bien même l’aurait-il pu, il aurait refusé d’apporter des éclaircissements au monstre, celui-ci s’adressa directement à Charlie.

- Qui tu es toi ?

Ce fut David qui répondit, ses collègues ayant réussi à ceinturer Charlie et à l’emmener à l’écart..

- Ca n’a pas d’importance. C’est moi qui suis votre interlocuteur.

- Et non mon pote ! Moi je veux parler à Charlie et seulement à Charlie.

- Non ! parvint à articuler Don, terrorisé.

- C’est hors de question. Il s’agit d’un civil et il n’est aucunement habilité à traiter avec vous !

- Ah non ? Et que fait-il là alors ? Dois-je en déduire qu’il est assez proche de l’agent spécial Don Eppes pour avoir obtenu le droit de vous accompagner ? Serait-il par hasard de la famille ?

Don gémit, horrifié par ce qui était en train de se passer.

« Pas ça non ! Faites que ce monstre ne s’en prenne pas à Charlie ! Pas Charlie ! Pas mon petit frère ! Qu’il fasse de moi ce qu’il veut, mais pas Charlie ! »   priait-il intensément.

- Attendez… Mais oui, lorsque j’ai eu la joie de faire la connaissance téléphonique du père de mon ami l’agent spécial Don Eppes, je me souviens qu’il a mentionné ce nom : Charlie. C’était…

Mc Stylsen fouillait dans sa mémoire, à la recherche des mots exacts prononcés par Alan.

- Oui ! Lorsque j’ai parlé de son fils. Donc… s’il a un fils qui s’appelle Charlie…

Un rire de victoire lui échappa au moment où il comprit à qui il avait à faire !

- C’est ton petit frère ! Dis donc vilain cachottier, tu ne m’avais pas prévenu que tu avais un petit frère ! Laissez-moi parler au petit frère ! ordonna-t-il à nouveau.

- Je vous ai déjà dit que c’était impossible.

- Ah oui !

Et soudain, semblant perdre son sang froid, il s’approcha encore de la balustrade en rugissant :

- Ou bien je parle à Charlie dans les dix secondes, ou je le balance par-dessus le parapet !

- Non !

Charlie hurlait et se débattait entre les deux agents qui le retenaient.

- David ! Tu ne peux pas faire ça ! Laisse-moi lui parler ! Qu’est-ce que je risque ?

- D’accord, abdiqua David.

- Don n’aimera pas ça, objecta Colby.

- Don n’aimera plus rien si je n’y vais pas ! répliqua Charlie en s’avançant. Je vous écoute Mac Stylsen cria-t-il. Que voulez-vous ?

- Tu es le frère de mon copain, l’agent spécial Don Eppes ?

- Je suis le frère de Don oui.

- Son petit frère, c’est ça ?

- Oui.

- Et je suis sûr que c’est un bon frère non ?

Charlie se remémora tous les moments passés avec Don, les bons, les moins bons et les mauvais. Il y avait eu tellement de malentendus entre eux, tellement de tension, tellement d’incompréhension. Et depuis cinq ans il y avait tellement de complicité, de petits riens partagés, de moments précieux qu’il aurait voulu voir durer indéfiniment ! Un bon frère ? Non ! Le meilleur des frères ! Un frère que nul ne pourrait jamais remplacer ! Un frère pour lequel il était prêt à tout, jusqu’à donner sa vie ! Toutes ces pensées lui traversèrent l’esprit comme un éclair et il répondit :

- Oui, c’est le meilleur des frères.   

En disant ces mots, il avait planté son regard dans celui de Don et celui-ci comprit l’intention. «  Je t’aime Donnie » disaient les yeux de Charlie, plongeant dans les siens. «  Je t’aime aussi petit frère. »  répondirent les prunelles de Don. On aurait dit que cet échange n’avait pas échappé à Mc Stylsen.

- Et tu fais quoi dans la vie petit frère de l’agent spécial Don Eppes ?

- Je suis professeur de mathématiques à l’université !

- Hoo ! Professeur hein ? Et à l’université encore ? Mais tu ne m’avais pas dit que ton petit frère était une grosse tête agent spécial Don Eppes. Ce n’est pas très gentil. Un professeur de mathématiques ! Je n’ai jamais eu de professeurs de mathématiques !

- Et bien, vous avez la possibilité d’en avoir un maintenant !

Don essaya à nouveau de parler, d’avertir son frère de cesser ce jeu dangereux : il ne se rendait pas compte de ce que Mc Stylsen voulait dire par « avoir un professeur », il était inconscient de ce que ce maniaque pourrait lui faire, uniquement préoccupé par l’idée de l’obliger à relâcher son frère. Il devait trouver un moyen de lui faire comprendre le danger.

Mais Mc Stylsen, le sentant se débattre, raccourcit encore un peu plus sa prise et un voile rouge lui passa devant les yeux tandis qu’il cherchait désespérément un peu d’air. L’homme relâcha très vite la pression mais elle l’avait laissé sans force et incapable de crier à son frère de partir d’ici au plus vite.

- Alors, tu serais d’accord pour venir t’amuser un peu avec nous ? interrogeait Mc Stylsen.

- Pourquoi pas ? Mais on pourrait plutôt partir tous les deux non. On n’a pas besoin de lui ! continua-t-il en montrant son frère.

- Charlie, non ! gémit Don.

Aussitôt son bourreau resserra à nouveau le garrot pour l’empêcher de continuer.

- Toi tu te tais agent spécial Don Eppes ! Je parle à ton petit frère ! Tu accepterais de venir avec moi tout seul ?

- Si tu relâches mon frère, je te suivrai ou tu voudras !

Don s’efforça de parler mais ne put laisser échapper qu’un gémissement douloureux :

- Pas ça, non ! 

- C’est tentant mais… non ! trancha soudain Mc Stylsen. Je suis beaucoup trop attaché, dans tous les sens du terme, à l’agent spécial Don Eppes pour le laisser partir. Par contre, si tu prends le volant de la voiture qui est là-bas et que tu l’amènes ici, nous partirons tous les trois et qui sait ? Tu parviendras peut-être en route à me convaincre que tu serais plus intéressant pour moi que ton grand frère. Je serai curieux de savoir ce que tu sais faire…

 Toute la concupiscence contenue dans ces mots souleva le cœur du mathématicien, mais rien n’aurait pu le faire reculer.

- D’accord, je vais chercher la voiture…

- Je ne bouge pas.

Il relâcha un peu la pression sur la gorge de Don.

 

*****


Cissy  (23.10.2009 à 19:52)

Mc Stylsen venait de commettre une erreur en envisageant  de pouvoir se servir de Charlie comme otage supplémentaire. Don ne pouvait pas accepter que son petit frère devienne à son tour une proie pour le prédateur.

Il imaginait sans peine ce que celui-ci leur ferait subir : en utilisant l’un comme moyen de pression sur l’autre, il pourrait obtenir d’eux absolument tout ce qu’il voudrait. Don savait très bien qu’il n’y aurait rien qu’il ne ferait pour épargner Charlie et il était certain que c’était réciproque. Jamais, au grand jamais il n’accepterait de courir le risque de voir Mc Stylsen faire à son frère ne serait-ce que le dixième de ce qu’il avait subi.

Comment accepter que cet être qu’il chérissait au plus profond de lui-même, cet être d’exception qui avait de grandes choses à accomplir, soit livré en pâture aux instincts les plus bas d’un individu comme Mc Stylsen ? Lui vivant, jamais pareille chose n’arriverait !

La peur de ce qui pourrait arriver à son frère, la colère de voir la manière dont le prédateur le manipulait, l’écoeurement  devant tout ce qu’il lui avait infligé, tout ce dont il l’avait menacé, tout ce qu’il lui ferait s’il parvenait à s’échapper avec lui, tout cela eut raison pour un moment de l’état de Don. Malgré la ceinture qui enserrait son cou, malgré les menottes qui retenaient ses poignets dans le dos, malgré les blessures qui l’affaiblissaient, il eut un sursaut désespéré dans lequel il mit tout ce qui lui restait d’énergie et tout ce concentré de révolte qui le soulevait.

Son corps se tendit comme un arc, prenant appui sur son pied blessé, l’adrénaline l’empêchant de ressentir la douleur, il écrasa les orteils de son ravisseur d’un violent coup de talon. Plus que la douleur, les pieds nus de Don n’étant pas très efficaces face à ses rangers, ce fut la surprise qui écarta une fraction de seconde Mc Stylsen de son otage. Une fraction de seconde qui lui fut fatale.

L’agent Eggerton avait dans sa ligne de mire, depuis le début des événements, la tête de Don, dissimulant celle de son preneur d’otage. Il y avait de longues minutes que Ian attendait ce type de mouvement mais il était bien décidé à tirer sur son collègue plutôt qu’à le laisser repartir avec son tortionnaire. Il avait eu largement le temps, grâce à l’effet de grossissement de sa lunette de visée, de constater les sévices qu’on lui avait infligés et il était hors de question qu’il permette que ça continue.

En l’occurrence, il n’eut pas à faire ce choix cornélien. Dans l’infime laps de temps où la tête de Mac Stylsen se détacha de celle de Don, Eggerton tira. Un petit trou rond apparu aussitôt en plein milieu du front du braqueur qui s’effondra brusquement.

Puis les événements se précipitèrent. Gêné par les menottes, étourdi par la perte de sang, désorienté par la brusque perte d’équilibre occasionnée par la chute de l’homme qui le maintenait debout par son étreinte, ébloui par les projecteurs, Don tituba quelques secondes. Charlie comprit le danger et se jeta en avant, suivi à une fraction de secondes par David et Colby, mais il était trop tard. Emporté par son élan, Don vint heurter la balustrade du pont, il passa par-dessus et plongea vers l’eau tumultueuse dix mètres plus bas.

Le hurlement qui accompagna sa chute n’était pas le sien, (s’était-il même aperçu de ce qui se passait ?), mais celui de Charlie qui vit disparaître son frère sous ses yeux. Sans réfléchir un instant, avant que Colby, le plus rapide, n’ait réussi à le rejoindre et à l’en empêcher, Charlie se précipita, ôta son gilet pare-balles, sa veste et ses chaussures et plongea dans le fleuve : il mourrait plutôt que de laisser son frère se noyer sous ses yeux ! Don était excellent nageur, mais affaibli par ses blessures et surtout entravé comme il l’était, il n’avait aucune chance !

Charlie avait à peine atteint la surface de l’eau que Colby plongeait à son tour après s’être, lui aussi, délesté de ce qui pouvait l’empêcher de nager. David, lui, après avoir hurlé d’appeler une ambulance, se précipitait vers l’extrémité du pont afin de descendre le long de la berge. Sur ses talons, courait le médecin qu’il avait emmené avec lui, persuadé que Don aurait besoin de son secours lorsqu’ils le retrouveraient et plusieurs agents descendirent à leur tour de chaque côté du fleuve. Tous n’avaient qu’une idée en tête : ils devaient sauver leur collègue, sinon tout ce qu’ils avaient fait serait vain !


Cissy  (23.10.2009 à 19:53)

CHAPITRE XXXV

 

Arrivé sur la rive du fleuve, David se mit à scruter les flots agités avec anxiété. Nulle trace de Don, pas plus que de Charlie ou de Colby. Il ne pouvait imaginer qu’ils se soient noyés tous les trois ! Comment dire à Alan qu’en un soir il avait perdu ses deux enfants ? Comment justifier une telle tragédie ?

Et puis il aperçut une tête qui surnageait et plongea à son tour pour aller porter assistance au nageur. Il reconnut Charlie : celui-ci semblait épuisé et il s’empressa d’aller à son aide. Le mathématicien se débattit.

- Donnie ! Laisse-moi David, je dois retrouver mon frère !

- Non Charlie, viens, Colby s’en occupe !   

A bout de forces, Charlie laissa David le ramener à la rive où des mains secourables se tendirent vers eux et les hissèrent en sécurité. Ils fixèrent attentivement le flot en priant pour voir réapparaître les deux agents : mais il n’y avait aucune trace d’eux. L’hélicoptère s’était déporté et éclairait maintenant de son faisceau aveuglant la masse liquide désespérément vide.

Charlie éclata en sanglots convulsifs

- Donnie ! Non ! Donnie !

 Atterré, David n’arrivait pas à trouver les mots pour le réconforter. Lui-même sentait les larmes couler sur son visage. Il prenait conscience que Colby non plus n’avait pas réapparu. Qu’avait-il pu se passer ? Son équipier était un nageur exceptionnel. S’était-il blessé en plongeant ? Avait-il été entraîné vers le fond par un de ces tourbillons mortels qui agitaient les eaux en cette saison ? Se pouvait-il qu’il perde deux membres de l’équipe dans la même soirée ?

Et puis soudain il entendit un appel, à plusieurs mètres en aval. Fébrilement, il indiqua par signes au pilote de l’hélicoptère d’avoir à diriger son projeteur vers cet endroit. Charlie s’était relevé, attentif tout à coup. Et le faisceau prit soudain dans son reflet deux têtes qui surnageaient à quelques mètres de la rive : Colby et Don, le premier ayant passé son bras autour des épaules du second qui ne bougeait plus.

Aussitôt deux agents plongèrent à leur tour pour aller prêter main forte à leur collègue qui semblait au bout du rouleau et ils le ramenèrent sur le bord avec son fardeau qu’il refusait de lâcher. Des dizaines de mains se tendirent vers eux pour les sortir de l’eau.

- Vite, occupez-vous de Don ! Je ne l’ai pas trouvé tout de suite ! Il ne respire plus !

 

*****


Cissy  (24.10.2009 à 23:45)

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