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Série : Numb3rs
Création : 13.09.2009 à 18h33
Auteur : Cissy
Statut : Terminée
« Un épisode écrit il y a déjà quelque temps, dans lequel, pour changer, Don se trouve en difficulté... » Cissy
Cette fanfic compte déjà 53 paragraphes
Mais déjà David s’empressait : il avait retourné son chef sur le ventre et, après l’avoir prestement débarrassé des menottes qui le gênait dans sa manœuvre, il le remit sur le dos et commença à pratiquer le bouche à bouche tandis que le médecin qui l’avait rejoint pratiquait un massage cardiaque qu’il interrompit le temps d’injecter une ampoule d’adrénaline pour aider le cœur à surmonter le choc.
A genoux aux pieds de son frère, Charlie les regardait faire en murmurant sans discontinuer :
- Je t’en prie Donnie ! Je t’en prie, respire. Respire !
Après ce qui leur sembla une éternité, Don se mit à tousser et David poussa un soupir de soulagement avant de le rouler sur le côté pour qu’il puisse recracher l’eau qu’il avait ingurgitée. D’autres agents s’approchaient, munis de couvertures qu’ils distribuèrent à leurs collègues trempés.
D’un geste, Charlie refusa la sienne : il ne souhaitait qu’une chose : voir son frère ouvrir les yeux ; le reste n’avait aucune importance. Et son souhait s’exauça soudain. Après avoir toussé et vomi quelques secondes, Don commença à se débattre, comme s’il ne se rendait pas compte qu’il n’était plus menacé par aucun danger.
- Tout va bien Don, tout va bien, tu es tiré d’affaire ! le rassura David.
Don ouvrit alors les yeux et son regard croisa le regard brouillé de larmes de Charlie à genoux près de lui.
- Charlie… murmura-t-il.
Celui-ci éclata en sanglot et serra frénétiquement son frère contre lui.
- Oh Donnie ! J’ai eu si peur ! Si peur ! Ca va aller maintenant, ça va aller ! ne cessait-il de répéter, comme pour s’en convaincre lui-même.
- Tu m’étouffes Charlie ! protesta Don d’une voix faible.
Et Charlie s’écarta brusquement de lui, les joues baignées de larmes.
- Tu ne crois pas qu’il y a assez d’eau comme ça ! plaisanta son frère.
Un éclat de rire général ponctua la plaisanterie pourtant peu inspirée. Mais elle prouvait que Don était conscient, qu’il avait toute sa tête et surtout elle mettait fin à des heures de souffrance et d’angoisse insoutenable.
Don était totalement épuisé, il était impossible de lui faire gravir le talus dans l’état de faiblesse où il se trouvait : les agents décidèrent de demander aux pompiers d’apporter le matériel nécessaire pour le hisser en civière jusqu’au pont et de là le mettre dans l’ambulance.
En attendant, la priorité était de le protéger autant que faire se pouvait des intempéries. Le médecin ne pouvait pas faire grand-chose d’autre en attendant l’ambulance : les conditions ne se prêtaient pas vraiment aux soins d’urgence et l’agent ne présentait apparemment aucune blessure nécessitant une intervention immédiate. Il posa tout de même un pansement compressif sur l’épaule et le front pour arrêter le saignement mais il savait qu’ils seraient très vite trempés. Après lui avoir injecté un antalgique, il chercha des yeux un moyen de mettre son patient à l’abri pour éviter que l’hypothermie ne vienne s’ajouter à la faiblesse générale.
Ce fut Charlie qui trouva la solution : il s’assit contre le talus et saisit son frère dans ses bras, le calant contre lui pour le soutenir et tenter de le réchauffer et on les enveloppa de plusieurs couvertures. Ainsi blottis l’un contre l’autre, les deux frères se sentirent plus proches l’un de l’autres qu’il ne l’avaient jamais été, non pas physiquement, mais moralement.
Don sentait son petit frère trembler contre lui à la fois de froid mais aussi de peur rétrospective. Lui-même se sentait transi et terriblement faible mais le contact de Charlie lui redonnait des forces : il avait réussi à éviter à son frère les horreurs qu’il venait de traverser, et rien que cela valait toutes les victoires du monde.
Les pompiers furent sur place en une vingtaines de minutes. On plaça l’agent dans une de ces coquilles qui sert au secours en montagne et on le hissa sur le pont où Charlie le rejoignit au moment où les infirmiers s’apprêtaient à le faire entrer dans l’ambulance.
- Un moment ! demanda soudain Don, suspendant le geste des secouristes.
Charlie allait lui demander ce qui se passait lorsqu’il s’aperçut que le regard de son frère était rivé sur le corps de Mc Stylsen, resté exposé sur le pont, dans l’indifférence générale. On ne s’était occupé que de Don depuis le moment où le malfaiteur était tombé et ce n’était que justice. Charlie vit son frère frissonner en regardant le cadavre et il lui saisit la main
- C’est fini, il est mort, il ne te fera plus de mal. Tu as gagné Donnie ! C’est toi qui a gagné !
Don se laissa aller en arrière, reposant la tête sur le brancard. Oui, il avait gagné : malgré toutes ses menaces, malgré tout ce qu’il lui avait infligé, Mc Stylsen avait perdu. Il n’était pas parvenu à son but ultime et il était mort sans avoir assouvi son désir malsain. Charlie sentit la main de son frère étreindre la sienne et il répondit à cette étreinte, sentant que son aîné avait, en ce moment précis, désespérément besoin de se raccrocher à quelqu’un. Il prit alors conscience que Don avait beau avoir gagné, Mc Stylsen allait le hanter pendant longtemps encore.
CHAPITRE XXXVI
Lorsque l’ambulance arriva à l’hôpital, la première personne que les deux frères aperçurent lorsque les portes de l’ambulance s’ouvrirent fut leur père qui avait été prévenu. Il se précipita sur son fils rescapé et le serra tendrement dans ses bras en pleurant.
Don n’avait plus la force de répondre à son étreinte mais ses yeux parlaient pour lui et disaient toute sa tendresse et tout le soulagement qu’il éprouvait à être enfin libéré de son tortionnaire. Encadré par son père et son frère qui s’étaient emparé chacun d’une de ses mains, Don fut dirigé vers une salle de soin à l’entrée de laquelle une infirmière arrêta les deux hommes :
- Vous ne pouvez pas rentrer ici, je suis désolée.
- Mais c’est mon fils !
- Mais c’est mon frère !
Les deux protestations fusèrent simultanément. Il n’était pas question pour eux de le quitter des yeux.
- Je suis désolée, répéta l’infirmière. Mais les médecins vont s’occuper de votre fils, dit-elle en s’adressant à Alan. Je vous tiendrai au courant. Allez vous installer en salle d’attente s’il vous plaît.
Le ton était gentil mais ferme : il n’y avait pas à se tromper, c’était un ordre. Charlie faillit éclater : il venait tout juste de récupérer son frère, rescapé de la mort par miracle. Il n’avait pas l’intention de le laisser seul une fois encore. Mais Alan, après avoir regardé l’infirmière fixement, lui attrapa le bras.
- Elle a raison fiston. Ici nous ne pourrions que gêner. Ton frère est entre de bonnes mains. Allez viens !
- Ne vous inquiétez pas, intervint alors le médecin du F.B.I : je reste près de lui, je ne le quitte pas.
- Je compte sur vous, répondit Alan.
Et il réussit à entraîner son fils vers la salle d’attente après avoir fait de nouveau promettre à l’infirmière de le tenir au courant de l’état de santé de son aîné. Charlie et lui ne restèrent pas longtemps seuls dans la petite pièce meublée de fauteuils, de canapés et de quelques tables basses sur lesquels gisaient des revues censées permettre aux familles de prendre patience pendant qu’on s’occupait de leurs proches. David, Colby, Amita et Larry ne tardèrent pas à les rejoindre, les deux premiers ayant rapidement troqué leurs vêtements trempés pour un survêtement à l’effigie du F.B.I. qui ne laissait aucun doute sur leur appartenance au corps d’élite.
Ils demandèrent aussitôt des nouvelles de Don et Alan leur répondit simplement que les médecins s’occupaient de lui et qu’il n’y avait qu’à attendre. Colby tendit alors un sac plastique à Charlie qui le regarda d’un air interrogatif :
- Tu es trempé, je t’ai apporté de quoi te changer !
- Ca va bien ! protesta Charlie qui n’avait aucune envie de s’éclipser de peur de rater des nouvelles de son frère.
- Colby a raison, intervint alors Alan. Tu es trempé et tu risques d’attraper la mort !
- Et si j’ai envie d’attraper la mort, moi ? répondit-il d’un ton agressif.
- D’accord, comme tu veux, abdiqua Alan, en apparence. Mais si tu te contentes d’attraper un bon rhume, tu ne viendras pas te plaindre qu’on t’interdise de voir ton frère !
Charlie le regarda, l’air éperdu : il n’avait pas pensé à cette possibilité. Il était en effet évident que, s’il venait à s’enrhumer, on lui interdirait tout accès au blessé et ça, il ne pourrait pas le supporter.
- D’accord. Je vais me changer dans les toilettes. Mais vous m’appelez s’il y a du nouveau hein ?
- Ne t’inquiète pas.
- D’ailleurs je ne pense pas qu’on aura des nouvelles avant plusieurs dizaines de minutes, ajouta David.
- Je ne serai pas long.
Le mathématicien saisit le sac et se précipita vers les toilettes dont il ressortit moins de dix minutes plus tard, vêtu lui aussi d’un survêtement du F.B.I. Cette tenue, qui n’aurait pas manqué, en temps normal, de déchaîner les sarcasmes de ses amis, et que lui aurait été si fier d’arborer, passa totalement inaperçue dans le contexte angoissé qui était le leur.
Le temps passait et personne ne leur apportait de nouvelles, augmentant leur inquiétude sur l’état de santé de Don. Ses blessures étaient-elles graves ? Sa vie était-elle en danger ?
- Ne vous inquiétez pas trop, finit par dire David. De toute façon, le médecin du F.B.I. est resté avec eux et je sais qu’il nous préviendrait si son état venait à s’aggraver soudain.
Mais tout ça, ce n’étaient que des mots largement insuffisants pour calmer l’anxiété qui torturait Alan et Charlie à l’idée que leur fils et frère puisse être grièvement blessé.
Charlie tenta vainement de s’intéresser à l’une des revues gisant sur la table basse. Il tourna quelques pages puis la rejeta, l’air excédé : comment les soignants pouvaient-ils croire que ces tissus d’inepties parviendraient, ne serait-ce qu’un instant, à détourner l’esprit des familles qui attendaient des nouvelles du sort de ceux qu’elles aimaient et qui étaient en ce même moment aux mains de médecins ? Il se rendait compte, à ce moment précis que même le plus passionnant des ouvrages mathématiques n’aurait pour lui aucun intérêt tant qu’il ne saurait pas à quoi s’en tenir sur le sort de son frère.
Soudain, un homme en blouse blanche fit irruption dans la pièce et tous les occupants se dirigèrent aussitôt vers lui.
CHAPITRE XXXVII
- Comment va mon fils ?
C’est Alan qui le premier posa la question qu’ils avaient tous sur le bord des lèvres.
- Physiquement, ça devrait aller, dit le médecin qui était resté avec eux, les autres s’égaillant dans diverses directions pour remplir leurs offices respectifs. Nous allons le descendre en radiologie puis au scanner, ensuite on l’installera dans une chambre.
- Pourquoi un scanner ? s’inquiéta Charlie.
- Il a prit un coup violent sur le front et a aussi une bosse sur l’arrière du crâne qu’il semble s’être faite quand son ravisseur a freiné durant la course-poursuite. Nous préférons nous assurer qu’il n’y a pas de risque d’hémorragie intra-crânienne.
- Mais il est conscient ? s’inquiéta Alan.
- Oui, oui. Il est parfaitement conscient. Mais après ce qu’il a subi, nous ne voulons prendre aucun risque.
- De quoi souffre-t-il exactement Docteur ? interrogea alors Charlie.
- Comme je le disais, il a une plaie profonde au front qui a nécessité vingt et un points de suture et une autre à l’arcade sourcilière, vraisemblablement provoquée par une chevalière qui lui a valu encore douze points. Sa blessure à l’épaule a beaucoup saigné mais la balle n’a fait que traverser le membre sans causer de dommages graves. Sa main est terriblement meurtrie : nous avons passé une radio pour nous assurer qu’il n’y ait pas de fractures. C’est son pied le plus atteint : il est cassé en plusieurs endroits. Il a au moins trois orteils fracturés et nous avons dû arracher l’ongle du gros orteil qui l’était déjà à demi. Il souffre de près de trente brûlures de cigarettes sur les cuisses par ailleurs profondément écorchées et irritées, l’estomac et le ventre. Un plasticien viendra vous faire un compte-rendu plus détaillé à ce sujet. Par ailleurs, il présente de nombreux hématomes sur presque tout le corps, et une légère hypothermie due à sa chute dans le fleuve. Mais, comme je vous l’ai dit, essaya de réconforter le médecin, conscient du sentiment d’horreur qui étreignait toutes les personnes présentes et plus particulièrement le père et le frère de son patient, physiquement il n’y a à priori rien d’irrémédiable. Avec du temps, il se remettra parfaitement.
- Et pour le reste ? interrogea alors Alan.
- Que voulez-vous dire ?
- Est-ce que mon fils a été… Est-ce que cet homme l’a…
Il n’arrivait pas à terminer sa phrase, à la fois anxieux de savoir et désireux d’ignorer. Il savait qu’il lui fallait connaître la vérité mais il n’était pas sûr qu’il serait capable de la supporter.
Il se souvenait d’une conversation qu’il avait eu avec Margaret lorsque Don était parti pour l’université. Il lui avait dit alors qu’il était heureux qu’il soit un garçon parce qu’au moins il était sûr qu’on ne chercherait pas à abuser de lui et qu’il n’aurait pas cette inquiétude à gérer en plus du reste. Il se souvenait encore de la réponse de sa femme. De sa voix douce et posée, elle s’était contentée de lui dire : « Tu sais Alan, quoi que tu puisses en penser, malheureusement, le viol n’est pas réservé aux filles. Des garçons aussi se font violer ! » Il avait alors haussé les épaules, préférant ne pas continuer cette conversation qui le mettait mal à l’aise. Et voilà qu’il s’apercevait qu’une fois encore Margaret avait eu raison : il ne suffisait pas d’être un homme pour échapper à l’innommable. Il espérait seulement que son fils n’était pas parmi les victimes.
- Aucun signe de sévices sexuels, non, déclara alors le médecin.
- Dieu soit loué ! s’exclama Alan tandis que tous les autres poussaient un puissant soupir de soulagement.
David et Colby se serrèrent la main, un grand sourire aux lèvres.
- On peut le voir ? interrogea alors Charlie.
- Dès que nous en aurons terminé avec les examens, oui.
Et il les laissa là, rassurés de savoir que Don n’avait rien de grave mais toujours inquiets pour lui : tant qu’ils ne l’auraient pas vu de leurs yeux, Alan et Charlie ne parviendraient pas tout à fait à croire qu’il allait bien.
Une heure après environ, le médecin revint : il avait un grand sourire aux lèvres et ils comprirent que tout allait bien. En effet, il leur annonça que la radio n’avait pas décelé de fracture à la main : juste un écrasement des cartilages qui nécessitait tout de même la pose d’un plâtre, mais qui guérirait vite. Quant au scanner, l’hématome qu’il avait permis de déceler semblait ne présenter aucun caractère de gravité et allait vraisemblablement se résorber de lui-même.
- Alors, on peut le voir maintenant ? demanda à nouveau Charlie.
- Bien sûr oui. Dès qu’on l’aura installé dans sa chambre. Mais juste vous et votre père : il doit se reposer. D’ailleurs nous lui avons administré un sédatif et il ne devrait pas tarder à s’endormir. Nous allons le garder vingt-quatre heures pour nous assurer que tout va bien, puis il pourra rentrer chez lui.
- Ca, c’est hors de question ! protesta Alan. On le ramène chez nous !
On vint les avertir que Don venait d’être installé dans sa chambre et ils suivirent l’infirmière le long des couloirs. Ils entrèrent alors dans une pièce de dimensions moyennes et leurs yeux se tournèrent aussitôt vers le lit où Don gisait sur le dos, les yeux mi-clos, la respiration oppressée. Ils s’installèrent auprès de lui et chacun d’eux s’empara d’une de ses mains dans une étreinte rassurante. Il ouvrit alors les yeux et essaya de leur sourire
- Oh, papa, Charlie ! Comment ça va?
- Nous ça va fiston, et toi ? répondit son père en caressant doucement ses cheveux tandis que Charlie se contentait de passer une main rassurante sur son bras gauche, l’une des seule partie de son corps à n’être pas couverte d’hématomes.
- Ca ira… je crois.
Petit à petit ils le sentirent se décontracter et son souffle se fit plus régulier. Ils comprirent qu’il s’était endormi sous l’effet du sédatif, et ils restèrent là, à le veiller, pour être sûrs que l’horrible épreuve qu’il venait de traverser était définitivement terminée et que, désormais, personne ne lui ferait plus jamais de mal.
FIN