HypnoFanfics

Le temps d'un week-end

Série : The Pretender
Création : 02.07.2026 à 15h07
Auteur : sanct08 
Statut : Terminée

« Le quotidien de Miss Parker et Jarod bascule quand ils se retrouvent à devoir passer un week-end ensemble. » sanct08 

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Il y avait longtemps que Miss Parker n’avait eu le loisir de prendre quelques jours de congés. En réalité, ses dernières vacances remontaient à près de 3 ans. Si on pouvait considérer qu’un arrêt-maladie de 6 semaines se rapprochait de vacances… Cependant son monde avait tellement changé récemment qu’elle ressentait le besoin de se poser, de s’éloigner du Centre et de réfléchir à ce qu’était devenue sa vie. Depuis la mort de son père, elle n’était plus la même et son quotidien avait été tellement chamboulé qu’elle en était venue à se demander si un ulcère perforé pouvait éclater à nouveau. Elle s’était également, occasionnellement, remise à fumer. Par ailleurs, son humeur était tellement fluctuante que Sydney avait insisté pour qu’elle décide de mettre son projet de vacances en œuvre et parte quelques jours. Le Centre pouvait bien tourner sans elle pendant une petite semaine, voire plus, et il espérait qu’elle reviendrait plus calme et de meilleure humeur. Comme souvent, elle lui avait prêté une oreille attentive et avait informé Mr Raines, le nouveau Président de l’institut, de son absence. Une décision qui avait contrarié l’homme à la bouteille d’oxygène, au plus grand bonheur de sa subordonnée, mais à laquelle il avait immédiatement consenti parce que lui non plus ne supportait plus ses incessants changements de caractère. Elle avait donc plié bagages et pris, dans le plus grand secret, la direction du Maine. Elle avait désactivé le système de géolocalisation de son téléphone et décidé de voyager en train en ne réalisant aucun paiement à l’aide de sa carte de crédit habituelle. Elle ne voulait pas que l’on sache où elle se rendait afin que le domaine secret de sa mère, qui était devenu le sien, ne lui soit pas arraché. Seuls Sydney et Broots, évidemment, avaient connaissance de sa destination. Après un voyage en train des plus agréables, elle avait acheté un ticket de bus pour se rendre dans le petit village côtier où résidait Ben Miller, son hôte. Ben était un ami proche de sa mère. Un vieil homme resté fidèle à sa mémoire et son souvenir qu’elle avait rencontré grâce à Jarod voilà plusieurs années. Sa maison d’hôtes, où elle avait déjà séjourné plusieurs fois dont l’une, mémorable, avec Thomas, était un havre de paix. Seuls les bruits quotidiens de la vie et le pépiement des oiseaux troublaient la quiétude des lieux.

A sa descente du bus, un sentiment de joie s’empara d’elle et le calme se fit dans son esprit. Ben l’attendait, comme promis, à la gare routière. Le sourire chaleureux du vieil homme réchauffa son coeur meurtri plus sûrement que ne l’avaient fait les paroles de réconfort de ses amis ou de son jumeau. Elle avait d’ailleurs tellement peu en commun avec ce dernier qu’il lui arrivait encore de se demander comment Lyle et elle pouvaient être frère et sœur. Elle se dirigea vers Ben, ses lèvres s’étirant malgré elle en un sourire, pour le saluer.

« Quel plaisir de vous revoir Miss Parker !

- Merci. Et merci encore de me recevoir pendant 10 jours.

- Avec grand plaisir. Le silence de ma demeure me déplaît et je manque cruellement de conversation depuis que Michael, mon partenaire de bridge, est parti pour les vacances chez ses petits-enfants.

- Vous n’avez pas de clients en ce moment ? La météo est pourtant clémente pour un mois d’avril.

- Hélas non ! Il faut croire que les petits villages n’attirent plus autant les touristes que par le passé. Mais cela ne fait rien. Donnez-moi l’un de vos bagages pour que vous ne soyez pas trop chargée. Ma voiture a refusé de démarrer ce matin et il va falloir faire le trajet à pied. Désolé.

- Ça ne fait rien. Marcher et respirer l’air du large me feront le plus grand bien. Et puis c’est bon pour la ligne et la forme ! dit-elle en lui tendant le plus léger de ses bagages, à savoir sa mallette contenant son lecteur de DSA et les précieux CD »

Le duo se mit en marche et prit tout son temps pour gagner le cottage de Ben. Ils devisèrent de sujets aussi divers que la météo, la prochaine fête du village prévue le week-end suivant ou encore de l’augmentation des produits au marché. Le genre de sujet dont Miss Parker ne parlait jamais, ou seulement en de très rares occasions avec Broots, parce que l’ambiance professionnelle et personnelle dans laquelle elle baignait généralement ne laissait pas de place à des sujets aussi triviaux. Avec Ben, elle retrouvait le goût de la simplicité. Une chose qu’elle avait remisée au placard après le décès de Thomas.

« Faites attention à votre manteau, la prévint-il quand ils arrivèrent en vue de sa maison, j’ai refait les peintures du front porche et elles sont encore fraîches. »

Elle acquiesça et le laissa passer devant elle pour qu’il ouvre la porte. Elle avait à peine franchi le seuil que l’odeur du pin et d’un gâteau à la cerise s’infiltra dans ses narines ravivant un fugace souvenir d’enfance mettant sa mère en train de pâtisser en scène. C’est à ça, se surprit-elle tout à coup à penser, qu’aurait dû rassembler sa vie si Catherine et Thomas ne lui avaient pas été enlevés. Elle aurait dû rentrer chez elle et sentir l’odeur du bois poncé pour en retrouver l’essence d’origine (une senteur qu’elle avait appris à apprécier aux côtés de Tommy) et regarder avec envie le gâteau que sa mère aurait confectionné avec amour pour elle et ses petits-enfants. Elle secoua la tête pour se débarrasser de ses rêves. Depuis le sacrifice de son père quelques semaines plus tôt, elle était nostalgique d’un univers qu’elle n’avait pas ou trop peu connu. Sans trop savoir pourquoi. Elle aurait dû s’en ouvrir à Sydney mais elle avait eu peur qu’il ne l’assomme avec ses théories psychologiques sur le deuil et les regrets. Ou pire… sur les remords.

« Miss Parker, tout va bien ?

Elle détestait qu’on lui pose cette question car cela signifiait qu’elle ne parvenait pas à garder ses pensées et ses troubles pour elle. Une chose que son père lui avait pourtant enseignée depuis sa plus tendre enfance et qu’elle avait toujours mis un point d’honneur à suivre, notamment depuis le décès de sa maman.

« Ça va, lança-t-elle un peu plus sèchement qu’elle ne l’aurait voulu. Je suis désolée, se reprit-elle immédiatement, le voyage m’a fatiguée et je ne suis pas de bonne compagnie quand je ne suis pas à 100 % de ma forme. Ce n’est absolument pas contre vous, se sentit-elle obligée d’ajouter.

- Je m’en doute. Dans ce cas, vous devriez aller vous reposer en attendant l’heure du dîner. J’ai préparé, comme d’habitude, la chambre de votre mère.

- Merci. »

Elle ramassa ses sacs de voyage et sa mallette et partit s’étendre un moment.


sanct08  (02.07.2026 à 15:12)

Ben avait conscience que Miss Parker n’allait pas bien. En journée, elle faisait tout pour se montrer sous son meilleur profil et barrait la route à ses tourments mais la nuit, c’était une autre affaire. Il y avait maintenant près de 7 jours qu’elle logeait chez lui et qu’immanquablement, chaque nuit, elle se tournait et se retournait sans cesse dans son lit. Le lit grinçant, il lui était difficile de ne pas l’entendre d’autant plus qu’il avait aussi refait les vernis des boiseries dans la semaine et qu’elle devait dormir la porte ouverte pour laisser la pièce s’aérer. Son sommeil troublé attirait donc son attention. Elle lui donnait l’impression de tenter de se défaire d’un cauchemar sans jamais y parvenir. Trois jours auparavant, elle avait même commencé à pleurer en dormant mais il n’était pas certain qu’elle en ait conscience. Ses pleurs n’étaient certes pas très forts mais ils suffisaient à alarmer le vieil homme légèrement insomniaque qu’il était. La première nuit, il s’était même levé pour aller voir s’il pouvait faire quelque chose pour elle et avait constaté qu’elle n’esquissait aucun geste pour essuyer ses larmes. Pleurer n’était apparemment pas suffisant pour la tirer du sommeil. Il avait renoncé à la réveiller de peur de la voir se cacher derrière son masque de froideur, d’indifférence et faire comme si rien ne s’était passé. Ou pire… il craignait qu’elle ne prenne la fuite, morte de honte d’avoir laissé transparaître ses sentiments. Il savait qu’il n’arriverait pas à la faire parler et savait qu’elle répugnerait à se confier. A lui comme à quelqu’un d’autre. Il ne l’avait vue qu’une fois aussi chamboulée : à l’époque où son père s’était volatilisé plusieurs semaines sans donner de signe de vie. Et même alors elle avait franchement lâché la bride à ses émotions et s’était ouverte à lui. La coupe était alors pleine mais il doutait que cette fois-ci, elle veuille parler. Il avait été confronté à la même situation quand elle était venue à lui, le temps d’une journée, après le décès de son amant. Elle avait toujours refusé de parler de ce qu’elle ressentait alors, comme si parler revenait à avouer ses faiblesses. Comme si cela l’effrayait ou rendait la chose plus réelle. Aujourd’hui, il était tellement inquiet qu’il se disait qu’il aurait besoin d’aide. Le fait de voir du monde l’aiderait peut-être. Il connaissait pourtant bien le tempérament de la Miss et avait ainsi hésité avant d’accepter une proposition d’hébergement de dernière minute pour le week-end de fête. Il espérait ne pas avoir eu tort et priait pour que cela l’aide.

Il était seul chez lui, l’avant-veille quand le téléphone avait sonné. Miss Parker était descendue au village s’acheter un paquet de cigarettes. Il détestait la voir bousiller sa santé mais n’y pouvait rien. Elle ne fumait jamais à l’intérieur, et très rarement devant lui, car elle savait qu’il désapprouvait mais il ne lui avait jamais refusé le droit de fumer dans son jardin.

« Millers’s cottage, bonjour.

- Bonjour Ben, c’est Jarod. Comment allez-vous ?

- Ah Jarod ! Comme c’est bon de vous entendre ! Je vais bien et vous ?

- On ne peut mieux ! A vrai dire, je crois ne m’être jamais senti aussi bien qu’aujourd’hui.

- Ça s’entend à votre voix. C’est en lien avec votre famille ?

- Oui. Je l’ai retrouvée Ben. Pour la première fois depuis des années, nous allons pouvoir nous rencontrer !

- Quelle excellente nouvelle ! Je suis si heureux pour vous !

- Merci. Nous aimerions que nos retrouvailles aient lieues dans un coin tranquille. Je me demandais donc si je pouvais louer vos chambres.

- Avec plaisir ! Je suis touché que vous souhaitiez faire de mon cottage un témoin de votre bonheur.

- J’ai passé d’excellents moments en votre compagnie et votre cottage est un lieu merveilleux. Par ailleurs, mes parents connaissaient Catherine Parker et j’ai pensé que vous aimeriez pouvoir parler d’elle avec eux. De plus, si vous êtes d’accord, vous aurez aussi la possibilité de rencontrer l’une de ses vieilles connaissances : Harriet Tashman.

- Harriet Tashman ? La meilleure amie de Catherine ?

- En personne !

- Comment vous refusez cela ! Vous avez non seulement pensé à vous mais aussi à moi ! Par ailleurs, Catherine ne tarissait pas d’éloges à propos d’Harriet. Il me semble même l’avoir vue une fois, il y a bien longtemps, en sa compagnie. Mais je ne sais plus en quelle circonstance…

- C’est en partie grâce à elle que j’ai pu remonter à ma mère. Bien qu’elle avait au préalable indiqué avoir accompli sa part. Elle s’est ravisée et je trouve donc normal de la convier à la réunion à laquelle elle a œuvré. Mais je ne voudrais surtout pas que nous nous imposions. Je me doute que la saison doit battre son plein pour vous. La météo est très clémente en ce moment.

- Hélas non ! Et vous ne vous imposez pas. Vous pouvez même venir de suite si vous le désirez. Il vous faudra néanmoins vous serrer un peu. Sans compter ma chambre et celle de Catherine, je n’ai plus que 4 chambres disponibles. La dernière est actuellement inutilisable suite à un dégât des eaux qui doit prochainement être réparé.

- 4 ? Aucun problème ! Si cela vous dépanne, je peux prendre la chambre de Catherine. Ma sœur et Harriet n’auront qu’à dormir ensemble, comme mes parents.

- A dire vrai, Miss Parker occupe la chambre de sa mère. »

Il y eut quelques secondes de silence avant que Jarod ne reprenne la parole.

« Miss Parker est chez vous ?

- Oui, depuis près d’une semaine. Elle a téléphoné il y a quelques jours en me demandant si je pouvais l’héberger pendant ses congés. Vous savez bien que ma maison lui est toujours ouverte et de fait, je ne lui ai pas dit non.

- Je la savais absente du bureau mais ignorais qu’elle avait posé ses bagages chez vous.

- Est-ce problématique ? Parce que si tel est le cas, vous pouvez décaler votre séjour de quelques jours bien que j’adorerais vous recevoir dès maintenant !

- Ce n’est pas un problème pour moi mais je ne suis pas sûr que ce soit le cas pour les membres de ma famille. »

Il fit une nouvelle pause puis reprit :

«  Peut-être qu’il serait plus sage de décaler notre séjour pour éviter tout malentendu ou toute friction.

- Je sais que Miss Parker et vous n’êtes pas toujours en bons termes...commença Ben qui était en train de se dire que son amie accepterait peut-être de parler à Jarod et que celui-ci était peut-être l’homme de la situation.

- Ce n’est rien de le dire ! le coupa le caméléon

- ...mais je sais aussi, reprit le vieil homme sans se démonter, que vous vous connaissez depuis toujours et que vous vous estimez. En dépit des apparences. Jarod, elle ne va pas bien. »

Le ton inquiet de son ami inquiéta l’évadé.

« Comment ça ?

- Je ne sais pas trop. Elle est moins...ouverte que d’habitude. Elle parle déjà peu en temps normal mais cette fois c’est différent. Elle prétend qu’elle va bien. Qu’elle est juste fatiguée et doit encore composer avec le décès de son père mais je ne la crois pas entièrement honnête. Elle ne veille pas tard, dort mal, fait des cauchemars et…

- Et ? dit Jarod que l’hésitation de Ben rendait nerveux

- Je ne sais pas si je peux en parler vu que je ne lui en ai rien dit. Après tout, annonça-t-il quelques secondes plus tard, sa santé pourrait bien être en jeu. Ses maux d’estomac la travaillent à nouveau, de là à dire qu’elle a un nouvel ulcère je n’en sais rien, mais ce qui m’alarme le plus est qu’elle pleure la nuit. Sans s’en apercevoir.

- Nous serons là vendredi si c’est bon pour vous, répondit aussitôt le caméléon. Ma famille m’a laissé le loisir de choisir la date et le lieu de notre réunion. J’ai bien conscience que je vais au-delà des ennuis mais Parker compte aussi pour moi.

- C’est parfait. »


sanct08  (02.07.2026 à 15:22)

Toute la journée, Miss Parker avait eu l’impression que Ben lui cachait quelque chose. Il se comportait comme Broots quand il hésitait à lui faire part d’une découverte. Il était mal à l’aise, prenait des précautions et lui donnait l’impression d’être prêt à lui annoncer une terrible nouvelle. Elle avait bien tenté de savoir ce qui n’allait pas mais le vieil homme se bornait à répondre que tout allait bien quand il ne restait pas muet comme une carpe. Elle avait seulement réussi à apprendre que d’autres hôtes devaient arriver ce jour-là. Ce n’était pas la première fois qu’il recevait en sa présence aussi ne comprenait-elle pas ce qui le dérangeait tant. En début d’après-midi, Ben lui annonça qu’il descendait aider à mettre au point les derniers préparatifs pour la fête avant de se rendre à la gare routière pour récupérer ses hôtes. Il lui certifia qu’il serait de retour au plus tard vers 17h30. La voiture était certes réparée mais ses clients, au nombre de 7 et venus en bus, étaient trop nombreux pour s’entasser dans sa vieille Ford. Il faudrait donc le temps à tout ce beau monde de remonter à pied après l’arrivée du bus.

Ben parti, Miss Parker saisit le roman qu’elle était en train de lire et partit s’installer sous les ormes du jardin arrière, près de la piscine et de la terrasse. Ben avait construire le bassin d’eau afin de pouvoir recevoir des familles avec enfants pendant les vacances. Une nécessité, lui avait-il expliqué, pour continuer à vivre de sa passion et entretenir sa maison. Il espérait bien que tous ces aménagements seraient longtemps des plus-values et qu’ils seraient les bienvenus le jour où son bien devrait revenir à ses héritiers. Héritiers qui n’étaient autres que Jarod et elle. Il l’en avait informée quelques mois plus tôt en insistant sur la joie qu’ils lui feraient en acceptant d’être ses légataires testamentaires. Il n’avait pas d’enfant et désirait ardemment que la fille de Catherine et l’homme qui lui avait permis de la rencontrer puissent bénéficier d’un endroit à eux pour fuir leur quotidien. Elle n’avait pas su que répondre et s’était contentée de le remercier pour cette attention. Penser à la mort prochaine de son ami l’attristait. Il avait eu quelques problèmes de santé cette année-là et, depuis le décès de son père, elle avait pris conscience que les adultes qui avaient fait partie de sa vie allaient la quitter un jour. Un jour plus proche qu’elle ne l’aurait voulu. Stop ! Les émotions n’étaient pas bonnes pour elle ! Elle devait se secouer aussi décida-t-elle de reporter son attention sur sa lecture. Elle s’allongea dans l’un des deux hamacs du jardin, profitant des rayons du Soleil, et ouvrit son livre. Elle avait déjà lu 2 fois cette romance tragique que Jarod avait écrite bien qu’elle ne l’aurait admis pour rien au monde. Le style du caméléon, grave et sensuel avec une touche de poésie, la happait toujours dès les premières pages. Sous la plume de Jarod, elle revivait leur enfance commune et redécouvrait la petite fille qu’elle avait été. Son ami dressait d’elle un portrait tout à la fois triste et optimiste. Il voyait ce qu’il y avait de meilleur en elle et le retranscrivait tout en y apportant une note d’espérance. L’espérance d’un avenir meilleur, moins sombre et esseulé pour celle qu’il surnommait affectueusement la « plus triste des petites valentines ». Elle avait lu à peine quelques pages que le sommeil la saisit. Ce furent les voix en provenance de la cuisine qui la réveillèrent, à sa grande honte, plusieurs heures plus tard. Ben et ses hôtes étaient revenus et elle ne les avait même pas entendu rentrer. Elle qui, d’habitude, était réveillée au moindre bruit n’avait rien entendu ! On aurait tout aussi bien pu l’agresser qu’elle ne s’en serait même pas rendu compte ! Et dire qu’après le meurtre de Thomas elle s’était jurée de ne plus jamais laisser le sommeil profond avoir raison d’elle… Elle mit pied à terre, referma le roman qu’elle avait laissé reposer ouvert sur sa poitrine et se dirigea vers la maison. Elle venait d’entrer dans le salon quand une voix la cloua sur place. Celle de Jarod. Elle n’eut pas à se demander plus longtemps s’il s’agissait bien de lui car il pénétra dans la pièce, muni d’un plat à salade, quelques secondes après elle.

« Bonsoir Parker. »


sanct08  (03.07.2026 à 08:40)

A son arrivée à la gare, Jarod était impatient et excité. Angoissé aussi. Il avait communiqué le lieu de rendez-vous aux siens en toute discrétion et, pour plus de sûreté, avait exigé que chacun s’y rende par ses propres moyens et séparément. Inutile d’attirer l’attention du Centre sur cet endroit en arrivant en groupe. Le caméléon se savait pisté et il ne voulait pas révéler sa cachette secrète et compromettre les siens en arrivant avec eux. Il s’était donc forcé à la patience et avait dû réfréner son envie de les voir au plus vite pour s’assurer de pouvoir les voir. Il refusait que le Centre lui gâche encore la joie des retrouvailles. C’est pour cette raison qu’il avait hésité à reporter cet évènement en apprenant que son amie d’enfance serait là. Après tout, elle incarnait le Centre et ce plus que quiconque puisqu’elle y avait été conçue, y était née, y avait grandi et y travaillait. Et à chaque fois qu’il avait rencontré un membre de sa famille, elle avait été présente. Gâtant ainsi souvent, même sans qu’elle ne l’ait réellement voulu, ces instants. Mais Parker était aussi celle qui, tout au long de sa vie, l’avait accompagné. Ils avaient grandi ensemble, avaient dévoilé ensemble certains secrets et complots du Centre, s’étaient rapprochés au point de presqu’échanger un baiser. A Carthis, où cela avait failli se produire, ils avaient été plus proches que jamais. Ils avaient appris à se détester et avaient su prouver que l’amitié, et même l’amour, pouvaient naître en tout lieu et en tout temps. Désormais Jarod avait, assez confusément, la tenace impression qu’il avait besoin aujourd’hui de lier son passé et son présent. Rencontrer TOUTE sa famille était un rêve. Un rêve qui lui glaçait pourtant le sang car il était imprévisible. Jusqu’à ce qu’ils soient tous réunis, il savait qu’il ne fallait pas s’emballer. Et si la réunion de famille n’avait pas lieu, il aurait besoin d’une épaule sur laquelle il pourrait s'appitoyer et, surtout, il aurait besoin de quelqu’un sur qui déverser sa bile. Ben et Parker remplissait chacun un de ses rôles. Syndey était loin et n’avait jamais tenté de l’empêcher de rejoindre les siens, contrairement à son amie, et le caméléon ne pouvait donc pas se tourner vers lui pour quémander du réconfort et il n’avait pas de raison de le vilipender. Ben pourrait lui prêter une oreille attentive et le réconforter comme il le pourrait mais il ne serait pas Sydney. Parker, elle, était parfaite dans le rôle du réceptacle de sa colère. Par ailleurs, elle avait su lui prouver qu’elle pouvait aussi être une épaule sur laquelle se reposer. Sa présence à ce moment précis était peut-être un signe du Destin. Peut-être se trouvait-elle là aussi pour représenter sa mère, grande absente de ces retrouvailles qu’elle avait ardemment espérées. Depuis peu Jarod avait appris à croire au Destin. Enfin il voulait croire que la présence de la Miss n’était pas anodine et qu’il pourrait l’aider à surmonter son chagrin et la questionner sur son état de santé. Ben avait mentionné le fait qu’elle n’allait pas bien et cela l’inquiétait. Mis à part Sydney, qui l’avait élevé, elle était sa plus vieille connaissance. Enfin, sa plus vieille connaissance féminine et il tenait à conserver le lien qui les unissait pour ne pas encore perdre son passé.

Jarod sortit soudainement et complètement de ses pensées quand il vit 3 femmes descendre du bus. Son coeur chavira quand il reconnut sa sœur, Emily mais surtout quand il vit sa mère. Il ne l’avait aperçue en vrai qu’une seule fois mais n’avait jamais eu le loisir de l’approcher, de l’observer ou même d’entendre le son de sa voix. Il était pétrifié de bonheur. Emily l’avisa immédiatement et lui sauta au cou, enchantée de le revoir. La dernière fois qu’il l’avait vue, elle gisait dans un lit d’hôpital après avoir été défenestrée par Mr Lyle. Parti ensuite précipitamment pour empêcher Ethan, leur demi-frère, de faire sauter un train puis contraint de fuir à nouveau, il n’avait pas eu l’occasion de prendre de ses nouvelles ni de recroiser sa route. Il la serra fort contre lui avant qu’elle ne s’écarte pour laisser la place à leur mère. Les pensées se bousculaient sous le crâne du génie et il se perdit dans le regard attendri et les larmes de félicité qui perlaient aux coins de ses yeux. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser qu’elle le pressait fiévreusement contre son coeur en lui chuchotant des mots affectueux. Quand il prit conscience de cette proximité qu’il avait tant cherchée, il pleura à son tour. Les fêlures de son coeur semblèrent alors se réparer comme par magie et il comprit enfin réellement la raison pour laquelle Catherine Parker manquait tant à sa fille. L’amour d’une mère guérit toutes les blessures même celles que l’on traîne depuis toujours. En seulement une poignée de secondes, elle avait offert à Jarod le plus précieux des cadeaux. Margaret avait du mal à le lâcher tant elle craignait de briser cet instant mais la voix de stentor de son mari, retentissant dans son dos, lui arracha un petit cri et elle desserra son étreinte. Le caméléon en profita alors pour saluer avec ferveur Harriet avant de se tourner vers les 3 nouveaux venus qui descendaient d’un camion.

« Un camion ? Tu n’as pas trouvé mieux comme moyen de transport ? s’amusa le caméléon

- Figure-toi qu’à la base nous devions venir en bus mais le taxi qui devait nous conduire à notre gare routière est tombé en panne. Nous sommes donc arrivés en retard et avons manqué le bus. Nous avons heureusement eu la chance de tomber sur ce brave George qui nous a entendu parler de nos déboires et nous a gentiment escortés jusque-là puisque c’était sur sa route ! expliqua J2, son clone

- C’était avec plaisir !! commenta le routier. Vous êtes de bien joyeux passagers !

- Et vous un gai conducteur ! »

George s’éloigna après avoir salué le groupe et Jarod se rua dans les bras de son père. Il ébouriffa ensuite les cheveux de son clone et serra Ethan contre lui. Il avait trouvé son Graal. Seul Kyle, son frère assassiné, manquait à l’appel. Il avait enfin réuni les siens.

« Je suis heureux. Si heureux!

- Et moi donc ! J’ai espéré cet instant pendant plus de 30 ans, s’émut sa mère, j’ai tant de questions !

- Elles trouveront toutes une réponse, je te le promets. Nous aurons du temps.

- Est-ce que tu es sûr que cet endroit est réglo ?

- Oh oui papa. Ce charmant petit village a accueilli Catherine Parker pendant des années et jamais elle n’y a été débusquée. Elle y a aussi caché de précieuses informations. Et pour ma part je suis venu à plusieurs reprises et n’ai jamais été repéré.

- Catherine adorait cet endroit. Elle disait adorer faire du vélo en bord de mer, se souvint Harriet.

- C’est ce que m’a dit Ben, confirma Jarod à l’instant où le vieil homme se dirigeait vers eux. Bonjour Ben !

- Bonjour Jarod, dit-il en lui serrant la main. Bonjour à tous ! »

Le caméléon fit rapidement les présentations et le groupe emboîta le pas à son hôte. Chemin faisant, Jarod se rapprocha de sa mère et commença à expliquer comment il avait découvert ce petit coin de paradis.

« En tous les cas, Mr Miller, vous avez toute notre gratitude. Grâce à vous nous pourrons apprendre à nous connaître sans craindre le danger. 

- Il est inutile de me remercier. Jarod m’a rendu service à de multiples reprises et je suis heureux de pouvoir lire le bonheur sur vos visages. Cela me suffit amplement.

- Je comprends pourquoi Catherine vous aimait tant. Vous êtes simple et humain, releva Harriet. »

Ils arrivèrent bientôt en vue du cottage qui se trouvait au bout d’une longue allée bordée de hêtres et de pins. De petites fleurs colorées poussaient dans l’herbe et quelques abeilles, bien en avance pour la saison, les butinaient.

« C’est magnifique ! Vous avez une superbe demeure ! s’exclama avec envie Margaret. J’aimerais avoir une demeure pareille pour y couler mes vieux jours en compagnie des miens.

- Cela pourrait peut-être se produire. Je n’ai plus de famille et d’enfants. Ce cottage reviendra à Jarod et Miss Parker.

- En parlant de Parker… commença Jarod, gêné

- Eh bien quoi ?

- Elle est ici. »

Un silence soudain s’abattit sur le groupe. Emily semblait consternée alors que ses parents étaient inquiets. Seul Ethan semblait se réjouir. Harriet et J2, eux, ne semblaient pas savoir que penser. Ben, prudemment, garda les yeux baissés.

« Tu as organisé nos retrouvailles alors que le Centre n’est pas loin ?!

- Nous n’aurons rien à craindre de Miss Parker.

- Son frère m’a défenestrée ! s’exclama Emily

- Elle n’est pas Lyle ! Elle ne nous fera aucun mal.

- Comment peux-tu en être aussi sûr ?! Elle est le Centre !

- Elle n’aurait absolument rien à gagner à s’en prendre à nous. Avec le décès de Mr Parker, elle est redevenue prisonnière du Centre. Enfin elle l’est encore plus que par le passé. Cet endroit est sa seule échappatoire. Si elle nous livrait au Centre, il faudrait qu’elle en révèle l’existence. Un risque qu’elle ne prendra jamais.

- Et si tu te trompes ?

- Je la connais. La seule chose que nous avons à craindre d’elle est son mauvais caractère.

- Personnellement je serai content de la revoir, intervint timidement Ethan sous le regard courroucé de sa demi-sœur. Je suis parti comme un voleur la dernière fois que l’on s’est vus. Je lui dois des excuses.

- Pourquoi ne nous en avoir rien dit plus tôt ? demanda doucement Margaret

- Pour ne pas reporter cette rencontre. Nous avons assez attendu et Dieu seul sait si nous aurions eu une autre occasion, même si j’avoue avoir envisagé de tout annuler quand Ben m’a annoncé qu’elle était chez lui.

- Alors tu as préféré nous mettre devant le fait accompli et décider pour nous ?!

- Emily !

- Non papa, elle n’a pas entièrement tort, reconnut le caméléon

- Je détesterai avoir à choisir entre elle et vous mais si sa présence vous dérange à ce point, il y a peut-être moyen de s’arranger. Ceux qui ne souhaitent pas vivre sous le même toit qu’elle peuvent se rendre chez un ami jusqu’à son départ, prévu dans 3 jours, avant de venir chez moi. Si certains acceptent de composer avec sa présence, ils sont les bienvenus. »

L’intervention aimable mais ferme de Ben ramena le calme.

« Tu aurais dû nous en avertir mais Ben est chez lui. Il a accepté de vous recevoir, elle et toi, depuis longtemps et ne doit pas avoir à composer avec nos humeurs. Elle comme nous sommes des clients comme les autres. Ben a raison de nous traiter de manière égalitaire, dit Charles. Et, si je comprends bien, elle était là avant nous. Nous ne pouvons pas la chasser. Ce serait inconvenant. Est-elle au courant de notre arrivée ?

- Non. J’ai préféré ne rien lui en dire.

- Pourquoi ?

- Pour éviter d’avoir à choisir entre elle et vous et pour ne pas la voir partir alors qu’elle ne va pas très bien.

- Qu’est-ce qu’elle a ? demanda J2 curieux. Quoi ? Elle a été gentille avec moi, dit-il à Emily qui le fixait d’un air mécontent.

- Des problèmes de santé, répondit Ben sans entrer dans les détails

- Dans ce cas, reprit le Major, nous sommes tous à égalité. Ben, nous vous suivons.

- Et nous vous prions de nous excuser pour cette petite scène, ajouta sa femme. »

Ben assura qu’il n’y avait aucun problème et ouvrit la porte.

« Tu nous devras des excuses et des explications mon petit gars, prévint Charles en passant devant son fils. Tu conviens aisément que la situation soit délicate pour nous. »

Un air contrit se peignit sur le visage de Jarod qui approuva cependant la demande de son père.


sanct08  (03.07.2026 à 11:21)

En le voyant son premier réflexe, puérile, fut de cacher son roman afin qu’il ne voie pas qu’elle le lisait. Elle craignait d’être sinon encore victime d’une de ses piques et de devoir se montrer convaincante en lui affirmant que sa lecture était purement professionnelle. Une tâche peu aisée...Elle prit alors la parole.

« Jarod ? Qu’est-ce que... »

Miss Parker s’interrompit en voyant entrer les différents membres de sa famille à sa suite.

« Dis-moi que je rêve, marmonna-t-elle.

- Tu ne rêves pas.

- Comment est-ce possible ?

- De longues années de recherches et l’aide d’Harriet, il désigna la vieille dame, ont été nécessaires. Parker, je te présente Harriet Tashman, une amie de ta mère. Harriet, voici la fille de Catherine Parker.

- La dernière fois que je vous ai vue vous n’étiez encore qu’un bébé. Vous ressemblez tant à Catherine ! C’est une joie de rencontrer la fille de ma meilleure amie, s’émut l’ancienne nonne en posant les couverts pour serrer les mains de Miss Parker entre les siennes. »

Parker était médusée. Elle avait l’impression d’avoir basculé dans un autre monde. La scène qui se déroulait sous ses yeux était tout simplement surréaliste. Elle comprit tout à coup pourquoi Ben avait été si mal à l’aise au cours de la journée. Il connaissait les tensions qui existaient entre le caméléon et elle et avait bien compris que sa famille poursuivait celle du caméléon. Même sans connaître tous les détails, elle se doutait qu’il avait été soumis à un sacré cas de conscience !

« Vous joignez-vous à nous pour dîner ? »

Encore sous le choc, ce fut plus par automatisme que par faim qu’elle accéda à la demande de Ben et s’installa à table. Son arrivée semblait avoir interrompu la soirée et, pour la première fois depuis longtemps, elle se sentit gênée. Elle avait l’impression d’être une intruse et prit alors réellement conscience du mal que sa famille avait fait à celle de Jarod. En les voyant tous réunis, le sourire aux lèvres et des étoiles dans les yeux, elle ne pouvait que constater leur bonheur. Un bonheur dont elle avait été, involontairement puis volontairement, la geôlière. Heureusement pour elle, Ben lança un sujet de conversation qui la sortit de ses amères pensées et dissipa la gêne que son apparition avait engendrée.

« Avez-vous l’intention de profiter de votre séjour pour vous rendre à la fête du village ?

- Je pense que nous irons y faire un tour. Ce genre d’événement est idéal pour découvrir des spécificités locales comme de bons petits plats ou encore des traditions. C’est toujours très instructif.

- Ce sera surtout l’occasion de faire notre première sortie familiale !

- C’est vrai ! Un souvenir que l’on aimera à se remémorer !

- Tu seras des nôtres ? demanda Ethan à sa demi-sœur maternelle

- Je ne sais pas. Les évènements festifs ne sont pas trop mon truc. »

Sa réponse sembla le décevoir et l’air chagriné qui se peignit sur son visage lui provoqua un léger pincement au coeur. En vérité, elle avait eu l’intention d’y accompagner Ben qui faisait partie des organisateurs mais elle craignait désormais d’être de trop. Elle n’avait pas sa place parmi eux. Et elle n’était pas certaine d’être la bienvenue. Après tout, elle représentait tout ce qu’ils haïssaient. Qu’elle soit capable de se faire ce genre de remarques la stupéfiait. Il fallait croire que côtoyer Broots et Sydney avait réveillé en elle une humanité enfouie.

« Il serait dommage de manquer le feu d’artifice. Cette année c’est le petit-fils de Fred Banner, qui suit des études d’artificier, qui officiera. Selon son grand-père, il a des projets grandioses et est bien déterminé à nous faire rêver, tenta de l’appâter Ben.

- Dans ce cas, je vais y réfléchir. »

Elle ne voulait pas faire de peine au vieil homme qui avait donné beaucoup de sa personne pour ce festival et déployait des efforts louables pour ne pas lui donner l’impression d’être « celle de trop ». Sa réponse sembla également réjouir Ethan, ce qui lui mit un peu de baume au coeur. Elle ne voulait malgré tout pas s’éterniser et prit congé. Une fois douchée et couchée, le doute s’insinua en elle. Avait-elle raison de n’avoir pas encore appelé le Centre ? Le marché passé avec son père était certes caduc mais ramener l’intégralité de la famille lui permettrait peut-être de négocier sa liberté avec Raines… Quelqu’un toqua à sa porte. Elle était prête à parier qu’il s’agissait de Jarod et se préparait à l’envoyer promener quand on frappa à nouveau. Quand Jarod tenait à discuter, il ne se montrait pas aussi patient. Pourtant elle aurait pu jurer que c’était lui !

« Entrez. »

J2 passa la tête dans l’entrebâillement de la porte. Elle avait raison : il s’agissait bien de Jarod. Enfin d’un Jarod.

« Je peux faire quelque chose pour toi ?

- Non. En fait je... »

Il avait encore du mal à s’exprimer sur ce qu’il pensait et ressentait. Vivre 14 ans avec Raines l’y avait peu habitué. Cependant il lui semble plus déterminé qu’auparavant à se faire entendre. Sans doute un effet de sa vie auprès du Major Charles.

« Je n’ai jamais eu l’occasion de vous remercier d’être venu me voir au Centre. Vous avez été la toute première personne à vous intéresser réellement à moi. »

Il sembla tout d’un coup embarrassé. Elle ne disait rien, trop peu habituée à recevoir des félicitations pour son comportement. J2 s’apprêtait à ressortir quand elle se décida finalement à parler.

« Je suis contente de l’avoir fait. »

Il lui sourit, la main sur la poignée de porte, et dit :

« Je sais que la situation est bizarre mais je vous assure que vous n’avez rien à craindre d’eux. Ils savent faire la distinction entre votre famille, le Centre et vous. Même Emily. Il faut simplement leur laisser du temps. Il y a toujours un premier pas à faire dans un sens comme dans l’autre. Tout le monde mérite sa chance. »

Et sur ces sages paroles, il sortit. L’idée de les vendre tous au Centre disparut aussi vite qu’elle était arrivée de l’esprit de Miss Parker.


sanct08  (03.07.2026 à 11:38)

Le lendemain, au petit-déjeuner, la première chose qui accueillit Miss Parker fut le regard scrutateur de Jarod.

« Quoi ?

- Pourquoi refuses-tu de parler ?

- Parler de quoi ? soupira-t-elle résignée à devoir commencer sa journée en écoutant le discours moralisateur du génie

- De tes cauchemars. De tes angoisses.

- Je ne fais aucun cauchemar et même si j’en faisais, je ne vois pas en quoi ça te concernerait.

- Pourquoi faut-il toujours que tu te réfugies derrière ton grotesque masque de « femme insensible » ? soupira à son tour Jarod. Il t’en coûterait donc tant que ça d’admettre tes faiblesses ?

- Mal dormir n’est pas une faiblesse.

- Ahah ! Tu admets donc que quelque chose ne va pas !

- Ne fais pas d’interprétation libre.

- T’ouvrir à quelqu’un te ferait du bien tu sais. »

Elle lui jeta un regard noir et se servit une tasse de café.

« Tu vas partir avant la fête n’est-ce pas ? »

Ce n’était pas vraiment une interrogation.

« J’imagine que ce ne serait pas un problème.

- Tu as tort. Sans me compter, il y a au moins 3 personnes que cela peinerait. Et puis, je croyais que tu adorais jouer les trouble-fête, ajouta-t-il mesquin. »

Il marquait un point. En règle générale, elle adorait saboter les efforts de son ami mais pas aujourd’hui. La faute en revenait à Broots et J2 principalement.

« Qu’est-ce qui t’a pris de débarquer ici avec toute la smala ? Je suis sûre que Ben t’avait averti de ma présence.

- Le Centre a ruiné nos vies. Admets que c’est assez ironique qu’il soit témoin de nos retrouvailles.

- Tu es cinglé.

- Peut-être mais je ne vois de Nettoyeurs nulle part. Tu es donc aussi cinglée que moi puisque tu n’as pas prévenu le Centre.

- Tu sembles bien sûr de ça.

- Oh mais oui ! Nous vendre au Centre impliquerait de leur révéler l’existence de ton refuge. Sans oublier que cela remettrait Ethan dans la ligne de mire de Raines, ce qui serait ballot après tous les efforts que tu as déployés pour le lui soustraire.

- Touché, fut-elle forcée de reconnaître. »

Elle aimait leurs joutes verbales. Il était l’une des rares personnes qui osait lui tenir tête en toutes circonstances. Et il la connaissait si bien qu’elle ne parvenait jamais vraiment à masquer réellement ses pensées ou ses opinions. Il lisait en elle comme dans un livre ouvert, ce qui avait aussi bien le don de l’agacer prodigieusement que de la réconforter car cela prouvait qu’il restait encore quelqu’un qui la connaissait vraiment. Il semblait sur le point d’ajouter quelque chose quand d’autres personnes entrèrent dans la pièce.

Parker était maintenant assise sur le front proche. Elle laissait son esprit vagabonder quand le grincement du bois de la terrasse se fit entendre derrière elle.

« Puis-je m’asseoir un moment ? »

Parker hésita mais la femme qui lui faisait face était la meilleure amie de sa mère. Elle eut soudainement envie de la questionner sur leur passé commun.

« Vous lui ressemblez tellement qu’on pourrait vous prendre pour des jumelles, dit la vieille dame en s’asseyant.

- On me le dit souvent.

- Vous devez en avoir marre de vous l’entendre dire alors.

- Ca dépend de qui vient la réflexion. Jarod m’a dit, une fois, que vous aviez rencontré ma mère au couvent et qu’elle vous avait sauvé la vie.

- C’est exact. Catherine était une excellente nageuse, son talent et son courage m’ont sauvée de la noyade. Nager semblait lui être aussi simple que marcher ! Il fut un temps où elle rêvait de devenir nageuse olympique ou danseuse de ballet.

- Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ?

- Elle voulait avoir des enfants. Faire du sport à haut niveau retarde l’arrivée d’une grossesse si on veut en vivre. La carrière doit primer sur tout le reste et elle n’était pas prête à consentir à ce sacrifice. Et, pour être honnête, le monde sportif n’était pas ce qu’il est aujourd’hui. Les femmes y sont certes plus représentées mais elles doivent consentir à bien plus de sacrifices que les hommes. C’était encore plus vrai à l’époque.

- L’autre soir, vous avez dit que vous m’aviez vue quand j’étais bébé. Je suis désolée mais votre nom ne m’était pas familier jusqu’à ce que Jarod me parle de vous.

- Ce n’est pas étonnant ! A peu près à l’époque où vos parents se sont rencontrés, j’ai prononcé mes vœux et cela a un peu modifié nos rapports. Sans oublier que…

- Que quoi ? questionna Parker, troublée par cette pause

- Que votre mère a commencé à devenir muette sur sa vie après son mariage. Elle a toujours maintenu que tout allait pour le mieux mais je sentais bien qu’elle avait changé. Catherine a toujours été très...hum...mélancolique et ses phases se sont multipliées après son départ du couvent. La seule chose que je savais d’elle à cette époque était qu’elle se sentait seule et inutile. C’était très clair dans les lettres qu’elle m’envoyait. Elle donnait l’impression de tout faire pour cacher son quotidien. Au début, j’avais du mal à comprendre ses agissements mais tout s’est éclairé quand elle est arrivée chez moi en 1969 en me demandant d’aider Charles et Margaret. Elle était prisonnière d’un univers qui l’étouffait et l’effrayait. Ce n’était pas tant son quotidien que ses liens avec moi qu’elle cachait. Elle m’a avoué avoir toujours craint mettre ma vie en danger en restant proche de moi. Raison pour laquelle nos contacts s’étaient espacés. Sans oublier que nous n’avions plus les mêmes priorités.

- Vous avez malgré tout accepté de l’aider alors même qu’une partie de sa vie vous était inconnue ?

- Par la force des choses, une sorte de « pacte du silence » s’était imposée entre nous mais nous étions toujours amies. Et l’une comme l’autre avait l’amour du prochain chevillé au corps. Et l’aide qu’elle demandait n’était pas pour elle mais pour autrui. Des personnes qui, m’avait-elle expliqué à demi-mots, souffraient en partie à cause d’elle.

- Elle se sentait coupable du sort des parents de Jarod ?!

- A l’époque je n’ai pas tout saisi mais aujourd’hui que je sais la vérité, je comprends son raisonnement. Elle estimait qu’elle aurait dû agir plus tôt, expliqua-t-elle à une Miss Parker incrédule, et oser défier son mari comme ses alliés. Si elle l’avait fait, estimait-elle, plus de familles qu’elle ne pouvait en compter auraient pu être réunies.

- Elle a pourtant tellement fait !

- Je crois qu’elle ne partageait pas totalement notre vision des choses. Votre mère était une personne très exigeante envers elle-même mais ses troubles maniaco-dépressifs, puisqu’il convient de les appeler ainsi aujourd’hui, constituaient des freins insurmontables. Sans oublier que la peur de vous perdre la paralysait. Elle a laissé entendre, une fois, que sa peur de dénoncer ouvertement les actions du Centre était conditionnée par la crainte d’être séparée de vous.

- Alors je suis aussi coupable qu’elle du malheur de Jarod et des siens si on suit cette logique.

- Vous ne l’étiez pas en ce temps-là. Vous n’étiez qu’une enfant innocente.

- Finalement, il semblerait que je n’ai hérité d’aucune de ses qualités. Seul mon physique me rattache à elle.

- Je ne pourrai ni vous contredire ni abonder en votre sens. Je ne vous connais pas mais sachez que chacune de nos actions est conditionnée par notre passé aussi bien que par nos sentiments. Catherine faisait face à sa manière, peut-être le faites-vous à la vôtre.

- J’en doute fort, ricana la Miss, la seule fois où j’ai vraiment osé suivre ses pas a coûté la vie à l’homme que j’aimais.

- J’en suis désolée. »

Le silence s’installa entre elles. Parker regrettait ses paroles amères car elles avaient mis un terme à la découverte d’une infime partie de son passé mais surtout elles l’éloignaient de la découverte de celui de sa mère.

« La seule fois où je vous ai réellement vue était à votre baptême. C’est également la seule fois où j’ai vu Ben et votre père. Du jour où vous êtes née, votre mère a retrouvé le goût de vivre et cela transparaissait dans ses lettres. Si elle se sentait coupable du sort de Jarod et sa famille, c’est parce qu’elle craignait que vous ne le subissiez toutes les 2. Et si elle ne vous a pas parlé de moi, c’était autant pour me protéger que pour ne pas avoir à se justifier auprès de vous pour ce qu’elle considérait comme de la lâcheté.

- Dans ce cas, c’est cette « lâcheté » qui lui a coûté la vie. Et j’aimerais pouvoir en dire autant me concernant.

- Peut-être refusez-vous de le voir mais une part de ses actions vit en vous. Comme elle vous avez aidé Jarod et les siens quand j’ai organisé leur première rencontre. Ce n’était probablement pas votre but premier mais vous n’avez attaqué aucun d’eux selon Jarod. De même, et j’étais présente, vous n’avez pas abattu Kyle quand vous en aviez la possibilité. Enfin vous avez tout tenté pour sauver Ethan. La seule différence entre votre mère et vous est que cette « lâcheté » ne vous a pas encore coûté la vie. »

La chasseresse était médusée. Elle n’avait jamais envisagé les choses sous cet angle car, de son point de vue, chacun de ses choix était purement égoïste. Elle avait voulu Kyle plutôt que Jarod parce qu’elle pensait alors qu’il pouvait être le meurtrier de sa mère ; elle n’avait rien tenté contre Margaret et Emily parce que son but était de garder Jarod en vie pour le ramener au Centre et acquérir sa liberté ; enfin elle avait aidé Ethan parce qu’ils avaient la même mère et parce qu’elle ne pouvait pas supporter l’idée que Raines lui enlève encore un membre de sa famille, aussi inconnu ce membre lui fut-il. La vision d’Harriet la rendait perplexe. Perplexe mais heureuse.


sanct08  (03.07.2026 à 12:59)

Des bruits de pas dans le couloir sortirent Jarod du sommeil. Habitué à dormir tous les sens en alerte au cas où il devrait fuir en urgence, il était sensible au moindre changement d’ambiance sonore. C’est ainsi qu’il sut que la personne qui marchait dans le couloir pleurait aussi. Silencieusement mais pas assez pour son oreille affûtée. Il se leva, entrebâilla sa porte et eut la confirmation de son intuition : c’était Parker. Elle se dirigeait vers la salle de bain. Sans doute voulait-elle retrouver contenance en se passant un peu d’eau sur le visage. Elle avait apparemment, à la différence de ce que lui avait raconté Ben précédemment, eut conscience de la situation cette fois. Il referma la porte et regagna son lit. Il savait qu’elle était sujette aux cauchemars depuis l’enfance et Ben l’avait informé de ses pleurs nocturnes mais il était inquiet. Cela ne ressemblait pas à son amie, si forte et apte à cacher ses émotions. Il savait que pleurer la nuit était le signe d’un surplus émotionnel que l’on ne parvenait pas à évacuer consciemment. En refusant d’admettre qu’elle allait mal, elle soumettait son corps et son mental à de rudes épreuves. Tout contrôler était une manie chez elle mais aussi une habitude. Après la mort de sa mère, exprimer ses sentiments lui avait été assez formellement déconseillé. Il lui était bien arrivé de s’ouvrir à Angelo et lui ou encore à son père mais ce dernier avait toujours semblé mal tolérer ses états d’âme. Elle avait alors peu à peu perdu l’habitude de lâcher la bride à ses émotions. Un état de fait qui avait changé avec son évasion. Les révélations qu’elle avait eues et sa coopération forcée avec Broots et Sydney l’avaient déridée. Sans oublier tout le travail accompli par Thomas ! Penser à Thomas était encore douloureux. Ils avaient été amis, se comprenaient mutuellement et se respectaient sincèrement. Il n’avait pas prévu que provoquer la rencontre entre Thomas et sa meilleure ennemie enclencherait une belle romance. Une romance qui avait eu un coût exorbitant ! Le Centre, avait-il alors une fois constaté avec amertume, ruinait autant la vie des siens que celles d’autrui. Après ça il n’était pas étonnant que Parker soit redevenue une « reine des glaces ». Les tendres rêves s’étaient envolés et un innocent avait payé de sa vie le désir de contrôle absolu d’une famille despotique. Cette peur de perdre l’être aimé, de le mettre en danger, Jarod la connaissait. C’était pour cela qu’il faisait tout pour résister à l’appel de l’amour. Accepter d’avoir une liaison avec Zoey lui faisait encore peur aujourd’hui. C’était, en partie, pour cela qu’elle n’était pas avec lui en ce moment. Et puis Zoey avait déjà été la victime du Centre et Jarod refusait de faire d’elle un nouveau Thomas.

Le plancher craqua au loin. Il se leva, ouvrit sa porte et interpella Parker à l’instant où elle passait devant sa chambre.

« Ca va ?

- Oui. Tu ne me fais pas confiance au point d’épier mes pauses pipi ? »

Jarod soupira mais jugea bon de ne pas argumenter. Il ne tenait pas à réveiller Ethan qui dormait avec lui. Il la laissa donc repartir mais se promit de lui parler le lendemain. Il ne pouvait pas la regarder souffrir sans rien faire.


sanct08  (06.07.2026 à 11:34)

La fête battait son plein. Tout le monde riait, dansait, buvait un verre ou testait l’un des nombreux stands tenus par des bénévoles motivés. Jarod adorait les fêtes, Parker beaucoup moins. Pour ne pas froisser Ben et sauvegarder les apparences devant Jarod, elle avait accepté de ne pas avancer son départ et avait dû passer la moitié de sa journée à éviter le caméléon qui semblait bien décider à avoir un tête-à-tête avec elle. Pour ce faire, elle avait même accepté de prêter main forte à Harriet et Margaret qui préparaient des petits-fours alors qu’elle était une piètre cuisinière ! Elle devait néanmoins bien admettre que ce moment entre femmes lui avait fait du bien. Elle n’avait pas été exclue de leurs conversations, notamment parce qu’elles avaient beaucoup tourné autour de Catherine et de l’enfance de Jarod et Emily, et elle avait appris à réaliser une pâte feuilletée. Elles avaient aussi parlé de sujets plus légers et typiquement féminins avant de s’échanger quelques conseils vestimentaires. Ces quelques heures passées en leur compagnie lui avaient fait prendre conscience de l'absence cruelle d'une figure féminine dans son existence. Elle n'avait pas de mère ou d'amie auxquelles se confier et avait dû se débrouiller seule pour appréhender sa place en tant que femme dans un univers quotidien quasi exclusivement masculin. Elle enviait Emily de pouvoir profiter encore aujourd'hui de l'amour et la tendresse de sa maman. Elle se promit alors de tout faire pour offrir à Debbie l'oreille féminine dont elle avait elle-même manqué.

L'arrivée de J2 et Ethan la détourna de ses pensées. Ils souhaitaient qu'elle les accompagne au stand de tir pour leur gagner les plus gros lots. Son premier réflexe fut de vouloir refuser avant de se raviser. Elle appréciait ces deux-là et leur était reconnaissante des efforts qu'ils avaient déployés à son attention au cours des 3 jours écoulés. C'est donc avec un sourire qu'elle accueillit leur proposition et acquit un énorme nounours pour J2 et un sac de poissons rouges pour son frère. Ils ne la lâchèrent ensuite plus jusqu'à ce que sonne l'heure du tir du feu d'artifice. Comme 2 enfants, ils se précipitèrent en riant derrière leur famille et les habitants pour gagner la plage d'où il allait être tiré. Elle les regarda partir avec tendresse mais elle ne se joignit pas à eux. Elle préféra fermer la marche et discuter avec le vieux Jordy, l'ancêtre du village, qui l'abreuva de paroles concernant le premier feu d'artifice auquel il avait assisté enfant. Quand ils arrivèrent enfin sur le sable (il marchait lentement), tout le monde était déjà massé derrière des barrières de sécurité. Quand le premier « bang » retentit, il y eut une explosion de joie parmi la foule. De là où elle était, elle voyait un large sourire illuminer le visage du jeune Jarod. Son père lui tapota alors affectueusement l'épaule et lui ébouriffa les cheveux. Des gestes que son propre père n'avait que rarement eu à son égard et qu'il n'aurait plus jamais…

Sans prévenir, les larmes roulèrent sur ses joues et une boule se forma dans son estomac. Elle s'éclipsa car elle ne voulait pas qu'on la voie pleurer.

Cet instant était magique. Être entouré des siens et vivre normalement, voilà ce dont il avait toujours rêvé. Il se rappelait de la toute première fois où il avait assisté à un spectacle pyrotechnique. Il devait avoir environ 12ans et avait reçu l'autorisation de le suivre en compagnie de Sydney. Ils s'étaient alors rendus sur la pelouse du Centre et avaient pu voir une représentation de toute beauté célébrant les 10ans de Miss Parker. Il se rappelait encore de la joie qui éclairait leurs deux visages et des étincelles qui brillaient dans leurs yeux. Il n'avait pas non plus oublié le ravissement de la fillette lorsqu'elle avait expliqué que son père avait tout spécialement fait venir le meilleur artificier du pays pour l'occasion. Tout à ses souvenirs, il ne se rendit pas immédiatement compte qu'il cherchait son amie du regard. Il n'en prit conscience qu'en constatant son absence. Il s'éclipsa à son tour pour partir à sa recherche. Il la trouva peu après assise sur un des pontons du port, les pieds dans l'eau. La lune éclairait son visage pâle et inondé de larmes. Sans bruit, il prit place à ses côtés et, sans qu'elle ne proteste, la prit dans ses bras. C'est toute leur enfance qui lui revint en mémoire quand il la sentit s'agripper à lui comme à une bouée de sauvetage et l'entendit lui affirmer qu'elle ne voulait pas que les gens meurent. Il lui caressa alors les cheveux mais ne voulait pas lui faire de promesses vides. Il savait qu'elle pleurait enfin la mort de son père et qu'elle redoutait de perdre Ethan. Son comportement protecteur et avenant des derniers jours à son égard était révélateur. Seul J2, Ben et lui semblaient parvenir à la dérider. Ses pleurs redoublèrent d'intensité quand elle comprit qu'il n'avait pas l'intention de partir avant qu'elle ait vidé son sac. Plus elle s'accrochait à lui et plus il la serrait fort contre lui, plus il pouvait sentir ses côtes. Elle avait beaucoup maigri ces dernières semaines et l'odeur de ses vêtements lui indiqua qu'elle avait apparemment recommencé à fumer. Une fâcheuse manie qu'elle n'était visiblement pas parvenu à éradiquer. Tout à coup, sa parole se libéra. Elle lui confia sa douleur d'orpheline, lui parla de ses cauchemars dans lesquels elle se métamorphosait inévitablement en l'assassin de Thomas, lui fit part de sa jalousie déplacée à l'encontre d'Emily et lui parla de sa peur de perdre Ethan. Elle lui avoua aussi que ses douleurs stomacales revenaient au galop et qu'elle peinait à les garder sous son contrôle. Quand elle se tut enfin, elle semblait à bout de forces et tremblait. Jarod avait l'impression qu'elle s'effondrerait s'il la lâchait aussi gardait-il bien ses bras serrés. Aucun des deux ne saurait dire combien de temps ils restèrent là, enlacés, à s'échanger silencieusement le réconfort et le soutien dont ils avaient besoin. Jarod ne pouvait nier que leur étreinte lui était aussi salutaire car il laissa également apparaître ses failles. Lui aussi versa quelques larmes. Des larmes qui révélaient ses angoisses face à cette situation inédite.

Ce fut ensuite son tour de se confier sur les changements récents survenus dans sa vie, sur ses regrets dans le rôle qu'il avait involontairement joué dans son malheur et celui de Thomas. Sur sa crainte de ne pas parvenir à concilier son passé et son avenir. Il voulait avancer mais ne pouvait pas se résoudre à dénoncer le Centre alors même que les preuves nécessaires ne lui manquaient pas ! Il ne pouvait pas se résigner à mettre Broots et les simples employés dans la tourmente. Faire ça revenait aussi à dire qu'il abandonnait Sydney alors même qu'il avait toujours tout fait pour veiller à son bien-être. Il ne voulait pas le perdre. Pas plus qu'il ne voulait la perdre, ajouta-t-il. Parker se redressa et lui fit face. Ce n'était plus l'homme que Jarod était devenu qui lui faisait face mais l'enfant qu'elle avait connu. Il était perdu autant qu'elle. Et, une fois encore, ils affrontaient l'un des plus durs moments de leurs vies ensemble. L'attraction qu'ils avaient ressentie à Carthis les saisit à nouveau. Leurs visages se rapprochaient désormais l'un de l'autre mais cette fois, rien ne vint les interrompre. Leurs lèvres se touchèrent et c'est l'excitation de leur premier baiser partagé dans l'enfance qui prolongea cet état de grâce. Ils n'avaient plus conscience de la bise qui s'était levée un moment auparavant ni des sons lointains du spectacle. Ils étaient dans leur monde et cela leur suffisait.

Quand ils se séparèrent et regagnèrent les lieux de réjouissance, Parker ne pouvait s'empêcher de repenser à une citation que Jarod avait écrite dans son roman : « Le temps d'un week-end équivaut aussi bien au temps d'une respiration qu'à l'éternité. Le temps d'un week-end, c'était le temps de la simplicité et de l'amour. »

FIN


sanct08  (06.07.2026 à 13:36)
Message édité : 06.07.2026 à 13:43

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