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Série : The Pretender
Création : Aujourd'hui à 15h07
Auteur : sanct08
Statut : Active
« Le quotidien de Miss Parker et Jarod bascule quand ils se retrouvent à devoir passer un week-end ensemble. » sanct08
Cette fanfic compte déjà 2 paragraphes
Il y avait longtemps que Miss Parker n’avait eu le loisir de prendre quelques jours de congés. En réalité, ses dernières vacances remontaient à près de 3 ans. Si on pouvait considérer qu’un arrêt-maladie de 6 semaines se rapprochait de vacances… Cependant son monde avait tellement changé récemment qu’elle ressentait le besoin de se poser, de s’éloigner du Centre et de réfléchir à ce qu’était devenue sa vie. Depuis la mort de son père, elle n’était plus la même et son quotidien avait été tellement chamboulé qu’elle en était venue à se demander si un ulcère perforé pouvait éclater à nouveau. Elle s’était également, occasionnellement, remise à fumer. Par ailleurs, son humeur était tellement fluctuante que Sydney avait insisté pour qu’elle décide de mettre son projet de vacances en œuvre et parte quelques jours. Le Centre pouvait bien tourner sans elle pendant une petite semaine, voire plus, et il espérait qu’elle reviendrait plus calme et de meilleure humeur. Comme souvent, elle lui avait prêté une oreille attentive et avait informé Mr Raines, le nouveau Président de l’institut, de son absence. Une décision qui avait contrarié l’homme à la bouteille d’oxygène, au plus grand bonheur de sa subordonnée, mais à laquelle il avait immédiatement consenti parce que lui non plus ne supportait plus ses incessants changements de caractère. Elle avait donc plié bagages et pris, dans le plus grand secret, la direction du Maine. Elle avait désactivé le système de géolocalisation de son téléphone et décidé de voyager en train en ne réalisant aucun paiement à l’aide de sa carte de crédit habituelle. Elle ne voulait pas que l’on sache où elle se rendait afin que le domaine secret de sa mère, qui était devenu le sien, ne lui soit pas arraché. Seuls Sydney et Broots, évidemment, avaient connaissance de sa destination. Après un voyage en train des plus agréables, elle avait acheté un ticket de bus pour se rendre dans le petit village côtier où résidait Ben Miller, son hôte. Ben était un ami proche de sa mère. Un vieil homme resté fidèle à sa mémoire et son souvenir qu’elle avait rencontré grâce à Jarod voilà plusieurs années. Sa maison d’hôtes, où elle avait déjà séjourné plusieurs fois dont l’une, mémorable, avec Thomas, était un havre de paix. Seuls les bruits quotidiens de la vie et le pépiement des oiseaux troublaient la quiétude des lieux.
A sa descente du bus, un sentiment de joie s’empara d’elle et le calme se fit dans son esprit. Ben l’attendait, comme promis, à la gare routière. Le sourire chaleureux du vieil homme réchauffa son coeur meurtri plus sûrement que ne l’avaient fait les paroles de réconfort de ses amis ou de son jumeau. Elle avait d’ailleurs tellement peu en commun avec ce dernier qu’il lui arrivait encore de se demander comment Lyle et elle pouvaient être frère et sœur. Elle se dirigea vers Ben, ses lèvres s’étirant malgré elle en un sourire, pour le saluer.
« Quel plaisir de vous revoir Miss Parker !
- Merci. Et merci encore de me recevoir pendant 10 jours.
- Avec grand plaisir. Le silence de ma demeure me déplaît et je manque cruellement de conversation depuis que Michael, mon partenaire de bridge, est parti pour les vacances chez ses petits-enfants.
- Vous n’avez pas de clients en ce moment ? La météo est pourtant clémente pour un mois d’avril.
- Hélas non ! Il faut croire que les petits villages n’attirent plus autant les touristes que par le passé. Mais cela ne fait rien. Donnez-moi l’un de vos bagages pour que vous ne soyez pas trop chargée. Ma voiture a refusé de démarrer ce matin et il va falloir faire le trajet à pied. Désolé.
- Ça ne fait rien. Marcher et respirer l’air du large me feront le plus grand bien. Et puis c’est bon pour la ligne et la forme ! dit-elle en lui tendant le plus léger de ses bagages, à savoir sa mallette contenant son lecteur de DSA et les précieux CD »
Le duo se mit en marche et prit tout son temps pour gagner le cottage de Ben. Ils devisèrent de sujets aussi divers que la météo, la prochaine fête du village prévue le week-end suivant ou encore de l’augmentation des produits au marché. Le genre de sujet dont Miss Parker ne parlait jamais, ou seulement en de très rares occasions avec Broots, parce que l’ambiance professionnelle et personnelle dans laquelle elle baignait généralement ne laissait pas de place à des sujets aussi triviaux. Avec Ben, elle retrouvait le goût de la simplicité. Une chose qu’elle avait remisée au placard après le décès de Thomas.
« Faites attention à votre manteau, la prévint-il quand ils arrivèrent en vue de sa maison, j’ai refait les peintures du front porche et elles sont encore fraîches. »
Elle acquiesça et le laissa passer devant elle pour qu’il ouvre la porte. Elle avait à peine franchi le seuil que l’odeur du pin et d’un gâteau à la cerise s’infiltra dans ses narines ravivant un fugace souvenir d’enfance mettant sa mère en train de pâtisser en scène. C’est à ça, se surprit-elle tout à coup à penser, qu’aurait dû rassembler sa vie si Catherine et Thomas ne lui avaient pas été enlevés. Elle aurait dû rentrer chez elle et sentir l’odeur du bois poncé pour en retrouver l’essence d’origine (une senteur qu’elle avait appris à apprécier aux côtés de Tommy) et regarder avec envie le gâteau que sa mère aurait confectionné avec amour pour elle et ses petits-enfants. Elle secoua la tête pour se débarrasser de ses rêves. Depuis le sacrifice de son père quelques semaines plus tôt, elle était nostalgique d’un univers qu’elle n’avait pas ou trop peu connu. Sans trop savoir pourquoi. Elle aurait dû s’en ouvrir à Sydney mais elle avait eu peur qu’il ne l’assomme avec ses théories psychologiques sur le deuil et les regrets. Ou pire… sur les remords.
« Miss Parker, tout va bien ?
Elle détestait qu’on lui pose cette question car cela signifiait qu’elle ne parvenait pas à garder ses pensées et ses troubles pour elle. Une chose que son père lui avait pourtant enseignée depuis sa plus tendre enfance et qu’elle avait toujours mis un point d’honneur à suivre, notamment depuis le décès de sa maman.
« Ça va, lança-t-elle un peu plus sèchement qu’elle ne l’aurait voulu. Je suis désolée, se reprit-elle immédiatement, le voyage m’a fatiguée et je ne suis pas de bonne compagnie quand je ne suis pas à 100 % de ma forme. Ce n’est absolument pas contre vous, se sentit-elle obligée d’ajouter.
- Je m’en doute. Dans ce cas, vous devriez aller vous reposer en attendant l’heure du dîner. J’ai préparé, comme d’habitude, la chambre de votre mère.
- Merci. »
Elle ramassa ses sacs de voyage et sa mallette et partit s’étendre un moment.
Ben avait conscience que Miss Parker n’allait pas bien. En journée, elle faisait tout pour se montrer sous son meilleur profil et barrait la route à ses tourments mais la nuit, c’était une autre affaire. Il y avait maintenant près de 7 jours qu’elle logeait chez lui et qu’immanquablement, chaque nuit, elle se tournait et se retournait sans cesse dans son lit. Le lit grinçant, il lui était difficile de ne pas l’entendre d’autant plus qu’il avait aussi refait les vernis des boiseries dans la semaine et qu’elle devait dormir la porte ouverte pour laisser la pièce s’aérer. Son sommeil troublé attirait donc son attention. Elle lui donnait l’impression de tenter de se défaire d’un cauchemar sans jamais y parvenir. Trois jours auparavant, elle avait même commencé à pleurer en dormant mais il n’était pas certain qu’elle en ait conscience. Ses pleurs n’étaient certes pas très forts mais ils suffisaient à alarmer le vieil homme légèrement insomniaque qu’il était. La première nuit, il s’était même levé pour aller voir s’il pouvait faire quelque chose pour elle et avait constaté qu’elle n’esquissait aucun geste pour essuyer ses larmes. Pleurer n’était apparemment pas suffisant pour la tirer du sommeil. Il avait renoncé à la réveiller de peur de la voir se cacher derrière son masque de froideur, d’indifférence et faire comme si rien ne s’était passé. Ou pire… il craignait qu’elle ne prenne la fuite, morte de honte d’avoir laissé transparaître ses sentiments. Il savait qu’il n’arriverait pas à la faire parler et savait qu’elle répugnerait à se confier. A lui comme à quelqu’un d’autre. Il ne l’avait vue qu’une fois aussi chamboulée : à l’époque où son père s’était volatilisé plusieurs semaines sans donner de signe de vie. Et même alors elle avait franchement lâché la bride à ses émotions et s’était ouverte à lui. La coupe était alors pleine mais il doutait que cette fois-ci, elle veuille parler. Il avait été confronté à la même situation quand elle était venue à lui, le temps d’une journée, après le décès de son amant. Elle avait toujours refusé de parler de ce qu’elle ressentait alors, comme si parler revenait à avouer ses faiblesses. Comme si cela l’effrayait ou rendait la chose plus réelle. Aujourd’hui, il était tellement inquiet qu’il se disait qu’il aurait besoin d’aide. Le fait de voir du monde l’aiderait peut-être. Il connaissait pourtant bien le tempérament de la Miss et avait ainsi hésité avant d’accepter une proposition d’hébergement de dernière minute pour le week-end de fête. Il espérait ne pas avoir eu tort et priait pour que cela l’aide.
Il était seul chez lui, l’avant-veille quand le téléphone avait sonné. Miss Parker était descendue au village s’acheter un paquet de cigarettes. Il détestait la voir bousiller sa santé mais n’y pouvait rien. Elle ne fumait jamais à l’intérieur, et très rarement devant lui, car elle savait qu’il désapprouvait mais il ne lui avait jamais refusé le droit de fumer dans son jardin.
« Millers’s cottage, bonjour.
- Bonjour Ben, c’est Jarod. Comment allez-vous ?
- Ah Jarod ! Comme c’est bon de vous entendre ! Je vais bien et vous ?
- On ne peut mieux ! A vrai dire, je crois ne m’être jamais senti aussi bien qu’aujourd’hui.
- Ça s’entend à votre voix. C’est en lien avec votre famille ?
- Oui. Je l’ai retrouvée Ben. Pour la première fois depuis des années, nous allons pouvoir nous rencontrer !
- Quelle excellente nouvelle ! Je suis si heureux pour vous !
- Merci. Nous aimerions que nos retrouvailles aient lieues dans un coin tranquille. Je me demandais donc si je pouvais louer vos chambres.
- Avec plaisir ! Je suis touché que vous souhaitiez faire de mon cottage un témoin de votre bonheur.
- J’ai passé d’excellents moments en votre compagnie et votre cottage est un lieu merveilleux. Par ailleurs, mes parents connaissaient Catherine Parker et j’ai pensé que vous aimeriez pouvoir parler d’elle avec eux. De plus, si vous êtes d’accord, vous aurez aussi la possibilité de rencontrer l’une de ses vieilles connaissances : Harriet Tashman.
- Harriet Tashman ? La meilleure amie de Catherine ?
- En personne !
- Comment vous refusez cela ! Vous avez non seulement pensé à vous mais aussi à moi ! Par ailleurs, Catherine ne tarissait pas d’éloges à propos d’Harriet. Il me semble même l’avoir vue une fois, il y a bien longtemps, en sa compagnie. Mais je ne sais plus en quelle circonstance…
- C’est en partie grâce à elle que j’ai pu remonter à ma mère. Bien qu’elle avait au préalable indiqué avoir accompli sa part. Elle s’est ravisée et je trouve donc normal de la convier à la réunion à laquelle elle a œuvré. Mais je ne voudrais surtout pas que nous nous imposions. Je me doute que la saison doit battre son plein pour vous. La météo est très clémente en ce moment.
- Hélas non ! Et vous ne vous imposez pas. Vous pouvez même venir de suite si vous le désirez. Il vous faudra néanmoins vous serrer un peu. Sans compter ma chambre et celle de Catherine, je n’ai plus que 4 chambres disponibles. La dernière est actuellement inutilisable suite à un dégât des eaux qui doit prochainement être réparé.
- 4 ? Aucun problème ! Si cela vous dépanne, je peux prendre la chambre de Catherine. Ma sœur et Harriet n’auront qu’à dormir ensemble, comme mes parents.
- A dire vrai, Miss Parker occupe la chambre de sa mère. »
Il y eut quelques secondes de silence avant que Jarod ne reprenne la parole.
« Miss Parker est chez vous ?
- Oui, depuis près d’une semaine. Elle a téléphoné il y a quelques jours en me demandant si je pouvais l’héberger pendant ses congés. Vous savez bien que ma maison lui est toujours ouverte et de fait, je ne lui ai pas dit non.
- Je la savais absente du bureau mais ignorais qu’elle avait posé ses bagages chez vous.
- Est-ce problématique ? Parce que si tel est le cas, vous pouvez décaler votre séjour de quelques jours bien que j’adorerais vous recevoir dès maintenant !
- Ce n’est pas un problème pour moi mais je ne suis pas sûr que ce soit le cas pour les membres de ma famille. »
Il fit une nouvelle pause puis reprit :
« Peut-être qu’il serait plus sage de décaler notre séjour pour éviter tout malentendu ou toute friction.
- Je sais que Miss Parker et vous n’êtes pas toujours en bons termes...commença Ben qui était en train de se dire que son amie accepterait peut-être de parler à Jarod et que celui-ci était peut-être l’homme de la situation.
- Ce n’est rien de le dire ! le coupa le caméléon
- ...mais je sais aussi, reprit le vieil homme sans se démonter, que vous vous connaissez depuis toujours et que vous vous estimez. En dépit des apparences. Jarod, elle ne va pas bien. »
Le ton inquiet de son ami inquiéta l’évadé.
« Comment ça ?
- Je ne sais pas trop. Elle est moins...ouverte que d’habitude. Elle parle déjà peu en temps normal mais cette fois c’est différent. Elle prétend qu’elle va bien. Qu’elle est juste fatiguée et doit encore composer avec le décès de son père mais je ne la crois pas entièrement honnête. Elle ne veille pas tard, dort mal, fait des cauchemars et…
- Et ? dit Jarod que l’hésitation de Ben rendait nerveux
- Je ne sais pas si je peux en parler vu que je ne lui en ai rien dit. Après tout, annonça-t-il quelques secondes plus tard, sa santé pourrait bien être en jeu. Ses maux d’estomac la travaillent à nouveau, de là à dire qu’elle a un nouvel ulcère je n’en sais rien, mais ce qui m’alarme le plus est qu’elle pleure la nuit. Sans s’en apercevoir.
- Nous serons là vendredi si c’est bon pour vous, répondit aussitôt le caméléon. Ma famille m’a laissé le loisir de choisir la date et le lieu de notre réunion. J’ai bien conscience que je vais au-delà des ennuis mais Parker compte aussi pour moi.
- C’est parfait. »