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Série : Torchwood
Création : 15.03.2011 à 10h54
Auteur : chrismaz66
Statut : Terminée
« 2 semaines depuis que Jack a ressuscité Owen. La santé de l'un s'améliore au détriment de la santé de l'autre. Après Reset. » chrismaz66
Cette fanfic compte déjà 18 paragraphes
Qui m’aime me vive ! 16 jours. 16 jours depuis que Jack l’avait ramené à la vie. Owen Harper déambulait tel un zombi depuis 16 jours. Vidé de tout sens. Exempt de tout besoin humain, anatomique, physique. Il trimballait sa carcasse creuse au travail, puis dans son grand loft sans âme. Debout, actif, parfois réactif mais jamais plus humain. Jamais plus Owen! Plus jamais! Pourquoi? Pourquoi Jack l’avait-il obligé à revenir ? Il était mort en grandes pompes, en héros, et pour une simple histoire de code, cet enc*** de Jack l’avait forcé à renaître! Jack Harkness, diplômé «pire boss» que le monde du travail ait connu ! Quelle plaie! Quel monstre! Ok, il n’avait pas prévu la résurrection du médecin. Ok, il avait juste utilisé le gant, comme arme secrète, pour pouvoir offrir à Owen des adieux dignes de lui. Mais le fait était que depuis Owen Harper continuait de vivre. Sans doute l’énergie vitale de Jack était-elle assez puissante pour redonner vie à un défunt. Quand cette énergie daignait se manifester. Car à la décharge du Capitaine, Owen avait été le seul à profiter du gant lorsque celui-ci était porté par Jack. Jusque là le chef de Torchwood s’était révélé infoutu de le faire fonctionner! Mais cette fois-ci, le gant avait rempli sa fonction et feu Owen Harper avait miraculeusement ressuscité. Pendant ces deux semaines, et après les rares conversations qu’il avait eues avec son patron, Owen Harper s’était souvent demandé pourquoi et comment Jack avait réussi à le faire revivre. Jack n’était pas prêt à le perdre, lui avait-il avoué. Pas déjà. La force de vie de Jack, combinée à sa force d’auto-suggestion auraient-elles suffi à la résurrection d’Owen? Avec Jack, l’on pouvait s’attendre à tout. Cependant, Owen ne nourrissait aucune gratitude envers son chef. Bien au contraire. Il le détestait encore plus pour la façon dont il avait agi, égoï stement, considérant sa mort par-dessus la jambe. Soucieux de faire son job coûte que coûte! Le fallacieux prétexte de lui dire au revoir solennellement, il prenait vraiment Owen pour un abruti! C’est vrai, après tout, Jack Harkness était immortel, et depuis des siècles qu’il se pavanait hors des temps et des lois, il avait fatalement perdu toute notion de vie et de mort. Pour lui la mort ne signifiait plus rien de tangible, ni rien de définitif. Encore moins d’effrayant. Il passait son temps à jongler avec la vie et la mort de tous ceux qui le côtoyaient. Ce type était dangereux! Car déconnecté de la réalité des personnes qui travaillaient pour lui. La preuve : Owen Harper, jeune médecin mort dans la fleur de l’âge et dans l’exercice de ses fonctions peu habituelles pour un médecin ordinaire. Owen Harper ramené de force à la vie par un homme sur qui le temps n’avait quasiment plus aucune prise et devant lequel la mort avait abdiqué. Maudit Jack Harkness! C’était la première pensée qui traversait l’esprit d‘Owen, ou ce qu’il en restait, à chaque réveil, depuis 16 jours. Jack lui avait insufflé un semblant de vie. Assez d’énergie pour qu’il puisse parler, se mouvoir, réfléchir, râler, regretter le temps où il était vivant. Mais pas suffisamment de force pour que le jeune homme puisse jouï r des plaisirs accessibles à n’importe quel être humain. Owen ne ressentait plus aucun besoin vital, comme celui de boire, de manger, d’évacuer nourriture et liquide ingérés. Owen n’avait plus faim ni soif. Owen ne ressentait plus de désir. De quelque ordre que ce fut. Plus rien! Pas d’envie, pas de nécessité, pas de soulagement. Le néant. Injustice sans nom alors que cet empaffé de Jack jouissait de toutes ses facultés, et plutôt deux fois qu’une, Owen Harper était vide. Vivant, mais vide. Transparent. Insipide. Un parasite dépourvu d’hôte. Lorsqu’il rentrait seul chez lui, Owen n’avait besoin de rien, pas même de dormir. Les bons côtés de sa nouvelle vie: plus de corvée de supermarché. Pas de ménage. Pas de déodorant à acheter. En somme une vie peu coûteuse. Pas de vaisselle. Pas de «pschitt» pour les toilettes! Bref, Owen Harper ne vivait plus pour personne. Mais le comble de la zombi attitude, c’est qu’il continuait d’évoluer dans ce monde auquel il ne demandait plus rien. Et en stakhanoviste reconnu, seul le travail trouvait encore une place dans sa vie exsangue. Une chance! Owen était trop intelligent pour être cantonné à faire le café. Et tant que son cerveau ne baignait pas dans le formol, il revendiquerait son poste de membre à part entière de Torchwood 3! Non mais! C’est Jack qui était la cause de ce merdier surréaliste! Pas question de se laisser marcher sur les pieds sous prétexte qu’il ne ressentait plus la moindre douleur physique. Car il est vrai qu’Owen ne souffrait plus, physiquement. Il aurait pu se trancher le bras qu’il n’aurait pas réalisé l’ampleur des dégâts avant d’avoir vu son propre sang dégouliner de partout. Plus aucune sensation ! Vrai de vrai ! Sauf ce matin-là. Exactement 16 jours après sa résurrection. A 6h30 du matin précises, Owen Harper, cliniquement mort et déclaré «éternellement détendu», se réveilla avec une furieuse envie de …café fort! Après une nuit de somnolence, ou d’ennui, allez savoir, Owen rabattit les couvertures de son lit et cria : «j’ai faim !». Puis, réalisant que les murs de sa chambre ne réagissaient pas, il se leva d’un bond et savoura l’exquise montée de soif qui lui titillait les babines. Owen avait envie d’un bon café chaud avec plein de toasts et de la marmelade d’orange et puis aussi du bacon. Frappé par cette ancienne sensation typiquement organique, le jeune homme faillit tomber à la renverse sur le lit. Il se rattrapa in extremis et éclata de rire. Une vague de légèreté le secoua de la tête aux pieds. Bon sang! Se pouvait-il qu’il redevint normal? Son grand sourire s’effaça subitement. L’appartement était vide. Pas un seul grain de café et encore moins de toasts tout chauds avec du bacon dessus. Ni de beurre. Rien ! Mais qu’importe! Le jour nouveau commençait divinement et Owen fut habillé en moins d’un quart d’heure. Il sortit, radieux, faire quelques emplettes pour satisfaire ses besoins retrouvés. Avec Jack , il fallait s’attendre à tout. Et Owen reconnut dans son for intérieur que le pire des boss venait de remonter dans son estime. Du café, des toasts, du jus d’orange, du beurre, de la marmelade, du sucre, du lait. Le bonheur tient à peu de choses si on y regarde bien. ***** Même jour, au Hub. Enveloppé dans les draps, Jack Harkness s’agita nerveusement avant de se réveiller, après seulement 2 heures de sommeil véritable, à côté de Ianto Jones, profondément endormi. Quelque chose n’allait pas. Jack se redressa complètement et ressentit une sensation bizarre, très bizarre. Ses yeux lui faisaient mal et il avait la tête enchâssée dans un étau douloureux. Il avait déjà connu cette sensation. Mais elle avait déserté son corps depuis qu’il était devenu immortel. Jack avait grand peine à garder les yeux ouverts. Il sortit du lit en douceur pour ne pas réveiller son jeune amant et une fois en haut, dans le Hub, il put comprendre ce qui lui arrivait. Il dut se pincer pour y croire. Tout valdinguait autour de lui. Un marteau piqueur lui martelait les tempes. Jack Harkness avait …la migraine! Il courut presque au labo d’Owen, trouver de quoi le soulager immédiatement. Dieu que cette douleur était insupportable! Il fouilla dans tous les tiroirs en métal, faisant claquer pinces, portes et tout ce qui avait le malheur de se trouver sur son passage. Le bruit réveilla le Gallois. Finalement, Jack mit la main sur ce qu’il cherchait mais des pas dans son dos le firent sursauter. Ianto le fixait, avec des yeux endormis et un visage bouffi. - Jack, que fais-tu? - Je cherchais de …l’aspirine. Jack piocha 3 comprimés et les engloutit sans eau et sans réfléchir. Il jeta par terre le reste de la plaquette. - De l’aspirine? S’étonna Ianto. Pourquoi? Tu es souffrant? Les yeux clairs du jeune homme s’ouvrirent en grand. La surprise de voir Jack malade était un stimulant bien plus efficace que le meilleur des cafés. Le Capitaine se racla la gorge et remonta vers Ianto. - Trois fois rien. Je me sens un peu fatigué, mentit-il. Mais personne ne pouvait tromper l’œil acéré d’un jeune homme amoureux et de nature anxieuse. De plus, le front plissé de son amant n’allait pas le calmer. - Qu’est-ce que tu as, Jack? - Rien, rien. Ianto. Va donc te doucher et surtout t’habiller! Tu m’excites follement avec ce boxer. Tu sais ça? - On ne prend pas de l’aspirine pour se requinquer, Jack. Qu’as-tu? - Rien! Je me sens patraque. Je n’ai trouvé que de l’aspirine, je ne veux pas ingurgiter les autres pilules d’Owen. L’aspirine, je connais! Allez, va t’habiller! Jack lui sourit et partit préparer le café. Il lui avait encore menti. Son mal de crâne lui mangeait la moindre vélléï té de batifoler. Une migraine comme celle-ci, Jack n’avait plus l’habitude. Il réalisa le calvaire que nombre d’humains devaient endurer, entre les maux de tête, les douleurs physiques et autres souffrances plus sournoises, accrochées aux corps et aux âmes de ses malheureux contemporains. Debout devant la machine, Jack resta immobile, les yeux fermés, la nuque raide, le haut du crâne pulsant douloureusement. Il eut l’impression de perdre ses cheveux. La douleur était intenable. - Ianto ! Cria-t-il avant de s’effondrer. Les dernières sensations qui l’envahirent furent celles de tomber dans un nuage de coton, et de percuter un mur verdâtre, flou, qui l’envoyèrent direct dans les pommes. ****** Même matin, dans Cardiff Owen avait trouvé son Graal. Une épicerie fine, où chaque rayon lui faisait de l’œil. Et il ne distingua pas si la jolie vendeuse elle-même ne lui en fit pas aussi. Gironde et fraîche comme la rosée du matin. Il dévalisa la moitié du magasin, puis il prit la direction du Hub. Il se devait de partager son premier matin de renaissance avec ses collègues et surtout voir la tête de Jack quand il lui dirait que le Owen Harper des meilleurs jours était enfin de retour ! Transporté par son euphorie retrouvée, il avait pensé à acheter du café, seule denrée qui ne manquait jamais à Torchwood mais il avait préféré anticiper le moindre couac. Il voulait son bonheur total et parfait. Un sac sous chaque bras, le jeune médecin ressuscité déchanta vite. Il manqua de lâcher ses paquets de délices lorsqu’il aperçut toute l’équipe aux petits soins pour…Jack. A Ce dernier, avachi sur la canapé, blanc comme un linge, semblait agoniser. Owen posa ses sacs et se précipita vers son chef mal en point et demanda des comptes à tout le monde. - Il a perdu connaissance, lui apprit Ianto, le visage crispé. Il a avalé de l’aspirine. - Quoi? S’exclama Owen, déjà au chevet de Jack, tâtant son pouls. - Il les a trouvées dans ton labo. Il se sentait patraque, c’est tout ce qu’il m’a dit. Owen Harper ausculta Jack, avec la rigueur et la dextérité d’un professionnel. Tosh et Gwen, assises de chaque côté de leur patron dans les vapes, fixaient le jeune homme qui s’affairait avec des gestes vifs et un visage soucieux. - Owen, qu’est-ce qu’il a? Le questionna Gwen. - Il est si pâle, s’inquiétait l’informaticienne. Ianto, debout derrière ses collègues, avait quant à lui le front aussi plissé que son chef avant que celui-ci ne s’évanouisse. Un bol d’eau dans les mains, il se pinçait les lèvres. Si les filles manifestaient leur inquiétude, le jeune homme ne laissait rien paraître, mais ses tripes se tordaient dans son ventre. C’était la première fois qu’il voyait Jack malade, sans qu’aucun coup ne lui ait été porté. Malade du jour au lendemain, sans raison. Après une nuit plutôt calme et bercée de douceur. Jack n’était pas beau à voir, il paraissait avoir pris 10 ans en une nuit. Son front était aussi marqué qu’une carte routière et son joli teint hâlé avait pris la teinte des comprimés qu’il avait ingérés quelques minutes plus tôt. - Une allergie à l’aspirine? Hasarda Ianto. - Aucun risque. Owen écarta toutes les options habituelles mais se trouva impuissant. Il n’avait aucune idée sur la raison de cet évanouissement pour le moins stupéfiant. - Qu’est-ce qu’il t’a dit? Demanda-t-il au jeune homme. - Rien de plus, Owen. Il se sentait patraque. Il a pris ces comprimés… - Combien? - Je ne sais pas, une poignée. - Une poignée? - Je n’en sais rien, je te dis! Je suis arrivé au moment où il les a avalés! - Et tout ce qu’il a trouvé c’est de l’aspirine? - Non, il m’a dit qu’avec ça il ne risquait pas grand-chose. Il a choisi la prudence, bredouilla Ianto. - On ne prend pas de l’aspirine si on se sent patraque, Ianto! - Je le sais! Et il le sait aussi ! Il m’a menti, si tu veux tout savoir ! Il avait mal quelque part mais il ne m’a pas dit où! S’énerva le jeune homme. Gwen tenta de calmer ses amis. - C’est bon, on dirait qu’il revient à lui. Ok les garçons, tout va bien. Effectivement, le Capitaine émergea doucement. Il ouvrit les yeux et fut visiblement surpris de voir ses sbires agglutinés autour de lui. - Comment te sens-tu, Jack? Fit le médecin. Ce dernier croisa les regards inquiets de ses employés. La migraine avait disparu. Il se leva prestement et clama tout haut. - Tout va bien les enfants! Juste un petit mal de tête! Mais c’est passé. Allez au boulot! Il se fraya un passage entre les filles et Owen et se dirigea vers l’ordinateur central. - Allez! Owen rangea sa trousse de premiers soins mais continua de se questionner. En passant devant Jack, déjà installé, il lui demanda dans un murmure. - C’était quand la dernière fois où tu as eu mal à la tête? La question n’eut pas l’heur de plaire au boss. Cependant Jack répondit avec franchise, en fixant son médecin. - Je dirais 1899! Après une sévère biture. Tu en conclus quoi, doc? Le visage de son supérieur, grave et fatigué, alerta le médecin. - Que ce n’est pas normal du tout. Et que… Owen dépassa Jack et se dirigeait en piétinant vers son labo. - Que quoi? Tonna la voix claire de Jack. Owen se tourna et lui fit face, l’air embarrassé. - Et que c’est certainement de ma faute. Chaque membre de Torchwood avait entendu les derniers mots d’Owen. Ce dernier se traîna avec peine jusqu’ en bas, dans son labo. Gwen fut la plus prompte à réagir. Elle le rejoignit et l’interrogea. - Que veux-tu dire par «c’est ma faute» ? Jack fit mine de ne pas avoir entendu. Jack savait déjà. - Non, Owen, tu n’y es pour rien. Qu’est-ce qui te fait penser ça? Le rassura Tosh qui vint se placer aux côtés de Gwen au dessus du labo. Le médecin leva des yeux tristes vers elles. - En même temps, c’est Jack qui l’a voulu! - C’est-à-dire? Renchérit Ianto, venant gonfler la petite troupe amassée au dessus de la tête d’Owen. - C’est lui qui m’a ramené ! Cinq ans au service de Torchwood. Un quinquennat au service de Jack Harkness. Sans le voir, Owen visualisait le hochement de tête de son chef. - Au boulot, les enfants! Les trois jeunes gens firent volte face et Jack leur sourit, faiblement. - Owen délire. Souvenez-vous, il est mort! Owen remonta quelques marches et plongea son regard dans celui de son patron. Tandis que les autres regagnaient leur poste de travail respectif, Owen et Jack se mirent tacitement d’accord pour passer à autre chose. Le Graal d’Owen venait de se fracasser contre le mur de ses espérances. Les conséquences de l’acte irréfléchi de Jack lorsqu’il avait décidé de ramener Owen à la vie était en train de le percuter en pleine face. Les jours suivants allaient décider pour eux. Mais Jack ne regrettait pas son geste inconsidéré. Quant à Owen, sa survie allait dépendre de Jack. Autant dire que son enthousiasme ne valait pas grand-chose face à Jack, le rabat-joie!
[Désolée pour le retard, virée Lyon oblige, et merci à ma super beta Evalyre qui après des mois de bataille pour me faire utiliser le présent pour parler des qualités de Jack (Jack est beau, Jack est fort, Jack est…miam^^) me force à utiliser l’imparfait (= Jack « était » intelligent ?). Mais euh! Taquinage car sans ma beta je ne serais pas au top ! Si je l’ai jamais été…] PART 2 Ce n’est qu’une fois la machine Torchwood mise en branle que Jack aperçut les sacs de provisions que le jeune Gallois était en train de vider. Un rapide coup d’œil vers Owen qui arpentait l’antre médicale de droite à gauche et une incohérente théorie germa dans le cerveau du patron. Il secoua la tête, chassant l’ineptie de cette pensée, et se remit au travail. Mais, à dire vrai, la Faille étant ennuyeusement calme, Jack se laissa rattraper par la théorie impossible qui avait remplacé sa migraine au creux de ses synapses. Cette même théorie gagna encore un bout de chemin quand il comprit qu’Owen avait acheté toutes ces bonnes choses et qu’à présent il tuait le temps à ranger le bazar que son supérieur avait mis dans le labo. C’était bien la première fois depuis 16 jours, pour ne pas dire 5 ans, que le jeune homme venait pointer les bras pleins de gourmandises. C’était aussi la première fois depuis plus de 100 ans que Jack avait eu mal au crâne. Quelles autres nouveautés devaient-ils craindre? Jack s’accouda devant l’ordinateur, l’air pensif, soucieux. Owen affichait une mine déçue. Pire, un sombre air de desperado qui avait décidé de ranger les armes, mais qui n’avait plus un seul confetti en poche pour célébrer l’évènement. En clair, Jack devinait que quelque chose avait changé chez son jeune docteur du jour au lendemain et que son propre malaise avait réduit à néant les bonnes résolutions d’Owen. Comment? Et était-ce une simple coï ncidence si lui aussi avait vécu un réveil à marquer d’une pierre blanche? La question qui taraudait Owen au même instant était d’une toute autre teneur : Comment faire pour manger? Owen avait faim ! Et envie d’un bon café ! Car en dépit du coup au moral, Jack était toujours champion pour gâcher la fête, Owen avait vraiment envie d’un bon petit breakfast. Et s’il cédait là, tout de suite, devant les autres, Jack irait droit à la conclusion qu‘il voulait garder secrète, pour l’instant. Piégé dans son trou, affamé, incroyablement vivant et réceptif, après 16 jours de mort, Owen ne pouvait rien faire qui puisse le trahir. Ianto et les filles ne comprendraient peut-être pas. Pas tout de suite. Mais ce maudit Jack! Ce type savait déjà! Tout était de sa faute. Entendu, mais il avait agi avec détresse, dans le plus grand désarroi. Et Jack était incontrôlable. Il était infréquentable, n’en déplaise à quelque teaboy au cul décoincé. On pouvait taxer Jack de « phénomène unique et très, très fluctuant, à tous les niveaux ». Totalement dangereux. Mais ce spécimen était aussi malin et ses intuitions ne le déroutaient que très rarement. Jack savait. Owen attendait dans le labo. De temps à autre il sautillait tel un roquet qui perd patience. Le reste de l’équipe, imperméable au trouble qui semblait lier les deux hommes, prenait leur dose de caféine tant désirée, assorties de viennoiseries nappées au chocolat au sucre glace. 100% glucose garantis! Owen humait la délicieuse odeur du breuvage et des beignets encore chauds. Il aurait fait un excellent cobaye pour ce cher monsieur Pavlov! Les rires des trois jeunes gens en cuisine le frustrèrent au-delà du raisonnable. C’en était trop! Il courut les rejoindre, passant devant Jack qui n’osa pas le regarder en face, et se servit un mug de café, sous les yeux ronds des trois vilains. - Owen? Qu’est-ce que tu fais? - Je prends mon petit déj, ça se voit pas? - Mais… - Mais quoi, Gwen? Aboya-t-il en buvant d’une traite la totalité du mug. - Tu as oublié ce qui se passe quand tu …ingères quelque chose? Fit Ianto, hésitant. - Non, mais je connais le chemin des commodités, se moqua Owen en piochant un beignet qu’il engloutit en seulement 2 bouchées. - Tu as…faim? Tosh était la plus intelligente, après Jack. Et la plus craquante, bien avant Jack. - Affirmatif. - Comment est-ce possible? Owen ne lui répondit pas, trop occupé à avaler un deuxième beignet. Il se tourna vers Jack, qui n’avait rien raté de la conversation. Jack se leva, les mains dans les poches et s’approcha d’eux. - Aucune idée. Mais il va falloir que tu repasses une batterie d’examens, Owen. Peut-être que ton état de mort perpétuel n’est pas si …définitif. Owen hocha la tête. Il se servit un second mug et murmura à Jack, en repartant vers son labo. - On n’a qu’à les passer ensemble ces examens. Tu ne crois pas? - Quoi? Qu’est-ce qu’il a voulu dire, Jack? S’inquiéta Gwen. Jack leva les bras avec un grand sourire. - On se calme! Tout va bien ! Au boulot! - Gardez les toilettes libres! C’est un conseil d’ami ! Cria Owen déjà redescendu. *** - Bien! Tosh ! On reprend tout depuis le début! Analyses sanguines, calculs des données élémentaires, scanner, et tout le toutim! Ordonna Jack. Assis sur la table d’autopsie, Owen ricana. - Docteur Jack! Laisse faire les pros, tu veux? - Tu veux t’auto-ausculter? - Pourquoi pas? Et pendant ce temps, va donc lire un dico, au lieu d’inventer des mots! Les 2 hommes sourirent. - Bien! Ce ne sera certainement pas le cas mais je pense que notre Owen veut vivre plus longtemps que moi, lança le chef. - Je veux! - Arrête de gesticuler, Owen! - Désolé. Fais ce que tu as à faire Tosh. On va vite être fixé. - Comment ça? - Si j’ai mal pendant que tu me piques le bras c’est que tout va.…plutôt bien. - Ou alors c’est que Tosh ne sait pas faire de prise de sang, s’amusa Ianto. - Dans les deux cas, en effet, ce sera un indice capital. Owen a raison. Il n’est plus censé ressentir la douleur… - Tout comme toi, Jack, lui rappela Owen, tout sourire. - Ah non, moi je ressens tout ! Hélas… - Ouais bon! C’est qu‘un mauvais quart d‘heure à passer pour l’éternité. C‘est pas cher payé! - Ne parle pas de ce que tu ne connais pas, Owen! - Justement, je ne demande qu’à connaître… - Mais tu es mort, Owen! Objecta Tosh qui ne jurait que par la science. - C’est vrai. Mais je vais mieux! - Vous m’énervez vous deux ! Râla Gwen, adossée au mur au pied de l’escalier. Vous savez quelque chose, et vous ne le dites pas. Pourquoi? Qu’est-ce qui se passe? - Aie! Fut la seule réponse d’Owen. Les yeux clairs de Jack s’agrandirent. Il grimaça, balancé entre le soulagement et une évidente inquiétude. Paralysée par la plainte du médecin, Tosh s’immobilisa, la seringue dans la main, le regard défait. - Bien! Poursuis, Tosh! Lui répéta Jack qui fit le tour de la table pour rejoindre Gwen contre le mur. Il avait lui aussi besoin de s’appuyer sur quelque chose de solide. Son savoir encyclopédique venait d’en prendre un sacré coup. Owen profita du passage de Jack devant lui pour saisir le scanner et l’activer dans le dos du patron, en riant sous cape. Jack le prit sur le fait. - Owen, en temps normal j’adore qu’on me prenne par derrière mais le scanner de tissu Bekaran ne fonctionne que si tu t’en sers correctement, c’est-à-dire de face. Mais le médecin n’écoutait pas. Faisant glisser le scan Bekaran sur les fesses de Jack, il improvisa une tirade un poil hystérique, mais honnêtement inspirée. - Oui ! Et voici donc le clou de la visite : les fameuses « Dunes Harkness », et leur légendaire… cratère! Vieilles comme le monde, elles valent le détour. Faites la queue si vous êtes intéressés: accès facilité, passage balisé, entrée très libre et tenue correcte non exigée! Pas de tenue du tout ! Approchez M’sieur Dames…. Les larmes aux yeux, tordu de rire, Owen lâcha finalement le scan et fit un clin d’œil à Jack qui tentait malgré lui de ne pas rire à sa facétie scabreuse. Owen essuya son visage, entre deux spasmes de rire, puis s‘assagit. - Pff, z’êtes pas drôles! Remise du choc, à la suite du petit badinage des deux hommes et l‘accès de folie d‘Owen, Tosh continua l’examen. Jack insista pour que Gwen et Ianto s’activent et mettent à jour les tâches courantes. - Faites au moins semblant de bosser, ajouta-t-il avant de s’éloigner du Hub central. Il avait besoin d’être seul. La vie à Torchwood ne laissait aucun répit. Quand la Faille était d’humeur paresseuse, c’était un mystère interne qui les accaparait. Le patron était content, voire ravi, de la totale récupération physique et mentale d’Owen. Même si le mental de ce dernier n’était pas automatiquement subtil. Il savait le jeune homme malheureux, désemparé. Et tout était de sa faute. Une fois de plus. Lorsque le professeur Copley avait tué Owen, Jack avait revu en images terribles l’exécution sommaire de son ancienne équipe suivie du suicide d’Alex, son supérieur de l’époque. Sous ses yeux! Le 21ème siècle était celui où tout allait changer et l’Humanité, selon Alex, n’était pas prête. Jack avait fait de son mieux pour que Torchwood Cardiff devienne une institution honorable et au sein de laquelle la mort ne viendrait plus réclamer son dû à chaque nouvel an. Mais Suzie et son obsession meurtrière avait entamé son noble dessein. A présent, c’était au tour de son médecin de mettre à mal malgré lui la réputation de Torchwood. Jack avait refusé que la tragédie de Suzie ne se répète. Il s’était juré de ne plus jamais perdre l’un de ses employés. De tout mettre en œuvre pour que chacun d’eux puisse venir travailler à Torchwood l’esprit serein, relativement serein. Et jusque là il avait plutôt réussi. Mais la mort d’Owen le rétrogradait au même rang qu’Alex. A la seule différence que lui, Jack, n’expédierait pas ses amis droit au royaume des morts . Impuissant, il réalisait que le résultat était le même : il perdait des membres de son équipe. Malgré toute sa vigilance et son attachement à chacun d’eux. Il avait voulu se substituer à Dieu et se résignait à payer le prix fort. Il accepterait les conditions, quelles qu’elles fussent. Si Owen Harper puisait l’énergie vitale de Jack, comme Suzie l’avait fait avec Gwen, soit. Il avait eu maille à partir avec un bien plus féroce suceur de vie que le jeune homme. Et il s’en était dignement tiré. Il allait volontiers partager avec Owen. C’était la moindre des choses. Et Owen, épais comme un épouvantail, ne risquait guère de le saigner à blanc. Ragaillardi, Jack retourna auprès de l’équipe. - Alors? - Alors c’est démentiel mais Owen est en train de récupérer ses facultés humaines, lâcha Tosh qui s’apprêtait à entrer les données dans l’ordinateur. - C’est une bonne nouvelle! - Tu crois ça, Jack? L’apostropha le jeune homme qui se rhabillait. - Tension artérielle stable. Consistance sanguine d’un sportif sain. Vue, odorat, ouie : optimales. Fréquences cardiaques d’un …Owen au mieux de sa forme. Coagulation normale. Tout est …ok! - Bien! - Jack? De ton côté tu es sûr que tout est ok? Insista Owen. - C’est bien ce que je pensais! S’écria Gwen. Tu es en train de vider Jack… - Oh ma belle! Ce n’est pas mon genre, la coupa Owen, le visage radieux. - La ferme, Owen! C’est bien ça? Jack, c’est ce qu’il fait. N’est-ce pas? Comme Suzie l’a fait avec moi! La jeune femme semblait affolée. Jack la prit dans ses bras. - C’est possible, mais il n’y a aucune raison de paniquer, Gwen. Je t’assure! Souviens-toi, je ne suis pas un buffet à volonté ordinaire ! Je peux survivre. - La migraine de ce matin, c’était pas pour calmer les ardeurs de ton Ianto? Rassure-moi sur ce point, tu veux? Continua Owen. Non, car je ne veux pas dépendre de toi. Tu as assez d’un teaboy, pas vrai ? Le teaboy ne réagit pas. Il avait les yeux braqués sur Jack. Owen, aussi indélicat qu’il fut, avait sans doute vu juste. - Sens de l’humour toujours aussi douteux, c’est officiel : nous avons retrouvé notre Owen Harper! Plaisanta Jack. - Allez, beau gosse! A toi ! Je vais t’examiner. Et promis, je passerai par devant cette fois-ci! Ianto leva les yeux au ciel et Jack s’exécuta docilement. - Tout va bien! Retournez bosser! - Ok, Jack. Le Capitaine et son médecin restèrent enfin seuls. Owen commença son examen médical sur Jack. Cinq minutes plus tard, le verdict tombait. Jack se portait comme un charme. Et pas le moindre signe d’épuisement ni de détérioration de ses capacités mentales ou physiques. - Je n’y comprends rien, avoua Owen à voix basse. - Moi non plus, soupira le chef, en remettant sa chemise. Owen avait plongé son nez dans l’ordinateur et lisait puis relisait les compte-rendu. Rien d’inchangé chez le spécimen Jack Harkness. Tout était étrangement normal. Ils allèrent ensuite répandre la bonne nouvelle et le reste de la journée fut des plus banales.. La Faille n’avait rien exigé de leur part. Paperasse et discussions animées autour de l’évènement formidable de la matinée. Une fois les émotions fortes digérées et les pizzas dévorées à midi, Owen était allé se soulager le plus naturellement du monde aux toilettes. Pour la première fois depuis 16 jours. A la fin de la journée, il invita chaleureusement la fine équipe dans un des restaurants français les plus chics de la ville. Tout le monde accepta. - Rendez-vous dans une heure! Claironna le médecin jovial. - Affirmatif ! Fit Gwen, lumineuse de bonheur. - A tout à l’heure, Owen! Ajoutèrent les autres. Owen, Gwen et Tosh partirent se préparer pour le dîner de fête. Jack se retrouva seul avec Ianto qui manifestement ne partageait pas entièrement la liesse ambiante. Il avait constamment une vilaine ridule au milieu de son large front. Jack tenta de l’apaiser. - Qu’est-ce qui te chiffonne ainsi, Ianto Jones? Le jeune homme le regarda se changer. Stoï que, les mains enfouies dans les poches, le visage triste. Jack enleva sa chemise et attendit une réponse de Ianto qui ne venait pas. Il le fixa, inquiet. - Ianto? Finalement ce dernier releva la tête et fonça sur son Capitaine. - Hey, on n’a pas le temps! Le prévint Jack qui vit Ianto l’attraper violemment le bras. Qu’est-ce que tu as? Ianto, muet et angoissé, lui arracha le pansement que Jack avait gardé sur le bras, après la prise de sang. D’un coup sec. - Regarde! - Quoi? - Tu as encore le point de la piqûre! Tu n’as pas cicatrisé! Le jeune homme recula, terrifié. - On se calme, Ianto! Et alors, ça ne prouve rien! - Si! Ta migraine, et maintenant ça! Tu es sous l’emprise d’Owen, c’est certain! Ta santé va décliner, j’en suis sûr! Jack parvint à maîtriser la peur de Ianto et le raisonna, d’une voix douce. - Ce n’est pas si grave. Je peux survivre à tout. Où est le danger? Ianto, tout va bien! Fais-moi confiance! Le jeune homme finit pas se calmer et alla se changer. En revanche, Jack Harkness ressentit une indicible montée d’adrénaline. Et si Ianto avait raison de s’alarmer? Ils ne savaient pas grand chose sur le pouvoir des gants, et l’avaient utilisé au petit bonheur la chance.. Le pire était peut-être en chemin. Mais pour qui? Owen Harper ou Jack? Il finit de se préparer, péniblement, avec l’illusoire certitude que le jeune Ianto aimait à dramatiser ce que la vie lui offrait en cadeau. Le lendemain matin, dans le loft d’Owen Le jeune homme avait un peu trop taquiné la Dive bouteille lors du dîner de la veille et, pour la première fois de sa courte vie, il se prélassait dans son lit, seul mais heureux. Pas tout à fait seul. Une violente gueule de bois l’accompagnait dans son réveil langoureux mais il n’en avait cure. Désormais il adorait avoir mal au crâne, la bouche pâteuse, les yeux éblouis par les rayons timides du soleil qui traversaient les persiennes. Il goûtait au déplaisir de se sentir lourd, sale, et désarticulé. Une belle cuite, mes amis! La chambre rapetissait et devenait immense dès qu’il clignait de l’œil droit. L’œil gauche restait collé, pour le moment. Capitaine Owen Harper, pirate des loosers requinqués ! Il se leva, fier de son humour et admira son mât battre pavillon avec une vigueur étonnante. Oui, Owen avait récupéré jusqu’au plus petit rituel matinal caractéristique de tout homme normalement constitué. « Ah mais c’est de mieux en mieux! Sacré Jack, il a pensé à tout! » s’amusa-t-il en essayant de rester debout, en dépit du tangage de son environnement immédiat. « Patron, tournée d’aspirine pour moi aujourd’hui! Il faut faire tourner, Jack! En faire profiter les autres! ». A peine avait-il fini sa phrase que les vestiges de la soirée forcèrent le barrage dans sa gorge. Il parvint à gagner la salle de bain avant de dégobiller. Il était aux anges. C’était là aussi une façon humaine de se soulager, et il l’avait utilisée des dizaines de fois dans sa vie d’avant. Voilà qu’il était enfin délesté et prêt à se remettre d’aplomb pour la journée de travail qui l’attendait. Il prit une douche tiède, délassante et revigorante, puis il alla préparer le café en sifflotant. Il n’oublia pas de prendre 2 aspirines et dévora deux toasts bien chauds avec du beurre frais et de la marmelade dessus : le paradis sur terre. Même matin, au Hub. Ianto se réveilla le premier. Jack semblait dormir. Encore une nouveauté à ne pas prendre à la légère. Ianto n’était jamais le premier levé quand il passait la nuit avec son patron. Il se pencha sur le Capitaine, dont le sommeil était agité. Il crut même entendre un adorable petit ronflement mais il n’en était pas sûr. Jack ne ronflait jamais. C‘est à peine s‘il dormait. Ianto lui prit délicatement le bras et fut soulagé de voir que la piqûre avait totalement disparu. Peut-être qu’il s’était imaginé un malheur qui n’existait pas. Il s’habilla et prépara le petit déjeuner, l’esprit plus léger. Savoir qu’Owen avait guéri, qu’il était en train de redevenir lui-même, cynique, râleur, lubrique mais vivant et indiscutablement humain, le comblait de joie. Et si Jack disait vrai, ce dernier pourrait facilement survivre. Il survivait à tout. Ianto entendit des pas derrière lui. Jack avait meilleure mine et affichait un sourire franchement aguicheur. Il vint enlacer le jeune homme par derrière et colla sa joue contre la sienne. - Comment te sens-tu ce matin? - Divinement. Merci de t’en soucier. - C’est normal. Après ce qui s’est passé hier… - Ianto, tu n’as rien à craindre. Owen ne m’aura pas, même s’il rêve de me voir mort. Aucune chance! - Si tu le dis. Laisse-moi! J’ai du travail, fit Ianto, à contrecoeur. Jack n’insista pas et le libéra. - Tu t’es levé du pied gauche? Lui demanda-t-il en s’éloignant. - Non. J’appréhende la suite des évènements. - Ianto! - Laisse-moi finir, s’il te plait! C’est vrai. Qui sait ce qui va se passer maintenant? On peut tout envisager, non? Et si tu n’as rien à craindre, nous ne sommes peut-être pas aussi bien préservés que toi. C’est tout. - Quelle incidence la renaissance d’Owen pourrait-elle avoir sur vous? Il est mort, je l’ai ramené parmi nous. J’ai bien fait mon job et voilà! Tout est opérationnel, comme avant. - On verra bien… Découragé par l’anxiété de Ianto, Jack préféra quitter le Hub. - Je vais prendre l’air. Je reviens vite. Le jeune homme le regarda sortir, le visage crispé. Il avait confiance en Jack mais pas en l’inconnu, aux équations anarchiques et marginales qui s’invitaient trop facilement dans leur quotidien. Il ne pouvait nier qu’il avait peur, sans savoir pourquoi. L’odeur du café et l’arrivée imminente du reste de l’équipe, dont un deuxième « phénomène » nommé Owen, allait le distraire de ses noires pensées. **** - Je te jure! C’est comme je te dis! Ma batte au garde à vous! C’est génial ! Ce furent les premières paroles que Jack attrapa au vol en revenant des…toits. - Bien Owen! A ce que je comprends, tout est opérationnel? Tu vois Ianto, j’avais raison! - Quoi? Vous parlez de mon engin quand je ne suis pas là? S’énerva Owen. Gwen et Tosh pouffèrent. Rire aux blagues approximatives d’Owen leur avait tellement manqué. - Tosh? As-tu pensé à lui faire un encéphalogramme? J’ai l’impression que sa tête a enflé. Pas vous? Se moqua Jack, ravi lui aussi de retrouver son Docteur Mabuse préféré. - Ouais ouais ouais! Ne te dérobe pas, Jack Harkness! Et comment va la vie pour toi ce matin? Fit-il plus sérieux. - Mieux ce serait indécent. Merci de ta sollicitude, Owen. - Oh, si tu le prends comme tel. Moi je pensais davantage à mon avenir. J’aime dire le fond de mes pensées, tu sais bien! Mais… - Mais quoi? - Ce ne serait pas du luxe de refaire tes analyses. Comme ça. Juste pour être tranquille. Jack croisa le regard plissé de Ianto et les yeux- billes des filles. - Si tu veux. Pendant qu’Owen ausculte mon corps de rêve, je veux tous vous voir bosser! C’est compris? Il avait accepté pour rassurer toute sa clique. Jack se sentait parfaitement bien. - Alors Docteur, c’est grave? Owen finissait de lire le diagnostic. Il tournait le dos à Jack mais ce dernier connaissait bien son subordonné. - Owen? Owen lui fit face, la mine déconfite. Sérieusement déconfite. - Qu’est-ce que tu as trouvé? Jack n’avait pas peur de la réponse. Quoi que le médecin ait pu trouver, cela ne pourrait entamer sa joie de l’avoir ramené à une vie normale. - C’est pas glorieux, Jack, murmura Owen. - Accouche! - Tu as pris 295 grammes depuis hier. La cuisine française ne te réussit pas, désolé! Soulagé, Jack se retint de rire. Il se rua sur Owen et fit mine de l’étrangler. - Encore une blague à la noix comme celle-là et je te renvoie chez ta mère!!! Gwen, Tosh et Ianto entendirent les rires des deux hommes. Ils échangèrent un sourire rassuré et se décidèrent à travailler, pour de bon. *** A SUIVRE VITE ...
Merci à ma super beta Evalyre et mille sorry pour le retard, j'avance plus vite que je ne poste, trust me, comme qui dirait! ****
PART 3
19h02. La Faille se manifesta.
- Pic relevé au 26 St-James Street, indiqua Tosh.
Jack enfila son manteau.
- Gwen, Ianto, avec moi!
- Hey! S’exclama Owen. Et moi? Je suis de nouveau disponible!
- Non, pas question!
- Jack! Je suis apte !
Le Capitaine sonda les autres du regard et, pressé par l’urgence, accepta que le médecin les accompagne.
- D’accord, Owen. Mais tu restes dans le véhicule avec Ianto! C’est compris?
- Pourquoi? Demanda Owen en s’habillant rapidement.
- On ne sait pas encore ce qui t’arrive. Je ne veux pas que tu te blesses!
- Mais …
- Horde de weevils particulièrement agités et concentrée au sous-sol de la brasserie Smith & Sons, précisa l’informaticienne. Jack, vite!
- En route! Et Owen, tu suis mes instructions, sinon tu seras puni de sortie, c’est clair?
Le Capitaine donna l’impression de voler, la vitesse avec laquelle il sortit du Hub fit voler les pans de son manteau. Il n’entendit pas Owen ronchonner derrière eux.
- Fais chier!
****
Arrivés à la brasserie Smith & Sons, Jack sortit du véhicule Torchwood et répéta:
- Ianto et Owen, vous ne bougez pas d’ici! Gwen, tu vas passer par l’entrée principale. Je me charge de l’arrière.
- Comme d’hab.
- Owen! Pesta Jack. Tu te calmes?
Le jeune homme opina du chef et attendit que GI Joe et Lara Croft soient hors de vue pour sortir du SUV.
- Hey, à quoi tu joues?
- Relax, teaboy, fit Owen.
Il vint s’installer à l’avant, sur le siège passager, à côté de Ianto.
- On n’est pas mieux, là, tous les deux? fit le médecin, sirupeux.
- S’il te prend l’envie de sortir te balader, je ne ferais rien pour t’en empêcher. Mais si j’étais toi…
- Ouais ben c’est pas le cas. Alors garde tes mains sur le volant et tais-toi!
Owen était heureux. Il se sentait enfin vivant et prêt à intervenir, malgré les avertissements de Jack et Ianto. Ce dernier se cramponnait au volant, tout en surveillant les allées et venues devant l’entrée de la brasserie.
- Tu trembles pour ton Capitaine?
- Je tremble toujours, Owen. Pas toi?
- Yep, mais particulièrement pour Gwen. Jack s’en sort toujours! Il fait pas partie du jeu.
- Jusqu’à présent, non. Mais à mon avis, cela va changer.
- Qu’est-ce à dire? Se moqua Owen, qui avait parfaitement saisi l’allusion.
Ianto ne répondit rien.
- Allez, Ianto! Jack peut tout affronter!
Sous ses airs d’ours mal léché, Owen Harper avait de l’empathie à revendre. Le visage tendu de son ami le mit mal à l’aise.
- Tu penses qu’il va perdre son immortalité?
Surpris par la question, Ianto se tourna vers lui.
- Non! Enfin je ne pense pas que tu sois assez détraqué pour le déchoir de sa spécificité.
- On est d’accord! Jack est increvable! Tout va bien !
- Yep.
Au bout de cinq interminables minutes, Owen et Ianto eurent enfin des nouvelles de leurs co-équipiers.
- Ianto, je suis dans la brasserie. Apparemment personne n’a aperçu de weevil. Tout est calme ici. Je vais descendre au sous-sol. Jack doit déjà y être.
- Parfait! Lui répondit Owen, vexé d’être mis à l’écart, par la force de l’habitude. Gwen, au moindre problème, tu me fais signe, ok?
Ianto le dévisagea, entre colère et amusement.
- Désolé, vieux. C’est l’excitation qui me transporte! S’excusa Owen.
- Mais je t’en prie. Jack? Jack, tu m’entends?
Silence radio total.
- Jack?
- Ne t’évanouis pas tout de suite, Ianto! On a des weevils en liberté qu’on doit capturer. Et j’ai oublié de prendre les sels pour te garder avec moi.
- Owen?
- Oui, Ianto?
- Tu n’en as pas marre de me chambrer à tout bout de champ? C’est assez symptomatique de ton état le genre d’allusions que tu utilises, tu sais?
- C’est-à-dire, docteur Sigmund?
- Je ne sais pas. J’espérais seulement que le fait d’avoir été mort te ramène à une conscience plus respectueuse.
- C’est bon, Ianto. J’ai pris 2 aspirines ce matin. J’ai ma dose ! Va droit au fait!
- Non, je vois avec déception que tu n’as pas changé. Que tu es même pire qu’avant.
- Mais ce n’est pas pour te déplaire. Tu affectionnes les bad boys un peu effrontés. Non?
- Ferme-la! Grogna le jeune gallois, faussement irrité.
- Ianto?
- Oui, Jack? Où es-tu ? Besoin de renfort?
- Où est Gwen? Bon sang! Ils sont au moins 6 en bas! Dis-lui de se magner!
- Bien, Jack!
Owen descendit du SUV sous le regard estomaqué de Ianto qui ne savait plus où donner de la tête.
- Préviens Gwen! J’y vais!
- Non, Owen ! Owen? Reviens!
Mais le médecin était déjà hors de vue. Ianto frappa le volant, de rage.
- Et merde !
Puis il contacta la jeune femme qui le rassura aussitôt. Elle venait de retrouver Jack dans les caves du bâtiment. Ianto allait se faire houspiller sévère dès que Jack tomberait nez à nez avec cet abruti d’Owen.
***
Dans les sous-sols.
Jack progressait à l’aveuglette dans un couloir sombre, humide et puant. Il avait réussi à assommer 2 des créatures envoyées par la Faille mais avait préféré déguerpir avant de se faire lyncher. Il entendait encore les cris rauques et aigus des weevils dans son dos lorsqu’il trébucha sur une sorte de marche à moitié défoncée et se retrouva aplati de tout son corps dans une nasse suintante et dégoûtante.
- Gwen! Cria-t-il. Gwen! Où es-tu bon sang de bon sang?
- J’arrive, Jack!
Le Capitaine, englué dans la vase, releva subitement la tête. Soit Gwen venait de changer de sexe. Soit c’était bien cet imbécile d’Owen Harper qui venait de lui répondre!
- Owen? Bordel, où es-tu?
- Une seconde! Je te mets en stand-by. Gwen me parle !
- C’est pas vrai! Hurla Jack en se relevant péniblement. Owen Harper ?! Owen !!!!
- C’est bon, pas la peine de hurler comme un goret. On arrive, Gwen et moi, on est derrière toi, mais ça grouille de weevils on dirait.
- Non? Sans rire? Ironisa Jack. Je t’avais dit de rester dans la voiture avec Ianto !
- Minute! On salue quelques amis et on vient te chercher!
Dépité, Jack nettoya tant bien que mal son précieux pardessus et inspecta la pièce dans laquelle il avait atterri. Des rayons de victuailles. Des tonneaux de bières sous pression. Des rouleaux de papier caisse. Une tête de weevil entre deux sacs de popcorn. Une tête de weevil? Jack fut trop long à réagir. La tête en question fonça sur lui, montrant ses dents acérées. Jack dégaina son stun gun qui l’électrocuta net, l’appareil ayant pris l’eau. Il eut la présence d’esprit de le jeter loin par-dessus les sacs de provisions, pour que personne ne le ramasse et ne devienne ultrasonique, puis calencha alors que la créature s’abattait sur lui. Plus rien. Le black-out complet.
Pendant que Jack flirtait avec Morphée, Gwen et Owen se battaient contre 3 weevils déchaînés. Owen sentit l’un d’eux lui mordre la nuque mais un cou de coude dans les côtes envoya l’inopportun dans le mur.
Gwen neutralisa facilement les deux autres bêtes de foire à l’aide de son stun gun.
- Mission accomplie ! Claironna Owen.
- Tu peux m’expliquer ce que tu fiches ici, Owen?
- Hey, surtout ne dis pas merci!
- Owen!
- Ma belle Gwen, tu sais que je suis toujours indispensable, fit le médecin avec componction.
- Tu es surtout toujours ingérable!
- Tu me remercieras plus tard, je te dis. On doit aller chercher Jack!
- Non, toi tu retournes dans la voiture, c’est clair? S’énerva Gwen en lui tirant le bras.
- Je n’obéis pas aux ordres de Jack. Tu es assez naï ve pour penser que je vais t’obéir, à toi? Allez, tu as besoin de moi pour transporter ces 3 clowns.
Découragée et exténuée par l’attaque des 3 weevils, la jeune femme abdiqua. Elle suivit Owen dans l’étroit couloir noir et froid.
- Ianto? Ramène tes fesses ici! On a besoin de renfort !
Owen et Gwen avaient trouvé Jack, gisant dans la cave de la brasserie. Au milieu des paquets de café, de thé, de biscuits salés. É talé façon crêpe. Lourd comme un taureau.
- C’est pas vrai! Ronchonna Owen. Il devrait faire un régime!
- Ta gueule et soulève!
- Attends! J’ai entendu un bruit!
Gwen s’immobilisa et tendit l’oreille.
- Je n’entends rien. Allez, Owen! Faut sortir d’ici au plus vite! Jack a détecté au moins 6 weevils et on n’en a croisé que 3!
- Justement! Où sont les 3 autres?
- Magne-toi! Bordel!
Ianto apparut derrière eux, essoufflé.
- Que se passe-t-il ici?
- On a 4 paquets pour toi! Viens nous aider! Cria Owen, à bout de souffle, lui aussi.
Ils installèrent Jack à l’arrière du SUV. Et les weevils saucissonnés dans le coffre spacieux. Devant le visage constipé de Ianto, Owen s’en donna à cœur joie.
- Pas de panique! Il va se réveiller frais comme un gardon avant qu’on arrive à la Base.
Gwen resta derrière, aux côtés de Jack et Ianto démarra la voiture.
Owen avertit Tosh de leur arrivée. Ianto se chargea d’enfermer les créatures dans les geôles et Gwen, aidée d’Owen, allongea Jack sur la table du médecin.
- Il ne s’est toujours pas réveillé! S’inquiéta la jeune femme.
- Relax, Gwen! Il a été méchamment mordu au cou, tu vois. Je vais lui administrer un puissant antalgique.
Gwen l’observait, l’air anxieux. Et si Jack ne revenait pas à lui? Si Owen avait puisé dans son capital de vie? L’angoisse la saisit lorsque, soudain, le Capitaine inspira profondément et agrippa Owen par le collet.
- Dieu soit loué! Il est vivant!
- Owen ! Fais quelque chose! Hurla Jack, pétri de douleur. J’ai mal !
- Du calme, Jack! Je m’en occupe ! Qu’est-ce que tu crois que je suis en train de faire? Du tricot?
Owen lui injecta une dose massive de morphine dans le cou et recula assez loin pour être hors de portée de l’animal immortel.
- Fais du bien à Martin …Dit-il en soufflant.
- Owen, je t’avoue que j’ai eu peur qu’il ne se réveille pas ! Confessa Gwen, qui avança vers le corps inerte de Jack et lui prit tendrement la main.
- Je sais. Je sais…Moi aussi.
La jeune femme croisa le regard fuyant de son ami et collègue. Elle lui sourit.
- C’est magnifique! Tu es revenu. Il est revenu. C’est magnifique! Je suis tellement contente!
- C’est la mélodie du bonheur quoi!
- T’es con!
Comme chacun sait, le bonheur peut être très fugace. Jack se réveilla en furie et s’agita tellement qu’il dégringola de la table et alla dire bonjour au sol.
- C’est quoi ça? S’alarma Gwen.
- Rien. Le sédatif n’a pas encore agi. Viens m’aider à le relever. Ianto! Ton Capitaine nous mène la vie dure! Viens nous porter assistance, tu veux?
Après quelques tentatives infructueuses, ils parvinrent enfin à asseoir Jack et son manteau poisseux sur la table.
- Ianto. Enlève-lui le manteau! S’il te plait.
- Pourquoi moi? Non c’est bon, je te dispense de répondre, Owen!
Le médecin et Gwen gloussèrent en silence tandis que Ianto débarrassait Jack de son encombrant vêtement.
- Nettoyage ! Dit-il en le reniflant avec dégoût.
Et il disparut, pour s’acquitter de sa tâche, enfin des tâches qui encrassaient le pardessus ensorcelant.
- Bien, fit Owen, plus calmement. Laissons-lui le temps de récupérer. Tosh? Tu as repéré les 3 weevils qui ont échappé à notre vigilance?
- Oui, ils sont restés au sous-sol. A mon avis, ils vont y élire domicile. Ils ne sont pas aussi vifs qu’ils en ont l’air…
- Ils ont quand même mis au tapis notre solide patron! Fit remarquer Owen en remontant au Hub central, talonné par Gwen.
- Exact, Owen, accorda Tosh. Mais je pense qu’ils ne vont plus se manifester, du moins pas pour aujourd’hui.
- En route, alors! C’est le moment d’en finir!
Tosh, Gwen et Owen se tournèrent vers le labo. Jack, tout sourire, remontait vers eux. Prêt à en découdre avec le reste des weevils.
- Où est mon manteau? Croassa-t-il.
- Au nettoyage! Rétorqua Gwen.
- La mission n’est pas terminée. Ianto, mon manteau! Tout de suite!
Un silence de cathédrale s’installa dans le Hub. Owen savoura le délire d’un Jack sous barbituriques. Gwen fut plus mitigée. Elle trouvait que Jack n’était pas dans son assiette et que retourner se battre contre les weevils était contre-indiqué. Tosh fouilla le Hub du regard à la recherche de Ianto. Quant à Jack, blanc comme de la craie, il avait le front plissé et la tête qui penchait dangereusement en arrière.
- Ianto !!!!!!
- Jack. C’est bon. Ils n’iront pas loin. Cela peut attendre jusqu’à demain, le raisonna Gwen.
- Tu crois ça, Gwen? Persifla le Capitaine.
Le fringant chef tourna de l’œil et s’effondra comme un buffle devant eux. Bousculant au passage la table située à droite, là dans le coin, après les premiers écrans muraux. La table sortit de son axe et percuta Gwen à l’estomac.
- La vache! Putain ça fait mal! Cria la jeune femme pliée en deux.
- Et c’est reparti! Comme si je n’avais pas assez d’un seul malade. Gwen, ça va?
- C’est bon, occupe-toi de lui! J’ai juste l’impression d’avoir avalé un boa, mais ça va!
- Tu es sûre? Ianto? La lessive attendra, ramène-toi!
Une fois Jack installé à nouveau sur la table, l’équipe Torchwood se réunit autour de son corps inerte.
- C’est normal, Owen?
- Bien sûr! Je viens juste de lui donner de quoi faire dodo et lui n’en fait qu’ à sa tête! La médecine moderne est la même pour tous. Même pour lui! Mais faudrait quand même l’attacher, histoire de souffler un peu. Ianto, tes menottes perso, s’il te plait!
- Oh, lâche-le , Owen!
- Si vous voulez mon avis, ce n’est pas normal, murmura Ianto.
- On n’a pas besoin de ton avis, Ianto! Maugréa Owen.
- Owen !
- Quoi? Je sais encore ce que je fais, Gwen!
- Il m’a l’air vraiment mal, se tourmenta Tosh.
- Mouais, il fait peur à voir. C’est flippant, renchérit Gwen.
- C’est pas bientôt fini? S’énerva Owen. Retournez bosser! Je m’occupe de lui!
A sa grande stupeur, hélas, ce ne fut pas bientôt fini. Jack ne se réveillait toujours pas. Et sa plaie au cou saignait encore. Rouge et épaisse. Elle ne cicatrisait pas.
23h45. Owen demanda audience. Et c’est la mort dans l’âme qu’il annonça à ses amis que Jack était cliniquement décédé depuis plus d’une heure.
Un air de déjà vu s’immisça dans la mémoire de chacun d’eux. Owen tenta de calmer les esprits. Mais l’attente n’en allait pas être moins longue ni pénible. Bizarrement surtout pour Owen, qui culpabilisait déjà d’être la cause directe de ce nouveau coup dur.
***
- Quoi?
- Rien.
- Quelle est la cause de sa …mort, cette fois? Tenta de dédramatiser Tosh.
L’équipe était rassemblée autour d’un café. Dans le Hub central.
- Un caillot dans le cortex cérébral. Il a dû se faire ça en tombant, ici, ou dans la cave du bar. Difficile à dire. Je ne l’ai pas vu assez tôt pour le guérir, confessa le jeune médecin, l’air accablé. Il arrêtait pas de gesticuler aussi !
- Calme-toi, Owen, lui conseilla Gwen. Ce n’est pas de ta faute! Mais alors, ce n’est pas la morsure du weevil qui l’a tué?
- Négatif. Son sang a comme qui dirait coagulé, sous l’impulsion de je ne sais trop quoi. C’est bizarre d’ailleurs. Un choc électrique serait capable de dérégler le système veineux…Il faudra qu’il me raconte ce qui s’est passé quand il…
Owen se rembrunit.
- Il va s’en remettre. J’en suis certaine, affirma Tosh dont le regard disait le contraire.
- Je suis désolé.
- Ce n’est pas de ta faute, Owen! Répéta Gwen. Bon on fait quoi?
- Que veux-tu faire, Gwen? On attend! Lança Ianto, qui avait jusque là gardé le silence.
Owen le fixa étrangement.
- Et moi qui espérais lever une poulette ce soir pour vérifier que ma renaissance était complète, râla-t-il.
- Owen!
- Quoi?
- Rien.
- Allez-y si vous avez mieux à faire. Je vais rester le veiller, fit Ianto calmement.
- Ouais et s’il se réveille, tu fais quoi? Tu lui fais une verveine?
- Je t’appelle, crétin!
Gwen et Tosh sourirent devant ce duel puéril.
- Non c’est bon. C’est moi qui vais rester. Rentrez chez vous les filles. Je vous contacte dès que j’ai du nouveau.
- Pas question! Je reste ! Refusa Gwen.
- Personne ne m’attend. Je veux rester aussi, Owen. Si tu n’y vois pas d’inconvénient? Hésita la jeune informaticienne.
- Parfait! Un petit strip-poker? Ianto tu comptes les points!
Ianto leva les yeux au ciel, une fois de trop.
- Au lieu de constamment regarder si t’as une araignée au plafond, Ianto, peux-tu une fois dans ta vie nous dire le fond de ta pensée?
- Qu’est-ce qui te prend Owen? S’inquiéta Gwen, gênée.
- Laisse tomber, Gwen. Il veut me faire dire ce qu’il veut entendre.
- C’est-à-dire? Fit Tosh, intéressée.
- Laisse tomber, Gwen, renchérit Owen, mal à l’aise.
- Ah non! C’est trop facile! Vous savez quoi? On va jouer au jeu de la vérité, ok?
- La dernière fois qu’on y a joué, cela ne nous a pas porté chance, leur rappela Ianto.
- Les circonstances étaient différentes. Alors je commence : Owen, qu’as-tu envie de faire là tout de suite?
La jeune femme tout sourire se frottait les mains.
- C’est quoi cette question de merde?
- Réponds! Ce sera la même pour chacun de nous, de toute façon.
- Et pourquoi c’est toi qui décides de la question?
- J’ai eu l’idée la première. Allez!
Owen baissa la tête, en tripotant sa tasse de café vide.
- Lever une poulette!
- Non, joue sérieusement!
- Je suis sérieux, ma belle! J’ai envie de baiser, car je te rappelle que..
- La ferme! Inutile de me rappeler quoi que ce soit! Ok, Tosh?
- Je veux …Je voudrais avoir l’esprit clair pour reprendre mon étude sur…la résurrection d’Owen.
- Voui Tosh! Car pour toi nous ne sommes que des équations, des énigmes biométriques à résoudre, se moqua Owen.
- Penses ce que tu veux!
Tosh posa sa tasse et abandonna le groupe. Le travail, le seul exutoire à sa détresse. Faute de mieux.
- Tosh! Bon on continue le jeu à haute voix pour t’en faire profiter!
Gwen ne se démontait pas. Jamais pour si peu.
- Ianto? Qu’as-tu envie de faire, là, tout de suite?
Le jeune homme réservé s’épancha plus facilement qu’elle ne l’aurait imaginé.
- Je veux que Tosh poursuive ses analyses, n’en déplaise à monsieur Owen. Et je veux aussi prendre une chaise et m’asseoir à coté de Jack, à attendre qu’il se réveille. N’en déplaise à monsieur Owen!
- Qu’est-ce que tu sous-entends? Beugla ce dernier.
- Owen!
- Rien. Juste que je préfère quand Jack est vivant !
Les deux jeunes gens se dévisagèrent durement.
- Et moi mort! C’est bien ça! Vas-y, crache-le!
- Owen!
Gwen tenta de calmer le médecin mais ses bras virevoltaient violement dans les airs pour ensuite pointer leurs doigts accusateurs vers Ianto.
- Dis-le !
- Que je dise quoi?
- Que tu me préfères mort!
Tosh vint à la rescousse de Gwen. Les deux femmes firent barrage entre un Owen déchaîné et un Ianto tout à fait posé.
- Je veux que Jack se réveille. C’est tout ce que je veux et tu le sais très bien! Je n’ai que faire de ta colère mal dirigée! Je me fiche de tes états d’âme, Owen! Tout ce que je veux, c’est Jack! Qu’il se réveille…
La détresse derrière la force avec laquelle Ianto venait de vider son sac eut le don d’apaiser la rage d’Owen. Ianto avait raison. Owen avait du mal à juguler sa soif de certitudes. Il savait pourtant l’attachement de Ianto à Jack, comme n’importe qui d’autre à Torchwood.
- C’est bon, c’est bon! Je me suis emporté un peu vite et je m’en excuse, Ianto. Se calma le médecin qui vit les filles lui lâcher la grappe.
- Ok. Il est tard. On est tous à cran…
- Owen a raison. Affirma Ianto en se rasseyant. Gwen?
La jeune femme, à peine remise de ses émotions, s’installa à son tour en intimant Owen à faire de même.
- Ianto?
- Et toi? Qu’as-tu envie de faire, là, tout de suite?
Tosh et Owen réprimèrent un petit rire. Le calme revenu, le jeu reprenait.
- Eh bien. Je ne sais pas trop. Que tout redevienne normal et que je puisse rentrer chez moi. Retrouver Rhys.
- Que c’est original!
- La ferme Owen! Et réponds à la question, pour de bon, cette fois?
- Je veux faire un bisou à Jack, pour qu’il se réveille, et que j’aille enfin lever ma poulette! Je persiste et signe, Gwen!
- Inutile, Owen! Note bien que je ne serais pas contre, mais tout bien réfléchi, je te préfère hétéro! Je trouve bien plus excitant d’égarer moi-même les sages brebis.
Myfawny couina. Tosh enleva ses lunettes. Gwen cligna des yeux. Owen et Ianto se levèrent en même temps. Et Jack marchait vers eux. Les bras ballants.
- J’ai besoin d’une bonne douche! Veuillez m’excusez! Ianto!
- Et bien! En voilà au moins un de nous dont le vœu est exaucé! Bredouilla Owen, raide comme un i.
- Rentrez tous chez vous! Ordonna le chef. Vous avez vu l’heure? Allez!
- Jack, tu as eu un caillot au cerveau. Comment…
- Docteur House, reviens demain pour ton diagnostic différentiel ! Hé vous avez vu? Je suis à la page! J’adore ce type, il est drôlement sexy. Et sa canne, wow ! Je la…
- C’est bon, Jack. On a compris. Ianto, n’oublie pas de bien lui frotter le dos! Allez les filles! Vous avez entendu papa? On décampe!
Gwen ne se le fit pas dire deux fois. Elle avait à nouveau le sourire aux lèvres. Elle alla chercher son blouson et croisa Owen qui enfilait le sien.
- Quelle vie on a tout de même! Lui souffla-t-elle. Notre patron meurt et ressuscite à chaque fois! Et quel patron!
- Maîtrise-toi, Gwen! La taquina Owen. Il préfère les sages brebis aux gazelles comme toi!
- T’es con!
- C’est la deuxième fois aujourd’hui que tu me traites de con! Je dois m’interroger?
- Abruti, si tu préfères? Sinon, tu vas au braconnage sexuel là?
- Négatif! Je suis crevé ! De toute façon le gibier de nuit n’est pas de première fraîcheur, en général…
Les deux jeunes gens quittèrent la base en riant. Quant à Tosh, elle restait assise à son poste, le nez dans l’écran.
- Tosh! J’ai dit « oust! ».
- Non, Jack! Laisse-moi finir! Si aucun de vous n’est assez curieux pour vouloir comprendre ce qui se passe ici, ce n’est pas mon cas.
Jack fit demi tour, laissant Ianto partir tout seul vers les douches.
- Tosh! Il est plus de minuit. Je te donne l’ordre de rentrer chez toi! Dit-il avec une grande douceur dans la voix.
- Jack!
- Tosh! Maison! Dodo! Demain boulot!
Boudeuse, la jeune femme obtempéra. Elle rangea son barda, sous l’œil amusé de son patron, et enfila son joli manteau de laine vierge.
- Tu n’es pas drôle, tu sais!
Elle lui envoya un baiser et disparut. Enfin seul, le Capitaine prit conscience de l’atroce odeur qu’il dégageait, à s’être vautré dans les égouts, et se dépêcha de rejoindre son frotteur de dos préféré.
***
A suivre, la partie 4 très vite, dans les jours qui viennent, jré!
Merci à ma beta Evalyre et pardon pour le retard.
Part 4 Douché et rasé de près, Owen Harper n’avait pas été long avant d’avoir levé sa « poulette » . Une ravissante brune, ni trop grande ni trop petite. Aux atouts physiques généreux. Et inexplicablement seule dans ce bar louche du centre ville. Owen n’avait pas de temps à perdre avec les explications de toute façon. L’appel du corps l’ayant emporté sur la raison, Owen, fraîchement ressuscité avait abordé la jeune femme en robe pourpre, au décolleté téméraire. Une bière plus tard, elle était d’accord pour le suivre chez lui. Une Galloise pas farouche, pulpeuse. Les yeux clairs, la peau diaphane, la croupe audacieuse, le verbe haut. Idéale pour une remise à niveau des fonctions primaires du médecin. Alanguie sur le canapé, un verre de pur malt à la main, la jeune Daphné le couvait du regard, tandis qu’il se servait un verre et s’installait à ses côtés. - Tu fais quoi dans la vie? Lui demanda-t-elle, en décroisant ses longues jambes gainées d’un bas noir à liseré fleuri. Owen avait pris le temps de distinguer les motifs, malgré son taux d’alcoolémie avancé. - J’étudie la race humaine! Dit-il très sérieux. - Ah? Tu peux être plus précis? - En fait mon travail est top secret.. Daphné éclata de rire, sensuellement. - Je sais. Tu penses que je te baratine mais si tu savais... Je travaille vraiment pour une organisation secrète réduite à cinq membres. Une organisation d’excellence. - Bien sûr, ironisa la jolie brune en posant son verre sur la table et en s’approchant du jeune homme. Elle jeta les bras à son cou et lui murmura. - Et tu t’appelles Bond. James Bond? - Non. Je m’appelle vraiment Owen Harper, ça fait plus couleur locale, tu ne trouves pas? James, c’est d’un banal…Note que mon chef se fait appeler Jack, quel manque d’audace ! Jack! Pas plus cliché dans le genre m’as-tu vu, non? - Et il est comment ton…Jack? Continua Daphné en l‘embrassant sur la joue, voluptueuse. - Je préfère ne pas en parler. Il a le don de m’énerver. Mais inutile de me demander de le rencontrer! Il est plutôt spécialisé dans la testostérone en ce moment alors que moi j’étudie à fond les porteuses d’oestrogènes! - Il est gay? - Affirmatif, ma belle. Et drôlement assidu comme élève. Bon, et toi? Que fais-tu ? - Je cherche le prince charmant. - Ne cherche plus. Tu l’as trouvé. - Oui mais il a pas mal bu. Je ne sais si je dois m’en méfier ou pas? Ton chef, il est aussi beau que toi? - Non, je ne dirais pas ça. Il est quelconque. Aucun intérêt. - Il doit être canon, alors! Pas vrai? - Dis, à quoi tu joues? Il te faut le bon Dieu plutôt qu’un de ses saints? S’emporta Owen. Il avait assez d’un Jack au boulot et surtout après la journée qu’ils venaient de vivre. Bon sang. Mais il réalisa que c’était lui qui avait évoqué son nom. Pourquoi? - Pas du tout.. J’aime bien savoir à qui j’ai affaire c’est tout. - C’est à moi que tu as affaire, et à personne d’autre. C’est à prendre ou à laisser. - Alors je prends… Daphné l’embrassa tendrement. Et le ramena à la réalité. - Il faut se méfier de tout le monde, Daphné. Daphné, ah, quel joli prénom! Mais ce soir, je suis juste Owen, un homme qui a besoin de tendresse et tu me sembles parfaite pour ça, mh? Daphné sourit et passa une jambe par-dessus sa cuisse. Owen oublia Jack et son tremblement, et se plongea dans l’étude de la porteuse d’oestrogènes chaude comme la braise. **** Jack et Ianto, sur les quais. A plus de 2 heures du matin. Jack n’avait pas sommeil. Il avait bien dormi, faut dire. Ianto crevait de fatigue mais le stress le tenait éveillé et attentif au moindre signe de faiblesse de son Capitaine. Seulement le Capitaine pétait la forme! Il parlait et parlait et riait et riait. Il saluait avec de grands gestes de bras les vagues timides de la baie. Il répondait aux coups de klaxon sporadiques et s’était même lancé, à la grande surprise du jeune homme, dans une anecdote croustillante sur sa rencontre avec un couple de jumeaux, hétérozygotes, dont il gardait manifestement un adent souvenir. Ianto sentait ses paupières s’alourdir. Ses mains engourdies se cramponnaient au barreau. Il avait froid. Il avait besoin de dormir. Il aurait voulu que Jack se prenne la foudre, pour qu’il se taise enfin. Les éclats de voix de ce dernier le faisaient sursauter et son cerveau embrumé commença à chercher d’autres alternatives. Jeter Jack dans la baie? Autant essayer de seller un taureau. Aller se coucher tout seul? Non, il se souciait du drôle d’état de surexcitation dans lequel l’immortel se trouvait. Lui dire de la fermer et de rentrer se coucher? Jack ne semblait pas d’humeur à obéir. Alors quoi? Tenir bon jusqu’à ce que le chef , survolté mais toujours raisonnable, ne se rende enfin compte de l’heure et ne décrète que le temps était au sommeil et non aux blagues à deux sous? - Tu sais Ianto? Il ne faut pas s’alarmer pour ce qui s’est passé aujourd’hui, dit Jack, comme s’il avait lu dans les pensées du jeune homme comateux. J’ai pris un coup de jus dans les caves du bar, c’est pour ça que j’ai mis du temps à me requinquer. Je t’avais déjà parlé de la fois où j’avais été mort deux fois de suite non? - Oui. - C’est pareil. - Et Owen? Que lui arrive-t-il? Demanda Ianto, un peu plus réveillé d’un coup. - Je ne sais pas encore. Mais on va trouver. Jack fixait un point devant lui, l’air évasif. - Tu es d’accord pour dire que ce n’est pas normal? - Ianto, qu’est-ce qui est normal et qu’est-ce qui ne l’est pas? Rétorqua Jack en se redressant pour lui faire face, un sourire indéfinissable sur les lèvres. - C’est ton truc, ça! Répondre par des questions! - Depuis le temps que tu bosses ici, tu devrais avoir la certitude que rien n’est …acquis. Non? Jack était redevenu sérieux. - Tu pense qu’on risque quelque chose de sérieux? - Possible. Comme tous les jours. Tu n’as pas froid, Ianto? Le jeune homme baissa la tête. - Si. Un peu. - Et tu as sommeil? - Aussi. Jack souffla, embarrassé. - Ianto, pourquoi ne m’avoir rien dit? Au lieu de m‘écouter déblatérer… - Je tenais à t’avoir à l’œil, au cas où tu tomberais à nouveau dans les pommes. - C’est humiliant! Ce n’est pas pour ça que je te paye! Viens, rentrons! Je vais te réchauffer mais pour t’endormir, cela risque de prendre un peu plus de temps. Le sourire ravi, un bras ferme autour de la taille de Ianto, Jack entraîna le jeune homme à l’intérieur de la Base. - M’étonnait aussi que je m’en tire à si bon compte, lâcha Ianto, à peine surpris. Mais heureux. *** Owen avait assuré comme un chef. Que c’était bon de revivre ces sensations uniques! En compagnie d’une cliente aussi gourmande, c’était la panacée. Le rêve absolu de tout homme! - Alors? Heureuse? Daphné offrit sa gorge encore chaude à Owen en riant de plus belle. - Tu es un macho dans toute sa splendeur, Owen Harper! - Touché! - Mais je dois confesser que tu es un champion… - Je sais. - Et modeste avec ça! - Toujours. - Mais dis-moi! D’où te vient cette fougue au lit? - D’une disette sexuelle imposée. En fait j’étais mort, hier encore, mais depuis je vais beaucoup mieux! - Tu m’en diras tant! - Tu ne me crois pas? - Mais si. Pourquoi ne pas te croire? Owen sortit du lit puis de la chambre. Stupéfaite, Daphné se recoiffa et s’avachit paresseusement en travers du lit. - Où tu vas encore? - Je reviens! Daphné attendit, rattrapée par le sommeil. - Regarde! Entonna Owen en revenant s’asseoir sur le lit, à ses côtés. Il avait dans la main une photographie de lui, sur sa table de mort, un trou béant et rougeâtre en pleine poitrine. - C’est moi il y a plus de 2 semaines de ça. Mort en héros. Une mort stupide, ok. Une balle directe dans le palpitant! Daphné jeta un œil endormi à la photo puis, subitement, réalisa l’absurde, le macabre de la situation. - Mais tu es un grand malade! S’exclama-t-elle, horrifiée. Pourquoi tu fais ça? - Pourquoi je fais quoi? - Je ne sais pas! Des montages aussi morbides! Tu es fou à lier! - Pas du tout! Ce n’est pas un montage, je t’assure! Hé! Que fais-tu? Daphné était debout à chercher ses vêtements, l’air perdu, terrorisé. - Mais qu’est-ce qui te prend? Demanda Owen, ahuri. - Je ne reste pas une minute de plus chez un fou pareil! Ciao espèce de crétin! Pauvre pervers minable! Owen se retrouva seul bien trop vite. La photographie de son cadavre dans les mains, il jura haut et fort. - Mais quel con! Mais quel con! Il jeta la photographie par terre et camoufla son visage sous l’édredon encore parfumé de l’odeur enivrante de la belle Daphné. D‘accord, Owen n’était pas amoureux de cette gourgandine, mais il aurait aimé partager un peu de sa déchéance avec elle. Cela ne lui était pas possible. Les conditions émises à sa renaissance n’incluaient pas le retour à une vie normale. Point trop n’en faut! Contrarié, Owen trouva malgré tout le sommeil et tomba raide avant d’avoir eu le temps de maudire, une fois de plus, le Capitaine Jack Harkness. *** Le lendemain matin, au Hub Ianto se leva, encore, avant Jack. Il avait eu une nuit courte mais réparatrice. Il était si heureux d’avoir retrouvé son partenaire au mieux de sa forme sexuelle. Un bon critère, sans aucun doute, quant à la santé globale du patron. Occupé à préparer le sacro-saint café, le jeune homme n’entendit pas tout de suite les plaintes provenant par à-coups du lit niché sous ses pieds. Puis, à tendre l’oreille, il parvint à saisir des bribes de phrases qui l’alertèrent. - Ianto! ….Ventre! …Owen ! Ianto courut vers la trappe et fut saisi de suées froides en voyant Jack, encore au lit, tordu de douleur. - Jack! Qu’est-ce que tu as? Attends, je suis là! Dis-moi! Ianto s’assit près du Capitaine et l’enlaça avec fermeté. Jack n’arrivait pas à se redresser, une douleur fulgurante au ventre le pliait en deux. Il hurlait et délirait. - Owen ! Nom de nom! Paix sur ta couche!! - Calme-toi, Jack! Je vais l’appeler! Tu crois pouvoir te lever? Le Capitaine, les mains sur son ventre, releva péniblement la tête et cria de tout son soul. - Non!!!! Vite, de la morphine!!! Tétanisé, Ianto lui caressa le front et lui chuchota. - Oui, oui, Jack. Détends-toi! Je reviens avec de la morphine, ok? - Fais vite! Je crois que je fais une hémorragie! Appelle Owen ! « une hémorragie? ». Ianto remonta au Hub, les jambes flageolantes. Bon dieu! « une hémorragie? ». - Non, Ianto ! Reviens! Tue-moi! Malgré la distance, Ianto avait entendu la supplique de Jack. Il se raidit et secoua la tête. - Tue-moi! J’ai trop mal! C’est atroce! Se lamentait le patron. Ianto fit demi tour et tenta de calmer Jack, sans redescendre. - Owen arrive, Jack! Tiens bon! - Nooon ! Qu’est-ce que tu attends bougre d’idiot? Tue-moi! - Tu peux pas me demander une chose pareille Jack! - Je suis immortel! Triple andouille! - Owen le fera! Mais PAS moi! - Va au diable ! Vociféra Jack en collant son visage contre l’oreiller. Ianto, vert bouteille, referma la trappe sur le spectacle intenable qui se déroulait sous ses yeux horrifiés. Il appela Owen et redescendit dans la chambre pour injecter à Jack une massive dose de liquide vitreux. Le Capitaine ne se rendit compte de rien. Il grognait contre les coussins, les mains cramponnées à son bas ventre. **** Un quart d’heure plus tard, Owen déboulait à la Base, le visage froissé. - Comment sait-il que c’est une hémorragie? Où est-ce qu’il est? Tu lui as donné quoi? Owen mitrailla le pauvre Ianto de questions et écouta à peine les réponses. Il était déjà en bas, au chevet de Jack. - Morphine, dose de précaution. C’est lui qui a parlé d’hémorragie. Owen prit le pouls de Jack et palpa son abdomen. - Putain! Il a vu juste! Vite à l’hosto! Ianto, magne-toi! Viens m’aider! - Une seconde, je n’ai pas six bras! S’emballa le jeune gallois qui téléphonait pour avoir une ambulance. Owen! Il m’a ordonné de le tuer.. - Quoi? - Il a peut-être raison! Tu n’as qu’à le tuer! Cela lui éviterait de souffrir… Ianto balbutiait comme un enfant qui apprend à lire. - T’es pas bien, Ianto ? Il fait une hémorragie! - C’est Jack ! Je suis certain qu’il n’a jamais été hospitalisé! - Et alors? Il y a un début à tout! Ferme-la et viens m’aider! - Attends-moi! Owen ! Ne panique pas comme ça, tu me fais flipper! Le médecin malingre portait Jack à bout de bras, écrasé sous le poids du bonhomme. Et la nuit qu’il venait de passer ne l’aidait pas sur le plan physique. - Je sais, Ianto! Mais tu avoueras que ce n’est pas normal : un Jack malade deux jours de suite! - L’ambulance arrive! Attends, je descends! Mais tu es sûr que c’est la meilleure solution? L’envoyer à l’hôpital? - Je ne suis plus sûr de rien, Ianto Jones! Attrape ses pieds! Les deux jeunes gens parvinrent dans un effort surhumain à hisser le patient jusque dans la Base. Ils l’installèrent dans le canapé et Owen reprit ses palpations. - Tu crois que c’est grave? - Une hémorragie? Non ! Qu’est-ce que tu vas imaginer? C’est son caillot, je savais qu’il fallait surveiller ce putain de caillot! - J’appelle les filles! - C’est ça! Elles lui masseront la voûte plantaire! - C’est bon, Owen! - Non c’est pas bon du tout! Putain qu’est-ce qu’ils foutent? - Tu as une explication logique? Demanda Ianto en prenant place à côté de Jack, dont la tête épousait le dossier du canapé avec mollesse. - Le caillot! Notre malabar est sur le point d’exploser! Il avait mal, pas vrai? - C’est peu de le dire! Il hurlait tellement il avait mal. Owen se posa face à eux. En secouant la tête. - Qu’est-ce que tu as Owen? - Je sais pas! - Tu te sens bien? - Mais oui! C’est juste que je pige pas ce qui lui arrive! - Tu l’as dit toi-même. C’est un caillot… - Mouais! Mais tu peux me rappeler la dernière fois que Jack ne s’est pas remis d’une morsure de la veille? - A quoi tu penses? - C’est pas normal. C’est ma faute… Une chape de plomb fit taire les deux hommes. Ianto l’avait craint et voilà que la réalité lui donnait raison. La résurrection d’Owen n’allait pas sans quelques retombées dramatiques et inédites pour l’équipe. Ils patientèrent dans le silence jusqu’à l’arrivée simultanée de Gwen et Tosh et de l’ambulance. Jack fut pris en charge, sous les yeux atterrés des filles. Ianto voulut l’accompagner mais le médecin l’en empêcha. - Ianto, tu restes avec Gwen et Tosh! J’y vais! - Ok. - Qu’est-ce qui s’est passé, Ianto? Le jeune homme leur raconta tout. A l’hôpital. Après avoir fait valoir ses droits, Owen Harper s’était vu renvoyé en salle d’attente. Fulminant de colère, et de frustration. Avachi sur un des sièges de torture du couloir n°13, il rongeait son frein. Jack avait été admis en toute confidentialité en soins intensifs dans l’établissement et Owen avait répété moult fois que seule l’hémorragie devait être traitée et que lui, Owen Harper, médecin personnel de Jack Harkness se chargerait du reste. Les médecins l’avaient snobé, daignant vaguement considérer ses recommandations. Jack était en perte de vitesse par sa faute. Il expérimentait pour la première fois sans doute les affres de la condition humaine, par sa faute. Owen avait beau se dire que seul Jack était responsable de cet état de faits, il ne se sentait pas pour autant acquitté. La culpabilité avait supplanté la joie dans son cœur. Jack lui demandait des comptes à présent, malgré lui. Indirectement. Ce n’était pas la volonté du patron. Mais la survie de Torchwood dépendait de Jack. Et ce dernier n’était pas au mieux de sa forme. Cela aurait été trop beau, trop parfait. Avec Jack et Torchwood, il y avait toujours un lourd prix à payer. Les miracles, s’il existaient par instants au sein de l’Institut, n’étaient jamais durables. Owen allait devoir renoncer à sa nouvelle vie retrouvée. Soit. Mais comment? Au Hub. Gwen se rongeait les ongles. Tosh se rongeait les sangs. Ianto se rongeait…Ianto ne se rongeait rien mais n’en pensait pas moins. - Il t’a demandé de le tuer? Répétait de temps en temps Gwen, abasourdi. - Il devait vraiment souffrir pour penser à ça…constata Tosh, recroquevillée sur sa chaise. - J’aurais dû l’écouter? - Non, Ianto! Tu es fou! Tu en es incapable de toute manière… Gwen secoua la tête. - Tu crois ça? Se rebiffa le jeune homme. Si Owen avait tardé, je pense que je l’aurais fait. - Vraiment? S’étonna Tosh. - Ianto, tu es un homme de bouche. Pas un homme de main! - C’est Owen qui te l’a soufflée celle-ci? Se moqua Ianto, un poil agressif. - Ne prends pas la mouche! J’ai dit ça comme ça… Le jeune homme leur tourna les talons et s’éloigna. - Le bagout d’Owen déteint sur moi, Tosh. Ianto a raison. J’ai tellement peur… Tosh se leva et rejoignit son amie sur le canapé. - On va trouver la solution à ce déréglage. - Déréglage? C’est comme ça que tu appelles ce qui est en train de se passer entre Owen et Jack? Fit Gwen, mordante. - Tu as une meilleure appellation? - Excuse-moi, Tosh. Je suis sur les nerfs. Ianto revint, le visage plus coloré. - Owen me dit que l’opération s’est bien passée. Et que Jack a déjà enfilé son manteau. Ils reviennent à la maison! Les deux jeunes femmes s’enlacèrent joyeusement. - C’est génial! Pourquoi est-ce qu’on s’inquiète tout le temps pour Jack? Il est increvable! - Il est fiable, surtout. Ajouta Tosh. Quelle chance on a d’avoir un patron comme lui! - Tu l’as dit Tosh! Gwen et Tosh allèrent d’un seul corps embrasser Ianto, qui les accueillit avec bonheur. - Et Owen? Comment va-t-il? - Il ne s’est plaint de rien, Gwen. J’en déduis que tout roule pour lui. - Super! Dans le SUV. Au volant du bolide, Owen roulait à tombeau ouvert vers Torchwood. L’œil en zigzag entre la route et son passager un peu sonné par l’anesthésie. - Comment tu te sens? - Vaporeux! Mais ça va aller, répondit Jack, en se redressant. - Un idée sur ce qui t’arrive? - C’est toi le médecin, non? - Jack! De toi à moi, j’y suis pour quelque chose, n’est-ce pas? Le Capitaine hocha la tête. - Pas forcément, Owen. Ne précipite pas les choses! - Si je dois re-mourir, je le ferais. Tu as ma parole. Jack regarda son jeune subordonné, avec douceur. - J’espère que tu n’auras pas à le faire, Owen Harper. Sincèrement. Touché par la sincérité dans la voix de son supérieur, et déçu par la pointe d’impuissance qu’il y décela, Owen garda le silence jusqu’à ce qu’ils soient arrivés à destination. - Jack, dit-il en descendant du véhicule. Si je dois repartir en arrière, dis-le moi! Je t’assure. La mort me va plutôt bien et je m’y suis fait. C’est toi qui restes indispensable… Jack, encore sous l’emprise des sédatifs, fit le tour de la voiture en rasant la portière arrière, puis le coffre. Une fois face au jeune homme il posa une main lourde sur son épaule. - Owen, même si tu devais perdre ta vie nouvelle, je n’ai aucune idée de comment cela devrait se faire! Et personne n’est irremplaçable, pas même moi! - C’est bien ce que je craignais! Admit Owen en soutenant Jack fermement. On est dans la mouise! - Affirmatif! Désolé, Owen. - Nous voilà bien! Ianto, ramène-toi! J’ai un colis pour toi! De retour au Hub. Ianto aida Jack à s’asseoir sur le canapé, Gwen et Tosh l’assommèrent d’embrassades. - Ta cicatrice au cou est encore là, s’inquiéta le jeune homme, debout derrière les filles. - Ianto, arrête de me regarder comme un scanner, tu veux? S’énerva Jack. Tout va bien. Tandis que Jack profitait pleinement de ce bain de foule féminin, Owen était retourné à son labo. Ianto reprit ses quartiers. Tout à coup, Jack coupa court aux effusions plus qu’agréables. - Allez, mademoiselle, madame. Au boulot! Ianto, viens avec moi ! On descend aux geôles! - Eh ben, il reprend vite du poil de la bête notre chef! Couina Owen. - Pas du tout! Déclara Jack. Ianto vient de me donner une piste! Examine-toi encore, Owen! Assure-toi que tout est ok de ton côté! Et il disparut, talonné par le discret jeune homme. - Qu’est-ce que ça veut dire? Glapit Gwen en allant rejoindre Owen. Ses problèmes de santé seraient liés à ta renaissance? - Mouais, y a des risques! Cette vieille carne me donne du fil à retordre! - Il existe sûrement un moyen pour pallier à ce genre de …déréglages. - Certainement! Gwen se tourna vers Tosh qui venait de lui répondre. Les deux jeunes femmes échangèrent un sourire entendu. Dans les geôles. - C’est quoi cette piste que le scanner que je suis t’a soufflé? Jack loucha sur Ianto, l’air fatigué mais amusé. - Le weevil! Le problème c’est que j’ignore lequel m’a mordu et si Owen a eu droit au même traitement par le même weevil… - Tu m’expliques? Jack et Ianto faisaient face au 3 weevils enfermés séparément dans les geôles. - C’est celui-ci qui m’a gratifié d’un bonjour. Ianto, il va falloir faire des examens sur ce weevil et surtout savoir si c’est le même qui a mordu Owen. - Sans vouloir t’offenser, la piste du gant n’est-elle pas plus logique? Bien que plus dramatique… - Possible. Mais nous allons d’abord écarter cette piste-là. Sait-on jamais? Ianto remonta. Perplexe, Jack resta un moment à dévisager le weevil, espérant fortement qu’il serait la clé de leurs interrogations. Quelques heures plus tard, au Hub. Owen avait étudié le weevil endormi sous toutes ses coutures. - Weevil ordinaire. Avec un peu moins de plaquettes que la normale mais rien de significatif. - Moins de plaquettes? C’est-à-dire? Demanda Jack, agrippé au moindre espoir. - C’est un des éléments capital pour une bonne coagulation du …sang! Le jeune médecin en lâcha ses instruments de dissection. - Tu crois que c’est lui? - Ianto, ramène-nous un autre weevil! Il nous faut une contre-expertise! Hé, ça fait très pro ça, non? - T’es con! Ponctua Gwen. Emballé par cette trouvaille Jack se frotta les mains et bondit hors du labo pour questionner Tosh. - Tosh, où en es-tu? Toi qui désespérais de comprendre ce qui se tramait ici! Quelles sont les nouvelles! Et attention: je ne veux que du positif! Le sourire radieux de Jack, d’habitude diablement efficace, ne suffit pas à la jeune femme. - C’est peut-être prématuré, Jack, mais je crains que ce ne soit pas le weevil qui soit la cause de ce défilé d’incohérences. Le visage de Jack s’assombrit. Il parla plus bas. - Explique-moi! - Eh bien, voilà. Mes recherches m’ont amenée à penser que seul le gant est responsable du chaos qui règne entre toi et Owen! - Le chaos entre nous régnait déjà bien avant le gant, plaisanta Jack, guère ravi de son trait d’esprit. - Jack! - Ok. Je t’écoute. - Owen agit de la même façon que Suzie l’avait fait avec Gwen, chuchota la jeune femme. Je suis navrée, Jack. L’influx énergétique insufflé à Owen au moment de sa résurrection est identique à celui de Suzie. - Mais Gwen est humaine. Je veux dire, je ne suis pas comme elle. Jusqu’à quel point crois-tu que ma santé risque de faire les frais de la renaissance d’Owen? - Aucune idée, Jack. Je ne peux rien ajouter de plus pour l’instant. Mais je m’étonne de te voir suivre la piste du weevil, Jack. - Comment ça? - Tu as eu ta migraine avant de te faire mordre. Jack encaissa sagement le triste constat et alla rejoindre Owen et le deuxième weevil cobaye. Il regarda son médecin étudier le spécimen solidement attaché, sans vraiment les voir. Tosh avait raison. Ce n’était qu’une bouée percée à laquelle il avait voulu se raccrocher. Jamais un weevil ne l’avait menacé de mort « spécifique ». Aucune de ces misérables créatures ne l’avait rendu malade au point de vouloir baisser les bras. Le gant, omniscient dans sa particularité nébuleuse, le gant qui apportait la vie et la mort sur un même plateau, sans mode d’emploi. Le gant venait de leur jouer un dernier petit tour démoniaque. A eux de comprendre le casse-tête et de s’en défaire rapidement. Le temps leur était compté. L’urgence pressait Jack. - Laisse tomber, Owen! Réussit-il à dire, dépassé et résigné.
Merci à ma fouine adorée, Evalyre et pardon pour le retard! Enjoy your reading!
PART 5
Jack souffrait en silence. Le contrecoup de l’opération dans son péritoine se faisait sentir avec force, à présent qu’il était seul. Il avait beau prétendre que tout allait bien, rien n’y faisait. Il avait mal. Sa peau le tiraillait et il avait l’impression que ses entrailles forçaient le passage jusque dans son cerveau.
Il relisait les études conjointes du médecin et de l’informaticienne. A chaque impulsion douloureuse il se redressait et serrait juste un peu plus fort l’accoudoir de son siège. La douleur s’ajoutait au désarroi total dans lequel les évènements récents le plongeaient. Owen n’aurait jamais dû renaître. Quelque chose ne tournait pas rond. Mais quoi?
Il avait exploité sans trop y croire la piste du weevil au taux sanguin anormal mais Tosh avait écarté cette éventualité. Restait le gant et son pouvoir énigmatique. Owen n’avait pas été égratigné par le weevil que Jack avait eu la malchance de rencontrer dans le noir.
Cette option était définitivement caduque. Il expira de dépit et son ventre trituré lui arracha un léger cri de douleur. La souffrance amplifiait à mesure que Jack se fourvoyait dans un sentier de perdition de plus en plus étroit.
Le scanner vivant était à l’affût. Jack n’était pas seul en vérité. Ianto aurait préféré mourir plutôt que de le laisser seul toute une nuit sans surveillance. Le jeune homme passa un bras autour du cou de Jack et l’immobilisa, façon arts martiaux.
- Tu as encore mal! Fais-moi voir ton ventre!
- Pas question, Ianto! Lâche-moi!
Ianto le maintenait fermement. Ce qu’il pouvait être obtus quand il le voulait!
- Ianto!
Ce dernier avait glissé une main chaude et empressée sous le tee-shirt du patron, qu’il souleva sans sourciller.
- Tu saignes encore, Jack!
- Normal! Pesta le Capitaine en retirant violement la main curieuse. Je suis tombé sur des pignoufs à l’hôpital! Des sagouins! C’est à peine s’ils m’ont endormi avant de me charcuter. Je vais faire un rapport à ce sujet d’ailleurs. Le Gouvernement va entendre ma façon de penser.
- Ne te débine pas, Jack! Je sais que tu veux nous épargner mais je suis là, tout le temps, pour toi. Tu devrais me faire confiance, non?
Jack se leva, dissimulant les stigmates de sa souffrance physique et morale. Seulement, l’homme qui lui faisait face était intelligent.
- Ianto, écoute-moi attentivement! Il se passe des choses inquiétantes, et je te fais entièrement confiance. Mais je t’en conjure, laisse-moi comprendre avant de t’alarmer inutilement. D’accord?
- Jack. Je suis alarmé. Tu ne vas pas bien du tout. Je suis alarmé, tu peux comprendre ça?
- Oui.
- Non, je ne crois pas. Tu ne sais pas à quel point j’ai peur de te perdre…
La douceur dans la voix du jeune homme apaisa le Capitaine.
- Oh que si, je sais! Et je peux te garantir que tu n’es pas prêt de me perdre, Ianto Jones.
Jack enlaça Ianto en éloignant autant que possible son bas ventre, pour éviter le contact direct qui aggraverait la situation. Ne pas se coller contre son amant, un effort doublement pénible pour Jack qui ne pensait qu’à ça en temps normal : se frotter contre Ianto. Lequel n’était décidément pas né de la dernière pluie malgré son jeune âge.
- Tu as mal! Il faut que ça cesse, Jack, murmura Ianto, contre lui.
- Je souffre, c’est vrai. Mais j’ai connu pire crois-moi! Mentit Jack, qui n’avait pas dégusté aussi longtemps depuis plus d’un siècle.
- Morphine! Décréta Ianto en se libérant de l’étreinte agréable.
- Non! C’est bon, Ianto, je peux supporter. Et il faut que je sorte. Je vais voir un vieil ami. Il pourra peut-être nous aider.
- Qui c’est?
- Tu ne le connais pas…
- C’est un ex?
Jack sourit malgré la douleur, en enfilant son manteau avec l’aide de son majordome multi-usages.
- Pas vraiment, non. Quoique je n’aurais pas dit non…C’est un ancien collègue à moi, à l’époque où j’avais encore un supérieur à Torchwood. Quelques jours avant l’an 2000. Il nous a offert son soutien inconditionnel sur une affaire délicate. Rassuré?
- Je viens avec toi, décida Ianto en cherchant son blouson.
- Non! Tu restes ici Ianto! Tout ce qui nous perturbe en ce moment ne doit pas nous détourner de notre mission première, la Faille. Il faut quelqu’un pour garder un œil sur elle, ok?
- Tu en as pour longtemps? Fit le jeune homme, dépité.
- Je suis de retour dans une heure. Profites-en pour te reposer un peu, d’accord?
- A ta guise, Jack.
Le Capitaine l’embrassa tendrement et longuement. Assez pour manquer d’air. Puis il le quitta sur un dernier clin d’œil complice.
- A tout de suite. J’y ai mis tout mon cœur, mais la vilaine ridule sur ton front est encore là. Je m’en occupe dès mon retour.
Jack sortit et apprécia l’air frais qui le gifla de plein fouet. Son ventre le mettait à rude épreuve mais il prit le volant à bord du SUV et se dirigea vers son rendez-vous secret.
St-James Street. Même bar où, quelques heures auparavant, Jack et ses sbires avaient eu maille à partir avec une poignée de weevils survoltés. Il entra dans l’établissement fréquenté par quelques irréductibles sans-sommeil* et aperçut rapidement un homme d’un certain âge, les tempes poivre et sel, lui faisant de grands signes de la main. Jack alla à sa rencontre. L’homme se leva et le serra fort dans ses bras. Cette fois, Jack n’y coupa pas. La douleur redoubla d’intensité. Il se mordit les lèvres.
- Oh, Jack Harkness ! Quel plaisir de te revoir !
- J’aurais aimé que ce soit dans d’autres circonstances, Dermott.
L’homme secoua la tête.
- Pourquoi ne pas m’avoir donné de tes nouvelles plus tôt, Jack? Après tout ce que nous avons traversé ensemble!
Jack acquiesça, l’air navré.
- Je sais. Je suis impardonnable.
- Installe-toi donc et raconte-moi tout. Tu bois quoi?
- De l’eau. Juste de l’eau.
- C’est vrai. J’avais oublié ta sobriété suspecte. Je ne m’y ferais donc jamais. Impossible d’écluser un godet digne de ce nom avec toi. Serveur?
Jack s’assit en face de Dermott. Il n’avait pas menti à Ianto. Dermott Spears était bien un vieux camarade. Un allié précieux et solide parmi les rares personnes qui avaient œuvré dans l’ombre de Torchwood. Dermott était aussi un homme fort séduisant et Jack n’aurait jamais refusé un quelconque rapprochement entre lui et cet incorrigible hétéro.
- Vous êtes toujours aussi craquant, osa Jack, laissant libre court à sa nature profonde. Sauf peut-être votre nouvelle façon de parler. Où avez-vous appris ce langage populaire? Toujours marié, je suppose?
Dermott fit mine d’être choqué mais fut flatté du compliment. Jack était toujours aussi charmant, pour n’importe qui.
- Ah, Jack Harkness ! Inchangé depuis toutes ces années. Salace, frondeur ! Et cette jeunesse! Ce n’est pas juste! Alors, que me vaut cette visite agréable et ma foi empreinte de tant de souvenirs? Tu dois être en grand danger pour daigner faire appel à un simple scientifique comme moi.
- Ne vous dévalorisez pas, Dermott! Vous êtes le meilleur, après qui vous savez…
- Des nouvelles de ce côté?
- Non. Enfin , si. Martha est entrée à l’UNIT, grâce à lui. Et elle vient juste de nous sortir d’un mauvais coup.
- Martha! Quelle magnifique créature, n’est-ce pas? Comment va-t-elle?
- Bien, bien.
- C’était quoi ce mauvais coup?
- Trop long. Et sans intérêt. Et puis le temps presse, pour tout vous dire.
Dermott le fixa pour la première fois depuis son arrivée avec anxiété.
- Dis-moi!
- C’est à la suite de cette affaire que les choses ont dégénéré. En fait, il s’agit d’un gant.
- De résurrection?
Jack fut stupéfait.
- Ne fais pas cette tête, Jack! Souviens-toi!
Jack fouilla dans sa mémoire mais la blessure se réveilla brusquement et nettoya tout sous le crâne du Capitaine..
- Peu importe, dit Dermott, en voyant le visage las de son ami. Quel est le problème avec ce gant?
- Oh, « les » problèmes, même. A cause de lui j’ai perdu un de mes agents, après ce qui s’est passé pour Alex et les autres.
Dermott hocha la tête, tristement.
- Quelle sale histoire! Continue, je t’en prie.
Le serveur apporta un pichet d’eau fraîche à Jack qui croisa le sourire espiègle de son aîné.
- Ces gants ont été utilisés à mauvais escient ou du moins bêtement. Expliqua Jack. D’abord par Suzie, mon ancien agent et aussi par…moi. Ah oui, j’ai retrouvé le deuxième gant, car comme dit Ianto, très justement, les gants vont souvent par paires.
- Ianto? Ton bras droit? Demanda Dermott, un rien taquin.
- Oui, mon bras droit. Et, accessoirement, mon passe-temps favori, dit Jack, fièrement, en buvant une gorgée d’eau. Il prend soin de tous mes membres, en fait. Pas uniquement de mon bras droit ok?
Dermott et Jack rirent de bon cœur.
- Bref. Je ne suis pas là pour alimenter vos fantasmes!
- Jack, le humble!
- Vous me connaissez bien. Plus sérieusement, c’est moi qui ai agi sans réfléchir. J’ai un jeune médecin sous mes ordres depuis 5 ans. Quand je dis sous mes ordres, cela dépend des jours et de son humeur. Mais il est brillant, acharné, vindicatif. Bref, la perfection même, au sens professionnel. Il a été tué il y a 3 semaines environ et je l’ai …ramené à la vie, à l’aide du gant.
- Quoi? Tu n’as pas fait ça, Jack? Mais te rends-tu compte?
- Maintenant je m’en rends compte, oui. Je suis inexcusable, murmura Jack, la tête basse.
- Impardonnable. Inexcusable. On va cesser la flagellation là, tu ne crois pas? Et ensuite?
- Alors? Eh bien Owen, c’est son nom, s’est réveillé…mort. Mais depuis hier il est de nouveau tout ce qu’il y a de vivant.
- Certes c’était irresponsable de ta part, mais quelle sorte de danger vous guette?
- J’y viens, Dermott. C’est que depuis hier, je subis à sa place. Je ne cicatrise plus et je suis loin d’être opérationnel. Regardez!
Jack exhiba sa hideuse cicatrice au ventre puis celle moins flagrante sur son cou. Dermott les examina, l’œil froid.
- Sales blessures, en effet. Mais je ne comprends pas une chose: Ton Owen, il était « quoi » depuis que tu l’as ramené à la vie? Comme toi? Immortel?
- Non, heureusement pour lui. C’est l’inverse. Il est…était définitivement…mort. Mais vivant.
Dermott se frotta le visage.
- Tu veux dire que d’un point de vue clinique il était décédé mais qu’il continuait à parler, à réfléchir, à travailler, à boire…
- Boire, seulement depuis hier. Et manger et uriner. Ses besoins organiques humains avaient été comme suspendus lors de sa résurrection.
- Il pouvait parler sans respirer? Fit Dermott de plus en plus incrédule.
- Exactement. Une aberration, comme moi, mais dans l’autre sens.
- C’est fou! Je comprends mieux ton angoisse. Mais que puis-je pour toi?
Jack haussa les épaules.
- Je n’en sais rien. Je suis perdu. Et j’ai peur pour Owen. Je ne veux pas qu’il revive sa mort. Je ne l’accepterai pas!
- Et toi? Tu as peur pour toi?
- Non! Je vais garder mon fardeau, j’en ai la conviction. Seulement un chef constamment malade ne reste pas longtemps crédible. Déjà qu’en bonne santé j’ai du mal à le discipliner…
- Vraiment? Si ton médecin ne suit pas tes ordres, ce doit être un sacré tempérament! S’amusa Dermott.
- Et il n’est pas le seul à me tenir tête…mais là n’est pas le problème, Dermott. Que dois-je faire?
- J’aimerais rencontrer ta meute. Etudier tous les détails les uns après les autres. Il faut tout me dire depuis le début.
Jack hésita.
- Je ne suis pas certain que ce soit une bonne chose que vous veniez à Torchwood.
- Pourquoi pas? Tu as collé des posters de moi dans ta chambre? Demanda Dermott.
- C’est drôle ça! Non, c’est simplement que cela ne ferait qu’aggraver l’état de panique dans lequel ils sont. Surtout Ianto…Il tremble comme une feuille, et…
- Il tremble pour toi? Oh, je vois.
- Quoi ? Qu’est-ce que vous voyez? Se défendit Jack qui ne ressentait plus aucune douleur, bizarrement.
- Il est jaloux! Et me voir débarquer dans son espace vital…
- Dermott, le Humble, se moqua Jack.
- Match nul! Jack, si tu me disais clairement le fond de ta pensée.
- Premièrement, Ianto n’a rien à craindre de vous, sans vouloir vous blesser. Deuxièmement, ils sont vraiment à cran et démunis.
- Et alors?
- Alors? Je n’en sais trop rien. C’est…on peut envisager un autre moyen.
- Jack, tu sollicites mon aide après des années de silence. Je suis là. Tu peux me faire confiance. Même si tu renâcles à me montrer l’ampleur de ta déconfiture en face de ton équipe, je sais que tu restes un homme de bien et de respect. Petit frère…
- Vous avez raison. Veuillez pardonnez mon attitude. C‘est d’accord. Mais je vous aurais prévenu!
Dermott héla le serveur et sourit franchement.
- Je suis solide, Jack. Ce n’est pas une bande de jeunes azimutés qui risque de me déstabiliser. Et puis je viens pour aider, que pourraient-ils avoir contre moi?
- Méfiance! Maître mot pour intégrer Torchwood, rappelez-vous!
Dermott paya l’addition et accompagna Jack à Torchwood.
- Vous êtes certain de vouloir venir dès ce soir? Vous savez qu’ils sont tous rentrés se coucher! Lui fit remarquer Jack en reprenant le volant.
- Absolument. Sybil est en séminaire et mes garçons sont chez leur copines. Enfin, c’est ce qu’ils m’ont dit.
- Sybil?
- Ah oui, tu n’es pas au courant : j’ai divorcé de Michelle il y a trois ans.
Jack démarra en silence. Quel bourreau des cœurs que ce Dermott! Suzanne, Michelle et maintenant Sybil! En parlant de cœur, Jack se souvint alors que le sien était resté à la Base, à l’attendre. Il se demanda s’il avait fait le bon choix en faisant appel à Dermott Spears, éminent spécialiste des phénomènes physiques et chimiques qui défiaient la science des hommes. Il s’attendait à ce qu’un de ces phénomènes ne se manifeste assez vite, sitôt que Ianto aurait posé les yeux sur cet invité impromptu, très chic et insolemment séduisant.
Chez Jack, le corps était étroitement lié à l’esprit. Durant toute sa conversation avec Dermott, il n’avait quasiment pas eu mal. Ce n’est qu’une fois installé dans le véhicule, alors que son ancien collègue consultait ses messages sur son smart-phone, et que Ianto lui revint en tête, que Jack sentit à nouveau une écharde imaginaire lui déchirer le colon.
Durant le trajet, Jack raconta avec force détails la tragédie qui avait entraîné l’équipe dans ce terrible cul-de-sac. Le visage de Dermott changeait d’expression à chaque nouvelle. D’abord amusé, puis sceptique pour finir en grimace qui aurait déclencher l’hilarité si la situation n’avait pas été si fâcheuse.
Jack entra le premier à la Base et chercha Ianto du regard, sans l’appeler. La querelle de clochers pouvait attendre, se dit-il. A sa grande surprise, Dermott semblait, lui, impatient de rencontrer le fameux bras droit de Jack.
- Ianto Jones? Nous sommes là! Où vous cachez-vous, jeune homme?
- Dermott!
- Quoi?
Dermott fit le tour de la Base centrale, le visage rayonnant.
- Vous avez amélioré votre outil de travail, on dirait? Le matériel n’était pas si somptuaire dans mon souvenir. C’est toi le designer ou est-ce Ianto? Ou encore votre binôme?
L’une des raisons qui avaient à l’époque rapproché Jack de Dermott était leur inclinaison commune à jouer de leurs charmes. Et à provoquer avec plus ou moins de raffinement tout ce qui bougeait. Mais il commençait à regretter d’avoir pensé à lui comme roue de secours. Une roue gonflée à bloc, ce qui rétablissait l’équilibre avec la bouée percée à laquelle il s’était raccroché un peu plus tôt. Finalement ce n’était pas plus mal. Pour l’instant.
- Pas de ça avec moi, Dermott! Ce n’est ni le moment ni le…Ce n’est pas le moment, bredouilla Jack, à court d‘arguments..
Ianto apparut enfin. Le costume légèrement froissé et le teint cireux.
- Tu te sens bien, Ianto? S’enquit Jack en se dirigeant vers lui.
- Tout va bien. Je me suis endormi, c’est tout. Bonjour…
Jack avait pris Ianto par la taille, d’une façon qui ne souffrait aucune équivoque possible.
- Je manque à tous mes devoirs. Ianto, je te présente Dermott Spears. Dermott, Ianto Jones.
- Enchanté Ianto Jones. Comme je le disais à Jack, il n’a rien changé dans ses habitudes depuis la dernière fois qu’on s’est vus. En dehors de la Base qui a bénéficié de l’argent du contribuable à foison. Et je vois que Jack a conservé un goût très sûr pour…tout.
Jack feignit l’agacement. Croisant le regard de Ianto, il put y lire tout un chapelet de questions : « C’est qui celui-là? D’où il sort? Il est en train de me draguer? C’est ton père? Ton grand frère? Dis-moi qu’il est de ta famille pour te ressembler autant! ».
- Dermott a travaillé en dilettante pour Torchwood, il y a quelques années de cela. Il peut nous aider, Ianto. Il est brillant.
- Bonjour M. Spears. Vous êtes de la famille de Britney? Vous êtes prof de chimie?
Dermott rit en entendant l’allusion à la célèbre ex-pop star. Plus fébrilement, Jack sourit à l’allusion finale.
- C’est un ami, Ianto.
- Et personne dans ma famille ne chante ni ne se déhanche aussi bien que Britney!
- Tu as encore mal? Demanda le jeune homme pour changer de sujet.
Il n’aimait pas Dermott. Apparemment.
- Non, c’est supportable. Bien, Dermott a voulu prendre connaissance de nos difficultés immédiatement. Il va potasser les études et puis..
- Et puis il dormira ici. Sur le sofa, décida Ianto, catégorique.
- Ianto!
- Non, Jack. Le sofa, c’est parfait! Avisa Dermott, avec empressement.
- Dans ce cas, je vais préparer du thé, du café, du potassium?
- Quoi? S’étonna Jack.
- Quelque chose de chimique.
- Quel est votre problème avec la chimie, Ianto?
- Aucun! Aucun! Répondit Jack, mal à l’aise. Il ...C’est une blague entre nous! Il adore taquiner, lui aussi.
- Beau garçon, poli, flegmatique, et pince sans rire. Le compagnon idéal en somme, chuchota Dermott, joyeusement.
- Il est un peu revêche au réveil. Mais je vous conseille de goûter son café avant de le cataloguer dans une case qui ne serait pas la sienne, ok?
- Ianto, un café pour moi, s’il vous plait!
Dermott fit un clin d’œil à Jack et demanda à se mettre au travail sur le champ. Jack lui désigna le poste central.
- C’est impressionnant! Mais dis-moi, qu’allez-vous faire tous les deux pendant que je travaille?
Dermott s’amusait follement. Jack aurait volontiers participé à son petit jeu si sa santé ne le malmenait pas autant.
- Je dois changer mon bandage. Ianto est une excellente infirmière.
- Je n’en doute pas. Il m’a l’air très bien, quoiqu’un un peu distant. C’est sérieux entre vous?
Jack imita Ianto à la perfection. Il leva les yeux au ciel.
- C’est une simple question. Ne te formalise pas pour si peu, Jack!
- C’est bizarre mais je ne me souvenais pas de vous comme d’un authentique baladin. Le résultat d’un divorce pénible ou d’un… mariage pénible?
- Ah très spirituel! Non je mettrais mon changement d’humeur sur le compte de l’âge. Tu ne sais pas à quel point c’est libérateur de vieillir. De devenir plus léger, sage. Primesautier…
- Je le saurai un jour, Dermott. Je vieillis aussi, pas très vite mais quand même.
- C’est vrai, tu as pris du poids! Mais ça c’est certainement le résultat d’une alimentation riche et préparée avec amour. Tu es vraiment devenu monogame?
- Vous avez la tête dure, Dermott !
- Tu ne m’as pas répondu, alors je persévère! Réponds et je vous laisse tranquille, tous les deux.
Dermott fixait son ami avec insistance et sympathie. Et un soupçon de fourberie.
- C’est vous l’observateur chevronné ! Observez-nous et faites-moi part de votre diagnostic, d’accord?
Dermott envisagea la proposition.
- Marché conclu! Bon, ce n’est pas que je m’ennuie mais j’ai du travail, Jack. Va te faire dorloter par ta nurse!
Jack secoua la tête. Dermott avait perdu ses manières compassées, et cela ne plaisait qu’à moitié au Capitaine. Il alla rejoindre Ianto, le cœur mou.
- Ianto, j’aurais besoin de toi pour changer mes pansements! Trompeta Jack en descendant au labo médical.
- Je suis à toi dans quelques secondes! Rétorqua Ianto qui portait un plateau rempli de tasses à son invité. Jack le regarda faire, perplexe. Pourquoi autant de tasses pour un seul homme? Il décida qu’il n’y avait pas matière à s’inquiéter et commença à déboutonner sa chemise quand il entendit le dialogue surréaliste qui arriva jusqu’à lui.
- Café noir. Café long. Déca. Earl Grey. Verveine ou…bromure.
- Du bromure? Bordel, pour qui donc?
- Vous n’êtes pas forcé de choisir le bromure. Depuis quelques mois je l’ai ajouté au menu. Prévenir au lieu de guérir.
- Je ne comprends rien à rien mais Jack m’a loué vos talents de torréfacteur alors je vais me laisser tenter par votre petit noir.
- Ianto !
Le jeune homme posa le plateau, sourit poliment à Dermott qui le regarda s’éloigner, le sourire en coin, l’air décontenancé. Voilà un homme jaloux et culotté, se dit-il, toujours amusé.
- Tu joues à quoi ? Fit Jack, énervé.
- Reste tranquille! Et enlève ton tee-shirt! Owen m’a laissé tout ce qu’il faut pour refaire ton bandage, dit Ianto, posément.
Jack s’exécuta en le dévisageant. Calme et détendu, Ianto admira les muscles de son chef. Avec un rictus qui ne leurrait personne.
- Ianto, je te connais mieux que tu ne le crois, lui dit-il tout bas tandis que l’infirmier intérimaire préparait une solution antiseptique. Ta vilaine ridule a fait un petit on dirait! Continua Jack, satisfait.
- De quoi tu parles?
Jack posa son index sur le front de Ianto.
- Tout à l’heure, tu n’avais qu’une ridule. J’en vois deux à présent. Tu es inquiet et je ne veux pas te voir inquiet.
Ianto commença les soins. Jack l’admirait entre deux râles de torture.
- Je te fais mal?
- Toujours et tu le sais, s’amusa Jack, en dépit de la douleur.
- De toute façon , ça te fait encore un point d’avance, murmura Ianto en déroulant la bande de gaze.
- Quel point? Les points de suture ont sauté?
- Non, je parlais de mes deux rides au front. Tu as trois fossettes, ce qui est tout sauf humain, j’ai donc un point de retard.
Jack écarta les bras pour permettre à Ianto de l’envelopper de la fibre de coton aseptisée et leva les yeux au ciel, ravi.
- Tu as fait l’école Owen Harper toi aussi? Me voilà bien entouré!
Ianto finit de serrer la bande autour de son abdomen et se redressa pour attraper l’épingle sur le chariot. Jack en profita pour le saisir par la taille et le coller à lui.
- Je n’ai pas terminé, Jack!
- Juste un petit baiser de consolation, quémanda le chef en l’embrassant avec appétit.
- Te consoler de quoi?
- On ne va pas pouvoir s’amuser cette nuit. Donc tu vas rentrer te reposer. Tu en as besoin, expliqua Jack, innocemment.
Ianto recula et le foudroya de ses yeux clairs.
- Parce que tu me gardes que pour le sexe, c’est ça?
- Chut!
- Oh, je vois! Ce soir c’est au tour de M. Spears!
- Ianto! Tu es ridicule! Dermott est un ami! Dès que je t’ai quitté tout à l’heure, tu as piqué du nez! Tu as besoin de repos! A moins que…
Jack avait prononcé la fin de sa phrase sur un ton lénifiant mais suspect.
- A moins que quoi?
- Que tu ne veuilles malgré tout rester. L’acoustique permettra à Dermott d’en profiter. Peut-être que cela ne te dérange pas! Je suis imperméable aux bruits extérieurs quand je …quand on …
- Quand tu t’amuses avec moi? Railla Ianto, grave et dégoûté.
- Merci pour les soins, infirmière. Rentre chez toi!
Jack se leva et remonta au hub central. Il savait pertinemment que Dermott avait tout entendu, eu égard à l’acoustique, mais s’en fichait royalement. Il était fatigué et voulait abréger les attaques personnelles qui ne faisaient que l’affaiblir davantage. Il croisa le regard de son ancien collègue. Un regard indescriptible.
En passant devant lui, Dermott lui fit signe d’approcher.
- Jack. De deux choses l’une. Soit tu es vraiment devenu monogame et je viens d’assister, bien malgré moi, à une scène de ménage. Soit tu n’es pas monogame et Ianto en souffre.
Agacé, Jack se pencha vers Dermott, faisant mine de le mettre dans la confidence, mais le ton de sa voix aurait pu atteindre les geôles tellement il parla fort.
- Ianto vous a sûrement entendu, Dermott ! Et oui je suis devenu monogame mais pas assez pour lui! Je concède qu’il a de quoi douter, mais c’est terminé! Une incartade de plus est une incartade de trop et je peux rien y faire!
Jack se redressa en voyant Ianto passer devant eux et prendre son manteau, l’air impassible mais le front irrémédiablement plissé par ses deux ridules. Jack le rattrapa avant la sortie.
- Ianto Jones! Excuse-moi, j’ai mal et je suis fatigué. Tu peux rester si tu veux.
- Si JE veux?
- La vache! Je comprends pourquoi un tiers des mariages se soldent par un divorce! C’est un interrogatoire permanent? Un scanner qui fonctionne jour et nuit? Que veux-tu entendre? Tu ne crois pas que tes scènes soient hors de propos en ce moment?
- J’ai compris, Jack.
- Ianto Jones!
Celui-ci et son chef sous tension se retournèrent vers Dermott qui les avait rejoints. Debout face à eux.
- Sachez une chose, mon jeune ami. Je n’ai jamais vu Jack dans un tel état de nerfs. Sans compter ses soucis de santé. Je vous parle de ce qui se passe sous son crâne. Combien de coups tu as eus pendant qu’on a travaillé ensemble, rappelle-moi! Dix, douze? En seulement deux semaines, si ma mémoire ne me joue pas de tour. Et combien depuis que vous vous fréquentez toi et lui? Un seul, si j’ai bien compris?
- Dermott!
- Ne crains rien, Jack! Ce n’est peut-être pas assez pour que vous, jeune homme, vous le considériez comme un monogame accompli, mais de mon point de vue, c’est une avancée indiscutable! Proche de la vie monacale, je vous assure. Alors si j’étais vous, je suivrais son conseil. J’irai me coucher et revenir frais et dispo dès demain matin pour lui prêter main forte car Jack en a besoin! Aussi solide et indémontable qu’il est, Jack a besoin de vous. Il a tant de responsabilités à tenir et sans vous et votre équipe, il n’y parviendrait pas.
Ianto et Jack, sans voix, buvaient les paroles de bon sens de Dermott. Ce dernier, réjoui de son effet, ajouta calmement.
- Et Jack n’est pas du tout mon genre, si cela peut vous rassurer. Bien trop costaud et masculin pour moi!
Jack ne put s’empêcher de sourire. Ianto, pour la première depuis fort longtemps, ne sut pas quoi répondre et resta hébété, limite bête. Jack vint à sa rescousse en déposant un doux baiser sur ses lèvres.
- A demain , première heure, lui dit-il tendrement.
Ianto hocha la tête et disparut. Jack gratifia Dermott d’une tape dans l’épaule.
- Merci. Je crois que vous avez été convaincant.
- A ton service, Jack. J’ignore pourquoi, mais ce garçon gagne à être connu sous son meilleur jour. Et d’après ce que j’ai vu, son meilleur jour c’est quand il ne doute pas de toi. Il est vraiment amoureux, dis-moi! Il ne mérite pas que tu le fasses souffrir, il est tellement plus radieux quand il sourit.
Jack jaugea Dermott.
- Dites, ce beau laï us, c’était pour le rapprocher de moi ou pour le rapprocher de vous?
- Oh, je connais ton opinion sur les étiquettes et je la partage. Mais l’an 2000 ne m’a pas changé à ce point. Disons que c’est mon côté sentimental qui a pris le dessus. J’aime te savoir bien entouré, Jack. Tu es quelqu’un de bien.
- Merci. Merci beaucoup. Je fais tout pour ne pas faire souffrir Ianto. C’est quelqu’un de bien aussi.
- Je n’en doute pas une seconde. Son café est …une œuvre d’art! Je vais retourner à ma tâche et dès que mon corps me lâche, je goûterai à sa verveine. Va te reposer toi aussi!
Jack n’attendait que ça.
- Si vous avez un problème, quel qu’il soit, je suis là. Sur le canapé.
- Mais c’est ma couchette!
- Vous n’aurez qu’à me secouer. Je ne dors jamais à poings fermés.
- Tu as été assez secoué comme ça! Ne t’inquiète pas pour moi, Jack! Dors et rêve de Ianto. Car mon petit doigt me dit que tu es pas mal attaché à ce jeune homme, toi aussi. Un passe-temps! Sans blague!
- Qui me parle? Je dors!
Dermott balaya le trait d’humour de son ami d’un vague geste de la main et se remit au travail, fasciné par ce qui défilait sur les écrans d’ordinateur.
Le lendemain matin, très tôt.
Jack se réveilla sur le canapé. Surpris, il regarda alentour et s’inquiéta de ne pas trouver Dermott. Lorsqu’il se leva, il sentit une décharge dans son ventre qu’il l’alarma un peu plus. Toujours pas d’amélioration, même s’il se sentait beaucoup moins vaseux que la veille.
- Dermott! Dermott Spears!
- Ici, Jack!
La voix venait du poste central. Dermott s’était endormi assis, la joue posée sur le clavier. Il recula sa chaise et se leva d’un bond. Encore vert pour son âge, pensa Jack, admiratif mais contrit.
- Vous auriez dû me réveiller, Dermott. Je suis très gêné.
- Pas de flagellation, Jack. C’est curieux ce souci que tu as de t’approprier tous les torts. Tu as bien changé …
- Vous êtes mon invité, dit Jack en venant lui serrer la main et en éludant la remarque. Si j’avais su que vous n’en feriez qu’à votre tête, je vous aurais indiqué ma chambre.
- Ta chambre? Tu dors vraiment ici?
- Oui. Juste en bas, là.
- Sous cette trappe il y a ta chambre? S’exclama Dermott. Je me suis souvent demandé ce qui pouvait y avoir en dessous! Je t’assure! Mais trêve de politesses, comment te sens-tu?
- Je n’ai jamais entendu cette phrase si souvent prononcée depuis 2 jours! Je vais bien, merci.
- Montre-moi ta blessure!
- Je vais bien, je vous dis! Je ne me vide plus comme un goret. C’est tout ce qui compte.
- Autrefois, tu répétais que tout ce qui comptait, c’était ton plaisir. Tu te souviens? Fit Dermott, nostalgique.
- Oui.
- Tu as changé, Jack. Tu es meilleur, je le crains, plaisanta l’autre. C’est l’amour?
- Non! C’est la responsabilité que j’ai depuis que je dirige Torchwood! Je suis responsable de mes employés et de tout ce qui se passe icI. Je dois rester le garant de la tranquillité de la Base. Chaque seconde est une atteinte à mon moral!
- Ne t’enflamme pas! J’avais compris.
- Veuillez m’excusez, Dermott. Je suis à cran.
- Et c’est reparti, la séance des plaintes! Jack, je préfère penser que seul ton état fébrile te rend aussi obséquieux. Et, qu’en temps normal, tu as su garder ta fantaisie.
- Je l’ai gardée. Faites-moi confiance. Owen et Gwen vous le confirmeront.
- Gwen?
- Ma dernière recrue. Ancien agent de police. Mais elle est casée ! Et bientôt mariée!
- Oh Jack! Cesse donc de croire que tout le monde est comme toi : volage et dragueur ! Enfin, si tu l’es encore…
Jack préféra ne pas surenchérir et s’éloigna de Dermott en secouant la tête.
- Vous avez les douches de ce côté, lui dit-il. Je vais préparer le café.
Dermott le suivit, au lieu de prendre la direction indiquée pour la toilette.
- Oh, on ne peut pas attendre que ton passe-temps n’arrive? Fit-il, narquois.
Jack se tourna vers lui, étonné. Il soupira pour toute réponse. Non seulement il regrettait amèrement la présence d’un collègue surexcité mais en plus il déplorait l’absence de son médecin. Mis au supplice par sa vive blessure et constamment taquiné par Dermott, il aspirait au calme et à une bonne dose de morphine. Mais il ne pouvait plus faire marche arrière. Dermott sembla lire dans ses pensées.
- C’est entendu, Jack. Je ne t’embête plus. Je vais me débarbouiller.
Soulagé, Jack déboutonna sa chemise et examina sa plaie qui saignait toujours. Il avait menti à Dermott. Son bandage était rouge sang. Complètement imbibé. Jack grimaça et se mit torse nu pour éviter de tacher ses vêtements. La douleur était supportable. Et la cicatrice au cou disparaissait progressivement au toucher.
Au hub, un peu plus tard.
Ianto et Owen étaient arrivés ensemble. Pour la première fois depuis que le jeune Gallois travaillait ici. Après avoir encaissé les railleries de routine matinales, Owen s’isola avec Dermott pour faire le point avec ce nouvel arrivant, spécialiste des phénomènes qui d’habitude n’intéressaient pas du tout le médecin. Jack et Ianto firent le point sur …eux.
- Bien dormi?
- Comme un bébé! Regarde-moi, Ianto.
Le jeune homme lui fit face.
- Une seule ridule, c’est bon signe!
- Tu te promènes toujours torse nu quand tu as un invité?
Ianto préparait une deuxième authentique tournée de café.
- Toujours! C’était pour ne pas en mettre partout. D’ailleurs j’ai dû laisser une empreinte sur le canapé. Je vais voir.
- Pourquoi tu as aussi dormi sur le canapé?
- Ianto? Tu me fatigues!
- Et toi, tu joues avec mes nerfs!
- Dermott est un homme droit et digne de confiance. C’est un parangon de vertu! Un ponte de la science parallèle! Un chantre de la respectabilité! Et je n’ai nulle envie de jouer en ce moment! Je continue?
Ianto regarda Jack, tendrement.
- Excuse-moi! Je suis perturbé avec cette histoire !
- Je crois qu’il va pouvoir nous aider. Fais ton merveilleux café! Je vais changer ce fichu bandage et on se mettra au boulot. Ok?
Dermott fit la connaissance de Gwen et Tosh, qui, elles aussi, arrivèrent ensemble. La machine Torchwood démarra doucement. Après le petit déjeuner, tout le monde se réunit au poste central. Dermott, très à l’aise, leur fit part de ses déductions. En vulgarisant au maximum son récit.
- Bien. D’après ce que m’a raconté Jack et tout ce que j’ai pu apprendre de vos travaux, je dois vous avouer que la piste du weevil est à exclure. Désolé. Tout est parti du gant. De la résurrection d’Owen.
- Pourquoi pas le weevil? J’aimerais savoir, demanda Tosh.
- C’est vous qui posez la question? Je m’en étonne, Toshiko. Vous l’avez noté dans votre étude n°12 : Jack était déjà souffrant avant sa virée dans les caves du bar.
- Une migraine? Ce n’est peut-être qu’une coincï dence?
- Suivie d’un évanouissement, ajouta Dermott en se tournant vers Owen. Ce n’est pas rien, docteur?
Owen se contenta d’opiner du chef.
- Donc, le gant a gagné la première place du podium. Et cela me semble logique. Ce gant, le deuxième d’une paire, le dernier, par conséquent, a ramené Owen à la vie sous l’impulsion de Jack. Chose qui ne s’était jamais produite auparavant. C’est bien ça?
Jack acquiesça.
- Ce gant vous a ramené à la vie Owen, en même temps qu’elle a réveillé la Mort, que vous avez dû combattre à l’hôpital. La Mort qui vous a choisi pour guide et pour arme, contre laquelle vous vous êtes retourné. Avec succès. Toutes mes félicitations, jeune homme!
Owen accepta le compliment en silence.
- Bref, la Mort s’est battue contre elle-même. Vous êtes d’accord?
- Euh…
- Gwen? La victime numéro 1 du premier gant. Owen a hébergé Duroc, autrement dit la Mort, et l’a défiée malgré elle. Symboliquement on peut dire que la Mort s’est défiée elle-même et a perdu le combat d’un point de vue humain. Vous comprenez?
- Oui, oui, murmura Gwen, pas franchement convaincue.
- Toujours symboliquement, Jack, en donnant la vie, a donné la mort. Désolé, Jack. Tu es tributaire de ton statut. Tu n’y peux rien.
- Vous voulez insinuer que je suis entre les deux mondes, celui des vivants et celui des morts?
- Cela n’est pas si simple! Je dirais plutôt que tu n’es ni dans la vie ni dans la mort. Les flux énergétiques qui sont apparus pendant que tu redonnais vie à Owen sont symétriques en positif et en négatif.
- Plus clairement, Dermott.
- Tu n’as jamais réussi à ressusciter quelqu’un à l’aide du gant, sauf Owen! Pourquoi, à ton avis? Parce que tu n’es pas défini, pas réel, tu n’existes pas en vérité. Tu ne peux donc pas, en théorie influer sur le cours des évènements. Sauf que tu le fais!
- Ianto, tu confirmes? Osa Owen qui ne put refouler sa brimade.
- Owen!
- C’est aberrant, je sais, poursuivit Dermott, pontifiant légèrement. Jack est ainsi! Mais on y reviendra. J’ai scrupuleusement étudié le cas Suzie Costello. Elle s’est servie du gant pour puiser l’énergie vitale de Gwen et elle aurait pu arriver à ses fins sans votre intervention car d’une humaine à une autre humaine, il semble que le procédé soit 100% fiable et efficace. Vous l’avez échappé belle, Gwen Cooper.
- J’avais confiance, confessa Gwen, émue.
- Mais avec Jack, on ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre! Continua l’expert.
- Tu confirmes, Ia….
- Owen ! Glapit Jack, de plus en plus mal à l’aise.
- Je comprends mieux pourquoi tu as insisté pour le faire revenir celui-ci, il est impayable!
- Vous n’y êtes pas du tout Dermott! C’est juste pour obtenir un code d’accès qu’il m’a ramené! S’emporta Owen.
- C’est faux! Se défendit le Capitaine.
- Du calme! Tout va bien! Les raisonna Dermott. Je ne suis pas venu pour entendre vos plaidoiries, d’accord? Ou plus tard, si vous insistez. Bien, Le problème avec Jack, du moins dans l’affaire qui nous préoccupe ici, c’est que la Vie et la Mort sont étroitement liées.
- Vous êtes certain de ne pas tomber dans la surenchère de boniments mystiques? S’insurgea Owen.
- Pas du tout jeune homme! Je ne suis pas un médium. Je suis un scientifique! S’offusqua Dermott.
Gwen et Tosh étaient assises à la droite de Dermott. Owen et Jack à gauche. Ianto faisait face au… scientifique. Jack décida qu’il était temps d’en finir avec les distractions en tous genre.
- Le prochain qui interrompt Dermott, je l’envoie nettoyer les geôles! Et c’est aussi valable pour vous, Dermott!
Ce dernier sourit généreusement et reprit son exposé.
- D’un point de vue purement scientifique, Owen Harper, ici présent, a bénéficié de tout ce qui fait que Jack est …Jack. Pas immortel, pas éternel. Car je vous rappelle que ce n’est pas la même chose. Et surtout incompréhensible. Jack est doté d’une particularité qui n’existe dans aucun manuel ! Il est unique! Il est autonome et inexplicable. Et il ne devrait même pas figurer dans le schéma énergétique qui nous concerne actuellement. Désolé.
- Cessez de vous excuser, Dermott! C’est lassant à la longue, le coupa Jack, amusé.
- Jack, les geôles! Et que ça brille! Claironna Owen en se levant. Tu l’as interrompu, non?
- Assis!
- Il est toujours en roue libre comme ça? Gloussa Dermott.
- Oui. Encore une roue, marmonna Jack pour lui-même.
- Je sais. Je suis super! S’enorgueillit Owen en se rasseyant.
- Dermott, si vous en veniez au fait car on n’en sortira jamais…
- D’accord, Jack. Owen est revenu à la vie par la seule force vitale qui coule à flot en toi, Jack. Mais comme je le disais plus tôt, il a également reçu ta part morbide, qu’il a, dans un premier temps, vaincue mais qui, après un sommeil de quelques jours, a décidé de reprendre le dessus.
- Il devrait être mort dans ce cas, s’étonna Jack. Et pas hyperactif et en pleine santé…
- Justement, c’est ici que mes interrogations bloquent ma réflexion. Il faudrait effectuer une analyse complète et simultanée de vos fonctions vitales. Vous placer en connexion pour graduer l’impédance et les interactions qui subsistent entre vous. Mais à mon humble avis, tout n’est que mauvais dosage. Jack, tu as trop partagé avec Owen et si cela lui est favorable, ça ne l’est plus pour toi.
- Comment y remédier? Demanda Jack en se levant.
- Pour l’instant je n’en sais rien. Le gant a été détruit. M’étonnerait qu’il en existe un troisième! Et même s’il en existait des centaines, le phénomène est inédit, donc complexe. Procédons par ordre. Peut-être que l’on y verra plus clair après un examen fondamental.
- Très bien, Dermott. Quelqu’un a quelque chose à dire?
- On peut parler?
- Oui, Owen!
- Si j’ai bien compris, Dermott, je suis en train de mourir à nouveau sauf que Jack m’en empêche en s’accablant de toutes les blessures?
- Je crois bien. Admit Dermott, solennellement. En gros, il vous empêche de mourir de façon chrétienne! Il veut vous récupérer par tous les moyens qui sont à sa disposition.
- Eh bien faut-il que tu m’aimes à ce point? Dit le jeune médecin, à voix basse.
- Tu en doutais? S’offusqua Jack, réellement surpris.
- Ce n’est qu’une interprétation, cela dit, objecta Owen. J’attends de voir ce que vont donner les examens. Et sans vous offenser, Dermott, la piste du weevil me plait bien. Jack ne vous a pas raconté toute la vérité, en ce qui concerne mon pouvoir sur ces créatures.
- Non, c’est exact. Nous en discuterons après les examens, si vous le désirez, Owen. J’avoue être très impatient de vous entendre.
- Owen, roi des weevils, prépare-toi! Fit Jack, ironique.
Dermott se leva à son tour, touché par l’embarras du jeune homme autant que par la dévotion de son ami. Jack donna ses ordres à chacun d’eux et rejoignit Dermott dans l’antre médical.
- Vous êtes certain de vos conclusions?
- Bien sûr que non, Jack! Mais pour le moment c’est l’unique déduction valable. Pourquoi? Tu aurais préféré autre chose?
- Pour être franc, oui. Si c’est moi qui le maintient en vie, je vais devoir faire un choix, et c’est la chose la plus pénible qui puisse me gâcher mon plaisir…Je n’en veux pas.
- Je te comprends, Jack. Je suis dé..
- Désolé, je sais! Bon on s’y met?
Jack se prépara à être étudié de fond en comble avec l’amère impression que tout était encore de sa faute et qu’Owen et lui allaient passer de rudes moments de solitude et de désespoir. Il pria pour que Dermott se trompe et que la piste des weevils revienne en premier plan. Mais il n’y croyait guère.
Au hub, un peu plus tard.
L’équipe avait installé une deuxième table dans le labo médical pour que Jack et Owen soient confortablement allongés, l’un à côté de l’autre, pour une meilleure connexion entre eux. Les deux hommes furent contraints de rester immobiles et calmes durant près d’une heure. Dermott, aidé de Tosh, enregistrait avec une rapidité étonnante les données qui tombaient à mesure que les différents examens étaient effectués sur les deux cobayes relativement coopératifs.
Gwen et Ianto, plus en retrait, rassemblaient les kilomètres de feuillets qui sortaient de l’imprimante principale. La jeune femme eut envie de partager son inquiétude avec son ami.
- Si ce type a raison, Jack va devoir « changer » Owen..
- Pas forcément Gwen. On ignore tout du gant quand c’est Jack qui réussit à le faire fonctionner. Avec Suzie c’était plus simple, entre humaines; ici c’est totalement nouveau. Le gant a été détruit, pour Suzie cela a suffi &a
Oops la suite et fin (provisoire).
- Pas forcément Gwen. On ignore tout du gant quand c’est Jack qui réussit à le faire fonctionner. Avec Suzie c’était plus simple, entre humaines; ici c’est totalement nouveau. Le gant a été détruit, pour Suzie cela a suffi à contrer ses plans. Mais avec Jack! Personne ne peut le contrer donc, CQFD. - Alors quoi? - Aucune idée, Gwen! J’espère seulement que ce Dermott a tout faux et que la piste du weevil… - Oh, non, Ianto! Ne me dis pas que tu crois aussi à cette éventualité? Pouffa Gwen. - Et pourquoi pas? - Parce que tout ce que tu espères, c’est que ce Dermott se casse les dents et reparte la queue entre les jambes. Si je puis me permettre. J’ai pas raison? - Pas du tout! - Il a quel âge, à ton avis? Il est assez sexy, je trouve! Je lui donnerais dans les 55 ans. Et toi? - La colombe du temps a laissé tomber quelques unes de ses plumes blanches sur moi. Mais mon entourage s’évertue à me faire penser que ce n’est qu’un doux duvet. Ce qui flatte mon ego, mais n’est pas tout à fait exact, ma chère. Gwen, rouge tomate, parvint à sourire à Dermott, qui s’était immiscé dans la conversation à pas de loup. - J’ai 61 ans. Et je les porte fièrement! - Vous pouvez, Dermott! Bafouilla-t-elle, admirative. Quelle allure! - C’est adorable, ma jeune amie. Jack avait coutume de m’appeler « grand frère » à l’époque où j’ai aidé Torchwood. Assez marrant quand on sait qu’il pourrait être mon arrière grand-père, non? - Et c’était quel genre de coup de main? Fit Gwen, fascinée. - Une histoire de spectres qui n’avaient rien de mystique. Des âmes perdues échappées de la Faille et qu’il nous a fallu renvoyer chez elles en toute délicatesse. Passionnant. Mais je vous raconterai ça plus tard. J’étais juste venu vous dire que les examens vont bientôt se terminer et que peut-être un bon café aiderait à nous remettre les yeux en face des bons trous? Jusque là muet, Ianto toisa Dermott, sévèrement, puis se ravisa. - Je m’en occupe. Je suis là pour ça! Dermott et Gwen échangèrent un regard complice. - Si je vous raconte ma mission au sein de Torchwood, chère Gwen, vous me raconterez ce qui rend ce jeune homme si fébrile dès qu’une ancienne relation de Jack pénètre dans cette enceinte? - Vous aimez les ragots? - J’adore! - C’est d’accord! Mais rassurez-moi, quand vous dites relation, vous ne sous-entendez rien d’intime? - Grand dieu! Non! J’aime trop les jolies filles… - Il disait pareil. Le gars qui a jeté le trouble entre Jack et Ianto. - Le gars? - Un expert comme vous. Mais il n’a pas réussi son coup. - Seulement, il a semé la zizanie? - Pas mal, oui! - Expert en quoi? En dehors des parties fines? - En chimie. - Ah, je comprends! Que c’est réjouissant! Non, je ne suis pas digne. Pauvre Ianto. Je vous jure sur l’honneur que Jack n’est pas du tout mon genre! C’est un ami, un homme bien, mais nos rapports sont tout sauf intimes! - Je vous crois, Dermott. Mais si nous allions nous occuper de Jack et d’Owen? Les potins attendront. - Suivez-moi! Même si vous connaissez le chemin! Quelques minutes plus tard. Libérés des diodes et autres câbles électriques, Jack et Owen se rhabillèrent et c’est autour d’un café corsé que l’équipe et Dermott se réunirent dans la salle de conférence. - Si vous voulez mon avis, Dermott, vous ne trouverez rien de probant. - Qu’est-ce que tu en sais, Owen? - Une intuition, c’est tout! - Jack, calme-toi! - Je suis calme. Dermott, vos premières impressions? - Vos constantes sont similaires. - Mise à part cette légère activité cérébrale plus prononcée chez Jack, fit remarquer Tosh. - Oui mais n’est-ce pas habituel? Jack n’est-il pas plus ...comment dire sans froisser personne? - Plus « intelligent »? Compléta Owen, en souriant. - En quelque sorte! Son cerveau n’est pas identique au vôtre, Owen. Puisque rien n’est identique chez Jack. - Continuez, Dermott. On statuera sur mon suprême intellect plus tard. - Pfff… - D’accord, Jack. Fit ce dernier en compulsant ses tonnes de données. - Si on part du principe que Jack a trop partagé avec Owen… commença Gwen. - Hé, ça te travaille ça! - Owen! Et que le gant est détruit. Comment faire pour répartir la bonne dose de vie chez Owen? Dermott, silencieux car occupé à lire ses dossiers, n’entendit pas la question. - Dermott? - Oui, Jack? - Gwen a soulevé un lièvre : comment faire pour répartir la bonne dose de vie à Owen, sans le gant? Répéta Jack, anxieux. - Je ne vois qu’une façon de s’en acquitter, Jack, fit Dermott le visage grave. Il faut …tuer Owen Harper! *** * hommage à Macha Béranger.
PART 6 Le couperet tombé fut reçu de diverses manières. Gwen ouvrit la bouche. Ianto serra sa main droite autour de sa cravate. Tosh serra sa main droite atour de son stylo plume. Tout ces gestes discrets dans le silence le plus total. Et tous les regards dans la même direction : Owen. Tous les regards. Sauf deux d’entre eux. Celui du pauvre Owen, naturellement, et celui de Jack, rivé sur ses propres mains en poings devant lui. Les yeux clairs du Capitaine semblaient vides, miroir sans tain de la tempête qui ourlait dans sa tête. Quant à Dermott, qui se pinçait les lèvres en empilant machinalement les nombreuses pages de son étude, à la manière d’un présentateur de télévision qui attend le générique de fin, il louchait vers Owen, attendant là encore une réaction. Jack se chargea de briser le silence en claquant la paume de ses mains sur la table. - Dermott ! Je n’ai jamais rien entendu d’aussi absurde depuis des lustres! - Peux-tu développer? Fit celui-ci, contrarié. - Owen est déjà mort! Et pourquoi…non, comment savoir si c’est la seule option? C’est grotesque! - Jack, laisse-le s’expliquer, conseilla Gwen. - Il est en train de vivre une aberration, Jack! Une vie à rebours! Expliqua Dermott. - Vous disiez que j’étais en train de mourir…s’étonna Owen, qui avait apparemment du mal à dissimuler sa névrose grandissante. Je suis en train de quoi? Bordel! - Owen, calmez-vous! Dit Dermott. Vous êtes en train de mourir pour de bon, je suis désolé. - Mais vous disiez que le partage n’était pas équitable et qu’il m’était même favorable! - Oui, mais provisoirement. Je vous prie d’excuser mon manque de tact. Il faut de toute manière abréger cette situation extraordinaire, dans le sens premier du terme. Qui sort de l’ordinaire et qui peut, à plus ou moins long terme, finir en cataclysme pour Owen. - Génial! - Assez déliré, Dermott! Ce que vous dites n’a aucun sens ! S’énerva Jack en se levant. Vous savez quoi? Nous n’allons rien tenter. Nous allons faire confiance au temps et prouver par « a+b » que cette thèse n’est qu’un tas de crétineries de senior en mal de fantasmagories ! - Jack! Je ne te permets pas! Qu’est-ce qui te prend? Laisse-moi m’expliquer au moins… - Je refuse de rester à ne rien faire, Jack! Je te préviens! S’exclama Owen en se levant à son tour. - Du calme! Gwen et son empathie passaient au travers des cris et des noms d‘oiseaux.. - C’est une ineptie! Je ne veux pas prendre un tel risque uniquement pour vous permettre de tester vos expériences! Owen n’est pas un cobaye! Grogna Jack. - Alors quoi? Le défia Dermott, fièrement. Tu comptes rester à attendre que ton employé agonise sous tes yeux? - C’est toujours plus humain que de l’exécuter froidement! Riposta Jack, rouge de rage. - Humain? Ricana Dermott. Parce que tu te sens humain, désormais? Tu es sûr de toi? Souviens-toi! Sans tout comprendre, mais habituées au fait, Gwen et Tosh virent le pugilat pointer le bout de son nez. D’un regard, Gwen invita Ianto à prendre part aux « explications ». Le jeune homme se rendit naturellement vers Jack tandis que les filles entourèrent le scientifique révulsé, à l‘insulte facile. Owen les regarda, à mille lieux du combat de coqs qu’il avait provoqué sans le vouloir. Il recula contre le mur et ferma les yeux. Il entendit des crissements de chaises que l’on dégage du passage. Des appels au calme à la voix féminine. Des respirations fortes. Des « Jack! », des « Dermott! », des « Voyons! Calmez-vous ! », et ainsi de suite jusqu’au silence net et brutal. En ouvrant les yeux, il les aperçut tous, face à lui, à l’observer. Presque momifiés dans leur dernier élan. - Owen? Tout va bien? Bredouilla Gwen. Le jeune homme sourit de les voir tous ainsi suspendus à sa réaction. Tosh tenait le bras de Dermott. Ianto tirait encore sur la bretelle de Jack. Dermott et Jack se tenait mutuellement par le bras. Et Gwen gardait une main sur les chaises écartées contre le mur. Owen souriait. Il était le centre du monde, et même si les circonstances auguraient du pire, c’était toujours ça de pris. Il se décolla du mur et sortit les mains de ses poches. Il n’osa pas les regarder fixement. Sauf Jack, vers lequel il avança. - Quel que soit notre choix, le résultat est le même? Je suis condamné à mourir. C’est ça? - Non! Nous n’avons la certitude de rien du tout, Owen! On va trouver une solution! Et de toute façon tu es déjà mort! - Jack, soupira Ianto en le tirant vers lui. - Lâche-moi! Je suis encore votre chef ! Owen, si tu as refusé de mourir quand je t’ai ramené grâce au gant c’est qu’il y avait une raison! On la trouvera! - On ferait mieux de sortir prendre l’air, osa Dermott, d’une petite voix. - Vous, Dermott Spears, c’est la porte que vous allez prendre! Fulmina Jack. - Jack! Cria Gwen. - C’est bon! Temps mort! Fit Jack, soudainement, en levant les bras. Je me calme. Tout le monde dehors! Jack retint la porte grande ouverte et attendit, tête baissée, que toute l’équipe soit sortie de la salle de conférence. Owen fut le dernier à quitter la pièce. - Owen? - Inutile, Jack… - Si ce vieux fou a raison, j’ai mal partagé avec toi. Je peux donc réparer mon erreur. Et je reste convaincu que j’ai assez de volonté pour te ramener autant de fois qu’il le faudra. - C’est…Non, Jack. Tu es puissant mais tu n’es pas Superman! - Tu crois ça? Alors un bon conseil, jeune ami. Qui m’aime me vive! - Quoi? - J’ai vécu des choses que même ce diable de Dermott ne pourrait imaginer dans ses délires les plus fous! J’ai vu tant de choses inexplicables! Je suis inexplicable! Alors si tu as une once de considération pour moi, vis-la! Et je te jure de te sauver! Owen baissa la tête et matérialisa un jeu de cartes virtuel posé sur la table. Chaque carte portant un sentiment différent. Une vive et curieuse émotion. Un sentiment de gêne. La désagréable sensation de n’être qu’une patate chaude dont il fallait se débarrasser et la confusion d’assister à une crise de démence caractérisée de la part de son patron. Il posa une main sur l’épaule de Jack et lui murmura, très gravement. - Jack, faut pas rester comme ça! Viens me voir au labo! J’ai de jolies pilules de toutes les couleurs. - Vis-la, Owen! Je t’interdis de mourir! Tu m’entends? - Je reviens. Assis! Pas bouger! Le jeune homme sortit enfin et gagna précipitamment les escaliers. C’est là qu’il fit une pause. Entre le désarroi de Jack, l’équipe redescendue et sa propre misère intérieure. Il détesta la terre entière. Non seulement il devait mourir, ce qui en soi n’était jamais facile à vivre, mais en plus il faisait culpabiliser Jack. Est-ce qu’au moins une fois dans sa vie, l’immortel consentirait à le laisser mourir en paix? Cela relevait de l’utopie. Jack ne l’autorisait même pas à réfléchir, seul, entre deux étages. Claquant la porte, le Capitaine descendit en courant, le bousculant doucement dans l’escalier et fonça sur Dermott qui était en train de chercher quelque soutien auprès des filles. - Dermott! Soyez clair pour une fois! Owen est-il en train de revivre ou de mourir? - Jack. Petit frère… Je ne suis jamais confus quand je dois dire à quelqu’un qu’il va mourir! Que t’arrive-t-il? Tu me connais. Je ne suis pas du genre farfelu. C’est la seule explication que je vois. Je suis dés... - Désolé, je sais! Lâcha le Capitaine, accablé. Mais on ne peut pas le …Impossible de le ramener sans le gant! - Ce n’est peut-être pas le gant qui l’a ramené, Jack. - Comment ça? - Si tu m’avais laisser le temps de te l’expliquer.. - Il a raison, dit soudain Tosh, qui venait de comprendre. Son visage s’illumina. - Tu n’as jamais réussi à le faire marcher avant que tu ne le testes sur Owen… - Exact! Affirma Jack, qui commençait aussi à comprendre et à retomber sur ses pattes. J’en étais sûr ! C’est moi qui l’ai ramené ! Gant ou pas gant, je peux le ramener quand je veux. Owen ! Le jeune homme, juste derrière lui, plissa les yeux à défaut de pouvoir fermer ses oreilles tant la voix de son patron l’assomma. - J’ai entendu, Jack. Et je suis d’accord pour qu’on essaie. Jack accueillit la réponse en riant et en étouffant le médecin dans une étreinte chaleureuse et déstabilisante. - Tu vois! Je te l’avais bien dit! Le gant n’apporte pas la Vie, seulement la Mort. Moi qui suis… Bref, je peux te donner la Vie! - Ok, ok. Mais s’il te plait, lâche-moi maintenant! Jack obéit et le fixa, presque heureux. - Tu me fais confiance? - Pour un tas de choses, oui. Mais pour ça… La bonne humeur quitta le visage de Jack. Owen aperçut les regards en biais de ses collègues, et la mine écrasée de Dermott. - Mais je suis d’accord, s’empressa-t-il de dire. Quel autre choix a-t-on? - Aucun! Admit Jack. On n’a jamais vraiment le choix, Owen. Juste l’illusion de décider de notre destin mais c’est une tromperie chronique. J’ai foi en ma volonté, par contre. Et elle est implacable. Touché, ou, tout sobrement ému, Owen Harper ne trouva aucune répartie propre à servir son embarras. Il avait horriblement peur. Il était perdu, sans espoir. Il se sentait coupable de mourir. Quelle atroce sensation! Et pour ajouter à sa terreur, il ne voulait pas décevoir Jack, dont l’enthousiasme faisait plaisir à voir. Non, Owen ne pourrait jamais mourir tranquille. Il hocha la tête et s’éloigna. - Toshiko s’est peut-être montrée trop positive, Jack… - Non, Dermott. Elle a raison! - Mais si cela ne marchait pas? - Il faudrait que tu sois en parfaite santé pour optimiser nos chances de réussite. Et c’est loin d’être le cas. Ianto venait de parler pour la première fois depuis l’altercation dans la salle de conférence. Jack se tourna vers lui, confiant. - Pas de souci! Je vais me rétablir ! - Et tu vas changer le sable en eau! - Pour ta gouverne, Ianto, non. Je ne me prends pas pour le Messie ! Mais j’ai mes raisons de penser que tout peut s’arranger. J’en ai la conviction. - Et tu peux les partager avec nous, ces raisons? - Pas le temps! Agacé, Jack partit prendre l’air, laissant ses ouailles dans l’ignorance. Dermott tenta de ramener le calme. - On peut lui faire confiance, je pense. Non? - Votre thèse se défend, reconnut Tosh, qui ne perdait pas espoir. Et puis, nous n’avons pas d’autre choix. Pas d’autre cas avéré sur lequel s’appuyer… - Mais qui va…Qui va le faire? Bafouilla Gwen, bien moins convaincue que son amie. - Vous voulez dire, qui va tuer Owen? Je peux m’en charger. Après tout, c’est mon idée et je suis moins intime avec lui que vous ne l’êtes tous! Si je peux me rendre utile… - C’est gentil et courageux de votre part, Dermott. - C’est normal, Gwen. - Je peux aussi le faire moi-même. Cela va à l’encontre de la déontologie d’un médecin mais c’est ma vie qui est en jeu. Owen avait parlé depuis son labo. Il rangeait son matériel. Et le ton de sa voix était clair et ferme. - Owen! Tu ne peux pas … - Et pourquoi pas, Gwen? Je ne veux pas que monsieur Spears ait ma mort sur la conscience. En plus de Jack. C’est assez! - Que veux-tu dire? - Que Jack veut avoir raison, comme toujours, et que si j’échoue à vivre, il va mal le prendre! Gwen ne sut si elle devait prendre cette boutade au sérieux ou pas. - C’est à lui que tu penses? Tu vas mourir sans être assuré de revenir et c’est à la réaction de Jack que tu penses? - Non, Tosh. Enfin, pas vraiment. Pas uniquement à lui. - Mais tu t’inquiètes pour lui? C’est fou! Owen vint les rejoindre, l’air lugubre. - C’est lui qui m’aurait ramené, plus que le gant. Je lui dois ma survie, non? - Tu es sérieux? Fit Gwen, incrédule. Jack, grand Créateur devant l’É ternel. - Je n’ai rien crée du tout! Déclara Jack qui revenait de sa promenade éclair. Car si j’avais le pouvoir de créer, sur Owen, je me serais mieux appliqué! Il rejoignit son petit monde. - Désopilant! Se moqua Owen. - Bien. Vous savez quoi? Je vous donne le reste de la journée et je vais passer une bonne et agréable soirée en compagnie de mon médecin magnifique! - Quoi? Firent en chœur Gwen, Owen et…Ianto. - Absolument. Allez tout le monde dehors ! Et passez vous aussi une bonne soirée! Ordonna Jack. - Pitié, Jack! Supplia Owen. Pour ma dernière soirée, je préfèrerais la passer sans toi ! - Ingrat personnage! C’est un ordre! Jack n’affabulait pas. Il aida Ianto à mettre son duffle-coat, à la surprise générale. Puis, il donna à Dermott l’adresse d’un bon hôtel. - Je vous prie d’oublier mon emportement, Dermott. Je ne sais pas ce qui m’a pris! Je suis impardonnable. - De quoi parles-tu, Jack? Tu es désemparé, c’est différent. Et je te pardonne. Et je suis confus, marri de t’avoir parlé aussi durement. Je n’en pensais pas un mot. Cela fait si longtemps que je ne m’étais pas retrouvé en plein chaos comme celui-ci. Pardonne-moi, petit frère. - C’est oublié, Dermott. Merci. Bonne soirée. Et à demain. Allez, dehors tout le monde! Sauf toi, Owen! De plus en plus paniqué, Owen comprit qu’il allait devoir passer la soirée seul à seul avec Jack. Pourquoi tant de haine? - C’est une blague? - Quoi? Mais tu es offensant, Owen! Se vexa Jack. - Dis-moi immédiatement ce que tu as en tête! Tu vas me flinguer dans le feutré et, si ça tourne mal, tu t’amenderas auprès des autres avec une bonne excuse du genre, « il a trop picolé » ou « il n’a pas suivi mes instructions…. » - Je veux juste consolider nos liens. Owen, j’ai ta vie entre les mains, tu comprends? - Tu crois à la théorie de ton vieux pote? - J’ai envie d’y croire. Je ne te cacherais pas que je n’y crois qu’à moitié mais…C’est possible! - Tu n’avais pas l’air d‘y croire du tout, tout à l’heure! Qu’est-ce qui t’a fait changer d‘avis? - J’ai réfléchi. Et je reconnais mes erreurs! Je les assume et je vais nous en débarrasser! - Ne t’oblige pas à te rendre responsable de ce qui m’arrive, Jack. C’est Copley qui m’a tué. Pas toi! - Je sais. Mais je me suis conduit comme un gamin! C’est de ma faute si tu es de nouveau confronté à la mort. - Arrête de tout ramener à toi! Tu n’es pas le centre du monde! Jack fit la moue. - Ok. Pizza? - Yep! Mais ne crois pas que je sois à ce point à l’ouest! - Que veux-tu dire ? Fit Jack, étonné. - Je sais que tu m’as entendu dire que je peux me charger moi-même de régler votre problème… - Ce n’est pas NOTRE problème, Owen! Jack revint vers lui, l’air sévère, limite outragé. - Owen Harper! Je ne te comprends pas ! Tu penses vraiment que je me fiche de … - J’ai pas dit ça, Jack! Simplement, que mon problème vous pose…problème. - Non! Jack s’était avancé vers son jeune subordonné. Il le fixa avec des yeux de laser. - Ce n’est pas un problème, Owen! C’est une catastrophe que j’ai provoquée et que je dois réparer! Tu n’es pas un problème. Tu es mon médecin ! Le médecin de Torchwood ! C’est clair? Owen fit profil bas mais son orgueil hurlait malgré lui. - Ok, j’ai compris. Mais ne me raconte pas de salades! Tu veux m’avoir à l’œil pour m’empêcher de me flinguer, non? La surprise de Jack fut déroutante de crédibilité. Soit Owen avait divagué dans le vide soit Jack était excellent comédien. La première éventualité s’avéra juste. Jack regarda Owen sans le voir. Sa bouche s’ouvrit en un murmure qui ne vint pas. Ses sourcils se froncèrent bizarrement. - Je voulais juste passer un peu de temps avec toi. Discuter de ce que Dermott nous conseille de faire. C’est tout! Le silence vaut de l’or. Owen détestait la tournure que prenait son face à face avec Jack. Non pas qu’il détestait Jack. Mais le désarroi de ce dernier ajoutait à son sentiment de culpabilité. Ce qui était assez drôle dans la mesure où Jack aussi se sentait coupable. - Pizza? Répéta celui-ci, plus tranquillement. - Pizza! Jack s’éloigna très lentement vers son bureau central pour passer commande chez Jubilee Pizza. Owen réfléchit à la meilleure façon d’écourter cette pénible situation. Il avait le temps de se préparer une dose de digitaline avant que l’immortel ne revienne. En redoublant de discrétion, c’était jouable. Seulement Owen n’avait pas envie de mourir tout de suite. Et il savait qu’après une bonne pizza et de la bière…De la bière? - Hey, Jack, un pack de roteuses pour moi! Bien. Après quelques bières, il lui serait encore plus difficile de quitter ce monde. Quel dilemme! Quelques heures plus tard. - Et j’ai perçu des sifflements tout autour de moi. Je ne sentais plus mes jambes. Le vacarme strident envahissait ma tête. Puis le trou noir. Je ne sentais ni mes jambes ni mes bras ni mon cœur. Le néant total. Quelques secondes de vide absolu. Et les sifflements reprirent de plus belle. M’écorchant les oreilles et les bras. J’avais le visage recouvert de boue, le corps noyé dans la vase. Je pesais trois fois mon poids. Owen ouvrit la bouche. - La ferme! L’avertit Jack, déridé. Bref, ma compagnie avait été décimée. Les balles fusaient autour de ma tête sans jamais m’atteindre. Je n’ai retrouvé qu’un seul de mes soldats après des heures de marche dans les tranchées infestées de cadavres chauds et saignants. C’est comme ça que j’ai compris que j’étais une cible pas facile! - Eh bien mon pote, ça c’est du récit! Je me demande ce que ça fait de ne pas mourir. - C’est dur! - Mouais, à d’autres! Si j’avais pu rester mort indéfiniment, j’en aurais eu un aperçu. Sans les avantages, ok, mais quand même. - Non, Owen. Crois-moi, ça n’a rien à voir. Je meurs à chaque fois. Dois-je te le rappeler? - C’est bon, tu es le plus à plaindre. Hoqueta Owen en se servant une quatrième bière. - Pas touche! Tu as assez bu! - Laisse-moi ! - Je sais ce que tu endures en ce moment. - Vraiment? Tsss…Tu me fais chier, toi et ta science infuse. Ta science diffuse ouais! - Arrête, Owen! Le gronda Jack, mollement. - Non! Mais dis-moi, pourquoi est-ce que ce Dermott t’appelle « petit frère »? Demanda Owen autant par curiosité que pour faire diversion et prendre à pleines mains la bouteille tant convoitée. - J’avais pris l’habitude de l’appeler « grand frère ». Il m’avait épaté par son savoir-vivre et son ouverture d’esprit, confessa Jack, l’air nostalgique. Owen décapsula sa bière et la vida d’une traite. - Espèce de voyou alcoolique! Owen déglutit de travers et fut pris d’une toux inextinguible. Les larmes aux yeux et le rire fou, il mit un certain temps avant de pouvoir articuler deux mots sans s’étouffer. - A malin, malin et demi! - Tu comptes faire quoi après ta cuite? - Rien! J’avais prévu de mourir mais tu me l’interdis! Alors, je fais quoi? C’est à toi de me dire, patron! - Rien. Tu vas cuver pendant que je cherche une vraie solution à notre prob…notre situation! - Bien joué, Jack! Secoué de rires, Owen se saisit d’une cinquième bière et piétina jusqu’au canapé. Il s’y effondra en éructant et but le contenu de la bouteille. - Captain Jack Harkness! Quels sont vos ordres? Dit-il, à moitié conscient. - Dodo! Owen sentit la boisson refaire surface dans son gosier et la coinça instinctivement. - J’ai du mal à t’imaginer avec un grand frère, Jack! Avoua-t-il après s’être assuré que le liquide redescendait dans son estomac noyé. - Pourquoi? Jack était devant l’ordinateur central, absorbé par sa lecture. - Je sais pas. Tu l’es pour moi… - Je suis quoi pour toi? Jack s’était levé et venait vers lui. - Chais pas. Une sorte de grand frère…C’est marrant que mon grand frère ait fait appel à son grand frère, non? Le jeune homme partit dans un petit rire de farfadet imbibé et hystérique. Jack vint s’asseoir à ses côtés. - Owen! Owen? Tu ne vas pas mourir. Personne ne va mourir. Tu m’entends? Owen riait encore. - Owen? Dermott a perdu la main. Tout ce qui l’intéresse c’est le surnaturel. Et toi et moi, nous savons que ça n’existe pas! Owen? - Oui, frérot, je t’entends. Et je suis d’accord avec toi! - J’aurais aimé que tu te gardes de boire, Owen. - Désolé, Jack. J’ai trop peur… Le Capitaine enlaça le jeune homme et le berça doucement. Il entendit sans les voir les larmes de tristesse couler le long des joues du médecin. - Tout va bien. Tout va bien. Au hub, au petit matin. Owen n’avait pas souvenir que son lit fut aussi dur et froid. En ouvrant les yeux, il ne vit d’abord que du gris. Du gris froid. Quelques secondes furent nécessaires au jeune homme pour se rendre compte qu’il n’était pas dans son lit mais sur…le sol. Le sol gris, froid et sale du Hub. Il avait chu du canapé pendant son sommeil agité. Normal. Habitué des lendemains de biture, Owen se leva progressivement. En prenant soin de ne pas trop exiger de ses membres engourdis. Flanqué d’une migraine standard, il parvint néanmoins à se mettre debout et à ouvrir les yeux. La soirée lui revint en pointillés. Jack et son empathie. La pizza à la viande. Dermott le grand frère. Jack et son immortalité. Owen et sa peur noire de la mort. - Bordel! Owen rassembla ses esprits et chercha Jack. En avançant vers le coin cuisine, il regretta aussitôt d’avoir préféré la boisson à l’écoute de son chef. Il regretta d’avoir gâché ce qui aurait dû être sa dernière nuit. Maintenant qu’il avait les idées claires, il réalisa qu’il avait loupé le coche et que Jack ne tenterait plus de le rassurer. Car cela avait été son but, hier soir. Se rapprocher de lui pour partager autre chose que des missions ou des piques dérisoires. - Jack? Owen arpenta le Hub central. Aucune trace du patron. Il ouvrit la trappe secrète qui donnait sur son lit. Pas de Jack, non plus. Rattrapé par une angoisse soudaine, Owen s’époumona. - Jack !! Jack !! Toujours aucune réponse. - Bordel de bordel !! Le jeune homme grimpa jusqu’au bureau de Jack, où le vertige le prit. Il manqua de manger la poignée de porte. Jack était assis à son bureau. La tête posée sur des papiers en désordre. Mais il ne dormait pas. L’oeil aguerri du médecin en aurait parié son âme. Il se précipita vers lui et lui tâta le pouls. Rien. Maudit Jack! Il fallait qu’il lui vole encore la vedette ? Owen releva la tête de l’immortel et commença la réanimation. Quelque chose le divertit. Un bout de papier relativement neuf, froissé dans la main de Jack, au dessus d’une fiole en plastique vide. Une fiole à l’inscription médicale illisible. Owen s’empara du bout de papier. Il put y lire quelques lignes écrites de la main de Jack et son cœur s’emballa. - Owen, j’ai compris. Dermott avait en partie raison. La seule façon de te garder avec nous c’est celle-ci. J’ai utilisé un vieux procédé, inconnu des humains, pour me donner la mort. Pas définitivement, je te rassure, mais assez longtemps pour vous permettre de trouver une solution. Pour être bref et concis, je suis mort, et tant que tu n‘auras pas puisé toute l’énergie qui est en moi pour réparer mon erreur, je resterais mort. Mon trop plein de vie est à toi. En fait je suis tellement vivant que j’en suis mort. Longue histoire. Dermott pourra vous raconter. Je me suis connecté à toi pendant que tu cuvais. Tu es ma seule option. Tant que tu n’auras pas trouvé de solution, mon corps restera à ta disposition. Ianto sera d’accord pour voir avec toi les termes du contrat. Je suis drôle! Pour tout renseignement, demande à Dermott. Il sait de quoi je parle. Nous n’avons plus de gants, c’est donc la seule idée que j’ai pu trouver. Pas de panique, Owen. Je vous fais confiance. Signé, Jack. PS : as-tu pensé à consulter pour ton problème de ronflements? Les yeux humides, Owen lâcha le bout de papier et fixa le visage endormi de Jack. Il se mit à le secouer violemment. - Bordel de merde, Jack! Réveille-toi! Tu n’as pas le droit de me faire ça! Debout ! Jack s’obstinait dans la mort. - Crétin ! Owen appela ses collègues. - Tu n’avais pas le droit ! Tu me le paieras cher! Très cher, Harkness! Tosh, Gwen et Ianto découvrirent avec stupeur le corps inerte de leur patron et la lettre abracadabrante qu’il avait écrite. - C’est quoi ce charabia? Faut appeler Dermott! S’excita Gwen. - Déjà fait. Il arrive, soupira Owen, dévasté. - Jack sait ce qu’il fait. Si Dermott est là c’est parce qu’il avait prévu son geste. Il saura nous aider. - Tosh! Que tu es candide parfois! Persifla Owen. Tu vois pas qu’il a voulu ramener tout à lui, comme par hasard? C’est plus fort que lui! - J’ignore quel est ce procédé vieux et inconnu des humains. Mais si j’étais toi, Owen, je me dispenserais de fanfaronner… - Ce qui veut dire? Tiens, ça m’étonnait que tu ne l’ouvres pas, teaboy! C’est de ma faute, c’est ça? Vas-y ! Crache ton fiel ! Ton Jack est mort par ma faute ! Bouhou, que c’est triste ! - Owen! - Il n’y a que toi ici pour te soucier de jeter la faute sur quelqu’un! Que toi pour te poser en victime! Cela ne change rien à la réalité! Tu n’es pas le centre du monde, Owen! Ianto avait craché son fiel, distillé dans un tamis de bon sens et de retenue. Ce qui remit Owen à sa place. - Putain! Fait chier! - On se calme, les garçons! Dermott nous en dira plus. Ianto, un petit café? Je reste avec Jack. On ne sait jamais. Les garçons et Tosh quittèrent le bureau pour la cuisine. - Fais-nous signe si tu arrives encore à réveiller notre belle au bois dormant! Lança Owen. Gwen sourit et prit la main de Jack dans la sienne. Lorsque Dermott Spears arriva, il fut harcelé par les questions des trois jeunes gens qui lui embrouillèrent le cerveau. - Du calme! Du calme! Pas tous à la fois! - Lisez! Ianto lui donna le message de Jack. Dermott le lut avec parcimonie. Son visage s’assombrit. - Alors? - Alors? Alors, Jack a perdu la raison! Voilà ce qu’il y a ! Il n’aurait jamais dû avoir recours à ce stratagème! Quel inconscient! - Vous voulez dire qu’on ne peut rien pour lui? S’inquiéta Ianto. Dermott sembla dépassé par les évènements. - Je n’ai pas dit ça, jeune homme! Seulement, ce processus est risqué et aléatoire. Bon sang, mais qu’est-ce qui lui a pris? - C’est ma faute, lâcha Owen, penaud. Je n’ai pas agi comme j’aurais dû hier. J’ai bu à m’en rendre malade. J’ai fui la réalité. Ou alors j’ai voulu éviter que Jack ne me zigouille ? Dans tous les cas, je suis désolé. - Ce n’est pas de ta faute. Rétorqua Ianto, calmement. On va trouver une solution. - Oui! Bien sûr que oui! Insista Dermott. Le temps n’est guère à l’attribution des mauvais points… - C’ est ce que je disais! - C’est bon, teaboy! Tu avais raison! On passe à autre chose? Rouspéta Owen, mal à l’aise. Je vais voir Jack. - Inutile, jeune homme. Il est toujours dans l’au-delà. Avec ce procédé, aucune chance qu’il se réveille comme par enchantement. - C’est quoi, ce procédé? Fit Tosh, intéressée. - C’est un vieux sort , réservé aux immortels de la galaxie Anthéa. Ianto, vous vous souvenez de mon histoire de spectres égarés à cause de la Faille? Eh bien, c’est ce stratagème séculaire qui permet à ces créatures de choisir la mort plutôt que l’asservissement. Ils ont le pouvoir de choisir leur destinée, contrairement à nous. Eh oui, l’esclavage n’est pas le propre de l’Homme. Comme les Antiques avaient leur capsule de cyanure à croquer, le peuple de la galaxie Anthéa a sa propre mise à mort personnelle. Un mélange d’opium et d’anticoagulants qui est imparable. Et fatal. - Anticoagulants? - Parfaitement, Docteur Harper! - Tiens donc! - Quoi? - C’est un déficit en coagulation sanguine qui a entraîné Jack à l’hôpital. C’est bizarre, non? - Le weevil? - Oui, Ianto. Le weevil au taux de plaquettes légèrement bas. Sauf qu’il m’a à peine touché. - Mais il t’a touché! Insista Ianto. - Y a pas eu contact sanguin ! S’énerva Owen, qui, pour une fois, aurait voulu avoir tort. La piste du weevil lui avait toujours plu. - Dermott, dites-m’en plus sur cet anticoagulant! Rha, Jack et ses cachotteries! J’en ai ma claque! - Je dois avoir ça dans mes dossiers, fit le scientifique en ouvrant son ordinateur portable. Laissez-moi une minute. Tosh et Ianto remontèrent dans le bureau de Jack. Frustré, Owen resta auprès de Dermott. La jeune informaticienne et le teaboy trouvèrent Gwen assise sur le bureau de Jack, tenant la main de ce dernier. - Alors? - Rien, Tosh. Il est bien parti. Sanglota la jeune femme au visage bouffi. - Ne te mets pas la rate au court bouillon, Gwen! J’ai confiance en lui. - Ianto! Comment tu parles! - C’est Owen! Il déteint sur nous tous. J’en ai peur. Les trois amis sourirent devant le corps sans vie de leur supérieur. Sa tête posée sur le dossier de la chaise. L’air serein, malgré tout. - On pourra dire qu’il nous en aura fait voir de toutes les couleurs, celui-là! Taquina Tosh. - Et vous êtes loin du compte, soupira Ianto, les yeux dans le vague. Tosh et Gwen se regardèrent, amusées. Au Hub central. - Regardez, Owen! Cette matière serait révolutionnaire dans notre monde médical. Seulement, elle est d’origine extra-terrestre. Elle bloque le système sanguin. Un centième de milligramme suffit pour faire dérailler le flux sanguin. L’air envahit les poumons et c’en est fini de la vie. L’opium amortit le caractère brutal de l’effet morbide. La mort est assurée mais peu douloureuse. Pauvre Jack. Il doit en avoir assez de souffrir indéfiniment. Owen prit conscience de la rudesse de l’existence de Jack. Il n’osa pas regarder Dermott en face. - La mort est irréversible? Vous parliez de créatures qui choisissaient la mort à l’esclavage… - Vous allez bien, Owen? - Oui. Je vais bien. Répondit le jeune homme, la voix éraillée. - Elle est irréversible pour ces damnées créatures. Mais c’est là que j’interviens, je suppose. Figurez-vous que nous avions mis au point un antidote pour que ces bestioles cessent une bonne fois pour toutes de décimer leur population avant que nous trouvions enfin comment les ramener chez elles. Voyez-vous, elles avaient échoué sur notre planète et quelques mauvais représentants de la race humaine les avaient réduites à l’esclavage. Une honte! Le déshonneur ! Dans un premier temps nous avions l’antidote pour les ramener à la vie et, seulement ensuite, nous avions pu les renvoyer chez elles. - Mais vous pensez que ça va marcher sur Jack? - Je vais être franc avec vous, Owen Harper. J’ignore tout de l’effet de cet antidote sur une créature autre que les Anthéens! J’ignore si Jack l’a déjà expérimentée sur lui ou sur un autre humain. Nous devons lui faire confiance et tenter le tout pour le tout. - Mais à supposer que ça marche, en quoi cela pourrait résoudre mon…notre problème? - Je n’en ai pas la moindre idée, reconnut Dermott, chagriné. Et si je suis les instructions de Jack, notre devoir n’est pas de le ranimer mais de vous guérir. - Oubliez ça! On ramène Jack! Décréta Owen, décidé. - Mais ce n’est pas sa volonté! Je suis navré mais nous devons nous tenir à ses instructions, Owen! Owen tiqua. - Jack m’a dit qu’il vous appelait « grand frère ». C’est exact? - Oui. - Et en tant que grand frère vous allez lui obéir au lieu de prendre les bonnes décisions à sa place? Dermott parut vexé. - Je ne suis qu’un individu lambda. Jack est bien plus intelligent que moi! Surtout quand il s’agit de préserver la vie. Je ne le connais pas depuis cinq ans, comme vous. Mais croyez-moi, je sais quand je dois lui faire aveuglément confiance, contrairement à vous! - Je lui fais confiance! - Vraiment? - Qu’est-ce que vous préconisez, dans ce cas? - Suivre ses instructions. - C’est-à-dire ne pas le ramener? - Pas pour le moment. Il s’est connecté à vous! N’avez-vous donc pas lu sa missive? - Comment a-t-il fait? Allez, je veux tout savoir! S’énerva le jeune homme. - Allons d’abord en discuter avec vos amis, conseilla le scientifique. Nous aviserons après. Jack peut attendre. Croyez-moi! Résigné, Owen accepta la proposition et emboîta le pas à Dermott qui montait l’escalier pour se rendre dans le bureau de Jack. Cellule de crise, au Hub central - Résumons, fit Gwen, remise de ses émotions. Jack est mort pour permettre à Owen de ne pas mourir, en se connectant à lui. A nous de trouver le moyen le plus rapide pour les ramener tous les deux sains et saufs. Mais selon cette technique alien, celle que Jack a utilisée et que vous connaissez, Dermott, il nous faut avant tout conserver Jack en condition de… - De mort, oui, conclut Dermott, attristé. - Comment s’est-il connecté à moi? - C’est une pratique courante chez les Anthéens. Un porteur sain peut ressusciter un certain nombre de personnes, enfin de créatures. Pour Jack, nous sommes d’accord, il peut agir comme un Anthéen parfaitement sain et efficace sauf que… - Sauf que quoi? Fit Ianto, passablement affolé. - Sauf qu’il n’a pas attendu d’être totalement remis de ses blessures et qu’il s’est connecté à monsieur Harper… - Owen! - A Owen alors que celui-ci était ivre ! - Et alors? Cela réduit nos chances de réussir? Demanda Tosh qui entrait sur son ordinateur tout ce qu’elle entendait. - Je l’ignore, Toshiko. Ce sont des paramètres à prendre en compte! Les Anthéens ne sont jamais malades et ils ne savent pas ce qu’est l’alcool. Cela va nous prendre du temps… - Je vais m’occuper de Jack! Fit Ianto en se levant. - Quoi? - Je vais lui faire la toilette et le placer à la morgue. Le jeune homme, blanc comme un linceul, quitta le groupe pour se rendre au labo où le corps de Jack avait été installé. - Je vais t’aider! Proposa Owen. - Inutile! - Ianto! Attends ! Le médecin rejoignit Ianto et vida son sac, en le talonnant. - Ianto, je te jure que j’ai jamais voulu ça! J’aurais jamais pensé qu’il aille jusqu’à cette extrême. Je te jure! Hier soir j’étais raide, j’ai rien vu venir… - C’est bon, Owen. Tu feras le point sur tes responsabilités plus tard. - Quelles responsabilités? Beugla Owen. J’ai rien demandé à personne moi! J’y suis pour rien! C’est ton chef qui se croit au dessus de tout! - Owen! Reviens! Les deux hommes se toisèrent durement. Puis Ianto, devant le corps de Jack, baissa les yeux et murmura. - Je ne te reproche rien du tout, Owen. Va les rejoindre. Ils ont besoin de toi. Je m’occupe de lui. Owen acquiesça et retourna vers le groupe. - Dites-moi, Owen. Cette histoire avec les weevils? - Vous pensez que c’est le moment, Dermott, franchement? Fit le jeune homme en s’installant face au scientifique. - Soyez bref mais concis. Nous avons bien cinq minutes. Devant les regards d’encouragement de ses amies, Owen finit par raconter à Dermott la façon dont il avait vécu la mission où de pauvres weevils avaient été pris comme bêtes de combat. Puis il lui raconta comment il avait ressuscité grâce à la Mort, ou la Vie, et que les mêmes weevils l’avaient considéré comme un Dieu vivant! Le sentiment de respect qu’il ressentait depuis pour les weevils et la certitude de mieux les comprendre. - É difiant! Totalement édifiant! Nom d’une pipe! Jack a une mémoire d’éléphant. Mais comment fait-il? - Vous pourriez partager les raisons de votre admiration pour Jack avec nous? Demanda Owen. Car je plaide coupable, niveau admiration, j’ai des lacunes! Dermott lui sourit et se leva avec diligence. - Owen sortez-moi vos rapports sur cette mission! Toshiko, je vais vous envoyer mes dossiers sur la mission Anthéa où vous trouverez tout du procédé de connexion chimique et physique. Gwen, vous voudrez bien m’assister dans mes examens complémentaires sur Jack et Owen. Quant au jeune homme, il veillera sur Jack. Si vous êtes d’accord, on commence. - Je suis impatiente de connaître ce procédé de connexion, avoua Tosh. - Sans blague, Tosh? Railla Owen. Ah oui, j’oubliais : il n’y a que les énigmes qui t’intéressent! - Tu es nul, Owen! Se plaignit Gwen, visiblement exténuée. - Laissez-moi crever en paix dans ce cas! - Stop! Tu es pathétique! Jack a pris un risque inconsidéré pour toi! Aie au moins la décence de respecter son choix! La jeune informaticienne fusillait Owen du regard. Ce dernier courut s’installer devant son poste de travail pour sortir les rapports sur la mission weevils/Mark Lynch. - C’est un procédé simpliste, Toshiko, mais qui n’a rien d’humain. Hélas pour nous. Reprit Dermott, une fois le calme revenu. Une sorte de télépathie corporelle très aboutie et utilisée en cas de guerre. Car il faut le savoir, les Anthéens ne meurent que par agression ou de vieillesse. C’est un échange de flux vital, tout bêtement. Mais laissez-moi une minute, je vous envoie tout sur votre ordinateur. L’équipe se mit au travail, dans un silence monacal. Dans la morgue. Ianto avait déshabillé Jack et procédait à sa toilette mortuaire. Il avait déjà connu cette sensation de vide. Il avait déjà expérimenté les affres de la douleur et de la perte. Sans regarder le visage blême de son amant, Ianto passa un gant humide sur le cadavre. Sur son cou. Ses épaules. Son torse ferme. Ses cuisses inertes. Ses chevilles immobiles. Il s’en voulait. Il était en colère contre lui-même. Tout comme Owen la veille, il avait préféré fuir au lieu d’écouter la suite des évènements. Se réfugier seul à seul avec Jack, dans le cadre aseptisé et neutre de la morgue. Il ne pouvait donc pas en vouloir à Owen. Il se sentait aussi lâche et perdu que lui. Il enveloppa Jack dans un sac mortuaire et n’eut pas la force de recouvrir son visage. Un cruel combat se jouait dans sa tête. Rester auprès de Jack, à espérer un hypothétique réveil, ou l’enfermer complètement, à attendre qu’une solution soit rapidement trouvée. Dans les deux cas, l’attente serait insupportable. Il se décida enfin et s’installa devant la dépouille de son chef, recouverte jusqu’aux épaules. Il riva son regard sur les yeux clos de Jack. Il savait qu’il lui reviendrait. Ce n’était qu’une question de temps. Ianto sourit en pensant au jour où Jack lui avait parlé de Tex Avery. Peu importait les façons folles dont le vieux méchant loup mourrait, il revenait toujours à la charge, plus pugnace et déterminé que jamais. Dégringoler d’une falaise de mille miles de haut. Se faire concasser par une roche de 18 tonnes! Se faire ébouillanter dans une marmite modèle géant. Exploser dans les airs, ou sous terre. Toucher les quatre coins du monde avec ses extrémités. Prendre un aller simple pour Neptune. Ou tout bêtement, prendre une balle de long rifle en pleine poire… Le méchant loup revenait toujours, encore plus méchant et sûr de lui! Tel était Jack. Sauf qu’il n’avait rien de méchant en lui. Oh non! Que tendresse et compassion! Mais il était sûr de lui. Et Ianto pouvait en témoigner. Jack était un homme sur qui on pouvait compter. Toujours. Ianto posa sa main chaude sur le front froid de Jack et ferma les yeux. Loin du tumulte et de la discorde. Il se sentait bien. En harmonie avec son amant endormi. Certain de son retour fracassant et cartoonesque. Il finit par s’endormir sur les images folles de son enfance cathodique.
PART 7
Merci à ma super fouine Evalyre....
Dans le hub central, personne n’était endormi. Owen et Tosh compulsaient les archives de Dermott. Gwen assistait ce dernier, lancé dans un travail titanesque de reconstitution comparée. Il avait mis en exergue tout ce qui dans l’ancienne mission sur les créatures du peuple Anthéa pouvait se rattacher à leur situation actuelle. Gwen était sous le charme de ce bel inconnu. Efficace, maître de ses émotions, et rudement concentré, tandis qu’elle-même ne savait plus quoi penser. Espérer un miracle. Elle ne voyait aucune autre issue à ce cas dramatique. Elle en voulait à Jack d’avoir précipité les choses. Elle était perdue et donc d’aucune aide possible et cela la mettait en rogne. Jusqu’à ce que Dermott, conscient du malaise de la jeune femme, ne la sollicite.
- Gwen, vous voyez. Nous avons là une corrélation entre la mise à mort des Anthéens et celle que Jack s’est infligée. Approchez!
Gwen, à nouveau dans la course, approcha de l’ordinateur.
- J’ignore comment, et pourquoi, votre chef a gardé un échantillon de cette concoction. Mais je présume qu’il avait ses raisons et que tôt ou tard cela le servirait.
- Il est génial!
- Vous l’aimez bien, on dirait? Fit Dermott.
- Difficile de faire autrement! Vous ne trouvez pas? Un boss sexy, qui ne meurt jamais, et qui a toujours réponse à tout. C’est du pain béni.
- Sexy?
- Non, non. Pas d’amalgame! C’est un simple constat. Je…Je suis presque mariée, Dermott.
- Je suis au courant. Mais je relevais juste votre première impression.
- Enfin Dermott ! A moins d’être aveugle…
- Autant pour moi, ma chère amie. Mais quelque chose me dit que vous êtes également sensible au charme de ce pauvre …Owen.
- Comment savez-vous?
Dermott rit de bon cœur.
- Je n’en savais rien ! Mais à présent je sais!
- Vous êtes redoutable!
- C’est vrai!
Dermott devint grave, subitement.
- J’ai une question sérieuse à vous poser. Vous me semblez la plus apte à y répondre.
- Dites toujours, fit Gwen, sur la défensive.
- Entre Jack et Owen Harper…
- Vous délirez! Non, non! Jack a ses critères personnels en matière de sexe…
- Mais c’est vous qui fantasmez, ma chère! Je vous parlais de choisir entre la vie de vos deux amis!
- Non ! Pas question ! Je ne choisirai pas !
- Je m’en doutais un peu…
- Et puis je trouve votre question insultante!
- Elle le serait si Jack n’était pas Jack, fit Dermott, blessé. C’était uniquement pour tester vos préférences, ma chère amie.
- Vous n’avez pas tort! Sacré renard! Sans rire, posez plutôt la question à Tosh!
Dermott parut étonné.
- Owen a plus de charme que vous ne le pensez, Dermott, sourit Gwen, maligne.
- Oh? Comment se nomme votre tendre moitié? Demanda Dermott, passant du coq à l’âne.
- Rhys Williams. Il a sa propre entreprise de transport.
- Joli! Et il sait pour votre travail ici, et pour vos équipiers?
- Il sait tout, depuis peu. Et il accepte. Parce qu’il m’aime, asséna fièrement Gwen. Mais revenons à notre affaire. Quelles sont nos chances de réussite?
- D’après ce que je comprends, le soluté Anthéen peut fonctionner sur un humain. Jack est humain, et il a parfaitement réagi au principe actif. Seulement…
- Seulement quoi?
- Je ne sais pas du tout comment l’utiliser pour le réveiller. Pas plus que je ne sais comment « changer » votre ami, et Dom Juan, Owen.
Tosh courut vers eux.
- On a peut-être trouvé quelque chose!
Gwen et Dermott rejoignirent la jeune informaticienne et Owen à l’ordinateur central.
- Jack avait conservé ce produit chimique dans le coffre. Il en reste un échantillon. J’ai piraté son compte personnel.
- Comme dirait Ianto : c’est indécent ce que tu arrives à faire avec les ordis! Plaisanta Owen.
- En parlant de lui, où est-il? S’interrogea Gwen.
Tosh visionna les caméras internes.
- Il est avec Jack. A la morgue.
- Mais il est fou! Il va prendre froid! S’inquiéta Dermott.
L’équipe sourit. Dermott ne partagea pas leur insouciance.
- Je suis sérieux! Nous avons besoin de lui! Allez le chercher!
Gwen obtempéra.
- Vous êtes toujours aussi légers?
- Dermott, ne soyez pas hypocrite! Et puis, c’est Ianto! Il n’est jamais bien utile en dehors de la Base, couina Owen.
- Vous croyez ça? C’est déprimant! Et vous avez tort! Faites-moi confiance! C’est moi qui vous le dis!
A la morgue.
Gwen réveilla Ianto qui avait glissé de sa chaise et ronflait paisiblement, la tête posée sur le bras de Jack, toujours …mort.
- Debout, Ianto ! On a du pain sur la planche.
Le jeune homme émergea doucement. Il se leva et hésita un long moment.
- Je m’en charge, Ianto. Va rejoindre les autres. On a du nouveau. D’accord?
- Vous avez trouvé une solution?
- Pas encore mais c’est sur la bonne voie, je t’assure.
- Ok.
Ianto quitta la morgue, à contrecoeur Il se fit violence pour ne pas regarder ce que Gwen s’apprêtait à faire. Enfermer Jack dans son caisson mortuaire.
Les éclats de voix d’Owen le ramenèrent à la réalité. Le jeune médecin pérorait joyeusement.
- Pas la peine de chercher comment me réparer! Je veux juste que Jack revienne pour que je puisse lui dire ses quatre vérités! Il va tâter de mon courroux! C’est tout ce qui compte ! Allez Dermott, activez !
Amusé, Ianto passa inaperçu et regagna son coin cuisine pour revenir très vite avec un plateau contenant un unique verre. Il le présenta à Owen.
- C’est quoi? Demanda celui-ci, perplexe.
- Un petit remontant pour le petit remonté, annonça Ianto, sérieux.
- Pas mal, teaboy!
Owen avala cul sec son fond de brandy et reposa le verre sur le plateau.
- Bien, on reprend!
- Ianto Jones, nous sommes en train d’élaborer une stratégie de retour pour Jack mais je me sens comme un traître. Jack ne veut pas que l’on essaie de le ramener avant d’avoir récupéré la force de vie d’Owen. Et votre ami insiste pour que nous ne tentions rien dans ce sens. Que faire?
- Suivre à la lettre la…lettre de Jack!
- Ianto, tu es sérieux? S’étonna Tosh.
- Affirmatif! Si Jack en a décidé ainsi, nous devons suivre ses consignes.
Owen croisa le regard calme de Ianto.
- On n’y arrivera pas, Ianto! On a besoin de Jack!
- On y arrivera!
- Ianto, je suis époustouflé par ton flegme, avoua Owen. Mais c’est moi qui décide. On ramène Jack!
- Pas question! Qui te donne le droit de décider à notre place? S’énerva Ianto.
- Je suis le plus haut gradé, après Jack!
- Tu es surtout le plus mort !
Dermott réprima un petit rire. Ce jeune Ianto Jones était le bon sens incarné. Et il partageait sa prise de position.Ianto faisait aveuglément confiance à Jack. Tout comme lui.
- Ianto a raison, Owen. Jack ne nous serait d’aucune aide si on le ramenait tout de suite. Son message est clair. Il y a forcément un moyen d’inverser la donne.
- Ok.
L’agitation suscitée par l’échange des 3 hommes fut tempérée par le retour de Gwen. La jeune femme avait le visage fermé. L’air abattu.
- Gwen, ça va?
- Il est en sûreté. Alors, qu’avez-vous trouvé?
- Ianto refuse qu’on ramène Jack! Cafarda Owen, passablement extatique.
- Jack l’a voulu ainsi! Se défendit le jeune homme.
- Assez! Je comprends mieux l’attachement de Jack pour sa fine équipe, constata Dermott. Vous êtes de sacrés caractères!
- Nous sommes ce que nous sommes, dit Tosh.
- Effectivement. Bien. Procédons par ordre, voulez-vous? Jack ne risque rien. Il a déjà été mort pendant 3 jours. N’est-ce pas?
- Exact! Affirma Gwen.
- Concentrons-nous donc sur Owen Harper.
Owen souffla, contrarié.
- Cessez de râler, Owen! Nous allons suivre les ordres de Jack. D’accord?
- Ok!
- Bien! Très bien! Maintenant vous allez m’écouter attentivement. Je vais tenter de vous résumer le procédé Anthéen, qui est assez simple, mais vu votre état d’énervement, je préfère vous prévenir. En fait, les créatures de la planète Anthéa ont été soumises à l’esclavage pendant des millénaires. Jusqu’à ce qu’un jour, le Roi Pithoéos 1, un nom grec mais là s’arrête la comparaison, ne mette au point un procédé chimique dit de « résolution parallèle ». La mort plutôt que l’asservissement. Un stratagème humain vieux comme le monde, mais inédit pour le peuple Anthéen qui jusque là n’avait jamais connu une telle situation de crise. Le peuple d’Anthéa eut donc le pouvoir de lire dans les pensées de son bourreau, en ce qui nous concerne, les humains, et put ainsi contrecarrer les plans machiavéliques des pires créatures que le monde ait connu : nous.
- Rien de neuf à l’horizon, soupira Owen.
- En effet. Par télépathie, et à l’aide du mélange chimique d’opium et d’anticoagulants, le Roi Anthéen put se substituer aux volontés du peuple humain et lui ravir toute velléité d’esclavagisme. Mais au prix fort. La mort. Le peuple Anthéen n’avait pas encore la science morale qui permettait aux hommes de se rebeller sans trop de casse. On ne peut pas briller sur tous les plans. Le Roi Anthéen non seulement s’octroie les connaissances du peuple humain mais il a mis également un terme à ses agissements barbares. Toujours au prix fort. Le Roi Anthéen est mort pour que son peuple puisse survivre.
- Une minute! Jack est mort pour moi?
- En quelque sorte oui, rétorqua Dermott, sentencieux. Mais le chic avec Jack c’est qu’il ne meurt jamais!
- Mais il est bien mort!
- Oui, Owen! Mais le Roi Jack Harkness n’appartient pas au peuple Anthéen. Par conséquent, nous avons à notre disposition toute sa force vitale, sans risque de mort définitive.
- Comment en être certain? Osa Ianto.
- Je ne sais pas. Mettre des mots sur la particularité de Jack m’est impossible. En revanche, je suis certain de ce que je dis. Jack est immortel. Je le sais!
Devant la mine déconfite de ses interlocuteurs, Dermott Spears sembla hésiter.
- Il ne vous jamais parlé de ça?
- Si! Rétorqua Ianto. Pas dans le détail, mais nous savons.
- Première nouvelle, s’étonna Owen.
- La ferme!
- On se calme! Fit Dermott. Je poursuis mon récit, d’accord? L’avance, pour ne pas dire l’avantage, que nous possédons par rapport au peuple d’Anthéa, c’est que Jack peut mourir à volonté. Et qu’il peut revenir. C’est là que mes compétences s’arrêtent. Je dois vous l’avouer. On peut tenter de faire subir le même traitement à Owen, puisqu’il nous reste un échantillon mais je ne prendrais pas ce risque. Quoique connaissant Jack, je suppose que ce deuxième échantillon ait son utilité mais …C’est à vous, jeunes gens, de décider. Tout ce que je peux affirmer, c’est que Jack ne fait jamais les choses à moitié, ou en amateur. Si ce deuxième échantillon existe, c’est qu’il faut l’utiliser.
- Mais il ne nous a pas indiqué qu’il avait conservé un autre concentré chimique, fit remarquer Tosh.
- C’est exact, Toshiko. Nous dirons qu’il n’en a pas eu le temps.
- Ou alors, vous avez tout faux! Railla Owen, sceptique.
- J’en doute fort, M. Harper. Jack ne m’aurait pas appelé pour le simple plaisir de me revoir. Ce que je déplore vivement, notez bien! Non, s’il a fait appel à moi c’est qu’il savait ce qu’il faisait. Voyez-vous, jeunes gens, Jack est un être supérieur. Si vous aviez le dixième de ses connaissances vous auriez le prix Nobel année après année. Et dans tous les domaines, ou presque. Autrement dit, une monotonie assommante!
- C’est vrai, reconnut Gwen, songeuse.
- Il est unique! Et vous êtes uniques! Car c’est vous tous qu’il a choisis pour former son équipe! Prenez conscience de la puissance, de la spécificité, de l’excellence que vous incarnez! Jack vous a choisi, chacun de vous, pour des raisons impérieuses et cruciales. Vous êtes tous des modèles de perfection!
- Faut pas pousser! Lâcha Owen.
- Mais si, Monsieur Harper. J’ai lu le rapport de votre embauche. Jack vous a choisi. Sur des critères hautement sélectifs. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi il vous avait choisi, vous, plutôt qu’un autre? Et pour quelles raisons?
- Vous pouvez nous en dire plus?
- Certainement? Miss Gwen. Torchwood est une institution vieille et honorable. A l’époque où Jack n’était que le chef en second, c’était déjà une société puissante. Mais le leader, Alex, n’avait pas les épaules assez solides. Un vrai carnage, soupira Dermott.
- Que s’est-il passé?
- Oh, ce n’est pas à moi de vous raconter. Bref, quand Jack a repris le flambeau, il a voulu faire de Torchwood une société tout aussi puissante mais également humaine. Je dois admettre qu’il y est parvenu. Ce que j’ai pu me montrer odieux avec lui hier soir. Je suis honteux, si vous saviez ! Jack est l’être le plus humain qu’il m’ait été permis de rencontrer et je ne sais pas ce qui m’a pris…
- La fièvre de l’inconnu, supposa Owen.
- C’est ça! C’est tout à fait ça! Owen Harper, vous êtes le suppléant idéal pour Jack. J’en suis convaincu. Professionnel, acharné, humain et vindicatif! Vous êtes le médecin parfait pour Torchwood!
- Si vous le dites!
- Oh oui. Mais c’est pareil pour chacun de vous. Toshiko, Jack ne vous a pas seulement repérée grâce à vos incomparables dons pour la science. Vous êtes également acharnée et endurante. Gwen Cooper, votre dynamisme fait plaisir à voir. Et vous êtes solide, pour une femme. N’y voyez aucun préjugé machiste. Quant à vous, Ianto Jones, un homme attaché comme vous l’êtes mais qui persiste à suivre son chef les yeux fermés, quels que soient les risques. Tout est dit, non?
Dermott apprécia les expressions diverses des jeunes employés de Torchwood, qui, en quelques phrases, prenaient conscience de leur importance au sein de l’institut.
- Oh oui! Conclut Dermott, admiratif. Vous êtes l’équipe parfaite pour Torchwood. Sacré Jack! Quel visionnaire! Soit. Nous nous trouvons face à un véritable dilemme : ramener Jack ou chercher comment utiliser la deuxième fiole. Comme Toshiko le préconise, ce serait une bonne alternative, et non le fruit du hasard.
Tous les regards convergèrent une fois encore vers Owen.
- Je vous fais confiance, Dermott.
- Vous m’en voyez honoré.
- Si vous nous disiez comment le Roi Anthéen procédait pour permettre à son peuple de survivre au-delà de sa mort? Demanda Gwen.
- Mais avec plaisir, Gwen. C’est très simple. L’impulsion morbide du défunt Roi résonne dans chacune de ses créatures, leur faisant comprendre le danger imminent qui menace leur population. Chacune de ces créatures puise alors une part, un dividende, de l’impact royal et s’affranchit ainsi de l’emprise de l’envahisseur.
- Dans notre cas, l’envahisseur serait la Mort?
- Absolument, Owen! Jack est un puits de vie. Je suis sûr que la réponse se trouve sous nos yeux. Mais où?
- Si j’ingère l’autre concentré chimique, peut-être que vous pourriez y voir plus clair? Avança Owen, calmement.
- Il est un peu tôt pour prendre un tel risque, confessa Dermott. Faisons une nouvelle batterie de tests sur vous, si vous en êtes d’accord, et ensuite on prendra une décision. Des objections?
Personne ne s’opposa au spécialiste…
Au labo.
- Jack est mort depuis au moins 6 heures, rappela Tosh.
- Bien! Enfin, je veux dire que c’est correct, rectifia Dermott. Le procédé Anthéen est en place. Owen, veuillez vous préparer pour de nouveaux examens.
- Je suis fin prêt, annonça Owen, allongé sur la table médicale.
- Toshiko, vous allez enregistrer toutes les variations.
- D’accord, Dermott.
- Gwen, ou Ianto…Assurez-vous que Jack est toujours …inconscient. C’est primordial. Nous l’examinerons après Owen.
- Je m’en charge, dit Ianto, d’une voix ferme.
- Je peux y aller…
- Inutile, Gwen! J’y vais!
- Bien. Au travail, jeunes gens!
Quelques instants plus tard.
Gwen était revenue de la morgue. Jack n’avait pas ressuscité. Les examens terminés, Dermott et Tosh rassemblaient les derniers relevés.
- Owen Harper est toujours diablement vivant. En pleine santé! Si ce n’est une légère baisse de taux d’hématocrites, tout va bien.
- Encore cette histoire de sang?
- Oui, et puis quoi?
- La piste du weevil ! Insista Owen.
- Vous l’avez dit vous-même! Il n’y a pas eu de contact sanguin entre vous et le weevil!
- N’empêche! Vous êtes idiot? A chaque fois ça revient dans la conversation! C’est pas normal!
- Owen, calmez-vous!
- Je suis d’un calme olympien! C’est pas bon ça!
Owen se rhabillait en vitesse. Ianto en avait profité pour refaire du café. Dermott et Tosh finissaient de réunir les données. Gwen attendit que tout le monde soit prêt à prendre connaissance des dernières nouvelles.
-C’est exactement le même cheminement. Constata l’expert.
- Dermott, si je comprends bien, Jack s’est substitué les pouvoirs du Roi Anthéen et, à présent, Owen doit parvenir à récupérer sa part de vie pendant que Jack reste…décédé? Résuma Tosh.
- Affirmatif.
- Mais comment?
- C’est là que je me sens impuissant, ma chère amie. Le peuple Anthéen opère par simple télépathie. Jack sait pourtant que cela n’est pas possible sur terre. A moins qu’il y ait un moyen, mais j’ignore lequel. Pour l’instant.
Owen était aux côtés de Tosh et de Gwen, devant l’ordinateur central. La jeune informaticienne était fébrile. Owen pouvait le ressentir.
- Il doit y avoir un moyen sécurisé de te relier à Jack.
Tosh refusait que son ami, son amour, ne se sacrifie sans prendre le moindre risque.
- La projection psychique! S’exclama ce dernier. Rappelez-vous! Pour Tommy! Tosh!
Dermott et le reste de l’équipe fixèrent le jeune médecin qui courut vers son moniteur personnel.
- Hé, avec un échantillon sanguin de Jack, on profite d’un pic de la Faille et ainsi je pourrais lire dans les pensées de Jack! On a fait pareil pour Tommy! Tosh!
- Oui, oui!
- Hum…chuchota Dermott, dérouté.
- C’est une mission que nous avons mené à terme il y a quelques mois. Une affaire très délicate, expliqua Gwen, enthousiaste. Le changement d’époque induit par les pics de Faille peuvent nous servir comme outil de télépathie si on calibre correctement la bonne ligne de temps. Tosh avait réussi à persuader un jeune homme de réparer le craquellement du temps que sa présence avait provoqué. Elle avait ainsi…
- Pu parler au jeune homme dans sa propre échelle du temps, je sais.
- Mais y a-t-il quelque chose que vous ignorez? Plaisanta Gwen, ravie.
Dermott lui sourit et observa Owen et Tosh.
- Vous faites quoi ?
- Je vais anticiper la prochaine poussée de la faille, en espérant qu’elle soit prévisible, répondit Tosh, le nez plongé sur son clavier.
- Je me prépare une bonne dose de sang, d’un cru très spécial, le cru Harkness, pour me l’injecter au moment propice, renchérit Owen qui manipulait énergiquement une énorme seringue rouge..
Soulagés, Gwen et Ianto se regardèrent, souriant. Puis le sourire adorable de ce dernier se figea.
- Loin de moi l’idée de plomber l’ambiance. Mais j’ai 2 petites questions à poser, finit-il par dire, l’air tracassé.
- Accouche!
- La première. Que vas-tu dire à Jack pour qu’il te laisse le …pour qu’il te cède une part de vie?
- Pour qu’il me laisse le pomper? C’est ça que tu voulais dire? Explosa Owen, mort de rire.
- Si tu veux! Deuxième question : Tommy était vivant lors de l’expérience avec Tosh. Faut-il que l’on réveille Jack? Ce n’est qu’une supposition, mais Jack peut-il entendre quoi que soit, s’il est mort?
Dermott se leva d’un bond.
- Vous avez entièrement raison, jeune homme! Il faut ramener Jack! Owen, Toshiko, poursuivez votre mise en place. Vous, venez avec moi! Nous allons ramener Jack!
- Comment? L’interrogea Gwen en suivant le spécialiste et Ianto.
- On avisera sur place!
Au Hub central.
Owen et Tosh restèrent seul à seul. Déjà en place.
- Ce serait vraiment formidable si cela marchait, non?
- Yep. Sauf que ce rabat-joie de Ianto a vu juste. Les conditions n’étaient pas les mêmes. Mais ça se tente.
- Oui.
Tosh surveillait ses écrans.
- C’est une possibilité.
- Yep!
Owen faisait valser la seringue entre ses doigts.
- Fais attention, Owen! Tu pourrais te piquer.
- Je gère. De toute façon je le sentirais. Et ça, ma chère Tosh, ça n’a pas de prix!
- Je veux bien le croire.
Les deux jeunes gens avaient du mal à communiquer. Comme toujours. Si ce n’est par le biais de la plaisanterie ou du travail. Seulement la jeune femme se souvint de ce qu’elle lui avait avoué au moment où Owen était censé mourir pour de vrai. Elle lui avait avoué son amour. Et malgré ses explications pseudo-psychomachin, Owen avait en tête ses douces paroles. Face à l’embarras de la jeune femme, il repensa aux mots durs qu’il avait eus pour Gwen, à ce moment précis. Une vague de ressentiment l’envahit tout à coup. C’est dans notre dernier soupir que la vérité éclate, dit-on. Owen Harper s’était donc confronté à ses sentiments. Il avait exprimé sa rancune envers Gwen, la frivole, la libertine. Et il s’était abstenu de répondre quoi que ce soit à la déclaration sincère de Tosh, pour laquelle il nourrissait plus que de l’affection.
Les choses étaient claires. Dommage que la mort ait été le vecteur de ces aveux tardifs.
- Owen?
- Oui? Quoi? Bredouilla le jeune homme, assis sur la table d’autopsie, la seringue en guise de jouet névrotique.
- Tu crois que ça va marcher?
- Chais pas. On sera vite fixé, fit Owen, lapidaire, noyé dans ses pensées.
- En tout cas, si ça marche, j’offre le resto!
- Vrai?
Owen descendit de la table et rejoignit Tosh.
- Absolument.
- Pizza pour moi!
- Owen, ce que tu peux être populiste! Je parle d’un vrai restaurant, comme celui que tu nous a offert quand tu …Enfin, tu sais. Le resto français très chic.
- Ok. J’ai bien envie d’un ragoût de veau, accompagné d’une bonne bouteille de Bordeaux. Classée.
- C’est tout? Sourit Tosh, aux anges.
- En entrée, des escargots!
- Beurk!
- Quoi? C’est un mets succulent. Une spécialité française très prisée.
- Pas pour moi!
Owen et Tosh partagèrent dans un rire libérateur.
- Des cuisses de grenouilles confites alors?
- Arrête!
- Champagne! Petits fours de foie gras et veloutés de rutabagas!
- De quoi? S’étonna Tosh, de plus en plus gaie.
- Rutabagas! C’était très recherché pendant la guerre mondiale, la deuxième du nom. C’est à la mode, parait-il…
- C’est entendu.
- Tosh? Owen?
Gwen vint abréger leur agréable villégiature culinaire.
- Oui, Gwen?
- Tosh , on ramène Jack. Dis à Owen de préparer son labo! Aucune activité de la Faille en vue?
- Non. Rien pour le moment. On vous attend. Owen, ils viennent installer Jack dans le labo. Tiens-toi prêt!
- A vos ordres, miss!
Le cœur chagrin, Owen quitta Tosh, et prépara la venue de Jack.
Un peu plus tard.
- Il est mort! Mais rien d’inquiétant! Déclara Dermott en aidant Gwen et Ianto à allonger Jack sur la table d’autopsie.
- Une idée pour le réveiller? Osa Owen, déçu. Ianto, un petit bisou?
- Lâche-le!
- C’est ton mariage imminent qui te fait perdre le sens de l’humour, Gwen? Râla Owen.
- Non, c’est la situation actuelle!
Sans un regard pour lui, Gwen s’installa auprès de Jack, en lui prenant la main, tendrement.
Dermott l’observait, intrigué.
- Cessez vos attaques acerbes, jeunes gens. Nous avons un homme à ressusciter.
- Justement! Comment qu’on fait m’sieur? Demanda Owen en levant le doigt.
- Vous verrez bien! Tout le monde est prêt?
- Oui, Dermott.
- Je ne suis pas convaincue qu’il faille le ramener maintenant, fit remarquer Tosh. A mon avis, la Faille est indispensable. Nous devons l’attendre avant de tenter quoi que ce soit sur Jack.
- Oui, mais si le pic de faille est trop court? S’inquiéta Ianto, qui avait pris place à côté de Tosh.
- Jack devrait le sentir et réagir. Enfin je l’espère, murmura Dermott, assis auprès de Jack et de Gwen.
La seringue en main, Owen se promena entre le labo et le hub central. Beaucoup de paramètres à mettre en action pour réussir la mission. Un peu trop selon lui. Son optimisme baissa d’un cran. Croisant le regard triste de Tosh, il fit demi tour et descendit au labo.
- Poussez-vous! Je dois l’examiner!
A peine étonnés, Gwen et Dermott se levèrent et lui laissèrent le champ libre.
- Pouls régulier! Tension artérielle normale! Bon sang de bon sang! Jack, tu roupilles et on attend? C’est ça le deal? C’est nul ! Dermott?
Owen se tourna vers le spécialiste.
- Le Roi Anthéen meurt et son peuple peut alors se partager sa force de vie. C’est bien ça?
- Oui, Owen.
- Par télépathie?
- Oui!
- Alors il faut que Jack reste mort, non? Ce n’est qu’après qu’on doit le ramener à la vie!
- Non! Rétorqua Ianto. Il doit être en vie pour que l’échange se fasse.
- Et depuis quand tu es expert en télépathie Anthéenne?
- Depuis que Jack me l’a dit!
Tous les regards se posèrent sur le jeune homme effacé.
- Tu peux répéter sans un accroc dans la voix?
- Oui, Owen. Jack m’a dit qu’il n’était efficace que lorsqu’il était vivant!
- C’est bien toi qui disais qu’il fallait suivre ses consignes à la lettre?
- Oui, mais …j’ai changé d’avis! J’avais oublié ce que Jack m’avait raconté.
- Tu es sérieux?
- J’ai l’air de plaisanter?
- Bien. Il nous faut donc impérativement ramener Jack avant le prochain pic de Faille. S’emballa Dermott.
- Ianto, un jour il te faudra décider ! Tu m’as l’air de plus en plus partagé comme mec!
- J’y penserai, Owen!
Gwen s’isola avec Ianto.
- Tu parlais de quoi au juste?
- C’est compliqué, Gwen. Tout ce que je peux affirmer, c’est que Jack ne peut agir que s’il est conscient! On devrait le ramener puis simplement l’endormir.
- Pourquoi l’endormir?
- Pour le garder sous contrôle. Plus prosaï quement, pour maintenir son cortex cérébral en activité.
Gwe sourit d’un air entendu.
- Je vois! C’est on ne peut plus logique! Mais pourquoi ne l’as-tu pas dit plus tôt? Fit-elle encore plus bas.
- J’avais oublié….
Gwen connaissait son Ianto par cœur. Il était en train de lui mentir sur un fait personnel qu’elle considéra peu décisif pour la suite. Elle lui sourit avec complaisance et se tourna vers le reste de l’équipe.
- Bien! Veuillez m’écoutez!
La jeune femme exposa la marche à suivre à ses collègues.
- Ok. Gwen?
- Oui, Owen?
- A toi de jouer! Comment as-tu fait pour lui éviter une permanence au cimetière, la dernière fois?
- Très drôle!
- Alors?
- Arrête, Owen! Tu es lourd!
- Une petite série d’électrochocs? Proposa Ianto.
- Ok! À l’ancienne donc? Pourquoi pas? Admit Owen en préparant son matériel pour un réveil multivolts.
- Ok, 300, je charge! Dégagez!
Le Capitaine ne réagit pas.
- Ok , 380, je charge! Dégagez!
Le Capitaine fit trembler la table en se redressant vigoureusement. Owen lui planta une dose massive de lorazépam dans le cou. Ce qui le renvoya dans les songes.
- Parfait! Il est à nous!
Dans un coin du labo, Ianto soupira de soulagement.
- Tout le monde à son poste! Ordonna Dermott, ravi.
Tosh gardait les yeux rivés sur son écran. Owen gardait la seringue dans la main. Gwen gardait sa main dans celle de Jack. Dermott faisait la navette entre le labo et l’ordinateur de Tosh. Quant à Ianto, il gardait un œil sur Jack et l’autre sur Owen.
Dix minutes s’écoulèrent dans un silence dérangeant avant que, pour la première fois depuis longtemps, la Faille ne fut accueillie par des cris de joie.
- Pic de Faille détecté! Ici !
- Le Seigneur du hasard a eu pitié de nous! Se félicita Dermott. Jeunes gens! A vous de jouer!
Chacun des membres exceptionnels de Torchwood, selon Dermott, remplit sa mission. Owen s’injecta la seringue en intraveineuse. Tosh enregistra jusqu’au millième les détails du pic de Faille et les envoya sur le moniteur du médecin. Dermott et Gwen maintinrent Jack dans son sommeil réparateur et Ianto… alla faire du café.
Owen s’installa auprès de Jack. Gwen lut et relut les données de la Faille. Dermott s’affola quand le médecin s’effondra de toute sa masse sur sa chaise. Il vint lui tenir la tête.
Tous attendirent.
- Pic de Faille terminé! Annonça Tosh, anxieuse. Alors?
Gwen avança vers Owen et Dermott. L’odeur du café se répandit délicieusement autour d’eux. Lorsque tout à coup, Gwen se répandit en plaintes de désespoir.
- Je n’ai pas de pouls! Owen ne réagit pas! Il est parti!
Elle fit signe à Dermott pour qu’il aille vérifier les constantes de Jack. Un rictus de déception sur le beau visage de l’expert et la jeune femme comprit.
- Ils sont partis! Tous les deux! On les a perdus!
**** A suivre.....
Un big merci et pleins de bisous à ma pauvre fouine, qui risque de se transformer en taupe dur dur !! Je t'adore Eva!
Pardon à tous pour le retard, la partie 9 va suivre VITE et c'est bientôt la fin, promis!
Merci à vous de continuer à me lire, je sais que c'est pas du gâteau!
***
PART 8
- Tosh, que s’est-il passé durant ce pic de Faille?
- C’est bizarre. On dirait que les weevils du St-James Bar ont encore frappé!
- Les weevils?
- Oui, Gwen! On les a complètement oubliés! Réalisa Tosh, affolée.
- Ce sont les mêmes? Demanda Gwen qui eut un crève-cœur de devoir quitter les deux hommes inconscients.
- Non. Enfin, si. Mais la Faille en a envoyé d’autres, au même endroit. Difficile pour l’instant de donner un chiffre exact. Mais ils sont plus nombreux que d’habitude. Une vingtaine peut-être.
- Quoi? C’est pas possible!
Gwen s’empara de son perfecto et appela Ianto.
- On va y aller tous les deux! Décida-t-elle, sans croiser le moindre refus. Dermott et Tosh, vous serez plus utiles en restant ici, à veiller sur Jack et Owen.
Tosh et Dermott acceptèrent.
- Ianto tu es prêt?
- Yep!
- Owen avait peut-être raison quand il parlait de cette piste. En tout cas, il ne faut rien négliger! Fais-nous signe dès que vous avez du changement ici, ok?
- Tu peux compter sur nous!
Les deux jeunes gens quittèrent la Base. Dermott sollicita l’aide de Tosh, pour allonger Owen sur la deuxième table.
Le Capitaine et Owen Harper, toujours inconscients, et allongés côte à côte. Leur mains ballantes se touchant presque. Dermott et Tosh, impuissants et désorientés, face aux deux corps inertes.
- Jack est endormi. Mais pour combien de temps?
Tosh regarda le spécialiste avec effroi.
- Vous avez raison! Et s’il se réveillait? Que se passerait-il alors?
Dermott secoua la tête en grimaçant.
- Il ne va pas aimer ça! Préparons-nous à un sermon carabiné! A moins que je trouve une autre seringue avec le bon sédatif.
- Vous avez des notions de médecine? fit la jeune femme, incrédule.
- Non mais j’ai l’œil! Owen Harper s’est servi de ce flacon, Lorazépam. Et ce cher Docteur House en use et abuse impunément pour calmer ses patients pris de convulsions. Je pense que ça devrait faire la blague, non?
- Je ne sais pas. Je ne regarde jamais cette série. Ni aucune autre. Pas le temps.
- Vraiment? Mais alors, que faites-vous quand vous êtes en vacances?
- En quoi? Sourit la jeune femme.
- Pas de vacances?
Tosh secoua la tête, entre la gêne et l’amusement.
- Et vos dimanches? Où les passez-vous? Ici?
- Pour la plupart, oui. Le travail est un excellent garde-fou.
- Quelles folies voulez-vous donc vous épargner, ma chère ?
Devant le visage rosissant de Tosh, Dermott cessa son badinage de fieffé curieux.
- Voilà !Une dose assez impressionnante de sédatif prête !
Il posa la seringue sur le chariot et s’approcha d’Owen. Il fit un rapide contrôle.
- Il n’est pas mort! Gwen est du genre expéditive, tranchante. Non?
- Oh, un peu. Surtout quand elle perd ses moyens.
- Pourtant elle me semble peu émotive, contrairement à vous, reprit-il en s’appuyant sur le bord du chariot, lui-même calé au mur.
- Elle est plus efficace sur le terrain. Contrairement à moi. Mais elle est loin d’être sotte.
- Ce n’est pas qui moi vous contredirais! Concernant Gwen, notez, pas sur votre manque d’efficacité sur le terrain! Vous savez ce que je pense de chacun de vous. Vous formez une équipe d’enfer! J’ai le sentiment que Gwen brasse pas mal d’air. Ce qui ne veut pas dire que son cerveau en est rempli. D’air. Elle a le cuir dur, comme celui de son blouson. Elle est pétulante!
Tosh acquiesça en souriant. Elle ne pouvait détourner son regard des deux corps immobiles face à elle.
- Tout à l’heure elle m’a conseillé de vous poser une question délicate car, m’a-t-elle dit, vous étiez la plus apte à y répondre.
- Oui? Quelle question?
Dermott se mit à rire.
- Oh, non! Je ne me permettrais pas. J’avoue que j’y suis allé un peu fort! En fait, ce que j’avais essayé de savoir, en vain, c’était le genre de rapports que vous entreteniez les uns avec les autres.
Le regard vague de Tosh se fit soudain plus ferme.
- Qui couche avec qui? En gros!
- Je dénote une certaine dureté dans votre voix. Ai-je tort? Fit Dermott, confus.
- Ce n’est pas ça! Vous êtes un homme, comme tous les autres, lâcha Tosh, cinglante.
- Non! Non! Vous n’y êtes pas ! Se défendit Dermott en venant vers elle. Ce qui me surprend, c’est Jack! Il n’est plus le détrousseur de jupons et de caleçons que j’ai connu. Croyez-moi! C’est un cas qui relève du paranormal!
Tosh ne put s’empêcher de sourire.
- Je me demandais simplement s’il avait converti toute son équipe à sa nouvelle conception de l’amour.
- C’est-à-dire?
Tosh sembla intéressée.
- Je connais un peu le bonhomme. L’essor de Torchwood Cardiff, depuis qu’il en est le chef, est incontestablement reconnu. Et respectable. Cela n’a pas toujours été le cas, croyez-moi! Il me semble que votre patron se soit assagi, sur tous les plans. Et j’avoue qu’il ne lui manquait que cette rigueur pour en faire un homme et un leader presque parfait.
- Je vois. Et je suis d’accord avec vous, Dermott. Nous lui devons beaucoup. Je lui dois ma vie et celle de ma mère. Et ma survie, surtout.
- Vous ne lui devez rien, Toshiko. Pour Jack, c’est un échange de bons procédés. C’est ainsi qu’il voit les choses.
- Je sais, dit la jeune femme, émue.
Au Saint-James Bar
Gwen et Ianto s’étaient séparés pour couvrir la totalité des égouts. Des cris rauques ricochaient de partout. Gwen estima que le nombre de weevils étaient bien trop grand pour eux deux.
- Ianto? Combien tu en as eu?
- Deux! Mais j’entends des pas sur ma gauche. Ils sont au moins deux. Peut-être trois!
- Replie-toi, Ianto! Ils sont trop nombreux! Je n’en ai qu’un seul. Asperge-les de spray pour gagner du temps. Je te rejoins et on récupère ceux qu’on a neutralisés. Ils vont nous servir pour les examens sanguins. On doit abandonner la chasse pour le moment.
- Très juste, Gwen! La priorité reste de ramener Jack et Owen. Je suis à dix pieds de l’entrée des égouts, sur la droite. Dépêche-toi!
- J’arrive!
Dans le SUV.
Puant la sueur, la naphtaline nécrosée et le pipi de chat, Gwen et Ianto enfermèrent les trois weevils assommés dans le véhicule et prirent la direction de la Base. Gwen, au volant, se reniflait avec dégoût. Avec Ianto comme associé, la jeune femme parvenait facilement à prendre le volant. Impensable, voire suicidaire, lorsqu’elle vadrouillait avec Owen. Elle sourit en pensant au médecin un brin machiste et rétrograde. Pour la forme ou pour le fun. Il était le meilleur pour la taquiner.
- J’aimerais beaucoup que la piste des weevils soit la seule et unique piste, déclara Ianto, les yeux rivés sur le bitume.
- Mais bien sûr! Ce que tu aimerais surtout, c’est que Dermott fasse chou blanc et se ridiculise devant Jack!
Gwen lui adressa un clin d’œil. le jeune homme y répondit par un sourire machiavélique.
Gwen rit aux éclats.
- Tu n’as rien à craindre de ce type, Ianto. Je t’assure! Il faut que tu arrêtes de voir des rivaux partout! Sinon ta vie va être insupportable. Tu dois lui faire confiance! Sérieux!
Le jeune homme, contrit, la regarda avec douceur.
- Tu as raison. Cela dit, ce n’est pas ça qui me tracasse. Dermott n’est pas un obstacle. Ce que je n’aime pas c’est sa complicité avec Jack.
- Je ne te suis pas, là.
- Si j’ai bien compris, Jack et Dermott ont travaillé ensemble à Torchwood pendant deux semaines, pas plus.
- Et alors?
- Pendant ce très court laps de temps Jack a couché avec environ dix ou douze personnes…Commença-t-il aussi sobrement que s’il parlait météo.
- Douze?!
- Et Dermott était au courant pour chacune de ses coucheries…
- Douze?!
- Et c’est ça qui me gêne. Jack lui racontait tout. Ils devaient être très intimes pour..
- Douze?! Ianto! C’est le seul truc qui te gêne? Que Jack ait tout dit à Dermott? Le nombre de ses coucheries, tu t’en tapes?
- La route, Gwen!
- Douze!
- Ou dix. On ne sait pas au juste. Mais c’est Jack!
- Non, Ianto! C’était Jack!
- Il ne nous raconte rien de ses coups d’un soir. Pourquoi? On est proches de lui, non?
- Uh!
- Quoi?
- Mais tu le fais exprès ou quoi? S’il ne nous raconte rien de ses « coups d’un soir » , comme tu dis, c’est qu’il n’en a plus !
- Et Alec?
- On est tous au courant pour Alec. Oui ou non?
Ianto se dégonfla tel un ballon de baudruche, en plissant les yeux.
- N’empêche! Même lui est courant pour ça! Je n’aime pas ce type!
- Tu es pire qu’une gonzesse des fois!
Ianto se renfrogna un peu dans son siège et préféra garder le silence. Il parlait peu, certes, mais il parlait déjà trop.
Au Hub
Voguant sur un océan agité et imaginaire, Owen gîta de sa table et ouvrit les yeux sur le corps inerte de son patron. Il trouva assez d’énergie et d’équilibre pour s’approcher et lui saisir le bras, mollement.
- Jack? Jack? Tu m’entends? Réveille-toi!
Owen posa le bras du Capitaine sur son torse et écouta sa respiration. Jack était en vie. Seulement endormi.
- Debout!
Jack émergea doucement, en ouvrant les yeux. Il aperçut son subordonné au dessus de lui.
- Owen?
- On a foiré, Jack! Il faut que tu reviennes. Allez! Debout feignasse!
Owen eut beau tirer sur le bras de Jack, ce dernier semblait cloué à la table. Il ne décolla pas d’un centimètre.
- Owen? Qu’est-ce qui se passe?
- Lève-toi et marche! Oh, Seigneur!
Jack ne bougea pas et papillonna des cils avant de replonger dans le coma.
- Hey! Debout! On a essayé la projection psychique mais ça a foiré! Debout!
Owen sentit ses jambes se dérober sous lui. Il se pencha et s’affala sur Jack. Quelques secondes plus tard, le jeune homme put sentir la forte respiration de Jack, dont la poitrine trahissait chacune de ses inspirations.
Des rémanences de jours noirs. Des instruments de torture vissés au corps. Des éclats de lumières vertes et rouges. Des visages. Des tas de visages inconnus. Et figés d’effroi. Quelques sourires amoureux. Des sons stridents. Des bruits ahurissants. Des vents à décorner les taureaux. Ianto, torse nu, avec une tasse de café à la main, souriant. Le visage bonhomme d’un inconnu, dont l’assurance apaisa son esprit. Des spectres de lumières et de silhouettes menaçantes qui fonçaient sur lui. Alec McNeil encore moins habillé que Ianto ! Quelle vision déroutante! Puis des cris et encore des cris! Des balles qui se plantaient dans sa chair. Un désert de sable tourbillonnant de colère! Des projectiles de toutes sortes qui lui perçaient le crâne. Assez!
- Tu dois te sauver, Owen!
- Impossible! Je ne sens plus rien ! Cria Owen, en s’agrippant à son patron avec la force d’un damné.
- Arrête de me travailler au corps comme ça! Tu n’es pas du tout mon genre!
- Que dois-je faire? Jack? Gémit Owen, apeuré. Si craintif qu’aucune répartie salace ne lui traversât l’esprit.
- Laisse-toi aller…
- J’ai froid!
- Calme-toi! Je suis là! Regarde-moi, Owen!
Owen sentit alors deux mains puissantes et chaudes lui attraper le visage. Il entrouvrit les yeux, faiblement, et vit Jack qui le fixait calmement.
- C’est fichu! Jack! C’est ça?
Le Capitaine souleva péniblement la tête et embrassa Owen sur la joue. Très fort. Puis il lâcha prise et murmura avant de s’écrouler. Tel un athlète après l’effort.
- Va! Sauve-toi! Vite! Fais-le pour moi! S’il te plait…Aï e!
Owen s’effondra à nouveau sur Jack. Il mit un certain temps avant de prendre conscience de battements de cœur, qu’il présuma, encore une fois, être ceux de Jack. Mais il avait tout faux. C’étaient ses propres battements qu’il entendait.
Lorsqu’il reprit totalement ses esprits, Tosh et Dermott l’entouraient, attentifs.
- Owen? Comment te sens-tu? Lui chuchota Tosh, de sa douce voix de nymphe.
- Que s’est-il passé?
Owen parvint à se redresser sur la table.
- Rien! De notre vue d’ensemble en tout cas, fit Dermott, déçu, mais heureux de revoir le médecin réanimé.
- Vous n’avez rien vu de ce qui s’est produit? Là, à l’instant?
- Dis-nous! Qu’as-tu vu?
Owen regarda le corps de Jack qui semblait paisiblement endormi. Il fronça les sourcils et secoua la tête.
- J’y comprends rien! Jack! Il m’a parlé!
- Quand? Tu as réussi à te connecter à lui? S’exclama Tosh, enthousiaste.
- Je crois bien!
Dermott s’éloigna du médecin qui tentait de se mettre debout.
- Toshiko. Laissons-lui le temps de reprendre ses marques. D’accord? Je vais examiner Jack. Vous savez ce qu’il vous reste à faire?
- Oui! Annoncer aux autres la bonne nouvelle! Piaffa Tosh en remontant au Hub central.
Plus tard.
Les trois weevils fraîchement capturés en cellule, Owen revenu de l’entre deux-mondes, Jack toujours endormi, grâce à la piqûre de rappel de Dermott.
Bref, la situation se rétablissait quelque peu.
- Je n’y comprends rien à rien! S’énerva Owen, totalement remis de ses émotions.
- D’après ce que vous nous avez raconté, Owen, vous avez bel et bien visité la conscience de Jack.
- Sans doute! La vache! J’aimerais pas être à la place de ses neurones. Mais comment savoir si cela a suffi?
- Simple: examens de routine sur vous et sur Jack.
- Ok! Et c’est reparti pour un tour de manège gratuit! Je commence à en avoir ma claque, je ne vous le cache pas!
- J’imagine, mais patience, avisa Dermott.
Tandis que les deux hommes s’occupaient à effectuer un énième check-up, Tosh et Gwen partageaient leurs opinions.
- Si les examens sur Owen ne révèlent rien de tangible, il faudra reconsidérer la piste des weevils, fit Gwen.
- Vraiment? Les évènements ont débuté avant la venue de ces créatures…
- Peut-être mais il ne faut écarter aucune piste!
- Tu as sans doute raison. Répondit Tosh, sans trop y croire.
- C’est Owen qui en a parlé. Il sait de quoi il parle.
- Mais il n’a eu aucun contact sanguin avec les weevils, objecta Tosh, toujours perplexe.
- Ce n’est pas certain.
Ianto venait de parler, les bras chargés d’un plateau rempli de tasses de café. Surprises, Gwen et Tosh se tournèrent vers lui. Ianto garda le plateau sur les bras et leur fit part de ses conclusions.
- Owen n’a été mordu ni griffé par aucun des weevils, ok? Seulement quand il a soigné Jack, qui, lui, avait été mordu, qui dit qu’une goutte de sang n’a pas pénétré dans une plaie qu’Owen aurait négligée? Le weevil l’a tout de même agrippé, non? Ou bien sur une plaie plus ancienne qui n’a pas cicatrisé?
Gwen secoua la tête, nerveusement.
- On n’en sortira jamais! C’est dingue!
- Jack était convalescent quand il a décidé de jouer la carte du Roi Anthéen. C’est trop aléatoire!
- Tu marques un point, Ianto, admit Tosh, dépitée. Il nous faut attendre le résultat des examens que Dermott effectue en ce moment. C’est notre seule réponse.
- Je suis persuadé que les weevils y sont pour beaucoup! Asséna Ianto, en présenta les tasses à ses amies. Puis il descendit au labo et offrit un nectar corsé à Dermott, qui l’accueillit avec joie. Ianto posa ensuite le plateau contenant la dernière tasse réservée à Owen et attendit, aux côtés du spécialiste qui vint rapidement à bout de sa tâche.
- Rien à signaler, maugréa-t-il, bougon. Owen est toujours en pleine forme! Rien n’a changé! C’est un échec monumental!
- Les weevils! Cria Ianto, presque content de la mauvaise nouvelle.
- Non! Jack m’a parlé! Il faut attendre un peu! J’ai vu trop de choses bizarres! Elles doivent avoir un sens!
- C’est toi qui ne jurais que par les weevils et maintenant tu réfutes ta propre théorie?
- Tu n’as pas vu ce que j’ai vu. Ok? On attend! Et on ramène Jack!
- Vous êtes sûr? C’est peut-être un peu prématuré? On peut toujours examiner les créatures, en attendant que Jack ne revienne à lui? Proposa Dermott, pragmatique.
- On fait ça! Concéda Owen en se rhabillant. Ianto, va donc nous chercher un des nouveaux spécimen!
Le jeune homme ne se le fit pas dire deux fois. En son for intérieur il était convaincu que Dermott faisait fausse route. Il ne l’aimait décidément pas.
Plus tard.
Les deux tables du labo furent rapprochées. L’une d’elles maintenaient un weevil assommé. Et fortement attaché. Dermott et Owen avaient vite fait le tour de ses constantes anatomiques et physiologiques.
- Owen va plus que bien, médicalement parlant. Le weevil présente un déficit en hématocrites significatif. Jack dort toujours. Et la projection psychique semble avoir réussi. C’est très bizarre, résuma Dermott, pensif.
- Un spécialiste des maladies du sang aurait sa place ici, en ce moment, fit Ianto, perfidement.
- Pas la peine! Je suis médecin!
- Mais tu es le patient!
- Et alors? Je peux gérer les deux paramètres. Je suis entier, moi!
- Hey, ce n’est pas le moment de reprendre vos crêpages de chignons! Ok? S’énerva Gwen.
- Que nous disent ces récentes analyses? Pensa Dermott tout haut sans se préoccuper de l’agitation naissante, à la faveur d’un pic de stress négatif.
- Owen, tu dois te souvenir de tout ce que tu as vu et entendu pendant ta projection psychique!
- Je vous ai tout dit! Mentit le médecin qui avait scrupuleusement omis de parler du baiser sur la joue.
La première chose qu’il avait faite d’ailleurs, en revenant à sa conscience habituelle, avait été de se frotter la joue. Instinctivement. Ou pas.
- Jack n’a plus aucune cicatrice, remarqua Gwen qui trouvait toujours une bonne raison pour rester le plus près possible du Capitaine mal en point. C’est un bon signe non?
- Sans doute. Sans doute.
- Vous n’avez pas l’air rassuré.
- Ce qui me chiffonne c’est qu’Owen ait vu des tas de choses qui appartiennent au passé de Jack alors que la projection psychique permet une connexion directe et aux prises avec le moment présent. L’instant T.
- J’ai quand même vu Ianto! Il est bien présent! Fit Owen, canaille.
Ianto darda ses yeux plus aussi clairs sur lui.
- J’ai aussi vu Alec! Tu te souviens? Alec, l’expert en chimie! Et je n’ose pas te dire dans quelle tenue je l’ai…
- Owen, la ferme! Le houspilla Gwen.
Ianto descendit les quelques marches qui le séparaient du médecin. Ianto adorait dominer son petit comité, en restant un peu en hauteur, au dessus d‘eux. Une façon comme une autre de ne pas se fondre dans la masse. Ou, alors, un moyen infaillible pour observer, objectivement, les ouailles en liberté dans leur milieu naturel.
- Il t’a dit quelque chose de particulier? Jack? Demanda-t-il froidement.
- Pffff…Rien de subjuguant!
- Alors il a fait quelque chose d’inhabituel ?
- Tu as mis un mouchard dans sa tête aussi? Tu le traques par tous les moyens? Dis-moi, quel orifice as-tu utilisé pour arriver à tes fins?
- Ne change pas de sujet! Le raisonna Gwen. Réponds! Si tu as passé sous silence un détail important il faut le dire, maintenant! Owen!
- J’ai rien passé à l’as! Vous commencez à me gonfler gentiment!
- Quelle est cette tension? S’alarma Dermott, de plus en plus désappointé. Owen Harper, nourrissez-vous quelque aversion quant à la nature de la relation que Jack entretient avec Ianto Jones?
- Quoi? C’est mal me connaître Monsieur Spears!
- Alors pourquoi ne m’appelez-vous plus Dermott? Cela trahit une certaine agitation que je n’arrive pas à interpréter.
- J’ignorais que vous faisiez dans la psychanalyse de bazar!
- Vous voyez! Vous vous enfoncez dans le déni et l‘arrogance! La résilience, vous connaissez?
- Je ne suis pas demeuré! Je sais ce que c’est …Râla Owen, mal à l’aise.
- Alors, dites-nous! Que s’est-il passé quand vous avez traversé l’esprit de Jack?
Ianto baissa la tête, priant pour que cet imbécile d’Owen ne se mettre enfin à table. Gwen l’encouragea d’un hochement de tête. Tosh lui sourit tendrement. Quant à Dermott, il fixait un point invisible à côté d’Owen, sur le mur blanc du labo. Technique de psy éprouvée.
- Un petit bisou de rien du tout! Sur la joue! Et un grand café, vite!
Tous les regards changèrent de cible, pour passer du médecin colère au …Capitaine éveillé.
- Jack!
- Enfin!
- Non, c’est trop tôt!
- Je vous demande pardon, Dermott?
- Jack, je suis navré mais nous n’avons guère avancé…Fit le spécialiste, confus.
- Je ne crois pas!
Jack s’assit sur la table et aperçut le weevil harnaché sur la table jouxtant la sienne.
- Qu’est-ce qu’il fait là, celui-ci?
- C’est la pêche du jour! La Faille nous en a renvoyé d’autres, avec le même défaut de type sanguin.
- Owen? Tu es passé me voir non?
- Yep!
- Et qu’est-ce que ça a donné? Demanda Jack en se levant.
- Rien! Il n’a vu que ton passé, Jack. A part un ou deux détails du présent.
- Merci pour le détail, s’offusqua Ianto.
- Désolé, Ianto Jones.
- Vous vous êtes servis de la Faille et cela n’a rien donné?
- On a fait tout comme il fallait mais on est revenu à la case départ. Jack, le produit que tu t’es injecté, il en reste un échantillon. Peut-être qu’il faut que je le prenne?
- Surtout pas Owen ! Et comment savez-vous pour cet échantillon?
Tosh fut désignée sans scrupules.
- Tu es une championne! La félicita Jack.
La jeune femme se mit à rougir. Le rouge était indiscutablement la couleur de l’Asie!
- Pourquoi ne pas essayer? Insista Owen.
- Parce que j’ai dit non ! Bien! Je vous veux tous à vos postes! Tosh , tu vas analyser, au poil pubien prés, les examens effectués sur tous les weevils du bar maudit! Ianto, tu vas lui donner un coup de main! Gwen, quand je te donnerai le feu vert, tu retourneras au bar pour prélever des substances : tout ! Sur le sol, les murs, les étagères, etc…Pour le moment donne un coup de main à Tosh et Ianto! Dermott, vous venez avec moi!
- Oui, et moi? Je compte mes cheveux?
- Owen, tu …nettoies ton labo! C’est une infection! Fit Jack, taquin. Et range-moi ce weevil! Ç a fait désordre! Allez au boulot!
Tout le monde quitta le labo sous les soupirs agacés du médecin.
Ianto en profita pour parler à Jack.
- C’est bon de pouvoir te parler à nouveau, Jack!
- Simplement me parler? Sourit ce dernier, aguicheur.
- Tu te sens comment?
- Bien! Je vais merveilleusement bien! Mais j’aimerais boucler cette affaire le plus vite possible. Allez au boulot, jeune homme!
Déçu, Ianto s’exécuta, et partit rejoindre Tosh.
- Jack? Owen pourrait venir avec moi pour les prélèvements? On irait plus vite, non? Et on ne serait pas trop de deux pour affronter tous les weevils! Suggéra Gwen.
- Je vais peut-être avoir besoin de lui. Mais si ce n‘est pas le cas, je te l‘envoie.
- Comme tu voudras!
***
- Comment expliques-tu le fait que ton jeune toubib n’ait pas eu accès à ta mémoire cognitive actuelle?
- La masse de mes souvenirs est tellement plus grande et lourde que ma mémoire vive, Dermott.
- Il a vu à plusieurs reprises un même visage rassurant. C’était lui?
- Fort possible. Il est dans tous mes rêves…et mes cauchemars. Avoua Jack en prenant la direction de son bureau.
Dermott le suivit sans hésiter.
- Il a vu Alec, aussi…
Jack se tourna vers son vieil ami en souriant.
- C’est un de mes souvenirs les plus récents. Et parmi les plus vivants. Je plaide coupable, confessa-t-il en continuant sa montée vers le bureau.
- Et Ianto?
Jack attendit d’avoir atteint le palier pour répondre au spécialiste avide de ragots.
- Ianto a sa place ici!
Jack avait un doigt pointé sur son cœur.
- Hélas, je ne peux pas en dire autant de moi en ce qui concerne Owen!
- Je ne te comprends pas.
Le Capitaine invita Dermott à s’asseoir face à lui, et commença à fouiller dans ses dossiers poussiéreux.
- Selon le peuple Anthéen, à qui j’ai volé le secret, le Roi bénéficie de la considération de son peuple dans son entier. Il est tel un Dieu symbolique qui se sacrifie pour le plus grand nombre. C’est là que le bats blesse. Owen n’a aucune considération pour moi! C’est pour cette raison que ma théorie n’a pas porté ses fruits.
- Je ne suis pas d’accord! Owen t’estime plus que tu ne le penses! Il est trop fier et trop fragile pour l’admettre.
- La projection psychique a échoué. Elle annihile toute sensiblerie pendant le transfert, en théorie. Elle aurait fonctionné si Owen avait éprouvé le moindre respect pour moi. Fin de la discussion.
- Non, Jack! Tu te trompes! Owen Harper t’estime!
- C’est un blessé de la vie! Rétorqua Jack, avec virulence. Un blessé de l’amour! De l’espoir! De tout! Il est ingérable! Il est sur la défensive constamment.
- Et toi? Tu ne l’es pas? Blessé? Abandonné à ton sort?
Jack planta son regard dans celui de Dermott. Il savait qu’il avait fait le meilleur choix possible en faisant appel à ce vieux renard. Jack sourit maladroitement.
- Entre créatures blessées, l’alchimie ne peut que passer, déclara Dermott, sûr de lui. Et elle est passée entre vous! Alors, ce bisou, il l’a pris comment?
Les deux hommes se mirent à rire doucement.
- Mal, je suppose.
- Pas du tout! Il l’a tout bonnement occulté! C’est une preuve ou pas? Oui, votre Honneur!
Jack secoua la tête.
- S’il n’en avait que faire, il nous en aurait parlé avec cynisme dès son retour parmi nous. Mais il n’en a rien fait! Il a tu ce détail! Dès qu’il s’agit de toi, ses sens sont immédiatement exacerbés. Comme si tu étais une écharde dont il n’arrivait pas à se défaire. Comment l’expliques-tu?
- Aucune idée! J’ai depuis longtemps abandonné l’espoir de comprendre Owen! Soupira Jack, désabusé. Et encore moins depuis qu’il est devenu …ce qu’il est! Un être entre deux réalités. Même si je suis un peu comme lui.
- Moi je pense qu’il est maladroit. Et pudique. Tout le contraire de Ianto quand il s’agit de toi! Fit Dermott, le regard coulissant de malice.
- Vous pouvez développer? Fit Jack, soudain émoustillé.
Dermott éclata de rire. Enchanté. Mieux, excité et satisfait.
- Ah, je ne trahirai pas ton ami. Je tiens à rester digne de sa confiance.
- Dermott! Vous abusez!
- Entre nous! Fit ce dernier en se penchant vers un Jack sous tension. Tu as fait du bon boulot depuis que tu diriges Torchwood!
- Pas de digression! Au fait!
- Je suis sérieux! Tu as une équipe formidable. A ton image actuelle, j’ai envie de dire. Je suis fier de toi!
- Merci parrain! Lança Jack, moqueur.
- Crois-en mon expérience, Jack. Tôt ou tard, tu auras l’assentiment plein et sincère de ton médecin. Il te montrera qu’il est capable du pire comme du meilleur!
- Mais il ne vous a pas attendu pour me montrer toutes les facettes de sa personnalité, lui apprit Jack.
- Vous ne croyez pas si bien dire, tous les deux! Annonça Ianto, à l’entrée du bureau, essoufflé et blanc comme de la craie. Et en l‘occurrence, il s’agit du pire!
Jack et Dermott le rejoignirent, anxieux.
- Que se passe-t-il?
- Labo! Owen! Connerie!
Au labo.
La place étant encore chaude, Owen en avait profité pour s’allonger sur la table que Jack avait occupée un peu plus tôt. La deuxième fiole artefact Anthéenne dans sa main refermée, qui reposait sur le bord de la table.
- L’idiot! Le triple idiot ! Mais je vais le tuer de mes mains! Docteur de mes …
Jack inspira longuement pour éviter de devenir vulgaire.
- Je te l’avais dit, Jack! Ce type est prêt à tout! C’est un puits sans fond d’émotions que personne, pas même lui, ne peut dompter!
- Ingérable! Je l’avais dit également! Rectifia Jack, en tentant de se calmer. Mais comment s’est-il procuré la fiole? Pourquoi personne ne l’a surveillé? Pourquoi ai-je le sentiment que quelque chose d’important nous échappe?
- C’est pour un jeu télévisé, toutes ces questions? Plaisanta Dermott. Tu vois, Jack : ton Owen est capable de tout…
- En effet.
- Quels sont les risques, Jack? Il est mort ? Je ne sens plus son pouls! S’inquiéta Gwen, déjà au chevet de son ami.
- Aucune idée! Laisse-moi l’examiner!
Gwen dégagea et Jack inspecta le moindre centimètre de peau du médecin claqué. Les autres l’observèrent dans un silence pesant.
- Là, une minuscule plaie de 1 millimètre sur le majeur droit! Entonna Jack.
- C‘est tout lui, ça! Soupira Ianto, dans un chuchotement.
- Tu es sur la piste du weevil? Je pensais que tu n’y croyais pas?
- Je crois à tout, Tosh! Surtout dans les cas désespérés et crétins!
- Mais les phénomènes ont commencé un peu avant l’arrivée de cette espèce de weevil, répéta la jeune informaticienne, plus cartésienne que jamais, malgré l’inquiétude.
- Au lieu de me bassiner avec les faits de la veille, qu’as-tu de nouveau à nous apprendre? La sermonna Jack.
- Je n’avais pas fini de…
- Jack? L’antidote! Souffla Dermott pour endiguer la montée de crise.
- Parce qu’il existe un antidote?
- Toujours, Gwen! C’est le principe des poisons mis au point par la main …non pas humaine mais disons …Comment dire ? Bref, mis au point par une créature dotée d’une intelligence supérieure.
- Où est-il?
- Nulle part! pesta Jack. Il n’y en a pas ! J’avais gardé ces fioles pour moi! Uniquement pour moi!
- Mais pourquoi? Fit Dermott, déboussolé.
- Cela ne concerne que moi! D’accord? Vite! Il faut le purger!
- Comment? Je savais qu’il nous fallait un vrai docteur en réserve!
- Ianto! Qu’est-ce qui te prend?
- Rien!
- Owen? Owen? Tu m’entends?
- A quoi tu joues, Jack? Il est mort!
- Anticoagulants! Dermott! Cherchez de l’anticoagulant, vite! Là, dans les tiroirs! Gwen et Ianto, ramenez-moi le dernier weevil! Au trot!
- Que comptes-tu faire, Jack? Demanda le spécialiste, qui farfouillait dans tous les tiroirs avec fébrilité et une nervosité grandissante.
- Je teste un truc! Que voulez-vous faire d’autre?
- Attendre et faire confiance à ton médecin.
- Comment ça?
- Il est intelligent!
- Plus maintenant!
- J’ai trouvé! Où sont les seringues? Ah oui, dans ce tiroir!
- Plus vite, Dermott!
- Je fais ce que je peux! J’ai quelques heures de vol en plus! Enfin, façon de dire…Là, ça y est! Tiens!
Jack s’empara de la seringue remplie de produit anticoagulant et l’injecta dans le bras d’Owen, presque aussi bien qu’un médecin ne l’aurait fait.
- Allez, Owen!
Rien ne se produisit. Jack éructa de colère.
- Ianto! Tosh! Le weevil! Hurla-t-il. Il me faut le sang du weevil… Dit-il plus confidentiellement.
- Jack, si ce n’est pas la bonne piste, que va-t-il se passer?
- C’est la bonne! Il faut que ce soit la bonne!
Jack et Dermott attendirent nerveusement l’arrivée du weevil providentiel. Dermott ne partageait guère l’espoir de Jack mais il savait, pour avoir travaillé ici, qu’à Torchwood tout était possible.
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Seulement parfois, même à Torchwood, les miracles se faisaient rares. Toujours aucune réaction du médecin.
- Dès qu’il se réveille, prévenez-moi! Que je le tue à ma façon! Vociféra le Capitaine en désertant le labo à toute vitesse.
- Où vas-tu?
Dermott et Tosh n’eurent droit qu’au silence, uniquement perturbé par les pas lourds du patron au dessus de leur tête. Les deux scientifiques se fixèrent, hébétés. Lorsque soudain, Jack imita le cri de victoire de ce bon vieil Archimède et redescendit les bras levés au ciel. C’est dans cette posture relativement grotesque qu’il revint au labo. Le regard rivé à celui de Dermott. Le sourire naissant et un air de ravi de la crèche assez déroutant.
- Dermott! La légende du peuple Anthéa! Un Roi sans son peuple n’est rien!
- Je ne te suis pas, Jack.
- Tosh, combien de weevils nouvelle génération au Saint-James Bar?
- Environ 30, pour l’instant. Dont 24 neutralisés dans les caves du Bar. Et 6 hébergés ici.
- Il va falloir songer à faire agrandir notre auberge secrète! Fit Jack en souriant franchement. Les weevils! Ils sont le peuple d’Owen! Le Roi Owen Harper, Roi des abrutis ! C’est eux qui l’ont ramené à une vie certaine, et pourquoi?
Dermott et Tosh secouèrent la tête.
- Parce qu’ils avaient besoin de lui! Le sacrifice royal ne puise sa légitimité que dans la survie du peuple. Owen doit leur venir en aide….conclut Jack, d’une voix basse.
- Cela va être un brin compliqué. J’ai bien peur que ton médecin n’ait contrarié leurs plans.
- Pas forcément. Ianto! Gwen!
Ces deux-là revenaient avec un weevil solidement menotté et muselé.
- Ramenez-le d’où il vient!
- Quoi? Mais on ignore d’où il vient!
- Dans sa cage, Gwen!
- C’est une blague?
- On a l’air de rire? Ok, je suis désolé. S’excusa Jack. Mais j’ai de bonnes nouvelles…
- Owen s’est réveillé? S’exclama la jeune femme en lâchant le weevil, laissant Ianto basculer dangereusement en arrière sous la force de la bête en furie qui n’avait qu’une seule idée en tête: retourner dans sa geôle. Jack stoppa Gwen dans son élan.
- Non! Pas encore. Ramenez le weevil en cage et réunion exceptionnelle dans 5 minutes! Je crois avoir trouvé un début de solution!
Jack se congratula en silence. Il n’avait pas toutes les réponses, certes. Mais ce qu’il venait d’annoncer, il en était convaincu, était tout sauf de la poudre aux yeux. Jack avait compris la soudaine résurrection d’Owen et la venue quasi simultanée de cette nouvelle espèce de créatures en grand danger d’extinction.
Tout ce branle-bas de combat n’était pas sans but. Une population entière jouait son va-tout, à travers Owen. Jack remonta lentement au Hub lorsqu’il entendit un bruit lourd provenant du labo. Ce qu’il vit en se retournant manqua de lui faire avaler sa langue. Owen Harper, debout, et de méchante humeur, visiblement.
- Quel est l’abruti qui m’a piqué? Et avec quoi?
La mâchoire de 6 mètres de long, Jack fit demi tour. Abasourdi.
- C’est moi! Je t’ai injecté un anticoagulant, car tu as ingéré le poison Anthéen! Sombre idiot!
Owen arracha le pansement sur son bras et interrogea Jack du regard.
- Quoi? Tu as bien utilisé le deuxième échantillon…
- Rien du tout! C’est ta fiole que j’avais dans la main! Le deuxième flacon est dans le coffre! Tu déconnes sec, Jack! Tu me crois assez fou pour agir sans réfléchir?
- Mais alors, pourquoi étais-tu dans les vapes?
Owen répondit timidement.
- Je me suis simplement administré un calmant et je me suis endormi.
Jack lui faisait face. Il n’était guère content.
- Pourquoi? Crois-tu que c’est le moment idéal pour une sieste? On est en plein chaos!
- C’est bon! Prie plutôt pour que je reste conscient avec tes conneries! Quelle idée de m’injecter de l’Héparine ?
- C’est la loi du Talion. Réparer une connerie, comme tu dis, par une autre connerie!
Jack se calma subitement.
- Tu ne connais pas la dernière? dit-il, mystérieux.
- Quoi encore?
- J’ai trouvé la raison de ta soudaine santé éclatante.
Owen le fixa droit dans les yeux.
- Sérieux?
Pour toute réponse Jack hocha la tête.
- Tu accouches?
- Pas là, non! Débriefing d’ici quelques minutes!
Owen ronchonna dans son coin. Jack remonta au Hub. Ragaillardi. Le jeune homme le rejoignit rapidement.
- C’est coton?
- Je dirais que c’est du pétage dans la soie!
- Hein?
- Tu as bien entendu, Owen! C’est du luxe absolu! Tu es encore parmi nous parce que tu es le …Roi!
- Oh que c’est drôle! Je me marre! Je comprends mieux pourquoi tu t’es mis à la colle avec Ianto : vous avez le même humour bas de plafond.
Jack attrapa le bras d’Owen et lui détailla le plus sérieusement du monde le scoop de la journée.
- Les weevils, Owen! Ils sont ton peuple ! Tu as été ramené à la vie par ton peuple!
Owen vacilla sous le ton cérémonieux de son chef.
- Tu me charries?
- J’ai d’abord cru que c’était moi qui t’avais ramené, par ma seule volonté. Mais non! Aussi ardemment que j’ai pu l’espérer, tu n’es pas, mais alors pas du tout, mon vassal.
Owen allait riposter. Jack l’en empêcha.
- Tu es de la même trempe que moi! C’est la seule consolation à laquelle je puis me raccrocher. Tu n’es pas un adorateur : tu es l’objet d’une adoration! Mes respects, Owen Harper!
- Où sont passés les autres? Tu les as avalés pendant ta crise de folie?
- Réunion exceptionnelle. Ils seront là d’ici peu. Tu es en première ligne, Owen! C’est flatteur mais c’est également risqué comme place! Tu as été investi d’une mission de sauvegarde d’une population entière.
- Bon sang! Mais que t’arrive-t-il, Jack?
- Suis-moi en salle de conférence!
Owen suivit Jack. L’incohérence dans les propos de son chef lui faisait froid dans le dos. La potion de mort Anthéenne avait dû entamer son cerveau. Mais Jack semblait exalté, excité par ce qui trottait sous son crâne. Owen craignait le pire. Un trauma post-chimique. Ou bien, un délire compulsif lié à la prise inconsidérée d’un soluté puissant et inconnu. Jack avait besoin d’un recadrage émotionnel et psychique urgent.
Plus tard.
Owen, aussi, aurait aussi eu besoin d’un recadrage émotionnel et psychique de toute urgence. Jack n’était pas le chef de Torchwood pour rien. Il avait des connaissances et de l’expérience. Ce qui le propulsait le plus naturellement à la tête de l’organisation pour laquelle Owen travaillait depuis cinq ans. Noyé sous une tonne d’informations surréalistes, Owen finit par comprendre le fin mot de l’histoire.
- Je résume, reprit le Capitaine, face à son équipe et Dermott, tous réunis dans la salle de conférence. Ce sont les weevils qui ont réveillé Owen. Il se trouve que cette espèce nouvelle de weevils nous a localisé grâce, ou à cause d’Owen. Je tiens à préciser que c’est quand même moi qui l’ai ramené à la vie. Une vie en kit, ok, mais une vie malgré tout. Ta santé florissante, tu la dois à ton peuple, les weevils. C’est eux qui t’ont remis sur pattes car ils sollicitent ton aide. Un Roi en mauvaise santé ne peut rien pour eux. Ils sont apparemment pourchassés dans leur propre univers. Par des créatures belliqueuses qui veulent en faire leurs esclaves. Près de 60% de leur population ont déjà été décimés. Owen, il faut que tu les aides à survivre à l’envahisseur. Ils t’ont désigné comme Roi. Je savais que la potion de mort Anthéenne nous servirait un jour. Le jour est venu. Une chance que j’en aie gardé plus d’un échantillon.
- C’est quoi ce délire? Tu veux que je meurs pour permettre à ces weevils de survivre? Tu as tourné la carte, Jack?
Un silence de plomb succéda à la question du médecin.
- Je ne sais pas, confessa le Capitaine. Mais ta résurrection a un prix. Soit tu accomplis ton devoir et tu redeviens éternellement …mort. Soit tu fuis ton devoir et là, je ne réponds plus de ce qui se passera ensuite. C’est aux weevils que tu dois ta survie. Pas à moi!
- Jack, ton histoire tient la route. Mais es-tu certain de ce que tu avances?
- Hélas, oui, Dermott. J’ai déjà connu ce cas de figure. J’ai été présomptueux de croire que j’étais la réponse à tout. C’est Owen qui a le premier rôle. Tu as ta place à Torchwood! Je me félicite comme je peux, encore une fois.
Le jeune homme s’était prostré dans un silence maladroit. Jack avait sans doute raison. Il avait souvent, voire toujours, raison. Il pouvait se féliciter sans usurper ses talents de recruteur. Seulement la traversée d’Owen dans l’esprit de Jack l’avait violement perturbé. Tout ce qu’il avait vu à travers les yeux de son Capitaine ne cessait de lui revenir en mémoire. Comme autant de preuves de l’immense commisération de Jack pour la condition humaine.
- Que dois-je faire?
- C’est à toi, et à toi seul, de décider, Owen.
- Je ne communique pas avec les weevils, Jack, avoua Owen, pétri d’angoisse. J’en ai la sensation mais en réalité je n’ai aucun lien avec eux.
- Tu communiques avec eux, d’une façon ou d’une autre, Owen. C’est certainement eux qui communiquent avec toi. Tu es un Roi qui s’ignore. Le meilleur des Rois si l’on en juge par l’Histoire des peuplades galactiques. Tu as été élu par un peuple. Tu leur dois un sacrifice.
- Mais je veux pas mourir! S’insurgea Owen.
- Tu ne vas pas mourir. Tu es déjà mort!
- Alors quoi? Que va-t-il se produire si j’accepte le sacrifice?
- Vous nous reviendrez, tel que vous étiez avant tous ces évènements. Vivant mais …mort. Fit Dermott, navré.
Owen chercha le soutien auprès de ses collègues mais ne vit que détresse et inquiétude, dans chaque visage tourmenté.
- Vous êtes certain que je ne risque pas d’y rester pour de bon si j’accepte ?
- Absolument! Répondit Jack, dont le visage devint impénétrable.
- Je suppose que je n’ai pas le choix?
- Tu as le choix de refuser et de découvrir ce que ton attitude risque de déclencher : une mise à mort d’un peuple et le sort que ton choix pourrait provoquer dans ton organisme, déclara Jack, sentencieux. Si tu aimes les surprises…
- C’est bon! Je vais le faire!
- Un Roi peut se permettre toutes les facilités qu’il désire, clama Tosh, désespérée.
- Je ne suis le Roi de personne, Tosh. Les weevils ne sont que des créatures primitives.
- Mais tu veux les aider?
- Oui! C’est un devoir! Je suis mort! Qu’est-ce que ça change? Je ne tiens pas à découvrir ce qu’ils me réservent en cas de non respect de mes acquis! Je vais le faire!
- Bien! Fit Jack, nullement surpris par le courage d’Owen. Tous à vos postes! Le Roi Owen Harper va procéder. Je veux que tout se déroule dans les règles de l’art! C’est compris? Owen, avec moi!
La salle de conférence se vida peu à peu. Jack et Owen regagnèrent le labo, tandis que le reste de l’équipe se postait devant les écrans d’ordinateurs, le cœur serré.
- C’est de la folie! Fit Gwen, anxieuse, une fois assurée que Jack ne pouvait pas l’entendre.
- Et si ça ne marchait pas? Ajouta Tosh., de plus en plus noyée dans la peur.
- Jack sait ce qu’il fait, les rassura Dermott.
- Que va-t-il advenir d’Owen?
- Il va revenir à son état normal, Tosh. Celui qui a précédé cet état de vie/mort de surenchère. Voilà tout! Un minime changem
Oops fin du chapitre 8
- Il va revenir à son état normal, Tosh. Celui qui a précédé cet état de vie/mort de surenchère. Voilà tout! Un minime changement, au vu des circonstances, non? - Vous avez raison, Dermott. Concéda Tosh, chagrine. - Pourquoi Owen tient-il à garder ce qu’il a vu chez Jack durant la projection psychique? Se demanda Ianto. - Bien! Tout le monde est prêt? Dermott, venez m’aider! Voulez-vous? - Avec plaisir, Jack. - Je veux que vous gardiez un œil sur les moniteurs du weevil. Le moindre dépassement de la ligne de réactivité de celui-ci devrait nous alerter et nous forcer à arrêter le tir. Ok? - Pas de problème! - Jack, je te dis à bientôt. Murmura Owen, allongé sur la table, à côté du weevil. - A tout de suite, Owen! Jack administra le contenu létal du deuxième flacon et attendit, en serrant la main de son médecin un peu trop fort. Il réalisa vite que ce dernier avait sombré dans un sommeil lourd. - Tosh? Lis-nous à haute voix ce que tu as sur ton moniteur central, ordonna-t-il, d’une voix lasse. - Progression à 35%. 56 %. 89% . Transfert terminé. Annonça le jeune femme, accablée. Owen dormait à poings fermés. Jack lâcha sa main et se tourna vers Dermott. Celui-ci était plongé dans sa lecture de données. - Alors? S’impatienta Jack. - Tout est normal. - Tosh? - Intégration des molécules d’Owen par le spécimen n° 156. En cours. Ianto et Gwen échangèrent un regard perdu. - Alors? - Tout est normal, répéta Dermott. - Le transfert est théoriquement actif! Conclut Tosh. - Ok. Gwen, Ianto, descendez dans les geôles et préparez les weevils pour une inoculation de masse. Je vais prélever du sang chez ce n° 156 et vous l’amènerais en bas. Normalement, tout devrait rentrer dans l’ordre. J’ai le code génétique d’Owen dans le sang du weevil. Si j’ai raison, il nous faudra vacciner tous les weevils du Saint-James Bar avant de les renvoyer chez eux! - D’accord! Gwen et Ianto descendirent dans les sous-sols de Torchwood. Tosh imprima tout ce qui défilait sur son ordinateur. Dermott faisait de même avec les données médicales du weevils et d’Owen. Pour l’instant, tout se déroulait normalement. Comme l’avait prévu Jack. Dans les sous-sols. Le chef de Torchwood joua les docteurs bénévoles en injectant à chaque weevil une infime dose de la substance génétique d’Owen. Une fois les vaccinations terminées, il ordonna à Gwen et à Ianto de poursuivre l’acte médical au Saint-James Bar. - Quand vous aurez piqué tout ce joli monde, nous viendrons vous aider à les transporter jusqu’ici, dit-il. Un confinement absolu est indispensable. Ensuite, nous attendrons le prochain pic de Faille qui devrait en toute logique nous permettre de les renvoyer d‘où ils viennent! Les deux jeunes agents partis, Jack fit retomber la pression et conseilla à Dermott et à Tosh de lui prêter main forte pour préparer les caisses de mise en quarantaine des weevils qu’ils allaient devoir récupérer au bar. Assembler les menottes, les muselières. Faire le plein de spray neutralisant, etc…Lorsque Tosh vint casser l’élan des deux hommes optimistes. - Jack? Comment Owen va-t-il se réveiller? Cette potion, ce poison, n’est-il pas fatal? Jack se figea un court instant avant de trouver la parade pour ne pas affoler sa jeune collègue dont le flegme asiatique avait quitté le corps et l’esprit. Tosh tremblait de tous ses membres. - Il est bien trop vivace pour rester allongé éternellement sur cette table, Tosh! - Je pense que Jack a sa petite idée, fit Dermott, qui n’en avait pas le moindre soupçon. - C’est vrai? - Penses-tu que je sois assez inconscient pour envoyer Owen au casse-pipe sans avoir en tête une solution de retour efficace? - Tu ne m’as pas l’air convaincu… - Tosh! Cesse de te tourmenter et aide-nous à collecter le maximum d’armes de soumission! La jeune femme abandonna, sous les regards pleins de mansuétude des deux hommes. La montée d’angoisse de Tosh gagna Jack, pourtant. Il n’avait pas encore trouvé la façon de ramener Owen. Oh, comme Dermott l’avait supposé, il avait bien une petite idée mais elle n’était pas certifiée. Il gardait pour lui la déception de ne pas avoir été le facteur premier de la renaissance du médecin. Il avait jusque là cru que seule son affection pour le jeune homme avait suffi pour le ramener parmi eux. Le fait de découvrir que les weevils lui avaient ravi sa place, et qu’il n’y avait été pour rien, le déroutait. Pire, cela l’accablait. A trop longtemps voir passer des êtres chers, des êtres aimables et aimés, Jack avait perdu la notion de partage. Du moins dans le domaine de l‘affect. Il devait accepter que certains ne ressentaient pas le besoin de lui rendre son affection. Comme avec Owen. Ce dernier était son employé. Ni plus, ni moins. Il travaillait sous ses ordres, dans le meilleur des cas, mais là s’arrêtait leur relation notoirement tendue. De temps en temps, il jetait un œil attendri vers Owen, qui dormait toujours. Puis il croisait le regard nerveux de Tosh et son impuissance le rattrapait. Son sourire parvenait alors à adoucir la détresse de la jeune femme. Mais comment rassurer son petit cœur? Plus tard. Tosh était repartie s’occuper l’esprit devant ses chers ordinateurs tandis que Jack et Dermott spéculaient sur la suite des évènements. Assis sur les marches de l’escalier qui menait au labo, surveillant à loisir le moindre mouvement éventuel du patient Harper. - Comment vas-tu le réveiller? - Je n’en sais encore rien mais chut! - Le sacrifice du Roi est historiquement définitif, chuchota Dermott, aussi agaçant pour Jack qu’une mouche attirée par la peau en temps de forte chaleur moite. Jack regrettait la présence de son ami. É goï stement, à présent que tout était désamorcé, Dermott ne leur servait plus à rien. Jack se détesta de nourrir une telle pensée indigne de lui et de son vieil ami. L’angoisse et la pression avaient eu raison de sa profonde empathie. Il s’en excusa aussitôt. - Je suis un monstre d’égocentrisme et de lâcheté, Dermott. Je suis désolé. Dermott lui cogna gentiment le genou avec son bras. - Hé, ça va aller! On va trouver un moyen! Jack soupira. - Tu sais quoi? J’ai été bluffé par la projection psychique d’Owen. Il a vu des choses qui l’ont visiblement ébranlé. Ton passé. Vous avez cela en commun désormais. Jack leva la tête. - Vous avez une idée ou vous vous faites mousser? Dermott sourit en croisant le regard de son ami. - Possible… - Une minute! Si vous savez quelque chose, c’est le moment de me le dire! - Je sais que tu te sens misérable, impuissant face à ce qui arrive à ton médecin. Seulement, je te connais un peu et, surtout, je connais la nature humaine face aux mystères nébuleux et effrayants qui nous entourent en permanence. Les weevils l’ont peut-être remis sur pattes, mais c’est toi, Jack, qui va rétablir sa condition de zombi. Les weevils sont passés par toi et Torchwood pour appeler leur Sauveur. Tu as ton mot à dire. - Comment? Fit Jack, en se levant. - Va voir Toshiko. Donne-lui l’occasion de te parler de ses sentiments pour Owen... - Je sais ce qu’elle éprouve pour lui, l’interrompit le chef, énervé. - Non! Il te faut l’écouter! Ensuite, tu feras de même avec Gwen et Ianto. Demande-leur ce qu’ils éprouvent pour leur ami. Retiens chaque mot! Oublie tes mots à toi! Partage avec eux et ensuite, seulement ensuite, ta connexion avec Owen Harper sera complète. - C’est quoi cette méthode surannée? Ce prosélytisme de foire? Je n’ai pas besoin de savoir qu’Owen nous est indispensable pour me convaincre de son importance. - Je ne te parle pas d’efficacité ! Ni de travail! Mais de sentiments! Jack, je te le redis : Owen a vu dans ton passé et cela l’a marqué. C’est à toi de voir dans son aura et.. - Son aura? Dermott, sans vouloir vous blesser, je ne suis pas une grenouille de bénitier! Les auras, les shakras, les auréoles célestes, très peu pour moi! J’ai vu tant de choses … - Je ne suis pas en train de te vendre ma soupe, Jack! - Il a raison! Tu devrais te connecter à Owen. Comme il l’a fait avec toi. Tosh venait de parler dans leur dos. Dermott se leva et lui fit face. Jack les regarda tous les deux avant de répondre, posément. - C’est d’accord! Dermott, veuillez gardez un oeil sur Owen. Tosh, je t’écoute. Le Capitaine et sa jeune informaticienne s’installèrent au poste de travail central, en gardant la connexion avec Gwen et Ianto, sur le terrain. - Je sais que tu sais pour moi, Jack, dit Tosh, d’une petite voix. Je suis terrorisée. Même si je n’ai jamais pensé à quitter Torchwood quand il a été froidement assassiné par Copley, je me suis demandée, pour la première fois de ma vie, ce que je faisais sur cette Terre. Tu es bien placé pour le savoir, Jack. Des coups durs, j’en ai connus. Avec ma mère séquestrée, j’avais un but, quelque chose qui m’interdisait de baisser les bras. Mais avec la mort d’Owen, tout s’est écroulé autour de moi. Je ne t’aurai pas abandonné, non. Je te dois tant.. - Tu ne me dois rien Tosh, soupira Jack, déjà fébrile. - Si! Travailler ici et pour toi! C’est la seule chose positive et réellement enrichissante que je n’ai jamais eue! Notre travail est dévastateur et dur. Si dur! Mais tu es là, toujours là. Pour nous. Je sais ce qui a motivé Owen, à l’instant. Se sacrifier pour toi est un honneur, une chance. Personne ne le refuserait. - Ne dis pas ça, Tosh! Je refuse que quiconque se sacrifie pour moi! - Laisse-moi parler! Fit-elle aux bords des larmes. Dermott est de bon conseil. Si on ne le fait pas pour toi, on doit le faire pour Torchwood et tu ne peux rien contre ça. É mu, Jack caressa la joue de la jeune femme. - Il n’existe aucun domaine qui ne puisse me résister, Tosh. Mais là n’est pas la question. On parlera de moi plus tard, dit-il débonnaire. - Pour nous faire gagner du temps, je peux très bien te mettre au parfum sur chacun de nous, tu sais! Tu nous as tous sauvés. Tu es le dernier lien indéfectible entre nous tous et la réalité. Gwen, tu lui as prouvé qu’une vie tranquille de policier n’était pas faite pour elle. Qu’elle méritait mieux que de courir les petits voleurs à la tir. Qu’elle avait l’étoffe d’un soldat pacifiste de l’Humanité. Et Ianto, ce pauvre Ianto, qui t’a trahi. Tu lui as pardonné. Avec une arrière-pensée peu orthodoxe, je sais, mais tu as fait de lui un homme vrai, précieux et solide. Un ami rare. C’est tout ce qui compte après tout. Il est solide, tu sais. Comment ne pas l’être quand on a pour toi les sentiments qui sont les siens? Sans honte ni fierté altérée, Jack et Tosh communiaient véritablement.. - Quant à moi, je te dois tout! Non! Je n’ai pas fini, s’empressa-t-elle de dire voyant son chef ouvrir la bouche pour protester. - Tu as donné un sens à ma vie. Faire le bien, dans la discrétion et le refus de gloire. C’est exactement ce que je cherchais. Tu me l’as donné. Owen…Il a trouvé son équilibre ici. Il a saisi l’opportunité de venger sa promise, de lui être éternellement fidèle, chaque jour, à chaque nouvelle mission. Tu lui as servi d’alibi pour qu’il puisse se perdre dans une vie sans émotion, sans engagements. - Ce n’était pas la meilleure façon de le guérir, cela dit. Je l’ai rendu inapte à toute vie sociale et amoureuse, jugea Jack, dépité. - C’est la vie qu’il cherchait, crois-moi! Et tu sais aussi bien que moi qu’il n’est pas si inapte… - Tosh… - Voilà, Jack. Dermott a raison, c’est à toi de jouer à présent. Les weevils ne supportent pas jour et nuit le caractère de cochon d‘Owen. Toi, oui. Ils sont là pour leur survie. Tu es là pour l’accomplissement de la nôtre, posant jour après jour une pierre à notre édifice commun. Torchwood. J’ai fini, tu peux argumenter, si tu veux. Jack secoua la tête et offrit un mouchoir immaculé à Tosh. - J’ai compris, Toshiko Sato. J’ai une pierre à poser aujourd’hui, avec vous. Et nous allons ramener Owen parmi nous! Jack reçut alors des nouvelles de Gwen qui sembla affolée. - Jack? Faut venir immédiatement nous donner un coup de main! Les weevils sont trop agressifs, et Ianto est tombé dans les pommes! - Quoi? - Il n’a pas apprécié qu’on lui casse sur la tête un sac de grains de café! Il va s’en remettre. Mais avoue que c’est plutôt marrant. Ianto n’aime plus le café! La blague arracha un petit sourire à Jack, doucement remis de sa forte émotion. - On arrive, Gwen! Dermott, vous restez ici! Tosh, suis-moi! On a un Ianto au café frappé à récupérer! - Rien de grave? - Non. En route! *** A suivre très vite!